Bekhorot 20b — tinouf, lait et statut de bekhor : la mise bas à mois incomplets, la controverse Akiva/Yehochoua sur le lait, la minorité (miut), et la chevrette dîmée en une année

Bekhorot 20b

Sougya : La Guemara achève d'expliquer la position de R. Yehochoua sur le tinouf (écoulement utérin) : selon sa tradition (le-gamreih) une bête ne met pas bas 'à mois incomplets', mais selon son propre raisonnement (le-savreih) si — d'où l'exemption du veau suivant ; une variante ramène le litige au principe miktsat ha-yom ke-koulo (une fraction de jour vaut un jour entier).

On expose ensuite R. Akiva ('je ne suis pas parvenu à cette mesure...'), et R.

Hanina de Soura précise la nafka mina : le lait (halav) exempte-t-il ? R.

Akiva suit la majorité des bêtes (qui ne donnent du lait qu'après avoir mis bas) ; R. Yehochoua tient compte de la minorité qui donne du lait sans mise bas.

Une objection tirée de Yevamot 119a (R. Yehochoua ne craint pas une minorité) force à inverser (eipoukh) les positions.

Enfin, une baraita sur la chevrette qui, avec ses filles et petites-filles, atteint dix bêtes de la même année et entre dans l'enclos (dir) pour le maaser behema ; R. Chimon témoigne l'avoir vue dîmée dans sa première année, et la Guemara analyse pourquoi la baraita impose des portées de trois.

Le tinouf (écoulement) exempte-t-il le veau suivant du statut de bekhor ? La brebis a eu un écoulement, puis met bas DANS sa première année : ce veau est-il un vrai fétus antérieur (donc dispense) ? R. Yehochoua (le-savreih : son raisonnement) R. Yehochoua (le-gamreih : sa tradition) On DIT : mise bas à mois incomplets (yoledet li-mekouta'in) ; possible qu'elle ait conçu après 30 j. et mis bas avant l'an On ne DIT pas mois incomplets ; donc si elle met bas dans l'année, la gestation chevauche le tinouf : pas un fétus séparé le tinouf EXEMPTE le veau suivant le tinouf N'EXEMPTE PAS Variante (ibaéit eima) : nul ne dit mois incomplets ; le litige porte sur miktsat ha-yom ke-koulo le-savreih : miktsat ha-yom ke-koulo le-gamreih : PAS miktsat ha-yom ke-koulo une fraction du 30e jour compte comme un jour entier -> peut naître juste avant l'an il faut un jour plein -> la naissance la plus précoce tombe au 1er jour de l'an 2 miktsat ha-yom ke-koulo = une partie du jour vaut le jour entier (principe de comput). li-mekouta'in = à [mois] tronqués/incomplets (gestation raccourcie).
Les deux lectures de R. Yehochoua sur le tinouf (segments 0-1).
Le lait (halav) exempte-t-il ? R. Akiva contre R. Yehochoua Une bête se met à donner du lait ; on ne l'a pas vue mettre bas. Son prochain petit est-il bekhor ? R. Akiva R. Yehochoua le lait EXEMPTE On suit la majorité (rov) des bêtes : la plupart ne donnent du lait que si elles ont mis bas -> pas de bekhor : déjà mère le lait N'EXEMPTE PAS Il y a une minorité (miut) de bêtes qui donnent du lait sans avoir mis bas -> bekhor douteux : on tient compte du miut Difficulté (segment 6) : R. Yehochoua ne tient d'ordinaire PAS compte d'une minorité (cf. Yevamot 119a). D'où : INVERSER (eipoukh) les positions -> R. Yehochoua : le lait exempte.
La controverse sur le lait et le renversement des positions (segments 3-6).
La chevrette qui atteint le maaser behema en une seule année Il faut 10 bêtes nées dans la même année (Eloul à Eloul) pour entrer dans l'enclos (dir) et dîmer. La chevrette Fille 1 Fille 2 Fille 3 3 filles + 9 petites-filles = 12 bêtes de la même année (au-delà des 10 requis). Toutes entrent ensemble dans l'enclos pour être dîmées (le-hit'aser). On dit "filles" (nekevot) : des mâles eussent été bekhorot et exclus du compte.
La chevrette qui atteint le maaser en une année (segments 7-8).
1
לִגְמָרֵיהּ — לָא אָמְרִינַן יוֹלֶדֶת לִמְקֻוטָּעִין, לִסְבָרֵיהּ — אָמְרִינַן יוֹלֶדֶת לִמְקֻוטָּעִין.

Selon sa tradition (le-gamreih) [= la position des Sages qu'il a reçue], nous ne disons pas qu'[une bête] met bas à [mois] incomplets (yoledet li-mekouta'in) ; selon son propre raisonnement (le-savreih), nous disons qu'elle met bas à [mois] incomplets.

📜 Rachi (2)
לִגְמָרֵיהּ לָא אָמְרִינַן יוֹלֶדֶת לִמְקֻוטָּעִין הִלְכָּךְ לָא נְקַט סוֹף שִׁשָּׁה:
Selon sa tradition, nous ne disons pas qu'elle met bas à [mois] incomplets — c'est pourquoi il n'a pas pris (mentionné) la fin du sixième [mois].
לִסְבָרֵיהּ אָמְרִינַן דְּלָא גָּמַר בְּהֵמָה מֵאִשָּׁה. מִקְצָת יוֹם אַחֲרוֹן שֶׁל חֹדֶשׁ חֲמִישִׁי לְעִבּוּרָהּ כְּכֻולָּהּ וְיוֹלֶדֶת בּוֹ בַּיּוֹם הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ אִית לָן דִּזְעֵירִי וְנִתְעַבְּרָה בְּמַרְחֶשְׁוָן יוֹלֶדֶת בְּיוֹם אַחֲרוֹן שֶׁל אֲדָר דְּהָוֵי שְׁנָתוֹ:
Selon son raisonnement, nous disons — car [selon lui] la bête ne se déduit pas [par analogie] de la femme. Une partie du dernier jour du cinquième mois de gestation vaut comme le tout, et elle met bas ce jour-là ; c'est pourquoi, même si nous suivons Ze'iri et qu'elle a conçu en Marheshvan, elle met bas le dernier jour d'Adar, ce qui reste [dans le cadre de] son année.
💡 Explication

La Guemara distingue deux registres chez R. Yehochoua. Selon la tradition qu'il a reçue (le-gamreih), une bête ne met pas bas à mois incomplets (li-mekouta'in, gestation raccourcie) : donc, si elle met bas dans sa première année, la conception a suivi de peu le tinouf et le veau n'est pas un fétus antérieur. Selon son propre raisonnement (le-savreih), elle peut mettre bas à mois incomplets : la conception a pu être plus tardive, la gestation plus courte, et le tinouf exempte alors le veau suivant.

🖼️ Schéma
Le tinouf (écoulement) exempte-t-il le veau suivant du statut de bekhor ? La brebis a eu un écoulement, puis met bas DANS sa première année : ce veau est-il un vrai fétus antérieur (donc dispensé) ? R. Yehochoua (le-savreih : son raisonnement) R. Yehochoua (le-gamreih : sa tradition) On DIT : mise bas à mois incomplets (yoledet li-mekouta'in) ; possible qu'elle ait conçu après 30 j. et mis bas avant l'an On ne DIT pas mois incomplets ; donc si elle met bas dans l'année, la gestation chevauche le tinouf : pas un fétus séparé le tinouf EXEMPTE le veau suivant le tinouf N'EXEMPTE PAS Variante (ibaeit eima) : nul ne dit mois incomplets ; le litige porte sur miktsat ha-yom ke-koulo le-savreih : miktsat ha-yom ke-koulo le-gamreih : PAS miktsat ha-yom ke-koulo une fraction du 30e jour compte comme un jour entier -> peut naître juste avant l'an il faut un jour plein -> la naissance la plus précoce tombe au 1er jour de l'an 2 miktsat ha-yom ke-koulo = une partie du jour vaut le jour entier (principe de comput). li-mekouta'in = à [mois] tronqués/incomplets (gestation raccourcie).
le-gamreih (tradition) contre le-savreih (raisonnement) chez R. Yehochoua.
2
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לָא אָמְרִינַן יוֹלֶדֶת, וְהָכָא בְּמִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ קָמִיפַּלְגִי. לִסְבָרֵיהּ — אָמְרִינַן מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ, לִגְמָרֵיהּ — לָא אָמְרִינַן מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ.

Et si tu veux, dis : nous ne disons pas [du tout] qu'elle met bas [à mois incomplets], et ici c'est sur [le principe] 'une partie du jour vaut comme le tout' (miktsat ha-yom ke-koulo) qu'ils divergent. Selon son raisonnement (le-savreih), nous disons 'une partie du jour vaut comme le tout' ; selon sa tradition (le-gamreih), nous ne disons pas 'une partie du jour vaut comme le tout'.

📜 Rachi (2)
מִקְצָת הַיּוֹם שֶׁגָּמַר חֹדֶשׁ חֲמִישִׁי אוֹ שֶׁל טִינּוּף:
Une partie du jour — [c'est-à-dire une partie du jour] qui achève le cinquième mois [de gestation], ou [le jour] du tinouf.
ה"ג לִגְמָרֵיהּ לָא אָמְרִינַן מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ:
Il faut lire ainsi (ha gaves) : 'selon sa tradition (le-gamreih), nous ne disons pas une partie du jour vaut comme le tout'.
💡 Explication

Explication alternative (ve-ibaeit eima) : personne ne parle de mois incomplets ; le désaccord porte sur le principe miktsat ha-yom ke-koulo (une fraction de jour compte comme un jour entier). Pour le raisonnement de R. Yehochoua, on applique ce principe : une partie du 30e jour après le tinouf suffit, la bête peut alors mettre bas juste avant la fin de l'année. Pour sa tradition, on ne l'applique pas : il faut un jour plein, donc la naissance la plus précoce tombe déjà au premier jour de la seconde année.

3
אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: אֲנִי לֹא בָּאתִי לִידֵי מִדָּה זוֹ, אֶלָּא כֹּל שֶׁיָּדוּעַ כּוּ׳. מַאי אִיכָּא בֵּין רַבִּי עֲקִיבָא לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ?

