Bekhorot 32a — le maaser behema ne se vend pas : la gezera chava gueoula/gueoula et העברה/העברה

Bekhorot 32a

Sougya : Le daf poursuit la question de la vente de la viande du maaser behema (dîme animale) devenu passoul : la Torah la permet après l'abattage, mais les Sages l'ont interdite par décret, sauf par inclusion (havlaa) dans le prix du cuir, des nerfs et des cornes, ou pour des orphelins où l'on maintient la loi de la Torah. Rav Chmouel bar Rav Yitzhak dérive cette permission de Dt 12:15 ('selon la bénédiction').

La Guemara construit ensuite une gezera chava (analogie de termes) élaborée pour prouver que le maaser ne se vend jamais : on relie 'lo yiggael' du maaser à 'lo yiggael' des haramim (biens voués), en montrant tour à tour quel terme est 'libre' (moufneh) — via des dérivations croisées avec le Bekhor (העברה/העברה) et la restriction 'hou' (הוא). Rava propose enfin une lecture plus simple : le 'lo yiggael' des haramim est de toute façon superflu, donc disponible pour l'analogie.

Vendre la viande du maaser behema (dîme animale) devenu passoul Loi de la Torah après chehita : VENTE permise Décret rabbinique on n'annonce pas un prix, de peur d'un commerce Solutions 1. inclusion (havlaa) dans le prix du cuir/nerfs 2. orphelins : loi Torah pure Base scripturaire (Dt 12:15) 'selon toute l'envie de ton âme tu abattras et mangeras de la viande, selon la bénédiction' Quelle chose n'a pas de bénédiction VIVANTE mais en a après l'abattage ? -> le maaser behema (sa 'bénédiction' = la vente permise après chehita)
Vendre la viande du maaser passoul : loi de la Torah, décret rabbinique, solutions, et la source de Dt 12:15 (segments 0-2).
Le maaser ne se vend pas : construire la gezera chava (analogie de termes) Bekhor (premier-né) 'lo tifdeh' (pediya) 've-haavarta' (העברה) se VEND vivant Maaser (dîme) 'lo yiggael' (gueoula) 'yaavor' (העברה) ne se vend PAS Haramim (interdits) 'lo yiggael' (gueoula) 'lo yimmakher' ni vente ni rachat gueoula=gueoula העברה=העברה Chaîne : Maaser tire 'lo yiggael' de Haramim (vente incluse) ; le 'lo yiggael' du maaser devient 'libre' (moufneh) car le maaser est déjà interdit de rachat par העברה=העברה avec le Bekhor Pourquoi le Bekhor, lui, se vend malgré 'gueoula' possible ? 'hou' (הוא, Lv 27:28) restreint : ni le Bekhor. Et 'hou' vise le Bekhor (pediya), non le maaser (gueoula) : car on tire gueoula de gueoula, non pediya de gueoula. Rava : plus simple encore 'lo yiggael' des haramim est superflu (chez le propriétaire = hekdech ; chez le kohen = houlin) -> libre
La machinerie de la gezera chava : maaser / Bekhor / haramim et le jeu des termes 'libres' (segments 6-23).
1
דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִישּׁוֹם מֵחַיִּים — לָא גְּזוּר רַבָּנָן, וּבְיַתְמֵי אוֹקְמוּהָ רַבָּנַן אַדְּאוֹרָיְיתָא.

Une chose qui n'est pas évaluée du vivant [de l'animal] — les Sages n'ont pas décrété [d'interdiction de vente] ; et pour des orphelins (yetomim), les Sages ont maintenu [la loi] selon la Torah.

📜 Rachi (1)
וְשֶׁאֵינוֹ נִישֹּׁום מֵחַיִּים כְּגוֹן הָעוֹר וְהַגִּידִין שֶׁחֲשִׁיבוּת שׁוּם דְּמֵי הַבְּהֵמָה אֵינוֹ בִּשְׁבִיל הָעוֹר הִלְכָּךְ בְּהַבְלָעָה שָׁרִי אַפֵּי' דְּגָדוֹל וּבְיַתְמֵי מִשּׁוּם הֲשָׁבַת אֲבֵידָה אוֹקְמוּהָ אַדְּאוֹרָייְתָא דִּלְאַחַר שְׁחִיטָה מוֹכְרוֹ כְּדַרְכּוֹ:
'Et ce qui n'est pas évalué du vivant' — comme le cuir et les nerfs, car la valeur estimée du prix de la bête ne tient pas au cuir ; c'est pourquoi, par inclusion (havlaa), c'est permis même [pour un maaser] d'adulte. Et pour des orphelins, au titre de la restitution du bien perdu (hachavat aveda), on a maintenu [la loi] selon la Torah : après l'abattage, on le vend à sa manière habituelle.
💡 Explication

Suite du sujet : la viande du maaser behema (dîme animale) devenu passoul (invalide par un défaut). Une partie non prise en compte dans le prix de l'animal vivant (cuir, nerfs) n'est pas visée par le décret rabbinique : on peut donc y inclure (havlaa) le prix de la viande. Pour des orphelins, on s'en tient à la loi de la Torah (qui permet la vente après l'abattage), au titre de la restitution du bien perdu.

2
וְאַף רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק סָבַר לַהּ לְהָא דְּרָבָא, דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק: מִנַּיִן לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה שֶׁל יְתוֹמִים שֶׁמּוֹכְרִים אוֹתוֹ כְּדַרְכּוֹ?

Et Rav Chmouel bar Rav Yitzhak aussi tient cet enseignement de Rava, car Rav Chmouel bar Rav Yitzhak a dit : d'où [sait-on] qu'un maaser behema d'orphelins, on le vend à sa manière habituelle ?

📜 Rachi (1)
סָבַר לַהּ לְהָא דְּרָבָא דְּמַעֲשֵׂר לְאַחַר שְׁחִיטָה דְּאוֹרָיְיתָא שָׁרִי לִמְכֹּור:
'Tient cet enseignement de Rava' — [a savoir] que le maaser, après l'abattage, [selon] la Torah, il est permis de le vendre.
🗂️ Tossefot (1)
וְאַף רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק סָבַר לַהּ לְהָא דְּרָבָא פִּי' מִקְרָא אַחַרְיַנָא וְלָא מִטַּעְמֵיהּ:
'Et Rav Chmouel bar Rav Yitzhak aussi tient cet enseignement de Rava' — explication : [il l'établit] à partir d'un autre verset, et non de son raisonnement [à lui, Rava].
💡 Explication

Rav Chmouel bar Rav Yitzhak partage l'avis de Rava selon lequel, par la loi de la Torah, la viande du maaser passoul peut se vendre normalement — d'où sa question sur le maaser d'orphelins, que l'on peut vendre sans recourir à l'inclusion.

