Bekhorot 36b — la crédibilité du kohen et du propriétaire sur le défaut du bekhor, et qui peut le permettre à l'abattage

Bekhorot 36b

Sougya : La sougya poursuit la règle mila de-avida le-igloyei (chose vouée à être découverte, on ne ment pas dessus) : le kohen est cru pour dire qu'un Juif lui a donné un premier-né déjà affecté d'un défaut, mais seulement quand la chose est vérifiable. On distingue alors 'un Juif nommé' (cru) d'un Juif anonyme, et le sage nommé du sage anonyme (qui peut se dérober).

R. Yirmeya bar Abba corrige la transmission : c'est le Juif qui est cru de dire 'j'ai donné ce bekhor au kohen avec son défaut', même si l'agneau a grandi entre-temps.

Suit le récit de Rafram, dont le premier-né sans défaut lui est rapporté défaut par un kohen effronté, et le cas du bekhor 'cha[rou]a' (œil dissymétrique) devant Rav Achi. La michna enseigne ensuite que tous sont crus sur les défauts du maaser behema, puis que le bekhor à défaut manifeste peut être abattu sur l'avis de trois fidèles de la synagogue (R.

Yossi exige un expert), règle étendue par R. Hiyya bar Amram à l'annulation des vœux.

Le kohen est-il cru : 'un Juif m'a donné ce premier-né déjà avec son défaut' ? principe : mila de-avida le-igloyei (chose vouée à être découverte) on ne ment pas dessus Cru (vérifiable) Non cru (non vérifiable) 'Ish ploni' (un Juif nommé) me l'a donné :on peut l'interroger -> il craint -> cru 'Un Juif' anonyme :rien à vérifier 'J'ai montré à X, un sage nommé'-> vérifiable -> cru 'à un sage' anonyme :il peut se dérober (ichtamouti) -> non cru Cas de Rafram : le contre-exemple Rafram donne un premier-né SANS défaut. Le kohen y met un défaut, puis le lui rapporte un jour où Rafram avait mal aux yeux : 'un Juif me l'a donné avec son défaut'. Rafram force ses yeux, reconnaît l'animal -> ce kohen-là est effronté, mais on ne suspecte pas tous les kohanim.
La crédibilité du kohen : quand la chose est vérifiable, et le contre-exemple de Rafram (segments 0-7).
Qui peut permettre l'abattage d'un premier-né (bekhor) à défaut ? Défaut MANIFESTE (mouvhak) œil crevé, patte coupée / cassée 3 fidèles de la synagogue (non-savants) là où il n'y a pas d'expert (moumhé) Défaut NON manifeste taies de l'œil, défauts douteux expert (moumhé) requis R. Yossi : toujours un expert, même 23 juges Règle : là où il y a un expert -> les 3 ne suffisent pas ; là où il n'y en a pas -> oui Même structure pour les vœux : 3 personnes annulent un vœu là où il n'y a pas de sage ('hakham) Bekhor hors de Terre d'Israël (houts la-arets) non apte au sacrifice même du temps du Temple -> 3 fidèles suffisent, mais (Rava) défauts manifestes seulement
Qui permet l'abattage du bekhor à défaut : 3 fidèles vs expert, et le parallèle avec les voeux (segments 15-21).
Pourquoi le propriétaire est-il cru sur le défaut du maaser behema ? Objection peut-il défaut d'avance le 10e ? il ne sait pas lequel sortira 10e Sortir volontairement le 10e ? interdit : 'lo yevaker' (Lev 27:33) il ne doit pas trier bon/mauvais Réponse : il aurait pu (be-heter) défaut TOUT son troupeau avant la dîme -> puisqu'il avait ce moyen licite, il est cru quand il dit que le défaut est survenu de lui-même
Pourquoi le propriétaire est cru sur le défaut du maaser behema (segments 12-14).
1
דְּאִית לֵיהּ לְאִשְׁתְּמוֹטֵי.

car il a de quoi se dérober (ichtamouti) [= s'esquiver de l'accusation en disant 'à mes yeux, ce vendeur était digne de foi'].

📜 Rachi (1)
דְּאִית לֵיהּ לְאִישְׁתְּמוֹטֵי וּלְמֵימַר אִי לְדִידָךְ לָא מְהֵימַן אֲנָא הֲוָה חָשֵׁיבְנָא לֵיהּ מְהֵימַן הִלְכָּךְ לָא מִירַתַּת מֵעִיקָּרָא:
Car il a de quoi se dérober — et [pour] dire : 'si à tes yeux il n'est pas digne de foi, moi je le tenais pour digne de foi' ; dès lors il n'a pas peur dès le départ.
💡 Explication

Suite de la sougya : l'agent (chalia'h) chargé d'acheter des produits dîmes n'est pas cru quand il dit avoir montré le produit 'à un sage' anonyme, car il a une échappatoire (ichtamouti, se dérober) : il pourra toujours prétendre qu'à ses yeux le vendeur était fiable. La vérité étant subjective, il ne craint pas de mentir.

2
סֵיפָא וַדַּאי מְסַיְּיעָא לֵיהּ: מֵאִישׁ פְּלוֹנִי — הֲרֵי זֶה נֶאֱמָן.

La clause finale (seifa), elle, l'appuie certainement : 'de tel homme [nommé]' — celui-là est cru.

📜 Rachi (1)
מֵאִישׁ פְּלוֹנִי דְּהִזְכִּיר לוֹ מְשַׁלֵּחַ שֵׁם הַנֶּאֱמָן הֲרֵי זֶה נֶאֱמָן הַשָּׁלִיחַ דְּחָיֵישׁ שֶׁמָּא יִתְבָּעֵנִי וְנִמְצֵאתִי מְשַׁקֵּר. וְהַךְ סֵיפָא וַדַּאי מְסַיְּיעָא לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה דְּמִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי לָא מְשַׁקְּרִי בַּהּ אִינָשֵׁי:
De tel homme — car le mandant lui a mentionné le nom [du vendeur] digne de foi ; alors l'agent est cru, car il craint 'peut-être me demandera-t-on [des comptes] et serai-je trouvé menteur'. Et cette seifa appuie certainement Rav Yehouda : sur une chose vouée à être découverte, les gens ne mentent pas.
💡 Explication

La seifa (clause finale) de la michna soutient Rav Yehouda : si le mandant a nommé un vendeur précis ('de tel homme'), l'agent est cru, car il craint qu'on interroge ce vendeur et qu'il soit démasqué. C'est une mila de-avida le-igloyei : les gens ne mentent pas sur ce qui peut être découvert.

3
הָתָם, כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ תּוֹבֵעַ, מִירַתַּת.

Là-bas, puisqu'il a un réclamant (tove'a), il a peur [de mentir].

📜 Rachi (1)
הָתָם כֵּיוָן דְּאִיכָּא תּוֹבֵעַ מִירַתַּת כְּלוֹמַר מֵהָא לָא תְּסַיְּיעֵיהּ דְּהָתָם מִירַתַּת שָׁלִיחַ כֵּיוָן דְּחָזֵי דְּקָפֵיד מְשַׁלֵּחַ לְהַזְכִּיר שֵׁם הָאִישׁ סָבַר וַדַּאי יִתְבָּעֶנּוּ אֲבָל גַּבֵּי בְּכוֹר לָא מִירַתַּת הַאי כֹּהֵן דְּסָבַר מִי יִטְרַח לְחַפֵּשׂ אַחַר דְּבָרַי וְלִישָּׁאֵל לְאוֹתוֹ יִשְׂרָאֵל אִם נְתָנוֹ לִי בְּמוּמוֹ:
Là-bas, puisqu'il y a un réclamant, il a peur — c'est-à-dire : de ceci tu ne peux pas [tirer] preuve [en sa faveur], car là-bas l'agent a peur, puisqu'il voit que le mandant a tenu à mentionner le nom de l'homme, [donc] il pense 'certainement il [le] réclamera' ; mais à propos du bekhor, ce kohen n'a pas peur, car il pense 'qui se donnera la peine de rechercher mes propos et d'aller demander à ce Juif s'il me l'a donné avec son défaut ?'
💡 Explication

Rejet de la preuve : dans la michna, l'agent a un réclamant (le mandant a nommé un vendeur précis qu'on peut interroger), donc il craint. Mais dans le cas du bekhor, c'est le kohen qui a spontanément dit qu'un Juif lui a donné l'animal déjà avec son défaut : il ne craint pas qu'on aille vérifier. Donc la seifa ne prouve rien pour notre cas.

