Sougya : La sougya poursuit l'analyse des défauts (moumin) qui autorisent l'abattage du premier-né hors du Temple. On établit qu'il faut un moum RE (défaut mauvais et apparent), à l'exclusion des défauts cachés ; et par un raisonnement (kal va-homer sur le rachat), à l'exclusion du défaut passager.
La michna sur l'oreille (fendue, entaillée, percée) est détaillée : mesure de la fente, de l'encoche (retenir l'ongle), du trou (karchina ou lentille selon R. Yosse b.
R. Yehouda), de l'oreille desséchée.
Une contradiction surgit avec le percement de l'oreille du serviteur hébreu (retsia) : R. Hana bar Ketina distingue 'pour abattre' (le grand trou) de 'pour invalider' (le moindre trou, comme pour le cohen).
Enfin, digression sur la mesure du 'foret' (makdeah) via la michna d'Oholot sur le crâne et la colonne vertébrale déficients (Beit Chammai / Beit Hillel), le sela, et la fenêtre non faite de main d'homme.
[On déduit :] si elles sont arrachées (neekrou), oui [on abat] ; mais si elles sont [seulement] entaillées ou usées (nifgemou ve-nigmemou), non ? [Réponse :] j'exige un 'moum RE' (défaut mauvais [et apparent]), et il n'y en a pas [ici] !
[Objection :] s'il en est ainsi, un défaut passager (moum over) [devrait] aussi [autoriser l'abattage] ! [Alors] pourquoi avons-nous appris [dans la michna] : 'mais non [si le manque est] dans la peau' ?
Discussion sur les dents internes du premier-né. On déduit de la michna précédente : seul l'arrachement (visible) autorise l'abattage, non l'entaille ou l'usure. Pourquoi ? Il faut un moum RE (défaut 'mauvais', c.-à-d. apparent et défigurant) — un défaut caché ne compte pas. On objecte alors : si tout défaut 'mauvais' suffit, un défaut passager devrait aussi permettre l'abattage.
[Pour le] défaut passager, c'est un raisonnement (sevara) : maintenant [que], même racheter (mifrak) nous ne rachetons pas [un consacré] à cause de lui, abattrions-nous [le premier-né dehors] à cause de lui ?! Comme il est enseigné : 'Et si c'est une bête impure (tema'a) dont on n'offre pas d'oblation à Dieu' (Lev 27,11) — l'Écriture parle de [bêtes] porteuses de défaut (baalei moumin).
Réponse : l'exclusion du défaut passager ne vient pas d'un verset mais d'un raisonnement (kal va-homer). On ne rachète même pas un animal consacré à cause d'un défaut passager (il redeviendra apte) ; à plus forte raison n'abat-on pas le premier-né hors du Temple — où le rachat n'existe pas — pour un tel défaut. Suit la source du principe : le verset 'bête impure dont on n'offre pas d'oblation' vise en réalité les bêtes consacrées devenues défectueuses.
Tu dis : l'Écriture parle de [bêtes] porteuses de défaut qui ont été rachetées ; ou bien [parle-t-elle] seulement d'une bête réellement impure ? Quand elle dit 'et si c'est une bête impure' (Lev 27,27), voici que la bête impure est [déjà] énoncée — comment donc j'établis 'dont on n'offre pas d'oblation' ?
Tu dois dire : ce sont les [bêtes] porteuses de défaut qui ont été rachetées.
La beraita établit son exégèse : le premier verset ('bête impure dont on n'offre pas') ne peut viser une bête réellement impure (âne, cheval), car un autre verset (Lev 27,27) mentionne déjà celle-ci. Donc il vise nécessairement les bêtes consacrées porteuses de défaut, qui ont été rachetées.
On pourrait penser qu'on les rachète [même] pour un défaut passager : [aussi] l'Écriture dit 'dont on n'offre pas d'oblation à Dieu' — [celle] qui n'est absolument pas offrable ; est exclue celle-ci, qui n'est pas offrable aujourd'hui mais [le sera] demain.
