Bekhorot 23a — l'impureté annulée dans la majorité : disparaît-elle vraiment ? (toucher vs port)

Bekhorot 23a

Sougya : La sougya poursuit le débat sur le statut d'une impureté (tvela / nevela) annulée dans une majorité pure. R.

Yirmeya soutient qu'elle reste 'présente' (ke-man de-ita) : si une seconde impureté la rejoint, la première se 'réveille' (niour) et se recombine — preuve tirée du kav ve-od de la teroumah. Abaye objecte à plusieurs reprises (cendres de la vache rousse, viande de nevela mêlée à de la viande abattue, caillot de sang expulsé par une grosse bête) : si l'impureté est réellement présente, le mélange devrait rendre impur non seulement par contact mais aussi par PORT (massa).

La réponse constante (R. Yossi b.

R. Hanina) : pur au toucher, mais impur au port.

Face au caillot de sang, Rav Dimi se tait ; on suggère que ce cas diffère car l'impureté y est déjà décomposée (serouha), ce qui ouvre la mahloket Bar Pada / R. Yo'hanan sur le seuil de décomposition (propre au ger vs propre au chien).

Une tvela annulée dans la majorité est-elle 'présente' ou 'absente' ? tvela = ke-man de-ita (elle EST là) tvela = ke-man de-leta (elle a disparu) Si une 2e impureté la rejoint, la 1e'se réveille' et se recombine (niour)Une fois annulée, elle ne revientjamais : batel = disparu Position de R. Yirmeya (preuve dukav ve-od : la tvela annulée retrouveson espèce et redevient interdite)Position d'Abaye (objection) :et alors elle devrait aussi rendreimpur par PORT (massa) ! Réponse (R. Yossi b. R. Hanina) : pure au TOUCHER, mais impure au PORT TOUCHER (magga) pur : on touche la majorité PORT (massa) impur : on porte le tout
Le coeur du débat : impureté annulée dans la majorité = présente ou disparue, et la réponse toucher/port.
Impureté décomposée (serouha) : jusqu'où une nevela reste-t-elle impure ? Bar Pada impureté GRAVE (port) : jusqu'à impropre au ger impureté LEGÈRE (toucher) : jusqu'à impropre au chien -> ici : impropre au ger, exempt R. Yo'hanan l'une comme l'autre : jusqu'à impropre au chien -> ici la masse est encore propre au chien : reste un pb (le silence de Rav Dimi ne tient plus)
La mahloket Bar Pada / R. Yohanan sur le seuil de décomposition d'une impureté (segment final).
1
לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַה תְּהֵא עֲלֵיהֶן? יֹאכְלוּ נְקוּדִין, אוֹ קְלָיוֹת, אוֹ יִלּוֹשׁוּ בְּמֵי פֵירוֹת, אוֹ תִּתְחַלֵּק לְעִיסּוֹת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא כְּבֵיצָה בְּמָקוֹם אֶחָד. וְאָמַר עֻולָּא: מַה טַעַם? גְּזֵירָה שֶׁמָּא יָבִיא קַב חֻולִּין טְמֵאִים מִמָּקוֹם אַחֵר וְקַב וְעוֹד מִמִּין זֶה, סָבַר אִיבַּטְלִינְהוּ בְּרֻובָּא, וְכֵיוָן דְּאִיכָּא הַאי מַשֶּׁהוּ — מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְנֵיעוֹר.

Selon Rabbi Eliezer, qu'adviendra-t-il d'eux [de ces produits mélangés] ? Qu'on les mange secs (nekoudim), ou grillés (kelayot), ou qu'on les pétrisse avec du jus de fruits, ou qu'on [les] répartisse en plusieurs pâtes — pourvu qu'il n'y ait pas [le volume] d'un ke-beitsa (un œuf) en un seul endroit.

Et Oulla dit : quelle en est la raison ? C'est un décret [rabbinique], de peur qu'on n'apporte un kav de houlin (produits profanes) impurs d'un autre endroit, et un kav ve-od (un kav et un peu plus) de cette [même] espèce, [et] qu'il pense : je vais les annuler dans la majorité ; or, du fait qu'il subsiste ce quelque-chose (ce résidu d'impureté), l'espèce [impure] rencontre son espèce et [l'impureté] se réveille (niour).

