Bekhorot 22a — annulation dans la majorité (bitoul be-rov), le seuil d'impureté du foetus (tête comme une pelote) et la saumure de l'am ha-arets qui se réveille

Bekhorot 22a

Sougya : La sougya part de la masse congelée expulsée : elle exempte l'animal de la bekhora (donc c'est un vrai embryon), mais ne transmet pas l'impureté car elle est annulée dans la majorité (bitoul be-rov) selon R. Yo'hanan, qui rapproche R.

Eliezer ben Yaakov et R. Chimon (le velad dissous dans le placenta).

La Guemara passe au seuil à partir duquel un foetus mort transmet l'impureté par l'ouverture du keber (matrice) : sa tête doit être ronde comme une pika (pelote) — de chaîne, de trame, ou grosse pelote des sacquiers — avec les avis de R. Meir, R.

Yehouda et R. Eliezer ben Tsadok (les tefifiot).

Enfin, Reich Lakich enseigne que la saumure de poisson (tzir) achetée à un am ha-arets se purifie par simple contact (hachaka) avec l'eau d'un mikve, par un raisonnement mima nafshakh : dans tous les cas elle est pure. R.

Yirmeya limite : cela vaut pour y tremper son pain, non pour la marmite, car l'eau y retrouve son espèce et l'impureté annulée se réveille (matsa min et mino ve-ni'or) — d'où le débat d'Abaye et Rav Dimi sur l'impureté annulée qui reprend vie.

Le foetus dissous : plein embryon mais annulé dans la masse (bitoul be-rov) Pour la bekhora (aîné) c'est un vrai embryon (velad) -> exempte le futur du 1er-né Pour la toum'a (impureté) la chair est noyée dans le sang -> annulée, ne rend pas impur R. Yo'hanan : c'est le bitoul be-rov (annulation dans la majorité) qui l'exempte Même principe chez R. Eliezer b. Yaakov et R. Chimon : le velad dissous est annulé. Ni contact (maga) ni portage (massa) ne transmettent l'impureté.
La masse expulsée : plein embryon pour la bekhora, mais annulée pour l'impureté (segments 0-3).
Seuil d'impureté du foetus : tête ronde comme une pika (pelote) avant ce seuil : pas d'ouverture du keber -> pas d'impureté du nefel chti pelote de CHAÎNE (fil fin, petite) R. Meir ; femme erev pelote de TRAME (fil épais, moyenne) R. Yehouda ; bête sakain grosse pelote des sacquiers (sceau des grands sacs, motte de terre) Ravin au nom de R. Yo'hanan : femme = pelote de chaîne ; bête = pelote de trame. R. El. b. Tsadok : dès qu'apparaissent les tefifiot (plis, pelote dans pelote).
Le seuil d'impureté du foetus : la tête ronde comme une pelote, trois calibres (segments 4-7).
Le tzir (saumure) acheté à un am ha-arets : mima nafshakh, il est pur on le met en contact (hachaka) avec l'eau d'un mikve Cas 1 : l'EAU est majoritaire le tzir est annulé dans l'eau ; il suit l'eau. L'eau est purifiée par la hachaka (contact mikve). -> pur Cas 2 : le TZIR est majoritaire le tzir seul n'est pas susceptible d'impureté (simple suintement) ; le peu d'eau est annulé dans le tzir. -> pur Dans les deux cas : pur (mima nafshakh) R. Yirmeya : valable pour y tremper son pain, PAS pour la marmite - l'eau retrouve son espèce et se réveille (matsa min et mino ve-ni'or).
La saumure (tzir) de l'am ha-arets : pure dans les deux cas, mais réveillée à la marmite (segments 8-10).
1
כְּדֵי לְפַרְסְמָהּ שֶׁנִּפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה.

[La Guemara répond :] c'est pour la faire connaître [= publier] qu'elle est exemptée de la bekhora (le premier-né).

📜 Rachi (1)
וּמְשַׁנֵּי כְּדֵי לְפַרְסְמָהּ לָאֵם שֶׁפְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה דְּמִדְּקָבְרִינַן לַחֲרָרָה מַחְזְקִינַן לֵיהּ כְּוָלָד:
Et [la Guemara] répond : pour la faire connaître — [pour publier] au sujet de la mère qu'elle est exemptée de la bekhora ; car, du fait que l'on enterre la 'galette' (le foetus dissous), on la considère comme une progéniture (velad).
💡 Explication

Suite : pourquoi enterrer la masse expulsée ? Pour rendre public que la mère est désormais exemptée de la bekhora : du fait qu'on enterre la 'galette' (le foetus dissous), on considère celle-ci comme un velad (progéniture) à part entière, si bien que son futur ne sera pas premier-né.

2
לְמֵימְרָא דְּוָלָד מְעַלְּיָא הוּא, וְאַמַּאי אֵין מְטַמֵּא לֹא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרֹוב נָגְעוּ בָּהּ.

Cela revient à dire que c'est un embryon à part entière (velad meilya) — or pourquoi ne transmet-elle pas l'impureté, ni par contact (maga) ni par portage (massa) ? Rabbi Yo'hanan dit : c'est en raison de l'annulation dans la majorité (bitoul be-rov) qu'ils l'ont statuée [pure].

📜 Rachi (3)
וְקָפְרִיךְ כֵּיוָן דְּפָטַרְתָּ לֵיהּ מִבְּכוֹרָה לְמֵימְרָא דְּוָלָד מְעַלְּיָא הוּא וְאַמַּאי אֵינָהּ מְטַמְּאָה:
Et [la Guemara] objecte : puisque tu l'exemptes de la bekhora, cela revient à dire que c'est un embryon à part entière — or pourquoi ne transmet-elle pas l'impureté ?
בִּיטּוּל בְּרוֹב לְהָכִי אֵינָהּ מְטַמְּאָה שֶׁבָּטֵל הַבָּשָׂר בְּרֹוב דָּם וּגְנוּנִים שֶׁיּוֹצְאִין עִמּוֹ:
Annulation dans la majorité — c'est pourquoi elle ne transmet pas l'impureté : la chair est annulée dans la majorité de sang et de fluides qui sortent avec elle.
נָגְעוּ בָּהּ הָא דַּאֲמָרָן דְּלָא מְטַמֵּא בְּמַגָּע מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרוֹב:
Ils l'ont statuée — ce que nous avons dit, qu'elle ne transmet pas l'impureté par contact, [c'est] en raison de l'annulation dans la majorité.
💡 Explication

Contradiction : puisqu'elle exempte de la bekhora, c'est donc un vrai embryon (velad meilya) ; alors pourquoi ne rend-elle pas impur, ni par contact (maga) ni par portage (massa) ? Réponse de R. Yo'hanan : la chair de l'embryon est annulée dans la majorité (bitoul be-rov) de sang et de liquides qui sortent avec elle — d'où l'absence d'impureté.

🖼️ Schéma
Le foetus dissous : plein embryon mais annulé dans la masse (bitoul be-rov) Pour la bekhora (aîné) c'est un vrai embryon (velad) -> exempte le futur du 1er-né Pour la toum'a (impureté) la chair est noyée dans le sang -> annulée, ne rend pas impur R. Yo'hanan : c'est le bitoul be-rov (annulation dans la majorité) qui l'exempte Même principe chez R. Eliezer b. Yaakov et R. Chimon : le velad dissous est annulé. Ni contact (maga) ni portage (massa) ne transmettent l'impureté.
Le double statut : plein embryon pour la bekhora, annulé pour l'impureté.
3
וְאַזְדָּא רַבִּי יוֹחָנָן לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב — הָא דַּאֲמָרָן.

Et Rabbi Yo'hanan suit ici sa propre ligne, car Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Eliezer ben Yaakov et Rabbi Chimon ont dit une seule et même chose. Rabbi Eliezer ben Yaakov — c'est ce que nous avons dit [ci-dessus].

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד אע"ג דְּרַבָּנָן מוֹדוֹ לְר' שִׁמְעוֹן דְּבָטֵל כְּשֶׁהוֹצִיאוּהוּ בַּסֵּפֶל לַבַּיִת הַחִיצוֹן כִּדְאָמַר בְּנִדָּה פ' הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כז.) מ"מ לָא אַשְׁכַּח אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד אֶלָּא מַר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וְר' שִׁמְעוֹן דְּלִשְׁנֵיהֶם בָּטֵל בִּתְחִלַּת לֵידָה ואע"ג דְּמִילְּתָא דר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב לֹא דָּיְיקָא כְּלָל דְּבָטֵל אֶלָּא דְּרַבִּי חַייָּא הוּא דְּקָאָמַר הָכִי י"ל דְּתָנֵי ר' חַיָּיא דְּקָאָמַר הַייְנוּ שֶׁהָיָה שׁוֹנֶה בּוֹ בְּמִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב דְּאֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא וְהָכִי אִיתָא בְּהֶדְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא:
'Rabbi Eliezer [ben Yaakov] et Rabbi Chimon ont dit une seule et même chose' — bien que les Sages concèdent à R. Chimon qu'[le velad] est annulé lorsqu'on l'a fait sortir dans un bassin vers la pièce extérieure, comme il est dit dans Nidda, chapitre Ha-mappelet (Nidda 27a), néanmoins on ne trouve [l'expression] 'ils ont dit une seule et même chose' qu'à propos de R. Eliezer ben Yaakov et R. Chimon, car pour tous deux [le velad] est annulé dès le début de l'enfantement. Et bien que le propos de R. Eliezer ben Yaakov n'indique pas du tout précisément qu'[le velad] est annulé — c'est plutôt R. Hiya qui dit ainsi — on peut dire que ce qu'enseigne R. Hiya, c'est qu'il répétait cela dans le propos de R. Eliezer ben Yaakov, [à savoir] qu'elle ne transmet pas l'impureté ni par contact ni par portage ; et ainsi est-ce explicitement [dit] dans la Tossefta.
💡 Explication

R. Yo'hanan est fidèle à sa méthode : il enseigne que R. Eliezer ben Yaakov et R. Chimon tiennent au fond le même principe (le bitoul be-rov). La position de R. Eliezer ben Yaakov, c'est précisément l'enseignement précédent (l'embryon dissous annulé).

