Bekhorot 24a — l'allaitement par affection, le doute sur le premier-né, et le porc qui suit la brebis

Bekhorot 24a

Sougya : La sougya élucide la portée de la trancha de Rav (halakha comme Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam et pour tout le chapitre) : elle vise Rabban Chimon ben Gamliel, et une divergence rapportée seulement dans une baraita n'est pas une véritable mahloket. On rapporte la baraita : qui achète une femelle allaitante d'un non-Juif — le petit né après est bekhor par doute (safek), car une bête peut allaiter par affection (merahémet) un petit qui n'est pas le sien ; Rabban Chimon ben Gamliel dit : le fait tient en son état (davar be-hezkato).

La Guemara demande si 'davar be-hezkato' signifie qu'une bête n'allaite un étranger que si elle a déjà mis bas (nafka mina : la flagellation pour 'oto ve-et beno'). Enfin, Rabbi Yo'hanan (via Rabba bar bar Hana) traite du cas d'un porc (hazir) tétant une brebis : exempt de bekhora comme Rabban Chimon ben Gamliel, mais interdit à la consommation comme les Rabbanan, 'jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne le droit' (Élie).

Acheter une femelle allaitante d'un non-Juif : le petit qui suit est-il un bekhor ? Tana anonyme (Rabbanan) Rabban Chimon ben Gamliel Une femelle peut allaiter par affection(merahémet) un petit qui n'est pas le sien,même sans avoir mis bas. Le fait tient en son état (davar be-hezkato) :on suppose qu'elle est la vraie mère,donc elle a déjà mis bas. Le petit qui suit = bekhor par doute(safek), car mère incertaine. Le petit qui suit n'est PAS bekhor :elle a certainement déjà enfanté. Rav tranche : halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel -> une bête n'allaite un étranger que si elle a déjà mis bas (safek pour bekhora : exempt)
La mahloket de la baraita sur la femelle allaitante et la trancha de Rav (segments 3, 7).
Un porc (hazir) qui suit une brebis (rahel) : R. Yo'hanan (R. Bar Bar Hana) Cas : un animal semblable à un porc tête une brebis Exempt de bekhora comme Rabban Chimon ben Gamliel : elle n'allaite que si elle a mis bas Interdit à la consommation comme Rabbanan : on craint l'allaitement par affection (rihoum) Résolution : halakha certaine comme R. Ch. b. Gamliel Doute seulement sur : la bête qui a enfanté allaite-t-elle aussi un étranger ? (ad yavo ve-yoreh)
Le porc qui suit la brebis : exempt de bekhora mais interdit à la consommation (segments 12-17).
1
הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם לָמָּה לִי?

'La halakha est comme Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam' — pourquoi ai-je besoin [de cet énoncé] ?

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה כַּר' יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם לָמָּה לִי הָא מֵהַךְ שָׁמְעַת מִינָּהּ דְּהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּהָא לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ:
'La halakha est comme Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam' — pourquoi ai-je besoin [de cela] : n'apprends-tu pas déjà de la [première trancha] que la halakha est comme lui, puisque les Rabbanan ne divergent pas de lui ?
💡 Explication

Rav a d'abord dit que la halakha suit le tana anonyme pour tout le chapitre, puis a ajouté explicitement 'la halakha est comme Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam'. La Guemara s'étonne : cette seconde précision semble superflue, puisqu'on l'aurait déjà déduite de la première (les Rabbanan ne le contredisent pas).

2
אִי אָמַר הִלְכְתָא דְּכֻולֵּיהּ פִּירְקִין, וְלָא אָמַר הִלְכְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם, הֲוָה אֲמִינָא: אַדְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם קָאֵי, וּמַאי ״בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין״? דְּרַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי אָמַר, וּפְלֻוגְתָּא דְּבָרַיְיתָא פְּלֻוגְתָּא הִיא.

S'il avait dit 'la halakha [suit le tana anonyme] pour tout le chapitre', sans dire 'la halakha est comme Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam', j'aurais dit : c'est de Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam qu'il s'agit ; et que signifie alors 'pour tout le chapitre' ? Que Rabbi Yossi a énoncé deux [enseignements], et [cela reviendrait à dire] qu'une divergence [rapportée] dans une baraita est une [véritable] divergence.

📜 Rachi (2)
אִי אָמַר הֲלָכָה בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין וְלֹא אָמַר לְקַמָּן הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי הֲוָה אֲמִינָא הֲלָכָה בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין אַדְּרַבִּי יוֹסֵי קָאֵי:
'S'il avait dit la halakha pour tout le chapitre, sans dire' — plus loin 'la halakha est comme Rabbi Yossi', j'aurais dit : 'la halakha pour tout le chapitre' vise Rabbi Yossi.
וּמַאי בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין דְּמַשְׁמַע טוּבָא מִשּׁוּם דְּר' יוֹסֵי תַּרְתֵּי מִילֵּי אָמַר בְּמָתְנֵי' עוֹשֶׂה מָקוֹם לַקּוֹפִיץ וְכֵן תּוֹלֵשׁ אֶת הַשֵּׂעָר לִרְאוֹת אֶת מְקוֹם הַמּוּם אֲבָל אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן לֹא אָמַר רַב דְּהוּא אָמַר בַּר מִפְּלֻוגְתָּא וְאַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן אִיכָּא פְּלֻוגְתָּא בַּבָּרַייְתָא וּפְלוּגְתָּא הִיא לְהָכִי אַשְׁמוֹעִינַן הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי בְּהֶדְיָא לְגַלּוֹיֵי וּלְמֵימְרָא דְּאַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל קָאֵי הַאי הִלְכְתָא בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין וּפְלוּגְתָּא דְּבִרְיַית' לָאו פְּלוּגְתָּא:
'Et que signifie pour tout le chapitre' — ce qui suggère plusieurs [cas] : parce que Rabbi Yossi a énoncé deux [enseignements] dans la michna — 'il fait de la place pour le couperet' et de même 'il arrache le poil pour voir l'emplacement du défaut' ; mais à propos de Rabban Chimon, Rav n'a rien dit, car il a dit [la halakha] 'hors de la divergence', et sur Rabban Chimon il y a une divergence dans une baraita, et [donc] c'est une [vraie] divergence. C'est pourquoi il nous enseigne explicitement 'la halakha est comme Rabbi Yossi', pour révéler et dire que ce 'la halakha pour tout le chapitre' vise Rabban Chimon ben Gamliel, et que la divergence de la baraita n'est pas [une vraie] divergence.
🗂️ Tossefot (1)
וּפְלֻוגְתָּא דְּבָרַיְיתָא פְּלֻוגְתָּא הִיא וא"ת דָּר' יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם נָמֵי פְּלִיגִי עָלֶיהָ מִמַּה נַפְשָׁךְ דְּבָרַיְיתָא מִדְּאִיצְטְרִיךְ לִפְסֹוק הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ וְי"ל דְּשֶׁמָּא אֵין מַחְלֹוקֶת שְׁנוּיָה לֹא בַּמִּשְׁנָה וְלֹא בַּבָּרַייְתָא אֶלָּא דְּקִים לֵיהּ דִּפְלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ:
'Et [cela reviendrait à dire] qu'une divergence [rapportée] dans une baraita est une [véritable] divergence' — et si tu demandes : Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam aussi, de toute façon, la baraita diverge de lui, puisqu'il a fallu trancher la halakha comme lui [pour tout le chapitre] ! On peut répondre : peut-être la mahloket [contre Rabbi Yossi ben ha-Mechoulam] n'est-elle enseignée ni dans la michna ni dans une baraita, mais [Rav] tient pour établi (kim leih) que les Rabbanan divergent de lui.
💡 Explication

La Guemara explique l'hypothèse écartée (hava amina) : sans la seconde précision, on aurait cru que 'pour tout le chapitre' visait Rabbi Yossi (qui énonce deux règles dans la michna). On aurait alors déduit qu'une divergence figurant seulement dans une baraita constitue une vraie mahloket.

3
אַשְׁמְעִינַן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי — לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל קָאֵי, וּפְלֻוגְתָּא דְּבָרַייְתָא לָאו פְּלֻוגְתָּא הִיא.

Il nous a enseigné 'la halakha est comme Rabbi Yossi' — pour nous apprendre que [le 'pour tout le chapitre'] vise Rabban Chimon ben Gamliel, et que la divergence [rapportée] dans une baraita n'est pas une [véritable] divergence.

💡 Explication

Conclusion : c'est justement pour écarter cette hypothèse que Rav a ajouté 'la halakha est comme Rabbi Yossi'. Ainsi le 'pour tout le chapitre' vise en fait Rabban Chimon ben Gamliel, et une divergence figurant uniquement dans une baraita n'est pas une vraie mahloket capable de faire douter de la halakha.

4
מַאי בָּרַייְתָא? דְּתַנְיָא: הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מְנִיקָה מִן הַגּוֹי, הַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר מִסָּפֵק, מִפְּנֵי שֶׁמְּרַחֶמֶת אַף עַל פִּי שֶׁאֵינָהּ יוֹלֶדֶת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: דָּבָר בְּחֶזְקָתוֹ.

Quelle est cette baraita ? Comme il est enseigné : qui achète d'un non-Juif une bête allaitante — le petit né après [le petit actuellement allaité] est un premier-né par doute (bekhor mi-safek), parce qu'[une bête] est [parfois] affectueuse (merahémet) [au point d'allaiter un petit étranger] bien qu'elle n'ait pas [elle-même] enfanté.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : le fait tient en son état (davar be-hezkato).

📜 Rachi (1)
מְרַחֶמֶת אוֹהֶבֶת בֶּן חֲבִירְתֵּהּ:
'Affectueuse' (merahémet) — elle aime le petit d'une autre.
💡 Explication

La baraita source : celui qui achète d'un non-Juif une femelle qui allaite un petit. Selon le tana anonyme, le prochain petit est bekhor par doute, car une bête peut allaiter par affection (merahémet) un petit qui n'est pas le sien, sans avoir mis bas — la maternité est donc incertaine. Rabban Chimon ben Gamliel répond : davar be-hezkato — on présume qu'elle est bien la mère, donc elle a déjà enfanté et le petit suivant n'est pas premier-né.

