Bekhorot 37b — les défauts de l'oreille du premier-né, la mesure du trou, le percement du serviteur hébreu, et le crâne déficient

Bekhorot 37b

Sougya : La sougya poursuit l'analyse des défauts (moumin) qui autorisent l'abattage du premier-né hors du Temple. On établit qu'il faut un moum RE (défaut mauvais et apparent), à l'exclusion des défauts cachés ; et par un raisonnement (kal va-homer sur le rachat), à l'exclusion du défaut passager.

La michna sur l'oreille (fendue, entaillée, percée) est détaillée : mesure de la fente, de l'encoche (retenir l'ongle), du trou (karchina ou lentille selon R. Yosse b.

R. Yehouda), de l'oreille desséchée.

Une contradiction surgit avec le percement de l'oreille du serviteur hébreu (retsia) : R. Hana bar Ketina distingue 'pour abattre' (le grand trou) de 'pour invalider' (le moindre trou, comme pour le cohen).

Enfin, digression sur la mesure du 'foret' (makdeah) via la michna d'Oholot sur le crâne et la colonne vertébrale déficients (Beit Chammai / Beit Hillel), le sela, et la fenêtre non faite de main d'homme.

Quel défaut (moum) permet d'abattre le premier-né hors du Temple ? Type de défaut Condition Statut Moum RE (mauvais)apparent, défigurant,permanentpermet l'abattage Défaut caché (ba-seter)non visible(ex: dents internes)n'autorise pas Moum passager (over)guérit avec le tempsn'autorise pas Logique du moum passager (kal va-homer) On ne RACHÈTE même pas un consacré pour un défaut passager (il redeviendra apte) -> à plus forte raison on n'ABAT pas le premier-né dehors pour un tel défaut
Les trois catégories de défaut et pourquoi le défaut passager n'autorise pas l'abattage (segments 0-4).
Défauts de l'oreille du premier-né : les mesures oreille fente (sedek) : toute taille trou (nekev) : karchina / lentille Encoche (pegima) assez profonde pour retenir l'ongle Trou (nekev) TK : karchina (vesce) ; R. Yosse b. R. Yehouda : lentille Oreille desséchée (yevecha) TK : percée, ne donne pas de goutte de sang R. Yosse b. HaMechoulam : s'émiette au toucher
Les défauts de l'oreille et leurs mesures (segments 5-8).
Combien peut manquer au crâne sans transmettre l'impureté sous un toit ? Beit Chammai Beit Hillel Colonne vertébrale : 2 vertèbres manquantes Colonne vertébrale : 1 vertèbre manquante Crâne : pleine mesure d'un foret (makdeah) Crâne : ce qui, ôté à un vivant, le ferait mourir Chemouel : = un sela (foret = poundion / sela)
La michna d'Oholot : déficience du crâne et de la colonne (segments 16-20).
1
נֶעֶקְרוּ אִין, נִפְגְּמוּ וְנִגְמְמוּ לָא? בָּעֵינָא ״מוּם רַע״, וְלֵיכָּא! אִי הָכִי, מוּם עוֹבֵר נָמֵי! אַלְּמָה תְּנַן: וְלֹא מִן הָעוֹר?

[On déduit :] si elles sont arrachées (neekrou), oui [on abat] ; mais si elles sont [seulement] entaillées ou usées (nifgemou ve-nigmemou), non ? [Réponse :] j'exige un 'moum RE' (défaut mauvais [et apparent]), et il n'y en a pas [ici] !

[Objection :] s'il en est ainsi, un défaut passager (moum over) [devrait] aussi [autoriser l'abattage] ! [Alors] pourquoi avons-nous appris [dans la michna] : 'mais non [si le manque est] dans la peau' ?

📜 Rachi (2)
מוּם רַע לָא מִיקְּרֵי אֶלָּא בְּגָלוּי שֶׁמְּנַוְּולוֹ:
'Moum RE' n'est appelé [ainsi] — que [lorsqu'il est] apparent, [au point] de le défigurer.
אִי הָכִי דְּכֹל מוּם רִיבּוּיָא הוּא:
'S'il en est ainsi' — que tout [terme] 'moum' est une inclusion (ribouya) [de tous les défauts].
🗂️ Tossefot (1)
נֶעְקְרוּ אִין נִפְגְּמוּ וְנִגְמְמוּ לָא הָוֵי מָצֵי לַאֲתוּיֵי מֵהַהִיא דִּלְקַמָּן דְּקָא חֲשִׁיב בְּהֶדְיָא גַּבֵּי וְאֵלּוּ שֶׁאֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן לֹא בַמִּקְדָּשׁ וְלֹא בַמְּדִינָה חוּטִין הַפְּנִימִיּוֹת שֶׁנִּפְגְּמוּ וְנִגְמְמוּ אֶלָּא נִיחָא לַאֲתוּיֵי מִדִּיּוּקָא דְּרֵישָׁא דְּמוּכָח דאע"ג דְּבַחִיצוֹנִיּוֹת הָוֵי מוּם שֶׁבְּגָלוּי בִּפְנִימִיּוּת לָא הָוֵי מוּם:
'Si elles sont arrachées, oui ; entaillées ou usées, non' — [la Guemara] aurait pu apporter [cette déduction] de ce [passage] plus loin, où l'on compte explicitement, à propos de 'et voici ceux pour lesquels on n'abat ni au Temple ni en province', les dents internes qui furent entaillées ou usées ; mais il est préférable de l'apporter par la déduction (diyouk) du début [de la michna], qui prouve que bien que dans les [dents] externes ce soit un défaut apparent, dans les [dents] internes ce n'en est pas un.
💡 Explication

Discussion sur les dents internes du premier-né. On déduit de la michna précédente : seul l'arrachement (visible) autorise l'abattage, non l'entaille ou l'usure. Pourquoi ? Il faut un moum RE (défaut 'mauvais', c.-à-d. apparent et défigurant) — un défaut caché ne compte pas. On objecte alors : si tout défaut 'mauvais' suffit, un défaut passager devrait aussi permettre l'abattage.

2
מוּם עוֹבֵר סְבָרָא הוּא, הַשְׁתָּא מִיפְרָק לָא פָּרְקִינַן עִלָּוֵיהּ, מִשְׁחָט שָׁחֲטִינַן עִלָּוֵיהּ? דְּתַנְיָא: ״וְאִם כָּל בְּהֵמָה טְמֵאָה אֲשֶׁר לֹא יַקְרִיבוּ מִמֶּנָּה קָרְבָּן לַה׳״ — בְּבַעֲלֵי מוּמִין הַכָּתוּב מְדַבֵּר.