4
רַבִּי שִׁמְעוֹן מַאי הִיא? דִּתְנַן: הַשַּׁלְיָא בַּבַּיִת — הַבַּיִת טָמֵא. לֹא שֶׁהַשַּׁלְיָא וָלָד, אֶלָּא שֶׁאֵין שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: וָלָד נִימּוֹק עַד שֶׁלֹּא יָצָא.

Rabbi Chimon, quel [est son enseignement] ? Comme nous avons appris (Nidda 18a) : le placenta (chilya) dans la maison — la maison est impure ; non que le placenta soit [lui-même] un embryon, mais parce qu'il n'y a pas de placenta sans embryon.

Rabbi Chimon dit : l'embryon s'est dissous avant de sortir.

📜 Rachi (3)
הַשַּׁלְיָא בַּבַּיִת שֶׁהִפִּילָה הָאִשָּׁה שַׁלְיָא וְאֵין וָלָד נִיכָּר בָּהּ:
Le placenta dans la maison — [le cas où] la femme a expulsé un placenta sans qu'un embryon y soit reconnaissable.
הַבַּיִת טָמֵא כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא דְּאֵין שַׁלְיָא בְּלֹא וָלָד אֶלָּא שֶׁנִּימּוֹק ואעפ"כ מְטַמֵּא:
La maison est impure — comme l'enseigne la raison : il n'y a pas de placenta sans embryon, seulement il s'est dissous — et malgré cela il transmet l'impureté.
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר הַוָּלָד נִימּוֹק וּמוֹקְמִינַן הָתָם דְּטַעֲמָא דְּר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר הַבַּיִת טָהוֹר מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרֹוב נָגְעוּ בָּהּ בְּמַסֶּכֶת נִדָּה בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כז.):
Rabbi Chimon dit : l'embryon s'est dissous — et l'on établit là-bas que la raison de R. Chimon, qui dit que la maison est pure, [tient] à l'annulation dans la majorité qu'ils ont statuée — au traité Nidda, chapitre Ha-mappelet (Nidda 27a).
💡 Explication

Enseignement de R. Chimon : une michna (Nidda 18a) statue qu'un placenta (chilya) dans une maison la rend impure — non que le placenta soit lui-même un embryon, mais parce qu'il n'y a jamais de placenta sans embryon. R. Chimon objecte : l'embryon s'est dissous avant de sortir ; [donc, selon lui, la maison est pure, car le velad dissous est annulé dans la majorité].

5
תְּנַן הָתָם: אֵין לִנְפָלִים פְּתִיחַת הַקֶּבֶר, עַד שֶׁיַּעֲגִילוּ רֹאשׁ כְּפִיקָּה. מַאי כְּפִיקָּה? אָמַר רַב הוּנָא: כְּפִיקָּה שֶׁל צֶמֶר. אֲמַר לֵיהּ חִייָּא בַּר רַב לְרַב הוּנָא: רַבִּי, פָּרֵישׁ שֶׁל שְׁתִי אוֹ שֶׁל עֵרֶב?

Nous avons appris là-bas (Oholot 7:4) : les foetus morts (nefalim) n'ont pas [le statut d']ouverture du keber (matrice) tant que [la tête] ne s'est pas arrondie comme une pika (pelote). Qu'est-ce qu'une pika ?

Rav Houna dit : comme une pelote de laine. Hiya bar Rav dit à Rav Houna : maître, précise — [pelote] de chaîne (chti) ou de trame (erev) ?

📜 Rachi (3)
פְּתִיחַת הַקֶּבֶר אִשָּׁה שֶׁמֵּת עֻובָּרָה בְּמֵעֶיהָ וְיָשְׁבָה עַל הַמַּשְׁבֵּר וְנִפְתַּח קֶבֶר הָרֶחֶם בְּבַיִת זֶה וְלֹא יָצָא הַוָּלָד וְהוֹצִיאוּהָ לְבַיִת אַחֵר טָמֵא הַבַּיִת הָרִאשׁוֹן כְּאִילּוּ נוֹלַד שָׁם דְּטֻומְאָה בֻּוקְּעָה וְהוּא הַדִּין פְּתִיחַת הַקֶּבֶר אֵינוֹ לִנְפָלִים אֶלָּא לְנֵפֶל שֶׁהֶעְגִּיל רֹאשׁוֹ כְּבָר שעב רֹאשׁוֹ:
Ouverture du keber — une femme dont le foetus est mort dans son ventre, qui s'est assise sur le siège d'accouchement, et dont la matrice s'est ouverte dans cette pièce sans que l'embryon soit sorti ; si on la transporte dans une autre pièce, la première pièce est impure comme s'il y était né, car l'impureté fend [et monte]. Et de même, l'ouverture du keber ne [vaut] pour les foetus qu'à partir du foetus dont la tête s'est déjà arrondie comme [une pelote], une fois sa tête épaissie.
פִּיקָּה שֶׁל צֶמֶר למושי"ל:
Pelote de laine — en ancien français [glose] 'moisil' [pelote].
רַבִּי פָּרֵישׁ דְּצָרִיךְ פִּיקָּה שֶׁל שְׁתֵּי שֶׁקְּטַנָּה אוֹ פִּיקָּה שֶׁל עֵרֶב שֶׁגְּדוֹלָה:
Maître, précise — [demande] s'il faut une pelote de chaîne, qui est petite, ou une pelote de trame, qui est grande.
🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁיַּעֲגִילוּ רֹאשׁ כְּפִיקָּה הָא דִּתְנַן בְּפֶ' הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין ד' ע:) בְּהֵמָה שֶׁמֵּת עֻובָּרָהּ בְּמֵעֶיהָ וְהוֹשִׁיט הָרוֹעֶה יָדוֹ טָהוֹר כְּשֶׁלֹּא הֶעְגִּיל כְּפִיקָּה וְכֵן אִידָךְ דְּקָתָנֵי הָתָם אִשָּׁה שֶׁמֵּת וְלָדָהּ בְּמֵעֶיהָ וּפָשְׁטָה הַחַיָּה כו' הָאִשָּׁה טְהוֹרָה עַד שֶׁיֵּצֵא הַוָּלָד וּמַשְׁמַע בגמ' דִּטְהוֹרָה מִשּׁוּם דְּהָוְיָא טֻומְאָה בְּלוּעָה וְהַחַיָּה טְמֵאָה שֶׁמָּא יוֹצִיא וָלָד רֹאשׁוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר וְלָאו אַדַּעְתָּהּ כְּשֶׁלֹּא הֶעְגִּיל רֹאשׁ כְּפִיקָּה נָמֵי אַייְרֵי דְּאֵין לוֹמַר דִּלְעוֹלָם הָוֵי כְּפִיקָּה וְקֹודֶם פְּתִיחַת הַקֶּבֶר דְּהָא לֹא מְטַמֵּא אֶלָּא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יוֹצִיא רֹאשׁוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר מַשְׁמַע דְּקֹודֶם לָכֵן טְהוֹרָה אע"ג דִּפְתִיחַת הַקֶּבֶר הוּא קֹודֶם לָכֵן דְּהָא בִּיצִיאַת רֹאשׁ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר הָוֵי כְּיָלוּד לְגַמְרֵי:
'Tant que [la tête] ne s'est pas arrondie comme une pika' — ce que nous avons appris au chapitre Ha-makcha (Houlin 70a), [à savoir] une bête dont le foetus est mort dans son ventre et [où] le berger a introduit sa main [et l'a touché], [le berger reste] pur — [c'est le cas] où [la tête] ne s'est pas arrondie comme une pelote ; et de même l'autre [enseignement] qu'on rapporte là-bas, [à savoir] une femme dont le velad est mort dans son ventre et [où] la sage-femme a étendu [la main], etc., la femme est pure jusqu'à ce que le velad sorte — et il ressort de la Guemara qu'elle est pure parce que c'est une impureté engloutie (temoua belou'a) ; et la sage-femme est impure de peur que [le foetus] ne sorte la tête hors du vestibule (perozdor) sans qu'elle s'en aperçoive. [Ce cas] traite aussi du cas où la tête ne s'est pas arrondie comme une pelote, car on ne peut pas dire qu'il s'agit toujours d'[une tête] comme une pelote et [pourtant] avant l'ouverture du keber, puisque [alors] elle ne transmet l'impureté que par décret de peur qu'il ne sorte la tête hors du vestibule — ce qui indique qu'avant cela elle est pure, bien que l'ouverture du keber soit antérieure à cela, car dès la sortie de la tête hors du vestibule il est comme entièrement né.
💡 Explication

Nouvelle michna (Oholot 7:4) : un foetus mort ne rend impur par l'ouverture du keber (matrice) que lorsque sa tête s'est arrondie comme une pika (pelote). Question : quelle pelote ? Rav Houna répond : une pelote de laine. Hiya bar Rav précise sa demande : s'agit-il de la pelote de chaîne (chti, fine, petite) ou de trame (erev, épaisse, grande) ?

6
אֲמַר לֵיהּ: תַּנְיָא: פִּיקָּה שֶׁל שְׁתִי, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שֶׁל עֵרֶב. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק אוֹמֵר: מִשֶּׁיֵּרָאוּ טְפִיפִיּוֹת. מַאי טְפִיפִיּוֹת? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק: כָּךְ הָיוּ מְפָרְשִׁין בִּירוּשָׁלַיִם: כִּפְרֵידָה שֶׁכּוֹרַעַת לְהַטִּיל מֵימֶיהָ, וְנִרְאֵית פִּיקָּה מִתּוֹךְ פִּיקָּה.

