Bekhorot 35b — qui peut témoigner sur le défaut d'un premier-né : kohanim suspects, gens de la maison, et la halakha finale

Bekhorot 35b

Sougya : La sougya cherche à déterminer qui est crédible pour témoigner qu'un bekhor (animal premier-né) a un mum (défaut) survenu naturellement, sachant que les kohanim sont soupçonnés d'avoir provoqué le défaut afin de pouvoir manger l'animal. La Guemara distingue le berger israélite du berger kohen, le renvoi d'ascenseur (gomlin) et la gorgée (legima), puis oppose R.

Yehochoua ben Kefousai (deux témoins du marché suffisent), Rabban Chimon ben Gamliel (même le fils et la fille du kohen), R. Meir et R.

Yossi (le suspect ne juge ni ne témoigne, même dix gens de la maison sont exclus). Rav Nahman établit que le propriétaire israélite lui-même témoigne, car seuls les kohanim sont suspects sur les défauts, non les israélites — preuve tirée du maaser (dîme animale) et des matnot (dons sacerdotaux).

La halakha tranche comme Rabban Chimon ben Gamliel (fils et fille, mais non l'épouse, car ichto ke-goufo). Enfin Rav Papa objecte à Abaye : si le kohen suspect ne peut juger, comment peut-il exercer la fonction judiciaire que la Torah lui confie (Dt 21:5) ?

Qui peut témoigner sur le mum (défaut) d'un bekhor (premier-né) ? Enjeu : les kohanim sont soupçonnés de provoquer un défaut pour pouvoir manger l'animal R. Yehochoua b. Kefousai Rabban Chimon b. Gamliel R. Meir / R. Yossi 2 [kohanim] du marché (du dehors) : valables ; seuls les gens de la maison sont exclus. Même son fils, même sa fille [témoignent] : le kohen n'est suspect que sur son propre bien. R. Meir : le suspect ne juge ni ne témoigne (même kohen du marché). R. Yossi : même 10 gens de la maison, non. Halakha : comme Rabban Chimon b. Gamliel — fils et fille témoignent mais NON l'épouse : ichto ke-goufo (l'épouse est comme lui-même) Israélites NON suspects sur les mumin (défauts) — le propriétaire israélite témoigne seuls les kohanim sont suspects (ils gagnent à manger l'animal défectueux)
Le spectre des opinions sur les témoins recevables et la halakha finale.
Les deux versions (lishnei) du Tana kama et l'apport de R. Meir Version 1 : "roei kohanim" = bergers dans une maison israélite, pour un kohen : NON crédibles. R. Meir = Tana kama ?! Nafka mina : R. Yehochoua b. Kefousai (2 du marché valables) — accepté par le T.k., rejeté par R. Meir. Version 2 : "roei israël" = bergers kohanim chez un israélite : crédibles (bien d'autrui). R. Meir apporte du nouveau : le suspect ne juge ni ne témoigne même pour autrui — plus sévère que le Tana kama. gomlin = renvoi d'ascenseur (je témoigne pour toi, tu témoignes pour moi) legima = "une gorgée" (le berger ment pour un morceau que le kohen lui donnera)
Les deux lectures du Tana kama et ce que R. Meir ajoute (segments 0-5).
1
מֵימָר אָמַר: לָא שָׁבֵיק צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן וְיָהֵיב לְדִידִי. ״רוֹעֵי כֹּהֲנִים״ וְהֵן יִשְׂרָאֵל — אֵינָן נֶאֱמָנִין, דְּחָיְישִׁינַן לִלְגִימָא.

Il [le berger israélite] se dit : cet [employeur] israélite ne laissera pas [de côté] un érudit (tsourva me-rabbanan) [kohen] pour me [le] donner à moi [le simple berger] ; ['roei kohanim' = les bergers des kohanim,] et [ces bergers] sont des israélites — ils ne sont pas crédibles, car nous craignons la 'gorgée' (legima).

📜 Rachi (2)
מֵימָר אָמַר לָא שָׁבֵיק הַאי יִשְׂרָאֵל כֹּהֵן צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן וְיָהֵיב לִי לְדִידִי דִּסְתָם רוֹעֶה עַם הָאָרֶץ הוּא:
'Il se dit : ne laissera pas' — cet israélite ne laissera pas [de côté] un kohen érudit pour me le donner à moi, car un berger ordinaire est un am ha-arets (ignorant [des lois]).
רוֹעֵי כֹּהֲנִים רוֹעֵי בְּהֵמוֹת שֶׁל כֹּהֲנִים אע"פ שֶׁהָרוֹעִים יִשְׂרָאֵל אֵין נֶאֱמָנִין לְהָעִיד עַל בְּכוֹרוֹ שֶׁל רַבּוֹ כֹּהֵן דְּחָיְישִׁי' לִלְגִימָא וכ"ש רוֹעֵי כֹּהֵן וּבְהֵמוֹת שֶׁל רַבָּן כֹּהֵן אֵין נֶאֱמָנִין דְּחָיְישִׁינַן לְגוֹמְלִין וְלִלְגִימָא:
'Roei kohanim' (les bergers des kohanim) — [ce sont] des gardiens des bêtes de kohanim ; bien que ces bergers soient des israélites, ils ne sont pas crédibles pour témoigner sur le bekhor de leur maître kohen, car nous craignons la legima (la 'gorgée' [intéressée]) ; et à plus forte raison [le] berger kohen [gardant] les bêtes de son maître kohen n'est pas crédible, car nous craignons le gomlin (renvoi d'ascenseur) et la legima.
🗂️ Tossefot (1)
מֵימָר אָמַר לָא שָׁבֵיק צֻורְבָּא מִדְּרַבָּנָן וְיָהֵיב לְדִידִי וְהָא דְּאָמַר לְעֵיל בְּסוֹף פֶּרֶק ב' (בְּכוֹרוֹת דַּף יח:) בַּחֲצַר בַּעַל הַבַּיִת וְרוֹעֶה כֹּהֵן דלר"ט אַקְּנוּיֵי מַקְנֵי לֵיהּ מָקוֹם בַּחֲצֵירוֹ וַאֲפִילּוּ ר"ע לָא פְּלִיג אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאִית [לֵיהּ] פְּסֵידָא לֹא מַקְנֶה [לֵיהּ] מִידָּעַם הָתָם אַייְרֵי בְּמַכִּירֵי כְּהֻונָּה אוֹ שֶׁאוֹהֲבוֹ וְרָגִיל לִיתֵּן לוֹ:
'Il se dit : ne laissera pas un érudit pour me [le] donner à moi' — et ce qui a été dit plus haut à la fin du chap. 2 (Bekhorot 18b), 'dans la cour du propriétaire avec un berger kohen', ou selon R. Tarfon [le propriétaire] lui octroie [tout de même] une place dans sa cour, et même R. Akiva ne conteste que parce que [le propriétaire] subit une perte [et donc] ne lui octroie rien — là-bas il s'agit de [gens qui sont] des habitués du sacerdoce (mekirei kehouna) ou d'un ami [du kohen] à qui il a coutume de donner.
💡 Explication

Suite de la michna. Un berger israélite employé par un israélite est crédible pour témoigner sur le bekhor de son maître kohen, car il se dit : mon patron ne me donnera pas à moi l'animal défectueux en délaissant un érudit kohen. En revanche, un israélite qui garde les bêtes d'un kohen (deuxième lecture, 'roei kohanim') n'est pas crédible : on craint la legima — le morceau (litt. la 'gorgée') que le kohen lui donnera en échange de son faux témoignage.

