Bekhorot 33b — écorcher par les pattes un animal consacré, et saigner le bekhor congestionné (mahloket sur le moum)

Bekhorot 33b

Sougya : La fin de la sougya sur la hargala (écorcher par les pattes, peau entière) demande pourquoi R. Elazar b.

R. Chimon interdit cette pratique lucrative sur un pesoul ha-mukdachin (animal consacré disqualifié) alors qu'il permet de le vendre à l'étal : trois réponses (le gain sur la peau est annulé par la perte sur la chair ; cela ressemble à une avoda sur le sacré ; gezera de peur qu'on élève des troupeaux).

La michna ouvre ensuite le grand débat : un bekhor congestionné de sang (achazo dam) peut-il être saigné (hakaza) au risque de créer un moum (défaut) ? R.

Yehouda l'interdit même si l'animal doit mourir ; les Sages permettent sans abattre sur ce moum ; R. Chimon permet et autorise même l'abattage.

La Guemara rapproche ce débat de celui sur la jarre de teroumah au statut douteux (R. Eliezer / R.

Yehochoua / R. Gamliel), puis rejette le parallèle.

Elle établit enfin, au nom de R. Yo'hanan, le principe du désaccord : tous s'accordent qu'on est passible pour un second levain (mehametz ahar mehametz) et une seconde castration (messares ahar messares) ; ils ne divergent que sur le fait de créer un moum sur un animal déjà porteur de moum (matil moum be-baal moum), R.

Meir se fondant sur 'kol moum lo yihye bo' et les Sages sur 'tamim yihye le-ratzon'.

Pourquoi ne pas écorcher par les pattes (hargala) un pesoul ha-mukdachin ? hargala = dépouiller la peau entière par les pattes (peau intacte, sans fente), plus lucrative Argument pour permettre Pourquoi c'est interdit (3 avis) Bénéfice pour le hekdech (Temple) : peau entière vendue plus cher -> le propriétaire rachète plus cher au départ. Comme pour la vente à l'étal (be-itliz) et à la livre (be-litra), permise malgré un reste de sainteté. Rav Mari b. Rav Kahana : le gain sur la peau = perte sur la chair Ravina (Eretz Israël) : semble faire un travail (avoda) sur le sacré R. Yossi bar Avin : gezera de peur qu'il ne les élève en troupeaux -> Conclusion : on ne pratique pas la hargala pour bekhor ni pesoulei ha-mukdachin (danger : cisaille interdite [giza] et travail [avoda] s'il attend un acheteur)
Le débat sur la hargala d'un pesoul ha-mukdachin : l'argument du bénéfice pour le Temple et les trois raisons de l'interdire (segments 1-3).
Bekhor congestionné de sang (achazo dam) : peut-on le saigner (hakaza) ? Enjeu : créer un moum (défaut) sur un animal consacré est interdit, mais l'animal risque de mourir R. Yehouda même s'il va MOURIR : on ne le saigne pas du tout gezera : lieu sans moum = lieu à moum R. Meir on saigne SEULEMENT à un endroit qui ne crée pas de moum 'kol moum lo yihye bo' Hakhamim on saigne même là où cela crée un moum mais on n'abat pas sur ce moum-là 'tamim yihye le-ratzon' R. Chimon on saigne et on PEUT abattre sur ce moum davar she-eino mitkaven moutar
Les quatre positions sur la saignée du bekhor congestionné, dans la baraita et la michna (segments 4-6).
Parallèle : jarre de teroumah au statut d'impureté douteux R. Eliezer = R. Meir on PROTÈGE la jarre de l'impureté (la couvrir, la ranger) peut-être Eliyahou viendra la purifier R. Yehochoua = Hakhamim on l'EXPOSE : la découvrir pour qu'elle devienne impure et serve au zilouf (aspersion) au lieu de se perdre R. Gamliel = R. Yehouda on ne fait RIEN de nouveau (ni gâter ni réparer) on la laisse en l'état La Guemara REJETTE ce parallèle : R. Meir agit be-yadaim (direct) ; la jarre, c'est gerama (indirect)
Le parallèle proposé avec la jarre de teroumah douteuse, puis rejeté (segments 7-13).
1
וְלוֹקְמַהּ כֻּולַּהּ כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן! דִּילְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הָתָם אֶלָּא פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין, דְּאַלִּימֵי לְמִיתְפַּס פִּדְיוֹנוֹ, אֲבָל בְּכוֹר דְּלָא אַלִּים לְמִיתְפַּס פִּדְיוֹנוֹ — לֹא.

Mais qu'il [Rav Hisda] établisse toute [la baraita] selon R. Elazar b.

R. Chimon !

[Réponse :] peut-être R. Elazar b.

R. Chimon n'a-t-il dit [que la sainteté subsiste après la chehita] là-bas [pour les animaux consacrés disqualifiés] qu'à propos des pesoulei ha-mukdachin (consacrés disqualifiés) [ordinaires], qui sont assez forts (alimi) pour transférer leur sainteté à leur rachat (pidyon) ; mais un bekhor (premier-né), qui n'est pas assez fort pour transférer sa sainteté à son rachat — non [sa sainteté ne subsiste pas après la chehita, et l'on pourrait donc l'écorcher par les pattes].

💡 Explication

La Guemara cherche à rattacher toute la baraita à un seul Tana. Objection : pourquoi ne pas tout attribuer à R. Elazar b. R. Chimon ? Réponse : sa position (la sainteté subsiste après l'abattage) ne vaut que pour les pesoulei ha-mukdachin ordinaires, dont la sainteté est assez forte pour passer sur l'argent du pidyon (rachat) ; le bekhor n'a pas cette force, donc sa sainteté ne subsisterait pas — permettant en principe la hargala.

2
וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן לֵית לֵיהּ כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין נִמְכָּרִין בָּאִיטְלִיז וְנִשְׁקָלִין בְּלִיטְרָא? אַלְמָא דְּכֵיוָן דְּאִיכָּא רַווְחָא לְהֶקְדֵּשׁ שָׁרֵי לֵהּ!

Et R. Elazar b.

R. Chimon ne tient-il pas [la michna selon laquelle] tous les pesoulei ha-mukdachin (consacrés disqualifiés) sont vendus à l'étal (be-itliz) et pesés à la livre (be-litra) ?

Donc, puisqu'il y a un bénéfice (revah) pour le hekdech (Temple), on le lui permet !

📜 Rachi (1)
ור"א בר"ש דְּמַחְמִיר בִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין לְאַחַר שְׁחִיטָה מִי לֵית לֵיהּ הָא דִּתְנַן נִמְכָּרִין בְּאִיטְלִיז אַלְמָא לָאו בִּקְדֻושְׁתַּייְהוּ קָייְמִי וּמִשּׁוּם הַאי רַווְחָא דְּהֶקְדֵּשׁ דְּכֵיוָן דְּזִימְנִין דִּטְפֵי וּפָרֵיק מֵעִיקָּרָא כְּדַאֲמָרָן שָׁרִי לֵיהּ מַר ה"נ לִישְׁרֵי לְהַרְגִּיל מִשּׁוּם רַווְחָא דְּהֶקְדֵּשׁ דְּכֵיוָן דְּיִמְכֹּור הָעוֹר בְּיֹוקֶר טְפֵי וּפָרֵיק מֵעִיקָּרָא:
Et R. Elazar b. R. Chimon — qui est sévère sur les pesoulei ha-mukdachin après la chehita, n'admet-il pas ce que nous avons appris : [qu']ils sont vendus à l'étal — donc [preuve] qu'ils ne demeurent pas dans leur sainteté, et en raison de ce bénéfice du hekdech — puisque parfois il ajoute et rachète davantage au départ, comme nous l'avons dit — Mar le lui permet [cette vente] ; ici aussi, qu'il permette la hargala en raison du bénéfice du hekdech, puisque, vendant la peau plus cher, [le propriétaire] ajoute et rachète davantage au départ.
💡 Explication

Question : R. Elazar b. R. Chimon admet pourtant la michna (31a) autorisant à vendre un pesoul ha-mukdachin à l'étal (be-itliz) et à la livre (be-litra), comme de la viande profane — bien qu'il subsiste une sainteté — parce que le bénéfice pour le Temple (le propriétaire rachètera plus cher) l'emporte. Par la même logique, pourquoi ne pas permettre la hargala, plus lucrative encore ?

3
אָמַר רַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא: מַה שֶׁמַּשְׁבִּיחַ בָּעוֹר — פּוֹגֵם בַּבָּשָׂר. בְּמַעְרְבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבִינָא אָמְרִי: מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹבֵד עֲבוֹדָה בְּקָדָשִׁים.

Rav Mari, fils de Rav Kahana, dit : ce qu'il gagne sur la peau, il le perd sur la chair (ma che-machbiah ba-or — pogem ba-bassar). En Occident (be-maarva = Eretz Israël), au nom de Ravina, on dit : parce que cela ressemble à l'accomplissement d'un travail (avoda) sur les [animaux] consacrés.

