Bekhorot 30b — le statut de haver : accepter les devarim, devenir soupçonné, transmission et perte du statut

Bekhorot 30b

Sougya : Ce daf développe le régime du haver (celui qui s'engage à observer scrupuleusement puretés, teroumot et maaser). Point de départ : le soupçon.

Pour Rabbi Meir, celui qui est soupçonné sur un seul point l'est sur toute la Torah ; pour les Sages, seulement sur ce point (et le cas semblable). On applique cela au converti, au lévi et au kohen : qui accepte la Torah 'sauf un point' n'est pas reçu.

La Guemara détaille ensuite la procédure d'acceptation : on l'observe d'abord en privé, l'ordre kenafayim (mains) avant tohorot (puretés), le délai (mahloket Beit Chammai / Beit Hillel, tranché à 30 jours), l'acceptation devant trois haverim, et le cas du talmid 'hakham et du zaken. Un récit (les envoyés de R.

Yehouda et R. Yossei chez le fils de R.

Hanina ben Antignos) illustre la méfiance des kohanim après la destruction du Temple. Enfin : la transmission du statut (le haver décède, la cour où l'on vend la tekhelet) et le rôle déterminant du conjoint (le récit de la femme qui nouait les tefillin puis les sceaux du péage).

Devenir haver : accepter les devarim, être soupçonné, garder le statut Accepter le statut tout ou rien : refuser un seul point -> refusé Devant qui / délai 3 haverim ; délai de 30 jours (Beit Hillel) Devenir soupçonné R. Meir : sur un point -> sur toute la Torah Mahloket sur l'étendue du soupçon (seg. 1) Rabbi Meir soupçonné sur un seul point = soupçonné sur TOUTE la Torah Hakhamim soupçonné seulement sur CE point-là (et le cas semblable) nafka mina : le converti soupçonné devient comme un israélite meshoumad (seg. 2) -> s'il épouse (kiddouchin), ses kiddouchin sont valides
Vue d'ensemble : accepter le statut de haver, le soupçon, et la mahloket R. Meir / Sages (seg. 0-2).
Ordre d'acceptation : kenafayim (mains) puis tohorot (puretés) kenafayim (mains) se laver les mains avant de manger tohorot (puretés) puretés générales, teroumah pure Accepte SEULEMENT les mains -> on l'accepte (il ne laisse pas un point entier de côté) Accepte les puretés mais PAS les mains -> même les puretés ne sont pas acceptées
L'ordre d'acceptation kenafayim (mains) puis tohorot (puretés) et ses règles (seg. 6).
1
חָשׁוּד עַל הַמַּעֲשֵׂר, וּמַאן חֲכָמִים? רַבִּי יְהוּדָה, וְחַד אָמַר: הֶחָשׁוּד עַל הַמַּעֲשֵׂר חָשׁוּד עַל הַשְּׁבִיעִית, וּמַאן חֲכָמִים? רַבִּי מֵאִיר.

...[celui qui est] soupçonné sur le maaser (la dîme). Et qui sont les 'Sages' [de cette michna] ?

C'est Rabbi Yehouda. Et l'autre [Amora] dit : celui qui est soupçonné sur le maaser est soupçonné sur la cheviit (la septième année).

Et qui sont les 'Sages' [ici] ? C'est Rabbi Meir.

📜 Rachi (2)
חָשׁוּד עַל הַמַּעֲשֵׂר חָשׁוּד עַל הַשְּׁבִיעִית וכ"ש חָשׁוּד אַשְּׁבִיעִית חָשׁוּד אַמַּעֲשֵׂר:
Celui qui est soupçonné sur le maaser est soupçonné sur la cheviit — et à plus forte raison celui qui est soupçonné sur la cheviit est soupçonné sur le maaser.
וּמַאן חֲכָמִים ר' מֵאִיר דְּאָמַר לְקַמָּן חָשׁוּד לְדָבָר אֶחָד חָשׁוּד לְכָל הַתּוֹרָה:
Et qui sont les 'Sages' ? Rabbi Meir — car il dit plus loin : celui qui est soupçonné sur un point est soupçonné sur toute la Torah [entière].
💡 Explication

La Guemara identifie qui se cache derrière le mot 'Sages' de la michna. Selon une opinion, il s'agit de Rabbi Yehouda ; selon l'autre, de Rabbi Meir, qui tient le principe (développé plus loin) que soupçonné sur un point = soupçonné sur toute la Torah : d'où celui qui est soupçonné sur le maaser (dîme) l'est aussi sur la cheviit (produits de la septième année).

2
דְּתַנְיָא: עַם הָאָרֶץ שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו דִּבְרֵי חֲבֵירוּת, וְנֶחְשַׁד לְדָבָר אֶחָד — נֶחְשַׁד לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵינוֹ נֶחְשָׁד אֶלָּא לְאוֹתוֹ דָּבָר בִּלְבַד.

Car il est enseigné [dans une baraita] : un am ha-arets (homme du peuple, non fiable) qui a pris sur lui les devarim de haverout (les règles du statut de haver), et qui a été soupçonné sur un point — il est soupçonné sur toute la Torah entière ; [ce sont] les paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : il n'est soupçonné que sur ce point-là seul.

