Sougya : La sougya poursuit le débat sur le statut d'une impureté (tvela / nevela) annulée dans une majorité pure. R.
Yirmeya soutient qu'elle reste 'présente' (ke-man de-ita) : si une seconde impureté la rejoint, la première se 'réveille' (niour) et se recombine — preuve tirée du kav ve-od de la teroumah. Abaye objecte à plusieurs reprises (cendres de la vache rousse, viande de nevela mêlée à de la viande abattue, caillot de sang expulsé par une grosse bête) : si l'impureté est réellement présente, le mélange devrait rendre impur non seulement par contact mais aussi par PORT (massa).
La réponse constante (R. Yossi b.
R. Hanina) : pur au toucher, mais impur au port.
Face au caillot de sang, Rav Dimi se tait ; on suggère que ce cas diffère car l'impureté y est déjà décomposée (serouha), ce qui ouvre la mahloket Bar Pada / R. Yo'hanan sur le seuil de décomposition (propre au ger vs propre au chien).
Selon Rabbi Eliezer, qu'adviendra-t-il d'eux [de ces produits mélangés] ? Qu'on les mange secs (nekoudim), ou grillés (kelayot), ou qu'on les pétrisse avec du jus de fruits, ou qu'on [les] répartisse en plusieurs pâtes — pourvu qu'il n'y ait pas [le volume] d'un ke-beitsa (un œuf) en un seul endroit.
Et Oulla dit : quelle en est la raison ? C'est un décret [rabbinique], de peur qu'on n'apporte un kav de houlin (produits profanes) impurs d'un autre endroit, et un kav ve-od (un kav et un peu plus) de cette [même] espèce, [et] qu'il pense : je vais les annuler dans la majorité ; or, du fait qu'il subsiste ce quelque-chose (ce résidu d'impureté), l'espèce [impure] rencontre son espèce et [l'impureté] se réveille (niour).
Le point de départ : selon Rabbi Eliezer qui applique le principe chéani omer ('je dis' — on suppose que la partie prélevée était déjà la teroumah), le mélange serait totalement pur ; on pourrait donc le manger sec ou pétri au jus de fruits. Mais Oulla explique le décret des Sages : on craint qu'un homme n'ajoute un kav de houlin impurs et croie l'annuler dans la majorité. Comme il reste toujours un résidu d'impureté (ce quelque-chose) dans le mélange, l'impureté rencontre son espèce et se réveille (niour) : elle n'est jamais vraiment annulée. C'est le principe central du daf : une impureté annulée reste-t-elle 'présente' ?
[Abaye] lui dit : si [c'est] une impureté [qui] réveille une impureté [passe encore, dans le cas de la teroumah où le kav est impur] — [mais] la pureté réveillerait[-elle] une impureté ?!
Abaye conteste la preuve de R. Yirmeya. Le cas du kav ve-od marchait parce que l'impureté réveille l'impureté (les deux éléments sont impurs). Mais dans le cas de la saumure de poisson (tsir), l'eau de la marmite est pure : comment de l'eau pure pourrait-elle 'réveiller' et rendre impure l'eau de la saumure ? On ne peut donc pas transposer le principe.
[Abaye] lui objecte : de la cendre casher (aper kacher, de la vache rousse) qui s'est mêlée à de la cendre ordinaire (aper mikla) — on suit la majorité pour [décider de l']impureté ; et si la majorité est de la cendre ordinaire, [le mélange] ne rend pas impur. Or si tu dis que l'impureté [annulée] est comme [quelque chose] qui est [encore] présent (ke-man de-ita), même si par contact (magga) elle ne rend pas impur — qu'elle rende impur par port (massa) !
Objection d'Abaye à R. Yirmeya, tirée d'une michna (Para 9:7). La cendre de la vache rousse (casher, qui rend impur ceux qui s'en occupent) mêlée à de la cendre ordinaire : on suit la majorité. Si l'ordinaire domine, pas d'impureté par contact (on suppose qu'on touche la majorité). Mais si l'impureté annulée est ke-man de-ita (encore présente), elle devrait au moins rendre impur par port (massa) — car qui porte le mélange porte forcément aussi la cendre casher.
[Rav Dimi répond :] mais il a été enseigné à ce sujet, [comme] dit Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : [le mélange est] pur en ce qu'il ne rend pas impur par contact (magga), mais il rend impur par port (massa).