R. Akiva dit : moi, je ne suis pas parvenu à cette mesure (mida) [de calcul] ; plutôt, tout [cas] où il est connu [que la bête à déjà mis bas], etc.

Quelle différence (mai ika) y a-t-il entre R. Akiva et R.

Yehochoua ?

📜 Rachi (1)
מַאי אִיכָּא בֵּין ר' עֲקִיבָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ דְּבִבְצִיר מֵהָכִי מִי יָלְדָה:
Quelle différence y a-t-il entre R. Akiva et R. Yehochoua — [ne sont-ils pas d'accord] pour [dire] que dans un délai moindre que celui-là, met-elle bas ?
💡 Explication

La baraita rapporte l'avis de R. Akiva : il refuse la 'mesure' (mida, méthode de calcul par les mois). Pour lui, tout cas où il est connu que la bête à déjà enfanté, le kohen n'a rien ; ou il est connu qu'elle n'a pas enfanté, le petit va au kohen ; en cas de doute, le propriétaire le consomme avec son défaut. La Guemara demande : quelle nafka mina (différence pratique) entre R. Akiva et R. Yehochoua ?

4
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִסּוּרָא: חָלָב פּוֹטֵר אִיכָּא בֵּינַייְהוּ, רַבִּי עֲקִיבָא סָבַר: חָלָב פּוֹטֵר, הַלֵּךְ אַחַר רֹוב בְּהֵמוֹת, וְרֹוב בְּהֵמוֹת אֵין חוֹלְבוֹת אֶלָּא אִם כֵּן יוֹלְדוֹת, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר: הָא אִיכָּא מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת אַף עַל פִּי שֶׁאֵין יוֹלְדוֹת.

R. Hanina de Soura dit : le lait qui exempte (halav poter), voilà ce qu'il y a entre eux.

R. Akiva tient : le lait exempte — suis la majorité des bêtes (rov behemot), et la majorité des bêtes ne donnent du lait que si elles ont mis bas.

Et R. Yehochoua tient : il y a bien une minorité (miuta) [de bêtes] qui donnent du lait quoiqu'elles n'aient pas mis bas.

