Bekhorot 28a — la durée de consommation du bekhor, le délai de garde du bekhor à défaut, et l'abattage avant expertise du mum

Bekhorot 28a

Sougya : Le daf achève d'abord l'exégèse des mots redondants de Nombres 18:18 : l'école de Rav apprend que le bekhor (premier-né) est mangé deux jours et une nuit (assimilé aux chelamim), tandis que 'yihyeh lekha' enseigne aussi qu'un bekhor porteur d'un défaut (baal mum) revient au kohen, halakha introuvable ailleurs. La michna se demande ensuite combien de temps le propriétaire peut garder un bekhor devenu baal mum : douze mois si le défaut survient dans la première année, trente jours s'il survient après.

Une barayta (mum quinze jours avant la fin de l'année : on complète quinze jours) réfute (teiouvta) R. Elazar qui voulait trente jours pleins.

La dernière michna oppose R. Yehouda (qui autorise) et R.

Meir (qui interdit, par kenas/guezera) au sujet de celui qui abat le bekhor puis montre son mum à l'expert ; Rabba bar bar Hana précise que le litige ne porte que sur les défauts du corps, non sur la taie de l'œil (qui change après la mort), où tous interdisent.

Combien de temps mange-t-on la chair du bekhor (premier-né) ? École de Rav (Rav Yehouda) 2 jours + 1 nuit (comme les chelamim) Les autres (had. de Rabbi Akiva) refuse le hekech chair-hazeh-vachoq Source des mots redondants de Nb 18:18 'lekha yihyeh' = HAVAYA (être) en plus = un jour de plus pour le bekhor comme la poitrine+cuisse des chelamim 'yihyeh lekha' = bekhor avec défaut (mum) donne au kohen (introuvable ailleurs) 'ou-vessaram' au pluriel : tam ET baal mum Exégèse des redondances : chaque mot en trop enseigne une halakha bekhor tam : mangé 2 jours et 1 nuit ; baal mum : reste la propriété du kohen
Comment l'école de Rav et les autres dérivent les halakhot du bekhor des mots redondants de Nb 18:18 (segments 0-3).
Combien de temps garder un bekhor avec défaut (mum) ? naissance fin de la 1re année (12 mois) après Mum apparu DANS la 1re année on peut le garder jusqu'à la fin des 12 mois (mais pas au-delà : seulement complétion) Mum apparu APRÈS la 1re année 30 jours à compter de l'apparition du mum (chevat avedah : rendre au kohen) Cas de la barayta : mum 15 jours avant la fin de l'année on COMPLÈTE 15 jours après l'année (chachlama, pas 30 pleins) -> réfutation (teiouvta) de R. Elazar qui voulait 30 jours pleins
Le délai de garde d'un bekhor devenu baal mum, selon le moment d'apparition du défaut (segments 4-10).
Abattre le bekhor puis montrer son défaut au sage R. Meir : interdit R. Yehouda : permis abattu sans avis d'un expert (moumhé) = kenas (amende) / guezera le défaut, une fois montré, est bien un mum permanent (qavoua) Rabba bar bar Hana précise le désaccord Doukin ba-ayin (taie de l'œil) : tous d'accord INTERDIT (l'œil change après la mort : on ne peut plus vérifier) Mumin ba-gouf (défauts du corps) : là est le litige R. Meir décrète par crainte (guezera) ; R. Yehouda ne décrète pas
Le litige R. Meir / R. Yehouda sur l'abattage avant expertise, précisé par Rabba bar bar Hana (segments 11-13).
1
וְאִידָךְ, אִי מֵהָתָם אִיכָּא לְמֵימַר חָזֶה וָשׁוֹק שֶׁל תּוֹדָה.

Et l'autre [avis, l'école de Rav] : de là [du verset 'et leur chair sera pour toi comme la poitrine du balancement et comme la cuisse droite'], il y aurait lieu de dire [qu'on compare le bekhor à] la poitrine et la cuisse d'une todah (offrande de reconnaissance), [qui ne se mangent qu'un jour et une nuit].

📜 Rachi (1)
וְאִידָךְ דְּמַפִּיק מִוּבִּשְׂרָם יִהְיֶה לָךְ וְגוֹ' הַהוּא וַדַּאי בְּחָזֶה וְשׁוֹק דְּתוֹדָה מִישְׁתַּעֵי אֶלָּא שְׁנֵי יָמִים נָפְקָא לֵיהּ מִיהֵיהּ לְךָ דְּמַשְׁמַע הֲוָיָה אַחֶרֶת לְבַר מִזּוֹ:
Et l'autre — [l'avis] qui déduit de 'et leur chair sera pour toi, etc.' : celui-là parle certainement de la poitrine et de la cuisse d'une todah ; mais les deux jours, il les tire de 'yihyeh lekha' (il sera pour toi), qui indique une existence (havaya) supplémentaire, au-delà de celle-là.
🗂️ Tossefot (1)
הֲוָה אֲמִינָא בְּחָזֶה וְשׁוֹק שֶׁל תּוֹדָה לְר' עֲקִיבָא לֵית לֵיהּ כִּי הַךְ סְבָרָא בְּסוֹף אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נז.) וּמְפָרֵשׁ דְּהָתָם פְּלִיגִי בְּהֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר אִי הָוֵי הֶיקֵּשׁ אוֹ לֹא:
'On aurait pu dire [qu'il s'agit de] la poitrine et la cuisse d'une todah' — pour Rabbi Akiva, il n'admet pas ce raisonnement, à la fin du chapitre 'Eizehou mekoman' (Zevahim 57a) ; et l'on y explique que là-bas ils divergent sur [la question de savoir] si '[dériver] à partir de lui-même et d'un autre élément' constitue un hekech (rapprochement analogique) ou non.
💡 Explication

La Guemara achève un débat sur la durée de consommation du bekhor (premier-né). L'école de Rav n'apprend pas des mots 'ou-vessaram yihyeh lekha' (Nb 18:18) que le bekhor se mange deux jours et une nuit, car ce verset pourrait comparer le bekhor à la poitrine et la cuisse de la todah (offrande de reconnaissance), qui ne se mangent qu'un jour et une nuit, et non aux chelamim (deux jours). Ils tirent donc les deux jours d'un autre mot du verset.

2
וְאִידָךְ, אֲמַר קְרָא: ״לְךָ יִהְיֶה״ — הוֹסִיף לְךָ הַכָּתוּב הֲוָיָה אַחֶרֶת בִּבְכוֹר.

Et l'autre [Rav Yehouda au nom de Rav] : le verset dit 'lekha yihyeh' (à toi ce sera) — l'Écriture t'a ajouté une existence (havaya) supplémentaire pour le bekhor.

💡 Explication

Rav Yehouda au nom de Rav répond : le doublement 'yihyeh lekha... lekha yihyeh' (Nb 18:18) ajoute une havaya (mention d'existence) de plus. Cette mention supplémentaire enseigne un jour de consommation en plus pour le bekhor — il est donc assimilé aux chelamim (deux jours et une nuit), et non à la todah.

3
וְאִידָךְ, הָא מֵהָתָם אִיכָּא לְמֵימַר: הַאי ״יִהְיֶה לְךָ״ — לִימֵּד עַל בְּכוֹר בַּעַל מוּם שֶׁנּוֹתְנוֹ לְכֹהֵן, שֶׁלֹּא מָצִינוּ לוֹ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ.

