Bekhorot 36a — le kohen soupçonné sur le défaut de l'aîné : hearsay, hafè che-assar, l'incident de R. Tsadok devant R. Gamliel, et 'mila de-avida le-igluyei'

Bekhorot 36a

Sougya : La Guemara distingue le soupçon 'par précaution' (le-chachacha) de l'établissement d'un fait (le-ahzukinhu) : R. Meir n'a pas fait des kohanim des faussaires certains.

Elle tranche que le témoignage rapporté (ed mi-pi ed) est valide pour l'aîné (bekhor), comme pour le témoignage de la femme. R.

Ilaa enseigne que le kohen est cru sur 'c'est un aîné et son défaut est avec lui' par le principe hafè che-assar hou hafè che-hitir (la bouche qui a interdit est celle qui a permis) : n'ayant pas d'autre recours pour manger, il aurait plutôt fait un défaut visible. Suit le célèbre incident de R.

Tsadok, dont la lèvre se fendit en mangeant l'orge de son aîné : R. Yehochoua répond 'oui' (on distingue le haver), R.

Gamliel 'non' ; l'affront fait à R. Yehochoua, contraint de rester debout, provoque la révolte du peuple.

La michna et la guemara établissent enfin que le kohen est cru sur 'un israélite me l'a donné défectueux' et 'j'ai montré cet aîné', par le principe mila de-avida le-igluyei : on ne ment pas sur ce qui est voué à être découvert.

Le kohen est-il cru sur le mum (défaut) de son bekhor (aîné) ? Soupçon (chashud à-mumin) Ce qui le rend crédible Les kohanim sont soupçonnés deprovoquer un défaut pour manger l'aînéIl ne mangerait pas des kodachim(saintetés) dehors (karet) R. Meir : soupçonné d'une chose,soupçonné de toute la Torah ?Non : seulement le-chachacha (parprécaution), pas le-ahzukinhu (établi) S'il a fait le mum, il ment pourle faire déclarer permisIl aurait fait un mum visible (nikkar)et l'aurait mangé sans venir devant nous
Le soupçon sur le kohen et ce qui, malgré tout, le rend crédible (segments 0-7).
L'incident de R. Tsadok : distingue-t-on le haver du am ha-arets ? R. Tsadok (kohen haver) : sa lèvre s'est fendue en mangeant l'orge du bekhor R. Yehochoua : HÉN (oui) on distingue le haver ; tu n'es pas soupçonné R. Gamliel : LÔ (non) pas de distinction ; halakha : on ne distingue pas Au beit ha-midrach : R. Yehochoua nie (LÔ), puis R. Gamliel le force à témoigner : "le vivant peut-il contredire le vivant ?" — il admet. R. Gamliel le laisse debout, jusqu'à la révolte du peuple contre l'affront (-> déposition de R. Gamliel).
L'incident de R. Tsadok devant R. Yehochoua et R. Gamliel (segments 11-15).
Principe : mila de-avida le-igluyei (chose vouée à être révélée) On ne ment pas sur une chose qui va se découvrir (le 'hakham/l'israélite peut démentir) "Un israélite me l'a donné avec son mum" cru : vérifiable auprès de l'israélite "J'ai montré cet aîné, il est défectueux" cru : vérifiable auprès du 'hakham Limite (18) : "puisqu'ils sont soupçonnés, ils le sont" — on peut écarter le principe quand le soupçon sur l'argent du kohen persiste
Le principe 'mila de-avida le-igluyei' dans la michna et la guemara finales (segments 16-20).
1
אֵימַר דְּאָמַר רַבִּי מֵאִיר לַחֲשָׁשָׁא, לְאַחְזוֹקִינְהוּ מִי אָמַר?

On peut dire (imar) que R. Meir a parlé par précaution (le-chachacha : par crainte qu'ils aient provoqué un défaut) ; mais pour les établir [comme faussaires certains] (le-ahzukinhu), l'a-t-il dit ?

📜 Rachi (1)
לְאַחְזוֹקִינְהוּ בַּחֲשׁוּדִים מִי אָמַר ר"מ חָשׁוּד לְדָבָר אֶחָד חָשׁוּד לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ הֵיכָא דְּמֻוחְזָק לָן דְּעוֹבֵר עַל דָּבָר א':
Le-ahzukinhu (pour les établir) parmi les soupçonnés — R. Meir a-t-il dit que 'soupçonné d'une chose, soupçonné de toute la Torah' [s'applique] là où il est établi pour nous qu'il transgresse une chose [précise] ?
🗂️ Tossefot (1)
אֵימַר דא"ר מֵאִיר לַחֲשָׁשָׁא כו' מִתּוֹךְ הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע דְּאַלִּיבָּא דְּר' מֵאִיר קָאָמַר וְלָא סְבִירָא לַן כְּוָותֵיהּ אֶלָּא אֲפִילּוּ בְּמֻוחְזָק עוֹבֵר עַל דָּבָר א' לָא הָוֵי חָשׁוּד עַל כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ ואע"ג דִּבְפֶרֶק זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף כז.) אָמַר אַבַּיֵּי עֲבַרְיָין אוֹכֵל נְבֵילוֹת לְהַכְעִיס פָּסוּל לְעֵדוּת וּמוֹקֵים לָהּ כְּרַבִּי מֵאִיר וְקַיְימָא לָן כְּוָותֵיהּ דְּהוּא מיע"ל קג"ם הַייְנוּ דַּוְקָא לְעִנְיַן עֵדוּת דְּרַחֲמָנָא אָמַר אַל תָּשֶׁת רָשָׁע עֵד אֲבָל בִּשְׁאָר מִילֵּי לָא חֲשִׁיד וּמִיהוּ ר' מֵאִיר דְּקָאָמַר הָתָם עֵד זוֹמֵם פָּסוּל לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ ה"נ הֲוָה מָצֵי לְמִינְקַט אֶחָד מִשְּׁאָר דְּבָרִים וְלָא נְקַט עֵד זוֹמֵם אֶלָּא לְאַפּוּקֵי מָדָר' יוֹסֵי דַּאֲפִילּוּ עֵד זוֹמֵם נָמֵי מַכְשַׁר לְדִינֵי נְפָשׁוֹת כְּשֶׁהוּזַם בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת:
'On peut dire que R. Meir a parlé par précaution, etc.' — la formulation implique qu'il parle selon [l'opinion de] R. Meir, mais que nous ne tenons pas comme lui : même celui qui est établi comme transgressant une seule chose n'est pas soupçonné sur toute la Torah. Et bien qu'au chapitre 'Zé borer' (Sanhédrin 27a) Abaye dise 'un transgresseur qui mange des bêtes non abattues rituellement (nevelot) pour défier (le-hakhis) est disqualifié pour le témoignage', et qu'on l'établisse selon R. Meir, et que nous tranchions comme lui [par le mnémotechnique] 'MiYA''L KaGa''M' — cela vaut uniquement pour le témoignage, car le Miséricordieux a dit 'ne place pas [ta main avec] un méchant [pour être] témoin' ; mais pour les autres matières, il n'est pas soupçonné. Toutefois, R. Meir qui dit là [Sanhédrin] 'un témoin réfuté (ed zomem) est disqualifié pour toute la Torah', aurait pu de même prendre une des autres choses ; s'il a pris [précisément] le témoin réfuté, c'est pour exclure [l'avis] de R. Yossi, qui déclare apte même un témoin réfuté dans les affaires capitales lorsqu'il a été réfuté dans une affaire de biens.
💡 Explication

Réponse à l'objection précédente : quand R. Meir dit que soupçonné d'une chose, soupçonné de toute la Torah, cela ne vaut que le-chachacha (par simple précaution, là où l'on redoute une transgression), non le-ahzukinhu (pour tenir quelqu'un pour un faussaire établi). On ne disqualifie donc pas les juges kohanim.

2
אִיבַּעְיָא לְהוּ: עֵד מִפִּי עֵד, מַהוּ לְעֵדוּת בְּכוֹר? רַב אַסִּי אָסַר, וְרַב אַשִּׁי שָׁרֵי. אֲמַר לֵיהּ רַב אַסִּי לְרַב אָשֵׁי: וְהָא תַּנָּא דְּבֵי מְנַשֶּׁה: אֵין עֵד מִפִּי עֵד כָּשֵׁר אֶלָּא לְעֵדוּת הָאִשָּׁה!

Une question fut posée [aux Sages] : le témoignage rapporté (ed mi-pi ed : un témoin d'après la bouche d'un [autre] témoin) est-il [valide] pour le témoignage de l'aîné (bekhor) ? Rav Assi interdit, et Rav Achi permet.

Rav Assi dit à Rav Achi : mais l'école de Ménaché a enseigné : le témoin rapporté n'est apte que pour le témoignage de la femme !

📜 Rachi (1)
לְעֵדוּת בְּכוֹר לְהָעִיד שֶׁלֹּא הֵטִיל בּוֹ מוּם זֶה בְּכַוָּונָה:
Pour le témoignage de l'aîné — pour attester qu'on n'a pas provoqué ce défaut avec intention.
💡 Explication

Question : le ed mi-pi ed (témoignage par ouïe-dire) vaut-il pour attester qu'un aîné n'a pas été rendu défectueux exprès ? La baraita de l'école de Ménaché limite le ouïe-dire au seul cas où l'on autorise une femme à témoigner de la mort de son mari. Rav Assi en déduit qu'il est invalide ailleurs.

3
תָּנֵי: אֶלָּא לְעֵדוּת שֶׁהָאִשָּׁה כְּשֵׁרָה לָהּ בִּלְבָד.

[Rav Achi répond :] enseigne [plutôt] : sauf pour le témoignage dont une femme est apte, elle seule (à savoir tout cas où la femme peut témoigner).

📜 Rachi (2)
לְעֵדוּת אִשָּׁה שֶׁמֵּת בַּעְלָהּ בִּמְדִינַת הַיָּם:
Pour le témoignage de la femme — [attestant] que son mari est mort outre-mer.
תָּנֵי אֶלָּא לְעֵדוּת שֶׁאִשָּׁה כְּשֵׁרָה וּבְעֵדוּת בְּכוֹר נַמֵּי אִשָּׁה כְּשֵׁרָה דְּאָמְרִינַן הִלְכְתָא כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן וְאַפֵּי' בִּתּוֹ:
Enseigne [plutôt] : sauf pour le témoignage dont une femme est apte — or, pour le témoignage de l'aîné aussi une femme est apte, car nous disons que la halakha suit Rabban Chimon [ben Gamliel], et même sa fille [témoigne].
💡 Explication

Rav Achi corrige la baraita : le ouïe-dire vaut pour tout témoignage où une femme est apte — or une femme est justement apte pour l'aîné (la halakha suit Rabban Chimon [ben Gamliel], et même la fille du kohen [témoigne]). Donc le ouïe-dire y est valide.

4
רַב ייֵמַר אַכְשַׁר עֵד מִפִּי עֵד בִּבְכוֹר, קָרֵי עֲלֵיהּ מֵרִימֶר: ״ייֵמַר שָׁרֵי בֻּוכְרָא״. וְהִלְכְתָא: עֵד מִפִּי עֵד כָּשֵׁר לְעֵדוּת בְּכוֹר.