📜 Rachi (2)
חֵלֶב פּוֹטֵר אִם חוֹלֶבֶת אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ אוֹ שֶׁנּוֹלְדָה בְּבֵית יִשְׂרָאֵל לֹא רְאִינוּהָ יוֹלֶדֶת עַד לְאַחַר שְׁנָתָהּ וַהֲרֵי הִיא חוֹלֶבֶת:
Le lait exempte — si elle donne du lait, même dans son année, ou si elle est née dans une maison juive [et] que nous ne l'avons pas vue mettre bas jusqu'après son année, et que la voici donnant du lait.
ר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר טִינּוּף פּוֹטֵר וְלֹא חָלָב:
R. Yehochoua tient — [que seul] le tinouf exempte, mais non le lait.
🗂️ Tossefot (1)
חָלָב פּוֹטֵר אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ פָּסַק ר"ת דְּחָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר דִּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּכוֹרוֹת דַּף כד.) מַסְּקִינַן כְּרַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר בְּלוֹקֵחַ בְּהֵמָה מְנִיקָה מֵעוֹבֵד כּוֹכָבִים דִּפְטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה דְּלָא מְרַחֲמָא אא"כ יָלְדָה אֲבָל מִטַּעַם חָלָב לְחוּד לָא מִיפַּטְרָא אִי לָאו דְּאִיכָּא וָלָד בַּהֲדֵהּ דְּחָזֵינָא דִּמְרַחֲמָא לֵיהּ וּמְנִיקָתוֹ וּמִתּוֹךְ כָּךְ מְדַקְדֵּק ר"ת דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּחָיְישִׁינַן לְמִיעוּטָא הֵיכָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ כִּי הָכָא שֶׁהִיא בְּחֶזְקַת שֶׁלֹּא יָלְדָה וַאֲפִילּוּ לָא קַייְמָא לַן כְּרַבִּי מֵאִיר דִּמְטַהֵר בְּהַהִיא דְּרֹוב תִּינוֹקוֹת מְטַפְּחִים (נִדָּה דַּף יח:) מִטַּעַם סְמֹוךְ מִיעוּטָא לַחֲזָקָה לְהַחְמִיר מִיהָא חָיְישִׁינַן ואע"ג דבפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף יא:) מַשְׁמַע דְּאֵין הֲלָכָה כר"מ אֲפִילּוּ לְהַחְמִיר דְּקָאָמַר לר"מ דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא הֵיכִי אָכִיל בִּשְׂרָא מַשְׁמַע דְּאֵין הֲלָכָה כֵּן דְּלָא קָאָמַר הֵיכִי אָכְלִינַן בִּישְׂרָא מִכָּל מָקוֹם הֵיכָא דַּחֲזָקָה מְסַיַּיעְתּוֹ חָייְשִׁינַן וְהָכָא אִיכָּא חֲזָקָה דְּהַעֲמֵד בְּהֵמָה בְּחֶזְקַת שֶׁלֹּא יָלְדָה וְסָמוּךְ מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת ואע"פ שֶׁאֵינָן יוֹלְדוֹת לַחֲזָקָה וְהָא דְּאָמְרִינַן פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ג:) דְּרֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן וְלָא אָמְרִינַן סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּאֵין מֻומְחִין לַחֲזָקָה דִּבְהֵמָה בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת עַד שֶׁלֹּא נִשְׁחֲטָה הַהוּא רֻובָּא מָצוּי הוּא וּשְׁכִיחַ טוּבָא כָּעִנְיָן שֶׁמָּצִינוּ בְּרֵישׁ גִּיטִּין (דַּף ב:) וַאֲפִילּוּ לר"מ דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּט' סְתָם סָפְרֵי דְּדַייָּנֵי מִגְמָר גְּמִירִי וְהַמִּיעוּט לָא שְׁכִיחַ וְלָא חָייֵשׁ לֵיהּ ר"מ כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לב.) וְכֵן י"ל בְּהַהִיא דִּיבָמוֹת (דַּף קכא:) דָּמִים שֶׁאֵין לָהֶם סוֹף דְּדִיעֲבַד אִשְׁתּוֹ מֻותֶּרֶת וְלָא אָמְרִינַן סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּנִמְלָטִים לְחֶזְקַת אֵשֶׁת אִישׁ וּמַה שֶׁהֶחְמִירוּ שָׁם לְכַתְּחִלָּה מִשּׁוּם חוּמְרָא דְּאֵשֶׁת אִישׁ וְגוֹסֵס נָמֵי לָא אָזְלִינַן בֵּיהּ בָּתַר רֻובָּא לְהָעִיד עָלָיו לְהַשִּׂיא אֶת אִשְׁתּוֹ וְגַם בְּאַתְרָא דְּרֻובָּא מְסַבְּלִי וַהֲדַר מְקַדְּשִׁי וּמִיעוּט מְקַדְּשִׁי וַהֲדַר מְסַבְּלִי דְּאִיכָּא רֻובָּא וַחֲזָקָה לְהֶתֵּירָא חָיְישִׁינַן לְמִיעוּטָא לְהַחְמִיר לְפִי גִּירְסַת רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל בְּקִדּוּשִׁין בְּפֶרֶק שֵׁנִי (דַּף נ:) וְיֵשׁ לִתְמֹוהַּ אַהָא דְּפָרִיךְ הָכָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר חָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר מֵהָא דא"ר יְהוֹשֻׁעַ בִּיבָמוֹת (דַּף קיט.) יָצְתָה מְלֵיאָה אֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת כְּדִמְפָרֵשׁ דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא דִּזְכָרִים וְדֹוחַק מִתּוֹךְ כָּךְ לוֹמַר אִיפּוּךְ וּמַאי קָשֶׁה בְּהַהִיא דִּיבָמוֹת לֵיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵי מִיעוּטָא אֲבָל בַּהֲדֵי מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת אִיכָּא חֲזָקָה וּלְפִיכָךְ חָייֵשׁ וְעַל כְּרִחְיַן מַתְנִיתִין דְּהָתָם נָמֵי מוֹכְחָא דְּיֵשׁ חִילּוּק דְּרֵישָׁא דְּלָא תִּנָּשֵׂא וְלֹא תִּתְייַבֵּם כּוּ' מְפָרֵשׁ הָתָם מִטַּעַם סָמוּךְ מִיעוּט לַחֲזָקָה וְלָא פְּלִיג עָלֶיהָ ר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאֵין לוֹמַר דִּפְלִיג בְּסֵיפָא וה"ה בְּרֵישָׁא דְּאַדְּרַבָּה הֲוָה לֵיהּ לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּפְלִיג בְּרֵישָׁא ואע"ג דְּאִיכָּא חֲזָקָה וכ"ש בְּסֵיפָא וְי"ל כֵּיוָן דְּמַשְׁכַּח בָּרַיְיתָא אִיפְּכָא לָא חָשׁ מִלְּתָרֵץ מִיהוּ תֵּימַהּ דִּלְמַאי דְּמִפִּיךְ כ"ש דְּתִקְשֵׁי לָן דְּכָאן א"ר יְהוֹשֻׁעַ חָלָב פּוֹטֵר אַלְמָא לָא חָייֵשׁ לְמִעוּטָא ואע"ג דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ וּבְהַהִיא דִּיבָמוֹת מַשְׁמַע דְּלָא פְּלִיג ר' יְהוֹשֻׁעַ אֶלָּא בְּסֵיפָא אֲבָל בְּרֵישָׁא מוֹדֶה וְאִי הֲוָה אָמְרִינַן דְּלָא חֲשִׁיב מִיעוּט דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ מַה שֶׁהִיא בְּחֶזְקַת שֶׁלֹּא יָלְדָה שֶׁאַדְּרַבָּה הַעֲמֵד וָלָד בְּחֶזְקַת שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה שֶׁהוּא חֻולִּין בִּמְעֵי אִמּוֹ אָז הֲוָה אָתֵי שַׁפִּיר וְגַם הָא דְּצָרִיךְ לוֹמַר אִיפּוּךְ אֲבָל קָשֶׁה דְּא"כ ר"ש בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּסָבַר חָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר אַלְמָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא ואע"ג דְּלֵיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ וּבְרֵישׁ כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מ:) מַשְׁמַע דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּט וְלֹא גָּזַר שְׁאָר מְקוֹמוֹת אַטּוּ אוֹתוֹ מָקוֹם כִּדְגָזַר ר"מ מִטַּעַם דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּט וְעוֹד קַשְׁיָא דִּבְסוֹף אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף לט:) מ דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כר"מ בִּגְבִינוֹת בֵּית אוּנְיָיקֵי דִּסְתָמָא כְּר' מֵאִיר וְטַעֲמָא דְּר"מ מִשּׁוּם דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּט כְּדִמְפָרֵשׁ בְּהַהוּא פִּרְקָא ובפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ה:) דְּר' יוֹחָנָן אָכַל מִשְּׁחִיטַת כּוּתִי וְלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּט הַחֲשׁוּדִים כִּדְקָאָמַר ר"מ הָתָם גַּבֵּי יֵינָם אע"ג דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ דְּלָא נִשְׁחֲטָה וְי"ל דְּאִיכָּא סְתָמֵי טוּבָא דְּלָא חָיְישִׁינַן לְמִיעוּטָא וְעוֹד דְּהָתָם סָתַם וְאַחַ"כּ מַחֲלֹוקֶת בְּרֵישׁ כָּל הַצְּלָמִים פְּלוּגְתָּא דְּר"מ וְרַבָּנָן אֲבָל עוֹד ק' דִּלְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף כד) מַשְׁמַע דְּר' יוֹחָנָן אִית לֵיהּ הֲלָכָה כְּר"ש בֶּן גַּמְלִיאֵל גַּבֵּי הַהוּא דְּרָאָה חֲזִיר כָּרוּךְ אַחַר רָחֵל וְיֵשׁ לְתָרֵץ דְּאֵין לְהַחְזִיק כָּל הַכּוּתִים כִּרְשָׁעִים אֶלָּא לְהָרָשָׁע לְבַדּוֹ וְעוֹד קָשֶׁה דִּבְפֶ' עֲשָׂרָה יוּחֲסִין (קִדּוּשִׁין דַּף פ.) גַּבֵּי רֹוב תִּינוֹקוֹת מְטַפְּחִים מַשְׁמַע דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּרַבָּנָן דְּקָתָנֵי שְׁנֵי דְּבָרִים אֵין בָּהֶם דַּעַת לִישָּׁאֵל וַעֲשָׂאוּם חֲכָמִים כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן דַּעַת לִישָּׁאֵל וּמִיהוּ מָצִינוּ לְמֵימַר דִּלְעוֹלָם כִּדְאָמַר דְּמִילְּתֵיהּ דְּר"ש בֶּן גַּמְלִיאֵל סָבַר ר' יוֹחָנָן כְּוָותֵיהּ בְּהַהִיא דְּמַשְׁמַע דְּמִדְּפָטַר מִטַּעַם דְּלָא מְרַחֲמָא לְהָנִיק אא"כ יָלְדָה וְנָפְקָא מִינָּהּ הֵיכָא דְּחָזֵינַן דַּהֲוָה לָהּ חָלָב קֹודֶם לֵידָה [אִם אַחַ"כּ רְאִינוּהָ מְנִיקָה] דְּהַהִיא לָא מִיפַּטְרָא מִטַּעַם חָלָב אִי לָאו טַעְמָא דְּלָא מְרַחֲמָא וּלְפִי זֶה אֶפְשָׁר דְּהָוֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל סָבַר חָלָב פּוֹטֵר וְאֵין רְאָיָה הַשְׁתָּא לר"ת לְמִיעוּט הֵיכָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ מֵהָא דְּפָסְקִינַן הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּר"ש בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּאָמַר כֹּל שֶׁשָּׁהָה ל' יוֹם בָּאָדָם אֵינוֹ נֵפֶל הָא לֹא שָׁהָה סְפֵיקָא הָוֵי וּמְפָרֵשׁ אִם לָאו כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ נָפַל מִן הַגָּג אוֹ אֲכָלוֹ אֲרִי אַלְמָא חָיֵישׁ לְמִיעוּט נְפָלִים וּבְרֵישׁ כָּל הַצְּלָמִים לָא חָיֵישׁ לְמִיעוּט וּבְלָאו קַשְׁיָא דְּרַשְׁבָּ"ג קַשְׁיָא נָמֵי הִלְכְתָא אַהִלְכְתָא דְּלָא חָיְישִׁינַן לְמִיעוּט כִּדְמַשְׁמַע בְּחֻולִּין דְּלָא פָּרֵיךְ הֵיכִי אָכְלִינַן בִּישְׂרָא וּבְהַהִיא דְּשַׁבָּת (דַּף קלו.) קַייְמָא לַן כְּרַשְׁבָּ"ג כִּדְמוֹכַח הָתָם וְי"ל דְּמִן הַדִּין הָיָה לָנוּ לִפְסֹוק כְּרַבָּנָן וְאַדְּרַבָּנָן סָמְכִינַן בִּשְׁעַת הַדְּחָק כִּדְמוֹכַח בְּהַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף לז.) אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן הֶחְמִירוּ בִּיבָמָה הוֹאִיל וּמֵת תּוֹךְ שְׁלֹשִׁים ואע"פ שֶׁנָּפַל מִן הַגַּג אוֹ אֲכָלוֹ אֲרִי שֶׁמָּא יִשְׁתַּקַּע הַדָּבָר וְיֹאמְרוּ הָעוֹלָם שֶׁפִּיהֵק וּמֵת וְיָבֹא לִידֵי לַעַז וְקִלְקוּל וּלְכָךְ עֲשָׂאוּהוּ כְּסָפֵק גַּם לְעִנְיַן אֲבֵילוּת שֶׁלֹּא יָבֹא לְהָקֵל בָּעֵדוּת וְעוֹד שֶׁבְּכָל מָקוֹם הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּאָבֵל וּבְלֹא שָׁהָה ח' יָמִים בַּבְּהֵמָה הֶעֱמִידוּ כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּאִי לָא הָא לָא קָיְימָא הָא וְעוֹד דְּמִשּׁוּם הִיא גּוּפָהּ שֶׁאִם נַתִּיר לְשׁוֹחֲטוֹ לְאָוכְלוֹ כְּשֶׁהוּא בָּרִיא יָכוֹל לְשׁוֹחֲטוֹ כְּשֶׁהוּא חוֹלֶה וְקָרוֹב לְפִיהוּק שֶׁל מִיתָה דְּהַשְׁתָּא אִיכָּא רֵיעוּתָא וְאֵין לְדַקְדֵּק דָּר' שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לֹא חָיֵישׁ לְמִיעוּט מֵהָא דְּחָיְישִׁי לְמִיעוּט רַבִּי עֲקִיבָא וְר' טִרְפוֹן בְּפֶ' קַמָּא דְמַכּוֹת (דַּף ז. וְשָׁם ד"ה דִּילְמָא) שֶׁמָּא בִּמְקוֹם סַייִף הֲוָה נֶקֶב וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל קָאָמַר אַף הֵן מַרְבִּים שׁוֹפְכֵי דָּמִים בְּיִשְׂרָאֵל דְּדִילְמָא הָתָם הוּא דְּלָא חָייֵשׁ מִשּׁוּם דְּחָשְׁבִינַן כְּלֹא אֶיפְשָׁר שֶׁאִם כֵּן לֹא יֵהָרֵג אָדָם לְעוֹלָם וַאֲפִילּוּ ר' מֵאִיר מוֹדֶה כִּדְקָאָמַר בפ"ק דְּחֻולִּין (ד' יא:) וְהָא דְּבָעֵי לְמֵימַר לְרַבִּי עֲקִיבָא דְּחָלָב פּוֹטֵר וְלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּט הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי מֵהַהִיא דְּמַכּוֹת דְּחָיֵישׁ שֶׁמָּא בִּמְקוֹם סַייִף נֶקֶב הֲוָה וְרַשְׁבָּ"ג קָאָמַר דְּלָא חָייֵשׁ אֶלָּא דְּלָא רָצָה לְהַאֲרִיךְ וְעוֹד אֵין נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם לְפָרֵשׁ כְּלָל טַעְמַיְיהוּ מִשּׁוּם דְּחָיְישִׁי לְמִיעוּטָא דִּבְהֶדְיָא חֲשִׁיב לֹא אֶפְשָׁר בפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף יא: וְשָׁם) אֶלָּא אָמְרִי רַבָּנָן דִּכְשֶׁהָיוּ שׁוֹאֲלִים לָעֵדִים רְאִיתֶם אִם בִּמְקוֹם סַייִף נֶקֶב הֲוָה וְהֵם אוֹמְרִים אֵין אָנוּ יוֹדְעִים בָּטְלָה עֵדוּתָם אע"פ שֶׁאִם לֹא הָיוּ שׁוֹאֲלִין הָיָה נֶהֱרָג מִידִי דַּהֲוָה זֶה אוֹמֵר בְּסַיִיף הֲרָגוֹ וְזֶה אוֹמֵר בַּאֲרִירָן הֲרָגוֹ דְּאֵין זֶה נָכוֹן אע"ג דְּאִי לָא שָׁיְילִינַן לְהוּ הֲוָה נֶהֱרָג וְלָא חָיְישִׁינַן דְּדִילְמָא אִי שָׁיְילִינַן מִינַּייְהוּ הָוֵי מַכְחֲשִׁי אַהֲדָדֵי וּמִיהוּ אֵין זֶה קֻושְׁיָא לְחָושְׁבוֹ כְּלֹא אֶיפְשָׁר דְּאֶיפְשָׁר כְּגוֹן שֶׁנִּתְגַּלָּה קְרוּם שֶׁל מוֹחַ וְרָאוּהוּ עֲדַיִין שָׁלֵם וּבְחֻולִּין דְּחָשְׁבִינַן לֵיהּ לֹא אֶיפְשָׁר לְפִי שֶׁדֹּוחַק לְהַעֲמִיד בּוֹ הַפָּסוּק וּמַאן דְּפָטַר סָבַר שַׁבְקֵיהּ לִקְרָא דִּדְחִיק וּמוֹקֵים אַנַּפְשֵׁיהּ:
Le lait qui exempte, voilà ce qu'il y a entre eux — Rabbenou Tam a tranché que le lait n'exempte pas, car plus loin dans ce chapitre (Bekhorot 24a) nous concluons comme Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit, à propos de celui qui achète à un idolâtre une bête qui allaite, qu'elle est exempte de la bekhora, car [une bête] n'a de l'affection [pour un petit et ne l'allaite] que si elle a mis bas ; mais du seul fait du lait elle ne serait pas exemptée, s'il n'y avait un petit avec elle dont nous voyons qu'elle a de l'affection et qu'elle l'allaite. De là, Rabbenou Tam déduit que telle est la halakha : nous craignons pour la minorité (miut) là où il y a une hazaka (présomption) avec elle, comme ici où [la bête] à la présomption de ne pas avoir mis bas ; et même si nous ne tenons pas comme R. Meir qui déclare pur dans le cas de 'la majorité des enfants qui tapotent [des murs impurs]' (Nidda 18b) au titre de 'adjoins la minorité à la présomption', du moins pour aggraver (le-hahmir) nous craignons [pour la minorité]. Et bien qu'au premier chapitre de Houllin (11b) il apparaisse que la halakha n'est pas comme R. Meir même pour aggraver — car [la Guemara] dit à R. Meir, qui craint pour la minorité : comment mange-t-il de la viande ? — ce qui implique que la halakha n'est pas ainsi (puisqu'elle ne dit pas 'comment mangeons-nous de la viande'), néanmoins là où une hazaka le seconde nous craignons [pour la minorité] ; et ici il y a une hazaka, [à savoir] 'maintiens la bête dans la présomption de ne pas avoir mis bas', et adjoins la minorité des [bêtes] qui donnent du lait sans avoir mis bas à cette présomption. Et ce que nous disons au premier chapitre de Houllin (3b), que 'la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts (moumhin)', et que nous ne disons pas 'adjoins la minorité de ceux qui ne sont pas experts à la présomption [d'interdit]' — [c'est] parce que la bête se tient dans la présomption d'interdit tant qu'elle n'a pas été abattue [donc la hazaka joue dans l'autre sens], et [de plus] cette majorité est fréquente et très répandue, à la manière de ce que nous trouvons au début de Guittin (2b), où même selon R. Meir qui craint pour la minorité, les scribes-juges ordinaires ont [par présomption] appris [les règles], et R. Meir ne craint pas pour la minorité [non fréquente], comme nous disons au début de 'Benot Koutim' (Nidda 32a). Et de même on peut expliquer le cas de Yevamot (121a) des 'eaux sans fin' (mayim she-ein lahem sof), où a posteriori (bediavad) sa femme est permise, et l'on ne dit pas 'adjoins la minorité de ceux qui échappent [à la noyade] à la présomption d'[interdit] de femme mariée' ; et ce que l'on y a aggravé a priori (le-hathila), c'est en raison de la gravité [de l'interdit] de femme mariée. Et pour le mourant (goses) aussi, nous ne suivons pas la majorité pour témoigner à son sujet [de sa mort] afin de remarier sa femme. Et de même, dans un lieu où la majorité offre les cadeaux [de fiançailles] puis fiance, et une minorité fiance puis offre les cadeaux — bien qu'il y ait majorité et présomption pour permettre, nous craignons pour la minorité pour aggraver, selon la version de Rabbenou Hananel dans Kiddouchin, second chapitre (50b). Et il y a lieu de s'étonner de ce que [la Guemara] objecte ici à R. Yehochoua, qui dit que le lait n'exempte pas, à partir de ce que R. Yehochoua dit dans Yevamot (119a) : 'si elle est partie pleine [= enceinte], elle n'a pas à craindre', comme il l'explique, parce qu'il ne craint pas pour la minorité des mâles — [difficulté] qui, de ce fait, force à dire 'inverse' (eipoukh) [les positions]. Or quelle difficulté y a-t-il ? Là-bas, dans Yevamot, il n'y a pas de hazaka avec la minorité, tandis qu'avec la minorité des [bêtes] qui donnent du lait il y a une hazaka, et c'est pourquoi [R. Yehochoua] craint [pour la minorité]. Et de force, la michna de là-bas aussi prouve qu'il y a une distinction, car dans son début (recha) [la michna enseigne] 'qu'elle ne se marie ni ne fasse le yiboum, etc.', ce que l'on explique là-bas au titre de 'adjoins la minorité à la hazaka', et R. Yehochoua ne le conteste pas — car on ne peut dire qu'il conteste [seulement] dans la fin (sefa), et a fortiori dans le début ; au contraire, il aurait dû nous enseigner qu'il conteste dès le début, bien qu'il y ait une hazaka, et à plus forte raison dans la fin. Et l'on peut répondre : dès lors qu'il trouve une baraita [énonçant] l'inverse, il ne s'est pas soucié de résoudre [la contradiction]. Toutefois il est étonnant que, selon l'inversion, à plus forte raison cela nous fasse difficulté : car ici R. Yehochoua dit 'le lait exempte', donc il ne craint pas pour la minorité bien qu'il y ait une hazaka avec elle ; et dans Yevamot il apparaît que R. Yehochoua ne conteste que dans la fin, mais concède dans le début. Et si nous disions qu'on ne considère pas comme une minorité [réelle] celle qui a une hazaka avec elle — à savoir que [la bête] est présumée ne pas avoir mis bas, car au contraire 'maintiens le petit dans la présomption de ne pas être sanctifié par la bekhora', puisqu'il était profane (houlin) dans le ventre de sa mère — alors tout s'accorderait bien, ainsi que le fait qu'il faille dire 'inverse'. Mais il y a une difficulté : car s'il en est ainsi, Rabban Chimon ben Gamliel, qui tient que le lait n'exempte pas, craint donc pour la minorité bien qu'il n'y ait pas de hazaka avec elle ; or au début de 'Kol ha-tselamim' (Avoda Zara 40b) il apparaît qu'il ne craint pas pour la minorité et n'a pas décrété [d'interdit sur] les autres lieux à cause de ce lieu-là, comme R. Meir l'a décrété au titre de [sa crainte] pour la minorité. Et il y a encore une difficulté : à la fin de 'Ein maamidin' (Avoda Zara 39b), il ressort que R. Yo'hanan tient comme R. Meir à propos des fromages de Beit Ouniki, car [la michna] anonyme suit R. Meir, dont le motif est qu'il craint pour la minorité, comme [la Guemara] l'explique dans ce chapitre ; or au premier chapitre de Houllin (5b), R. Yo'hanan a mangé de l'abattage d'un Koutien et ne craint pas pour la minorité des [gens] suspects, comme le dit R. Meir à propos de leur vin, bien qu'il y ait une hazaka avec elle [la bête] de ne pas avoir été abattue [correctement]. Et l'on peut répondre : il y a de nombreuses [michnas] anonymes pour lesquelles nous ne craignons pas la minorité ; et de plus, là [dans Avoda Zara] c'est 'anonyme puis controverse' au début de 'Kol ha-tselamim', [où l'on trouve] la controverse de R. Meir et des Sages [donc l'anonyme ne fait pas autorité]. Mais il y a une autre difficulté : plus loin (Bekhorot 24a) il apparaît que R. Yo'hanan tient que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel à propos de celui qui a vu un porc s'attacher à une brebis [et téter] ; et l'on peut résoudre : il ne faut pas présumer tous les Koutim comme des mécréants, mais [seulement] le mécréant lui-même. Et il y a encore une difficulté : au chapitre 'Assara Yohassin' (Kiddouchin 80a), à propos de 'la majorité des enfants qui tapotent', il apparaît que R. Yo'hanan tient comme les Sages, car [la baraita] enseigne 'deux choses n'ont pas le discernement pour interroger, et les Sages les ont assimilées à [ce qui] a le discernement pour interroger'. Toutefois on peut dire que R. Yo'hanan tient effectivement comme Rabban Chimon ben Gamliel [dans le cas] qui implique qu'[il exempte] au titre de 'elle n'a d'affection pour allaiter que si elle a mis bas', avec pour conséquence pratique (nafka mina) le cas où nous voyons qu'elle avait du lait avant la mise bas [et que] si ensuite nous la voyons allaiter, celle-là n'est pas exemptée au titre du lait, sinon au titre de 'elle n'a d'affection que si elle a mis bas'. Et selon cela il est possible que Rabban Chimon ben Gamliel tienne [en fait] que le lait exempte, et il n'y a pas de preuve pour Rabbenou Tam [de craindre] pour la minorité là où il y a une hazaka avec elle, à partir de ce que nous tranchons que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel. Toutefois il y a une difficulté : Rabban Chimon ben Gamliel qui dit 'tout [nouveau-né] qui a vécu trente jours chez l'homme n'est pas un avorton (nefel)' — [ce qui implique] que s'il n'a pas [ainsi] vécu, c'est un doute, et il explique 'sinon' [c'est-à-dire] même s'il est tombé du toit ou qu'un lion l'a dévoré — donc il craint pour la minorité des avortons [dont il faudrait douter], alors qu'au début de 'Kol ha-tselamim' il ne craint pas pour la minorité ! Et sans même cette difficulté de Rabban Chimon ben Gamliel, il y a difficulté de halakha contre halakha, [à savoir] que nous ne craignons pas pour la minorité, comme il ressort dans Houllin où [la Guemara] n'objecte pas 'comment mangeons-nous de la viande', tandis que dans le cas de Chabbat (136a) nous tenons comme Rabban Chimon ben Gamliel, comme il y est prouvé. Et l'on peut répondre : de droit strict il nous fallait trancher comme les Sages, et c'est sur les Sages que nous nous appuyons en cas de nécessité (chaat ha-dehak), comme il est prouvé dans 'Ha-holets' (Yevamot 37a) ; mais les Sages ont aggravé à propos de la yevama, puisqu'[il] est mort dans les trente jours [de la naissance] — et bien qu'il soit tombé du toit ou qu'un lion l'ait dévoré — de peur que la chose ne soit oubliée et que les gens ne disent qu'il a bâillé [= respiré] puis est mort, ce qui mènerait à la calomnie (laaz) et au désordre ; c'est pourquoi ils l'ont assimilé à un doute, aussi pour le deuil, afin qu'on n'en vienne pas à alléger en matière de témoignage ; et de plus, partout la halakha suit celui qui allège en matière de deuil. Et [dans le cas] où [le petit] n'a pas vécu huit jours chez la bête, ils ont maintenu [la halakha] comme Rabban Chimon ben Gamliel, car sinon ceci ne tiendrait pas [avec] cela ; et de plus, en raison de la chose elle-même : si nous permettions de l'abattre pour le manger tant qu'il est bien portant, on pourrait l'abattre alors qu'il est malade et proche du bâillement de la mort, où il y a alors un défaut (rieouta). Et il ne faut pas déduire que Rabban Chimon ben Gamliel ne craint pas pour la minorité à partir de ce que R. Akiva et R. Tarfon craignent pour la minorité au premier chapitre de Makkot (7a) — [en disant] : peut-être y avait-il un trou (nekev) [dans l'organe vital] à l'endroit de [la blessure par] l'épée — tandis que Rabban Chimon ben Gamliel dit 'ceux-là aussi multiplient les répandeurs de sang en Israël' [en acquittant] : car peut-être est-ce là-bas [seulement] qu'il ne craint pas, parce que nous considérons [ce cas] comme un 'impossible' (lo efchar), car sinon nul homme ne serait jamais mis à mort, et même R. Meir en convient, comme il le dit au premier chapitre de Houllin (11b). Et ce que la Guemara veut dire selon R. Akiva, que le lait exempte et qu'il ne craint pas pour la minorité, elle aurait pu l'objecter [aussi] à partir de ce cas de Makkot, où [R. Akiva] craint 'peut-être y avait-il un trou à l'endroit de l'épée', et Rabban Chimon ben Gamliel dit qu'il ne craint pas — sauf qu'elle n'a pas voulu s'étendre. Et de plus, il ne paraît pas du tout à Rabbenou Tam d'expliquer leur motif au titre de 'ils craignent pour la minorité', car [la Guemara] compte explicitement [ce cas] comme 'impossible' au premier chapitre de Houllin (11b) ; plutôt les Sages disent que lorsqu'on interrogeait les témoins 'avez-vous vu s'il y avait un trou à l'endroit de l'épée ?' et qu'ils répondaient 'nous ne savons pas', leur témoignage est annulé — bien que, si on ne les avait pas interrogés, [l'accusé] eût été mis à mort — à la manière de 'l'un dit : il l'a tué avec une épée, et l'autre dit : il l'a tué avec un [autre instrument]', qui [n'est] pas valable, bien que si nous ne les interrogions pas [l'accusé] eût été mis à mort, et nous ne craignons pas que peut-être, si nous les interrogions, ils se contrediraient l'un l'autre. Toutefois ce n'est pas une objection [suffisante] pour le compter comme 'impossible', car c'est possible, par exemple si la membrane du cerveau s'est découverte et qu'on l'a vue encore intacte ; et dans Houllin, si nous le comptons comme 'impossible', c'est parce qu'il est forcé d'y appliquer le verset, et celui qui exempte tient : 'laisse le verset qui se force et s'applique de lui-même'.
💡 Explication

