Sougya : Le daf achève la discussion sur le premier-né (bekhor) abattu sans l'aval d'un expert : R. Meir interdit dans tous les cas — la Guemara conclut que c'est une amende (kenas) — tandis que R.
Yehouda distingue les défauts de la cornée (dukin, qui changent après la mort) des défauts du corps (qui ne changent pas). On précise ensuite les paiements du non-expert (un quart pour le petit bétail, la moitié pour le gros) et leur raison.
La michna suivante traite du juge qui rend un jugement erroné et cause une perte : il paie de sa poche s'il a agi de sa propre main (nasa ve-natan be-yad), mais un expert agréé par le tribunal est exempt. Illustration par le célèbre récit de R.
Tarfon, qui déclara terefa une vache privée de matrice et la fit donner aux chiens, avant que les Sages de Yavné ne la déclarent permise ; R. Akiva l'exonère car il erra sur une michna explicite (Houlin 54a) et parce qu'il est expert agréé.
Enfin, celui qui prend salaire pour examiner les bekhorot : on n'abat pas sur sa parole, sauf s'il est expert.
La michna elle-même est précise (dikka) [en ce sens] : R. Meir dit — puisqu'[il] a été abattu sans l'aval d'un expert (mumhe), [il est] interdit.
Déduis-en (chema mina) que R. Meir inflige une amende (kenas).
Déduis-en [qu'il en est bien ainsi].
Conclusion de la sougya précédente. La formulation de la michna montre que pour R. Meir, l'interdit n'est pas dû à un doute réel (les défauts du corps ne changent pas après la mort), mais à une amende (kenas) infligée pour avoir abattu le bekhor sans le montrer à un expert.
On leur a demandé (ibaya lehou) : 'à cause de celles qui changent' (mishtanin) — [cela signifie-t-il] qu'elles changent toutes, ou peut-être y en a-t-il qui changent et d'autres qui ne changent pas ?
Question posée à la maison d'étude. La baraita justifiait l'interdit des dukin (taies de la cornée) 'parce qu'elles changent après la mort'. Ambiguïté : toutes changent-elles nécessairement, ou seulement certaines ?
Quelle en est la conséquence pratique (nafka mina) ? Pour contredire des témoins (le-akhchouchei sahadi).
Si tu dis : toutes changent — [alors] ce sont des menteurs ; et si tu dis : il y en a qui changent et d'autres qui ne changent pas — [alors] on se fie à eux. Qu'en est-il ?
Enjeu pratique. Si un bekhor a été abattu sans expert, et que des témoins attestent que la taie visible sur l'œil du cadavre existait déjà du vivant (donc que rien n'a changé). Si toutes les taies changent, ces témoins sont des menteurs. Sinon, on peut s'y fier (et permettre, selon R. Yehouda qui n'inflige pas d'amende).
Viens et entends (ta chema) : Rabba bar bar Hana a dit : Rabbi Yochiya de Ousha m'a confié : viens et je te montrerai, parmi les taies, celles qui changent. Du fait qu'il lui dit 'viens et je te montrerai', on déduit qu'il y en a qui changent et d'autres qui ne changent pas.
Résolution de la question. Rabba bar bar Hana rapporte que R. Yochiya proposait de lui montrer les taies qui changent — l'expression 'je te montrerai [celles-là]' implique que seules certaines changent, d'autres non. Réponse à la question du segment 1.
[Michna :] celui qui n'est pas expert (mumhe), qui a vu le premier-né (bekhor) et [que celui-ci] a été abattu sur sa parole — [le bekhor] sera enterré (yikaver) et [le non-expert] paiera de sa poche. Dirons-nous que nous avons enseigné la [michna] anonyme (setama) comme R.
Meir ? Peut-être [s'agit-il] des taies de la cornée, et [alors c'est] de l'avis de tous.
La michna ordonne d'enterrer le bekhor abattu sur l'avis d'un non-expert (car il ne peut ni être offert ni consommé comme profane sans certitude de défaut permanent), et de faire payer le non-expert. La Guemara se demande si cette règle anonyme suit forcément R. Meir (qui interdit toujours) — non : elle peut viser les taies de la cornée, où l'interdit fait l'unanimité.
On a enseigné (tanna) : quand il paie — il paie un quart pour le [bétail] menu (daka) et la moitié pour le [bétail] gros (gassa). Quelle en est la raison ?
Rav Papa a dit : celui-ci [le gros bétail représente] une grande perte, et celui-là [le menu] une petite perte.
Barème du dédommagement du non-expert au cohen : un quart de la valeur pour un mouton ou une chèvre, la moitié pour un bœuf. Selon Rav Papa, c'est proportionné à la perte : celle du gros bétail est grande, celle du menu bétail petite.
Si c'est ainsi, qu'il paie selon la perte [réelle] ! Rav Houna bar Manoah a dit au nom de Rav Aha bar Ika : c'est à cause du décret contre les éleveurs de menu bétail (megaddelei behema daka) qu'on l'a touché.
Objection : si le motif est la perte, qu'il paie la même proportion pour le menu que pour le gros. Réponse (Rav Aha bar Ika) : la réduction à un quart pour le menu bétail tient au décret contre l'élevage du menu bétail en Terre d'Israël (car il dégrade les champs) — décret qui épargne au cohen la peine d'élever un tel animal, d'où un dédommagement moindre.
[Michna :] a rendu le jugement, [s']il a acquitté le coupable et condamné l'innocent, déclaré impur le pur et déclaré pur l'impur — ce qu'il a fait est fait (ma che-assa assouy), et il paie de sa poche. Mais s'il était expert agréé par le tribunal (mumhe le-beit din) — il est exempt de payer.
