Bekhorot 21b — d'où dériver le maasser behema, le rejet suspect (tinouf), et le petit de la bête achetée

Bekhorot 21b

Sougya : La sougya commence par une baraita de Rabbi Chimon : l'animal 'avant son temps' (mehoussar zeman) entre dans l'enclos pour être dîme et il est assimilé au bekhor (premier-né) — sanctifié avant son temps, offert après. La Guemara se demande pourquoi dériver le maasser behema (dîme du bétail) du bekhor plutôt que des kodachim (sacrifices) : elle compare quatre traits communs de chaque côté, puis tranche par une gezera chava 'haavara'.

Vient ensuite la définition du tinouf (rejet informe qui exempte du bekhor) selon Rava et Chmuel, et la durée de formation du foetus. Enfin, la grande mahloket Rav / Chmuel / R.

Yo'hanan sur le petit d'une bête achetée à un Juif : bekhor certain, douteux, ou houlin certain ? La michna de R.

Eliezer ben Yaakov clôt le daf : une grosse bête qui rejette une masse de sang caillot doit être enterrée et est exemptée du bekhor.

D'où tirer la loi du maasser behema (dîme du bétail) ? Dériver du BEKHOR (aîné) Dériver des KODACHIM (sacrifices) 4 traits communs bekhor/maasser : - goel : ne se rachètent pas (même avec défaut) - moum : sacrés malgré le défaut - temoura : leur substitut n'est pas offert - akhila : mangés sans rachat 4 traits communs kodachim/maasser : - zakhar : pas limités aux mâles - kadoch : sanctifiés par acte humain - matanot : hors des dons au cohen - pachout : commencent animal ordinaire Tranchée : gezera chava 'haavara'/'haavara' 've-haavarta' (bekhor, Ex 13:12) = 'yaavor tahat ha-chevet' (maasser, Lev 27:32)
Le débat sur la source du maasser behema : bekhor ou kodachim, et la tranchée finale par gezera chava (segments 0-2).
Acheter une bête d'un Juif : son petit est-il bekhor ? (3 avis) Rav bekhor CERTAIN si elle avait déjà mis bas, le vendeur s'en serait vanté Chmuel bekhor DOUTEUX le vendeur pense que l'acheteur veut abattre : il ne dit rien R. Yo'hanan HOULIN certain si elle n'avait pas mis bas, vu l'interdit, il l'aurait averti Baraita en faveur de R. Yo'hanan ; distinction : là (oto ve-et beno) tout dépend du VENDEUR ; ici (bekhor) tout dépend de l'ACHETEUR.
La mahloket sur le statut du petit d'une bête achetée à un Juif (segments 5-7).
1
וְהַתַּנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: מְחֻוסַּר זְמַן נִכְנָס לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר, וַהֲרֵי הֵן כִּבְכוֹר — מַה בְּכוֹר קָדוֹשׁ לִפְנֵי זְמַנּוֹ וְקָרֵב לְאַחַר זְמַנּוֹ, אַף מְחֻוסַּר זְמַן קָדוֹשׁ לִפְנֵי זְמַנּוֹ וְקָרֵב לְאַחַר זְמַנּוֹ.

Et de fait il est enseigné (baraita) : Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : l'animal 'avant son temps' (mehoussar zeman) [c.-à-d. de moins de huit jours] entre dans l'enclos (dir) pour être dîme, et ces [bêtes] sont comme le premier-né (bekhor) : de même que le bekhor est sanctifié avant son temps et offert après son temps, de même l'animal 'avant son temps' est sanctifié avant son temps et offert après son temps.

📜 Rachi (4)
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא:
Et de fait il est enseigné (ve-hatanya) — [à lire] sur un ton affirmatif (pas comme une objection).
וַהֲרֵי הוּא כְּלוֹמַר וּבְדָבָר זֶה יֵשׁ לוֹ דִּין בְּכוֹר:
Et ces [bêtes] sont [comme le bekhor] — c'est-à-dire : sur ce point elles ont le statut du bekhor.
מַה בְּכוֹר קָדוֹשׁ לִפְנֵי זְמַנּוֹ שֶׁהֲרֵי קְדֻושָּׁתוֹ מֵרֶחֶם:
De même que le bekhor est sanctifié avant son temps — car sa sainteté [commence] dès le sein maternel.
אַף מַעֲשֵׂר קָדוֹשׁ לִפְנֵי זְמַנּוֹ דִּמְחֻוסַּר זְמַן נִכְנָס לַדִּיר:
De même le maasser [dîme] est sanctifié avant son temps — puisque l'animal 'avant son temps' entre [quand même] dans l'enclos.
🗂️ Tossefot (1)
אַף מְחֻוסַּר זְמַן קָדוֹשׁ לִפְנֵי זְמַנּוֹ וְהָא דְּאָמַר בִּתְמוּרָה פֶּרֶק אֵלּוּ קָדָשִׁים (תְּמוּרָה דַּף יט:) הֲרֵי מְחֻוסַּר זְמַן דְּלָא חֲזֵי וְאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן קָדוֹשׁ הַייְנוּ בְּמַעְשַׂר בְּהֵמָה כִּדְמוֹכַח הָכָא דִּפְלִיגִי ר' שִׁמְעוֹן וְרַבָּנָן אֲבָל בִּשְׁאָר קָדָשִׁים מוֹדֶה אֲפִילּוּ ר' שִׁמְעוֹן:
De même l'animal 'avant son temps' est sanctifié avant son temps — et ce que l'on dit dans Temoura, chapitre 'Elou kodachim' (Temoura 19b) : 'voici un mehoussar zeman qui n'est pas apte, et pourtant Rabbi Chimon dit qu'il est sanctifié' — cela vise le maasser behema, comme il ressort d'ici que Rabbi Chimon et les Sages sont en désaccord [seulement sur le maasser] ; mais pour les autres sacrifices (kodachim), même Rabbi Chimon concède [qu'un mehoussar zeman n'est pas sanctifié].
💡 Explication

La baraita confirme la thèse : un animal mehoussar zeman (litt. 'à qui il manque le temps', de moins de 8 jours, encore inapte au sacrifice) entre quand même dans l'enclos pour le comptage de la dîme. Il est assimilé au bekhor (premier-né) : sanctifié dès avant l'âge requis, mais offert seulement une fois ce délai passé.

2
וְאַדְּיָלֵיף מִבְּכוֹר, נֵילֵיף מִקָּדָשִׁים? מִסְתַּבְּרָא מִבְּכוֹר הֲוָה לֵיהּ לְמֵילַף, שֶׁכֵּן: גּוֹאֵל, מוּם, תְּמוּרַת, אֲכִילָה.

Mais plutôt que de dériver [la loi] du bekhor, dérivons-la des sacrifices (kodachim) [qu'on ne peut précisément pas sanctifier avant leur temps] ! [Réponse :] il est plus logique de dériver du bekhor, car [le maasser et le bekhor partagent quatre traits] : goël (rachat), moum (défaut), temoura (substitut), akhila (consommation).