📜 Rachi (2)
פָּגַם בַּבָּשָׂר וְלֵיכָּא רַווְחָא בַּבָּשָׂר כֻּולֵּי הַאי שֶׁהֲרֵי מְחַתֵּךְ אֶת הַבָּשָׂר וּפוֹשְׁטָהּ עִם הָעוֹר:
Il perd sur la chair — et il n'y a pas tant de bénéfice sur la chair, car il découpe la chair et la dépouille avec la peau.
בְּמַעֲרָבָא אָמְרִי לְעֵיל קָאֵי. כְּלוֹמַר לְעוֹלָם דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא דְּאָסוּר לְהַרְגִּיל דְּבִזָּיוֹן גָּדוֹל הוּא שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹבֵד עֲבוֹדָה בְּקָדָשִׁים שֶׁמּוֹכְרִין הָעוֹר לְצֹורֶךְ מַפּוּחַ כְּשֶׁהוּא עֲדַיִין עַל הַקֳּדָשִׁים:
En Occident on dit — [cela] se rapporte à ce qui précède. C'est-à-dire : en vérité, tous s'accordent qu'il est interdit de pratiquer la hargala, car c'est un grand mépris (bizayon) : cela ressemble à l'accomplissement d'un travail (avoda) sur les consacrés, du fait qu'on vend la peau pour [servir de] soufflet (mapouah) alors qu'elle est encore sur les [animaux] consacrés.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר אֵין מַרְגִּילִין בי"ט. כַּיּוֹצֵא בוֹ אֵין מַרְגִּילִין לֹא בִּבְכוֹר וְלֹא בִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין. מַאי טַעְמָא. בְּמַעֲרָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּר' אֲבִינָא אָמְרִי מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹבֵד עֲבוֹדָה בְּקָדָשִׁים. ר' יוֹסֵי בַּר אָבִין אוֹמֵר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְגַדֵּל מֵהֶם עֲדָרִים עֲדָרִים:
Nos maîtres ont enseigné : on ne pratique pas la hargala un jour de fête (yom tov). De même, on ne pratique la hargala ni sur un bekhor ni sur les pesoulei ha-mukdachin. Quelle en est la raison ? En Occident, au nom de R. Avina, on dit : parce que cela ressemble à l'accomplissement d'un travail (avoda) sur les consacrés. R. Yossi bar Avin dit : [c'est une] gezera (décret), de peur qu'il n'en élève des troupeaux et des troupeaux.
💡 Explication

Premières réponses. Rav Mari : le gain sur la peau (dépouillée entière) est annulé par la perte sur la chair — car on entaille la chair en dépouillant. Ravina (en Eretz Israël) : la hargala ressemble à une avoda (travail) sur le sacré, ce qui est un mépris interdit, car on vend la peau pour un soufflet (mapouah) alors qu'elle est encore sur l'animal consacré.

4
רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין אוֹמֵר: גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְגַדֵּל מֵהֶן עֲדָרִים עֲדָרִים.

R. Yossi bar Avin dit : [c'est une] gezera (décret rabbinique), de peur qu'il n'en élève des troupeaux et des troupeaux (adarim adarim).

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּא יְגַדֵּל עֲדָרִים עֲדָרִים כְּלוֹמַר דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר לְהַרְגִּיל דְּאִי שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְשִׁהוּיָיהּ מִלִּשְׁחֹוט עַד שֶׁיִּמָּצֵא בְּנֵי אָדָם הַמְבַקְּשִׁים עוֹרוֹת שְׁלֵימִים וּבֵין כָּךְ וּבֵין כָּךְ יִגְדַּל עֲדָרִים מִפְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין וְאָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה לְגִיזָּה וַעֲבוֹדָה:
De peur qu'il n'élève des troupeaux et des troupeaux — c'est-à-dire : tous s'accordent qu'il est interdit de pratiquer la hargala, car si tu le lui permets, il en viendra à différer l'abattage jusqu'à trouver des gens demandant des peaux entières ; et entre-temps il élèvera des troupeaux de pesoulei ha-mukdachin, et il en viendra par eux à une faute (takala) quant à la tonte (giza) et au travail (avoda).
💡 Explication

Troisième réponse : R. Yossi bar Avin — c'est une gezera. Si on permettait la hargala, on retarderait l'abattage jusqu'à trouver acheteur pour les peaux entières, et entre-temps on élèverait des troupeaux de ces animaux disqualifiés, risquant de tomber dans l'interdit de la tonte (giza) et du travail (avoda).

5
מַתְנִי׳ בְּכוֹר שֶׁאֲחָזוֹ דָּם, אֲפִילּוּ מֵת — אֵין מַקִּיזִין לוֹ דָּם, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יַקִּיז, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה בּוֹ מוּם, וְאִם עָשָׂה בּוֹ מוּם — הֲרֵי זֶה לֹא יִשְׁחַט עָלָיו. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: יַקִּיז, אַף עַל פִּי שֶׁהוּא עוֹשֶׂה בּוֹ מוּם.

MICHNA. Un bekhor (premier-né) congestionné de sang (achazo dam) : même s'il [risque de] mourir — on ne le saigne pas (ein makizin lo dam), paroles de R.

Yehouda. Et les Sages disent : qu'il saigne, pourvu qu'il ne crée pas de moum (défaut) ; et s'il a créé un moum, qu'il ne l'abatte pas sur celui-ci.

R. Chimon dit : qu'il saigne, même s'il crée ainsi un moum.

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' שֶׁאֲחָזוֹ דָּם אפינדו"ר:
MICHNA. Congestionné de sang — 'afindour' (en ancien français : atteint d'un afflux de sang).
אַפֵּי' מֵת אִם לֹא יַקִּיזוּהוּ:
Même s'il [risque de] mourir — si on ne le saigne pas.
אֵין מַקִּיזִין לוֹ אֶת הַדָּם וְאַפֵּי' בְּמָקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין מוּם דְּיָכוֹל לַחֲזֹור וּלְהִתְרַפְּאוּת הַמַּכָּה וְהָכִי מְפָרֵשׁ בְּפ"ק דִּפְסָחִים מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מָמוֹנוֹ אִי שָׁרֵית לֵיהּ בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עוֹשֶׂה בּוֹ מוּם אָתֵי לְמֶיעְבַּד בִּמְקוֹם שֶׁעוֹשֶׂה בּוֹ מוּם:
On ne le saigne pas — même à un endroit où l'on ne crée pas de moum, car la plaie peut se refermer et guérir. Et c'est ainsi qu'on l'explique au premier chapitre de Pessahim : puisque l'homme est affolé pour son bien (bahoul al mamono), si tu le lui permets à un endroit où il ne crée pas de moum, il en viendra à le faire à un endroit où il crée un moum.
יַקִּיז וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מוּם שֶׁלֹּא יַחְתֹּוךְ וְשֶׁלֹּא יִפְגֹּום אֶת אָזְנוֹ וְאֶת נִיב שְׂפָתָיו שֶׁאֵין עָתִיד לַחֲזֹור וּלְהִתְרַפְּאוּת דְּסָבְרִי רַבָּנָן כ"ש אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עוֹשֶׂה מוּם אָתֵי לְמֶיעְבַּד בִּמְקוֹם מוּם:
Qu'il saigne pourvu qu'il ne crée pas de moum — qu'il ne coupe pas et n'entaille pas son oreille ni le bord de sa lèvre (niv sefatav), [défauts] qui ne guérissent pas et ne se referment pas ; car les Sages estiment [le raisonnement] à fortiori : si tu ne le lui permets pas là où il ne crée pas de moum, il en viendra à le faire là où il crée un moum.
לֹא יִשְׁחַט עָלָיו בְּמוּם הַזֶּה הוֹאִיל וְהִטִּילוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם אַחֵר:
Qu'il ne l'abatte pas sur celui-ci — sur ce moum-ci, puisqu'il l'a provoqué, jusqu'à ce qu'un autre moum survienne.
יַקִּיז אַף בְּמָקוֹם שֶׁעוֹשֶׂה מוּם דְּסָבַר ר"ש דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר:
Qu'il saigne même là où il crée un moum — car R. Chimon estime qu'un acte non intentionnel (davar she-eino mitkaven) est permis.
🗂️ Tossefot (1)
בְּכוֹר שֶׁאֲחָזוֹ דָּם כו' נִזְקָק בְּמַאי פְּלִיגִי:
Un bekhor congestionné de sang, etc. — sur quoi porte précisément leur désaccord ?
💡 Explication

La michna pose le cas central : un bekhor congestionné de sang (achazo dam), qui mourra sans saignée. Peut-on le saigner (hakaza) au risque de créer un moum (défaut permanent), sachant qu'il est interdit de faire un moum sur un animal consacré ? R. Yehouda : jamais, même s'il doit mourir. Les Sages : oui, mais sans créer de moum ; s'il en crée un, il ne l'abattra pas sur ce moum. R. Chimon : oui, même si cela crée un moum (car un davar she-eino mitkaven, acte non intentionnel, est permis).

