Bekhorot 19b — césarienne et bekhor (Abaye vs Ravina), puis la bête achetée au non-Juif : majorité et signes de portée antérieure

Bekhorot 19b

Sougya : Fin du chapitre 'ha-Lokeah oubar parato' : la Guemara tranche le litige Abaye/Ravina sur le puîné né après un yotse dofen (césarienne). Rav Aha de Difti montre que la position de Ravina (bekhor pour un seul aspect) échoue dans le cas d'une femelle sortie par la paroi suivie d'un mâle par la matrice ; on conclut donc comme Abaye.

Débute alors la Michna 'ha-Lokeah behema min ha-goy' : celui qui achète une bête à un non-Juif sans savoir si elle a déjà mis bas. R.

Ishmael fixe des âges (chèvre 1 an, brebis 2 ans, vache et ânesse 3 ans) où le petit est certainement premier-né pour le kohen ; R. Akiva objecte qu'un signe de portée antérieure (tinnouf, chilya, chefir) crée toujours un doute.

La Guemara demande pourquoi ne pas suivre la majorité (rov) des bêtes qui enfantent dans l'année : Ravina distingue le rov présent (neuf boutiques, Sanhédrin) du rov absent/statistique, que même les sages ne suivent pas — objection depuis le mineur et la mineure au yboum (R. Meir vs sages), avant la réponse de Rava.

Yotsé dofen (césarienne) : quel puîné est bekhor ? Abaye vs Ravina Un aîné sort par la paroi (dofen), un second naît par la matrice (rehem). Le second est-il consacré ? Abaye : bekhor = de tous points Ravina : bekhor pour un seul point Cas 1 : mâle par dofen, puis mâle par rehem.-> non consacré(bekhor du rehem, pas des mâles) Cas 1 : idem.-> non consacréexclu du surplus 'bekhor' Cas 2 : femelle par dofen, puis mâlepar rehem.-> devrait être consacré !(bekhor des mâles ET du rehem) Cas 2 : le surplus n'exclut qu'UN cas ;celui-ci resterait consacré.-> contredit la baraita Conclusion : 'meHavarta ke-Abaye' — il faut retenir l'explication d'Abaye (bekhor de tous points), qui exclut d'un coup tous les cas de yotse dofen.
La conclusion du litige Abaye/Ravina sur le puîné né après césarienne (segments 0-2).
Bête achetée à un non-Juif : a-t-elle déjà mis bas ? (bekhor incertain) R. Ishmael : dans son jeune âge, elle n'a sûrement pas encore enfanté -> le petit va au kohen (vaddaï). Chèvre (ez) jusqu'à 1 an vaddaï -> kohen au-delà : safek (doute) Brebis (rahel) jusqu'à 2 ans vaddaï -> kohen au-delà : safek Vache / ânesse jusqu'à 3 ans vaddaï -> kohen au-delà : safek R. Akiva objecte : la bête n'est pas exemptée par la seule naissance d'un petit Signe d'une portée antérieure : petit bétail = tinnouf (écoulement) ; gros bétail = chilya (placenta) femme = chefir (sac) et chilya. Donc même jeune, un doute existe. Règle : bikra connu -> rien au kohen ; pas bikra -> au kohen ; safek -> mange avec dfaut au propriétaire
La Michna : âges de certitude selon R. Ishmael et l'objection de R. Akiva (segments 4-6).
Deux sortes de majorité (rov) : Ravina distingue Rov de-iteh kaman majorité PRÉSENTE devant nous - neuf boutiques (kacher) vs une - Sanhédrin (12 acquittent, 11 non) Les sages SUIVENT le rov l'objet et la source sont examinables Rov de-leiteh kaman majorité ABSENTE (statistique) - 'la plupart des bêtes enfantent dans l'année' (bêtes du monde entier) Les sages ne suivent PAS le rov objection : minor / minora et yavam ?
Les deux types de majorité selon Ravina (segments 7-8).
1
אִי לְמַעוֹטֵי הֵיכָא דְּיָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו — מִ״פֶּטֶר רֶחֶם״ נָפְקָא! אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה ״בְּכוֹר״ לְמַעוֹטֵי הֵיכָא דְּיוֹצֵא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן.

Si [le mot 'bekhor' sert] à exclure le cas où une femelle est sortie avant lui [par la matrice] — cela se déduit déjà de [l'expression] 'peter rehem' (celui qui ouvre la matrice) ! Il faut donc en conclure (chema mina) que 'bekhor' vient exclure le cas d'un [mâle] qui sort après un [aîné] sorti par la paroi (yotse dofen, césarienne).

📜 Rachi (1)
דְּאִי לִמְעוּטֵי יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו דֶּרֶךְ רֶחֶם מִפֶּטֶר רֶחֶם נָפְקָא אֶלָּא לִמְעוּטֵי יוֹצֵא אַחַר יוֹצֵא דֶּרֶךְ דּוֹפ.ן בֵּין אַבַּיֵּי (לְרָבָא) [לְרָבִינָא] לֵיכָּא מִידִי אֶלָּא בְּמִשְׁמְעוֹתֶיהָ דִּקְרָא פְּלִיגִי:
Car si [c'était] pour exclure la femelle sortie avant lui — [c'est-à-dire] par la matrice, cela se déduit de 'peter rehem'. Il faut donc [dire que c'est] pour exclure celui qui sort après un [aîné] sorti par la paroi. Entre Abaye et Ravina il n'y a rien [de fond] : ils ne divergent que sur la portée (mach-maout) du verset.
💡 Explication

Suite du raisonnement d'Abaye. Le surplus 'bekhor' ne peut viser le cas de la femelle sortie d'abord par la matrice (déjà exclu par 'peter rehem', qui ouvre la matrice). Il vise donc le puîné né après un aîné sorti par césarienne (yotse dofen) : le second, bien qu'ayant ouvert la matrice, n'est pas consacré. Selon Ravina la divergence avec Abaye ne porte que sur le sens du verset.

2
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא מִדִּפְתִּי לְרָבִינָא: אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד הָוֵי בְּכוֹר, תִּינַח הֵיכָא דְּיָצָא זָכָר יוֹצֵא דֹּופֶן וְזָכָר דֶּרֶךְ רֶחֶם, דְּלָא קָדוֹשׁ, דְּאִימַּעוּט לֵידָה מִ״בְּכוֹר״, דִּבְכוֹר לְרַחֲמִים אִיכָּא, בְּכוֹר לִזְכָרִים לֵיכָּא.

Rav Aha de Difti dit à Ravina : si tu penses (i salka daatakh) qu'un [animal] premier-né pour un seul aspect est [pourtant] appelé bekhor [et est exclu par le surplus du verset], cela va bien là où un mâle est sorti par la paroi (dofen) puis un mâle par la matrice (rehem) : il n'est pas consacré, car la naissance [subséquente] est exclue par 'bekhor', puisqu'il y a un premier-né pour la matrice mais pas un premier-né pour les mâles.