📜 Rachi (3)
לֵילַף מִקָּדָשִׁים מִשְּׁלָמִים שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַקְדִּישָׁן מְחֻוסַּר זְמַן שֶׁאֵין קְדֻושָּׁה חָלָה עֲלֵיהֶן כִּדְאָמְרִינַן בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים וּמִיּוֹם הַשְּׁמִינִי וָהָלְאָה יֵרָצֶה לְקָרְבַּן אִשֶּׁה לַה' אֵין לִי אֶלָּא לְאִשָּׁה מִנַּיִן אַף לְהַקְדִּישׁ תַּלְמוּד לוֹמַר לְקָרְבָּן:
Dérivons des sacrifices — des chelamim, qu'on ne peut pas consacrer 'avant leur temps' (mehoussar zeman), car la sainteté ne se pose pas sur eux, comme on le dit dans le Torat Cohanim : '[à partir] du huitième jour et au-delà il sera agréé en offrande consumée pour l'Éternel' (Lev 22:27) — je n'ai là que [l'aptitude] à être offert ; d'où [sais-je] qu'il en va de même pour le consacrer ? L'enseignement dit 'en offrande (le-korban)'.
שֶׁכֵּן גּוֹאֵל מוּם תְּמוּרַת אֲכִילָה בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר אֵין נִפְדִּין דְּבִבְכוֹר נֶאֱמַר (בַּמִּדְבָּר יח) לֹא תִּפְדֶּה וּבְמַעֲשֵׂר (וַיִּקְרָא כז) לֹא יִגְאַל אֲבָל קָדָשִׁים נִפְדִּין בְּמוּמָן. וְקִדּוּשִׁין בְּמוּמָן קְדֻושָּׁה גְּמוּרָה מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּקָדָשִׁים כִּדְאָמְרִינַן בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף יד.) כָּל הַקֳּדָשִׁים שֶׁקָּדַם מוּם קָבוּעַ לְהֶקְדֵּשָׁן כּוּ' חוּץ מִבְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר. וּבְכוֹר וּמַעֲשֵׂר אֵין תְּמוּרָתָן קְרֵיבָה דִּכְתִיב לֹא תִפְדֶּה קֹדֶשׁ הֵם אֶת דָּמָם תִּזְרֹוק וְגוֹ' וְאָמְרִינַן הֵן קְרֵיבִין וְאֵין תְּמוּרָתָן קְרֵיבָה בְּמַסֶּכֶת תְּמוּרָה בְּפֶרֶק אֵלּוּ קָדָשִׁים (תְּמוּרָה דַּף כא.) אֲבָל שְׁאָר קָדָשִׁים תְּמוּרָתָן קְרֵיבָה כִּדְאָמְרִינַן בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל (בְּכוֹרוֹת ד' יד:) רַק קָדָשֶׁיךָ אֵלּוּ הַתְּמוּרוֹת:
Car [ils partagent] : goël, moum, temoura, akhila — le bekhor et le maasser ne se rachètent pas : du bekhor il est dit 'tu ne rachetteras pas' (Nb 18:17) et du maasser 'il ne sera pas racheté' (Lev 27:33) ; les [autres] sacrifices, eux, se rachètent en cas de défaut. Et [bekhor et maasser] sont sanctifiés malgré leur défaut d'une sainteté pleine, contrairement aux [autres] sacrifices, comme on l'a dit au chapitre précédent (Bekhorot 14a) : 'tous les sacrifices dont un défaut fixé a précédé la consécration, etc. — sauf le bekhor et le maasser'. Le substitut (temoura) du bekhor et du maasser n'est pas offert, car il est écrit 'tu ne rachetteras pas, ils sont sacrés... tu répandras leur sang' (Nb 18:17) ; et l'on dit 'eux sont offerts mais non leur substitut' dans le traité Temoura, chapitre 'Elou kodachim' (Temoura 21a) ; les autres sacrifices, en revanche, ont leur substitut offert, comme on l'a dit au chapitre précédent (Bekhorot 14b) : 'seulement (rak) tes choses saintes — ce sont les substituts'.
אֲכִילָה בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר נֶאֱכָלִין בְּמוּמָן זֶה לְיִשְׂרָאֵל וְזֶה לַכֹּהֵן אֲבָל קָדָשִׁים שֶׁנָּפַל בָּהֶן מוּם נִפְדִּין:
Akhila (consommation) — le bekhor et le maasser se mangent malgré leur défaut : l'un [le bekhor] pour le cohen, l'autre [le maasser] pour l'Israélite ; mais les [autres] sacrifices frappés d'un défaut se rachètent [avant d'être mangés par le propriétaire].
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁכֵּן גּוֹאֵל מוּם כו' הָא דְּלָא קָאָמַר נָמֵי וְאֵין בָּאִים מִחוּצָה לָאָרֶץ כִּשְׁאָר קָדָשִׁים מִשּׁוּם דִּפְלוּגְתָּא הִיא הָתָם בַּגְּמָרָא תְּמוּרָה (דַּף כא.):
Car [ils partagent] : goël, moum, etc. — s'il n'a pas dit aussi 'et [le bekhor et le maasser] ne viennent pas de l'extérieur de la Terre [d'Israël]' comme les [autres] sacrifices, c'est parce que cela fait justement l'objet d'une mahloket là-bas dans la Guemara de Temoura (21a).
אֲכִילָה פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' שֶׁנֶּאֱכָלִין בְּמוּמָן בְּלֹא פִּדְיוֹן וּקְצָת קָשֶׁה הָא מִכְּלַל גּוֹאֵל הוּא וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּמְשֻׁונֶּה אֲכִילָתָהּ מִשְּׁאָר פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין דְּאֵין נִשְׁחָטִין בְּאִיטְלִיז וְנִמְכָּרִים בְּאִיטְלִיז וְנִשְׁקָלִים בְּלִיטְּרָא וּמִדְּאוֹרַייְתָּא הוּא כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק קַמָּא דִּתְמוּרָה (ד' ח.) וּבְסוֹף חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין ד' קיב:) גַּבֵּי עִיר הַנִּדַּחַת דִּמְמַעֵט בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר מִדִּכְתִיב בְּהֵמָה מִי שֶׁנֶּאֱכָל בְּתוֹרַת בְּהֶמְתְּךָ יָצְאוּ בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר שֶׁאֵין נֶאֱכָלִין בְּתוֹרַת בְּהֶמְתֶּךָ דִּתְנַן כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין נִמְכָּרִין בָּאִיטְלִיז חוּץ מִן הַבְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר:
Akhila — Rachi a expliqué : ils se mangent malgré leur défaut sans rachat. Cela est un peu difficile, car cela [rentre] déjà dans la catégorie 'goël' [rachat]. Il semble [mieux] d'expliquer que leur consommation diffère de celle des autres invalidés consacrés (pessoulei ha-mukdachin), car [le bekhor et le maasser] ne s'abattent pas à l'étal (itliz), ne s'y vendent pas et ne se pèsent pas à la livre — et cela relève de la Tora, comme il ressort au premier chapitre de Temoura (8a) et à la fin de [Sanhédrin] 'Helek' (112b) à propos de la ville dévoyée (ir ha-nidahat), où l'on exclut le bekhor et le maasser du fait qu'il est écrit 'behema' — [seul] ce qui se mange 'à titre de ta bête' [est visé] ; on exclut le bekhor et le maasser qui ne se mangent pas 'à titre de ta bête', car nous avons appris : 'tous les invalidés consacrés se vendent à l'étal, sauf le bekhor et le maasser'.
💡 Explication

Objection : pourquoi dériver le maasser behema du bekhor ? Puisqu'un kodech (sacrifice ordinaire) ne peut justement pas être sanctifié avant son temps, on devrait plutôt en dériver que le mehoussar zeman n'entre pas dans l'enclos. Réponse : il est plus logique de le rapprocher du bekhor car ils partagent quatre traits : goël (aucun rachat, même avec un défaut), moum (sanctifiés malgré le défaut), temoura (leur substitut n'est pas offert), akhila (mangés sans rachat).

3
אַדְּרַבָּה, מִקֳּדָשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵילַף, שֶׁכֵּן זָכָר, קָדוֹשׁ, בְּמַתָּנוֹת, פָּשׁוּט. אֶלָּא רַבִּי שִׁמְעוֹן ״הַעֲבָרָה״ ״הַעֲבָרָה״ גְּמִיר.

Au contraire, on aurait dû dériver des sacrifices (kodachim), car [maasser et kodachim partagent] : zakhar (mâle), kadoch (sanctification), be-matanot (dons), pachout (ordinaire) ! [Réponse :] plutôt, Rabbi Chimon l'apprend par [gezera chava] 'haavara'-'haavara'.

