Bekhorot 32b — 'lo yigael' = ne pas vendre le maaser behema, et qui peut manger le premier-né avec défaut

Bekhorot 32b

Sougya : La Guemara achève la discussion sur l'interdit de VENDRE la dîme du bétail (maaser behema) : le verset 'lo yigael' (Lev 27:33) ne signifie pas ici 'ne sera pas racheté' mais 'ne sera pas vendu'. Rav Achi le prouve : la temoura (substitution) comme la non-rédemption ne valent que du vivant de la bête ; or il serait absurde qu'un animal non rachetable vivant devienne rachetable une fois abattu, et un kal va-homer confirme que la sainteté forte du vivant, qui sait même saisir son rachat, n'autorise déjà pas le rachat.

La Michna ouvre ensuite un nouveau sujet : le premier-né avec défaut (bekhor baal moum). Beit Chammai n'admettent que les kohanim à sa consommation ; Beit Hillel y admettent même un non-Juif.

La Guemara identifie la Michna à l'avis de Rabbi Akiva et fonde Beit Chammai sur le verset 'oubessaram yihye lekha' (Nb 18:18).

Que signifie 'lo yigael' pour le maaser behema (dîme du bétail) ? Lecture 1 : 'ne sera pas racheté' rachat au sens propre (pidyon), l'argent prend la sainteté Lecture 2 (Rav Achi) : 'ne sera pas vendu' interdit de VENDRE (mekhira), jamais rachetable en argent Preuve de Rav Achi : la temoura et la 'non-rédemption' n'opèrent QUE du vivant du vivant : ne se rachète pas (sainteté forte) après chehita : se rachèterait ? or cela exigerait haamada+haarakha Impossible : rien qui soit non rachetable vivant PUIS rachetable mort. Donc 'lo yigael' = 'ne sera pas VENDU'.
La démonstration de Rav Achi : 'lo yigael' se lit 'ne sera pas vendu' (segments 1-6).
Qui peut manger du bekhor baal moum (premier-né avec défaut) ? Beit Chammai un Israélite (non-kohen) ne se joint PAS au kohen groupe = kohanim seuls tira 'oubessaram lekha' comme poitrine+cuisse : kohanim oui, Israélite non Beit Hillel (baraita) même des zarim (non-kohanim) permis un Israélite peut se joindre au kohen R. Akiva / Mishna Beit Hillel permettent MÊME un non-Juif (goy) assimile à tsevi/ayal (cerf/biche : viande de hulin après défaut) halakha : comme la Mishna (Roch, Tossefot : k'Beit Hillel)
La Michna et la baraita : qui peut manger le premier-né avec défaut (segments 8-10).
1
יִגָּאֵל״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי? אִם אֵינוֹ עִנְיָן לַחֲרָמִים — תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמַעֲשֵׂר. אֵימָא תְּנֵהוּ עִנְיָן לִבְכוֹר? מַעְשַׂר גְּאֻולָּה כְּמוֹתוֹ.

'Il sera racheté' (yigael) que la Torah écrit, pourquoi m'est-il [nécessaire] ? Si [ce mot] n'a pas d'objet pour les [biens] voués par interdit (haramim), donne-lui pour objet la dîme [du bétail] (maaser).

[On objecte :] dis [plutôt] : donne-lui pour objet le premier-né (bekhor) ? [Réponse :] la dîme, [le mot] rachat s'applique à elle comme [aux haramim].

📜 Rachi (2)
תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמַעֲשֵׂר לִמְכִירָה:
Donne-lui pour objet la dîme — pour la vente [c'est-à-dire pour enseigner l'interdit de vendre le maaser].
מִסְתַּבְּרָא דְּאַמַּעֲשֵׂר שָׁדֵינַן לֵיהּ שֶׁכֵּן גְּאֻולָּה כְּמוֹתוֹ כָּךְ שָׁמַעְתִּי. וְיֵשׁ לִי הַרְבֵּה לְהָשִׁיב חֲדָא דְּקָאָמַר אִי בִּבְעָלִים הֶקְדֵּשׁ נִינְהוּ וַהֲרֵי הֶקְדֵּשׁ בַּר פְּדִיָּיה שֶׁהֲרֵי קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת נִפְדִּין כְּקָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ כְּדִכְתִיב וְאִם הַמַּקְדִּישׁ יִגְאַל אֶת בֵּיתוֹ וּבַעַל כְּרִחְיָךְ אִיצְטְרִיךְ לְמִכְתַּב בַּחֲרָמִים לֹא יִגְאַל וְעוֹד דְּקָאָמַר תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמַעֲשֵׂר וּמַה לָנוּ לְהָבִיא לֹא יִגְאַל אַמַּעֲשֵׂר הֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר בּוֹ לֹא יִגָּאֵל וְאִם לִמְכִירָה קָאָמַר הָיָה לוֹ עוֹד לוֹמַר אִם אֵינוֹ עִנְיָן לִגְאוּלָּה תְּנֵהוּ עִנְיָן לִמְכִירָה אִי נָמֵי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לֹא יִגְאַל דַּחֲרָמִים לָמָּה לִי ש"מ לְאַפְנוֹיֵי וְלָדוּן גְּזֵירָה שָׁוָה דְּמַה כָּאן מְכִירָה עִמּוֹ אַף מַעֲשֵׂר מְכִירָה עִמּוֹ. הִילְכָּךְ מְדֻומֶּה לִי דְּהָכִי מִיבְּעֵי לָךְ לְמִיגְרַס אָמַר רָבָא לֹא יִמָּכֵר דַּחֲרָמִים לֹא צָרִיךְ וְהָכִי פֵּירוּשָׁהּ רָבָא אָמַר בְּלֹא גְּזֵירָה שָׁוָה נָפְקָא לָן בְּמַעֲשֵׂר דְּאֵינוֹ נִמְכָּר דְּלָא יִמָּכֵר דַּחֲרָמִים לֹא צָרִיךְ הֶקְדֵּשׁ נִינְהוּ וְהֶקְדֵּשׁ אֵין הָרְשׁוּת בְּיַד בְּעָלִים לְמָוכְרוֹ לַאֲחֵרִים אֶלָּא לַגִּזְבָּר נִמְסַר וה"נ כָּל כַּמָּה דְּאִיתַנְהוּ בְּיַד בְּעָלִים לָא מִזְדַּבַּן חֻולִּין נִינְהוּ וְנִמְכָּרִין תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמַעֲשֵׂר דְּלָא יִמָּכֵר וְכֵן עִיקָּר:
Il est logique que ce soit sur la dîme qu'on le reporte, puisque le [vocabulaire du] rachat s'y applique de même — ainsi ai-je entendu. Mais j'ai beaucoup à répliquer. D'abord, ce qui est dit : si [le rachat porte] sur les propriétaires, [les haramim] sont [alors] du consacré (hekdech) — or le consacré est susceptible de rachat, puisque les [biens] consacrés pour l'entretien du Temple (bedek ha-bayit) se rachètent comme les [biens] consacrés à l'autel, comme il est écrit 'et si celui qui a consacré racheté sa maison' ; et forcément, il a fallu écrire au sujet des haramim 'il ne sera pas racheté'. De plus, ce qui est dit 'donne-lui pour objet la dîme' : qu'avons-nous besoin d'apporter 'il ne sera pas racheté' sur la dîme, alors qu'il est déjà dit à son sujet 'il ne sera pas racheté' ? Et si c'est de la vente qu'il parle, il aurait fallu dire encore : 'si [ce mot] n'a pas d'objet pour le rachat, donne-lui pour objet la vente' ; ou bien il aurait fallu dire : 'il ne sera pas racheté' des haramim, pourquoi m'est-il [nécessaire] ? — conclus-en [qu'il est là] pour dégager [le terme] et en tirer une gezera chava : de même qu'ici la vente l'accompagne, de même pour la dîme la vente l'accompagne. Il me semble donc que voici ce qu'il te faut lire : Rava dit : 'il ne sera pas vendu', [le fait qu'on l'apprenne] des haramim n'est pas nécessaire ; et voici son explication : Rava dit que sans gezera chava nous déduisons pour la dîme qu'elle n'est pas vendue, car [apprendre] 'il ne sera pas vendu' des haramim n'est pas nécessaire : [les haramim] sont du consacré, et le consacré, les propriétaires n'ont pas le droit de le vendre à d'autres, mais il est remis au trésorier (guizbar) ; de même ici, tant qu'il [le maaser] est entre les mains des propriétaires il ne se vend pas ; [les haramim] sont [au contraire consacrés, tandis que le maaser du vivant reste] profane et vendable [une fois abattu] — donne-lui pour objet la dîme, [à savoir] qu'elle ne sera pas vendue ; et c'est cela l'essentiel.
💡 Explication

Fin d'un raisonnement sur les haramim (biens voués par interdit) et le maaser behema (dîme du bétail). Le principe exégétique im eino inyan : si un mot de l'Écriture est superflu pour son objet direct, on le reporte sur un autre objet. Ici le terme rachat (gueoula) surnuméraire est reporté sur le maaser, non sur le premier-né, car le vocabulaire du rachat s'applique au maaser comme aux haramim.

