Bekhorot 38a — le dedans et le dehors des récipients (témoignage de Hizkiya), la taille du trou du crâne, et les défauts de l'œil qui permettent d'abattre l'aîné

Bekhorot 38a

Sougya : La sougya poursuit la discussion sur le crâne manquant : quelle est la taille du trou visé par Beit Chammai (foret 'mikdéah et son élargissement' pour R. Hisda et R.

Tahlifa) ? R.

Tahlifa l'appuie sur le témoignage indiscuté de Hizkiya avi Ikkéch, ce qui ouvre une longue digression sur la tare (touma) des récipients : le kli hères (terre cuite) ne devient impur que par son dedans (tokh), alors que le kli chetef (bois/métal, purifié par rinçage) n'a pas de distinction dedans/dehors selon la Tora. Les Sages ont toutefois aligné le kli chetef sur le kli hères pour la touma de liquides (mi-derabbanan), comme signe d'allègement (heker), afin de ne pas brûler à tort teroumah et kodachim.

La Guemara revient à la lucarne : Rav Papa (grand foret), puis Rav Nahman (sela de Néron) résolvent la difficulté pour que Beit Chammai reste strict. Enfin, la michna énumère les défauts de l'œil (ris percé, dak, tévalloul, hilazon...) qui rendent l'aîné (bekhor) abattable hors du Temple, et définit le tévalloul.

Le dedans (tokh) et le dehors (gav) : deux familles de récipients Kli hères (terre cuite) impur SEULEMENT par le dedans (tokh) 'ce qui tombe dans son tokh' (Lev 11:33) dehors touche -> reste pur sans tokh : jamais impur Kli chetef (rincé : bois/métal) Tora : dehors impur -> TOUT impur (pas de distinction dedans/dehors) a besoin d'un tokh pour être impur 'semblable au sac' (mitaltel plein et vide) Témoignage de Hizkiya avi Ikkéch (au nom de R. Gamliel l'Ancien) Impureté de LIQUIDES (mi-derabbanan) sur un kli chetef : les Sages l'ont aligné sur le kli hères -> dehors impur seul (heker : signe d'allègement) pour ne pas brûler teroumah et kodachim à tort. Sans tokh : dedans=dehors.
Terre cuite vs récipient rincé : où passe l'impureté, et le témoignage de Hizkiya (segments 2-14).
Le crâne manquant : de quelle taille de trou parle Beit Chammai ? Enjeu : éviter que la règle de B. Chammai coïncide avec le sela de B. Hillel (mahloket réelle). R. Hisda / R. Tahlifa 'mikdéah ve-hissoumo' le foret ET l'élargissement (entrée + sortie à l'aise) -> plus grand qu'un sela sur pour le karchina aussi Rav Papa 'mikdéah gadol chaninou' la lucarne = GRAND foret = sela ; foret ordinaire < sela (B. Chammai plus doux ?) problème selon les Sages Rav Nahman 'sela nironit chaninou' la lucarne = sela de Néron = grand foret ; sela ordinaire < foret ordinaire -> B. Chammai reste strict
Trois solutions pour la taille du trou du crâne de Beit Chammai (segments 0-1, 15-19).
Défauts de l'œil (moumin) qui permettent d'abattre le bekhor lavan (blanc) sira (cercle) chahor tévalloul : fil BLANC qui coupe la sira et entre dans le noir -> MOUM fil noir qui entre dans le blanc -> PAS un moum (le blanc n'est pas l'œil, mais sa graisse) Autres : ris percé/entaillé/fendu, dak, hilazon, nahach, etsev sur l'œil.
Les défauts de l'oeil de la michna et la définition du tévalloul (segment 20).
1
כִּמְלֹא נֶקֶב שֶׁל עֹול! אִישָּׁתֵיק, וַאֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא: שֶׁמָּא מַקְדֵּחַ וְחִיסּוּמוֹ שָׁנִינוּ.

...comme le plein d'un trou de joug (d'animal) ! [R.

Tahlifa] resta silencieux. Et Rav Hisda lui dit : peut-être avons-nous enseigne [la mesure du] foret (mikdéah) et son élargissement (hissoumo).

📜 Rachi (3)
כִּמְלֹא נֶקֶב שֶׁל עֹול שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ נֶקֶב וְתוֹקְעִין בּוֹ יָתֵד לִקְשֹׁור רְצוּעוֹת הָעֹול אַלְמָא מַקְדֵּחַ הָוֵי כַּסֶּלַע וּמַאי אִיכָּא בֵּין ב"ש וּבֵין ב"ה:
Comme le plein d'un trou de joug — dans lequel on perce un trou et l'on enfonce un piquet pour attacher les lanières du joug ; il ressort donc que le foret vaut un sela — et alors quelle différence y a-t-il entre Beit Chammai et Beit Hillel ?
אִישָּׁתֵיק רַב תַּחְלִיפָא:
Il resta silencieux — Rav Tahlifa.
וא"ל רַב חִסְדָּא שֶׁמָּא מַקְדֵּחַ דְּקָאָמַר ב"ש בַּגֻּולְגֹּולֶת מַקְדֵּחַ וְחִיסּוּמוֹ שָׁנִינוּ דִּלְאַחַר שֶׁנַּעֲשָׂה הַחוֹר מְצַדְּדִין אֶת הַמַּקְדֵּחַ וְנוֹטֵל מִצִּידֵּי הַנֶּקֶב וּמַרְחִיבִין אֶת הַנֶּקֶב כְּדֵי שֶׁיִּכָּנֵס מַקְדֵּחַ וְיוֹצֵא בְּרִיוַּח וְהַיְינוּ חִיסּוּם שֶׁנּוֹטֵל מַה שֶׁחִיסֵּם וְסוֹתֵם אֶת הַנֶּקֶב וְאֵינוֹ מַנִּיחַ לִיכָּנֵס הַמַּקְדֵּחַ בְּרֹוחַב וּמַקְדֵּחַ וְחִיסּוּמוֹ הָוֵי יוֹתֵר מִסֶּלַע:
Et Rav Hisda lui dit : peut-être [la mesure du] foret — ce que dit Beit Chammai à propos du crâne : nous avons enseigné '[le] foret et son élargissement (hissoum)', car après avoir fait le trou on incline le foret et l'on retire de la bordure du trou pour l'élargir, afin que le foret entre et sorte à l'aise — c'est cela le 'hissoum' : on retire ce qui bouchait et obstruait le trou et empêchait le foret d'y entrer à son aise ; et [le] foret avec son élargissement fait plus qu'un sela.
💡 Explication

Suite du calcul sur le crâne manquant. Si la mesure de Beit Chammai (le trou d'un foret) équivaut au sela de Beit Hillel, leur divergence disparaît. R. Tahlifa reste coi ; Rav Hisda propose : Beit Chammai visait le foret ET son élargissement (hissoum) — un trou permettant au foret d'entrer et de ressortir à l'aise, donc un peu plus grand qu'un sela.

🖼️ Schéma
Le crâne manquant : de quelle taille de trou parle Beit Chammai ? Enjeu : éviter que la règle de B. Chammai coïncide avec le sela de B. Hillel (mahloket réelle). R. Hisda / R. Tahlifa 'mikdéah ve-hissoumo' le foret ET l'élargissement (entrée + sortie à l'aise) -> plus grand qu'un sela sur pour le karchina aussi Rav Papa 'mikdéah gadol chaninou' la lucarne = GRAND foret = sela ; foret ordinaire < sela (B. Chammai plus doux ?) problème selon les Sages Rav Nahman 'sela nironit chaninou' la lucarne = sela de Néron = grand foret ; sela ordinaire < foret ordinaire -> B. Chammai reste strict
Les trois solutions proposées pour la taille du trou.
2
וַאֲמַר לֵיהּ רַב תַּחְלִיפָא: לָא תֵּימָא שֶׁמָּא, אֶלָּא וַדַּאי מַקְדֵּחַ וְחִיסּוּמוֹ, צָרִיךְ לְהִתָּלוֹת עָלֶיהָ כְּחִזְקִיָּה אֲבִי עִקֵּשׁ.