5
וְכֵן הָיָה רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הַנִּכְנָס לְתוֹךְ עֶדְרוֹ בַּלַּיְלָה וְרָאָה כְּעֶשֶׂר כַּחֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה, מַבְכִּירוֹת וְשֶׁאֵינָן מַבְכִּירוֹת, יוֹלְדוֹת, לְמָחָר הִשְׁכִּים וּמָצָא זְכָרִים (תְּלוּיוֹת) [תְּלוּיִין] בְּשֶׁאֵין מַבְכִּירוֹת, וּנְקֵבוֹת תְּלוּיוֹת בַּמַּבְכִּירוֹת — אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ.

Et de même Rabban Chimon ben Gamliel disait : celui qui entre au milieu de son troupeau la nuit et voit environ dix ou quinze [bêtes], primipares (mavkirot) et non-primipares, en train de mettre bas ; le lendemain, il se lève tôt et trouve les mâles [tétant et] attachés aux non-primipares, et les femelles attachées aux primipares — il ne craint pas que peut-être le petit de celle-ci soit venu auprès de celle-là.

📜 Rachi (2)
וּמָצָא זְכָרִים שֶׁנּוֹלָדִים עַכְשָׁיו תְּלוּיִין וּכְרֻוכִּין וְיוֹנְקִין הַזְּקֵנוֹת שֶׁנִּפְטְרוּ כְּבָר מִן הַבְּכוֹרָה וּנְקֵבוֹת הַנּוֹלָדוֹת עַכְשָׁיו מָצָא תְּלוּיוֹת בַּמַּבְכִּירוֹת דְּהַשְׁתָּא אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם דְּבִזְכָרִים אֵין שׁוּם בְּכוֹר שֶׁהֲרֵי בְּנֵי הַזְּקֵנוֹת הֵן וּנְקֵבוֹת הַתְּלוּיוֹת בַּמַּבְכִּירוֹת אֵין דִּין בְּכוֹרוֹת נוֹהֶגֶת בָּהֶן:
'Et il trouve les mâles' — nés maintenant, attachés, enroulés et tétant les [bêtes] âgées, déjà exemptées de la bekhora ; et les femelles nées maintenant, il les trouve attachées aux primipares. Ainsi il n'y a rien ici pour le kohen : chez les mâles, aucun n'est bekhor car ce sont les fils des [bêtes] âgées ; et pour les femelles attachées aux primipares, la loi de bekhora ne s'applique pas [aux femelles].
אֵין חוֹשְׁשִׁין לְהַחְמִיר וּלְסַפְּקָן בִּסְפֵק בְּכוֹרוֹת וְלוֹמַר שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ וּזְכָרִים בְּנֵי הַמַּבְכִּירוֹת:
'On ne craint pas' — [on ne va pas] durcir et les rendre douteuses (safek bekhorot) en disant : peut-être le petit de celle-ci est-il venu auprès de celle-là, et les mâles seraient [en réalité] les fils des primipares.
🗂️ Tossefot (1)
הַנִּכְנָס לְתוֹךְ עֶדְרוֹ בַּלַּיְלָה כו' וּלְמָחָר הִשְׁכִּים כּוּ' תֵּימַהּ לָמָּה לֵיהּ לְמִינְקַט בְּעִנְיָן זֶה לֵימָא הַנִּכְנָס לְתוֹךְ עֶדְרוֹ וְרָאָה זְכָרִים תְּלוּיִם כו' וּנְקֵבוֹת כּוּ' וְי"ל דְּלִרְבוּתָא נְקַט הָכִי דאע"ג דְּוַדַּאי הָיְתָה תְּחִלַּת לֵידָתָן בַּלַּיְלָה שֶׁעֲדַייִן אֵין הָאִמָּהוֹת מַכִּירִין בְּווַלְדוֹתֵיהֶן וְדַרְכָּן לִטְעוֹת בַּלַּיְלָה וּבָא לוֹ בְּנָהּ שֶׁל זוֹ אֵצֶל זוֹ אֲפִי' הָכִי לָא חָיְישִׁינַן:
'Celui qui entre au milieu de son troupeau la nuit... et le lendemain il se lève tôt, etc.' — c'est étonnant : pourquoi formuler ainsi ? Qu'il dise [simplement] 'celui qui entre au milieu de son troupeau et voit les mâles attachés, etc., et les femelles, etc.' ! On peut répondre : il formule ainsi pour [enseigner] un surcroît (rebouta) — car bien que leur mise bas ait certainement commencé la nuit, alors que les mères ne reconnaissent pas encore leurs petits et qu'elles ont tendance à se tromper la nuit, [de sorte] que le petit de celle-ci vienne auprès de celle-là — malgré cela, on ne craint pas [le mélange].
💡 Explication

Suite de la baraita. On entre de nuit dans le troupeau : dix ou quinze bêtes mettent bas, certaines primipares (mavkirot, dont le petit serait un bekhor) et d'autres non. Le matin, on trouve les mâles attachés aux non-primipares et les femelles aux primipares — configuration où rien n'est dû au kohen (mâles = fils des non-primipares, donc pas bekhor ; femelles = pas de loi de bekhora). Rabban Chimon ben Gamliel dit : on ne craint pas un mélange des petits.

6
אִיבַּעְיָא לְהוּ: דָּבָר בְּחֶזְקָתוֹ דְּקָאָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, דְּאֵינָהּ מְרַחֶמֶת אֶלָּא אִם כֵּן יוֹלֶדֶת — הָא הֵיכָא דְּאוֹלִיד חָיְישִׁינַן לְרַחוֹמֵי, אוֹ דִּלְמָא: דְּיָדָהּ מְרַחֲמָא, דְּלָא דִּידַהּ לָא מְרַחֲמָא לֵיהּ?

On a soulevé [cette question] devant eux : le 'davar be-hezkato' qu'a dit Rabban Chimon ben Gamliel [signifie-t-il] qu'[une bête] n'est affectueuse que si elle a [déjà] enfanté — donc là où elle a enfanté, on craint [qu'elle allaite par] affection [un étranger] ; ou peut-être : le sien, elle l'allaite par affection, [mais] ce qui n'est pas le sien, elle ne l'allaite pas par affection ?

📜 Rachi (2)
שֶׁאֵינָהּ מְרַחֶמֶת ווְלַד בְּהֵמָה אַחֶרֶת:
'Qu'elle n'est pas affectueuse' — [pour le] petit d'une autre bête.
אא"כ יוֹלֶדֶת אִם הָיָה לָהּ ווָלָד מִתְּחִלָּה לְהַאי וַדַּאי א"נ לָא הָוֵי הַאי וָולָד דִּידָּה פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה דְּהָא הֲוָה לָהּ אַחַרְיַנָא וּמִיהוּ הֵיכָא דְּיָלְדָה חָיְישִׁינַן לְרַחוּמֵי שֶׁמְּרַחֶמֶת וְולַד בְּהֵמָה אַחֲרִיתִי:
'Que si elle a enfanté' — si elle avait d'abord un petit, celui-ci est certainement [le sien] ; et même si ce petit-là n'était pas le sien, elle est exempte de la bekhora, car elle avait [de toute façon] un autre [petit]. Cependant, là où elle a enfanté, on craint [qu'elle allaite par] affection, [c'est-à-dire] qu'elle allaite par affection le petit d'une autre bête.
💡 Explication

Ambiguïté (ibaya lehou) du 'davar be-hezkato'. Deux lectures : (1) une bête n'allaite un étranger que si elle a déjà mis bas — donc quand elle a enfanté, on craint un allaitement par affection ; ou (2) elle n'allaite par affection que son propre petit, jamais un étranger (le petit tête est donc sûrement le sien).

7
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִלְקָא עֲלָהּ מִשּׁוּם ״אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ״. אִי אָמְרַתְּ דִּידַהּ מְרַחֲמָא, דְּלָא דִּידַהּ לָא מְרַחֲמָא — לָקֵי, וְאִי אָמְרַתְּ דְּלָא דִּידַהּ נָמֵי מְרַחֲמָא — לָא לָקֵי.

Quelle en est la différence pratique (nafka mina) ? Pour être flagellé à son sujet en raison de 'lui et son fils' (oto ve-et beno).

Si tu dis : le sien elle l'allaite par affection, ce qui n'est pas le sien elle ne l'allaite pas — [alors] il est flagellé ; et si tu dis : ce qui n'est pas le sien aussi, elle l'allaite par affection — [alors] il n'est pas flagellé.

📜 Rachi (3)
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ הָא לְעִנְיַן בְּכוֹרָה מִמַּה נַפְשָׁךְ פְּטוּרָה דְּאִי הַאי לָאו דִּידָּה הָא הֲוָה לָהּ אַחַרְיַנָא:
'Quelle en est la différence pratique' — pour ce qui est de la bekhora, elle est exempte de toute façon (mi-mah nafchakh) : car si ce [petit] n'est pas le sien, [c'est qu']elle en avait [déjà] un autre.
לְמִילְקֵי עָלֶיהָ דְּהַאי שֶׁכָּרוּךְ אַחֲרֶיהָ מִשּׁוּם אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ:
'Pour être flagellé à son sujet' — pour ce [petit] qui est enroulé après elle, en raison de 'lui et son fils'.
לָא לָקֵי דְּדִלְמָא לָאו דִּידָּה הוּא:
'Il n'est pas flagellé' — car peut-être n'est-il pas le sien.
💡 Explication

Quelle différence pratique ? Pour la bekhora, elle est exempte de toute façon. La nafka mina concerne la flagellation pour transgression d'oto ve-et beno (interdit d'abattre une bête et son petit le même jour). Si la bête n'allaite que son propre petit, le petit qui la suit est certainement le sien : on est flagellé. Si elle peut allaiter un étranger, la filiation est douteuse : on n'est pas flagellé.