2
רַב אַשִּׁי אָמַר: ״לֹא יִגְאַל״ דְּמַעֲשֵׂר — לֹא יִמָּכֵר הוּא. אָמַר רַב אַשִּׁי: מְנָא אֲמִינָא לַהּ? דִּכְתִיב: ״וְהָיָה הוּא וּתְמוּרָתוֹ יִהְיֶה קֹדֶשׁ לֹא יִגָּאֵל״.

Rav Achi dit : 'il ne sera pas racheté' (lo yigael) de la dîme — c'est [au sens de] 'il ne sera pas vendu'. Rav Achi dit : d'où est-ce que je le dis ?

De ce qu'il est écrit : 'et il sera, lui et son substitut (temourato), il sera consacré, il ne sera pas racheté' (Lev 27:33).

📜 Rachi (1)
מְנָא אֲמִינָא לַהּ מִדְּלָא אָסַר לֵיהּ אֶלָּא מֵחַיִּים דְּאִי גְּאֻולָּה בִּבְעָלִים דַּוְקָא וּלְמֵידַק הָא לְאַחַר שְׁחִיטָה נִגְאָל וְתוֹפֵס אֶת דָּמָיו:
D'où est-ce que je le dis — de ce que [la Torah] ne l'interdit que du vivant : car [si] le rachat [ne valait] que sur [la bête tenue par ses] propriétaires, [ce serait] pour en déduire que, après l'abattage, elle se rachète et saisit [en] son prix [sa sainteté].
💡 Explication

Rav Achi tranche : pour le maaser, 'lo yigael' ne veut pas dire 'ne sera pas racheté' (au sens propre) mais 'ne sera pas vendu'. Preuve : le verset associe 'lo yigael' à la temoura (substitution) — 'lui et son substitut'. Or la temoura n'opère que du vivant ; donc l'interdit visé ne peut être le rachat, qui pourrait valoir après l'abattage.

3
אֵימָתַי עוֹשֶׂה תְּמוּרָה — מֵחַיִּים, אֵימָתַי אֵינוֹ נִגְאָל — מֵחַיִּים, הָא לְאַחַר שְׁחִיטָה — נִגְאָל, הָא בָּעֵי הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה!

Quand fait-elle un substitut (temoura) ? Du vivant [de la bête].

Quand n'est-elle pas rachetée ? Du vivant.

[Donc,] après l'abattage, elle se rachète[rait] ? Mais [le rachat] exige présentation et évaluation (haamada ve-haarakha) !

📜 Rachi (1)
הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה בָּעֵי אֶלָּא וַדַּאי לֵיתֵיהּ בְּתוֹרַת פִּדְיוֹן כְּלָל וְאֵינוֹ קָדוֹשׁ לִתְפֹּוס אֶת דָּמָיו בִּקְדֻושָּׁה וְהַאי לֹא יִגָּאֵל לֹא יִמָּכֵר הוּא וּמִשּׁוּם דַּעֲבִיד בֵּיהּ עֻובְדָּא דְּחוֹל קָאָסַר לֵיהּ רַחֲמָנָא הִילְכָּךְ מֵחַיִּים דַּחֲמִירָא קְדֻושְׁתֵּיהּ אָסוּר לְאַחַר שְׁחִיטָה דְּאַקְלִישָׁא קְדֻושְׁתֵּיהּ דְּהָא נִשְׁחַט בַּחוּץ לַאֲכִילַת זָרִים שָׁרִי לִמְכֹּור:
Elle exige présentation et évaluation — [donc] plutôt : elle n'est certainement pas du tout dans le régime du rachat, et elle n'est pas consacrée au point de saisir son prix dans la sainteté ; ce 'lo yigael' est [donc] 'lo yimakher' (il ne sera pas vendu). Et c'est parce qu'on accomplirait sur elle un acte profane que la Torah l'interdit ; c'est pourquoi, du vivant, tant que sa sainteté est forte (hamira), c'est interdit ; après l'abattage, où sa sainteté s'est affaiblie (aklicha) — car elle a été abattue au-dehors pour la consommation des non-kohanim (zarim) — il est permis de vendre.
🗂️ Tossefot (1)
הָא לְאַחַר שְׁחִיטָה נִגְאָל הָא בָּעֵי הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה תֵּימַהּ לוֹקְמֵהּ בִּמְפַרְכֶּסֶת דַּהֲרֵי הִיא כְּחַיָּה לְכָל דְּבָרֶיהָ כִּדְאָמַר בפ"ב דְּחֻולִּין (דַּף ל.) מִדְּמֵי פֶסַח מִי אִדְּחִי הָא תַּנָּא שָׁחַט בָּהּ שְׁנַיִם אוֹ רֹוב שְׁנַיִם כּוּ' וְי"ל דְּשֶׁמָּא זוֹ הָיְתָה חֲשׁוּבָה כְּחַיָּה אַף לְעִנְיַן תְּמוּרָה וְהָרַב רַבִּי שִׁמְעוֹן מנייביל"א זצ"ל הָיָה מְפָרֵשׁ דְּהָכָא דְּנִגְמְרָה הַשְּׁחִיטָה כְּהִלְכָתָהּ לָא חֲשִׁיבָא מְפַרְכֶּסֶת כְּחַיָּה וְהַכֹּל פֵּירַשְׁתִּי בִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף עו.) בִּשְׁמַעְתִּין דְּפָרָה מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳוכָלִין:
Après l'abattage elle se rachète, [mais] elle exige présentation et évaluation — c'est étonnant : qu'on la pose [comme cas] d'une [bête] qui palpite encore (mefarkeset), laquelle est comme vivante à tous égards, ainsi qu'il est dit au deuxième chapitre de Houlin (30a) : 'l'argent du sacrifice pascal est-il écarté ?', et il répond 'or le Tana [enseigne] : il a coupé en elle deux [simanim] ou la majeure partie des deux, etc.' — et l'on peut répondre : peut-être celle-ci était-elle considérée comme vivante même quant à la temoura. Et le maître Rabbi Chimon de Joinville, [que le souvenir du juste soit une bénédiction], expliquait qu'ici, où l'abattage a été achevé selon la halakha, [la bête] n'est pas considérée comme mefarkeset [donc pas] comme vivante. Et j'ai tout expliqué dans [le chapitre] Merouba (Baba Kama 76a), dans notre sougya sur 'la vache transmet l'impureté alimentaire (toumat okhalin)'.
💡 Explication

Déroulé de la preuve : la temoura (substituer une bête profane à la consacrée) n'opère que du vivant ; de même la non-rédemption. La lecture littérale impliquerait donc que la bête abattue se rachète. Mais tout rachat d'un consacré exige haamada ve-haarakha (présenter la bête debout devant le kohen puis l'évaluer) — impossible sur une bête déjà abattue. La lecture littérale est donc intenable.

4
אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה, ״לֹא יִגְאַל״ — לֹא יִמָּכֵר הוּא.

Plutôt, conclus-en : 'lo yigael' — c'est [au sens de] 'il ne sera pas vendu'.

💡 Explication

Conclusion de Rav Achi : l'unique lecture cohérente du verset est que 'lo yigael' signifie 'lo yimakher' — l'interdit porte sur la vente (du vivant), non sur le rachat proprement dit. Après l'abattage, la bête peut être vendue.