🗂️ Tossefot (1)
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֵינוֹ נֶחְשָׁד אֶלָּא עַל אוֹתוֹ דָּבָר בִּלְבַד לֵר' אִילְעַאי דִּלְעֵיל דְּחָשׁוּד עַל הַטְּהָרוֹת חָשׁוּד עַל הַשְּׁבִיעִית אֶלָּא הֵיכָא שֶׁרְאִינוּהוּ נוֹהֵג בְּצִינְעָא הָא דְּקָאָמַר הָכָא אֵינוֹ נֶאֱסָר אֶלָּא לְאוֹתוֹ דָּבָר לָאו דַּוְקָא אֶלָּא לְאוֹתוֹ דָּבָר וְכַיּוֹצֵא בּוֹ וְלָא אֲתָא אֶלָּא לְאַפּוּקֵי בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ:
Et les Sages disent : il n'est soupçonné que sur ce point-là seul — selon Rabbi Ilaaï plus haut, qui tient que celui qui est soupçonné sur les puretés est soupçonné sur la cheviit [cela ne vaut] que là où nous l'avons vu se conduire [correctement] en privé (be-tsina). Ce que [la baraita] dit ici, 'il n'est interdit (soupçonné) que sur ce point-là', n'est pas [à prendre] au sens strict, mais [signifie] 'sur ce point-là et ce qui lui ressemble' ; et cela ne vient que pour exclure [le soupçon] sur toute la Torah entière.
💡 Explication

Source de la mahloket : un am ha-arets devenu haver (engagé à observer puretés, teroumot, maaser) puis pris en faute sur un point. Pour Rabbi Meir, le soupçon s'étend à toute la Torah ; pour les Sages, il reste limité à ce point.

🖼️ Schéma
Devenir haver : accepter les devarim, être soupçonné, garder le statut Accepter le statut tout ou rien : refuser un seul point -> refusé Devant qui / délai 3 haverim ; délai de 30 jours (Beit Hillel) Devenir soupçonné R. Meir : sur un point -> sur toute la Torah Mahloket sur l'étendue du soupçon (seg. 1) Rabbi Meir soupçonné sur un seul point = soupçonné sur TOUTE la Torah Hakhamim soupçonné seulement sur CE point-là (et le cas semblable) nafka mina : le converti soupçonné devient comme un israélite meshoumad (seg. 2) -> s'il épouse (kiddouchin), ses kiddouchin sont valides
La mahloket Rabbi Meir / Sages sur l'étendue du soupçon.
3
הַגֵּר שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו דִּבְרֵי תוֹרָה, אֲפִילּוּ נֶחְשַׁד לְדָבָר אֶחָד — הָוֵי חָשׁוּד לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ, וַהֲרֵי הוּא כְּיִשְׂרָאֵל מְשֻׁומָּד. נָפְקָא מִינַּהּ, דְּאִי קַדִּישׁ — קִידּוּשָׁיו קִידּוּשִׁין.

Le guer (converti) qui a pris sur lui les paroles de la Torah, même s'il a été soupçonné sur un point — il est soupçonné sur toute la Torah entière, et il est comme un israélite meshoumad (renégat, transgresseur habituel). Nafka mina (différence pratique) : que s'il a fait kiddouchin (fiançailles), ses kiddouchin sont [valides comme] des kiddouchin.

📜 Rachi (2)
הֲרֵי הוּא כְּיִשְׂרָאֵל מוּמָר וְלָא אָמְרִינַן דְּלֶיהֱוֵי עוֹבֵד כּוֹכָבִים גָּמוּר כְּאִילּוּ לֹא נִתְגַּיֵּיר:
Il est comme un israélite mumar (renégat) — et nous ne disons pas qu'il redeviendrait un non-Juif complet, comme s'il ne s'était pas converti.
דְּאִי קַדִּישׁ אִשָּׁה לְאַחַר שֶׁהֵמִיר דָּתוֹ קִידּוּשָׁיו קִידּוּשִׁין:
Que s'il a fait kiddouchin — [s'il fiance] une femme après avoir changé de religion, ses kiddouchin sont [valides comme] des kiddouchin.
💡 Explication

Application au converti : soupçonné sur un point, il est soupçonné sur toute la Torah et assimilé à un israélite meshoumad (renégat) — et non à un non-Juif redevenu tel. La nafka mina (conséquence pratique) : ses kiddouchin (fiançailles) demeurent valides, car il reste juif.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: הַבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵירוּת, חוּץ מִדָּבָר אֶחָד — אֵין מְקַבְּלִין אוֹתוֹ. גּוֹי שֶׁבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי תוֹרָה, חוּץ מִדָּבָר אֶחָד — אֵין מְקַבְּלִין אוֹתוֹ. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֲפִילּוּ דִּקְדּוּק אֶחָד מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui vient accepter les devarim de haverout sauf un point — on ne l'accepte pas. Un non-Juif qui vient accepter les paroles de la Torah sauf un point — on ne l'accepte pas.

Rabbi Yossei fils de Rabbi Yehouda dit : même [s'il refuse] un seul détail (dikdouk) des paroles des Soferim (des Sages).

📜 Rachi (2)
דִּבְרֵי חֲבֵירוּת מְפָרֵשׁ בַּתּוֹסֶפְתָּא בְּמַסֶּכֶת דְּמַאי שֶׁלֹּא יִתֵּן תְּרוּמָה וּמַעֲשֵׂר לְעַם הָאָרֶץ וְשֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה טְהָרוֹת אֵצֶל עַם הָאָרֶץ וְשֶׁיֹּאכַל חֻולִּין בְּטָהֳרָה וְשֶׁיְּעַשֵּׂר אֶת שֶׁהוּא אוֹכֵל וְאֶת שֶׁהוּא מוֹכֵר וְאֶת שֶׁהוּא לוֹקֵחַ:
Les devarim de haverout — explicité dans la Tossefta au traité Demai : qu'il ne donne pas teroumah ni maaser à un am ha-arets ; qu'il ne prépare pas de puretés chez un am ha-arets ; qu'il mange du houlin (profane) en pureté ; qu'il prelève la dîme sur ce qu'il mange, sur ce qu'il vend et sur ce qu'il achète.
דִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים חוּמְרָא דְּרַבָּנָן:
Un détail des Soferim — une stringence des rabbanan.
💡 Explication

C'est tout ou rien : qui accepte le statut de haver, ou la conversion, 'sauf un point', n'est pas reçu. Rabbi Yossei b. R. Yehouda durcit : même le refus d'un seul dikdouk (menu détail) des divrei Soferim (règles rabbiniques) suffit à le disqualifier.