[Pour le] défaut passager, c'est un raisonnement (sevara) : maintenant [que], même racheter (mifrak) nous ne rachetons pas [un consacré] à cause de lui, abattrions-nous [le premier-né dehors] à cause de lui ?! Comme il est enseigné : 'Et si c'est une bête impure (tema'a) dont on n'offre pas d'oblation à Dieu' (Lev 27,11) — l'Écriture parle de [bêtes] porteuses de défaut (baalei moumin).

📜 Rachi (2)
הַשְׁתָּא מִיפְרָק לָא פָּרְקִינַן עֲלַיְיהוּ פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין:
'Maintenant, racheter nous ne rachetons pas à cause d'eux' — les [animaux] consacrés invalidés (passoulei ha-moukdachin).
מִישְׁחָט שֶׁחַיֵּטְנַהּ עֲלַיְיהוּ בְּכוֹר בַּחוּץ:
'Abattrions-nous a cause d'eux' — le premier-né, dehors.
🗂️ Tossefot (1)
הַשְׁתָּא מִיפְרָק לָא פָּרְקִינַן עִילָּוֵי' כּוּ' וְא"ת לְהַאי שִׁנּוּיָיא קַמָּא דְּנָפֵיק מוּם עוֹבֵר מק"ו פֶּסַח וְעוֹר מַאי אַהֲנֵי לֵיהּ וְי"ל דְּקָסָבַר הַשְׁתָּא דְּאִי לָא כְּתִיב פֶּסַח וְעוֹר קָמִרַבֵּינַן מִכָּל מוּם רַע מוּם עוֹבֵר וַהֲוָה אָמֵינָא דַּאֲתָא לְאַפּוֹקֵי מק"ו וְלָא מְמַעֲטִינַן נָמֵי מִמּוּם רַע מוּמִין שֶׁבַּסֵּתֶר:
'Maintenant, racheter nous ne rachetons pas à cause de lui, etc.' — et si tu dis : selon cette première réponse où le défaut passager se déduit du kal va-homer de 'boiteux et aveugle', à quoi bon [le verset] ? On peut répondre : il tient que maintenant [ceci] : si 'boiteux et aveugle' n'était pas écrit, on inclurait de 'tout moum RE' le défaut passager, et j'aurais pu dire qu'il vient exclure [seulement] le kal va-homer, et l'on n'exclurait pas non plus de 'moum RE' les défauts cachés.
💡 Explication

Réponse : l'exclusion du défaut passager ne vient pas d'un verset mais d'un raisonnement (kal va-homer). On ne rachète même pas un animal consacré à cause d'un défaut passager (il redeviendra apte) ; à plus forte raison n'abat-on pas le premier-né hors du Temple — où le rachat n'existe pas — pour un tel défaut. Suit la source du principe : le verset 'bête impure dont on n'offre pas d'oblation' vise en réalité les bêtes consacrées devenues défectueuses.

3
אַתָּה אוֹמֵר בְּבַעֲלֵי מוּמִין שֶׁנִּפְדּוּ הַכָּתוּב מְדַבֵּר, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא בִּבְהֵמָה טְמֵאָה מַמָּשׁ? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״וְאִם בַּבְּהֵמָה הַטְּמֵאָה״, הֲרֵי בְּהֵמָה טְמֵאָה אָמוּר, הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״אֲשֶׁר לֹא יַקְרִיבוּ מִמֶּנָּה״? הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה בַּעֲלֵי מוּמִין שֶׁנִּפְדּוּ.

Tu dis : l'Écriture parle de [bêtes] porteuses de défaut qui ont été rachetées ; ou bien [parle-t-elle] seulement d'une bête réellement impure ? Quand elle dit 'et si c'est une bête impure' (Lev 27,27), voici que la bête impure est [déjà] énoncée — comment donc j'établis 'dont on n'offre pas d'oblation' ?

Tu dois dire : ce sont les [bêtes] porteuses de défaut qui ont été rachetées.

📜 Rachi (1)
כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר פָּסוּק אַחֵר וְאִם בַּבְּהֵמָה הַטְּמֵאָה וּפָדָה בְעֶרְכֶּךָ:
'Quand elle dit' — un autre verset : 'et si c'est une bête impure, il la rachètera selon ton estimation' (Lev 27,27).
💡 Explication

La beraita établit son exégèse : le premier verset ('bête impure dont on n'offre pas') ne peut viser une bête réellement impure (âne, cheval), car un autre verset (Lev 27,27) mentionne déjà celle-ci. Donc il vise nécessairement les bêtes consacrées porteuses de défaut, qui ont été rachetées.

4
יָכוֹל יִפָּדוּ עַל מוּם עוֹבֵר? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲשֶׁר לֹא יַקְרִיבוּ מִמֶּנָּה קָרְבָּן לַה׳״ — מִי שֶׁאֵינָהּ קְרֵיבָה כָּל עִיקָּר, יָצְתָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ קְרֵיבָה הַיּוֹם אֶלָּא לְמָחָר.

On pourrait penser qu'on les rachète [même] pour un défaut passager : [aussi] l'Écriture dit 'dont on n'offre pas d'oblation à Dieu' — [celle] qui n'est absolument pas offrable ; est exclue celle-ci, qui n'est pas offrable aujourd'hui mais [le sera] demain.

💡 Explication

La beraita conclut : on aurait pu croire que le rachat s'applique aussi à un défaut passager. Le verset l'exclut : seule est rachetée la bête jamais offrable ; celle qui n'est pas offrable aujourd'hui mais le sera demain (défaut passager) ne se rachète pas. D'où le kal va-homer du segment 1.

5
אִיבָּעֵית אֵימָא: אִם כֵּן פִּסֵּחַ וְעִוֵּר לָמָּה לִי?

Si tu veux, dis : s'il en est ainsi, 'boiteux et aveugle' (pisseah ve-iver), pourquoi me [faut-il ces mots] ?

📜 Rachi (1)
אִם כֵּן דְּבַעַל מוּם עוֹבֵר נָמֵי נִפְדִּין פֶּסַח וְעוֹר מַאי אַהֲנֵי לֵיהּ דְּמַשְׁמַע מוּמִין קִבּוּעִין וְלֹא עוֹבְרִין:
'S'il en est ainsi' — que même pour un défaut passager on rachète [et on abat], 'boiteux et aveugle', à quoi cela me sert-il ? [Ces mots] impliquent des défauts fixes (kevouin) et non passagers.
💡 Explication

Autre réponse à l'objection du segment 0 : si tout défaut (même passager) autorisait l'abattage, pourquoi le verset préciserait-il 'boiteux et aveugle' ? Ces mots désignent des défauts permanents : ils viennent donc exclure le défaut passager.