🖼️ Schéma
Bekhor congestionné de sang (achazo dam) : peut-on le saigner (hakaza) ? Enjeu : créer un moum (défaut) sur un animal consacré est interdit, mais l'animal risque de mourir R. Yehouda même s'il va MOURIR : on ne le saigne pas du tout gezera : lieu sans moum = lieu à moum R. Meir on saigne SEULEMENT à un endroit qui ne crée pas de moum 'kol moum lo yihye bo' Hakhamim on saigne même là où cela crée un moum mais on n'abat pas sur ce moum-là 'tamim yihye le-ratzon' R. Chimon on saigne et on PEUT abattre sur ce moum davar she-eino mitkaven moutar
Les quatre positions sur la saignée du bekhor congestionné.
6
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בְּכוֹר שֶׁאֲחָזוֹ דָּם — מַקִּיזִין לוֹ אֶת הַדָּם בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂים בּוֹ מוּם, וְאֵין מַקִּיזִין לוֹ אֶת הַדָּם בִּמְקוֹם שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ מוּם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : un bekhor congestionné de sang — on le saigne à un endroit où l'on ne crée pas de moum, et on ne le saigne pas à un endroit où l'on crée un moum, paroles de R.

Meir.

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' תָּנוּ רַבָּנַן בְּכוֹר שֶׁאֲחָזוֹ דָּם מַקִּיזִין לוֹ דָּם בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין בּוֹ מוּם. וְאֵין מַקִּיזִין לוֹ דָּם בִּמְקוֹם שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ מוּם דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אַפֵּי' בִּמְקוֹם שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ מוּם וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִשְׁחֹוט עַל אוֹתוֹ הַמּוּם. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר אַף נִשְׁחָט עַל אוֹתוֹ מוּם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אַפֵּי' מֵת אֵין מַקִּיזִין לוֹ דָּם. בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי. בְּמֵטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם. ר' מֵאִיר סָבַר כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ וְרַבָּנַן סָבְרִי תָּמִים יִהְיֶה לְרָצוֹן. וְרַבָּנַן נָמֵי הָא כְּתִיב כָּל מוּם. הַהוּא לִגְרָמָא דְּתַנְיָא כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ אֵין לִי אֶלָּא שֶׁלֹּא יִתֵּן בּוֹ מוּם. מִנַּיִן שֶׁלֹּא יִגְרֹום בּוֹ מוּם ע"י דָּבָר אַחֵר שֶׁלֹּא יָבִיא בָּצֵק אוֹ דְבֵלָה וְיַנִּיחַ עַל גַּבֵּי הָאֹוזֶן כְּדֵי שֶׁיָּבֹא הַכֶּלֶב וְיִטְּלֶנּוּ. ת"ל כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ אָמַר מוּם וְאָמַר כָּל מוּם אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן. מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הֵי ר' שִׁמְעוֹן. אִילֵּימָא ר' שִׁמְעוֹן דְּמַתְנִי' עַד הַשְׁתָּא לָא אַשְׁמוֹעִינַן שְׁמוּאֵל דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר וְהָאָמַר רַב הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר הֲלָכָה כר"ש. אֶלָּא הֲלָכָה כְּר"ש דְּבָרַיְיתָא. וּבְתַרְתֵּי פְּלִיגִי בְּמַתְנִיתִין וּבַבָּרַיְיתָא בַּבָּרַייְתָא פְּלִיגִי בְּמֵטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם כְּגוֹן שֶׁאֲחָזוֹ דָּם בְּיוֹתֵר וְאִם לֹא יַקִּיז לוֹ וַדַּאי יָמוּת. הִלְכָּךְ חֲשִׁיב בַּעַל מוּם וְאַפֵּי' לָא מָייֵת כֵּיוָן שֶׁלֹּא יִחְיֶה לְעוֹלָם מֵאֲחִיזַת דָּם אִם לֹא שֶׁיַּקִּיזוּ לוֹ בִּמְקוֹם שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ מוּם חֲשִׁיב כְּבַעַל מוּם. ר"מ אָסַר לְהַטִּיל מוּם בְּבַעַל מוּם וְרַבָּנָן שָׁרוּ אֶלָּא דְּאָסְרוּ לִשְׁחֹוט עַל אוֹתוֹ מוּם גְּזֵרָה אַטּוּ הֵיכָא דְּלָא מָיֵית בְּלֹא עֲשִׂייַּת מוּם דַּחֲשִׁיב כֶּתֶם. אִי נָמֵי אַטּוּ הֵיכָא שֶׁיָּכוֹל לְהִתְרַפְּאוּת בְּהַקָּזָה בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין בּוֹ מוּם לָא חֲשִׁיב בַּעַל מוּם. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן שָׁרִי דְּלָא גָּזַר. וּבְמַתְנִי' פְּלִיגִי הֵיכָא דְּלָא מָייֵת אִם לֹא יַקִּיזוּ לוֹ דָּם אוֹ כְּשֶׁיָּכוֹל לְהִתְרַפְּאוּת בְּהַקָּזָה בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין בּוֹ מוּם. הִלְכָּךְ לָא חֲשִׁיב בַּעַל מוּם. וחכ"א יַקִּיז וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָטִיל בּוֹ מוּם כְּלוֹמַר יִזָּהֵר בְּהַקָּזָתוֹ שֶׁלֹּא יוּכַל לָבֹא לִידֵי מוּם כְּגוֹן שֶׁלֹּא יַקִּיז לוֹ סָמוּךְ לְאָזְנָיו אוֹ לְנִיב שְׂפָתַיִם אוֹ לַחֹוטֶם. דְּסָבְרִי רַבָּנָן דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר ר"ש אוֹמֵר יַקִּיז אע"פ שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ מוּם כְּלוֹמַר שֶׁיָּכוֹל לָבֹא לִידֵי עֲשִׂיַּית מוּם. דר"ש לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר. וּבְתַרְוַייְהוּ הֲלָכָה כְּר"ש דְּקַייְמָא לָן דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת דְּאִיכָּא אִיסּוּר סְקִילָה. וּבְמֵטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם הֲלָכָה כְּרַבָּנָן וְכַר' שִׁמְעוֹן דְּשָׁרוּ אֲבָל הָא לָא יָדַעְנָא לָמָּה לֹא יִהְיֶה הֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִשְׁחַט עַל אוֹתוֹ הַמּוּם מִשּׁוּם גְּזֵירָה וְאַמַּאי לֹא פְּסַק הֲלָכָה כַּחֲכָמִים וְאֶפְשָׁר שֶׁלֹּא פָּסַק כר"ש אֶלָּא בְּמַאי דִּפְלִיג אַרַבִּי מֵאִיר בְּמֵטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם. אֲבָל בְּמַאי דְּשָׁרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן לְשׁוֹחֲטוֹ עַל אוֹתוֹ הַמּוּם הֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּאָסְרִי. וּמַה שֶׁלֹּא אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כַּחֲכָמִים. מִשּׁוּם דְּרָצָה שְׁמוּאֵל לִכְלֹול יַחַד רַבִּי שִׁמְעוֹן דְּמַתְנִיתִין וּדְבָרַייְתָא. ואע"ג דְּהִשְׁמִיעָנוּ כְּבָר שְׁמוּאֵל דַּהֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן בְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין. מ"מ כֵּיוָן שֶׁלֹּא הֻוצְרַךְ לְהַאֲרִיךְ בְּכָאן כְּלָלָם יַחַד. וְכֵן מִסְתַּבֵּר דאע"ג דַּאֲחִיזַת דָּם הֵיכָא דְּאֵין יָכוֹל לְהִתְרַפְּאוּת חָשׁוּב מוּם כִּדְפָרֵישְׁנָא מ"מ אֵין נִשְׁחָט עָלָיו מִשּׁוּם דְּהָוֵי מוּם עוֹבֵר וְיֵשׁ לוֹ רְפוּאָה. ואע"ג דְּהָוֵי מוּם עוֹבֵר מֻותָּר לְהַטִּיל בּוֹ מוּם. דִּקְרָא קָאָמַר תָּמִים יִהְיֶה לְרָצוֹן כְּשֶׁהוּא תָּמִים לְהַקְרִיבוֹ לַמִּזְבֵּחַ לְרַצּוֹת אָז כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ. ואע"ג דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא שָׁרִי לְהַטִּיל מוּם בְּבַעַל מוּם עוֹבֵר מִדְּרַבָּנָן מִיהָא אָסוּר. וּבַאֲחִיזַת דָּם דַּוְקָא הוּא דְּשָׁרוּ רַבָּנָן מִשּׁוּם פְּסֵידָא. דְּאִי לָאו הָכִי הָא דְּאָמַר רַב י"ח חֹדֶשׁ גָּדַלְתִּי אֵצֶל רוֹעֵי בְּהֵמָה לֵידַע אֵיזֶה מוּם קָבוּעַ וְאֵיזֶה מוּם עוֹבֵר לָמָּה לִי כֻּולֵּי הַאי כָּל כַּמָּה דְּמִסְתַּפֵּק לֵיהּ אִי מוּם עוֹבֵר הוּא אִי מוּם קָבוּעַ הוּא מָצֵי לְמִישְׁדֵּי בֵּיהּ מוּמָא דְּמִינְּכַר וְיִשְׁחֹוט עָלָיו וְתוּ מִדְּקָאָמְרִי רַבָּנָן וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִשְׁחֹוט עַל אוֹתוֹ מוּם ש"מ שֶׁלֹּא הִתִּירוּ לְהַטִּיל בּוֹ מוּם אֶלָּא בְּהַקָּזָה כְּשֶׁאֹחֲזוֹ דָּם כְּדֵי שֶׁלֹּא יָמוּת וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִשְׁחֹוט עַל אוֹתוֹ מוּם. וְאִם הָיָה מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה אֲפִילּוּ בְּלֹא אֲחִיזַת דָּם לְהַטִּיל מוּם בְּבַעַל מוּם לָמָּה הָיוּ אוֹסְרִים לְשׁוֹחֲטוֹ עַל מוּם שֶׁיַּטִּיל בּוֹ. אֶלָּא וַדַּאי לֹא הִתִּירוּ לְהַקִּיז דָּם בִּמְקוֹם שֶׁעוֹשֶׂה בּוֹ מוּם כְּשֶׁאֹחֲזוֹ דָּם אֶלָּא מִשּׁוּם פְּסֵידָא. וְטַעֲמָא דְּר' שִׁמְעוֹן דְּקָאָמַר אַף נִשְׁחָט עַל אוֹתוֹ מוּם מִשּׁוּם דְּמוּם זֶה בְּהֶיתֵּר נַעֲשָׂה בּוֹ מִשּׁוּם פְּסֵידָא. וְנִיחָא הַשְׁתָּא הָא דְּאָסַר רָבָא בְּפֶ' לִפְנֵי אֵידֵיהֶן (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף יג:) לְהַקְדִּישׁ בְּהֵמָה בַּזְּמַן הַזֶּה לְנַשֵּׁר פַּרְסוֹתֶיהָ מִשּׁוּם דְּמֵטִיל מוּם בְּקָדָשִׁים הָא מוּכָח הָתָם דְּאַפֵּי' מַאן דְּאָסַר לְהַטִּיל מוּם בְּבַעַל מוּם בַּזְּמַן הַזֶּה גְּרִיע טְפֵי דְּלָאו לְגוּפֵיהּ חֲזִי וְלָא לִדְמֵי חֲזִי. אֶלָּא וַדַּאי אע"ג דְּשָׁרֵי מִדְּאוֹרַייְתָּא מִדְּרַבָּנַן אֲסִיר. וְדַוְקָא כְּשֶׁאֹחֲזוֹ דָּם הִתִּירוּ וּמִשּׁוּם פְּסֵידָא:
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : un bekhor congestionné de sang — on le saigne à un endroit où l'on ne crée pas de moum, et on ne le saigne pas à un endroit où l'on crée un moum, paroles de R. Meir. Et les Sages disent : même à un endroit où l'on crée un moum, pourvu qu'on n'abatte pas sur ce moum-là. R. Chimon dit : on l'abat même sur ce moum. R. Yehouda dit : même s'il [risque de] mourir, on ne le saigne pas. Sur quoi divergent-ils ? [I] Sur le fait de créer un moum sur un [animal] déjà porteur de moum (matil moum be-baal moum). R. Meir tient : 'aucun moum ne sera en lui (kol moum lo yihye bo)' ; et les Sages tiennent : 'il sera parfait pour être agréé (tamim yihye le-ratzon)'. [II] Mais les Sages aussi, n'est-il pas écrit 'kol moum' ? Celui-là [sert] pour la gerama (cause indirecte), comme il est enseigné : 'aucun moum ne sera en lui' — je n'ai [d'abord] que [l'interdiction] de ne pas y mettre de moum [directement] ; d'où [sait-on] qu'on ne provoquera pas non plus un moum par un autre moyen (qu'on n'apportera pas de pâte ou de figue sèche à poser sur l'oreille pour qu'un chien vienne l'emporter) ? L'Écriture dit 'kol moum lo yihye bo' : elle a dit 'moum' et elle a dit 'kol moum'. [III] Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme R. Chimon. Rav Nahman bar Yitzhak objecte : quel R. Chimon ? Si c'est le R. Chimon de la michna, jusqu'ici Chmouel ne nous a-t-il pas [déjà] enseigné qu'un acte non intentionnel (davar she-eino mitkaven) est permis — car Rav a dit 'la halakha est comme R. Yehouda' et Chmouel a dit 'la halakha est comme R. Chimon' ? Plutôt, la halakha est comme le R. Chimon de la baraita. [IV] Et ils divergent sur deux [points], dans la michna et dans la baraita. Dans la baraita ils divergent sur le fait de créer un moum sur un porteur de moum, comme dans le cas où l'animal est congestionné de sang à l'excès et mourra certainement si on ne le saigne pas : il est donc tenu pour porteur de moum ; et même s'il ne meurt pas [immédiatement], puisqu'il ne survivra jamais à la congestion sans saignée à un endroit créant un moum, il est tenu pour porteur de moum. R. Meir interdit de créer un moum sur un porteur de moum, et les Sages le permettent, mais ils interdisent d'abattre sur ce moum-là — gezera à cause du cas où [l'animal] ne mourrait pas sans création de moum (où il est tenu pour tam, sans défaut), ou bien à cause du cas où il pourrait guérir par une saignée en un lieu sans moum (où il n'est pas tenu pour porteur de moum). R. Chimon permet [d'abattre] car il ne fait pas de gezera. [V] Et dans la michna ils divergent [sur le cas] où [l'animal] ne mourrait pas si on ne le saignait pas, ou lorsqu'il peut guérir par une saignée en un lieu sans moum : il n'est donc pas tenu pour porteur de moum. Et les Sages disent : qu'il saigne pourvu qu'il ne crée pas de moum — c'est-à-dire qu'il prenne garde, en saignant, de ne pas en venir à un moum, par exemple qu'il ne saigne pas près des oreilles, du bord des lèvres ou du museau ; car les Sages tiennent qu'un acte non intentionnel est interdit. R. Chimon dit : qu'il saigne même là où l'on crée un moum — c'est-à-dire où l'on pourrait en venir à créer un moum ; car R. Chimon suit sa ligne, qui dit qu'un acte non intentionnel est permis. [VI] Et dans les deux [cas], la halakha est comme R. Chimon, car nous tenons qu'un acte non intentionnel est permis, même le Chabbat où il y a un interdit passible de lapidation (sekila). Et pour [le cas de] créer un moum sur un porteur de moum, la halakha est comme les Sages et comme R. Chimon qui permettent. Mais ceci, je ne le sais pas : pourquoi la halakha ne serait-elle pas comme les Sages qui disent 'pourvu qu'on n'abatte pas sur ce moum-là' en raison de la gezera ? Et pourquoi n'a-t-on pas tranché la halakha comme les Sages ? Il se peut qu'[on] n'ait tranché comme R. Chimon que sur ce en quoi il diverge de R. Meir — créer un moum sur un porteur de moum ; mais sur ce que R. Chimon permet, d'abattre sur ce moum-là, la halakha est comme les Sages qui l'interdisent. [VII] Et si Chmouel n'a pas dit 'la halakha est comme les Sages', c'est parce qu'il voulait englober ensemble le R. Chimon de la michna et celui de la baraita ; et bien qu'il nous ait déjà enseigné que la halakha est comme R. Chimon pour l'acte non intentionnel, puisqu'il n'avait pas besoin de s'étendre ici, il les a englobés ensemble. [VIII] Et il est logique que, bien que la congestion de sang — lorsqu'[il] ne peut guérir — soit tenue pour un moum comme nous l'avons expliqué, néanmoins on n'abatte pas sur celui-ci, car c'est un moum passager (moum over) qui a un remède. Et bien que ce soit un moum passager, il est permis d'y créer [un autre] moum ; car le verset dit 'tamim yihye le-ratzon' : quand il est parfait pour l'offrir agréé sur l'autel, alors 'kol moum lo yihye bo'. [IX] Et bien que d'après la Torah il soit permis de créer un moum sur un porteur de moum passager, d'après les Sages c'est néanmoins interdit ; et ce n'est que dans la congestion de sang que les Sages l'ont permis, à cause de la perte (pessida). Car sinon, ce que Rav a dit — 'dix-huit mois j'ai grandi auprès d'un berger pour savoir quel [défaut est] moum permanent et quel [défaut est] moum passager' — pourquoi tout cela ? Tant qu'il doute si c'est un moum passager ou permanent, il pourrait [de toute façon] y jeter un moum manifeste et abattre dessus ! Et de plus, du fait que les Sages disent 'pourvu qu'on n'abatte pas sur ce moum', on en déduit qu'ils n'ont permis d'y créer un moum que par la saignée, lorsqu'il est congestionné, afin qu'il ne meure pas, et à condition de ne pas abattre sur ce moum. Or, s'il était permis d'emblée, même sans congestion, de créer un moum sur un porteur de moum, pourquoi interdiraient-ils d'abattre sur le moum qu'il y aurait créé ? Plutôt, certainement, ils n'ont permis de saigner à un endroit créant un moum, lors de la congestion, qu'à cause de la perte. Et la raison de R. Chimon, qui dit 'on l'abat même sur ce moum', c'est que ce moum a été créé de façon permise, à cause de la perte. [X] Et se comprend maintenant ce que Rava a interdit au chapitre 'Lifnei edeihen' (Avoda Zara 13b) : consacrer une bête de nos jours pour lui arracher les sabots, parce qu'on crée un moum sur les consacrés. Or il est prouvé là-bas que même celui qui interdit de créer un moum sur un porteur de moum de nos jours [tient qu'un tel animal] vaut moins encore, car il n'est propre ni à lui-même ni [à être vendu] pour sa valeur. Plutôt, certainement, bien que ce soit permis d'après la Torah, d'après les Sages c'est interdit ; et ce n'est que lors de la congestion de sang qu'ils l'ont permis, à cause de la perte.
💡 Explication