8
מַאי? תָּא שְׁמַע, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מִן הַגּוֹי — אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל אַחֶרֶת הָיָה. מִי קָתָנֵי ״הוּא״? ״הָיָה״ קָתָנֵי! הָכִי קָאָמַר: אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל אַחֶרֶת, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה לָהּ וָלָד מֵעִיקָּרָא.

Que [conclure] ? Viens et entends : Rabban Chimon ben Gamliel dit : celui qui achète une bête d'un non-Juif — il ne craint pas que peut-être elle soit (haya) le petit d'une autre.

Enseigne-t-il 'il est' (hou) ? C'est 'il était' (haya) qu'il enseigne !

Voici ce qu'il dit : il ne craint pas que peut-être [le petit] soit celui d'une autre, sauf si elle avait un petit dès le départ (me-ikara).

📜 Rachi (3)
אֵין חוֹשְׁשִׁין כו' אַלְמָא בְּוַדַּאי דִּילָּה מַחֲזִיק לֵיהּ דְּלָא מְרַחֲמָא אֶלָּא דִּידָּה:
'On ne craint pas, etc.' — il en ressort qu'on la tient pour [mère] certaine du [petit], car elle n'allaite par affection que le sien.
מִי קָתָנֵי אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל אַחֶרֶת הוּא:
'Enseigne-t-il' — 'on ne craint pas que peut-être il soit (hou) le petit d'une autre' ?
הָיָה קָתָנֵי וְהָכִי קָאָמַר מִמַּה נַפְשָׁךְ פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא מְרַחֲמָא בֶּן חֲבֶרְתָּהּ אֶלָּא א"כ הָיָה לָהּ וָולָד אַחֵר מֵעִיקָּרָא הִלְכָּךְ לְעִנְיַן בְּכוֹרָה וַדַּאי פְּטוּרָה אֲבָל לְעִנְיַן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ סְפֵיקָא הֲוַאי:
'C'est haya qu'il enseigne' — et voici ce qu'il dit : de toute façon (mi-mah nafchakh) elle est exempte de la bekhora, car on ne craint pas qu'elle allaite par affection le fils d'une autre, sauf si elle avait un autre petit dès le départ. Donc pour la bekhora elle est certainement exempte ; mais pour 'lui et son fils', c'est un doute.
💡 Explication

Tentative de preuve : Rabban Chimon ben Gamliel dit qu'on ne craint pas que le petit tête soit celui d'une autre — preuve qu'une bête n'allaite que le sien. Réfutation grammaticale : la baraita ne dit pas 'hou' (il est) mais 'haya' (il était). Sens réel : quelle que soit l'hypothèse, elle est exempte de bekhora, car elle n'allaite un étranger que si elle avait déjà un petit auparavant (me-ikara).

9
תָּא שְׁמַע: נִכְנַס בְּתוֹךְ עֶדְרוֹ וְרָאָה אֶת הַמַּבְכִּירוֹת מְנִיקוֹת, וְאֶת שֶׁאֵינָן מַבְכִּירוֹת מְנִיקוֹת — אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ, אוֹ שֶׁמָּא בְּנָהּ שֶׁל זוֹ בָּא לוֹ אֵצֶל זוֹ.

Viens et entends : celui qui entre au milieu de son troupeau et voit les primipares en train d'allaiter, et les non-primipares en train d'allaiter — il ne craint pas que peut-être le petit de celle-ci soit venu auprès de celle-là, ou que peut-être le petit de celle-là soit venu auprès de celle-ci.

💡 Explication

Autre tentative de preuve, tirée de la suite de la michna : on voit primipares et non-primipares toutes en train d'allaiter, et l'on ne craint pas un croisement des petits. Cela semblerait montrer qu'une bête n'allaite que le sien.

10
אַמַּאי? לֵיחוּשׁ דִּלְמָא רַחוֹמֵי רַחֵים! בִּמְקוֹם דִּידָּה, לָא שָׁבְקָא דִּידַהּ וּמְרַחֲמָא דְּלָא דִּידַהּ.

Pourquoi [donc] ? Craignons que peut-être elle allaite par affection [un étranger] !

[Réponse :] là où [se trouve] le sien, elle ne délaisse pas le sien pour allaiter par affection ce qui n'est pas le sien.

📜 Rachi (1)
דִּלְמָא רַחוּמֵי רֵחַיִם הוֹאִיל וּלְכֻולָּן הָוֵי וְלָדוֹת אֶלָּא וַדַּאי אַפִּי' יָלְדָה אֵינָהּ מְרַחֶמֶת אֶלָּא שֶׁלָּהּ וּמְשַׁנֵּי בְּמָקוֹם דִּידָּה כו':
'Que peut-être elle allaite par affection' — puisque pour toutes il y a des petits [présents]. Plutôt, certainement, même si elle a enfanté, elle n'allaite par affection que le sien. Et [la Guemara] répond : là où [se trouve] le sien, etc.
💡 Explication

La Guemara développe la preuve : on devrait craindre l'allaitement par affection — d'où il ressort qu'une bête n'allaite que son propre petit même après avoir enfanté. Réfutation : la preuve ne vaut pas, car en présence de son propre petit, la bête ne le délaisse jamais pour un étranger — cela n'exclut pas qu'elle allaite un étranger en l'absence du sien.

11
תָּא שְׁמַע: דָּבָר בְּחֶזְקָתוֹ כו׳. מַאי לָאו רֵישָׁא דֻּומְיָא דְּסֵיפָא? מַה סֵיפָא וַדַּאי דִּידַהּ, אַף רֵישָׁא וַדַּאי דִּידַהּ.

Viens et entends : 'le fait tient en son état', etc. N'est-ce pas que le début [de la baraita] est semblable à la fin ?

De même que dans la fin [le petit] est certainement le sien, de même dans le début [le petit] est certainement le sien.

📜 Rachi (2)
הַדָּבָר בְּחֶזְקָתוֹ וְכֵן כְּלוֹמַר דְּקָתָנֵי סֵיפָא וְכָךְ הָיָה רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר הַנִּכְנָס כו' מַאי לַָאו מִדְּסֵיפָא דְּקָתָנֵי וְכֵן כו':
'Le fait tient en son état, et de même' — c'est-à-dire que la fin enseigne 'et de même Rabban Chimon ben Gamliel disait : celui qui entre, etc.'. N'est-ce pas que, du fait que la fin enseigne 'et de même', etc. ?
וַדַּאי דִּידָּה דְּכָל חֲדָא וַחֲדָא הַתָּלוּי בָּהּ דִּידֵהּ הָוְיָא דְּהָא אֲמַרְתְּ בִּמְקוֹם דִּידַהּ לָא שָׁבְקָא דִּידַהּ וּמְרַחֲמָא דְּלָאו דִּידָּה רֵישָׁא נָמֵי דְּקָתָנֵי הַדָּבָר בְּחֶזְקָתוֹ בְּוַדַּאי דִּידֵהּ מַחְזְקִינַן לָהּ וּלְעִנְיַן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נָמֵי לָקֵי:
'Certainement le sien' — car chaque [petit] attaché à [une bête] est le sien, puisque tu as dit 'là où [se trouve] le sien, elle ne délaisse pas le sien pour allaiter par affection ce qui n'est pas le sien'. Le début aussi, qui enseigne 'le fait tient en son état', on la tient pour [mère] certaine du [petit], et pour 'lui et son fils' [on serait] aussi flagellé.
💡 Explication

Nouvelle tentative de preuve, fondée sur le mot 'de même' (ve-khen) qui relie les deux clauses de la baraita. Si les deux clauses sont analogues (rechah domya de-sefah), alors puisque dans la seconde le petit est certainement celui de sa mère, il en irait de même dans la première ('davar be-hezkato' = maternité certaine, donc on serait flagellé pour oto ve-et beno).

12
מִידִי אִירְיָא? הַאי כִּדְאִיתָא, וְהַאי כִּדְאִיתָא. וּמַאי ״וְכֵן״? אַפְּטוּרָה דִּבְכוֹרָה.

Est-ce comparable ? Celui-ci [est] comme il est, et celui-là [est] comme il est.

Et que signifie [alors] 'de même' ? Pour l'exemption de la bekhora.

📜 Rachi (3)
הָא כִּדְאִיתָא וְסֵיפָא וַדַּאי רֵישָׁא סָפֵק:
'Celui-ci [est] comme il est' — et la fin [est] certaine, [tandis que] le début [est] un doute.
וּמַאי וְכֵן הוֹאִיל וְלֹא דָּמוּ:
'Et que signifie de même' — puisqu'ils ne se ressemblent pas [en statut].
וּמְשַׁנֵּי לִפְטוּרָא לְהָא דָּמוּ דְּכִי הֵיכִי דְּסֵיפָא פְּטוּרוֹת וַדַּאי דְּהָא וַדַּאי נְקֵבוֹת תְּלוּיוֹת בַּמַּבְכִּירוֹת דְּלָא שָׁבְקָא דִּידָּה דְּקָאֵי קמה וּמְרַחֲמָא דְּלָאו דִּידֵהּ רֵישָׁא נָמֵי פְּטוּרוֹת מִן הַבְּכוֹרוֹת וַדַּאי דא"נ לָא דִּידָּה הוּא יְהֵא יוֹלֶדֶת אַחַרְיַנָא וְאֵינָהּ מְרַחֶמֶת אֶלָּא אִם כֵּן יוֹלֶדֶת וּלְעוֹלָם לְעִנְיַן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ סָפֵק:
'Et il répond : pour l'exemption' — sur ce point ils se ressemblent : de même que dans la fin elles sont certainement exemptes — car les femelles sont certainement attachées aux primipares, [la bête] ne délaissant pas le sien qui se tient devant elle pour allaiter par affection ce qui n'est pas le sien — le début aussi, elles sont certainement exemptes de la bekhora : car même si [le petit] n'est pas le sien, elle aura [de toute façon] enfanté un autre, puisqu'elle n'allaite par affection que si elle a enfanté ; et en tout état de cause, pour 'lui et son fils', c'est un doute.
💡 Explication

Réfutation : les deux clauses ne sont pas comparables (midi irya). La seconde clause traite d'un cas certain (chaque petit est présent auprès de sa mère) ; la première d'un cas douteux (mère incertaine). Le mot 'de même' (ve-khen) ne signifie pas identité de statut, mais seulement que dans les deux cas la bête est exempte de bekhora.