4
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: מְנָא לֵיהּ לִיהוּדָה הָא? אֲנָא בְּגִידּוּל קְבַעְתֵּיהּ, וְגִידּוּל קֶבַע בְּדִידֵיהּ. וְהָכִי אָמְרִי לֵיהּ: נֶאֱמָן יִשְׂרָאֵל לוֹמַר ״בְּכוֹר זֶה נָתַתִּי לְכֹהֵן בְּמוּמוֹ״.

Rabbi Yirmeya bar Abba dit : d'où Yehouda [tient]-il cela ? Moi, je l'ai enseigné (fixé) à Guidoul, et Guidoul l'a fixé selon lui [= l'a mal transmis].

Or voici ce que je lui ai dit : le Juif est cru de dire 'ce premier-né, je l'ai donné au kohen avec son défaut'.

📜 Rachi (2)
מְנָא לֵיהּ לִיהוּדָה הָא דַּאֲמַרַן לְעֵיל נֶאֱמָן כֹּהֵן לוֹמַר בְּכוֹר זֶה נָתַן לִי יִשְׂרָאֵל בְּמוּמוֹ:
D'où Yehouda [tient]-il cela — [ce] que nous avons dit plus haut : le kohen est cru de dire 'ce bekhor, un Juif me l'a donné avec son défaut'.
אֲנָא בְּגִידּוּל קְבַעְתָּהּ אֲנִי שְׁנִיתִיהָ לְגִידּוּל וְהוּא שִׂנְאָה לְרַב יְהוּדָה וְהָכִי אָמְרִי לְגִידּוּל נֶאֱמָן יִשְׂרָאֵל לוֹמַר כו'. ל"א בְּגִידּוּל קְבָעַתָּה לְחָכָם א' גָּדוֹל שְׁנִיתִיהָ:
Moi, je l'ai fixé (enseigné) à Guidoul — moi je l'ai enseigné à Guidoul, et lui l'a enseigné à Rav Yehouda ; et voici ce que j'ai dit à Guidoul : le Juif est cru de dire, etc. Autre version : 'be-Guidoul kavatah' — c'est à un certain grand (gadol) sage que je l'ai enseigné.
💡 Explication

R. Yirmeya bar Abba conteste la version de Rav Yehouda : c'est lui-même qui l'a enseignée à Guidoul, lequel l'a mal retransmise. La formulation exacte était : c'est le Juif (et non le kohen) qui est cru de dire 'j'ai donné ce bekhor au kohen déjà avec son défaut'.

5
יִשְׂרָאֵל? פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא בְּקָטָן וְהִגְדִּיל, מַהוּ דְתֵימָא: לָא קִים לֵיהּ? קָא מַשְׁמָע לַן.

Le Juif ? C'est évident !

[Non,] il n'est nécessaire [de l'enseigner] que dans [le cas d'un animal] petit qui a grandi : de peur que tu ne dises 'il ne le reconnaît [plus] avec certitude' — [la Guemara] nous [l']apprend [donc].

📜 Rachi (2)
בְּקָטָן שֶׁהָיָה קָטָן הַטָּלֶה כְּשֶׁנְּתָנוֹ לוֹ:
Petit — que l'agneau était petit quand il [le] lui a donné.
מַהוּ דְּתֵימָא לָא קִים לֵיהּ בְּגַוֵּיהּ דְּמִשּׁוּם דְּהִגְדִּיל הַטָּלֶה אֵינוֹ מַכִּירוֹ וְשֶׁמָּא אַחֵר הוּא וְהַאי כֹּהֵן הֵטִיל בּוֹ מוּם:
De peur que tu ne dises 'il ne le reconnaît pas avec certitude' — car, du fait que l'agneau a grandi, il ne le reconnaît [plus] et peut-être est-ce un autre, et ce kohen y a infligé un défaut.
💡 Explication

Objection : que le Juif soit cru est évident (il n'a aucun intérêt à l'animal). Réponse : l'enseignement vaut pour un cas où l'animal était petit (katan) à la remise et a grandi depuis ; on aurait pu croire qu'il ne le reconnaît plus avec certitude et que le kohen a substitué un autre bekhor et l'a défaut. La Guemara enseigne qu'il est néanmoins cru de le reconnaître.

6
בְּסוּרָא מַתְנוּ כְּלִשָּׁנָא בָתְרָא, בְּפוּמְבְּדִיתָא כְּלִשְׁנָא קַמָּא, וְהִלְכְתָא אֲפִילּוּ כְּלִשָּׁנָא קַמָּא.

À Soura, on enseignait selon la dernière version (lichna batra) ; a Poumbedita, selon la première version (lichna kama) ; et la halakha est même selon la première version.

📜 Rachi (2)
כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא נֶאֱמָן יִשְׂרָאֵל:
Selon la dernière version — le Juif est cru.
כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דְּאַפֵּי' הַכֹּהֵן נֶאֱמָן. וְהִלְכְתָא אַפֵּי' כְּלִישָּׁנָא קַמָּא:
Selon la première version — que même le kohen est cru. Et la halakha [suit] même la première version.
🗂️ Tossefot (1)
וְהִלְכְתָא אֲפִילּוּ כְּלִישָּׁנָא קַמָּא ואע"ג דְּהָכָא פָּסְקִינַן דְּמִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי לָא מְשַׁקַּר מ"מ לָא הִימָּנֵיה לע"א אֶלָּא מִשּׁוּם דְּדָייְקָא וּמִנַּסְבָא א"נ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּרָחֲמָא לֵהּ לָא דָּיְיקָא וְלָמֶ"ד הָכָא אֵינוֹ נֶאֱמָן אַפֵּי' בְּמִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין הַאי כֹּהֵן לְעֵד א"נ גַּבֵּי אִשָּׁה הֵקֵילּוּ מִשּׁוּם עִיגּוּנָא וְעוֹד דְּדָיְיקָא:
Et la halakha [suit] même la première version — et bien qu'ici nous tranchions qu'une chose vouée à être découverte, on ne ment pas dessus, néanmoins [ailleurs] on n'a cru un témoin unique [pour permettre à une femme de se remarier] que parce qu'elle enquête et se marie [ensuite], ou bien de peur que, l'aimant, elle n'enquête pas [assez]. Et pour l'avis qui, ici, [dit] qu'il n'est pas cru même sur une chose vouée à être découverte, il faut distinguer entre ce kohen[-ci] et un [simple] témoin ; ou bien : à propos de la femme on a été indulgent à cause du risque de 'aguna, et de plus parce qu'elle enquête.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנוּ רַבָּנַן הַסֶּדֶק כָּל שֶׁהוּא. הַסֶּדֶק וְהַפְּגִימָה בֵּין בִּידֵי אָדָם בֵּין בִּידֵי שָׁמַיִם. וְכַמָּה שִׁיעוּר פְּגִימָה כְּדֵי שֶׁתַּחְגֹּור בָּהּ צִפֹּורֶן:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : la fissure (sedek), quelle qu'elle soit [rend le bekhor apte]. La fissure et l'entaille (pegima), qu'elles soient de main d'homme ou de main du Ciel [= naturelles]. Et quelle est la mesure de l'entaille ? Assez pour qu'un ongle s'y accroche.
💡 Explication

Deux traditions : à Soura, la dernière version (le Juif est cru — R. Yirmeya bar Abba) ; à Poumbedita, la première version (même le kohen est cru — Rav Yehouda au nom de Rav). Trancher : la halakha suit même la première version (donc le kohen aussi est cru).