Et l'autre [l'école de Rav] : de là [de cette havaya supplémentaire] il y a lieu de dire [autre chose] : ce 'yihyeh lekha' a enseigné au sujet d'un bekhor porteur d'un défaut (baal mum) qu'on le donne au kohen — [halakha] que nous n'avons trouvée nulle part dans toute la Torah.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא מָצִינוּ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ שֶׁיִּתְּנֶנּוּ לַכֹּהֵן אֶלָּא מֵרִבּוּיָא דְּהַאי יִהְיֶה לְךָ נָפְקָא:
Que nous n'avons trouvée nulle part dans toute la Torah — [le fait] qu'on le donne au kohen : cela ne se déduit que du surcroît de ce 'yihyeh lekha'.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא מָצִינוּ לוֹ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁיִּתְּנֶנּוּ לַכֹּהֵן אֶלָּא מֵרִיבּוּיָא לְפֵירוּשׁוֹ כֵּן יָכוֹל לוֹמַר בְּכָל דְּרָשׁוֹת וּמְפָרֵשׁ רִ"י דְּהָכִי קָאָמַר שֶׁלֹּא מָצִינוּ לוֹ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ שֶׁיִּתְּנֶנּוּ כֻּולָּהּ כַּיּוֹצֵא בָּזֶה דְּחַטָּאת וְאָשָׁם שֶׁהֵם לַכֹּהֵן כְּשֶׁקְּרֵיבִין לַמִּזְבֵּחַ אִם הֻומְּמוּ שֶׁהַמִּזְבֵּחַ מַפְסִיד חֶלְקוֹ מַפְסִיד גַּם לַכֹּהֵן אֲבָל בְּכוֹר אֲפִילּוּ בַּעַל מוּם דְּכֹהֵן הוּא וְכֵן הַהִיא דְּפֶרֶק שְׁתֵּי מִדּוֹת (מְנָחוֹת דַּף צֵא:) גַּבֵּי נְסָכִים לַכֶּבֶשׁ הָאֶחָד זֶה אַחַד עָשָׂר שֶׁל מַעֲשֵׂר שֶׁלֹּא מָצִינוּ לוֹ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ שֶׁיְּהֵא טָפֵל חָמוּר מִן הָעִיקָּר דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר אַחַד עָשָׂר שֶׁל מַעֲשֵׂר יוֹכִיחַ כְּדִמְשַׁנֵּי אַמּוֹתָר מִפֶּסַח וְכֵן בְּשַׁבָּת בְּפֶ' אָמַר ר' עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פג:) זֶה הֶיסֵּטוֹ שֶׁל זָב שֶׁלֹּא מָצִינוּ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ דְּטֻומְאָה הֲמַסְטַת תְּטַמֵּא:
'Que nous n'avons trouvée nulle part dans toute la Torah' — Rachi explique : qu'on le donne au kohen, [ce qui] ne se déduit que d'un surcroît [de mots]. Selon son explication, on pourrait en dire autant de toutes les derachot. Le Ri (Rabbenou Yitzhak) explique donc ainsi : cela veut dire que nous n'avons trouvé nulle part dans toute la Torah [un cas] pareil à celui-ci — car le hattat et le acham, qui reviennent au kohen lorsqu'ils sont offerts sur l'autel, si ils deviennent porteurs d'un défaut (houmemou), l'autel perd sa part et le kohen aussi perd la sienne ; mais le bekhor, même baal mum, appartient au kohen. De même le passage du chapitre 'Chetei midot' (Menahot 91b) à propos des libations 'pour le premier agneau' — c'est-à-dire le onzième du maaser : nous n'avons trouvé nulle part dans toute la Torah que le secondaire (tafel) soit plus rigoureux que le principal (ikar), car on aurait pu dire 'le onzième du maaser le prouve', comme on répond à propos du reste du korban Pessa'h. De même dans Chabbat, au chapitre 'Amar R. Akiva' (Chabbat 83b) : c'est le déplacement (heset) du zav — nous n'avons trouvé nulle part dans toute la Torah qu'une impureté transmise par déplacement (mesitah) rende impur.
💡 Explication

L'école de Rav retourne l'argument : la mention supplémentaire ne sert pas à ajouter un jour, mais à enseigner qu'un bekhor baal mum (premier-né porteur d'un défaut) revient tout de même au kohen. Cette halakha ne se déduit d'aucun autre endroit de la Torah ; il faut donc le verset pour elle.

4
וְאִידָךְ, אָמַר ״וּבְשָׂרָם״ — אֶחָד תָּם וְאֶחָד בַּעַל מוּם, וְאִידָךְ — ״וּבְשָׂרָם״ דְּהָנֵי בְּכוֹרוֹת דְּכֻולְּהוּ יִשְׂרָאֵל קָאָמַר.

Et l'autre [Rav Yehouda] dit : 'ou-vessaram' (et leur chair) [au pluriel enseigne] aussi bien le [bekhor] intact (tam) que celui à défaut (baal mum). Et l'autre [l'école de Rav] : 'ou-vessaram' [au pluriel] parle des bekhorot de tous les Israélites [en général, pas des baalei mum].

📜 Rachi (2)
וְאִידָךְ דְּמַפִּיק מִיהֵיהּ לְךָ שְׁנֵי יָמִים וְלַיְלָה אַחַת בְּכוֹר בַּעַל מוּם שֶׁנִּיתָּן לַכֹּהֵן מִוּבִשְׂרָם יִהְיֶה לְךָ נָפְקָא לְשׁוֹן רַבִּים מַשְׁמַע אֶחָד תָּם וְאֶחָד בַּעַל מוּם:
Et l'autre — [l'avis] qui déduit de 'yihyeh lekha' les deux jours et la nuit : le bekhor baal mum donné au kohen, il le déduit de 'ou-vessaram yihyeh lekha', [dont] le pluriel indique aussi bien le tam que le baal mum.
וְאִידָךְ וּבְשָׂרָם לָא מַשְׁמַע אֶלָּא תְּמִימִים וְהָא דִּנְקַט לְשׁוֹן רַבִּים דְּאַבְּכוֹרוֹת דְּכוּלְּהוּ יִשְׂרָאֵל קָאֵי:
Et l'autre : 'ou-vessaram' — n'indique que les [bêtes] intactes ; et s'il emploie le pluriel, c'est qu'il se rapporte aux bekhorot de tous les Israélites.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִידַּךְ וּבְשָׂרָם דְּהָנֵי בְּכוֹרוֹת דְּכֻולְּהוּ יִשְׂרָאֵל קָאָמַר בְּסוֹף אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נז.) מְשַׁנֵּי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל מִבְּשָׂרָם דְּהָנָךְ [בְּכוֹרוֹת] קָאָמַר מַשְׁמַע רוֹצֶה לוֹמַר דְּקָאֵי אַבְּכוֹר שׁוֹר וְכֶשֶׂב וָעֵז דִּכְתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ וְשִׁינּוּיָא אַחַרְיַנָא הוּא וְא"ת וְהָא תַּנָּא לָא דְּרֵישׁ מִידֵּי מִוְּבִשְׂרָם לְשׁוֹן רַבִּים וּבְסֻוגְיָא דְּהָתָם לְעֵיל (שָׁם דַּף נו:) דְּרֵישׁ ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דָּמוֹ לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא דָּמָם חֶלְבּוֹ לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא חֶלְבָּם לִימֵּד עַל בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר שֶׁטְּעוּנִין מַתַּן דָּמִים וְאֵמוּרִין לַמִּזְבֵּחַ וי"ל דִּפְלוּגְתָּא הִיא בר"פ בֵּית שַׁמַּאי בִּזְבָחִים (דַּף לז.) וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל נָפְקָא לֵיהּ מִדַּם זְבָחֶיךָ יִשָּׁפֵךְ:
'Et l'autre : ou-vessaram parle des bekhorot de tous les Israélites' — à la fin de 'Eizehou mekoman' (Zevahim 57a), Rabbi Yichmael répond : 'ou-vessaram' parle de ces [bekhorot]-là, c'est-à-dire qu'il se rapporte au bekhor du taureau, du mouton et de la chèvre mentionnés juste avant — et c'est une réponse différente. Et si tu objectes : ce tana ne dérive rien du pluriel de 'ou-vessaram', alors que dans la sougya là-bas plus haut (Zevahim 56b) R. Yossi ha-Gelili dérive : il n'est pas dit 'son sang' (damo) mais 'leur sang' (damam), il n'est pas dit 'sa graisse' (helbo) mais 'leur graisse' (helbam), pour enseigner que le bekhor et le maaser requièrent l'aspersion du sang et le brûlage des emourim sur l'autel ? On peut répondre : c'est une divergence, au début du chapitre 'Beit Chammai' dans Zevahim (37a) ; et Rabbi Yichmael, lui, le dérive de 'le sang de tes sacrifices sera répandu' (dam zevaheikha yichafekh).
💡 Explication

D'où Rav Yehouda tire-t-il alors le bekhor baal mum au kohen ? Du pluriel 'ou-vessaram' (leur chair), qui inclut le premier-né tam (intact) comme baal mum (à défaut). L'école de Rav rétorque : le pluriel ne vise pas les baalei mum, mais renvoie simplement aux bekhorot de tous les Israélites.

5
נוֹלַד לוֹ מוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ, רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ. אִיבַּעְיָא לְהוּ: הֵיכִי קָאָמַר? נוֹלַד לוֹ בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ, רַשַּׁאי לְקַייְּמוֹ כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ, וּלְאַחַר שְׁנָתוֹ נָמֵי שְׁלֹשִׁים? אוֹ דִּלְמָא: הֵיכָא דְּנוֹלַד בּוֹ מוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ, רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ וְתוּ לָא, וְהֵיכָא דְּנוֹלַד לוֹ אַחַר שְׁנָתוֹ, אֵינוֹ רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ אֶלָּא שְׁלֹשִׁים?

[Michna] Si un défaut lui est survenu au cours de sa première année, [le propriétaire] a le droit de le garder tous les douze mois. On s'est interrogé : comment [la michna] veut-elle dire ?

[Est-ce :] si [un défaut] lui est survenu au cours de sa première année, il a le droit de le garder tous les douze mois, et après son année aussi trente [jours] ? Ou peut-être : là où un défaut lui est survenu au cours de sa première année, il a le droit de le garder tous les douze mois et pas davantage ; et là où [le défaut] lui est survenu après son année, il n'a le droit de le garder que trente [jours] ?