📜 Rachi (2)
פָּשׁוּט זֵכֶר קָדוֹשׁ בְּמַתָּנוֹת מַעֲשֵׂר וְקָדָשִׁים נוֹהֲגִין בְּפָשׁוּט וְאֵינָם צְרִיכִין לִהְיוֹת זְכָרִים וּצְרִיכִים לְהַקְדִּישָׁם בְּיָדַיִם וְאֵינָם מִמַּתְּנוֹת כְּהֻונָּה וּמַעֲשֵׂר וּשְׁלָמִים נֶאֱכָלִין לַבְּעָלִים כְּדִמְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק מַעְשַׂר בְּהֵמָה (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת דַּף נו.) דְּמַעֲשֵׂר הָוֵי שְׁלָמִים אֲבָל בְּכוֹר לָאו פָּשׁוּט הוּא וְאֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בִּזְכָרִים וְאֵין צָרִיךְ לְהַקְדִּישׁוֹ דְּמֵרֶחֶם קָדוֹשׁ וּמִמַּתְּנוֹת כְּהֻונָּה הוּא:
Pachout, zakhar, kadoch, be-matanot — le maasser et les [autres] sacrifices s'appliquent à une bête ordinaire (pachout) et n'ont pas besoin d'être des mâles ; ils requièrent une consécration par un acte humain ; et ils ne font pas partie des dons de la kehouna ; et le maasser comme les chelamim se mangent par les propriétaires, comme il est expliqué au chapitre 'Maasser behema' (infra 56a) : le maasser a le statut de chelamim. Le bekhor, lui, n'est pas 'ordinaire' : il ne s'applique qu'aux mâles, n'a pas besoin d'être consacré (il est sacré dès le sein) et fait partie des dons de la kehouna.
הַעֲבָרָה הַעֲבָרָה וְהַעֲבַרְתָּ כָּל פֶּטֶר רֶחֶם הַזְּכָרִים כֹּל אֲשֶׁר יַעֲבֹור תַּחַת הַשָּׁבֶט:
Haavara-haavara — 've-haavarta tout premier-né du sein, les mâles' (Ex 13:12) [et] 'tout ce qui passe (yaavor) sous le bâton' (Lev 27:32).
🗂️ Tossefot (1)
הַעֲבָרָה הַעֲבָרָה גְּמִירִי וְאַף ע"ג דְּאִיכָּא לְמֵילַף נָמֵי תַּחַת תַּחַת מִקָּדָשִׁים כִּדְאָמַר בפ"ק (לְעֵיל בְּכוֹרוֹת ד' יב.) בְּהֵמָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מִקְצָת סִימָנִין הָכָא לְעִנְיַן קִידּוּשׁ שַׁייָּךְ לְמֵילַף טְפֵי מֵהַעֲבָרָה דְּמַשְׁמַע כֹּל אֲשֶׁר יַעֲבֹור תַּחַת הַשָּׁבֶט לְשׁוֹן קִידּוּשׁ:
Il l'apprend par [gezera chava] 'haavara'-'haavara' — et bien qu'on puisse aussi [songer à] dériver par 'tahat'-'tahat' des sacrifices, comme on l'a dit au premier chapitre (supra 12a) à propos d'une bête qui a une partie des simanim [d'un premier-né], ici, pour ce qui est de la consécration, il convient mieux de dériver de 'haavara', puisque 'tout ce qui passe (yaavor) sous le bâton' évoque [précisément] un langage de consécration.
💡 Explication

Contre-objection : le maasser ressemble plutôt aux kodachim, avec quatre traits : zakhar (ni l'un ni l'autre n'est limité aux mâles — le bekhor, lui, ne concerne que les mâles), kadoch (tous deux sanctifiés par un acte humain et non de naissance), be-matanot (aucun ne fait partie des dons dûs au cohen), pachout (tous deux commencent comme un animal ordinaire). Puisque les deux rapprochements se valent, la Guemara conclut : Rabbi Chimon ne raisonne pas par similitude mais par une gezera chava (analogie verbale) sur le mot haavara ('faire passer') — présent pour le bekhor ('ve-haavarta', Ex 13:12) et pour le maasser ('kol acher yaavor tahat ha-chevet', Lev 27:32).

4
הֵיכִי דָמֵי טִינּוּף? אָמַר רָבָא, כִּדְאָמְרִי רֵעוּתָא: דְּצִלְּתָא אָצַר חַיּוּתָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בַּעְבּוּעֵי דִּדְמָא. וְצָרִיךְ לְהַרְאוֹתוֹ לְחָכָם. חָכָם מְנָא יָדַע? אָמַר רַב פָּפָּא: רוֹעֶה חָכָם.

Qu'est-ce qu'un tinouf (rejet informe) ? Rava dit : comme le disent les bergers — 'un [écoulement] trouble (detzalta), [signe que] le sein a retenu (atzar) un foetus (hiyouta)'.

Et Chmuel dit : ce sont des bulles de sang (bibouei de-dama). Et il faut le montrer à un sage ('hakham).

[Objection :] un sage, comment saurait-il ? Rav Papa dit : un berger expert (roeh 'hakham).

📜 Rachi (3)
אָצַר חַיּוּתָא נֶעְצַר רַחְמָהּ וְנִימּוֹק הָעֻובָּר:
Le sein a retenu un foetus (atzar hiyouta) — sa matrice s'est bloquée et le foetus s'est dissous.
בַּעְבּוּעֵי דְּמָא פּוֹלֶטֶת אֲבַעְבּוּעוֹת שֶׁל דָּם:
Bulles de sang (bibouei dama) — elle rejette des bulles de sang.
לְהַרְאוֹתוֹ לְחָכָם לֵידַע אִם עֻובָּר הָיָה וְתִיפָּטֵר מִן הַבְּכוֹרָה:
Le montrer à un sage — pour savoir s'il y avait eu un foetus, [auquel cas] elle sera exemptée du bekhor.
💡 Explication

La michna a exempté du bekhor la bête qui a rejeté un tinouf (rejet informe, indice qu'elle avait déjà porte). Définition selon Rava : un écoulement trouble (detzalta), signe que le sein a retenu et dissous un foetus. Selon Chmuel : des bulles de sang. Il faut le faire examiner par un 'hakham (sage/expert) ; mais comment un sage saurait-il reconnaître cela ? Rav Papa précise : il s'agit d'un berger expert (roeh 'hakham), familier des différents écoulements.

5
אָמַר רַב חִסְדָּא: הֲרֵי אָמְרוּ יְצִירַת הַווָּלָד בָּאִשָּׁה אַרְבָּעִים יוֹם. בָּעֵי רַב חִסְדָּא: בִּבְהֵמָה בְּכַמָּה? אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: לָאו הַיְינוּ דִּזְעֵירִי, דְּאָמַר זְעֵירִי: אֵין טִינּוּף פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם? הַהוּא לְקַבֵּל אִיתְּמַר.

Rav Hisda dit : ils ont dit que la formation (yetzira) du foetus chez la femme [prend] quarante jours. Rav Hisda demande : chez la bête, en combien [de jours] ?

Rav Papa dit à Abaye : n'est-ce pas [la même chose] que [l'enseignement] de Zeïri, qui a dit : il n'y a pas de tinouf à moins de trente jours ? [Réponse :] cela [les trente jours de Zeïri] a été dit 'pour la réception' (le-kabel).

📜 Rachi (4)
אַרְבָּעִים יוֹם דְּהַמַּפֶּלֶת יוֹם אַרְבָּעִים צְרִיכָה לֵישֵׁב יְמֵי טֻומְאָה וְטָהוֹר בְּצִיר מֵהָכָא מַיָּא בְּעָלְמָא הוּא:
Quarante jours — car celle qui avorte au quarantième jour doit observer les jours d'impureté et de pureté [de l'accouchement] ; en deçà, ce n'est que de l'eau.
בִּבְהֵמָה בְּכַמָּה שָׁהֲתָה מִשֶּׁקִּבְּלָה זָכָר עַד הַטִּינּוּף דְּנֵימָא וָלָד הוּא וּמִיפַּטְרָא מִן הַבְּכוֹרָה:
Chez la bête, en combien — combien de temps s'est-il écoulé depuis qu'elle a reçu le mâle jusqu'au tinouf, pour qu'on dise que c'est un foetus et qu'elle soit exemptée du bekhor.
לָאו הַייְנוּ דִּזְעֵירִי דסד"א דְּהָכִי אָמַר דִּשְׁלֹשִׁים יוֹם שֶׁהֲוָה הַוָּלָד לְהַבְרָאוֹת וּבְיוֹם ל"א נִימּוֹק וְיוֹצֵא (וְהָכִי קָאָמַר זְעֵירִי אֵין טִינּוּף מְעַכֵּב בְּלֵידָה שֶׁאֵינָהּ מִתְעַבֶּרֶת וָלָד אַחֵר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם):
N'est-ce pas [la même chose] que Zeïri — car on aurait pu penser qu'il [Zeïri] voulait dire ceci : pendant trente jours le foetus se forme, et le trente-et-unième il se dissout et sort. (Or Zeïri dit [en réalité] : il n'y a pas de tinouf qui empêche [la bête] de concevoir un autre foetus à moins de trente jours.)
לְקַבֵּל אִיתְּמַר מִשֶּׁהִפִּילָה אֶת עֻובָּר רִאשׁוֹן אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת זָכָר עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם אֲבָל בִּימֵי יְצִירַת הַוָּלָד לָא אַיְירֵי:
Cela a été dit 'pour la réception' (le-kabel) — depuis qu'elle a avorté le premier foetus, elle ne reçoit pas de mâle avant trente jours ; mais [Zeïri] ne parle pas des jours de formation du foetus.
💡 Explication

