Bekhorot 38b — les défauts de l'œil du premier-né : cataracte, tevallul, taches et larmoiement

Bekhorot 38b

Sougya : La Guemara détaille les mumin (défauts) de l'œil qui rendent un bekhor (premier-né d'animal) apte à être abattu hors du Temple. Elle analyse la cataracte (dak) : enfoncée ou flottante, dans le noir ou le blanc de l'œil, avec le moyen mnémotechnique barka.

Elle tranche que le chalazon (excroissance en spirale) est identique au 'serpent' de la Michna et constitue un mum kavoua (défaut permanent), à l'occasion d'un récit où R. Chimon ben Yossi Lakonya enseigne la halakha à ses élèves pour qu'ils l'appliquent à son propre bekhor.

Puis le tevallul (fil traversant la limite noir/blanc), objet d'une mahloket R. Meir / R.

Yossi. Enfin les taches pâles (chavarvar) et le larmoiement constant (mayim keviim), avec le protocole de guérison par le fourrage humide puis sec sur trois mois.

La cataracte (dak) : quand est-ce un défaut (mum) ? Règle : seule la partie NOIRE (pupille/iris) porte des défauts ; le blanc n'en a pas. Cataracte NOIRE (dak chachor) Cataracte BLANCHE (dak lavan) enfoncée (mechouka) = MUM le point noir plonge dans l'œil flottante (tsaf) = PAS un mum surnage au-dessus de l'œil enfoncée = PAS un mum flottante = MUM Moyen mnémotechnique : BARKA tache blanche qui flotte et qui EST un défaut -> pour le blanc, flottant = mum
La cataracte (dak) selon sa position et sa couleur, et le mnémotechnique barka (segments 0-2).
Le tevallul : fil de couleur traversant la limite œil noir / œil blanc fil BLANC entrant dans le NOIR = MUM (les deux avis) fil NOIR entrant dans le BLANC R. Meir : mum / R. Yossi : PAS un mum
Le tevallul et la mahloket R. Meir / R. Yossi (segments 7-8).
Larmoiement constant (mayim keviim) : le test du fourrage On tente de guérir l'œil ; s'il ne guérit pas, le larmoiement est FIXE (défaut). fourrage HUMIDE (lah) Adar - mi-Nissan puis fourrage SEC (yavech) Elloul - mi-Tichri Ordre requis : HUMIDE puis SEC (3 mois) Sec puis humide, ou champ irrigué (chelahin) : ce n'est PAS la vraie cure -> non probant. Champ de pluie (bet ha-baal), humide puis sec, pas guéri -> défaut FIXE (mum).
Le protocole du fourrage pour tester le larmoiement constant (segments 10-18).
1
גְּמ׳ מַאי הָרִיס? אָמַר רַב פָּפָּא: תּוֹרָא בְּרָא דְּעֵינָא. דַּק תְּבַלּוּל, תָּנוּ רַבָּנַן: דַּק מְשֻׁוקָּע — הֲרֵי זֶה מוּם, צָף — אֵינוֹ מוּם.

GUEMARA. Qu'est-ce que le 'ris' (paupière) [de la Michna] ?

Rav Papa dit : la rangée extérieure de l'œil (l'enveloppe qui recouvre l'œil, la paupière). [La Michna a mentionné] 'dak, tevallul'.

À propos du dak (cataracte), nos maîtres ont enseigné : une cataracte enfoncée (mechouka) — c'est un défaut (mum) ; flottante (tsafa) — ce n'est pas un défaut.

📜 Rachi (2)
תּוֹרָא בְּרָא דְּעֵינָא שׁוּרָה חִיצוֹנָה שֶׁל עַיִן הַייְנוּ בַּת עַיִן הַמְכַסָּה אֶת הָעַיִן:
La rangée extérieure de l'œil — c'est-à-dire la 'pupille' (bat ayin, la membrane) qui recouvre l'œil.
דַּק מְשֻׁוקָּע דַּק הַמְשַׁקֵּעַ אֶת הָעַיִן הֲרֵי זֶה מוּם:
Une cataracte enfoncée — un dak qui enfonce l'œil : c'est un défaut.
💡 Explication

La Guemara commente la Michna qui énumère les mumin (défauts) de l'œil rendant le bekhor (premier-né) apte à l'abattage hors du Temple. Le ris est la paupière. Le dak (cataracte, tache) est un défaut s'il est enfoncé dans l'œil, mais pas s'il flotte au-dessus.