📜 Rachi (3)
וּלְאַחַר שְׁנָתוֹ נָמֵי שְׁלֹשִׁים יוֹם אַף עַל גַּב דְּמוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ נוֹלַד טוּבָא:
Et après son année aussi trente jours — bien que le défaut soit survenu longtemps dans l'année.
כָּל י"ב חֹדֶשׁ עַד שֶׁיְּהוּ לוֹ שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ מִשֶּׁנּוֹלַד:
Tous les douze mois — jusqu'à ce qu'il ait douze mois depuis sa naissance.
הֵיכָא דְּנוֹלַד בּוֹ מוּם לְאַחַר שְׁנָתוֹ רַשַּׁאי לְקַייְּמוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם מִשֶּׁנּוֹלַד הַמּוּם דִּלְאַחַר שְׁנָתוֹ דְּמַתְנִי' ה"ק וְאִם לְאַחַר שְׁנָתוֹ נוֹלַד הַמּוּם יְקַיְּימֶנּוּ שְׁלֹשִׁים יוֹם:
Là où un défaut lui est survenu après son année — il a le droit de le garder trente jours depuis l'apparition du défaut ; le 'après son année' de la michna veut dire ceci : si c'est après son année que le défaut est apparu, il le garde trente jours.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מִדְּקָתָנֵי נוֹלַד לוֹ מוּם תּוֹךְ שְׁנָתוֹ לְמֵימְרָא דִּלְשָׁנָה דִּידֵיהּ מָנֵינַן לֵיהּ מנה"מ. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב אָמַר קְרָא לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ תֹאכֲלֶנּוּ שָׁנָה בְשָׁנָה אֵיזֶהוּ שָׁנָה שֶׁנִּכְנֶסֶת בַּחֲבִירְתֵּהּ הֱוֵי אוֹמֵר זוֹ שָׁנָה שֶׁל בְּכוֹר. אִיבַּעְיָא לְהוּ הֵיכִי קָאָמַר נוֹלַד בּוֹ מוּם תּוֹךְ שְׁנָתוֹ רַשַּׁאי לְקַייְּמוֹ כָּל י"ב חֹדֶשׁ וּלְאַחַר שְׁנָתוֹ עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם. אוֹ דִלְמָא הָכִי קָאָמַר הֵיכָא דְּנוֹלַד בּוֹ מוּם תּוֹךְ שְׁנָתוֹ רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ כָּל י"ב חֹדֶשׁ וְתוּ לָא. וְהֵיכָא דְּנוֹלַד לוֹ מוּם אַחַר שְׁנָתוֹ אֵינוֹ רַשַּׁאי לְקַייְּמוֹ אֶלָּא שְׁלֹשִׁים יוֹם. תָּא שְׁמַע בְּכוֹר שֶׁנּוֹלַד לוֹ מוּם ט"ו יוֹם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ מַשְׁלִימִין לוֹ ט"ו יוֹם אַחַר שְׁנָתוֹ. הַשְׁלָמָה אִין מֵיהֲבָא לָא : גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק אַרִּבְעַהְרָאשִׁי שָׁנִים דַּף ו: בְּכוֹר מֵאֵימָתַי מוֹנִין לוֹ שָׁנָה. אַבָּיֵי אָמַר מִשָּׁעָה שֶׁנּוֹלַד. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר מִשְּׁעַת שֶׁנִּרְאֶה לְהַרְצָאָה. וְלָא פְּלִיגִי הָא בְּתָם וְהָא בְּבַעַל מוּם בַּעַל מוּם מִי מָצֵי אָכֵיל לֵיהּ דְּקִים בֵּיהּ דְּכָלוּ לוֹ חֳדָשָׁיו. וְאִי שְׁהִיָּיה לִבְכוֹר לְבָתַר זִימְנֵיהּ מִיעַבַּר קָא עָבַר עָלֶיהָ אֲבָל אִיפְּסוֹלֵי לָא מִיפְּסִיל אֶלָּא אִי בַּעַל מוּם הוּא שָׁחֵיט וְאָכִיל לֵיהּ. וְאִי תָּם הוּא מַקְרִיב. דְּתַנְיָא שָׁם דַּף ה: אֲחֵרִים אוֹמְרִים בְּכוֹר שֶׁעָבְרָה שְׁנָתוֹ יָכוֹל יְהֵא כִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין וְיִפְסֹל ת"ל וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' מַעְשַׂר דְּגָנְךָ תִּירֹושְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ וּבְכֹורֹות בְּקָרְךָ מַקִּישׁ בְּכוֹר לְמַעֲשֵׂר מַה מַעֲשֵׂר אֵינוֹ נִפְסָל מִשָּׁנָה לַחֲבֶירְתָּהּ אַף בְּכוֹר אֵינוֹ נִפְסָל מִשָּׁנָה לַחֲבֶירְתָּהּ.
[Guemara] Du fait qu'il est enseigné 'si un défaut lui est survenu au cours de sa première année', c'est donc dire qu'on lui compte SON année [personnelle, à partir de sa naissance]. D'où cela [se déduit-il] ? Rav Yehouda dit au nom de Rav : le verset dit 'devant l'Éternel ton Dieu tu le mangeras, année par année' (Dt 15:20) — quelle est l'année qui entre dans une autre [en chevauchant] ? Dis : c'est l'année du bekhor [comptée depuis sa naissance]. On s'est interrogé : comment veut-elle dire ? [Est-ce :] si un défaut lui est survenu dans son année il a le droit de le garder tous les douze mois, et après son année jusqu'à trente jours ? Ou peut-être veut-elle dire : là où un défaut lui est survenu dans son année il a le droit de le garder tous les douze mois et pas davantage, et là où un défaut lui est survenu après son année il n'a le droit de le garder que trente jours ? Viens et entends : un bekhor auquel un défaut est survenu quinze jours avant la fin de son année, on lui complète quinze jours après son année — la complétion (chachlama) oui, mais donner [trente pleins] non. Nous lisons au chapitre 'Arbaa rachei chanim' (Roch Hachana 6b) : un bekhor, à partir de quand lui compte-t-on l'année ? Abaye dit : depuis l'instant où il est né. Rav Aha bar Yaakov dit : depuis l'instant où il est apte à l'agréation (haratsaah, l'offrande). Et ils ne divergent pas : ceci [vaut] pour un [bekhor] tam et cela pour un baal mum. Un baal mum, peut-on [attendre pour] le manger, puisqu'on est certain que ses mois se sont accomplis ? Et si l'on diffère le bekhor au-delà de son temps, on transgresse à son sujet, mais il ne devient pas invalide (passoul) ; plutôt, si c'est un baal mum on l'abat et on le mange, et si c'est un tam on l'offre. Car il est enseigné là-bas (Roch Hachana 5b) : Aherim disent : un bekhor dont l'année est passée, on aurait pu penser qu'il serait comme les invalides des consacrés (passoulei ha-mouqdachin) et deviendrait passoul ; l'Écriture dit 'et tu mangeras devant l'Éternel le maaser de ton blé, de ton vin et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros bétail' (Dt 14:23) — elle rapproche le bekhor du maaser : de même que le maaser n'est pas invalide d'une année à l'autre, de même le bekhor n'est pas invalide d'une année à l'autre.
💡 Explication

La michna : un bekhor baal mum peut être garde douze mois si le défaut est né dans l'année. La Guemara pose une iba'aya (interrogation) : les douze mois (défaut dans l'année) et les trente jours (défaut après l'année) sont-ils cumulatifs (douze mois PUIS trente jours), ou bien deux cas distincts (soit douze mois, soit trente jours) ?

6
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא: בְּכוֹר בַּזְּמַן הַזֶּה, עַד שֶׁלֹּא נִרְאָה לְהַרְאוֹתוֹ לֶחָכָם — רַשַּׁאי לְקַייְּמוֹ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים, וּמִשֶּׁנִּרְאֶה לְהַרְאוֹתוֹ לְחָכָם, נוֹלַד לוֹ מוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ — רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ.

Viens et entends, car il est enseigné (barayta) : un bekhor, de nos jours [sans Temple], tant qu'il n'y a pas [lieu] de le montrer à un sage — [le propriétaire] a le droit de le garder deux ou trois ans ; et depuis qu'il y a [lieu] de le montrer à un sage, [si] un défaut lui est survenu au cours de sa première année — il a le droit de le garder tous les douze mois.

📜 Rachi (2)
בַּזְּמַן הַזֶּה שֶׁאֵין תָּם רָאוּי לִכְלוּם:
De nos jours — où le [bekhor] intact n'est bon à rien.
עַד שֶׁלֹּא נִרְאָה לְהַרְאוֹתוֹ לֶחָכָם שֶׁלֹּא נָפַל בּוֹ מוּם אַחַר שְׁנָתוֹ:
Tant qu'il n'y a pas [lieu] de le montrer à un sage — [c'est-à-dire] tant qu'aucun défaut ne lui est survenu après son année.
🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁלֹּא נִרְאָה לְהַרְאוֹתוֹ לֶחָכָם פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁלֹּא נָפַל בּוֹ מוּם וְקָשֶׁה מַאי רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים עַל כָּרְחָיךְ יְקַיְּימֶנּוּ וְדֹוחַק לְפָרֵשׁ רַשַּׁאי לְשׁוֹן חַייָּב כִּי הַהִיא דַּעֲרָכִין (דַּף כֹּח:) דְּמַקְדִּישִׁין אוֹתוֹ הֶקְדֵּשׁ עִילּוּי כַּמָּה אָדָם רוֹצֶה לִיתֵּן בְּקָרְבָּן זֶה לַעֲשׂוֹתוֹ עוֹלָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי דְּפֵירוּשׁוֹ כְּמוֹ אע"פ שֶׁאֵינוֹ חַייָּב וַהֲוָה מָצֵינַן לְפָרֵשׁ דִּנְקַט רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ כְּלוֹמַר וְאֵין זָקוּק לְכָונְסוֹ לְכִיפָּה אע"ג דִּשְׁאָר קָדָשִׁים שֶׁהִקְדִּישׁ וְהֶחֱרִים בַּזְּמַן הַזֶּה אָמְרִינַן בְּפ"ק דע"ז (דַּף יג.) בְּהֵמָה תֵּעָקֵר דְּנוֹעֵל דֶּלֶת בְּפָנֶיהָ וְהִיא מֵתָה מֵאֵילֶיהָ אֲבָל הָיָה מַשְׁמַע דְּאִם הָיָה רוֹצֶה לְכָונְסוֹ לְכִיפָּה כּוֹנְסוֹ וּמַעֲשִׂים בְּכָל יוֹם שֶׁשּׁוֹמְרִים אוֹתָם עַד שֶׁיִּפֹּול בָּהֶם מוּם וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ עַד שֶׁלֹּא נִרְאָה לְהַרְאוֹתוֹ לֶחָכָם שֶׁלֹּא נִזְדַּמֵּן לוֹ חָכָם אַחַר שֶׁנָּפַל בּוֹ מוּם שֶׁאֵין זָקוּק לְהוֹלִיכוֹ בְּמָקוֹם רָחוֹק לְמָקוֹם שֶׁהֶחָכָם שָׁם:
'Tant qu'il n'y a pas [lieu] de le montrer à un sage' — Rachi explique : tant qu'aucun défaut ne lui est survenu. Cela fait difficulté : que signifie 'il a le droit de le garder deux ou trois ans', alors qu'il est bien obligé de le garder ? Et il est forcé d'expliquer 'a le droit' au sens d''est tenu', comme dans Erakhin (28b) où l'on consacre [une bête] par une consécration d'évaluation (heqdech ilouy) — combien un homme voudrait-il donner pour ce sacrifice pour en faire une ola, bien qu'il n'en ait pas le droit — dont le sens est 'bien qu'il n'y soit pas tenu'. On aurait pu expliquer qu'il emploie 'a le droit de le garder' pour dire qu'il n'est pas contraint de l'enfermer dans une cellule [pour l'y laisser mourir], bien que pour les autres consacrés qu'on a consacrés ou frappés d'interdit (herem) de nos jours, on dise au premier chapitre de Avoda Zara (13a) 'la bête sera supprimée' — [c'est-à-dire] qu'on ferme la porte devant elle et qu'elle meurt d'elle-même ; mais il semblerait que s'il voulait l'enfermer dans une cellule, il le pourrait. Or on constate chaque jour qu'on garde [ces bêtes] jusqu'à ce qu'un défaut leur survienne. Il paraît donc [préférable] d'expliquer 'tant qu'il n'y a pas [lieu] de le montrer à un sage' [ainsi] : tant qu'aucun sage ne s'est trouvé [disponible] après l'apparition du défaut, [le propriétaire] n'étant pas tenu de le conduire en un lieu éloigné, là où se trouve le sage.
💡 Explication

Une barayta apporte un élément : de nos jours (sans Temple, où le bekhor tam n'est bon à rien), tant qu'aucun défaut n'est apparu, on peut garder le bekhor deux ou trois ans. Une fois un défaut apparu dans la première année, on peut le garder douze mois. La Guemara va exploiter la suite pour trancher l'iba'aya.

7
אַחַר שְׁנָתוֹ אֵינוֹ רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד, וַאֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת. אֲבָל מִפְּנֵי הֲשָׁבַת אֲבֵידָה לַבְּעָלִים, אָמְרוּ: רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם.

Après son année, il n'a pas le droit de le garder même un seul jour, même une seule heure. Mais en raison de la restitution de la chose perdue à ses propriétaires (hachavat avedah), [les Sages] ont dit : il a le droit de le garder trente jours.

📜 Rachi (1)
אֵינוֹ רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד וקס"ד אַנּוֹלַד בּוֹ מוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ קָאֵי וְקָתָנֵי אֲבָל מִפְּנֵי הֲשָׁבַת אֲבֵידָה לַבְּעָלִים דְּהַייְנוּ כֹּהֵן דְּשֶׁמָּא אִם בְּיַד יִשְׂרָאֵל הָוֵי הַאי בְּכוֹר לָא מַשְׁכַּח כֹּהֵן לִמְיַתְּבִי לֵיהּ וְאִי שָׁחֵיט לֵיהּ יַסְרִיחַ הַבָּשָׂר אָמְרוּ רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ ל' יוֹם וְאִי לָא מַשְׁכַּח כֹּהֵן שׁוֹחֲטוֹ וּמוֹלְחוֹ עַד שֶׁיִּמְצָא כֹּהֵן. אַלְמָא ל' יוֹם דְּקָאָמַר אַנּוֹלַד מוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ קָאֵי:
Il n'a pas le droit de le garder même un seul jour — on suppose que [la barayta] parle d'un défaut survenu au cours de sa première année, et enseigne : mais en raison de la restitution de la chose perdue à ses propriétaires — c'est-à-dire le kohen : car peut-être, si ce bekhor reste entre les mains d'un Israélite, ne trouvera-t-il pas de kohen à qui le donner, et s'il l'abat la viande pourrira ; [les Sages] ont dit : il a le droit de le garder trente jours ; et s'il ne trouve pas de kohen, il l'abat et le sale jusqu'à ce qu'il trouve un kohen. Il ressort donc que les trente jours dont on parle se rapportent à un défaut survenu au cours de la première année.
🗂️ Tossefot (1)
מִפְּנֵי הֲשָׁבַת אֲבֵידָה לַבְּעָלִים פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דְּהַיְינוּ כֹּהֵן דְּזִימְנִין דְּלָא מַשְׁכַּח כֹּהֵן לִמְיַתְּבָא לֵיהּ וְאִם יִשְׁחָטֶנּוּ מִיָּד יִסְרַח לְפִיכָךְ רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם אַחַר שְׁנָתוֹ וְאוֹמֵר רַבִּי דְּמַיְירֵי בְּיַד כֹּהֵן וא"צ עַכְשָׁיו לְבָשָׂר וְנָתְנוּ לוֹ חֲכָמִים זְמַן ל' יוֹם אֲבָל יִשְׂרָאֵל לְעוֹלָם מַמְתִּין עַד שֶׁיִּמְצָא כֹּהֵן:
'En raison de la restitution de la chose perdue à ses propriétaires' — Rachi explique : c'est-à-dire le kohen, car parfois on ne trouve pas de kohen à qui le donner, et si on l'abattait aussitôt il pourrirait ; c'est pourquoi il a le droit de le garder trente jours après son année. Et Rabbi (Rabbenou Tam) dit : il s'agit [d'un bekhor déjà] entre les mains d'un kohen qui n'a pas besoin de la viande maintenant, et les Sages lui ont accordé un délai de trente jours ; mais un Israélite, lui, attend toujours jusqu'à ce qu'il trouve un kohen.
💡 Explication

Suite de la barayta : après l'année, on ne peut garder le bekhor même une heure. Mais par hachavat avédah (restitution du bien perdu — ici, laisser au propriétaire le temps de trouver un kohen à qui le remettre), les Sages accordent trente jours. La Guemara suppose (au départ) que cette clause parle encore d'un défaut apparu dans la première année.

8
וַעֲדַיִין תִּיבְּעֵי לִי: שְׁלֹשִׁים יוֹם אַחַר שְׁנָתוֹ, אוֹ דִלְמָא קֹודֶם שְׁנָתוֹ?

Et pourtant l'interrogation subsiste : les trente jours [sont-ils accordés pour un défaut survenu] après son année, ou bien peut-être [même pour un défaut survenu] avant son année ?

📜 Rachi (2)
עֲדַייִן תִּיבְּעֵי דְּבָרַייְתָא גּוּפָהּ אִיכָּא לְסַפּוּקָא דְּאִיכָּא לְמֵימַר הָא דְּקָתָנֵי לְאַחַר שְׁנָתוֹ אֵין רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ כו' הָכִי קָאָמַר נוֹלַד בּוֹ לְאַחַר שְׁנָתוֹ אֵין רַשַּׁאי לְקַיְּימוֹ כו' וְעָלָה קָאֵי אֲבָל מִפְּנֵי הֲשָׁבַת אֲבֵידָה כו':
L'interrogation subsiste — car la barayta elle-même prête au doute : on peut dire que ce qu'elle enseigne, 'après son année il n'a pas le droit de le garder, etc.', veut dire ceci : [si le défaut] lui est survenu après son année, il n'a pas le droit de le garder, etc. — et c'est sur cela que porte 'mais en raison de la restitution de la chose perdue, etc.'.
אוֹ דִלְמָא קֹודֶם שְׁנָתוֹ כְּלוֹמַר אִם נוֹלַד מוּם קֹודֶם שְׁנָתוֹ נָמֵי קָאָמַר דִּלְאַחַר שְׁנָתוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם:
Ou peut-être avant son année — c'est-à-dire : elle dit que même si le défaut est survenu avant son année, on donne trente jours après l'année.
💡 Explication

La Guemara constate que la barayta elle-même ne tranche pas : ses trente jours valent-ils quand le défaut survient après l'année, ou aussi quand il survient avant (auquel cas 'après son année' décrit seulement le moment où le délai court) ? L'iba'aya reste ouverte.