La baraita précise la position de R. Meir : on saigne le bekhor seulement à un endroit qui ne crée pas de moum permanent ; interdit là où cela crée un moum, car il est défendu de créer intentionnellement un moum sur un bekhor.

7
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף בִּמְקוֹם שֶׁעוֹשֶׂה בּוֹ מוּם, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִשְׁחַט עַל אוֹתוֹ הַמּוּם. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אַף נִשְׁחָט עַל אוֹתוֹ הַמּוּם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֲפִילּוּ מֵת — אֵין מַקִּיזִין לוֹ אֶת הַדָּם.

Et les Sages disent : même à un endroit où l'on crée un moum, pourvu qu'on n'abatte pas sur ce moum-là. R.

Chimon dit : on l'abat même sur ce moum. R.

Yehouda dit : même s'il [risque de] mourir, on ne le saigne pas.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וחכ"א יַקִּיז אַף בְּמָקוֹם שֶׁעוֹשֶׂה מוּם אִם צָרִיךְ לְהַקִּיז מֵאוֹתוֹ אֵבָר וְלֹא יַנִּיחֶנּוּ שֶׁיָּמוּת:
GUEMARA. Et les Sages disent : qu'il saigne même là où l'on crée un moum — s'il faut saigner à partir de ce membre-là, et [qu'il] ne le laisse pas mourir.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי בְּכוֹר שֶׁאֲחָזוֹ דָּם אַפֵּי' מֵת אֵין מַקִּיזִין לוֹ אֶת הַדָּם דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וַחֲכָמִים אוֹמְרִים יַקִּיז וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה בּוֹ מוּם. וְאִם עָשָׂה בּוֹ מוּם הֲרֵי זֶה לֹא יִשְׁחֹוט עָלָיו. ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר יַקִּיז אע"פ שֶׁעוֹשֶׂה בּוֹ מוּם:
MICHNA. Un bekhor congestionné de sang : même s'il [risque de] mourir, on ne le saigne pas, paroles de R. Yehouda. Et les Sages disent : qu'il saigne, pourvu qu'il ne crée pas de moum ; et s'il a créé un moum, qu'il ne l'abatte pas sur celui-ci. R. Chimon dit : qu'il saigne, même s'il crée un moum.
💡 Explication

Suite de la baraita, alignant les quatre avis : les Sages permettent la saignée même là où naît un moum, mais interdisent d'abattre sur ce moum ; R. Chimon autorise même l'abattage ; R. Yehouda l'interdit totalement, même si l'animal doit mourir.

8
מַתְנֵי לֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר לִבְרֵיהּ, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי חִיָּיא לִבְרֵיהּ: כְּמַחֲלֹוקֶת כָּאן, כָּךְ מַחְלֹוקֶת בְּחָבִית שֶׁל תְּרוּמָה, דִּתְנַן: חָבִית שֶׁל תְּרוּמָה שֶׁנּוֹלַד בָּהּ סְפֵק טֻומְאָה — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם הָיְתָה בִּמְקוֹם הַתֻּורְפָּה — יַנִּיחֶנָּה בְּמָקוֹם הַמֻּוצְנָע, אִם הָיְתָה מְגֻולֶּה — יְכַסֶּנָּה.

R. Elazar enseignait à son fils — et certains disent que c'est R.

Hiyya [qui l'enseignait] à son fils : de même que le désaccord ici [sur la saignée], tel est le désaccord à propos d'une jarre de teroumah. Car nous avons appris (Teroumot 8:8) : une jarre de teroumah au sujet de laquelle est née une incertitude d'impureté (safek toumah) — R.

Eliezer dit : si elle était à un endroit exposé (torpa), qu'il la place en un lieu abrité ; si elle était découverte, qu'il la couvre.

📜 Rachi (1)
תֻּורְפָּה בִּמְקוֹם גִּילּוּי וְאֵינוֹ מְשֻׁומָּר:
Torpa — un lieu découvert et non protégé.
💡 Explication

R. Elazar (ou R. Hiyya) enseigne un parallèle : le débat sur la saignée correspond au débat sur une jarre de teroumah devenue douteusement impure (Teroumot 8:8). R. Eliezer : il faut la protéger de l'impureté — si elle est exposée (torpa), la ranger à l'abri ; si découverte, la couvrir.

9
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: אִם הָיְתָה מֻונַּחַת בְּמָקוֹם הַמֻּוצְנָע — יַנִּיחֶנָּה בִּמְקוֹם הַתֻּורְפָּה, אִם הָיְתָה מְכֻוסָּה — יְגַלֶּנָּה. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לֹא יְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר.

R. Yehochoua dit : si elle était placée en un lieu abrité, qu'il la place à un endroit exposé (torpa) ; si elle était couverte, qu'il la découvre.

Rabban Gamliel dit : qu'il n'innove rien à son sujet (lo yehadech ba davar).

📜 Rachi (1)
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר כו' מֵעַכְשָׁיו אֵינָהּ רְאוּיָה לַאֲכִילָה שֶׁמָּא טְמֵאָה הִיא וְלֹא לְזִילּוּף שֶׁמָּא טְהוֹרָה וְאָסוּר לְאַבְּדָהּ הִלְכָּךְ יְגַלֶּנָּה וְתִיטָּמֵא וּתְהֵא רְאוּיָה לְזִילּוּף:
R. Yehochoua dit, etc. — désormais elle n'est plus propre à la consommation (car peut-être impure), ni au zilouf (aspersion, car peut-être pure), et il est interdit de la gaspiller ; donc qu'il la découvre, qu'elle devienne impure, et qu'elle soit alors propre au zilouf.
💡 Explication

R. Yehochoua : au contraire, on peut l'exposer à l'impureté (la ranger à l'air, la découvrir), car il n'est plus nécessaire de la protéger — désormais impropre à la consommation (peut-être impure), elle sert du moins au zilouf (aspersion). Rabban Gamliel : ne rien changer, la laisser telle quelle.

10
רַבִּי מֵאִיר כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וְרַבָּנָן כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, וְרַבִּי יְהוּדָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל.

R. Meir [correspond] à R.

Eliezer, les Sages à R. Yehochoua, et R.

Yehouda à Rabban Gamliel.