5
וְכֵן בֶּן לֵוִי שֶׁבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי לְוִיָּה, וְכֹהֵן שֶׁבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי כְהֻונָּה, חוּץ מִדָּבָר אֶחָד — אֵין מְקַבְּלִין אוֹתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַמַּקְרִיב אֶת דַּם הַשְּׁלָמִים וְגוֹ׳״, הָעֲבוֹדָה הַמְּסוּרָה לִבְנֵי אַהֲרֹן, כָּל כֹּהֵן שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בָּהּ — אֵין לוֹ חֵלֶק בַּכְּהֻונָּה.

Et de même un ben Levi (lévite) qui vient accepter les devarim de léviout (les devoirs du lévi), et un kohen qui vient accepter les devarim de kehounah (les devoirs de la prêtrise) sauf un point — on ne l'accepte pas, car il est dit : 'celui qui offre le sang des chelamim, etc.' (Lévitique 7:33) — le service [du Temple] confié aux fils d'Aharon : tout kohen qui n'y consent pas [entièrement] n'a pas de part dans la kehounah.

📜 Rachi (2)
דִּבְרֵי לְוִיָּה לְשׁוֹרֵר וּלְשָׁרֵת וְלִהְיוֹת שׁוֹעֵר:
Les devarim de léviout — chanter, servir et être portier.
מִבְּנֵי אַהֲרֹן מַשְׁמַע שֶׁיְּהֵא נוֹהֵג כָּל דִּין בְּנֵי אַהֲרֹן לוֹ תִהְיֶה שׁוֹק הַיָּמִין לְמָנָה:
Des fils d'Aharon — [cela] implique qu'il se conduise selon toute la loi des fils d'Aharon ; [alors seulement] 'à lui sera la cuisse droite en portion'.
💡 Explication

Même règle pour le lévi et le kohen : accepter leurs fonctions 'sauf un point' les exclut. Le verset (Lv 7:33) attache la part sacerdotale (la cuisse droite) au fait d'assumer tout le service des fils d'Aharon : qui n'y consent pas entièrement n'a pas de part dans la kehounah.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: הַבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵירוּת, אִם רְאִינוּהוּ שֶׁנּוֹהֵג בְּצִינְעָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ — מְקַבְּלִין אוֹתוֹ, וְאַחַר כָּךְ מְלַמְּדִין אוֹתוֹ. וְאִם לָאו — מְלַמְּדִין אוֹתוֹ, וְאַחַר כָּךְ מְקַבְּלִין אוֹתוֹ. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ מְקַבְּלִין אוֹתוֹ, וְהוּא לָמֵד כְּדַרְכּוֹ וְהוֹלֵךְ.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui vient accepter les devarim de haverout — si nous l'avons vu se conduire [ainsi] en privé (be-tsina) dans sa maison, on l'accepte, et ensuite on lui enseigne [les règles précises]. Et sinon — on lui enseigne d'abord, et ensuite on l'accepte.

Rabbi Chimon ben Yohai dit : dans un cas comme dans l'autre, on l'accepte, et il apprend selon son habitude au fur et à mesure.

📜 Rachi (2)
שֶׁנּוֹהֵג בְּצִינְעָה קֹודֶם שֶׁקִּיבֵּל בְּפָנֵינוּ הָיָה נוֹהֵג עָלָיו דִּין חֲבֵירוּת שֶׁאֵין לְחָושְׁדוֹ וְלוֹמַר לִפְנִים הוּא עוֹשֶׂה:
Qui se conduit en privé — avant même d'avoir accepté devant nous, il pratiquait déjà pour lui-même la loi de haverout, de sorte qu'il n'y a pas lieu de le soupçonner et de dire 'c'est pour l'apparence (pour être vu) qu'il agit'.
מְקַבְּלִין אוֹתוֹ שֶׁנַּחֲזִיקֶנּוּ כְּחָבֵר וּכְנֶאֱמָן לְכָל דְּבָרָיו:
On l'accepte — c'est-à-dire que nous lui reconnaissons le statut de haver et le tenons pour fiable en tout ce qu'il dit.
💡 Explication

Procédure d'admission. Si le candidat pratique déjà en privé (be-tsina) chez lui, on l'accepte d'abord, puis on l'instruit. Sinon, on l'instruit d'abord, puis on l'accepte. R. Chimon ben Yohai : dans les deux cas on l'accepte d'emblée, et il apprend en chemin.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: מְקַבְּלִין לִכְנָפַיִם, וְאַחַר כָּךְ מְקַבְּלִין לִטְהָרוֹת, וְאִם אָמַר: ״אֵינִי מְקַבֵּל אֶלָּא לִכְנָפַיִם״ — מְקַבְּלִין אוֹתוֹ. קִיבֵּל לַטְּהָרוֹת וְלֹא קִיבֵּל לַכְּנָפַיִם — אַף לַטְּהָרוֹת לֹא קִיבֵּל.