9
תָּא שְׁמַע: נוֹלַד לוֹ מוּם בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ, מַשְׁלִימִין לוֹ חֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם אַחַר שְׁנָתוֹ. שְׁמַע מִינָּה, מְסַייֵּעַ לְרַבִּי אֶלְעָזָר, דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: נוֹתְנִין לוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם מִשָּׁעָה שֶׁנּוֹלַד בּוֹ מוּם.

Viens et entends : [si] un défaut lui est survenu quinze jours avant la fin de son année, on lui complète quinze jours après son année. Apprends-en [donc] que cela vient à l'appui de Rabbi Elazar, car Rabbi Elazar a dit : on lui donne trente jours à compter de l'instant où le défaut lui est survenu.

📜 Rachi (2)
מַשְׁלִימִין לוֹ ט"ו אַחַר שְׁנָתוֹ אַלְמָא ל' יוֹם דְּקָתָנֵי מַתְנֵי' אַנּוֹלַד בּוֹ מוּם לְאַחַר שְׁנָתוֹ קָאֵי דְּאִי נוֹלַד הַמּוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד לֵיכָּא לְמֵימַר דְּנִיתֵּב לֵיהּ אַחַר שְׁנָתוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם דְּלֵית לֵיהּ אֶלָּא הַשְׁלָמָה כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא וְשָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּאִי בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ נוֹלַד הַמּוּם חֹדֶשׁ אוֹ חָדְשַׁיִם רַשַּׁאי לְקַייְּמוֹ עַד שְׁנָתוֹ דְּהָא כְּתִיב שָׁנָה וְאִי לְאַחַר שָׁנָה נוֹלַד מוּם אוֹ קָרוֹב לְסִיּוּם שְׁנָתוֹ יָהֲבִינַן לֵיהּ שְׁלֹשִׁים יוֹם מִשֶּׁנּוֹלַד הַמּוּם:
On lui complète quinze [jours] après son année — cela [prouve] que les trente jours enseignés par la michna se rapportent à un défaut survenu après son année ; car si le défaut est né au cours de son année, ne serait-ce qu'un seul jour [avant la fin], il n'y a pas lieu de dire qu'on lui donne trente jours après son année, puisqu'il n'a droit qu'à la complétion, comme l'enseigne la barayta. Et nous en apprenons que si le défaut est né au cours de son année un mois ou deux [avant la fin], il a le droit de le garder jusqu'à la fin de son année, car il est écrit 'année' ; et si le défaut est né après l'année, ou près de la fin de son année, on lui donne trente jours à partir de l'apparition du défaut.
נוֹתְנִין לוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם אִם נוֹלַד מוּם אַחַר שְׁנָתוֹ:
On lui donne trente jours — si le défaut est survenu après son année.
💡 Explication

Une barayta : défaut apparu 15 jours avant la fin de l'année, on complète 15 jours après l'année (pour atteindre 30 en tout depuis le défaut). Selon cette version, cela appuie R. Elazar : on compte trente jours depuis l'apparition du défaut, même quand il survient dans l'année.

10
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִנַּיִן לִבְכוֹר שֶׁנּוֹלַד בּוֹ מוּם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם אַחַר שְׁנָתוֹ? שֶׁנֶּאֱמַר: ״לִפְנֵי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ תֹאכֲלֶנּוּ שָׁנָה בְשָׁנָה״, (אֵיזוֹ) [אֵילּוּ] הֵן יָמִים הַחֲשׁוּבִין שָׁנָה — הֱוֵי אוֹמֵר אֵלּוּ שְׁלֹשִׁים יוֹם.

Il en est qui disent : Rabbi Elazar a dit : d'où [sait-on] qu'à un bekhor auquel un défaut est survenu au cours de sa première année, on donne trente jours après son année ? De ce qu'il est dit : 'devant l'Éternel ton Dieu tu le mangeras, année par année' (Dt 15:20) — quels sont les jours qui comptent [comme une] année ?

Dis : ce sont [ces] trente jours.

📜 Rachi (1)
שָׁנָה בְּשָׁנָה שְׁתֵּי שָׁנִים מַשְׁמַע. שְׁלֹשִׁים יוֹם בַּשָּׁנָה חֲשׁוּבִין שָׁנָה לְדִבְרֵי הַכֹּל בְּפִירְקָא קַמָּא דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף י:):
Année par année — indique deux années. Trente jours dans une année comptent comme une année de l'avis de tous, au premier chapitre de Roch Hachana (10b).
💡 Explication

Version alternative de R. Elazar, avec une source scripturaire : 'année par année' (chana be-chana, Dt 15:20) implique deux années ; et trente jours comptent comme une année. Donc un bekhor à défaut peut être mangé jusqu'à trente jours au-delà des douze mois — même si le défaut est né dans l'année.

11
מֵיתִיבִי: נוֹלַד לוֹ מוּם בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ — מַשְׁלִימִין לוֹ חֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם אַחַר שְׁנָתוֹ. הַשְׁלָמָה — אִין, מִיַּהְבָא — לָא! תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר, תְּיוּבְתָּא.

On objecte : [si] un défaut lui est survenu quinze jours avant la fin de son année, on lui complète quinze jours après son année. La complétion (chachlama) oui, mais donner [trente pleins] — non !

[C'est] une réfutation de Rabbi Elazar, [oui,] une réfutation (teiouvta).

📜 Rachi (1)
הַשְׁלָמָה אִין מֵיהֲבָא לָא מִיַּהְבָא שְׁלֹשִׁים יוֹם שְׁלֵימִים לָא יָהֲבִינַן:
La complétion oui, donner non — donner trente jours pleins, on ne [les] donne pas.
💡 Explication

Selon cette version, la barayta réfute R. Elazar : elle n'accorde qu'une complétion (chachlama) à trente jours depuis le défaut (donc 15 jours après l'année), et non trente jours pleins après l'année. Conclusion : teiouvta — réfutation conclusive de R. Elazar.

12
מַתְנִי׳ הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וּמַרְאֶה אֶת מוּמוֹ — רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: הוֹאִיל וְנִשְׁחַט שֶׁלֹּא עַל פִּי מֻומְחֶה — אָסוּר. מִי שֶׁאֵינוֹ מֻומְחֶה וְרוֹאֶה אֶת הַבְּכוֹר, וְנִשְׁחַט עַל פִּיו — הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר, וִישַׁלֵּם מִבֵּיתוֹ.

[Michna] Celui qui abat le bekhor puis montre son défaut [à l'expert, après coup] — Rabbi Yehouda autorise [d'en tirer profit] ; Rabbi Meir dit : puisqu'il a été abattu sans l'avis d'un expert (moumhé) — [c'est] interdit. Celui qui n'est pas expert et qui a examiné le bekhor, et [que l'animal] a été abattu sur son avis — celui-là [l'animal] sera enterré, et [le non-expert] paiera de sa propre bourse [au kohen].