Et Rav Tahlifa lui dit : ne dis pas 'peut-être', mais assurément [le] foret et son élargissement ; et tu dois t'appuyer dessus comme sur [le témoignage de] Hizkiya avi Ikkéch.

📜 Rachi (3)
א"ל רַב תַּחְלִיפָא לְרַב חִסְדָּא לָא תֵּימָא שֶׁמָּא אֶלָּא אֵימָא וַדַּאי מַקְדֵּחַ וְחִיסּוּמוֹ שָׁנִינוּ:
Rav Tahlifa lui dit — à Rav Hisda : ne dis pas 'peut-être', mais dis 'assurément' [le] foret et son élargissement, nous [l']avons enseigné.
וְצָרִיךְ אַתָּה לְהִתָּלוֹת עָלֶיהָ כְּלוֹמַר יָכוֹל אַתָּה לִסְמֹוךְ עַל דָּבָר זֶה:
Et tu dois t'appuyer dessus — c'est-à-dire : tu peux te fier à cette chose.
כְּחִזְקִיָּה אֲבִי עִקֵּשׁ שֶׁנִּסְמַךְ עַל עֵדוּתוֹ שֶׁלֹּא הָיָה תַּלְמִיד חוֹלֵק עָלָיו:
Comme [sur] Hizkiya avi Ikkéch — qui s'appuya sur son témoignage, car aucun disciple ne le contredit.
🗂️ Tossefot (1)
צָרִיךְ אַתָּה לִתְלוֹת כְּחִזְקִיָּה שֶׁהוּא אֲבִי עִקֵּשׁ פֵּירוּשׁ צָרִיךְ אַתָּה לִטְרֹוחַ כְּדֵי לְייַשֵּׁב הַדָּבָר שֶׁאֵין לְשַׁבְּשָׁהּ מִכֹּחַ קֻושְׁיָא כִּי בָּרוּר לִי שֶׁכָּךְ אָמַר שְׁמוּאֵל כְּמוֹ עֵדוּת חִזְקִיָּה אֲבִי עִקֵּשׁ שֶׁלֹּא הָיָה לְשׁוֹן דְּבָרָיו מְיֻושָּׁב וּמְתָרֵץ לֵיהּ בְּסָמוּךְ:
Tu dois t'appuyer [dessus] comme sur Hizkiya qui est avi Ikkéch — explication : tu dois te donner de la peine pour bien établir la chose, sans la corriger [à tort] à cause d'une objection, car il m'est clair que Chmouel a parlé ainsi, tout comme le témoignage de Hizkiya avi Ikkéch, dont la formulation n'était pas bien ajustée — et [la Guemara] la résout juste après.
💡 Explication

Rav Tahlifa corrige Rav Hisda : ce n'est pas un 'peut-être' mais une certitude — Beit Chammai visait le foret et son élargissement. On peut s'y fier autant que sur le témoignage indiscuté de Hizkiya avi Ikkéch (litt. 'père d'Ikkéch'), qu'aucun disciple ne contesta. On en déduit : de même que 'mesure d'un foret' = trou où le foret entre et sort, de même la 'mesure d'une vesce (karchina)' de la michna = un trou où la vesce entre et sort.

3
דִּתְנַן: זוֹ עֵדוּת הֵעִיד חִזְקִיָּה אֲבִי עִקֵּשׁ לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּיַבְנֶה, שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן: כֹּל שֶׁאֵין לוֹ תּוֹךְ בִּכְלִי חֶרֶס — אֵין לוֹ אֲחוֹרַיִם לַחֲלִיקָה. נִטְמָא תּוֹכוֹ — נִטְמָא גַבּוֹ, נִטְמָא גַבּוֹ — נִטְמָא תּוֹכוֹ.

Comme nous avons enseigné : voici le témoignage qu'a attesté Hizkiya avi Ikkéch devant Rabban Gamliel à Yavne, qu'il dit au nom de Rabban Gamliel l'Ancien : tout [récipient] de terre cuite qui n'a pas de dedans (tokh) — n'a pas de 'dehors' distinct (ahorayim le-halika). [Si] son dedans est devenu impur — son dehors est impur ; [si] son dehors est devenu impur — son dedans est impur.

📜 Rachi (1)
אֵין לוֹ אֲחוֹרַיִים לַחֲלִיקָה שֶׁאֵין אֲחוֹרָיו חֲלוּקִים מִתּוֹכוֹ דְּלָא אָמְרִינַן אִם נִטְמָא גַבּוֹ גַּבּוֹ טָמֵא וְתוֹכוֹ טָהוֹר אֶלָּא אִם נִטְמָא גַּבּוֹ נִטְמָא תּוֹכוֹ. אוֹתוֹ צַד שֶׁמִּשְׁתַּמְּשִׁין בּוֹ קֶרִי תּוֹךְ אע"ג דְּאֵין לוֹ בֵּית קִיבּוּל:
N'a pas de 'dehors' distinct (ahorayim le-halika) — car son dehors n'est pas distinct de son dedans : on ne dit pas 'si son dehors est devenu impur, son dehors est impur et son dedans reste pur', mais si son dehors est devenu impur, son dedans devient impur. Le côté dont on se sert, on l'appelle 'tokh', bien qu'il n'ait pas de cavité (beit kiboul).
💡 Explication

Le témoignage : pour un récipient de terre cuite (kli hères) dépourvu de tokh (cavité/dedans utilisable), il n'y a pas de distinction entre dedans et dehors (halika). Ce qui contraste avec la règle habituelle du kli hères, où seul le dedans devient impur. Ici : impureté du dedans = du dehors, et inversement. Le 'tokh' désigne le côté dont on se sert, même sans réelle cavité.

4
כְּלִי חֶרֶס, בְּתוֹכוֹ תָּלָה רַחֲמָנָא — אִית לֵיהּ תּוֹךְ — אִיטַּמִּי לֵיהּ, לֵית לֵיהּ תּוֹךְ — לָא אִיטַּמִּי לֵיהּ!

[Objection :] un récipient de terre cuite — c'est à son dedans (tokh) que la Tora a suspendu [l'impureté] : s'il a un dedans — il devient impur ; s'il n'a pas de dedans — il ne devient pas impur !

📜 Rachi (1)
וְקָפְרִיךְ כְּלִי חֶרֶס בְּתוֹכוֹ תְּלָה רַחֲמָנָא דְּאֵין מְטַמֵּא אֶלָּא מִתּוֹכוֹ דִּכְתִיב וְכָל כְּלִי חֶרֶס אֲשֶׁר יִפֹּול מֵהֶם אֶל תּוֹכוֹ וְגוֹ':
Et [la Guemara] objecte : un récipient de terre cuite — c'est à son dedans que la Tora a suspendu [l'impureté] — car il ne devient impur que par son dedans, comme il est écrit 'et tout récipient de terre dans l'intérieur (tokh) duquel [tombe l'impur]...' (Lev 11:33).
💡 Explication

Objection : le verset 'tout récipient de terre dans le tokh (intérieur) duquel [l'impur] tombe' (Lev 11:33) fait dépendre l'impureté de la présence d'une cavité. Donc un kli hères sans tokh ne devrait pas être impur du tout — comment parler de son dedans et de son dehors ?