5
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ לֹא הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Cela va bien pour celui qui dit que les [bêtes] consacrées à l'autel (kodchei mizbeah) étaient comprises dans [la règle de] présentation et évaluation ; mais pour celui qui dit que les kodchei mizbeah n'étaient pas comprises dans la présentation et évaluation, qu'y a-t-il à dire ?

💡 Explication

Objection : la preuve de Rav Achi supposait que toute bête consacrée exige haamada ve-haarakha. Cela tient selon l'avis pour qui les kodchei mizbeah (bêtes consacrées à l'autel, devenues invalides) requièrent bien cette procédure. Mais pour l'avis contraire — elles n'y sont pas soumises — la lecture littérale 'ne sera pas racheté' redevient possible après l'abattage. Comment répondre ?

6
אֲנַן הָכִי קָאָמְרִינַן: מִי אִיכָּא דְּמֵחַיִּים לָא מִיפְּרִיק, וּלְאַחַר שְׁחִיטָה מִיפְּרִיק? אַלְּמָה לָא מֵחַיִּים דְּאַלִּימָא קְדֻושְׁתֵּיהּ — לָא מִיפְּרִיק, לְאַחַר שְׁחִיטָה דְּאַקֵּיל לֵיהּ קְדֻושְׁתֵּיהּ — מִיפְּרִיק!

[Réponse :] voici ce que nous disons — y a-t-il [un cas] où, du vivant, elle ne se rachète pas, et [où] après l'abattage elle se rachète ? Or pourquoi pas [l'inverse] : du vivant, où sa sainteté est forte — elle ne se rachète pas ; après l'abattage, où sa sainteté s'est affaiblie pour elle — elle se rachète !

💡 Explication

La Guemara reformule l'argument sans dépendre de haamada ve-haarakha : il est absurde qu'une bête non rachetable de son vivant devienne rachetable une fois abattue. Contre-objection : au contraire, du vivant sa sainteté est forte (donc non rachetable), et après l'abattage elle faiblit (donc rachetable) — la lecture littérale serait alors logique.

7
וְלֹא כָּל דְּכֵן הוּא? וּמַה מֵחַיִּים דְּאַלִּים לְמִיתְפַּס פִּדְיוֹנוֹ — לָא מִיפְּרִיק, לְאַחַר שְׁחִיטָה דְּלָא אַלִּים לְמִיתְפָּס פִּדְיוֹנוֹ — מִיפְּרִיק? אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה: ״לֹא יִגְאַל״ — לֹא יִמָּכֵר הוּא.

Et n'est-ce pas à plus forte raison (kol de-khen) ? De même que, du vivant, où [sa sainteté] est forte au point de saisir son rachat — elle ne se rachète pas, [alors] après l'abattage, où [sa sainteté] n'est pas forte au point de saisir son rachat — se rachètera[it]-elle ?!

Plutôt, conclus-en : 'lo yigael' — c'est [au sens de] 'il ne sera pas vendu'.

💡 Explication

Réfutation par kal va-homer (à fortiori) : du vivant, la sainteté est si forte qu'elle peut saisir son rachat (comme elle opère la temoura) — et pourtant la bête ne se rachète pas. À plus forte raison après l'abattage, où la sainteté est trop faible pour saisir un rachat, elle ne devrait pas se racheter. Conclusion définitive : 'lo yigael' = 'lo yimakher'.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer qui bloque le rachat 'après chehita' Du vivant sainteté FORTE : elle peut saisir son rachat (temoura) et pourtant : PAS rachetable Après chehita sainteté FAIBLE : ne peut plus saisir son rachat à fortiori : PAS rachetable Le mort ne peut donc pas être racheté non plus. 'lo yigael' vise la vente, non le rachat au sens propre.
Le kal va-homer qui exclut le rachat après l'abattage.
8
וְלִכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״לֹא יִמָּכֵר״! אִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יִמָּכֵר״, הֲוָה אֲמִינָא: אִיזְדַּבּוֹנֵי הוּא דְּלָא מִזְדַּבַּן, דְּקָא עָבֵיד עוֹבָדִין דְּחוֹל, אֲבָל אִיפְּרוֹקֵי — מִיפְּרִיק, דְּהָא עָייְלִי דָּמָיו לְהֶקְדֵּשׁ. לְהָכִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יִגְאַל״, דְּלָא אִיזְדַּבּוֹנֵי מִיזְדַּבַּן וְלָא אִיפְּרוֹקֵי מִיפְּרִיק.

Mais que la Torah écrive [directement] 'il ne sera pas vendu' ! Si la Torah avait écrit 'il ne sera pas vendu', j'aurais dit : c'est [seulement] être-vendu qu'il n'est pas vendu, car [le vendeur] accomplit des actes profanes ; mais être-racheté — il se rachète[rait], puisque son prix entre au consacré (hekdech).

C'est pourquoi la Torah écrit 'il ne sera pas racheté' : [pour enseigner] qu'il n'est ni vendu ni racheté.

📜 Rachi (2)
גְּאֻולָּה מַשְׁמַע בִּבְעָלִים וְתוֹפֵס לֵיהּ פִּדְיוֹנוֹ דְּאִי אֵין תּוֹפֵס פִּדְיוֹנוֹ לָמָּה לְהוּ לִבְעָלָיו לִפְדּוֹתוֹ אֶלָּא לָאו ש"מ לֹא יִמָּכֵר מִשּׁוּם עוֹבָדִין דְּחוֹל קָאָסַר לֵיהּ קְרָא:
[Le mot] rachat implique [qu'il se fait] sur les propriétaires et qu'[il] saisit son rachat [sa sainteté] ; car s'il ne saisissait pas son rachat, pourquoi les propriétaires le rachetteraient-ils ? Plutôt, n'est-ce pas : conclus-en que 'il ne sera pas vendu' — c'est à cause des actes profanes que le verset l'interdit.
לְהָכִי כְּתַב לֹא יִגְאַל דְּמִדְּאַפִּיק מְכִירָה בִּלְשׁוֹן גְּאֻולָּה שְׁמַע מִינָּה דְּלָא אִיזְדַּבּוֹנֵי מִיזְדַּבַּן הוּא וְלָא אַפְרוֹקֵי מִיפְּרִיק וּבִגְאוּלָּה גְּרִידְתָּא לֵיכָּא לְאוֹקְמָה דא"כ לָא מָצֵינַן לְמֵידַק הָא לְאַחַר שְׁחִיטָה נִגְאָל:
C'est pourquoi il écrit 'lo yigael' — car, du fait qu'il exprime la vente par un terme de rachat, conclus-en qu'il ne s'agit ni d'être-vendu ni d'être-racheté ; et [un interdit de] rachat pur et simple ne peut être posé, car alors nous ne pourrions pas déduire que, après l'abattage, elle se rachète.
💡 Explication

Pourquoi la Torah n'écrit-elle pas simplement 'lo yimakher' (ne sera pas vendu) ? Parce que cela n'aurait interdit que la vente (acte profane transférant la valeur à de l'argent profane), tout en laissant croire le rachat permis (l'argent devenant consacré). En écrivant 'lo yigael' — un terme de rachat employé pour interdire la vente — la Torah interdit d'un coup les deux : ni vente ni rachat.

9
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יִמָּנֶה יִשְׂרָאֵל עִם הַכֹּהֵן לַבְּכוֹר, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין, וַאֲפִילּוּ גּוֹי.

MICHNA. Beit Chammai disent : un Israélite ne se joindra pas (lo yimane) au kohen pour le premier-né (bekhor) [avec défaut] ; et Beit Hillel [le] permettent, et même un non-Juif (goy).

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' לֹא יְמַנֶּה אֲפִי' אִם זִימֵּן כֹּהֵן אֹורַח יִשְׂרָאֵל עַל הַבְּכוֹר בַּעַל מוּם לֹא יֹאכַל עִמּוֹ:
MICHNA. Il ne se joindra pas — même si le kohen a invité un hôte israélite pour [manger] le premier-né avec défaut, il ne mangera pas avec lui.
💡 Explication

Nouvelle Michna sur le bekhor baal moum (premier-né devenu invalide par un défaut, mangé par le kohen). Beit Chammai : un Israélite (non-kohen) ne peut se joindre au kohen pour en manger. Beit Hillel : c'est permis, et même à un non-Juif (goy).