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' וְהֶרְאָה מוּמוֹ לְאַחַר שְׁחִיטָה וְנִמְצָא קָבוּעַ:
[Michna] Puis il montre son défaut — après l'abattage, et [le défaut] se révèle permanent (qavoua).
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַתְנֵי' מַנִּי רַבִּי עֲקִיבָא הִיא. דְּתַנְיָא בְּכוֹר אֵין נִמְנִין עָלָיו אֶלָּא חֲבוּרָה שֶׁכֻּולָּהּ כֹּהֲנִים דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֲפִילּוּ זָרִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא מַתִּיר אַפֵּי' עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כב"ה דְּמַתְנִי' דְּשָׁרְיָא אֲפִילּוּ עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וְלֹא כב"ה דְּבָרַיְיתָא אַלִּיבָּא דת"ק דר"ע דְּאָסְרִי לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. דְּהָוֵי סְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא וַהֲלָכָה כִּסְתָם דְּמַתְנִיתִין. כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף מב:) וְכָל שֶׁכֵּן הָכָא דְּסָתַם לָן בִּלְשׁוֹן בֵּית הִלֵּל דְּעָדִיף מִשְּׁאָר סְתָמֵי כִּדְאִיתָא בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת שַׁבָּת דַּף קנז. וְהָא דִּמְפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ טַעְמָא דְרַבִּי עֲקִיבָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב כִּצְבִי וְכָאַיָּל וְקָאָמַר וְאִידָךְ מוֹקֵי לָהּ כְּר' אֱלִיעֶזֶר הַקַּפָּר דְּדָרֵישׁ בפ"ב דְּחֻולִּין דַּף כֹּח. מַה פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין בִּשְׁחִיטָה אַף צְבִי וְאַיָּל בִּשְׁחִיטָה וְעוֹף אֵין לוֹ שְׁחִיטָה מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא לֵית לֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר הַקַּפָּר אֶלָּא סָבַר כְּרַבִּי דְּדָרֵישׁ שְׁמִיטָּה מִכַּאֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ מְלַמֵּד שֶׁנִּצְטַוָּה מֹשֶׁה עַל רֹוב אֶחָד בָּעוֹף וְעַל רֹוב שְׁנַיִם בִּבְהֵמָה. אֶפְשָׁר דַּהֲלָכָה בָּזֶה כְּר' עֲקִיבָא דְּרֻובָּא דְּאָמוֹרָאֵי סָבְרִי הָכִי בְּפֶ' הַשּׁוֹחֵט (חֻולִּין דַּף כז:) דִּשְׁחִיטַת עוֹף מִן הַתּוֹרָה וְלָא דָּרְשִׁי וְשָׁפַךְ בִּשְׁפִיכָה בְּעָלְמָא. ואע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּפֶ' מִי שֶׁאָמַר וַאֲנִי דַּף כט. סָבַר דְּאֵין שְׁחִיטָה לָעוֹף מִן הַתּוֹרָה. אֵין רְאָיָה מִזֶּה שֶׁיְּהֵא הֲלָכָה כֵּן דְּתַנָּא הוּא כִּדְמוֹכַח הָתָם. ובה"ג מַשְׁמַע שֶׁפּוֹסֵק כב"ה דְּבָרַיְיתָא אַלִּיבָּא דת"ק דְּר' עֲקִיבָא. וּמַשְׁמַע דְּבָעֵי לְמֵימַר דְּמִדְּרַבָּנָן פְּלִיגִי רַבָּנָן וְר' עֲקִיבָא וּלְשׁוֹן ה"ג הֵבֵאתִי לְמַעְלָה. וְאֵין לוֹמַר דְּאָסוּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמִשּׁוּם דְּקַיְימָא לָן בְּהַאי דְּרָשָׁא דְּקַייְמָא לָן וְאָכַלְתָּ וְלֹא לִכְלָבֶיךָ וְהוּא הַדִּין וְכוּ' כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כט.). וְאַשְׁכְּחַן כַּמָּה סְתָמֵי דְּאִית לְהוּ הָכִי לְעֵיל בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כא:) גַּבֵּי חֲרָרַת דָּם דִּתְנַן יִקָּבֵר. וּבְפֶ' עַד כַּמָּה (בְּכוֹרוֹת דַּף כֹּח.) מִי שֶׁאֵין מֻומְחֶה וְרָאָה אֶת הַבְּכוֹר וְנִשְׁחַט עַל פִּיו יִקָּבֵר. וּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּכוֹרוֹת דַּף לז.) הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנוֹדַע שֶׁלֹּא רָאָהוּ חָכָם וְכוּ' הַבָּשָׂר יִקָּבֵר. וּבְפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חוֹלִין דַּף סט:) גַּבֵּי מְבַכֶּרֶת יָצָא רֻובּוֹ הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר. מִכָּל הָלֵין אֵין רְאָיָה דְּאָתֵי' שַׁפִּיר כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּהָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְר' עֲקִיבָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קג.) מִדְּבָרָיו לָמַדְנוּ שֶׁהַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנִמְצָא טְרֵיפָה שֶׁיֵּאוֹתוּ הַכֹּהֲנִים בְּעוֹרוֹ מַשְׁמַע דִּבְשָׂרוֹ אָסוּר בַּהֲנָאָה. וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּהֵיכָא דְּשָׁרוּ לְיִשְׂרָאֵל הוּא דְּאִיתַּקּוּשׁ לִצְבִי וְאַיִל וְשָׁרֵי אֲפִילּוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלָא מִיתְּסַר מִשּׁוּם וְאָכַלְתָּ וְכוּ'. אֲבָל הֵיכָא דְּאָסוּר לְיִשְׂרָאֵל לָא אִיתַּקַּשׁ לִצְבִי וְאַיָּל וְאָסוּר לִכְלָבִים וְכוּ'. הִילְכָּךְ בְּכוֹר שֶׁמֵּת אוֹ שֶׁנִּשְׁחַט בְּלֹא הַתָּרָה אוֹ הֻותַּר וְנִמְצָא טְרֵיפָה טָעוּן קְבוּרָה כִּדְמוֹכְחִי הָנֵי סְתָמָא וְאַפֵּי' לְרַבִּי עֲקִיבָא כִּדְפָרֵישְׁנָא וְכֻולָּן טָעוּן קְבוּרָה בֵּין בָּשָׂר בֵּין דָּם בֵּין עוֹר דְּהֵיכָא לֹא הִתִּירוֹ מֻומְחֶה אַף רַבִּי עֲקִיבָא מוֹדֶה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קד.) וְאַף רַבִּי עֲקִיבָא לֹא אָמַר שֶׁיִּהְיֶה הָעוֹר מֻותָּר וְאַפֵּי' בְּגִבּוּלִין אֶלָּא כְּשֶׁהִתִּירוֹ מֻומְחֶה אֲבָל לֹא הִתִּירוֹ מֻומְחֶה לֹא: וּבִטְרֵיפָה אע"ג דְּשָׁרֵי רַבִּי עֲקִיבָא הָעוֹר אֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּהָא כִּדְמַסֵּיקְנָא הָתָם וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים דְּאָמְרִי אֵין לֹא רָאִיתִי רְאָיָה אֶלָּא יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה. מִיהוּ לְדִידַן לָא בָּעֵי שְׂרֵיפָה. דְּהָתָם אַקָּדְשֵׁי מִקְדָּשׁ קָאֵי דְּאִנָּהוּ וַדַּאי בָּעוּ שְׂרֵיפָה. וּמַה שֶׁכָּתוּב שָׁם בְּסִפְרֵי' וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים בָּשָׂר בִּקְבוּרָה וְעוֹר בִּשְׂרֵיפָה רַשִׁ"י ל"ג לֵיהּ. דְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּעוֹר אֶלָּא יָצָא לְבֵית השׁריפ' לָאו אַר' עֲקִיבָא קָיְימִי דְּאַייְרֵי בִּבְכוֹר בְּגִבּוּלִין. אֶלָּא אַרַבִּי חֲנִינָא קָיְימִי דְּאַייְרֵי בְּקָדְשֵׁי מִקְדָּשׁ:
[Guemara] Notre michna, selon qui [est-elle] ? Elle est [selon] Rabbi Akiva. Car il est enseigné : sur un bekhor, seule s'inscrit une confrérie (havoura) entièrement composée de kohanim — parole de Beit Chammai ; et Beit Hillel disent : même des non-kohanim (zarim) ; et Rabbi Akiva autorise même des idolâtres (ovdei kokhavim). Il apparaît que la halakha [suit] Beit Hillel de notre michna, qui autorise même les idolâtres, et non Beit Hillel de la barayta selon le tana kama de R. Akiva, qui interdit aux idolâtres — car [notre michna] est un anonyme (stam) dans la michna et une controverse (mahloqet) dans la barayta, et la halakha suit l'anonyme de la michna, comme il est dit au chapitre 'Hé-holets' (Yevamot 42b), à plus forte raison ici où l'anonyme nous est présenté dans le langage de Beit Hillel, ce qui est préférable aux autres anonymes, comme il est dit à la fin du traité Chabbat (157a). Et le fait qu'on explique juste après le motif de R. Akiva parce qu'il est écrit 'comme la gazelle et comme le cerf', et que l'on dit 'et l'autre l'établit selon R. Eliezer ha-Qappar' qui dérive au chapitre 2 de Houlin (28a) : de même que les passoulei ha-mouqdachin [requièrent] la chehita, de même la gazelle et le cerf [requièrent] la chehita, mais l'oiseau n'a pas de chehita de la Torah, seulement des paroles des soferim ; et R. Akiva n'admet pas [l'avis] de R. Eliezer ha-Qappar, mais tient comme Rabbi qui dérive la chehita de 'comme je te l'ai ordonné' — enseignant que Moche a été commandé sur la majorité d'un [siman] pour l'oiseau et sur la majorité des deux pour la bête. Il est possible que la halakha en cela [suive] R. Akiva, car la majorité des Amoraim tiennent ainsi au chapitre 'Ha-chohet' (Houlin 27b) : que la chehita de l'oiseau est de la Torah, et ils ne dérivent pas 've-chafakh' [comme] simple déversement. Et bien que R. Yossi bar Hanina au chapitre 'Mi che-amar' (Houlin 29a) tienne qu'il n'y a pas de chehita de la Torah pour l'oiseau, il n'y a pas de preuve de là que la halakha soit ainsi, car c'est un tana [isolé], comme cela ressort là-bas. Et dans le Behag (Halakhot Guedolot) il semble qu'on tranche comme Beit Hillel de la barayta selon le tana kama de R. Akiva. Et il semble qu'on veuille dire que c'est de rabbanan que les Sages et R. Akiva divergent ; et j'ai rapporté plus haut la formulation du Behag. Et l'on ne peut dire qu'il [serait] interdit à l'idolâtre parce que nous tenons pour cette derach que nous tenons — 've-akhalta' (et tu mangeras) et non 'pour tes chiens', et il en va de même, etc. — comme cela ressort au chapitre 'Kol chaa' (Pessahim 29a). Et nous trouvons plusieurs anonymes qui tiennent ainsi : plus haut au chapitre 'Ha-loqeah behema' (Bekhorot 21b) à propos du caillot de sang (harerat dam), où il est enseigné qu'il sera enterré ; et au chapitre 'Ad kama' (Bekhorot 28a) : celui qui n'est pas expert et a examiné le bekhor et [que l'animal] a été abattu sur son avis sera enterré ; et plus loin dans notre chapitre (Bekhorot 37a) : celui qui abat le bekhor et l'on a su que le sage ne l'avait pas vu, etc., la viande sera enterrée ; et au chapitre 'Behema ha-maqcha' (Houlin 69b) à propos de la primipare (mavkeret) dont la majorité [du petit] est sortie — celui-là sera enterré. De tous ces [textes] il n'y a pas de preuve [contre R. Akiva], car ils s'expliquent bien selon R. Akiva ; car nous avons entendu R. Akiva dire au chapitre 'Tevoul yom' (Zevahim 103a) : de ses paroles nous avons appris que celui qui abat le bekhor et [qu'il] s'est révélé terefah, les kohanim tirent profit de sa peau — ce qui indique que sa chair est interdite au profit. Et le motif en est : là où [le bekhor] est permis à l'Israélite, il est rapproché de la gazelle et du cerf et permis même à l'idolâtre, et n'est pas interdit à cause de 've-akhalta, etc.' ; mais là où il est interdit à l'Israélite, il n'est pas rapproché de la gazelle et du cerf et il est interdit [même] aux chiens, etc. C'est pourquoi un bekhor qui est mort, ou a été abattu sans permission [de l'expert], ou a été permis et s'est révélé terefah, requiert l'enterrement, comme le prouvent ces anonymes, et même selon R. Akiva comme nous l'avons expliqué ; et tous requièrent l'enterrement — chair, sang et peau — car là où l'expert n'a pas permis, même R. Akiva l'admet, comme nous disons au chapitre 'Tevoul yom' (Zevahim 104a) : R. Akiva lui-même n'a dit que la peau soit permise, même dans les campagnes (guevoulin), que lorsque l'expert a permis, mais s'il n'a pas permis, non. Et pour un terefah, bien que R. Akiva permette la peau, la halakha ne [suit] pas son avis en cela, comme nous concluons là-bas : et la halakha [suit] les Sages qui disent 'non : je n'ai vu [de preuve] que pour la peau' — plutôt [le tout] part au lieu de crémation (beit ha-serefah). Toutefois pour nous [de nos jours], il ne requiert pas la crémation, car là-bas [le contexte] porte sur les consacrés du Temple (qodchei miqdach), qui eux requièrent certainement la crémation. Et ce qui est écrit là-bas dans les livres 'et la halakha [suit] les Sages : la chair par enterrement et la peau par crémation' — Rachi ne le lit pas [dans le texte] ; car les rabbanan qui disent au sujet de la peau 'plutôt elle part au lieu de crémation' ne se rapportent pas à R. Akiva, qui traite du bekhor dans les campagnes, mais à Rabbi Hanina, qui traite des consacrés du Temple.
💡 Explication