5
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אָבִין: הָכִי קָאָמַר, כֹּל שֶׁאֵין לוֹ תּוֹךְ בִּכְלִי חֶרֶס — כְּנֶגְדּוֹ בִּכְלִי שֶׁטֶף אֵין לוֹ אֲחוֹרַיִם לַחֲלִיקָה, נִטְמָא תּוֹכוֹ — נִטְמָא גַבּוֹ, נִטְמָא גַבּוֹ — נִטְמָא תּוֹכוֹ.

Rabbi Yits'hak bar Avin dit : voici ce que [le texte] veut dire — tout [récipient] qui n'a pas de dedans en terre cuite [jamais impur], son correspondant en récipient rincé (kli chetef) n'a pas de 'dehors' distinct : [si] son dedans est devenu impur — son dehors est impur ; [si] son dehors est devenu impur — son dedans est impur.

📜 Rachi (1)
כְּנֶגְדּוֹ בִּכְלֵי שֶׁטֶף כְּלוֹמַר דִּכְוָותֵיהּ בִּכְלֵי שֶׁטֶף שֶׁאֵין לוֹ נָמֵי תּוֹךְ אֵין לוֹ אֲחוֹרַייִם וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ. כְּלֵי שֶׁטֶף כְּלִי עֵץ דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ט״ו:י״ב) וְכָל כְּלִי עֵץ יִשָּׁטֵף בַּמָּיִם וּלְקַמֵּיהּ פָּרֵיךְ וְכִי אֵין לוֹ תּוֹךְ מִי מְקַבֵּל פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ טֻומְאָה. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי כְּלֵי שֶׁטֶף הַייְנוּ כְּלֵי מַתָּכוֹת וְטָעוּת הוּא בְּיָדָם דְּא"כ אַמַּאי פָּרִיךְ לְקַמָּן מִי מְקַבְּלִי פְּשׁוּטֵי כְּלֵי שֶׁטֶף טֻומְאָה לָאו פִּירְכָא הִיא דְּוַדַּאי פְּשׁוּטֵי כְּלֵי מַתָּכוֹת טְמֵאִים:
Son correspondant en récipient rincé (kli chetef) — c'est-à-dire : de même, un kli chetef qui n'a pas non plus de dedans n'a pas de 'dehors' distinct — et [la Guemara] l'explique plus loin. 'Kli chetef' = récipient de bois, comme il est écrit 'et tout récipient de bois sera rincé (yichatef) dans l'eau' (Lev 15:12) ; et plus bas [la Guemara] objecte : mais s'il n'a pas de dedans, un ustensile de bois plat reçoit-il donc l'impureté ? Et certains disent que 'kli chetef' désigne les récipients de métal — c'est une erreur de leur part, car si c'était le cas, pourquoi [la Guemara] objecterait-elle plus loin 'les ustensiles de métal plats reçoivent-ils l'impureté ?' — ce ne serait pas une objection, car assurément les ustensiles de métal plats sont impurs.
🗂️ Tossefot (2)
כְּנֶגְדּוֹ בִּכְלֵי שֶׁטֶף כו' בִּכְלִי עֵץ נוֹפֵל לָשׁוֹן זֶה דִּכְתִיב בְּהוּ [וְכָל] כְּלִי עֵץ יִשָּׁטֵף בַּמָּיִם כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וּמָצִינוּ לְמֵימַר נָמֵי דִּכְלֵי מַתָּכוֹת כְּמוֹ כֵן מִיקְּרוּ כְּלֵי שֶׁטֶף מִשּׁוּם דִּכְתִיב בְּהוּ וּמוֹרַק וְשׁוֹטֵף בַּמַּיִם וְהָא דְּפָרִיךְ לְקַמָּן וְאֵין לוֹ תּוֹךְ בִּכְלִי שֶׁטֶף מִדְּאוֹרַיְיתָּא בַּר קַבּוּלֵי טֻומְאָה הִיא דֻּומְיָא דְּשַׂק בָּעֵינַן פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּאַיְירֵי נָמֵי בִּכְלֵי עֵץ בְּכָל הָנְהוּ דְּמִיקְּרוּ כְּלֵי שֶׁטֶף מִדְּלָא נְקַט כְּלֵי מַתָּכוֹת:
Son correspondant en kli chetef, etc. — cette expression convient au récipient de bois, comme il est écrit à son sujet 'et tout récipient de bois sera rincé (yichatef) dans l'eau', ainsi que l'explique le Commentateur (Rachi). On peut dire aussi que les récipients de métal sont eux aussi appelés 'kli chetef', car il est écrit à leur sujet 'et il sera récuré et rincé (chataf) dans l'eau'. Et ce que [la Guemara] objecte plus loin — 'or celui qui n'a pas de dedans, en kli chetef, est-il selon la Tora susceptible de recevoir l'impureté ? Il nous faut [un récipient] semblable au sac !' — il est évident pour elle qu'il s'agit aussi du récipient de bois parmi tous ceux qu'on appelle 'kli chetef', puisqu'elle n'a pas dit 'récipient de métal'.
אֵין לוֹ אֲחוֹרַיִם לַחֲלֻוקָּה נִטְמָא תּוֹךְ קֶרִי אוֹתוֹ צַד שֶׁרְגִילִין לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ:
N'a pas de 'dehors' distinct [si] devenu impur — on appelle 'tokh' le côté dont on a coutume de se servir.
💡 Explication

Réponse de R. Yits'hak bar Avin : le témoignage ne porte pas sur la terre cuite mais sur le kli chetef (récipient purifié par rinçage — bois, métal), qui peut être impur même sans cavité. Sens : ce qui, en terre cuite sans tokh, n'est jamais impur ; son équivalent en kli chetef n'a pas de distinction dedans/dehors — dedans impur = dehors, et inversement.

6
לָמָּה לִי לְמִיתְלְייֵהּ בִּכְלִי חֶרֶס? נֵימָא: כֹּל שֶׁאֵין לוֹ תּוֹךְ בִּכְלִי שֶׁטֶף — אֵין לוֹ אֲחוֹרַיִם לַחֲלִיקָה!

Pourquoi faut-il le suspendre à [la mention du] récipient de terre cuite ? Disons [simplement] : tout [récipient] qui n'a pas de dedans en kli chetef — n'a pas de 'dehors' distinct !

💡 Explication

Question : pourquoi le témoignage mentionne-t-il d'abord la terre cuite ('tout ce qui n'a pas de tokh en terre cuite...') ? Qu'on dise directement : un kli chetef sans tokh n'a pas de distinction dedans/dehors.

7
הָא קָא מַשְׁמַע לַן, דְּיֵשׁ לוֹ תּוֹךְ — הֲרֵי הוּא כִּכְלִי חֶרֶס; מַה כְּלִי חֶרֶס, נִטְמָא תּוֹכוֹ — נִטְמָא גַבּוֹ, לֹא נִטְמָא תּוֹכוֹ — לֹא נִטְמָא גַבּוֹ; אַף כְּלֵי שֶׁטֶף, נִטְמָא תּוֹכוֹ — נִטְמָא גַבּוֹ, לֹא נִטְמָא תּוֹכוֹ — לֹא נִטְמָא גַבּוֹ.

Ceci vient nous apprendre que [le kli chetef] qui a un dedans — est comme un récipient de terre cuite : de même que pour le kli hères, [si] son dedans est devenu impur — son dehors est impur, [si] son dedans n'est pas devenu impur — son dehors n'est pas impur ; de même le kli chetef, [si] son dedans est devenu impur — son dehors est impur, [si] son dedans n'est pas devenu impur — son dehors n'est pas impur.