6
נִסְדְּקָה אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא חֲסֵרָה. תָּנוּ רַבָּנַן: הַסֶּדֶק — כָּל שֶׁהוּא, הַפְּגִימָה — בֵּין בִּידֵי אָדָם בֵּין בִּידֵי שָׁמַיִם. מִכְּלָל דְּסֶדֶק בִּידֵי שָׁמַיִם לָא?

'Si elle a été fendue (nisdeka), bien qu'elle ne soit pas [en] manque.' Nos maîtres ont enseigné : la fente (ha-sedek) — de n'importe quelle taille ; l'encoche (ha-pegima) — que ce soit de la main de l'homme ou de la main du Ciel [= innée]. On déduit donc qu'une fente de la main du Ciel, non ?!

📜 Rachi (1)
בִּידֵי שָׁמַיִם שֶׁנּוֹלַד עִמּוֹ:
'De la main du Ciel' — [c.-à-d.] qui est née avec lui [l'animal].
💡 Explication

La michna : une oreille fendue (même sans manque) autorise l'abattage. La beraita : la fente vaut à toute taille ; l'encoche vaut qu'elle soit d'origine humaine ou innée ('main du Ciel'). Objection : par contraste, une fente innée ne vaudrait pas ? Cela n'a pas de sens, puisqu'une fente innée est aussi un défaut apparent.

7
אֶלָּא, סֶדֶק וּפְגִימָה — בֵּין בִּידֵי שָׁמַיִם בֵּין בִּידֵי אָדָם. וְכַמָּה שִׁיעוּר פְּגִימָה? כְּדֵי שֶׁתַּחְגֹּור בָּהּ צִיפֹּורֶן.

Plutôt : la fente et l'encoche (sedek ou-fegima) — que ce soit de la main du Ciel ou de la main de l'homme. Et quelle est la mesure de l'encoche ?

Assez pour qu'un ongle s'y accroche (she-tahgor ba tsiporen).

📜 Rachi (1)
שֶׁתַּחְגֹּור שֶׁתְּעַכֵּב בָּהּ צִפֹּורֶן אִם בּוֹדְקִין כִּבְדִיקַת סַכִּין:
'Qu'un ongle s'y accroche' — que l'ongle s'y retienne (s'y arrête), si on l'examine comme on examine [le fil d']un couteau.
💡 Explication

Correction : la beraita traite ensemble fente et encoche, l'une comme l'autre valant qu'elles soient innées ou d'origine humaine. Mesure de l'encoche : assez profonde pour que, en passant l'ongle, celui-ci s'y accroche (comme on vérifie une lame de chehita).

8
נְקֵבָה מָלֵא וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: כַּמָּה נְקִיבַת הָאֹוזֶן? מָלֵא כַּרְשִׁינָה. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּכַעֲדָשָׁה. וְאֵיזוֹ הִיא יְבֵשָׁה? שֶׁאִם תִּינָּקֵב וְאֵינָהּ מוֹצִיאָה טִיפַּת דָּם. רַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם אוֹמֵר: יְבֵשָׁה כְּדֵי שֶׁתְּהֵא נִפְרֶכֶת.

'Percée (nikba) de la pleine [mesure], etc.' Nos maîtres ont enseigné : de combien [est] le percement de l'oreille ? De la pleine [mesure d'une] vesce (karchina).

Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda dit : de [la taille d'] une lentille (ke-adacha). Et quelle est [l'oreille] desséchée (yevecha) ?

Celle qui, si on la perce, ne fait pas sortir de goutte de sang. Rabbi Yosse ben HaMechoulam dit : desséchée — assez pour qu'elle s'émiette (nifrekhet).

💡 Explication

Mesure du trou de l'oreille : selon le premier tana, une karchina (vesce) ; selon R. Yosse b. R. Yehouda, une lentille (un peu plus petite). Définition de l'oreille desséchée (défaut) : selon le premier tana, une oreille qui percée ne saigne plus ; selon R. Yosse b. HaMechoulam, une oreille si sèche qu'elle s'émiette au toucher.

9
תַּנָּא: קְרוֹבִין דִּבְרֵיהֶן לִהְיוֹת שָׁוִין. דִּבְרֵיהֶן דְּמַאן? אִילֵימָא דְּתַנָּא קַמָּא וְרַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם — טוּבָא אִיכָּא! אֶלָּא דְּתַנָּא קַמָּא וְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה.

Un tana a enseigné : leurs propos sont proches d'être identiques (kerovin divrehen li-hyot chavin). Les propos de qui ?

Si tu dis [ceux] du premier tana et de Rabbi Yosse ben HaMechoulam — il y a une grande [différence] ! Plutôt [ceux] du premier tana et de Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא דְּתַנָּא קַמָּא וְר' יוֹסֵי דְּכַרְשִׁינָה אֵינָהּ גְּדוֹלָה מֵעֲדָשָׁה אֶלָּא מְעַט:
'Plutôt [ceux] du premier tana et de Rabbi Yosse' — car la vesce (karchina) n'est pas plus grande que la lentille, si ce n'est de peu.
💡 Explication

Un tana note que deux avis sont quasi identiques en pratique. Lesquels ? Pas ceux du premier tana et de R. Yosse b. HaMechoulam sur l'oreille desséchée (leurs critères — saignement vs émiettement — diffèrent beaucoup), mais ceux du premier tana (karchina) et de R. Yosse b. R. Yehouda (lentille), dont les tailles sont très proches.

10
כָּעֲדָשָׁה — אִין, בְּצִיר מִכַּעֲדָשָׁה — לָא? וּרְמִינְהִי: ״מַרְצֵעַ״ — אֵין לִי אֶלָּא מַרְצֵעַ, מִנַּיִן לְרַבּוֹת הַסּוֹל, וֶהֱסִירָהּ, וְהַמַּחַט, וְהַמַּקְדֵּחַ, וְהַמִּכְתָּב?

[Trou d'] une lentille — oui [c'est un défaut] ; moindre qu'une lentille — non ? Or on oppose : ['Tu prendras] le poinçon (martsea)' (Dt 15,17) — je n'ai [pour valide] que le poinçon ; d'où [inclure] l'alêne (sol), l'épine (sira), l'aiguille (mahat), le foret (makdeah) et le stylet (mikhtav) ?

