Bekhorot 23b — jusqu'où la nevela impurifie, la galette de sang, la saumure des am ha-arets, et la règle de Rav sur tout le chapitre

Bekhorot 23b

Sougya : La sougya poursuit le débat entre Bar Pada et Rabbi Yo'hanan : jusqu'à quel degré de putréfaction une nevela (charogne) transmet-elle l'impureté — jusqu'à devenir inapte au ger (impureté grave) ou inapte au chien (les deux, selon R. Yo'hanan) ?

On applique cela à la galette de sang (hararat dam) expulsée par une grosse bête : R. Hiyya enseigne qu'elle n'impurifie ni par contact ni par port, et R.

Yo'hanan explique que c'est par annulation dans la majorité (bitoul be-rov). On enchaîne sur la michna de Makhchirin : la saumure pure (tsir) des am ha-arets, mélangée de moitié d'eau, et sur les décrets rabbiniques.

La michna finale (RCB'G) enseigne qu'on n'a pas à craindre qu'une bête allaitante achetée d'un non-Juif nourrisse le petit d'une autre. La guemara clôt par la règle de Rav : la loi suit le tana anonyme de tout le chapitre, sauf là où il y a mahloket — Rav Chechet passe en revue chaque michna candidate.

Jusqu'à quel degré de putréfaction une nevela impur-ifie-t-elle ? Bar Pada R. Yo'hanan Impureté GRAVE (tumaa hamoura,porter/toucher) : jusqu'à inapte au gerLes deux (grave et légère) :jusqu'à inapte au CHIEN Impureté LEGÈRE (tumaa kala) :jusqu'à inapte au chienBase : 'et la chair aux champs...au chien vous la jetterez' Base de Bar Pada : 'tu ne mangeras aucune nevela ; au ger tu la donneras' (Dt 14:21) — ce qui est apte au ger est 'nevela' ; ce qui n'est plus apte au ger n'est plus 'nevela'
Le désaccord Bar Pada / R. Yohanan sur le seuil de putréfaction de la nevela (seg. 0-2).
La galette de sang (hararat dam) expulsée par une grosse bête Grosse bête expulse une galette de sang (hararat dam) Halakha (R. Eliezer b. Yaakov) on l'enterre ; exempte du bekhor R. Hiyya + R. Yo'hanan n'impur-ifie ni par contact ni port R. Yo'hanan : cause = annulation dans la majorité (bitoul be-rov) le sang est annulé dans la majorité du corps ; sinon il fut jadis apte via sa mère
La galette de sang expulsée : enterrement, non-impureté, et l'annulation dans la majorité (seg. 3-4).
Rav : la halakha suit le tana anonyme de tout le chapitre, sauf mahloket Rav Chechet cherche à quelle michna cela peut s'appliquer 1. Début du chap. — non : R. Yichmael et R. Akiva y sont en désaccord (mahloket) 2. R. Eliezer b. Yaakov — non : 'kav ve-naki', déjà loi connue, inutile de le dire 3. Rabban Chimon b. Gamliel — objection : contredit par une baraita (24a) 4. R. Yossi b. HaMechoulam — non : Rav l'a déjà dit une fois 5. Poil du bekhor taré — non : Akavia b. Mahalalel et les Sages sont en désaccord Réponse : en fait sur RCB'G — et cela nous enseigne : une baraita [dissidente] n'est pas comptée comme une mahloket ; la loi suit donc la michna
La règle de Rav passée au crible par Rav Chechet, michna par michna (seg. 8-11).
1
אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ עַד לְכֶלֶב, הָא חַזְיָא לְכֶלֶב! קַשְׁיָא.

Celle-ci comme celle-là [impurifient] jusqu'à [devenir impropres] au chien ; or celle-ci [la galette de sang de la michna] est [encore] propre au chien ! [Elle devrait donc impurifier au port, contre R.

Yirmeya.] C'est une difficulté (kachia).

📜 Rachi (1)
הָא חַזְיָא לְכֶלֶב וְתִטָּמֵא בְּמַשָּׂא קַשְׁיָא לְרַבִּי יִרְמְיָה:
Or elle est propre au chien — et [donc] elle devrait impurifier au port (be-massa) : c'est une difficulté pour Rabbi Yirmeya.
🗂️ Tossefot (1)
אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ עַד לְכֶלֶב אֵין לְפָרֵשׁ דְּטַעֲמָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵיפָה לֹא תֹאכֵלוּ לַכֶּלֶב תַּשְׁלִיכוּן אֹותוֹ דְּהַהִיא אֲכִילָה לַכֶּלֶב קַייְמָא אֶלָּא יֵשׁ לְפָרֵשׁ מִדִּכְתִיב (מְלָכִים ב ט) וְאֶת אִיזֶבֶל יֹאכְלוּ הַכְּלָבִים בְּחֵלֶק יִזְרְעֶאל אַלְמָא אֲכִילַת כְּלָבִים שְׁמָהּ אֲכִילָה וּמִינָּהּ מוֹכַח בְּפ"ב דִּזְבָחִים (דַּף לא.) דְּחָשַׁב ע"מ שֶׁיֹּאכְלוּהוּ הַכְּלָבִים לְמָחָר הָוֵי פִּיגּוּל:
'Celle-ci comme celle-là [impurifient] jusqu'au chien' — il ne faut pas expliquer que la raison de Rabbi Yo'hanan tient au verset 'et la chair dans les champs, [bête] déchirée (terefa), vous ne [la] mangerez pas ; au chien vous la jetterez' (Ex 22:30), [comme si l'on disait] que cette [chair] demeure destinée à la consommation du chien. Il faut plutôt [la] déduire de ce qui est écrit (II Rois 9) 'et Jézabel, les chiens la mangeront dans la parcelle de Yizreel' — d'où [l'on voit] que la consommation par les chiens est appelée 'consommation'. Et de là, on prouve au chap. 2 de Zevahim (31a) que celui qui a eu l'intention 'que des chiens le mangent demain' [rend l'offrande] pigoul.
💡 Explication

Rappel de la thèse de R. Yo'hanan : impureté grave et légère impurifient jusqu'à devenir impropres au chien. Or la galette de sang est encore mangeable par un chien : elle devrait donc impurifier au port (be-massa), ce qui contredit R. Yirmeya. La guemara conclut : kachia (difficulté non résolue).