Rav Hisda rappelle que chez la femme la formation du foetus (yetzira) prend quarante jours ; en deçà, ce n'est que de l'eau. Il demande : et chez la bête, combien ? Rav Papa suggère que Zeïri l'a résolu : 'pas de tinouf à moins de trente jours'. Réponse : non, les trente jours de Zeïri concernent la réception (le-kabel) — après avoir avorté, la femelle n'accepte pas le mâle ni ne conçoit pendant trente jours ; cela ne dit rien sur la durée de formation. La question de Rav Hisda reste ouverte.

6
מָצִינוּ לוֹקֵחַ מִגּוֹי, לוֹקֵחַ מִיִּשְׂרָאֵל מַאי? אָמַר רַב: בְּכוֹר וַדַּאי, דְּאִם אִיתָא דְּבִכְּרָה — אִישְׁתַּבּוֹחֵי הֲוָה מִישְׁתַּבַּח לֵיהּ.

Nous avons [le cas de] celui qui achète [une bête] d'un non-Juif [= la michna] ; celui qui achète d'un Juif, quel est [le statut de son petit] ? Rav dit : c'est un bekhor certain (bekhor vadai), car s'il était vrai qu'elle avait déjà mis bas, [le vendeur] s'en serait vanté auprès de lui.

📜 Rachi (2)
מָצִינוּ לוֹקֵחַ מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים מַה דִּינוֹ כִּדְתָנֵי מַתְנִיתִין:
Nous avons [le cas de] celui qui achète d'un non-Juif — quel est son statut, comme l'enseigne la michna.
אִישְׁתַּבּוֹחֵי מִשְׁתַּבַּח לֵיהּ הַמּוֹכֵר אוֹמֵר קָחֶנָּה שֶׁכְּבָר בִּיכְּרָה וְאֵין צָרִיךְ עוֹד לִיתֵּן וְלָדָהּ לְכֹהֵן:
Il s'en serait vanté auprès de lui (ichtabouhei michtabah leih) — le vendeur dirait : 'achète-la, car elle a déjà mis bas, et tu n'auras plus à donner son petit au cohen'.
🗂️ Tossefot (1)
אִשְׁתַּבּוֹחֵי מִשְׁתַּבַּח לֵיהּ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁכְּבָר בִּיכְּרָה וְלֹא תִּסְתַּכֵּן בְּלֵידָה עוֹד אֲבָל עוֹבֵד כּוֹכָבִים אִי נָמֵי א"ל הָכִי אֵין בִּדְבָרָיו אֱמֶת וְיֵשׁ לִלְמֹוד מִפֵּירוּשׁוֹ דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֲפִילּוּ מֵסִיחַ לְפִי תֻּומּוֹ אֵינוֹ נֶאֱמָן דִּלְהַשְׁבִּיחַ מִקָּחוֹ אוֹמֵר כֵּן וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּאִישְׁתַּבּוֹחֵי דְּהָכָא הַייְנוּ שֶׁכְּבָר נִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה:
Il s'en serait vanté auprès de lui — Rachi a expliqué : [le vendeur dirait] qu'elle a déjà mis bas et qu'elle ne risquera plus [sa vie] à l'accouchement. Mais un non-Juif, même s'il dit cela, ses paroles ne sont pas [forcément] vraies. On peut apprendre de son explication qu'un non-Juif, même parlant avec candeur (messiah lefi toumo), n'est pas cru, car il dit cela pour valoriser sa marchandise. On peut aussi expliquer que 'se vanter' ici signifie [dire] qu'elle est déjà exemptée du bekhor.
💡 Explication

La michna a traité de l'achat à un non-Juif. Question : et si l'on achète à un Juif une bête dont on ignore si elle a déjà mis bas ? Rav : son petit est un bekhor certain, car si la mère avait déjà enfanté, le vendeur s'en serait vanté ('achète-la, elle a déjà mis bas, tu n'auras pas à donner son petit au cohen').

7
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בְּכוֹר סָפֵק, סָבַר לִשְׁחִיטָה קָא בָעֵי לֵיהּ. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: חֻולִּין וַדָּאִין, מַאי טַעְמָא? אִם אִיתָא דְּלֹא בִּכְּרָה, כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא, אוֹדוֹעֵי הֲוָה מוֹדַע לֵיהּ.

Et Chmuel dit : c'est un bekhor douteux (bekhor safek), [car le vendeur] pense : c'est pour l'abattage qu'il la veut [donc il ne dit rien]. Et Rabbi Yo'hanan dit : c'est du houlin (profane) certain.

Quelle en est la raison ? S'il était vrai qu'elle n'avait pas mis bas, puisqu'il y a un interdit [en jeu], [le vendeur] l'en aurait averti.