7
רַפְרָם בְּפֻומְבְּדִיתָא הֲוָה לֵיהּ בֻּוכְרָא, וְיַהֲבֵיהּ לֵיהּ לְכֹהֵן בְּלָא מוּמָא. אֲזַל שְׁדָא בֵּיהּ מוּמָא. יוֹמָא חַד חֲלַשׁ בְּעֵינֵיהּ, אַייְתְיֵהּ לְקַמֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: בְּכוֹר זֶה נָתַן לִי יִשְׂרָאֵל בְּמוּמוֹ. אַרְפְּסִינֵיהּ לְעֵינֵיהּ, חַזְייֵהּ בְּשִׁקְרֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: לָאו אֲנָא דִּיהֵיבְתֵּיהּ לָךְ?

Rafram, à Poumbedita, avait un premier-né (boukhra) et le donna à un kohen sans défaut. [Le kohen] alla y infliger un défaut.

Un jour, [Rafram] eut mal aux yeux ; [le kohen] le lui apporta devant lui. Il lui dit : 'ce premier-né, un Juif me l'a donné avec son défaut'.

[Rafram] ouvrit ses yeux de force, le vit dans sa fausseté (le reconnut). Il lui dit : 'n'est-ce pas moi qui te l'ai donné ?'

📜 Rachi (4)
יוֹמָא חַד חַלָּשׁ רַפְרָם בְּעֵינֵיהּ:
Un jour, [Rafram] eut mal — Rafram, aux yeux.
אַייְתְיֵהּ הַאי כֹּהֵן לְבֻוכְרָא קַמֵּיהּ לְמִיחְזֵי אִם מוּם קָבוּעַ הוּא וְסָבַר הַהוּא כֹּהֵן הַשְׁתָּא חָיֵישׁ בְּעֵינֵיהּ וְלֹא יַכִּיר שֶׁזֶּה הוּא שֶׁנָּתַן לִי בְּלֹא מוּם:
[Le kohen] apporta — ce kohen apporta le premier-né devant [Rafram] pour [lui] montrer [et savoir] si c'est un défaut permanent (mum kavoua) ; et ce kohen pensait : 'maintenant il a mal aux yeux et ne reconnaîtra pas que c'est [l'animal] qu'il m'a donné sans défaut'.
אַרְפְּסִינְהוּ לְעֵינֵיהּ פָּתַח עֵינוֹ בְּכֹחַ:
Il ouvrit ses yeux de force — il ouvrit son œil par la force.
חַזְייֵהּ בְּשִׁקְרֵיהּ שֶׁהִכִּיר שֶׁהוּא נְתָנוֹ לוֹ בְּלֹא מוּם:
Il le vit dans sa fausseté — car il reconnut que c'est lui [Rafram] qui [le] lui avait donné sans défaut.
🗂️ Tossefot (1)
חַזְייֵהּ בְּשִׁקְרֵיהּ פִּי' רָאָהוּ וְהִכִּיר בּוֹ דִּבְשִׁקְרֵיהּ הוּא לְשׁוֹן הַכָּרָה כְּמוֹ מַאן דְּבַעַל עוֹבֶדֶת כּוֹכָבִים דְּמָשְׁכָה לֵיהּ עוּרְלְתֵיהּ וְלָא מִבְּשָׁקַר לֵיהּ בְּפֶ' עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין יט.) וּכְמוֹ חָלַף קַמַּיְיהוּ וְלָא בְּשִׁקְרֵיהּ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִיבָמוֹת (דַּף קכ.) וּבַקּוּנְטְרֵס לֹא פֵּירֵשׁ כֵּן:
Il le vit dans sa fausseté (bechikrei) — explication : il le vit et le reconnut ; car 'bechikrei' est un terme de reconnaissance, comme 'celui qui a eu commerce avec une non-Juive qui lui a étiré son prépuce et [le sage] ne le reconnaît pas (mevachker)' au chapitre 'Ossin passin' (Erouvin 19a), et comme 'il passa devant eux et ne le reconnut pas (bachkerei)' au dernier chapitre de Yevamot (120a) ; et dans le commentaire [de Rachi] il n'a pas expliqué ainsi.
💡 Explication

Récit illustrant le contre-cas : Rafram avait donné son bekhor sans défaut à un kohen ; celui-ci y met un défaut, puis le rapporte à Rafram un jour où ce dernier avait mal aux yeux, espérant qu'il ne reconnaisse pas l'animal. Le kohen dit : 'un Juif me l'a donné déjà avec son défaut'. Rafram force ses yeux, reconnaît l'animal, et confond le kohen.

8
וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא חַשׁ לַהּ לְמִילְּתָא, הַאי הוּא דְּחַצִּיף, כֻּולֵּי עָלְמָא לָא חֲצִיפִי.

Et malgré cela, il ne s'est pas soucié de la chose [au point de disqualifier tous les kohanim] : celui-ci est effronté (hatsif), [mais] tout le monde n'est pas effronté.

📜 Rachi (2)
לֹא חָשׁ רַפְרָם לְמִילְּתָא לְמֵימַר דְּלָא יִהְיֶה עוֹד כֹּהֵן נֶאֱמָן לוֹמַר בְּכוֹר זֶה נְתָנוֹ לִי יִשְׂרָאֵל בְּמוּמוֹ:
Il ne s'est pas soucié — Rafram, de la chose, [au point] de dire qu'aucun kohen ne sera plus cru de dire 'ce bekhor, un Juif me l'a donné avec son défaut'.
הַאי הוּא דְּחַצִּיף שֶׁהֲרֵי הוּא הֶחֱזִיק עַצְמוֹ כְּחָצוּף לִשְׁנֵי דְּבָרִים אֶחָד שֶׁהֵטִיל בּוֹ מוּם וְעוֹד דְּהָיָה לוֹ לְהַרְאוֹתוֹ לְחָכָם אַחֵר וְהֶרְאָהוּ לָזֶה עַצְמוֹ שֶׁנְּתָנוֹ לוֹ:
Celui-ci est effronté — car il s'est montré effronté sur deux points : d'une part il [lui] a infligé un défaut, d'autre part il aurait dû le montrer à un autre sage, et il l'a montré à celui-là même qui [le] lui avait donné.
💡 Explication

Même après cette fraude, Rafram ne généralise pas : ce kohen-là est effronté (il a infligé le défaut ET l'a apporté à celui-là même qui le lui avait donné), mais on ne suspecte pas pour autant tous les kohanim. Le principe général (le kohen est cru) reste valable.

9
הָהוּא שָׂרוּעַ דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי, אֲמַר: לְמַאי נִיחוּשׁ לֵיהּ? אִי כֹּהֵן הוּא, אִי יִשְׂרָאֵל הוּא — הֲרֵי בְּכוֹר וּמוּמוֹ עִמּוֹ.

Un certain [bekhor] 'charoua' (à l'œil dissymétrique) vint devant Rav Achi. Il dit : de quoi devrions-nous nous soucier à son sujet ?

Que ce soit un kohen [qui l'apporte] ou un Juif — voici un premier-né dont le défaut est [né] avec lui.