2
וְכָל שֶׁכֵּן כֹּהֵן לְכֹהֵן, דְּחָיְישִׁינַן לְגוֹמְלִין, וְחָייְשִׁינַן לִלְגִימָא. וַאֲתָא רַבָּן שִׁמְעוֹן לְמֵימַר: נֶאֱמָן עַל שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְאֵינוֹ נֶאֱמָן עַל שֶׁל עַצְמוֹ. וַאֲתָא רַבִּי מֵאִיר לְמֵימַר: הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר, לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ.

Et à plus forte raison [un berger] kohen [témoignant] pour [le bekhor] d'un [autre] kohen [n'est pas crédible], car nous craignons le renvoi d'ascenseur (gomlin), et nous craignons la gorgée (legima). Et Rabban Chimon [ben Gamliel] vient dire : il est crédible sur [le bien] d'autrui, mais il n'est pas crédible sur son propre [bien].

Et Rabbi Meir vient dire : celui qui est suspect sur une chose ne la juge ni n'en témoigne.

📜 Rachi (3)
עַל שֶׁל חֲבֵירוֹ אַכֹּהֵן לְכֹהֵן קָאֵי וְקָאָמַר דְּנֶאֱמָן הַכֹּהֵן הָרוֹעֶה עַל שֶׁל רַבּוֹ דְּלָא חָיְישִׁי' לֹא לְגוֹמְלִין וְלָא לִלְגִימָא:
'Sur [le bien] d'autrui' — cela se rapporte à [un berger] kohen [témoignant] pour un kohen ; et [Rabban Chimon] dit que le kohen berger est crédible sur [le bekhor] de son maître, car nous ne craignons ni le gomlin ni la legima.
הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר כֹּהֲנִים חֲשׁוּדִים עַל הַבְּכוֹרוֹת:
'Celui qui est suspect sur une chose' — les kohanim sont suspects sur les bekhorot.
לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ וּפְלִיג אֲדָר' שִׁמְעוֹן דְּשָׁרֵי אַפֵּי' כֹּהֵן לְכֹהֵן וּפְלִיג אַדְּתַנָּא קַמָּא דְּאָמַר רוֹעֵי בְּהֵמוֹת יִשְׂרָאֵל וַאֲפִילּוּ הֵן כֹּהֲנִים נֶאֱמָנִין וְהָרוֹעִים כֹּהֲנִים אֵין נֶאֱמָנִין:
'Ne la juge ni n'en témoigne' — et [R. Meir] conteste R. Chimon qui permet même [au] kohen [de témoigner] pour un kohen, et il conteste le Tana kama qui dit que les bergers des bêtes d'un israélite, même s'ils sont kohanim, sont crédibles, tandis que les bergers kohanim [des bêtes de kohanim] ne le sont pas.
💡 Explication

Trois positions se dessinent. Le berger kohen témoignant pour un autre kohen est le moins crédible (gomlin + legima). Rabban Chimon ben Gamliel : le kohen est crédible sur le bien d'autrui mais pas sur le sien. R. Meir pose une règle générale : ha-hachoud al ha-davar lo dano ve-lo meido — le suspect en une matière ne peut ni la juger ni y témoigner, même pour autrui.

3
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר: רוֹעֵי יִשְׂרָאֵל וְהֵן כֹּהֲנִים נֶאֱמָנִין — הַייְנוּ דַּאֲתָא רַבִּי מֵאִיר לְמֵימַר: הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ.

Soit ; pour celui qui dit [que la michna vise] 'les bergers israélites, et ce sont des kohanim' [au service d'un israélite] — ils sont crédibles ; c'est [précisément] pour cela que Rabbi Meir vient dire : celui qui est suspect sur une chose ne la juge ni n'en témoigne.

💡 Explication

La Guemara examine la deuxième lecture de la michna ('roei israël'). Selon elle, le Tana kama tient que des bergers kohanim employés par un israélite sont crédibles. R. Meir apporte alors du nouveau : il les exclut, car un kohen suspect ne témoigne pas, même pour un israélite. Cette lecture rend l'avis de R. Meir cohérent (il ajoute une sévérité).

4
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר: רוֹעֵי כֹּהֲנִים בֵּי יִשְׂרָאֵל אֵין נֶאֱמָנִין — מַאי אֲתָא רַבִּי מֵאִיר לְאַשְׁמוֹעִינַן? הַיְינוּ תַּנָּא קַמָּא!

Mais pour celui qui dit [que la michna vise] 'les bergers des kohanim [placés] dans une maison israélite' [= les bergers israélites gardant les bêtes d'un kohen] — ils ne sont pas crédibles ; qu'est-ce que Rabbi Meir vient nous apprendre [de nouveau] ? C'est [exactement] le Tana kama !

📜 Rachi (1)
הַייְנוּ ת"ק דְּהָאָמַר ת"ק נָמֵי דְּכֹהֵן אֵינוֹ נֶאֱמָן:
'C'est [exactement] le Tana kama' — puisque le Tana kama dit lui aussi que le kohen n'est pas crédible.
💡 Explication

Objection contre la première lecture ('roei kohanim'). Si le Tana kama tient déjà que ces bergers ne sont pas crédibles, alors R. Meir n'apporte rien de neuf : sa position se confond avec celle du Tana kama. Il faut donc trouver une nafka mina (différence pratique).

5
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי, דְּתַנְיָא: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי אוֹמֵר: בְּכוֹר בֵּי כֹּהֵן צָרִיךְ שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק לְהָעִיד עָלָיו.

Il y a entre eux [une différence concernant l'avis] de Rabbi Yehochoua ben Kefousai. Car il a été enseigné (baraita) : Rabbi Yehochoua ben Kefousai dit : un bekhor [se trouvant] dans la maison d'un kohen requiert deux [témoins] du marché (min ha-chouk) pour témoigner à son sujet.