📜 Rachi (1)
אִי ס"ד בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד מַשְׁמַע בְּכוֹר וְיוֹצֵא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן לָא מִמַּשְׁמָעוּתָא אִימְּעִיט אֶלָּא מֵרִיבּוּיָא תִּינַח הֵיכָא דְּיָצָא זָכָר תְּחִלָּה דֶּרֶךְ דֹּופֶן וַהֲדַר נְפַק זָכָר אַחַרְיַנָא דֶּרֶךְ רֶחֶם דְּהַהוּא אִימְּעִיט מֵרִיבּוּיָא דִּקְרָא דְּמִסְתַּבְּרָא דִּקְרָא אֲתָא לְמַעוּטֵי דְּהָא דִּבְכוֹר לִרְחָמִים הוּא דְּאִיכָּא לִבְכוֹר לִזְכָרִים וּלְלֵידָה לֵיכָּא:
Si tu penses qu'un premier-né pour un seul aspect [est appelé bekhor] — [le verset] 'bekhor' signifie [aussi] que celui qui sort après un [aîné] sorti par la paroi n'a pas été exclu par la portée [simple du mot] mais par un surplus (ribbouy). Cela va bien là où un mâle est d'abord sorti par la paroi puis un autre mâle est sorti par la matrice : celui-là a été exclu par le surplus du verset — car il est logique que le verset vienne exclure, puisqu'[ici] il y a un premier-né pour la matrice, [mais] pour les mâles et pour la naissance il n'y en a pas.
💡 Explication

Rav Aha teste la thèse de Ravina (le surplus 'bekhor' exclut, même un bekhor 'partiel'). Cas 1 : mâle par césarienne, puis mâle par la matrice. Le second est premier-né pour la matrice (rehem) mais pas pour les mâles (l'aîné mâle existait déjà). Étant bekhor pour un seul aspect, il est bien exclu par le surplus — cohérent.

3
אֶלָּא הֵיכָא דְּיָצְתָה נְקֵבָה דֶּרֶךְ דֹּופֶן וְזָכָר דֶּרֶךְ רֶחֶם — לִיקָּדֵשׁ, דְּהָא אִיכָּא בְּכוֹר לִזְכָרִים וּבְכוֹר לְרֶחֶם! אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא כִּדְאַבַּיֵּי.

Mais là où une femelle est sortie par la paroi (dofen) puis un mâle par la matrice (rehem) — qu'il soit consacré, car il y a là un premier-né pour les mâles ET un premier-né pour la matrice ! [On ne peut exclure les deux cas par 'bekhor'.] Il faut donc conclure (meHavarta) comme Abaye.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא הֵיכָא דְּיָצְתָה נְקֵבָה דֶּרֶךְ דֹּופֶן וַהֲדַר נְפַק זָכָר דֶּרֶךְ רֶחֶם לִיקְדֹּושׁ דְּהָא הָוֵי בְּכוֹר לִתְרֵי מִילֵּי לְרַחֲמִים וְלִזְכָרִים וּמֵרִיבּוּיָא דִּקְרָא לָא מָצֵית לִמְעוּטֵי אֶלָּא חַד מִסְתַּבְּרָא דְּיוֹצֵא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן זָכָר קָמְמַעֵט וְלֹא יוֹצֵא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן נְקֵבָה וְאַמַּאי קָתָנֵי בַּבָּרַייְתָא סְתָם אֲפִילּוּ יוֹצֵא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן וְלָא פְּלִיגִי בֵּין זָכָר לִנְקֵבָה:
Mais là où une femelle est sortie par la paroi — puis un mâle est sorti par la matrice : qu'il soit consacré, car il est premier-né pour deux choses, pour la matrice et pour les mâles ! Et par le surplus du verset tu ne peux exclure qu'un seul [cas] : il est logique que [le verset] exclue le mâle sorti après un [aîné] sorti par la paroi, et non [le mâle sorti] après une femelle sortie par la paroi. Pourquoi alors la baraita enseigne-t-elle indistinctement 'même celui qui sort après un yotse dofen', sans distinguer entre mâle et femelle ?
אֶלָּא מְחַווַּרְתָּא כִּדְאַבַּיֵּי דְּמִשְׁמְעוֹתֶיהָ הָוֵי בְּכוֹר לְכָל מִילֵּי מִשּׁוּם הָכִי מִימְּעִיט כֻּולְּהוּ:
Il faut donc conclure comme Abaye — car la portée [du mot] fait qu'il est premier-né de tous points ; c'est pourquoi ils sont tous exclus.
💡 Explication

Cas 2 : femelle par césarienne, puis mâle par la matrice. Ce mâle est premier-né pour les mâles (aucun mâle avant lui) ET pour la matrice — donc bekhor de deux points de vue ; selon Ravina il devrait rester consacré. Or la baraita l'exclut sans distinguer mâle/femelle. On conclut donc comme Abaye : 'bekhor' signifie premier-né de tous points, ce qui exclut d'emblée tous les cas de yotse dofen.

🖼️ Schéma
Yotse dofen (césarienne) : quel puîné est bekhor ? Abaye vs Ravina Un aîné sort par la paroi (dofen), un second naît par la matrice (rehem). Le second est-il consacré ? Abaye : bekhor = de tous points Ravina : bekhor pour un seul point Cas 1 : mâle par dofen, puis mâle par rehem.-> non consacré(bekhor du rehem, pas des mâles) Cas 1 : idem.-> non consacréexclu du surplus 'bekhor' Cas 2 : femelle par dofen, puis mâlepar rehem.-> devrait être consacré !(bekhor des mâles ET du rehem) Cas 2 : le surplus n'exclut qu'UN cas ;celui-ci resterait consacré.-> contredit la baraita Conclusion : 'meHavarta ke-Abaye' — il faut retenir l'explication d'Abaye (bekhor de tous points), qui exclut d'un coup tous les cas de yotse dofen.
Pourquoi la thèse de Ravina échoue au cas 2 et l'on retient Abaye.
4
הֲדַרַן עֲלָךְ הַלּוֹקֵחַ עֻובַּר פָּרָתוֹ.

Nous revenons vers toi (Hadran alakh), [chapitre] 'ha-Lokeah oubar parato' [celui qui achète le foetus de sa vache].

📜 Rachi (1)
הֲדַרַן עֲלָךְ הַלּוֹקֵחַ עֻובַּר פָּרָתוֹ
Nous revenons vers toi, [chapitre] 'ha-Lokeah oubar parato'.
💡 Explication

Formule de clôture du chapitre 'ha-Lokeah oubar parato' (celui qui achète le foetus de sa vache). 'Hadran alakh' = nous reviendrons vers toi — expression de fin de perek.

5
מַתְנִי׳ הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מִן הַגּוֹי, וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם בִּיכְּרָה אִם לֹא בִּיכְּרָה. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: עֵז בַּת שְׁנָתָהּ — וַדַּאי לַכֹּהֵן, מִכָּאן וְאֵילָךְ — סָפֵק. רָחֵל בַּת שְׁתַּיִם — וַדַּאי לַכֹּהֵן, מִכָּאן וְאֵילָךְ — סָפֵק. פָּרָה וַחֲמוֹר בְּנוֹת שָׁלֹשׁ — וַדַּאי לַכֹּהֵן, מִכָּאן וְאֵילָךְ — סָפֵק.

MICHNA. Celui qui achète une bête à un non-Juif (goy) et ne sait pas si elle a déjà mis bas (bikra) ou non.

Rabbi Ishmael dit : une chèvre (ez) dans sa première année — [son petit va] certainement (vaddai) au kohen ; au-delà — [c'est un] doute (safek). Une brebis (rahel) dans ses deux [premières] années — certainement au kohen ; au-delà — doute.