Nouvelle michna : on abat le bekhor avant de faire expertiser son défaut ; après coup, l'expert confirme le mum permanent. R. Yehouda autorise (le défaut était bien réel) ; R. Meir interdit (abattu sans avis préalable d'un moumhé/expert). Et si un non-expert a validé un défaut sur la foi duquel on a abattu, la bête est enterrée et le non-expert indemnise le kohen.

13
גְּמָ׳ אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן — דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר, מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּמוּמִין שֶׁבַּגּוּף, דְּרַבִּי מֵאִיר סָבַר: גָּזְרִינַן מוּמִין שֶׁבַּגּוּף אַטּוּ דֻּוקִּין שֶׁבָּעַיִן, וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: לָא גָּזְרִינַן מוּמִין שֶׁבַּגּוּף אַטּוּ דֻּוקִּין שֶׁבָּעַיִן.

[Guemara] Rabba bar bar Hana a dit : pour les taies de l'œil (doukin che-ba-ayin), tout le monde s'accorde à interdire, parce qu'elles se modifient [après la mort]. On n'a divergé qu'à propos des défauts du corps (mumin che-ba-gouf) : Rabbi Meir tient qu'on décrète [d'interdire] les défauts du corps à cause des taies de l'œil, et Rabbi Yehouda tient qu'on ne décrète pas les défauts du corps à cause des taies de l'œil.

📜 Rachi (1)
גְּמ' דֻּוקִּין טייל"א כְּמוֹ הַנּוֹטֶה כַּדּוֹק שָׁמַיִם (יְשַׁעְיָהוּ מ):
[Guemara] Doukin — 'taile' [en vieux français, taie de l'œil], comme dans 'qui étend [les cieux] comme un voile (kadoq)' (Isaie 40:22).
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי מֵאִיר סָבַר גָּזְרִינַן מוּמִין שֶׁבַּגּוּף כו' וְאוֹמֵר רַבִּי דְּאע"ג דְּאָמְרִינַן בְּרֵישׁ אַף עַל פִּי (כְּתֻובּוֹת דַּף נז.) דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר בִּגְזֵירוֹתָיו הַךְ דְּהָכָא קָרֵי לֵיהּ בְּסָמוּךְ קְנָסָא דְּקָא קְנִיס ר' מֵאִיר וּבִשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי פֵּירֵשׁ דַּהֲלָכָה כְּמוֹתוֹ דַּוְקָא בִּגְזֵירוֹתָיו וְלֹא בִּקְנָסָא וּפָסְקוּ דְּאֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּהַהִיא דִּמְעֻובֶּרֶת חֲבֵרוֹ וּמֵינֶקֶת חֲבֵרוֹ דְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר יוֹצִיא וְלֹא יַחְזִיר עוֹלָמִית וְסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין בְּרֵישׁ הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף לז.) דְּלָא כְּר' מֵאִיר וְכֵן סֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּלְרַבִּי מֵאִיר קָנְסִינַן בְּכוּלְּהוּ מִפְּנֵי הַמִּשְׁתַּנִּין וּבְסָמוּךְ דְּקָאָמַר לֵימָא תְּנַן סְתָמָא כְּרַבִּי מֵאִיר הָא מְשַׁנֵּי דִּילְמָא בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן וְדִבְרֵי הַכֹּל וְכֵן הוּא אֱמֶת וּמִתּוֹךְ כָּךְ פּוֹסֵק רַבִּי דְּלָא כְּרַבִּי מֵאִיר דְּקָנֵיס בִּשְׁטָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רִבִּית דְּאֵין גּוֹבֶה לֹא אֶת הַקֶּרֶן וְלֹא אֶת הָרִבִּית (בּ"מ דַּף עב.):
'Rabbi Meir tient qu'on décrète [d'interdire] les défauts du corps, etc.' — et Rabbi (Rabbenou Tam) dit : bien que l'on dise au début de 'Af al pi' (Ketoubot 57a) que la halakha suit R. Meir dans ses décrets (guezerot), [le cas] d'ici est appelé juste après kenas (amende), car R. Meir inflige une amende. Et dans les Cheiltot de Rav Ahai, il explique que la halakha ne suit R. Meir que dans ses décrets et non dans ses amendes, et l'on a tranché que la halakha ne suit pas son avis dans le cas de la femme enceinte d'un autre ou de la nourrice d'un autre, où R. Meir dit 'il la renvoie et ne la reprend jamais'. Et la sougya au début de 'Hé-holets' (Yevamot 37a) [tranche] contre R. Meir. De même, notre sougya [suit] R. Yehouda, car pour R. Meir on inflige une amende dans tous les cas à cause de ceux qui se modifient ; et juste après, quand on dit 'disons que notre michna anonyme suit R. Meir', on répond justement 'peut-être [s'agit-il] de taies de l'œil, et [alors c'est] l'avis de tous'. Et c'est bien la vérité ; et de là, Rabbi tranche contre R. Meir qui, dans un contrat comportant de l'intérêt (ribbit), fait qu'on ne recouvre ni le principal ni l'intérêt (Baba Metsia 72a).
💡 Explication

Rabba bar bar Hana circonscrit le litige. Pour une doukin ba-ayin (taie/opacité de l'œil), tous interdisent : l'œil se modifie après la mort, on ne peut plus vérifier si le défaut était permanent. Le désaccord ne porte que sur les mumin ba-gouf (défauts du corps, stables) : R. Meir décrète (guezera) de les interdire par crainte de confusion avec l'œil ; R. Yehouda ne décrète pas.

14
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וּמַרְאֶה אֶת מוּמָיו — רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן אָסוּר, מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין, בְּמוּמִין שֶׁבַּגּוּף מֻותָּר, מִפְּנֵי שֶׁאֵין מִשְׁתַּנִּין. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אָסוּר, מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין. מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין סָלְקָא דַּעְתָּךְ? מוּמִין שֶׁבַּגּוּף מִי מִשְׁתַּנִּין?! אֶלָּא מִפְּנֵי הַמִּשְׁתַּנִּין.

Il est enseigné de même (barayta) : celui qui abat le bekhor puis montre ses défauts — Rabbi Yehouda dit : pour les taies de l'œil, [c'est] interdit, parce qu'elles se modifient ; pour les défauts du corps, [c'est] permis, parce qu'ils ne se modifient pas. Rabbi Meir dit : aussi bien ceux-ci que ceux-là sont interdits, parce qu'ils se modifient. 'Parce qu'ils se modifient', te viendrait-il à l'esprit [de dire cela] ?