📜 Rachi (4)
הַסּוֹל קֵיסָם שֶׁרֹאשׁוֹ חַד שֶׁקּוֹרִין ברוק"א:
'Ha-sol' — un éclat [de bois] à la pointe aiguisée, qu'on appelle 'broca' [en langue vernaculaire].
סִירָא קוֹץ:
'Sira' — une épine.
מַקְדֵּחַ טריבל"א:
'Makdeah' — 'tribla' [tarière, en vernaculaire].
מִכְתָּב עֵט בַּרְזֶל:
'Mikhtav' — un stylet de fer.
💡 Explication

Contradiction : selon R. Yosse b. R. Yehouda, seul un trou d'au moins une lentille est un défaut ; un trou plus petit ne l'est pas. Mais le percement de l'oreille du serviteur hébreu (retsia) se fait avec un poinçon (martsea) — et une beraita inclut d'autres instruments plus fins (alêne, épine, aiguille, foret, stylet), qui percent un trou bien plus petit qu'une lentille. Contradiction sur ce qu'est un 'trou'.

11
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְלָקַחְתָּ״ — כָּל דָּבָר שֶׁנִּלְקָח בַּיָּד, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי אוֹמֵר: ״מַרְצֵעַ״ — מַה מַרְצֵעַ מְיֻוחָד שֶׁל מַתֶּכֶת, אַף כֹּל שֶׁל מַתֶּכֶת.

[Aussi] l'Écriture dit 've-lakahta' ('tu prendras') — tout objet qui se prend à la main ; paroles de Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda. Rabbi [Yehouda le Prince] dit : 'martsea' (poinçon) — de même que le poinçon est particulier en ce qu'il est de métal, de même tout [instrument] de métal.

📜 Rachi (1)
אַף כֹּל שֶׁל מַתֶּכֶת ובפ"ק דְּקִדּוּשִׁין מְפָרֵשׁ פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּרַבִּי דָּרֵישׁ כְּלָלֵי וּפְרָטֵי וְר' יוֹסֵי דָּרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי:
'De même tout [instrument] de métal' — et au premier chapitre de Kiddouchin (21b) on explique leur controverse : Rabbi expose [par la méthode des] généralités et particularités (klalei ou-fratei), et R. Yosse expose [par] inclusions et exclusions (ribouyei ou-mieoutei).
🗂️ Tossefot (1)
לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר שֶׁנִּלְקָח בַּיָּד בְּפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף כא:) מְפָרֵשׁ מִשּׁוּם דְּדָרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי וְלָקַחְתָּ רִיבָּה מַרְצֵעַ מִיעֵט וְנָתַתָּ בְּאָזְנוֹ חָזַר וְרִיבָּה מַאי רַבִּי רַבִּי כֹּל מִילֵּי מַאי מַיעֵט מַיעֵט סַם וְתֵימַהּ דְּמִוְּלַקֶּחַת מְרַבֵּינַן כָּל דָּבָר הַנִּלְקָח בַּיָּד וְאִם סַם לָא מִקְּרֵי נִלְקָח בַּיָּד לָמָּה לִי רִיבָּה וּמִיעֵט וְרִיבָּה מִלְּשׁוֹן וְלָקַחְתָּ לְחוּד לָא מִתְרַבֵּי אֶלָּא דָּבָר הַנִּלְקָח בַּיָּד וי"ל דְּמִלְּשׁוֹן וְלָקַחְתָּ לָא דָרֵישׁ אֶלָּא הָכִי קָאָמַר לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר הַנִּלְקָח בַּיָּד מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי:
'Pour inclure tout objet qui se prend à la main' — au premier chapitre de Kiddouchin (21b) on explique : parce qu'il expose par inclusions et exclusions — 've-lakahta' (tu prendras) inclut, 'martsea' (poinçon) exclut, 've-natata be-ozno' (tu [le] mettras dans son oreille) inclut de nouveau ; qu'a-t-il inclus ? Tout objet ; qu'a-t-il exclu ? Il a exclu un remède (sam). Et l'on s'étonne : puisque de 've-lakahta' on inclut tout objet pris à la main, et si un remède n'est pas dit 'pris à la main', pourquoi [me faut-il] inclure-exclure-inclure ? Du seul terme 've-lakahta' on n'inclut qu'un objet pris à la main. On peut répondre : ce n'est pas du terme 've-lakahta' qu'il l'expose, mais il veut dire : pour inclure tout objet pris à la main, parce que nous exposons par inclusions et exclusions.
💡 Explication

Selon R. Yosse b. R. Yehouda, le mot 'tu prendras' inclut tout objet saisissable à la main (d'où aiguille, épine, etc.). Rabbi restreint : le mot 'poinçon' enseigne qu'il faut un instrument de métal, comme le poinçon. Leur divergence tient à leurs méthodes exégétiques (klalei ou-fratei chez Rabbi, ribouyei ou-mieoutei chez R. Yosse).

12
וְקָתָנֵי סֵיפָא: אָמַר רַבִּי, יוּדָן בְּרִבִּי הָיָה דּוֹרֵשׁ: כְּשֶׁהֵן רוֹצְעִין, אֵין רוֹצְעִין אֶלָּא בַּמִּילָת.

Et la fin [de la beraita] enseigne : Rabbi [Elazar] dit : Youdan Beribbi enseignait ainsi — quand on perce [l'oreille], on ne perce que dans le lobe (milat).

📜 Rachi (1)
בְּרִיבִי אָדָם גָּדוֹל:
'Beribbi' — un grand homme.
💡 Explication

Suite de la beraita sur le serviteur hébreu : selon Youdan Beribbi ('l'homme éminent'), le percement (retsia) se fait uniquement dans le lobe (milat), partie molle de l'oreille.

13
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין עֶבֶד עִבְרִי כֹּהֵן נִרְצָע, מִפְּנֵי שֶׁנַּעֲשֶׂה בַּעַל מוּם. וְאִם תֹּאמַר: בַּמִּילָת הָיוּ רוֹצְעִין, הֵיאַךְ עֶבֶד כֹּהֵן נַעֲשֶׂה בַּעַל מוּם? הָא אֵין רוֹצְעִין אֶלָּא בְּגֹובַהּ שֶׁל אֹוזֶן.

Et les Sages disent : le serviteur hébreu [qui est] cohen n'est pas percé, parce qu'il deviendrait porteur de défaut (baal moum). Or si tu dis qu'on perçait dans le lobe, comment un serviteur cohen deviendrait-il porteur de défaut ?

[Cela prouve] qu'on ne perce que dans le haut de l'oreille [le cartilage].