Une vache et une ânesse dans leurs trois [premières] années — certainement au kohen ; au-delà — doute.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה:
MICHNA. Celui qui achète une bête...
עֵז בַּת שְׁנָתָהּ שֶׁיָּלְדָה בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ:
Une chèvre dans sa première année — qui a mis bas au cours de sa première année.
וַדַּאי אוֹתוֹ הַוָּלָד לַכֹּהֵן דְּקֹודֶם לָכֵן לֹא יָלְדָה:
Certainement — ce petit-là [va] au kohen, car avant cela elle n'avait pas enfanté.
סָפֵק יִרְעֶה וְיֵאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים. סָפֵק שֶׁל פֶּטֶר חֲמוֹר מַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ:
Doute — [le petit] paîtra et sera mangé avec son défaut par le propriétaire. [Pour] le doute d'un premier-né d'ânesse (peter Hamor), il met de côté un agneau [de rachat] et [celui-ci reste] pour lui-même.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' פָּרָה וַחֲמוֹר בְּנוֹת שָׁלֹשׁ וַדַּאי לַכֹּהֵן אֵין לְפָרֵשׁ דְּיוֹלֶדֶת תּוֹךְ שְׁתֵּי שָׁנִים אֶלָּא דְּאִם אִיתָא שֶׁיָּלְדָה בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה לֹא הָיְתָה חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת בַּשְּׁלִישִׁית אע"ג דִּגְדוֹלָה יוֹלֶדֶת בְּכָל שָׁנָה כָּעִנְיָן שָׁפֵי' רַשִׁ"י בגמ' גַּבֵּי גְּדִיָּיה דְּאָמַר יוֹלֶדֶת אֵינָהּ חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת תּוֹךְ שְׁנָתָהּ וּפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אע"ג שֶׁהַגְּדוֹלוֹת חוֹזְרוֹת וְיוֹלְדוֹת בְּתוֹךְ שֶׁנָּתַן הַקְּטַנּוֹת הַיּוֹלְדוֹת אֵין חוֹזְרוֹת וְיוֹלְדוֹת בְּתוֹךְ שֶׁנָּתַן אֵין לְפָרֵשׁ כֵּן דִּבְהֶדְיָא אָמְרִי' בְּרֵישׁ אֵין מַעֲמִידִין (ע"ז דַּף כֹּד:) גַּבֵּי וְאֶת בְּנֵיהֶם כָּלוּ בַבָּיִת אִי בִּפְחוּתָה מִבַּת שָׁלֹשׁ מִי קָיָלְדָה וְהִתְנָן פָּרָה וַחֲמוֹר בְּנוֹת שָׁלֹשׁ וַדַּאי לַכֹּהֵן ש"מ תּוֹךְ שְׁתַּיִם לֹא יָלְדָה כְּלָל:
MICHNA. 'Une vache et une ânesse dans leurs trois années — certainement au kohen' — il ne faut pas comprendre qu'elle enfante dans les deux [premières] années, mais que, si de fait elle avait enfanté la deuxième année, elle ne reviendrait pas enfanter la troisième — bien qu'une [bête] adulte enfante chaque année, comme l'explique Rachi dans la Guemara à propos de la chevrette : il est dit 'celle qui enfante ne revient pas enfanter dans son année', et le Commentateur (Rachi) a expliqué que, bien que les adultes reviennent enfanter dans leur année, les jeunes qui enfantent ne reviennent pas enfanter dans leur année. Il ne faut pas comprendre ainsi, car on dit explicitement au début de 'Ein maamidin' (Avoda Zara 24b), à propos de 'et leurs petits, [les Philistins les ont] enfermés à la maison' : si [ces vaches avaient] moins de trois ans, comment auraient-elles enfanté ? Or nous avons appris 'vache et ânesse dans leurs trois années, certainement au kohen' — conclus-en que dans les deux [premières] années elle n'enfante pas du tout.
⚖️ Rosh (1)
הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם בִּכְּרָה וְאִם לֹא בִכְּרָה א"ר יִשְׁמָעֵאל עֵז בַּת שְׁנָתָהּ וַדַּאי לַכֹּהֵן מִכָּאן וְאֵילָךְ סָפֵק. רָחֵל בַּת שְׁתַּיִם וַדַּאי לַכֹּהֵן מִכָּאן וְאֵילָךְ סָפֵק. פָּרָה וַחֲמוֹר בַּת שָׁלֹשׁ וַדַּאי לַכֹּהֵן מִכָּאן וְאֵילָךְ סָפֵק. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי עֲקִיבָא אִילּוּ בְּוָלָד לְבַד הַבְּהֵמָה נִפְטֶרֶת הָיָה כִּדְבָרֶיךָ. אֶלָּא אָמְרוּ סִימָן וָלָד בִּבְהֵמָה דַּקָּה טִינּוּף וּבַגַּסָּה שִׁילְיָא וּבָאִשָּׁה שָׁפִיר וְשִׁילְיָא. זֶה הַכְּלָל כֹּל שֶׁיָּדוּעַ שֶׁבִּכְּרָה אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם. וְשֶׁלֹּא בִּכְּרָה הֲרֵי זֶה לַכֹּהֵן. וְאִם סָפֵק יֵאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים:
Celui qui achète une bête à un non-Juif et ne sait pas si elle a déjà mis bas ou non. R. Ishmael dit : une chèvre dans sa première année — certainement au kohen ; au-delà — doute. Une brebis dans ses deux [premières] années — certainement au kohen ; au-delà — doute. Vache et ânesse dans leurs trois [premières] années — certainement au kohen ; au-delà — doute. R. Akiva lui dit : si la bête était exemptée par le seul [petit] engendré, il en serait comme tu dis. Mais ils ont dit : le signe [de portée] pour le petit bétail (behema daka) est le tinnouf (écoulement trouble), pour le gros bétail (gassa) la chilya (placenta/délivre), et pour la femme le chefir (sac formant l'embryon) et la chilya. Voici la règle : toute [bête] dont on sait qu'elle a déjà mis bas — il n'y a là rien pour le kohen ; celle qui n'a pas mis bas — [son petit va] au kohen ; et si c'est un doute (safek), [le petit] sera mangé avec son défaut par le propriétaire.
💡 Explication

Nouvelle Michna. Achat d'une bête à un non-Juif, sans savoir si elle a déjà mis bas. R. Ishmael fixe un âge en deçà duquel elle n'a sûrement pas encore enfanté : chèvre 1 an, brebis 2 ans, vache et ânesse 3 ans. Le petit est alors vaddai (certainement premier-né) pour le kohen ; passé cet âge, safek (doute).

🖼️ Schéma
Bête achetée à un non-Juif : a-t-elle déjà mis bas ? (bekhor incertain) R. Ishmael : dans son jeune âge, elle n'a sûrement pas encore enfanté -> le petit va au kohen (vaddai). Chèvre (ez) jusqu'à 1 an vaddai -> kohen au-delà : safek (doute) Brebis (rahel) jusqu'à 2 ans vaddai -> kohen au-delà : safek Vache / ânesse jusqu'à 3 ans vaddai -> kohen au-delà : safek R. Akiva objecte : la bête n'est pas exemptée par la seule naissance d'un petit Signe d'une portée antérieure : petit bétail = tinnouf (écoulement) ; gros bétail = chilya (placenta) femme = chefir (sac) et chilya. Donc même jeune, un doute existe. Règle : bikra connu -> rien au kohen ; pas bikra -> au kohen ; safek -> mangé avec dfaut au propriétaire
Les âges de certitude selon R. Ishmael.
6
אָמַר לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא: אִילּוּ בְּווָלָד בִּלְבַד הַבְּהֵמָה נִפְטֶרֶת כִּדְבָרֶיךָ, אֶלָּא אָמְרוּ: סִימַן הַוָּולָד בִּבְהֵמָה דַקָּה — טִינּוּף, וּבְגַסָּה — שֶׁיַּלַּיָּא, וּבְאִשָּׁה — שָׁפִיר וְשֶׁיַּלַּיָּא.

Rabbi Akiva lui dit : si la bête était exemptée par le seul [fait d'enfanter] un petit, [ce serait] comme tu dis (kidvarekha). Mais ils ont dit : le signe [d'une portée] pour le petit bétail (behema daka) est le tinnouf (écoulement trouble), pour le gros bétail (gassa) la chilya (placenta), et pour la femme le chefir (sac de l'embryon) et la chilya.