📜 Rachi (3)
אֶלָּא לר"א דְּאָמַר שֶׁאֲנִי אוֹמֵר מִי חָשְׁבִינַן לְהוּ כִּטְהוֹרִין לְגַמְרֵי וְקָאָמַר יֹאכְלֶנּוּ נְקוּדִים אוֹ יִלּוֹשׁוּ:
Mais selon R. Eliezer, qui dit chéani omer (je dis) — les considérons-nous [ces produits] comme totalement purs ? Et il [Oulla] dit : qu'on les mange secs (nekoudim) ou qu'on les pétrisse.
מַה טַעַם לָא חָשְׁבִינַן לְהוּ חֻולִּין גְּמוּרִין לְרַבָּנָן כֵּיוָן דְּבָטְלָה לר"א הוֹאִיל וְאִית לֵיהּ שֶׁאֲנִי אוֹמֵר:
Quelle en est la raison — nous ne les considérons pas comme des houlin totalement [purs] selon les Rabbanan, puisque [le mélange] est annulé selon R. Eliezer, du fait qu'il tient le principe chéani omer (je dis).
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יָבִיא כּוּ' דְּאִי חָשְׁבִינַן לְהוּ טְהוֹרִין לְגַמְרֵי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ כִּי הֲוָה לֵיהּ קַב שְׁאָר חֻולִּין טְמֵאִין מַייְתֵי לָהּ וּמְעָרֵב לָהּ בְּקַב וְעוֹד מִמִּין זֶה וְקָסָבַר אִיבַּטְלָה לְקַב קַמָּא בְּרֻובָּא דְּהַאי קַב וְעוֹד וְכֵיוָן דְּאִיכָּא בְּהַאי קַב וְעוֹד מַשֶּׁהוּ אֶחָד מִמֵּאָה טָמֵא מִן הַתְּרוּמָה טְמֵאָה שֶׁנָּפְלוּ שָׁם וּבָטְלִינַן עַכְשָׁיו מוֹצֵא טָמֵא רִאשׁוֹן אֶת טָמֵא שֵׁנִי וְנֵיעוֹר מִתּוֹרַת טְהוֹרָה וּמִצְטָרֵף עִם זֶה וְהָווּ לְהוּ פַּלְגָא וּפַלְגָא וְלָא מִיבְטָל. אַלְמָא טֻומְאָה שֶׁבָּטְלָה חָזְרָה וְנֵיעוֹרָה מִתּוֹרַת טָהֳרָה:
C'est un décret de peur qu'on n'apporte, etc. — car si nous les considérions comme totalement purs, il y aurait lieu de craindre : lorsqu'il aura un kav d'autres houlin impurs, il l'apportera et le mélangera dans le kav ve-od (le kav et un peu plus) de cette espèce, pensant qu'il a annulé le premier kav [impur] dans la majorité de ce kav ve-od ; et du fait qu'il subsiste dans ce kav ve-od un quelque-chose — un [élément] sur cent, impur, de la teroumah impure qui y était tombée et [qu'on] avait annulée — maintenant l'[élément] impur premier rencontre l'impur second, et [l'impureté] se réveille de son statut de pur et se joint à celui-ci : ils deviennent alors moitié-moitié et [l'impureté] n'est pas annulée. On voit donc qu'une impureté annulée revient et se réveille de son statut de pureté.
🗂️ Tossefot (1)
סָבַר אֲבַטְּלִינְהוּ בְּרֻובָּא תֵּימַהּ מַה יוֹעִיל הָא אֵין מְבַטְּלִין [אִיסּוּר] לְכַתְּחִלָּה וְאַפֵּי' שׁוֹגֵג אִם בִּטְּלוֹ אֵינוֹ מְבֻוטָּל לָמֶ"ד בְּגִיטִּין (דַּף נד:) נָפְלוּ וְנִתְפַּצְּעוּ בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד לֹא יַעֲלוּ מִיהוּ אִיכָּא לָמֶ"ד הָתָם בְּשׁוֹגֵג יַעֲלוּ וְשֶׁמָּא הָא חֲשִׁיב שׁוֹגֵג כְּשֶׁסָּבוּר שֶׁמֻּותָּר לְבַטֵּל:
'Il pense les annuler dans la majorité' — c'est étonnant : à quoi cela sert-il ? Or on n'annule pas un [interdit] à priori (le-khatehila), et même par mégarde (chogueg), s'il [l']a annulé, ce n'est pas annulé, selon l'avis qui dit dans Guittin (54b) : '[des figues de teroumah] tombèrent et furent écrasées [dans des figues de houlin], que ce soit par mégarde ou avec intention — [le tout] ne 'monte' pas [n'est pas permis]'. Toutefois il y a là-bas un avis [qui dit] : par mégarde, [cela] 'monte' — et peut-être ceci est-il tenu pour mégarde, [du fait] qu'il pense qu'il est permis d'annuler.
💡 Explication

Le point de départ : selon Rabbi Eliezer qui applique le principe chéani omer ('je dis' — on suppose que la partie prélevée était déjà la teroumah), le mélange serait totalement pur ; on pourrait donc le manger sec ou pétri au jus de fruits. Mais Oulla explique le décret des Sages : on craint qu'un homme n'ajoute un kav de houlin impurs et croie l'annuler dans la majorité. Comme il reste toujours un résidu d'impureté (ce quelque-chose) dans le mélange, l'impureté rencontre son espèce et se réveille (niour) : elle n'est jamais vraiment annulée. C'est le principe central du daf : une impureté annulée reste-t-elle 'présente' ?

🖼️ Schéma
Une tvela annulée dans la majorité est-elle 'présente' ou 'absente' ? tvela = ke-man de-ita (elle EST là) tvela = ke-man de-leta (elle a disparu) Si une 2e impureté la rejoint, la 1e'se réveille' et se recombine (niour)Une fois annulée, elle ne revientjamais : batel = disparu Position de R. Yirmeya (preuve dukav ve-od : la tvela annulée retrouveson espèce et redevient interdite)Position d'Abaye (objection) :et alors elle devrait aussi rendreimpur par PORT (massa) ! Réponse (R. Yossi b. R. Hanina) : pure au TOUCHER, mais impure au PORT TOUCHER (magga) pur : on touche la majorité PORT (massa) impur : on porte le tout
Le principe du niour : l'impureté annulée se réveille au contact de son espèce.
2
אֲמַר לֵיהּ: אִם טֻומְאָה עוֹרֶרֶת טֻומְאָה, טָהֳרָה עוֹרֶרֶת טֻומְאָה?

[Abaye] lui dit : si [c'est] une impureté [qui] réveille une impureté [passe encore, dans le cas de la teroumah où le kav est impur] — [mais] la pureté réveillerait[-elle] une impureté ?!

📜 Rachi (1)
א"ל אִם טֻומְאָה עוֹרֶרֶת אֶת טֻומְאָה טָהֳרָה יְעוֹרֵר אֶת הַטֻּומְאָה בִּתְמִיהַּ. כְּלוֹמַר מַיִם שֶׁבַּקְּדֵרָה שֶׁטְּהוֹרִים הֵיאַךְ יְעוֹרְרוּ מַיִם שֶׁבַּצִּיר לְטַמֵּא:
Il lui dit : si une impureté réveille une impureté, la pureté réveillera[-t-elle] l'impureté — sur un ton d'étonnement. C'est-à-dire : l'eau qui est dans la marmite, qui est pure, comment réveillerait-elle l'eau qui est dans la saumure (tsir) pour [la] rendre impure ?
💡 Explication

Abaye conteste la preuve de R. Yirmeya. Le cas du kav ve-od marchait parce que l'impureté réveille l'impureté (les deux éléments sont impurs). Mais dans le cas de la saumure de poisson (tsir), l'eau de la marmite est pure : comment de l'eau pure pourrait-elle 'réveiller' et rendre impure l'eau de la saumure ? On ne peut donc pas transposer le principe.

3
אַיְּתִיבֶיהָ: אֵפֶר כָּשֵׁר שֶׁנִּתְעָרֵב בְּאֵפֶר מִקְלֶה, הוֹלְכִין אַחַר הָרֹוב לְטַמֵּא, וְאִי רֻובָּא אֵפֶר מִקְלֶה הוּא — לֹא מְטַמֵּא. וְאִי אָמְרַתְּ: טֻומְאָה כְּמַאן דְּאִיתֵיהּ דָּמֵי, נְהִי דִּבְמַגָּע לָא מְטַמֵּא — לְטַמֵּא בְּמַשָּׂא!

[Abaye] lui objecte : de la cendre casher (aper kacher, de la vache rousse) qui s'est mêlée à de la cendre ordinaire (aper mikla) — on suit la majorité pour [décider de l']impureté ; et si la majorité est de la cendre ordinaire, [le mélange] ne rend pas impur. Or si tu dis que l'impureté [annulée] est comme [quelque chose] qui est [encore] présent (ke-man de-ita), même si par contact (magga) elle ne rend pas impur — qu'elle rende impur par port (massa) !