🖼️ Schéma
La cataracte (dak) : quand est-ce un défaut (mum) ? Règle : seule la partie NOIRE (pupille/iris) porte des défauts ; le blanc n'en a pas. Cataracte NOIRE (dak chachor) Cataracte BLANCHE (dak lavan) enfoncée (mechouka) = MUM le point noir plonge dans l'œil flottante (tsaf) = PAS un mum surnage au-dessus de l'œil enfoncée = PAS un mum flottante = MUM Moyen mnémotechnique : BARKA tache blanche qui flotte et qui EST un défaut -> pour le blanc, flottant = mum
La cataracte selon sa position et sa couleur.
2
וְהַתַּנְיָא אִיפְּכָא! לָא קַשְׁיָא, הָא בַּשָּׁחוֹר הָא בַּלָּבָן. וְהָא: אֵין מוּמִין בַּלָּבָן! אֶלָּא, הָא בָּדוּק לָבָן, הָא בָּדוּק שָׁחוֹר.

Mais n'a-t-on pas enseigné l'inverse [dans une autre baraita] ! Ce n'est pas difficile : ceci [vaut] pour le noir [de l'œil], cela pour le blanc.

Mais [comment cela ?] il n'y a pas de défauts dans le blanc ! Plutôt : ceci [vaut] pour une cataracte blanche, cela pour une cataracte noire.

📜 Rachi (1)
הָא בַּשָּׁחוֹר הָא בַּלָּבָן הַשְׁתָּא קס"ד דְּמוֹקֵים חֲדָא בְּשָׁחוֹר שֶׁל עַיִן וַחֲדָא בְּלָבָן שֶׁל עַיִן:
Ceci pour le noir, cela pour le blanc — pour l'instant on pense (ka salka daatah) qu'on établit l'une [des baraitot] dans le noir de l'œil et l'autre dans le blanc de l'œil.
💡 Explication

Contradiction entre deux baraitot. Première tentative : l'une parle du noir de l'œil, l'autre du blanc. Mais on rejette : il n'y a pas de défauts dans le blanc de l'œil. On corrige : les deux parlent du noir, mais l'une d'une cataracte blanche, l'autre d'une cataracte noire.

3
דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: סָח לִי יֹאשִׁיָּה דְּמִן אוּשָׁא: דַּק שָׁחוֹר מְשֻׁוקָּע — הֲרֵי זֶה מוּם, צָף — אֵינוֹ מוּם. דַּק לָבָן מְשֻׁוקָּע — אֵינוֹ מוּם, צָף — הֲרֵי זֶה מוּם, וְסִימָנָיךְ: בַּרְקָא.

Car Rabba bar bar Hana a dit : Yochiya de Oucha m'a rapporté — une cataracte NOIRE : enfoncée, c'est un défaut ; flottante, ce n'est pas un défaut. Une cataracte BLANCHE : enfoncée, ce n'est pas un défaut ; flottante, c'est un défaut.

Et ton moyen mnémotechnique : barka.