Il lui dit : il est enseigné (Tossefta Oholot 8:5) : [tête comme une] pelote de chaîne, paroles de Rabbi Meir ; Rabbi Yehouda dit : de trame ; Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok dit : dès qu'on voit les tefifiot. Que sont les tefifiot ?

Rav Yehouda dit au nom de Chmouel, au nom de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok : c'est ainsi qu'on l'expliquait à Jérusalem : comme une mule (perida) qui s'accroupit pour uriner, et l'on voit [alors] une pelote au sein d'une pelote (pika mi-tokh pika).

📜 Rachi (4)
אֲמַר לֵיהּ תַּנְיָא דִּפְלִיגִי בָּהּ:
Il lui dit : il est enseigné — [des Tannaim] qui divergent là-dessus.
מִשֶּׁיִּרְאוּ טְפִיפִיּוֹת ר"א בַּר צָדוֹק פְּלִיג אַתַּנָּא קַמָּא וְאָמַר אע"ג שֶׁלֹּא הֶעְגִּילוּ רֹאשׁ כְּפִיקָּה יֵשׁ פְּתִיחַת הַקֶּבֶר מִשֶּׁיִּפְתַּח רַחְמָהּ כָּל כָּךְ שֶׁיֵּרָאוּ בְּתוֹךְ רַחְמָהּ טְפִיפִיּוֹת:
Dès qu'on voit les tefifiot — R. Eliezer bar Tsadok diverge du premier Tanna et dit : même si [la tête] ne s'est pas arrondie comme une pelote, il y a ouverture du keber dès que sa matrice s'ouvre au point qu'on voie à l'intérieur les tefifiot.
כְּפִרְדָּה זוֹ שֶׁכּוֹרַעַת לְהַטִּיל מַיִם וְכוֹרַעַת יוֹתֵר מִבְּהֵמָה וְחַיָּה וּמִתּוֹךְ כְּרִיעָה נִפְתַּח רַחְמָהּ מְאֹד וְנִרְאִין קְמָטִים בָּרֶחֶם:
Comme cette mule qui s'accroupit pour uriner — elle s'accroupit plus qu'une bête [domestique] ou un [animal] sauvage, et de cet accroupissement sa matrice s'ouvre grand et l'on voit des plis dans la matrice.
פִּיקָּה מִתּוֹךְ פִּיקָּה וְהַייְנוּ טְפִיפִיּוֹת תְּרֵי זִימְנֵי פִּיפִי הַיְינוּ פִּיקָּה:
Pelote au sein d'une pelote — c'est cela les tefifiot : [le redoublement] 'fi-fi' deux fois, c'est-à-dire la pelote (pika).
💡 Explication

Réponse par une baraïta à trois avis sur le calibre : R. Meir — pelote de chaîne ; R. Yehouda — pelote de trame ; R. Eliezer b. Tsadok — dès l'apparition des tefifiot. Ces tefifiot sont expliquées à Jérusalem : quand une mule s'accroupit pour uriner, la matrice s'ouvre grande et l'on voit des plis, une pelote au sein d'une pelote (pika mi-tokh pika, d'où le nom redoublé tefifiot).

7
אָמַר רַב הוּנָא: שָׁמַעְתִּי שְׁתֵּי פִּיקוֹת, אַחַת שֶׁל שְׁתִי וְאַחַת שֶׁל עֵרֶב, וְאֵין לִי לְפָרֵשׁ. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שָׁלֹשׁ פִּיקוֹת שָׁמַעְתִּי, אַחַת שֶׁל שְׁתִי וְאַחַת שֶׁל עֵרֶב וְאַחַת שֶׁל פִּיקָּה גְּדוֹלָה שֶׁל סַקָּאִין, וְאֵין לִי לְפָרֵשׁ. כִּי אֲתָא רָבִין פֵּירְשַׁהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁל אִשָּׁה כְּשֶׁל שְׁתִי, שֶׁל בְּהֵמָה כְּשֶׁל עֵרֶב.

Rav Houna dit : j'ai entendu [parler] de deux pelotes, l'une de chaîne et l'une de trame, et je n'ai pas de quoi [les] expliquer. Lorsque Rav Dimi arriva [de Terre d'Israël], il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : j'ai entendu [parler] de trois pelotes, l'une de chaîne, l'une de trame, et l'une [qui est] la grosse pelote des sacquiers (sakain), et je n'ai pas de quoi [les] expliquer.

Lorsque Ravin arriva, il l'expliqua au nom de Rabbi Yo'hanan : celle de la femme, comme celle de chaîne ; celle de la bête, comme celle de trame.

📜 Rachi (4)
וְאֵין לִי לְפָרֵשׁ אֵינִי יוֹדֵעַ לְפָרֵשׁ:
Je n'ai pas de quoi [les] expliquer — je ne sais pas [comment les] expliquer.
שֶׁל אִשָּׁה דִּין לִהְיוֹת לָהּ פְּתִיחַת הַקֶּבֶר:
Celle de la femme — [a] le statut d'avoir une ouverture du keber [pour elle].
שֶׁל בְּהֵמָה שֶׁלֹּא תְּהֵא כְּטֻומְאָה בְּלוּעָה לְטֻומְאַת מַגָּע מִשּׁוּם נְבֵילָה שֶׁל נֵפֶל אִם הוֹשִׁיט הָרוֹעֶה יָד וְנָגַע בּוֹ לְהוֹצִיאוֹ מִן הָרֶחֶם:
Celle de la bête — pour qu'elle ne soit pas [traitée] comme une impureté engloutie [exemptant] de l'impureté de contact à cause de la charogne (nevela) du foetus, si le berger a introduit la main et l'a touché pour le sortir de la matrice.
כְּשֶׁל עֵרֶב מִשֶּׁהֶעְגִּיל רֹאשׁ כְּפִיקָּה שֶׁל עֶרֶב וְאִי לָאו טָמֵא בְּלוּעָה הִיא וְלָא מְטַמְּיָא כְּדִתְנַן בְּהֵמָה שֶׁמֵּת עֻובָּרָהּ בְּתוֹךְ מֵעֶיהָ וְהוֹשִׁיט הָרוֹעֶה אֶת יָדוֹ וְנָגַע בּוֹ טָהוֹר בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף ע:):
Comme celle de trame — à partir du moment où la tête s'est arrondie comme une pelote de trame ; sinon, c'est une impureté engloutie et elle ne transmet pas l'impureté, comme nous avons appris : une bête dont le foetus est mort dans son ventre et [où] le berger a introduit sa main et l'a touché — [il reste] pur, au chapitre Behema ha-makcha (Houlin 70a).
💡 Explication

Transmission incomplète puis résolution. Rav Houna connaît deux pelotes (chaîne, trame) sans savoir les appliquer. Rav Dimi en rapporte trois (chaîne, trame, grosse pelote des sacquiers) au nom de R. Yo'hanan, sans explication. Enfin Ravin tranche au nom de R. Yo'hanan : pour la femme le seuil est la pelote de chaîne (petite), pour la bête la pelote de trame (plus grande).

🖼️ Schéma
Seuil d'impureté du foetus : tête ronde comme une pika (pelote) avant ce seuil : pas d'ouverture du keber -> pas d'impureté du nefel chti pelote de CHAÎNE (fil fin, petite) R. Meir ; femme erev pelote de TRAME (fil épais, moyenne) R. Yehouda ; bête sakain grosse pelote des sacquiers (sceau des grands sacs, motte de terre) Ravin au nom de R. Yo'hanan : femme = pelote de chaîne ; bête = pelote de trame. R. El. b. Tsadok : dès qu'apparaissent les tefifiot (plis, pelote dans pelote).
Les trois pelotes et leur application (femme / bête).
8
פִּיקָּה גְּדוֹלָה שֶׁל סַקָּאִין, כְּדִתְנַן: גּוּשׁ הַבָּא מִבֵּית הַפְּרָס, מֵאֶרֶץ הָעַמִּים — שִׁיעוּרוֹ כְּפִיקָּה גְּדוֹלָה שֶׁל סַקָּאִין, שֶׁהוּא כְּחוֹתַם הַמַּרְצוּפִין, וְיֶשְׁנוֹ בְּצַד הָעֶלְיוֹן שֶׁל מְגוּפַת הֶחָבִית הַלַּחְמִית.

La grosse pelote des sacquiers, comme nous avons appris (Tossefta Kelim Baba Metsia 7:1) : une motte de terre venant d'un beit ha-peras (champ suspecté de tombe) [ou] du pays des nations (terre étrangère) — sa mesure [pour transmettre l'impureté] est comme la grosse pelote des sacquiers, qui est comme le sceau des grands sacs (martsoufin), et [on] en trouve [de cette taille] sur le côté supérieur du bouchon de la jarre de [type] Beit Le'hem.