Rav Yeimar déclara apte le témoin rapporté pour l'aîné ; Mareimar l'appela [par dérision] : 'Yeimar qui permet les aînés !'. Et la halakha est : le témoin rapporté est apte pour le témoignage de l'aîné.

📜 Rachi (1)
ייֵמַר שָׁרֵי בֻּוכְרָא ייֵמַר הַמַּתִּיר בְּכוֹרוֹת לְשׁוֹן גְּנַאי:
Yeimar qui permet les aînés — Yeimar le permetteur des aînés : expression de mépris (formule injurieuse).
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב קַטִּינָא סְפֵק בְּכוֹר בְּיַד יִשְׂרָאֵל צָרִיךְ שְׁנַיִם לְהָעִיד עָלָיו. ר"נ אוֹמֵר בְּעָלָיו מְעִידִין עָלָיו. כֹּהֲנִים הוּא דַּחֲשִׁידִי אַמּוּמָא בְּעָלִים יִשְׂרָאֵל לָא חֲשִׁידִי אַמּוּמָא. וְכֵן הִלְכְתָא: אָמַר רָבָא כָּל בְּעָלָיו שֶׁל בְּכוֹר עִמָּנוּ עוֹמְדִין וְנִכְנַס שָׁלֵם וְיָצָא חָבוּל מְעִידִין עָלָיו. וְלָא חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא אֶחָד מִבְּנֵי בַּיִת נִטְמַן בַּבַּיִת וְהֵטִיל בּוֹ מוּם אוֹ שֶׁמָּא חָפְרוּ גֻּומָּא בַּבַּיִת לִיפֹּול בּוֹ. אִיבַּעְיָא לְהוּ עֵד מִפִּי עֵד מַהוּ לְעֵדוּת בְּכוֹר. רַב אַסִּי אָסַר. וְרַב אַשִּׁי שָׁרִי. וַהֲלָכָה עֵד מִפִּי עֵד כָּשֵׁר לְעֵדוּת בְּכוֹר. אָמַר ר' אֶלְעָזָר לֹא הָיוּ מֻוחְזָקִין בּוֹ שֶׁהוּא בְּכוֹר וּבָא וְאָמַר שֶׁהוּא בְּכוֹר וּמוּמוֹ עִמּוֹ נֶאֱמָן. מַאי קמ"ל הַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא הַפֶּה שֶׁהִתִּיר תְּנֵינָא הָאִשָּׁה שֶׁאָמְרָה אֵשֶׁת אִישׁ הָיִיתִי וּגְרוּשָׁה אֲנִי נֶאֱמֶנֶת שֶׁהַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא הַפֶּה שֶׁהִתִּיר. מַהוּ דְּתֵימָא הָתָם הוּא דְּאִי בָּעֵי לֹא אֲמָרָהּ. אֲבָל הָכָא דְּלָא סַגִּי דְּלָא אָמַר דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל. לָאו הַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא. קָא מַשְׁמַע לַן דְּאִי מִשּׁוּם הָכִי שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא דְּמִינְּכַר וַהֲוָה אָכִיל לֵיהּ. יָתֵיב רָבִינָא וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא בְּלֹא גַּבְרָא. אֲמַר לֵיהּ רַב זוּטֵי לְרָבִינָא אָנוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַתְנִינַן לָהּ לְמֵימַר דְּהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ . ר' צָדוֹק הֲוָה לֵיהּ הָהוּא בֻּוכְרָא רְמָא לֵיהּ שְׂעָרֵי בְּסַלֵּי נְצָרִים כָּיֵיל עֵרוּב' פֵּירוּשׁ נְצָרִים עֲרָבָה קְלוּפָה. בַּהֲדֵי דְּקָאֲכִיל אִיבַּזְעִי שְׂפָתֶיהָ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אֲמַר לֵיהּ כְּלוּם חִלַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ. אֲמַר לֵיהּ אִין. בָּא לִפְנֵי ר"ג א"ל לָאו וְהִלְכְתָא כר"ג דְּגָרְסִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא דַּף עח. שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת ר"א זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת לְהַתִּיר בְּכוֹרוֹת אוֹ לֹא. מַאי קָא בָּעוּ לֵיהּ. הָכִי קָמִבַּעְיָא לֵיהּ כִּי הָא דְּאָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין דָּבָר זֶה הִנִּיחוּ לְבֵית הַנָּשִׂיא לְהִתְגַּדֵּל בּוֹ. מַאי צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּזָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה אֵין צָרִיךְ. עָמַד ר' יִצְחָק בֶּן חָקוֹלָא עַל רַגְלָיו וְאָמַר אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר"י בֶּן זִימְרָא שֶׁהָיָה זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה וְעָמַד בְּמַעֲלָה לִפְנֵי זְקֵנוֹ שֶׁל זֶה וְנָטַל רְשׁוּת לְהַתִּיר בְּכוֹרוֹת. אֲמַר לֵיהּ רָבָא לֹא כָּךְ הָיָה הַמַּעֲשֶׂה. ר"י בֶּן זִימְרָא כֹּהֵן הָיָה וְהָכִי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ. הֲלָכָה כְּר"מ דְּאָמַר הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ. אוֹ דִּלְמָא הֲלָכָה כְּרשב"ג דְּאָמַר נֶאֱמָן עַל שֶׁל חֲבֵירוֹ וְאֵינוֹ נֶאֱמָן עַל שֶׁל עַצְמוֹ. וּפָשַׁט לֵיהּ דְּהִלְכְתָא כר"ג דְּאָמַר לֹא חִלַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ וְאַפֵּי' זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה. וְעוֹד הֵבִיא ה"ר יוֹנָה זַ"ל רְאָיָה מִדְּאָמַר לְעֵיל א"ל רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי לר"מ דְּאָמַר חָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ וְאָמַר ר"מ כו' שָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ דְּדַייָּנִים וַחֲבֵרִים כֹּהֲנִים חֲשִׁידִי אַמּוּמָא וּמִדְּקָאָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא בְּלִישָּׁנָא דְּתֵימַהּ אַלְמָא מִלְּתָא פְּשִׁיטוּתָא הִיא וְהִלְכְתָא כר"ג:
Rav Hisda dit au nom de Rav Ketina : un aîné douteux (safek bekhor) entre les mains d'un israélite requiert deux [témoins] pour attester à son sujet. Rav Nahman dit : son propriétaire [seul] atteste à son sujet, car ce sont les kohanim qui sont soupçonnés sur les défauts (mumin), tandis que les propriétaires israélites ne le sont pas. Et telle est la halakha. Rava dit : tant que tous les propriétaires de l'aîné se tiennent avec nous, et qu'[l'animal] est entré intact et est sorti blessé, on atteste à son sujet ; et l'on ne craint pas qu'un des membres de la maisonnée se soit caché dans la maison pour lui provoquer un défaut, ou qu'on ait creusé une fosse dans la maison pour l'y faire tomber. Une question fut posée : le témoin rapporté (ed mi-pi ed) est-il [valide] pour le témoignage de l'aîné ? Rav Assi interdit et Rav Achi permet. Et la halakha : le témoin rapporté est apte pour le témoignage de l'aîné. R. Elazar dit : [si] on ne le tenait pas établi comme aîné, et que [quelqu'un] vient et dit 'c'est un aîné et son défaut est avec lui', il est cru. Que nous apprend-il ? [Le principe :] la bouche qui a interdit est la bouche qui a permis (hafé che-assar hou hafé che-hitir) — nous l'avons déjà appris [dans la michna :] la femme qui dit 'j'étais mariée et je suis divorcée' est crue, car la bouche qui a interdit est celle qui a permis ! On pourrait dire : là [pour la femme], c'est que si elle voulait, elle ne l'aurait pas dit [du tout] ; mais ici, où il ne peut faire autrement que de le dire, car il ne mangerait pas de saintetés dehors — [ce n'est] pas [un cas de] 'la bouche qui a interdit', [pensé-t-on]. Il nous apprend que, si c'était pour cela [qu'il ment], il lui aurait provoqué un défaut visible (nikkar) et l'aurait mangé [sans nous consulter]. Ravina siégeait et enonçait cette halakha sans [en nommer] l'auteur (be-la gavra). Rav Zoti dit à Ravina : nous, nous l'enseignons au nom de R. Elazar — pour dire que la halakha suit son avis. R. Tsadok avait un aîné ; il lui déposa de l'orge dans des paniers d'osier — kayil arouva (explication : nitsrim = branches d'osier écorcées) — et pendant qu'il mangeait, sa lèvre se fendit. Il vint devant R. Yehochoua ; celui-ci lui dit : avons-nous distingué en quoi que ce soit entre haver et am ha-arets ? Il lui dit : oui. Il vint devant Rabban Gamliel, qui lui dit : non. Et la halakha suit Rabban Gamliel. Car nous apprenons au dernier chapitre de Yoma (78a) : les élèves demandèrent à R. Elazar : un ancien qui siège à la yechiva doit-il obtenir une autorisation pour permettre les aînés, ou non ? Que demandaient-ils au juste ? Ceci : comme le dit Rav Idi bar Avin, cette matière fut laissée à la maison du Nassi pour qu'elle s'y distingue (le-hitgadel bo) — faut-il donc une autorisation, ou bien, puisqu'il est ancien et siège à la yechiva, n'en faut-il pas ? R. Yits'hak ben Hakoula se leva et dit : moi j'ai vu R. Yossi ben Zimra qui était ancien et siégeait à la yechiva, et qui se leva à un degré [d'honneur] devant l'aïeul de celui-ci, et obtint l'autorisation de permettre les aînés. Rava lui dit : ce n'est pas ainsi que l'affaire s'est passée ; R. Yossi ben Zimra était kohen, et voici ce qu'on demandait : la halakha suit-elle R. Meir, qui dit que le soupçonné sur une chose ne la juge ni n'en témoigne, ou bien Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit qu'il est cru sur [le bien] d'autrui mais non sur le sien ? Et l'on trancha pour lui que la halakha suit Rabban Gamliel, qui dit 'nous n'avons pas distingué entre haver et am ha-arets', et cela même pour un ancien siégeant à la yechiva. Rabbenou Yona apporte encore une preuve de ce qui est dit plus haut : Rav Papa dit à Abaye — selon R. Meir qui dit que le soupçonné sur une chose ne la juge ni n'en témoigne, et que R. Meir dit [que soupçonné d'une chose, soupçonné de tout] — nous en déduisons que les juges et les haverim kohanim sont soupçonnés sur les défauts ; et du fait que Rav Papa lui parle sur un ton d'étonnement, il ressort que c'est chose évidente, et la halakha suit Rabban Gamliel.
💡 Explication

Cas pratique : Rav Yeimar valide le ouïe-dire pour l'aîné, ce que Mareimar raille ('Yeimar le permetteur d'aînés' — surnom moqueur). Mais la halakha tranchée lui donne raison : le ouïe-dire est apte pour l'aîné.

5
אָמַר רַבִּי אִילְעָא: לֹא הָיוּ מֻוחְזָקִין בּוֹ שֶׁהוּא בְּכוֹר, וּבָא אֶחָד וְאָמַר שֶׁהוּא בְּכוֹר וּמוּמוֹ עִמּוֹ — נֶאֱמָן.