3
שֶׁנֶּאֱמַר: ״רַק בְּכָל אַוַּת נַפְשְׁךָ תִּזְבַּח וְאָכַלְתָּ בָשָׂר״, אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ בְּרָכָה מֵחַיִּים אֶלָּא לְאַחַר שְׁחִיטָה? הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה מַעְשַׂר בְּהֵמָה.

Car il est dit : 'seulement, selon toute l'envie de ton âme, tu abattras et mangeras de la viande' (Dt 12:15) — quelle est la chose qui n'a pas de bénédiction du vivant [de l'animal] mais [seulement] après l'abattage ? Il faut dire : c'est le maaser behema.

📜 Rachi (3)
רַק בְּכָל אַוַּת נַפְשְׁךָ מוֹקְמִינַן בְּסִפְרֵי דְּבִפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין מִישְׁתַּעֵי וּכְתִיב תִּזְבַּח וְאָכַלְתָּ:
'Seulement, selon toute l'envie de ton âme' — on l'établit dans le Sifri comme parlant des consacrés devenus passoul, et il est écrit 'tu abattras et mangeras'.
אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ בְּרָכָה מֵחַיִּים שֶׁאֵין נֶהֱנִין מֵהֶם מֵחַיִּים דְּהָא שְׁאָר קָדָשִׁים אִם נָפַל בָּהֶן מוּם פּוֹדָן וְיָכוֹל לְמָוכְרָן מֵחַיִּים לְכָל מִי שֶׁיִּרְצֶה:
'Quelle est la chose qui n'a pas de bénédiction du vivant' — dont on ne tire pas profit du vivant [de l'animal] ; car les autres consacrés, s'il leur survient un défaut, on les rachète et l'on peut les vendre vivants à qui l'on veut.
אֶלָּא זֶה מַעְשַׂר בְּהֵמָה דִּכְתִיב בֵּיהּ לֹא יִגָּאֵל דְּאֵינוֹ נִמְכָּר מֵחַיִּים וְכָתַב דִּלְאַחַר זְבִיחָה אִיכָּא בְּרָכָה וְהַהוּא בְּרָכָה מְכִירָה הִיא דְּדֻומְיָא דִּבְרָכָה שֶׁאָסַר לְךָ מֵחַיִּים הִתִּיר לְךָ לְאַחַר שְׁחִיטָה וּמַה בְּרָכָה הָיְתָה רְאוּיָה בּוֹ מֵחַיִּים מְכִירָה. אַלְמָא לְאַחַר שְׁחִיטָה נִמְכָּר מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְהָא דְּתָנֵי אֵינוֹ נִמְכָּר שָׁחוּט דְּרַבָּנָן הוּא הִילְכָּךְ בְּיַתְמֵי מוֹקְמִינַן אַדְּאוֹרָיְיתָא:
'Il faut dire : c'est le maaser behema' — car il est écrit à son sujet 'il ne sera pas racchete' : il ne se vend pas vivant ; et il est écrit qu'après l'abattage il y a bénédiction, et cette bénédiction est [le fait de] la vente. Car, à l'image de la 'bénédiction' qu'il t'a interdite du vivant, il te l'a permise après l'abattage : et quelle bénédiction eût été possible de son vivant ? La vente. Il apparaît donc qu'après l'abattage il se vend selon la Torah, et ce qui est enseigné '[le maaser] abattu ne se vend pas' est [un décret] rabbinique ; c'est pourquoi, pour des orphelins, on maintient [la loi] selon la Torah.
💡 Explication

Le verset (lu dans le Sifri comme parlant des consacrés devenus passoul) dit 'tu abattras et mangeras... selon la bénédiction'. Quelle offrande n'a aucune bénédiction de son vivant (dont on ne tire aucun profit vivant) mais en a après l'abattage ? Le maaser behema : car il est écrit à son sujet 'il ne sera pas racchete' (il ne se vend pas vivant), et la 'bénédiction' après l'abattage n'est autre que la vente permise par la Torah.

🖼️ Schéma
Vendre la viande du maaser behema (dîme animale) devenu passoul Loi de la Torah après chehita : VENTE permise Décret rabbinique on n'annonce pas un prix, de peur d'un commerce Solutions 1. inclusion (havlaa) dans le prix du cuir/nerfs 2. orphelins : loi Torah pure Base scripturaire (Dt 12:15) 'selon toute l'envie de ton âme tu abattras et mangeras de la viande, selon la bénédiction' Quelle chose n'a pas de bénédiction VIVANTE mais en a après l'abattage ? -> le maaser behema (sa 'bénédiction' = la vente permise après chehita)
La dérivation de Dt 12:15 : la 'bénédiction' du maaser après l'abattage, c'est la vente.
4
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ לְהַבְלִיעוֹ בַּעֲצָמוֹת? רַבִּי חִייָּא וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי, חַד אָמַר: מַבְלִיעוֹ, וְחַד אָמַר: אֵין מַבְלִיעוֹ.

On a demandé : que faut-il [décider] quant à l'inclure [le prix de la viande] dans [le prix des] os ? Rabbi Hiyya et Rabbi Chimon fils de Rabbi [Yehouda ha-Nassi] : l'un dit qu'on l'inclut, et l'autre dit qu'on ne l'inclut pas.

📜 Rachi (1)
מַהוּ לְהַבְלִיעַ דְּמֵי בְּשַׂר מַעְשַׂר בְּהֵמָה שֶׁל גָּדוֹל עִם דְּמֵי הָעֲצָמוֹת:
'Que faut-il décider quant à l'inclure' — [inclure] le prix de la viande du maaser behema d'un adulte avec le prix des os.
💡 Explication

La baraita permettait d'inclure (havlaa) le prix de la viande dans le cuir, la graisse, les nerfs et les cornes. Question : peut-on aussi l'inclure dans le prix des os ? Mahloket entre R. Hiyya et R. Chimon fils de Rabbi.

5
וְלָא פְּלִיגִי — הָא בְּדַקָּה, הָא בְּגַסָּה.

Et ils ne divergent pas [réellement] : ceci [vise] le menu bétail (deka), cela le gros bétail (gassa).

📜 Rachi (2)
דַּקָּה אֵין הָעֲצָמוֹת רְאוּיִים לִכְלוּם וְאֵין מַבְלִיעִין:
'Menu bétail' (deka) — les os ne sont propres à rien, et l'on n'inclut pas.
גַּסָּה רְאוּיִין הָעֲצָמוֹת לְקַתָּתָא דְּנַגָּרֵי וַחֲצִינֵי וּמַבְלִיעִין:
'Gros bétail' (gassa) — les os sont propres [à faire] des manches de haches et de hachettes, et l'on inclut.
💡 Explication

Résolution : pas de vraie mahloket. Celui qui interdit parle du menu bétail (deka), dont les os ne servent à rien et ne se vendent pas ; celui qui permet parle du gros bétail (gassa), dont les os servent (manches d'outils) et se vendent.