📜 Rachi (3)
גּוּשׁ עָפָר שִׁיעוּרוֹ לְטַמֵּא בְּאֹהֶל וְלִשְׂרוֹף עָלָיו תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים:
Motte — de la terre, dont la mesure est [suffisante] pour transmettre l'impureté par tente (ohel) et [obliger à] brûler sur elle teroumah et saintetés.
כְּפִיקָּה גְּדוֹלָה שֶׁל סַקָּאִין מַרְצוּפִין סַקָּאִין גְּדוֹלִים שֶׁל גֶּמִי וּכְשֶׁנּוֹעֲלִין אוֹתָן חוֹתְמִין אוֹתָן:
Comme la grosse pelote des sacquiers — les martsoufin sont de grands sacs de jonc ; quand on les ferme, on les scelle.
וְיֶשְׁנוֹ בְּצַד הָעֶלְיוֹן שֶׁל מְגוּפַת חָבִית הַלַּחְמִית כְּלוֹמַר שֶׁיֶּשְׁנוֹ לְאוֹתוֹ חוֹתָם בַּצַּד הָעֶלְיוֹן שֶׁל כִּיסּוּי שֶׁעוֹשִׂין לְחָבִיּוֹת שֶׁל חֶרֶס רָחָב מִלְּמַטָּה לְכַסּוֹת הֶחָבִית וְהוֹלֵךְ וּמִתְקַצֵּר לְמַעְלָה כְּדֵי שֶׁיֹּאחַז בְּיָדַיִם וְאוֹתוֹ צַד שֶׁהוֹלֵךְ וְכָלֶה קָרֵי צַד הָעֶלְיוֹן. הַלַּחְמִית שֶׁעוֹשִׂין בְּבֵית לֶחֶם:
Et [on] en trouve sur le côté supérieur du bouchon de la jarre de Beit Le'hem — c'est-à-dire qu'il y a un tel [relief] sur le côté supérieur du couvercle qu'on fait pour les jarres de terre cuite : large en bas pour couvrir la jarre, se rétrécissant vers le haut afin qu'on le saisisse à la main ; et ce côté qui va en s'amincissant est appelé 'côté supérieur'. [La jarre] de Beit Le'hem — qu'on fabrique à Beit Le'hem.
🗂️ Tossefot (1)
בְּצַד הָעֶלְיוֹן שֶׁל מְגוּפַת הֶחָבִית יֵשׁ בְּאוֹתָהּ מִגּוּפָהּ כְּעֵין בֵּית יָד שֶׁעוֹשִׂין לְאָוחְזָהּ וְהוּא עָגוֹל כְּעֵין אוֹתָהּ שֶׁקּוֹרִין פִּיל מיי"ל בְּלַעַ"ז:
'Sur le côté supérieur du bouchon de la jarre' — il y a sur ce bouchon comme une poignée qu'on fait pour le tenir, et elle est ronde comme ce qu'on appelle 'pil-mail' [entonnoir] en langue vernaculaire.
💡 Explication

La troisième pelote (des sacquiers) est définie ailleurs : une motte de terre venant d'un beit ha-peras (champ où l'on soupçonne une tombe) ou du pays des nations (terre impure) transmet l'impureté dès qu'elle atteint la taille de la grosse pelote des sacquiers — soit le sceau des grands sacs (martsoufin), taille comparable au relief du bouchon d'une jarre de Beit Le'hem.

9
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה: הַלּוֹקֵחַ צִיר מֵעַם הָאָרֶץ — מַשִּׁיקוֹ בְּמַיִם, וְטָהוֹר.

Reich Lakich dit au nom de Rabbi Yehouda Nessia : celui qui achète de la saumure (tzir) à un am ha-arets (homme du peuple, peu fiable pour la pureté) — il la met en contact (machiko) avec l'eau [d'un mikve], et elle est pure.

📜 Rachi (2)
מַשִּׁיקוֹ בַּמַּיִם שֶׁמָּא נִטְמָא מֵחֲמַת מַגַּע עַם הָאָרֶץ:
Il la met en contact avec l'eau — de peur qu'elle n'ait été rendue impure par le contact de l'am ha-arets.
וְטָהוֹר מִמַּה נַפְשָׁךְ דְּוַדַּאי מַיִם מְעֹורָבִים בּוֹ וְאִי מַיָּא רֻובָּא וּבְטִיל הַצִּיר בְּרוֹב וּמְקַבֵּל טֻומְאָה מֵחֲמַת הַמַּיִם וּמַיָּא סָלְקָא לְהוּ טְבִילָה בְּהַשָּׁקָה שֶׁנּוֹתֵן הַכְּלִי בַּמִּקְוֶה עַד שֶׁעוֹבְרִים מֵי הַמִּקְוֶה עַל פִּיו וְנוֹשְׁקִין עִם הַמַּיִם שֶׁבְּתוֹךְ הַכְּלִי ואע"ג דְּאֹוכֶל וּמַשְׁקֶה לֵית לְהוּ טָהֳרָה בְּמִקְוֶה מַיָּא סָלְקָא לְהוּ הַשָּׁקָה דְּהָוֵי כְּמִי שֶׁזְּרָעָן וְחוֹזֵר וְנוֹטְלָן דִּזְרִיעָה מְטַהֲרָהּ מִטֻּומְאָה דִּתְנַן (תְּרוּמוֹת פ"ט מ"ז) שְׁתִילֵי תְּרוּמָה שֶׁנִּטְמְאוּ וּשְׁתָלָן טְהוֹרִין בִּתְשׁוּבַת רַבֵּינוּ גֵּרְשׁוֹן מָצָאתִי כָּךְ:
Et elle est pure — de toute façon (mima nafshakh) : car assurément de l'eau y est mélangée. Si l'eau est majoritaire, la saumure est annulée dans la majorité et reçoit l'impureté à cause de l'eau ; or l'eau, l'immersion lui est efficace par contact (hachaka), en plaçant le récipient dans le mikve jusqu'à ce que les eaux du mikve passent par-dessus son orifice et touchent (nochkin) l'eau qui est dans le récipient. Et bien que la nourriture et la boisson n'aient pas de purification dans un mikve, l'eau, la mise en contact (hachaka) lui est efficace, car c'est comme celui qui les sème [en terre] puis les reprend — la semence purifiant de l'impureté, comme nous avons appris (Teroumot 9:7) : des plants de teroumah rendus impurs puis replantés sont purs. J'ai trouvé cela ainsi dans une réponse de Rabbenou Guerchom.
💡 Explication

Nouvel enseignement de Reich Lakich : la saumure de poisson (tzir) achetée à un am ha-arets (soupçonnée d'avoir contracté l'impureté) se purifie en la mettant en contact (hachaka) avec l'eau d'un mikve. Le mécanisme (segment suivant) repose sur un raisonnement mima nafshakh (de toute façon).

🖼️ Schéma
Le tzir (saumure) acheté à un am ha-arets : mima nafshakh, il est pur on le met en contact (hachaka) avec l'eau d'un mikve Cas 1 : l'EAU est majoritaire le tzir est annulé dans l'eau ; il suit l'eau. L'eau est purifiée par la hachaka (contact mikve). -> pur Cas 2 : le TZIR est majoritaire le tzir seul n'est pas susceptible d'impureté (simple suintement) ; le peu d'eau est annulé dans le tzir. -> pur Dans les deux cas : pur (mima nafshakh) R. Yirmeya : valable pour y tremper son pain, PAS pour la marmite - l'eau retrouve son espèce et se réveille (matsa min et mino ve-ni'or).
La saumure de l'am ha-arets purifiée par contact avec l'eau du mikve.
10
מִמַּה נַפְשָׁךְ, אִי מַיָּא רֻובָּא נִינְהוּ — כֵּיוָן דְּעָבֵיד לְהוּ הַשָּׁקָה טָהֲרִי לְהוּ, וְאִי רֻובָּא צִיר נִינְהוּ — צִיר לָא בַּר קַבּוֹלֵי טֻומְאָה הוּא. מַאי אִיכָּא — מִשּׁוּם הָנָךְ מִיעוּטָא דְּמַיָּא, הָנָךְ בָּטְלוּ לְהוּ בְּרֻובָּא.

De toute façon (mima nafshakh) : si c'est l'eau qui est majoritaire — dès lors qu'il a fait pour elles la mise en contact (hachaka), elles sont pures ; et si c'est la saumure qui est majoritaire — la saumure n'est pas susceptible de recevoir l'impureté. Qu'y a-t-il [alors à craindre] ?

[Seulement] à cause de cette minorité d'eau — [mais] celle-ci est annulée dans la majorité.

📜 Rachi (2)
צִיר לָאו בַּר קַבּוּלֵי טֻומְאָה דְּזֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא שֶׁיּוֹצְאָהּ מִן הַדָּגִים כְּשֶׁמּוֹלְחִין אוֹתָן:
La saumure n'est pas susceptible de recevoir l'impureté — car c'est un simple suintement qui sort des poissons lorsqu'on les sale.
מִשּׁוּם הַךְ מִיעוּטָא דָּמְיָא דִּמְקַבְּלֵי טֻומְאָה וְהַשָּׁקָה לָא מְהַנְּיָא לְהוּ הוֹאִיל וְרֻובָּא צִיר וּבְאֹוכֶל לָא סָלְקָא הַשָּׁקָה בָּטְלִי לְהוּ בְּרֻובָּא וְלָא הָוֵי הַצִּיר טָמֵא:
À cause de cette minorité d'eau — qui, elle, reçoit l'impureté, et la mise en contact ne lui est pas efficace dès lors que la saumure est majoritaire et que la hachaka n'est pas efficace pour de la nourriture ; [mais] elles sont annulées dans la majorité et la saumure n'est pas [rendue] impure.
🗂️ Tossefot (2)
הָנָךְ מִיעוּטָא דָּמְיָא בְּטֵילָן לְהוּ בְּרֻובָּא וְלָא דָּמֵי לִשְׁאָר אִיסּוּרִין שֶׁהוּא בְּנוֹתֵן טַעַם דְּלָא אִתְּמַר טַעַם כְּעִיקָּר לְעִנְיַן טֻומְאָה וְכֵן נְבֵילָה בְּטֵילָה בִּשְׁחוּטָה לְעִנְיַן טֻומְאָה אַפֵּי' חָזַר וְנִתְבַּשֵּׁל הַכֹּל בְּיַחַד:
'Ce peu d'eau est annulé dans la majorité' — et cela ne ressemble pas aux autres interdits, qui [se mesurent] à ce qui donne du goût (be-noten taam), car [le principe] 'le goût est comme l'essence' (taam ke-ikar) n'a pas été énoncé en matière d'impureté ; de même la charogne (nevela) est annulée dans [de la viande] abattue en matière d'impureté, même si l'on a ensuite tout recuit ensemble.
בְּטִילִי לְהוּ בְּרֻובָּא וְאַפֵּי' הָיוּ מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה מ"מ מִטַּעַם דְּלָא בָּטֵל סָלְקָא לְהוּ הַשָּׁקָה:
Elles sont annulées dans la majorité — et même s'il y avait moitié-moitié, néanmoins, du fait qu'[il n'y a] pas [assez pour] annuler, la mise en contact (hachaka) leur est efficace.
💡 Explication

Le raisonnement mima nafshakh déployé : (1) si l'eau est majoritaire, la hachaka la purifie ; (2) si la saumure est majoritaire, celle-ci n'est de toute façon pas susceptible d'impureté (simple suintement du poisson), et le peu d'eau est annulé dans la majorité de saumure. Dans les deux cas, l'ensemble est pur.