📜 Rachi (2)
ר"מ דְּאוֹסֵר לְקַלְקְלוֹ וּמַתִּיר לְתַקְּנוֹ אִם יָכוֹל לַעֲשׂוֹתוֹ בְּלֹא מוּם קָאָמַר דְּיַקִּיז שֶׁלֹּא יָמוּת כר"א דְּאָסוּר לִגְרוֹם לָהּ טֻומְאָה אֶלָּא מַצְנִיעָהּ שֶׁלֹּא תִּיטָּמֵא:
R. Meir — qui interdit de la gâter (le-kalkelo) mais permet de la réparer (le-takno) si l'on peut le faire sans moum, dit qu'il saigne pour qu'il ne meure pas — comme R. Eliezer, qui interdit de provoquer son impureté mais [ordonne qu']il l'abrite pour qu'elle ne devienne pas impure.
וְרַבָּנָן דְּשָׁרוּ לְהַטִּיל מוּם קֹודֶם שֶׁיָּמוּת כְּדֵי שֶׁיֵּרָאֶה לַאֲכִילָה כְּר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר יִגְרֹום לָהּ טֻומְאָה כְּדֵי שֶׁיֵּרָאֶה לְזִילּוּף וְר' יְהוּדָה דְּאָמַר אע"ג דְּמִית וְאָזֵיל לְאִיבּוּד לֹא יְקַלְקְלֶנּוּ וְלֹא יְתַקְּנֶנּוּ כר"ג דְּאָמַר לֹא יְתַקְּנֶנָּה וְלֹא יְקַלְקְלֶנָּה:
Et les Sages — qui permettent de créer un moum avant qu'il ne meure pour qu'il soit propre à la consommation — comme R. Yehochoua qui dit qu'on lui provoque l'impureté pour qu'elle soit propre au zilouf ; et R. Yehouda, qui dit que même s'il meurt et se perd on ne le gâte pas et on ne le répare pas — comme Rabban Gamliel qui dit qu'on ne la répare ni ne la gâte.
💡 Explication

Correspondance des positions : R. Meir (saigner sans créer de moum) = R. Eliezer (protéger la jarre de l'impureté) ; les Sages (saigner même avec moum) = R. Yehochoua (l'exposer à l'impureté pour qu'elle serve) ; R. Yehouda (ne rien faire, même si l'animal meurt) = Rabban Gamliel (ne rien changer à la jarre).

11
מִמַּאי? דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי מֵאִיר הָתָם, דְּקָא עֲבִיד בְּיָדַיִם, אֲבָל הָכָא דִּגְרָמָא — כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סְבִירָא לֵיהּ!

D'où [le sait-on] ? Peut-être R.

Meir n'a-t-il dit son [avis] là-bas [interdire] que parce qu'il agit directement (be-yadaim) ; mais ici, où c'est une cause indirecte (gerama) — il tient comme R. Yehochoua !

📜 Rachi (3)
דְּקָעֲבִיד בְּיָדַיִם שֶׁמַּטִּיל בּוֹ מוּם הִלְכָּךְ יָמוּת מֵעַצְמוֹ וְלֹא יָטִיל בּוֹ מוּם:
Parce qu'il agit directement — car il crée en lui un moum ; c'est pourquoi [R. Meir dit] qu'il mourra de lui-même et qu'on ne lui crее pas de moum.
דִּגְרָמָא בְּעָלְמָא שֶׁמַּנִּיחָהּ בִּמְקוֹם הַתֻּורְפָּה וְגוֹרֵם לָהּ טֻומְאָה:
Une cause indirecte (gerama) — simplement, du fait qu'on la place à un endroit exposé et qu'on lui provoque l'impureté.
כְּר' יְהוֹשֻׁעַ ס"ל דְּמַתִּיר שֶׁיִּגְרֹום לָהּ טֻומְאָה וּתְהֵא רְאוּיָה לְזַלֵּף מִשֶּׁיַּנִּיחֶנָּה וְלֹא תְּהֵא רְאוּיָה לִכְלוּם:
Il tient comme R. Yehochoua — qui permet qu'on lui provoque l'impureté pour qu'elle soit propre au zilouf plutôt que de la placer [ailleurs] et qu'elle ne soit propre à rien.
💡 Explication

La Guemara rejette le parallèle. Peut-être R. Meir n'interdit-il la saignée que parce qu'on crée le moum directement (be-yadaim) ; mais dans le cas de la jarre, l'impureté résulte d'une cause indirecte (gerama, on la laisse simplement exposée), et là il pourrait suivre R. Yehochoua et permettre l'exposition.

12
וְעַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָתָם, אֶלָּא שֶׁמָּא יָבֹא אֵלִיָּהוּ וִיטַהֲרֶנָּה, אֲבָל הָכָא, דְּאִי שָׁבֵיק לֵיהּ מָייֵת — כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ!

Et peut-être R. Eliezer n'a-t-il dit son [avis] là-bas [protéger la jarre] que parce que peut-être Eliyahou viendra et la déclarera pure ; mais ici [le bekhor], où si on le laisse il meurt — il tient comme les Sages !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא שֶׁמָּא יָבֹא אֵלִיָּהוּ וְיֹאמַר שֶׁלֹּא נָגְעָה בָּהּ טֻומְאָה:
Que parce que peut-être Eliyahou viendra — et dira qu'aucune impureté ne l'a touchée.
💡 Explication

Autre objection au parallèle : R. Eliezer n'exige de protéger la jarre que parce qu'elle garde de la valeur si Eliyahou vient la déclarer pure ; mais pour le bekhor, qui meurt certainement sans intervention, il pourrait suivre les Sages et permettre la saignée.

13
וְעַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן הָכָא, דְּאִי שָׁבֵיק לֵיהּ מָייֵת, אֲבָל הָתָם — שֶׁמָּא יָבֹא אֵלִיָּהוּ וִיטַהֲרֶנָּה, כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לְהוּ! וְעַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הָכָא, דְּקָא עֲבִיד בְּיָדַיִם, אֲבָל הָתָם דִּגְרָמָא — כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סְבִירָא לֵיהּ!

Et peut-être les Sages n'ont-ils dit leur [avis] ici [permettre] que parce que, si on le laisse, il meurt ; mais là-bas [la jarre] — peut-être Eliyahou viendra et la déclarera pure — ils tiennent comme R. Eliezer !

Et peut-être R. Yehouda n'a-t-il dit son [avis] ici que parce qu'il agit directement (be-yadaim) ; mais là-bas, où c'est une cause indirecte (gerama) — il tient comme R.

Yehochoua !

💡 Explication

Symétriquement : les Sages ne permettent la saignée que parce que le bekhor meurt sans elle ; pour la jarre (qu'Eliyahou pourrait purifier), ils suivraient R. Eliezer. Et R. Yehouda n'interdit ici que parce qu'on agit directement ; pour la jarre (impureté par gerama), il suivrait R. Yehochoua.

14
וְעַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָתָם, דְּשֶׁמָּא יָבֹא אֵלִיָּהוּ וִיטַהֲרֶנָּה, אֲבָל הָכָא, דְּאִי שָׁבֵיק לֵיהּ מָייֵת, כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ!

Et peut-être Rabban Gamliel n'a-t-il dit son [avis] là-bas [ne rien changer] que parce que peut-être Eliyahou viendra et la déclarera pure ; mais ici [le bekhor], où si on le laisse il meurt — il tient comme les Sages !

💡 Explication

Dernière objection : Rabban Gamliel ne dit de ne toucher à rien que pour la jarre, qu'Eliyahou pourrait purifier ; mais pour le bekhor, qui meurt sans saignée, il pourrait suivre les Sages et permettre. Le parallèle est donc rejeté de tous côtés.

15
וְעוֹד, הָכָא בִּקְרָאֵי פְּלִיגִי וְהָכָא בִּקְרָאֵי פְּלִיגִי, דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַכֹּל מוֹדִים בִּמְחַמֵּץ אַחַר מְחַמֵּץ שֶׁהוּא חַיָּיב, דִּכְתִיב ״לֹא תֹּאפֶה חָמֵץ״ ו״לא תַּעֲשֶׂה״.

Et de plus : ici ils divergent sur des versets, et là ils divergent sur [d'autres] versets. Car R.

Hiyya bar Abba a dit au nom de R. Yo'hanan : tous s'accordent (ha-kol modim) sur le fait que celui qui fait lever après [un autre qui a déjà] fait lever (mehametz ahar mehametz) est passible, car il est écrit 'elle ne sera pas cuite avec du levain (lo teafeh hametz)' et 'tu ne feras pas [avec du levain] (ve-lo taasseh)'.

📜 Rachi (1)
הַכֹּל מוֹדִים רַבָּנָן נָמֵי אע"ג דִּפְלִיגִי בִּבְכוֹר שֶׁאֲחָזוֹ דָּם דְּלָא הָוֵי הַמַּקִּיז דָּם מֵטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם דְּאֵין לְךָ בַּעַל מוּם גָּדוֹל הֵימֶנּוּ שֶׁהֲרֵי יָמוּת כּוּלְּהוּ מוֹדוּ בִּמְנָחוֹת שֶׁהַמְחַמֵּץ אַחַר מְחַמֵּץ כְּגוֹן אִם לָשׁ הָאֶחָד בְּחִימּוּץ וַאֲפָאָהּ אַחֵר שְׁנֵיהֶם חַיָּיבִין דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ו׳:י׳) לֹא תֵאָפֶה חָמֵץ וְלֹא תֵעָשֶׂה חָמֵץ (שָׁם ב) וְדָרְשִׁינַן בִּמְנָחוֹת (דַּף נה:) אֲפִיָּיה בִּכְלַל בַּל תַּעֲשֶׂה חָמֵץ לָמָּה יָצָאת מָה אֲפִיָּיה מְיֻוחֶדֶת שֶׁהִיא מַעֲשֶׂה יְחִידִי וְחַייָּבִין עָלֶיהָ בִּפְנֵי עַצְמָהּ אַף כֹּל מַעֲשֶׂה יְחִידִי:
Tous s'accordent — les Sages aussi : bien qu'ils divergent sur le bekhor congestionné de sang — car celui qui saigne n'est pas [alors] considéré comme créant un moum sur un porteur de moum, puisqu'il n'y a pas de plus grand porteur de moum que celui-ci (car il va mourir) — tous s'accordent, à propos des offrandes de farine (menahot), que celui qui fait lever après [un autre qui a] fait lever, par exemple si l'un l'a pétrie avec levain et qu'un autre l'a cuite [après levain], les deux sont passibles, car il est écrit (Lev 6:10) 'elle ne sera pas cuite avec du levain' et (Lev 2:11) 'tu ne feras pas [avec] du levain' ; et nous exégétons dans Menahot (55b) : la cuisson est comprise dans l'interdiction générale de 'tu ne feras pas de levain' — pourquoi en est-elle ressortie [explicitement] ? De même que la cuisson est un acte isolé dont on est passible à part entière, de même tout acte isolé [rend passible à part entière].
💡 Explication

Autre raison de ne pas assimiler les deux débats : ici et là, les Tanaim divergent sur l'exégèse de versets différents. R. Yo'hanan pose d'abord les points d'accord : celui qui fait lever une offrande de farine (minha) après qu'un autre l'a déjà fait lever (mehametz ahar mehametz) est passible, car deux versets (Lev 6:10 et 2:11) interdisent tout acte de levain.

16
בִּמְסָרֵס אַחֵר מְסָרֵס שֶׁהוּא חַיָּיב, דִּכְתִיב: ״וּמָעוּךְ וְכָתוּת וְנָתוּק וְכָרוּת״, אִם עַל כּוֹרֵת חַייָּב, עַל נוֹתֵק לֹא כָּל שֶׁכֵּן? אֶלָּא לְהָבִיא נוֹתֵק אַחַר כּוֹרֵת, שֶׁהוּא חַיָּיב.

[De même] celui qui castre après [un autre qui a déjà] castré (messares ahar messares) est passible, car il est écrit : 'les testicules meurtris, écrasés, arrachés ou coupés (ou-maoukh ve-khatout ve-natouk ve-kharout)' (Lev 22:24). Si pour 'coupé' (koret) [on est] passible, pour 'arraché' (notek) — n'est-ce pas à plus forte raison ?!

Plutôt, [le verset vient] inclure celui qui arrache après [un autre qui a] coupé (natouk ahar koret), [pour enseigner] qu'il est passible.

📜 Rachi (3)
מְסָרֵס אַחַר מְסָרֵס בְּבֶהֱמַת חֻולִּין נָמֵי אִם כָּרַת הָאֶחָד הַבֵּיצִים וַעֲדַיִין הֵם בַּכִּיס וּבָא חֲבֵירוֹ וְנִתְקַן מִן הַכִּיס וְהִשְׁלִיכָן שְׁנֵיהֶם חַיָּיבִין:
Castrer après castrer — sur une bête profane aussi : si l'un a coupé les testicules alors qu'ils sont encore dans la bourse, et qu'un autre est venu les arracher de la bourse et les a jetés, les deux sont passibles.
אִם עַל כּוֹרֵת חַיָּיב דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וּבְאַרְצְכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ:
Si pour 'coupé' [on est] passible — car il est écrit ensuite 'et dans votre pays vous ne ferez pas [cela]'.
עַל נוֹתֵק שֶׁנּוֹתְקוֹ וּמַשְׁלִיכוֹ לֹא כָל שֶׁכֵּן:
Pour 'arraché' — celui qui l'arrache et le jette, n'est-ce pas à plus forte raison ?
🗂️ Tossefot (1)
לְהָבִיא נוֹתֵק אַחַר כּוֹרֵת פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דְּאִם כָּרַת הָאֶחָד אֶת הַבֵּיצִים וַעֲדַיִין הֵם בַּכִּיס וּבָא חֲבֵירוֹ וְנִתְקַן מִן הַכִּיס וְהִשְׁלִיכָן שְׁנֵיהֶם חַייָּבִים וְקַשְׁיָא לְרַבִּי דִּלְקַמָּן בְּפֶרֶק עַל אֵלּוּ מוּמִין (בְּכוֹרוֹת דַּף לט:) מַשְׁמַע דְּנָתוּק וְכָרוּת אִיתַנְהוּ לְבֵיצִים בְּסוֹף גְּמָרָא דְּחוּטִין הַחִיצוֹנִיּוֹת שֶׁנִּפְגְּמוּ דְּקָאָמַר נָתוּק וְכָרוּת לָא הָוֵי מוּמִין דְּהָא אִיתַנְהוּ וּבְהַהִיא שְׁמַעְתָּא פֵּי' רַשִׁ"י נָתוּק בַּיָּד לְגַמְרֵי אֶלָּא שֶׁעֲדַיִין תְּלוּיָן בַּכִּיס כָּרוּת בְּסַכִּין וַעֲדַיִין תְּלוּיָן בַּכִּיס וּמְעֹורִין קְצָת דְּכָרוּת הָוֵי בְּצִיר מִנָּתוּק כִּדְאָמַר בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל לְהָבִיא נוֹתֵק אַחַר כּוֹרֵת עכ"ל:
[Le verset vient] inclure celui qui arrache après [un autre qui a] coupé — Rachi explique que si l'un a coupé les testicules alors qu'ils sont encore dans la bourse, et qu'un autre est venu les arracher de la bourse et les a jetés, les deux sont passibles. Et [cela] fait difficulté au regard de ce que Rabbi [dit] plus loin, au chapitre 'Al elou moumin' (Bekhorot 39b), où il ressort que 'arraché' et 'coupé' [signifient que] les testicules subsistent [encore] — à la fin de la guemara sur 'les filaments extérieurs qui ont été abîmés', où il dit que 'arraché' et 'coupé' ne constituent pas des moumin, puisqu'ils subsistent. Et dans cette sougya Rachi a expliqué : 'arraché' à la main entièrement, mais [les testicules] pendent encore dans la bourse ; 'coupé' au couteau, et ils pendent encore dans la bourse et [y] adhèrent quelque peu — car 'coupé' est moindre qu''arraché', comme il est dit dans notre chapitre précédent 'pour inclure celui qui arrache après celui qui coupe'. Fin de citation.
💡 Explication

Second point d'accord : celui qui castre après qu'un autre a déjà castré (messares ahar messares) est aussi passible. Le verset (Lev 22:24) énumère quatre degrés. Puisque 'coupé' (korет) rend déjà passible, 'arraché' (notek, plus radical) l'est à plus forte raison ; le mot 'natouk' vient donc inclure celui qui arrache après qu'un autre a coupé — passible d'une seconde castration.

17
לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּמֵטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם, דְּרַבִּי מֵאִיר סָבַר: ״כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ״, וְרַבָּנָן סָבְרִי: ״תָּמִים יִהְיֶה לְרָצוֹן״.

Ils ne divergent que sur le fait de créer un moum sur un [animal] déjà porteur de moum (matil moum be-baal moum) [comme le bekhor congestionné]. Car R.

Meir estime : 'aucun moum ne sera en lui (kol moum lo yihye bo)' ; et les Sages estiment : 'il sera parfait pour être agréé (tamim yihye le-ratzon)'.