La beraita conclut : on aurait pu croire que le rachat s'applique aussi à un défaut passager. Le verset l'exclut : seule est rachetée la bête jamais offrable ; celle qui n'est pas offrable aujourd'hui mais le sera demain (défaut passager) ne se rachète pas. D'où le kal va-homer du segment 1.
Si tu veux, dis : s'il en est ainsi, 'boiteux et aveugle' (pisseah ve-iver), pourquoi me [faut-il ces mots] ?
Autre réponse à l'objection du segment 0 : si tout défaut (même passager) autorisait l'abattage, pourquoi le verset préciserait-il 'boiteux et aveugle' ? Ces mots désignent des défauts permanents : ils viennent donc exclure le défaut passager.
'Si elle a été fendue (nisdeka), bien qu'elle ne soit pas [en] manque.' Nos maîtres ont enseigné : la fente (ha-sedek) — de n'importe quelle taille ; l'encoche (ha-pegima) — que ce soit de la main de l'homme ou de la main du Ciel [= innée]. On déduit donc qu'une fente de la main du Ciel, non ?!
La michna : une oreille fendue (même sans manque) autorise l'abattage. La beraita : la fente vaut à toute taille ; l'encoche vaut qu'elle soit d'origine humaine ou innée ('main du Ciel'). Objection : par contraste, une fente innée ne vaudrait pas ? Cela n'a pas de sens, puisqu'une fente innée est aussi un défaut apparent.
Plutôt : la fente et l'encoche (sedek ou-fegima) — que ce soit de la main du Ciel ou de la main de l'homme. Et quelle est la mesure de l'encoche ?
Assez pour qu'un ongle s'y accroche (she-tahgor ba tsiporen).
Correction : la beraita traite ensemble fente et encoche, l'une comme l'autre valant qu'elles soient innées ou d'origine humaine. Mesure de l'encoche : assez profonde pour que, en passant l'ongle, celui-ci s'y accroche (comme on vérifie une lame de chehita).
'Percée (nikba) de la pleine [mesure], etc.' Nos maîtres ont enseigné : de combien [est] le percement de l'oreille ? De la pleine [mesure d'une] vesce (karchina).
Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda dit : de [la taille d'] une lentille (ke-adacha). Et quelle est [l'oreille] desséchée (yevecha) ?
Celle qui, si on la perce, ne fait pas sortir de goutte de sang. Rabbi Yosse ben HaMechoulam dit : desséchée — assez pour qu'elle s'émiette (nifrekhet).
Mesure du trou de l'oreille : selon le premier tana, une karchina (vesce) ; selon R. Yosse b. R. Yehouda, une lentille (un peu plus petite). Définition de l'oreille desséchée (défaut) : selon le premier tana, une oreille qui percée ne saigne plus ; selon R. Yosse b. HaMechoulam, une oreille si sèche qu'elle s'émiette au toucher.
Un tana a enseigné : leurs propos sont proches d'être identiques (kerovin divrehen li-hyot chavin). Les propos de qui ?
Si tu dis [ceux] du premier tana et de Rabbi Yosse ben HaMechoulam — il y a une grande [différence] ! Plutôt [ceux] du premier tana et de Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda.
Un tana note que deux avis sont quasi identiques en pratique. Lesquels ? Pas ceux du premier tana et de R. Yosse b. HaMechoulam sur l'oreille desséchée (leurs critères — saignement vs émiettement — diffèrent beaucoup), mais ceux du premier tana (karchina) et de R. Yosse b. R. Yehouda (lentille), dont les tailles sont très proches.
[Trou d'] une lentille — oui [c'est un défaut] ; moindre qu'une lentille — non ? Or on oppose : ['Tu prendras] le poinçon (martsea)' (Dt 15,17) — je n'ai [pour valide] que le poinçon ; d'où [inclure] l'alêne (sol), l'épine (sira), l'aiguille (mahat), le foret (makdeah) et le stylet (mikhtav) ?