R. Hanina de Soura identifie la différence pratique : le cas du lait qui exempte (halav poter). Une bête donne du lait sans qu'on l'ait vue mettre bas. R. Akiva : on suit la majorité des bêtes (rov behemot) qui ne lactent qu'après avoir mis bas -> le lait exempte le petit suivant du statut de bekhor. R. Yehochoua : il existe une minorité (miut) qui lacte sans avoir mis bas -> le doute subsiste, le lait n'exempte pas.

🖼️ Schéma
Le lait (halav) exempte-t-il ? R. Akiva contre R. Yehochoua Une bête se met à donner du lait ; on ne l'a pas vue mettre bas. Son prochain petit est-il bekhor ? R. Akiva R. Yehochoua le lait EXEMPTE On suit la majorité (rov) des bêtes : la plupart ne donnent du lait que si elles ont mis bas -> pas de bekhor : déjà mère le lait N'EXEMPTE PAS Il y a une minorité (miut) de bêtes qui donnent du lait sans avoir mis bas -> bekhor douteux : on tient compte du miut Difficulté (segment 6) : R. Yehochoua ne tient d'ordinaire PAS compte d'une minorité (cf. Yevamot 119a). D'où : INVERSER (eipoukh) les positions -> R. Yehochoua : le lait exempte.
La nafka mina de R. Hanina de Soura : le lait exempte-t-il ?
5
וּמִי חָייֵשׁ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְמִיעוּט? וְהִתְנָן: הָיְתָה לָהּ חָמוֹת — אֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת, יָצְאָה מְלֵיאָה — חוֹשֶׁשֶׁת. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: אֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת.

Mais R. Yehochoua craint-il [vraiment] pour une minorité ?

Or nous avons appris (Yevamot 119a) : si elle avait une belle-mère [partie outre-mer], elle n'a pas à craindre ; [mais si la belle-mère] est partie pleine (enceinte), elle doit craindre. R.

Yehochoua dit : elle n'a pas à craindre.

📜 Rachi (3)
הָיְתָה לָהּ חֲמוֹתָהּ אִשָּׁה שֶׁהָלְכָה הִיא וּבַעְלָהּ לִמְדִינַת הַיָּם וּמֵת בַּעְלָהּ בְּלֹא בָּנִים וְאָח אֵין לוֹ וְיֵשׁ לָהּ חֲמוֹתָהּ בִּמְקוֹמָהּ שֶׁיָּצָאת מִשָּׁם:
Si elle avait une belle-mère — une femme qui est partie avec son mari outre-mer, et son mari est mort sans enfants, et il n'a pas de frère [connu], mais elle a une belle-mère restée au lieu d'où elle est partie.
אֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת שֶׁמָּא נוֹלַד בֵּן לְחָמִיהָ וְהָוְיָא זְקוּקָה לְיָבָם:
Elle n'a pas à craindre — [de crainte] que peut-être un fils soit né à son beau-père, et qu'elle soit alors liée au yiboum (lévirat).
יָצָאת מְלֵיאָה שֶׁהָיְתָה חֲמוֹתָהּ מְעֻובֶּרֶת כְּשֶׁיָּצְתָה זוֹ מִשָּׁם חוֹשֶׁשֶׁת:
[La belle-mère] est partie pleine — [c'est-à-dire] que sa belle-mère était enceinte lorsque celle-ci est partie de là-bas : elle doit craindre.
💡 Explication

Objection contre l'attribution à R. Yehochoua : tient-il vraiment compte d'une minorité ? Une michna (Yevamot 119a) : une femme dont le mari est mort sans enfants et sans frère connu, mais dont la belle-mère était partie à l'étranger — elle n'a pas à craindre qu'un beau-frère (yavam) soit né. Si la belle-mère était partie enceinte (meleiah), le Tanna anonyme dit qu'elle doit craindre ; mais R. Yehochoua dit : elle n'a pas à craindre — donc il néglige la minorité.

6
וְאָמְרִינַן: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ? קָסָבַר: רֹוב מְעֻובָּרוֹת יוֹלְדוֹת, וּמִיעוּט מַפִּילוֹת, וְכָל הַיּוֹלְדוֹת — מֶחֱצָה זְכָרִים וּמֶחֱצָה נְקֵבוֹת. סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּמַפִּילוֹת לְמֶחֱצָה דִּנְקֵבוֹת, וְהָווּ לְהוּ זְכָרִים מִיעוּטָא, וּלְמִיעוּטָא לָא חָיְישִׁינַן!

Et nous disons : quel est le motif de R. Yehochoua ?

Il tient : la majorité des femmes enceintes accouchent, et une minorité avortent ; et parmi toutes celles qui accouchent, moitié [donnent] des mâles et moitié des femelles. Adjoins la minorité de celles qui avortent à la moitié des femelles : les mâles se trouvent [donc] une minorité, et pour une minorité nous ne craignons pas !

📜 Rachi (1)
וּמֶחֱצָה נְקֵיבוֹת שֶׁאֵינָהּ זוֹקֶקֶת לְיִיבּוּם:
Et moitié des femelles — [une femelle] qui ne lie pas au yiboum.
💡 Explication

La Guemara explicite le motif de R. Yehochoua par un calcul de probabilités. La majorité des femmes enceintes accouchent, une minorité avortent ; parmi les accouchements, moitié de mâles, moitié de femelles. En adjoignant (samoukh) la minorité des fausses couches à la moitié des femelles, les mâles (seuls susceptibles de créer un lien de yiboum) deviennent une minorité — et pour une minorité on ne craint pas. Preuve que R. Yehochoua néglige la minorité, contredisant son attribution du segment 3.

7
אֶלָּא אִיפּוּךְ, וְהַתַּנְיָא: חֵלֶב פּוֹטֵר, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: חֵלֶב אֵינוֹ פּוֹטֵר.

Plutôt, inverse (eipoukh) [les positions] ; et il est [effectivement] enseigné [ainsi] (dans une baraita) : le lait exempte — paroles de R. Yehochoua ; R.

Akiva dit : le lait n'exempte pas.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא אִיפּוּךְ תָּרֵצְתָּא דר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר טִינּוּף פּוֹטֵר וְהוּא הַדִּין לְחָלָב וַאֲתָא ר' עֲקִיבָא לְמֵימַר כֹּל שֶׁיָּדוּעַ שֶׁבִּיכְּרָה וַאֲפִילּוּ עַל יְדֵי טִינּוּף אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כו' סָפֵק וַאֲפִילּוּ חוֹלֶבֶת:
Plutôt, inverse — la résolution [est que] R. Yehochoua tient que le tinouf exempte, et il en va de même (hou ha-din) pour le lait ; et R. Akiva vient dire : tout [cas] où il est connu qu'elle a déjà enfanté, même par le tinouf, le kohen n'a rien ici, etc. [c'est] un doute — et [cela vaut] même si elle donne du lait.
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא:
Or il est enseigné — [à lire] sur un ton assertif (be-nihouta).
💡 Explication

Conclusion : il faut inverser (eipoukh) les positions du segment 3. C'est bien R. Yehochoua qui dit que le lait exempte (cohérent : il néglige la minorité), et R. Akiva qui dit qu'il n'exempte pas. Une baraita est citée à l'appui, sur un ton assertif (be-nihouta).