13
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רָאָה חֲזִיר שֶׁכָּרוּךְ אַחַר רָחֵל, פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה, וְאָסוּר בַּאֲכִילָה ״עַד יָבֹא וְיוֹרֶה צֶדֶק לָכֶם״.

Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui a vu un porc (hazir) attaché après une brebis (rahel) — [la brebis] est exempte de la bekhora, et [le porc] est interdit à la consommation 'jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne le droit pour vous' (Osée 10:12).

📜 Rachi (3)
שֶׁכָּרוּךְ אַחַר רָחֵל שֶׁדָּבוּק אַחֲרֶיהָ וּמְנִיקָתוֹ:
'Attaché après une brebis' — collé à elle, et elle l'allaite.
פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה וְהַבָּא אַחֲרָיו לָא הָוֵי בְּכוֹר:
'Exempte de la bekhora' — et le [petit] né après [ce porc] ne sera pas premier-né.
עַד יָבֹא וְיוֹרֶה צֶדֶק לָכֶם עַד שֶׁיָּבֹא אֵלִיָּהוּ וְיוֹרֶה אִם מֻותָּר אִם אָסוּר:
'Jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne le droit pour vous' — jusqu'à ce que vienne Élie et enseigne s'il est permis ou interdit.
🗂️ Tossefot (1)
רָאָה חֲזִיר שֶׁהוּא כָּרוּךְ אַחַר רָחֵל קְצָת קָשֶׁה דִּנְקַט חֲזִיר וְלֹא גָּמָל מִשּׁוּם דְּסָבַר כְּר' שִׁמְעוֹן דְּאָסַר קָלוּט הַיּוֹצֵא מִן הַטָּהוֹר וְאַפֵּי' הָיָה יָדוּעַ שֶׁהוּא בְּנָהּ שֶׁל רָחֵל הָיָה נֶאֱסָר בַּאֲכִילָה וּמִיהוּ מָצֵינַן לְמֵימַר דְּאַגַּב דִּנְקַט רָחֵל שֶׁהִיא בְּהֵמָה דַּקָּה נְקַט חֲזִיר א"נ נִיחָא לְמִינְקַט לְמִילְּתֵיהּ כְּכוּלֵּי עָלְמָא:
'Il a vu un porc attaché après une brebis' — il est un peu difficile [de comprendre] pourquoi il prend un porc et non un chameau (gamal), [ce serait] parce qu'il tient comme Rabbi Chimon qui interdit un koute (kalout, animal aux sabots non fendus) issu d'un [animal] pur — et même s'il était avéré qu'il est le fils de la brebis, il serait interdit à la consommation. Toutefois on peut dire : puisqu'il prend 'brebis', qui est du petit bétail, il prend [aussi] 'porc' [du petit bétail] ; ou bien il préférait formuler son propos selon l'avis de tous (ke-koulei alma).
⚖️ Rosh (2)
א"ר עֲקִיבָא אֲנִי לֹא בָּאתִי לִידֵי מִדָּה זוֹ וְכוּ'. מַאי אִיכָּא בֵינַייְהוּ בֵּין ר' עֲקִיבָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ אָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִסּוּרָא חָלָב פּוֹטֵר אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. ר' עֲקִיבָא סָבַר הַלֵּךְ אַחַר רֹוב בְּהֵמוֹת וְרֹוב בְּהֵמוֹת אֵינָן חוֹלְבוֹת אֶלָּא א"כ יוֹלְדוֹת. וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר הָא אִיכָּא מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת אע"פ שֶׁאֵינָן יוֹלְדוֹת. רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל פָּסַק דְּחָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר דִּלְקַמָּן בְּפִירְקִין סִי' ד פָּסְקִינַן הֲלָכָה כַּר' שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּאָמַר דְּהַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מְנִיקָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה דְּלָא מְרַחֲמָא אֶלָּא א"כ יָלְדָה. אֲבָל מִטַּעַם דְּחָלָב לְחוּד לָא מִיפְטָר אִם לֹא בִּשְׁבִיל דְּחָזֵינַן דִּמְרַחֲמָא לֵיהּ וּמְנִיקָתוֹ. וּמִתּוֹךְ זֶה מְדַקְדֵּק דְּחָיְישִׁינַן לְמִיעוּטָא הֵיכָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ כִּי הָכָא שֶׁהִיא בְּחֶזְקַת דְּלָא יָלְדָה. וְאַפֵּי' לָא קַיְימָא לַן כְּר' מֵאִיר דִּמְטַהֵר בְּהַהִיא דְּתִינוֹק חֻולִּין דַּף פּוֹ. דְּרֹוב מְטַפְּחִים מִטַּעַם זֶה סְמֹוךְ מִיעוּטָא לַחֲזָקָה לְהַחְמִיר. מִיהָא חָייְשִׁינַן כִּי הַךְ דְּהָכָא דְּהַעֲמֵד בְּהֵמָה עַל חֲזָקָה שֶׁלֹּא יָלְדָה וְסָמוּךְ מִיעוּטָא דְּחוֹלְבוֹת אע"פ שֶׁאֵינָן יוֹלְדוֹת לַחֲזָקָה. וְהָא דְּסָמְכִינַן אַרוֹב מְצֻוייָּן אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִים הֵן שָׁם דַּף ג: וְלָא אָמְרִינַן סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּאֵינָן מֻומְחִין לְחֶזְקַת בְּהֵמָה בְּחַיֶּיהָ בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת לְפִי שֶׁרֹוב מֻומְחִין הוּא מָצוּי הַרְבֵּה כִּדְאָמְרִינַן בְּגִיטִּין דַּף ב. דְּאַפֵּי' לְרַבִּי מֵאִיר דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא סְתָם סָפְרֵי דְּדַייָּנֵי מִגְמָר גְּמִירִי. וּלְמִיעוּטָא דְּלָא שְׁכִיחַ לָא חָייֵשׁ ר' מֵאִיר. כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לב.) וְהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן יְבָמוֹת דַּף קכא: בְּמַיִם דְּאֵין לָהֶם סוֹף שֶׁאִם נִישֵּׂאת בְּדִיעֲבַד לָא מַפְּקִינַן לָהּ וְלָא אָמְרִינַן סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּנִמְלָטִים לְחֶזְקַת דְּאִיסּוּרָא דְּאֵשֶׁת אִישׁ. מִשּׁוּם דְּמִיעוּטָא דְּנִמְלָטִים לָא שְׁכִיחַ אֶלָּא דְּמִשּׁוּם חוּמְרָא דְּאֵשֶׁת אִישׁ מַחְמְרִינַן לְכַתְּחִלָּה. וּבְגוֹסֵס נָמֵי לָא אָזְלִינַן בָּתַר רֻובָּא לְהַשִּׂיא אִשְׁתּוֹ מִשּׁוּם דְּסָמְכִינַן מִיעוּטָא דְּחַיִּים לְחֶזְקַת אֵשֶׁת אִישׁ. וְקָשֶׁה דְּאִם כֵּן מַאי פָּרִיךְ לְר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר חָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר מֵהַהִיא דִּיבָמוֹת יָצְתָה מְלֵיאָה אֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת כְּדִמְפָרֵשׁ דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא דִּזְכָרִים וּמִתּוֹךְ זֶה הוּא מְהַפֵּךְ מַחֲלָוקְתָּן. וּמַאי קַשְׁיָא לֵיהּ הָכָא אִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵי מִיעוּטָא וּלְהָכִי חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא. אֲבָל הָתָם לֵיכָּא חֲזָקָה שֶׁלֹּא הָיְתָה עוֹמֶדֶת בְּחֶזְקַת זְקוּקָה לְיָבָם. וּמַתְנִיתִין דְּהָתָם נָמֵי מוּכָח דְּיֵשׁ חִילּוּק מִדְּלָא פְּלִיג רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵישָׁא כְּשֶׁהָלַךְ בַּעְלָהּ וְצָרָתָהּ לִמְדִינַת הַיָּם וְחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא דְּמַפִּילוֹת כֵּיוָן דְּאִיכָּא חֲזָקָה לַיָּבָם בַּהֲדֵהּ. וְעוֹד לְמַאי דְּפָרִיךְ קַשְׁיָא טְפֵי דְּכֵיוָן דְּאָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ חָלָב פּוֹטֵר אַלְמָא לָא חָיֵישׁ ר' יְהוֹשֻׁעַ לְמִיעוּטָא אע"ג דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ. וּבְהַהִיא דִּיבָמוֹת מַשְׁמַע דְּלָא פְּלִיג ר' יְהוֹשֻׁעַ אֶלָּא בְּסֵיפָא אֲבָל בְּרֵישָׁא מוֹדֶה דְּחָיְישִׁינַן לְמִיעוּטָא הֵיכָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ. וי"ל דְּלָא חֲשִׁיב מִיעוּטָא דְּאִיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ מַה שֶׁהִיא בְּחֶזְקַת לֹא יָלְדָה דְּהַעֲמֵד וָלָד עַל חֶזְקָתוֹ וְנֹאמַר שֶׁהוּא חֻולִּין כְּמוֹ שֶׁהָיָה בִּמְעֵי אִמּוֹ. וְהַךְ חֲזָקָה עֲדִיפָא טְפֵי דְּאִיכָּא בַּהֲדֵהּ חֶזְקַת מָמוֹן דְּלָא מְפַקְּדִינַן לֵיהּ מִיַּד הַבְּעָלִים. וְהַשְׁתָּא נָמֵי נִיחָא שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר אִיפּוּךְ. וּמִיהוּ קַשְׁיָא דא"כ רַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר חָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא אע"ג דְּלֵיכָּא חֲזָקָה בַּהֲדֵהּ. וּבְרֵישׁ כָּל הַצְּלָמִים (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מ:) מַשְׁמַע דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא וְלֹא גָּזַר שְׁאָר מְקוֹמוֹת אַטּוּ אוֹתוֹ מָקוֹם כִּדְגָזַר ר' מֵאִיר מִשּׁוּם דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא. וְעוֹד קָשֶׁה דִּלְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף כד.) מַשְׁמַע דְּר' יוֹחָנָן אִית לֵיהּ דַּהֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג גַּבֵּי הַהִיא דְּרָאָה חֲזִיר כָּרוּךְ אַחַר רָחֵל וְר' יוֹחָנָן לָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא מִדְּאֹכֶל שְׁחִיטַת כּוּתִים בְּפֶרֶק קַמָּא דְּחֻולִּין וְגַם בְּפֶרֶק עֲשָׂרָה יוּחֲסִין (קִידּוּשִׁין דַּף פ.) גַּבֵּי רֹוב תִּינוֹקוֹת מְטַפְּחִים מַשְׁמַע דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּרַבָּנָן. וי"ל דְּר' יוֹחָנָן כְּדִיּוּקָא דְּמִלְּתֵיהּ דְּרַשְׁבָּ"ג לֹא סָבַר דְּמַשְׁמַע מִדְּלָא פָּטַר אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא מְרַחֲמָא לֵיהּ לַהֲנִיקוֹ אא"כ יְלָדַתּוּ מִכְּלָל דְּחָלָב אֵינוֹ פּוֹטֵר. אֶלָּא אַעִיקַּר מִלְּתֵיהּ הוּא דִּפְסִיק כְּוָותֵיהּ דְּלָא מְרַחֲמָא לֵיהּ אא"כ יָלְדָה וּלְעוֹלָם אִית לֵיהּ חָלָב פּוֹטֵר. וְנָפְקָא מִינָּהּ לִבְהֵמָה שֶׁרְאִינוּהָ חוֹלֶבֶת וְיָדַעְנוּ שֶׁלֹּא יָלְדָה אִם אַחַ"כּ רְאִינוּהָ מְנִיקָה וְלֹא יָדַעְנוּ אִם יָלְדָה אוֹתוֹ וָלָד אִי לָא דְּאָמְרִינַן לָא מְרַחֲמָא אא"כ יְלָדַתּוּ. וְהַשְׁתָּא נָמֵי מָצֵינַן לְמֵימַר דְּרַשְׁבָּ"ג נָמֵי אִית לֵיהּ דְּחָלָב פַיְטֶר דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא וְכֵן פָּסַק הָרַמְבַּ"ן זַ"ל דְּחָלָב פּוֹטֵר:
'Rabbi Akiva dit : je ne suis pas parvenu à cette mesure [de connaissance], etc.' Quelle différence y a-t-il entre Rabbi Akiva et Rabbi Yehochoua ? Rabbi Hanina de Soura dit : la question de savoir si le lait exempte [de bekhora] les sépare. Rabbi Akiva tient : suis la majorité des bêtes, et la majorité des bêtes ne donnent du lait que si elles ont enfanté. Rabbi Yehochoua tient : il y a une minorité [de bêtes] qui donnent du lait bien qu'elles n'aient pas enfanté. Rabbenou Tam a tranché que le lait n'exempte pas, car plus loin dans notre chapitre (siman 4) nous tranchons la halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit que celui qui achète une bête allaitante d'un idolâtre — elle est exempte de la bekhora, car elle n'allaite par affection que si elle a enfanté ; mais du seul fait [qu'elle donne] du lait elle ne serait pas exemptée, sauf lorsque nous constatons qu'elle l'allaite par affection. De là il déduit qu'on tient compte de la minorité là où il y a une hazaka (présomption) qui l'accompagne, comme ici où elle est présumée n'avoir pas enfanté. Et même si nous ne tranchons pas comme Rabbi Meir qui déclare pur dans le cas du nourrisson (Houlin 86a) — car la majorité [des femmes] tapotent [leur enfant] — pour cette raison [même], on joint la minorité à la hazaka pour durcir ; en tout cas on tient compte [de la minorité] comme ici : établis la bête sur sa présomption de n'avoir pas enfanté, et joins la minorité [de bêtes] qui donnent du lait sans avoir enfanté à la hazaka. Et si nous nous appuyons sur la majorité [des gens] présents auprès de l'abattage [en supposant] qu'ils sont experts (Houlin 3b), et que nous ne disons pas 'joins la minorité de non-experts à la présomption d'interdit de la bête de son vivant' — c'est parce que la majorité d'experts est très fréquente, comme nous disons dans Guittin (2a) que même pour Rabbi Meir qui tient compte de la minorité, les scribes ordinaires des tribunaux sont [réputés] avoir bien appris ; et Rabbi Meir ne tient pas compte d'une minorité qui n'est pas fréquente (lo chekhiah), comme nous disons au début de 'Benot Koutim' (Nidda 32a). Et de même nous disons dans Yevamot (121b) au sujet d'eaux 'sans fin' [visible], que si [la femme] s'est remariée [croyant son mari noyé], on ne l'extrait pas [du mariage] a posteriori, et l'on ne dit pas 'joins la minorité de ceux qui échappent [à la noyade] à la présomption d'interdit d'une femme mariée', car la minorité de ceux qui échappent n'est pas fréquente ; c'est seulement en raison de la gravité de [l'interdit de] la femme mariée qu'on durcit a priori. Et de même pour un mourant (gosses), on ne suit pas la majorité pour permettre à sa femme de se remarier, car on joint la minorité de ceux qui survivent à la présomption de femme mariée. Et il est difficile [d'objecter] : si tel est le cas, en quoi la Guemara fait-elle difficulté à Rabbi Yehochoua qui dit que le lait n'exempte pas, à partir de ce [cas] de Yevamot où [une femme] partie [chez son mari] pleine [enceinte] ne s'inquiète pas [d'un premier-né], parce qu'il ne tient pas compte de la minorité de mâles — et de là il [Rabbi Hanina] inverse leur mahloket ? En quoi cela fait-il difficulté : ici il y a une hazaka jointe à la minorité, c'est pourquoi on tient compte de la minorité ; mais là-bas [Yevamot] il n'y a pas de hazaka, car elle n'était pas dans la présomption d'être liée au lévirat. Et la michna de là-bas prouve aussi qu'il y a une distinction, du fait que Rabbi Yehochoua ne diverge pas dans le premier cas — quand son mari et sa co-épouse sont partis outre-mer et qu'on tient compte de la minorité de fausses-couches, puisqu'il y a une hazaka de lévirat qui l'accompagne. Et de plus, selon la difficulté soulevée, c'est encore plus difficile : puisque Rabbi Yehochoua dit que le lait exempte, il ne tient donc pas compte de la minorité même lorsqu'il y a une hazaka qui l'accompagne ; alors que dans [le cas] de Yevamot il semble que Rabbi Yehochoua ne diverge que dans le second cas, mais dans le premier il concède qu'on tient compte de la minorité là où il y a une hazaka. On peut répondre : on ne considère pas comme [pertinente] une minorité accompagnée d'une hazaka [ici] le fait qu'elle soit présumée n'avoir pas enfanté — [au contraire] établis le petit sur sa présomption [de non-consacré], et disons qu'il est profane (houlin) comme il l'était dans le ventre de sa mère ; et cette hazaka-là est préférable, car elle est accompagnée d'une hazaka de propriété (mamon), [selon laquelle] on ne l'extrait pas des mains du propriétaire. Et maintenant aussi cela s'explique bien, [puisqu']il faut dire 'inverse' [la mahloket]. Toutefois il est difficile [d'objecter] : si tel est le cas, Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit que le lait n'exempte pas, tient compte de la minorité alors qu'il n'y a pas de hazaka qui l'accompagne ; et au début de 'Kol ha-tselamim' (Avoda Zara 40b) il semble qu'il ne tient pas compte de la minorité et ne décrète pas [d'interdit] sur les autres lieux à cause de ce lieu-là, comme le décrète Rabbi Meir, parce qu'il ne tient pas compte de la minorité. Et il y a une autre difficulté : plus loin (Bekhorot 24a) il semble que Rabbi Yo'hanan tient que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel à propos de ce [cas] du porc attaché après la brebis, et [pourtant] Rabbi Yo'hanan ne tient pas compte de la minorité, du fait qu'il a mangé de l'abattage des Koutim au premier chapitre de Houlin, et aussi au chapitre 'Assara Yohassin' (Kidouchin 80a) à propos de la majorité des enfants qui tapotent, il semble que Rabbi Yo'hanan tient comme les Rabbanan [et non comme Rabbi Meir]. On peut répondre : Rabbi Yo'hanan ne tient pas selon la déduction stricte du propos de Rabban Chimon ben Gamliel — [à savoir] qu'il ressortirait, du fait qu'il n'exempte que parce qu'elle ne l'allaite par affection que si elle l'a enfanté, que le lait n'exempte pas — mais [il tient] sur le fond de son propos, qu'il tranche comme lui : elle n'allaite par affection que si elle a enfanté, et en vérité il tient que le lait exempte. Et la différence pratique [en découle] pour une bête que nous avons vue donner du lait et dont nous savons qu'elle n'a pas enfanté : si ensuite nous la voyons allaiter sans savoir si elle a enfanté ce petit-là, [nous dirons] qu'elle n'allaite par affection que si elle l'a enfanté. Et maintenant aussi on peut dire que Rabban Chimon ben Gamliel lui-même tient que le lait exempte, [et] qu'il ne tient pas compte de la minorité ; et ainsi a tranché le Ramban, que le lait exempte.
גְּמ' מה"מ. דת"ר אֶת זֶה תֹּאכְלוּ מִמַּעֲלֵה הַגֵּרָה וּמִמַּפְרִיסֵי הַפַּרְסָה. יֵשׁ לְךָ שֶׁמַּעֲלֶה גֵּרָה וּמַפְרִיס פַּרְסָה וְאִי אַתָּה אוֹכְלוֹ וְאֵיזֶה זֶה טָהוֹר הַנּוֹלָד מִן הַטָּמֵא אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר. ת"ל טָמֵא הוּא הוּא טָמֵא וְאֵין טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר טָמֵא אֶלָּא טָהוֹר. ר"ש אוֹמֵר גָּמָל גָּמָל שְׁנֵי פְּעָמִים אֶחָד גָּמָל שֶׁנּוֹלַד מִן הַגָּמָל וְאֶחָד גָּמָל שֶׁנּוֹלַד מִן הַפָּרָה. וְרַבָּנַן הַאי גָּמָל גָּמָל שְׁנֵי פְּעָמִים מַאי עָבְדִי לֵיהּ. חַד לֶאֱסֹור אֶת עַצְמוֹ וְחַד לֶאֱסֹור אֶת חֶלְבּוֹ. וְר' שִׁמְעוֹן לֶאֱסֹור חֲלָבוֹ מִנָּלֵיהּ נָפְקָא לֵיהּ מֵאֶת הַגָּמָל וְרַבָּנַן אֶת לָא דָּרְשִׁי. וְיֵשׁ לְדַקְדֵּק מִכָּאן דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּלָא דָּרְשִׁינַן אֵתִים דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן. ואע"ג דר' אֱלִיעֶזֶר וְר' יְהוֹשֻׁעַ שָׁמְעִינַן לְהוּ בַּבָּרַיְיתָא דְּאִית לְהוּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. הָוְיָא לָהּ סְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא וַהֲלָכָה כִּסְתָם בְּמַתְנִיתִין. וְסֻוגְיָא בְּעָלְמָא נָמֵי כְּרַבָּנָן דְּאָמַר בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עה:) אָמַר אַבָּיֵי הַכֹּל מוֹדִים בִּקְלוּטָה בֶּן פְּקוּעָה שֶׁמֻּותָּר וְאָמְרִי' נָמֵי הָתָם דַּף ע: ע"ש אֶלָּא מֵעַתָּה קָלוּט בֶּן פָּרָה לִיתְּסַר. וּלְקַמָּן נָמֵי בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כד.) גַּבֵּי חֲזִיר שֶׁכָּרוּךְ אַחַר רָחֵל מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ בְּלֹא מִקְצָת סִימָנִין מֻותָּר אַלְמָא קי"ל כְּרַבָּנָן דְּלָא דָּרְשִׁי אֵתִים. וְיֵשׁ לִדְחוֹת דאע"ג דקי"ל דְּקָלוּט שָׁרִי דָּרְשִׁי' אֵתִים וְטַעֲמָא דְּקָלוּט שָׁרִי מֵהוּא טָמֵא וְחֵלֶב אָסוּר מֵאֵת הַגָּמָל וְגָמָל נִשְׁנָה מִפְּנֵי הַשְּׁסוּעָה כְּמוֹ שָׁפָן וְאַרְנֶבֶת וַחֲזִיר אֲבָל יֵשׁ לְדַקְדֵּק מֵהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לז.) נָקְטִינַן אֵין קֹושִׁי סוֹתֵר בְּזִיבָה וְאִי מַשְׁכַּח תַּנָּא דְּסוֹתֵר ר' אֱלִיעֶזֶר הִיא וְהָתָם לְעֵיל מִינָּהּ דַּף לה. מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּר' אֱלִיעֶזֶר מִשּׁוּם דְּדָרֵישׁ אֵתִים וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמַר בִּכְתֻובּוֹת דַּף קג. צִוָּה רַבִּי אֶת בָּנָיו הִזָּהֲרוּ בִּכְבוֹד אִמְּכֶם וְקָאָמַר דְּאֵשֶׁת אָב הֲוַאי וּפָרִיךְ אֵשֶׁת אָב נָמֵי דְּאוֹרָיְיתָא דִּכְתִיב אֶת אָבִיךָ לְרַבּוֹת אֵשֶׁת אָבִיךָ וְי"ל דְּנִיחָא לֵיהּ לְיַשֵּׁב דְּרַבִּי אַלִּיבָּא דכ"ע. וְנִרְאֶה לִי דַּהֲלָכָה