📜 Rachi (2)
שָׂרוּעַ עֵינוֹ אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה:
Charoua — un œil grand et l'autre petit.
אִי כֹּהֵן אִי יִשְׂרָאֵל הוּא שֶׁלֹּא הָיָה מַכִּיר בָּזֶה אִם כֹּהֵן אִם יִשְׂרָאֵל וְאָמַר וַאֲפִילּוּ הוּא כֹּהֵן וְחָשׁוּד עַל הַבְּכוֹר אֵין כָּאן חֲשָׁדָא שֶׁהֲרֵי כָּךְ נוֹלַד:
Que ce soit un kohen ou un Juif — car il ne reconnaissait pas [celui-ci], s'il était kohen ou Juif ; et il dit : même s'il est kohen et suspect à l'égard du bekhor, il n'y a ici aucun soupçon, car c'est ainsi qu'[l'animal] est né.
⚖️ Rosh (2)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב נֶאֱמָן הַכֹּהֵן לוֹמַר בְּכוֹר זֶה נָתַן לִי יִשְׂרָאֵל בְּמוּמוֹ. מַאי טַעְמָא. מִלְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי לָא מְשַׁקְּרִי בֵּיהּ אִינָשֵׁי. וְדַוְקָא יִשְׂרָאֵל פְּלוֹנִי. אֲבָל יִשְׂרָאֵל סְתָם לֹא. דְּלָאו מִלְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי הוּא. וְכֵן מַתְנֵי' דַּוְקָא כְּשֶׁאָמַר הֶרְאֵיתִי בְּכוֹר זֶה לִפְלוֹנִי חָכָם אֲבָל לְחָכָם סְתָם לֹא דְּאִית לֵיהּ לְאִישְׁתְּמוֹטֵי וְלָא עֲבִיד לְאִיגַּלּוֹיֵי. וְאִם אוֹתוֹ מוּם מִן הַמּוּמִין שֶׁאֵינָן מֻובְהָקִין וְקָאָתֵי לְמִשֶּׁחִטֶּיהָ עָלֶיהָ וַדַּאי מְהֵימַן דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל וּלְמִיסְמַךְ עִילָּוֵיהּ בְּמוּמִין שֶׁאֵינָן מֻובְהָקִין לָא עֲבִיד אִינָשֵׁי. וּבְוַדַּאי הֶרְאָהוּ לְחָכָם וְשָׁרוּ נִיהֲלֵיהּ. וְלָא הֲוָה שָׁרִי לֵיהּ חָכָם אֶלָּא אִם כֵּן הֵעִידוּ לְפָנָיו דְּהַאי מוּם נָפַל בּוֹ מֵאֵלָיו. אָמַר ר' יְהוּדָה בַּר אַבָּא מִנָּלֵיהּ לִיהוּדָה הָא אֲנָא קַבְעֵיהּ בְּגִידּוּל וְגִידּוּל קְבָעָהּ בְּדִידֵיהּ. וְהָכִי אָמְרִי לֵיהּ נֶאֱמָן יִשְׂרָאֵל לוֹמַר בְּכוֹר זֶה נָתַתִּי לְכֹהֵן בְּמוּמוֹ: יִשְׂרָאֵל פְּשִׁיטָא. לָא צְרִיכָא בְּקָטָן וְהִגְדִּיל כְּגוֹן טָלֶה וְנַעֲשָׂה אַיִל מַהוּ דְּתֵימָא לָא קִים לֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן בְּסוּרָא מַתְנוּ כְּלִישָּׁנָא קַמָּא בְּפוּמְבְּדִיתָא מַתְנוּ כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא. וְהִלְכְתָא אַף כְּלִישָּׁנָא קַמָּא: הָהוּא שָׂרוּעַ דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי אָמַר רַב אָשֵׁי לְמַאי נִיחוּשׁ לֵיהּ. אִי כֹּהֵן הוּא אִי יִשְׂרָאֵל הוּא הֲרֵי בְּכוֹר וּמוּמוֹ עִמּוֹ. א"ל רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי וְדִלְמָא יִשְׂרָאֵל הוּא וְאָמַר רַב יְהוּדָה אֵין רוֹאִין בְּכוֹר לְיִשְׂרָאֵל אֶלָּא א"כ כֹּהֵן עִמּוֹ. אֲמַר לֵיהּ הָכִי הַשְׁתָּא הָתָם נְהִי דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל אַמָּמוֹנָא דְּכֹהֵן חֲשִׁיד. הָכָא מִכְּדֵי מִידָּע יְדִיעַ דְּהַאי מוּם מֻובְהָק הוּא מ"ט אַתְייָה לְקַמֵּי דְּרַבָּנָן. מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָכָם עַל כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָכָם לֹא עָבַר אִיסּוּרָא עֲבַד:
Guemara. Rav Yehouda dit au nom de Rav : le kohen est cru de dire 'ce bekhor, un Juif me l'a donné avec son défaut'. Quelle en est la raison ? Une chose vouée à être découverte, les gens ne mentent pas dessus. Et [c'est vrai] spécifiquement [pour] 'un Juif nommé (ploni)', mais 'un Juif' [anonyme], non, car ce n'est pas une chose vouée à être découverte. De même la michna [vaut] spécifiquement quand il dit 'j'ai montré ce bekhor à tel sage nommé', mais 'à un sage' [anonyme], non, car il a de quoi se dérober et [la chose] n'est pas vouée à être découverte. Et si ce défaut est de ceux qui ne sont pas manifestes et qu'il vient [demander] à l'abattre dessus, il est certainement cru : car [de la] viande sanctifiée, dehors, on ne mange pas, et s'appuyer sur des défauts non manifestes, les gens ne le font pas ; et certainement il l'a montré à un sage qui [le] lui a permis ; or le sage ne [le] lui aurait permis que si l'on avait témoigné devant lui que ce défaut est survenu de lui-même. R. Yehouda bar Abba dit : d'où Yehouda [tient]-il cela ? Moi je l'ai fixé (enseigné) à Guidoul, et Guidoul l'a fixé selon lui. Or voici ce que je lui ai dit : le Juif est cru de dire 'ce bekhor, je l'ai donné au kohen avec son défaut'. Le Juif ? C'est évident ! Il n'est nécessaire [que] dans [le cas] petit qui a grandi, comme un agneau devenu bélier : de peur que tu ne dises 'il ne le reconnaît pas avec certitude' — [la Guemara] nous [l']apprend. À Soura on enseignait selon la première version, à Poumbedita selon la dernière version ; et la halakha [suit] même la première version. Un certain 'charoua' vint devant Rav Achi. Rav Achi dit : de quoi devrions-nous nous soucier à son sujet ? Que ce soit un kohen ou un Juif — voici un premier-né dont le défaut est avec lui. Ravina dit à Rav Achi : mais peut-être est-ce un Juif, et Rav Yehouda a dit 'on n'examine pas le bekhor d'un Juif à moins qu'un kohen ne soit avec lui' ! Il lui dit : comment [comparer] ! Là-bas, même si [de la] viande sanctifiée dehors il ne mange pas, il est suspect à l'égard de l'argent du kohen ; ici, puisqu'il est notoirement connu que ce défaut est manifeste, pourquoi l'a-t-il apporte devant les maîtres ? À cause de l'honneur du sage ; [or celui qui, pour] l'honneur du sage, ne transgresse pas, transgresserait-il un interdit ?
גְּמָ' רַבִּי שִׂמְלַאי וְרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה תַּרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרִיבָּ"ל אָמְרִי וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי שִׂמְלַאי וְרִיבָּ"ל תַּרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה אָמְרִי הַתָּרַת בְּכוֹר בְּחוּצָה לָאָרֶץ ע"פ שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת אָמַר רָבָא וּבְמוּמִין מֻובְהָקִין. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא סָפֵק מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב סָפֵק מִשְּׁמֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל שְׁלֹשָׁה מַתִּירִין אֶת הַבְּכוֹר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה. מַאי קמ"ל תְּנֵינָא הֲרֵי זֶה יִשָּׁחֵט ע"פ שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת אִי מִמַּתְנִיתִין הֲוָה אָמֵינָא אַפֵּי' בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ מֻומְחֶה קָא מַשְׁמַע לַן בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה אִין בִּמְקוֹם שֶׁיֵּשׁ מֻומְחֶה לָא וְכֵן הִלְכְתָא. כָּתַב ה"ר יוֹנָה זַ"ל מֻומְחֶה דְּקָאָמַר לָאו דְּיָדַע הִלְכוֹת מוּמִין בִּלְחוּד אֶלָּא דִּפְקִיעַ גַּם בִּרְאִיַּית הָעַיִן לִבְדֹּוק וּלְבַקֵּר בָּהֶם וּלְהֶכֵּירָם הֵיטֵב. וְהָאִידָּנָא דְּלֵיכָּא מֻומְחִין בְּכוֹר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מוּם מֻובְהָק נִשְׁחָט עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת. וּמוּמִין שֶׁאֵין מֻובְהָקִין כְּגוֹן דֻּוקִּין שֶׁבָּעַיִן וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם לָא עָבְדִינַן בְּהוּ עֻובְדָּא הָאִידָּנָא. וְאַשְׁכַּחְנָא לְרַבֵּינוּ יִצְחָק הַצָּרְפָתִי זַ"ל בִּתְשׁוּבַת שְׁאֵלָה דִּצְרִימַת אֹוזֶן מִן הַסְּחוּס הָוֵי מוּם מֻובְהָק הֵיכָא דְּמִנַּכְרָא שַׁפִּיר וּמִיגַּלְּיָא יָאוּת וְנִרְאֶה לָעֵינַיִם דִּנְפִישָׁא מֵחֲגִירַת צִפֹּורֶן. וְהַייְנוּ דִּנְקַט הַשַּׁ"ס מו"ק דַּף יג. צָרַם אֹוזֶן בִּבְכוֹר וּמֵת. הַצּוֹרֵם אֹוזֶן פָּרָתוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ בּ"ק דַּף צח. מִשּׁוּם דְּהָוֵי מוּם נִיכָּר וּמֻובְהָק:
💡 Explication