2
גּוּפָא, בַּר פְּדָא אָמַר: טֻומְאָה חֲמוּרָה עַד לְגֵר, וְטֻומְאָה קַלָּה עַד לְכֶלֶב. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ עַד לְכֶלֶב. מַאי טַעְמָא דְּבַר פְּדָא? דִּכְתִיב: ״לֹא תֹאכְלוּ כָּל נְבֵלָה לְגֵר וְגוֹ׳״, הָרְאוּיָה לַגֵּר קְרוּיָה ״נְבֵילָה״, וְשֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לַגֵּר אֵינָהּ קְרוּיָה ״נְבֵילָה״.

[Revenons] à la chose même (goufa) : Bar Pada dit : l'impureté grave (tumaa hamoura) [subsiste] jusqu'à [ce que le corps soit impropre] au ger [tochav], et l'impureté légère (tumaa kala) jusqu'au chien. Et Rabbi Yo'hanan dit : celle-ci comme celle-là, jusqu'au chien.

Quelle est la raison de Bar Pada ? Comme il est écrit : 'tu ne mangeras aucune nevela ; au ger [qui est dans tes portes tu la donneras...]' (Dt 14:21) — ce qui est propre au ger est appelé 'nevela', et ce qui n'est pas propre au ger n'est pas appelé 'nevela'.

💡 Explication

Enoncé complet du débat. Bar Pada distingue deux seuils : l'impureté grave (porter/toucher une nevela) subsiste tant que la charogne reste apte au ger tochav (le résident étranger, autorisé à manger de la nevela) ; l'impureté légère subsiste jusqu'à inapte au chien. R. Yo'hanan : les deux jusqu'au chien. La base de Bar Pada : le verset appelle 'nevela' ce qu'un ger peut encore manger.

🖼️ Schéma
Jusqu'à quel degré de putréfaction une nevela impur-ifie-t-elle ? Bar Pada R. Yo'hanan Impureté GRAVE (tumaa hamoura,porter/toucher) : jusqu'à inapte au gerLes deux (grave et légère) :jusqu'à inapte au CHIEN Impureté LEGÈRE (tumaa kala) :jusqu'à inapte au chienBase : 'et la chair aux champs...au chien vous la jetterez' Base de Bar Pada : 'tu ne mangeras aucune nevela ; au ger tu la donneras' (Dt 14:21) — ce qui est apte au ger est 'nevela' ; ce qui n'est plus apte au ger n'est plus 'nevela'
Les deux seuils selon Bar Pada vs le seuil unique de R. Yo'hanan.
3
וְאִידָךְ? לְמַעוֹטֵי הֵיכָא דְּהִסְרִיחָה מֵעִיקָּרָא. וְאִידָךְ? הִסְרִיחָה מֵעִיקָּרָא לָא צְרִיכָא קְרָא לְמַעוֹטֵי, עַפְרָא בְּעָלְמָא הוּא.

Et l'autre (R. Yo'hanan) [comment interprète-t-il ce verset] ?

[Il l'entend] pour exclure le cas où [la charogne] s'est putréfiée dès le départ (hisriha me-ikara). Et l'autre (Bar Pada) [que répond-il] ?

[Le cas où] elle s'est putréfiée dès le départ n'a pas besoin d'un verset pour l'exclure : c'est de la simple poussière (afra be-alma).

📜 Rachi (1)
הִסְרִיחָה מֵעִיקָּרָא כְּגוֹן שֶׁנִּשְׁתַּבְּרוּ אַבְּרֵיהּ מֵחַיִּים וְהִתְלִיעָה הַהִיא אע"ג דְּחַזְיָא לְכֶלֶב לֹא מְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא דְּהָא מֵעוֹלָם לֹא יָרְדָה לְטֻומְאַת מַשָּׂא אֲבָל אִי מֵעִיקָּרָא חַזְיָא לְגֵר וְנָחֲתָא לָהּ טֻומְאַת מַשָּׂא תּוּ לָא סָלֵיק מִינָּהּ עַד שֶׁתִּיפָּסֵל מִכֶּלֶב. וְאִי קַשְׁיָא לְעֵיל נָמֵי אַמַּאי מוֹקְמִינַן לָהּ בְּקֻשְׁיָא הָא הֲוָה לֵיהּ לְתָרוֹצֵי לְהָכִי לֹא מְטַמֵּא הַךְ חֲרָרַת דָּם בְּמַשָּׂא דְּמֵעִיקָּרָא סְרוּחָה הִיא וְאַפֵּי' רַבִּי יוֹחָנָן מוֹדֶה בָּהּ תָּרֵיץ לָאו סְרוּחָה מֵעִיקָּרָא הִיא דְּהָא חַזְיָא לְגֵר אַגַּב אִימֵּיהּ כָּל זְמַן שֶׁהָיְתָה בַּבֶּטֶן וְהָכִי מוּקֵי לְקַמָּן:
S'est putréfiée dès le départ — par exemple si ses membres se sont brisés de son vivant et [que la chair] s'est vermoulée : celle-là, bien qu'elle soit propre au chien, n'impurifie pas au port, car jamais elle n'est descendue à l'impureté du port ; mais si dès le départ elle était propre au ger et que l'impureté du port l'a atteinte, celle-ci ne la quitte plus jusqu'à ce qu'elle devienne impropre au chien. Et si tu objectes : plus haut aussi, pourquoi l'avons-nous laissée en 'difficulté' (kachia) ? On aurait pu résoudre ainsi : cette galette de sang n'impurifie pas au port parce qu'elle est putréfiée dès le départ, et même R. Yo'hanan l'admet ! Réponds : ce n'est pas [le cas d'une chose] putréfiée dès le départ, car elle était propre au ger avec sa mère tant qu'elle était dans le ventre — et c'est ainsi qu'on l'établit plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִידָךְ לִמְעוּטֵי סְרוּחָה מֵעִיקָּרָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְתֵימַהּ דְּמִתּוֹךְ סֻוגְיָא דְּפֶ' בָּתְרָא דְּמַס' ע"ז (דַּף סז:) מַשְׁמַע לְר' יוֹחָנָן דִּסְרוּחָה מֵעִיקָּרָא לָא צְרִיכָא קְרָא לְמַעוֹטֵי דִּבְהָהִיא דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן טַעְמוֹ וּמַמָּשׁוֹ וְאָמַר רַב כָּהֲנָא מִדִּבְרֵי כֻּולָּן נִלְמַד נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם מֻותָּר דְּמוּקִי לָהּ הָתָם כְּר' שִׁמְעוֹן וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּר' שִׁמְעוֹן מֵהַאי קְרָא דִּרְאוּיָה לְגֵר וְקָאָמַר וְאִידָךְ כְּלוֹמַר מַאן דְּאָסַר טַעַם לִפְגָם הָהוּא לְמַעוֹטֵי סְרוּחָה מֵעִיקָּרָא וְאִידָךְ כְּלוֹמַר ר' שִׁמְעוֹן סְרוּחָה מֵעִיקָּרָא לָא צָרִיךְ קְרָא וי"ל דִּלְעִנְיַן אִיסּוּר אֲכִילָה וַדַּאי לֹא צָרִיךְ קְרָא מֵעִיקָּרָא עַפְרָא הוּא אֲבָל לְעִנְיַן טֻומְאָה הֲוָה אֲמִינָא דְּמִיטַּמֵּא דאע"ג דְּלָא חַזְיָא לַאֲכִילָה מִידִי דַּהֲוָה אַשֶּׁרֶץ וְשִׁכְבַת זֶרַע וְזִיבָה:
'Et l'autre, pour exclure [le cas] putréfié dès le départ, [selon] Rabbi Yo'hanan' — c'est étonnant, car de la sougya du dernier chapitre du traité Avoda Zara (67b) il ressort que, pour R. Yo'hanan [aussi], une [charogne] putréfiée dès le départ n'a pas besoin d'un verset pour l'exclure. En effet, dans le [passage] où R. Yo'hanan énonce 'son goût et sa substance' [interdisent], et où Rav Kahana dit 'des paroles de tous nous apprenons que ce qui donne un goût gâté (noten taam li-fgam) est permis', on l'y établit selon R. Chimon, et l'on explique la raison de R. Chimon à partir de ce verset [même] 'propre au ger' ; et l'on dit : 'et l'autre' — c'est-à-dire celui qui interdit le goût gâté — ce [verset] sert à exclure le [cas] putréfié dès le départ ; 'et l'autre' — c'est-à-dire R. Chimon — le [cas] putréfié dès le départ n'a pas besoin de verset. On peut répondre : quant à l'interdit de consommation, certes, il n'a pas besoin de verset, car dès le départ c'est de la poussière ; mais quant à l'impureté, on aurait pu croire qu'elle impurifie, car bien qu'impropre à la consommation, il en irait comme du reptile (cherets), de l'émission séminale (chikhvat zera) et du flux (ziva) [qui impurifient sans être comestibles].
💡 Explication