📜 Rachi (2)
וְסִימָנָיךְ בַּרְקָא מייל"א דְּהָוֵי לָבָן וְצָף וְהָוֵי מוּם הָכָא נָמֵי סִימָן זֶה יְהֵא לְךָ בָּדוּק דְּלָבָן וְצָף הָוֵי מוּם:
Et ton mnémotechnique : barka — [maladie appelée 'maille' en ancien français] qui est blanche et flottante et qui est un défaut ; ici aussi que ce signe te serve : pour une cataracte blanche et flottante, c'est un défaut.
בַּרְקָא כְּגוֹן הַשּׂוֹכֵר אֶת הַחֲמוֹר וְהִבְרִיקָה (בּ"מ דַּף עח.):
Barka — comme dans 'celui qui loue l'âne et qu'il devient barka (aveugle par cette maladie)' (Baba Metsia 78a).
🗂️ Tossefot (1)
וְסִימָנָיךְ בַּרְקָא מַשְׁמַע דְּהָוֵי מוּם קָבוּעַ וְתֵימַהּ דִּבְפֶ' מִי שֶׁאֲחָזוֹ (גִּיטִּין סט.) יֵשׁ רְפוּאוֹת לְבַרְקָא וּבְפֶרֶק הַמּוֹצִיא יַיִן (שַׁבָּת עח.) נָמֵי אָמְרִי' כּוֹחֲלִין לְבָרְקוֹתַי וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי בִּמְמַשְׁמְשִׁין וּבָאִין קֹודֶם שֶׁנִּקְבְּעוּ וְכֵן נָמֵי [צָרִיךְ] לְתָרֵץ אַקֻּושְׁיָא אַחֲרִיתִי דְּהָתָם בְּפֶרֶק הַמּוֹצִיא יַיִן קָתָנֵי (ג"ז שָׁם) דָּם כְּדֵי לִכְחוֹל עַיִן אַחַת שֶׁכָּךְ כּוֹחֲלִין (לֵיחָווֵר) [לְיָארוּד] וּבַתּוֹסֶפְתָּא (דְּשַׁבָּת פ"ט) גָּרְסִי' לְהוּ וּבַתּוֹסֶפְתָּא בִּמְכִילְתִּין (פ"ד) כָּתוּב יְאוֹר בִּמְקוֹם חֲוַרְוַור מַשְׁמַע דְּהַכֹּל אֶחָד וַחֲוַרְווַר הַקָּבוּעַ חֲשִׁיב לְקַמָּן מוּם וּמִיהוּ אִיכָּא לְמֵימַר דִּבְשַׁבָּת מַייְרֵי בְּאוֹתוֹ שֶׁאֵינוֹ קָבוּעַ וְעוֹד יֵשׁ לְתָרֵץ דְּהֵיכָא דְּאֵין מִתְרַפֵּא מֵאֵלָיו חֲשִׁיב מוּם וְהָא דְּקָאָמַר לְקַמָּן גַּבֵּי מַיִם הַקְּבוּעִים דְּאִם עוֹבֵר כְּשֶׁמַּאֲכִילִין אוֹתוֹ לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל גְּשָׁמִים לָא הָוֵי קָבוּעַ אֵין זוֹ רְפוּאָה מַמָּשׁ אֶלָּא בְּדִיקָה וְנִסָּיוֹן אִם הֵם קְבוּעִים אִם לָאו אֲבָל רְפוּאָה גְּמוּרָה יְכוֹלָה לְהַעֲבִיר מוּם קָבוּעַ תֵּדַע דִּלְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף לט:) אָמְרִינַן גַּבֵּי נִפְגַּם הַזּוֹבָן נִפְגַּם וְלֹא נִיטַּל דְּנִיטַּל חוֹזֵר לְאֵיתָנוֹ יוֹתֵר וּכְשֶׁנִּפְגַּם נָמֵי הָוֵי יָכוֹל לִיטְלוֹ וּמִיהוּ י"ל דְּכִי נִפְגַּם תְּחִלָּה אֵין לוֹ תַּקָּנָה וּקְצָת יֵשׁ לְדַקְדֵּק מִיַּלֶּפֶת דִּכְתִיבָא בְּאוֹרָיְיתָא וְהָוֵי מוּם כְּדִלְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף מא.) וְהִיא חֲזָזִית הַמִּצְרִית ובב"ק בְּפֶרֶק מְרֻובֶּה (בָּבָא קַמָּא דַּף פ:) מַשְׁמַע דְּיֵשׁ לָהּ רְפוּאָה כִּדְאָמְרִינַן מַתְרִיעִין עַל הַחִיכּוּךְ בְּשַׁבָּת וּמוּקֵי לָהּ בַּחֲזָזִית הַמִּצְרִית דְּלַח מִבַּחוּץ וְיָבֵשׁ מִבִּפְנִים וּמִיהוּ יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּהָא שֶׁמַּתְרִיעִין לָאו שֶׁתִּתְרַפֵּא אֶלָּא שֶׁלֹּא תּוֹסִיף דְּמַה נַפְשָׁךְ אֵין לָהּ רְפוּאָה דְּאָמְרִי' לְקַמָּן שֶׁמְּלַפֶּפֶת וְהוֹלֶכֶת עַד יוֹם הַמִּיתָה וּכְתִיב נָמֵי אֲשֶׁר לֹא תוּכַל לְהֵרָפֵא וּמִיהוּ יֵשׁ לְדַקְדֵּק מִיַּבֶּלֶת דִּכְתִיבָא וְהָוְיָא מוּם כְּדִלְקַמָּן וּתְנַן בְּפֶ' הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין קג.) חוֹתְכִין יַבֶּלֶת בַּמִּקְדָּשׁ וְכֵן חוֹתְכִין יַבֶּלֶת בְּפֶסַח (פְּסָחִים סה:) אַלְמָא יֵשׁ לָהּ רְפוּאָה בַּחֲתִיכָה וַחֲשִׁיב מוּם וְאֵין לְהַעֲמִידָהּ דְּלֵית בָּהּ עֶצֶם דְּתִלְתּוּלֵי בְּעָלְמָא הוּא כְּדִלְקַמָּן וּמִיהוּ יֵשׁ לְהַעֲמִידָהּ בְּיַבֶּלֶת שֶׁבָּעַיִן וּדְלֵית בֵּיהּ שֵׂעָר דְּאֵין שׁוֹחֲטִין עֲלָהּ לֹא בַמִּקְדָּשׁ וְלֹא בַמְּדִינָה ואע"ג דְּאָמְרִי' בְּעֵירוּבִין (שָׁם) לַחָה וִיבֵשָׁה יָד וּכְלִי הַכֹּל שַׁיָּיךְ בְּיַבֶּלֶת שֶׁבָּעַיִן:
Et ton mnémotechnique : barka — cela implique que c'est un mum kavoua (défaut permanent). Et c'est étonnant, car au chapitre 'Mi che-ahazo' (Guittin 69a) il y a des remèdes contre le barka, et au chapitre 'Ha-motsi yayin' (Chabbat 78a) on dit aussi 'on applique du collyre pour le barkita' — [signe] qu'il se soigne. On peut répondre : là-bas il s'agit de [taches] qui vont et viennent avant de s'être fixées ; et de même il faut résoudre une autre difficulté : là-bas au chapitre 'Ha-motsi yayin' on enseigne 'du sang [en quantité suffisante] pour farder un œil, car on farde ainsi contre le iarod (une maladie)', et dans la Tossefta [de Chabbat, ch. 9] on lit ces textes, et dans la Tossefta de notre traité [ch. 4] il est écrit 'iar' à la place de 'horver' — [signe] que tout est identique, et le horver fixe est compté comme un défaut plus loin. Toutefois on peut dire qu'à Chabbat il s'agit de celui qui n'est pas fixe. Et on peut encore résoudre : là où cela ne se guérit pas de soi-même, c'est compté comme défaut ; et ce qu'on dit plus loin à propos des 'eaux fixées' — que si [le mal] passe quand on nourrit [l'animal] de fourrage humide et sec de pluie, ce n'est pas fixe — ce n'est pas un vrai remède mais un examen et une épreuve [pour savoir] s'ils sont fixés ou non ; en revanche une vraie guérison peut faire disparaître un défaut permanent. La preuve : plus loin (Bekhorot 39b) on dit à propos de 'le membre est ébréché' — ébréché et non arraché, car [s'il était] arraché il revient à son état plus fortement, et lorsqu'il est ébréché aussi on pouvait l'arracher. Toutefois on peut dire que lorsqu'il est ébréché d'abord, il n'a pas de remède. Et on peut objecter un peu depuis le 'yalefet' qui est écrit dans la Torah et est un défaut (comme plus loin, Bekhorot 41a), qui est le 'lichen égyptien' (hazazit ha-mitsrit) ; et à Baba Kama, chapitre 'Merouba' (80b), il ressort qu'il a un remède, comme on dit 'on sonne l'alarme pour la démangeaison le Chabbat' et on l'établit dans le lichen égyptien qui est humide dehors et sec dedans. Toutefois on peut expliquer que si on sonne l'alarme, ce n'est pas pour qu'il guérisse mais pour qu'il ne s'aggrave pas, car de toute façon il n'a pas de remède, comme on dit plus loin qu'il s'étend jusqu'au jour de la mort, et il est écrit aussi 'dont tu ne pourras guérir'. Toutefois on peut objecter depuis le 'yabelet' (verrue) qui est écrit et est un défaut (comme plus loin), et l'on a enseigné au chapitre 'Ha-motse tefillin' (Erouvin 103a) 'on coupe une verrue au Temple' et de même 'on coupe une verrue à [la veille de] Pessa'h' (Pessahim 65b) — [signe] qu'elle a un remède par la coupe et est comptée comme défaut. Et on ne peut pas l'établir dans [une verrue] sans os, car c'est une simple excroissance, comme plus loin ; mais on peut l'établir dans une verrue de l'œil et sans poil, pour laquelle on n'abat ni au Temple ni en province, bien qu'on dise à Erouvin que humide ou sèche, [se sert-on de] la main ou d'un instrument — tout cela s'applique à la verrue de l'œil.
💡 Explication