Cas du bekhor charoua (un œil plus grand que l'autre, défaut manifeste de naissance). Rav Achi ne sait pas si celui qui l'apporte est kohen ou Juif, mais peu importe : ce type de défaut est visiblement naturel (né avec l'animal), donc aucun soupçon de défaut infligé. On peut le permettre.

10
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: וְדִלְמָא יִשְׂרָאֵל הוּא, וְאָמַר רַב יְהוּדָה: אֵין רוֹאִין בְּכוֹר יִשְׂרָאֵל אֶלָּא אִם כֵּן כֹּהֵן עִמּוֹ!

Ravina dit à Rav Achi : mais peut-être est-ce un Juif [qui l'apporte], et Rav Yehouda a dit : 'on n'examine pas le premier-né d'un Juif à moins qu'un kohen ne soit avec lui' !

📜 Rachi (1)
אא"כ כֹּהֵן עִמּוֹ דְּשֶׁמָּא אִם יֹאמַר לוֹ קָבוּעַ יִשְׁחָטֶנּוּ וְיֹאכַל הוּא דְּכֵיוָן דְּקָבוּעַ הוּא הֲרֵי הוּא נֶאֱכָל לְכָל אָדָם אֶלָּא שֶׁגְּזֵילַת כֹּהֵן הוּא וְהַאי לָא חָיֵישׁ לִגְזֵילָה וְאָכִיל לֵיהּ:
À moins qu'un kohen ne soit avec lui — car peut-être, si [le sage] lui dit '[c'est] un défaut permanent', l'abattra-t-il et le mangera-t-il lui-même : puisqu'il est [défaut] permanent, [l'animal] est consommable par tout homme, sauf qu'[il s'agit] d'un vol au kohen — et celui-ci ne craint pas le vol et [le] mange.
💡 Explication

Objection de Ravina : peut-être est-ce un Juif qui apporte l'animal ; or Rav Yehouda a enseigné qu'on n'examine pas le bekhor d'un Juif sans qu'un kohen soit présent — de peur que, l'animal étant déclaré apte, le Juif ne se l'approprie au lieu de le donner au kohen.

11
אֲמַר לֵיהּ: הָכִי הַשְׁתָּא?! הָתָם, נְהִי דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל, אַמָּמוֹנֵיהּ דְּכֹהֵן חֲשִׁיד.

Il lui dit : comment [peux-tu comparer] ?! Là-bas, quoique [de la] viande sanctifiée, dehors, il ne mange pas, [il reste] suspect à l'égard de l'argent du kohen.

📜 Rachi (1)
הָכִי הַשְׁתָּא הָתָם גַּבֵּי שְׁאָר מוּמִין שֶׁאֵין מֻובְהָקִין אִיכָּא לְמִיחְשְׁדֵיהּ לְיִשְׂרָאֵל שֶׁמָּא יִגְזֹול אֶת הַכֹּהֵן ואע"ג דְּאָדָם כָּשֵׁר הוּא בְּהָא מִילְּתָא דְּלָא בָּעֵי לְשׁוֹחֲטוֹ אֶלָּא ע"פ מֻומְחֶה דִּנְהִי דְּקָדָשִׁים בְּחוּץ לָא אָכֵיל דִּבְכָרֵת הוּא הַשּׁוֹחֵט קָדָשִׁים בַּחוּץ מִיהוּ אַגְּזֵילָה דְּכֹהֵן דְּלָאו בְּעָלְמָא חֲשִׁיד:
Comment [comparer], là-bas — à propos des autres défauts, non manifestes, il y a lieu de suspecter le Juif [de vouloir] peut-être voler le kohen ; et bien qu'il soit un homme honnête sur ce point (il ne veut l'abattre que sur l'avis d'un expert), car [de la] viande sanctifiée dehors il ne mange pas — celui qui abat du sanctifié dehors [encourt] le karet — néanmoins, sur le vol du kohen, on le suspecte, car ce n'est pas [un interdit] général [comparable].
💡 Explication

Réponse de Rav Achi : les cas diffèrent. Dans le cas de Rav Yehouda (défaut non manifeste), certes le Juif ne mangerait pas de sanctifié hors [du Temple] (passible de karet), donc il fait examiner ; mais il reste suspect quant à l'argent du kohen — il pourrait voler l'animal une fois déclaré apte.

12
הָכָא, מִכְּדֵי יָדַע דְּהַאי מוּם מֻובְהָק הוּא, מַאי טַעְמָא אַתְיוּהּ קַמֵּיהּ רַבָּנַן? מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּחָכָם; עַל כְּבוֹדוֹ דְּחָכָם לָא עָבֵיד, אִיסּוּרָא עֲבַד?!

Ici, [par contre], puisqu'il sait bien que ce défaut est manifeste, pour quelle raison l'a-t-il apporte devant les maîtres ? À cause de l'honneur du sage.

[Celui qui,] pour l'honneur du sage, ne [transgresse] pas — commettrait-il un interdit ?!