כְּר' עֲקִיבָא דְּדָרֵישׁ אֶת ה' אֱ-לֹהֶיךָ תִּירָא לְרַבּוֹת ת"ח. וְכֵן בְּכוּלֵּי הַשַּׁ"ס אָמְרִי' אֵתִין וְגַמִּין רִיבּוּיָא וְכָל הֵיכָא דְּאָמְרִינַן הַאי תַּנָּא אֶת לָא דָּרֵישׁ הַייְנוּ לִדְרָשָׁא זוֹ. לְבַר מֵהֵיכָא דְּמַייְתִי הַךְ דְּשִׁמְעוֹן הַעֲמָסוּנִי כִּי הָכָא. דְּהָא ר' שִׁמְעוֹן דָּרֵישׁ הָכָא אֶת ובפ"ק דִּמְנָחוֹת דַּף יא: גַּבֵּי אֶת כָּל הַלְּבוֹנָה קָאָמַר ר"ש אֶת לָא דְּרֵישׁ. אֶלָּא ה"ק אַתְּ לָא דְּרֵישׁ לְהַאי דְּרָשָׁא דְּמַפִּיק לֵיהּ לִדְרָשָׁא אַחֲרִיתָא. וְכָהֵנָּה רַבּוֹת בְּהַשַּׁ"ס וּבְנִדָּה דַּף לז. נָמֵי דָּרְשִׁינַן הַהוּא אֶת לִדְרָשָׁא אַחֲרִיתָא. הִלְכָּךְ אֵין קֹושִׁי סוֹתֵר בְּזִיבָה: הַטְּמֵאִין לֶאֱסֹור צִירָן. מַשְׁמַע הָכָא דְּצִיר אָסוּר מִדְּאוֹרַייְתָּא מִדְּפָרִיךְ בְּסָמוּךְ מ"ש חָלָב מִצִּיר אַלְמָא דְּרָשָׁא גְּמוּרָה הִיא וְכוּ' וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בס"פ אֵין מַעֲמִידִין: א"ל רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אָשֵׁי אֶלָּא טַעְמַייְהוּ דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם גָּמָל גָּמָל וְר' שִׁמְעוֹן מֵאֶת הַגָּמָל הָא לָאו הָכִי הֵ"א דַּחֲלֵב בְּהֵמָה טְמֵאָה שָׁרִי מ"ש מֵהָא דְּתַנְיָא הַטְּמֵאִים לֶאֱסֹור צִירָן וְרָוטְבָן וְקֵיפֶה שֶׁלָּהֶן. אִצְטְרִיךְ ס"ד הוֹאִיל וּבִבְהֵמָה טְהוֹרָה חִדּוּשׁ הוּא דְּלֵיכָּא מִידֵּי דְּאָתֵי מֵחַי וְשַׁרְייֵהּ רַחֲמָנָא וְהַאי חָלָב כְּאֵבֶר מִן הַחַי וְשַׁרְייֵהּ רַחֲמָנָא הִלְכָּךְ אַפֵּי' בִּבְהֵמָה טְמֵאָה נָמֵי לִישְׁתְּרֵי קמ"ל: וְחֵלֶב בְּהֵמָה טְהוֹרָה מנ"ל דְּשָׁרֵי. דִּכְתִיב אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ וְאִי לָא דִּשְׁרֵי מִשְׁתַּבַּח לַן קְרָא בְּמִידֵּי דְּלָא חֲזֵי לָן. וְאִיבָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא לְכוּ שִׁבְרוּ וֶאֱכֹלוּ וְגוֹ' בְּלֹא מְחִיר יַיִן וְחָלָב. וְהָא דְּבֵיצֵי עוֹף טָהוֹר שָׁרוּ אע"ג דְּאָתֵי מָחֵי נָפְקָא לָן מִדְּדָרְשִׁינַן חֻולִּין דַּף קמ. גַּבֵּי שִׁלּוּחַ הַקֵּן תִּקַּח לָךְ וְלֹא לִכְלָבֶיךָ וּמְמַעֲטִינַן מִינֵּיהּ עוֹף טָהוֹר רוֹבֵץ עַל בֵּיצֵי עוֹף טָמֵא. ואע"ג דְּאִיכָּא הַשְׁתָּא תַּרְתֵּי דְּאָתֵי מָחֵי כְּגוֹן חָלָב וּבֵיצִים מ"מ חֲשִׁיב לֵיהּ חִדּוּשׁ כֵּיוָן שֶׁאֵין שְׁנֵיהֶן בָּאִין כְּאֶחָד מָחֵי בְּעִנְיָן אֶחָד. וְכֵן יֵשׁ לְפָרֵשׁ נָמֵי גַּבֵּי דְּבַשׁ דְּבוֹרִים לְקַמָּן דְּלָא דָּמֵי לְחָלָב. א"נ כֵּיוָן דְּכָל שְׁאָר אֵבֶר מִן הַחַי אָסוּר מִיקְּרֵי הָנֵי חִידּוּשׁ:
Guemara : 'D'où cela [découle-t-il] ?' — car nos maîtres ont enseigné : 'ceci, vous le mangerez, parmi ce qui rumine et parmi ce qui a le sabot fendu' (Lev 11:3) — il y a [un cas] qui rumine et a le sabot fendu et que pourtant tu ne manges pas, et lequel est-ce ? Le [nouveau-né] pur né d'un [animal] impur ; ou peut-être est-ce plutôt l'impur né d'un [animal] pur ? Le verset enseigne : 'il est impur' (Lev 11:4) — il [l'animal impur par nature] est impur, mais l'impur né d'un [animal] pur n'est pas impur, mais pur. Rabbi Chimon dit : 'chameau, chameau' [écrit] deux fois (Lev 11:4 et Deut 14:7) — l'un [pour] le chameau né d'un chameau, l'autre [pour] le chameau né d'une vache [c.-à-d. un koute issu d'un animal pur, interdit]. Et les Rabbanan, ce 'chameau, chameau' deux fois, qu'en font-ils ? L'un pour interdire l'animal lui-même, l'autre pour interdire son lait. Et Rabbi Chimon, d'où tire-t-il l'interdit du lait ? Il le tire de 'et le chameau' (Lev 11:4). Et les Rabbanan n'exégètent pas le 'et' (et). Et l'on peut déduire de là que telle est la halakha : nous n'exégétons pas les 'et', car la halakha est comme les Rabbanan. Et bien que nous ayons entendu dans une baraita que Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua tiennent comme Rabbi Chimon, [l'avis des Rabbanan] figure de façon anonyme (setam) dans une michna et la mahloket [seulement] dans une baraita, et la halakha suit le setam de la michna. La sougya en général [tient] aussi comme les Rabbanan, car il est dit au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 75b) : Abaye dit, tous concèdent qu'un koute [issu d'un] fils d'une bête abattue [ben pekoua] est permis ; et nous disons aussi là-bas (70b, vois-y) : 's'il en est ainsi, un koute fils de vache devrait être interdit' ; et plus loin aussi au chapitre 'Ha-lokeah behema' (Bekhorot 24a) à propos du porc attaché après la brebis, il semble que même sans une partie des simanim [de pureté] il est permis — il en ressort que nous tenons comme les Rabbanan qui n'exégètent pas les 'et'. Et l'on peut repousser [cela] : bien que nous tenions qu'un koute est permis, nous exégétons [tout de même] les 'et', et la raison pour laquelle le koute est permis vient de 'il est impur' [ce qui exclut le pur né de l'impur], et l'interdit du lait vient de 'et le chameau', et 'chameau' est répété à cause du 'chassoua' (Deut 14:7), comme [sont mentionnés ensemble] le daman, le lièvre et le porc. Mais on peut déduire de ce qui est dit au chapitre 'Benot Koutim' (Nidda 37a) : nous tenons pour établi qu'une période difficile [d'accouchement] n'interrompt pas la ziva, et si tu trouves un tana [enseignant] qu'elle interrompt, c'est Rabbi Eliezer ; et là-bas, plus haut (35a), la raison de Rabbi Eliezer est expliquée : parce qu'il exégète les 'et'. Et il est difficile [d'objecter] à partir de ce qui est dit dans Ketoubot (103a) : Rabbi ordonna à ses fils 'soyez attentifs à l'honneur de votre mère', et l'on dit que c'était [en fait] la femme de son père (marâtre), et l'on objecte : la femme du père aussi [découle] de la Torah, comme il est écrit 'ton père' (et avikha) pour inclure la femme de ton père ! On peut répondre : il [le réditeur] préférait expliquer [le propos de] Rabbi selon l'avis de tous. Et il me semble que la halakha est comme Rabbi Akiva qui exégète 'l'Éternel ton Dieu tu craindras' (et Hachem élokékha tira) pour inclure les talmidei hakhamim. Et de même dans tout le Chas nous disons que les 'et' et les 'gam' sont des inclusions, et partout où nous disons 'ce tana n'exégète pas le et', c'est [seulement] pour cette exégèse-ci [particulière], sauf là où l'on rapporte ce [cas] de Chimon ha-Amsoni, comme ici. Car Rabbi Chimon exégète ici le 'et', et au premier chapitre de Menahot (11b) à propos de 'toute l'encens' (et kol ha-levona) il dit que Rabbi Chimon n'exégète pas le 'et' ; plutôt voici ce qu'il dit : il n'exégète pas le 'et' selon cette exégèse-là, car il l'utilise pour une autre exégèse. Et de nombreux [cas] semblables se trouvent dans le Chas ; et dans Nidda (37a) aussi nous exégétons ce 'et' pour une autre exégèse. Par conséquent, une période difficile n'interrompt pas la ziva. 'Les impurs' (ha-téméim) — pour interdire leur saumure (tsiran). Il semble ici que la saumure est interdite par la Torah, du fait que la Guemara objecte plus loin 'en quoi le lait diffère-t-il de la saumure ?' — il en ressort que c'est une exégèse pleine [de la Torah], etc., comme il l'a écrit à la fin de 'Ein maamidin'. Rav Aha fils de Rav Achi lui dit : mais la raison des Rabbanan [tient] à 'chameau, chameau', et [celle de] Rabbi Chimon à 'et le chameau' ; sans cela, j'aurais dit que le lait d'une bête impure est permis — en quoi diffère-t-il de ce qui est enseigné : 'les impurs' [interdit] leur saumure, leur bouillon et leur sédiment (kipa) ? Il [le raisonnement] était nécessaire [car] on aurait pu penser : puisque pour une bête pure c'est une nouveauté (hidoch) — car il n'y a rien qui provienne d'un [animal] vivant que la Torah permette, et ce lait est comme un membre [arraché] d'un vivant que la Torah a [pourtant] permis — donc même pour une bête impure il serait permis ; c'est pourquoi [le verset] nous enseigne [qu'il est interdit]. 'Et le lait d'une bête pure, d'où [savons-nous] qu'il est permis ?' Car il est écrit 'un pays ruisselant de lait et de miel' (Ex 3:8), et si [le lait] n'était pas permis, le verset ne nous vanterait pas [le pays] par quelque chose qui ne nous convient pas. Et si tu veux, dis [la preuve] d'ici : 'allez, achetez et mangez... sans argent, du vin et du lait' (Isaie 55:1). Et le fait que les œufs d'un oiseau pur soient permis, bien qu'ils proviennent d'un vivant, nous le tirons de ce que nous exégétons (Houlin 140a) à propos du renvoi du nid 'tu prendras pour toi' (Deut 22:7) — et non pour tes chiens — et l'on en exclut un oiseau pur couvant les œufs d'un oiseau impur. Et bien qu'il y ait maintenant deux [choses] qui proviennent d'un vivant — le lait et les œufs — c'est néanmoins considéré comme une nouveauté, puisque les deux ne viennent pas ensemble d'un vivant de la même manière. Et de même il faut expliquer à propos du miel des abeilles plus loin, qu'il ne ressemble pas au lait. Ou bien : puisque tout autre membre [arraché] d'un vivant est interdit, ceux-ci sont appelés une nouveauté.
💡 Explication