📜 Rachi (3)
בְּמִילַת אֵלִיָּה:
'Dans le milat' — le lobe (alya).
הֵיאַךְ הוּא עוֹשֶׂה בַּעַל מוּם הָא הָדַר בָּרִיא:
'Comment deviendrait-il porteur de défaut' — puisqu'il guérit ensuite.
הָא אֵין רוֹצְעִין בְּנִיחוּתָא. הָא וַדַּאי אֵין רוֹצְעִין אֶלָּא בְּגֹובַהּ שֶׁל אֹוזֶן שֶׁהוּא סְחוּס וּמִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא דְּקָתָנֵי הָכָא דְּמִן הָרְצִיעָה נַעֲשֶׂה בַּעַל מוּם וְקָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה דִּרְצִיעָה יְשָׁנָה בְּמַחַט דְּלָא הָוֵי כָּעֲדָשָׁה:
'[Cela prouve] qu'on ne perce' — [dit] sur un ton d'affirmation posée : cela [prouve] certainement qu'on ne perce que dans le haut de l'oreille, qui est le cartilage (sehous). Malgré tout c'est difficile, car il est enseigné ici que du percement il devient porteur de défaut, alors que R. Yosse fils de R. Yehouda dit que le percement se fait à l'aiguille, [dont le trou] n'est pas [aussi grand] qu'une lentille.
💡 Explication

Les Sages : un serviteur hébreu cohen n'est pas percé, car le percement le rendrait invalide pour le service. Si l'on perçait le lobe (qui guérit), il ne deviendrait pas invalide de façon permanente. Donc, disent les Sages, le percement se fait dans le haut de l'oreille (le cartilage) — là, la marque est permanente et invalidante.

14
אָמַר רַב חָנָא בַּר קַטִּינָא: לָא קַשְׁיָא — כָּאן לִשְׁחֹוט, כָּאן לִפְסוֹל.

Rav Hana bar Ketina dit : ce n'est pas difficile — ici [c'est] pour abattre, là [c'est] pour invalider.

📜 Rachi (1)
כָּאן לִשְׁחֹוט כָּאן לִפְסֹול יֵשׁ מוּמִין הַרְבֵּה בִּבְכוֹר שֶׁפּוֹסְלִים אוֹתוֹ לִיקָּרֵב עַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ וְאֵין מַכְשִׁירִין אוֹתוֹ לִישָּׁחֵט כְּדִתְנַן אֵלּוּ שֶׁאֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן לֹא בַמִּקְדָּשׁ וְלֹא בַמְּדִינָה כו':
'Ici pour abattre, là pour invalider' — il y a beaucoup de défauts dans le premier-né qui l'invalident pour être offert sur l'autel sans le rendre apte à être abattu [dehors], comme nous avons appris : 'voici ceux pour lesquels on n'abat ni au Temple ni en province, etc.'
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן לִשְׁחֹוט כָּאן לִפְסֹול מִדִּפְסִיל כֹּהֵן מַשְׁמַע דְּהָוֵי מוּם דְּאוֹרָייְתָא וְשֶׁמָּא הַאי דְּאֵין שׁוֹחֲטִין מִשּׁוּם דְּאֵין נִיכָּר יָפֶה וְגָזְרִינַן אַטּוּ מוּמִין שֶׁבַּסֵּתֶר אִי נָמֵי הַאי דְּמִפְּסִיל כֹּהֵן מִשּׁוּם דְּאֵינוֹ שָׁוֶה בְּזַרְעוֹ שֶׁל אַהֲרֹן א"נ מוּם עוֹבֵר הוּא וּבָעֵינַן שֶׁלֹּא יִפָּסֵל אֲפִילּוּ לְפִי שָׁעָה מִשּׁוּם דִּכְתִיב [וְשָׁב] אֶל מִשְׁפַּחְתּוֹ דְּדָרְשִׁי' בְּקִדּוּשִׁין (שָׁם) לְמוֹתָר שֶׁבְּמִשְׁפַּחְתּוֹ:
'Ici pour abattre, là pour invalider' — du fait qu'il invalide le cohen, cela implique que c'est un défaut d'ordre biblique (de-oraita). Et peut-être ce [cas] où l'on n'abat pas, [est-ce] parce qu'il n'est pas bien visible, et l'on décrète [par précaution] à cause des défauts cachés. Ou encore : ce [cas] où l'on invalide le cohen, [est-ce] parce qu'il n'est pas 'égal dans la descendance d'Aaron' [un défaut particulier]. Ou encore : c'est un défaut passager, et l'on exige [pour le cohen] qu'il ne soit pas invalide même un instant, car il est écrit 'et il reviendra à sa famille', qu'on expose (Kiddouchin, ibid.) [comme signifiant qu'il retourne] à ce qui est permis dans sa famille.
💡 Explication

Résolution de R. Hana bar Ketina : les deux mesures s'appliquent à des cas différents. La mesure d'une lentille (R. Yosse b. R. Yehouda) vaut pour abattre le premier-né dehors (il faut un défaut conséquent). Mais pour invalider (un cohen, ou un consacré pour le sacrifice), un trou bien plus petit (celui de l'aiguille) suffit déjà.

15
מַאי כַּרְשִׁינָה? אָמַר רַב שֶׁרַבְיָא: הִינְדָּא.

Qu'est-ce que la 'karchina' (vesce) ? Rav Chervia dit : 'hinda'.

📜 Rachi (1)
הִינְדָּא בְּלָשׁוֹן זֶה הָיוּ מַכִּירִין וּבִלְשׁוֹן לַעַ"ז ויצ"א:
'Hinda' — [c'est] par ce mot qu'on la connaissait, et en langue étrangère 'vece'.
💡 Explication

Précision lexicale : la karchina (mesure du trou) est la vesce, appelée hinda en araméen (et 'vece' en langue vernaculaire selon Rachi).

16
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב הוֹשַׁעְיָא מֵרַב הוּנָא רַבָּה: כַּרְשִׁינָה הַנִּכְנֶסֶת וְיוֹצְאָהּ, אוֹ כַּרְשִׁינָה הָעוֹמֶדֶת? אָמַר לוֹ: זוֹ לֹא שָׁמַעְתִּי, כַּיּוֹצֵא בָּהּ שָׁמַעְתִּי.

Rav Hochaya interrogea Rav Houna Rabba : [la mesure est-elle celle d']une vesce qui entre et sort (nikhneset ve-yotsea), ou d'une vesce qui tient [immobile] (omedet) ? Il lui dit : cela, je ne [l']ai pas entendu ; [mais] quelque chose de semblable, je [l']ai entendu.