📜 Rachi (1)
סָפֵק וְהַאי דְּלָא אַשְׁבְּחָה מוֹכֵר בְּהָכִי דְּסָבַר לִשְׁחִיטָה בָּעֵי לָהּ:
Douteux (safek) — et si le vendeur ne s'en est pas vanté, c'est qu'il pense que [l'acheteur] la veut pour l'abattage.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר חֻולִּין וַדַּאי בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת פָּסַק כַּר' יוֹחָנָן וּבְבֵיצָה (דַּף ד:) אָמְרִי' רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וּבְפֶ' מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין ד' מז:) אָמְרִינַן שְׁמוּאֵל וְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן:
Rabbi Yo'hanan dit : houlin certain — dans les Halakhot Guedolot il a tranché comme Rabbi Yo'hanan ; et dans Beitsa (4b) on dit : 'Rav et Rabbi Yo'hanan, la halakha est comme Rabbi Yo'hanan' ; et au chapitre 'Mi che-hotziouhou' (Erouvin 47b) on dit : 'Chmuel et Rabbi Yo'hanan, la halakha est comme Rabbi Yo'hanan'.
⚖️ Rosh (1)
הֵיכִי דָמֵי טִינּוּף. אָמַר רַב כִּדְאָמְרִי רַעְיוֹתָא דְּצַלְתְּ עָצַר חַיּוּתָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר בַּעְבּוּעֵי דְּדָמֵי וְצָרִיךְ לְהַרְאוֹתוֹ לְרוֹעֶה חָכָם. מָצִינוּ לוֹקֵחַ מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים. לוֹקֵחַ מִיִּשְׂרָאֵל מַאי אָמַר רַב בְּכוֹר וַדַּאי. דְּאִם אִיתָא דְּבִכְּרָה אִישְׁתַּבּוֹחֵי הֲוָה מִשְׁתַּבַּח בָּהּ. פירש"י שֶׁכְּבָר בִּיכְּרָה וְלֹא תִּסְתַּכֵּן עוֹד בְּלֵידָה. אֲבָל עוֹבֵד כּוֹכָבִים א"נ א"ל הָכִי אֵין דְּבָרָיו אֱמֶת. וְיֵשׁ לִלְמֹוד מִכָּאן אַפֵּי' אִי מֵסִיחַ לְפִי תֻּומּוֹ אֵינוֹ נֶאֱמָן דִּלְהַשְׁבִּיחַ מִקָּחוֹ אוֹמֵר כֵּן. וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּאִשְׁתַּבּוֹחֵי דְּקָאָמַר הַיְינוּ שֶׁכְּבָר נִפְטַר מִן הַבְּכוֹרָה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר בְּכוֹר סָפֵק. זִימְנִין דְּלָא א"ל דְּסָבַר דִּלְמָא לִשְׁחִיטָה קָא בָעֵי לֵהּ. וְר' יוֹחָנָן אָמַר חֻולִּין וַדַּאי דְּאִם אִיתָא דְּלֹא בִּכְּרָה כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא אוֹדַעִי מוֹדַע לֵיהּ. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן אִם לֹא הוֹדִיעוֹ הוֹלֵךְ וְשׁוֹחֵט וְאֵינוֹ נִמְנָע. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל. אָמְרִי הָתָם גַּבֵּי אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ בְּמוֹכֵר תַּלְיָא מִלְּתָא הָכָא בְּלוֹקֵחַ תַּלְיָא מִלְּתָא. בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת פָּסַק כְּרָר' יוֹחָנָן דִּבְמַסֶּכֶת י"ט דַּף ד. אָמְרִינַן רַב וְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן וה"ר יוֹנָה זַ"ל כָּתַב דַּהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר מִלְּתָא מִיצְעֲתָא. דְּעִנְיַן אֲכִילָתוֹ בְּלֹא מוּם הָווּ לְהוּ רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָסְרִי תְּרֵי וְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר חֻולִּין וַדַּאי יָחִיד לְגַבַּייְהוּ. וּלְעִנְיַן נְתִינָתוֹ לַכֹּהֵן הָווּ לְהוּ רַבִּי יוֹחָנָן וּשְׁמוּאֵל תְּרֵי וְרַב דְּאָמַר בְּכוֹר וַדַּאי יָחִיד הִלְכָּךְ יֵאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים.
Qu'est-ce qu'un tinouf ? Rav dit : comme le disent les bergers, un [écoulement] trouble [signe que] le sein a retenu un foetus. Et Chmuel dit : des bulles de sang ; et il faut le montrer à un berger expert. Nous avons [le cas de] celui qui achète d'un non-Juif. Celui qui achète d'un Juif, quel est [le statut] ? Rav dit : bekhor certain, car s'il était vrai qu'elle avait déjà mis bas, il s'en serait vanté à son propos. Rachi a expliqué : [le vendeur dirait] qu'elle a déjà mis bas et ne risquera plus sa vie à l'accouchement ; mais un non-Juif, même s'il dit cela, ses paroles ne sont pas [forcément] vraies. On apprend d'ici que même parlant avec candeur (messiah lefi toumo) [le non-Juif] n'est pas cru, car il dit cela pour valoriser sa marchandise. On peut aussi expliquer que 'se vanter' signifie [dire] qu'elle est déjà exemptée du bekhor. Et Chmuel dit : bekhor douteux — parfois [le vendeur] ne le dit pas, pensant qu'il la veut peut-être pour l'abattage. Et Rabbi Yo'hanan dit : houlin certain, car s'il était vrai qu'elle n'avait pas mis bas, puisqu'il y a un interdit, il l'en aurait averti. Une baraita [enseigne] comme Rabbi Yo'hanan : s'il ne l'a pas averti, [l'acheteur] va abattre et ne s'en abstient pas. Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav et Chmuel ? On répond : là-bas (à propos de 'oto ve-et beno' — la mère et son petit) l'affaire dépend du vendeur ; ici, elle dépend de l'acheteur. Dans les Halakhot Guedolot il a tranché comme Rabbi Yo'hanan, car dans le traité Yom Tov (Beitsa 4a) on dit 'Rav et Rabbi Yo'hanan, la halakha est comme Rabbi Yo'hanan'. Mais Rabbenou Yona a écrit que la halakha est comme Chmuel, qui énonce une position médiane : sur la consommation [de la bête] sans défaut, Rav et Chmuel [l'interdisent] à deux contre un — Rabbi Yo'hanan, qui dit 'houlin certain', est isolé face à eux ; et sur le fait de la donner au cohen, Rabbi Yo'hanan et Chmuel sont à deux contre Rav, qui dit 'bekhor certain', isolé. Donc [selon Chmuel] elle se mange avec son défaut par les propriétaires.
💡 Explication

Chmuel : bekhor douteux — le vendeur qui ne dit rien peut simplement penser que l'acheteur veut la bête pour l'abattre (auquel cas le statut de bekhor importe peu), donc son silence ne prouve rien. R. Yo'hanan : houlin certain (profane) — car si la bête n'avait pas mis bas, comme il y aurait un interdit (donner l'aîné au cohen), le vendeur, homme scrupuleux, aurait pris soin d'en avertir l'acheteur.

🖼️ Schéma
Acheter une bête d'un Juif : son petit est-il bekhor ? (3 avis) Rav bekhor CERTAIN si elle avait déjà mis bas, le vendeur s'en serait vanté Chmuel bekhor DOUTEUX le vendeur pense que l'acheteur veut abattre : il ne dit rien R. Yo'hanan HOULIN certain si elle n'avait pas mis bas, vu l'interdit, il l'aurait averti Baraita en faveur de R. Yo'hanan ; distinction : là (oto ve-et beno) tout dépend du VENDEUR ; ici (bekhor) tout dépend de l'ACHETEUR.
Rav / Chmuel / R. Yo'hanan sur le petit de la bête achetée à un Juif.
8
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, דְּאָמַר חֻולִּין: אִם לֹא הוֹדִיעוֹ — הוֹלֵךְ וְשׁוֹחֵט וְאֵינוֹ נִמְנָע. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל? הָתָם בְּמוֹכֵר תַּלְיָא מִילְּתָא, הָכָא בְּלוֹקֵחַ תַּלְיָא מִילְּתָא.

Il est enseigné (baraita) conformément à Rabbi Yo'hanan qui dit 'houlin' : si [le vendeur] ne l'a pas averti [au sujet de l'abattage de la mère], [l'acheteur] va [l']abattre et ne s'en abstient pas. Dirons-nous que ce serait une réfutation (teiouvta) de Rav et de Chmuel ?

[Non :] là-bas, l'affaire dépend du vendeur ; ici, l'affaire dépend de l'acheteur.

📜 Rachi (3)
אִם לֹא הוֹדִיעוֹ בְּאַרְבָּעָה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה מוֹכֵר שֶׁמָּכַר פָּרָה לִשְׁחֹוט וּבוֹ בַּיּוֹם מָכַר בְּנָהּ לְאַחֵר לִשְׁחֹוט צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ אִמָּהּ מָכַרְתִּי לִשְׁחֹוט וְאִם לֹא הוֹדִיעוֹ הוֹלֵךְ לוֹקֵחַ וְשׁוֹחֵט לַבֵּן וְאֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִשְׁאֹל אִם הַיּוֹם נִשְׁחֲטָה הָאֵם:
S'il ne l'a pas averti — durant les quatre périodes de l'année [où l'on abat beaucoup], un vendeur qui a vendu une vache pour l'abattage et qui, le même jour, a vendu son petit à un autre pour l'abattage, doit l'avertir : 'j'ai vendu la mère pour l'abattage' ; et s'il ne l'a pas averti, l'acheteur va abattre le petit et n'a pas à revenir demander si la mère a été abattue ce jour-là.
הָתָם בְּמוֹכֵר תְּלָא רַחֲמָנָא שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ כִּדְאָמְרִינַן בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף פג:) יוֹם אֶחָד יוֹם הַמְיֻוחָד טָעוּן כָּרוֹז דְּהַיְינוּ יוֹם הַמְיֻוחָד אַרְבָּעָה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה מְיֻוחָדִין לְכָךְ שֶׁיִּטְעֹון מוֹכֵר לְהַכְרִיז אַמָּה מָכַרְתִּי לִשְׁחֹוט:
Là-bas, le Miséricordieux fait dépendre [l'affaire] du vendeur — car il doit l'avertir, comme on le dit dans Chehitat Houlin (83b) : 'un seul jour (yom ehad)' — le jour désigné requiert une proclamation, c'est-à-dire ces quatre périodes de l'année désignées à cette fin, où le vendeur doit proclamer 'j'ai vendu la mère pour l'abattage'.
הָכָא בְּלוֹקֵחַ תַּלְיָא מִילְּתָא דִּכְתִיב (דְּבָרִים ט״ו:י״ט) בִּבְקָרְךָ וּבְצֹאנְךָ דָּמֵי שֶׁהַבְּהֵמָה שֶׁלּוֹ עָלָיו לְהַפְרִישׁ בְּכוֹרוֹתָיו:
Ici, l'affaire dépend de l'acheteur — car il est écrit 'de ton gros et de ton petit bétail' (Dt 15:19) : celui à qui appartient la bête, c'est à lui d'en prélever les premiers-nés.
🗂️ Tossefot (2)
הָתָם בְּמוֹכֵר תַּלְיָא מִילְּתָא שֶׁיּוֹדֵעַ הַמּוֹכֵר בְּלוֹקֵחַ שֶׁקּוֹנֶה לִשְׁחֹוט וְעוֹבֵר בְּלָאו דּוּלְפָנֵי עִוֵּר אִם אֵינוֹ מוֹדִיעוֹ דְּלוֹקֵחַ לָא אִיבְּעִי לֵיהּ לְאַסּוֹקֵיהּ לְדַעְתֵּיהּ שֶׁמָּכַר אִמָּהּ אוֹ בִּתָּהּ:
Là-bas, l'affaire dépend du vendeur — car le vendeur sait que l'acheteur achète pour abattre, et il transgresse l'interdit de 'devant l'aveugle [tu ne placeras pas d'obstacle]' (Lev 19:14) s'il ne l'avertit pas ; l'acheteur, lui, n'a pas à lui venir à l'esprit qu'on a vendu la mère ou sa fille [le même jour].
הָכָא בְּלוֹקֵחַ תַּלְיָא מִילְּתָא שֶׁעָלָיו לַחְקֹור בִּבְהֶמְתּוֹ אִם הִיא חַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה:
Ici, l'affaire dépend de l'acheteur — car c'est à lui d'enquêter sur sa bête pour savoir si elle est assujettie au bekhor.
💡 Explication