📜 Rachi (1)
הָא קמ"ל כּוּ' לְהָכִי תְּלִייָּה לִכְלִי שֶׁטֶף בִּכְלִי חֶרֶס דְּהֵיכָא דְּיֵשׁ לוֹ תּוֹךְ נִטְמָא תּוֹכוֹ נִטְמָא גַּבּוֹ:
Ceci vient nous apprendre, etc. — c'est pour cela qu'on a rattaché le kli chetef au kli hères : là où il a un dedans, [si] son dedans est devenu impur, son dehors est impur.
🗂️ Tossefot (1)
הֲרֵי הוּא כִּכְלִי חֶרֶס נִטְמָא תּוֹכוֹ נִטְמָא גַּבּוֹ עַל כָּרְחוֹ לְטַמֵּא אֲחֵרִים קָאָמַר דְּלָא נָפְקָא מִינַּהּ מִידִי לְמִילְּתָא אַחֲרִיתִי וְקָשֶׁה מִכָּאן לְגִירְסַת רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל דְּשַׁבָּת (דַּף טז.) דְּמַשְׁמַע דִּכְלִי חֶרֶס אֵין מְטַמְּאִין מִגַּבַּיְיהוּ כְּלָל ובספ"ק דְּחֻולִּין (דַּף כֹּד.) דְּאָמְרִי' דַּאֲוִיר כְּלִי חֶרֶס טָמֵא [וְגַבּוֹ טָהוֹר] הַיְינוּ דְּלָא מְקַבֵּל טֻומְאָה מִגַּבּוֹ אֲבָל מְטַמֵּא אֲחֵרִים מִגַּבּוֹ כִּדְתַנְיָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים מְרֻובָּה מִדַּת לְטַמֵּא מִמִּדַּת לִיטָּמֵא שֶׁמְּטַמֵּא אֲחֵרִים מֵאֲחוֹרָיו וְאֵינוֹ מִיטַּמֵּא מֵאֲחוֹרָיו וְעוֹד אָמְרִי' בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כו.) דְּאֶבֶן הַיּוֹצֵא מִן הַתַּנּוּר טֶפַח דַּחֲשִׁיב יָד לְהוֹצִיא טֻומְאָה דְּלָא עֲדִיפָא מִגַּב וְאֵין לוֹמַר דַּעֲדִיפָא וְאַיְירֵי אַפֵּי' לְהַכְנִיס דְּהַתַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּאֵין טֻומְאָה לִכְלִי חֶרֶס אֶלָּא מֵאֲוִירוֹ וּבְהֶיסֵּטוֹ וְעוֹד דְּדָרְשִׁינַן הָא יֵשׁ צָמִיד פָּתִיל עָלָיו טָהוֹר וּמִי לָא עָסְקִינַן דְּיַחֲדִינְהוּ לְאִשְׁתּוֹ נִדָּה ואע"ג דִּבְרֵישׁ סֻוגְיָא דְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קיח.) מַשְׁמַע דְּסָבַר הַשַּׁ"ס דְּיָד כָּל תַּנּוּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא וְעָדִיף מִגַּבּוֹ בַּמַּסְּקָנָא צָרְכִינַן לְמֵימַר הָכִי:
'Il est comme un récipient de terre cuite : [si] son dedans est devenu impur, son dehors est impur' — nécessairement, [le texte] parle de rendre impurs les autres [objets], car [sinon] il n'en résulterait rien pour autre chose. Et de là [surgit] une difficulté contre la leçon de Rabbenou Chmouel dans Chabbat (16a), d'où il ressort que les récipients de terre cuite ne rendent jamais impur par leur dehors ; et [ce qu'on dit] à la fin du premier chapitre de Houllin (24a), que 'l'air du kli hères est impur [et son dehors pur]', signifie qu'il ne reçoit pas l'impureté par son dehors, mais qu'il rend les autres impurs par son dehors, comme il est enseigné dans le Torat Kohanim : 'sa mesure pour rendre impur est plus large que sa mesure pour devenir impur' — il rend les autres impurs par son dehors mais ne devient pas impur par son dehors. De plus, on dit au chapitre 'Ha-mappelet' (Nidda 26a) qu'une pierre qui dépasse du four d'un tefah est considérée comme une 'poignée' (yad) pour transmettre l'impureté au dehors, ce qui n'est pas supérieur au dehors [du four] ; et il ne faut pas dire qu'elle serait supérieure et vaudrait même pour introduire [l'impureté], car il est enseigné dans la Tossefta que 'le kli hères ne reçoit l'impureté que par son air intérieur et par déplacement (hesset)' ; et de plus, on interprète 'or [ce] sur quoi il y a un couvercle scellé (tsamid patil) est pur' — n'est-ce pas [même] quand on l'a affecté à sa femme nidda ? Et bien qu'au début de la sougya 'Ha-or veha-rotev' (Houllin 118a) il ressorte que le Talmud pense que la 'poignée' de tout four vaut pour introduire et faire sortir [l'impureté] et est supérieure à son dehors, il faut, dans la conclusion, dire ainsi [comme ci-dessus].
💡 Explication

Réponse : en rattachant le kli chetef au kli hères, le texte apprend que le kli chetef qui a un tokh se comporte comme la terre cuite : l'impureté du dedans gagne le dehors, mais l'impureté d'un dehors non atteint ne remonte pas au dedans. (Ce point sera précisé : il s'agit de la touma de liquides, mi-derabbanan.)

8
בִּשְׁלָמָא כְּלִי חֶרֶס, גַּלִּי בֵּיהּ רַחֲמָנָא ״תּוֹכוֹ״, אֶלָּא כְּלֵי שֶׁטֶף, מִי גַּלִּי בֵּיהּ רַחֲמָנָא תּוֹכוֹ?

[Objection :] soit ! Pour le récipient de terre cuite, la Tora a révélé [le mot] 'son dedans (tokho)' ; mais pour le kli chetef, la Tora a-t-elle révélé [le mot] 'son dedans' ?

💡 Explication

Objection : pour la terre cuite, le verset parle explicitement de 'son tokh', d'où la limitation au dedans. Mais pour le kli chetef, aucun verset ne mentionne 'son dedans' — alors même un contact avec le dehors devrait tout rendre impur, sans distinction.

9
אִי בְּטֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא — הָכִי נָמֵי, הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? בְּטֻומְאַת מַשְׁקִין דְּרַבָּנָן, דִּתְנַן: כְּלִי שֶׁנִּטְמָא אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין — אֲחוֹרָיו טְמֵאִין, תּוֹכוֹ אָגְנוֹ אָזְנוֹ וְיָדָיו טְהוֹרִין, נִטְמָא תּוֹכוֹ — כֻּולּוֹ טָמֵא.

Si [c'est] d'une impureté de la Tora (de-oraita) — en effet [tout serait impur] ; ici, de quoi traitons-nous ? D'une impureté de liquides d'ordre rabbinique (touma de-rabbanan), comme nous avons enseigné : un récipient dont le dehors est devenu impur par des liquides — son dehors est impur, [mais] son dedans, son rebord (ogno), son anse (ozno) et ses poignées (yadav) sont purs ; [si] son dedans est devenu impur — tout est impur.