📜 Rachi (2)
כַּרְשִׁינָה הָעוֹמֵד בַּנֶּקֶב בְּדֹוחַק ואע"פ שֶׁאֵינָהּ נִכְנֶסֶת (עִמּוֹ) וְיוֹצֵאת בּוֹ הָוֵי מוּם אוֹ דִלְמָא לָא הָוֵי מוּם עַד שֶׁיְּהֵא הַנֶּקֶב רָחָב שֶׁכַּרְשִׁינָה תְּהֵא נִכְנֶסֶת וְיוֹצֵאת בּוֹ:
'Vesce' — [la vesce] qui tient dans le trou à l'étroit, bien qu'elle n'y entre ni n'en sorte, est-ce [déjà] un défaut ? Ou bien n'est-ce un défaut que lorsque le trou est assez large pour que la vesce y entre et en sorte ?
כַּיּוֹצֵא בָּהּ שָׁמַעְתִּי מִסֵּיפָא נָפְקָא לָן דְּקָאָמַר מַקְדֵּחַ וְחִיסּוּמוֹ שָׁנִינוּ דְּהַייְנוּ נִכְנָס וְיוֹצֵא:
'Quelque chose de semblable, je [l']ai entendu' — cela se déduit de la fin [de la michna suivante], où il est dit 'un foret et son évasement (hissoumo) avons-nous appris', c'est-à-dire [un trou où l'objet] entre et sort.
💡 Explication

Question de précision : la 'pleine vesce' désigne-t-elle un trou légèrement plus large (où la vesce entre et sort), ou un trou exactement à sa taille (où elle tient serrée) ? Rav Houna répond ne pas l'avoir reçu directement, mais avoir reçu un cas analogue (qui trancha : entre et sort).

17
דִּתְנַן: הַשִּׁדְרָה וְהַגֻּולְגֹּולֶת שֶׁחָסְרוּ, כַּמָּה חֶסְרוֹן בַּשִּׁדְרָה וְלֹא יְהֵא מְטַמֵּא בְּאֹהֶל? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׁתֵּי חֻולְיוֹת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: חֻולְיָא אַחַת. וּבְגֻולְגֹּולֶת, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: כִּמְלֹא מַקְדֵּחַ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת.

Comme nous avons appris (Oholot 2,3) : la colonne vertébrale (chidra) et le crâne (goulgolet) qui ont un manque — de combien [doit être] le manque de la colonne pour qu'elle ne rende pas impur sous un toit (be-ohel) ? Beit Chammai disent : deux vertèbres ; et Beit Hillel disent : une seule vertèbre.

Et pour le crâne, Beit Chammai disent : la pleine [mesure d'un] foret (ki-melo makdeah) ; et Beit Hillel disent : autant qu'on en ôterait à un vivant et qu'il mourrait (chey-innatel min ha-haï ve-yamout).

📜 Rachi (1)
הַשִּׁדְרָה וְהַגֻּולְגֹּולֶת שְׁלֵימִין מְטַמְּאִין בְּאֹהֶל וּשְׁאָר עֲצָמוֹת אֵין מְטַמְּאִין בְּאֹהֶל וְכַמָּה יֵחָסְרוּ וְלֹא יִטָּמְאוּ:
'La colonne vertébrale et le crâne' — entiers, ils rendent impur sous un toit, alors que les autres os ne rendent pas impur sous un toit ; et de combien doivent-ils manquer pour ne pas rendre impur ?
🗂️ Tossefot (1)
כְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת וּבְכִמְלֹא מַקְדֵּחַ וְיָמוּת לב"ש כִּדְקָאָמַר בפ"ק דְּעֵירוּבִין (דַּף ז.) וְכֵן לִטְרֵפָה וּמַשְׁמַע דְּאַתַּרְוַיְיהוּ קָאֵי אַשִּׁדְרָה וְאַגֻּולְגֹּולֶת אֶלָּא ב"ה אָתוּ לְמֵימַר דְּשִׁיעוּרוֹ כִּמְלֹא מַקְדֵּחַ הָוֵי טְפֵי מִכְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת לְדִידְהוּ וְרַבֵּינוּ תָּם נָמֵי דִּמְפָרֵשׁ דְּלָא קָאֵי וְכֵן לִטְרֵפָה אַגֻּולְגֹּולֶת מִדְּלָא פָּרִיךְ בְּרֵישׁ אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין דַּף מב:) וְהָאִיכָּא כַּמָּה חִסָּרוֹן בַּגֻּולְגֹּולֶת כִּדְפָרִיךְ מֵחִסָּרוֹן בַּשִּׁדְרָה מִשּׁוּם דְּבִנְקִיבַת הַקְּרוּם הָוֵי טְרֵיפָה בְּלֹא חִסָּרוֹן וְהָא דְּקָרֵי בְּעֵירוּבִין (דַּף ז.) שִׁדְרָה וְגֻולְגֹּולֶת תְּרֵי חוּמְרֵי דְּסָתְרִי אַהֲדָדֵי מִשּׁוּם דְּהָווּ פְּלִיגִי גַּבֵּי טְרֵיפוֹת דְּאָדָם דְּאִית לֵיהּ מַזָּלָא וְאִית לֵיהּ טְפֵי חַיּוֹת וְלָא מִיטְרָף בִּנְקִיבַת קְרוּם בְּלֹא חִסָּרוֹן עִמּוֹ מ"מ לְפֵירוּשׁוֹ נָמֵי צ"ל כֵּן כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁנוּ דִּבְשִׁיעוּרָא דב"ש יָמוּת (לב"ש) כְּמוֹ לב"ה בְּשִׁיעוּרָא דִּידְהוּ וּמִיהוּ מַה שֶׁמְּדַקְדֵּק ר"ת מִדְּלָא פָּרִיךְ בְּרֵישׁ אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין דַּף מב:) מֵחִסָּרוֹן דְּגֻולְגֹּולֶת לָאו פִּירְכָא הוּא דְּמָצֵינַן לְמֵימַר דִּטְרֵיפוֹת שֶׁל חִסָּרוֹן לָא הָוֵי אֶלָּא מִשּׁוּם דְּסוֹפוֹ שֶׁל קְרוּם לִינָּקֵב כְּמוֹ רֵיאָה דְּדָמְיָא לִדְיוֹתָא : וּלְכֻוחְלָא (שָׁם מז:) וְעוֹד קָשֶׁה לְפִי שֶׁמְּחַלֵּק בֵּין דְּאָדָם לִטְרֵפוֹת דִּבְהֵמוֹת דִּבְרֵישׁ אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין מג.) מ לְהוּ דְּפָרִיךְ לְהוּ מֵאִיּוֹב יִשְׁפֹּוךְ לָאָרֶץ מְרִירָתִי וַעֲדַיִין אִיּוֹב קַייָּם וּמִיהוּ הֲוָה יָכוֹל ר"ת לְפָרֵשׁ דְּלָא מִטַּעַם מַזָּלָא חֲשִׁיב טְרֵיפָה בִּבְהֵמָה טְפֵי מֵאָדָם אֶלָּא כְּגוֹן דְּנִיקַּב קְרוּם שֶׁל מוֹחַ הָעֶלְיוֹן וְלֹא הַתַּחְתּוֹן וּבִבְהֵמָה קְרוּם הַתַּחְתּוֹן רַךְ וְאֵין מֵגֵין עַל הַמּוֹחַ אֲבָל בְּאָדָם הַתַּחְתּוֹן קָשֶׁה וּמֵגֵין מִשּׁוּם הָכִי בָּעֵי חִסָּרוֹן עִם נְקִיבַת הָעֶלְיוֹן אֲבָל בְּדָבָר שֶׁשָּׁוִין בָּזֶה וּבָזֶה אֵין לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם כְּלָל:
'Autant qu'on en ôterait à un vivant et qu'il mourrait' — et [pour Beit Chammai c'est] 'la pleine mesure d'un foret et il mourrait', comme il est dit au premier chapitre de Erouvin (7a) ; et de même pour la terefa (bête condamnée). Et cela implique que les deux [critères] portent sur la colonne et sur le crâne ; simplement Beit Hillel viennent dire que leur mesure — 'ce qu'on ôterait à un vivant et il mourrait' — est plus [grande] que 'la pleine mesure d'un foret' selon Beit Chammai. Et Rabbenou Tam, qui explique aussi que 'et de même pour la terefa' ne porte pas sur le crâne — puisqu'on n'objecte pas au début de 'Elou terefot' (Houlin 42b) 'mais voici le manque dans le crâne', comme on objecte du manque dans la colonne — [c'est] parce que par le percement de la membrane [du cerveau] c'est [déjà] terefa, sans manque. Et ce que [la Guemara] appelle à Erouvin (7a) 'colonne et crâne, deux rigueurs qui se contredisent', [c'est] parce qu'elles divergeaient à propos des terefot de l'homme, qui a une 'chance' (mazla) et davantage de vitalité, et n'est pas rendu terefa par le percement de la membrane sans manque avec lui. Néanmoins, même selon son explication, il faut dire comme nous avons expliqué : que pour la mesure de Beit Chammai il mourrait [tout comme] pour la mesure de Beit Hillel selon la leur. Et toutefois, ce que Rabbenou Tam déduit de ce qu'on n'objecte pas au début de 'Elou terefot' (Houlin 42b) du manque du crâne, ce n'est pas une objection [valable], car on peut dire que la terefa liée au manque n'existe que parce que la membrane finira par se percer, comme la 'poumon semblable à de l'encre' ; et 'pour le khohla' (ibid. 47b). Et de plus, il est difficile [selon lui] du fait qu'il distingue entre [les terefot] de l'homme et les terefot des bêtes, alors qu'au début de 'Elou terefot' (Houlin 43a) on leur objecte de Job 'il répand à terre ma bile' — alors que Job était encore vivant. Toutefois Rabbenou Tam pourrait expliquer que ce n'est pas à cause du mazla que [la bête] est réputée terefa plus [facilement] que l'homme, mais [dans un cas] tel que se perce la membrane du cerveau supérieur et non l'inférieure : chez la bête la membrane inférieure est molle et ne protège pas le cerveau, tandis que chez l'homme l'inférieure est dure et protège — c'est pourquoi il faut [chez l'homme] un manque avec le percement de la supérieure ; mais pour une chose où [homme et bête] sont égaux, il n'y a pas du tout lieu de distinguer entre eux.
💡 Explication