Une baraita appuie R. Yo'hanan : dans l'interdit d'abattre la mère et son petit le même jour (oto ve-et beno), si le vendeur n'a pas averti l'acheteur qu'il a vendu plus tôt le même jour la mère (ou le petit), l'acheteur peut abattre sans crainte — preuve qu'on se fie au silence du vendeur. Peut-on en réfuter Rav et Chmuel ? Non : dans le cas de oto ve-et beno, la responsabilité d'avertir incombe au vendeur ; ici (bekhor), c'est à l'acheteur de s'enquérir du statut de sa bête.

9
מַתְנִי׳ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: בְּהֵמָה גַּסָּה שֶׁשָּׁפְעָה חֲרָרַת דָּם, הֲרֵי זוֹ תִּקָּבֵר, וּפְטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה.

MICHNA : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : une grosse bête (behema gassa) qui a rejeté une masse de sang caillot (hararat dam), celle-ci doit être enterrée, et [la bête] est exemptée du bekhor.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' הֲרֵי זוֹ תִּקָּבֵר הַחֲרָרָה דַּאֲסוּרָה בַּהֲנָאָה דְּשֶׁמָּא וָלָד זָכָר הָיָה שֶׁנִּימּוֹק וְקָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה בִּיצִיאָתוֹ:
Michna : celle-ci doit être enterrée — la masse [de sang], car elle est interdite à tout profit : peut-être était-ce un foetus mâle qui s'est dissous et qui a été sanctifié comme bekhor à sa sortie.
🗂️ Tossefot (1)
בְּהֵמָה גַּסָּה שֶׁשָּׁפְעָה חֲרָרַת דָּם הֲרֵי זוֹ תִּקָּבֵר אע"פ דִּתְנָא בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עז.) הַמְבַכֶּרֶת שֶׁהִפִּילָה שִׁלְיָא יַשְׁלִיכֶנָּה לִכְלָבִים כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם מִשּׁוּם דְּנִסְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּנִדְמֶה לְמֶחֱצָה דִּנְקֵבוֹת הָכָא שָׁאנֵי כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא כְּדֵי לְפַרְסְמָהּ שֶׁנִּפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה וּמַה שֶׁאֵינוֹ דֹּוחַק בַּגְּמָרָא לוֹמַר כֵּן אֶלָּא מִשּׁוּם דְּרַבִּי חַייָּא דְּקָאָמַר וְכִי מֵאַחַר דְּאֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא אַמַּאי תִּקָּבֵר וּמְשַׁנֵּי כְּדֵי לְפַרְסְמָהּ כו' בְּלָאו הָכִי צָרִיךְ הָיָה טַעַם דְּפִרְסוּם אֶלָּא אַדְּאָמַר ר' חַיָּיא לָא נִיחָא לֵיהּ כָּל כָּךְ שֶׁתִּקָּבֵר מִטַּעַם פִּרְסוּם כֵּיוָן דְּאַפֵּי' יוֹדֵעַ שֶׁיָּלְדָה דָּבָר הַקָּדוֹשׁ לָא בָּעֲיָא קְבוּרָה מִשּׁוּם דְּבָטְלִי:
Une grosse bête qui a rejeté une masse de sang caillot, celle-ci doit être enterrée — bien qu'on ait enseigné au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 77a) qu'une primipare (mevakeret) qui a expulsé un placenta (chilya) le jette aux chiens — comme il y est expliqué, parce que l'on adjoint la minorité des [naissances par] ressemblance (nidmeh) à la moitié de femelles [pour réduire les mâles à une minorité] — ici c'est différent, comme la Guemara l'explique : c'est pour rendre publique [le fait] qu'elle est exemptée du bekhor. Et si la Guemara ne se force pas à le dire ainsi [dès le départ], c'est à cause de Rabbi Hiyya qui dit : 'dès lors qu'elle ne rend impur ni par contact ni par portage, pourquoi l'enterrer ?' et la Guemara répond : 'pour la rendre publique, etc.' — sans cela [aussi] il fallait un motif de publicité ; mais tant que Rabbi Hiyya n'a pas parlé, il ne lui convenait pas tant [de dire] qu'on l'enterre par publicité, puisque même si l'on savait qu'elle a mis bas une chose sanctifiée, cela ne requiert pas d'enterrement car [ces choses] se dissolvent (batlei).
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' ר"א בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר בְּהֵמָה שֶׁשָּׁפְעָה חֲרָרַת דָּם תִּקָּבֵר וּפְטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה.
Michna : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : une bête qui a rejeté une masse de sang caillot doit être enterrée et est exemptée du bekhor.
גְּמ' מַתְנֵי' מַנִּי רַבִּי עֲקִיבָא הִיא. דְּתַנְיָא בְּכוֹר אֵין נִמְנִין עָלָיו אֶלָּא חֲבוּרָה שֶׁכֻּולָּהּ כֹּהֲנִים דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֲפִילּוּ זָרִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא מַתִּיר אַפֵּי' עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כב"ה דְּמַתְנִי' דְּשָׁרְיָא אֲפִילּוּ עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וְלֹא כב"ה דְּבָרַיְיתָא אַלִּיבָּא דת"ק דר"ע דְּאָסְרִי לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. דְּהָוֵי סְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא וַהֲלָכָה כִּסְתָם דְּמַתְנִיתִין. כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף מב:) וְכָל שֶׁכֵּן הָכָא דְּסָתַם לָן בִּלְשׁוֹן בֵּית הִלֵּל דְּעָדִיף מִשְּׁאָר סְתָמֵי כִּדְאִיתָא בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת שַׁבָּת דַּף קנז. וְהָא דִּמְפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ טַעְמָא דְרַבִּי עֲקִיבָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב כִּצְבִי וְכָאַיָּל וְקָאָמַר וְאִידָךְ מוֹקֵי לָהּ כְּר' אֱלִיעֶזֶר הַקַּפָּר דְּדָרֵישׁ בפ"ב דְּחֻולִּין דַּף כֹּח. מַה פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין בִּשְׁחִיטָה אַף צְבִי וְאַיָּל בִּשְׁחִיטָה וְעוֹף אֵין לוֹ שְׁחִיטָה מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא לֵית לֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר הַקַּפָּר אֶלָּא סָבַר כְּרַבִּי דְּדָרֵישׁ שְׁמִיטָּה מִכַּאֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ מְלַמֵּד שֶׁנִּצְטַוָּה מֹשֶׁה עַל רֹוב אֶחָד בָּעוֹף וְעַל רֹוב שְׁנַיִם בִּבְהֵמָה. אֶפְשָׁר דַּהֲלָכָה בָּזֶה כְּר' עֲקִיבָא דְּרֻובָּא דְּאָמוֹרָאֵי סָבְרִי הָכִי בְּפֶ' הַשּׁוֹחֵט (חֻולִּין דַּף כז:) דִּשְׁחִיטַת עוֹף מִן הַתּוֹרָה וְלָא דָּרְשִׁי וְשָׁפַךְ בִּשְׁפִיכָה בְּעָלְמָא. ואע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּפֶ' מִי שֶׁאָמַר וַאֲנִי דַּף כט. סָבַר דְּאֵין שְׁחִיטָה לָעוֹף מִן הַתּוֹרָה. אֵין רְאָיָה מִזֶּה שֶׁיְּהֵא הֲלָכָה כֵּן דְּתַנָּא הוּא כִּדְמוֹכַח הָתָם. ובה"ג מַשְׁמַע שֶׁפּוֹסֵק כב"ה דְּבָרַיְיתָא אַלִּיבָּא דת"ק דְּר' עֲקִיבָא. וּמַשְׁמַע דְּבָעֵי לְמֵימַר דְּמִדְּרַבָּנָן פְּלִיגִי רַבָּנָן וְר' עֲקִיבָא וּלְשׁוֹן ה"ג הֵבֵאתִי לְמַעְלָה. וְאֵין לוֹמַר דְּאָסוּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמִשּׁוּם דְּקַיְימָא לָן בְּהַאי דְּרָשָׁא דְּקַייְמָא לָן וְאָכַלְתָּ וְלֹא לִכְלָבֶיךָ וְהוּא הַדִּין וְכוּ' כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כט.). וְאַשְׁכְּחַן כַּמָּה סְתָמֵי דְּאִית לְהוּ הָכִי לְעֵיל בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כא:) גַּבֵּי חֲרָרַת דָּם דִּתְנַן יִקָּבֵר. וּבְפֶ' עַד כַּמָּה (בְּכוֹרוֹת דַּף כֹּח.) מִי שֶׁאֵין מֻומְחֶה וְרָאָה אֶת הַבְּכוֹר וְנִשְׁחַט עַל פִּיו יִקָּבֵר. וּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּכוֹרוֹת דַּף לז.) הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנוֹדַע שֶׁלֹּא רָאָהוּ חָכָם וְכוּ' הַבָּשָׂר יִקָּבֵר. וּבְפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חוֹלִין דַּף סט:) גַּבֵּי מְבַכֶּרֶת יָצָא רֻובּוֹ הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר. מִכָּל הָלֵין אֵין רְאָיָה דְּאָתֵי' שַׁפִּיר כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּהָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְר' עֲקִיבָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קג.) מִדְּבָרָיו לָמַדְנוּ שֶׁהַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנִמְצָא טְרֵיפָה שֶׁיֵּאוֹתוּ הַכֹּהֲנִים בְּעוֹרוֹ מַשְׁמַע דִּבְשָׂרוֹ אָסוּר בַּהֲנָאָה. וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּהֵיכָא דְּשָׁרוּ לְיִשְׂרָאֵל הוּא דְּאִיתַּקּוּשׁ לִצְבִי וְאַיִל וְשָׁרֵי אֲפִילּוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלָא מִיתְּסַר מִשּׁוּם וְאָכַלְתָּ וְכוּ'. אֲבָל הֵיכָא דְּאָסוּר לְיִשְׂרָאֵל לָא אִיתַּקַּשׁ לִצְבִי וְאַיָּל וְאָסוּר לִכְלָבִים וְכוּ'. הִילְכָּךְ בְּכוֹר שֶׁמֵּת אוֹ שֶׁנִּשְׁחַט בְּלֹא הַתָּרָה אוֹ הֻותַּר וְנִמְצָא טְרֵיפָה טָעוּן קְבוּרָה כִּדְמוֹכְחִי הָנֵי סְתָמָא וְאַפֵּי' לְרַבִּי עֲקִיבָא כִּדְפָרֵישְׁנָא וְכֻולָּן טָעוּן קְבוּרָה בֵּין בָּשָׂר בֵּין דָּם בֵּין עוֹר דְּהֵיכָא לֹא הִתִּירוֹ מֻומְחֶה אַף רַבִּי עֲקִיבָא מוֹדֶה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קד.) וְאַף רַבִּי עֲקִיבָא לֹא אָמַר שֶׁיִּהְיֶה הָעוֹר מֻותָּר וְאַפֵּי' בְּגִבּוּלִין אֶלָּא כְּשֶׁהִתִּירוֹ מֻומְחֶה אֲבָל לֹא הִתִּירוֹ מֻומְחֶה לֹא: וּבִטְרֵיפָה אע"ג דְּשָׁרֵי רַבִּי עֲקִיבָא הָעוֹר אֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּהָא כִּדְמַסֵּיקְנָא הָתָם וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים דְּאָמְרִי אֵין לֹא רָאִיתִי רְאָיָה אֶלָּא יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה. מִיהוּ לְדִידַן לָא בָּעֵי שְׂרֵיפָה. דְּהָתָם אַקָּדְשֵׁי מִקְדָּשׁ קָאֵי דְּאִנָּהוּ וַדַּאי בָּעוּ שְׂרֵיפָה. וּמַה שֶׁכָּתוּב שָׁם בְּסִפְרֵי' וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים בָּשָׂר בִּקְבוּרָה וְעוֹר בִּשְׂרֵיפָה רַשִׁ"י ל"ג לֵיהּ. דְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּעוֹר אֶלָּא יָצָא לְבֵית השׁריפ' לָאו אַר' עֲקִיבָא קָיְימִי דְּאַייְרֵי בִּבְכוֹר בְּגִבּוּלִין. אֶלָּא אַרַבִּי חֲנִינָא קָיְימִי דְּאַייְרֵי בְּקָדְשֵׁי מִקְדָּשׁ:
Guemara : de qui est notre michna ? De Rabbi Akiva. Car il est enseigné : sur un bekhor, seule une compagnie entièrement composée de cohanim peut s'inscrire (pour le manger) — paroles de Beit Chammai ; Beit Hillel disent : même des [Israélites] non-cohanim (zarim) ; et Rabbi Akiva permet même des non-Juifs. Il apparaît que la halakha est comme Beit Hillel de notre michna, qui permet même aux non-Juifs — et non comme le Beit Hillel de la baraita selon le tana kama de Rabbi Akiva, qui l'interdit aux non-Juifs — car il s'agit d'un enseignement anonyme (setam) dans la michna et d'une controverse dans la baraita, et la halakha suit le setam de la michna, comme il est dit au chapitre 'Hé-holetz' (Yevamot 42b) ; à plus forte raison ici, où le setam est formulé dans le langage de Beit Hillel, ce qui l'emporte sur les autres setamot, comme il est dit à la fin du traité Chabbat (157a). Et le fait que la Guemara explique plus loin la raison de Rabbi Akiva par le verset 'comme la gazelle et le cerf' (Dt 12:22), et qu'elle dise 'l'autre [avis] l'établit selon Rabbi Eliezer ha-Kappar' qui enseigne au 2e chapitre de Houlin (28a) : 'de même que les invalidés consacrés [requièrent] la chehita, de même la gazelle et le cerf [requièrent] la chehita, mais l'oiseau n'a pas de chehita [d'ordre] toranique, seulement rabbinique' — Rabbi Akiva, lui, ne tient pas comme Rabbi Eliezer ha-Kappar mais comme Rabbi, qui exégète la chehita de 'comme je te l'ai ordonné' (Dt 12:21), enseignant que Moché a reçu l'ordre sur [la section] majoritaire d'un [organe] pour l'oiseau et sur celle de deux pour la bête. Il est possible que la halakha suive ici Rabbi Akiva, car la majorité des Amoraim tient ainsi au chapitre 'Ha-choret' (Houlin 27b) : la chehita de l'oiseau est toranique, et ils n'exégètent pas 've-chafakh' comme un simple [écoulement par] versement. Et bien que Rabbi Yossi bar Hanina au chapitre 'Mi che-amar' (?) tienne qu'il n'y a pas de chehita toranique pour l'oiseau, on n'en tire pas de preuve que la halakha soit ainsi, car c'est un tana [en désaccord], comme il ressort là-bas. Dans les Halakhot Guedolot il semble qu'il tranche comme Beit Hillel de la baraita selon le tana kama de Rabbi Akiva, et il semble vouloir dire que c'est [seulement] de manière rabbinique que les Sages et Rabbi Akiva sont en désaccord ; j'ai rapporté plus haut le texte des Halakhot Guedolot. On ne peut dire qu'il [le bekhor rejeté] est interdit au non-Juif du fait que nous tenons pour cette exégèse 'et tu mangeras (ve-akhalta) — mais non pour tes chiens', et de même [pas pour un non-Juif], comme il ressort au chapitre 'Kol chaa' (Pessahim 29a). Et nous trouvons plusieurs setamot [enseignements anonymes] qui statuent ainsi : plus haut au chapitre 'Ha-lokeah behema' (Bekhorot 21b) à propos de la masse de sang, où l'on enseigne 'elle sera enterrée' ; au chapitre 'Ad kama' (Bekhorot 28a) : celui qui n'est pas expert et a vu le bekhor et [qu']il a été abattu sur sa parole — il sera enterré ; plus loin dans notre chapitre (Bekhorot 37a) : celui qui abat le bekhor et [qu']on apprend qu'un sage ne l'a pas examiné, etc., la viande sera enterrée ; et au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 69b) à propos d'une primipare dont [le petit] est sorti en majeure partie — il sera enterré. De tous ceux-là on ne tire pas de preuve [contre Rabbi Akiva], car ils s'accordent bien avec Rabbi Akiva : nous avons en effet entendu Rabbi Akiva dire au chapitre 'Tevoul yom' (Zevahim 103a) : 'de ses paroles nous avons appris que celui qui abat le bekhor et le trouve trefa, les cohanim jouissent de sa peau' — ce qui implique que sa chair est interdite à tout profit. Et la raison est que là où [le bekhor] est permis à l'Israélite, c'est parce qu'il est comparé à la gazelle et au cerf, et il est [alors] permis même au non-Juif et n'est pas interdit du fait de 've-akhalta' ; mais là où il est interdit à l'Israélite, il n'est pas comparé à la gazelle et au cerf et est interdit [même] aux chiens, etc. Donc un bekhor mort, ou abattu sans permission, ou permis puis trouvé trefa, requiert l'enterrement, comme le prouvent ces setamot, et même selon Rabbi Akiva comme nous l'avons expliqué ; et tous requièrent l'enterrement — chair, sang et peau — car là où un expert n'a pas donné de permission, même Rabbi Akiva le concède, comme on le dit au chapitre 'Tevoul yom' (Zevahim 104a) : même Rabbi Akiva n'a dit que la peau serait permise, même en dehors [du Temple], que lorsqu'un expert a donné la permission ; sinon, non. Et pour la trefa, bien que Rabbi Akiva permette la peau, la halakha n'est pas comme lui en cela, comme nous concluons là-bas : 'la halakha est comme les Sages qui disent : si je ne l'ai pas vu [examiné], il n'y a pas de preuve, mais [la bête] sort au lieu de crémation'. Toutefois pour nous, elle ne requiert pas de crémation : car là-bas il s'agit des choses saintes du Temple (kodchei mikdach) qui, elles, requièrent certainement la crémation. Et ce qui est écrit dans les livres 'la halakha est comme les Sages : la chair par enterrement et la peau par crémation' — Rachi ne le lit pas [dans le texte], car les Sages qui parlent de la peau 'sort au lieu de crémation' ne visent pas Rabbi Akiva (qui traite du bekhor en dehors [du Temple]), mais Rabbi Hanina (qui traite des choses saintes du Temple).
💡 Explication