📜 Rachi (4)
אִי בְּטֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא הָכִי נָמֵי דִּפְשִׁיטָא לָן שֶׁאִם נִטְמָא גַּבּוֹ נִטְמָא תּוֹכוֹ בֵּין יֵשׁ לוֹ תּוֹךְ בֵּין אֵין לוֹ תּוֹךְ וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן דִּבְיֵשׁ לוֹ תּוֹךְ נִטְמָא גַּבּוֹ לֹא נִטְמָא תּוֹכוֹ וּבְאֵין לוֹ תּוֹךְ אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעֵי' דְּנִטְמָא תּוֹכוֹ נִטְמָא גַּבּוֹ נִטְמָא גַּבּוֹ נִטְמָא תּוֹכוֹ בְּטֻומְאָה דְּרַבָּנָן כְּלִי שֶׁנִּטְמְאוּ אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין טְמֵאִין:
Si [c'est] d'une impureté de la Tora — en effet — car il est évident pour nous que si son dehors est devenu impur, son dedans devient impur, qu'il ait ou non un dedans. Ici, de quoi traitons-nous ? [D'un cas] où, s'il a un dedans, [si] son dehors est devenu impur son dedans n'est pas impur ; et pour celui qui n'a pas de dedans, il fallait apprendre que [si] son dedans est devenu impur son dehors est impur, [et si] son dehors est devenu impur son dedans est impur — [le tout] pour une impureté d'ordre rabbinique : un récipient dont le dehors est devenu impur par des liquides est impur.
תּוֹכוֹ אָוגְנוֹ דְּהַייְנוּ בֵּית קִיבּוּל הַתַּחְתּוֹן שֶׁיּוֹשֵׁב עָלָיו. ל"א אָוגְנוֹ שְׂפָתוֹ:
Son dedans, son rebord (ogno) — c'est-à-dire la cavité inférieure sur laquelle il repose. Autre version : 'ogno' = son rebord (sa lèvre).
אָזְנוֹ זֶהוּ מַה שֶׁעוֹשִׂין בְּחָבִיּוֹת שֶׁל חֶרֶס לְבֵית אֲחִיזָה שֶׁקּוֹרִין מנשי"ו:
Son anse (ozno) — c'est ce qu'on fait aux jarres de terre pour la prise en main, qu'on appelle 'manches'.
יָדָיו כְּגוֹן כְּלִי חֶרֶס שֶׁעוֹשִׂין לוֹ זָנָב לַאֲחוֹרָיו:
Ses poignées (yadav) — par exemple un récipient de terre auquel on fait une queue par-derrière.
💡 Explication

Réponse : s'il s'agissait d'impureté de la Tora, en effet le dehors rendrait tout impur. Mais ici on traite de l'impureté de liquides, d'ordre rabbinique : un récipient dont le dehors est devenu impur par des liquides n'a que son dehors impur (dedans, rebord, anse, poignées restent purs) ; mais si le dedans est atteint, tout devient impur.

10
מִדְּאוֹרַייְתָּא, אֵין אֹוכֶל מְטַמֵּא כְּלִי, וְאֵין מַשְׁקֶה מְטַמֵּא כְּלִי, וְרַבָּנַן הוּא דִּגְזוּר מִשּׁוּם מַשְׁקֵה זָב וְזָבָה.

[Car] de par la Tora, un aliment ne rend pas un récipient impur, et un liquide ne rend pas un récipient impur ; et c'est [seulement] rabbiniquement que [les Sages] ont décrété [l'impureté], à cause du liquide du zav et de la zava.

📜 Rachi (2)
דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא אֵין אוֹכְלִין וּמַשְׁקִין מְטַמְּאִין כְּלִי בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף יח.):
Car de par la Tora, aliments et liquides ne rendent pas un récipient impur — [voir] au premier chapitre de Pessahim (18a).
מִשּׁוּם מַשְׁקֶה דְּזָב וְזָבָה כְּגוֹן רֻוקּוֹ וְזוֹבוֹ דְּהָוֵי אַב הַטֻּומְאָה וּמְטַמֵּא כְּלִי מִדְּאוֹרַייְתָּא אַפֵּי' אָדָם דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ט״ו:ח׳) וְכִי יָרֹוק הַזָּב וְגוֹ':
À cause du liquide du zav et de la zava — par exemple sa salive et son écoulement, qui sont un ab ha-touma (source principale) et rendent le récipient impur selon la Tora — et même une personne, comme il est écrit 'et si le zav crache [sur celui qui est pur]...' (Lev 15:8).
💡 Explication

Fondement : selon la Tora, ni un aliment ni un liquide ne rendent un récipient impur. C'est un décret des Sages (rabbinique) qui rend un liquide impur transmetteur d'impureté au récipient — par crainte qu'on néglige le liquide du zav et de la zava (urine, salive), qui, lui, est un ab ha-touma (source principale) impurifiant le récipient même selon la Tora.

11
הִלְכָּךְ, שַׁוְּיוּהּ רַבָּנַן כְּטֻומְאָה דִּכְלִי חֶרֶס, וְלָא שַׁוְּיוּהּ רַבָּנַן כְּטֻומְאָה דְּאוֹרָיְיתָא דְּנַפְשֵׁיהּ.

Par conséquent, les Sages [le] traitèrent comme l'impureté du récipient de terre cuite, et ne le traitèrent pas comme sa propre impureté de la Tora.

📜 Rachi (3)
הִלְכָּךְ שַׁוְּיוּהָ רַבָּנָן לִכְלִי שֶׁטֶף הַנִּטְמָא בְּמַשְׁקִין:
Par conséquent, les Sages traitèrent — le kli chetef devenu impur par des liquides.
דִּכְלִי חֶרֶס דְּאוֹרָייְתָא דְּאִם נִטְמָא גַּבּוֹ לֹא נִטְמָא תּוֹכוֹ:
Comme [l'impureté] du récipient de terre cuite — [c'est-à-dire] de la Tora : que si son dehors est devenu impur, son dedans n'est pas impur.
וְלָא שַׁוְּיוּהּ רַבָּנַן כְּטֻומְאָה דְּאוֹרָיְיתָא דְּנַפְשֵׁיהּ דִּכְלֵי שֶׁטֶף מִשּׁוּם דַּעֲבַדוּ רַבָּנָן הֶיכֵּירָא לְהָקֵל בְּטֻומְאַת מַשְׁקִין כִּי הֵיכִי דְּלָא נִשְׂרוֹף עָלֶיהָ תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים אֶלָּא חֻולִּין. וְאִי קַשְׁיָא אַמַּאי לָא גְּזוּר בִּכְלִי חֶרֶס טֻומְאַת מַשְׁקִין לַאֲחוֹרָיו תָּרֵיץ מִשּׁוּם דְּהָתָם לֵיכָּא לְמִיגְזַר מִשּׁוּם מַשְׁקֶה דְּהָא אַפֵּי' נָגְעוּ מַשְׁקֵה זָב וְזָבָה מֵאֲחוֹרָיו לָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה אֶלָּא מִתּוֹכוֹ וְאִי מִשּׁוּם דִּכְתִיב וּכְלִי חֶרֶס אֲשֶׁר יִגַּע בּוֹ הַזָּב וְגוֹ' הַהוּא מְפֹורָשׁ (בְּמַסֶּכֶת נִדָּה) (דַּף מב) דִּבְהֵסִיט מִישְׁתַּעֵי דְּאֵיזֶהוּ מַגָּעוֹ שֶׁהוּא כְּכֻולּוֹ הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הֶיסֵּט:
Et ne le traitèrent pas comme sa propre impureté de la Tora — du kli chetef, parce que les Sages ont institué un signe distinctif pour alléger la touma des liquides, afin qu'on ne brûle pas à cause d'elle teroumah et kodachim, mais [seulement] du houllin. Et si tu objectes : pourquoi n'ont-ils pas décrété pour le kli hères l'impureté de liquides sur son dehors ? Réponds : parce que là-bas il n'y a pas lieu de décréter à cause du liquide, car même si le liquide du zav et de la zava a touché son dehors, il ne reçoit l'impureté que par son dedans ; et si [tu objectes] à cause de ce qui est écrit 'et le récipient de terre que touche le zav...' (Lev 15:12), cela est expliqué (au traité Nidda 42) comme parlant de déplacement (hesset), car 'quel est le contact qui équivaut au tout ? C'est le déplacement (hesset)'.
💡 Explication

Conclusion : pour le kli chetef atteint par un liquide au dehors, les Sages l'ont aligné sur le kli hères (dehors impur, dedans pur) et n'ont pas applique sa règle propre de la Tora (où le dehors rendrait tout impur). Motif : rendre visible l'allègement de cette impureté rabbinique.