📜 Rachi (2)
אִיכָּא בֵינַייְהוּ דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי:
Il y a entre eux [l'avis] de Rabbi Yehochoua ben Kefousai.
צָרִיךְ שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק שְׁנַיִם כָּל שֶׁהֵן וַאֲפִילּוּ כֹּהֲנִים אֲבָל כֹּהֲנִים שֶׁבְּבֵיתוֹ לֹא. ת"ק אִית לֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי דְּקָאָמַר ת"ק רוֹעֵי כֹּהֲנִים בֵּין בֵּי יִשְׂרָאֵל בֵּין בֵּי כֹּהֲנִים כִּדְפָרֵישִׁית טַעְמָא אֵין נֶאֱמָנִין אֲבָל כֹּהֲנִים דְּעָלְמָא נֶאֱמָנִין וַאֲפִילּוּ אַבְּכוֹרוֹת דְּכֹהֲנִים וְלָא חָיְישִׁינַן לְגוֹמְלִין אֶלָּא בְּרוֹעֶה דְּקָאֵי גַּבֵּיהּ וְסָבַר אָעִיד אֶת רַבִּי וְהוּא יְעִידֵנִי כְּשֶׁיִּתֵּן לִי יִשְׂרָאֵל בְּעָלְמָא בְּכוֹר ור"מ לֵית לֵיהּ דְּר' יְהוֹשֻׁעַ לְגַמְרֵי דְּכֵיוָן דְּנֶחְשְׁדוּ כֹּהֲנִים עַל הַבְּכוֹר לֹא דָּן וְלֹא מֵעִיד אֲפִילּוּ כֹּהֵן דְּשׁוּק וְאַפֵּי' הַבְּכוֹר בְּיַד יִשְׂרָאֵל:
'Requiert deux [témoins] du marché' — deux [personnes] quelconques, même des kohanim ; mais les kohanim de sa [propre] maison, non. Le Tana kama tient comme R. Yehochoua ben Kefousai : car le Tana kama dit que les bergers des kohanim, qu'ils soient dans une maison israélite ou dans une maison de kohen — pour la raison expliquée — ne sont pas crédibles, mais les kohanim ordinaires [du marché] sont crédibles, même sur les bekhorot de kohanim, et l'on ne craint le gomlin que pour un berger qui se tient auprès de [son maître] et se dit 'je témoignerai pour mon maître et il témoignera pour moi quand un israélite quelconque me donnera un bekhor'. Et R. Meir ne tient pas du tout comme R. Yehochoua : puisque les kohanim sont soupçonnés sur le bekhor, il ne juge ni ne témoigne, même un kohen du marché et même si le bekhor est entre les mains d'un israélite.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי דְּת"ק סָבַר כְּוָותֵיהּ דְּדַווְקָא רוֹעֵי כֹּהֲנִים בֵּין בֵּי יִשְׂרָאֵל בֵּין בֵּי כֹּהֲנִים אֵינָם נֶאֱמָנִים כִּדְאָמַר טַעְמָא אֲבָל שְׁנֵי כֹּהֲנִים מִן הַשּׁוּק נֶאֱמָנִים ולר"מ אַפֵּי' שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק אֵין נֶאֱמָנִין דְּלֵית לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי דְּקָסָבַר ר"מ הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ וּשְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק דְּקָאָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי בְּכֹהֲנִים אַיְירֵי דְּיִשְׂרָאֵל אֲפִילּוּ חַד מְהֵימַן ולר"מ כָּל הֵיכָא דְּאָסוּר אַפֵּי' שְׁנַיִם אֵין נֶאֱמָנִין כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ סְפֵק בְּכוֹר לר"מ מִי מֵעִיד עָלָיו:
Il y a entre eux [l'avis] de Rabbi Yehochoua ben Kefousai — car le Tana kama tient comme lui : précisément les bergers des kohanim, qu'ils soient dans une maison israélite ou de kohen, ne sont pas crédibles pour la raison dite ; mais deux kohanim du marché sont crédibles. Et pour R. Meir, même deux [témoins] du marché ne sont pas crédibles, car il ne tient pas comme R. Yehochoua ben Kefousai, R. Meir tenant que le suspect sur une chose ne la juge ni n'en témoigne. Et les 'deux du marché' dont parle R. Yehochoua ben Kefousai concernent des kohanim, car pour [un bekhor d']israélite même un seul [témoin] est crédible ; et pour R. Meir, partout où c'est interdit, même deux ne sont pas crédibles, comme il est dit plus loin : 'un bekhor douteux, selon R. Meir, qui en témoigne ?'
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' תַּנְיָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי אוֹמֵר בְּכוֹר בְּבֵית כֹּהֵן צָרִיךְ שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק לְהָעִיד עָלָיו. רשבג"א אַפֵּי' בְּנוֹ אַפֵּי' בִּתּוֹ. ר' מֵאִיר אוֹמֵר אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה וְהֵן בְּנֵי בֵיתוֹ אֵינָן נֶאֱמָנִין. אִתְּמַר רַב נַחְמָן אָמַר הֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג וְרָבָא אָמַר הֲלָכָה כְּר' מֵאִיר וַהֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג וְדַוְקָא בְּנוֹ וּבִתּוֹ. אֲבָל אִשְׁתּוֹ לָא מַאי טַעְמָא. אִשְׁתּוֹ כְּגוּפוֹ דָּמְיָא. וְהָכִי נָמֵי רוֹעֶה כֹּהֵן בֵּי יִשְׂרָאֵל מְהֵימַן דְּלָאו שֶׁל עַצְמוֹ הוּא וְהָכִי חָזֵינָא בְּפֵירוּשָׁא דְּרַבְּווָתָא וְאִיכָּא מַאן דְּכָתַב בְּפִסְקָא דְּלָא מְהֵימַן הַיְינוּ כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דְּקָאָמַר רוֹעֵי כֹּהֲנִים בֵּי יִשְׂרָאֵל אֵינָן נֶאֱמָנִין. וּסְבִירָא לֵיהּ דְּלָא פְּלִיג רַשְׁבָּ"ג אֶלָּא אַמַּאי דִּמְחַסְּרָא מַתְנֵי' דְּהַיְינוּ כֹּהֵן לְכֹהֵן דְּלָא חָייֵשׁ אִיהוּ לְגוֹמְלִין. אֲבָל עַל רוֹעֶה. כֹּהֵן בֵּי יִשְׂרָאֵל לָא פְּלִיג דְּכֵיוָן דְּסָבַר לָא שְׁבַק לְדִידִי כְּשֶׁל עַצְמוֹ דָּמֵי וְהַךְ סְבָרָא לָא מְעַלְּיָא הִיא דְּכֵיוָן דְּאַפֵּי' בְּנוֹ וּבִתּוֹ מְהֵימְנֵי סְבָרָא הוּא דְּכָל שֶׁכֵּן רוֹעֶה כֹּהֵן בֵּי יִשְׂרָאֵל דְּהָא מִיקָּרְבָא אֲבָהָתַייְהוּ דִּבְנוֹ וּבִתּוֹ הַסְּמוּכִים עַל שֻׁולְחָן טְפֵי מֵרוֹעֵי כֹּהֵן בֵּי יִשְׂרָאֵל וְאַפֵּ"ה מְהֵימְנֵי מִשּׁוּם דְּלָא גְּזוּר רַבָּנָן אֶלָּא שֶׁל עַצְמוֹ מַמָּשׁ. וְעוֹד דְּלָא מִסְתַּבֵּר דְּקָאֵי רַשְׁבָּ"ג אַמַּאי דִּמְחַסְּרָא מַתְנֵי' דַּוְקָא וְלָא קָאֵי אַעִיקַּר מַתְנֵי'. וְעוֹד בַּר מִן דֵּין הָא לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא רוֹעֵי כֹּהֵן בֵּי יִשְׂרָאֵל אַפֵּי' לת"ק הַיְמָנִי מְהֵימַן. וְכֵיוָן דִּפְלוּגְתָּא דְּלִישָּׁנָא הוּא וְלֵיכָּא אִיסּוּרָא אֶלָּא גְּזֵירָה דְּרַבָּנָן גְּרֵידָא לְקֻולָּא נָקְטִינַן. וְעוֹד דְּמַתְנִי' כִּפְשָׁטֵיהּ אָתְיָא כִּי הַאי לִישָּׁנָא וּלְלִישָּׁנָא קַמָּא צָרִיךְ לְחַסְוָרָא הִלְכָּךְ הַאי לִישָּׁנָא עָדִיף. וְנָקְטִינַן מִינֵּיהּ דְּרוֹעֵי כֹּהֵן בֵּי יִשְׂרָאֵל נֶאֱמָן וְכֵן הִלְכְתָא. הָרַמְבַּ"ן זַ"ל:
💡 Explication

Réponse : la nafka mina porte sur l'avis de R. Yehochoua ben Kefousai — un bekhor chez un kohen requiert deux témoins 'du marché' (extérieurs à la maison, même s'ils sont kohanim). Le Tana kama accepte cet avis (les kohanim extérieurs sont crédibles) ; R. Meir le rejette (aucun kohen n'est crédible). C'est là la différence réelle entre eux.

6
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אֲפִילּוּ בְּנוֹ, אֲפִילּוּ בִּתּוֹ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה וְהֵן בְּנֵי בֵיתוֹ אֵין מְעִידִין עָלָיו.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : même son fils, même sa fille [peuvent témoigner]. Rabbi Yossi dit : même dix [personnes], si elles sont des gens de sa maison, ne témoignent pas à son sujet.