Pour R. Yo'hanan, le verset ne fixe pas le seuil au ger : il sert seulement à exclure ce qui était déjà pourri dès l'origine (hisriha me-ikara) — comme une bête dont les membres se brisent de son vivant et qui se décompose : jamais elle n'a atteint l'impureté du port. Bar Pada réplique : ce cas n'a pas besoin de verset, c'est de la poussière, évidemment non impur.

4
תְּנַן: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: בְּהֵמָה גַּסָּה שֶׁשָּׁפְעָה חֲרָרַת דָּם, הֲרֵי זוֹ תִּקָּבֵר, וְנִפְטֶרֶת מִן הַבְּכוֹרָה. וְתָנֵי רַבִּי חַיָּיא: אֵינָהּ מְטַמְּאָה לֹא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרֹוב נָגְעוּ בָּהּ.

Nous avons appris [dans la michna] : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : une grosse bête (behema gassa) qui a laissé écouler une galette de sang (hararat dam) — celle-ci doit être enterrée, et [la bête] est exemptée du [premier-né] bekhor. Et Rabbi Hiyya enseigne : elle n'impurifie ni par contact (be-maga) ni par port (be-massa).

Et Rabbi Yo'hanan a dit : c'est au titre de l'annulation dans la majorité (bitoul be-rov) qu'ils l'ont abordée.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְאִיפְּסִיקָא הִלְכְתָא לְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף כג:) כְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב דְּמִשְׁנָתוֹ קַב וְנָקִי. גָּרְסִינַן בְּפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עז.) הַמְבַכֶּרֶת שֶׁהִפִּילָה שִׁלְיָא יַשְׁלִיכֶנָּה לִכְלָבִים וְנִפְטְרָה מִן הַבְּכוֹרָה. מַאי טַעְמָא אָמַר רַב אִיקָא בְּרֵיהּ דְּרַב יֵימַר רֹוב בְּהֵמוֹת יוֹלְדוֹת דָּבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה. וּמִיעוּט יוֹלְדוֹת דָּבָר שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה וּמַאי נִיהוּ נִדְמֶה. וְכָל הַיּוֹלְדוֹת יוֹלְדוֹת מֶחֱצָה זְכָרִים וּמֶחֱצָה נְקֵבוֹת. סְמִיךְ מִיעוּטָא דְּנִדְמֶה לְמֶחֱצָה נְקֵבוֹת וְהָווּ לְהוּ זְכָרִים מִיעוּטָא. וְהָא דְּלָא בָּעֲיָא קְבוּרָה כִּי הָכָא לְפִי שֶׁהַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁאֵין שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד וְלָא בָּעֲיָא פִּירְסוּם כִּי הָכָא .
Guemara : et la halakha a été tranchée plus loin (Bekhorot 23b) selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, dont l'enseignement est 'kav ve-naki' (peu mais net). Nous lisons au chap. 'Behema ha-makcha' (Houlin 77a) : la [bête] premipare qui a avorté un placenta (chilya) — qu'on le jette aux chiens, et [la bête] est exemptée du bekhor. Quelle en est la raison ? Rav Ika fils de Rav Yeimar a dit : la majorité des bêtes enfantent une chose sanctifiée par le bekhor (un vrai petit) ; une minorité enfante une chose non sanctifiée par le bekhor — à savoir le nidme (petit ressemblant à une autre espèce) ; et toutes les parturientes enfantent moitié mâles moitié femelles. On adjoint la minorité du nidme à la moitié des femelles, si bien que les mâles [aptes au bekhor] deviennent minoritaires. Et si [ce placenta] n'exige pas d'enterrement comme ici [la galette de sang], c'est parce que tout le monde sait qu'il n'y a pas de placenta sans petit, et il n'exige donc pas de publicité (pirsoum) comme ici.
💡 Explication

Application concrète. Une grosse bête expulse une galette de sang (embryon avorté réduit à une masse sanguine) : on l'enterre et la bête est exemptée du bekhor (cette expulsion compte comme une naissance ; le prochain mâle ne sera pas premier-né). R. Hiyya : cette masse n'impurifie pas. R. Yo'hanan explique : parce que le sang est annulé dans la majorité (bitoul be-rov) de la matière.