📜 Rachi (5)
אֵיתִיבֵיהּ לְרַבִּי יִרְמְיָה:
Il lui objecte — à R. Yirmeya.
אֵפֶר כָּשֵׁר שֶׁל פָּרָה אֲדֻומָּה:
Cendre casher — de la vache rousse (para adouma).
אֵפֶר מַקְלֶה אֵפֶר דְּעָלְמָא:
Cendre ordinaire (aper mikla) — de la cendre quelconque.
לְטַמֵּא אֶת הַנּוֹגֵעַ בָּהּ כְּדִכְתִיב וְהַנֹּוגֵעַ בְּמֵי הַנִּדָּה יִטְמָא (בַּמִּדְבָּר י״ט:כ״א):
Rendre impur — celui qui la touche, comme il est écrit 'et celui qui touche l'eau de la nidda (lustrale) sera impur' (Nombres 19:21).
וְאִי אָמְרַתְּ טֻומְאָה הַמִּתְבַּטֶּלֶת בְּרוֹב לֹא בָּטְלָה לְגַמְרֵי אֶלָּא כְּמַאן דְּאִיתֵיהּ דָּמֵי דְּאִי מַשְׁכַּחַת טֻומְאָה אַחֲרִיתִי מִצְטָרֶפֶת בַּהֲדַהּ נְהִי דְּהַאי אֵפֶר בְּמַגָּע לֹא מְטַמֵּא דְּכֵיוָן דְּרֻובּוֹ טָהוֹר אָמְרִינַן בְּאֵפֶר מִקְלֶה נָגַע שֶׁהוּא הָרֹוב אֲבָל בְּמַשָּׂא מִיהָא לִיטָּמֵא דְּהָא מ"מ הַטֻּומְאָה נָשָׂא וְהֵסִיט וקי"ל דְּמֵי חַטָּאת וְאֵפֶר חַטָּאת מְטַמְּאִין בְּמַשָּׂא בפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף יד.):
Et si tu dis que l'impureté — qui est annulée dans la majorité n'est pas totalement annulée, mais est comme [quelque chose] qui est [encore] présent, car si tu rencontres une autre impureté elle s'y joint : soit, cette cendre ne rend pas impur par contact, puisque la majorité est pure, [et] nous disons qu'il a touché la cendre ordinaire qui est la majorité ; mais par port du moins, qu'elle rende impur — car de toute manière il a porte et déplacé l'impureté ; et nous tenons pour établi que l'eau [lustrale] du hatat et la cendre du hatat rendent impur par port, au premier chapitre de Yoma (14a).
🗂️ Tossefot (1)
וְאִי אָמְרַתְּ טֻומְאָה כְּמַאן דְּאִיתֵיהּ כּוּ' מִתּוֹךְ פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס מַשְׁמַע שֶׁבָּא לְדַקְדֵּק דְּאֵין טֻומְאָה עוֹרֶרֶת טֻומְאָה מִדְּחָשְׁבִינַן טֻומְאָה כְּמַאן דְּלֵיתָא וְזֶה אֵינָהּ סֻוגְיַת הַשַּׁ"ס שֶׁיָּבֹא אַבַּיֵּי לְהַקְשׁוֹת עַל עַצְמוֹ דְּפִי' דְּטֻומְאָה עוֹרֶרֶת טֻומְאָה וְעוֹד דְּתִיקְשֵׁי לֵיהּ מִמַּתְנִי' אֶלָּא אֲפִילּוּ לָא חֲשִׁיבָא טֻומְאָה כְּמַאן דְּאִיתָא מ"מ בְּדִין הוּא עַל טֻומְאָה שֶׁעוֹרֶרֶת טֻומְאָה דְּאִי נָמֵי לָא הָוְיָא טֻומְאָה כְּמַאן דְּאִיתָא:
'Et si tu dis que l'impureté est comme [quelque chose] qui est présent, etc.' — il ressort de l'explication du Contres (Rachi) qu'[Abaye] vient inférer qu'une impureté ne réveille pas [une autre] impureté, du fait que nous considérons l'impureté comme [quelque chose] qui n'est pas [présent] — et ce n'est pas [le sens de] la sougya du Talmud, qu'Abaye vienne se contredire lui-même après avoir expliqué qu'une impureté réveille une impureté ; et de plus il lui serait difficile depuis notre michna [même]. Plutôt, même si l'on ne considère pas l'impureté comme [quelque chose] qui est présent, il est de toute manière juste [de dire] qu'une impureté réveille une impureté, [et cela] même si l'impureté n'était pas comme [quelque chose] qui est présent.
💡 Explication

Objection d'Abaye à R. Yirmeya, tirée d'une michna (Para 9:7). La cendre de la vache rousse (casher, qui rend impur ceux qui s'en occupent) mêlée à de la cendre ordinaire : on suit la majorité. Si l'ordinaire domine, pas d'impureté par contact (on suppose qu'on touche la majorité). Mais si l'impureté annulée est ke-man de-ita (encore présente), elle devrait au moins rendre impur par port (massa) — car qui porte le mélange porte forcément aussi la cendre casher.

4
הָא אִיתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: טָהוֹר מִלְּטַמֵּא בְּמַגָּע, אֲבָל מְטַמֵּא בְּמַשָּׂא.

[Rav Dimi répond :] mais il a été enseigné à ce sujet, [comme] dit Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : [le mélange est] pur en ce qu'il ne rend pas impur par contact (magga), mais il rend impur par port (massa).

💡 Explication

Réponse de Rav Dimi (défendant R. Yirmeya) : cette michna n'est pas une objection, car R. Yossi b. R. Hanina l'a précisément expliquée ainsi — le mélange est pur au contact (magga) mais impur au port (massa). L'impureté annulée est donc bien 'présente' (elle agit par port), ce qui confirme R. Yirmeya.

5
וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא: נְבֵילָה בְּטֵילָה בִּשְׁחוּטָה, שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִנְבֵילָה שֶׁתֵּיעָשֶׂה שְׁחוּטָה. נְהִי דִּבְמַגָּע לָא מְטַמֵּא, לְטַמֵּא בְּמַשָּׂא!

[Abaye répond :] mais Rav Hisda n'a-t-il pas dit : [de la viande de] nevela (bête morte, non abattue rituellement) est annulée dans [de la viande] abattue (chehouta), car il est impossible qu'une nevela devienne [une bête] abattue ! [Donc] soit qu'elle ne rende pas impur par contact — [mais] qu'elle rende impur par port !