🖼️ Schéma
Le lait (halav) exempte-t-il ? R. Akiva contre R. Yehochoua Une bête se met à donner du lait ; on ne l'a pas vue mettre bas. Son prochain petit est-il bekhor ? R. Akiva R. Yehochoua le lait EXEMPTE On suit la majorité (rov) des bêtes : la plupart ne donnent du lait que si elles ont mis bas -> pas de bekhor : déjà mère le lait N'EXEMPTE PAS Il y a une minorité (miut) de bêtes qui donnent du lait sans avoir mis bas -> bekhor douteux : on tient compte du miut Difficulté (segment 6) : R. Yehochoua ne tient d'ordinaire PAS compte d'une minorité (cf. Yevamot 119a). D'où : INVERSER (eipoukh) les positions -> R. Yehochoua : le lait exempte.
Le renversement (eipoukh) : R. Yehochoua dit que le lait exempte.
8
תָּנוּ רַבָּנַן: גְּדִייָּה שֶׁיָּלְדָה שָׁלֹשׁ בָּנוֹת, וְכָל בְּנוֹתֶיהָ יָלְדוּ שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ — כֻּולָּן נִכְנָסוֹת לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: אֲנִי רָאִיתִי שֶׁעִישְּׂרָה בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ. לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ? תּוֹלֵיד חַד מִינַּייְהוּ תְּלָת, וְאִינָךְ תַּרְתֵּי תַּרְתֵּי!

Les Sages ont enseigné (baraita) : une chevrette (guedia) qui a mis bas trois filles, et dont toutes les filles ont mis bas trois [petites] chacune — toutes entrent dans l'enclos (dir) pour être dîmées (le-hit'aser). R.

Chimon a dit : moi, j'ai vu [une chevrette] qui a été dîmée dans sa [première] année. Pourquoi ai-je besoin d'enseigner 'trois, trois' ?

Que l'une d'elles en enfante trois, et les autres deux, deux !