📜 Rachi (1)
אִיסּוּרָא עֲבַד בִּתְמִיהַּ. וַדַּאי לֹא יִגְזֹול:
Commettrait-il un interdit — [dit] sur un ton d'étonnement. Certainement il ne volera pas.
🗂️ Tossefot (2)
מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּחָכָם כִּדְאָמַר לְקַמָּן ג' מַתִּירִין אֶת הַבְּכוֹר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה וּבְמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ מֻומְחֶה לֹא: פָּסַק אֲבָל הָא פְּשִׁיטָא דִּבְלֹא הַתָּרָה אֵינוֹ נִשְׁחָט אֲפִילּוּ יֵשׁ בּוֹ מוּם מֻובְהָק אֶלָּא ע"פ ג' אוֹ מֻומְחֶה:
À cause de l'honneur du sage — comme il est dit plus loin : 'trois permettent le bekhor là où il n'y a pas d'expert', mais là où il y a un expert, non. Tranché (pessak) : mais ceci est évident, [que] sans permission [d'un tribunal] il n'est pas abattu, même s'il a un défaut manifeste, si ce n'est sur [l'avis de] trois ou d'un expert.
עַל כְּבוֹדוֹ דְּחָכָם לָא עָבַר אִיסּוּרָא עֲבַד וא"ת מֵהַאי טַעְמָא לִישְׁתְּרוֹ בְּלֹא עֵדוּת כָּל בְּכוֹרוֹת שֶׁהַכֹּהֲנִים מְבִיאִין לְפָנֵינוּ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם מוּם מֻובְהָק וְי"ל דְּשָׁאנֵי כֹּהֵן שֶׁיָּרֵא לְאוֹכְלוֹ בְּלֹא הַתָּרַת חָכָם פֶּן יִתְגַּלֶּה הַדָּבָר מִתּוֹךְ כָּךְ שֶׁהֵטִיל בּוֹ מוּם אֲבָל הַאי יִשְׂרָאֵל אֵין לוֹמַר שֶׁמֵּבִיא לִפְנֵי חָכָם פֶּן יוֹדֵעַ שֶׁרוֹצֶה לְאָוכְלוֹ וּלְגָוזְלוֹ לַכֹּהֵן שֶׁהֲרֵי גַּם עַתָּה בִּשְׁבִיל כָּךְ לֹא יִתְבָּרֵר שֶׁלֹּא יֹאכְלֶנּוּ הוּא עַצְמוֹ:
[Celui qui,] pour l'honneur du sage, ne transgresse pas, commettrait-il un interdit — et si tu demandes : par ce raisonnement, que soient permis, sans témoignage, tous les premiers-nés que les kohanim nous apportent [ayant] un défaut manifeste ! On peut répondre : le kohen est différent, car il craint de le manger sans la permission du sage, de peur qu'il ne se découvre par là qu'il [y] a infligé un défaut ; mais ce Juif-[ci], on ne peut pas dire qu'il l'apporte devant le sage de peur qu'on ne sache qu'il veut le manger et le voler au kohen, car même maintenant, de ce fait, il ne sera pas établi qu'il ne le mangera pas lui-même.
💡 Explication

Ici, le défaut (charoua) est manifeste ; le Juif sait qu'il pourrait l'abattre sans examen. S'il l'apporte quand même, c'est par honneur pour le sage. Or celui qui respecte tant l'honneur du sage ne va pas voler le kohen (un interdit). Donc, dans ce cas, même un Juif est fiable et la présence d'un kohen n'est pas requise.

13
מַתְנִי׳ הַכֹּל נֶאֱמָנִין עַל מוּמֵי מַעֲשֵׂר.

MICHNA. Tous sont crus sur les défauts du maaser (dîme animale, maaser behema).

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' הַכֹּל נֶאֱמָנִין עַל מוּמֵי מַעֲשֵׂר לְהָעִיד שֶׁמֵּאֵלָיו נָפַל בּוֹ. וּבְסָפֵק מַעֲשֵׂר קָאָמַר כְּגוֹן קָרָא לַתְּשִׁיעִי עֲשִׂירִי דְּאָמְרִי' בְּפֶ' אַחֲרוֹן (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת נט.) אֵינוֹ נֶאֱכָל וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה אֶלָּא בְּמוּם:
Michna. Tous sont crus sur les défauts du maaser — pour témoigner qu'[le défaut] est survenu de lui-même. Et il parle d'un maaser douteux, par exemple quand on a appelé 'dixième' le neuvième, dont nous disons au dernier chapitre (plus loin, Bekhorot 60a) qu'il ne se mange pas et n'a de remède que par un défaut.
💡 Explication

Michna. Tous — même le propriétaire, qui pourtant bénéficie de la décision — sont crus pour témoigner que le défaut du maaser behema (dîme des animaux) est survenu de lui-même. Rachi précise qu'il s'agit d'un maaser douteux (ex. on a appelé 'dixième' le neuvième), qui n'est consommable que par un défaut.

14
גְּמ׳ מַאי טַעְמָא? דְּאִי בָּעֵי שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא מֵעִיקָּרָא! מִי יָדַע הֵי נָפֵיק?

GUEMARA. Quelle en est la raison ?

Car, s'il le voulait, il aurait pu y infliger un défaut dès le départ [de façon permise] ! [Objection :] sait-il [d'avance] lequel sortira [dixième] ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' מִי יָדַע הֵי נָפֵיק בְּפֶתַח עֲשִׂירִי שֶׁיַּטִּיל בּוֹ מוּם מֵעִיקָּרָא:
Guemara. Sait-il lequel sortira — à l'ouverture, [en] dixième, [de sorte] qu'il [aille] y infliger un défaut dès le départ.
💡 Explication

Guemara. Pourquoi le propriétaire est-il cru ? Parce qu'il aurait pu, licitement, défaut l'animal avant la dîme (avant qu'il ne prenne le statut de maaser). N'ayant pas besoin de mentir, il est cru. Objection : mais quand il fait sortir ses bêtes pour les dîmer, sait-il laquelle sortira dixième ? Il ne peut donc pas défaut d'avance précisément le futur maaser.

15
וְכִי תֵּימָא מַפֵּיק לֵיהּ בְּרֵישׁ עַשְׂרָה, ״לֹא יְבַקֵּר בֵּין טוֹב לָרַע״ אֲמַר רַחֲמָנָא! אֶלָּא דְּאִי בָּעֵי שָׁדֵי בֵּיהּ מוּמָא (בְּכוּלֵּי) [בְּכוּלֵּיהּ] עֶדְרֵיהּ.

Et si tu dis : il le fait sortir en tête des dix [= comme dixième volontairement] — [non,] 'il ne triera pas entre le bon et le mauvais' (Lev 27:33), a dit le Miséricordieux ! Plutôt : [la raison est que,] s'il le voulait, il aurait pu infliger un défaut à tout son troupeau [dès le départ].

📜 Rachi (1)
בְּרֵישׁ עֲשָׂרָה כְּלוֹמַר בָּעֲשִׂירִי:
En tête des dix — c'est-à-dire [comme] dixième.
💡 Explication

On pourrait dire : qu'il fasse sortir volontairement une bête comme dixième. Mais c'est interdit : 'lo yevaker — il ne triera pas entre le bon et le mauvais' (Lev 27:33) ; le maaser doit sortir de lui-même. Donc la vraie raison est : il aurait pu, licitement, défaut tout son troupeau avant la dîme — d'où sa crédibilité.

16
מַתְנִי׳ בְּכוֹר שֶׁנִּסְמֵית עֵינוֹ, וְשֶׁנִּקְטְעָה יָדוֹ, וְשֶׁנִּשְׁבְּרָה רַגְלוֹ — הֲרֵי זֶה יִשָּׁחֵט עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ יֵשׁ שָׁם עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה, אֵינוֹ נִשְׁחָט אֶלָּא עַל פִּי מֻומְחֶה.

MICHNA. Un premier-né dont l'œil a été crevé, dont la patte antérieure a été coupée, ou dont la patte postérieure a été brisée — celui-ci est abattu sur [l'avis de] trois fidèles de la synagogue (benei ha-knesset).

Rabbi Yossi dit : même s'il y a là vingt-trois [juges], il n'est abattu que sur [l'avis d']un expert (moumhé).