11
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לִטְבֹּול בָּהֶן פִּיתּוֹ, אֲבָל לִקְדֵירָה — לֹא, מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְנֵיעוֹר. יָתֵיב רַב דִּימִי וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְכִי טֻומְאָה שֶׁבָּטְלָה חָזְרָה וְנֵיעוֹרָה? אֲמַר לֵיהּ: וְאַתְּ לָא תִּסְבָּרָהּ? וְהִתְנָן: סְאָה תְּרוּמָה טְמֵאָה שֶׁנָּפְלָה

Rabbi Yirmeya dit : on n'a enseigné [cela] que pour y tremper son pain ; mais pour la marmite (kedera) — non, [car] l'espèce a retrouvé son espèce et [l'impureté] s'est réveillée (matsa min et mino ve-ni'or). Rav Dimi était assis et énonçait cette halakha.

Abaye lui dit : est-ce qu'une impureté qui a été annulée revient et se réveille ? Il lui dit : et toi, ne le tiens-tu pas ?

N'avons-nous pas appris (Teroumot 5:2) : une mesure (seah) de teroumah impure qui est tombée [...]

📜 Rachi (4)
לֹא שָׁנוּ דְּבִטְּלוֹ בְּרוֹב וּמֻותָּר הַצִּיר אֶלָּא לְטַבֵּל פִּיתּוֹ:
On n'a enseigné — qu'elles sont annulées dans la majorité et que la saumure est permise — que pour y tremper son pain.
אֲבָל לְתַקֵּן אֶת הַקְּדֵירָה אָסוּר שֶׁהַמַּיִם שֶׁבְּתוֹךְ הַצִּיר מוֹצְאִין מַיִם שֶׁבַּקְּדֵירָה וּמִצְטָרְפִין יַחַד וְרָבִין עַל הַצִּיר וּמְטַמְּאִין אוֹתוֹ:
Mais — pour préparer la marmite, c'est interdit : car l'eau qui est dans la saumure retrouve l'eau qui est dans la marmite, elles se joignent ensemble et deviennent majoritaires sur la saumure et la rendent impure.
מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְנֵיעוֹר מִתּוֹרַת בִּיטּוּל וְחוֹזֵר לַטֻּומְאָה:
L'espèce a retrouvé son espèce et [l'impureté] s'est réveillée — [elle sort] du régime de l'annulation et retourne à l'impureté.
לְהַאי שְׁמַעְתָּא דְּרַבִּי יִרְמְיָה:
Cette halakha — celle de Rabbi Yirmeya.
🗂️ Tossefot (3)
אֲבָל לִקְדֵירָה לֹא מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְנֵיעוֹר לָא דָּמֵי לְהָא דְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (חֻולִּין דַּף ק: וְשָׁם) וּבְפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כג.) וּבְפֶ' בָּתְרָא דע"ז (דַּף עג.) סַלֵּק אֶת מִינוֹ כְּמִי שֶׁאֵינוֹ וְשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ רָבֶה עָלָיו וּמְבַטְּלוֹ דְּהָתָם אֵין מִינוֹ נֶאֱסָר אֶלָּא מִכֹּחַ הָאִיסּוּר שֶׁנִּתְעָרֵב וְאִי אֶפְשָׁר לְהַבְדִּילוֹ ובכ"מ שֶׁיֶּשְׁנוֹ הֶיתֵּר הוּא לְפִיכָךְ שַׁייָּךְ לוֹמַר סַלֵּק אֲבָל הֵיכָא דְּמִינוֹ עַצְמוֹ מְטַמֵּא מֵחֲמַת מַגַּע מַיִם הַטְּמֵאִים אֵין שַׁיָּיךְ לוֹמַר בּוֹ סַלֵּק:
'Mais pour la marmite, non : l'espèce a retrouvé son espèce et s'est réveillée' — cela ne ressemble pas à ce que nous disons au chapitre Guid ha-nache (Houlin 100a), au chapitre Ha-kometz rabba (Menahot 23a) et au dernier chapitre d'Avoda Zara (73a) : 'écarte son espèce comme si elle n'existait pas, et ce qui n'est pas de son espèce devient majoritaire sur elle et l'annule' — car là-bas, son espèce n'est interdite qu'en vertu de l'interdit qui s'est mélangé, [interdit] qu'il est impossible de séparer, et partout ailleurs [cette espèce] est permise ; c'est pourquoi il convient de dire 'écarte'. Mais là où son espèce elle-même transmet l'impureté à cause du contact des eaux impures, il ne convient pas d'y dire 'écarte'.
וְנֵיעוֹר פֵּירֵשׁ הַקְּוַנְט' שֶׁהַמַּיִם חוֹזְרִים וְרַבִּים עַל הַצִּיר וּמְטַמְּאִין אוֹתוֹ וְלָא דַּק דְּצִיר לָאו בַּר קַבּוֹלֵי טֻומְאָה הוּא אֶלָּא זֶהוּ נֵיעוֹר דְּמִקַּמֵּי הָכִי בָּטֵל הַצִּיר מִן הַמַּיִם טֻומְאַת מַשְׁקִין מֵחֲמַת רֹוב צִיר וְעַכְשָׁיו שֶׁהַמַּיִם נֵיעוּרוּ לִכְמוֹ שֶׁהֵן תְּחִלָּה קֹודֶם שֶׁנִּתְעָרְבוּ בַּצִּיר:
'Et s'est réveillée' — le Commentateur (Rachi) a expliqué que les eaux reviennent et deviennent majoritaires sur la saumure et la rendent impure ; et il n'a pas été précis, car la saumure n'est pas susceptible de recevoir l'impureté. Plutôt, voici [le sens de] 'réveillée' : auparavant, la saumure annulait l'impureté des liquides des eaux du fait de la majorité de saumure ; et maintenant que les eaux se sont réveillées [pour revenir] à ce qu'elles étaient au début, avant de se mélanger à la saumure [elles redeviennent impures].
יָתֵיב רַב דִּימִי וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא כו' הִקְשָׁה הָרַב רַבִּי אֶפְרַיִם דְּהָכָא אִית לֵיהּ לְרַב דִּימֵי דַּאֲפִילּוּ טָהֳרָה עוֹרֶרֶת טֻומְאָה וּבְפֶ' בָּתְרָא דע"ז (דַּף עג.) אִית לֵיהּ דְּאַפֵּי' אִיסּוּר אֵין עוֹרֵר אִיסּוּר דְּקָאָמַר הַמְעָרֶה יֵין נֶסֶךְ מֵחָבִית לַבּוֹר אַפִּי' כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל וְי"ל דְּהָכָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ וְהָתָם מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן וּמִיהוּ קָשֶׁה לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאַפֵּי' בְּטֻומְאָה דְּחֻולִּין דְּקִילָא דְּדָייְקִינַן בְּסָמוּךְ מִמַּתְנִיתִין וּבָרַיְיתָא דְּטֻומְאָה עוֹרֶרֶת טֻומְאָה דְּקָאָמַר שֶׁמָּא יָבִיא קַב חֻולִּין טְמֵאִין וְכוּ' כ"ש דְּאִיסּוּר יֵשׁ לוֹ לְעוֹרֵר אִיסּוּר וּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא בְּכוּלֵּיהּ הַשַּׁ"ס דְּאִיסּוּר מְעוֹרֵר אִיסּוּר וּבְפֶרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף פב:) נָמֵי אָמְרִינַן דְּנָתַן סְאָה וְנָטַל סְאָה כָּשֵׁר עַד רֻובּוֹ אֲבָל יָתֵר מִמֶּנּוּ לֹא וְלָא אָמְרִינַן רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל וּבְפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמב.) סְאָה שֶׁל תְּרוּמָה שֶׁנָּפְלָה לְתוֹךְ ק' שֶׁל חֻולִּין וְלֹא הִסְפִּיק לְהַעֲלוֹתָהּ עַד שֶׁנָּפְלָה אַחֶרֶת אָסוּר וּמִיהוּ אֵין מִשָּׁם רְאָיָה כָּל כָּךְ דְּהָתָם מִשּׁוּם דִּסְאָה רִאשׁוֹן נְהִי דְּלָא אָסַר מ"מ לֹא נִתְבַּטֵּל דְּצָרִיךְ לְהָרִים וְעוֹד אַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק הַנּוֹדֵר מִן הַיָּרָק (נְדָרִים דַּף נז:) דְּר' יוֹחָנָן אִית לֵיהּ אֲפִילּוּ גִּידּוּלֵי הֶיתֵּר מַעֲלִין אֶת הָאִיסּוּר וּמִיהוּ אֵין מִשָּׁם קֻושְׁיָא לְפִי מַה שֶׁרָגִיל ר"ת לְחַלֵּק בֵּין הַיֶּתֶר דְּגָדַל בְּלֹא הֶפְסֵק לְהֵיכָא דְּאִיכָּא הֶפְסֵק וּמַעֲמִיד הַהִיא דע"ז בְּמִיפְסָק פְּסוּקֵי כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּפֶ' בָּתְרָא דְּנִדָּה (דַּף עא:) גַּבֵּי דַּם תְּבוּסָה דִּמְחַלֵּק בֵּין פָּסַק לְלֹא פָּסַק וּבְפֶ' הַתַּעֲרוֹבוֹת (זְבָחִים דַּף עח.) דְּאָמְרִינַן דָּם לְתוֹךְ הַמַּיִם רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל הָתָם אַיְירֵי בְּפָסַק וְהַהוּא דְּשֶׁמָּא רַבּוּ הַנּוֹטְפִין עַל הַזּוֹחֲלִין הַייְנוּ שֶׁמָּא יִרְבּוּ בְּלֹא הֶפְסֵק וּמִתּוֹךְ כָּךְ מְפָרֵשׁ ר"ת בְּהַגּוֹזֵל קַמָּא (בּ"ק דַּף ק.) וּבְרֵישׁ ב"ב (דַּף ב.) דְּנָקַט נִפְרְצָה אוֹמְרִים לוֹ גְּדוֹר תְּרֵי זִמְנֵי דְּאִם יֵשׁ תּוֹסֶפֶת מָאתַיִם בֵּין שְׁנֵי הַפְּעָמִים אֵין מִצְטָרְפִין לֶאֱסֹור כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ הֶפְסֵק אֲבָל קָשֶׁה מֵהָא דִּשְׁמַעְתִּין וּבְפֶרֶק הֶעָרֵל דְּאַפֵּי' בְּלֹא הֶפְסֵק אָמְרִינַן