📜 Rachi (3)
בְּבַעַל מוּם כְּגוֹן הַאי בְּכוֹר שֶׁאֲחָזוֹ דָּם:
Porteur de moum — par exemple ce bekhor congestionné de sang.
כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ וְקָרֵי בֵּיהּ לֹא יִהְיֶה בּוֹ שֶׁלֹּא יָטִיל מוּם וּמִדַּהֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב מוּם וּכְתִיב כָּל מוּם לְרַבּוֹת אֲפִילּוּ בַּעַל מוּם שֶׁלֹּא יָטִיל בּוֹ מוּם אַחֵר:
Aucun moum ne sera en lui — on le lit [aussi] 'qu'il ne mette pas de moum' ; et puisqu'il aurait pu écrire [seulement] 'moum' et qu'il écrit 'kol moum (tout moum)', c'est pour inclure même le porteur de moum, [enseignant] qu'on n'y créera pas un autre moum.
וְרַבָּנָן סָבְרִי דָּרְשִׁינַן כּוּלֵּיהּ קְרָא תָּמִים יִהְיֶה לְרָצוֹן כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ דְּמַשְׁמַע תָּמִים הָרָאוּי לְרָצוֹן אָמַרְתִּי לְךָ דְּכָל מוּם לֹא תָּטִיל בּוֹ אֲבָל בַּעַל מוּם לָא וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר כר"מ וּמִיהוּ גָּזַר מָקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין בּוֹ מוּם אַטּוּ מָקוֹם שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ מוּם:
Et les Sages estiment — on exégète tout le verset : 'tamim yihye le-ratzon, kol moum lo yihye bo' — ce qui signifie : c'est de l'[animal] parfait, propre à être agréé, que Je t'ai dit qu'aucun moum n'y sera créé ; mais un porteur de moum, non. Et R. Yehouda pense comme R. Meir ; toutefois il fait une gezera [interdisant] l'endroit où l'on ne crée pas de moum à cause de l'endroit où l'on crée un moum.
💡 Explication

Le vrai point de désaccord : créer un moum sur un animal déjà porteur de moum (matil moum be-baal moum) — tel le bekhor congestionné, considéré comme déjà 'défectueux' puisqu'il va mourir. R. Meir se fonde sur 'kol moum lo yihye bo' (Lev 22:21 : aucun moum, donc même un second moum est interdit). Les Sages lisent 'tamim yihye le-ratzon' : l'interdit ne vise qu'un animal parfait, propre à l'autel ; sur un porteur de moum, pas d'interdit.

18
וְרַבִּי מֵאִיר, הַאי ״תָּמִים יִהְיֶה לְרָצוֹן״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמַעוֹטֵי בַּעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ.

Et R. Meir, ce ['verset'] 'tamim yihye le-ratzon (il sera parfait pour être agréé)', qu'en fait-il ?

Il lui est nécessaire pour exclure un porteur de moum dès l'origine (baal moum me-ikaro).

📜 Rachi (1)
מֵעִיקָּרוֹ קֹודֶם שֶׁהִקְדִּישָׁהּ הָיָה בּוֹ מוּם:
Dès l'origine — [l'animal] avait un moum avant qu'on ne le consacre.
💡 Explication

Question à R. Meir : que fait-il alors du verset 'tamim yihye le-ratzon' ? Réponse : il l'emploie à exclure l'animal né avec un moum (baal moum me-ikaro) — sur lui, pas d'interdit de créer un moum ; mais un animal d'abord parfait qui a ensuite un moum, on ne peut y créer un second moum.

19
בַּעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ — פְּשִׁיטָא, דִּיקְלָא בְּעָלְמָא הוּא!

Un porteur de moum dès l'origine — c'est évident (pechita), ce n'est qu'un simple palmier (dikla be-alma) [= un objet profane sans sainteté] !

🗂️ Tossefot (1)
בַּעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ פְּשִׁיטָא דִּיקְלָא בְּעָלְמָא הוּא תֵּימַהּ לֵימָא דְּלִבְכוֹר אִיצְטְרִיךְ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ קְדֻושַּׁת הַגּוּף וְאֵין לוֹ פִּדְיוֹן וְי"ל דְּנִיחָא לְאַשְׁכּוֹחֵי דְּאִיצְטְרִיךְ לְכָל הַקֳּדָשִׁים דְּהָכִי נַמֵּי מָצֵי לְמֵימַר דְּאִיצְטְרִיךְ לִזְמַן הַזֶּה דְּלָא עָבַר מִשּׁוּם מֵטִיל מוּם אַפֵּי' בְּתָם וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דִּמְחַייֵּב לְמַטִּיל מוּם בְּבַעַל מוּם בַּזְּמַן הַזֶּה גָּרַע כִּדְקָאָמַר בפ"ק דע"ז (דַּף יג:) וְלָא לְדָמֶיהָ חֲזִי אֶלָּא מַשְׁכַּח שַׁפִּיר דְּאִיצְטְרִיךְ אַפֵּי' בִּזְמַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וּמִיהוּ אַף עַל גַּב דְּפָרֵישִׁית דְּבַזְּמַן הַזֶּה גָּרַע מִמֵּטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם אֵין לִתְמֹוהַּ מֵהָא דְּפָסְקִינַן לְקַמָּן הֲלָכָה כְּר"ש דְּבָרַייְתָא דְּשָׁרֵי לְהַטִּיל מוּם בְּבַעַל מוּם וְהָתָם בְּמַס' ע"ז (גז"ש) אָסַר רָבָא לְקָדָשִׁים בַּזְּמַן הַזֶּה לְנַשֵּׁר פַּרְסוֹתֶיהָ מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כְּמַטִּיל מוּם בְּקָדָשִׁים דאע"ג דְּמֵטִיל מוּם בְּבַעַל מוּם שָׁרִי מִדְּאוֹרַיְיתָּא מ"מ מִדְּרַבָּנָן מִיהָא אָסוּר וְלָא שָׁרֵינַן הָכָא אֶלָּא מִשּׁוּם הַקָּזָה:
Un porteur de moum dès l'origine — c'est évident, ce n'est qu'un simple palmier — question : qu'on dise [plutôt] qu'il [le verset] est nécessaire pour le bekhor, qui a une sainteté du corps (kedouchat ha-gouf) et n'a pas de rachat (pidyon) ! On peut répondre : il est plus commode de trouver [un cas] où il est nécessaire pour tous les [animaux] consacrés. Car de même on pourrait dire qu'il est nécessaire de nos jours — [pour enseigner] qu'on ne transgresse pas [l'interdit de] créer un moum, même sur un [animal] parfait (tam) ; et même pour celui qui rend passible celui qui crée un moum sur un porteur de moum de nos jours, [un tel animal] vaut moins, comme il est dit au premier chapitre d'Avoda Zara (13b) 'il n'est pas non plus propre pour sa valeur' — plutôt, on trouve bien qu'il est nécessaire même au temps du Temple. Toutefois, bien que j'aie expliqué que de nos jours [un animal] vaut moins qu'un porteur de moum ordinaire, il ne faut pas s'étonner de ce que nous tranchons plus loin 'la halakha est comme le R. Chimon de la baraita' qui permet de créer un moum sur un porteur de moum, alors que là-bas, dans le traité Avoda Zara (même référence), Rava a interdit, pour les consacrés de nos jours, de leur arracher les sabots, parce que cela ressemble à créer un moum sur les consacrés : car bien que créer un moum sur un porteur de moum soit permis d'après la Torah, d'après les Sages c'est néanmoins interdit, et nous ne permettons ici [de créer un moum] qu'à cause de la saignée (hakaza).
💡 Explication

Objection : pourquoi un verset pour exclure l'animal né avec un moum ? C'est évident — un tel animal n'atteint jamais le statut d'offrande, il est comme un simple palmier (dikla be-alma), objet profane ; nul besoin de verset pour dire qu'on peut y créer un moum.

20
אֶלָּא לְמַעוֹטֵי פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין לְאַחַר פִּדְיוֹנָן, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וַאֲסִירִי בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה — בְּמוּמִין נָמֵי לִיתַּסְרוּ, קָא מַשְׁמָע לַן.

Plutôt, [il vient] exclure les pesoulei ha-mukdachin (consacrés disqualifiés) après leur rachat (le-ahar pidyonan). Tu aurais pu penser : puisqu'ils sont interdits à la tonte (giza) et au travail (avoda), qu'ils soient aussi interdits quant aux moumin (défauts).

[Le verset] nous enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (1)
בְּמוּמוֹ נָמֵי לִיתַּסְרוּ לְהַטִּיל בּוֹ מוּם:
Qu'ils soient aussi interdits quant aux moumin — [c'est-à-dire interdits] à y créer un moum.
💡 Explication

Correction : le verset 'tamim yihye le-ratzon' vient exclure les pesoulei ha-mukdachin après leur rachat (redevenus profanes). On aurait pu croire que, puisqu'ils restent interdits à la tonte (giza) et au travail (avoda) même après rachat, ils resteraient aussi interdits quant à la création d'un moum. Le verset enseigne que non : on peut y créer un moum.

21
וְרַבָּנָן נָמֵי, הַכְּתִיב ״כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ״! לִגְרָמָא הוּא דְּאָתֵי, דְּתַנְיָא: ״מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ״ — אֵין לִי

Et les Sages aussi, n'est-il pas écrit 'aucun moum ne sera en lui (kol moum lo yihye bo)' ! [Réponse :] il vient pour la cause indirecte (le-gerama).

Car il est enseigné : 'aucun moum ne sera en lui (moum lo yihye bo)' — je n'ai [d'abord]...

💡 Explication

Question aux Sages : mais le verset 'kol moum lo yihye bo' (dont R. Meir tire l'interdit sur un porteur de moum) — qu'en font-ils ? Réponse : il enseigne l'interdit de créer un moum par cause indirecte (gerama). La baraita commence à le derver : de 'moum lo yihye bo' je n'ai d'abord [que l'interdit direct]... (la suite, sur la gerama, est sur 34a).

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).