R. Ilaa dit : [si] on ne le tenait pas établi comme aîné, et que quelqu'un vient et dit 'c'est un aîné et son défaut est avec lui (mumo imo : le défaut n'a pas été provoqué exprès)' — il est cru.

📜 Rachi (2)
לֹא הָיוּ מֻוחְזָקִין בָּטְלָה שֶׁהוּא בְּכוֹר וּבָא כֹּהֵן בְּעָלָיו וְאָמַר בְּכוֹר הוּא זֶה וּמוּמוֹ עִמּוֹ שֶׁלֹּא הֻוטַּל מוּם זֶה בְּכַווָּנָה וְאָתֵי לְאַחְווֹיֵי לְחָכָם אִי קָבוּעַ הוּא אִי עוֹבֵר הוּא:
On ne le tenait pas établi — que cet [animal du] troupeau est un aîné ; le kohen, son propriétaire, vient et dit 'celui-ci est un aîné et son défaut est avec lui', c'est-à-dire que ce défaut n'a pas été provoqué avec intention, et il vient le montrer au 'hakham [pour savoir] si [le défaut] est permanent (kavoua) ou passager (over).
נֶאֱמָן דְּהַפֶּה שֶׁאָסַר וְאָמַר בְּכוֹר הוּא הִתִּיר וְאָמַר מוּמוֹ עִמּוֹ:
Il est cru — car la bouche qui a interdit, en disant 'c'est un aîné', est celle qui a permis, en disant 'son défaut est avec lui'.
💡 Explication

Enonce de R. Ilaa : quand l'animal n'était pas connu comme aîné, et que le kohen vient déclarer 'c'est un aîné et son défaut est venu tout seul', il est cru — car c'est sa propre bouche qui révèle les deux faits.

6
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן, שֶׁהַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא הַפֶּה שֶׁהִתִּיר? תְּנֵינָא: הָאִשָּׁה שֶׁאָמְרָה ״אֵשֶׁת אִישׁ הָיִיתִי וּגְרוּשָׁה אֲנִי״ נֶאֱמֶנֶת, שֶׁהַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא הַפֶּה שֶׁהִתִּיר!

Que nous apprend-il, [sinon le principe] que la bouche qui a interdit est celle qui a permis ? Nous l'avons déjà appris : la femme qui dit 'j'étais mariée et je suis divorcée' est crue, car la bouche qui a interdit est celle qui a permis !

📜 Rachi (2)
אֵשֶׁת אִישׁ הָיִיתִי וְלֹא הָיִינוּ מֻוחְזָקִין בָּהּ שֶׁהִיא אֵשֶׁת אִישׁ מֵעוֹלָם:
J'étais mariée — alors que nous ne la tenions nullement pour établie comme femme mariée.
נֶאֱמֶנֶת וּמֻותֶּרֶת לְהִנָּשֵׂא:
Elle est crue — et il lui est permis de se remarier.
💡 Explication

Objection : R. Ilaa n'énonce que le principe connu hafé che-assar hou hafé che-hitir (la bouche qui a interdit est celle qui a permis) — déjà enseigné dans la michna sur la femme qui déclare avoir été mariée puis divorcée (elle-même est la seule source des deux faits).

7
מַהוּ דְתֵימָא: הָתָם הוּא דְּאִי בָּעֲיָא לָא אָמְרָה. אֲבָל הָכָא, דְּלָא סַגִּיא דְּלָא אָמְרָה, דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל,

On aurait pu penser : là [pour la femme], c'est que, si elle voulait, elle ne l'aurait pas dit ; mais ici, où il ne peut faire autrement que de le dire — car il ne mangerait pas des saintetés (kodachim) dehors —,

📜 Rachi (2)
דְּאִי בָּעֲיָא לָא אָמְרָה כְּלוֹמַר אִי הֲוָה חֲשִׁידָא לְהִינָּשֵׂא בְּחַיֵּי בַּעֲלָהּ בְּלֹא גֵּירוּשִׁין הֲוָה שָׁתְקָה וְלֹא אָמְרָה אֵשֶׁת אִישׁ הָיִיתִי דְּהָא בִּפְנוּיָה מַחְזְקִינַן לָהּ:
Si elle voulait, elle ne l'aurait pas dit — c'est-à-dire : si elle avait été soupçonnée de vouloir se remarier du vivant de son mari sans divorce, elle se serait tue et n'aurait pas dit 'j'étais mariée', car nous la tenons [par défaut] pour célibataire.
אֲבָל הָכָא בִּבְכוֹר דְּלָא סַגְיָא דְּלָא אָמַר בְּכוֹר הוּא דְּלֵימָא לֵיהּ חָכָם מוּם קָבוּעַ הוּא אוֹ עוֹבֵר דְּקָדָשִׁים תְּמִימִים אֵין הַכֹּהֵן נֶחְשָׁד לֶאֱכֹול בַּחוּץ דְּבַר כָּרֵת הוּא אֲבָל נֶחְשָׁד לְהַטִּיל בּוֹ מוּם דְּלָאו בְּעָלְמָא הוּא וְלֹא יְהֵא נֶאֱמָן קמ"ל דְּנֶאֱמָן:
Mais ici — pour l'aîné, où il ne peut faire autrement que de dire 'c'est un aîné' pour que le 'hakham lui dise si le défaut est permanent ou passager ; car des saintetés intactes (temimim), le kohen n'est pas soupçonné d'en manger dehors, chose passible de karet — mais il est soupçonné de [lui] provoquer un défaut, ce qui n'est qu'une simple [transgression] ; [aussi] ne devrait-il pas être cru — il nous apprend qu'il est cru.
💡 Explication

Nuance : le cas de la femme est plus fort, car elle aurait pu se taire (rien ne l'obligeait à se dire mariée). Le kohen, lui, doit forcément déclarer 'c'est un aîné' pour le faire examiner : il ne peut le manger dehors sans autorisation (interdit de karet). On aurait donc cru le principe inapplicable à lui.

8
אֵימָא: לָא הַפֶּה שֶׁאָסַר הוּא, קָא מַשְׁמָע לַן, דְּאִי מִשּׁוּם הָכִי — הֲוָה שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא דְּנִיכָּר וְאָכֵיל לֵיהּ.

je dirais [donc] : ce n'est pas [un cas de] 'la bouche qui a interdit'. [R.

Ilaa] nous apprend [pourtant qu'il est cru], car si c'était pour cela [qu'il mentait], il [lui] aurait provoqué un défaut visible (nikkar) et l'aurait mangé.

📜 Rachi (1)
דְּאִם כֵּן דְּהוּא הֵטִיל בּוֹ מוּם הֲוָה שְׁדֵי בֵּיהּ מוּם הַנִּיכָּר אַפֵּי' לְעַם הָאָרֶץ שֶׁהוּא מוּם וְתוּ לָא הֲוָה בָּעֵי לְמִיְתֵּי קַמַּן וּלְמֵימַר בְּכוֹר הוּא דְּהָא אֵין אָדָם אַחֵר יוֹדֵעַ שֶׁהוּא בְּכוֹר וּבְקָדָשִׁים בַּחוּץ נָמֵי לֵיכָּא לְסִפּוּקֶיהָ דְּהָא מוּם נִיכָּר שְׁדָא בֵּיהּ וְהֵיכָא דַּאֲנַן יוֹדְעִין שֶׁהוּא בְּכוֹר לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי דְּבַעַל כָּרְחֲךָ אָתֵי לְקַמָּן דְּאִי הֲוָה שָׁחֵיט לֵיהּ בְּלֹא מֻומְחֶה כֵּיוָן דְּכֻולֵּי עָלְמָא יָדְעִי שֶׁהוּא בְּכוֹר הָווּ חָשְׁדִי לֵיהּ:
Car si [c'était le cas] — s'il [lui] avait provoqué le défaut, il [lui] aurait provoqué un défaut visible même pour un ignorant (am ha-arets), [reconnu] comme un défaut, et il n'aurait alors pas eu besoin de venir devant nous dire 'c'est un aîné' — car nul autre ne sait que c'est un aîné, et pour les saintetés dehors non plus il n'y a pas lieu de le soupçonner, puisqu'il [lui] a provoqué un défaut visible. Et là où nous savons [par ailleurs] que c'est un aîné, on ne peut dire cela [ce raisonnement ne tient pas], car il doit forcément venir devant nous : s'il l'abattait sans expert, comme tout le monde sait que c'est un aîné, on le soupçonnerait.
💡 Explication

Réponse de R. Ilaa : le kohen est bien cru. Preuve : s'il voulait tricher, il aurait provoqué un défaut visible par tous (même un ignorant), et l'aurait mangé sans venir nous consulter — puisque personne d'autre ne sait que c'est un aîné. Le fait qu'il vienne montrer l'animal prouve sa bonne foi.

9
מַתְקֵיף לַהּ מָר בַּר רַב אָשֵׁי: מַאי שְׁנָא מֵהָהוּא גַּבְרָא דְּאוֹגַר לֵיהּ חַמְרָא לְחַבְרֵיהּ, וַאֲמַר לֵיהּ: לָא תֵּיזִיל בְּאוֹרְחָא דִּנְהַר פְּקוֹד דְּאִיכָּא מַיָּא, זִיל בְּאוֹרְחָא דְּנָרָשׁ דְּלֵיכָּא מַיָּא. אָזַל בְּאוֹרְחָא דִּנְהַר פְּקוֹד וּמִית חַמְרָא, וַאֲתָא וַאֲמַר לֵיהּ: בְּאוֹרְחָא דִּנְהַר פְּקוֹד אָזְלִי, וּמִיהוּ מַיָּא לָא הֲווֹ.

Mar bar Rav Achi objecte : en quoi cela diffère-t-il de [l'histoire de] cet homme qui loua un âne à son compagnon et lui dit : 'ne va pas par la route du fleuve Pekod, où il y a de l'eau ; va par la route de Neresh, où il n'y a pas d'eau'. [Le loueur] alla par la route du fleuve Pekod et l'âne mourut ; il revint et [lui] dit : 'je suis bien allé par la route du fleuve Pekod, mais il n'y avait pas d'eau' [donc l'âne est mort d'autre chose].

💡 Explication

Objection par analogie : un homme loue un âne avec consigne d'éviter la route inondée. Le locataire prend cette route ; l'âne meurt ; il affirme qu'il n'y avait pas d'eau (donc il n'est pas responsable). La comparaison va servir à discuter le principe 'pourquoi mentirait-il ?'.

10
וְאָמַר רָבָא: מַה לּוֹ לְשַׁקֵּר, אִי בָּעֵי אָמַר: בְּאוֹרְחָא דְּנָרָשׁ אָזְלִי. וְאָמַר אַבַּיֵּי: ״מַה לּוֹ לְשַׁקֵּר״ בִּמְקוֹם עֵדִים לָא אָמְרִינַן.

Et Rava dit : [il est cru] par [le raisonnement] 'quel intérêt aurait-il à mentir ?' (ma lo le-chaker), car s'il voulait [mentir], il aurait dit 'je suis allé par la route de Neresh'. Et Abaye dit : '[le raisonnement] quel intérêt a-t-il à mentir', en présence de témoins, nous ne le disons pas.