Nos maîtres ont enseigné : on [l']accepte pour les kenafayim (mains), et ensuite on [l']accepte pour les tohorot (puretés). Et s'il dit : 'je n'accepte que pour les kenafayim' — on l'accepte.

[Mais s'il] a accepté pour les tohorot et n'a pas accepté pour les kenafayim — même pour les tohorot il n'a pas accepté.

📜 Rachi (4)
לִכְנָפַיִם שֶׁיִּטֹּול יָדָיו קֹודֶם אֲכִילָה וְקֹודֶם שֶׁיִּגַּע בָּאֳוכָלִין דִּתְרוּמָה דְּיָדַיִם שְׁנִיּוֹת הֵן:
Pour les kenafayim (mains) — qu'il se lave les mains avant de manger et avant de toucher aux aliments de teroumah, car les mains sont [comptées comme] chenit (impureté de second degré).
לִטְהָרוֹת לְחֹומֶר שְׁאָר טְהָרוֹת וְנַחֲזִיק טַהֲרוֹתָיו כִּטְהָרוֹת גְּמוּרוֹת לֶאֱכֹול תְּרוּמָתוֹ כִּתְרוּמָה טְהוֹרָה:
Pour les tohorot (puretés) — pour la rigueur des autres puretés, [de sorte] que nous tenions ses puretés pour des puretés complètes, [permettant] de manger sa teroumah comme une teroumah pure.
מְקַבְּלִין אוֹתוֹ דְּאֵינוֹ מְשַׁייֵּר דָּבָר שָׁלֵם שֶׁהֲרֵי מְקַבֵּל עָלָיו נְטִילַת יָדַיִם וְזֶהוּ עִיקַּר אֲכִילַת חֻולִּין בְּטָהֳרָה:
On l'accepte — car il ne laisse pas de côté un point entier : il prend en effet sur lui la netilat yadayim (ablution des mains), qui est le principal de la consommation de houlin en pureté.
אַף לַטְּהָרוֹת לֹא קִבֵּל דְּכֵיוָן דִּבְדִין נְטִילַת יָדַיִם שֶׁדָּבָר קַל הוּא לַעֲשׂוֹת אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲמֹוד כָּל שֶׁכֵּן בִּשְׁאָר:
Même pour les tohorot il n'a pas accepté — car dès lors que sur la règle de la netilat yadayim, chose facile à faire, il ne peut tenir, à plus forte raison sur le reste.
💡 Explication

Ordre d'admission : d'abord les kenafayim (se laver les mains avant de manger), puis les tohorot (puretés générales). Accepter seulement les mains est valable (il ne laisse pas de côté un point entier). Mais accepter les puretés sans les mains est nul, même pour les puretés : qui ne tient pas sur ce point simple ne tiendra pas sur le reste.

🖼️ Schéma
Ordre d'acceptation : kenafayim (mains) puis tohorot (puretés) kenafayim (mains) se laver les mains avant de manger tohorot (puretés) puretés générales, teroumah pure Accepte SEULEMENT les mains -> on l'accepte (il ne laisse pas un point entier de côté) Accepte les puretés mais PAS les mains -> même les puretés ne sont pas acceptées
Kenafayim (mains) avant tohorot (puretés) : les deux configurations.
8
תָּנוּ רַבָּנַן: עַד כַּמָּה מְקַבְּלִין אוֹתוֹ? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לְמַשְׁקִין — שְׁלֹשִׁים יוֹם, לְכַסּוֹת — שְׁנֵים עָשָׂר חֹודֶשׁ. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה — לִשְׁנַיִם עָשָׂר חֹודֶשׁ.

Nos maîtres ont enseigné : jusqu'à quand l'accepte-t-on ? Beit Chammai disent : pour les michkin (boissons) — trente jours ; pour les vêtements — douze mois.

Et Beit Hillel disent : l'un et l'autre — [au bout] de douze mois.

📜 Rachi (4)
עַד כַּמָּה מְקַבֵּל אוֹתוֹ דִּבְרֵי חֲבֵירוּת שֶׁנְּקַבְּלֶנּוּ לְאַלְתַּר וְנַחֲזִיקֶנּוּ בְּחָבֵר:
Jusqu'à quand l'accepte-t-on — [a partir de quand tenons-nous] les devarim de haverout [pour acquis], de sorte que nous l'acceptions aussitôt et le reconnaissions comme haver.
לְמַשְׁקִין שְׁלֹשִׁים יוֹם שֶׁאִם קִיבֵּל עָלָיו דִּבְרֵי חֲבֵירוּת עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם מֵהַמָּנֵינַן לֵיהּ מִכָּאן וְאֵילָךְ בִּטְהָרוֹת מַשְׁקִין שֶׁטֻּומְאָתָן קַלָּה דְּטֻומְאַת מַשְׁקִין מִדְּרַבָּנָן בְּפֶ' קַמָּא דִּפְסָחִים (דַּף טז:):
Pour les boissons, trente jours — [signifie] que s'il a pris sur lui les devarim de haverout, jusqu'à trente jours nous le comptons [fiable] à partir de là pour les puretés des boissons, dont l'impureté est légère, car l'impureté des boissons est de rabbanan (rabbinique), [comme] au premier chapitre de Pessahim (16b).
לְכַסּוֹת לְהַחְזִיק כְּסוּתוֹ כְּחָבֵר דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף יח:) בִּגְדֵי עַם הָאָרֶץ מִדְרָס לִפְרוּשִׁים:
Pour les vêtements — pour tenir son vêtement [comme celui] d'un haver, car il est dit au traité Haguiga (18b) : les vêtements d'un am ha-arets sont midras (source d'impureté) pour les perouchim (ceux qui se séparent, les haverim).
שְׁנֵים עָשָׂר חֹודֶשׁ אִם קִיבֵּל עָלָיו דִּבְרֵי חֲבֵירוּת לִשְׁנַיִם עָשָׂר חֹדֶשׁ:
Douze mois — s'il a pris sur lui les devarim de haverout, [au bout] de douze mois.
💡 Explication

Délai de probation avant confiance pleine. Beit Chammai : trente jours pour les boissons (impureté légère, rabbinique), douze mois pour les vêtements (les habits d'un am ha-arets étant midras pour les perouchim). Beit Hillel (version corrigée au segment suivant) : douze mois pour les deux.