🖼️ Schéma
La galette de sang (hararat dam) expulsée par une grosse bête Grosse bête expulse une galette de sang (hararat dam) Halakha (R. Eliezer b. Yaakov) on l'enterre ; exempte du bekhor R. Hiyya + R. Yo'hanan n'impur-ifie ni par contact ni port R. Yo'hanan : cause = annulation dans la majorité (bitoul be-rov) le sang est annulé dans la majorité du corps ; sinon il fut jadis apte via sa mère
La galette de sang : enterrement, exemption du bekhor, non-impureté.
5
מַאי אִירְיָא מִשּׁוּם בִּיטּוּל בְּרֹוב? תִּיפּוֹק לִי דְּלָא אִיתְחֲזִי כְּלָל! הָא נָמֵי אִיתְחֲזִי מֵעִיקָּרָא אַגַּב אִימֵּיהּ.

Pourquoi [invoquer] spécifiquement l'annulation dans la majorité ? Que je le déduise plutôt du fait qu'[une galette de sang] n'est pas du tout propre [à la consommation] !

Celle-ci aussi était propre à l'origine, avec sa mère (agav imeih).

💡 Explication

Objection : pourquoi R. Yo'hanan a-t-il besoin de l'annulation dans la majorité ? Il suffirait de dire qu'une galette de sang n'est pas comestible du tout, donc ne peut impurifier ! Réponse : elle fut jadis propre à la consommation — si l'on avait abattu la mère avant l'avortement, l'embryon aurait été mangeable avec la mère (agav imeih). Il faut donc l'autre raison.

6
תְּנַן הָתָם: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: צִיר טָהוֹר שֶׁנָּפַל לְתוֹכוֹ מַיִם כָּל שֶׁהוּא — טָמֵא. אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: זֹאת אוֹמֶרֶת נֶחְשְׁדוּ עַמֵּי הָאָרֶץ לְעָרֵב מֶחֱצָה בַּצִּיר. וְלָמָּה לִי מֶחֱצָה? אֲפִילּוּ בְּצִיר מִמֶּחֱצָה נָמֵי! וְהָנֵי מַשֶּׁהוּ — הֲוָה לֵיהּ פַּלְגָא, וּפַלְּגָא לָא בְּטִיל.

Nous avons appris là-bas (Makhchirin 6:3) : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : une saumure pure (tsir tahor) dans laquelle est tombée une quantité d'eau, si minime soit-elle — [elle devient] impure. Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : cela veut dire (zot omeret) que les am ha-arets sont soupçonnés de mélanger une moitié [d'eau] à la saumure.

Et pourquoi [faut-il] une moitié ? Même moins qu'une moitié [suffirait] aussi !

Or ce 'quelque peu' [ajouté] fait qu'il y a [alors] une moitié [d'eau], et une moitié contre une moitié ne s'annule pas.