🖼️ Schéma
Qui peut manger du bekhor baal moum (premier-né avec défaut) ? Beit Chammai un Israélite (non-kohen) ne se joint PAS au kohen groupe = kohanim seuls tira 'oubessaram lekha' comme poitrine+cuisse : kohanim oui, Israélite non Beit Hillel (baraita) même des zarim (non-kohanim) permis un Israélite peut se joindre au kohen R. Akiva / Mishna Beit Hillel permettent MÊME un non-Juif (goy) assimile à tsevi/ayal (cerf/biche : viande de hulin après défaut) halakha : comme la Mishna (Roch, Tossefot : k'Beit Hillel)
Les trois positions sur qui peut manger le premier-né avec défaut.
10
גְּמ׳ מַתְנִיתִין מַנִּי? רַבִּי עֲקִיבָא הִיא, דְּתַנְיָא: בְּכוֹר אֵין נִמְנִין עָלָיו אֶלָּא חֲבוּרָה שֶׁכֻּולָּהּ כֹּהֲנִים, דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֲפִילּוּ זָרִים. רַבִּי עֲקִיבָא מַתִּיר אֲפִילּוּ גּוֹי.

GUEMARA. Notre Michna, selon qui [est-elle] ?

C'est [l'avis de] Rabbi Akiva, car il est enseigné : pour le premier-né, on ne s'y joint (ein niminin) qu'en une compagnie entièrement composée de kohanim — paroles de Beit Chammai ; et Beit Hillel disent : même des [non-kohanim] étrangers (zarim). Rabbi Akiva permet même un non-Juif.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מַתְנֵי' דְּשָׁרֵי עוֹבֵד כּוֹכָבִים בַּאֲכִילַת בְּכוֹר:
GUEMARA. Notre Michna — qui permet le non-Juif dans la consommation du premier-né.
מַנִּי ר' עֲקִיבָא הִיא דְּמַתִּיר אַלִּיבָּא דב"ה קָאָמַר ר' עֲקִיבָא דְּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין אַפֵּי' עוֹבֵד כּוֹכָבִים:
Selon qui ? C'est Rabbi Akiva — car c'est lui qui, selon l'avis de Beit Hillel, dit que Beit Hillel permettent même un non-Juif.
🗂️ Tossefot (1)
פָּסַק מַתְנֵי' מַנִּי רַבִּי עֲקִיבָא הִיא וְאוֹמֵר ר"י דְּהִלְכְתָא כב"ה דְּמַתְנִיתִין דְּשָׁרוּ אַפֵּי' לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא כב"ה דְּבָרַיְיתָא דְּאָסְרִי וּפְלִיגִי אַר' עֲקִיבָא דְּהָוֵי סְתָם בְּמָתְנֵי' וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא דְּהָוֵי הִלְכְתָא כִּסְתָם דְּמַתְנִי' כִּדְאִיתָא בְּהַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף מב:) וכ"ש דְּהָכָא דְּסָתַם לָן כִּלְשׁוֹן בָּרַיְיתָא דְּעָדִיף מִשְּׁאָר סְתָמֵי כִּדְאִיתָא בְּסוֹף שַׁבָּת (דַּף קנז.) וְהָא דְּפָרֵישְׁנָא בְּסָמוּךְ טַעְמָא דְרַבִּי עֲקִיבָא מִדִּכְתִיב כַּצְּבִי וְכָאַיָּל וְאָמְרִינַן דְּאִידָךְ מוֹקֵים לָהּ כְּר' אֶלְעָזָר הַקַּפָּר פִּי' דְּדָרֵישׁ בְּרֵישׁ פֶּרֶק שֵׁנִי דְּחֻולִּין (דַּף כֹּח.) מַה פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁים בִּשְׁחִיטָה אַף צְבִי וְאַיָּל בִּשְׁחִיטָה וְעוֹף אֵין לוֹ שְׁחִיטָה אֶלָּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים מַשְׁמַע דר"ע לֵית לֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר אֶלָּא סָבַר לַהּ כְּרַבִּי דְּדָרֵישׁ שְׁחִיטָה מִוְּזָבַחְתָּ כַּאֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ מְלַמֵּד שֶׁנִּצְטַוָּה מֹשֶׁה עַל רֹוב אֶחָד בָּעוֹף וְעַל רֹוב שְׁנַיִם בִּבְהֵמָה דִּלְמָא הָכִי קיי"ל כְּרַבִּי ואע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּנָזִיר בְּפֶרֶק מִי שֶׁאָמַר (נָזִיר דַּף כט.) סוֹבֵר דְּאֵין שְׁחִיטָה לָעוֹף מה"ת אֵין רְאָיָה מִמֶּנּוּ שֶׁיְּהֵא הֲלָכָה כֵּן דְּתַנָּא הוּא כִּדְמוֹכַח הָתָם וְעוֹד דר"ע מָצֵי סָבַר כְּר' אֶלְעָזָר הַקַּפָּר וְגָמַר חַד מִצְּבִי וְחַד מֵאֵיל כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל בְּפֶ' שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף טו.) גַּבֵּי מַה צְּבִי וְאַיָּל פְּטוּרִין מִן הַבְּכוֹרָה כו' וּבַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת מַשְׁמַע שֶׁרוֹצֶה לִפְסֹוק כב"ה דְּבָרַייְתָא וּמַשְׁמַע נָמֵי דְּמִדְּרַבָּנָן הִיא דִּפְלִיגִי אַרַבִּי עֲקִיבָא דְּפֵירְשׁוּ שֶׁהֶחָלָב מֻותָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דְּאִיתַּקַּשׁ פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁים לְאַיִל וּצְבִי וְהַבָּשָׂר אָסוּר לְהַאֲכִילוֹ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִדְּרַבָּנָן וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה דְּאָסוּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דקי"ל כְּהַהוּא דְּרָשָׁא וְאָכַלְתָּ וְלֹא לִכְלָבֶיךָ וה"ה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּדְמוֹכַח בְּפֶ' כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כט.) דְּאַשְׁכְּחַן כַּמָּה סְתָמֵי כְּהַךְ דְּאִיתָא הָכָא בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כא:) לְעֵיל גַּבֵּי חֲרָרַת דָּם דִּתְנַן יִקָּבֵר וּבְפֶרֶק עַד כַּמָּה (לְעֵיל בְּכוֹרוֹת דַּף כֹּח.) מִי שֶׁאֵינוֹ מֻומְחֶה וְרָאָה אֶת הַבְּכוֹר וְנִשְׁחַט עַל פִּיו הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר וּלְקַמָּן בְּפִרְקִין (בְּכוֹרוֹת דַּף לז.) הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנוֹדַע (עַד) שֶׁלֹּא הֶרְאָהוּ כו' הַבָּשָׂר יִקָּבֵר וּבְפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף סט:) גַּבֵּי יָצָא רֻובּוֹ ה"ז יִקָּבֵר אֲבָל הֵיךְ אֵין רְאָיָה דְּשַׁפִּיר אָתְיָא כר"ע דְּהָא לר"ע גּוּפֵיהּ שָׁמְעִינַן לֵיהּ בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קג: וְקֹד.) דְּאָמַר מִדְּבָרָיו לָמַדְנוּ שֶׁהַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנִמְצָא טְרֵיפָה שֶׁיֵּאוֹתוּ הַכֹּהֲנִים בְּעוֹרוֹ מַשְׁמַע דִּבְשָׂרָם אָסוּר בַּהֲנָאָה וְהַיְינוּ טַעְמָא כִּדְפָרֵישְׁנָא לְעֵיל בְּפֶ' שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יד.) גַּבֵּי קָדָשִׁים שֶׁקָּדַם מוּם קָבוּעַ לְהֶקְדֵּשָׁן דְּהֵיכָא דְּשָׁרֵי לְיִשְׂרָאֵל הוּא דְּאִיתַּקַּשׁ לִצְבִי וְאַיִל וְשָׁרֵי אֲפִילּוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלָא אִיתְּסַר מֹואֲכֶלֶת וְלֹא לִכְלָבֶיךָ אֲבָל הֵיכָא דְּאָסוּר לְיִשְׂרָאֵל לָא אִיתַּקַּשׁ לִצְבִי וְאַיָּל הִילְכָּךְ בְּכוֹר שֶׁמֵּת אוֹ נִשְׁחַט בְּלֹא הַתָּרָה אוֹ הֻותַּר וְנִמְצָא טְרֵיפָה טָעוּן קְבוּרָה כִּדְמוֹכַח הָנֵי סְתָמֵי וְאַפֵּי' רַבִּי עֲקִיבָא מוֹדֶה כִּדְאָמַר בְּפֶ' טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קד.) וְאַף ר"ע לֹא אָמַר שֶׁיְּהֵא הָעוֹר מֻותָּר אַפֵּי' בְּגִבּוּלִין אֶלָּא כְּשֶׁהִתִּירוֹ מֻומְחֶה אֲבָל לֹא הִתִּירוֹ מֻומְחֶה לֹא וּבִטְרֵיפָה נָמֵי ואע"ג דְּשָׁרֵי ר"ע הָעוֹר אֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ כִּדְמַסְּקִינַן הָתָם וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים דְּאָמְרִי אֵין לֹא רָאִיתִי רְאָיָה אֶלָּא יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה וּמִיהוּ לְדִידַן לָא בָּעֵי שְׂרֵיפָה דְּהָתָם בַּמִּקְדָּשׁ הוּא דְּבָעֵי שְׂרֵיפָה דְּבַמִּקְדָּשׁ קָאֵי ומ"ש שָׁם בַּסְּפָרִים וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים בָּשָׂר בִּקְבוּרָה וְהָעוֹר בִּשְׂרֵיפָה פִּי' שָׁם רַשִׁ"י דְּלָא גָּרֵס לֵיהּ דְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּעוֹר אֶלָּא יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה לָאו אדר"ע קָיְימִי דְּאַייְרֵי בִּבְכוֹר בְּגִבּוּלִין אֶלָּא אַדְּרַבִּי חֲנִינָא דְּאַיְּירִי בְּקָדְשֵׁי הַמִּקְדָּשׁ וּמִיהוּ קַשְׁיָא בַּבָּרַייְתָא דִּלְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין (בְּכוֹרוֹת דַּף לג.) גַּבֵּי שְׁתֵּי חַטָּאוֹת אַחַת תְּמִימָה וְאַחַת בַּעֲלַת מוּם דְּקָאָמַר ר' אֶלְעָזָר בר"ש אַפֵּי' בְּשַׂר בַּעֲלַת מוּם בַּקְּדֵרָה וְנִזְרַק דָּמָהּ שֶׁל תְּמִימָה אֲסוּרָה וְקָתָנֵי עֲלָהּ בִּתְמוּרָה בְּפֶ' וְלַד חַטָּאת (דַּף כֹּד.) יוֹצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה וְהַשְׁתָּא מֵאֵיזֶה טַעַם הִיא בִּשְׂרֵיפָה כָּל עִיקָּר פְּסוּלָה לָא הָוֵי אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהָוְיָא כְּחַטָּאת שֶׁכָּפְרוּ בְּעָלֶיהָ דְּמֵתָה וְחַטָּאוֹת הַמֵּתוֹת דִּינָם כְּשֶׁמֵּתוּ וְאִי מִשּׁוּם דְּכִי נִשְׁחֲטוּ הָוְיָא לֵיהּ כְּעֵין קָדָשִׁים פְּסוּלִים שֶׁנִּפְסְלוּ אַחַר שְׁחִיטָה שֶׁיּוֹצְאִים לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה הָא בִּבְכוֹר תְּנַן דְּסָבַר כְּשֶׁנִּשְׁחַט שֶׁלֹּא עַל פִּי מֻומְחֶה וּכְשֶׁנִּמְצָא טְרֵיפָה הָוֵי בִּקְבוּרָה כִּדְפָרֵישִׁית וְשֶׁמָּא יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין בַּזְּמַן הַזֶּה לִזְמַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְאִם הָיִינוּ מְחַלְּקִים בֵּין נִשְׁחַט שֶׁלֹּא עַל פִּי מֻומְחֶה לִשְׁאָר פְּסוּל שֶׁאֵירַע אַחַר שְׁחִיטָה הָיְתָה מְיֻושֶּׁבֶת גִּירְסַת הַסְּפָרִים דִּזְבָחִים אֶלָּא שֶׁנִּגְרוֹס אִפְכָּא וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים בָּשָׂר בִּשְׂרֵיפָה וְעוֹר בִּקְבוּרָה וּבַזְּמַן הַזֶּה הוּא דְּקָאָמַר שֶׁלֹּא הֶחְמִירוּ עַל הָעוֹר לְשָׂורְפוֹ כְּמוֹ הַבָּשָׂר וא"ת מ"ש הָא בְּמַס' עָרְלָה (פ"ג מ"ג) וּמַייְתִי לָהּ בפ"ב דִּתְמוּרָה (דַּף לד.) הָאוֹרֵג מְלֹא הַסִּיט מִצֶּמֶר הַבְּכוֹר יִדָּלֵק הַבֶּגֶד וּבְכָל הָנָךְ שֶׁהֵבֵאתִי מַשְׁמַע דְּדִינוֹ שֶׁל בְּכוֹר בִּקְבוּרָה וְאֵין לְחַלֵּק בֵּין שַׁעַר לְשַׁעֵר דכה"ג פָּרִיךְ מִשְּׂעַר נָזִיר וּפֶטֶר חֲמוֹר דִּתְנַן הָתָם יִקָּבֵר וּבְמַס' עָרְלָה (שָׁם) תְּנַן בְּשַׁעַר וּבְפֶטֶר חֲמוֹר יִדָּלֵק וְאֵין נִרְאֶה לִדְחוֹת דְּהָתָם פָּרֵיךְ מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע לֵיהּ מַתְנֵי' הָתָם דְּקָתָנֵי שְׂעַר נָזִיר וּפֶטֶר חֲמוֹר דְּקָאֵי שַׁעַר אַתַּרְוַיְיהוּ וְעוֹד תַּנְיָא נָמֵי בַּתּוֹסֶפְתָּא הַתּוֹלֵשׁ צֶמֶר מִבְּכוֹר תָּם וְהִנִּיחוֹ בַּחַלּוֹן אע"ג שֶׁנּוֹלַד לוֹ מוּם לְאַחַר מִכָּאן וּשְׁחָטוֹ הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר וְי"ל דְּאִיכָּא לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא כְּדִמְשַׁנֵּי הָתָם אַפֶּטֶר חֲמוֹר כָּאן בְּשַׂק כָּאן בְּשֵׂעָר פִּי' שֵׂעָר מְמַהֵר לְכַלּוֹת וְסַגִּי לֵיהּ בִּקְבוּרָה אֲבָל אִם עָשָׂה מִמֶּנּוּ בֶּגֶד חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יוֹצִיאוּהוּ אַחַר שֶׁנִּקְבַּר וּבָעֵי שְׂרֵיפָה וְאִיכָּא דִּמְשַׁנֵּי הָתָם וּמוּקִי לָהּ כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר אִם רָצָה לְהַחְמִיר עַל עַצְמוֹ לִשְׂרֹוף אֶת הַנִּקְבָּרִים רַשַּׁאי:
Trancher : notre Michna, selon qui [est-elle] ? C'est Rabbi Akiva — et le Ri dit que la halakha est comme Beit Hillel de la Michna, qui permettent même au non-Juif, et non comme Beit Hillel de la baraita qui l'interdisent et divergent de Rabbi Akiva ; car [la Michna] est un énoncé anonyme (setam) dans la Michna, et la controverse est [reportée] dans une baraita, et la halakha suit l'énoncé anonyme de la Michna, comme il est dit dans [le chapitre] Hé-Holèts (Yevamot 42b) ; et à plus forte raison ici, où l'anonyme est formulé dans les termes de la baraita, ce qui l'emporte sur les autres anonymes, comme il est dit à la fin de Chabbat (157a). Et ce que nous expliquons plus loin — la raison de Rabbi Akiva, du fait qu'il est écrit 'comme le cerf et comme la biche (ke-tsevi ve-khe-ayal)', et l'on dit que l'autre [Tana] l'établit selon Rabbi Elazar ha-Kappar — [signifie] qu'[Elazar ha-Kappar] exégète au début du deuxième chapitre de Houlin (28a) : de même que les [bêtes] consacrées invalidées [se traitent] par la chehita, de même le cerf et la biche [se traitent] par la chehita, mais l'oiseau n'a pas de chehita [de Torah] sinon des paroles des Scribes (mi-divrei soferim) ; cela implique que Rabbi Akiva ne tient pas [l'avis] de Rabbi Elazar ha-Kappar, mais tient comme Rabbi, qui exégète la chehita de 'comme je te l'ai ordonné', enseignant que Moché a reçu l'ordre concernant [le sectionnement de] la majeure partie d'un [siman] pour l'oiseau et de la majeure partie des deux pour l'animal ; peut-être donc la halakha suit-elle Rabbi. Et bien que Rabbi Yossei bar Hanina, dans [le chapitre] Mi che-amar (Nazir 29a), tienne qu'il n'y a pas de chehita [de Torah] pour l'oiseau, il n'y a pas de preuve [décisive] qu'ainsi soit la halakha, car il est [lui-même] Tana, comme cela ressort là-bas. De plus, Rabbi Akiva peut tenir comme Rabbi Elazar ha-Kappar et déduire l'un du cerf et l'autre de la biche, comme je l'ai expliqué plus haut au deuxième chapitre (Bekhorot 15a) à propos de 'de même que le cerf et la biche sont exempts du premier-né, etc.'. Et dans [le] Halakhot Guedolot il apparaît qu'il veut trancher comme Beit Hillel de la baraita, et il apparaît aussi que c'est d'ordre rabbinique (mi-derabanan) que [Beit Hillel] divergent de Rabbi Akiva : ils expliquent que la graisse est permise au non-Juif du fait que les [bêtes] consacrées invalidées sont assimilées à la biche et au cerf, mais que la viande est interdite à la consommation du non-Juif d'ordre rabbinique. Et il ne faut pas apporter de preuve que [la viande] est interdite au non-Juif du fait que nous tenons pour cette exégèse 'et tu mangeras — et non pour tes chiens', et de même pour le non-Juif, comme cela ressort du chapitre Kol Chaa (Pessahim 29a) ; car nous trouvons plusieurs énoncés anonymes comme celui qui figure ici, au chapitre Ha-Lokéah Behema (Bekhorot 21b) plus haut à propos du caillot de sang (hararat dam), dont la Michna enseigne 'il sera enterré' ; au chapitre Ad Kama (Bekhorot 28a) : 'celui qui n'est pas expert et a vu le premier-né, [lequel] a été abattu sur sa parole — celui-ci sera enterré' ; plus loin dans notre chapitre (Bekhorot 37a) : 'celui qui abat le premier-né et [pour qui] il est su qu'il ne l'a pas montré [à un expert], etc. — la viande sera enterrée' ; et au chapitre Behema ha-Makcha (Houlin 69b) à propos de 'la majeure partie [du premier-né] est sortie — celui-ci sera enterré'. Mais de là il n'y a pas de preuve, car cela s'accorde bien avec Rabbi Akiva : nous entendons Rabbi Akiva lui-même dire, au chapitre Tevoul Yom (Zevahim 103b et 104a), 'de ses paroles nous avons appris que celui qui abat le premier-né et [le] trouve terefa, les kohanim tirent profit de sa peau', ce qui implique que leur viande est interdite au profit ; et la raison est celle que nous avons expliquée plus haut au deuxième chapitre (Bekhorot 14a) à propos des [bêtes] consacrées dont le défaut permanent a précédé la consécration : là où c'est permis à l'Israélite, [la bête] est assimilée au cerf et à la biche et permise même au non-Juif, et n'est pas interdite par 'et tu mangeras — et non pour tes chiens' ; mais là où c'est interdit à l'Israélite, elle n'est pas assimilée au cerf et à la biche. C'est pourquoi un premier-né qui est mort, ou a été abattu sans autorisation [d'un expert], ou a été autorisé puis trouvé terefa, requiert l'enterrement, comme le prouvent ces énoncés anonymes, et même Rabbi Akiva l'admet, comme il est dit au chapitre Tevoul Yom (Zevahim 104a). Et même Rabbi Akiva n'a dit que la peau serait permise, même hors du Temple (ba-guevoulin), que là où un expert l'a autorisé [le premier-né] ; mais s'il ne l'a pas autorisé, non — et de même pour la terefa. Et bien que Rabbi Akiva permette la peau, la halakha n'est pas comme lui, comme nous concluons là-bas : la halakha est comme les Sages qui disent 'non : je n'ai pas vu [de défaut] n'est