Digression [amenée par le foret] : la michna d'Oholot sur la colonne vertébrale et le crâne déficients d'un cadavre, qui ne transmettent plus l'impureté sous un toit (ohel). Pour la colonne : Beit Chammai exigent deux vertèbres manquantes, Beit Hillel une. Pour le crâne : Beit Chammai la pleine mesure d'un foret (makdeah), Beit Hillel ce qui, ôté à un vivant, le tuerait.

18
וְיָתֵיב רַב חִסְדָּא וְקָמִיבַּעְיָא לֵיהּ: ״כְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי״ — וְכַמָּה? אֲמַר לֵיהּ רַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבוּדִימִי: הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל — כְּסֶלַע.

Et Rav Hisda était assis, et [ceci] lui faisait question : 'autant qu'on en ôterait à un vivant' — et combien [est-ce] ? Rav Tahlifa bar Avdimi lui dit : ainsi a dit Chemouel — comme un sela.

📜 Rachi (1)
ה"ג וְיָתֵיב רַב חִסְדָּא וְקָמִיבַּעְיָא לֵיהּ וְאִיתְּמַר רַב סָפְרָא אָמַר שְׁמַעְתָּא א"ל רַב תַּחְלִיפָא לְרַב חִסְדָּא דְּהָכִי אַתַּנְיָיה שְׁמוּאֵל:
Voici la leçon [du texte] : 'et Rav Hisda était assis, et [ceci] lui faisait question, et il fut dit : Rav Safra dit une tradition [amoraïque]' — [en fait] Rav Tahlifa dit à Rav Hisda que Chemouel [le] lui avait enseigné ainsi.
💡 Explication

Rav Hisda s'interroge sur la mesure de Beit Hillel : concrètement, combien vaut 'ce qui, ôté à un vivant, le tuerait' ? Rav Tahlifa bar Avdimi rapporte au nom de Chemouel : la taille d'un sela (pièce de monnaie).

19
וְאִיתָמָר: רַב סָפְרָא אָמַר: שְׁמַעְתָּתָא אֲמַר לֵיהּ, וְרַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אָמַר: מַתְנִיתָא אֲמַר לֵיהּ, וְסִימָנָיךְ: תָּנֵי רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה.

Et il fut dit : Rav Safra dit — [Rav Tahlifa] lui a rapporté une tradition [amoraïque] (chemaeta) ; et Rav Chemouel bar Yehouda dit — il lui a rapporté une beraita (matnita) ; et ton signe [mnémotechnique] : 'Rav Chemouel bar Yehouda a enseigné (tanei)'.