12
עֲבַדוּ רַבָּנָן הֶיכֵּירָא, כִּי הֵיכִי דְּלָא לִישְׂרֹוף עָלֶיהָ תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים. אִי הָכִי, אֵין לוֹ תּוֹךְ נָמֵי, לֶיעֱבֵיד נָמֵי הֶיכֵּירָא!

Les Sages [y] mirent un signe distinctif (heker), afin qu'on ne brûle pas à cause de lui teroumah et kodachim. [Objection :] si c'est ainsi, [le récipient] qui n'a pas de dedans aussi — qu'on [y] mette aussi un signe distinctif !

💡 Explication

Le but du heker (signe/indicateur) : montrer que l'impureté est seulement rabbinique, pour qu'on ne brûle pas teroumah et kodachim au contact (ce qui serait interdit puisqu'ils sont purs selon la Tora). Objection : dans ce cas, pour un kli chetef sans tokh aussi, qu'on mette un heker (dedans pur) — pourquoi Hizkiya atteste-t-il que dehors impur = dedans impur ?

13
כֵּיוָן דַּעֲבַדוּ הֶיכֵּירָא בְּיֵשׁ לוֹ תּוֹךְ, יְדִיעַ דְּאֵין לוֹ תּוֹךְ דְּרַבָּנַן.

Puisqu'ils ont mis un signe distinctif pour [le récipient] qui a un dedans, on sait que [celui] qui n'a pas de dedans [devient impur] rabbiniquement.

💡 Explication

Réponse : puisque les Sages ont déjà mis le heker sur le kli chetef avec tokh (dehors impur, dedans pur), on comprend d'emblée que l'impureté du kli chetef sans tokh est elle aussi rabbinique — nul ne brûlera donc teroumah et kodachim à son contact. Pas besoin d'un second signe.

14
וְאֵין לוֹ תּוֹךְ בִּכְלִי שֶׁטֶף, דְּאוֹרָיְיתָא בַּר קַבּוֹלֵי טֻומְאָה הוּא? דֻּומְיָא דְּשַׂק בָּעֵינַן, מַה שַׂק מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָן, אַף כֹּל מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָן.

Or [le récipient] qui n'a pas de dedans, en kli chetef — est-il selon la Tora susceptible de recevoir l'impureté ? Il nous faut [un récipient] semblable au sac : de même que le sac se transporte plein et vide, de même tout [récipient] qui se transporte plein et vide [est susceptible d'impureté].

📜 Rachi (3)
וְאֵין לוֹ תּוֹךְ בִּכְלִי שֶׁטֶף דְּאוֹרָיְיתָא בַּר קַבּוֹלֵי טֻומְאָה הוּא דְּאִיצְטְרִיךְ רַבָּנָן לְמִיגְזַר בְּהוּ מַשְׁקִין וְעוֹד דַּאֲמַרַן לְעֵיל אִי בְּטֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא ה"נ לָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוּעִינַן דְּאֵין לוֹ אֲחוֹרַיִם לַחֲלִיקָה:
Or [le récipient] qui n'a pas de dedans, en kli chetef, est-il selon la Tora susceptible de recevoir l'impureté — pour qu'il ait fallu aux Sages décréter sur eux [l'impureté des] liquides ? Et de plus, ce que nous avons dit plus haut : 'si c'est d'une impureté de la Tora, en effet' — [alors] il n'était pas besoin de nous apprendre qu'il n'a pas de 'dehors' distinct.
דֻּומְיָא דְּשַׂק בָּעֵינַן דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י״א:ל״ב) מִכָּל כְּלִי עֵץ אוֹ בֶגֶד אוֹ עוֹר אוֹ שָׂק אִיתַּקַּשׁ כְּלִי עֵץ לְשַׂק:
Il nous faut [un récipient] semblable au sac — comme il est écrit 'de tout récipient de bois, ou vêtement, ou cuir, ou sac' (Lev 11:32) : le récipient de bois est rattaché au sac.
מָלֵא וְרֵיקָן דְּיֵשׁ לוֹ בֵּית קִיבּוּל:
Plein et vide — car il a une cavité (beit kiboul).
💡 Explication

Nouvelle objection : un kli chetef sans tokh est-il seulement susceptible d'impureté de la Tora, pour qu'on ait besoin d'un décret sur ses liquides ? Or la Tora exige un récipient semblable au sac (Lev 11:32) : le sac se transporte plein et vide — donc seul un récipient qui contient (a une cavité) est susceptible. Un objet sans cavité, qui ne se transporte pas 'plein', serait exclu.

15
בְּהָנָךְ דַּחֲזוּ לְמִדְרָסוֹת. אִי הָכִי, חֶרֶס נָמֵי! אֵין מִדְרָס בִּכְלִי חֶרֶס.

[Il s'agit] de ceux qui sont propres au midras (foulage). Si c'est ainsi, la terre cuite aussi [devrait être visée] !

Il n'y a pas de midras pour la terre cuite.

📜 Rachi (3)
בְּהָנָךְ דַּחֲזוּ לְמִדְרָסוֹת כְּגוֹן כִּסֵּא וְסַפְסָל דִּמְקַבְּלֵי טֻומְאָה ע"י מִדְרָס:
[Il s'agit] de ceux qui sont propres au midras — par exemple une chaise ou un banc, qui reçoivent l'impureté par le midras.
א"ה בִּכְלִי חֶרֶס נָמֵי נִגְזוֹר טֻומְאָה בְּאֵין לוֹ תּוֹךְ בְּהָנָךְ דַּחֲזוּ לְמִדְרָסוֹת:
Si c'est ainsi, en terre cuite aussi — décrétons l'impureté pour [le récipient] sans dedans, parmi ceux qui sont propres au midras.
אֵין מִדְרָס בִּכְלִי חֶרֶס שֶׁיִּשָּׁבֵר אִם אָדָם יוֹשֵׁב עָלָיו:
Il n'y a pas de midras pour la terre cuite — car elle se briserait si une personne s'asseyait dessus.
🗂️ Tossefot (1)
בְּהָנָךְ דַּחֲזוּ לְמִדְרָסוֹת אֲבָל שְׁאָר פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ טִהוּרֵי' וְדִינָם פֵּירַשְׁתִּי בְּפֶ' הַמּוֹכֵר אֶת הַבַּיִת (ב"ב סו.) וּבְפֶ' בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לא.):
[Il s'agit] de ceux qui sont propres au midras — mais les autres ustensiles de bois plats sont purs ; et j'ai expliqué leur règle au chapitre 'Ha-mokher et ha-bayit' (Baba Batra 66a) et au chapitre 'Bekhol mearvin' (Erouvin 31a).
💡 Explication

Réponse : le kli chetef sans tokh vise ceux qui servent à s'asseoir — susceptibles du midras (impureté du foulage : le zav/zava qui s'assoit ou s'étend dessus), même sans cavité. Objection : alors la terre cuite sans tokh, si elle sert de siège, devrait aussi être visée ! Réponse : il n'y a pas de midras pour la terre cuite (elle se briserait sous le poids).

16
רַב פָּפָּא אָמַר: מַקְדֵּחַ גָּדוֹל שָׁנִינוּ.

Rav Papa dit : c'est d'un grand foret (mikdeah gadol) que nous avons enseigné.