📜 Rachi (1)
צִיר טָהוֹר כְּגוֹן שֶׁהִשִּׁיקוֹ בְּמַיִם שֶׁנָּפַל לְתוֹכוֹ מַיִם כָּל שֶׁהוּא טָמֵא כְּדִמְפָרֵשׁ נֶחְשְׁדוּ עַמֵּי הָאָרֶץ לְעָרֵב מֶחֱצָה מַיִם בְּצִירָם וְכִי נָפֵיל בֵּיהּ כָּל שֶׁהוּא מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְרַבּוּ מַיִם עַל הַצִּיר. וּטְמֵאִים וּלְמַאן דְּלֵית לֵיהּ טֻומְאָה שֶׁבָּטְלָה חָזְרָה וְנֵיעוֹרָה מוּקֵי לֵיהּ שֶׁנָּפְלוּ בּוֹ לְאַחַר הַשָּׁקַת מֵי עַם הָאָרֶץ כָּל שֶׁהוּא:
Saumure pure — par exemple qu'on a purifiée par contact avec de l'eau [d'un mikve] (hachaka) ; si une quantité d'eau si minime soit-elle y tombe, [elle devient] impure, comme cela s'explique : les am ha-arets sont soupçonnés de mélanger une moitié d'eau à leur saumure, et lorsqu'il y tombe la moindre quantité [d'eau impure], l'espèce a trouvé son espèce et les eaux l'emportent sur la saumure — et [le tout est] impur. Et pour qui n'admet pas [le principe que] l'impureté annulée se réveille (hazera ve-ni'ora), on l'établit [ainsi] : c'est après le contact purificateur [de la saumure] que l'eau d'un am ha-arets, en quantité minime, y est tombée.
🗂️ Tossefot (2)
תְּנַן הָתָם בְּמַסֶּכֶת מַכְשִׁירִין (פ"ו מ"ג) רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר צִיר טָהוֹר פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס כְּגוֹן שֶׁהִשִּׁיקוֹ בְּמַיִם וְהַדִּין עִמּוֹ דִּבְצִיר שֶׁל עַמֵּי הָאָרֶץ מַייְרֵי הָכָא כִּדְמוֹכַח שְׁמַעְתָּא וְרֵישָׁא דְּהַךְ מִשְׁנָה וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁיְּהֵא טָהוֹר בְּלֹא הַשָּׁקָה דִּסְתָמֵי' הָוֵי רֻובָּא צִיר וְלָאו בַּר קַבּוֹלֵי טֻומְאָה הוּא דְּהָא אֲמַרַן לְעֵיל דְּבָעוּ הַשָּׁקָה (וְעוֹד מִדִּתְנָא צִיר טָהוֹר וְלָא תְּנָא צִיר טָמֵא שֶׁנִּטְהַר בְּהַשָּׁקָה):
'Nous avons appris là-bas' — dans le traité Makhchirin (6:3), Rabbi Eliezer dit : 'saumure pure'. Rachi (be-kountres) a expliqué : par exemple qu'on l'a [purifiée] par contact avec de l'eau. Et il a raison, car il s'agit ici de la saumure d'am ha-arets, comme le prouve la sougya et le début de cette michna ; et il est impossible de dire qu'elle serait pure sans contact [purificateur], car le plus souvent [le liquide] est en majorité saumure, laquelle n'est pas susceptible de recevoir l'impureté, puisque nous avons dit plus haut qu'elle requiert le contact [purificateur]. (Et de plus, du fait qu'il a enseigné 'saumure pure' et non 'saumure impure devenue pure par contact'.)
שֶׁנָּפַל לְתוֹכוֹ מַיִם כָּל שֶׁהוּא טָמֵא כְּדִמְפָרֵשׁ נֶחְשְׁדוּ עַמֵּי הָאָרֶץ לְעָרֵב מֶחֱצָה מַיִם בְּצִירָן וְכִי נָפַל בֵּיהּ כָּל שֶׁהוּא מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְרַבּוּ מַיִם עַל הַצִּיר וְטָמֵא וּלְמַאן דְּלֵית לֵיהּ טֻומְאָה שֶׁבָּטְלָה חָזְרָה וְנֵעוֹרָה מוּקֵי לֵיהּ שֶׁנָּפְלוּ בֵּיהּ לְאַחַר הַשָּׁקָה מֵי עַם הָאָרֶץ כָּל שֶׁהוּא כָּךְ פֵּי' בַּקְּוַנְט' וְהַךְ דְּפִי' מַיִם שֶׁל עַם הָאָרֶץ וְלֹא פֵּירֵשׁ מַיִם טְמֵאִים מִשּׁוּם דְּמַתְנִי' קָתָנֵי מַיִם סְתָם וא"ת וּלְמַאן דְּמוּקֵי לָהּ שֶׁנָּפְלוּ בּוֹ מַיִם שֶׁל עַם הָאָרֶץ פְּשִׁיטָא דְּטָמֵא כְּמוֹ מִתְּחִלָּתָן דְּבָעֵי הַשָּׁקָה דְּמֵאֵיזֶה טַעַם בָּעֵי הַשָּׁקָה מִתְּחִלָּתָן אִי רֻובָּא צִיר הָא אָמְרוּ לְעֵיל דְּמִיעוּטָא מַיִם בָּטְלִי לְהוּ בְּרֻובָּא וּבְלֹא הַשָּׁקָה נָמֵי טָהוֹר אֶלָּא חָיְישִׁינַן דִּלְמָא רֻובָּא מַיָּא וּמֵהַאי טַעְמָא גּוּפֵיהּ נָפְלִי בֵּיהּ לְאַחַר הַשָּׁקָה מַיִם טְמֵאִים כָּל שֶׁהוּא הֲרֵי מַיִם טְמֵאִים הַלָּלוּ חוֹזְרִים וּמְטַמְּאִין אוֹתָן מַיִם הַטְּהוֹרִים וְאִי לְאַשְׁמוֹעִינַן הִיא גּוּפָהּ דְּצִיר שֶׁל עַם הָאָרֶץ בָּעֵי הַשָּׁקָה בְּפֵירוּשׁ הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי הַלּוֹקֵחַ צִיר מֵעַם הָאָרֶץ מַשִּׁיקוֹ בְּמַיִם וְטָהוֹר וי"ל דְּלָא דָּמֵי סוֹפוֹ לִתְחִלָּתוֹ דס"ד מִתְּחִלָּתוֹ נַעֲשָׂה הַצִּיר כְּמַיִם טְמֵאִים לֹא יָצָא מֵחֶזְקַת טֻומְאָה עַל יְדֵי שֶׁנִּתְלָה לוֹמַר שֶׁהַמַּיִם הֵם מְעַט אֲבָל הָכָא הַשָּׁקָה דְּמַה נַפְשָׁךְ טָהוֹר הֲוָה אֲמִינָא דְּשֶׁנָּפְלוּ לוֹ טְמֵאִים כָּל שֶׁהוּא מִשּׁוּם חֲשָׁשָׁא דְּשֶׁמָּא מַיִם רֹוב לֹא נוֹצִיאֶנּוּ מֵחֲזָקָה וְהַשְׁתָּא לְמָאֵן דְּמוּקֵי הַאי כָּל שֶׁהוּא מַיִם טְמֵאִים הוּא וְדִיֵּיק מִינָּהּ רַב נַחְמָן זֹאת אוֹמֶרֶת נֶחְשְׁדוּ עַמֵּי הָאָרֶץ לְעָרֵב מֶחֱצָה מַיִם בֵּינֵיהֶן כְּלוֹמַר פְּעָמִים שֶׁמְּעָרְבִין בּוֹ מֶחֱצָה מַיִם לָאו לְמֵימְרָא שֶׁאִם הָיָה בּוֹ רֹוב לֹא הָיָה טָמֵא כְּשֶׁנָּפְלוּ בּוֹ מַיִם כָּל שֶׁהוּא דִּכְמוֹ כֵּן הָיָה טָמֵא כִּדְפָרֵישִׁית אֶלָּא לְמֵימְרָא שֶׁאִם מִתְּחִלָּתָן לֹא הָיוּ רְגִילִין לְעָרֵב כִּי אִם מוּעָטִין אִם כֵּן (אִם) לָא הֲוָה מְטַמֵּא מַיִם כָּל שֶׁהוּא דְּהָא אַכַּתִּי רֻובָּא צִיר הוּא:
'Dans laquelle est tombée une quantité d'eau si minime soit-elle — impure' — comme cela s'explique : les am ha-arets sont soupçonnés de mélanger une moitié d'eau à leur saumure, et lorsqu'il y tombe la moindre quantité, l'espèce a trouvé son espèce, les eaux l'emportent sur la saumure et [le tout est] impur ; et pour qui n'admet pas [le principe que] l'impureté annulée se réveille, on l'établit [ainsi] : c'est après le contact [purificateur] que l'eau d'un am ha-arets, en quantité minime, y est tombée. Ainsi a expliqué Rachi. Et ce qu'il a expliqué 'eau d'un am ha-arets' sans dire 'eau impure' [tient à ce] que la michna enseigne 'eau' sans précision. Et si tu objectes : pour celui qui l'établit [comme parlant] d'une eau d'am ha-arets tombée dedans, c'est évident qu'elle est impure, comme au début [de la michna], qui exige le contact — pour quelle raison exige-t-on le contact dès le départ ? Si [c'est] parce que la saumure est majoritaire, or nous avons dit plus haut que la minorité d'eau est annulée dans la majorité, et [alors] même sans contact elle serait pure ! Réponds : c'est plutôt qu'on craint que peut-être l'eau soit majoritaire, et pour cette raison même il y est tombé, après le contact, une eau impure en quantité minime — voici que cette eau impure revient impurifier l'eau [d'abord] pure. Et si [la michna voulait] nous enseigner cela même, [à savoir] que la saumure d'am ha-arets exige le contact, elle aurait dû enseigner explicitement : 'celui qui achète de la saumure à un am ha-arets, il la met en contact [avec l'eau] et elle est pure'. On peut répondre : sa fin ne ressemble pas à son début. On aurait pu croire qu'au départ la saumure devient comme une eau impure, [et] qu'elle ne sort pas de sa présomption d'impureté par le fait qu'on suppose que l'eau y est en faible quantité ; mais ici, [après] le contact, de toute façon elle est pure — [aussi] aurait-on pu croire que, [même] si une eau impure en quantité minime y tombe, à cause de la crainte que peut-être l'eau [initiale] soit majoritaire, on ne la sortira pas de sa présomption [de pureté]. Et [donc] maintenant, pour qui établit ce 'quelque peu' comme une eau impure, Rav Nahman en déduit avec précision : cela veut dire que les am ha-arets sont soupçonnés de mélanger une moitié d'eau parmi [la saumure] — c'est-à-dire que parfois ils y mélangent une moitié d'eau. Ce n'est pas dire que, s'il y avait une majorité [de saumure], elle ne serait pas impure lorsqu'y tombe la moindre eau, car elle le serait tout autant, comme je l'ai expliqué ; c'est plutôt dire que si, dès le départ, ils n'avaient l'habitude d'en mélanger qu'une faible quantité, alors la moindre eau [ajoutée] n'impurifierait pas, puisque la saumure serait encore majoritaire.
💡 Explication