6
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: אִידִי וְאִידִי בְּגַסָּה, וְלָא פְּלִיגִי — מַר כִּי אַתְרֵיהּ, וּמַר כִּי אַתְרֵיהּ.

Et si tu veux, dis : l'un et l'autre [visent] le gros bétail, et ils ne divergent pas [non plus] : ce maître [parle] selon son lieu, et ce maître selon son lieu.

📜 Rachi (1)
בְּאַתְרֵיהּ דְּמַר עוֹשִׂין כֵּלִים מֵעֲצָמוֹת וּבְאַתְרֵיהּ דְּמַר אֵין עוֹשִׂין כֵּלִים מֵעֲצָמוֹת וְאֵין מַבְלִיעִין:
'Selon le lieu de ce maître' — on fait des ustensiles avec les os ; et selon le lieu de l'autre maître, on ne fait pas d'ustensiles avec les os, et l'on n'inclut pas.
💡 Explication

Autre résolution : les deux parlent du gros bétail, mais chacun selon la coutume de sa localité — là où l'on fabrique des ustensiles avec les os, on les vend (donc on inclut) ; ailleurs, non.

7
גּוּפָא: בִּבְכוֹר הוּא אוֹמֵר: ״לֹא יִפְדֶּה״, וְנִמְכַּר; בְּמַעֲשֵׂר נֶאֱמַר: ״לֹא יִגְאַל״, וְאֵינוֹ נִמְכָּר, לֹא חַי וְלֹא שָׁחוּט, וְלֹא תָּם וְלֹא בַּעַל מוּם. מְנָא הָנֵי מִילֵּי?

Le corps [de la baraita, examiné en lui-même] : à propos du bekhor (premier-né) il [le verset] dit 'il ne sera pas racchete' (lo tifadeh) — et [pourtant] il se vend ; à propos du maaser il est dit 'il ne sera pas racchete' (lo yiggael) — et il ne se vend pas, ni vivant ni abattu, ni [sans défaut] tam ni bel moum (avec défaut). D'où tient-on ces choses ?

📜 Rachi (1)
מְנָא ה"מ דְּמַעֲשֵׂר אֵינוֹ נִמְכָּר דְּמַאי מַשְׁמַע מְכִירָה מִלֹּא יִגְאַל:
'D'où [tient-on] ces choses' — que le maaser ne se vend pas ; car en quoi 'lo yiggael' évoque-t-il la vente ?
💡 Explication

Retour à la baraita : le bekhor ('lo tifadeh', Nb 18:17) se vend vivant (par le kohen à qui il revient) ; le maaser ('lo yiggael', Lv 27:33) ne se vend jamais — vivant ou abattu, sans défaut (tam) ou avec défaut (bal moum). Question centrale du daf : d'où déduit-on que 'lo yiggael' interdit la vente ?

🖼️ Schéma
Le maaser ne se vend pas : construire la gezera chava (analogie de termes) Bekhor (premier-né) 'lo tifdeh' (pediya) 've-haavarta' (העברה) se VEND vivant Maaser (dîme) 'lo yiggael' (gueoula) 'yaavor' (העברה) ne se vend PAS Haramim (interdits) 'lo yiggael' (gueoula) 'lo yimmakher' ni vente ni rachat gueoula=gueoula העברה=העברה Chaîne : Maaser tire 'lo yiggael' de Haramim (vente incluse) ; le 'lo yiggael' du maaser devient 'libre' (moufneh) car le maaser est déjà interdit de rachat par העברה=העברה avec le Bekhor Pourquoi le Bekhor, lui, se vend malgré 'gueoula' possible ? 'hou' (הוא, Lv 27:28) restreint : ni le Bekhor. Et 'hou' vise le Bekhor (pediya), non le maaser (gueoula) : car on tire gueoula de gueoula, non pediya de gueoula. Rava : plus simple encore 'lo yiggael' des haramim est superflu (chez le propriétaire = hekdech ; chez le kohen = houlin) -> libre
Le point de départ : maaser vs bekhor, et la question 'd'où vient l'interdiction de vente ?'.
8
אָמַר רַב חִינָּנָא אָמַר רַב, וְכֵן אָמַר רַב דִּימִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: נֶאֱמַר ״לֹא יִגְאַל״ בְּמַעֲשֵׂר, וְנֶאֱמַר ״וְלֹא יִגְאַל״ בַּחֲרָמִים, מַה לְהַלָּן מְכִירָה עִמּוֹ, אַף כָּאן מְכִירָה עִמּוֹ.

Rav Hinnana a dit au nom de Rav, et de même Rav Dimi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il est dit 'lo yiggael' (il ne sera pas racchete) au sujet du maaser, et il est dit 've-lo yiggael' au sujet des haramim (biens voués) ; de même que là-bas [pour les haramim] la vente [est interdite] avec [le rachat], de même ici [pour le maaser] la vente [est interdite] avec [le rachat].

📜 Rachi (1)
בַּחֲרָמִים כְּתִיב (וַיִּקְרָא כ״ז:כ״ח) לֹא יִמָּכֵר וְלֹא יִגָּאֵל כָּל חֵרֶם קָדָשִׁים וְגוֹ':
'Au sujet des haramim' — il est écrit (Lv 27:28) 'il ne sera pas vendu et il ne sera pas racchete, tout herem est saint des saints, etc.'.
💡 Explication

Gezera chava : le même terme 'lo yiggael' figure pour le maaser et pour les haramim (biens voués au kohen). Or pour les haramim, le verset (Lv 27:28) interdit ensemble la vente ('lo yimmakher') et le rachat ('lo yiggael'). On transfère : de même que 'lo yiggael' des haramim va de pair avec l'interdiction de vente, de même 'lo yiggael' du maaser interdit la vente.

9
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: מִפְּנֵי, דְּאִי לֹא מִפְּנֵי, אִיכָּא לְמִפְרַךְ: מַה לַחֲרָמִים, שֶׁכֵּן חָלִים עַל הַכֹּל!

Rav Nahman bar Yitzhak dit à Rav Houna fils de Rav Yehochoua : [il faut] que [le terme soit] 'libre' (moufneh), car s'il n'était pas libre, on pourrait réfuter : qu'y a-t-il de particulier aux haramim ? Ils s'appliquent à tout !