Réponse de Rav Dimi (défendant R. Yirmeya) : cette michna n'est pas une objection, car R. Yossi b. R. Hanina l'a précisément expliquée ainsi — le mélange est pur au contact (magga) mais impur au port (massa). L'impureté annulée est donc bien 'présente' (elle agit par port), ce qui confirme R. Yirmeya.
[Abaye répond :] mais Rav Hisda n'a-t-il pas dit : [de la viande de] nevela (bête morte, non abattue rituellement) est annulée dans [de la viande] abattue (chehouta), car il est impossible qu'une nevela devienne [une bête] abattue ! [Donc] soit qu'elle ne rende pas impur par contact — [mais] qu'elle rende impur par port !
Autre objection d'Abaye, du même type. Rav Hisda enseigne : un morceau de nevela mêlé à des morceaux de viande abattue rituellement (chehouta) est annulé dans la majorité pure — car espèce-dans-non-son-espèce s'annule (une nevela ne peut jamais 'devenir' une abattue quant à l'impureté). Ici encore : soit pas d'impureté par contact, mais si l'impureté est présente, elle devrait rendre impur par port.
[Rav Dimi] lui dit : vous, vous l'enseignez selon [la version de] Rav Hisda ; nous, nous l'enseignons selon [celle de] Rabbi Hiya. Rabbi Hiya enseigne : [de la viande de] nevela et [de la viande] abattue s'annulent l'une dans l'autre ; et il a été énoncé à ce sujet, [comme] dit Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : [le mélange est] pur en ce qu'il ne rend pas impur par contact, mais il rend impur par port.
Rav Dimi réfute l'objection : Abaye enseigne la halakha selon Rav Hisda, mais eux (l'école de Rav Dimi) l'enseignent selon R. Hiya. Et la baraita de R. Hiya (nevela et abattue s'annulent mutuellement) a justement reçu le même commentaire de R. Yossi b. R. Hanina : pur au contact, impur au port. Donc, loin de contredire R. Yirmeya, ce cas le confirme : l'impureté annulée reste présente et agit par port.
Et ce que nous avons appris [dans la michna] : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit — une grosse bête (behema gassa) qui a expulsé un caillot de sang (hararat dam), celui-ci doit être enterré, et [la bête] est exemptée de la [loi du] premier-né (bekhora). Or Rabbi Hiya enseigne [à ce sujet] : il ne rend impur ni par contact ni par port.
Pourquoi [pas par port] ? Soit qu'il ne rende pas impur par contact — [mais] qu'il rende impur par port !
[Rav Dimi] se tut.
Abaye reprend l'offensive depuis notre michna. R. Eliezer ben Yaakov : une grosse bête qui expulse un caillot de sang — on l'enterre (car il pourrait contenir un embryon, donc statut de nevela) et la bête est exemptée de la bekhora (ce caillot compte comme un 'premier fruit du ventre'). R. Hiya précise : ce caillot ne rend impur ni par contact ni par port. Or, selon la thèse que l'impureté annulée est présente, il devrait rendre impur par port ! Ici Rav Dimi ne trouve rien à répondre et se tait.
Peut-être [que Rav Dimi se tut parce que], en vérité, ici c'est différent, car il s'agit d'une impureté décomposée (tvela serouha) [dont l'impureté a déjà disparu]. Cela va bien selon Bar Pada, qui dit : l'impureté grave [rend impur] jusqu'à [ce qu'elle soit impropre] au ger (guer tochav), et l'impureté légère jusqu'au chien — or celle-ci [le caillot] n'est [déjà] plus propre au ger.
Mais selon Rabbi Yo'hanan, qui dit : [la suite sur 23b]
La Guemara justifie le silence de Rav Dimi : peut-être ce cas est-il différent, car le caillot est une impureté décomposée (serouha) — une nevela pourrie ne rend plus impur du tout. Cela ne résout le problème que selon Bar Pada : l'impureté grave (le port) agit jusqu'à ce que la matière soit impropre au ger tochav, l'impureté légère (le contact) jusqu'à impropre au chien ; or le caillot est déjà impropre au ger, donc plus d'impureté de port. Mais selon R. Yo'hanan (qui tient un seuil unique 'jusqu'au chien' pour les deux), la difficulté subsiste — d'où la suite du débat sur 23b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).