Nouvelle michna (Makhchirin 6:3). Une saumure pure (tsir, jus de poisson salé, achetée à un am ha-arets) devient impure dès qu'y tombe la moindre eau. Rav Nahman : preuve que les am ha-arets ont l'habitude d'y mettre déjà presque une moitié d'eau (impure) ; la goutte ajoutée porte l'eau à la moitié exacte, et une moitié contre une moitié ne s'annule pas — l'impureté cachée se réveille.

7
אֵימָא: עַד מֶחֱצָה. אִיבָּעֵית אֵימָא: טֻומְאַת עַם הָאָרֶץ דְּרַבָּנַן, טֻומְאַת מַשְׁקִין דְּרַבָּנָן. בְּרֻובָּא גָּזְרוּ רַבָּנָן, בְּפַלְגָא וּפַלְגָא לָא גְּזַרוּ בַּהּ רַבָּנָן.

Dis [plutôt] : jusqu'à [presque] une moitié (ad mehetsa). Ou, si tu veux, dis : l'impureté de l'am ha-arets est de rang rabbinique (de-rabbanan), l'impureté des liquides est [aussi] de rang rabbinique ; [donc] là où [l'eau] est majoritaire, les Sages ont décrété [l'impureté], mais dans le cas [d'une] moitié contre [une] moitié, les Sages n'ont pas décrété à son sujet.

📜 Rachi (2)
עַד לְמֶחֱצָה קָרוֹב לְמֶחֱצָה:
Jusqu'à une moitié — [c'est-à-dire] proche d'une moitié.
טֻומְאַת מַשְׁקִין דְּרַבָּנָן בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף טז.):
L'impureté des liquides est rabbinique — [comme dit] au chap. 1 de Pessahim (16a).
💡 Explication

Deux résolutions. (1) Corriger : les am ha-arets mélangent jusqu'à presque une moitié d'eau (donc la goutte fait basculer). (2) Alternative (iba'it eima) : l'impureté de l'am ha-arets et celle des liquides sont toutes deux rabbiniques (de-rabbanan) ; les Sages n'ont décrété l'impureté que quand l'eau est majoritaire, pas dans le cas moitié contre moitié.

8
מַתְנִי׳ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מְנִיקָה מִן הַגּוֹי — אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל אַחֶרֶת הָיָה. נִכְנָס לְתוֹךְ עֶדְרוֹ וְרָאָה אֶת הַמַּבְכִּירוֹת מְנִיקוֹת, וְשֶׁאֵינָן מַבְכִּירוֹת מְנִיקוֹת — אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ, אוֹ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ.

MICHNA. Rabban Chimon ben Gamliel dit : celui qui achète à un non-Juif une bête allaitante — on ne craint pas qu'elle allaite [peut-être] le petit d'une autre.