📜 Rachi (2)
טִינּוּף מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ' שֶׁמָּא טִנְּפָה בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ וְהָוֵי סִימַן וָלָד וְנִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה הִלְכָּךְ אַפֵּי' עֵז בַּת שְׁנָתָהּ סָפֵק הִיא:
Tinnouf — expliqué dans la Guemara : peut-être a-t-elle 'sali' (rejeté un écoulement) au cours de son année, ce qui est un signe [de portée] : elle est alors exemptée de la primogéniture. Dès lors, même une chèvre dans sa première année est un doute.
שַׁפִּיר עוֹר צוּרַת הַוָּלָד:
Chefir — la peau [donnant] la forme de l'embryon.
🗂️ Tossefot (1)
וּבַגַּסָּה שִׁלְיָא וּבָאִשָּׁה שָׁפִיר וְשִׁלְיָא בְּפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עז.) תְּנַן שִׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה כְּסִימָן וָלָד בָּאִשָּׁה כָּךְ סִימָן וָלָד בַּבְּהֵמָה מַשְׁמַע שֶׁפָּשׁוּט בְּאִשָּׁה יוֹתֵר מִבְּהֵמָה וְתֵימַהּ דְּהָכִי תְּנַן הָכָא בְּהֵמָה כְּמוֹ אִשָּׁה וְאִית סְפָרִים דְּלָא גָּרְסִי הָתָם כֵּן אֶלָּא גָּרְסִי סִימָן וָולָד בְּאִשָּׁה סִימָן ווָלָד בִּבְהֵמָה וְרַבִּי אוֹמֵר שֶׁיֵּשׁ לְיַישֵּׁב הַגִּירְסָא דְּמִשּׁוּם דְּשַׁפִּיר אֵינוֹ סִימָן וָלָד בִּבְהֵמָה כְּמוֹ בְּאִשָּׁה נְקַט כִּי הַאי לִישָּׁנָא דמ"מ שָׁלְיָא הִיא סִימָן וָלָד בִּבְהֵמָה כְּמוֹ בְּאִשָּׁה:
'Pour le gros bétail la chilya, et pour la femme le chefir et la chilya' — au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 77a) nous avons appris : une chilya sortie en partie est interdite à la consommation ; comme [c'est] un signe [de portée] pour la femme, ainsi [c'est] un signe [de portée] pour la bête — ce qui laisse entendre que [le signe] est plus évident chez la femme que chez la bête. Et c'est étonnant, car ici on enseigne la bête comme la femme. Il y a des livres qui ne lisent pas ainsi là-bas, mais lisent 'signe [de portée] pour la femme, signe [de portée] pour la bête'. Et Rabbi (Rabbenou Tam) dit qu'on peut justifier la version [courante] : c'est parce que le chefir n'est pas un signe [de portée] chez la bête comme chez la femme qu'on a employé cette formule ; de toute façon la chilya est un signe [de portée] chez la bête comme chez la femme.
💡 Explication

Objection de R. Akiva. La bête n'est pas exemptée de la primogéniture seulement par un petit né vivant : une portée antérieure laisse d'autres signes. Pour le petit bétail : le tinnouf (écoulement trouble/avorton). Pour le gros bétail : la chilya (délivre, placenta). Pour la femme : le chefir (sac formant l'embryon) et la chilya. Comme le tinnouf peut survenir dès la première année, même une jeune chèvre reste un doute.

7
זֶה הַכְּלָל: כָּל שֶׁיָּדוּעַ שֶׁבִּיכְּרָה — אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם, וְכָל שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה — הֲרֵי זֶה לַכֹּהֵן, וְאִם סָפֵק — יֵאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים.

Voici la règle (zeh ha-klal) : toute [bête] dont on sait qu'elle a déjà mis bas (bikra) — il n'y a là rien pour le kohen ; et toute [bête] qui n'a pas mis bas — [son petit] va au kohen ; et en cas de doute (safek) — [le petit] sera mangé avec son défaut (moum) par le propriétaire.

💡 Explication

Règle générale de R. Akiva. Portée antérieure connue : rien pour le kohen (le petit n'est pas premier-né). Absence de portée antérieure connue : le petit va au kohen. Doute (safek) : le petit sera mangé avec son défaut par le propriétaire (on ne le donne pas au kohen faute de certitude, mais on ne le consomme pas non plus tel quel — il faut attendre qu'il ait un défaut le rendant impropre au sacrifice).

8
גְּמ׳ מִיכֵּן וְאֵילָךְ, אַמַּאי סָפֵק? הַלֵּךְ אַחַר רֹוב בְּהֵמוֹת, וְרֹוב בְּהֵמוֹת מִתְעַבְּרוֹת וְיוֹלְדוֹת בְּתוֹךְ שְׁנָתָן נִינְהוּ, וְהָא וַדַּאי מֵילָד אוֹלֵיד! לֵימָא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל כְּרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לֵיהּ, דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא?

GUEMARA. 'Au-delà — pourquoi [est-ce] un doute ? Suis la majorité des bêtes (rov behemot) : or la plupart des bêtes conçoivent et enfantent dans leur année — celle-ci a donc certainement déjà enfanté !

Dirons-nous que Rabbi Ishmael pense comme Rabbi Meir, qui se soucie de la minorité (Hayech le-mieuta) ?