דְּחוֹזֵר וְנֵיעוֹר וְנִרְאֶה לְרַבִּי דִּבְכָל דֻּוכְתָּא יֵשׁ לוֹ לִהְיוֹת נֵיעוֹר אַפֵּי' בְּהֶפְסֵק וְגַבֵּי דַּם תְּבוּסָה בְּפֶ' בָּתְרָא דְּנִדָּה (דַּף עא:) דְּבִדְרַבָּנַן הֵקֵילּוּ וְהַהִיא דְּתַעֲרֹובֶת דָּם שָׁאנֵי הָתָם דְּיֵשׁ דָּחוּי אֵצֶל קָדָשִׁים דְּכֵיוָן שֶׁנִּדְחֵית כָּל טִיפָּה וְטִיפָּה כְּשֶׁנּוֹפֶלֶת שׁוּב אֵינָהּ חוֹזֶרֶת וְנִרְאֵית וְהַהִיא דְּר' יוֹחָנָן דע"ז (דַּף עג.) דְּקָאָמַר רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל הַיְינוּ כָּל זְמַן שֶׁיֵּשׁ בַּהֶיתֵּר שִׁשִּׁים עַל הָאִיסּוּר דְּלֵיכָּא נְתִינַת טַעַם וְאַאִיסּוּר מַשֶּׁהוּ דְּמַתְנִי' דְּהָתָם קָאֵי וְזֶה לָשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל דַּיָּין נֶסֶךְ נִרְאֶה עַד רֻובּוֹ לְשֶׁל הֶיתֵּר אֲבָל אִם רַבָּה אִיסּוּר אָסוּר שֶׁאִיסּוּרִין הַמִּתְבַּטְּלִים חוֹזְרִים וְנִיעוּרִין וְנִרְאֶה דְּמַאן דְּאִית לֵיהּ בי"נ הֶחָמוּר בְּאִיסּוּרָא לְגוֹ הֶיתֵּרָא רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל כ"ש בִּשְׁאָר אִיסּוּרִין אוֹ שֶׁמָּא בְּדָבָר זֶה הֵקֵילּוּ בְּיֵין נֶסֶךְ יוֹתֵר מִבִּשְׁאָר אִיסּוּרִין דְּבִשְׁאָר אִיסּוּרִין חוֹזֵר וְנֵיעוֹר כְּשֶׁרָבֶה הָאִיסּוּר כָּל כָּךְ שֶׁאֵין בַּהֶיתֵּר שִׁשִּׁים וְעוֹד נִרְאֶה שֶׁגַּם יֵין נֶסֶךְ אֵינוֹ בָּטֵל רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן עַד רֻובּוֹ אֶלָּא עַד שִׁשִּׁים וְכֵן שְׁאָר אִיסּוּרִין וְאֵינָן חֲלוּקִין אֶלָּא הֵיכָא דִּנְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ טְפֵי מֵחָבִית כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ אוֹ בְּהֶיתֵּרָא לְגוֹ אִיסּוּרָא פִּי' שֶׁבִּתְחִלַּת הַתַּעֲרֹובֶת אִיסּוּר וְהֶיתֵּר אֵין שִׁשִּׁים דְּהֶיתֵּר לְגַבֵּי אִיסּוּר וּבְיֵין נֶסֶךְ אִם יוֹסִיף הֶיתֵּר לְתוֹכוֹ עַד עוֹלָם אָסוּר וּבִשְׁאָר אִיסּוּרִין מֻותָּר כְּשֶׁרָבֶה כָּל כָּךְ שֶׁיְּהֵא שִׁשִּׁים שֶׁל הֶיתֵּר וְשֶׁמָּא אַפֵּי' בְּנִפְסַק לָא אָמְרִינַן רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל כְּמוֹ בַּחֲתִיכַת בָּשָׂר שֶׁבּוֹלַעַת טַעַם נְבֵילָה אַפֵּי' לְמָאֵן דִּמְפָרֵשׁ חֲתִיכָה עַצְמָהּ נַעֲשֵׂית נְבֵילָה בִּשְׁאָר אִיסּוּרִין כְּמוֹ בְּבָשָׂר בְּחָלָב דְּלָא אָמְרִינַן חֲתִיכָה עַצְמָהּ נַעֲשֵׂית נְבֵילָה אֶלָּא לְעִנְיַן שֶׁלֹּא תּוֹעִיל לוֹ פְּלִיטָה מִשּׁוּם דְּאֶיפְשָׁר לִסְחֲטָן אֲבָל רַבֵּיהּ תּוֹעִיל וא"ת כֵּיוָן דִּלְבַסּוֹף נָמֵי אִיכָּא שִׁשִּׁים שֶׁל הֶיתֵּר לְכָךְ בָּטֵל הַיַּיִן נֶסֶךְ מַאי אִירְיָא מִשּׁוּם רִאשׁוֹן בָּטֵל כֵּיוָן שֶׁגַּם לְבַסּוֹף יֵשׁ שִׁשִּׁים י"ל דְּדַוְקָא נְקַט מֵחָבִית לַבּוֹר דְּלָא נְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ כֻּולֵּי הַאי ואע"ג דִּנְפִישׁ טְפֵי מִצַּרְצוּר אֲבָל הֵיכָא דִּנְפִישׁ עַמּוּדֶיהָ טוּבָא לֹא בָּטֵל אַפִּי' יֵשׁ שִׁשִּׁים בְּהֶיתֵּר וּלְהָכִי קָאָמַר רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל שֶׁאִם נָפַל בְּבַת אַחַת אֵינוֹ בָּטֵל אע"פ שֶׁיֵּשׁ שִׁשִּׁים יַיִן מִן הַהֶיתֵּר וְשֶׁמָּא דַּוְקָא יֵין נֶסֶךְ אֲבָל טֶבֶל אֵינוֹ בָּטֵל בְּשׁוּם עִנְיָין בְּמִינוֹ אוֹ שֶׁמָּא יֵין נֶסֶךְ בָּטֵל וּמִינָּהּ שָׁמְעִינַן דכ"ש וְלִרְבוּתָא נַקְטֵיהּ וְכֵן נ"ל עִיקַּר רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל דְּדַוְקָא עַד שִׁשִּׁים כִּדְפָרֵישִׁית בְּאִיסּוּרָא לְגוֹ הֶיתֵּרָא וּבְהֶיתֵּרָא לְגוֹ אִיסּוּרָא בְּכָל שֶׁהוּא אֲבָל בִּשְׁאָר אֲסוּרִין אַפִּי' הֶיתֵּרָא לְגוֹ אִיסּוּרָא חוֹזֵר וְנֵיעוֹר הַהֶיתֵּר כְּשֶׁהוּא רַבָּה עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ שִׁשִּׁים וּמֵי פֵּירוֹת בְּמָקוֹם שֶׁמַּעֲלִין בְּנָתַן סְאָה וְנָטַל סְאָה עַד רֻובּוֹ אֵין לִתְמֹוהַּ לָמָּה בְּטֵלִין מֵי פֵּירוֹת וְנֶחְשָׁבִין כַּמַּיִם דְּהָכִי גְּמִירִי לָהּ דִּתְנַן מֵי פֵּירוֹת פְּעָמִים מַעֲלִין פְּעָמִים אֵין מַעֲלִין וכה"ג דְּמַעֲלִין הֲרֵי הֵם כַּמַּיִם לְהַעֲלוֹת וְכִי אִיכָּא רֹוב חוֹזְרִין וְנֵעוֹרִין וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית מַאן דְּשָׁרֵי ע"י רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל לָא שָׁרִי אֶלָּא עַד שִׁשִּׁים וְלָא נָפְקָא לָן מִידִי אִי הֲלָכָה כֵּן אִי לָאו לְאוֹתָן שֶׁנּוֹהֲגִין עַכְשָׁיו הֶיתֵּר הֲנָאָה בְּשִׁכְשׁוּךְ עוֹבֵד כּוֹכָבִים וּבִסְתָם יֵינָם שֶׁהֲרֵי פָּסַק ר"ת שֶׁהַיַּיִן הַמֻּותָּר בַּהֲנָאָה אֵין לָנוּ לוֹמַר שֶׁאוֹסֵר בְּכָל שֶׁהוּא וְדָבָר פָּשׁוּט הוּא וְנִרְאֶה לִי דְּבָרָיו שֶׁלֹּא לְהַחְמִיר בּוֹ חוּמְרָא דַּיָּין נֶסֶךְ לֶאֱסֹור בְּמַשֶּׁהוּ כֵּיוָן דְּמֻותָּר בַּהֲנָאָה כְּאִיסּוּרִין קַלִּין ור"ת פָּסַק לְשָׁם קַיְימָא לַן כְּרָבִין דְּלֵית לֵיהּ רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל וְלָא שָׁרֵי אֶלָּא בְּנָפַל שָׁם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם וְנִרְאִין דְּבָרָיו בְּמַה שֶׁאוֹמֵר הֲלָכָה כְּרָבִין אִם בָּא לַחֲלֹוק עַל רַב דִּימֵי וְרַב יִצְחָק כִּדְאָמְרִינַן בְּהַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף סד:) בְּסוֹפוֹ אָבִין בַּר סַמְכָא יִצְחָק סֻומָּקָא לָאו בַּר סַמְכָא אָבִין יֵשׁ לוֹ בַּחֲזָרָה אֲבָל זֶה אֵין בְּיָדִי לְהוֹכִיחַ אִם רָבִין בָּא לַחֲלֹוק אִם לֹא כִּי י"ל שֶׁלֹּא בָּא לַחֲלֹוק וּמַה שֶׁהִצְרִיךְ בִּיטּוּל ע"י מַיִם דַּוְקָא הֵיכָא דְּעֵירָה מֵחָבִית לַבּוֹר לְרַב יִצְחָק וּלְרַב דִּימֵי בְּדִנְפִישׁ עַמּוּדֶיהָ טְפֵי מֵחָבִית וְאַפֵּי' לר"ש דְּלָא מְפָרֵשׁ לְרַב דִּימֵי חָבִית דַּוְקָא נוּכַל לוֹמַר שֶׁאֵין רָבִין חוֹלֵק עַל רַב יִצְחָק וּבַמְעָרָה מֵחָבִית דִּבֵּר רָבָא וּלְמַאן דְּמַתְנֵי הַהִיא דְּרַב שְׁמוּאֵל בְּר' יְהוּדָה דְּנָפַל שָׁם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם אַמָּתְנִית' מָצֵי סָבַר כְּרַב דִּימֵי וְיַעֲמִיד מִשְׁנָה כְּרַב דִּימֵי בְּהֶיתֵּרָא לְגוֹ אִיסּוּרָא וּלְהָכֵי לֹא בָּטֵל כָּל זְמַן שֶׁאֵין שָׁם מַיִם וְזֶה שֶׁפֵּירַשְׁתִּי שֶׁיִּסְבֹּור רַב שְׁמוּאֵל כְּרַב דִּימֵי יָכוֹל לִהְיוֹת אִם נְפָרֵשׁ דְּרַב שְׁמוּאֵל בְּר' יְהוּדָה לְמָאֵן דְּמַתְנֵי לֵיהּ אַמָּתְנִית' לָא בָּעֵי תְּחִלָּה הַיְינוּ שֶׁאֵין לְהוֹכִיחַ מִילְּתֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל דְּבָעֵי תְּחִלָּה אֲבָל מכ"מ אֱמֶת הוּא דְּאִיהוּ נָמֵי בָּעֵי תְּחִלָּה כְּדֵי שֶׁלֹּא נִצְטָרֵךְ לוֹמַר שֶׁחוֹלֵק עַל אוֹתָהּ דְּר' יוֹחָנָן דִּלְקַמֵּיהּ דִּמְזָגָן וְעֵרְבָם זֶה בָּזֶה דְּמַשְׁמַע דְּבָעֵי מְזָגָן תְּחִלָּה וְאח"כ עֵרְבָן אִם נְפָרֵשׁ כָּךְ שׁוּב לֹא נוּכַל לוֹמַר שֶׁסּוֹבֵר רַב שְׁמוּאֵל רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל דְּכֵיוָן דְּבָעֵי מַיִם תְּחִלָּה ס"ל בְּמַשֶּׁהוּ בְּאִיסּוּרָא לְגוֹ הֶיתֵּרָא א"כ לֵית לֵיהּ לֹא דְּרַב דִּימֵי וְלֹא דְּרַב יִצְחָק מִיהוּ דְּאֵין צָרִיךְ לְפָרֵשׁ כָּךְ אֶלָּא כִּדְמִשְׁתַּעֵי פְּשׁוּטָה דִּשְׁמַעְתִּין דְּלָא בָּעוּ תְּחִלָּה וּפְלִיג אַהַהִיא דְּר' יוֹחָנָן דִּמְזָגָן וְעֵרְבָן א"נ לָא פְּלִיג וס"ל דְּהוּא הַדִּין עֵרְבָן תְּחִלָּה וְלָא נְקַט מְזִיגָה בְּרֵישָׁא דַּוְקָא דְּהָא לָא גָּרְסִינַן בִּפְסָחִים מְזָגוֹ וְאַחַ"כּ עֵרְבוּ דְּלֶהֱוֵי מַשְׁמַע לְגַמְרֵי דַּוְקָא אֶלָּא מְזָגוֹ וְעֵרְבוֹ וְכָל הָנֵי בִּיטּוּלֵי דְּהַהִיא שְׁמַעְתִּין דִּמְזָגָן וְעֵרְבָן הַמְעָרֶה מֵחָבִית לַבּוֹר וְהַהִיא דִּשְׁמַעְתִּין דְּשֶׁמָּא יָבִיא קַב מִמִּין אַחֵר וְקַב וְעוֹד מִמִּין זֶה יְכוֹלִין לְהַעֲמִיד בְּשֶׁלֹּא נִתְכַּוֵּון לְבַטֵּל וּלְהַתִּיר אֶת הָאִיסּוּר אוֹ לְטַהֵר אֶת הַטָּמֵא שאל"כ לָא הָוֵי בָּטֵל וּבְנָפַל קִיתוֹן שֶׁל מַיִם תְּחִלָּה אֵין לְחַלֵּק בֵּין נְתָנָן בְּמִתְכַּוֵּין לְנָפַל אֲבָל לְבַסּוֹף לְמָאֵן דְּלָא בָּעֵי תְּחִלָּה דַּוְקָא בְּלֹא מִתְכַּוֵּין קָאָמַר וּבְהַהִיא דְּצִיר דְּקָייְמִינַן דְּלָא קָאָמַר אָמְרִינַן סַלֵּק אֶת מִינוֹ כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ וְשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ רָבֶה עָלָיו וּמְבַטְּלוֹ י"ל דְּהַהוּא אָמוֹרָא לֵית לֵיהּ:
'Rav Dimi était assis et énonçait cette halakha, etc.' — le Rav Rabbi Efraim a objecté : ici Rav Dimi tient que même la pureté réveille l'impureté, et au dernier chapitre d'Avoda Zara (73a) il tient que même l'interdit ne réveille pas l'interdit, car il dit : celui qui verse du vin de libation (yein nesekh) d'un tonneau dans une fosse, même toute la journée, [le] premier [à chaque fois] est annulé. Et l'on peut dire : ici c'est au nom de Reich Lakich, et là-bas au nom de R. Yo'hanan. Cependant, cela fait difficulté pour R. Yo'hanan : car même dans l'impureté de choses profanes (houlin), qui est légère, [comme] nous le déduisons plus loin de la michna et de la baraïta, l'impureté réveille l'impureté — car il dit 'de peur qu'il n'apporte un kav de profane impur', etc. — à plus forte raison l'interdit doit-il réveiller l'interdit ; et c'est chose évidente dans tout le Talmud que l'interdit réveille l'interdit. Et au chapitre Hé-arel (Yevamot 82b) aussi nous disons que [si] l'on a mis une seah et pris une seah, c'est valable jusqu'à [ce qu'on ait remplacé] sa majorité, mais au-delà, non — et l'on ne dit pas 'le premier à chaque fois est annulé'. Et au chapitre Notel (Chabbat 142a), [pour] une seah de teroumah tombée dans cent [seah] de profane, sans qu'on ait eu le temps de la relever avant qu'une autre ne tombe — c'est interdit. Toutefois, de là il n'y a pas grande preuve, car là c'est parce que la première seah, même si elle n'a pas rendu [le tout] interdit, n'a pas [pour autant] été annulée, puisqu'il faut la prélever. Et de plus, nous trouvons au chapitre Ha-noder min ha-yarak (Nedarim 57b) que R. Yo'hanan tient que même les repousses (guidoulin) d'une chose permise font remonter l'interdit. Cependant, de là il n'y a pas d'objection, selon la distinction habituelle de Rabbenou Tam entre un [produit] permis qui pousse sans interruption et le cas où il y a interruption ; et il établit [le passage] d'Avoda Zara dans un cas d'interruption (mifsak), comme nous trouvons au dernier chapitre de Nidda (71b) à propos du dam tevousa [où] l'on distingue entre interruption et non-interruption ; et au chapitre Ha-taarovet (Zevahim 78a), où nous disons 'du sang [tombé] dans de l'eau, le premier à chaque fois est annulé', la il s'agit d'un cas d'interruption ; et ce [cas] de 'peut-être les eaux ruisselantes deviennent-elles majoritaires sur les eaux courantes', c'est [le cas où] elles deviennent peut-être majoritaires sans interruption. C'est pourquoi Rabbenou Tam explique, dans Ha-gozel kama (Baba Kama 100a) et au début de Baba Batra (2a), que [si] une brèche s'est ouverte on lui dit 'clos' deux fois : que s'il y a un ajout de deux cents [coudées] entre les deux fois, elles ne se joignent pas pour interdire, puisqu'il y a interruption. Mais il y a une difficulté à partir de notre sougya et du chapitre Hé-arel, [d'où il ressort] que même sans interruption nous disons qu'[l'impureté] revient et se réveille. Et il paraît à Rabbenou [Its'hak] que partout [l'impureté] doit se réveiller, même avec interruption ; et pour le dam tevousa au dernier chapitre de Nidda (71b), c'est que pour [une chose] rabbinique on a été indulgent ; et ce [cas] du mélange de sang [dans les saintetés] est différent, car il y a rejet (dihouy) à l'égard des saintetés : dès lors que chaque goutte a été rejetée en tombant, elle ne revient plus se montrer. Et ce [propos] de R. Yo'hanan dans Avoda Zara (73a) qui dit 'le premier à chaque fois est annulé', c'est tant qu'il y a dans le permis soixante [fois plus] que l'interdit, [de sorte] qu'il n'y a pas de don de goût — et il porte sur l'interdit d'un rien (mechehou) de la michna là-bas ; et cette expression 'le premier est annulé' du vin de libation vaut jusqu'à [ce qu'on atteigne] la majorité pour le [vin] permis ; mais si l'interdit devient majoritaire, c'est interdit, car les interdits qui s'annulent reviennent et se réveillent. Et il paraît que celui qui tient, pour le vin de libation sévère, [le principe de] l'interdit dans le permis 'le premier à chaque fois est annulé', à plus forte raison [le tient-il] pour les autres interdits ; ou peut-être a-t-on été plus indulgent en cette matière pour le vin de libation que pour les autres interdits, car pour les autres interdits [l'impureté] revient et se réveille lorsque l'interdit devient majoritaire au point qu'il n'y ait pas soixante [fois plus] dans le permis. Et il paraît de plus que même le vin de libation n'est pas annulé 'le premier à chaque fois' jusqu'à la majorité, mais [seulement] jusqu'à [un rapport de] soixante ; et de même les autres interdits ; et ils ne diffèrent que là où son flux (amoudo) est plus fort que [le versement] d'un tonneau, comme je l'expliquerai, ou dans [le cas d']un permis à l'intérieur d'un interdit — c'est-à-dire qu'au début du mélange d'interdit et de permis il n'y a pas soixante [fois plus] de permis que d'interdit ; et pour le vin de libation, si l'on continue d'ajouter du permis à l'intérieur, c'est interdit à jamais, alors que pour les autres interdits c'est permis lorsque [le permis] devient majoritaire au point qu'il y ait soixante [fois plus] de permis. Et peut-être même en cas d'interruption ne dit-on pas 'le premier à chaque fois est annulé', comme pour un morceau de viande qui a absorbé le goût de la charogne — même selon celui qui explique que le morceau lui-même 'devient charogne' pour les autres interdits, comme pour la viande dans le lait ou l'on ne dit 'le morceau lui-même devient charogne' qu'en ce sens que le dégorgement ne lui sera pas utile, parce qu'il est possible de les presser ; mais l'augmentation [du permis] lui sera utile. Et si tu dis : puisqu'à la fin aussi il y a soixante [fois plus] de permis, pourquoi le vin de libation est-il annulé [seulement] au titre de 'le premier est annulé', puisqu'à la fin aussi il y a soixante ? On peut dire qu'[on] énonce spécifiquement 'd'un tonneau dans une fosse', dont le flux n'est pas si fort, bien qu'il soit plus fort que [celui] d'une cruche ; mais là où son flux est très fort, [l'interdit] n'est pas annulé même