9
אִם כֵּן, הָוֵה לֵיהּ מִקֻּולֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל, אֶלָּא בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה לִשְׁלשִׁים.

Si [c'était] ainsi, ce serait [un cas] parmi les indulgences de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel [et il aurait été recensé dans Edouyot] ! Plutôt, Beit Hillel disent : l'un et l'autre — [au bout] de trente [jours].

📜 Rachi (1)
הָוֵה לֵיהּ מִקֻּולֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל וְלִיתְנְייַהּ גַּבֵּי קֻולֵּי בֵּית שַׁמַּאי וְחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל בְּמַסֶּכֶת עִדִּיּוֹת (פ"ה מ"א) דְּאָמְרִינַן שִׁשָּׁה דְּבָרִים מִקֻּולֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִילֵּל וְאִם אִיתָא לִיתְנֵי הָא. ל"א עַד כַּמָּה מְקַבְּלִין אוֹתוֹ דַּאֲמַרַן לְעֵיל אִם נָהַג מִתְּחִלָּה בְּצִינְעָא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ מְקַבְּלִין אוֹתוֹ מִיָּד וְעַד כַּמָּה יִנְהַג מִתְּחִלָּה שֶׁנְּקַבְּלֶנּוּ מִיָּד:
Ce serait parmi les indulgences de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel — et [on aurait dû] l'enseigner parmi les indulgences de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel au traité Edouyot (chap. 5, michna 1), où l'on dit 'six choses parmi les indulgences de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel' ; or s'il en était ainsi, on aurait dû enseigner celle-ci [aussi]. Autre version : 'jusqu'à quand l'accepte-t-on' [se rapporte] à ce que nous avons dit plus haut : s'il s'est conduit dès le début en privé dans sa maison, on l'accepte aussitôt — et jusqu'à quand [doit-il] s'être conduit ainsi au préalable pour que nous l'acceptions aussitôt ?
💡 Explication

Objection : si Beit Hillel exigeaient douze mois là où Beit Chammai se contentent de trente jours pour les boissons, on aurait ici une des rares indulgences de Beit Chammai / rigueurs de Beit Hillel, qui aurait été listée dans le traité Edouyot. Donc on corrige : Beit Hillel disent trente jours pour les deux.

10
(סִימָן: חָבֵר, תַּלְמִיד, תְּכֵלֶת, מֶכֶס, חָזַר, גַּבַּאי, בְּעַצְמוֹ).

(Signe mnémotechnique : haver, talmid [érudit], tekhelet [teinture bleue], mokhes [péage], hazar [retour], gabbai [collecteur], be-atsmo [par lui-même]).

💡 Explication

Simane : suite de mots-clés servant à mémoriser l'ordre des enseignements à venir jusqu'à la fin du chapitre — haver, talmid (érudit), tekhelet (teinture bleue), mokhes (péage), hazar (retour), gabbai (collecteur), be-atsmo (par lui-même).

11
תָּנוּ רַבָּנַן: הַבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵירוּת — צָרִיךְ לְקַבֵּל בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה חֲבֵירִים, וּבָנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ אֵינָן צְרִיכִין לְקַבֵּל בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה חֲבֵירִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף בָּנָיו וּבְנֵי בֵיתוֹ צְרִיכִין לְקַבֵּל בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה חֲבֵירִים, לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה חָבֵר שֶׁקִּיבֵּל לְבֶן חָבֵר שֶׁקִּיבֵּל.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui vient accepter les devarim de haverout doit accepter devant trois haverim ; mais ses fils et les membres de sa maison n'ont pas besoin d'accepter devant trois haverim. Rabban Chimon ben Gamliel dit : même ses fils et les membres de sa maison doivent accepter devant trois haverim, car un haver qui a [lui-même] accepté n'est pas comparable au fils d'un haver qui [n']a [qu']accepté [par son père].

📜 Rachi (1)
לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה חָבֵר שֶׁקִּיבֵּל הוּא עַצְמוֹ לְבֶן חָבֵר מֵחֲמַת קַבָּלַת אָבִיו שֶׁאֵין לוֹ שׁוּם קַבָּלָה אֶלָּא סֶרֶךְ אָבִיו דְּוַדַּאי אָבִיו מִיזְדְּהַר טְפֵי. ל"א הַאי לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה תַּנָּא קַמָּא קָאָמַר לֵיהּ מַה טַעַם בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ אֵין צְרִיכִין לְקַבֵּל לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה חָבֵר שֶׁקִּיבֵּל לְבֶן חָבֵר שֶׁקִּיבֵּל אָבִיו דְּבֶן חָבֵר לָא חֲשִׁיד. וּבַתּוֹסֶפְתָּא גָּרְסִינַן שֶׁאֵין דּוֹמֶה חָבֵר שֶׁקִּלְקֵל לְבֶן חָבֵר שֶׁקִּלְקֵל בְּמַסֶּכֶת דְּמַאי:
Car il n'est pas comparable, un haver qui a accepté — [c'est-à-dire] lui-même, [par rapport] au fils d'un haver [qui l'est] du fait de l'acceptation de son père, lequel n'a aucune acceptation propre, mais seulement l'appui (serakh) de son père ; car assurément le père se garde davantage. Autre version : ce 'car il n'est pas comparable' est dit par le premier tana [pour expliquer] pourquoi ses fils et les membres de sa maison n'ont pas besoin d'accepter : parce qu'un haver qui a [lui-même] accepté n'est pas comparable au fils d'un haver dont le père a accepté, car le fils d'un haver n'est pas soupçonné. Et dans la Tossefta (Demai) on lit : un haver qui s'est dégradé (kilkel) n'est pas comparable au fils d'un haver qui s'est dégradé.
💡 Explication