📜 Rachi (1)
גמ' ר' מֵאִיר חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא כִּדְקָתָנֵי לְקַמָּן קָטָן וּקְטַנָּה:
GUEMARA. R. Meir se soucie de la minorité — comme il est enseigné plus loin [à propos du] 'garçon et fille' [mineurs].
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מִכָּאן וְאֵילָךְ סָפֵק וְאַמַּאי הַלֵּךְ אַחַר רֹוב בְּהֵמוֹת וְרֹוב בְּהֵמוֹת מִתְעַבְּרוֹת וְיוֹלְדוֹת בְּתוֹךְ שְׁנָתָן וְנֵימָא דְּהַאי וַדַּאי מֵילָד אוֹלֵיד לֵימָא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל כַּר' מֵאִיר סְבִירָא לֵיהּ דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא. אָמַר רָבִינָא אַפֵּי' תֵּימָא רַבָּנַן כִּי אָזְלִי רַבָּנַן בָּתַר רֻובָּא בְּרֻובָּא דְּלָא תְּלֵי בְּמַעֲשֶׂה. אֲבָל רֻובָּא דִּתְלֵי בְּמַעֲשֶׂה לָא אָזְלִי בָּתַר רֻובָּא. וקי"ל בְּהָא כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּלָא אַשְׁכְּחַן לְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ בְּהָא. תָּנוּ רַבָּנַן עֵז בַּת שְׁנָתָהּ וַדַּאי לַכֹּהֵן מִכָּאן וְאֵילָךְ סָפֵק. רָחֵל בַּת שְׁתַּיִם וַדַּאי לַכֹּהֵן מִכָּאן וְאֵילָךְ סָפֵק. פָּרָה בַּת שָׁלֹשׁ וַדַּאי לַכֹּהֵן מִכָּאן וְאֵילָךְ סָפֵק. וַחֲמוּרָה כַּפָּרָה. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר חֲמוֹרָה בַּת אַרְבַּע שָׁנִים. ע"כ דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וּכְשֶׁנֶּאֶמְרוּ דְּבָרִים לִפְנֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ אָמַר לָהֶם צְאוּ וְאִמְרוּ לוֹ לְיִשְׁמָעֵאל טָעִיתָ. אִילּוּ בִּוְלַד הַבְּהֵמָה נִפְטֶרֶת הָיָה כִּדְבָרֶיךָ אֶלָּא אָמְרוּ סִימָן וָלָד בִּבְהֵמָה דַּקָּה טִינּוּף וּבַגַּסָּה שִׁילְיָא וּבָאִשָּׁה שָׁפִיר וְשִׁילְיָא. וַאֲנִי אֵינִי אוֹמֵר כֵּן אֶלָּא עֵז שֶׁטִּינְּפָה בַּת שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים יוֹלֶדֶת בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ. רָחֵל שֶׁטִּינְּפָה בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ יוֹלֶדֶת בְּתוֹךְ שְׁתַּיִם. אָמַר ר"ע אֲנִי לֹא בָּאתִי לִידֵי מִדָּה זוֹ אֶלָּא כֹּל שֶׁיָּדוּעַ שֶׁבִּיכְּרָה אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם. וְכָל שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה ה"ז לַכֹּהֵן. וְאִם סָפֵק יֵאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים. בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. לֵימָא בְּטִינּוּף פּוֹטֵר קָמִיפַּלְגִי. דָּר' יִשְׁמָעֵאל סָבַר טִינּוּף אֵינוֹ פּוֹטֵר. וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר טִינּוּף פּוֹטֵר. אִי דְּחָזֵינַן דְּטִינּוּף דכ"ע לָא פְּלִיגִי דְּטִינּוּף פּוֹטֵר. וְהָכָא בְּחוֹשְׁשִׁין לְטִינּוּף קָמִיפַּלְגִי. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל סָבַר אֵין חוֹשְׁשִׁין לְטִינּוּף וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר חוֹשְׁשִׁין לְטִינּוּף. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי בִּמְטַנֶּפֶת חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ קָמִיפַּלְגִי ר' יִשְׁמָעֵאל סָבַר מְטַנֶּפֶת אֵינָהּ חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ וְהָא מִדְּאוֹלִיד וַדַּאי לָא טִינְּפָה. וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר מְטַנֶּפֶת חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ. וְהִלְכְתָא כְּר' יְהוֹשֻׁעַ דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ נָמֵי סָפֵק הָוֵי דְּחָיְישִׁינַן לְטִינּוּף וּמְטַנֶּפֶת חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ. דְּר' עֲקִיבָא דְּמַתְנִי' קָאֵי כְּוָותֵיהּ וַהֲוָה לֵיהּ ר' יִשְׁמָעֵאל יָחִיד. ואע"ג דְּקַיְימָא לָן בְּעָלְמָא כְּרַבָּנָן דְּאָזְלִינַן בָּתַר רֻובָּא. סְבִירָא לָן הָכָא דְּטִינּוּף לָאו מִיעוּטָא הוּא שֶׁהַטִּינּוּף דָּבָר מָצוּי הוּא כָּךְ פֵּירֵשׁ ה"ר יוֹנָה זַ"ל. וְקָשֶׁה דְּהַשַּׁ"ס קָרֵי לֵיהּ מִיעוּטָא. וי"ל כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּאִיכָּא רֻובָּא דִּמְסַיֵּיעַ לְמִיעוּטָא דִּמְטַנְּפוֹת. דְּרֹוב בְּהֵמוֹת מִתְעַבְּרוֹת כְּשֶׁמַּגִּיעוֹת לִזְמַן שֶׁרְאוּיוֹת לְהִתְעַבֵּר וְזוֹ וַדַּאי נִתְעַבְּרָה בִּזְמַנָּהּ וְטִנְּפָה. וְכֵן צָרִיךְ לוֹמַר כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּיקְשֵׁי דְּר' יְהוֹשֻׁעַ אַדְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּהָכָא אָמְרִינַן דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא וּלְקַמָּן אָמְרִי' דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא בְּהַהוּא דְּיָצְתָה מְלֵיאָה ר' יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר אֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת. הִלְכָּךְ חוֹשְׁשִׁין לְטִינּוּף וְהַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָוֵי סְפֵק בְּכוֹר וְיֵאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים. וְאַפֵּי' לְמָאֵן דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא דִּמְטַנֶּפֶת מוֹדֶה הוּא שֶׁאֵינוֹ נוֹתֵן לְכֹהֵן שֶׁאֵין הוֹלְכִין בְּמָמוֹן אַחַר הָרֹוב ב"ק מו. וְאַפֵּי' לְרַב דְּאָזֵיל בְּמָמוֹן אַחַר הָרוֹב. בְּהַהִיא דְּהַמּוֹכֵר שׁוֹר לַחֲבֵירוֹ וְנִמְצָא נַגְחָן שָׁם. הַייְנוּ מִשּׁוּם דא"ל קִים לִי בְּנַפְשִׁי שֶׁאֵינִי מִן הָרֹוב. אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּהָוֵי לֵיהּ מָמוֹן שֶׁאֵין לוֹ תּוֹבְעִין.
GUEMARA. 'Au-delà, [c'est] un doute' — et pourquoi ? Suis la majorité des bêtes, or la plupart des bêtes conçoivent et enfantent dans leur année, et disons que celle-ci a certainement enfanté ; dirons-nous que R. Ishmael tient comme R. Meir qui se soucie de la minorité ? Ravina dit : tu peux même dire [que c'est selon] les sages (rabbanan) : quand les sages suivent la majorité, [c'est] pour une majorité qui ne dépend pas d'un acte ; mais une majorité qui dépend d'un acte, ils ne la suivent pas. Et nous tenons ici comme R. Ishmael, car nous ne trouvons pas que les sages divergent de lui sur ce point. Les Sages ont enseigné (baraita) : chèvre dans sa première année — certainement au kohen ; au-delà — doute ; brebis dans ses deux années — certainement au kohen ; au-delà — doute ; vache dans ses trois années — certainement au kohen ; au-delà — doute, et l'ânesse est comme la vache. Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : l'ânesse [entre] dans sa quatrième année. Jusqu'ici les paroles de Rabbi Ishmael. Et lorsqu'on rapporta ces paroles devant R. Yehochoua, il leur dit : allez dire à Ishmael : tu t'es trompé. Si la bête était exemptée par le [seul] petit engendré, [ce serait] comme tu dis ; mais ils ont dit : le signe [de portée] pour le petit bétail est le tinnouf, pour le gros bétail la chilya, et pour la femme le chefir et la chilya. Et moi, je ne dis pas ainsi, mais : une chèvre qui a 'sali' (tinnouf) à six mois enfante dans son année ; une brebis qui a 'sali' dans son année enfante dans les deux [ans]. R. Akiva dit : moi, je n'en suis pas venu à cette mesure, mais : toute [bête] dont on sait qu'elle a déjà mis bas — rien pour le kohen ; celle qui n'a pas mis bas — au kohen ; et en cas de doute, [le petit] sera mangé avec son défaut par le propriétaire. En quoi divergent R. Ishmael et R. Yehochoua ? Dirons-nous qu'ils divergent sur [la question de savoir] si le tinnouf exempte : R. Ishmael tiendrait que le tinnouf n'exempte pas, et R. Yehochoua que le tinnouf exempte ? [Non :] si nous avons vu le tinnouf, tous s'accordent que le tinnouf exempte. Ici ils divergent sur [la question de savoir] si l'on se soucie [de la possibilité] d'un tinnouf : R. Ishmael tient qu'on ne s'en soucie pas, R. Yehochoua qu'on s'en soucie. Et certains disent : ils divergent [sur la question de savoir] si celle qui a eu un tinnouf revient enfanter dans son année : R. Ishmael tient qu'une bête ayant eu un tinnouf ne revient pas enfanter dans son année — et [ainsi], du fait qu'elle a enfanté, elle n'a certainement pas eu de tinnouf ; R. Yehochoua tient qu'une bête ayant eu un tinnouf revient enfanter dans son année. Et la halakha est comme R. Yehochoua, qui tient que même dans sa première année c'est un doute, car on se soucie du tinnouf et une bête ayant eu un tinnouf revient enfanter dans son année ; le [propos] de R. Akiva de notre Michna va dans son sens, et R. Ishmael se trouve être un individu isolé [face à la majorité]. Et bien que nous tenions en général comme les sages, qui suivent la majorité, nous tenons ici que le tinnouf n'est pas une minorité [négligeable], car le tinnouf est chose fréquente — ainsi l'a expliqué Rabbenou Yona, de mémoire bénie. On objecte que le Talmud l'appelle 'minorité'. On peut répondre, comme l'explique Rachi, qu'il y a une majorité qui appuie la minorité des [bêtes] à tinnouf : la plupart des bêtes conçoivent dès qu'elles atteignent l'âge d'être fécondées, et celle-ci s'est certainement fécondée en son temps et a eu un tinnouf. Il faut d'ailleurs le dire ainsi pour éviter une contradiction chez R. Yehochoua lui-même : ici on dit qu'il se soucie de la minorité, alors que plus loin on dit qu'il ne s'en soucie pas — dans le cas de 'celle qui est sortie pleine', où R. Yehochoua dit 'elle ne s'en soucie pas'. Donc on se soucie du tinnouf, et celui qui achète une bête à un non-Juif a [un petit] premier-né douteux, qui sera mangé avec son défaut par le propriétaire. Et même selon celui qui ne se soucie pas de la minorité des bêtes à tinnouf, il concède qu'on ne [le] donne pas au kohen, car on ne suit pas la majorité en matière d'argent (mamon) [Baba Kamma 46a]. Et même selon Rav, qui suit la majorité en matière d'argent dans le cas de 'celui qui vend un bœuf à son prochain et [le bœuf] se révèle encornant' — c'est parce que [le vendeur] peut dire 'j'ai la certitude en moi-même que je ne fais pas partie de la majorité [des vendeurs de bœufs à l'abattage]', ou bien parce qu'il s'agit d'un argent qui n'a pas de réclamant [déterminé].
💡 Explication