s'il y a soixante dans le permis, et c'est pourquoi il dit 'le premier à chaque fois est annulé' — car s'il tombait d'un coup, il ne serait pas annulé bien qu'il y ait soixante [fois plus] de vin permis. Et peut-être [est-ce] spécifiquement le vin de libation, mais le tevel n'est annulé en aucune façon dans son espèce ; ou peut-être le vin de libation est-il annulé et l'on en déduit qu'à plus forte raison [le tevel] — et [le Talmud] l'énonce pour la surenchère (rebouta). Et ainsi me paraît-il l'essentiel : 'le premier à chaque fois est annulé' [ne vaut] spécifiquement que jusqu'à soixante, comme je l'ai expliqué pour l'interdit dans le permis ; et pour un permis dans un interdit, [c'est annulé] en quelque quantité que ce soit ; mais pour les autres interdits, même un permis dans un interdit, le permis revient et se réveille lorsqu'il devient majoritaire au point qu'il y ait en lui soixante. Et [pour] le jus de fruits (mei perot), là où l'on 'fait remonter' [en] 'mettant une seah et prenant une seah' jusqu'à la majorité, il ne faut pas s'étonner de ce que le jus de fruits est annulé et compte comme de l'eau : car ainsi l'a-t-on reçu par tradition, comme nous avons appris — le jus de fruits, tantôt il fait remonter, tantôt il ne fait pas remonter ; et lorsqu'il fait remonter, le voici comme de l'eau pour faire remonter, et lorsqu'il y a majorité [d'interdit] ils reviennent et se réveillent. Et selon ce que j'ai expliqué, celui qui permet par 'le premier à chaque fois est annulé' ne [le] permet que jusqu'à soixante. Et il ne nous importe guère, [de savoir] si la halakha est ainsi ou non, pour ceux qui pratiquent aujourd'hui la permission de tirer profit [du vin] par le brassage [effectué par] un idolâtre et pour le 'vin ordinaire' [des idolâtres] (setam yeinam) : car Rabbenou Tam a tranché que le vin permis à la jouissance, nous n'avons pas à dire qu'il interdit en quelque quantité que ce soit ; c'est chose évidente ; et ses paroles me paraissent [justes] de ne pas y appliquer la sévérité du vin de libation [au point] d'interdire en un rien (mechehou), puisqu'il est permis à la jouissance comme les interdits légers. Et Rabbenou Tam a tranché là-bas que nous tenons pour halakha comme Ravin, qui ne tient pas 'le premier à chaque fois est annulé' et ne [le] permet que lorsqu'il y est tombé une cruche d'eau ; et ses paroles paraissent [justes] en ce qu'il dit que la halakha est comme Ravin, s'il vient contredire Rav Dimi et Rav Yits'hak — comme nous disons dans Hé-ba al yevimto (Yevamot 64b) à la fin : Avin est digne de foi, Yits'hak Souma n'est pas digne de foi ; Avin a [prévalence] en cas de retour. Mais [de savoir] si Ravin vient contredire ou non, cela n'est pas en mon pouvoir de le prouver, car on peut dire qu'il ne vient pas contredire ; et ce qui a exige l'annulation par de l'eau [c'est] spécifiquement là où l'on a versé d'un tonneau dans une fosse — pour Rav Yits'hak et Rav Dimi, dans [le cas] où son flux est plus fort que [le versement] d'un tonneau. Et même pour R. Chimon, qui n'explique pas [la position] de Rav Dimi comme portant sur un tonneau spécifiquement, nous pouvons dire que Ravin ne contredit pas Rav Yits'hak ; et [pour] celui qui verse d'un tonneau, ce sont les paroles de Rava ; et pour celui qui enseigne ce [propos] de Rav Chmouel bar R. Yehouda [selon lequel] il y est tombé une cruche d'eau, sur la michna, il peut tenir comme Rav Dimi et établir la michna selon Rav Dimi, dans [le cas d']un permis à l'intérieur d'un interdit ; et c'est pourquoi il n'est pas annulé tant qu'il n'y a pas là d'eau. Et ce que j'ai expliqué — que Rav Chmouel tiendrait comme Rav Dimi — peut se soutenir si l'on explique que Rav Chmouel bar R. Yehouda, pour celui qui l'enseigne sur la michna, ne requiert pas 'au début' ; c'est-à-dire qu'on ne peut prouver du propos de Rav Chmouel qu'il requiert 'au début'. Mais en tout état de cause il est vrai que lui aussi requiert 'au début', afin qu'on ne soit pas obligé de dire qu'il contredit ce [propos] de R. Yo'hanan qui suit, [selon lequel] on les a coupés [d'eau] et mélangés l'un à l'autre — ce qui indique qu'il faut les couper d'abord puis les mélanger. Si l'on explique ainsi, on ne pourra plus dire que Rav Chmouel tient 'le premier à chaque fois est annulé', car dès lors qu'il requiert de l'eau au début, il tient [qu'il faut annuler] en un rien [dans] un interdit à l'intérieur d'un permis ; et si tel est le cas, il ne tient ni comme Rav Dimi ni comme Rav Yits'hak. Toutefois il n'est pas nécessaire de l'expliquer ainsi, mais [on peut suivre] le sens simple de la sougya, [selon lequel] ils ne requièrent pas 'au début', et [Rav Chmouel] diverge de ce [propos] de R. Yo'hanan [selon lequel] on les a coupés et mélangés. Ou bien il ne diverge pas et tient qu'il en va de même [si] on les a mélangés au début, et qu'[le Talmud] n'a pas énoncé la coupure en premier de façon exclusive, car nous ne lisons pas dans Pessahim 'on les a coupés puis mélangés' [de façon] à indiquer que c'est tout à fait exclusif, mais 'on les a coupés et mélangés'. Et toutes ces annulations de cette sougya — [le cas] où on les a coupés et mélangés, celui qui verse d'un tonneau dans une fosse, et ce [cas] de notre sougya où 'peut-être apportera-t-il un kav d'une autre espèce et un kav et plus de cette espèce' — on peut les établir dans le cas où l'on n'a pas eu l'intention d'annuler et de permettre l'interdit, ou de purifier l'impur ; car sinon, [l'interdit] n'est pas annulé. Et pour [le cas où] une cruche d'eau est tombée au début, il n'y a pas lieu de distinguer entre les avoir mis intentionnellement [ou non] ; mais si [l'eau tombe] à la fin, pour celui qui ne requiert pas 'au début' spécifiquement, [le Talmud] parle [du cas] sans intention. Et pour ce [cas] de la saumure où nous nous tenons, [du fait] qu'on ne dit pas 'écarte son espèce comme si elle n'existait pas et ce qui n'est pas de son espèce devient majoritaire sur elle et l'annule', on peut dire que cet Amora ne tient pas [ce principe].
💡 Explication

Restriction de R. Yirmeya : la purification par hachaka ne vaut que pour tremper son pain dans la saumure ; mais si on verse la saumure dans une marmite (avec d'autre eau), non — car l'eau annulée retrouve son espèce (l'eau de la marmite), redevient majoritaire, et l'impureté annulée se réveille (matsa min et mino ve-ni'or, 'l'espèce a trouvé son espèce et s'est réveillée'). Débat : Abaye s'étonne — une impureté annulée peut-elle reprendre vie ? Rav Dimi répond que oui et invoque la michna (Teroumot 5:2) sur la seah de teroumah impure tombée [dans un mélange] — dont la suite est sur 22b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).