📜 Rachi (2)
וְאַפֵּי' בְּנוֹ וּבִתּוֹ ר"ש לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר נֶאֱמָן הוּא עַל שֶׁל חֲבֵירוֹ וְאָבִיו הַיְינוּ נָמֵי חֲבֵירוֹ דְּאֵין כֹּהֵן נֶחְשָׁד אֶלָּא עַל שֶׁל עַצְמוֹ:
'Et même son fils et sa fille' — Rabban Chimon [reste] fidèle à son principe, selon lequel [le kohen] est crédible sur le bien d'autrui, et son père [= son fils] est aussi 'autrui', car le kohen n'est suspect que sur son propre bien.
אַפֵּי' עֲשָׂרָה וְהֵן בְּנֵי בֵיתוֹ אֵין מְעִידִין אֲבָל מִן הַשּׁוּק עֵד אֶחָד נֶאֱמָן דִּלֵּר' יְהוֹשֻׁעַ צָרִיךְ שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק:
'Même dix, s'ils sont des gens de la maison, ne témoignent pas' — mais du marché, un seul témoin est crédible, car selon R. Yehochoua [ben Kefousai] il faut deux [témoins] du marché.
💡 Explication

La baraita se poursuit. Rabban Chimon ben Gamliel élargit : même le fils et la fille du kohen témoignent (le kohen n'est suspect que sur son propre bien, et fils/fille sont 'autrui'). R. Yossi durcit : même dix gens de la maison sont exclus (mais un seul témoin du marché suffit, selon R. Yehochoua qui, lui, en exige deux).

7
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב קַטִּינָא: סְפֵק בְּכוֹר שֶׁנּוֹלַד בֵּי יִשְׂרָאֵל, צָרִיךְ שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק לְהָעִיד עָלָיו?

Selon qui va cet enseignement que Rav Hisda a dit au nom de Rav Ketina : un bekhor douteux (safek bekhor) né dans une maison israélite requiert deux [témoins] du marché pour témoigner à son sujet ?

📜 Rachi (2)
סְפֵק בְּכוֹר דְּשֶׁל יִשְׂרָאֵל הוּא כְּגוֹן רְחֵלָה שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים דְּאָמְרִי' בפ"ב (לְעֵיל בְּכוֹרוֹת יז.) אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לַכֹּהֵן וְאֶת שֶׁלּוֹ הָוֵי סָפֵק שֶׁמָּא יֵצֵא רִאשׁוֹן וְיִרְעֶה עַד שֶׁיּוּמַם וְאוֹכְלוֹ יִשְׂרָאֵל:
'Un bekhor douteux' — qui appartient à l'israélite, par exemple une brebis n'ayant pas encore mis bas et qui enfante deux mâles : on dit au chap. 2 (Bekhorot 17a) 'l'un pour lui, l'un pour le kohen', et le sien [demeure] douteux — peut-être le premier sorti [est le bekhor] ; il fera paître [l'animal] jusqu'à ce qu'il ait un défaut, et l'israélite le consomme.
צָרִיךְ שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק לְהָעִיד עָלָיו שֶׁלֹּא הֻוטַּל בּוֹ מוּם בְּכַוָּונָה:
'Requiert deux [témoins] du marché pour témoigner à son sujet' — [pour attester] qu'aucun défaut n'a été provoqué intentionnellement.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב קַטִּינָא סְפֵק בְּכוֹר בְּיַד יִשְׂרָאֵל צָרִיךְ שְׁנַיִם לְהָעִיד עָלָיו. ר"נ אוֹמֵר בְּעָלָיו מְעִידִין עָלָיו. כֹּהֲנִים הוּא דַּחֲשִׁידִי אַמּוּמָא בְּעָלִים יִשְׂרָאֵל לָא חֲשִׁידִי אַמּוּמָא. וְכֵן הִלְכְתָא: אָמַר רָבָא כָּל בְּעָלָיו שֶׁל בְּכוֹר עִמָּנוּ עוֹמְדִין וְנִכְנַס שָׁלֵם וְיָצָא חָבוּל מְעִידִין עָלָיו. וְלָא חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא אֶחָד מִבְּנֵי בַּיִת נִטְמַן בַּבַּיִת וְהֵטִיל בּוֹ מוּם אוֹ שֶׁמָּא חָפְרוּ גֻּומָּא בַּבַּיִת לִיפֹּול בּוֹ. אִיבַּעְיָא לְהוּ עֵד מִפִּי עֵד מַהוּ לְעֵדוּת בְּכוֹר. רַב אַסִּי אָסַר. וְרַב אַשִּׁי שָׁרִי. וַהֲלָכָה עֵד מִפִּי עֵד כָּשֵׁר לְעֵדוּת בְּכוֹר. אָמַר ר' אֶלְעָזָר לֹא הָיוּ מֻוחְזָקִין בּוֹ שֶׁהוּא בְּכוֹר וּבָא וְאָמַר שֶׁהוּא בְּכוֹר וּמוּמוֹ עִמּוֹ נֶאֱמָן. מַאי קמ"ל הַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא הַפֶּה שֶׁהִתִּיר תְּנֵינָא הָאִשָּׁה שֶׁאָמְרָה אֵשֶׁת אִישׁ הָיִיתִי וּגְרוּשָׁה אֲנִי נֶאֱמֶנֶת שֶׁהַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא הַפֶּה שֶׁהִתִּיר. מַהוּ דְּתֵימָא הָתָם הוּא דְּאִי בָּעֵי לֹא אֲמָרָהּ. אֲבָל הָכָא דְּלָא סַגִּי דְּלָא אָמַר דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל. לָאו הַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא. קָא מַשְׁמַע לַן דְּאִי מִשּׁוּם הָכִי שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא דְּמִינְּכַר וַהֲוָה אָכִיל לֵיהּ. יָתֵיב רָבִינָא וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא בְּלֹא גַּבְרָא. אֲמַר לֵיהּ רַב זוּטֵי לְרָבִינָא אָנוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַתְנִינַן לָהּ לְמֵימַר דְּהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ . ר' צָדוֹק הֲוָה לֵיהּ הָהוּא בֻּוכְרָא רְמָא לֵיהּ שְׂעָרֵי בְּסַלֵּי נְצָרִים כָּיֵיל עֵרוּב' פֵּירוּשׁ נְצָרִים עֲרָבָה קְלוּפָה. בַּהֲדֵי דְּקָאֲכִיל אִיבַּזְעִי שְׂפָתֶיהָ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אֲמַר לֵיהּ כְּלוּם חִלַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ. אֲמַר לֵיהּ אִין. בָּא לִפְנֵי ר"ג א"ל לָאו וְהִלְכְתָא כר"ג דְּגָרְסִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא דַּף עח. שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת ר"א זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת לְהַתִּיר בְּכוֹרוֹת אוֹ לֹא. מַאי קָא בָּעוּ לֵיהּ. הָכִי קָמִבַּעְיָא לֵיהּ כִּי הָא דְּאָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין דָּבָר זֶה הִנִּיחוּ לְבֵית הַנָּשִׂיא לְהִתְגַּדֵּל בּוֹ. מַאי צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּזָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה אֵין צָרִיךְ. עָמַד ר' יִצְחָק בֶּן חָקוֹלָא עַל רַגְלָיו וְאָמַר אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר"י בֶּן זִימְרָא שֶׁהָיָה זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה וְעָמַד בְּמַעֲלָה לִפְנֵי זְקֵנוֹ שֶׁל זֶה וְנָטַל רְשׁוּת לְהַתִּיר בְּכוֹרוֹת. אֲמַר לֵיהּ רָבָא לֹא כָּךְ הָיָה הַמַּעֲשֶׂה. ר"י בֶּן זִימְרָא כֹּהֵן הָיָה וְהָכִי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ. הֲלָכָה כְּר"מ דְּאָמַר הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ. אוֹ דִּלְמָא הֲלָכָה כְּרשב"ג דְּאָמַר נֶאֱמָן עַל שֶׁל חֲבֵירוֹ וְאֵינוֹ נֶאֱמָן עַל שֶׁל עַצְמוֹ. וּפָשַׁט לֵיהּ דְּהִלְכְתָא כר"ג דְּאָמַר לֹא חִלַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ וְאַפֵּי' זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה. וְעוֹד הֵבִיא ה"ר יוֹנָה זַ"ל רְאָיָה מִדְּאָמַר לְעֵיל א"ל רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי לר"מ דְּאָמַר חָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ וְאָמַר ר"מ כו' שָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ דְּדַייָּנִים וַחֲבֵרִים כֹּהֲנִים חֲשִׁידִי אַמּוּמָא וּמִדְּקָאָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא בְּלִישָּׁנָא דְּתֵימַהּ אַלְמָא מִלְּתָא פְּשִׁיטוּתָא הִיא וְהִלְכְתָא כר"ג:
Rav Hisda a dit au nom de Rav Ketina : un safek bekhor (bekhor douteux) entre les mains d'un israélite requiert deux [témoins] pour témoigner à son sujet. Rav Nahman dit : ses propriétaires témoignent à son sujet ; ce sont les kohanim qui sont suspects sur le défaut (mum), [mais] des propriétaires israélites ne sont pas suspects sur le défaut — et telle est la halakha. Rava a dit : chaque fois que les propriétaires du bekhor se tiennent avec nous [dehors], et que [l'animal] est entré intact et sorti blessé, on témoigne à son sujet, et l'on ne craint pas que l'un des gens de la maison se soit caché dans la maison et lui ait provoqué un défaut, ni qu'on ait creusé une fosse dans la maison pour l'y faire tomber. On a demandé : un témoignage rapporté de la bouche d'un autre témoin (ed mi-pi ed), qu'en est-il pour le témoignage du bekhor ? Rav Assi interdit, et Rav Achi permet ; et la halakha [est que] 'ed mi-pi ed' est valable pour le témoignage du bekhor. Rabbi Elazar a dit : s'ils ne le tenaient pas [d'avance] pour un bekhor, et qu'[un homme] vient dire 'c'est un bekhor et son défaut est avec lui', il est crédible. Que nous apprend cela ? [Le principe de] 'la bouche qui a interdit est la bouche qui a permis' (ha-pe che-assar hou ha-pe che-hitir) ; nous l'avons déjà appris : 'la femme qui dit : j'étais mariée et [maintenant] je suis divorcée, est crédible, car la bouche qui a interdit est la bouche qui a permis'. On aurait pu dire : là-bas [elle est crédible] parce que, si elle avait voulu, elle n'aurait rien dit [du tout] ; mais ici, où il ne pouvait faire autrement que de [le] dire — car [autrement] il ne mangerait pas de choses sanctifiées en dehors [du Temple] — [ce] n'est [peut-être] pas 'la bouche qui a interdit', etc. Cela nous apprend que même ainsi [il est crédible], car si c'était [pour manger], il aurait pu lui provoquer un défaut apparent et [le] manger. Ravina siégeait et enonçait cet enseignement sans [l'attribuer à] un [maître] ; Rav Zouti lui dit : nous, nous l'enseignons au nom de Rabbi Eliezer, pour dire que la halakha est comme lui. Rabbi Tsadok avait un certain bekhor ; il lui jeta de l'orge dans un panier d'osier écorcé ; tandis que [l'animal] mangeait, sa lèvre se fendit. Il vint devant Rabbi Yehochoua [qui] lui dit : avons-nous fait une distinction entre le haver (associé scrupuleux) et l'am ha-arets ? Il lui dit : oui. Il vint devant Rabban Gamliel [qui] lui dit : non. Et la halakha est comme Rabban Gamliel, car nous apprenons au dernier chapitre de Yoma (78a) : les disciples demandèrent à Rabbi Eliezer : un [savant] âgé et siégeant à la yechiva doit-il prendre autorisation pour permettre les bekhorot [défectueux], ou non ? Que demandaient-ils au juste ? Ceci, comme le dit Rav Idi bar Avin : cette matière, on l'a laissée à la maison du Nassi pour qu'elle s'en distingue (le-hitgadel). [Le savant âgé] doit-il prendre autorisation, ou bien, puisqu'il est âgé et siège à la yechiva, n'a-t-il pas besoin ? Rabbi Yits'hak ben H'akoula se leva sur ses pieds et dit : j'ai vu R. Yossi ben Zimra, âgé et siégeant à la yechiva, qui se leva dans la hiérarchie devant l'aïeul de celui-ci et prit autorisation pour permettre les bekhorot. Rava lui dit : ce n'est pas ainsi que l'affaire s'est passée ; R. Yossi ben Zimra était kohen, et voici ce qu'on demandait : la halakha est-elle comme R. Meir qui dit que le suspect sur une chose ne la juge ni n'en témoigne, ou bien comme Rabban Chimon ben Gamliel qui dit qu'il est crédible sur [le bien] d'autrui mais non sur le sien ? Et [le maître] lui trancha que la halakha est comme Rabban Gamliel qui dit 'nous n'avons pas fait de distinction entre le haver et l'am ha-arets', et [ce] même [pour un savant] âgé et siégeant à la yechiva. Le Rav Yona z''l a de plus apporté une preuve de ce qui est dit plus haut : Rav Papa dit à Abaye : pour R. Meir qui dit que le suspect sur une chose ne la juge ni n'en témoigne — et R. Meir dit [aussi que le suspect sur une chose est suspect sur toute la Torah entière] — nous apprenons de là que les juges et les haverim kohanim sont suspects sur le défaut ; et du fait que Rav Papa le lui dit sur un ton d'étonnement, il ressort que c'est chose évidente, et la halakha est comme Rabban Gamliel. [Selon le Ramban.]
💡 Explication