Contradiction : selon R. Yosse b. R. Yehouda, seul un trou d'au moins une lentille est un défaut ; un trou plus petit ne l'est pas. Mais le percement de l'oreille du serviteur hébreu (retsia) se fait avec un poinçon (martsea) — et une beraita inclut d'autres instruments plus fins (alêne, épine, aiguille, foret, stylet), qui percent un trou bien plus petit qu'une lentille. Contradiction sur ce qu'est un 'trou'.
[Aussi] l'Écriture dit 've-lakahta' ('tu prendras') — tout objet qui se prend à la main ; paroles de Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda. Rabbi [Yehouda le Prince] dit : 'martsea' (poinçon) — de même que le poinçon est particulier en ce qu'il est de métal, de même tout [instrument] de métal.
Selon R. Yosse b. R. Yehouda, le mot 'tu prendras' inclut tout objet saisissable à la main (d'où aiguille, épine, etc.). Rabbi restreint : le mot 'poinçon' enseigne qu'il faut un instrument de métal, comme le poinçon. Leur divergence tient à leurs méthodes exégétiques (klalei ou-fratei chez Rabbi, ribouyei ou-mieoutei chez R. Yosse).
Et la fin [de la beraita] enseigne : Rabbi [Elazar] dit : Youdan Beribbi enseignait ainsi — quand on perce [l'oreille], on ne perce que dans le lobe (milat).
Suite de la beraita sur le serviteur hébreu : selon Youdan Beribbi ('l'homme éminent'), le percement (retsia) se fait uniquement dans le lobe (milat), partie molle de l'oreille.
Et les Sages disent : le serviteur hébreu [qui est] cohen n'est pas percé, parce qu'il deviendrait porteur de défaut (baal moum). Or si tu dis qu'on perçait dans le lobe, comment un serviteur cohen deviendrait-il porteur de défaut ?
[Cela prouve] qu'on ne perce que dans le haut de l'oreille [le cartilage].
Les Sages : un serviteur hébreu cohen n'est pas percé, car le percement le rendrait invalide pour le service. Si l'on perçait le lobe (qui guérit), il ne deviendrait pas invalide de façon permanente. Donc, disent les Sages, le percement se fait dans le haut de l'oreille (le cartilage) — là, la marque est permanente et invalidante.
Rav Hana bar Ketina dit : ce n'est pas difficile — ici [c'est] pour abattre, là [c'est] pour invalider.
Résolution de R. Hana bar Ketina : les deux mesures s'appliquent à des cas différents. La mesure d'une lentille (R. Yosse b. R. Yehouda) vaut pour abattre le premier-né dehors (il faut un défaut conséquent). Mais pour invalider (un cohen, ou un consacré pour le sacrifice), un trou bien plus petit (celui de l'aiguille) suffit déjà.
Qu'est-ce que la 'karchina' (vesce) ? Rav Chervia dit : 'hinda'.
Précision lexicale : la karchina (mesure du trou) est la vesce, appelée hinda en araméen (et 'vece' en langue vernaculaire selon Rachi).
Rav Hochaya interrogea Rav Houna Rabba : [la mesure est-elle celle d']une vesce qui entre et sort (nikhneset ve-yotsea), ou d'une vesce qui tient [immobile] (omedet) ? Il lui dit : cela, je ne [l']ai pas entendu ; [mais] quelque chose de semblable, je [l']ai entendu.
Question de précision : la 'pleine vesce' désigne-t-elle un trou légèrement plus large (où la vesce entre et sort), ou un trou exactement à sa taille (où elle tient serrée) ? Rav Houna répond ne pas l'avoir reçu directement, mais avoir reçu un cas analogue (qui trancha : entre et sort).