📜 Rachi (1)
וְסִימָנָיךְ שֶׁלֹּא תִּטְעֶה מִי אָמַר שְׁמַעְתָּא וּמִי מַתְנִיתָא תָּנֵי רַב יְהוּדָה בַּר שְׁמוּאֵל דְּאַשְׁכְּחַן מְקוֹמוֹת הַרְבֵּה בַּשַּׁ"ס דְּאַייְרֵי רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה בַּל' מַתְנִיתָא תָּנֵי רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה בְּמַסֶּכֶת ע"ז רְפוּאוֹת דְּאֵין מַעֲמִידִין (דַּף כֹּח:):
'Et ton signe' — pour que tu ne te trompes pas [sur] qui a dit une tradition [amoraïque] et qui une beraita : 'Rav [Chemouel bar] Yehouda a enseigné', car nous trouvons de nombreux endroits dans le Chas où Rav Chemouel bar Yehouda [apparaît] avec le terme 'beraita' : 'Rav Chemouel bar Yehouda a enseigné', au traité Avoda Zara, [dans les] remèdes de 'Ein maamidin' (28b).
💡 Explication

Divergence sur ce que Rav Tahlifa a transmis à Rav Hisda. Selon Rav Safra, c'était une tradition amoraïque (au nom de Chemouel). Selon Rav Chemouel bar Yehouda, c'était une beraita (source tannaitique). Moyen mnémotechnique : Rav Chemouel bar Yehouda est souvent associé au verbe tanei ('a enseigné', qui évoque une beraita).

20
וַאֲמַר לֵיהּ: אִם כֵּן, עָשִׂיתָה דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי וְדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל אֶחָד! דִּתְנַן: מָאוֹר שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה בִּידֵי אָדָם, שִׁיעוּרוֹ מְלֹא אֶגְרוֹף גָּדוֹל, וְזֶהוּ אֶגְרוֹפוֹ שֶׁל בֶּן אֲבַטִּיחַ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וְיֶשְׁנוֹ כְּרֹאשׁ גָּדוֹל שֶׁל אָדָם.

Et [Rav Hisda] lui dit : s'il en est ainsi, tu as fait des propos de Beit Chammai et des propos de Beit Hillel une seule [et même chose] ! Comme nous avons appris (Kelim 17,12) : une lucarne (ma'or) qui n'a pas été faite de main d'homme — sa mesure [est] la pleine [mesure d'un] grand poing, et c'est le poing de Ben Avtiah.

Rabbi Yosse dit : et il est [aussi grand] que la grande tête d'un homme.

📜 Rachi (7)
וא"ל רַב חִסְדָּא לְרַב תַּחְלִיפָא:
'Et [Rav Hisda] lui dit' — Rav Hisda à Rav Tahlifa.
אִם כֵּן דְּבֵית הִלֵּל כְּסֶלַע אָמַר עָשִׂיתָ ב"ש וב"ה אֶחָד:
'S'il en est ainsi' — que Beit Hillel [ont] dit 'comme un sela', tu as fait Beit Chammai et Beit Hillel [une même chose].
מָאוֹר חַלּוֹן שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה בִּידֵי אָדָם שֶׁנָּפַל הַכֹּותֶל מֵאֵלָיו מְעַט בֵּין בַּיִת לְבַיִת:
'Ma'or' — une fenêtre non faite de main d'homme, [quand] le mur s'est écroulé de lui-même un peu, entre une pièce et une autre.
שִׁיעוּרוֹ לְהָבִיא טֻומְאָה מִבַּיִת זֶה לְבַיִת זֶה:
'Sa mesure' — pour amener l'impureté de cette pièce à cette [autre] pièce.
כִּמְלֹא אֶגְרוֹף גָּדוֹל דְּכֵיוָן דְּלָא נַעֲשָׂה בִּידֵי אָדָם בְּצִיר מֵהָכִי לָא חֲשִׁיב:
'La pleine [mesure d'un] grand poing' — car, n'ayant pas été fait de main d'homme, [un trou] moindre que cela ne compte pas.
בֶּן אֲבַטִּיחַ שֵׁם הָאִישׁ בַּעַל בָּשָׂר:
'Ben Avtiah' — nom de l'homme, [un homme] corpulent.
וְיֶשְׁנוֹ לְאוֹתוֹ אֶגְרוֹף:
'Et il est [aussi grand]' — [c.-à-d.] ce même poing.
💡 Explication

Rav Hisda objecte : si la mesure de Beit Hillel est un sela, elle égale celle de Beit Chammai (le foret vaut aussi un sela — voir seg. 20), et les deux avis se confondent. Il l'appuie sur la michna de Kelim : une lucarne (ouverture) faite naturellement (non de main d'homme) transmet l'impureté d'une pièce à l'autre si elle atteint la taille d'un grand poing (celui de Ben Avtiah) — que R. Yosse compare à une grosse tête humaine.

21
נַעֲשָׂה בִּידֵי אָדָם, שִׁיעֲרוּהוּ כִּמְלֹא מַקְדֵּחַ גָּדוֹל שֶׁל לִשְׁכָּה, שֶׁהוּא כְּפוּנְדְיוֹן (שֶׁל) הָאִיטַלְקִי, וּכְסֶלַע נִירוֹנִית, וְיֶשְׁנוֹ

[Si la lucarne] a été faite de main d'homme, on l'a mesurée [comme] la pleine [mesure du] grand foret de la chambre [du Temple], qui est comme le poundion italien et comme le sela de Néron ; et il est [aussi grand]...

📜 Rachi (3)
שֶׁל לִשְׁכָּה שֶׁמֻּונָּח בַּלִּשְׁכָּה לִקְדֹּוחַ אֶת הַצָּרִיךְ לְבֶדֶק הַבַּיִת:
'De la chambre' — [le foret] qui est déposé dans la chambre pour forer ce qui est nécessaire à l'entretien du Temple (bedek ha-bayit).
כְּפוּנְדְיוֹן הָאִיטַלְקִי וּכְסֶלַע נִירוֹנִית כְּלוֹמַר לָזֶה וְלָזֶה דּוֹמֶה:
'Comme le poundion italien et comme le sela de Néron' — c'est-à-dire : il ressemble à l'un et à l'autre.
וְיֶשְׁנוֹ לְאוֹתוֹ סֶלַע וּלְאוֹתוֹ פּוּנְדְיוֹן:
'Et il est [aussi grand]' — [c.-à-d. il est de la taille] de ce sela et de ce poundion.
💡 Explication

Suite de la michna de Kelim : une lucarne faite de main d'homme transmet l'impureté dès la taille du grand foret (makdeah) de la chambre du Temple, laquelle équivaut au poundion italien et au sela de Néron. C'est ce qui permet à Rav Hisda d'assimiler le foret (Beit Chammai) au sela (Beit Hillel). [La michna se poursuit sur 38a.]

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).