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיְּהוּ תֵּיבוֹת הַלָּלוּ לֹא יִגְאַל מֻופְנִין לִדְרָשָׁא זוֹ:
'Libre' (moufneh) — [il faut] que ces mots 'lo yiggael' soient disponibles pour cette dérivation.
שֶׁכֵּן חָלִין עַל הַכֹּל שֶׁאִם הֶחֱרִים אֶת הַקֳּדָשִׁים חָל חֵרֶם עֲלֵיהֶן וְנוֹתֵן לַכֹּהֵן כְּפִי טוֹבַת הֲנָאָה שֶׁיֵּשׁ לוֹ בָּהֶן כִּדְאָמַר בַּעֲרָכִין בְּפֶ' הַמַּקְדִּישׁ שָׂדֵהוּ (עֲרָכִין דַּף כֹּח:) תֹּאמַר בְּמַעֲשֵׂר שֶׁאֵינוֹ חָל אֶלָּא עַל הַחֻולִּין וְעוֹד חֵרֶם חָל עַל כָּל הָעֵדֶר וּמַעֲשֵׂר אֵינוֹ אֶלָּא עֲשִׂירִי:
'Car ils s'appliquent à tout' — car si l'on a voué (herem) des choses consacrées, le herem prend effet sur elles, et l'on donne au kohen selon l'avantage de jouissance (tovat hanaa) qu'on y avait, comme on le dit dans Arakhin, chapitre 'Ha-makdich sadehou' (Arakhin 28b) ; on ne peut en dire autant du maaser, qui ne s'applique qu'au profane ; de plus, le herem s'applique à tout le troupeau, tandis que le maaser n'est que le dixième.
💡 Explication

Règle de la gezera chava : pour qu'elle soit irréfutable, au moins un des termes doit être 'libre' (moufneh) — superflu dans son contexte, donc placé exprès pour l'analogie. Sinon, on réfuterait : les haramim ont une particularité (ils s'appliquent à tout bien, et à tout le troupeau) que le maaser n'a pas (il ne porte que sur des animaux cachers, et seulement le dixième).

10
לָאיֵי אַפְּנוּיִי מִפְּנֵי, לֹא יֹאמַר ״וְלֹא יִגְאַל״ בַּחֲרָמִים, וְיִגָּמֵר מִמַּעֲשֵׂר: מַה מַעֲשֵׂר קָדוֹשׁ וְאֵינוֹ נִגְאָל, אַף חֲרָמִים קְדוֹשִׁים וְאֵינָם נִגְאָלִין. ״וְלֹא יִגְאַל״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי? לְאַפְנוֹיֵי.

En vérité (laaï), [le terme] est certainement libre : que le verset ne dise pas 've-lo yiggael' au sujet des haramim, et on le tirerait du maaser : de même que le maaser est saint et ne se rachète pas, de même les haramim sont saints et ne se rachètent pas. Le 'lo yiggael' qu'a écrit le Miséricordieux [pour les haramim], pourquoi [faut-il] ?

Pour [le rendre] libre.

🗂️ Tossefot (1)
דְּלָא יֵאָמֵר לֹא יִגָּאֵל בַּחֲרָמִים וְגָמַר מִמַּעֲשֵׂר מַה מַעֲשֵׂר קָדוֹשׁ וְאֵינוֹ נִגְאָל וא"ת דִּילְמָא הֲוָה יָלְפִינַן מֵהֶקְדֵּשׁ דְּתִפָּדֶה וי"ל דִּלְחֻומְרָא יָלְפִינַן א"נ מִשּׁוּם דְּבַחֲרָמִים כְּתִיב לֹא יִמָּכֵר וּמוֹקְמִינַן בְּהוּ לֹא יִגְאַל:
'Que [le verset] ne dise pas lo yiggael au sujet des haramim et on le tirerait du maaser : de même que le maaser est saint et ne se rachète pas' — et si tu dis : peut-être l'aurait-on tire du hekdech, qui, lui, se rachète ('tipadeh') ? On peut répondre : on tire vers la rigueur (le-houmra). Ou bien : parce que, pour les haramim, il est écrit 'lo yimmakher', et l'on y établit [donc que] 'lo yiggael' [est libre].
💡 Explication

Réponse : le 'lo yiggael' des haramim est certainement libre. En effet, on aurait pu s'en passer : sans lui, on déduirait l'interdiction de rachat des haramim du maaser (saint et non rachetable). Puisque le verset l'écrit tout de même, c'est qu'il est disponible (moufneh) pour l'analogie.

11
אִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מַה לְמַעֲשֵׂר, שֶׁכֵּן קָדוֹשׁ לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו!

On peut réfuter : qu'y a-t-il de particulier au maaser ? Il est saint avant lui et après lui !

📜 Rachi (1)
אִיכָּא לְמִיפְרַךְ דְּאִיצְטְרִיךְ לֹא יִגְאַל דַּחֲרָמִים דְּמִמַּעֲשֵׂר לָא גְמִירִי דְּמַה לְמַעֲשֵׂר שֶׁכֵּן קָדַשׁ לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו שֶׁאִם קָרָא לָעֲשִׂירִי תְּשִׁיעִי וְלַתְּשִׁיעִי עֲשִׂירִי וְלָאַחַד עָשָׂר עֲשִׂירִי שְׁלָשְׁתָּן מְקֻודָּשִׁים:
'On peut réfuter' — que 'lo yiggael' des haramim est nécessaire, car on ne le tire pas du maaser : car qu'y a-t-il de particulier au maaser ? Il est saint avant lui et après lui : si l'on a appelé le dixième 'neuvième', le neuvième 'dixième' et le onzième 'dixième', les trois sont consacrés.
💡 Explication

Objection : peut-être le 'lo yiggael' des haramim n'est pas libre. Car la dérivation précédente (tirer les haramim du maaser) se réfute : le maaser a une rigueur propre — la sainte 'avant et après' : si l'on a appelé 'dixième' le neuvième ou le onzième animal par erreur, ces animaux prennent aussi la sainte du maaser. Les haramim n'ont pas cette rigueur, donc leur 'lo yiggael' est nécessaire (non libre).

12
אֶלָּא, לֹא יֹאמַר ״לֹא יִגְאַל״ בַּחֲרָמִים, וְיִגָּמֵר מִבְּכוֹר: מַה בְּכוֹר קָדוֹשׁ וְאֵינוֹ נִגְאָל, אַף חֲרָמִים קְדוֹשִׁין וְאֵינָן נִגְאָלִין. ״לֹא יִגְאַל״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי? לְאַפְנוֹיֵי.

Plutôt, que le verset ne dise pas 'lo yiggael' au sujet des haramim, et on le tirerait du bekhor : de même que le bekhor est saint et ne se rachète pas, de même les haramim sont saints et ne se rachètent pas. Le 'lo yiggael' qu'a écrit le Miséricordieux [pour les haramim], pourquoi [faut-il] ?

Pour [le rendre] libre.

💡 Explication

Nouvelle tentative : dériver l'interdiction de rachat des haramim, non du maaser, mais du bekhor (saint et non rachetable, 'lo tifadeh', Nb 18:17). Alors le 'lo yiggael' des haramim redevient superflu, donc libre pour l'analogie avec le maaser.