📜 Rachi (3)
בְּטֵילָה בִּשְׁחוּטָה חֲתִיכַת נְבֵילָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בִּשְׁתֵּי חֲתִיכוֹת שְׁחוּטוֹת בָּטְלָה נְבֵלָה בְּרוֹב מִלְּטַמֵּא דְּמִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ בָּטֵל וְהַאי מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ הוּא:
Est annulée dans [la viande] abattue — un morceau de nevela mêlé à deux morceaux [de viande] abattue : la nevela est annulée dans la majorité [et cesse] de rendre impur, car espèce-dans-non-son-espèce est annulé, et celle-ci est [un cas d']espèce-dans-non-son-espèce.
דְּאִי אֶפְשָׁר לִשְׁחוּטָה שֶׁתֵּיעָשֶׂה נְבֵילָה וּמַאן דְּגָרֵיס שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִנְבֵילָה שֶׁתֵּיעָשֶׂה שְׁחוּטָה שַׁבַּשְׁתָּא הִיא דְּהָא אֶפְשָׁר לִנְבֵילָה שֶׁתְּהֵא לָהּ תּוֹרַת שְׁחוּטָה שֶׁלֹּא תְּטַמֵּא כְּלוּם כְּגוֹן כִּי מַסְרְחָא לָהּ פָּרְחָה טֻומְאָה מִינָּהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן הָרְאוּיָה לַגֵּר קְרוּיָה נְבֵילָה וְהָכִי מְפָרֵשׁ בִּמְנָחוֹת בְּפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה:
Car il est impossible à [la viande] abattue de devenir nevela — et celui qui lit 'car il est impossible à la nevela de devenir abattue' se trompe (chibchta), car il est possible qu'une nevela ait le statut d'[une bête] abattue [au point] de ne rien rendre impur du tout — par exemple lorsqu'elle se décompose (mesrah), l'impureté s'en envole, comme nous disons plus loin : 'ce qui est propre au ger est appelé nevela' ; et ainsi est-ce expliqué dans Menahot, au chapitre 'Ha-kometz rabba'.
וְאִי אָמְרַתְּ טֻומְאָה שֶׁבָּטְלָה כְּמַאן דְּאִיתָא דָּמְיָא דְּאִי מַשְׁכַּחַת טֻומְאָה אַחֲרִיתִי חָזְרָה וְנֵיעוֹרָה ה"נ נְהִי דִּבְמַגָּע לָא מְטַמֵּא דְּלָא אָזְלִינַן אַחַר חֲתִיכַת נְבֵילָה בִּשְׁתַּיִם דִּשְׁחוּטָה:
Et si tu dis que l'impureté annulée est comme [quelque chose] qui est présent, car si tu rencontres une autre impureté elle revient et se réveille — ici de même : soit qu'elle ne rende pas impur par contact, car nous ne suivons pas le morceau de nevela [qui est] dans les deux [morceaux] d'abattue.
🗂️ Tossefot (1)
נְבֵילָה בְּטֵלָה בִּשְׁחוּטָה וּמַסִּיק לְעִנְיַן מַגָּע אֲבָל לְעִנְיַן מַשָּׂא מְטַמֵּא וְעַל כְּרִחְיַן כְּשֶׁיֵּשׁ בִּנְבֵילָה כַּזַּיִת בְּמָקוֹם אֶחָד דְּאִי לָאו הָכִי בְּמַשָּׂא לֹא מְטַמֵּא כִּדְמוֹכַח בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין קכד:) דִּשְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים דִּנְבֵילָה שֶׁתְּחָבָם בְּקֵיסָם אֲפִילּוּ הוֹלִיךְ וְהֵבִיא כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ טָהוֹר אֶלָּא הֵיכָא דִּמְרֻודָּד וְדָבוּק זֶה בָּזֶה קְצָת וְתֵימַהּ אִי דְּנָגַע בְּכָל הַזֵּיתִים אַמַּאי טָהוֹר דְּאַפֵּי' נָגַע בְּכֻולּוֹ מַשְׁמַע דְּטָהוֹר דֻּומְיָא דְּמַשָּׂא וּמִיהוּ הֵיכָא דְּלָא נָגַע כֻּולּוֹ בְּבַת אַחַת אֶלָּא נָגַע בָּזֶה וְחָזַר וְנָגַע בָּזֶה אֶפְשָׁר דְּטָהוֹר כֵּיוָן דִּבְכָל פַּעַם שֶׁנּוֹגֵעַ אֵין יוֹדֵעַ שֶׁיְּהֵא נוֹגֵעַ בְּטֻומְאָה וְלָא הָוֵי נָמֵי סְפֵק טֻומְאָה בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד כֵּיוָן דְּבָטְלָה בְּרוֹב וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ כְּשֶׁנִּימּוֹחַ הַכֹּל יַחַד נְבֵילָה וּשְׁחוּטָה וְהָוֵי כְּמוֹ מְרֻודָּד וְאָתְיָא שַׁפִּיר אַפֵּי' לר"ע דְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (ג"ז שָׁם) דאע"ג דִּפְלִיג הָתָם אַפֵּי' בִּמְרֻודָּד דְּלָא מְטַמֵּא בְּמַשָּׂא הַיְינוּ בְּעוֹר אֲבָל בִּמְרֻודָּד בְּקֵיסָם אֲפִילּוּ ר"ע מוֹדֶה כִּדְקָאָמַר הָתָם וּמוֹדֶה ר"ע בִּשְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים שֶׁתְּחָבָם בְּקֵיסָם וֶהֱסִיטָן שֶׁהוּא טָמֵא וּמוּקֵי לֵיהּ בִּמְרֻודָּד וַאֲפִילּוּ לֹא יְהֵא הֱסִיטָן דְּהָתָם דַּוְקָא אֶלָּא אַפֵּי' בְּמַגָּע מְטַמֵּא דְּאִי בְּמַגָּע לֹא מְטַמֵּא לָא הֲוָה מְטַמֵּא בְּמַשָּׂא מ"מ בְּהַאי דְּהָכָא לֹא מְטַמֵּא בְּמַגָּע דְּבָטֵל בְּרֹוב וּקְצָת תֵּימַהּ דְּכֵיוָן דַּחֲשִׁיב הָכָא חִיבּוּר בִּמְרֻודָּד בְּקֵיסָם מֵהַהוּא טַעְמָא דִּמְטַמֵּא בְּמַשָּׂא מִשּׁוּם דְּטֻומְאָה כְּמַאן דְּאִיתָא דָּמְיָא מֵהַהוּא טַעְמָא גּוּפֵיהּ תְּטַמֵּא בְּמַגָּע וְיֵשׁ לְחַלֵּק וא"ת וְכֵיוָן דְּלָא אָתֵי הָכָא לִכְלַל מַגָּע הֵיכִי מְטַמֵּא בְּמַשָּׂא לר"ע וי"ל דה"מ כְּגוֹן קוּלִית חֲתוּמָה שֶׁאֵין יָכוֹל לִיגַע אוֹ כְּגוֹן שְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים עַל הָעוֹר דִּפְלִיגִי ר' יִשְׁמָעֵאל וְר"ע אֲבָל הָכָא דְּאִיכָּא שָׁם שִׁיעוּר טֻומְאָה בְּמָקוֹם אֶחָד וּבַר מַגָּע הוּא אֶלָּא דְּאֵין יָדוּעַ אֵיזֶהוּ בָּא לִכְלַל מַגָּע קָרֵינָא בֵיהּ וא"ת מַאי שְׁנָא דִּלְעִנְיַן טֻומְאַת מַשָּׂא לָא מְהַנֵּי בִּיטּוּל בְּרוֹב מִשּׁוּם דְּסוֹף סוֹף הֲרֵי נוֹשֵׂא כַּזַּיִת נְבֵילָה וּלְעִנְיַן אִיסּוּר מְהַנֵּי דַּאֲפִילּוּ אִיסּוּרִין מְבַטְּלִין זֶה אֶת זֶה כִּדְאָמַר ר"ל בְּפֶרֶק הַתַּעֲרוֹבוֹת (זְבָחִים דַּף עח.) דְּפִיגּוּל וְנוֹתָר וְטָמֵא שֶׁבְּלָלָן זֶה בָּזֶה וַאֲכָלָן פָּטוּר לכ"ע א"א שֶׁלֹּא יַרְבֶּה מִין עַל חֲבֵירוֹ וִיבַטְּלֶנּוּ וְדִיֵּיק מִינָּהּ ש"מ אִיסּוּרִין מְבַטְּלִין זֶה אֶת זֶה מַשְׁמַע דִּבְהֶיתֵּר פְּשִׁיטָא לכ"ע דִּמְבַטֵּל אֶת הָאִיסּוּר וה"נ אִם נִימּוֹחָה הַנְּבֵילָה וְהַשְּׁחוּטָה אע"ג דִּבְמַשָּׂא טָמֵא יִהְיֶה פָּטוּר אַפִּי' הָיָה אוֹכֵל בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס אע"ג דְּמַה נַפְשָׁךְ הֲרֵי אָכַל כַּזַּיִת נְבֵילָה בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס וְגַבֵּי גִּיד הַנָּשֶׁה פָּרִיךְ בְּחֻולִּין (דַּף צט:) וְלִיבָּטֵל בְּרֻובָּא וּמְשַׁנֵּי בִּרְיָה שָׁאנֵי מַשְׁמַע דְּאִיסּוּר מִתְבַּטֵּל בְּרוֹב בכ"מ כִּי לָא הָוֵי בִּרְיָה אוֹ אֶת שֶׁדַּרְכּוֹ וְכֹל שֶׁדַּרְכּוֹ וּבַסּוֹף בֵּיצָה (דַּף לח.) גַּבֵּי לִיבָּטֵל מַיִם וָמֶלַח לְגַבֵּי עִיסָּה מַיְיתֵי עֲלָהּ נִתְעָרֵב קַב חִיטִּין שֶׁל חֲבֵירוֹ בְּקַבַּיִם שֶׁלּוֹ דִּנְהִי דִּלֵּר' יְהוּדָה לֹא בָּטֵל לְרַבָּנַן מִיבְטָל בָּטֵיל וי"ל דִּלְעִנְיַן אֲכִילָה כָּל מַשֶּׁהוּ וּמַשֶּׁהוּ כְּשֶׁנִּכְנַס בְּבֵית הַבְּלִיעָה קַמָּא קַמָּא בָּטֵל בְּרֹוב הֶיתֵּר וְדָמֵי לְמַגָּע כְּשֶׁנָּגַע וְחָזַר וְנָגַע דְּטָהוֹר ואע"ג דְּמִסְתַּבֵּר דְּטֻומְאַת מַשָּׂא גּוּפֵיהּ לֵיתָא אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן דְּהָא נִתְבַּטֵּל בְּרֹוב מ"מ נְהִי דִּגְזוּר רַבָּנָן לְעִנְיַן מַשָּׂא לָא גְּזוּר לְעִנְיַן אִיסּוּר דְּלָא דָּמֵי מִטַּעְמָא דְּפָרֵישִׁית:
'La nevela est annulée dans l'abattue' — et il [Rav Hisda] conclut : quant au contact [non], mais quant au port elle rend impur ; et forcément [c'est le cas] lorsqu'il y a dans la nevela [le volume d']un ke-zayit (une olive) en un seul endroit, car sinon elle ne rendrait pas impur par port, comme le prouve [le passage] de 'Ha-or ve-ha-rotev' (Houlin 124b) : deux demi-olives de nevela qu'on a enfilées sur un fétu — même s'il [les] a promenées toute la journée, [c'est] pur — sauf là où [la nevela] est étalée (meroudad) et [où les morceaux] adhèrent quelque peu l'un à l'autre. Et c'est étonnant : s'il a touché toutes les olives, pourquoi [serait-ce] pur ? Car même s'il a touché l'ensemble, il ressort que [c'est] pur, à l'instar du port. Toutefois, là où il n'a pas touché le tout en une seule fois, mais a touché celui-ci puis touché celui-là, il est possible que [ce soit] pur, puisque à chaque fois qu'il touche il ne sait pas qu'il touche une impureté, et ce n'est pas non plus un doute d'impureté en domaine privé (rechout ha-yahid), puisque [l'impureté] est annulée dans la majorité. On peut encore expliquer [le cas où tout] s'est fondu ensemble, nevela et abattue, et [où] c'est comme [de la matière] étalée — et cela s'accorde bien, même selon R. Akiva de 'Ha-or ve-ha-rotev' [qui] diverge là même au sujet du [cas] étalé, [disant] qu'il ne rend pas impur par port : c'est [dit] pour la peau, mais pour [ce qui est] étalé sur un fétu, même R. Akiva concède, comme il est dit là-bas : 'et R. Akiva concède au sujet de deux demi-olives qu'on a enfilées sur un fétu et déplacées, que c'est impur', et on l'établit [dans le cas] étalé ; et même si le [cas de] leur déplacement (heset) là-bas n'est pas exclusif mais qu'[il rend impur] même par contact — car si par contact il ne rendait pas impur, il ne rendrait pas impur par port — de toute manière dans notre cas ici [la matière] ne rend pas impur par contact, car elle est annulée dans la majorité. Et c'est un peu étonnant : puisqu'on considère ici [qu'il y a] jonction dans [le cas] étalé sur un fétu — [et] c'est par cette raison-là qu'elle rend impur par port, parce que l'impureté est comme [quelque chose] qui est présent — par cette raison-là même elle devrait rendre impur par contact ! On peut distinguer. Et si tu dis : puisqu'ici elle n'atteint pas le niveau du contact, comment rend-elle impur par port selon R. Akiva ? On peut répondre : cela vaut par exemple pour un os [long] scellé qu'on ne peut toucher, ou pour deux demi-olives sur la peau, au sujet desquelles R. Ichmael et R. Akiva divergent ; mais ici, où il y a [la] mesure d'impureté en un seul endroit et [où] c'est [matière] apte au contact, sauf qu'on ne sait pas lequel [morceau on touche], on l'appelle [néanmoins] 'atteignant le niveau du contact'. Et si tu dis : quelle différence [y a-t-il pour] que, quant à l'impureté de port, l'annulation dans la majorité ne serve pas — parce qu'après tout il porte un ke-zayit de nevela — mais que, quant à l'interdit [de consommation], elle serve, car même des interdits s'annulent l'un l'autre, comme dit Rech Lakich au chapitre 'Ha-taarovet' (Zevahim 78a) : 'du piggoul, du notar et [de la viande] impure qu'on a mélangés ensemble et mangés — [on est] exempt selon tous, [car] il est impossible qu'une espèce ne l'emporte pas sur sa compagne et ne l'annule pas' — et il en infère : apprends de là que des interdits s'annulent l'un l'autre — [ce qui] implique que dans un [mélange] permis (heter) il est évident pour tous que [le heter] annule l'interdit ; et ici de même, si la nevela et l'abattue se sont fondues, bien que par port [ce soit] impur, il sera exempt [de consommation] même s'il en mangeait dans le temps [de consommation] d'un peras, quoique de toute façon il ait mangé un ke-zayit de nevela dans le temps d'un peras. Et à propos du guid ha-nache (nerf sciatique) on demande dans Houlin (99b) 'et qu'il s'annule dans la majorité !', et on répond 'une berya (entité complète) est différente' — [ce qui] implique qu'un interdit s'annule dans la majorité partout où ce n'est pas une berya, ou 'ce dont l'usage [est de compter]', etc. Et à la fin de Beitsa (38a), à propos de 'que l'eau et le sel s'annulent dans la pâte', on apporte à ce sujet [le cas où] un kav de blé d'autrui s'est mêlé à des kavim [de blé] à lui : [et] soit que selon R. Yehouda il ne s'annule pas, [mais] selon les Rabbanan il s'annule bel et bien. On peut répondre : quant à la consommation, chaque quantité infime, lorsqu'elle pénètre dans le gosier, s'annule au fur et à mesure (kama kama) dans la majorité permise, et cela ressemble au contact [quand] il a touché puis touché à nouveau, [où] c'est pur ; et bien qu'il soit logique que l'impureté de port elle-même ne soit [ici] que rabbinique — puisqu'elle est annulée dans la majorité — de toute manière, soit : les Sages ont décrété quant au port, [mais] ils n'ont pas décrété quant à l'interdit [de consommation], car [les deux cas] ne se ressemblent pas, pour la raison que j'ai expliquée.
💡 Explication