[Celui qui] entre dans son troupeau et voit les primipares (mavkirot) allaiter et les non-primipares allaiter — on ne craint pas que le petit de celle-ci soit venu auprès de celle-là, ni que le petit de celle-là soit venu auprès de celle-ci.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל אַחֶרֶת הָיָה שֶׁיְּהֵא הַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר סָפֵק דְּנֵימָא הַךְ בְּהֵמָה לֹא יָלְדָה מֵעוֹלָם אֶלָּא שֶׁאָהֲבָה זוֹ אֶת בֶּן חֲבִירְתֵּהּ וְאִי מִשּׁוּם דְּיֵשׁ לָהּ חָלָב הָא אִיכָּא מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת אע"ג שֶׁאֵינָן יוֹלְדוֹת הָא וַדַּאי לָא אָמְרִי' אֶלָּא וַדַּאי בְּנָהּ הוּא וּפְטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה:
Michna : on ne craint pas qu'elle allaite le petit d'une autre — [c'est-à-dire] que celui qui viendrait après lui serait un bekhor douteux, [comme si] l'on disait : cette bête n'a jamais mis bas, mais elle a aimé le petit d'une autre. Et si [tu objectes] à cause du fait qu'elle a du lait — voici qu'il y a une minorité [de bêtes] qui donnent du lait sans avoir mis bas ; cela [pourtant] on ne le dit certainement pas, mais c'est assurément son petit, et [la bête] est exemptée du bekhor.
מַבְכִּירוֹת בַּחוּרוֹת שֶׁלֹּא יָלְדוּ אֶלָּא עַכְשָׁיו:
Mavkirot — [bêtes] jeunes qui n'ont mis bas que maintenant [pour la première fois].
אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ דִּלְיָחוּשׁ לְכוּלְּהוּ בִּסְפֵק בְּכוֹרוֹת אֶלָּא וַדַּאי אוֹתָם הַכְּרוּכִים אֵצֶל הַמַּבְכִּירוֹת הָווּ בְּכוֹרוֹת וַודָּאִין וְאוֹתָן הַכְּרוּכִים אַחַר שֶׁאֵינָן מַבְכִּירוֹת בְּוַודַּאי הָווּ פְּשׁוּטִין וַודָּאִין:
On ne craint pas que le petit de celle-ci soit venu auprès de celle-là — [au point] de tous les tenir pour bekhorot douteux ; mais assurément, ceux qui sont collés aux primipares sont des bekhorot certains, et ceux qui sont collés aux non-primipares sont assurément des [petits] ordinaires (pechoutim) certains.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מְנִיקָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל אַחֶרֶת הוּא. הָיָה נִכְנָס לְעֶדְרוֹ וְרָאָה אֶת הַמְבַכְּרוֹת מְנִיקוֹת וְאֶת שֶׁאֵינָן מְבַכְּרוֹת מְנִיקוֹת אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ וּבְנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ:
Michna : Rabban Chimon ben Gamliel dit : celui qui achète une bête allaitante d'un idolâtre ne craint pas qu'elle allaite le petit d'une autre. [Celui qui] entrait dans son troupeau et voyait les primipares allaiter et les non-primipares allaiter, ne craint pas que le petit de celle-ci soit venu auprès de celle-là ni que le petit de celle-là soit venu auprès de celle-ci.
💡 Explication

Michna. RCB'G : quand on achète à un non-Juif une bête allaitante, on présume qu'elle allaite son propre petit (donc elle a déjà mis bas ; le prochain mâle ne sera pas bekhor) — on ne craint pas qu'elle nourrisse le petit d'une autre. De même dans un troupeau : les petits collés aux primipares (mavkirot) sont tenus pour leurs vrais premiers-nés, sans crainte d'échange.

9
גְּמָ׳ אָמַר רַב נַחְמָן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: הִלְכְתָא בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין, בַּר מִפְּלֻוגְתָּא. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: אָמֵינָא כִּי נָיֵים וְשָׁכֵיב רַב אֲמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא! אַהֵיָיא? אִילֵּימָא אַרֵישָׁא — (מִפְּלִיגִי) [מִיפְלָג פְּלִיגִי] רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי עֲקִיבָא!

GUEMARA. Rav Nahman a dit au nom de Rav : la halakha [suit le tana anonyme] dans tout le chapitre (be-koulei pirkin), hormis là où il y a controverse (peloughta).

Rav Chechet a dit : je dirais que Rav dormait ou somnolait quand il a énoncé cette règle ! À propos de quoi [la dirait-il] ?

Si l'on dit à propos du début [du chapitre] — [mais] Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva y sont en désaccord (mifla pligi) !

💡 Explication

Guemara. Rav pose une règle générale : la loi suit le tana anonyme dans tout le chapitre, sauf là où il y a mahloket (peloughta). Rav Chechet proteste vivement ("Rav somnolait !") : à quelle michna cette règle peut-elle bien s'appliquer ? Ce n'est pas le début du chapitre, car R. Yichmael et R. Akiva y sont en désaccord.

🖼️ Schéma
Rav : la halakha suit le tana anonyme de tout le chapitre, sauf mahloket Rav Chechet cherche à quelle michna cela peut s'appliquer 1. Début du chap. — non : R. Yichmael et R. Akiva y sont en désaccord (mahloket) 2. R. Eliezer b. Yaakov — non : 'kav ve-naki', déjà loi connue, inutile de le dire 3. Rabban Chimon b. Gamliel — objection : contredit par une baraita (24a) 4. R. Yossi b. HaMechoulam — non : Rav l'a déjà dit une fois 5. Poil du bekhor taré — non : Akavia b. Mahalalel et les Sages sont en désaccord Réponse : en fait sur RCB'G — et cela nous enseigne : une baraita [dissidente] n'est pas comptée comme une mahloket ; la loi suit donc la michna
La revue critique de Rav Chechet, michna après michna.
10
אֶלָּא אַדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב — מִשְׁנַת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב ״קַב וְנָקִי״.

Alors [ce serait] à propos de Rabbi Eliezer ben Yaakov — [mais] l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov est 'kav ve-naki' [(peu mais net : la loi suit toujours son avis, il était inutile de le préciser)] !