📜 Rachi (7)
גְּדִיָּיה נְקַט מִשּׁוּם דְּדַרְכָּהּ לֵילֵד ווְלָדוֹת הַרְבֵּה בְּעִיבּוּר אֶחָד:
Une chevrette (guedia) — [le terme est] employé parce que son habitude est de mettre bas de nombreux petits en une seule gestation.
אֲנִי רָאִיתִי גְּדִיָּיה שֶׁעִישְּׂרָה בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ כְּלוֹמַר בְּתוֹךְ אוֹתָהּ שָׁנָה שֶׁיָּלְדָה הַשָּׁלֹשׁ בָּנוֹת חָזְרוּ הַבָּנוֹת וְיָלְדוּ עַד שֶׁנִּכְנְסוּ כֻּולָּן לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר בְּאוֹתָהּ שָׁנָה הֵן וּבְנוֹתֵיהֶם. וּלְקַמָּן בָּעֵי מַאי נָפְקָא מִינֵּיהּ לת"ק:
Moi, j'ai vu une chevrette qui a été dîmée dans son [première] année — c'est-à-dire : dans l'année même où elle a mis bas les trois filles, les filles ont à leur tour mis bas, si bien qu'elles sont toutes entrées dans l'enclos pour être dîmées cette année-là, elles et leurs filles. Et plus loin [la Guemara] demande quelle en est la différence pratique pour le premier Tanna.
גְּדִייָּה שָׁלֹשׁ בָּנוֹת בְּכָרֵס אֶחָד וְכָל בְּנוֹתֶיהָ יָלְדוּ שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ. לְהָכִי נְקַט שָׁלֹשׁ לְשׁוֹן נְקֵבָה דְּאִי הָווּ זְכָרִים לָא הָווּ מִתְעַשְּׂרִי דְּאִיכָּא ג' בְּכוֹרוֹת וְתוּ לָא פָּיְישִׁי עֶשֶׂר:
Une chevrette [qui a mis bas] trois filles — en une seule portée, et toutes ses filles ont mis bas trois, trois. Si l'on dit 'trois' au féminin (nekeva), c'est que des mâles n'entreraient pas dans le compte du dîme, car il y aurait trois bekhorot, et il ne resterait plus dix [bêtes profanes].
כֻּולָּן נִכְנָסִים לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר יַחַד דְּכֻולָּן יְכוֹלִין לִהְיוֹת נוֹלָדִין מֵאֱלוּל לֶאֱלוּל הַשָּׁלֹשׁ בָּנוֹת וְתֵשַׁע בְּנוֹתֵיהֶן דְּאִי לָא הָווּ נוֹלָדִים בְּשָׁנָה אַחַת לָא הָווּ מִיעַשְּׁרִי אַהֲדָדֵי דִּבְאֶחָד בֶּאֱלוּל רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַעְשַׂר וְאֵין מִצְטָרְפִין אוֹתָן שֶׁנּוֹלְדוּ לְאַחַר אֱלוּל כְּדִמְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק מַעְשַׂר בְּהֵמָה (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת דַּף נז:) וְהָנָךְ יְכוֹלִין לִהְיוֹת בָּנוֹת שֶׁלָּהּ בְּשָׁנָה אַחַת כְּגוֹן שֶׁנּוֹלְדוּ הַבָּנוֹת בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל וְנִתְעַבְּרוּ לְסוֹף שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים וְיָלְדוּ קֹודֶם אֱלוּל וְלָמָּה לִי לְמִיתְנָא שָׁלֹשׁ בָּנוֹת דְּיָלְדוּ כּוּלְּהוּ הַג' בָּנוֹת כו':
Toutes entrent dans l'enclos pour être dîmées — ensemble, car toutes peuvent être nées d'un Eloul à l'autre : les trois filles et les neuf petites-filles. Car si elles n'étaient pas nées la même année, elles ne se dîmeraient pas ensemble, puisque le 1er Eloul est le Nouvel An du dîme [du bétail] et que l'on ne joint pas celles nées après Eloul, comme il est expliqué au chapitre 'Maaser behema' (plus loin, Bekhorot 57b) ; or celles-là peuvent être ses filles [et petites-filles] la même année, par exemple si les filles sont nées le 1er Eloul, ont conçu au bout de six mois et ont mis bas avant [le] Eloul [suivant] — et pourquoi ai-je besoin d'enseigner 'trois filles' qui ont toutes les trois enfanté, etc.
לֵימָא קָסָבַר מְטַנֶּפֶת אֵינָהּ חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת בְּתוֹךְ שְׁנָתָהּ מִשְּׁעַת טִינּוּף עַד סוֹף שָׁנָה וְהַאי נַמֵּי אֵינָהּ יְכוֹלָה לֵילֵד הוֹאִיל וְיָלְדָה שָׁלֹשׁ בָּנוֹת בִּתְחִלַּת הַשָּׁנָה. וּלְהָכִי נְקַט מְטַנֶּפֶת דסד"א דִּמְטַנֶּפֶת נָמֵי שׁוֹהָא לֵילֵד כְּיוֹלֶדֶת וּבָעֵי לְמִיפְשַׁט נָמֵי מִינָּהּ סְתָמָא אִי כְּתַנָּא קַמָּא אִי כְּר' יְהוֹשֻׁעַ דִּפְלִיג לְעֵיל בִּמְטַנֶּפֶת:
Dirons-nous qu'il tient : celle qui a fait un tinouf ne remet pas bas dans sa [première] année — [c'est-à-dire] depuis le moment du tinouf jusqu'à la fin de l'année ; et celle-ci non plus ne peut mettre bas [de nouveau], puisqu'elle a mis bas trois filles au début de l'année. Et c'est pourquoi [la Guemara] a pris [le cas de] celle qui fait un tinouf, car on aurait pu penser (sad amina) que celle qui fait un tinouf tarde aussi à mettre bas comme celle qui a mis bas, et [la Guemara] veut aussi résoudre, [pour savoir] si [la baraita] anonyme est comme le premier Tanna ou comme R. Yehochoua qui divergent plus haut à propos de celle qui fait un tinouf.
וּמְשַׁנֵּי אֲפִילּוּ אִם תִּימְצֵי לוֹמַר מְטַנֶּפֶת חוֹזֶרֶת וְיוֹלֶדֶת שֶׁיָּלְדָה וַדַּאי אֵינָהּ חוֹזֶרֶת דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא:
Et [la Guemara] répond : même si tu dis que celle qui fait un tinouf remet bas — [dans le cas] de celle qui a mis bas, elle ne remet certainement pas bas, [et cela] de l'avis de tous (divrei ha-kol).
אִיכָּא בֵינַייְהוּ דִּזְעֵירִי וּכְגוֹן שֶׁטִּינְּפוּ הַבָּנוֹת לְסוֹף שִׁשָּׁה לְלֵידָתָן בִּתְחִלַּת חֹדֶשׁ שְׁבִיעִי תַּנָּא קַמָּא דְּלָא נְקַט לִישָּׁנָא דְּתוֹךְ אִית לֵיהּ דִּזְעֵירִי דְּתוּ לָא מְקַבְּלִי זָכָר עַד רֹאשׁ חֹדֶשׁ שְׁמִינִי וִימֵי עִיבּוּרָן ה' חֳדָשִׁים שְׁלֵימִין אִישְׁתְּכַח דְּלָא יָלְדוּ עַד יוֹם אֶחָד בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה וּמַשְׁכַּחַת לָהּ אֲפִילּוּ הָכֵי נִכְנָסוֹת יַחַד לְדִיר אִימָּהוֹת וּבָנוֹת חוּץ מִן הַזְּקֵינָה כְּגוֹן שֶׁהָיְתָה שָׁנָה מְעֻובֶּרֶת דְּיוֹם אֶחָד בְּשָׁנָה שְׁנִיָּיה שֶׁלָּהֶן עֲדַייִן רֹאשׁ חֹדֶשׁ אָב וְרַבִּי שִׁמְעוֹן דִּנְקַט תּוֹךְ שֶׁנָּתַן בְּיוֹם אַחֲרוֹן שֶׁל שָׁנָה נוֹלְדוּ וּמְחֻוסְּרֵי זְמַן הֵן עַד שְׂבֵעַת יָמִים וְר' שִׁמְעוֹן סָבַר מְחֻוסַּר זְמַן הֵן עַד דְּמִתְעַשְּׂרִי:
Il y a entre eux [le cas] de Zé'iri — par exemple si les filles ont fait un tinouf au bout de six mois de leur naissance, au début du septième mois. Le premier Tanna, qui n'emploie pas le langage 'dans [l'année]', tient comme Zé'iri : elles ne reçoivent plus le mâle [ne sont plus fécondées] avant le premier du huitième mois, et leurs jours de gestation sont de cinq mois pleins ; il se trouve donc qu'elles ne mettent bas qu'au premier jour de la seconde année. Et l'on trouve que même ainsi elles entrent ensemble dans l'enclos, mères et filles, sauf l'aïeule, par exemple dans une année embolismique (meouberet), ou le premier jour de leur seconde année est encore le premier du mois d'Av [donc dans les limites]. Et R. Chimon, qui emploie 'dans son [première] année', [tient qu']elles sont nées le dernier jour de l'année et sont 'inaptes par le temps' (mehousrei zeman) durant sept jours, et R. Chimon tient qu'elles sont inaptes par le temps [seulement] jusqu'à ce qu'elles soient dîmées.
⚖️ Rosh (1)
א"ר עֲקִיבָא אֲנִי לֹא בָּאתִי לִידֵי מִדָּה זוֹ וְכוּ'. מַאי אִיכָּא בֵינַייְהוּ בֵּין ר' עֲקִיבָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ אָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִסּוּרָא חָלָב פּוֹטֵר אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. ר' עֲקִיבָא סָבַר הַלֵּךְ אַחַר רֹוב בְּהֵמוֹת וְרֹוב בְּהֵמוֹת אֵינָן חוֹלְבוֹת אֶלָּא א"כ יוֹלְדוֹת. וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר הָא אִיכָּא מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת אע"פ שֶׁאֵינָן יוֹלְדוֹת. רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל פָּסַק דְּחָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר דִּלְקַמָּן בְּפִירְקִין סִי' ד פָּסְקִינַן הֲלָכָה כַּר' שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּאָמַר דְּהַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מְנִיקָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה דְּלָא מְרַחֲמָא אֶלָּא א"כ יָלְדָה. אֲבָל מִטַּעַם דְּחָלָב לְחוּד לָא מִיפְטָר אִם לֹא בִּשְׁבִיל דְּחָזֵינַן דִּמְרַחֲמָא לֵיהּ וּמְנִיקָתוֹ. וּמִתּוֹךְ זֶה מְדַקְדֵּק דְּחָיְישִׁינַן לְמִיעוּטָא הֵיכָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ כִּי הָכָא שֶׁהִיא בְּחֶזְקַת דְּלָא יָלְדָה. וְאַפֵּי' לָא קַיְימָא לַן כְּר' מֵאִיר דִּמְטַהֵר בְּהַהִיא דְּתִינוֹק חֻולִּין דַּף פּוֹ. דְּרֹוב מְטַפְּחִים מִטַּעַם זֶה סְמֹוךְ מִיעוּטָא לַחֲזָקָה לְהַחְמִיר. מִיהָא חָייְשִׁינַן כִּי הַךְ דְּהָכָא דְּהַעֲמֵד בְּהֵמָה עַל חֲזָקָה שֶׁלֹּא יָלְדָה וְסָמוּךְ מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת אע"פ שֶׁאֵינָן יוֹלְדוֹת לַחֲזָקָה. וְהָא דְּסָמְכִינַן אַרוֹב מְצֻוייָּן אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִים הֵן שָׁם דַּף ג: וְלָא אָמְרִינַן סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּאֵינָן מֻומְחִין לְחֶזְקַת בְּהֵמָה בְּחַיֶּיהָ בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת לְפִי שֶׁרֹוב מֻומְחִין הוּא מָצוּי הַרְבֵּה כִּדְאָמְרִינַן בְּגִיטִּין דַּף ב. דְּאַפֵּי' לְרַבִּי מֵאִיר דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא סְתָם סָפְרֵי דְּדַייָּנֵי מִגְמָר גְּמִירִי. וּלְמִיעוּטָא דְּלָא שְׁכִיחַ לָא חָייֵשׁ ר' מֵאִיר. כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לב.) וְהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן יְבָמוֹת דַּף קכא: בְּמַיִם דְּאֵין לָהֶם סוֹף שֶׁאִם נִישֵּׂאת בְּדִיעֲבַד לָא מַפְּקִינַן לָהּ וְלָא אָמְרִינַן סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּנִמְלָטִים לְחֶזְקַת דְּאִיסּוּרָא דְּאֵשֶׁת אִישׁ. מִשּׁוּם דְּמִיעוּטָא דְּנִמְלָטִים לָא שְׁכִיחַ אֶלָּא דְּמִשּׁוּם חוּמְרָא דְּאֵשֶׁת אִישׁ מַחְמְרִינַן לְכַתְּחִלָּה. וּבְגוֹסֵס נָמֵי לָא אָזְלִינַן בָּתַר רֻובָּא לְהַשִּׂיא אִשְׁתּוֹ מִשּׁוּם דְּסָמְכִינַן מִיעוּטָא דְּחַיִּים לְחֶזְקַת אֵשֶׁת אִישׁ. וְקָשֶׁה דְּאִם כֵּן מַאי פָּרִיךְ לְר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר חָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר מֵהַהִיא דִּיבָמוֹת יָצְתָה מְלֵיאָה אֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת כְּדִמְפָרֵשׁ דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא דִּזְכָרִים וּמִתּוֹךְ זֶה הוּא מְהַפֵּךְ מַחֲלָוקְתָּן. וּמַאי קַשְׁיָא לֵיהּ הָכָא אִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵי מִיעוּטָא וּלְהָכִי חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא. אֲבָל הָתָם לֵיכָּא חֲזָקָה שֶׁלֹּא הָיְתָה עוֹמֶדֶת בְּחֶזְקַת זְקוּקָה לְיָבָם. וּמַתְנִיתִין דְּהָתָם נָמֵי מוּכָח דְּיֵשׁ חִילּוּק מִדְּלָא פְּלִיג רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵישָׁא כְּשֶׁהָלַךְ בַּעְלָהּ וְצָרָתָהּ לִמְדִינַת הַיָּם וְחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא דְּמַפִּילוֹת כֵּיוָן דְּאִיכָּא חֲזָקָה לַיָּבָם בַּהֲדֵהּ. וְעוֹד לְמַאי דְּפָרִיךְ קַשְׁיָא טְפֵי דְּכֵיוָן דְּאָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ חָלָב פּוֹטֵר אַלְמָא לָא חָיֵישׁ ר' יְהוֹשֻׁעַ לְמִיעוּטָא אע"ג דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ. וּבְהַהִיא דִּיבָמוֹת מַשְׁמַע דְּלָא פְּלִיג ר' יְהוֹשֻׁעַ אֶלָּא בְּסֵיפָא אֲבָל בְּרֵישָׁא מוֹדֶה דְּחָיְישִׁינַן לְמִיעוּטָא הֵיכָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ. וי"ל דְּלָא חֲשִׁיב מִיעוּטָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ מַה שֶׁהִיא בְּחֶזְקַת לֹא יָלְדָה דְּהַעֲמֵד וָלָד עַל חֶזְקָתוֹ וְנֹאמַר שֶׁהוּא חֻולִּין כְּמוֹ שֶׁהָיָה בִּמְעֵי אִמּוֹ. וְהַךְ חֲזָקָה עֲדִיפָא טְפֵי דְּאִיכָּא בַּהֲדֵהּ חֶזְקַת מָמוֹן דְּלָא מְפַקְּדִינַן לֵיהּ מִיַּד הַבְּעָלִים. וְהַשְׁתָּא נָמֵי נִיחָא שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר אִיפּוּךְ. וּמִיהוּ קַשְׁיָא דא"כ רַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר חָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא אע"ג דְּלֵיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ. וּבְרֵישׁ כָּל הַצְּלָמִים (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מ:) מַשְׁמַע דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא וְלֹא גָּזַר שְׁאָר מְקוֹמוֹת אַטּוּ אוֹתוֹ מָקוֹם כִּדְגָזַר ר' מֵאִיר מִשּׁוּם דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא. וְעוֹד קָשֶׁה דִּלְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף כד.) מַשְׁמַע דְּר' יוֹחָנָן אִית לֵיהּ דַּהֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג גַּבֵּי הַהִיא דְּרָאָה חֲזִיר כָּרוּךְ אַחַר רָחֵל וְר' יוֹחָנָן לָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא מִדְּאֹכֶל שְׁחִיטַת כּוּתִים בְּפֶרֶק קַמָּא דְּחֻולִּין וְגַם בְּפֶרֶק עֲשָׂרָה יוּחֲסִין (קִידּוּשִׁין דַּף פ.) גַּבֵּי רֹוב תִּינוֹקוֹת מְטַפְּחִים מַשְׁמַע דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּרַבָּנָן. וי"ל דְּר' יוֹחָנָן כְּדִיּוּקָא דְּמִלְּתֵיהּ דְּרַשְׁבָּ"ג לֹא סָבַר דְּמַשְׁמַע מִדְּלָא פָּטַר אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא מְרַחֲמָא לֵיהּ לַהֲנִיקוֹ אא"כ יְלָדַתּוּ מִכְּלָל דְּחָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר. אֶלָּא אַעִיקַּר מִלְּתֵיהּ הוּא דִּפְסִיק כְּוָותֵיהּ דְּלָא מְרַחֲמָא לֵיהּ אא"כ יָלְדָה וּלְעוֹלָם אִית לֵיהּ חָלָב פּוֹטֵר. וְנָפְקָא מִינָּהּ לִבְהֵמָה שֶׁרְאִינוּהָ חוֹלֶבֶת וְיָדַעְנוּ שֶׁלֹּא יָלְדָה אִם אַחַ"כּ רְאִינוּהָ מְנִיקָה וְלֹא יָדַעְנוּ אִם יָלְדָה אוֹתוֹ וָלָד אִי לָא דְּאָמְרִינַן לָא מְרַחֲמָא אא"כ יְלָדַתּוּ. וְהַשְׁתָּא נָמֵי מָצֵינַן לְמֵימַר דְּרַשְׁבָּ"ג נָמֵי אִית לֵיהּ דְּחָלָב פַיְטֶר דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא וְכֵן פָּסַק הָרַמְבַּ"ן זַ"ל דְּחָלָב פּוֹטֵר:
R. Akiva dit : moi, je ne suis pas parvenu à cette mesure (mida), etc. Quelle différence (mai ika beinaihou) y a-t-il entre R. Akiva et R. Yehochoua ? R. Hanina de Soura dit : le lait qui exempte (halav poter), voilà ce qu'il y a entre eux. R. Akiva tient : suis la majorité des bêtes (rov behemot), et la majorité des bêtes ne donnent du lait que si elles ont mis bas ; R. Yehochoua tient : il y a bien une minorité (miut) qui donne du lait quoiqu'elle n'ait pas mis bas. Rabbenou Tam, de mémoire bénie, a tranché que le lait n'exempte pas, car plus loin dans ce chapitre (siman 4) nous tranchons que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit que celui qui achète à un idolâtre une bête qui allaite, elle est exempte de la bekhora, car [une bête] n'a d'affection [pour un petit] que si elle a mis bas ; mais du seul fait du lait elle n'est pas exemptée, sinon parce que nous voyons qu'elle a de l'affection pour lui et l'allaite. De là, il déduit que nous craignons pour la minorité (miut) là où il y a une hazaka (présomption) avec elle, comme ici où [la bête] à la présomption de ne pas avoir mis bas. Et même si nous ne tenons pas comme R. Meir qui déclare pur dans le cas de 'l'enfant [près de tombeaux]' (Houllin 86a) — [à savoir que] la majorité tapotent [des murs] — au titre de 'adjoins la minorité à la hazaka' pour aggraver, du moins craignons-nous [pour la minorité] comme dans ce cas-ci, où l'on maintient la bête sur sa présomption de ne pas avoir mis bas et l'on adjoint la minorité des [bêtes] qui donnent du lait sans avoir mis bas à la présomption. Et ce que nous nous appuyons sur 'la majorité de ceux qui se trouvent près de l'abattage sont experts (moumhin)' (Houllin 3b), et que nous ne disons pas 'adjoins la minorité de ceux qui ne sont pas experts à la présomption de la bête [qui], de son vivant, se tient dans la présomption d'interdit' — [c'est] parce que la majorité des experts est très fréquente, comme nous disons dans Guittin (2a) que même selon R. Meir, qui craint pour la minorité, les scribes-juges ordinaires ont [par présomption] appris [les règles], et R. Meir ne craint pas pour une minorité non fréquente, comme nous disons au début de 'Benot Koutim' (Nidda 32a). Et de même nous disons dans Yevamot (121a) à propos des 'eaux sans fin' (mayim she-ein lahem sof) que si elle s'est remariée à posteriori (bediavad) nous ne l'écartons pas, et que nous ne disons pas 'adjoins la minorité de ceux qui échappent [à la noyade] à la présomption d'interdit de femme mariée', parce que la minorité de ceux qui échappent n'est pas fréquente ; mais c'est en raison de la gravité [de l'interdit] de femme mariée que nous aggravons à priori. Et pour le mourant (goses) aussi, nous ne suivons pas la majorité pour remarier sa femme, parce que nous adjoignons la minorité de ceux qui vivent à la présomption de femme mariée. Et il y a une difficulté : s'il en est ainsi, comment [la Guemara] objecte-t-elle à R. Yehochoua, qui dit que le lait n'exempte pas, à partir du cas de Yevamot 'si elle est partie pleine, elle n'a pas à craindre', comme il l'explique parce qu'il ne craint pas pour la minorité des mâles — [difficulté] qui, de ce fait, le conduit à inverser (le-hapekh) leur controverse ? Or quelle difficulté y a-t-il ? Ici il y a une hazaka avec la minorité, et c'est pourquoi il craint pour la minorité ; mais là-bas il n'y a pas de hazaka, car elle ne se tenait pas dans la présomption d'être liée au yiboum. Et la michna de là-bas prouve aussi qu'il y a une distinction, puisque R. Yehochoua ne conteste pas dans le début (recha), lorsque son mari et sa co-épouse sont partis outre-mer, et [pourtant] il craint pour la minorité de celles qui avortent, dès lors qu'il y a une hazaka de yiboum avec elle. Et de plus, selon l'objection [de la Guemara], la difficulté est plus grande : car dès lors que R. Yehochoua dit que le lait exempte, donc R. Yehochoua ne craint pas pour la minorité bien qu'il y ait une hazaka avec elle ; et dans le cas de Yevamot il apparaît que R. Yehochoua ne conteste que dans la fin (sefa), mais concède dans le début, [à savoir] que nous craignons pour la minorité là où il y a une hazaka avec elle. Et l'on peut répondre : on ne considère pas comme une minorité [réelle] celle qui a avec elle une hazaka [selon laquelle la bête] est présumée ne pas avoir mis bas, car [au contraire] 'maintiens le petit sur sa présomption' et disons qu'il est profane (houlin) comme il l'était dans le ventre de sa mère ; et cette hazaka-là est préférable, car il y a avec elle la présomption de possession (hazakat mamon), [selon laquelle] nous ne le retirons pas de la main des propriétaires. Et maintenant aussi s'explique bien qu'il faille dire 'inverse'. Toutefois il y a une difficulté : s'il en est ainsi, Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit que le lait n'exempte pas, craint pour la minorité bien qu'il n'y ait pas de hazaka avec elle ; or au début de 'Kol ha-tselamim' (Avoda Zara 40b) il apparaît qu'il ne craint pas pour la minorité et n'a pas décrété [d'interdit sur] les autres lieux à cause de ce lieu-là, comme R. Meir l'a décrété parce qu'il craint pour la minorité. Et il y a encore une difficulté : plus loin (Bekhorot 24a) il apparaît que R. Yo'hanan tient que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel à propos de celui qui a vu un porc s'attacher à une brebis, alors que R. Yo'hanan ne craint pas pour la minorité, puisqu'il a mangé de l'abattage des Koutim au premier chapitre de Houllin ; et de même au chapitre 'Assara Yohassin' (Kiddouchin 80a), à propos de 'la majorité des enfants qui tapotent', il apparaît que R. Yo'hanan tient comme les Sages. Et l'on peut répondre : R. Yo'hanan ne tient pas la déduction fine (dioka) des paroles de Rabban Chimon ben Gamliel — à savoir qu'[il] implique, du fait qu'il n'exempte qu'au titre de 'elle n'a d'affection pour l'allaiter que si elle l'a mis bas', que le lait n'exempte pas — mais [tient] plutôt l'essentiel de sa parole, [selon lequel] il tranche comme lui que [la bête] n'a d'affection que si elle a mis bas, et pour lui le lait exempte toujours. Avec pour conséquence pratique (nafka mina) la bête que nous avons vue donner du lait et dont nous savons qu'elle n'a pas mis bas : si ensuite nous la voyons allaiter et que nous ne savons pas si elle a mis bas ce petit-là ou non, [nous décidons] parce que nous disons 'elle n'a d'affection que si elle l'a mis bas'. Et maintenant nous pouvons dire que Rabban Chimon ben Gamliel aussi tient que le lait exempte, car il ne craint pas pour la minorité. Et ainsi a tranché le Ramban, de mémoire bénie : le lait exempte.
💡 Explication