📜 Rachi (1)
בִּמְקוֹם עֵדִים דַּאֲנַן סָהֲדֵי דְּכָל שַׁעְתָּא אִיכָּא מַיָּא וה"נ כֵּיוָן דַּאֲנַן סָהֲדֵי דְּכֹהֲנִים חֲשׁוּדִים עַל הַמּוּמִין לָא נֵימָא מַה לִּי לְשַׁקֵּר:
En présence de témoins — car nous [sommes] témoins qu'il y a toujours de l'eau [sur cette route] ; et de même ici, puisque nous [sommes] témoins que les kohanim sont soupçonnés sur les défauts, ne disons pas 'quel intérêt a-t-il à mentir'.
🗂️ Tossefot (1)
וַאֲמַר רָבָא מַה לוֹ לְשַׁקֵּר רַבָּה גָּרְסִינַן שֶׁהָיָה רַבּוֹ שֶׁל אַבַּיֵּי וְלֹא רָבָא דְּרָבָא אִית לֵיהּ בְּהֶדְיָא בְּחֶזְקַת הַבָּתִּים (ב"ב דַּף לג:) דְּמַה לוֹ לְשַׁקֵּר בִּמְקוֹם עֵדִים לָא אָמְרִינַן דְּאָמַר דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא לָא סְבִירָא לְהוּ הָא דְּרַב חִסְדָּא כו':
'Et Rava dit : quel intérêt a-t-il à mentir' — il faut lire 'Rabba' (et non Rava), lui qui fut le maître d'Abaye, et non Rava, car Rava tient explicitement, dans [le chapitre] 'Hezkat ha-batim' (Baba Batra 33b), que '[le raisonnement] quel intérêt a-t-il à mentir en présence de témoins, nous ne le disons pas' — [car] il dit qu'Abaye et Rava ne tiennent pas cet [avis] de Rav Hisda, etc.
💡 Explication

Rava : le locataire est cru par le principe ma lo le-chaker (quel intérêt a-t-il à mentir ?) — il aurait pu inventer qu'il avait pris la route sûre. Abaye objecte : ce principe ne vaut pas en présence de témoins ; or il est notoire (anan sahadei) qu'il y a toujours de l'eau sur cette route — de même que les kohanim sont notoirement soupçonnés sur les défauts.

11
הָכִי הַשְׁתָּא?! הָתָם וַדַּאי אִיכָּא מַיָּא, הָכָא וַדַּאי שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא — חֲשָׁשָׁא הוּא, וּבִמְקוֹם חֲשָׁשָׁא אָמְרִינַן ״מַה לּוֹ לְשַׁקֵּר״. יָתֵיב רָבִינָא וְקָאָמַר לְהַאי שְׁמַעְתָּא בְּלָא גַּבְרָא, אֲמַר לֵיהּ רָבָא זוּטֵי לְרָבִינָא: אֲנַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אִילְעָא מַתְנִינַן לַהּ.

Comment [comparer] ainsi ?! Là-bas, il y a certainement de l'eau ; ici, [dire] qu'il [lui] a certainement provoqué le défaut — c'est [seulement] un soupçon (chachacha), et en cas de soupçon nous disons bien 'quel intérêt a-t-il à mentir'.

Ravina siégeait et enonçait cette halakha sans [en nommer] l'auteur (be-la gavra) ; Rava Zoti lui dit : nous, nous l'enseignons au nom de R. Ilaa.

📜 Rachi (3)
הָכָא וַדַּאי שְׁדָא בֵּיהּ מוּמָא בִּתְמִיהַּ:
Ici il [lui] a certainement provoqué le défaut — sur un ton d'étonnement [rhétorique : rien n'est certain].
לְהָא שְׁמַעְתָּא דר' אִילְעַאי:
Cette halakha — [celle] de R. Ilaa.
בְּלָא גַבְרֵי בִּסְתָמָא אֲמַר לֵיהּ לֹא הָיוּ מֻוחְזָקִין בּוֹ שֶׁהוּא בְּכוֹר כו':
Sans [en nommer] l'auteur (be-la gavri) — il l'enonçait de manière anonyme : 'on ne le tenait pas établi comme aîné, etc.'.
💡 Explication

Réfutation : les cas diffèrent. Pour la route, l'eau est certaine (témoignage effectif) ; pour l'aîné, ce n'est qu'un soupçon (chachacha), et là, on applique bien 'pourquoi mentirait-il ?'. Note de transmission : Ravina enonçait la halakha anonymement ; Rava Zoti précise qu'on l'attribue à R. Ilaa.

12
רַבִּי צָדוֹק הֲוָה לֵיהּ בֻּוכְרָא, רְמָא לֵיהּ שְׂעָרֵי בְּסַלֵּי, בַּהֲדֵי דְּקָאָכֵיל אִיבְּזַע שִׂיפְתֵּיהּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, אָמַר לוֹ: כְּלוּם חִילַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ? אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: הֵן.

R. Tsadok avait un aîné ; il lui déposa de l'orge dans des paniers [d'osier], et pendant qu'il mangeait sa lèvre se fendit.

Il vint devant R. Yehochoua [et] lui dit : avons-nous distingué en quoi que ce soit entre haver (érudit) et am ha-arets (ignorant) ?

R. Yehochoua lui dit : oui.

📜 Rachi (2)
כְּלוּם חִילַּקְנוּ בֵּין כֹּהֵן חָבֵר לְכֹהֵן עַם הָאָרֶץ וּמִי חָשְׁדִינַן אֲנָא לְמִישְׁדֵּי בֵּיהּ מוּמָא בְּכַווָּנָה כְּכֹהֵן עַם הָאָרֶץ:
Avons-nous distingué entre kohen haver et kohen am ha-arets — c'est-à-dire : me soupçonne-t-on, moi, de [lui] provoquer un défaut avec intention, comme un kohen ignorant ?
הֵן חָלַקְנוּ וְלֹא חֲשִׁידַתְּ:
Oui — nous avons distingué, et tu n'es pas soupçonné.
💡 Explication

Début de l'incident : R. Tsadok (kohen érudit) a un aîné dont la lèvre se fend accidentellement en mangeant l'orge dans un panier d'osier rigide. Il demande à R. Yehochoua si l'on distingue le kohen haver (érudit, non soupçonné) de l'am ha-arets. Réponse : oui.

13
אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל, אָמַר לוֹ: חִילַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ? אָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: לֹא. אָמַר לוֹ: (וְהָא) [וַהֲלֹא] רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אָמַר לִי הֵן! אָמַר לוֹ: הַמְתֵּן עַד שֶׁיַּעֲלוּ בַּעֲלֵי תְרִיסִין לְבֵית הַמִּדְרָשׁ.

Il vint [ensuite] devant Rabban Gamliel [et] lui dit : avons-nous distingué entre haver et am ha-arets ? Rabban Gamliel lui dit : non.

Il lui dit : mais R. Yehochoua m'a dit 'oui' !

Il lui dit : attends que montent les 'porteurs de boucliers' (baalei terisin) au beit ha-midrach.