Michna. Selon Rabbi Eliezer ben Yaakov : une grosse bête (gros bétail) qui expulse une masse de sang caillot (hararat dam) — cette masse doit être enterrée (car peut-être un foetus mâle, sanctifié comme bekhor dès sa sortie, s'y était dissous), et la mère est désormais exemptée du bekhor pour ses petits futurs.

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גְּמָ׳ תָּנֵי רַבִּי חִייָּא: אֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא. וּמֵאַחַר דְּאֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא, אַמַּאי תִּקָּבֵר?

GUEMARA : Rabbi Hiyya enseigne : elle [la masse de sang] ne rend impur ni par contact (magga) ni par portage (massa). Et dès lors qu'elle ne rend impur ni par contact ni par portage, pourquoi doit-elle être enterrée ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' אֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא כַּנְּבֵילָה. הַשְׁתָּא ס"ד מִשּׁוּם דְּלָא חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא וָלָד נִימּוֹק אַמַּאי תִּקָּבֵר:
Guemara : elle ne rend impur ni par contact ni par portage — comme une charogne (nevela). Pour l'instant, l'idée est : puisqu'on ne craint pas qu'un foetus se soit dissous [en elle], pourquoi doit-elle être enterrée ?
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְאִיפְּסִיקָא הִלְכְתָא לְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף כג:) כְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב דְּמִשְׁנָתוֹ קַב וְנָקִי. גָּרְסִינַן בְּפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עז.) הַמְבַכֶּרֶת שֶׁהִפִּילָה שִׁלְיָא יַשְׁלִיכֶנָּה לִכְלָבִים וְנִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה. מַאי טַעְמָא אָמַר רַב אִיקָא בְּרֵיהּ דְּרַב יֵימַר רֹוב בְּהֵמוֹת יוֹלְדוֹת דָּבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה. וּמִיעוּט יוֹלְדוֹת דָּבָר שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה וּמַאי נִיהוּ נִדְמֶה. וְכָל הַיּוֹלְדוֹת יוֹלְדוֹת מֶחֱצָה זְכָרִים וּמֶחֱצָה נְקֵבוֹת. סְמִיךְ מִיעוּטָא דְּנִדְמֶה לְמֶחֱצָה נְקֵבוֹת וְהָווּ לְהוּ זְכָרִים מִיעוּטָא. וְהָא דְּלָא בָּעֲיָא קְבוּרָה כִּי הָכָא לְפִי שֶׁהַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁאֵין שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד וְלָא בָּעֲיָא פִּירְסוּם כִּי הָכָא .
Guemara : la halakha a été tranchée plus loin (Bekhorot 23b) comme Rabbi Eliezer ben Yaakov, dont l'enseignement est 'peu mais net' (kav ve-naki). On enseigne au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 77a) : une primipare (mevakeret) qui a expulsé un placenta (chilya) le jette aux chiens, et elle est exemptée du bekhor. Quelle en est la raison ? Rav Ika fils de Rav Yeimar dit : la majorité des bêtes mettent bas une chose sanctifiée comme bekhor, une minorité met bas une chose non sanctifiée comme bekhor — à savoir [le cas de] ressemblance (nidmeh) — et toutes celles qui enfantent enfantent moitié mâles moitié femelles ; on adjoint la minorité de nidmeh à la moitié de femelles, de sorte que les mâles deviennent une minorité. Et si [ce placenta] ne requiert pas d'enterrement comme ici [la masse de sang], c'est parce que tout le monde sait qu'il n'y a pas de placenta sans foetus, et cela ne requiert pas de publicité comme ici.
💡 Explication

Guemara. Rabbi Hiyya enseigne que cette masse de sang ne transmet aucune impureté, ni par contact (magga) ni par portage (massa) — signe qu'on ne la traite pas comme un foetus véritable. D'où la question : si elle n'est pas impure (donc pas 'un enfant'), pourquoi la michna exige-t-elle de l'enterrer ? (La réponse — 'pour rendre publique l'exemption du bekhor' — vient plus loin.)

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).