13
אִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מַה לִבְכוֹר, שֶׁכֵּן קְדֻושָּׁתוֹ מֵרֶחֶם!

On peut réfuter : qu'y a-t-il de particulier au bekhor ? Sa sainteté [vient] du sein maternel !

📜 Rachi (1)
דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ בְּמַעֲשֵׂר כִּדְפָרְכִינַן גַּבֵּי חֲרָמִים מַה לִבְכוֹר שֶׁכֵּן קְדֻושָּׁתוֹ מֵרֶחֶם תֹּאמַר בְּמַעֲשֵׂר שֶׁאֵין קְדֻושָּׁתוֹ מֵרֶחֶם וּלְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לֹא יִגְאַל דְּמַעֲשֵׂר:
'On peut réfuter' — au sujet du maaser, comme nous avons réfuté à propos des haramim : qu'y a-t-il de particulier au bekhor ? Sa sainteté [vient] du sein — ce que l'on ne peut dire du maaser, dont la sainteté ne vient pas du sein ; c'est pourquoi 'lo yiggael' du maaser est nécessaire.
💡 Explication

Objection : le bekhor a lui aussi une particularité — sa sainteté est innée ('depuis le sein', sans acte de consécration), au contraire des haramim (qui exigent un acte). Donc son 'lo tifadeh' ne peut fonder l'interdiction pour les haramim, et le 'lo yiggael' des haramim reste nécessaire.

14
אֶלָּא לֹא יֹאמַר ״לֹא יִגְאַל״ בְּמַעֲשֵׂר, וְיִגְמַר הַעֲבָרָה הַעֲבָרָה מִבְּכוֹר, מַה בְּכוֹר קָדוֹשׁ וְאֵינוֹ נִגְאָל, אַף מַעֲשֵׂר קָדוֹשׁ וְאֵינוֹ נִגְאָל. ״לֹא יִגְאַל״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא בְּמַעֲשֵׂר לָמָּה לִי? לְאַפְנוֹיֵי.

Plutôt, que le verset ne dise pas 'lo yiggael' au sujet du maaser, et on le tirerait [par gezera chava] העברה (haavara) / העברה (haavara) du bekhor : de même que le bekhor est saint et ne se rachète pas, de même le maaser est saint et ne se rachète pas. Le 'lo yiggael' qu'a écrit le Miséricordieux au sujet du maaser, pourquoi [faut-il] ?

Pour [le rendre] libre.

💡 Explication

Renversement : rendre libre le 'lo yiggael' du maaser lui-même. On déduit son interdiction de rachat, non de son propre mot, mais d'une gezera chava sur le terme 'passer' (העברה) : 'kol acher yaavor tahat ha-chavet' pour le maaser (Lv 27:32) et 've-haavarta kol peter rehem' pour le bekhor (Ex 13:12). Alors 'lo yiggael' du maaser devient libre pour l'analogie avec les haramim.

15
וְאַכַּתִּי, בְּמַעֲשֵׂר נָמֵי לָא, מַפְנֵי דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ כִּדְפָרְכִינַן!

Mais encore : au sujet du maaser [aussi] non [libre], car on peut réfuter comme nous avons réfuté !

💡 Explication

Objection : la gezera chava העברה/העברה entre maaser et bekhor se réfute de la même façon (le bekhor est saint 'depuis le sein'). Donc le 'lo yiggael' du maaser ne serait pas vraiment libre.

16
״וְהַעֲבַרְתָּ״ קְרָא יַתִּירָא הוּא.

'Ve-haavarta' est un verset surabondant (kra yetera).

📜 Rachi (1)
וְהַעֲבַרְתָּ קְרָא יַתִּירָא הוּא וּמֻופְנֶה לִגְזֵירָה שָׁוָה לְלַמֵּד הַעֲבָרָה הַעֲבָרָה עַל מַעֲשֵׂר שֶׁלֹּא יִגְאַל וְאֵין מְשִׁיבִין עָלֶיהָ הִילְכָּךְ לֹא יִגְאַל דְּמַעֲשֵׂר מֻופְנֶה הוּא. וּמַאי טַעְמָא הַאי קְרָא יַתִּירָא דְּמָצֵי לְמִכְתַּב כָל פֶּטֶר רֶחֶם לַה' כְּדִכְתִיב קְרָא אַחֲרִינָא (שְׁמוֹת יג) כָל פֶּטֶר רֶחֶם לַה' וְהַעֲבַרְתָּ לָמָּה לִי ש"מ קְרָא יַתִּירָא הוּא:
'Ve-haavarta est un verset surabondant' — et [donc] disponible pour la gezera chava, enseignant העברה/העברה sur le maaser [à savoir] qu'il ne se rachète pas ; et l'on n'y objecte pas [de réfutation]. Dès lors, 'lo yiggael' du maaser est libre. Et pourquoi ce verset est-il surabondant ? Parce qu'on aurait pu écrire 'tout premier-né du sein à l'Éternel', comme un autre verset le dit (Ex 13) 'tout premier-né du sein à l'Éternel' — à quoi bon 've-haavarta' ? Preuve qu'il est surabondant.
💡 Explication

Réponse : le terme 've-haavarta' (Ex 13:12, au sujet du bekhor) est superflu — on aurait pu écrire simplement 'tout premier-né est à l'Éternel', comme un autre verset le dit. Étant surabondant, il est libre pour la gezera chava העברה/העברה — analogie irréfutable. Le maaser est donc non-rachetable via le bekhor, ce qui libère son 'lo yiggael' pour l'analogie (gueoula) avec les haramim, d'où l'interdiction de vente.

17
בְּכוֹר נַמֵּי נֵילַף ״גְּאֻולָּה״ ״גְּאֻולָּה״ מֵחֲרָמִים! דְּמַעֲשֵׂר מִפְּנֵי, דִּבְכוֹר לֹא מִפְּנֵי.

Pour le bekhor aussi, tirons [par gezera chava] 'gueoula' / 'gueoula' des haramim [pour interdire sa vente] ! [Réponse :] car [le terme] du maaser est libre, [tandis que celui] du bekhor n'est pas libre.