Règle finale, transmise par Rabba bar bar Hana : pour la cataracte noire, enfoncée = mum ; pour la cataracte blanche, flottante = mum (inverse). Le mnémotechnique 'barka' (maladie où une tache blanche flotte et constitue un défaut) fixe le cas du blanc.

4
חִלָּזוֹן נָחָשׁ וְעָצָב. אִיבַּעְיָא לְהוּ: חִלָּזוֹן הוּא נָחָשׁ, אוֹ דִּלְמָא חִלָּזוֹן אוֹ נָחָשׁ?

'Chalazon, nahach et etsev [couvrant la pupille].' Une question fut posée : le chalazon est-il [identique au] nahach, ou peut-être chalazon OU nahach [sont-ce deux défauts distincts] ?

💡 Explication

La Michna liste des excroissances couvrant la pupille : chalazon (escargot/spirale), nahach (serpent), etsev (baie). Question : le chalazon est-il un autre nom du serpent (donc un seul défaut), ou bien 'chalazon ou serpent' (deux défauts distincts) ?

5
תָּא שְׁמַע, דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: סָח לִי רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן אֶלְעָזָר, זָקֵן אֶחָד הָיָה בִּשְׁכוּנָתֵינוּ, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹסֵי לָקוֹנְיָא שְׁמוֹ, וּמִיָּמַי לֹא עָבַרְתִּי לְפָנָיו. פַּעַם אַחַת עָבַרְתִּי לְפָנָיו, אָמַר לִי: שֵׁב בְּנִי, שֵׁב. חִלָּזוֹן זֶה מוּם קָבוּעַ לִשְׁחֹוט עָלָיו, וְזֶהוּ נָחָשׁ שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים.

Viens et écoute, car Rabba bar bar Hana a dit : Rabbi Yo'hanan ben Elazar m'a rapporté — il y avait un ancien dans notre voisinage, du nom de Rabbi Chimon ben Yossi Lakonya, et de mes jours je n'étais jamais passé devant lui. Une fois, je passai devant lui ; il me dit : Assieds-toi, mon fils, assieds-toi.

Ce chalazon [dans l'œil] est un défaut permanent (mum kavoua) pour lequel on abat, et c'est [précisément] le 'serpent' dont ont parlé les Sages.