Question de la Guemara sur le 'safek' de R. Ishmael. Pourquoi un doute ? On devrait suivre la majorité (rov) : la plupart des bêtes enfantent dès leur première année, donc une bête plus âgée a sûrement déjà enfanté. Faut-il dire que R. Ishmael tient comme R. Meir, qui se soucie de la minorité (Hayech le-mieuta) et ne suit pas toujours le rov ?

9
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, כִּי אָזְלִי בָּתַר רֻובָּא בְּרֻובָּא דְּאִיתֵיהּ קַמַּן, כְּגוֹן תֵּשַׁע חֲנוּיוֹת וְסַנְהֶדְרִין, אֲבָל רֻובָּא דְּלֵיתֵיהּ קַמַּן — לָא אָזְלִי רַבָּנַן בָּתַר רֻובָּא.

Tu peux même dire [que c'est selon] les sages (rabbanan) : quand ils suivent la majorité, [c'est] pour une majorité qui est présente devant nous (rov de-iteh kaman) — par exemple les neuf boutiques et le Sanhédrin ; mais une majorité qui n'est pas présente devant nous (rov de-leiteh kaman), les sages ne la suivent pas.

📜 Rachi (3)
תֵּשַׁע חֲנוּיוֹת כֻּולָּן מוֹכְרוֹת בְּשַׂר שְׁחוּטָה וְאַחַת מוֹכֶרֶת בְּשַׂר נְבֵילָה וְנִמְצֵאת חֲתִיכַת בָּשָׂר לְשָׁם בַּקַּרְקַע כְּשֵׁרָה דְּכֹל דְּפָרֵישׁ מֵרֻובָּא פָּרֵישׁ וְהַיְינוּ רֻובָּא דְּאִיתֵיהּ קַמָּן שֶׁהֲרֵי הַחֲנוּיוֹת לְפָנֵינוּ:
Neuf boutiques — [où] toutes vendent de la viande abattue rituellement et une [seule] vend de la viande de bête non abattue (neveila) ; on trouve là un morceau de viande à terre : il est permis (kacher), car tout ce qui s'est détaché [d'un ensemble] est réputé provenir de la majorité. C'est cela une 'majorité présente devant nous', puisque les boutiques sont devant nous.
וְסַנְהֶדְרִין כְּגוֹן שְׁנֵים עָשָׂר מְזַכִּין וְאַחַד עָשָׂר מְחַיְּיבִין זַכַּאי:
Et le Sanhédrin — par exemple douze [juges] acquittent et onze condamnent : [l'accusé] est acquitté.
רֻובָּא דְּלֵיתֵיהּ קַמַּן כְּגוֹן הָכָא דַּאֲמַרְתְּ הַלֵּךְ אַחַר רֹוב בְּהֵמוֹת שֶׁבְּכָל הָעוֹלָם:
Une majorité qui n'est pas présente devant nous — comme ici, où tu dis 'suis la majorité des bêtes du monde entier'.
🗂️ Tossefot (1)
בְּרֻובָּא דְּאִיתֵיהּ קַמַּן כְּמוֹ תֵּשַׁע חֲנוּיוֹת הַיי מָצֵי לְמֵימַר וְלִיטַעְמָיךְ מִי פְּלִיג ר' מֵאִיר הָתָם אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטּוֹת כְּתִיב (שְׁמוֹת כ״ג:ב׳) וּמֵהָתָם יָלְפִינַן תֵּשַׁע חֲנוּיוֹת בפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף יא.):
'Pour une majorité présente devant nous, comme les neuf boutiques' — [le Talmud] aurait pu dire : et selon ton raisonnement, R. Meir diverge-t-il donc là-bas [au sujet des neuf boutiques] ? [Non, car] il est écrit 'suivre la majorité' (aHarei rabbim le-hatot, Ex 23:2), et c'est de là que nous dérivons [la règle des] neuf boutiques, au premier chapitre de Houlin (11a).
💡 Explication

Réponse de Ravina : nul besoin de rattacher R. Ishmael à R. Meir. Même les sages distinguent deux sortes de majorité. Rov présent (de-iteh kaman) : les sources sont là, examinables — les neuf boutiques (un morceau de viande trouvé devant neuf boucheries cachères et une seule non-cachère : on le déclare kacher) et le Sanhédrin (décision à la majorité des juges). Ce rov, les sages le suivent. Rov absent (de-leiteh kaman), purement statistique ('la plupart des bêtes du monde enfantent dans l'année') : même les sages ne le suivent pas. D'où le safek de R. Ishmael, compatible avec les sages.

🖼️ Schéma
Deux sortes de majorité (rov) : Ravina distingue Rov de-iteh kaman majorité PRÉSENTE devant nous - neuf boutiques (kacher) vs une - Sanhédrin (12 acquittent, 11 non) Les sages SUIVENT le rov l'objet et la source sont examinables Rov de-leiteh kaman majorité ABSENTE (statistique) - 'la plupart des bêtes enfantent dans l'année' (bêtes du monde entier) Les sages ne suivent PAS le rov objection : minor / minora et yavam ?
Rov présent vs rov absent (statistique).
10
וְהָא קָטָן וּקְטַנָּה, דְּרֻובָּא דְּלֵיתֵיהּ קַמַּן, וְקָאָזְלִי רַבָּנַן בָּתַר רֻובָּא, דִּתְנַן: קָטָן וּקְטַנָּה לֹא חוֹלְצִין וְלֹא מְייַבְּמִין, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. אָמְרוּ לוֹ: יָפֶה אָמַרְתָּ שֶׁאֵין חוֹלְצִין, ״אִישׁ״ כָּתוּב בַּפָּרָשָׁה, וּמַקְּשִׁינַן אִשָּׁה לְאִישׁ.

Mais voici [le cas d']un garçon [mineur] et d'une fille [mineure], qui est une majorité non présente devant nous (rov de-leiteh kaman), et [pourtant] les sages y suivent la majorité ! Car nous avons appris (michna) : un garçon [mineur] et une fille [mineure] ne font pas la Halitsa et ne font pas le yboum (lévirat), paroles de Rabbi Meir.