Cas analogue : un animal ressemblant à un porc (hazir) qui suit et tête une brebis (rahel). La brebis est exempte de bekhora (le petit suivant né sera pas premier-né). Mais le porc-là est interdit à la consommation 'jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne le droit' (Osée 10:12) — c'est-à-dire jusqu'à la venue d'Élie qui tranchera.

14
פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה — כְּמַאן? כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, וְאָסוּר בַּאֲכִילָה — כְּרַבָּנָן.

[Elle est] exempte de la bekhora — selon qui ? Selon Rabban Chimon ben Gamliel ; et [il est] interdit à la consommation — selon les Rabbanan.

📜 Rachi (2)
כְּר' שִׁמְעוֹן לָא מְרַחֲמָא דְּלָא דִּידָּה וְהַאי חֲזִיר גּוּפֵיהּ לֹא קָדוֹשׁ דְּנִדְמֶה הוּא:
'Selon Rabbi Chimon' — [une bête] n'allaite pas par affection ce qui n'est pas le sien ; et ce porc lui-même n'est pas consacré [comme premier-né] car c'est un [animal] modifié (nidmeh, ressemblant à une autre espèce).
וְאָסוּר בַּאֲכִילָה כְּרַבָּנָן דְּחָייְשִׁינַן לְרַחוּמֵי דְּאִי כְּרַשְׁבָּ"ג הֲוָה טָמֵא הַיּוֹצֵא מִן הַטָּהוֹר וּמֻותָּר בַּאֲכִילָה כְּדַאֲמָרָן בְּפִירְקִין קַמָּא (דַּף ה:):
'Et interdit à la consommation selon les Rabbanan' — car on craint [l'allaitement par] affection ; car si [c'était] selon Rabban Chimon ben Gamliel, ce serait un [animal] impur issu d'un [animal] pur, et il serait permis à la consommation, comme nous l'avons dit au premier chapitre (5b).
💡 Explication

Difficulté sur l'énoncé de Rabba bar bar Hana : il combine deux avis opposés. L'exemption de bekhora suppose que la brebis est certainement la mère (donc elle a déjà enfanté) — c'est Rabban Chimon ben Gamliel. Mais l'interdiction de consommer le porc suppose qu'elle a pu allaiter un étranger par affection — c'est l'avis des Rabbanan.

15
וְתוּ, אִי כְּרַבָּנָן, מַאי ״עַד יָבֹא וְיוֹרֶה צֶדֶק לָכֶם״? ״עַד שֶׁיִּוָּדַע לְךָ דָּבָר״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

De plus, si [c'est] selon les Rabbanan, que signifie 'jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne le droit pour vous' ? Il aurait fallu [dire] : 'jusqu'à ce que la chose te soit connue' !

📜 Rachi (2)
מַאי יָבֹא וְיוֹרֶה כֵּיוָן דִּכְרַבָּנָן ס"ל דְּחָייְשִׁי לְרַחוּמֵי מַאי יָבֹא וְיוֹרֶה גִּלּוּי מִילְּתָא הוּא שֶׁיַּגִּיד לָנוּ אִם בְּנָהּ הוּא אִם לָאו וְהוֹרָאָה לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר אֶלָּא בִּדְבַר הֲלָכָה:
'Que signifie il vient et enseigne' — puisqu'il tient comme les Rabbanan qui craignent [l'allaitement par] affection, que signifie 'il vient et enseigne' ? [Ce serait] une révélation de fait : il nous dira si c'est son fils ou non ; or le terme 'enseignement' (horaa) ne s'applique qu'à une question de halakha.
עַד שֶׁיִּוָּדַע הַדָּבָר אִם בְּנָהּ הוּא אִם לֹא:
'Jusqu'à ce que la chose soit connue' — si c'est son fils ou non.
💡 Explication

Seconde difficulté : si l'on suit les Rabbanan, le doute est factuel (le porc est-il, oui ou non, le fils de la brebis ?) — résoluble par simple constatation. La baraita aurait alors dû dire 'jusqu'à ce que la chose te soit connue'. Or elle emploie 'jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne le droit' (yoréh), formule qui suppose un doute halakhique tranché par Élie.