📜 Rachi (3)
זָקָן אֶחָד כֹּהֵן הָיָה:
Un ancien — il était cohen (kohen).
לֹא עָבַרְתִּי לְפָנָיו שֶׁגְּדוֹל הַדּוֹר הָיָה:
Je ne passais jamais devant lui — car il était le grand [maître] de la génération.
חִלָּזוֹן זֶה בְּכוֹר הָיָה לוֹ לְאוֹתוֹ זָקֵן וְהָיָה לוֹ חִלָּזוֹן בְּעֵינַיִם:
Ce chalazon — cet ancien avait un bekhor, et ce dernier avait un chalazon aux yeux.
💡 Explication

Réponse : le chalazon EST le serpent de la Michna (un seul défaut), et c'est un mum kavoua (permanent) permettant l'abattage. Récit : R. Chimon ben Yossi Lakonya, ayant lui-même un bekhor atteint, enseigne cette halakha au jeune savant qui passe devant lui.

6
וְאַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ: אֵין אָדָם רוֹאֶה מוּמִין לְעַצְמוֹ, אֲבָל מוֹרֶה הֲלָכָה לַתַּלְמִידִים, וְתַלְמִידִים מוֹרִין לוֹ.

Et bien qu'on ait dit : une personne ne voit pas de défauts pour elle-même [ne peut pas statuer sur son propre animal], toutefois [un maître] enseigne la halakha à ses élèves, et les élèves statuent pour lui.

💡 Explication

Règle : on ne peut pas autoriser son propre bekhor (conflit d'intérêt). Mais un maître peut enseigner la halakha à ses élèves, et ceux-ci, l'ayant apprise de lui, peuvent ensuite statuer en sa faveur. Ainsi l'ancien contourne l'interdit.

7
וְהָאָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב הוּנָא: כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁמּוֹרֶה הֲלָכָה וּבָא, אִם קֹודֶם מַעֲשֶׂה אֲמָרָהּ — שׁוֹמְעִין לוֹ, וְאִם לָאו — אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ! אִיהוּ נָמֵי מוֹרֶה וּבָא הֲוָה מֵעִיקָּרָא.

Mais Rabbi Abba n'a-t-il pas dit au nom de Rav Houna : tout érudit (talmid 'hakham) qui vient énoncer une halakha [le concernant] — s'il l'a dite AVANT le fait (kodem maasse), on l'écoute ; sinon, on ne l'écoute pas ! Lui aussi énonçait la halakha depuis le début (avant que le cas ne le concerne).