Autre objection d'Abaye, du même type. Rav Hisda enseigne : un morceau de nevela mêlé à des morceaux de viande abattue rituellement (chehouta) est annulé dans la majorité pure — car espèce-dans-non-son-espèce s'annule (une nevela ne peut jamais 'devenir' une abattue quant à l'impureté). Ici encore : soit pas d'impureté par contact, mais si l'impureté est présente, elle devrait rendre impur par port.

6
אֲמַר לֵיהּ: אַתּוּן בִּדְרַב חִסְדָּא מַתְנִיתוּ לַהּ, אֲנַן בִּדְרַבִּי חִיָּיא מַתְנֵינַן לַהּ. תָּנֵי רַבִּי חַיָּיא: נְבֵילָה וּשְׁחוּטָה בְּטֵילוֹת זוֹ בָּזוֹ, וְאִיתָמָר עֲלָהּ, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: טָהוֹר מִלְּטַמֵּא בְּמַגָּע, אֲבָל מְטַמֵּא בְּמַשָּׂא.

[Rav Dimi] lui dit : vous, vous l'enseignez selon [la version de] Rav Hisda ; nous, nous l'enseignons selon [celle de] Rabbi Hiya. Rabbi Hiya enseigne : [de la viande de] nevela et [de la viande] abattue s'annulent l'une dans l'autre ; et il a été énoncé à ce sujet, [comme] dit Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : [le mélange est] pur en ce qu'il ne rend pas impur par contact, mais il rend impur par port.

💡 Explication

Rav Dimi réfute l'objection : Abaye enseigne la halakha selon Rav Hisda, mais eux (l'école de Rav Dimi) l'enseignent selon R. Hiya. Et la baraita de R. Hiya (nevela et abattue s'annulent mutuellement) a justement reçu le même commentaire de R. Yossi b. R. Hanina : pur au contact, impur au port. Donc, loin de contredire R. Yirmeya, ce cas le confirme : l'impureté annulée reste présente et agit par port.

7
וְהָא דִּתְנַן: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: בְּהֵמָה גַּסָּה שֶׁשָּׁפְעָה חֲרָרַת דָּם — הֲרֵי זוֹ תִּקָּבֵר, וְנִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה. וְתָנֵי רַבִּי חַיָּיא: אֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא. אַמַּאי? דִּנְהִי בְּמַגָּע לָא מְטַמֵּא, תְּטַמֵּא בְּמַשָּׂא! אִישָּׁתֵיק.

Et ce que nous avons appris [dans la michna] : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit — une grosse bête (behema gassa) qui a expulsé un caillot de sang (hararat dam), celui-ci doit être enterré, et [la bête] est exemptée de la [loi du] premier-né (bekhora). Or Rabbi Hiya enseigne [à ce sujet] : il ne rend impur ni par contact ni par port.

Pourquoi [pas par port] ? Soit qu'il ne rende pas impur par contact — [mais] qu'il rende impur par port !

[Rav Dimi] se tut.

📜 Rachi (1)
אֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא וְאוֹקֵימְנָא לְעֵיל מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרֹוב נָגְעוּ בָּהּ וְאִי טֻומְאָה הַמִּתְבַּטֶּלֶת בְּרוֹב כְּמַאן דְּאִיתָא דָּמֵי תְּטַמֵּא בְּמַשָּׂא:
Il ne rend impur ni par contact ni par port — et nous avons établi plus haut que c'est en raison de l'annulation dans la majorité qu'on [le] déclare [pur] ; or si une impureté annulée dans la majorité est comme [quelque chose] qui est présent, qu'il rende impur par port !
💡 Explication

Abaye reprend l'offensive depuis notre michna. R. Eliezer ben Yaakov : une grosse bête qui expulse un caillot de sang — on l'enterre (car il pourrait contenir un embryon, donc statut de nevela) et la bête est exemptée de la bekhora (ce caillot compte comme un 'premier fruit du ventre'). R. Hiya précise : ce caillot ne rend impur ni par contact ni par port. Or, selon la thèse que l'impureté annulée est présente, il devrait rendre impur par port ! Ici Rav Dimi ne trouve rien à répondre et se tait.