16
וְכִי תֵּימָא: מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אִי כְּרַבָּנַן, אִי מְסַפְּקָא לֵיהּ — אַמַּאי פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה? וְתוּ: מִי מְסַפְּקָא לֵיהּ? וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל מָקוֹם שֶׁשָּׁנָה רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בְּמִשְׁנָתֵינוּ — הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ, חוּץ מֵעָרֵב, וְצַיְּדָן, וּרְאָיָה אַחֲרוֹנָה!

Et si tu disais : il [Rabbi Yo'hanan] est dans le doute [de savoir] si la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel ou comme les Rabbanan — [si] il est dans le doute, pourquoi [la brebis serait-elle] exempte de la bekhora ? Et de plus : est-il [vraiment] dans le doute ?

Mais Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : partout où Rabban Chimon ben Gamliel a enseigné dans notre michna, la halakha est comme lui, sauf [pour] 'le garant' (arev), 'Tsaïdan', et 'la dernière preuve' (raaya aharona) !

📜 Rachi (1)
וְכִי תֵּימָא מְסַפְּקָא לֵיהּ כו' וה"ק עַד שֶׁיָּבֹא וְיוֹרֶה אִי הֲלָכָה כְּר"ש וּמֻותָּר בַּאֲכִילָה אִי כְּרַבָּנָן וְאָסוּר בַּאֲכִילָה מִסְּפֵיקָא שֶׁמָּא רִיחֲמַתּוּ:
'Et si tu disais : il est dans le doute, etc.' — et voici ce qu'il dit : 'jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne' si la halakha est comme Rabbi Chimon et [le porc est] permis à la consommation, ou comme les Rabbanan et [il est] interdit à la consommation par doute, [car] peut-être l'a-t-elle allaité par affection.
💡 Explication

On propose que le doute d'Élie porterait sur la halakha elle-même (Rabban Chimon ben Gamliel ou Rabbanan ?). Double réfutation : (1) si c'était un doute, pourquoi la brebis serait-elle exempte de bekhora (ce qui suit R. Ch. b. Gamliel) ? (2) Il n'y a pas de doute : Rabbi Yo'hanan enseigne lui-même que partout où Rabban Chimon ben Gamliel enseigne dans la michna, la halakha suit son avis, hormis trois exceptions (arev, Tsaïdan, raaya aharona).

17
לְעוֹלָם פְּשִׁיטָא לֵיהּ הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, מִיהוּ מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי סָבַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל יוֹלֶדֶת מְרַחֶמֶת, אוֹ אֵינָהּ מְרַחֶמֶת. אִי הָכִי, עַד דְּאַשְׁמְעִינַן חֲזִיר, לִישְׁמְעִינַן טָלֶה, וּלְמִילְקֵי עֲלֵיהּ מִשּׁוּם ״אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ״!

En vérité, il lui est évident que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel ; toutefois il est dans le doute [de savoir] si Rabban Chimon ben Gamliel tient qu'une [bête] qui a enfanté allaite par affection [un étranger], ou qu'elle ne l'allaite pas. [Objection :] s'il en est ainsi, avant de nous enseigner [le cas d']un porc, qu'il nous enseigne [celui d']un agneau (taléh), et [le doute porterait] sur la flagellation à son sujet en raison de 'lui et son fils' !

📜 Rachi (4)
לְעוֹלָם פְּשִׁיטָא לֵיהּ הֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן דִּפְטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה דְּוַדַּאי א"נ לָאו דִּידָּה הוּא אִי לָאו דַּהֲוָה לָהּ וָלָד לָא הָוְיָא מְרַחֲמָא לֵיהּ:
'En vérité il lui est évident que la halakha est comme Rabbi Chimon' — [à savoir] qu'elle est exempte de la bekhora ; car certainement, même si [le petit] n'est pas le sien, si elle n'avait pas eu [elle-même] un petit elle ne l'allaiterait pas par affection.
וּמִיהוּ מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי סָבַר ר"ש כו' וְהַייְנוּ עַד יָבֹא וְיוֹרֶה צֶדֶק וְיַעֲמִידֶנּוּ עַל טַעְמוֹ שֶׁל רַשְׁבָּ"ג:
'Toutefois il est dans le doute [de savoir] si Rabbi Chimon tient, etc.' — et c'est [cela] 'jusqu'à ce qu'il vienne et enseigne le droit' et établisse pour nous la raison de Rabban Chimon ben Gamliel.
יוֹלֶדֶת מְרַחֶמֶת וְהַאי אָסוּר בַּאֲכִילָה דִּלְעִנְיַן בְּכוֹרָה מִיפְטָר מִשּׁוּם דְּאִי הֲוָה דִּידָּה שַׁפִּיר וְאִם לָאו דִּידָּה הֲוָה לָהּ אַחַרְיַנָא וּבַאֲכִילָה אָסוּר דְּאִיכָּא לְמֵימַר וָלָד אַחֲרִינָא הֲוָה לָהּ וּמִית וְרִחַמְתִּיהָ לְהַאי:
'[Une bête] qui a enfanté allaite par affection' — et alors ce [porc] est interdit à la consommation, car pour la bekhora elle est exempte du fait que, si c'était le sien, tant mieux, et si ce n'était pas le sien, [c'est qu']elle en avait un autre ; mais à la consommation il est interdit, car on peut dire qu'elle avait un autre petit, qu'il est mort, et qu'elle a allaité celui-ci par affection.
אוֹ אֵינָהּ מְרַחֶמֶת וּמֻותָּר בַּאֲכִילָה דְּוַדַּאי דִּידָּה הוּא:
'Ou qu'elle n'allaite pas par affection' — et [alors le porc est] permis à la consommation, car il est certainement le sien.
💡 Explication

Réponse : le doute d'Élie ne porte pas sur la halakha (évidemment comme R. Ch. b. Gamliel), mais sur la portée de son avis : une bête qui a déjà enfanté allaite-t-elle aussi un étranger par affection, ou seulement le sien ? Objection : alors pourquoi choisir un porc ? Il aurait suffi d'un agneau (taléh), et le doute aurait porte sur la flagellation pour oto ve-et beno.

18
חֲזִיר אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן טָלֶה, הֲוָה אֲמִינָא: אִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּסָבַר יוֹלֶדֶת מְרַחֲמָא — דְּמִינָהּ, דְּלָא מִינָּהּ — לֹא. אַשְׁמְעִינַן חֲזִיר, דִּמְרַחֶמֶת, וַאֲפִילּוּ דְּלָאו מִינַהּ נָמֵי, דְּאִיכָּא לְמֵימַר דִּלְמָא מְרַחֲמָא.

[Le cas du] porc lui était nécessaire : car s'il nous avait enseigné [celui d']un agneau, j'aurais dit — même si tu admets qu'il tient qu'une [bête] qui a enfanté allaite par affection [un étranger] : [c'est vrai] de sa [propre] espèce (de-minah), [mais] ce qui n'est pas de son espèce (de-lav minah) — non. [C'est pourquoi] il nous enseigne [le cas d']un porc, [pour dire] qu'elle allaite par affection même ce qui n'est pas de son espèce, car on peut dire : peut-être l'allaite-t-elle par affection.

📜 Rachi (2)
(דְּאִי) לְאַשְׁמְעִינַן טָלֶה וּלְלָקוּ עֲלֵיהּ מִשּׁוּם אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וְלֵימָא רָאָה טָלֶה כָּרוּךְ בְּרָחֵל פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה מִמַּה נַפְשָׁךְ אִי הַאי לָאו דִּידָּה אַחֲרִינָא הֲוָה לֵיהּ וּמִית וְרַחֲמִיתָא הַאי מִשּׁוּם אוֹתוֹ בְּנוֹ לָא לָקֵי עַד יָבֹא וְיוֹרֶה לָנוּ טַעְמוֹ שֶׁל רַבָּן שִׁמְעוֹן:
'S'il nous avait enseigné un agneau et [le doute porterait] sur la flagellation à son sujet en raison de lui et son fils' — et qu'il dise 'il a vu un agneau attaché à une brebis, [elle est] exempte de la bekhora de toute façon : si ce [petit] n'est pas le sien, elle en avait un autre, qui est mort, et elle a allaité celui-ci par affection ; [donc] en raison de lui [et] son fils il n'est pas flagellé, jusqu'à ce qu'il vienne et [nous] enseigne la raison de Rabban [Chimon].'
הֲוָה אֲמִינָא אַפֵּי' אִם תִּימְצֵי לוֹמַר יוֹלֶדֶת מְרַחֶמֶת הָנֵי מִילֵּי דְּמִינָהּ אֲבָל חֲזִיר מֻותָּר בַּאֲכִילָה דְּלָאו דְּמִינָהּ לָא מְרַחֲמָא וְהָא וַדַּאי בְּנָהּ הֲוַאי:
'J'aurais dit : même si tu admets [qu'elle] allaite par affection' — [une bête] qui a enfanté — ceci [ne vaudrait que] de sa [propre] espèce ; mais un porc serait permis à la consommation, car ce qui n'est pas de son espèce elle ne l'allaite pas par affection, et celui-ci est donc certainement son fils.
💡 Explication

Justification du choix du porc : avec un agneau, on aurait pu limiter l'allaitement par affection à la même espèce (de-minah) — une brebis allaiterait un agneau étranger mais non un porc. En prenant un porc (espèce différente, de-lav minah), on enseigne que la bête peut allaiter par affection même un étranger d'une autre espèce — d'où le doute qui subsiste et l'interdit à la consommation.

19
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בָּעֵי

Et c'est [le sens de] ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : on a soulevé [une question]...

💡 Explication

Charnière vers la suite (7b/24b) : le propos rapporté par Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan introduit une nouvelle question (bei), poursuivie sur la page suivante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).