Nouvelle sougya sur le maaser behema (dîme du bétail), qui requiert au moins dix bêtes nées la même année (Eloul à Eloul). Une chevrette (guedia — choisie car elle enfante beaucoup en une portée) met bas trois filles (banot, femelles : des mâles seraient bekhorot et exclus du compte), et chaque fille met bas trois à son tour -> 3 + 9 = 12 bêtes, toutes de la même année, entrent dans l'enclos (dir) pour être dîmées (le-hit'aser). R. Chimon témoigne l'avoir vue dîmée dans sa première année. La Guemara demande : pourquoi imposer 'trois, trois' ? Une portée de trois et deux de deux suffiraient à dix.

🖼️ Schéma
La chevrette qui atteint le maaser behema en une seule année Il faut 10 bêtes nées dans la même année (Eloul à Eloul) pour entrer dans l'enclos (dir) et dîmer. La chevrette Fille 1 Fille 2 Fille 3 3 filles + 9 petites-filles = 12 bêtes de la même année (au-delà des 10 requis). Toutes entrent ensemble dans l'enclos pour être dîmées (le-hit'aser). On dit "filles" (nekevot) : des mâles eussent été bekhorot et exclus du compte.
La chevrette, ses 3 filles et ses 9 petites-filles.
9
אַייְּדֵי דְּאִיכָּא חֲדָא דְּלָא סַגִּיא בְּלָא שָׁלֹשׁ, תְּנָא כֻּולְּהוּ דְּיָלְדוּ שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ. וְלָמָּה לִי לְמִיתְנֵי שָׁלֹשׁ כְּלָל? לֵילְדוּ כּוּלְּהוּ תַּרְתֵּי, וְתִיהְדַּר אִיהִי וְתוֹלֵיד בַּהֲדַיְהִי!

Puisqu'il y en a une [chevrette] qui ne peut suffire (lo sagia) sans [enfanter] trois, il a enseigné toutes [comme ayant] mis bas trois, trois [par souci d'uniformité]. Et pourquoi ai-je besoin d'enseigner 'trois' du tout ?

Que toutes enfantent deux, [deux], et qu'elle-même [la mère] revienne enfanter avec elles !

💡 Explication

Réponse : puisqu'il y a une chevrette (l'aïeule) qui ne peut atteindre le compte sans mettre bas trois (lo sagia be-lo chalach), la baraita a, par uniformité de style, dit que toutes ont eu des portées de trois. La Guemara insiste : pourquoi 'trois' du tout ? Que toutes les filles enfantent deux, et que la mère elle-même remette bas avec elles -> on atteindrait aussi dix. Le fait que la baraita ne le présente pas ainsi indique qu'une chevrette ne remet pas bas la même année.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).