📜 Rachi (2)
בְּכוֹר נָמֵי נֵילַף גְּאֻולָּה גְּאֻולָּה מֵחֲרָמִים דְּלָא יִמָּכֵר דאע"ג דְּלָא כְּתַב בִּבְכוֹר גְּאֻולָּה כְּתַב בֵּיהּ פְּדִייָּה (שָׁם) וְהִיא הִיא:
'Pour le bekhor aussi, tirons gueoula/gueoula des haramim' — [pour dire] qu'il serait interdit à la vente ; car bien que 'gueoula' ne soit pas écrit pour le bekhor, la 'pediya' y est écrite (ibid.), et c'est la même chose.
גְּאֻולָּה דְּמַעֲשֵׂר מִפְּנֵי כְּדַאֲמָרָן הִלְכָּךְ דָּיְינִינַן לֵיהּ גְּזֵירָה שָׁוָה מֵחֲרָמִים אֲבָל פְּדִיָּיה דִּבְכוֹר לֹא מִפְּנֵי דְּאִיצְטְרִיךְ לְגוּפֵיהּ וּלְאַגְמוֹרֵי נָמֵי אַמַּעֲשֵׂר בְּהַעֲבָרָה הַעֲבָרָה:
'Gueoula du maaser est libre' — comme nous l'avons dit ; c'est pourquoi on lui applique la gezera chava depuis les haramim. Mais la 'pediya' du bekhor n'est pas libre, car elle est requise pour elle-même et pour enseigner aussi au maaser par העברה/העברה.
💡 Explication

Difficulté : si le maaser tire l'interdiction de vente des haramim par 'gueoula/gueoula', pourquoi pas le bekhor — ce qui contredirait la baraita (le bekhor se vend) ? Réponse : le terme 'gueoula' du maaser est libre (comme établi), donc disponible pour l'analogie avec les haramim ; mais le terme du bekhor ('pediya', 'lo tifadeh') n'est pas libre — il est requis pour lui-même (interdire son rachat) et pour enseigner au maaser (via העברה).

18
וּמַאי חָזֵית דְּלֹא תִפְדֶּה דִּבְכוֹר — לְגוּפֵיהּ, וּדְמַעֲשֵׂר — לְאַפְנוֹיֵי? וְאֵימָא: דְּמַעֲשֵׂר — לְגוּפֵיהּ, דִּבְכוֹר — לְאַפְנוֹיֵי!

Et qu'as-tu vu [pour dire] que 'lo tifadeh' du bekhor est pour lui-même, et [celui] du maaser pour [le rendre] libre ? Dis [le contraire] : [celui] du maaser pour lui-même, [celui] du bekhor pour [le rendre] libre !

📜 Rachi (1)
וּמַאי חָזֵית דִּפְדִייָּה דִּבְכוֹר לְגוּפֵיהּ וּלְאַגְמוֹרֵי אַמַּעֲשֵׂר וְלֹא יִגְאַל דְּמַעֲשֵׂר לְאַפְנוֹיֵי וּלְמִיגְמַר גְּזֵירָה שָׁוָה מֵחֲרָמִים אֵימָא לֹא יִגָּאֵל דְּמַעֲשֵׂר לְגוּפֵיהּ דְּלָא יִפָּדֶה וּלְאַגְמוֹרֵי אַבְּכוֹר בְּהַעֲבָרָה הַעֲבָרָה וְדִבְכוֹר לְאַפְנוֹיֵי וּלְמִיגְמַר גְּזֵירָה שָׁוָה מֵחֲרָמִים דְּאָסוּר בִּמְכִירָה:
'Et qu'as-tu vu' — [pour dire] que la pediya du bekhor est pour lui-même et pour enseigner au maaser, et que 'lo yiggael' du maaser est libre pour tirer la gezera chava des haramim ? Dis [plutôt] : 'lo yiggael' du maaser est pour lui-même (qu'il ne se rachète pas) et pour enseigner au bekhor par העברה/העברה, et [celui] du bekhor est libre pour tirer la gezera chava des haramim [d'où] qu'il est interdit à la vente !
💡 Explication

Objection symétrique : qu'est-ce qui impose de dire que c'est le terme du bekhor qui sert 'pour lui-même' et celui du maaser qui est libre ? On pourrait inverser : le terme du maaser 'pour lui-même', celui du bekhor libre — auquel cas le bekhor serait interdit de vente.

19
דָּנִין גְּאֻולָּה מִגְּאוּלָּה, וְאֵין דָּנִין פְּדִיָּיה מִגְּאֻולָּה.

On tire 'gueoula' de 'gueoula', et on ne tire pas 'pediya' de 'gueoula'.

💡 Explication

Réponse décisive : la gezera chava se fait entre termes identiques. Le maaser ('gueoula') se relie aux haramim ('gueoula'). On ne relie pas le 'pediya' du bekhor à la 'gueoula' des haramim, car ce sont des mots différents. Donc c'est bien le maaser qui hérite de l'interdiction de vente, pas le bekhor.

20
מַאי נָפְקָא מִינָּה? הָא תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״וְשָׁב הַכֹּהֵן״ ״וּבָא הַכֹּהֵן״ — זוֹ הִיא שִׁיבָה זוֹ הִיא בִּיאָה!

Quelle différence cela fait-il ? Or l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 've-chav ha-kohen' (et le kohen reviendra) [et] 'ou-va ha-kohen' (et le kohen viendra) — ceci est un 'revenir', ceci est un 'venir' [= termes tenus pour équivalents] !

💡 Explication

Objection : pourquoi exiger l'identité exacte des termes ? L'école de Rabbi Yichmael a bien fait une gezera chava (lèpre des maisons, Lv 14) entre 've-chav' (reviendra) et 'ou-va' (viendra), tenus pour synonymes. Ici aussi, 'pediya' et 'gueoula', pourtant différents, devraient pouvoir servir à l'analogie.

21
הָנֵי מִילֵּי, הֵיכָא דְּלֵיכָּא דְּדָמֵי לֵיהּ, אֲבָל אִיכָּא דְּדָמֵי לֵיהּ — מִדְּדָמֵי לֵיהּ יָלְפִינַן.

Cela vaut là où il n'y a pas [de terme] semblable ; mais là où il y a [un terme] semblable, on tire [l'analogie] du semblable.

💡 Explication

Réponse : on n'assimile des termes différents (revenir/venir) que faute de mieux. Mais quand un terme identique existe — 'gueoula' du maaser correspondant à 'gueoula' des haramim — on privilégie l'analogie terme à terme identique, et non le 'pediya' du bekhor.

22
וְלֵילַף בְּכוֹר ״הַעֲבָרָה״ ״הַעֲבָרָה״ מִמַּעֲשֵׂר, דְּהָא מַעֲשֵׂר נָמֵי גָּמַר ״גְּאֻולָּה״ ״גְּאֻולָּה״ מֵחֲרָמִים!

Et tirons [donc] pour le bekhor [par gezera chava] 'העברה' / 'העברה' du maaser [pour l'interdire de vente], puisque le maaser, lui aussi, tire 'gueoula' / 'gueoula' des haramim !