Ils lui dirent : tu as bien dit qu'ils ne font pas la Halitsa, car 'ich' (un homme [adulte]) est écrit dans la section [de la Torah], et nous rapprochons (makchinan) la femme de l'homme.

🗂️ Tossefot (1)
אִישׁ כְּתַב רַחֲמָנָא וּמַקְּשִׁינַן אִשָּׁה לְאִישׁ מַשְׁמַע הָכָא דַּחֲלִיצַת קְטַנָּה פְּסוּלָה דְּאוֹרָיְיתָא כְּמוֹ קָטָן וְתֵימַהּ דִּבְמַתְנִי' בְּפֶרֶק מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת קד:) בִּירוּשַׁלְמִי גָּרְסִינַן הַחוֹלֶצֶת מִן הַקָּטָן חֲלִיצָתָהּ פְּסוּלָה קְטַנָּה שֶׁחָלְצָה תַּחְלֹוץ מִשֶּׁתַּגְדִּיל וְאִם לֹא חָלְצָה חֲלִיצָתָהּ כְּשֵׁרָה וְכֵן יֵשׁ בְּמִקְצָת סְפָרִים שֶׁלָּנוּ וְקָאָמַר בגמ' זוֹ דִּבְרֵי ר' מֵאִיר דְּקָאָמַר אִישׁ כָּתַב בַּפָּרָשָׁה וּמַקְּשִׁינַן אִשָּׁה לְאִישׁ מַשְׁמַע דְּמוֹדֶה ר' מֵאִיר דַּחֲלִיצָתָהּ כְּשֵׁרָה דִּיעֲבַד אֶלָּא לְכַתְּחִלָּה אֵינָהּ חוֹלֶצֶת וּלְרַבָּנָן חוֹלֶצֶת אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה וּבַיְּרוּשַׁלְמִי נָמֵי מוֹקֵים לָהּ כְּר' מֵאִיר וּבְרוֹב סְפָרִים שֶׁלָּנוּ גָּרְסִינַן חֲלִיצָתָהּ פְּסוּלָה אֲבָל קָשֶׁה דְּא"כ יְלַמְּדֶנָּה בַּהֲדֵי אִינָךְ דְּקָתָנֵי בְּבָבָא דִּלְעֵיל חֵרֵשׁ וְחֵרֶשֶׁת וְקָטָן וְלִיתְנֵי הָכִי הַחֵרֵשׁ שֶׁנֶּחְלַץ וְהַחֵרֶשֶׁת שֶׁחָלְצָה וְהַחוֹלֶצֶת מִן הַקָּטָן וּקְטַנָּה שֶׁחָלְצָה חֲלִיצָתָן פְּסוּלָה וְעוֹד דְּמַאי שְׁנָא דְּגַבֵּי קְטַנָּה קָתָנֵי תַּחֲלֹוץ מִשֶּׁתִּגְדַּל וְגַבֵּי קָטָן לָא תָּנֵי הָכִי וְעוֹד דִּפְשִׁיטָא כֵּיוָן דַּחֲלִיצָתָהּ פְּסוּלָה דְּתַחֲלֹוץ מִשֶּׁתַּגְדִּיל לָכֵן נִרְאֶה דְּגָרְסִי כְּשֵׁרָה כְּמוֹ בִּירוּשַׁלְמִי וצ"ל דִּדְרָשָׁא דְּהָכָא דְּמַקְשִׁינַן אִשָּׁה לְאִישׁ אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הִיא וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דְּגָזְרִינַן אִשָּׁה אַטּוּ אִישׁ אִי נָמֵי גָּזְרִינַן חֲלִיצָה אַטּוּ יִבּוּם וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּקָאָמַר בַּגְּמָרָא דְּהַהִיא מִשְׁנָה דְּגָרְסִי' הָתָם חֲלִיצָתָהּ כְּשֵׁרָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי יוֹסֵי בְּעָא קוּמִי רַבִּי מַה בֵּין קָטָן מַה בֵּין קְטַנָּה אֲמַר לֵיהּ אִישׁ כָּתַב בַּפָּרָשָׁה בְּרַם הָכָא וְנִגְּשָׁה יְבִמְתּוֹ אֵלָיו לְעֵינֵי הַזְּקֵנִים מ"מ ר' מְנָא אֲמַר לָהּ סְתָם רַבִּי יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא כָּהֲנָא בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן דְּרַבִּי מֵאִיר הִיא דְּאָמַר אֵין חוֹלְצִין וְאֵין מְיַבְּמִין אֶת הַקְּטַנָּה שֶׁמָּא תִּמָּצֵא אַיְילוֹנִית מַשְׁמַע דְּכֻולָּהּ חַד טַעְמָא הִיא וּמִיהוּ אֵין נִרְאֶה דְּהָא רַבָּנָן אָמְרִי לֵיהּ יָפֶה אָמַרְתָּ שֶׁאֵין חוֹלְצִין כו' וְאֵין מְיַבְּמִין אֶת הַקְּטַנָּה שֶׁמָּא תִּמָּצֵא אַיְילוֹנִית וּבַיְּרוּשַׁלְמִי אֵין מַזְכִּיר כִּי אִם טַעַם יִבּוּם אֲבָל טַעְמָא דְּאֵין חוֹלְצִין אִם הוּא מִדְּרַבָּנָן הָוֵי גְּזֵירָה אִשָּׁה אַטּוּ אִישׁ וּלְמַאי דְּגָרְסִינַן בַּסְּפָרִים שֶׁלָּנוּ פְּסוּלָה יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּלָא עָרֵיב לֵיהּ בַּהֲדֵי חֵרֵשׁ וְחֵרֶשֶׁת וְקָטָן מִשּׁוּם דְּהָנְהוּ ככו"ע וּבִקְטַנָּה אִיכָּא פְּלֻוגְתָּא וְהָא דִּתְנָא תַּחֲלֹוץ מִשֶּׁתַּגְדִּיל לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּדַוְקָא לָמֶ"ד פְּסוּלָה תַּחֲלֹוץ מִשֶּׁתַּגְדִּיל אֲבָל לְמ"ד כְּשֵׁרָה אַפִּי' לְכַתְּחִלָּה לֹא תַּחֲזֹור וְתַחֲלֹוץ וְעוֹד י"ל דְּלָמֶ"ד בְּרֵישׁ כָּל הַגֵּט (גִּיטִּין כה.) קָטָן וְאַנִּפְלַיָּא פְּסוּלִין וְאֵין פּוֹסְלִין אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן גַּבֵּי קְטַנָּה תַּחֲלֹוץ לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּחֲלִיצָה פְּסוּלָה וּפוֹסֶלֶת עַל הָאַחִים וש"מ אֵינָהּ מִתְיַיבֶּמֶת:
'La Torah a écrit 'ich' et nous rapprochons la femme de l'homme' — il ressort d'ici que la Halitsa d'une mineure est invalide de par la Torah (de-oraita), comme celle d'un mineur. Et c'est étonnant : dans la michna du chapitre 'Mitsvat Halitsa' (Yevamot 105b), le Talmud de Jérusalem lit 'celle qui fait la Halitsa avec un [yavam] mineur, sa Halitsa est invalide ; une mineure qui a fait la Halitsa refera la Halitsa une fois adulte, et si elle ne l'a pas refaite, sa Halitsa est valide' — de même dans certains de nos livres — et la Guemara [de Jérusalem] dit que ce sont les paroles de R. Meir, qui dit 'ich est écrit dans la section, et nous rapprochons la femme de l'homme' : ce qui laisse entendre que R. Meir concède que sa Halitsa est valide à posteriori (bediavad), seulement à priori (le-hatHila) elle ne fait pas la Halitsa ; et pour les sages elle fait la Halitsa même à priori. Le Talmud de Jérusalem aussi l'établit comme [étant selon] R. Meir. Mais dans la plupart de nos livres on lit 'sa Halitsa est invalide'. Or c'est difficile : s'il en est ainsi, qu'il l'enseigne avec les autres cas enseignés dans la clause précédente — 'un sourd, une sourde, un mineur' — et qu'il enseigne ainsi : 'le sourd qui a fait la Halitsa, la sourde qui a fait la Halitsa, et celle qui fait la Halitsa avec un mineur, et une mineure qui a fait la Halitsa — leur Halitsa est invalide' ! De plus, pourquoi, à propos de la mineure, enseigne-t-il 'elle refera la Halitsa une fois adulte', alors qu'à propos du mineur il n'enseigne pas ainsi ? De plus, cela va de soi : puisque sa Halitsa est invalide, [il est évident] qu'elle refera la Halitsa une fois adulte ! C'est pourquoi il paraît [préférable] de lire 'valide', comme dans le Talmud de Jérusalem. Et il faut dire que l'exégèse d'ici — 'nous rapprochons la femme de l'homme' — n'est qu'un appui (asmakhta) ; la raison [réelle] est qu'on décrète [pour] la femme à cause de l'homme, ou bien qu'on décrète [pour] la Halitsa à cause du yboum. C'est aussi ce que laisse entendre le Talmud de Jérusalem [...]. Toutefois cela ne paraît pas [concluant], car les sages lui disent 'tu as bien dit qu'ils ne font pas la Halitsa, etc.' et 'on ne fait pas le yboum d'une mineure, de peur qu'elle se révèle ailonit' ; or le Talmud de Jérusalem ne mentionne que la raison du yboum. Mais la raison [du fait qu']ils ne font pas la Halitsa, si elle est rabbinique, relève d'un décret [pour] la femme à cause de l'homme. Et selon la version de nos livres 'invalide', on peut expliquer qu'il ne l'a pas mêlée aux [cas du] sourd, de la sourde et du mineur parce que ceux-là font l'unanimité, alors que pour la mineure il y a divergence ; et ce qu'il enseigne 'elle refera la Halitsa une fois adulte' vient nous apprendre que c'est précisément selon celui qui dit 'invalide' qu'elle refera la Halitsa une fois adulte, mais selon celui qui dit 'valide', même à priori elle ne refera pas la Halitsa. On peut encore dire : selon celui qui lit au début de 'Kol ha-guet' (Guittin 25a) 'un mineur et un anpalya sont invalides mais ne rendent pas [autrui] invalide', il fallait nous apprendre à propos de la mineure 'elle fera la Halitsa' pour nous enseigner que sa Halitsa est invalide et pourtant rend les frères invalides [pour le yboum] ; conclus-en aussi qu'elle ne fait pas le yboum.
💡 Explication