L'acceptation se fait devant trois haverim. Pour le premier tana, les fils et gens de la maison en sont dispensés (ils suivent le père). Rabban Chimon ben Gamliel l'exige aussi d'eux : le fils qui n'a qu'hérité du statut de son père n'égale pas celui qui l'a assumé lui-même.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: הַבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵירוּת — צָרִיךְ לְקַבֵּל בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה חֲבֵירִים, וַאֲפִילּוּ תַּלְמִיד חָכָם צָרִיךְ לְקַבֵּל בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה חֲבֵירִים. זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה — אֵינוֹ צָרִיךְ לְקַבֵּל בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה חֲבֵירִים, שֶׁכְּבָר קִיבֵּל עָלָיו מִשָּׁעָה שֶׁיָּשַׁב. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: אַף תַּלְמִיד חָכָם אֵינוֹ צָרִיךְ לְקַבֵּל בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה חֲבֵירִים, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁאֲחֵרִים מְקַבְּלִין לְפָנָיו.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui vient accepter les devarim de haverout doit accepter devant trois haverim, et même un talmid 'hakham (érudit) doit accepter devant trois haverim. Un zaken (ancien) qui siège à la yechiva n'a pas besoin d'accepter devant trois haverim, car il a déjà accepté dès l'heure où il s'est assis [pour étudier].

Abba Chaoul dit : même un talmid 'hakham n'a pas besoin d'accepter devant trois haverim ; et non seulement cela, mais d'autres [peuvent] accepter devant lui.

💡 Explication

Cas des lettres : même un talmid 'hakham doit en principe accepter devant trois haverim. Le zaken siégeant à la yechiva en est dispensé (son entrée à la yechiva vaut acceptation). Abba Chaoul dispense aussi le talmid 'hakham et va plus loin : d'autres peuvent accepter devant lui (il tient lieu d'un des trois).

13
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּימֵי בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס נִשְׁנֵית מִשְׁנָה זוֹ. רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי אִיסְתַּפַּק לְהוּ מִילְּתָא בִּטְהָרוֹת, שַׁדַּרוּ רַבָּנַן לְגַבֵּי בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס, אַזִּילוּ אָמְרוּ לֵיהּ: לְעַיֵּין בָּהּ. אַשְׁכְּחוּהּ דְּקָא טָעֵין טְהָרוֹת, אוֹתֵיב רַבָּנַן מִדִּידֵיהּ לְגַבַּייְהוּ, וְקָאֵי אִיהוּ לְעַיּוֹנֵי בַּהּ.

Rabbi Yo'hanan dit : c'est aux jours du fils de Rabbi Hanina ben Antignos que cette michna a été enseignée. [Un jour,] Rabbi Yehouda et Rabbi Yossei eurent un doute sur une question de tohorot (puretés) ; les Sages envoyèrent [des messagers] chez le fils de Rabbi Hanina ben Antignos ; ils allèrent lui dire de l'examiner.

Ils le trouvèrent portant des tohorot (objets purs) ; il fit asseoir des Sages à lui (de sa yechiva) auprès d'eux, et lui-même se tint [debout] pour l'examiner.

📜 Rachi (4)
נִשְׁנֵית מִשְׁנָה זוֹ דְּאַפֵּי' תַּלְמִיד חָכָם צָרִיךְ לְקַבֵּל:
Cette michna a été enseignée — [celle disant] que même un talmid 'hakham doit accepter.
בִּטְהָרוֹת בְּסֵדֶר טְהָרוֹת לָא גָרְסִי'. בִּטְהָרוֹת עַצְמָן אֵירַע לָהֶן מַעֲשֶׂה וְנִסְתַּפְּקָה הֲלָכָה:
Sur les tohorot (puretés) — 'be-seder Tohorot' (dans l'ordre [mishnique] Tohorot) n'est pas la version [exacte] : c'est sur les puretés elles-mêmes qu'un cas leur advint et [dont] la halakha resta incertaine.
שִׁדְרוֹ רַבָּנָן שִׁדְרוֹ זוּג דְּרַבָּנָן:
Les Sages envoyèrent — ils envoyèrent une paire (zoug) de Sages.
אוֹתִיב רַבָּנָן מִדִּידֵיהּ מִתַּלְמִידָיו שֶׁקִּיבְּלוּ עֲלֵיהֶן דִּבְרֵי חֲבֵירוּת אוֹתִיב בַּהֲדֵי הָנָךְ שְׁלוּחִים וְקָאֵי אִיהוּ לְעַיּוֹנֵי בִּשְׁאֵילָתָם:
Il fit asseoir des Sages à lui — [c'est-à-dire] de ses disciples, qui avaient pris sur eux les devarim de haverout ; il [les] fit asseoir auprès de ces envoyés, et lui-même se tenait [debout] à examiner leur question.
💡 Explication

R. Yo'hanan date la michna (le talmid 'hakham doit accepter devant trois) de l'époque du fils de R. Hanina ben Antignos. Envoyé pour trancher un doute de pureté, celui-ci, occupé à porter des objets purs, ne se fia pas aux messagers : il plaça à côté d'eux des Sages de sa propre yechiva (dont il était sur) et resta debout à examiner la question.