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' שֶׁנִּסְמֵית עֵינוֹ דְּהָוֵי מוּם מֻובְהָק:
Michna. Dont l'œil a été crevé — car c'est un défaut manifeste.
בְּנֵי הַכְּנֶסֶת שֶׁאֵינָן חֲכָמִים:
Fidèles de la synagogue — qui ne sont pas des savants.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' בְּכוֹר שֶׁנִּיסַּמַּת עֵינוֹ שֶׁנִּקְטַעַתְּ רַגְלוֹ שֶׁנִּשְׁבְּרָה יָדוֹ הֲרֵי זֶה יִשָּׁחֵט עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אַפֵּי' יֵשׁ שָׁם עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא עַל פִּי מֻומְחֶה:
Michna. Un premier-né dont l'œil a été crevé, dont la patte a été coupée, ou dont [l'autre] patte a été brisée — celui-ci est abattu sur [l'avis de] trois fidèles de la synagogue. Rabbi Yossi dit : même s'il y a là vingt-trois [juges], il n'est abattu que sur [l'avis d']un expert.
💡 Explication

Michna. Un bekhor à défaut manifeste (œil crevé, patte coupée ou brisée) peut être abattu sur l'avis de trois fidèles de la synagogue (des laïcs, non savants). R. Yossi objecte : même devant un tribunal de vingt-trois juges, il faut l'avis d'un expert (moumhé) en matière de défauts.

🖼️ Schéma
Qui peut permettre l'abattage d'un premier-né (bekhor) à défaut ? Défaut MANIFESTE (mouvhak) œil crevé, patte coupée / cassée 3 fidèles de la synagogue (non-savants) là où il n'y a pas d'expert (moumhé) Défaut NON manifeste taies de l'œil, défauts douteux expert (moumhé) requis R. Yossi : toujours un expert, même 23 juges Règle : là où il y a un expert -> les 3 ne suffisent pas ; là où il n'y en a pas -> oui Même structure pour les vœux : 3 personnes annulent un vœu là où il n'y a pas de sage ('hakham) Bekhor hors de Terre d'Israël (houts la-arets) non apte au sacrifice même du temps du Temple -> 3 fidèles suffisent, mais (Rava) défauts manifestes seulement
Trois fidèles vs expert selon le type de défaut.
17
גְּמָ׳ רַבִּי שִׂמְלַאי וְרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה תַּרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמְרִי, וְאָמְרִי לָהּ: רַבִּי שִׂמְלַאי וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי תַּרְוַייְהוּ מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה אָמְרִי: הַתָּרַת בְּכוֹר בְּחוּצָה לָאָרֶץ עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת. אָמַר רָבָא: וּבַמּוּמִין מֻובְהָקִין.

GUEMARA. Rabbi Simlaï et Rabbi Yehouda Nessia, tous deux au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, disent — et certains disent : Rabbi Simlaï et Rabbi Yehochoua ben Levi, tous deux au nom de Rabbi Yehouda Nessia, disent : la permission [d'abattre] un premier-né hors de la Terre [d'Israël] [se fait] sur [l'avis de] trois fidèles de la synagogue.

Rava dit : et [cela] pour des défauts manifestes.

📜 Rachi (1)
גְּמ' בְּחוּצָה לָאָרֶץ שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְהַקְרִיב וַאֲפִילּוּ בִּזְמַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בְּמַס' תְּמוּרָה (דַּף כא:):
Guemara. Hors de la Terre [d'Israël] — [le bekhor] qui n'est pas apte à être offert, même au temps du Temple, [comme il est dit] au traité Temoura (21b).
🗂️ Tossefot (1)
הַתָּרַת בְּכוֹר בְּחוּצָה לָאָרֶץ עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת מִמַּתְנִיתִין לָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּאִיכָּא לְאוֹקְמָה בַּזְּמַן הַזֶּה אֲבָל בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים ה"ל לְמִיגְזַר חוּצָה לָאָרֶץ אַטּוּ אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא לְהָקֵל לְהַתִּיר עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת וְעוֹד מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בִּתְמוּרָה פֶּרֶק אֵלּוּ קָדָשִׁים (תְּמוּרָה דַּף כא.) דִּבְכוֹרוֹת חוּצָה לָאָרֶץ אִם בָּאוּ תְּמִימִים יִקְרְבוּ:
La permission [d'abattre] un premier-né hors de la Terre sur [l'avis de] trois fidèles de la synagogue — de la michna nous ne l'apprenons pas, car on peut l'établir [comme parlant] du temps présent ; mais au temps où le Temple existe, il aurait fallu décréter [pour] hors de la Terre à cause de la Terre d'Israël, pour ne pas être indulgent [au point] de permettre sur [l'avis de] trois fidèles de la synagogue ; et de plus, parce qu'il y a un avis, dans Temoura au chapitre 'Elou kodachim' (21a), [selon lequel] les premiers-nés de hors de la Terre, s'ils sont venus sans défaut, sont offerts.
💡 Explication

Guemara. Un bekhor hors de Terre d'Israël (houts la-arets) — non apte au sacrifice même du temps du Temple — peut être permis à l'abattage sur l'avis de trois fidèles de la synagogue. Rava précise : uniquement pour des défauts manifestes.

18
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: בְּכוֹר שֶׁנִּסְמֵית עֵינוֹ, וְשֶׁנִּקְטְעָה יָדוֹ, וְשֶׁנִּשְׁתַּבְּרָה רַגְלוֹ — הֲרֵי זֶה יִשָּׁחֵט עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת!

Qu'est-ce que [Rava] nous apprend ? Nous [l']avons déjà appris [dans la michna] : un premier-né dont l'œil a été crevé, dont la patte antérieure a été coupée, ou dont la patte postérieure a été brisée — celui-ci est abattu sur [l'avis de] trois fidèles de la synagogue !

💡 Explication

Question : qu'apporte Rava de neuf ? La michna enseigne déjà qu'un bekhor à défaut manifeste est abattu sur l'avis de trois fidèles — ce qui vise justement l'époque actuelle (sans Temple), où le bekhor est inapte au sacrifice. Quelle est donc la nouveauté de Rava ?

19
אִי מִמַּתְנִיתִין הֲוָה אָמֵינָא: בְּחוּצָה לָאָרֶץ אֲפִילּוּ מוּמִין שֶׁאֵין מֻובְהָקִין, וְהַאי דְּקָתָנֵי מֻובְהָקִין — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יוֹסֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Si [c'était] à partir de la michna [seule], j'aurais dit : hors de la Terre, [c'est permis] même [pour] des défauts non manifestes ; et si [la michna] enseigne 'manifestes', c'est pour te faire connaître la force de Rabbi Yossi. [Rava] nous apprend [donc que non].

💡 Explication

Réponse : de la michna seule, on aurait pu croire que hors de la Terre, trois fidèles suffisent même pour des défauts non manifestes, la michna ne mentionnant 'manifestes' que pour souligner la rigueur de R. Yossi (qui exige un expert même là). Rava enseigne donc que c'est faux : même hors de la Terre, il faut un défaut manifeste.

20
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא, סָפֵק מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב, סָפֵק מִשְּׁמֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל: שְׁלֹשָׁה מַתִּירִין אֶת הַבְּכוֹר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה. מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: הֲרֵי זֶה יִשָּׁחֵט עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת!

Rav Yehouda dit au nom de Rabbi Yirmeya bar Abba — [avec un] doute [s'il l'a dit] au nom de Rav, [avec un] doute au nom de Chmouel : trois permettent le premier-né la où il n'y a pas d'expert. Qu'est-ce que cela nous apprend ?

Nous [l']avons déjà appris [dans la michna] : celui-ci est abattu sur [l'avis de] trois fidèles de la synagogue !