📜 Rachi (1)
גְּמ' קַב וְנָקִי לָא אִיצְטְרִיךְ לְרַב לְאַשְׁמוֹעִינַן. קַב וְנָקִי מְעַט שֶׁלֹּא הֻוזְכַּר אֶלָּא בִּמְקוֹמוֹת מוּעָטִין וּמַה שֶׁאָמַר נָקִי הוּא שֶׁהֲלָכָה כְּמוֹתוֹ:
Guemara : 'kav ve-naki' — [Rav] n'avait pas besoin de nous l'enseigner. 'Kav' [= peu] : car il n'est mentionné qu'en de rares endroits ; et ce qu'il dit 'naki' (net) signifie que la halakha suit son avis.
🗂️ Tossefot (2)
אֶלָּא אַדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב כו' וְאִם תֹּאמַר הָא מִיפְלָג פְּלִיגִי רַבָּנָן דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּשִׁילְיָא דִּלְעֵיל וְאֵין לוֹמַר דְּדִלְמָא רַב סָבַר כְּרֵישׁ לָקִישׁ דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה כז:) מִשּׁוּם דְּנִתְבַּלְבְּלָה צוּרָתוֹ דְּכָל שֶׁכֵּן דְּקָשֶׁה טְפֵי דְּאִי טַעְמָא דְּבִלְבּוּל צוּרָה אַלְמָא לְרַבִּי שִׁמְעוֹן לֹא בָּטֵל בְּרֹוב וְיֵשׁ לוֹמַר דְּדִלְמָא ר"ש סָבַר כְּמַאן דְּאָמַר טֻומְאָה חֲמוּרָה עַד לְגֵר דִּלְדִידֵיהּ לָא צָרְכִינַן לְטַעְמָא דְּבִיטּוּל בְּרוֹב וּכְמוֹ שֶׁפֵּירַשׁ' לְעֵיל דְּכָל טֻומְאַת נְבֵילָה קָרֵי טֻומְאָה חֲמוּרָה אַפֵּי' טֻומְאַת מַגָּע אִי נָמֵי לָא חֲשִׁיב פְּלֻוגְתָּא כֵּיוָן דְּלָא נֶחְלְקוּ עָלָיו בְּהֶדְיָא בְּאוֹתוֹ דָּבָר עַצְמוֹ:
'Alors, à propos de Rabbi Eliezer ben Yaakov, etc.' — et si tu objectes : mais les Sages [en désaccord] avec Rabbi Chimon à propos du placenta, plus haut, sont pourtant en désaccord [manifeste] ! Et l'on ne peut pas dire que peut-être Rav pense comme Rech Lakich, qui explique la raison (au chap. 'Ha-mapelet', Nidda 27b) par le fait que 'sa forme s'est brouillée (nitbalbela tsourato)' — car [ce serait] d'autant plus difficile : si la raison est le brouillage de la forme, il s'ensuit que pour Rabbi Chimon [le sang] ne s'annule pas dans la majorité ! On peut répondre : peut-être R. Chimon pense-t-il comme celui qui dit que l'impureté grave [subsiste] jusqu'au ger — [avis] pour lequel on n'a pas besoin de la raison de l'annulation dans la majorité, comme nous l'avons expliqué plus haut, [à savoir] que toute impureté de nevela est appelée 'impureté grave', même l'impureté par contact. Ou bien : ce [désaccord] n'est pas compté comme une controverse, puisqu'ils ne l'ont pas contredit explicitement sur ce point précis lui-même.
מִשְׁנַת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב קַב וְנָקִי אע"פ שֶׁיֵּשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁפּוֹסֵק הֲלָכָה כְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּרֵישׁ הֲדַר עִם הַנָּכְרִי (עֵירוּבִין דַּף סב:) וְרַב גּוּפֵיהּ בְּפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף ס.) יֵשׁ דְּלָא מִסְתַּבֵּר כְּוָתֵיהּ לְפִיכָךְ הֻוצְרַךְ לִפְסֹוק הֲלָכָה:
'L'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov [est] kav ve-naki' — bien qu'il y ait des endroits où l'on tranche la loi selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, comme nous le trouvons au début de 'Ha-dar im ha-nokhri' (Erouvin 62b), et [où] Rav lui-même, au chap. 'Ha-ba al yevimto' (Yevamot 60a), [statue ainsi] — il est [des cas où] il n'est pas logique [de trancher] comme lui ; c'est pourquoi il fallait [néanmoins] trancher la halakha [explicitement].
💡 Explication

Deuxième candidat : la michna de R. Eliezer ben Yaakov. Mais son enseignement est 'kav ve-naki' (litt. 'un kav [petite mesure] mais net') — il est déjà établi que la loi suit toujours R. Eliezer ben Yaakov ; Rav n'avait donc pas besoin de le dire.

11
אֶלָּא אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מִפְלָג פְּלִיג בְּבָרַיְיתָא! אֶלָּא אַדְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם — הָא אָמַר רַב חֲדָא זִימְנָא, דְּאָמַר רַב: הִלְכְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם! אֶלָּא אַשְּׂעַר בַּעַל מוּם מִיפְלָג פְּלִיגִי עֲקַבְיָא בֶּן מַהֲלַלְאֵל וְרַבָּנַן!

Alors [ce serait] à propos de Rabban Chimon ben Gamliel — [mais] il est en désaccord dans une baraita ! Alors [à propos] de Rabbi Yossi ben HaMechoulam — [mais] Rav l'a déjà dit une fois, car Rav a dit : la halakha suit Rabbi Yossi ben HaMechoulam !

Alors [à propos] du poil du [premier-né] taré (se'ar baal moum) — [mais] Akavia ben Mahalalel et les Sages y sont en désaccord !

📜 Rachi (1)
דָּר' יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם וּשְׂעַר בְּכוֹר בַּעַל מוּם הִלְכְתָא נִינְהוּ בְּמָתְנֵי' וּמְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
[Les cas] de Rabbi Yossi ben HaMechoulam et du poil du premier-né taré sont des halakhot dans la michna [même], et cela s'explique plus loin.
💡 Explication

Suite de la revue. RCB'G ? Il est contredit dans une baraita. R. Yossi ben HaMechoulam ? Rav a déjà statué en sa faveur ailleurs, inutile de le répéter. Le poil du premier-né taré (se'ar baal moum) ? Akavia ben Mahalalel et les Sages y sont en désaccord. Aucun candidat ne survit.

12
לְעוֹלָם אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, וְהָא קָא מַשְׁמַע לַן: דְּבָרַיְיתָא לָא פְּלֻוגְתָּא הִיא.

En vérité, [c'est] à propos de Rabban Chimon ben Gamliel, et voici ce qu'[il] nous enseigne : qu'une baraita [dissidente] n'est pas [comptée comme] une controverse.

📜 Rachi (1)
לָאו פְּלֻוגְתָּא הִיא לָא חֲשִׁיבָא פְּלֻוגְתָּא וְכֵיוָן דִּבְמַתְנִי' לָא פְלִיגִי עָלֶיהָ הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ:
Ce n'est pas une controverse — cela n'est pas compté comme une controverse ; et puisque, dans la michna, on ne le contredit pas, la halakha suit son avis.
💡 Explication

Réponse finale. La règle de Rav vise bien la michna de RCB'G. Et sa nouveauté (ha ka mashma lan) est précisément que le désaccord d'une baraita ne compte pas comme une mahloket : puisque personne ne le contredit dans la michna elle-même, la loi suit RCB'G.

13
וְכֵיוָן דְּאָמַר רַב: הִלְכְתָא בְּכֻולֵּיהּ פִּירְקִין בַּר מִפְּלוּגְתָּא,

Et puisque Rav a dit : la halakha [suit le tana anonyme] dans tout le chapitre, hormis là où il y a controverse —

💡 Explication

Transition (la suite sur 24a). La guemara reprend la règle de Rav pour en tirer une conséquence sur la michna suivante : puisque la loi suit le tana anonyme partout sauf en cas de mahloket...

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).