📜 Rachi (1)
בַּעֲלֵי תְּרִיסִין מְגִינִּים. תַּלְמִידֵי חֲכָמִים הַנִּלְחָמִים בַּמִּלְחָמָה שֶׁל תּוֹרָה:
Les porteurs de boucliers (baalei terisin) — les [porteurs de] boucliers protecteurs : [métaphore des] talmidei hakhamim qui combattent dans la guerre de la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
בָּא לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל אָמַר לֵיהּ לָאו וַהֲלָכָה כֵּן הוּא דְּאֵין חִילּוּק בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ דִּבְפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עח.) גַּבֵּי ר' יוֹסֵי בֶּן זִימְרָא דְּכֹהֵן הֲוָה וּמִיבַּעְיָא לֵיהּ אִי הֲלָכָה כְּר' מֵאִיר דְּאָמַר חָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ אִי כְּרַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר נֶאֱמָן עַל שֶׁל חֲבֵירוֹ ש"מ דִּלְרַבִּי מֵאִיר לֹא הָיָה מַתִּיר אע"פ שֶׁהָיָה חָבֵר:
'Il vint devant Rabban Gamliel [qui] lui dit : non' — et telle est la halakha : il n'y a pas de distinction entre haver et am ha-arets. Car au dernier chapitre de Yoma (78a), à propos de R. Yossi ben Zimra qui était kohen et pour qui l'on se demandait si la halakha suit R. Meir (le soupçonné sur une chose ne la juge ni n'en témoigne) ou Rabban Chimon ben Gamliel (il est cru sur [le bien] d'autrui) — on en déduit que, selon R. Meir, il n'aurait pas permis [l'aîné] bien qu'il fut haver.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי לֵר' מֵאִיר דְּאָמַר הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר לֹא דָּנוֹ וְלֹא מְעִידוֹ ואר"מ חָשׁוּד לְדָבָר אֶחָד חָשׁוּד לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ הָנֵי כָּהֲנֵי הָכִי נָמֵי דְּלָא דָּיְינִי. וכ"ת הָכִי נָמֵי דְּלָא דָּייְנִי דִּינָא. הָא כְתִיב עַל פִּיהֶם יִהְיֶה כָּל רִיב וְכָל נָגַע. אֵימוֹר דְּאָמַר רַבִּי מֵאִיר לַחֲשָׁשָׁא בְּעָלְמָא רֻובָּא לְאַחְזוֹקִינְהוּ מִי אָמַר. מַשְׁמַע דְּאַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר קָאָמַר אַבַּיֵּי וְלֵיהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ. אֶלָּא אֲפִי' מֻוחְזָק עוֹבֵר עַל דָּבָר אֶחָד אֵין חָשׁוּד לְכָל הַתּוֹרָה. אע"ג דִּבְפֶ' זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף כז.) קָאָמַר אַבַּיֵּי עֲבַרְיָין אוֹכֵל נְבֵילוֹת לְהַכְעִיס פָּסוּל לְעֵדוּת וּמוּקִי לָהּ כְּרַבִּי מֵאִיר וקי"ל כְּוָותֵיהּ ביע"ל קג"ם הַייְנוּ דַּוְקָא לְעִנְיַן עֵדוּת דְּרַחֲמָנָא אָמַר שְׁמוֹת כג אַל תָּשֶׁת יָדְךָ עִם רָשָׁע לִהְיֹות עֵד אֲבָל בִּשְׁאָר מִילֵּי לָא חֲשִׁיד דְּהָא הִלְכְתָא הָתָם כר"מ מִשּׁוּם דְּסָתַם לָן תַּנָּא כר"מ כָּל עֵדוּת שֶׁאֵין הָאִשָּׁה כְּשֵׁרָה לָהּ אַף הֵן אֵינָן כְּשֵׁרִין לָהּ וּבִשְׁאָר מִילֵּי סָתַם לָן כְּרַבָּנָן. כְּדִתְנַן בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף ל.) הֶחָשׁוּד עַל הַשְּׁבִיעִית אֵינוֹ חָשׁוּד עַל הַמַּעַשְׂרוֹת וּמִיהוּ הֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר הֶחָמוּר חָשׁוּד עַל הַקַּל מִמֶּנּוּ וַאֲפִילּוּ לְרַבָּנָן. כִּדְאָמְרִינַן בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל שָׁם אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר ר' יוֹחָנָן זוֹ דִּבְרֵי ר' עֲקִיבָא סְתִימְתָּאָה אֲבָל חֲכָמִים אָמְרוּ הֶחָשׁוּד עַל הַשְּׁבִיעִית חָשׁוּד עַל הַמַּעַשְׂרוֹת. וּמַאן חֲכָמִים ר' יְהוּדָה הִיא דִּבְאַתְרֵיהּ דָּר' יְהוּדָה חֲמִירָא לְהוּ שְׁבִיעִית. וְחָמוּר וְקַל דְּקָאָמְרִינַן לֹא שֶׁזֶּה לָאו וְזֶה עֲשֵׂה. אֶלָּא הַאי הוּא דַּחֲמִיר לְאִינָשֵׁי וּזְהִירִי בֵּיהּ וְהַאי לָא זְהִירִי בֵּיהּ וּבְהַאי גַּווְנָא הוּא דְּמַחְזְקִינַן לֵיהּ כְּחָשׁוּד מִזּוֹ לְזוֹ וְלֹא דְּחֻומְרָא וְקֻולָּא דַּעֲבֵירָה עַצְמָהּ שָׁם דִּתְנַן הֶחָשׁוּד עַל הַמַּעֲשֵׂר אֵינוֹ חָשׁוּד עַל הַשְּׁבִיעִית ואע"ג דְּמַעֲשֵׂר וַדַּאי חָמוּר מִשְּׁבִיעִית דִּשְׁבִיעִית לָאו הַבָּא מִכְּלַל עֲשֵׂה הוּא. דִּכְתִיב לְאָכְלָהּ וְדָרְשִׁינַן ע"ז דַּף סב. לְאָכְלָהּ וְלֹא לִסְחוֹרָה אַלְמָא כֵּיוָן דְּאִיכָּא דַּחֲמִירָא לֵיהּ שְׁבִיעִית דְּלֵית לֵיהּ פִּדְיוֹן וְאִיכָּא דַּחֲמִירָא לֵיהּ מַעֲשֵׂר דְּבָעֵי חוֹמָה לָא מַחְזְקִינַן לֵיהּ חָשׁוּד מִזּוֹ לְזוֹ. וּבְאַתְרֵיהּ דְּר' יְהוּדָה דַּחֲמִירָא לְהוּ שְׁבִיעִית הֶחָשׁוּד עָלֶיהָ חָשׁוּד עַל הַמַּעֲשֵׂר. וְהֶחָשׁוּד עַל הַדָּבָר אֵין לוֹקְחִין מִמֶּנּוּ כָּל דָּבָר הַשַּׁיָּיךְ לְאוֹתוֹ עִנְיָן שֶׁהוּא חָשׁוּד עָלָיו כְּדִתְנַן בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף כט:) הֶחָשׁוּד לִהְיוֹת מוֹכֵר תְּרוּמָה לְשֵׁם חֻולִּין אֵין לוֹקְחִין מִמֶּנּוּ אַפֵּי' מַיִם וּמֶלַח דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ זִיקַּת תְּרוּמָה וּמַעֲשֵׂר אֵין לוֹקְחִין מִמֶּנּוּ וְאָמַר עֲלָהּ בַּגְּמָרָא הָהוּא טַבָּחָא דַּהֲוָה חָשׁוּד לְזַבּוֹנֵי תַּרְבָּא דְּאַטְמָא בְּמַר דְּכַנְתָּא קַנְסֵיהּ רָבָא לְזָבוֹנֵיהּ אַפֵּי' אַמְגּוֹזֵי. א"ל רַב פָּפָּא לְרָבָא וְאָמְרִי לַהּ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה לְרָבָא וְאָמְרִי לַהּ רָבִינָא לְרָבָא כְּמַאן כְּר' יְהוּדָה אִי כר"י אַפֵּי' מַיִם וּמֶלַח נָמֵי. לְעוֹלָם כְּר' שִׁמְעוֹן בְּאִסּוּרָא גּוּפָא הוּא דְּקָנְסִינַן לֵיהּ סְתָם דַּרְדְּקֵי גֵּרֵי לְהוּ בְּאַמְגּוֹזֵי וְאָזֵיל וּמְשַׁבֵּשׁ לְהוּ לִבְנֵי טַבָּחָא וְגֵרֵי לְהוּ בְּאַמְגּוֹזֵי וּמַיְיתִי לֵהּ תַּרְבָּא דְּאַטְמָא וּמְזַבֵּין לֵיהּ בְּמַר דְּכַנְתָּא. וְשָׁמְעִינַן מֵהָא דַּהֲלָכָה כר"ש. אֲבָל בְּמַיִם וּמֶלַח לָא קָנְסִינַן לֵיהּ: הֶחָשׁוּד עַל שְׁנֵי דְּבָרִים וְחָזַר בּוֹ וּבָא לִפְנֵי חֲכָמִים וְקִבֵּל עָלָיו שֶׁלֹּא יַעֲבֹור עוֹד וְיֵצֵא מִידֵי חֲשָׁד וְאַחַ"כּ נֶחְשַׁד עַל אֶחָד מֵהֶן אָמְרִינַן שֶׁחָזַר לְסוֹרוֹ עַל שְׁנֵיהֶם וְחָשׁוּד עֲלֵיהֶם אע"פ שֶׁלֹּא נֶחְשַׁד בָּאַחֲרוֹנָה אֶלָּא בְּקַל שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם הָוֵי חָשׁוּד אַף עַל הֶחָמוּר כְּדִתְנַן בְּפֶ' דִּלְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף ל.) וְיֵשׁ שֶׁהוּא חָשׁוּד עַל הַטְּהָרוֹת וְאֵינוֹ חָשׁוּד לֹא עַל זֶה וְלֹא עַל זֶה. פִּי' לֹא עַל הַמַּעֲשֵׂר וְלֹא עַל הַשְּׁבִיעִית וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא בַּגְּמָרָא דִּנְהִי דְּאַדְּרַבָּנָן חָשׁוּד אַדְּאוֹרָיְיתָא לֹא חָשׁוּד. וּפָרִיךְ עֲלָהּ מִבָּרַייְתָא דְּתַנְיָא נֶאֱמָן עַל הַטְּהָרוֹת נֶאֱמָן עַל הַשְּׁבִיעִית הָא חָשׁוּד חָשׁוּד. א"ר אִלְעַאי מַתְנֵי' כְּשֶׁרְאִינוּהוּ נוֹהֵג בְּצִנְעָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. ר' יַנַּאי בַּר' יִשְׁמָעֵאל אָמַר בָּרַיְיתָא כְּגוֹן דַּהֲוָה חֲשִׁיד לְתַרְוַיְיהוּ וַאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּנָן וְקַבֵּיל אַתַּרְוַיְיהוּ וַהֲדַר אֵיחָשֵׁיד לְחַד מִינַּייְהוּ דְּאָמְרִינַן מִגּוֹ דַּחֲשִׁיד אַהָא חֲשִׁיד נָמֵי אַאִידַּךְ. וְאַפֵּי' נֶחְשַׁד אַטְּהָרוֹת דְּרַבָּנָן חֲשִׁיד אַף אַשְּׁבִיעִית דְּאוֹרָיְיתָא. וְהָא דְּקָאָמַר רַבָּנָן בְּעַם הָאָרֶץ שֶׁקִּבֵּל עָלָיו דִּבְרֵי חֲבֵירוּת וְנֶחְשַׁד לְדָבָר אֶחָד שֶׁאֵין חָשׁוּד אֶלָּא לְאוֹתוֹ דָּבָר. הָתָם מִשּׁוּם דְּמֵעִיקָּרָא קֹודֶם שֶׁקִּבֵּל עָלָיו דִּבְרֵי חֲבֵירוּת לָא הֲוָה חָשׁוּד אֶלָּא מִתּוֹרַת סְתָם עַם הָאָרֶץ. וְסֻוגְיָא דְּסוֹף הַנִּיזָּקִין דְּחָשׁוּד עַל הַטְּהָרוֹת אֵינוֹ חָשׁוּד עַל הַמַּעֲשֵׂר דְּאוֹרָיְיתָא אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא רְאִינוּהוּ נוֹהֵג בְּצִינְעָא וְהַיְינוּ כְּשִׁינּוּיָא דְּרַבִּי יַנַּאי בַּר' יִשְׁמָעֵאל. ה"ר יוֹנָה זַ"ל טז יז יח יט
Rav Papa dit à Abaye : selon R. Meir, qui dit que le soupçonné sur une chose ne la juge ni n'en témoigne, et que R. Meir dit que 'soupçonné d'une chose, soupçonné de toute la Torah' — ces kohanim aussi ne devraient donc pas juger ! Et si tu dis qu'en effet ils ne jugent pas, [c'est impossible :] il est écrit 'sur leur parole sera tout litige et toute plaie' ! [Réponse :] on peut dire que R. Meir a parlé par simple précaution (le-chachacha) pour la majorité, mais pour les établir [comme faussaires certains] (le-ahzukinhu), l'a-t-il dit ? Cela implique qu'Abaye parle selon [l'avis de] R. Meir, mais que lui-même ne tient pas ainsi : même celui qui est établi comme transgressant une seule chose n'est pas soupçonné sur toute la Torah. Et bien qu'au chapitre 'Ze borer' (Sanhédrin 27a) Abaye dise 'un transgresseur qui mange des nevelot pour défier est disqualifié pour le témoignage', et l'établisse selon R. Meir, et que nous tranchions comme lui [par le mnémotechnique] 'ba-YA''L KaGa''M' — cela vaut uniquement pour le témoignage, car le Miséricordieux a dit (Ex 23) 'ne place pas ta main avec un méchant pour être témoin' ; mais pour les autres matières il n'est pas soupçonné. Car la halakha [en Sanhédrin] suit R. Meir parce que le tanna nous a enseigné anonymement selon R. Meir : 'tout témoignage dont une femme n'est pas apte, eux non plus n'y sont pas aptes' ; mais pour les autres matières, l'anonyme suit les Sages. Comme nous l'avons appris au chapitre précédent (Bekhorot 30a) : le soupçonné sur la [chemita de la] septième année n'est pas soupçonné sur les dîmes (maasrot). Toutefois, le soupçonné sur la chose grave est soupçonné sur la [chose] plus légère qu'elle, et cela même selon les Sages, comme il est dit au chapitre précédent : Rabba bar bar Hana dit au nom de R. Yo'hanan — ceci est l'avis de R. Akiva anonyme, mais les Sages ont dit : le soupçonné sur la septième année est soupçonné sur les dîmes ; et qui sont 'les Sages' ? C'est R. Yehouda, car dans le lieu de R. Yehouda la septième année leur était grave. Et [le sens de] 'grave' et 'léger' que nous disons n'est pas que l'un serait un interdit [négatif, lav] et l'autre un [commandement] positif [asse], mais [seulement] que telle [chose] est grave aux yeux des gens, qui y prennent garde, tandis que telle autre ils n'y prennent pas garde ; c'est en ce sens qu'on l'établit comme soupçonné passant de l'une à l'autre, et non selon la gravité ou la légèreté de la transgression elle-même. Comme nous l'avons appris là : le soupçonné sur les dîmes n'est pas soupçonné sur la septième année, bien que la dîme soit certainement plus grave que la septième année — car la septième année est [seulement] un interdit dérivant d'un [commandement] positif, puisqu'il est écrit 'pour la manger' et qu'on exégète (Avoda Zara 62a) 'pour la manger, non pour en faire commerce'. Il ressort donc que, du fait que pour certains la septième année est plus grave (car elle n'a pas de rachat) et pour d'autres la dîme est plus grave (car elle requiert [d'être à l'intérieur des] remparts), on ne l'établit pas comme soupçonné passant de l'une à l'autre ; mais dans le lieu de R. Yehouda, où la septième année leur était grave, le soupçonné sur elle est soupçonné sur la dîme. Et [du principe :] le soupçonné sur une chose, on n'achète de lui rien de ce qui se rattache à la matière sur laquelle il est soupçonné — comme nous l'avons appris au chapitre précédent (Bekhorot 29b) : celui qui est soupçonné de vendre de la teroumah comme [si c'était] du profane (hullin), on n'achète de lui même pas de l'eau et du sel — paroles de R. Yehouda ; et R. Chimon dit : tout ce qui comporte un lien de teroumah ou de dîme, on ne l'achète pas de lui. Et l'on dit à ce sujet dans la guemara : un certain boucher qui était soupçonné de vendre la graisse [interdite] de la cuisse comme [si c'était] du gras de la panse — Rava le pénalisa [au point] qu'on ne lui achetât même pas des noix. Rav Papa (ou selon d'autres Rav Ada bar Ahava, ou selon d'autres Ravina) dit à Rava : selon qui ? Si c'est selon R. Yehouda, [on ne devrait acheter] même pas de l'eau et du sel ! [Réponse :] en vérité, c'est selon R. Chimon, [et] c'est sur l'interdit lui-même qu'on le pénalise : les enfants ordinaires, on les attire avec des noix, et il allait tromper les fils du boucher et les attirait avec des noix, et [ainsi] récupérait la graisse de la cuisse pour la vendre comme gras de la panse. Nous apprenons de là que la halakha suit R. Chimon ; mais sur l'eau et le sel, on ne le pénalise pas. [Concernant] celui qui est soupçonné sur deux choses et s'est repenti, est venu devant les Sages et a accepté de ne plus transgresser, sortant du soupçon, puis a de nouveau été soupçonné sur l'une des deux : nous disons qu'il est retourné à sa mauvaise conduite pour les deux, et qu'il est [de nouveau] soupçonné sur les deux ; bien qu'en dernier il n'ait été soupçonné que sur la plus légère des deux, il est soupçonné aussi sur la plus grave, comme nous l'avons appris au chapitre précédent (Bekhorot 30a). Et il y a [un cas] où l'on est soupçonné sur les puretés (taharot) sans être soupçonné ni sur l'un ni sur l'autre — c'est-à-dire ni sur la dîme ni sur la septième année ; et l'on explique la raison dans la guemara : bien qu'il soit soupçonné sur [les prescriptions] rabbiniques, il n'est pas soupçonné sur celles de la Torah. On objecte de la baraita qui enseigne : 'cru sur les puretés, cru sur la septième année' — donc [s'il est] soupçonné [sur les puretés], il est soupçonné [sur la septième]. R. Ilaa dit : notre michna [traite] du cas où nous l'avons vu se conduire [correctement] en privé (be-tsina) dans sa maison. R. Yannai fils de R. Yichmael dit : la baraita [traite] du cas où il était soupçonné sur les deux, est venu devant les Sages et a accepté sur les deux, puis a de nouveau été soupçonné sur l'une d'elles — car nous disons : du moment qu'il est soupçonné sur celle-ci, il est soupçonné aussi sur l'autre ; et même s'il n'a été soupçonné que sur des puretés [d'ordre] rabbinique, il est soupçonné aussi sur la septième année [d'ordre] de la Torah. Et ce que les Sages disent de l'am ha-arets qui a accepté les règles de la haverout puis a été soupçonné sur une chose — qu'il n'est soupçonné que sur cette chose [seule] — c'est parce que, au départ, avant d'accepter les règles de la haverout, il n'était soupçonné qu'au titre d'am ha-arets ordinaire. Et la sougya de la fin de [chapitre] 'Ha-nizkin', [selon laquelle] le soupçonné sur les puretés n'est pas soupçonné sur la dîme [d'ordre] de la Torah, bien qu'on ne l'ait pas vu se conduire en privé [correctement], est conforme à la réponse de R. Yannai fils de R. Yichmael. [Ainsi rapporté] Rabbenou Yona, [simanim] 16 17 18 19.
💡 Explication