8
דִּלְמָא, וַדַּאי שָׁאנֵי הָכָא, דְּהָוְיָא לַהּ טֻומְאָה סְרוּחָה. הַנִּיחָא לְבַר פְּדָא, דְּאָמַר: טֻומְאָה חֲמוּרָה עַד לְגֵר, וְטֻומְאָה קַלָּה עַד לְכֶלֶב, הָא לָא חַזְיָא לְגֵר. אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר:

Peut-être [que Rav Dimi se tut parce que], en vérité, ici c'est différent, car il s'agit d'une impureté décomposée (tvela serouha) [dont l'impureté a déjà disparu]. Cela va bien selon Bar Pada, qui dit : l'impureté grave [rend impur] jusqu'à [ce qu'elle soit impropre] au ger (guer tochav), et l'impureté légère jusqu'au chien — or celle-ci [le caillot] n'est [déjà] plus propre au ger.

Mais selon Rabbi Yo'hanan, qui dit : [la suite sur 23b]

📜 Rachi (2)
טֻומְאָה חֲמוּרָה דְּהַייְנוּ מַשָּׂא:
Impureté grave — c'est-à-dire [l'impureté de] port.
עַד לְגֵר עַד שֶׁהִיא רְאוּיָה לַאֲכִילַת גֵּר תּוֹשָׁב אֲבָל אִם סָרְחָה וְאֵינָהּ רְאוּיָה לְגֵר תּוּ לָא מְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא אֲבָל טֻומְאָה קַלָּה שֶׁל מַגָּע מְטַמֵּא עַד שֶׁתִּפָּסֵל מֵאֲכִילַת כֶּלֶב שַׁפִּיר דְּזוֹ אֵינָהּ רְאוּיָה לְגֵר לְהָכִי לֹא מְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא וּבְמַגָּע נָמֵי לָא דְּאָמְרִי' בְּדַם הַלֵּידָה נָגַע שֶׁהוּא הָרֹוב:
Jusqu'au ger — jusqu'à ce qu'elle soit [encore] propre à la consommation d'un ger tochav ; mais si elle s'est décomposée (sarha) et n'est plus propre au ger, elle ne rend plus impur par port. En revanche l'impureté légère du contact rend impur jusqu'à ce qu'elle devienne impropre à la consommation du chien. Ainsi celle-ci [le caillot], qui n'est plus propre au ger, c'est pourquoi elle ne rend pas impur par port ; et par contact non plus [elle ne rend impur], car nous disons qu'il a touché le sang de l'accouchement, qui est la majorité.
🗂️ Tossefot (3)
הַנִּיחָא לְבַר פְּדָא כו' תֵּימַהּ אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ מֵהַהִיא דר"ש דִּלְעֵיל דְּנִימּוֹק הַוָּלָד עַד שֶׁלֹּא יָצָא וּמִטַּעַם בִּיטּוּל בְּרוֹב הוּא כְּדִמְפָרֵשׁ ר' יוֹחָנָן בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה כז.) וּלְעֵיל נָמֵי קָאָמַר דְּאָמְרוּ דָּבָר אֶחָד מַשְׁמַע דְּטַעֲמָא דר"ש כְּטַעֲמָא דְּר"א בֶּן יַעֲקֹב וּמֵהַהִיא הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי אַפֵּי' לְבַר פְּדָא דְּגַבֵּי טֻומְאַת מֵת לֹא שַׁייָּךְ טַעְמָא דִּרְאוּיָה לְגֵר וּמִדְּאֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּאֹהֶל אַלְמָא טֻומְאָה כְּמַאן דְּלֵיתָא וְי"ל דַּהֲוָה מָצֵי לְדַחוֹיֵי כר"ל דִּפְלִיג אֶדֶר' יוֹחָנָן בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (גַּם זֶה שָׁם:) דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם בִּלְבּוּל צוּרָה דְּהַאי נֵפֶל שֶׁבֻּשְׁלַיָּא אֵין עָלָיו לֹא תּוֹרַת בָּשָׂר וְלֹא תּוֹרַת עֲצָמוֹת וְלֹא תּוֹלִין כְּמוֹ שֶׁפֵּי' בְּנִדָּה א"נ מִטַּעְמָא דְּמֵת שָׁלֵם יֵשׁ כָּאן הוּא דְּמַטְמִינָן שַׁפִּיר לְפִיכָךְ לְרַבִּי יוֹחָנָן כְּשֶׁנָּטַל כָּל שָׁהוּ מִמֶּנּוּ בְּדַם הַלֵּידָה טָהוֹר דְּתוּ לֵיכָּא הָכָא מֵת שָׁלֵם ור"ל מְטַהֵר לֵיהּ מִטַּעַם בִּלְבּוּל צוּרָה וְעוֹד י"ל דַּהֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי הַהִיא דְּנִדָּה כְּמַאן דְּאָמַר אֵין מַאֲהִיל וְחוֹזֵר וּמַאֲהִיל:
'Cela va bien selon Bar Pada, etc.' — c'est étonnant : pourquoi n'objecte-t-on pas depuis ce [cas] de R. Chimon plus haut, [où] l'embryon s'est décomposé (nimok) avant de sortir, et c'est en raison de l'annulation dans la majorité, comme l'explique R. Yo'hanan explicitement au chapitre 'Ha-mapelet' (Nidda 27a) ? Et plus haut aussi on dit qu'ils [R. Chimon et R. Eliezer b. Yaakov] 'ont dit une seule et même chose', ce qui implique que la raison de R. Chimon est comme la raison de R. Eliezer ben Yaakov ; et de ce [cas] on aurait pu objecter même selon Bar Pada, car pour l'impureté d'un mort la raison de '[jusqu'à ce qu'elle soit] propre au ger' ne s'applique pas ; et du fait qu'[un tel embryon] ne rend pas impur par tente (ohel), on voit donc que l'impureté est comme [quelque chose] qui n'est pas [présent] ! On peut répondre : on aurait pu repousser [l'objection] selon Rech Lakich, qui diverge de R. Yo'hanan au chapitre 'Ha-mapelet' (Nidda même endroit), qui explique la raison [du cas de Nidda] en raison du 'brouillage de la forme' (bilboul tsoura) : cet embryon [enveloppé] dans le placenta n'a sur lui ni statut de chair, ni statut d'os, et on ne suspend pas [le doute], comme je l'ai expliqué dans Nidda. Ou bien : c'est en raison du [fait qu'il] 'y a là un mort complet' que nous [le] déclarons impur à bon droit ; c'est pourquoi, selon R. Yo'hanan, lorsqu'on en a prélevé la moindre parcelle [pour la mêler] dans le sang de l'accouchement, [c'est] pur, car il n'y a plus là de 'mort complet' ; et Rech Lakich le déclare pur en raison du brouillage de la forme. On peut encore répondre qu'on aurait pu résoudre ce [cas] de Nidda selon l'avis qui dit '[l'impureté] ne fait pas tente puis refait tente'.