La Guemara relie une déclaration de Rav Hisda au nom de Rav Ketina : un safek bekhor (animal dont le statut de premier-né est douteux) né chez un israélite requiert lui aussi deux témoins du marché. Question : quel Tana suit cet avis ? Un safek bekhor reste au propriétaire israélite qui peut le consommer une fois devenu défectueux.

8
כְּמַאן? כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קַפּוֹסַאי.

Selon qui ? Selon Rabbi Yehochoua ben Kefousai.

📜 Rachi (1)
כַּר יְהוֹשֻׁעַ דְּכִי הֵיכִי דִּבְכוֹר בֵּי כֹּהֲנִים בָּעֵי שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק לְהָעִיד עָלָיו ה"נ סְפֵק בְּכוֹר בְּיַד יִשְׂרָאֵל:
'Comme R. Yehochoua' — car de même qu'un bekhor dans une maison de kohanim requiert deux [témoins] du marché pour témoigner à son sujet, de même un safek bekhor entre les mains d'un israélite [en requiert deux].
💡 Explication

Réponse : cet enseignement (safek bekhor requiert deux témoins du marché) suit R. Yehochoua ben Kefousai. De même qu'il exige deux témoins pour un bekhor chez un kohen (soupçonné de provoquer le défaut), de même il exige deux témoins pour un safek bekhor chez un israélite.

9
רַב נַחְמָן אָמַר: בְּעָלִים מְעִידִין עָלָיו, דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, מַעֲשֵׂר לְרַבִּי מֵאִיר מִי מֵעִיד עָלָיו?

Rav Nahman dit : les propriétaires [eux-mêmes] témoignent à son sujet ; car si tu ne dis pas ainsi, [alors] pour le maaser (dîme animale), selon Rabbi Meir, qui en témoigne ?