R. Tsadok pose la même question à Rabban Gamliel (le Nassi), qui répond non. Confronté à la réponse contraire de R. Yehochoua, R. Gamliel diffère : il attendra les baalei terisin (litt. 'porteurs de boucliers' = les érudits qui 'combattent' dans la guerre de la Torah) réunis à la maison d'étude.

14
כֵּיוָן שֶׁנִּכְנְסוּ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, עָמַד הַשּׁוֹאֵל וְשָׁאַל: כְּלוּם חִילַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ? אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: לָאו. אָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: וַהֲלֹא מִשִּׁמְךָ אָמְרוּ לִי הֵן!

Une fois entrés au beit ha-midrach, le questionneur (ha-choel) se leva et demanda : avons-nous distingué en quoi que ce soit entre haver et am ha-arets ? R.

Yehochoua lui dit : non. Rabban Gamliel lui dit : mais en ton nom on m'a dit 'oui' !

🗂️ Tossefot (1)
עָמַד הַשּׁוֹאֵל וְשָׁאַל בְּפֶ' נַעֲרָה בִּנְדָרִים בִּירוּשַׁלְמִי דָּרֵישׁ מִדִּכְתִיב וְעָמְדוּ שְׁנֵי הָאֲנָשִׁים בְּוָי"ו דְּשׁוֹאֵל הֲלָכוֹת וְאַגָּדוֹת צָרִיךְ לַעֲמֹוד:
Le questionneur se leva et demanda — au chapitre 'Naara' dans le Talmud de Jérusalem, on exégète du verset 'et se tiendront debout les deux hommes' (be-vav [redondant]) que celui qui demande des halakhot et des aggadot doit se tenir debout.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: לָאו. קַשָּׁא אֵיךְ הִכְחִישׁ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, וּמִי הִכְרִיחוּ לְהַכְחִישׁ חַס וְשָׁלוֹם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם בִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת כז:) בְּהַךְ עֻובְדָּא דְּשָׁאַל (רַשְׁבִּ"י) עַל תְּפִלַּת עַרְבִית דְּקָאָמַר הָתָם 'עָמַד הַשּׁוֹאֵל וְשָׁאַל' דְּדַרְכָּם הָיָה שֶׁאֵין בַּעַל הַשְּׁאֵלָה שׁוֹאֵל מִן הַחֲכָמִים בֵּית הַמִּדְרָשׁ אֶלָּא יֵשׁ אֶחָד מְמֻונֶּה עַל דָּבָר זֶה שֶׁהוּא יִשְׁאַל כָּל הַשְּׁאֵלוֹת אֲשֶׁר יַגִּידוּ לוֹ הַשּׁוֹאֲלִין. וְלָכֵן כָּאן רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לֹא רָאָה אֶת רַבִּי צָדוֹק שׁוֹאֵל בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְלֹא יָדַע שֶׁשְּׁאֵלָה זוֹ הִיא שֶׁל רַבִּי צָדוֹק, אַךְ קֹודֶם זֶה כְּשֶׁשָּׁאַל רַבִּי צָדוֹק מִן רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְאָמַר לוֹ דְּיֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ לָאו עַל כָּל חָבֵר הוֹרָה כֵּן אֶלָּא רַק הוֹרָה עַל רַבִּי צָדוֹק שֶׁהָיָה מֻוחְזָק וּמְפֻורְסָם בִּצְדָקוֹת וַחֲסִידוּת וְאֵין לוֹ חִמּוּד מָמוֹן וְהוּא אֲשֶׁר הִתְעַנָּה אַרְבָּעִים שָׁנָה עַל יְרוּשָׁלַיִם וּבְוַדַּאי דְּיֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין דִּידֵיהּ לְבֵין שְׁאָר חֲבֵירִים בִּסְתָם, וְכֵיוָן דְּשָׁאַל הַשּׁוֹאֵל עַל חָבֵר בִּסְתָם אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לָאו דְּוַדַּאי כָּךְ הוּא הַדִּין אֲבָל רַבִּי צָדוֹק שָׁאנֵי וְשָׁאנֵי, וְהִנֵּה רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיָה מַכִּיר בְּדָבָר זֶה שֶׁלֹּא הִמְתִּין עַד שֶׁיָּשִׁיב לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ תְּשׁוּבָה עַל שְׁאֵלָתוֹ לָמָּה אָמַר 'הֵן' אֶלָּא תֶּכֶף וּמִיָּד אָמַר לוֹ 'עָמַד עַל רַגְלֶיךָ' שֶׁעָשָׂה לוֹ בִּזָּיוֹן אָז אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אִם אוֹמֵר לוֹ אֲנִי לֹא אָמַרְתִּי 'הֵן' אֶלָּא לְרַבִּי צָדוֹק דְּיֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין חָבֵר מֻוחְזָק וּמְפֻורְסָם לְבֵין חָבֵר בִּסְתָם אָז הָיָה בּוֹשׁ רַבָּן גַּמְלִיאֵל מִן הַבִּזָּיוֹן שֶׁעָשָׂה לוֹ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, עַל כֵּן אָמַר מוּטָב שֶׁאֶשְׁתֹּוק וְאֶעֱשֶׂה עַצְמִי כְּאִלּוּ הִכְחַשְׁתִּי וּבְדִין עָשָׂה לִי רַבָּן גַּמְלִיאֵל כָּזֹאת כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵבוֹשׁ רַבָּן גַּמְלִיאֵל רָאָה כַּמָּה הָיָה חָסִיד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ זי"ע.
'R. Yehochoua lui dit : non.' — c'est difficile : comment R. Yehochoua a-t-il pu démentir [ce qu'il avait dit], et qu'est-ce qui l'a contraint à un tel démenti, à Dieu ne plaise ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [ceci :] on connaît ce qu'écrit le Rav Petah Einayim dans [le traité] Berakhot (27b) à propos de l'incident où l'on interrogea (Rachbi) sur la prière du soir, où il est dit 'le questionneur se leva et demanda' : leur usage était que celui qui a la question ne la posait pas [lui-même] aux Sages du beit ha-midrach, mais qu'il y avait un [homme] préposé à cela, qui posait toutes les questions que lui transmettaient les demandeurs. Aussi, ici, R. Yehochoua ne vit pas R. Tsadok poser la question au beit ha-midrach, et ne sut pas que cette question était celle de R. Tsadok. Or, auparavant, quand R. Tsadok avait interrogé R. Yehochoua et que celui-ci lui avait dit qu'il y a lieu de distinguer entre haver et am ha-arets, il n'avait pas statué ainsi pour tout haver, mais uniquement pour R. Tsadok, qui était établi et reconnu dans la piété (tsidkout) et la dévotion (hassidout), sans amour de l'argent — lui qui jeûna quarante ans sur [le sort de] Jérusalem ; assurément il y a lieu de distinguer entre son cas et celui des autres haverim ordinaires. Comme le questionneur interrogeait sur un haver ordinaire, R. Yehochoua lui dit 'non', car telle est certainement la halakha ; mais R. Tsadok est [un cas] à part, tout à fait à part. Or Rabban Gamliel savait cela, [car] il n'attendit pas que R. Yehochoua lui réponde à sa question, [demandant] pourquoi il avait dit 'oui' [auparavant], mais aussitôt il lui dit 'lève-toi sur tes pieds', lui faisant affront. Alors R. Yehochoua [se dit] : si je dis 'je n'ai dit oui qu'à R. Tsadok, car il faut distinguer entre un haver établi et reconnu et un haver ordinaire', alors Rabban Gamliel aurait honte de l'affront qu'il m'a fait ; c'est pourquoi il [se] dit : mieux vaut que je me taise et que je fasse comme si je m'étais démenti, et c'est à bon droit que Rabban Gamliel a agi ainsi envers moi — [tout cela] pour que Rabban Gamliel n'ait pas honte. Vois combien R. Yehochoua était un hassid, que son mérite nous protège.
💡 Explication

À la maison d'étude, un questionneur officiel (choel) pose publiquement la question. R. Yehochoua répond cette fois non, contredisant ce qu'il avait dit en privé. R. Gamliel le confronte : 'en ton nom on m'a rapporté oui'.