pas une preuve, mais [la bête] sort au lieu de crémation (beit ha-serefa)'. Toutefois, pour nous, elle ne requiert pas de crémation : c'est là-bas, au Temple, qu'on exige la crémation, car [il s'agit d'une bête] qui se tient au Temple. Et ce qui est écrit là-bas dans les livres 'et la halakha est comme les Sages : la viande par enterrement et la peau par crémation', Rachi a expliqué là-bas qu'il ne faut pas le lire ainsi ; les Sages qui parlent de la peau — 'plutôt elle sort au lieu de crémation' — ne se tiennent pas [en opposition] à Rabbi Akiva, qui traite du premier-né hors du Temple, mais [en opposition] à Rabbi Hanina, qui traite des [bêtes] consacrées du Temple. Toutefois cela fait difficulté avec la baraita plus loin dans notre sougya (Bekhorot 33a) à propos des deux hattaot, l'une sans défaut et l'autre avec défaut, où Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon dit : même si la viande de [la bête] avec défaut est [déjà] dans la marmite et que le sang de la [bête] sans défaut a été aspergé, elle est interdite ; et l'on enseigne à ce sujet, au chapitre Velad Hattat (Temoura 24a) : elle sort au lieu de crémation. Or pour quelle raison serait-elle par crémation ? Toute son invalidité ne provient que de ce qu'elle est comme un hattat dont les propriétaires ont déjà obtenu l'expiation, [hattat] qui meurt, et les hattaot condamnées à mourir ont le [même] statut que celles qui sont mortes ; et si c'est parce que, une fois abattues, elles deviennent comme des [bêtes] consacrées invalides qui ont été disqualifiées après l'abattage et sortent au lieu de crémation — or pour le premier-né, nous enseignons que celui qui tient qu'[il a été] abattu sans expert, ou trouvé terefa, [est] par enterrement, comme je l'ai expliqué. Et peut-être faut-il distinguer entre notre temps et le temps du Temple ; et si nous distinguions entre [une bête] abattue sans expert et une autre invalidité survenue après l'abattage, la leçon des livres de Zevahim serait établie, sauf qu'il faudrait lire à l'inverse : 'et la halakha est comme les Sages : la viande par crémation et la peau par enterrement' ; et c'est de notre temps qu'il parle, où l'on n'a pas été sévère sur la peau au point de la brûler comme la viande. Et si tu dis : quelle différence [avec] ce qui [est enseigné] au traité Orla (3:3) et rapporté au deuxième chapitre de Temoura (34a) : 'celui qui tisse la valeur d'un sit de laine du premier-né — le vêtement sera brûlé' ; et dans tous ces cas que j'ai apportés, il apparaît que le statut du premier-né est l'enterrement, et il n'y a pas à distinguer entre poil et poil, car de même [la Guemara] objecte du poil du nazir et du petit de l'ânesse (peter hamor), dont on enseigne là-bas 'il sera enterré', tandis qu'au traité Orla (loc. cit.) on enseigne pour le poil et le peter hamor 'il sera brûlé' ; et il ne paraît pas [juste] de repousser [en disant] que là-bas [la Guemara] objecte parce que la Michna là-bas, qui énonce 'poil du nazir et peter hamor', laisse entendre que 'poil' porte sur les deux ; de plus il est enseigné aussi dans la Tossefta : 'celui qui arrache de la laine d'un premier-né sans défaut et l'a déposée dans une niche, même si un défaut lui est survenu par la suite et qu'on l'a abattu — celle-ci sera enterrée'. Et l'on peut répondre qu'il y a lieu de distinguer ici comme on distingue là-bas à propos du peter hamor : ici [il s'agit] d'un sac, là [il s'agit] d'un [fil de] poil — [explication :] le poil se consume vite et l'enterrement lui suffit, mais si l'on en a fait un vêtement, nous craignons qu'on ne l'exhume après l'avoir enterré, et il requiert la crémation ; et certains répondent là-bas et l'établissent selon Rabbi Yehouda, qui dit que si l'on veut être rigoureux envers soi-même et brûler ce qui [devrait] être enterré, on en a le droit.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַתְנֵי' מַנִּי רַבִּי עֲקִיבָא הִיא. דְּתַנְיָא בְּכוֹר אֵין נִמְנִין עָלָיו אֶלָּא חֲבוּרָה שֶׁכֻּולָּהּ כֹּהֲנִים דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֲפִילּוּ זָרִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא מַתִּיר אַפֵּי' עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כב"ה דְּמַתְנִי' דְּשָׁרְיָא אֲפִילּוּ עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וְלֹא כב"ה דְּבָרַיְיתָא אַלִּיבָּא דת"ק דר"ע דְּאָסְרִי לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. דְּהָוֵי סְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא וַהֲלָכָה כִּסְתָם דְּמַתְנִיתִין. כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף מב:) וְכָל שֶׁכֵּן הָכָא דְּסָתַם לָן בִּלְשׁוֹן בֵּית הִלֵּל דְּעָדִיף מִשְּׁאָר סְתָמֵי כִּדְאִיתָא בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת שַׁבָּת דַּף קנז. וְהָא דִּמְפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ טַעְמָא דְרַבִּי עֲקִיבָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב כִּצְבִי וְכָאַיָּל וְקָאָמַר וְאִידָךְ מוֹקֵי לָהּ כְּר' אֱלִיעֶזֶר הַקַּפָּר דְּדָרֵישׁ בפ"ב דְּחֻולִּין דַּף כֹּח. מַה פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין בִּשְׁחִיטָה אַף צְבִי וְאַיָּל בִּשְׁחִיטָה וְעוֹף אֵין לוֹ שְׁחִיטָה מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא לֵית לֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר הַקַּפָּר אֶלָּא סָבַר כְּרַבִּי דְּדָרֵישׁ שְׁמִיטָּה מִכַּאֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ מְלַמֵּד שֶׁנִּצְטַוָּה מֹשֶׁה עַל רֹוב אֶחָד בָּעוֹף וְעַל רֹוב שְׁנַיִם בִּבְהֵמָה. אֶפְשָׁר דַּהֲלָכָה בָּזֶה כְּר' עֲקִיבָא דְּרֻובָּא דְּאָמוֹרָאֵי סָבְרִי הָכִי בְּפֶ' הַשּׁוֹחֵט (חֻולִּין דַּף כז:) דִּשְׁחִיטַת עוֹף מִן הַתּוֹרָה וְלָא דָּרְשִׁי וְשָׁפַךְ בִּשְׁפִיכָה בְּעָלְמָא. ואע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּפֶ' מִי שֶׁאָמַר וַאֲנִי דַּף כט. סָבַר דְּאֵין שְׁחִיטָה לָעוֹף מִן הַתּוֹרָה. אֵין רְאָיָה מִזֶּה שֶׁיְּהֵא הֲלָכָה כֵּן דְּתַנָּא הוּא כִּדְמוֹכַח הָתָם. ובה"ג מַשְׁמַע שֶׁפּוֹסֵק כב"ה דְּבָרַיְיתָא אַלִּיבָּא דת"ק דְּר' עֲקִיבָא. וּמַשְׁמַע דְּבָעֵי לְמֵימַר דְּמִדְּרַבָּנָן פְּלִיגִי רַבָּנָן וְר' עֲקִיבָא וּלְשׁוֹן ה"ג הֵבֵאתִי לְמַעְלָה. וְאֵין לוֹמַר דְּאָסוּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמִשּׁוּם דְּקַיְימָא לָן בְּהַאי דְּרָשָׁא דְּקַייְמָא לָן וְאָכַלְתָּ וְלֹא לִכְלָבֶיךָ וְהוּא הַדִּין וְכוּ' כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כט.). וְאַשְׁכְּחַן כַּמָּה סְתָמֵי דְּאִית לְהוּ הָכִי לְעֵיל בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כא:) גַּבֵּי חֲרָרַת דָּם דִּתְנַן יִקָּבֵר. וּבְפֶ' עַד כַּמָּה (בְּכוֹרוֹת דַּף כֹּח.) מִי שֶׁאֵין מֻומְחֶה וְרָאָה אֶת הַבְּכוֹר וְנִשְׁחַט עַל פִּיו יִקָּבֵר. וּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּכוֹרוֹת דַּף לז.) הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנוֹדַע שֶׁלֹּא רָאָהוּ חָכָם וְכוּ' הַבָּשָׂר יִקָּבֵר. וּבְפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חוֹלִין דַּף סט:) גַּבֵּי מְבַכֶּרֶת יָצָא רֻובּוֹ הֲרֵי זֶה יִקָּבֵר. מִכָּל הָלֵין אֵין רְאָיָה דְּאָתֵי' שַׁפִּיר כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּהָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְר' עֲקִיבָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קג.) מִדְּבָרָיו לָמַדְנוּ שֶׁהַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְנִמְצָא טְרֵיפָה שֶׁיֵּאוֹתוּ הַכֹּהֲנִים בְּעוֹרוֹ מַשְׁמַע דִּבְשָׂרוֹ אָסוּר בַּהֲנָאָה. וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּהֵיכָא דְּשָׁרוּ לְיִשְׂרָאֵל הוּא דְּאִיתַּקּוּשׁ לִצְבִי וְאַיִל וְשָׁרֵי אֲפִילּוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלָא מִיתְּסַר מִשּׁוּם וְאָכַלְתָּ וְכוּ'. אֲבָל הֵיכָא דְּאָסוּר לְיִשְׂרָאֵל לָא אִיתַּקַּשׁ לִצְבִי וְאַיָּל וְאָסוּר לִכְלָבִים וְכוּ'. הִילְכָּךְ בְּכוֹר שֶׁמֵּת אוֹ שֶׁנִּשְׁחַט בְּלֹא הַתָּרָה אוֹ הֻותַּר וְנִמְצָא טְרֵיפָה טָעוּן קְבוּרָה כִּדְמוֹכְחִי הָנֵי סְתָמָא וְאַפֵּי' לְרַבִּי עֲקִיבָא כִּדְפָרֵישְׁנָא וְכֻולָּן טָעוּן קְבוּרָה בֵּין בָּשָׂר בֵּין דָּם בֵּין עוֹר דְּהֵיכָא לֹא הִתִּירוֹ מֻומְחֶה אַף רַבִּי עֲקִיבָא מוֹדֶה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף קד.) וְאַף רַבִּי עֲקִיבָא לֹא אָמַר שֶׁיִּהְיֶה הָעוֹר מֻותָּר וְאַפֵּי' בְּגִבּוּלִין אֶלָּא כְּשֶׁהִתִּירוֹ מֻומְחֶה אֲבָל לֹא הִתִּירוֹ מֻומְחֶה לֹא: וּבִטְרֵיפָה אע"ג דְּשָׁרֵי רַבִּי עֲקִיבָא הָעוֹר אֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּהָא כִּדְמַסֵּיקְנָא הָתָם וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים דְּאָמְרִי אֵין לֹא רָאִיתִי רְאָיָה אֶלָּא יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה. מִיהוּ לְדִידַן לָא בָּעֵי שְׂרֵיפָה. דְּהָתָם אַקָּדְשֵׁי מִקְדָּשׁ קָאֵי דְּאִנָּהוּ וַדַּאי בָּעוּ שְׂרֵיפָה. וּמַה שֶׁכָּתוּב שָׁם בְּסִפְרֵי' וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים בָּשָׂר בִּקְבוּרָה וְעוֹר בִּשְׂרֵיפָה רַשִׁ"י ל"ג לֵיהּ. דְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּעוֹר אֶלָּא יָצָא לְבֵית השׁריפ' לָאו אַר' עֲקִיבָא קָיְימִי דְּאַייְרֵי בִּבְכוֹר בְּגִבּוּלִין. אֶלָּא אַרַבִּי חֲנִינָא קָיְימִי דְּאַייְרֵי בְּקָדְשֵׁי מִקְדָּשׁ:
GUEMARA. Notre Michna, selon qui [est-elle] ? C'est Rabbi Akiva. Car il est enseigné : pour le premier-né, on ne s'y joint qu'en une compagnie entièrement composée de kohanim — paroles de Beit Chammai ; et Beit Hillel disent : même des [non-kohanim] étrangers (zarim). Et Rabbi Akiva permet même les non-Juifs. Il apparaît que la halakha suit Beit Hillel de la Michna, qui permettent même les non-Juifs, et non Beit Hillel de la baraita selon le premier Tana [opposé] à Rabbi Akiva, qui interdisent aux non-Juifs — car [la Michna] est un énoncé anonyme (setam) dans la Michna et la controverse est [reportée] dans une baraita, et la halakha suit l'énoncé anonyme de la Michna, comme il est dit au chapitre Hé-Holèts (Yevamot 42b) ; et à plus forte raison ici, où l'anonyme nous est formulé dans les termes de Beit Hillel, ce qui l'emporte sur les autres anonymes, comme il est dit à la fin du traité Chabbat (157a). Et ce qui est expliqué plus loin — la raison de Rabbi Akiva, du fait qu'il est écrit 'comme le cerf et comme la biche', et l'on dit que l'autre [Tana] l'établit selon Rabbi Eliezer ha-Kappar, qui exégète au deuxième chapitre de Houlin (28a) : de même que les [bêtes] consacrées invalidées [se traitent] par la chehita, de même le cerf et la biche [se traitent] par la chehita, mais l'oiseau n'a pas de chehita de la Torah, sinon des paroles des Scribes. Or Rabbi Akiva ne tient pas [l'avis] de Rabbi Eliezer ha-Kappar mais tient comme Rabbi, qui exégète la chehita de 'comme je te l'ai ordonné', enseignant que Moché a reçu l'ordre concernant la majeure partie d'un [siman] pour l'oiseau et la majeure partie des deux pour l'animal. Il est possible qu'en cela la halakha suive Rabbi Akiva, car la plupart des Amoraim tiennent ainsi au chapitre Ha-Chohèt (Houlin 27b) : que la chehita de l'oiseau est de la Torah, et [qu']on n'exégète pas 'et il répandra' [comme signifiant] par simple épanchement. Et bien que Rabbi Yossei bar Hanina, au chapitre Mi che-amar (Nazir 29a), tienne qu'il n'y a pas de chehita [de Torah] pour l'oiseau, il n'y a pas de preuve de là que telle soit la halakha, car il est [lui-même] Tana, comme cela ressort là-bas. Et dans le Halakhot Guedolot il apparaît qu'il tranche comme Beit Hillel de la baraita selon le premier Tana [opposé] à Rabbi Akiva ; et il apparaît qu'il veut dire que c'est d'ordre rabbinique (mi-derabanan) que les Sages et Rabbi Akiva divergent — et j'ai rapporté plus haut le texte du Halakhot Guedolot. Et il ne faut pas dire que [la viande] est interdite au non-Juif du fait que nous tenons pour cette exégèse 'et tu mangeras — et non pour tes chiens', et de même [pour le non-Juif], comme cela ressort du chapitre Kol Chaa (Pessahim 29a). Et nous trouvons plusieurs énoncés anonymes qui vont dans ce sens : plus haut au chapitre Ha-Lokéah Behema (Bekhorot 21b) à propos du caillot de sang (hararat dam), dont on enseigne 'il sera enterré' ; au chapitre Ad Kama (Bekhorot 28a) : 'celui qui n'est pas expert et a vu le premier-né, [lequel] a été abattu sur sa parole — sera enterré' ; plus loin dans notre chapitre (Bekhorot 37a) : 'celui qui abat le premier-né et [pour qui] il est su qu'un sage ne l'a pas vu, etc. — la viande sera enterrée' ; et au chapitre Behema ha-Makcha (Houlin 69b) à propos d'une [bête] primipare dont la majeure partie est sortie — 'celui-ci sera enterré'. De tous ceux-ci, il n'y a pas de preuve [contre le fait] que cela s'accorde bien avec Rabbi Akiva : car nous entendons Rabbi Akiva dire au chapitre Tevoul Yom (Zevahim 103a) 'de ses paroles nous avons appris que celui qui abat le premier-né et [le] trouve terefa, les kohanim tirent profit de sa peau', ce qui implique que sa viande est interdite au profit. Et la raison [est] que, là où c'est permis à l'Israélite, [la bête] est assimilée au cerf et à la biche et permise même au non-Juif, et n'est pas interdite par 'et tu mangeras, etc.' ; mais là où c'est interdit à l'Israélite, elle n'est pas assimilée au cerf et à la biche et est interdite aux chiens, etc. C'est pourquoi un premier-né qui est mort, ou a été abattu sans autorisation, ou a été autorisé puis trouvé terefa, requiert l'enterrement, comme le prouvent ces énoncés anonymes, et même selon Rabbi Akiva comme je l'ai expliqué ; et tous requièrent l'enterrement, viande, sang et peau, car là où l'expert n'a pas autorisé, même Rabbi Akiva l'admet, comme nous disons au chapitre Tevoul Yom (Zevahim 104a) : et même Rabbi Akiva n'a dit que la peau serait permise, même hors du Temple, que là où un expert l'a autorisée ; mais s'il ne l'a pas autorisée, non. Et pour la terefa, bien que Rabbi Akiva permette la peau, la halakha n'est pas comme lui en cela, comme nous concluons là-bas : la halakha est comme les Sages qui disent 'non : je n'ai pas vu [de défaut] n'est pas une preuve, mais [la bête] sort au lieu de crémation'. Toutefois, pour nous, elle ne requiert pas de crémation : car là-bas il s'agit des [bêtes] consacrées du Temple, lesquelles requièrent certainement la crémation. Et ce qui est écrit là-bas dans les livres 'et la halakha est comme les Sages : la viande par enterrement et la peau par crémation', Rachi ne le lit pas [ainsi] : les Sages qui parlent de la peau — 'plutôt elle sort au lieu de crémation' — ne se tiennent pas [en opposition] à Rabbi Akiva, qui traite du premier-né hors du Temple, mais [en opposition] à Rabbi Hanina, qui traite des [bêtes] consacrées du Temple.
💡 Explication