📜 Rachi (4)
ר"נ אָמַר סְפֵק בְּכוֹר בְּיַד יִשְׂרָאֵל אֲפִילּוּ בְּעָלָיו יִשְׂרָאֵל נֶאֱמָן דְּכֹהֲנִים נֶחְשְׁדוּ עַל הַבְּכוֹרוֹת וְלֹא יִשְׂרָאֵל וַאֲפִילּוּ עַל סְפֵק בְּכוֹר שֶׁנֶּאֱכָל לָהֶם:
'Rav Nahman dit' — [pour] un safek bekhor entre les mains d'un israélite, même son propriétaire israélite est crédible, car les kohanim ont été soupçonnés sur les bekhorot, mais non les israélites, et [ce] même sur un safek bekhor qu'ils peuvent consommer.
דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי אֶלָּא בְּעָלִים חֲשׁוּדִים עָלָיו אִם כֵּן הָוֵי יִשְׂרָאֵל חָשׁוּד עַל הַמּוּמִין:
'Car si tu ne dis pas ainsi' — mais [que] les propriétaires sont suspects à son sujet, alors l'israélite serait suspect sur les défauts.
מַעֲשֵׂר לר"מ מִי מֵעִיד עַל מוּמוֹ הָא א"ר מֵאִיר הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר לְעַצְמוֹ אֵינוֹ מֵעִיד לַאֲחֵרִים כִּדְחָזֵינַן ר"מ פּוֹסֵל אֲפִילּוּ כֹּהֲנִים דְּשׁוּק:
'Le maaser, selon R. Meir' — qui témoigne sur son défaut ? Or R. Meir a dit que celui qui est suspect sur une chose pour lui-même ne témoigne pas [non plus] pour autrui, comme nous voyons que R. Meir disqualifie même les kohanim du marché.
מַעֲשֵׂר בִּתְמִיהַּ. הָא וַדַּאי מְהֵימַן אֲפִילּוּ בְּעָלָיו דְּהָא אִי בָּעֵי הָוֵי שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא בְּהֶיתֵּר בְּכוּלֵּיהּ עֶדְרֵיהּ קֹודֶם שֶׁיְּעַשֵּׂר דְּאַכַּתִּי לָא קָדְשָׁא חַד מִינַּייְהוּ:
'Le maaser' — [dit] sur un ton d'étonnement : celui-ci est certainement crédible, même son propriétaire, car s'il [le] voulait, il pourrait provoquer licitement un défaut dans tout son troupeau avant de dîmer, tant qu'aucun [animal] n'a encore été consacré.
💡 Explication

Rav Nahman conteste : le propriétaire israélite lui-même témoigne sur le défaut de son safek bekhor (les israélites ne sont pas suspects). Preuve par l'absurde : si tout intéressé était suspect, alors le maaser behema (dîme animale, elle aussi consommée si défectueuse) serait insoluble selon R. Meir — personne ne pourrait en témoigner.

10
מַעֲשֵׂר וַדַּאי מְהֵימָן, דְּאִי בָּעֵי שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא בְּכֻולֵּיהּ עֶדְרֵיהּ. אֶלָּא סְפֵק בְּכוֹר, לְרַבִּי מֵאִיר מִי מֵעִיד עָלָיו?

[Pour] le maaser, il est certainement crédible, car s'il [le] voulait, il pourrait provoquer un défaut dans tout son troupeau [avant le prélèvement]. Mais [pour] le safek bekhor, selon Rabbi Meir, qui en témoigne ?

📜 Rachi (1)
אֶלָּא הָכִי פָּרִיךְ סְפֵק בְּכוֹר לר"מ אִי בְּעָלִים חֲשׁוּדִים עָלֶיהָ נִמְצְאוּ יִשְׂרָאֵל חֲשׁוּדִים עַל סְפֵק בְּכוֹר וכ"ש כֹּהֲנִים דְּהָא אִי הֲוָה נָמֵי בִּבְהֵמוֹת עֵדֶר כֹּהֵן סְפֵק בְּכוֹר הַנּוֹלָד בְּעֶדְרוֹ בָּעֵי אַמְתּוֹנֵי עַד שֶׁיּוּמַם דְּכֹהֲנִים לֹא נִפְטְרוּ מִבְּכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה בְּפֶרֶק שֵׁנִי (לְעֵיל בְּכוֹרוֹת יג.) וא"כ מִי מֵעִיד עָלָיו:
'Mais' — voici l'objection : [pour] un safek bekhor, selon R. Meir, si les propriétaires sont suspects à son sujet, on trouve les israélites suspects sur le safek bekhor, et à plus forte raison les kohanim ; car si un safek bekhor naissait dans le troupeau d'un kohen, il devrait attendre qu'il ait un défaut, puisque les kohanim n'ont pas été exemptés du bekhor de la bête pure, au chap. 2 (Bekhorot 13a) ; et si tel est le cas, qui en témoigne ?
💡 Explication

La Guemara rectifie l'argument. Le cas du maaser n'est pas probant : le propriétaire est crédible, car il pourrait licitement rendre défectueux tout son troupeau avant le prélèvement de la dîme (tant qu'aucune bête n'est encore consacrée). L'argument de Rav Nahman se recentre donc sur le safek bekhor : selon R. Meir, qui peut en témoigner ? Israélites comme kohanim gagnent à ce que le safek bekhor devienne défectueux.

11
וְכִי תֵּימָא, הָכִי נָמֵי דְּלֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא, וְהִתְנָן, שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כֹּל שֶׁחֲלִיפָיו בְּיַד כֹּהֵן פָּטוּר מִן הַמַּתָּנוֹת, וְרַבִּי מֵאִיר מְחַיֵּיב!

Et si tu dis : de fait, [selon R. Meir] il n'y a pas de remède [pour lui] — mais n'avons-nous pas appris (michna, 18b) que Rabbi Yossi disait : tout [animal] dont les substituts sont entre les mains d'un kohen est exempt des dons (matnot), et Rabbi Meir [l']oblige !

📜 Rachi (2)
לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא לְר' מֵאִיר:
'Il n'a pas de remède' — selon R. Meir.
שֶׁחֲלִיפָיו בְּיַד כֹּהֵן כְּגוֹן הַאי סְפֵק בְּכוֹר שֶׁהַכֹּהֵן נָטַל (אֶת אָחִיו) פָּטוּר יִשְׂרָאֵל מִן הַמַּתָּנוֹת דִּזְרוֹעַ וּלְחָיַיִם וְקֵיבָה דְּעָשׂוּ שֶׁאֵינוֹ זוֹכֶה כְּזוֹכֶה כְּדַאֲמָרָן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (שָׁם יח.) ור"מ מְחַיֵּיב וּמִדִּמְחַייֵּב לֵיהּ רַבִּי מֵאִיר בְּמַתָּנוֹת מִכְּלָל דְּבַר אֲכִילָה הוּא:
'Dont les substituts sont entre les mains d'un kohen' — par exemple ce safek bekhor dont le kohen a pris [l'autre] : l'israélite est exempt des matnot — l'épaule, les mâchoires et la caillette — car on a traité celui qui n'acquiert pas comme celui qui acquiert, ainsi qu'on l'a dit au chap. 2 (ibid. 18a) ; et R. Meir oblige, et du fait que R. Meir l'oblige aux matnot, il ressort que c'est chose consommable.
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תֵּימָא דְּלֵית לְהוּ תַּקַּנְתָּא כּוּ' הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר דְּחִלַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ כְּר' יְהוֹשֻׁעַ דִּלְקַמָּן וְכֵן בְּסָמוּךְ דְּפָרִיךְ כָּהֲנֵי ה"נ דְּלָא דַּיָּינֵי דִּינָא א"נ ר' יְהוֹשֻׁעַ עַצְמוֹ חוֹזֵר בּוֹ דקא"ל לר"ג הֵיאַךְ הַחַי יָכוֹל לְהַכְחִישׁ אֶת הַחַי וּפֵירֵשׁ שָׁם בַּקְּוַנְט' שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר וַדַּאי אָמַרְתִּי וְחוֹזֵר אֲנִי בּוֹ וּמִיהוּ מִסְתַּבְּרָא דְּמִשּׁוּם כָּבוֹד דר"ג הוּא דְּקָאָמַר הָכִי כִּי הַהִיא דִּתְפִלַּת עַרְבִית (בְּרָכוֹת דַּף כז:) שֶׁאָמַר כְּמוֹ כֵן אע"פ שֶׁלֹּא הָיָה חוֹזֵר בּוֹ מַה שֶׁאָמַר תְּחִלָּה רְשׁוּת דְּהָכִי פָּסַק רַב הָתָם הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר רְשׁוּת:
'Et si tu dis qu'ils n'ont pas de remède, etc.' — [la Guemara] aurait pu dire que 'nous avons fait une distinction entre le haver et l'am ha-arets' comme R. Yehochoua plus loin ; de même, plus bas, où l'on objecte 'les kohanim, ainsi donc, ne rendent pas la justice ?!', [on aurait pu répondre ainsi]. Ou encore : R. Yehochoua lui-même se rétracte, [comme] il dit à Rabban Gamliel 'comment le vivant peut-il démentir le vivant ?' ; et Rachi explique là qu'il veut dire 'j'ai certainement dit [cela], mais je me rétracte'. Mais il est plus vraisemblable que c'est par égard pour l'honneur de Rabban Gamliel qu'il parle ainsi, comme dans [le passage sur] la prière du soir (Berakhot 27b), où [R. Yehochoua] parla de même bien qu'il ne se rétractât pas de ce qu'il avait dit d'abord — [à savoir] qu'elle est facultative ; car Rav trancha là que la halakha est comme celui qui dit [qu'elle est] facultative.
💡 Explication