Les défauts du corps se modifient-ils donc ?! Plutôt [il faut dire] : à cause de ceux qui se modifient (mipnei ha-michtanin).

📜 Rachi (3)
מִשְׁתַּנִּין מִפְּנֵי צַעַר מִיתָה מִשְׁתַּנֶּה הָעַיִן וְאַף עַל גַּב דְּהַשְׁתָּא מִיתְחֲזֵי קָבוּעַ אִי הֲוָה חָזֵי לֵיהּ מֵחַיִּים הֲוָה מִיתְחֲזֵי עוֹבֵר:
Se modifient — à cause de la souffrance de la mort l'œil se modifie ; et bien que maintenant [le défaut] paraisse permanent, si on l'avait vu du vivant [de la bête] il aurait paru passager.
שֶׁבַּגּוּף כְּגוֹן נִסְדְּקָה אָזְנוֹ:
Du corps — par exemple son oreille s'est fendue.
מִפְּנֵי הַמִּשְׁתַּנִּין כְּלוֹמַר מִפְּנֵי דֻּוקִּין שֶׁבָּעַיִן שֶׁמִּשְׁתַּנִּין גְּזֵירָה לְמוּמִין שֶׁבַּגּוּף אַף עַל פִּי שֶׁאֵין מִשְׁתַּנִּין:
À cause de ceux qui se modifient — c'est-à-dire : à cause des taies de l'œil qui se modifient, [on prononce] un décret pour les défauts du corps, bien qu'ils ne se modifient pas.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר רַבָּה בב"ח בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן ד"ה אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּמוּמִין שֶׁבַּגּוּף. ר"מ סָבַר גָּזְרִינַן מוּמִין שֶׁבַּגּוּף אַטּוּ דֻּוקִּין שֶׁבָּעַיִן וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר לָא גָּזְרִינַן. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְהֶרְאָה אֶת מוּמוֹ רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר בְּדֻוקִּין שֶׁבְּעַיִן אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין. בְּמוּמִין שֶׁבַּגּוּף מֻותָּר מִפְּנֵי שֶׁאֵין מִשְׁתַּנִּין. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין. מִפְּנֵי שֶׁהֵן מִשְׁתַּנִּין ס"ד מוּמִין שֶׁבַּגּוּף מִי מִשְׁתַּנִּין אֶלָּא אֵימָא מִפְּנֵי הַמִּשְׁתַּנִּין: אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא דְּקָתָנֵי ר' מֵאִיר אוֹמֵר הוֹאִיל וְנִשְׁחַט שֶׁלֹּא עַל פִּי מֻומְחֶה אָסוּר ש"מ רַבִּי מֵאִיר קְנָסָא הוּא דְּקָנֵיס. אע"ג דְּהַשַּׁ"ס דְּקָאָמַר לְעֵיל גָּזְרִינַן מוּמִין שֶׁבַּגּוּף אַטּוּ דֻּוקִּין שֶׁבָּעַיִן מִדְּקָרֵי לֵיהּ הָכָא קְנָסָא אַלְמָא קְנָסָא הָוֵי וְלֹא גְּזֵירָה. וּפָסַק בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי דַּהֲלָכָה כר"מ בִּגְזֵירוֹתָיו וְלֹא בִּקְנָסוֹתָיו. וְהֵבִיא רְאָיָה מִמְּעֻובֶּרֶת חֲבֵירוֹ וּמְיֻנוּקַת חֲבֵירוֹ דְּקָנֵיס רַבִּי מֵאִיר יוֹצִיא וְלֹא יַחְזִיר עוֹלָמִית. וּסְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס בְּרֵישׁ הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף לז.) דְּלָא כְּוָותֵיהּ. וְכֵן סֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין כְּר' יְהוּדָה דְּקָאָמַר נָפְקָא מִינֵּיהּ לְאַכְחוֹשֵׁי סָהֲדֵי מַשְׁמַע דְּאִי אִיכָּא סָהֲדֵי דְּלָא אִישְׁתַּנִּי סָמְכִינַן עֲלַייְהוּ. וְלֵר' מֵאִיר קָנְסִינַן בְּכוּלְּהוּ מִפְּנֵי הַמִּשְׁתַּנִּין. וְכֵן לְקַמָּן דְּקָאָמַר לֵימָא סְתָמָא כְּרַבִּי מֵאִיר וְקָמְשַׁנֵּי בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן וד"ה. וְכֵן פָּסַק מַר שְׁמוּאֵל הַכֹּהֵן בַּר חָפְנֵי גָּאוֹן זַ"ל. וּבַעַל הֲלָכוֹת פָּסַק כְּר' מֵאִיר דַּחֲשִׁיב לֵיהּ גְּזֵירָה. וְכֵן נִרְאֶה לִי מִלְּשׁוֹן הַבָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי מִפְּנֵי הַמִּשְׁתַּנִּין. וּקְנָסָא דְּקָאָמַר הַשַּׁ"ס לָאו דַּוְקָא. וְכֵן דַּעַת הָרַמְבַּ"ן זַ"ל וְהֵבִיא רְאָיָה מִדְּקָתָנֵי הוֹאִיל וְנִשְׁחַט וְלָא קָתָנֵי הוֹאִיל וְשׁוֹחֲטוֹ. מַשְׁמַע אֲפִי' שְׁחָטוֹ אַחֵר וּבְהָא לֹא שַׁיָּיךְ קְנָסָא אֶלָּא גְּזֵירָה:
[Guemara] Rabba bar bar Hana a dit : pour les taies de l'œil, de l'avis de tous [c'est] interdit parce qu'elles se modifient ; on n'a divergé qu'à propos des défauts du corps. R. Meir tient qu'on décrète les défauts du corps à cause des taies de l'œil, et R. Yehouda tient qu'on ne décrète pas. Il est enseigné de même : celui qui abat le bekhor et montre son défaut — R. Yehouda dit : pour les taies de l'œil [c'est] interdit parce qu'elles se modifient, pour les défauts du corps [c'est] permis parce qu'ils ne se modifient pas ; R. Meir dit : aussi bien ceux-ci que ceux-là sont interdits parce qu'ils se modifient. 'Parce qu'ils se modifient', te viendrait-il à l'esprit ? Les défauts du corps se modifient-ils donc ? Plutôt, dis : à cause de ceux qui se modifient. Rav Nahman bar Yitzhak a dit : notre michna aussi est précise, car il est enseigné 'R. Meir dit : puisqu'il a été abattu sans l'avis d'un expert, [c'est] interdit' — apprends-en que R. Meir inflige [là] une amende (kenas). Bien que le Talmud dise plus haut 'on décrète les défauts du corps à cause des taies de l'œil', du fait qu'il l'appelle ici kenas, c'est donc que c'est une amende et non un décret. Et il est tranché dans les Cheiltot de Rav Ahai que la halakha suit R. Meir dans ses décrets et non dans ses amendes ; et il apporte une preuve de la femme enceinte d'un autre et de la nourrice d'un autre, où R. Meir inflige une amende 'il la renvoie et ne la reprend jamais', alors que l'anonyme du Talmud au début de 'Hé-holets' (Yevamot 37a) n'est pas comme lui. De même notre sougya [suit] R. Yehouda, qui dit qu'il y a une conséquence pratique pour démentir des témoins — ce qui indique que s'il y a des témoins [attestant] que [le défaut] ne s'est pas modifié, on se fie à eux ; alors que pour R. Meir on inflige une amende dans tous les cas à cause de ceux qui se modifient. De même plus loin quand on dit 'disons que l'anonyme suit R. Meir' et qu'on répond 'pour les taies de l'œil, et [c'est] l'avis de tous'. Ainsi a tranché Mar Chmouel ha-Kohen bar Hofni Gaon, de mémoire bénie. Mais le Baal Halakhot [Guedolot] tranche comme R. Meir, qu'il considère comme un décret. Et ainsi il me paraît, d'après le langage de la barayta qui enseigne 'à cause de ceux qui se modifient' ; et le 'kenas' que dit le Talmud n'est pas [à prendre] au sens strict. Telle est aussi l'opinion du Ramban, de mémoire bénie, qui apporte une preuve de ce qu'il est enseigné 'puisqu'il a été abattu' et non 'puisqu'il l'abat' — ce qui indique [que cela vaut] même si un autre l'a abattu, cas où une amende ne s'applique pas, mais [seulement] un décret.
💡 Explication

Une barayta confirme Rabba bar bar Hana. R. Yehouda distingue œil (interdit) et corps (permis). R. Meir interdit les deux 'parce qu'ils se modifient'. La Guemara corrige la formulation : les défauts du corps ne se modifient pas ; il faut donc lire que R. Meir interdit le corps à cause de ceux qui se modifient (l'œil) — c'est-à-dire par guezera, non parce que le corps changerait.

15
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק:

Rav Nahman bar Yitzhak a dit :

💡 Explication

Ouverture de l'intervention de Rav Nahman bar Yitzhak, qui va montrer (dans la suite, sur 28b) que la michna elle-même confirme la lecture 'kenas' (amende) plutôt que 'guezera' (décret) chez R. Meir.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).