La Guemara identifie l'auteur de la Michna. Une baraita rapporte : selon Beit Chammai, seule une compagnie entièrement de kohanim peut se joindre pour manger le premier-né ; selon Beit Hillel, même des zarim (non-kohanim israélites). Et Rabbi Akiva ajoute : selon Beit Hillel, même un non-Juif — ce qui correspond à notre Michna.

11
מַאי טַעְמָא דְּבֵית שַׁמַּאי? דִּכְתִיב ״וּבְשָׂרָם יִהְיֶה לָךְ וְגוֹ׳״, מֶה הָתָם כֹּהֲנִים — אִין, יִשְׂרָאֵל — לָא, אַף הָכָא כֹּהֲנִים — אִין, יִשְׂרָאֵל — לָא.

Quelle est la raison de Beit Chammai ? De ce qu'il est écrit 'et leur viande sera pour toi, etc.' (Nb 18:18) : de même que là-bas [pour la poitrine et la cuisse] les kohanim — oui, l'Israélite — non, de même ici [pour le premier-né] les kohanim — oui, l'Israélite — non.

📜 Rachi (1)
מַה בְּחָזֶה וְשׁוֹק כֹּהֲנִים אִין יִשְׂרָאֵל לָא דִּכְתִיב וְאַתָּה וּבָנֶיךָ וּבְנוֹתֶיךָ אִתְּךָ:
De même que pour la poitrine et la cuisse les kohanim — oui, l'Israélite — non — car il est écrit 'toi, tes fils et tes filles avec toi' (Lev 10:14).
💡 Explication

Fondement scripturaire de Beit Chammai : le verset 'et leur viande sera pour toi' (Nb 18:18) rapproche le premier-né de la poitrine et de la cuisse (hazé ve-chok) des offrandes. Or celles-ci sont réservées aux kohanim, à l'exclusion de l'Israélite (verset 'toi, tes fils et tes filles', Lev 10:14) ; donc le premier-né l'est aussi.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).