Sougya : Ce daf poursuit l'analyse du maaser behema (dîme du bétail) et de la fenêtre de temps où une jeune bête peut engendrer une descendance imposable dès sa première année. On distingue la metanefet (bête qui n'a qu'un écoulement trouble) de la yoledet (bête qui a réellement mis bas), et l'on rappelle la règle de Zé'eiri : un écoulement n'exempte le futur né du statut de premier-né que s'il empêche une nouvelle gestation durant au moins trente jours.
La Guemara cherche la nafka mina (conséquence pratique) entre le premier tana et Rabbi Chimon, qui affirme avoir vu une chevrette dîmée dans son année. Elle propose successivement quatre explications de leur divergence : la règle de Zé'eiri, la naissance à mois incomplets (le-mekuta'in), le principe miktzat ha-yom ke-khulo (une fraction de jour vaut le jour entier), et enfin la question du mehusar zeman (le petit de moins de huit jours entre-t-il au parc pour être dîme).
Dirons-nous qu'il [le tana de la baraita] estime : une [bête] qui a un écoulement trouble (metanefet) ne reconçoit pas et n'enfante pas [de nouveau] dans son année ? [Réponse :] même si tu dis qu'une [bête] à écoulement trouble reconçoit et enfante dans son année, une [bête] qui a réellement mis bas (yoledet), à coup sur, ne reconçoit pas et n'enfante pas [de nouveau] dans son année.
La Guemara veut déduire du tana une position tranchée : la metanefet (bête qui n'a qu'un écoulement trouble, sans vraie mise bas) ne pourrait pas reconcevoir et enfanter dans sa propre année. Elle rejette la déduction : même si l'on admet que la metanefet le peut, la yoledet (bête qui a réellement mis bas) ne le peut certainement pas (kal va-homer). Le 'dans son année' vise ici l'année de son propre écoulement, distincte du 'dans son année' antérieur (relatif à la mahloket R. Yichmael / R. Yehochoua) qui visait l'année de la naissance de la bête elle-même.
'Rabbi Chimon dit : moi, j'ai vu une chevrette (guedaya), etc.' [qui a été dîmée dans son année]. Quelle différence y a-t-il entre le premier tana et Rabbi Chimon ?
Il y a entre eux [la règle] de Ze'eiri.
La baraita cite Rabbi Chimon : 'j'ai vu une chevrette qui a produit assez de descendance pour être dîmée dans son année' — alors que le premier tana n'ajoute pas 'dans son année'. Quelle est la nafka mina (différence pratique) entre eux ? La Guemara répond : la règle de Ze'eiri (rappelée plus haut : un écoulement n'exempte qu'à partir de trente jours d'empêchement de gestation). Le cas vise : les filles ont un écoulement le dernier jour de leurs six premiers mois, non au premier jour du septième mois — si bien qu'en comptant les 30 jours de l'écoulement plus les 5 mois de gestation, elles enfantent le dernier jour de leur année et entrent au parc avec leurs propres filles, toutes nées la même année.
Le premier tana adopte [la règle] de Ze'eiri, et Rabbi Chimon n'adopte pas [la règle] de Ze'eiri. Et si tu veux, dis : tout le monde adopte [la règle] de Ze'eiri, et ici c'est sur la [bête] qui enfante à mois incomplets (le-mekuta'in) qu'ils divergent : pour le premier tana, elle n'enfante pas à mois incomplets ; pour Rabbi Chimon, elle enfante [à mois incomplets].
Première explication : le tana Kama accepte la règle de Ze'eiri (30 jours pleins avant de reconcevoir), donc la 3e génération naît juste après l'année ; Rabbi Chimon la refuse, donc elle peut naître dans l'année. Deuxième explication (ve-ibaeit eima, 'et si tu veux, dis') : tous acceptent Ze'eiri, mais ils divergent sur la naissance le-mekuta'in — à mois incomplets, c'est-à-dire prématurée. Pour le tana Kama, la bête n'enfante pas prématurément ; pour R. Chimon, elle le peut, ce qui avance la naissance dans l'année.
Et si tu veux, dis : tout le monde [tient qu']elle n'enfante pas à mois incomplets, et ici c'est sur '[une fraction de jour vaut le jour entier]' (miktzat ha-yom ke-khulo) qu'ils divergent : pour le premier tana, on ne dit pas 'une fraction de jour vaut le jour entier' ; pour Rabbi Chimon, on dit 'une fraction de jour vaut le jour entier'.
Troisième explication (ve-ibaeit eima) : tous admettent que la bête n'enfante pas prématurément (le-mekuta'in), et la divergence porte sur le principe miktzat ha-yom ke-khulo ('une fraction de jour vaut le jour entier'). Pour le tana Kama on ne l'applique pas — donc la naissance la plus précoce tombe au 1er jour de l'année 2. Pour R. Chimon on l'applique — ce qui économise plusieurs jours sur chaque étape du cycle et permet une naissance le dernier jour de l'année 1.
Et si tu veux, dis : tout le monde dit 'une fraction de jour vaut le jour entier', et ici c'est sur [la question de savoir si] le mehusar zeman (bête dont le temps n'est pas encore venu) entre au parc pour être dîmée qu'ils divergent,
Quatrième explication (ve-ibaeit eima) : tous appliquent 'une fraction de jour vaut le jour entier', et la divergence porte sur le mehusar zeman — la bête dont le temps n'est pas encore venu, âgée de moins de huit jours, donc inapte à l'autel. Entre-t-elle malgré tout au parc (dir) pour être comptée dans le dîme ? Pour le tana Kama : non ; pour Rabbi Chimon : oui — d'où une chevrette dîmée dès sa première année.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).