15
יְהוֹשֻׁעַ, עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ, וְיָעִידוּ בְּךָ. עָמַד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עַל רַגְלָיו וְאָמַר: הֵיאַךְ אֶעֱשֶׂה? אִילְמָלֵי אֲנִי חַי וְהוּא מֵת — יָכוֹל הַחַי לְהַכְחִישׁ אֶת הַמֵּת, עַכְשָׁיו שֶׁאֲנִי חַי וְהוּא חַי — הֵיאַךְ חַי יָכוֹל לְהַכְחִישׁ אֶת הַחַי?

'Yehochoua, lève-toi sur tes pieds, et qu'on témoigne contre toi !'. R.

Yehochoua se leva sur ses pieds et dit : comment ferais-je ? Si j'étais vivant et lui mort — le vivant peut démentir le mort ; mais maintenant que je suis vivant et qu'il est vivant — comment le vivant peut-il démentir le vivant ?

📜 Rachi (3)
הֵיאַךְ אֶעֱשֶׂה יָכוֹל לְהַכְחִישׁוֹ:
Comment ferais-je — [comment] pourrais-je le démentir.
אִילְמָלֵי אֲנִי חַי וְהוּא מֵת הָיִיתִי יָכוֹל לְהַכְחִישׁ וְלוֹמַר לֹא אָמַרְתִּי:
Si j'étais vivant et lui mort — j'aurais pu [le] démentir et dire 'je ne l'ai pas dit'.
הֵיאַךְ יָכוֹל הַחַי לְהַכְחִישׁ אֶת הַחַי וַדַּאי כָּךְ אָמַרְתִּי וְחוֹזְרָנִי בִּי:
Comment le vivant peut-il démentir le vivant — [c'est] certainement ainsi que j'ai parlé, et je me rétracte.
🗂️ Tossefot (2)
עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ וְיָעִידוּ בָּךְ לָא גָרְסִי' וְיָעִידוּ בְּךָ לֹא כָּאן וְלֹא בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר בְּרֵישֵׁיהּ (בְּרָכוֹת כז:) דְּמֶה עֵדוּת שַׁייָּךְ כָּאן אֶלָּא בְּסַנְהֶדְרִין בְּרֵישׁ פֶּרֶק כֹּהֵן גָּדוֹל (סַנְהֶדְרִין דַּף יט.) גָּרְסִינַן לֵיהּ גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּיַנַּאי וְאַגַּב פְּשָׁטָא דְּהָתָם נִכְתַּב כָּאן:
'Lève-toi sur tes pieds et qu'on témoigne contre toi' — on ne lit pas 'et qu'on témoigne contre toi', ni ici ni au chapitre 'Tefilat ha-chahar' au début (Berakhot 27b), car quel témoignage aurait ici sa place ? Mais [c'est] en Sanhédrin, au début du chapitre 'Kohen gadol' (Sanhédrin 19a), qu'on le lit, à propos de l'incident de Yannai, et [c'est] par entraînement du texte de là-bas qu'il fut écrit ici.
הֵיאַךְ הַחַי יָכוֹל לְהַכְחִישׁ הַחַי כְּלוֹמַר סָבוּר הָיִיתִי לְהַעֲלִים וְאֵינִי יָכוֹל וּבַקְּוַנְט' פֵּירֵשׁ דְּוַדַּאי כָּךְ אָמַרְתִּי וְחָזַרְתִּי בִּי וא"א כֵּן דִּבְפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כז:) פָּסַק שָׁם הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ:
'Comment le vivant peut-il démentir le vivant' — c'est-à-dire : je pensais dissimuler [ma parole], mais je ne le puis. Le Kontres (Rachi) a expliqué 'certainement ainsi ai-je parlé, et je me rétracte' — mais ce n'est pas possible, car au chapitre 'Tefilat ha-chahar' (Berakhot 27b) la halakha y est tranchée comme lui [R. Yehochoua].
💡 Explication

R. Gamliel enjoint à R. Yehochoua de se lever pour qu'on témoigne contre lui. R. Yehochoua, debout, reconnaît ne pouvoir nier : on ne peut contredire un vivant (R. Tsadok, présent, sait ce qu'il a dit). Il admet donc avoir bien tenu ce propos.

16
וְהָיָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל עוֹמֵד וְדוֹרֵשׁ, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עוֹמֵד עַל רַגְלָיו, עַד שֶׁרִינְּנוּ כָּל הָעָם וְאָמְרוּ לְחוּצְפִּית הַמְתֻורְגְּמָן: עֲמֹוד! וְעָמַד.

Rabban Gamliel se tenait debout et exposait [son cours], et R. Yehochoua se tenait [contraint] debout sur ses pieds, jusqu'à ce que tout le peuple murmura et dit à Houtspit le meturgueman (traducteur/répétiteur) : 'arrête !' — et il s'arrêta.

📜 Rachi (1)
עַמּוּד וְעָמַד שְׁתוֹק וְשָׁתַק:
'Arrête !' — et il s'arrêta : tais-toi ! — et il se tut.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי חוּצְפִּית הַמְתֻורְגְּמָן מֵעֲשָׂרָה הֲרוּגֵי מַלְכוּת:
R. Houtspit le meturgueman — [il fut] des dix martyrs du [pouvoir] royal (assarah harugei malkhut).
💡 Explication

Conséquence : R. Gamliel poursuit son cours pendant que R. Yehochoua reste debout par déférence, sans qu'on l'invite à s'asseoir. L'affront prolongé soulève la colère du peuple, qui ordonne à Houtspit le meturgueman (celui qui transmettait à haute voix l'enseignement) de cesser — ce qui interrompt le cours (prélude à la déposition de R. Gamliel).

17
מַתְנִי׳ נֶאֱמָן הַכֹּהֵן לוֹמַר: הֶרְאֵיתִי בְּכוֹר זֶה וּבַעַל מוּם הוּא.

MICHNA. Le kohen est cru pour dire : 'j'ai montré cet aîné [à un expert] et il est défectueux (baal mum)'.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' הֶרְאֵיתִי בְּכוֹר זֶה לְחָכָם וְאָמַר לִי שֶׁמּוּם קָבוּעַ הוּא וְשׁוֹחֲטוֹ וּבִלְבַד שֶׁיְּהוּ לוֹ עֵדִים שֶׁלֹּא הֵטִילוּ בּוֹ:
MICHNA. J'ai montré cet aîné — au 'hakham, et il m'a dit que c'est un défaut permanent, et il l'abat ; à condition qu'il ait des témoins [attestant] qu'on ne [le] lui a pas provoqué.
💡 Explication

Michna : le kohen est cru lorsqu'il déclare 'j'ai fait examiner cet aîné par un 'hakham, qui l'a jugé défectueux' — à condition (selon Rachi) qu'il ait des témoins attestant qu'il n'a pas provoqué le défaut lui-même.

18
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: נֶאֱמָן הַכֹּהֵן לוֹמַר ״בְּכוֹר זֶה נָתַן לִי יִשְׂרָאֵל בְּמוּמוֹ״. מַאי טַעְמָא? כֹּל מִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי לָא מְשַׁקְּרִי בַּהּ אִינָשֵׁי. אָמַר רַב אַשִּׁי: אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא, נֶאֱמָן הַכֹּהֵן לוֹמַר ״הֶרְאֵיתִי בְּכוֹר זֶה וּבַעַל מוּם הוּא״. מַאי טַעְמָא? לָאו מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן כֹּל מִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי לָא מְשַׁקְּרִי בַּהּ אִינָשֵׁי?

GUEMARA. Rav Yehouda dit au nom de Rav : le kohen est cru pour dire 'cet aîné, un israélite me l'a donné avec son défaut'.

Quelle en est la raison ? Toute chose vouée à être révélée (mila de-avida le-igluyei), les gens n'y mentent pas.

Rav Achi dit : nous aussi, nous l'avons appris [dans la michna] : le kohen est cru pour dire 'j'ai montré cet aîné et il est défectueux'. Quelle en est la raison ?

N'est-ce pas parce que nous disons : toute chose vouée à être révélée, les gens n'y mentent pas ?