📜 Rachi (2)
רַב פָּפָּא אָמַר הָא דַּאֲמַרְתְּ עָשִׂיתָ ב"ש וב"ה אֶחָד לָאו פִּירְכָא הִיא:
Rav Papa dit — ce que tu as dit, [à savoir] que tu as rendu identiques Beit Chammai et Beit Hillel, n'est pas une objection.
דְּמַקְדֵּחַ גָּדוֹל שָׁנִינוּ בַּמִּשְׁנָה דִּמְאוֹר הֶעָשׂוּי בִּידֵי אָדָם דְּמַקְדֵּחַ גָּדוֹל דְּהָוֵי כְּסֶלַע נִירוֹנִית אֲבָל מַקְדֵּחַ סְתָם בְּצִיר מִסֶּלַע וב"ש בְּמַקְדֵּחַ סְתָם קָאָמְרִי:
C'est d'un grand foret que nous avons enseigné — dans la michna [traitant] de la lucarne faite de main d'homme, [il s'agit] d'un grand foret qui vaut un sela de Néron ; mais un foret ordinaire [fait] moins qu'un sela, et Beit Chammai parlent du foret ordinaire.
💡 Explication

Nouvelle solution (retour au crâne). Rav Papa : la michna [de la lucarne] qui assimile le trou impur à un foret parlait d'un grand foret — dont le trou vaut un sela. Mais un foret ordinaire fait moins qu'un sela ; or Beit Chammai [pour le crâne] parlait du foret ordinaire. Donc leur mesure diffère bien de celle de Beit Hillel.

🖼️ Schéma
Le crâne manquant : de quelle taille de trou parle Beit Chammai ? Enjeu : éviter que la règle de B. Chammai coïncide avec le sela de B. Hillel (mahloket réelle). R. Hisda / R. Tahlifa 'mikdeah ve-hissoumo' le foret ET l'élargissement (entrée + sortie à l'aise) -> plus grand qu'un sela sur pour le karchina aussi Rav Papa 'mikdeah gadol chaninou' la lucarne = GRAND foret = sela ; foret ordinaire < sela (B. Chammai plus doux ?) problème selon les Sages Rav Nahman 'sela nironit chaninou' la lucarne = sela de Néron = grand foret ; sela ordinaire < foret ordinaire -> B. Chammai reste strict
La solution de Rav Papa (grand foret) parmi les trois.
17
מִכְּלָל דְּמַקְדֵּחַ סְתָם זוּטַרא נָמֵי מִכְּסֶלַע. הָנִיחָא לְרַבִּי מֵאִיר, אֶלָּא לְרַבָּנַן מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Il en ressort donc que le foret ordinaire est lui aussi plus petit qu'un sela. Cela va bien pour Rabbi Meir ; mais pour les Sages (rabbanan), qu'y a-t-il à dire ?

💡 Explication

Conséquence : si la lucarne = grand foret, alors le foret ordinaire de Beit Chammai est plus petit qu'un sela. Cela convient à l'opinion de R. Meir [qui identifie le foret de Beit Chammai à un petit foret de médecin]. Mais selon les Sages [qui l'identifient à un grand foret de la Chambre = sela], la difficulté demeure : Beit Chammai coïncide de nouveau avec Beit Hillel.

18
דִּתְנַן: בְּאֵיזֶה מַקְדֵּחַ אָמְרוּ? בְּקָטָן שֶׁל רוֹפְאִים, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּגָדוֹל שֶׁל לִשְׁכָּה.

Comme nous avons enseigné : de quel foret [Beit Chammai] ont-ils parlé ? Du petit [foret] des médecins — parole de Rabbi Meir.

Et les Sages disent : du grand [foret] de la Chambre (lichka).

📜 Rachi (1)
בְּאֵיזֶה מַקְדֵּחַ אָמְרוּ ב"ש בַּגֻּולְגֹּולֶת כִּמְלֹא מַקְדֵּחַ כְּקָטָן שֶׁל רוֹפְאִים שֶׁקּוֹדְרִין בּוֹ אֶת הָרֹאשׁ לְתַקֵּן אֶת הַמַּכָּה:
De quel foret ont-ils parlé — Beit Chammai, à propos du crâne, [d'un manque] du plein d'un foret comme le petit [foret] des médecins, avec lequel on perce le crâne pour soigner la plaie.
💡 Explication

Source de la divergence (Oholot 2:3) : selon R. Meir, Beit Chammai parlait du petit foret des médecins (pour perforer l'os) ; selon les Sages, du grand foret de la Chambre [du Temple]. Or ce grand foret vaut un sela — d'où, pour les Sages, Beit Chammai et Beit Hillel coïncident encore.

19
וּלְרַבִּי מֵאִיר, מִי נִיחָא? הָוֵה לֵיהּ מִקֻּולֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל. וַאֲנַן דִּתְנַן — תְּנַן, דְּלָא תְּנַן — לָא תְּנַן!

Et selon Rabbi Meir, cela va-t-il bien ? Ce serait [un cas] parmi les indulgences de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel !

Or nous [avons pour principe] : ce que nous avons enseigné [dans la liste d'Edouyot], nous [l']avons enseigné ; ce que nous n'avons pas enseigné, nous ne [l']avons pas enseigné !

📜 Rachi (2)
הַנִּיחָא לר"מ כּוּ' וְתוּ אַפֵּי' לר"מ מִי נִיחָא אִם כֵּן דְּשִׁיעוּרָא דב"ש זוּטָר הֲוָה לֵיהּ מִקֻּולֵּי ב"ש דְּהַיְינוּ קֻולָּא דִּבְשִׁיעוּרָא זוּטָא כִּי הַאי פָּרְחָה לָהּ טֻומְאַת גֻּולְגֹּולֶת:
Cela va bien pour R. Meir, etc. — et plus encore : même selon R. Meir, cela va-t-il bien ? Si donc la mesure de Beit Chammai est plus petite, ce serait [un cas] parmi les indulgences de Beit Chammai, à savoir l'indulgence [consistant en] une mesure aussi réduite, par laquelle l'impureté du crâne s'envole.
וַאֲנַן שִׁית תְּנַן בְּעִדִּיּוֹת (פ"ה מִשְׁנָה א) שִׁשָּׁה דְּבָרִים מִקֻּולֵּי ב"ש שֵׁב לָא תְּנַן:
Or nous [en] avons enseigné six — dans Edouyot (chap. 5, michna 1) : 'six choses parmi les indulgences de Beit Chammai' ; celle-ci, nous ne l'avons pas enseignée.
💡 Explication

Objection même selon R. Meir : si le foret ordinaire de Beit Chammai est plus petit qu'un sela, alors Beit Chammai serait indulgent (le crâne manquant de si peu ne transmet pas l'impureté) et Beit Hillel rigoureux — un cas de koulei Beit Chammai / houmrei Beit Hillel. Or la Michna d'Edouyot (5:1) recense limitativement ces cas : ce qui y figure y figure, ce qui n'y figure pas n'existe pas. Ce cas n'y est pas.

20
אָמַר רַב נַחְמָן: סֶלַע נִירוֹנִית שָׁנִינוּ, כְּמַקְדֵּחַ גָּדוֹל, סֶלַע סְתָם זוּטַרא מִמַּקְדֵּחַ סְתָם.

Rav Nahman dit : c'est d'un sela de Néron (sela nironit) que nous avons enseigné, [qui vaut] comme un grand foret ; [mais] le sela ordinaire est plus petit qu'un foret ordinaire.