📜 Rachi (1)
וְנֵילַף בְּכוֹר הַעֲבָרָה מִמַּעֲשֵׂר שֶׁיְּהֵא אָסוּר בִּמְכִירָה דְּהָא מַעֲשֵׂר כְּבָר קִים לָן דְּגָמַרְנָא לֵיהּ גְּאֻולָּה מֵחֲרָמִים:
'Et tirons pour le bekhor העברה du maaser' — [pour dire] qu'il serait interdit à la vente, puisque nous tenons déjà pour établi que nous avons tiré pour le maaser 'gueoula' des haramim.
💡 Explication

Nouvelle difficulté : tirons pour le bekhor l'interdiction de vente via 'העברה/העברה' du maaser — puisque le maaser est déjà interdit de vente (par 'gueoula/gueoula' avec les haramim). Le bekhor devrait alors, lui aussi, être interdit de vente, contre la baraita.

23
מִיעֵט רַחֲמָנָא גַּבֵּי חֲרָמִים, ״הוּא״ — ״הוּא״ וְלֹא בְּכוֹר. וְאֵימָא ״הוּא״ וְלֹא מַעֲשֵׂר! מַעֲשֵׂר גְּאֻולָּה כְּמוֹתוֹ.

Le Miséricordieux a restreint, au sujet des haramim, [par le mot] 'hou' (הוא) : 'hou' — et non le bekhor. Et dis [plutôt] : 'hou' — et non le maaser !

[Réponse :] le maaser, la 'gueoula' [est écrite] comme pour lui [les haramim].

📜 Rachi (1)
מִסְתַּבְּרָא מַעֲשֵׂר הֲוָה לֵיהּ לְרַבּוֹיֵי בְּדִין חֲרָמִים דִּגְאוּלָּה כָּתַב בֵּיהּ כְּמוֹ בַּחֲרָמִים וְלִמְעוּטֵי בְּכוֹר דִּפְדִיָּיה כְּתַב בֵּיהּ:
'Il est logique [d'inclure] le maaser' — c'est lui qu'il convient d'inclure dans la loi des haramim, car 'gueoula' y est écrite comme pour les haramim, et [c'est logique] d'exclure le bekhor, où 'pediya' est écrite.
🗂️ Tossefot (1)
הוּא וְלֹא בְּכוֹר רָבָא נָמֵי דִּמְשַׁנֵּי בְּסָמוּךְ שֶׁלֹּא יִמָּכֵר בַּחֲרָמִים לֹא צָרִיךְ אִית לֵיהּ נָמֵי הוּא וְלֹא בְּכוֹר כִּדְמוֹכַח בפ"ק דִּתְמוּרָה (דַּף ה:) גַּבֵּי אִי עֲבִיד לָא מְהַנֵּי דְּאִי לָאו הוּא הֲוָה יָלְפִינַן בְּכוֹר הַעֲבָרָה הַעֲבָרָה מִמַּעֲשֵׂר וְאַבַּיֵּי נָמֵי דְּמוּקֵי בפ"ק דִּתְמוּרָה הוּא בַּהֲוָיָיתוֹ יְהֵא מ"מ הֲוָה דְּרֵישׁ הוּא וְלֹא בְּכוֹר מִדִּסְמַךְ לֵיהּ הוּא לְקַדֵּשׁ קָדָשִׁים דְּמַשְׁמַע הוּא בִּקְדֻושָּׁתוֹ יְהֵא:
'Hou — et non le bekhor' — Rava aussi, qui répond plus loin que 'lo yimmakher' des haramim n'est pas nécessaire, admet lui aussi [le principe] 'hou — et non le bekhor', comme le prouve le premier chapitre de Temoura (5b) à propos de 'ce qui est fait [transgressivement] n'est pas valide' : car sans 'hou', on aurait tiré pour le bekhor 'העברה/העברה' du maaser ; et Abaye aussi, qui établit dans Temoura (chapitre 1) que 'hou' [enseigne] 'il restera en son état', dérive tout de même 'hou — et non le bekhor' du fait que 'hou' est accolé à 'kodech kodachim', ce qui signifie 'il restera en sa sainteté'.
💡 Explication

Réponse : le mot 'hou' (הוא) ('kol herem kodech kodachim hou la-Chem', Lv 27:28) restreint : l'interdiction de vente s'applique aux haramim, mais pas au bekhor. Objection : pourquoi ne pas dire 'hou — mais pas le maaser' ? Réponse : le maaser doit être inclus dans les haramim, car la 'gueoula' y est écrite comme pour eux ; c'est le bekhor ('pediya') que 'hou' exclut.

24
רָבָא אָמַר, ״לֹא יִגְאַל״ דַּחֲרָמִים לֹא צָרִיךְ, דְּאִיתַנְהוּ הֵיכָא? אִי בֵּי בְּעָלִים — הֶקְדֵּשׁ נִינְהוּ, אִי בֵּי כֹּהֵן — חֻולִּין נִינְהוּ.

Rava dit : le 'lo yiggael' des haramim n'est pas nécessaire [pour lui-même, donc il est libre]. Car où se trouvent-ils [les haramim] ?

S'ils sont chez le propriétaire — ils sont hekdech (consacrés) [et donc non rachetables] ; s'ils sont chez le kohen — ils sont houlin (profanes) [et donc vendables].