טֻומְאָה חֲמוּרָה עַד לְגֵר הָא דְּאִיצְטְרִיךְ לְעֵיל רָבֵי יוֹחָנָן טַעְמָא מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרוֹב לְפִי סְבָרָתוֹ דְּאִית לֵיהּ אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ עַד לְכֶלֶב אֲבָל לְבַר פְּדָא בְּלֹא טַעְמָא דְּבִיטּוּל בְּרוֹב:
Impureté grave, jusqu'au ger — le fait que R. Yo'hanan ait eu besoin plus haut de la raison de l'annulation dans la majorité, [c'est] selon son opinion, car il tient que l'une comme l'autre [va] jusqu'au chien ; mais selon Bar Pada, [c'est] sans la raison de l'annulation dans la majorité [car pour lui le port cesse déjà dès l'impropriété au ger].
טֻומְאָה קַלָּה עַד לַכֶּלֶב בְּטֻומְאָה קַלָּה פְּשִׁיטָא לֵיהּ לְכוּלְּהוּ דְּעַד לְכֶלֶב כְּדִתְנַן טְהָרוֹת (פ"ח מִשְׁנָה ו) כָּל הַמְיֻוחָד לְאֹוכֶל אָדָם טָמֵא עַד שֶׁיִּפָּסֵל מִלֶּאֱכֹול לְכֶלֶב וּבַקּוּנְטְרֵס פִּי' דְּטֻומְאָה חֲמוּרָה מַשָּׂא וְטֻומְאָה קַלָּה הַייְנוּ מַגָּע וְהָא דְּאֵין חֲרָרַת דָּם מְטַמֵּא בְּמַגָּע דְּאָמְרִי' בְּדַם הַלֵּידָה נָגַע שֶׁהוּא אָב וְהַשְׁתָּא לְפֵירוּשׁוֹ אִית נָמֵי לְבַר פְּדָא הָא דְא"ר יוֹחָנָן לְעֵיל מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרֹוב נָגְעוּ בָּהּ וְאֵין נִרְאֶה דְּכֹל טֻומְאַת נְבֵילָה בֵּין מַגָּע בֵּין מַשָּׂא קוֹרֵא טֻומְאָה חֲמוּרָה וְהוּא עַד לְגֵר דְּהָא דָּרֵישׁ טַעְמָא בְּסָמוּךְ כְּשֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְגֵר אֵינָהּ קְרוּיָה נְבֵילָה וְהַאי טַעְמָא שַׁייָּךְ בֵּין לְמַגָּע בֵּין לְמַשָּׂא וְטֻומְאָה קַלָּה הִיא טֻומְאַת אֳוכָלִין לִמְנוֹת בּוֹ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי וּמָצִינוּ לְשׁוֹן טֻומְאָה חֲמוּרָה וְקַלָּה (בְּדָבָר) עַל זֶה בִּכְרִיתוֹת (דַּף כא.) וּבְנִדָּה בְּפֶרֶק בָּא סִימָן (נִדָּה דַּף נ:) גַּבֵּי גּוֹזָל שֶׁנָּפַל לַגַּת:
Impureté légère, jusqu'au chien — quant à l'impureté légère il est évident pour tous [qu'elle va] jusqu'au chien, comme nous avons appris [dans] Taharot (8:6) : 'tout ce qui est destiné à la nourriture de l'homme est impur jusqu'à ce qu'il devienne impropre à la consommation du chien'. Et dans le Contres (Rachi) il a expliqué que l'impureté grave [c'est] le port et l'impureté légère [c'est] le contact ; et le fait que le caillot de sang ne rende pas impur par contact, [c'est] parce que nous disons qu'il a touché le sang de l'accouchement, qui est le 'père' [d'impureté majoritaire]. Et selon son explication, [c'est] aussi selon Bar Pada que vaut ce que R. Yo'hanan a dit plus haut 'en raison de l'annulation dans la majorité on [le] déclare [pur]'. Mais cela ne paraît pas [correct] : car toute impureté de nevela, que ce soit par contact ou par port, est appelée 'impureté grave', et [elle vaut] jusqu'au ger — car [la Guemara] exégète la raison juste après : lorsqu'elle n'est plus propre au ger, elle n'est plus appelée nevela — et cette raison-là vaut aussi bien pour le contact que pour le port. Et l'impureté légère, c'est l'impureté des aliments (toum'at okhlin), [où l'on] compte [le degré] premier et second ; et nous trouvons l'expression 'impureté grave et [impureté] légère' à ce sujet dans Keritot (21a) et dans Nidda, au chapitre 'Ba siman' (50b), à propos d'un oisillon tombé dans un pressoir.
💡 Explication

La Guemara justifie le silence de Rav Dimi : peut-être ce cas est-il différent, car le caillot est une impureté décomposée (serouha) — une nevela pourrie ne rend plus impur du tout. Cela ne résout le problème que selon Bar Pada : l'impureté grave (le port) agit jusqu'à ce que la matière soit impropre au ger tochav, l'impureté légère (le contact) jusqu'à impropre au chien ; or le caillot est déjà impropre au ger, donc plus d'impureté de port. Mais selon R. Yo'hanan (qui tient un seuil unique 'jusqu'au chien' pour les deux), la difficulté subsiste — d'où la suite du débat sur 23b.

🖼️ Schéma
Impureté décomposée (serouha) : jusqu'où une nevela reste-t-elle impure ? Bar Pada impureté GRAVE (port) : jusqu'à impropre au ger impureté LEGÈRE (toucher) : jusqu'à impropre au chien -> ici : impropre au ger, exempt R. Yo'hanan l'une comme l'autre : jusqu'à impropre au chien -> ici la masse est encore propre au chien : reste un pb (le silence de Rav Dimi ne tient plus)
Le seuil de décomposition selon Bar Pada et R. Yo'hanan.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).