Nouvelle michna : un juge qui rend une décision erronée causant une perte (acquitter le coupable, condamner l'innocent, statuer à tort sur la pureté). Sa décision tient ('ce qu'il a fait est fait'), mais il paie de sa poche. Exception : le juge expert agréé (mumhé le-beit din) est exempt.
Guemara. Dirons-nous que nous avons enseigné la [michna] anonyme comme R.
Meir, qui juge [selon] la loi du dommage indirect (dîna de-garmi) ? R.
Ilaa a dit au nom de Rav : [c'est] par exemple lorsqu'il a manipulé [l'objet] de sa main (nassa ve-natan be-yad).
La Guemara demande si la michna (qui rend le juge responsable) suit nécessairement R. Meir, seul à tenir pour responsable le dommage indirect (dîna de-garmi). Réponse de Rav : non — la michna vise le cas où le juge a agi matériellement de sa main (nassa ve-natan be-yad), c'est-à-dire un dommage direct, tenu pour responsable par tous.
Soit (bichlama) 'a condamné l'innocent' — par exemple lorsqu'il a manipulé [le bien] de sa main ; mais 'a acquitté le coupable', quel en est le cas (heikhi dami) ? S'il lui a dit 'tu es exempt' — [alors] il n'a pas manipulé de sa main !
Ravina a dit : par exemple lorsqu'[il, le créancier,] avait un gage (machkon) et [le juge] le lui a pris.
La Guemara affine : 'condamner l'innocent' se comprend bien par une action directe (le juge prend le bien et le remet à l'autre). Mais 'acquitter le coupable' semble n'être qu'une parole ('tu es exempt') — donc pas d'action de la main. Ravina répond : le cas où le créancier détenait un gage (machkon), et le juge le lui a retiré de la main pour le rendre au débiteur — là, il y a bien action matérielle.
'A déclaré impur le pur' — [par exemple] qu'il a fait toucher sur eux un [animal] rampant impur (cherets) ; 'a déclaré pur l'impur' — qu'il les a mélangés avec ses [propres] fruits.
Même logique pour les cas de pureté : 'déclarer impur le pur' par action directe = le juge fait toucher un cherets (rampant impur) aux aliments purs. 'Déclarer pur l'impur' = il mélange les aliments [en réalité impurs] avec des fruits purs, contaminant l'ensemble une fois l'erreur reconnue.
[Michna :] et [voici] un fait : une vache dont on avait pris la matrice (ha-em), que R. Tarfon fit donner aux chiens ; l'affaire vint devant les Sages à Yavné, et ils la permirent.
Récit illustrant la responsabilité du juge. Consulté sur une vache privée de matrice, R. Tarfon la déclara terefa (interdite), et le propriétaire la jeta aux chiens. Mais les Sages de Yavné jugèrent ensuite qu'une telle vache est permise — donc R. Tarfon avait causé une perte.
Et Todos le médecin (ha-rofé) dit : nulle vache ni truie ne sort d'Alexandrie d'Égypte sans qu'on [lui] coupe la matrice, afin qu'elle n'enfante pas.
Preuve apportée par Todos le médecin : à Alexandrie, on ampute systématiquement la matrice des vaches et truies exportées pour qu'elles ne se reproduisent pas ailleurs. Ces animaux survivent longtemps — donc l'ablation de la matrice ne rend pas terefa.
R. Tarfon dit : ton âne est perdu (halkha hamorkha), Tarfon !
R. Akiva lui dit : R.
Tarfon, tu es expert agréé par le tribunal (mumhé le-beit din), et quiconque est expert agréé par le tribunal est exempt de payer.
Reconnaissant son erreur, R. Tarfon se croit tenu de dédommager le propriétaire (il devra 'vendre son âne'). R. Akiva le rassure : en tant qu'expert agréé par le tribunal, il est exempt de toute réparation.
Guemara. Mais qu'il [le] déduise [autrement] : [R.
Tarfon] s'est trompé sur [une chose énoncée dans] une michna (davar michna), et celui qui se trompe sur une michna [voit sa décision] revenir [= annulée] (chozer) !
Objection de la Guemara : R. Akiva n'avait pas besoin de l'argument 'expert agréé'. R. Tarfon avait erré sur une michna explicite (Houlin 54a : la vache sans matrice est cachere). Or, une erreur sur une michna est nulle : la décision est annulée (chozer). Donc le propriétaire a jeté l'animal permis de son propre fait, et R. Tarfon n'est pas responsable, même sans être expert.
[R. Akiva] dit une [raison] et [en] ajoute une autre (hada ve-od kaamar) : la première — celui qui se trompe sur une michna [voit sa décision] annulée ; et la seconde — même si tu t'es trompé dans une délibération (chikoul ha-daat), tu es expert agréé par le tribunal, et quiconque est expert agréé par le tribunal est exempt de payer.
Réponse : R. Akiva a donné deux raisons. (1) L'erreur portait sur une michna, donc la décision est nulle. (2) Même si l'erreur avait été un simple chikoul ha-daat (délibération errante — trancher à l'encontre de l'usage établi entre deux avis non tranchés, cas où la décision tient), R. Tarfon resterait exempt en tant qu'expert agréé.
[Michna :] celui qui prend salaire (sakhar) pour être l'examinateur des premiers-nés (roeh et ha-bekhorot) — on n'abat pas sur sa parole, à moins qu'il ne fut expert (mumhé).
Nouvelle michna : celui qui se fait payer pour examiner les défauts des bekhorot inspire la méfiance (il pourrait permettre pour toucher son salaire) ; on n'abat pas sur son avis, sauf s'il est un véritable expert (comme Ila à Yavné, dont le Roch précise le statut).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).