📜 Rachi (3)
לֹא יִגָּאֵל דַּחֲרָמִים לָא צְרִיךְ וְלֹא מִשּׁוּם דְּגָמַר מִבְּכוֹר אֶלָּא מִסְּבָרָא נָפְקָא לָן דְּאֵינוֹ בִּפְדִיָּיה:
'Le lo yiggael des haramim n'est pas nécessaire' — et [ce] non parce qu'on le tire du bekhor, mais parce qu'un raisonnement (sevara) nous apprend qu'il n'est pas soumis au rachat.
הֶקְדֵּשׁ נִינְהוּ וְאֵינוֹ בִּפְדִייָּה וְלָא דָּמֵי לְקָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ:
'Ils sont hekdech' — et [donc] il n'est pas soumis au rachat, et il ne ressemble pas aux consacrés de l'autel.
חֻולִּין נִינְהוּ וְיָכוֹל לְמָוכְרָן כֹּהֵן לְכָל מִי שֶׁיִּרְצֶה:
'Ils sont houlin' — et le kohen peut les vendre à qui il veut.
🗂️ Tossefot (1)
רָבָא אָמַר לֹא יִגָּאֵל דַּחֲרָמִים לָא צְרִיךְ כָּךְ כָּתוּב בַּסְּפָרִים וְרַשִׁ"י גָּרַס לֹא יִמָּכֵר מִשּׁוּם דְּדָייֵק דְּאִיתַנְהוּ הֵיכָא אִי בֵּי בְעָלִים הֶקְדֵּשׁ נִינְהוּ וְאִי בְּלֹא יִגְאַל קָאָמַר וְהָא קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת נִגְאָלִין ור"ת מְפָ' דְּהֶקְדֵּשׁ נִינְהוּ קָאָמַר הַיְינוּ אַפֵּי' נִפְדּוּ דְּקֹדֶשׁ קָדָשִׁים מַשְׁמַע לֵיהּ קְדֻושַּׁת הַגּוּף עַד בּוֹאוֹ לְיַד כֹּהֵן וּמִיהוּ קַשְׁיָא לֵר' דבפ"ק דִּתְמוּרָה (דַּף ה:) מַשְׁמַע דְּמוֹכְחִינַן דְּאֵין מוֹעִיל פִּדְיוֹן מֵהוּא בַּהֲוָיָיתוֹ יְהֵא לְאַבַּיֵּי דְּאִי עֲבִיד מְהַנֵּי וּלְרָבָא דְּאָמַר לָא מְהַנֵּי נָפֵיק מִלֹּא יִגְאַל גּוּפֵיהּ וא"כ הֵיכִי הֲוָה דָּייֵק הָכָא דְּלָא יִגְאַל לֹא צָרִיךְ מִשּׁוּם דְּאִי בֵּי בְעָלִים הֶקְדֵּשׁ נִינְהוּ אֲפִילּוּ נִפְדּוּ הוּא גּוּפָהּ מִלֹּא יִגְאַל נָפְקָא לֵיהּ לְרָבָא וְעוֹד קַשְׁיָא אַחֶרֶת שֶׁהִקְשָׁה רַשִׁ"י הָא דְּקָאָמַר אִם אֵינוֹ עִנְיָן לַחֲרָמִים תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמַעֲשֵׂר מַאי צָרִיךְ מַעֲשֵׂר לְלֹא יִגְאַל דַּחֲרָמִים הָא בְּגוּפָהּ כְּתַב וְאִי מִשּׁוּם לֹא יִמָּכֵר בִּקְנִיָּיה הָכִי ה"ל לְמֵימַר וְאִם אֵינוֹ עִנְיָן לִגְאוּלָּה דִּבְגוּפָהּ כְּתַב תְּנֵהוּ עִנְיָן לִמְכִירָה א"נ יֹאמַר לֹא יִגְאַל דַּחֲרָמִים לָמָּה לִי ש"מ לְאַפְנוֹיֵי:
'Rava dit : lo yiggael des haramim n'est pas nécessaire' — ainsi est-il écrit dans les livres ; mais Rachi lit 'lo yimmakher', parce qu'il déduit [de la question] 'où se trouvent-ils ? S'ils sont chez le propriétaire, ils sont hekdech...' ; car s'il disait 'lo yiggael', or les consacrés pour l'entretien du Temple (bedek ha-bayit) se rachètent [donc l'argument ne tiendrait pas]. Et Rabbenou Tam explique que 'ils sont hekdech' vaut même s'ils ont été rachetés, car 'kodech kodachim' lui signifie une sainteté du corps (kedouchat ha-gouf) jusqu'à ce qu'ils parviennent en main du kohen. Toutefois, cela fait difficulté pour Rabbi : dans Temoura (chapitre 1, 5b), il apparaît qu'on prouve que le rachat n'est d'aucun effet à partir de 'hou — il restera en son état', selon Abaye [qui tient] que 'ce qui est fait transgressivement est valide' ; et selon Rava [qui tient] que ce n'est pas valide, cela ressort de 'lo yiggael' lui-même. Et si c'est ainsi, comment pouvait-on déduire ici que 'lo yiggael' n'est pas nécessaire parce que 'chez le propriétaire ils sont hekdech', même rachetés — puisque cela ressort pour Rava de 'lo yiggael' lui-même ? Et il y a une autre difficulté que soulève Rachi : ce que l'on dit 'si cela ne s'applique pas aux haramim, applique-le au maaser' — pourquoi le maaser aurait-il besoin du 'lo yiggael' des haramim, puisque c'est écrit dans son propre corps [de verset] ? Et si c'est à cause de 'lo yimmakher' pour [interdire la vente après] acquisition, il aurait fallu dire : 'si cela ne s'applique pas à la gueoula (qui est écrite dans son corps), applique-le à la vente' ; ou bien : pourquoi 'lo yiggael' des haramim ? Preuve qu'il est libre.
💡 Explication

Rava propose une voie plus simple pour montrer que le 'lo yiggael' des haramim est superflu, donc libre. Un bien voué (herem) n'a que deux états : chez le propriétaire, il est comme du hekdech (consacré, donc non rachetable) ; chez le kohen, il devient comme du houlin (profane, donc vendable). Le 'lo yiggael' n'apprend donc rien de propre — il est disponible pour la gezera chava.

🖼️ Schéma
Herem (bien voué) : deux états selon le lieu (raisonnement de Rava) Chez le propriétaire = comme du hekdech (consacré) n'est pas rachetable 'kol herem kodech kodachim la-Chem' Une fois donné au kohen = comme du houlin (profane) le kohen peut le vendre 'kol herem be-Israël lekha yihyeh' -> donc 'lo yiggael' des haramim n'apprend rien : il est superflu, donc libre pour la gezera chava
Les deux états du herem selon Rava : d'où le 'lo yiggael' des haramim est superflu.
25
דְּתַנְיָא: חֲרָמִים, כָּל זְמַן שֶׁהֵן בְּבֵית בְּעָלִים — הֲרֵי הֵן כְּהֶקְדֵּשׁ לְכָל דִּבְרֵיהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל חֵרֶם קֹדֶשׁ קָדָשִׁים הוּא לַה׳״. נְתָנָן לַכֹּהֵן — הֲרֵי הֵן כְּחֻולִּין לְכָל דִּבְרֵיהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל חֵרֶם בְּיִשְׂרָאֵל לְךָ יִהְיֶה״. ״לֹא

Car il a été enseigné : les haramim, tant qu'ils sont dans la maison du propriétaire, sont comme du hekdech (consacrés) à tous égards, car il est dit 'tout herem est saint des saints à l'Éternel' (Lv 27:28). [Une fois] qu'il les a donnés au kohen, ils sont comme du houlin (profanes) à tous égards, car il est dit 'tout herem en Israël sera à toi' (Nb 18:14). 'Lo...' [suite sur 32b].

📜 Rachi (2)
כָּל חֵרֶם קָדָשִׁים הוּא הוּא אָסוּר בִּמְכִירָה:
'Tout herem est saint des saints' — il est interdit à la vente.
לְךָ יִהְיֶה בִּרְשׁוּת כֹּהֵן הֵן כִּשְׁאָר מָמוֹנוֹ:
'Sera à toi' — au pouvoir du kohen, ils sont comme le reste de son bien.
💡 Explication

Baraita étayant Rava : le herem chez le propriétaire = hekdech ('kol herem kodech kodachim hou la-Chem') ; donné au kohen = houlin ('kol herem be-Israël lekha yihyeh'). Le 'lo yiggael' des haramim étant ainsi superflu, il est libre pour l'analogie avec le maaser. La phrase 'Lo...' amorce la suite (32b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).