📜 Rachi (1)
סֶלַע נִירוֹנִית שָׁנִינוּ דְּהָוֵי כְּמַקְדֵּחַ גָּדוֹל אֲבָל כְּסֶלַע דְּקָאָמְרִי ב"ה זוּטָר אַפֵּי' מִמַּקְדֵּחַ קָטָן שֶׁל רוֹפְאִים הִלְכָּךְ אַפֵּי' לר"מ שִׁיעוּרָא דב"ש נְפִישׁ:
C'est d'un sela de Néron que nous avons enseigné — qui vaut comme un grand foret ; mais le sela dont parle Beit Hillel est plus petit même que le petit foret des médecins ; par conséquent, même selon R. Meir, la mesure de Beit Chammai est plus grande.
💡 Explication

Solution de Rav Nahman : la michna de la lucarne parlait d'un sela de Néron (grande pièce), qui équivaut à un grand foret ; mais le sela ordinaire [de Beit Hillel] est plus petit qu'un foret ordinaire — et même plus petit que le petit foret des médecins. Ainsi, même selon R. Meir, la mesure de Beit Chammai reste plus grande : Beit Chammai est bien rigoureux.

21
מַתְנִי׳ הָרִיס שֶׁל עַיִן שֶׁנִּיקַּב, שֶׁנִּפְגַּם, שֶׁנִּסְדַּק, הֲרֵי בְּעֵינוֹ דַּק, תְּבַלּוּל, חִלָּזוֹן, נָחָשׁ, עָצֵב. אֵיזֶהוּ תְּבַלּוּל? לָבָן הַפּוֹסֵק בַּסִּירָא וְנִכְנָס בַּשָּׁחוֹר. שָׁחוֹר נִכְנָס בַּלָּבָן — אֵינוֹ מוּם.

MICHNA. Le ris (paupière/bord) de l'œil qui a été percé, qui a été entaillé, qui a été fendu ; [de même] s'il y a dans son œil un dak (voile), un tevalloul, un hilazon (limaçon), un nahach (serpent) [ou] un etsev (growth) — [on peut abattre l'aîné hors du Temple].

Qu'est-ce qu'un tevalloul ? Un [fil] blanc qui coupe la sira (le cercle) et entre dans le noir.

[Un fil] noir qui entre dans le blanc — ce n'est pas un défaut (moum).

📜 Rachi (9)
מַתְנֵי' רִיס שֶׁל עַיִן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
MICHNA. Le ris de l'œil — [la Guemara] l'explique.
הֲרֵי בְּעֵינוֹ דַּק כְּלוֹמַר הֲרֵי שֶׁיֵּשׁ בְּעֵינוֹ דַּק טייל"א:
S'il y a dans son œil un dak — c'est-à-dire : s'il y a dans son œil un dak (voile), taie [en ancien français : 'teile'].
תְּבַלּוּל מְפָרֵשׁ מַאי הִיא:
Tevalloul — [la Guemara] explique ce que c'est.
חִלָּזוֹן חֹולִי הִיא שֶׁקּוֹרִין לימו"ן:
Hilazon — c'est une maladie qu'on appelle 'limon'.
נָחָשׁ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Nahach — [la Guemara] l'explique.
וְעָצָב מיי"ל:
Et etsev — [en ancien français : 'mail'].
לָבָן הַפּוֹסֵק בְּסִירָא סִירָא הַייְנוּ שׁוּרָה שֶׁבָּעַיִן סָבִיב לְשָׁחֹור. שָׁחוֹר הוּא שֶׁקּוֹרִין פרוניל"א שֶׁמִּשָּׁם מַרְאִית הָעַיִן בָּאָה. וְאִם חוּט שֶׁל לָבָן יוֹצֵא מִן הַלָּבָן וּפוֹסֵק אוֹתָהּ שׁוּרָה וְנִכְנַס בַּשָּׁחוֹר הָוֵי מוּם:
Un [fil] blanc qui coupe la sira — la 'sira' est la rangée (le cercle) qui, dans l'œil, entoure le noir. Le noir est ce qu'on appelle 'prunelle', d'où vient la vue. Et si un fil de blanc sort du blanc, coupe cette rangée et entre dans le noir, c'est un défaut (moum).
שָׁחוֹר וְנִכְנַס בַּלָּבָן אִם חוּט הַשָּׁחוֹר יוֹצֵא מִן הַשָּׁחוֹר וּפוֹסֵק בַּסִּירָא וְנִכְנַס בַּלָּבָן:
[Un fil] noir qui entre dans le blanc — si un fil de noir sort du noir, coupe la sira et entre dans le blanc.
אֵינוֹ מוּם שֶׁאֵין מוּמִין בַּלָּבָן דְּלָאו עַיִן הוּא אֶלָּא שֻׁומַּן הָעַיִן:
Ce n'est pas un défaut — car il n'y a pas de défauts dans le blanc, qui n'est pas l'œil [proprement dit] mais la graisse de l'œil.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הָרִיס שֶׁל עַיִן שֶׁנִּקַּב וְשֶׁנִּפְגַּם וְשֶׁנִּסְדַּק. הֲרֵי שֶׁהָיָה בְּעֵינוֹ דַּק תְּבַלּוּל חִלָּזוֹן נָחָשׁ וְעָצָב. אֵיזֶהוּ תְּבַלּוּל. לָבָן הַפּוֹסֵק בַּסִּירָא וְנִכְנָס בַּשָּׁחוֹר. שָׁחוֹר וְנִכְנַס בַּלָּבָן אֵין זֶה מוּם שֶׁאֵין מוּמִין בַּלָּבָן. לְמַעְלָה פ"ה סִי' י"א כָּתַבְתִּי שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּמוּמִין הַלָּלוּ וְלָא עָבְדִינַן בְּהוּ עֻובְדָּא אֶלָּא בְּמוּמִין הַנִּיכָּרִים. כְּגוֹן שֶׁנִּסְתַּמֵּא עֵינוֹ וְשֶׁנִּקְטַע רַגְלוֹ וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן. אֲבָל לֹא בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן וַחֲווַרְוַר וּמַיִם הַקִּבּוּעִין וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן:
MICHNA : 'le ris de l'œil qui a été percé, entaillé ou fendu ; [de même] s'il y avait dans son œil un dak, un tevalloul, un hilazon, un nahach ou un etsev. Qu'est-ce qu'un tevalloul ? Un [fil] blanc qui coupe la sira et entre dans le noir. [Un fil] noir qui entre dans le blanc — ce n'est pas un défaut, car il n'y a pas de défauts dans le blanc.' Plus haut, au chapitre 5, siman 11, j'ai écrit que nous ne sommes pas experts en ces défauts et que nous n'agissons pas à leur sujet (on ne s'y fie pas pour permettre l'abattage), sauf pour les défauts manifestes (nikarim) — par exemple lorsque son œil s'est trouvé aveugle, ou que sa patte a été sectionnée, et leurs semblables ; mais non pour les 'dukin' de l'œil, ni pour le hivarour (taie blanche), ni pour les 'maim' (larmoiement) fixés, ni leurs semblables.
💡 Explication

Nouvelle michna : elle énumère les défauts de l'œil (moumin) qui permettent d'abattre l'aîné (bekhor) hors du Temple : le ris (bord/paupière) percé, entaillé ou fendu ; ou la présence dans l'œil d'un dak (voile), tevalloul, hilazon (excroissance en limaçon), nahach (serpent) ou etsev. Définition du tevalloul : un fil blanc qui traverse la sira (l'anneau autour de la pupille) et pénètre dans le noir — c'est un moum. Un fil noir pénétrant dans le blanc n'est pas un moum, car le blanc n'est pas l'œil proprement dit mais sa graisse.

🖼️ Schéma
Défauts de l'œil (moumin) qui permettent d'abattre le bekhor lavan (blanc) sira (cercle) chahor tevalloul : fil BLANC qui coupe la sira et entre dans le noir -> MOUM fil noir qui entre dans le blanc -> PAS un moum (le blanc n'est pas l'œil, mais sa graisse) Autres : ris percé/entaillé/fendu, dak, hilazon, nahach, etsev sur l'œil.
L'anatomie de l'œil et le critère du tevalloul.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).