Objection contre l'idée qu'il n'y aurait aucun remède pour le safek bekhor selon R. Meir. Une michna (18b) rapporte que pour un tel animal, R. Yossi exempte des matnot (dons sacerdotaux : épaule, mâchoires, caillette), mais R. Meir oblige à les donner. Or si R. Meir oblige aux matnot, c'est qu'il tient l'animal pour consommable — donc il admet bien un témoignage sur son défaut.

12
אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה: בְּעָלִים מְעִידִין עָלָיו, כֹּהֲנִים הוּא דַּחֲשִׁידִי אַמּוּמֵי, יִשְׂרָאֵל לָא חֲשִׁידִי אַמּוּמֵי.

Plutôt, apprends-en que les propriétaires témoignent à son sujet : ce sont les kohanim qui sont suspects sur les défauts (mumin), [mais] les israélites ne sont pas suspects sur les défauts.

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לָאו ש"מ בְּעָלִים מְעִידִין עָלָיו תֵּימַהּ וְרַב חִסְדָּא דְּבָעֵי לְעֵיל שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק בִּסְפֵק בְּכוֹר בֵּי יִשְׂרָאֵל תִּקְשֵׁי לֵיהּ לר"מ מִי מֵעִיד עָלָיו כֵּיוָן דְּיִשְׂרָאֵל נָמֵי חֲשִׁידִי וְי"ל דַּהֲוָה מְשַׁנֵּי כִּדְפָרֵישִׁית דְּחִלַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לע"ה א"נ יֹאמַר רַב חִסְדָּא סְפֵק בְּכוֹר לֹא יַחְמִיר ר"מ שֶׁלֹּא יְהוּ שְׁנַיִם מִן הַשּׁוּק נֶאֱמָנִים:
'Plutôt, n'apprends-en pas que les propriétaires témoignent à son sujet' — c'est étonnant : et Rav Hisda, qui exigeait plus haut deux [témoins] du marché pour un safek bekhor dans une maison israélite — [la question] 'selon R. Meir, qui en témoigne ?' devrait le gêner, puisque l'israélite aussi est suspect ! On peut répondre qu'il aurait résolu [la difficulté] comme je l'ai expliqué : 'nous avons fait une distinction entre le haver et l'am ha-arets' ; ou bien Rav Hisda dirait que, pour un safek bekhor, R. Meir n'ira pas jusqu'à la sévérité [de dire] que deux [témoins] du marché ne sont pas crédibles.
💡 Explication

Conclusion : apprends-en (chema mina) que le propriétaire israélite témoigne bien sur son safek bekhor. La règle qui s'en dégage : seuls les kohanim sont suspects sur les mumin (défauts) — car eux seuls gagnent à manger le bekhor défectueux — tandis que les israélites ne le sont pas.

13
אִיתְּמַר: רַב נַחְמָן אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, רָבָא אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Il a été dit : Rav Nahman dit : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel ; Rava dit : la halakha est comme Rabbi Yossi.

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה כְּר"ש דַּאֲפִילּוּ בְּנוֹ וּבִתּוֹ:
'La halakha est comme R. Chimon' — [ce] même [pour] son fils et sa fille.
💡 Explication

Rapport de la dispute halakhique. Rav Nahman tranche comme Rabban Chimon ben Gamliel (le fils et la fille du kohen témoignent). Rava tranche comme R. Yossi (les gens de la maison, même dix, sont exclus).

14
וּמִי אָמַר רָבָא הָכִי? וְהָאָמַר רָבָא: בְּעָלִים עוֹמְדִים עִמָּנוּ בַּחוּץ, נִכְנַס שָׁלֵם וְיָצָא חָבוּל — מְעִידִין עָלָיו! אֵימָא: כָּל בְּעָלִים עוֹמְדִים, וְלָא חָיְישִׁינַן.

Mais Rava a-t-il [vraiment] dit ainsi ? Or Rava a dit : [si] les propriétaires se tiennent avec nous dehors, [et que l'animal] est entré intact et est sorti blessé — on témoigne à son sujet !

[Réponse :] dis [qu'il s'agit du cas où] tous les propriétaires se tiennent [dehors], et [alors] nous ne craignons pas [de collusion].

📜 Rachi (2)
כֹּהֵן בְּעָלָיו שֶׁל בְּכוֹר עִמָּנוּ עוֹמֵד בַּחוּץ וְנִכְנַס הַבְּכוֹר שָׁלֵם בַּבַּיִת וְיָצָא חָבוּל מְעִידִין עָלָיו אוֹתָם שֶׁבַּבַּיִת שֶׁמֵּאֵלָיו נָפַל בּוֹ. אַלְמָא אֵין נֶחְשָׁד אֶלָּא כֹּהֵן בַּעַל הַבַּיִת שֶׁהַבְּכוֹר שֶׁלּוֹ כר"ש:
'Le kohen, propriétaire' — du bekhor, se tient avec nous dehors ; le bekhor est entré intact dans la maison et est sorti blessé : ceux qui sont dans la maison témoignent à son sujet qu'il s'est blessé de lui-même. Il ressort que seul le kohen propriétaire de la maison, à qui appartient le bekhor, est suspect — comme R. Chimon.
אֵימָא כָּל בְּעָלָיו בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ עוֹמְדִין עִמָּנוּ בַּחוּץ וּמֵעִיד עָלָיו רוֹעֶה שֶׁהָיָה בַּבַּיִת:
'Dis : tous les propriétaires' — ses fils et les gens de sa maison se tiennent avec nous dehors, et le berger qui était dans la maison témoigne à son sujet.
💡 Explication

Contradiction sur Rava. Il a pourtant enseigné : si les propriétaires (kohanim) sont tous dehors avec nous et que l'animal entre intact et sort blessé, on témoigne — donc les gens de la maison (ici le berger reste dedans) sont crédibles, contre R. Yossi ! Réponse : Rava vise le cas où tous les propriétaires (fils, gens de la maison) sont dehors, et seul le berger est resté dedans ; alors on ne craint pas de collusion.