14
אֲתוֹ אָמְרִי לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי, אֲמַר לְהוּ רַבִּי יְהוּדָה: אָבִיו שֶׁל זֶה בִּיזָּה תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, אַף הוּא מְבַזֶּה תַּלְמִידֵי חֲכָמִים!

Ils vinrent [le rapporter] à Rabbi Yehouda et Rabbi Yossei. Rabbi Yehouda leur dit : le père de celui-ci a [déjà] méprisé les érudits, [et] lui aussi méprise les érudits !

📜 Rachi (1)
אַבָּא שֶׁל זֶה כו' אַגַּב רִיתְחֵיהּ קָאָמַר וְלֹא הִיא:
Le père de celui-ci, etc. — c'est sous le coup de la colère qu'il [le] dit, et ce n'est pas [réellement] ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
אָבִיו שֶׁל זֶה בִּיזָּה תַּלְמִידִים שֶׁלָּנוּ עַל הַטְּהָרוֹת כְּמוֹ שֶׁעָשָׂה בְּנוֹ:
Le père de celui-ci a méprisé nos disciples — sur les puretés, comme l'a fait son fils.
💡 Explication

De retour, les messagers rapportent l'affront (avoir été traités comme des amei ha-arets). R. Yehouda, sous le coup de la colère, s'exclame que le fils, comme jadis son père, méprise les talmidei hakhamim — mais, note Rachi, il ne dit pas cela avec raison.

15
אָמַר לוֹ רַבִּי יוֹסֵי: כְּבוֹד זָקֵן יְהֵא מֻונָּח בִּמְקוֹמוֹ, אֶלָּא מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נָהֲגוּ כֹּהֲנִים סִילְסוּל בְּעַצְמָן, שֶׁאֵין מוֹסְרִין אֶת הַטְּהָרוֹת לְכָל אָדָם.

Rabbi Yossei lui dit : que l'honneur de l'ancien reste à sa place ! Mais c'est depuis le jour où le Temple a été détruit que les kohanim ont adopté une conduite plus haute (silsoul) envers eux-mêmes : ils ne confient plus les tohorot (objets purs) à quiconque.

📜 Rachi (2)
כְּבוֹד זָקֵן הָאָב וְהַבֵּן:
L'honneur de l'ancien — [c'est-à-dire] du père et du fils.
סִילְסוּל מַעֲלָה. ר' חֲנִינָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס כֹּהֵן הָיָה:
Silsoul — [c'est-à-dire] une conduite supérieure (maala). Rabbi Hanina ben Antignos était un kohen.
💡 Explication

R. Yossei défend le fils : que l'honneur de l'ancien (le père et le fils) soit sauf ! Son attitude n'est pas un mépris : depuis la destruction du Temple, les kohanim observent une rigueur accrue (silsoul, élévation) et ne confient plus les objets purs à personne. Le fils, kohen, a donc agi correctement.

16
תָּנוּ רַבָּנַן: חָבֵר שֶׁמֵּת — אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ הֲרֵי הֵן בְּחֶזְקָתָן, עַד שֶׁיֵּחָשְׁדוּ. וְכֵן חָצֵר שֶׁמּוֹכְרִין בָּהּ תְּכֵלֶת — הֲרֵי הִיא בְּחֶזְקָתָהּ, עַד שֶׁתִּיפָּסֵל.

Nos maîtres ont enseigné : un haver qui est mort — sa femme, ses fils et les membres de sa maison demeurent dans leur présomption [de haverout], jusqu'à ce qu'ils soient soupçonnés. Et de même, une cour où l'on vend de la tekhelet (teinture bleue) demeure dans sa présomption [de validité], jusqu'à ce qu'elle soit disqualifiée.

📜 Rachi (1)
בְּחֶזְקָתָהּ עַד שֶׁתִּיפָּסֵל שֶׁיִּמְכְּרוּ בָּהּ קָלָא אִילָן לְשֵׁם תְּכֵלֶת:
Dans sa présomption, jusqu'à ce qu'elle soit disqualifiée — [c'est-à-dire] qu'on y vende du kala ilan (indigo, imitation végétale) sous le nom de tekhelet.
💡 Explication

Transmission du statut : à la mort d'un haver, sa maisonnée conserve la présomption de haverout tant qu'aucun soupçon ne survient. Parallèle : la cour où l'on vend de la tekhelet (teinture bleue rituelle) garde sa présomption de vendre de la vraie tekhelet, jusqu'à preuve du contraire (vente de kala ilan, contrefaçon).

17
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵשֶׁת עַם הָאָרֶץ שֶׁנִּשֵּׂאת לְחָבֵר, וְכֵן בִּתּוֹ שֶׁל עַם הָאָרֶץ שֶׁנִּשֵּׂאת לְחָבֵר, וְכֵן עַבְדּוֹ שֶׁל עַם הָאָרֶץ שֶׁנִּמְכַּר לְחָבֵר — כֻּולָּן צְרִיכִין לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵירוּת בַּתְּחִלָּה. אֲבָל אֵשֶׁת חָבֵר שֶׁנִּשֵּׂאת לְעַם הָאָרֶץ, וְכֵן בִּתּוֹ שֶׁל חָבֵר שֶׁנִּשֵּׂאת לְעַם הָאָרֶץ, וְכֵן עַבְדּוֹ שֶׁל חָבֵר שֶׁנִּמְכַּר לְעַם הָאָרֶץ — אֵין צְרִיכִין לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵירוּת בַּתְּחִלָּה.