Objection contre Ravina. Le cas du mineur/mineure au lévirat repose sur un rov absent (statistique), et pourtant les sages y suivent la majorité. Michna : selon R. Meir un mineur et une mineure ne font ni Halitsa (déliement du lévirat) ni yboum. Les sages concèdent pour la Halitsa, car le verset dit 'ich' (un homme adulte) ; et la femme est assimilée (hekech) à l'homme — donc une mineure non plus ne fait pas la Halitsa.

11
מַה טַעַם אֵין מְייַבְּמִין? אָמַר לָהֶם: קָטָן — שֶׁמָּא יִמָּצֵא סָרִיס, קְטַנָּה — שֶׁמָּא תִּמָּצֵא אַיְילוֹנִית, וְנִמְצְאוּ פּוֹגְעִין בְּעֶרְוָה.

Quelle est la raison pour laquelle ils ne font pas le yboum ? Il leur dit : le garçon [mineur] — de peur qu'il ne se révèle eunuque (saris) ; la fille [mineure] — de peur qu'elle ne se révèle ailonit (femme stérile à développement atrophié) ; et l'on se trouverait alors atteindre une erva (une union interdite).

📜 Rachi (1)
פּוֹגְעִין בְּעֶרְוָה דְּכֵיוָן דְּאֵינָהּ רְאוּיָה לְהוֹלִיד לָא קָרֵינַן בְּהוּ וְהָיָה הַבְּכוֹר אֲשֶׁר תֵּלֵד וּפָקְעָה מֵהֶן תּוֹרַת יִיבּוּם וְקִיְּימוּ בְּאִיסּוּר (בְּייִבּוּם) אֵשֶׁת אָח:
Ils atteignent une erva — car, dès lors qu'elle n'est pas apte à enfanter, on ne lit pas à leur sujet 'et le premier-né qu'elle enfantera' (Dt 25:6) ; la loi du yboum s'annule pour eux et ils demeureraient dans l'interdit de 'l'épouse du frère' (echet aH).
🗂️ Tossefot (1)
קָטָן שֶׁמָּא יִמָּצֵא סָרִיס וא"ת לָמֶ"ד בְּפֶרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף פ:) סִימָנֵי סָרִיס עַד שֶׁיְּהֵא בְּכֻולָּן נֶיחֱזֵי אִי מַשְׁתִּין עוֹשֶׂה כִּיפָּה וי"ל דְּהֵיכָא דְּלָא הֵבִיא סִימָנִין עַד רוֹב שְׁנוֹתָיו חֲשִׁיב סָרִיס בְּלֹא סִימָנֵי סָרִיס כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' הֶעָרֵל (שָׁם:) וּבְנִדָּה (דַּף מז:) וְכִי לֹא עָלוּ סִימָנֵי סָרִיס עַד כַּמָּה עַד רוֹב שְׁנוֹתָיו:
'Le mineur, de peur qu'il ne se révèle saris' — on objectera : selon celui qui dit au chapitre 'ha-Arel' (Yevamot 80b) que [pour] les signes du saris [il faut] qu'ils soient tous présents, voyons donc [aussi] s'il urine [en formant] une voûte (indice qu'il n'est pas saris) ! On peut répondre : la où [le mineur] n'a pas produit de signes [de puberté] jusqu'à la plus grande partie de ses années, il est considéré comme saris même sans les signes du saris, comme nous disons au chapitre 'ha-Arel' (ibid.) et dans Nidda (47b) : 'et jusqu'à quand les signes du saris ne montent-ils pas [encore] ? Jusqu'à la plus grande partie de ses années.'
💡 Explication

R. Meir explique son refus du yboum pour les mineurs par un souci statistique. Le mineur pourrait se révéler saris (eunuque, incapable de procréer) ; la mineure, ailonit (femme stérile à développement atrophié). En ces cas la mitsva de lévirat ne s'applique pas (elle vise à susciter une descendance au frère défunt), et l'union avec la belle-sœur redeviendrait une erva (l'épouse du frère, interdite).

12
וְרַבָּנָן, זִיל בָּתַר רֻובָּא קְטַנִּים, וְרֹוב קְטַנִּים לָאו סָרִיסִים נִינְהוּ; זִיל בָּתַר קְטַנּוֹת, וְרֹוב קְטַנּוֹת לָאו אַיְילוֹנִית נִינְהוּ!

Et les sages [répondent] : suis la majorité des garçons [mineurs] — or la plupart des garçons ne sont pas des eunuques (sarisim) ; suis [la majorité] des filles [mineures] — or la plupart des filles ne sont pas des ailonit !

💡 Explication

Réponse des sages à R. Meir : il faut suivre la majorité. La plupart des mineurs ne sont pas sarisim, la plupart des mineures ne sont pas ailonit ; on n'a donc pas à craindre ces minorités, et le yboum est permis. Cela montre que les sages suivent bien une majorité absente (statistique) — ce qui refait problème pour la réponse de Ravina.

13
אֶלָּא אָמַר רָבָא:

Plutôt, Rava dit : [...]

💡 Explication

Rejet de l'explication précédente. Rava va proposer une autre distinction pour concilier les cas (le développement se poursuit au début du folio suivant, 20a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).