15
אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא? מַהוּ דְתֵימָא: נִיחוּשׁ לַחֲשָׁדָא, קָא מַשְׁמָע לַן. וְהִלְכְתָא כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, וְדַוְקָא בְּנוֹ וּבִתּוֹ, אֲבָל אִשְׁתּוֹ לֹא. מַאי טַעְמָא? אִשְׁתּוֹ כְּגוּפוֹ דָּמֵי.

Si [c'est] ainsi, qu'y a-t-il à enseigner [de neuf] ? [Réponse :] de peur que tu dises 'craignons le soupçon (hachda)', cela nous apprend [qu'il n'en est rien].

Et la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel, mais précisément son fils et sa fille — [tandis que] son épouse, non. Quelle en est la raison ?

Son épouse est comme lui-même (ichto ke-goufo).

📜 Rachi (2)
פְּשִׁיטָא הוֹאִיל וְכָל בְּעָלָיו עִמָּנוּ מִי יְטִילֶנּוּ כו':
'C'est évident' — puisque tous les propriétaires sont avec nous, qui [d'autre] le lui aurait provoqué, etc. ?
מַהוּ דְּתֵימָא נֵיחוּשׁ לַחֲשָׁדָא דְּרוֹעֶה גּוּפֵיהּ הֱטִילוֹ בּוֹ. ל"א אֵימָא כָּל בְּעָלִים עִמָּנוּ כְּלוֹמַר אִי אָמְרִי סָהֲדֵי כָּל בְּעָלָיו שֶׁל בְּכוֹר דְּהַייְנוּ הוּא וּבְנֵי בֵּיתוֹ הָיוּ עִמָּנוּ בַּחוּץ וְנִכְנַס הַבְּכוֹר שָׁלֵם בַּבַּיִת וְיָצָא חָבוּל מְעִידִין כְּלוֹמַר עֵדוּתָן עֵדוּת וְשָׁרִי הוֹאִיל וְלֹא הָיָה אִישׁ בַּבַּיִת. נִיחוּשׁ לַחֲשָׁדָא שֶׁמָּא הֵם גָּרְמוּ לוֹ מִתְּחִלָּה שֶׁהִנִּיחוּ לוֹ דְּבֵילָה עַל הָאֹזֶן אִי נָמֵי עָשׂוּ לוֹ גֻּומָּא וְנָפַל שָׁם:
'De peur que tu dises : craignons le soupçon' — que le berger lui-même le lui ait provoqué. Autre version : 'dis : tous les propriétaires sont avec nous' — c'est-à-dire, si des témoins disent 'tous les propriétaires du bekhor, à savoir lui et les gens de sa maison, étaient avec nous dehors, et le bekhor est entré intact dans la maison et sorti blessé', ils témoignent — c'est-à-dire que leur témoignage est [valable] et permis, puisqu'il n'y avait personne dans la maison. 'Craignons le soupçon' : peut-être lui ont-ils causé [le défaut] au préalable, en lui posant une figue [collante] sur l'oreille, ou bien lui ont-ils creusé une fosse et [l'animal] y est tombé.
🗂️ Tossefot (1)
נִיחוּשׁ לַחֲשָׁדָא שֶׁיַּחְשְׁדוּ שֶׁמָּא נִשְׁאַר אֶחָד מִן הַבַּיִת:
'Craignons le soupçon' — qu'on soupçonne que peut-être l'un [des gens] de la maison est resté [dedans].
💡 Explication

Objection : si tous sont dehors, le témoignage du berger est évident — pourquoi l'énoncer ? Réponse : on aurait pu craindre un soupçon (que le berger lui-même ait provoqué le défaut) ; Rava enseigne qu'on ne le craint pas. Halakha finale : comme Rabban Chimon ben Gamliel — le fils et la fille témoignent, mais non l'épouse, car ichto ke-goufo : l'épouse est [juridiquement] comme le corps même du kohen, donc suspecte comme lui.

16
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: לְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ, וְקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר הֶחָשׁוּד לְדָבָר אֶחָד חָשׁוּד לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ, כֹּהֲנִים הָכִי נָמֵי דְּלָא דָּיְינִי דִּינָא? וְהָכְתִיב ״וְעַל פִּיהֶם יִהְיֶה כָּל רִיב וְכָל נָגַע״!

Rav Papa dit à Abaye : selon Rabbi Meir qui dit que le suspect sur une chose ne la juge ni n'en témoigne — et Rabbi Meir dit [aussi que] le suspect sur une chose est suspect sur toute la Torah entière — les kohanim, ainsi donc, ne rendent pas non plus la justice (dayanim) ?! Mais n'est-il pas écrit : 'et sur leur parole sera tout différend et toute plaie' (Dt 21:5) !

🗂️ Tossefot (1)
כָּהֲנֵי הָכִי נָמֵי דְּלָא דָּיְינִי דִּינָא לְרָבָא דְּאָמַר בְּפָ' זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין כז.) אוֹכֵל נְבֵילוֹת לְהַכְעִיס שֶׁהוּא רַע לַשָּׁמַיִם אֵינוֹ חָשׁוּד לִהְיוֹת רַע לַבְּרִיּוֹת לָא פָּרֵיךְ מִידִי אֲבָל לְאַבַּיֵּי הָתָם פָּרֵיךְ שַׁפִּיר וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ לְרָבָא דְּמַשְׁמַע לֵיהּ שֶׁיֵּשׁ לַכֹּהֲנִים לִהְיוֹת כְּשֵׁרִים לְכָל (זְמַן) דִּין שֶׁבָּעוֹלָם וּלְכָל הוֹרָאָה כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים כ״א:ה׳) כָּל רִיב וְכָל נָגַע וְעוֹד הָיָה יָכוֹל לְהַקְשׁוֹת הֵיאַךְ מֻותָּר לֶאֱכֹול מִשְּׁחִיטָתוֹ וְהֵיאַךְ כְּשֵׁרִים עַל כָּל קָרְבָּנוֹת כֻּולָּם וְעוֹד בְּלֹא בְּכוֹר נַמֵּי יָכוֹל לְהַקְשׁוֹת לְרַבִּי מֵאִיר מִטַּעַם דְּנֶחְשְׁדוּ כֹּהֲנִים עַל הַשְּׁבִיעִית כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין כו.):
'Les kohanim, ainsi donc, ne rendent pas la justice ?!' — pour Rava, qui dit au chap. 'Zé borer' (Sanhédrin 27a) que celui qui mange des neveloth (bêtes non abattues rituellement) par provocation, [qui] est mauvais envers le Ciel, n'est pas suspect d'être mauvais envers les créatures, [Rav Papa] n'objecte rien [de la] ; mais pour Abaye, là l'objection est bien fondée. On peut encore expliquer : selon Rava, [Rav Papa] entend que les kohanim doivent être aptes à tout jugement au monde et à toute instruction [halakhique], comme il est écrit 'tout différend et toute plaie' ; et [Rav Papa] aurait encore pu objecter : comment est-il permis de manger de son abattage, et comment sont-ils aptes à tous les sacrifices ? Et même sans le bekhor, il aurait pu objecter contre R. Meir du fait que les kohanim ont été soupçonnés sur la cheviit (année sabbatique), comme on le dit au chap. 'Zé borer' (Sanhédrin 26a).
💡 Explication

Objection finale de Rav Papa à Abaye. Si, pour R. Meir, le suspect sur une chose (le mum) ne peut ni juger ni témoigner, et si de plus le suspect sur une chose est suspect sur toute la Torah, alors les kohanim (suspects sur les bekhorot) ne devraient plus pouvoir siéger comme juges du tout ! Or la Torah leur confie explicitement la fonction judiciaire : 'al pihem — sur leur parole sera tout différend et toute plaie' (Dt 21:5).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).