📜 Rachi (2)
סָפֵק אָמְרָה לִי ר' יִרְמְיָה מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב סָפֵק אֲמָרָהּ לִי מִשְּׁמֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל:
Doute — [avec un] doute [si] R. Yirmeya me l'a dit au nom de Rav, [avec un] doute [s'il] me l'a dit au nom de Chmouel.
שְׁלֹשָׁה מַתִּירִין אֶת הַבְּכוֹר כו' בְּמוּמִין מֻובְהָקִין:
Trois permettent le premier-né, etc. — pour des défauts manifestes.
🗂️ Tossefot (1)
תְּנֵינָא הֲרֵי זֶה יִשָּׁחֵט כו' הָא דְּלָא מְשַׁנֵּי הָכָא לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יוֹסֵי אע"ג דְּנִימּוּקוֹ עִמּוֹ כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ מִשּׁוּם דְּא"כ הֲוָה לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה לְמֵימַר הֲלָכָה כְּרַבָּנָן אוֹ אֵין הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי אֲבָל ר' חַיָּיא דִּבְסָמוּךְ נְקַט שְׁנֵי דְּבָרִים מֵעִנְיָן אֶחָד הַתָּרַת בְּכוֹר וְהַתָּרַת נְדָרִים:
Nous [l']avons déjà appris : celui-ci est abattu, etc. — [la Guemara] ne répond pas ici '[c'est] pour exclure [l'avis de] Rabbi Yossi', bien que la halakha soit avec [R. Yossi] (car ses raisons l'accompagnent, comme il est dit plus loin), parce que, s'il en était ainsi, Rav Yehouda aurait dû dire 'la halakha [suit] les Sages' ou 'la halakha ne [suit] pas Rabbi Yossi' ; mais R. Hiyya, plus loin, énonce deux choses d'un même sujet : la permission du bekhor et la dissolution des vœux.
💡 Explication

Rav Yehouda transmet — sans certitude si c'est au nom de Rav ou de Chmouel : trois [laïcs] permettent le bekhor là où il n'y a pas d'expert (moumhé). Question : qu'apporte-t-il de neuf ? La michna enseigne déjà les trois fidèles.

21
אִי מִמַּתְנִיתִין הֲוָה אָמֵינָא: בִּמְקוֹם מֻומְחֶה, קָא מַשְׁמָע לַן: בְּמָקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה — אִין, בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ מֻומְחֶה — לָא.

Si [c'était] à partir de la michna [seule], j'aurais dit : [même] là où il y a un expert [c'est permis à trois] ; [Rav Yehouda] nous apprend : là où il n'y a pas d'expert — oui ; là où il y a un expert — non.

🗂️ Tossefot (1)
בִּמְקוֹם שֶׁיֵּשׁ מֻומְחֶה לָא לָאו דַּוְקָא מֻומְחֶה שֶׁהִמְחוּהוּ ב"ד דְּהָא עַל רַב אַשִּׁי דִּלְעֵיל אָמְרִי' דְּאַתֵּיוַהּ לְקַמֵּיהּ הַהוּא שָׂרוּעַ מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּחָכָם וְכֹל מֻופְלָג בְּחָכְמָה וּמֻומְחֶה רָאוּי לְהַתִּיר בְּכוֹר וְנָדַר בִּיחִידִי כִּדְמַשְׁמַע מִדְּרַב אַשִּׁי דִּלְעֵיל ובפ"ק דִּנְדָרִים (דַּף ח:) גַּבֵּי רָבִינָא דַּהֲוָה לֵיהּ נִדְרָא לִדְבִיַּתָּהוּ וַאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי וְכוּ' וְקָאָמַר ש"מ תְּלָת כו' וְיָחִיד מֻומְחֶה שָׁרֵי שַׁמְתָּא מַשְׁמַע קְצָת דְּיָחִיד מֻומְחֶה הָוֵי כְּרַב אַשִּׁי וְכֵן הַהִיא דבפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ה:) אא"כ הָיָה מֻומְחֶה לְרַבִּים דָּן אַפֵּי' יְחִידִי לָאו דַּוְקָא מֻומְחֶה הַנִּסְמָךְ כו' כִּדְאָמַר ר"נ הָתָם כְּגוֹן אֲנָא דָּן דִּינֵי מָמוֹנוֹת: פָּסַק וּמִיהוּ בַּזְּמַן הַזֶּה אֵין נִרְאֶה שֶׁיְּהֵא שׁוּם אָדָם חֲשִׁיב מֻומְחֶה לְהַתִּיר בְּכוֹר וְנָדַר בִּיחִידִי וְלָדוּן דִּינֵי מָמוֹנוֹת:
Là où il y a un expert, non — [ce n'est] pas nécessairement un expert que le tribunal a habilité, car de Rav Achi plus haut nous disons qu'on lui a apporté ce 'charoua' à cause de l'honneur du sage ; et tout homme d'une science éminente et expert est apte à permettre un bekhor et [dissoudre] un vœu seul, comme il ressort de Rav Achi plus haut ; et au premier chapitre de Nedarim (8b), à propos de Ravina qui avait un vœu de sa femme et vint devant Rav Achi, etc., et il dit 'apprends-en trois [choses]', etc., et 'un expert unique peut lever l'excommunication' — cela laisse quelque peu entendre qu'un expert unique est comme Rav Achi ; de même cette [source] du premier chapitre de Sanhédrin (5b) : 'à moins qu'il ne fut expert pour le public, il juge même seul' — [ce n'est] pas nécessairement un expert ordonné (samoukh), etc., comme le dit Rav Nahman là-bas : 'tel que moi, je juge des affaires d'argent [seul]'. Tranché (pessak) : toutefois, de nos jours, il ne semble pas qu'aucun homme soit réputé expert [au point] de permettre un bekhor et [dissoudre] un vœu seul, ni de juger des affaires d'argent [seul].
💡 Explication

Réponse : de la michna seule, on aurait cru que trois laïcs permettent le bekhor même là où il y a un expert. Rav Yehouda précise : là où il n'y a pas d'expert, oui ; là où il y en a un, non — il faut alors recourir à l'expert.

22
אָמַר רַב חִייָּא בַּר עַמְרָם: שְׁלֹשָׁה מַתִּירִין אֶת הַבְּכוֹר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה, שְׁלֹשָׁה מַתִּירִין אֶת הַנֶּדֶר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין חָכָם. שְׁלֹשָׁה מַתִּירִין אֶת הַבְּכוֹר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה

Rav Hiyya bar Amram dit : trois permettent le premier-né la où il n'y a pas d'expert ; trois dissolvent le vœu là où il n'y a pas de sage ('hakham). Trois permettent le premier-né la où il n'y a pas d'expert...

🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשָׁה מַתִּירִין אֶת הַנֶּדֶר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין חָכָם בְּעִנְיָן זֶה דפ"ק דִּנְדָרִים (ח:) [דְּאָמְרִי'] לָא שָׁרִי לֵיהּ לְאִינִישׁ לְמִישְׁרֵי נִדְרָא בְּאַתְרָא דְרַבֵּיהּ וּמִיהוּ הַהִיא אַפֵּי' יֵשׁ שָׁם מֻומְחֶה אַחֵר אֵין לְאוֹתוֹ מֻומְחֶה לְהַתִּיר בִּמְקוֹם רַבּוֹ כְּמוֹ רָבִינָא בִּמְקוֹם רַב אַשִּׁי:
Trois dissolvent le vœu là où il n'y a pas de sage — en ce sens [qu'il est dit] au premier chapitre de Nedarim (8b) : il n'est pas permis à un homme de dissoudre un vœu dans le lieu [d'autorité] de son maître ; toutefois cela [vaut] même s'il y a là un autre expert : cet expert ne doit pas [le] dissoudre dans le lieu de son maître, comme Ravina [ne le fit pas] dans le lieu [d'autorité] de Rav Achi.
💡 Explication

Rav Hiyya bar Amram étend la règle : trois [laïcs] permettent le bekhor là où il n'y a pas d'expert, et de même trois dissolvent un vœu (neder) là où il n'y a pas de sage ('hakham). La Guemara commence à analyser le premier volet (le bekhor)... [suite].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).