Comme nous avons appris (Oholot 2,3) : la colonne vertébrale (chidra) et le crâne (goulgolet) qui ont un manque — de combien [doit être] le manque de la colonne pour qu'elle ne rende pas impur sous un toit (be-ohel) ? Beit Chammai disent : deux vertèbres ; et Beit Hillel disent : une seule vertèbre.
Et pour le crâne, Beit Chammai disent : la pleine [mesure d'un] foret (ki-melo makdeah) ; et Beit Hillel disent : autant qu'on en ôterait à un vivant et qu'il mourrait (chey-innatel min ha-haï ve-yamout).
Digression [amenée par le foret] : la michna d'Oholot sur la colonne vertébrale et le crâne déficients d'un cadavre, qui ne transmettent plus l'impureté sous un toit (ohel). Pour la colonne : Beit Chammai exigent deux vertèbres manquantes, Beit Hillel une. Pour le crâne : Beit Chammai la pleine mesure d'un foret (makdeah), Beit Hillel ce qui, ôté à un vivant, le tuerait.
Et Rav Hisda était assis, et [ceci] lui faisait question : 'autant qu'on en ôterait à un vivant' — et combien [est-ce] ? Rav Tahlifa bar Avdimi lui dit : ainsi a dit Chemouel — comme un sela.
Rav Hisda s'interroge sur la mesure de Beit Hillel : concrètement, combien vaut 'ce qui, ôté à un vivant, le tuerait' ? Rav Tahlifa bar Avdimi rapporte au nom de Chemouel : la taille d'un sela (pièce de monnaie).
Et il fut dit : Rav Safra dit — [Rav Tahlifa] lui a rapporté une tradition [amoraïque] (chemaeta) ; et Rav Chemouel bar Yehouda dit — il lui a rapporté une beraita (matnita) ; et ton signe [mnémotechnique] : 'Rav Chemouel bar Yehouda a enseigné (tanei)'.
Divergence sur ce que Rav Tahlifa a transmis à Rav Hisda. Selon Rav Safra, c'était une tradition amoraïque (au nom de Chemouel). Selon Rav Chemouel bar Yehouda, c'était une beraita (source tannaitique). Moyen mnémotechnique : Rav Chemouel bar Yehouda est souvent associé au verbe tanei ('a enseigné', qui évoque une beraita).
Et [Rav Hisda] lui dit : s'il en est ainsi, tu as fait des propos de Beit Chammai et des propos de Beit Hillel une seule [et même chose] ! Comme nous avons appris (Kelim 17,12) : une lucarne (ma'or) qui n'a pas été faite de main d'homme — sa mesure [est] la pleine [mesure d'un] grand poing, et c'est le poing de Ben Avtiah.
Rabbi Yosse dit : et il est [aussi grand] que la grande tête d'un homme.
Rav Hisda objecte : si la mesure de Beit Hillel est un sela, elle égale celle de Beit Chammai (le foret vaut aussi un sela — voir seg. 20), et les deux avis se confondent. Il l'appuie sur la michna de Kelim : une lucarne (ouverture) faite naturellement (non de main d'homme) transmet l'impureté d'une pièce à l'autre si elle atteint la taille d'un grand poing (celui de Ben Avtiah) — que R. Yosse compare à une grosse tête humaine.
[Si la lucarne] a été faite de main d'homme, on l'a mesurée [comme] la pleine [mesure du] grand foret de la chambre [du Temple], qui est comme le poundion italien et comme le sela de Néron ; et il est [aussi grand]...
Suite de la michna de Kelim : une lucarne faite de main d'homme transmet l'impureté dès la taille du grand foret (makdeah) de la chambre du Temple, laquelle équivaut au poundion italien et au sela de Néron. C'est ce qui permet à Rav Hisda d'assimiler le foret (Beit Chammai) au sela (Beit Hillel). [La michna se poursuit sur 38a.]
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).