Nos maîtres ont enseigné : la femme d'un am ha-arets qui épouse un haver, de même la fille d'un am ha-arets qui épouse un haver, de même l'esclave d'un am ha-arets vendu à un haver — tous doivent accepter les devarim de haverout d'emblée (au préalable). Mais la femme d'un haver qui épouse un am ha-arets, de même la fille d'un haver qui épouse un am ha-arets, de même l'esclave d'un haver vendu à un am ha-arets — n'ont pas besoin d'accepter les devarim de haverout d'emblée.

📜 Rachi (2)
צְרִיכִין לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵירוּת בַּתְּחִלָּה גָּרְסִי' וְלָא גָּרְסִי' כְּבַתְּחִלָּה וּבַתּוֹסֶפְתָּא גָּרְסִינַן הָכִי בְּבִתְחִלָּה כְּלוֹמַר מִתְּחִלָּה קֹודֶם שֶׁנַּחֲזִיקֶנּוּ בַּחֲבֵירוּת ואע"ג דַּאֲמַרַן לְעֵיל בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ אֵין צְרִיכִין לְקַבֵּל הָכָא שָׁאנֵי הוֹאִיל וּבִשְׁעַת קַבָּלָה לָא הָווּ גַּבֵּיהּ וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּסִרְכַיְיהוּ קַמָּא נָקְטִי:
'Doivent accepter les devarim de haverout be-thila (d'emblée)' — telle est la version, et non 'ke-vathila (comme au début)'. Et dans la Tossefta on lit ainsi : 'be-vathila', c'est-à-dire 'dès le début', avant que nous ne les tenions pour haverim. Et bien que nous ayons dit plus haut que ses fils et les gens de sa maison n'ont pas besoin d'accepter, ici c'est différent, puisqu'au moment de l'acceptation [du haver] ils n'étaient pas auprès de lui, et l'on peut dire qu'ils gardent [encore] l'appui (serekh) de leur [milieu] premier [d'am ha-arets].
אֵין צְרִיכִין לְקַבֵּל אִם חָזְרוּ תַּחַת יַד חָבֵר:
N'ont pas besoin d'accepter — s'ils sont revenus sous la main d'un haver.
💡 Explication

Quand on passe du monde de l'am ha-arets à celui du haver (par mariage, filiation ou vente), il faut accepter formellement le statut de haver au préalable. Le passage inverse (d'un haver vers un am ha-arets) ne requiert pas de nouvelle acceptation si l'on revient ensuite sous l'autorité d'un haver (l'habitude antérieure demeure).

18
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אַף הֵן צְרִיכִין לְקַבֵּל עֲלֵיהֶן דִּבְרֵי חֲבֵירוּת לְכַתְּחִלָּה. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: מַעֲשֶׂה בְּאִשָּׁה אַחַת שֶׁנִּשֵּׂאת לְחָבֵר וְהָיְתָה קוֹמַעַת לוֹ תְּפִילִּין עַל יָדוֹ, נִשֵּׂאת לְעַם הָאָרֶץ וְהָיְתָה קוֹשֶׁרֶת לוֹ קִשְׁרֵי מוֹכֵס עַל יָדוֹ.

Rabbi Meir dit : eux aussi doivent accepter sur eux les devarim de haverout d'emblée (le-khathila). Rabbi Chimon ben Elazar dit au nom de Rabbi Meir : il arriva qu'une femme épousa un haver et lui nouait (koma'at) les tefillin sur la main ; [puis] elle épousa un am ha-arets et lui nouait les sceaux du péage (mokhes) sur la main.

📜 Rachi (2)
קוֹמַעַת קוֹשֶׁרֶת:
Koma'at — [c'est-à-dire] elle nouait.
קִשְׁרֵי מוֹכֵס שֶׁיֵּשׁ חוֹתָמוֹת לַמּוֹכְסִים וּכְשֶׁנּוֹתְנִין לָהֶן הַמֶּכֶס הֵם נוֹתְנִין לוֹ חוֹתָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְבָּעֶנּוּ מוֹכֵס שֵׁנִי:
Les sceaux du péage — car les percepteurs ont des sceaux (cachets) ; lorsqu'on leur paie le péage, ils donnent [au payeur] un sceau, afin qu'un second percepteur ne le réclame pas [de nouveau].
💡 Explication

R. Meir exige que même ceux qui passent d'un haver à un am ha-arets ré-acceptent le statut. Il l'illustre par un récit : une femme mariée à un haver lui nouait les tefillin (signe de piété) ; remariée à un percepteur (mokhes), elle lui nouait les sceaux du péage à la main. L'entourage a transformé sa conduite — d'où la nécessité de ré-accepter.

🖼️ Schéma
La femme suit son mari (récit de R. Chimon ben Elazar, seg. 17) Mariée à un haver elle lui nouait (komaat) les tefillin sur la main signe de piété Mariée à un percepteur elle lui nouait sur la main les sceaux du péage (mokhes) chute du niveau -> l'entourage change tout : il faut faire ré-accepter le statut de haver
La femme suit le niveau de son mari : des tefillin aux sceaux du péage.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).