📜 Rachi (2)
גמ' נֶאֱמָן הַכֹּהֵן לוֹמַר לְחָכָם בְּכוֹר זֶה נָתַן [לִי] יִשְׂרָאֵל בְּמוּם זֶה שֶׁבּוֹ:
GUEMARA. Le kohen est cru pour dire — au 'hakham : 'cet aîné, un israélite me l'a donné avec ce défaut qui est en lui'.
דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי דְּאָתֵי חָכָם וְאָמַר לֹא הִתַּרְתִּיו לָךְ:
Vouée à être révélée — car le 'hakham pourrait venir et dire 'je ne te l'ai pas permis'.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב נֶאֱמָן הַכֹּהֵן לוֹמַר בְּכוֹר זֶה נָתַן לִי יִשְׂרָאֵל בְּמוּמוֹ. מַאי טַעְמָא. מִלְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי לָא מְשַׁקְּרִי בֵּיהּ אִינָשֵׁי. וְדַוְקָא יִשְׂרָאֵל פְּלוֹנִי. אֲבָל יִשְׂרָאֵל סְתָם לֹא. דְּלָאו מִלְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי הוּא. וְכֵן מַתְנֵי' דַּוְקָא כְּשֶׁאָמַר הֶרְאֵיתִי בְּכוֹר זֶה לִפְלוֹנִי חָכָם אֲבָל לְחָכָם סְתָם לֹא דְּאִית לֵיהּ לְאִישְׁתְּמוֹטֵי וְלָא עֲבִיד לְאִיגַּלּוֹיֵי. וְאִם אוֹתוֹ מוּם מִן הַמּוּמִין שֶׁאֵינָן מֻובְהָקִין וְקָאָתֵי לְמִשֶּׁחִטֶּיהָ עָלֶיהָ וַדַּאי מְהֵימַן דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל וּלְמִיסְמַךְ עִילָּוֵיהּ בְּמוּמִין שֶׁאֵינָן מֻובְהָקִין לָא עֲבִיד אִינָשֵׁי. וּבְוַדַּאי הֶרְאָהוּ לְחָכָם וְשָׁרוּ נִיהֲלֵיהּ. וְלָא הֲוָה שָׁרִי לֵיהּ חָכָם אֶלָּא אִם כֵּן הֵעִידוּ לְפָנָיו דְּהַאי מוּם נָפַל בּוֹ מֵאֵלָיו. אָמַר ר' יְהוּדָה בַּר אַבָּא מִנָּלֵיהּ לִיהוּדָה הָא אֲנָא קַבְעֵיהּ בְּגִידּוּל וְגִידּוּל קְבָעָהּ בְּדִידֵיהּ. וְהָכִי אָמְרִי לֵיהּ נֶאֱמָן יִשְׂרָאֵל לוֹמַר בְּכוֹר זֶה נָתַתִּי לְכֹהֵן בְּמוּמוֹ: יִשְׂרָאֵל פְּשִׁיטָא. לָא צְרִיכָא בְּקָטָן וְהִגְדִּיל כְּגוֹן טָלֶה וְנַעֲשָׂה אַיִל מַהוּ דְּתֵימָא לָא קִים לֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן בְּסוּרָא מַתְנוּ כְּלִישָּׁנָא קַמָּא בְּפוּמְבְּדִיתָא מַתְנוּ כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא. וְהִלְכְתָא אַף כְּלִישָּׁנָא קַמָּא: הָהוּא שָׂרוּעַ דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי אָמַר רַב אָשֵׁי לְמַאי נִיחוּשׁ לֵיהּ. אִי כֹּהֵן הוּא אִי יִשְׂרָאֵל הוּא הֲרֵי בְּכוֹר וּמוּמוֹ עִמּוֹ. א"ל רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי וְדִלְמָא יִשְׂרָאֵל הוּא וְאָמַר רַב יְהוּדָה אֵין רוֹאִין בְּכוֹר לְיִשְׂרָאֵל אֶלָּא א"כ כֹּהֵן עִמּוֹ. אֲמַר לֵיהּ הָכִי הַשְׁתָּא הָתָם נְהִי דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל אַמָּמוֹנָא דְּכֹהֵן חֲשִׁיד. הָכָא מִכְּדֵי מִידָּע יְדִיעַ דְּהַאי מוּם מֻובְהָק הוּא מ"ט אַתְייָה לְקַמֵּי דְּרַבָּנָן. מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָכָם עַל כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָכָם לֹא עָבַר אִיסּוּרָא עֲבַד:
GUEMARA. Rav Yehouda dit au nom de Rav : le kohen est cru pour dire 'cet aîné, un israélite me l'a donné avec son défaut'. Quelle en est la raison ? Une chose vouée à être révélée (de-avida le-igluyei), les gens n'y mentent pas. Et cela précisément [quand il dit] 'tel israélite [nommé]' ; mais 'un israélite' [en général], non, car ce n'est pas une chose vouée à être révélée. De même notre michna : précisément quand il dit 'j'ai montré cet aîné à tel 'hakham', mais 'à un 'hakham' [en général], non, car il a de quoi se dérober (le-ichtamouti) et [la chose] n'est pas vouée à être révélée. Et si ce défaut est de ceux qui ne sont pas manifestes (muvhakin) et qu'il vient [demander] à l'abattre dessus, il est certainement cru, car il ne mangerait pas de saintetés dehors, et les gens ne se fient pas [d'eux-mêmes] sur des défauts non manifestes ; assurément il l'a montré au 'hakham qui le lui a permis, et le 'hakham ne le lui aurait permis que si l'on avait témoigné devant lui que ce défaut lui est survenu de lui-même. R. Yehouda bar Abba dit : d'où [le tient] Yehouda ? Moi je l'ai fixé [en le rapportant] de Guidoul, et Guidoul l'a fixé de lui [de Rav]. Et voici comment ils le disaient : l'israélite est cru pour dire 'cet aîné, je l'ai donné au kohen avec son défaut'. [Un] israélite — c'est évident ! Il n'était besoin [de l'énoncer] que pour [le cas d'un animal] petit qui a grandi, tel un agneau devenu bélier : on aurait pu penser qu'il ne le reconnaît pas [avec certitude] — il nous apprend [qu'il est cru]. À Soura on enseignait selon la première version ; à Poumbedita on enseignait selon la seconde version ; et la halakha [suit] aussi la première version. [À propos d']un [animal] fendu (charoua) qui vint devant Rav Achi : Rav Achi dit : que craindrions-nous a son sujet ? Qu'il soit kohen ou israélite, voici un aîné et son défaut est avec lui. Ravina dit à Rav Achi : et peut-être est-il israélite [alors que] Rav Yehouda a dit : on n'examine pas l'aîné pour un israélite à moins qu'un kohen ne soit avec lui ? Il lui dit : comment [comparer] ainsi ! Là-bas, quoiqu'il ne mange pas de saintetés dehors, il est soupçonné sur l'argent du kohen [de garder l'aîné pour lui] ; ici, puisqu'il est de notoriété que ce défaut est manifeste (muvhak), pour quelle raison l'a-t-il amené devant les Sages ? Pour l'honneur du 'hakham [seulement] ; or pour l'honneur du 'hakham il n'a pas commis d'interdit.
💡 Explication

Guemara : Rav énonce que le kohen est cru sur 'un israélite me l'a donné déjà défectueux', car mila de-avida le-igluyei — sur une chose qui sera découverte (l'israélite peut être interrogé), on ne ment pas. Rav Achi appuie ce principe sur la michna même : le kohen est cru sur 'j'ai montré l'aîné', car le 'hakham peut le démentir.

19
הָתָם הוּא דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל, אֲבָל הָכָא, כֵּיוָן דַּחֲשִׁידִי — חֲשִׁידִי.

[La guemara rejette la preuve :] là-bas, c'est parce qu'il ne mangerait pas des saintetés (kodachim) dehors [qu'il est cru] ; mais ici, du moment qu'ils sont soupçonnés, ils sont soupçonnés.

📜 Rachi (2)
לָא לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ מִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי מְשַׁקְּרִי אִינָשֵׁי וְהָכָא הַייְנוּ טַעְמָא דִּמְהֵימַן דְּלָא חֲשִׁידִי כָּהֲנֵי לֶאֱכֹול קָדָשִׁים תְּמִימִים בַּחוּץ הִלְכָּךְ אִי לָאו דְּשָׁרֵי לֵיהּ חָכָם לָא הֲוָה אָמַר שְׁרָא לֵיהּ וְשֶׁחַיָּט לֵיהּ בְּלֹא הַתָּרַת מֻומְחֶה:
[Non ! En vérité] je te dirai : une chose vouée à être révélée, les gens y mentent [aussi] ; et ici la raison pour laquelle il est cru [dans la michna], c'est que les kohanim ne sont pas soupçonnés de manger des saintetés intactes (temimim) dehors ; dès lors, si le 'hakham ne le lui avait pas permis, il n'aurait pas dit [qu'on] le lui a permis, et il ne l'abattrait pas sans autorisation d'un expert.
אֲבָל הָכָא דְּקָא מַחְוֵי לֵיהּ לְחָכָם וְאָמַר בְּמוּם [זֶה] נָתַן לִי יִשְׂרָאֵל כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לְהָבִיא עֵדִים שֶׁמֵּאֵלָיו נָפַל בּוֹ כֵּיוָן דַּחֲשִׁידִי כָּהֲנֵי לְהַטִּיל מוּם וּלְמֵימַר נָפַל מֵאֵלָיו חֲשִׁידִי נָמֵי לְהַטִּיל מוּם וּלְמֵימַר יִשְׂרָאֵל נְתָנוֹ לִי בְּמוּמוֹ:
Mais ici — où il le montre au 'hakham et dit 'un israélite me l'a donné avec ce défaut', afin de n'avoir pas à apporter de témoins [attestant] qu'il lui est survenu de lui-même : du moment que les kohanim sont soupçonnés de provoquer un défaut et de dire 'il est survenu de lui-même', ils sont [aussi] soupçonnés de provoquer un défaut et de dire 'un israélite me l'a donné avec son défaut'.
💡 Explication

Réfutation de la preuve de Rav Achi : dans la michna, le kohen est cru pour une autre raison — il ne mangerait pas des saintetés dehors sans autorisation (crainte du karet). Mais dans le cas de Rav ('un israélite me l'a donné'), le soupçon subsiste : puisque les kohanim sont soupçonnés de provoquer des défauts, ils le sont aussi de mentir sur leur provenance.

20
מֵתִיב רַב שֵׁיזְבִי: הָאוֹמֵר לְמִי שֶׁאֵין נֶאֱמָן עַל הַמַּעֲשֵׂר ״קַח לִי מִמִּי שֶׁהוּא נֶאֱמָן״ אוֹ ״מִמִּי שֶׁהוּא מַעֲשֵׂר״ — אֵינוֹ נֶאֱמָן. אַמַּאי? נֵימָא: כֹּל מִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי לָא מְשַׁקְּרִי בַּהּ אִינָשֵׁי!

Rav Chizvi objecte : [nous avons appris] celui qui dit à quelqu'un qui n'est pas cru sur la dîme : 'achète-moi [des produits] de quelqu'un qui est cru' ou 'de quelqu'un qui prend la dîme' — [le mandataire] n'est pas cru. Or pourquoi ?

Disons [donc] : toute chose vouée à être révélée, les gens n'y mentent pas !

📜 Rachi (2)
קַח לִי מִמִּי שֶׁהוּא נֶאֱמָן שֶׁאֵינוֹ לוֹקֵחַ פֵּירוֹת מֵעַם הָאָרֶץ אוֹ מִמִּי שֶׁלּוֹקֵחַ מֵעַם הָאָרֶץ וּמַעֲשֵׂר דְּמַאי קֹודֶם שֶׁיִּמְכְּרֵם:
Achète-moi de quelqu'un qui est cru — qui n'achète pas de fruits d'un am ha-arets, ou [de quelqu'un] qui achète d'un am ha-arets mais prend la dîme du demai avant de les vendre.
אֵין שָׁלִיחַ זֶה נֶאֱמָן לוֹמַר שֶׁמִּנֶּאֱמָן לְקַחְתִּיו:
N'[est] pas [cru] — ce mandataire n'est pas cru pour dire 'je l'ai acheté de quelqu'un de fiable'.
💡 Explication

Objection de Rav Chizvi (Demai 4:5) : celui qui charge un homme non fiable sur la dîme d'acheter chez un fournisseur fiable — le mandataire n'est pas cru d'avoir respecté la consigne. Pourtant, la chose est vérifiable (on pourrait interroger le fournisseur) : le principe mila de-avida le-igluyei devrait s'appliquer et le rendre crédible.

21
שָׁאנֵי הָתָם,

[La guemara répond :] c'est différent là-bas,

💡 Explication

Amorce de réponse : le cas de la dîme diffère — la suite (sur 36b) expliquera pourquoi le principe mila de-avida le-igluyei ne s'y applique pas de la même façon.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).