📜 Rachi (4)
שֶׁמּוֹרֶה הֲלָכָה הֲלָכָה חֲדָשָׁה שֶׁלֹּא שְׁמַעְנוּהָ מֵאַחַר:
Qui énonce une halakha — une halakha nouvelle que nous n'avons pas entendue d'un autre.
קֹודֶם מַעֲשֶׂה קֹודֶם שֶׁבָּא מַעֲשֵׂה הַהֲלָכָה בְּיָדוֹ:
Avant le fait — avant que le cas de cette halakha ne se présente à lui.
שׁוֹמְעִין לוֹ וְעוֹשִׂין מַעֲשֶׂה:
On l'écoute — et on agit [en conséquence].
אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ דְּבִשְׁבִיל הַמַּעֲשֶׂה אוֹמְרָהּ. וְהָכָא מַאן צָיֵית לֵיהּ בְּמַאי דְּאָמַר דְּמוּם קָבוּעַ הוּא:
On ne l'écoute pas — car c'est à cause du fait [qui le concerne] qu'il l'énonce. Et ici, qui l'écouterait quand il affirme que c'est un défaut permanent ?
🗂️ Tossefot (1)
אִם קֹודֶם מַעֲשֶׂה אֲמָרָהּ שׁוֹמְעִין לוֹ אוֹמֵר ר"ת דְּלָא אָמְרִי' הָכִי אֶלָּא הֵיכָא דְּצָרִיךְ לְאוֹתָהּ הוֹרָאָה כִּי הָכָא וּבִיבָמוֹת בְּפֶ' הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עו.) גַּבֵּי חָגַר חֶרֶב כְּיִשְׁמָעֵאל וּבְפֶרֶק נוֹשְׂאִין עַל הָאֲנוּסָה (יְבָמוֹת צח.) גַּבֵּי גֵּר נוֹשֵׂא אֵשֶׁת אָחִיו מֵאִמּוֹ וּבְרֵישׁ עֲשָׂרָה יוּחֲסִין (קִדּוּשִׁין ע:) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּרַב יְהוּדָה דְּכֹל דְּאָמַר מִבֵּית חַשְׁמוֹנַאי אָתֵינָא עַבְדָּא הוּא שֶׁהָיָה נִרְאֶה לְרַב יְהוּדָה שֶׁאוֹמֵר כֵּן לְפִי שֶׁהִקְנִיטוֹ:
S'il l'a dite avant le fait, on l'écoute — Rabbenou Tam dit qu'on ne l'affirme que là où [le savant] a besoin de cette décision pour lui-même, comme ici, et à Yevamot au chapitre 'Hé-arel' (76a) à propos du 'boiteux, épée comme Ismaël', et au chapitre 'Nossin al ha-anoussa' (Yevamot 98a) à propos du converti qui épouse la femme de son frère né de sa mère, et au début de 'Assara yohassin' (Kiddouchin 70b) à propos de l'affaire de Rav Yehouda [qui dit] 'quiconque affirme venir de la maison des Hasmonéens est un esclave' — car il semblait à Rav Yehouda qu'[un tel] le disait parce qu'il l'avait offensé.
💡 Explication

Objection : un savant qui statue sur un cas le concernant n'est cru que s'il a énoncé la règle avant que le cas ne survienne (kodem maasse), sans quoi on soupçonne un intérêt. Réponse : R. Chimon ben Yossi Lakonya avait énoncé cette halakha dès le départ, avant que son propre bekhor ne soit concerné.

8
אֵיזֶהוּ תְּבַלּוּל? לָבָן הַפּוֹסֵק אֶת הַסִּירָא. מַתְנִיתִין מַנִּי? רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דְּתַנְיָא: לָבָן וְנִכְנַס בַּשָּׁחוֹר, שָׁחוֹר וְנִכְנַס בַּלָּבָן — הֲרֵי זֶה מוּם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לָבָן וְנִכְנַס בַּשָּׁחוֹר — הֲרֵי זֶה מוּם, שָׁחוֹר וְנִכְנַס בַּלָּבָן — אֵינוֹ מוּם, שֶׁאֵין מוּמִין בַּלָּבָן.

'Qu'est-ce que le tevallul ? Un [fil] blanc qui coupe la sira [la limite noir/blanc et entre dans le noir].' Selon qui est notre Michna ?

Selon Rabbi Yossi, car on a enseigné : un [fil] blanc entrant dans le noir, ou un [fil] noir entrant dans le blanc — c'est un défaut ; paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : un blanc entrant dans le noir — c'est un défaut ; un noir entrant dans le blanc — ce n'est pas un défaut, car il n'y a pas de défauts dans le blanc.

📜 Rachi (1)
מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי אֵין מוּם בַּלָּבָן רַבִּי יוֹסֵי הִיא:
Notre Michna — qui enseigne 'il n'y a pas de défaut dans le blanc', c'est [l'avis de] Rabbi Yossi.
💡 Explication

Le tevallul est un fil de couleur qui franchit la limite (sira) entre noir et blanc de l'œil. Mahloket : R. Meir compte comme défaut aussi bien le fil blanc dans le noir que le fil noir dans le blanc ; R. Yossi ne retient que le fil blanc dans le noir, car il n'y a pas de défauts dans le blanc. La Michna suit R. Yossi.

🖼️ Schéma
Le tevallul : fil de couleur traversant la limite œil noir / œil blanc fil BLANC entrant dans le NOIR = MUM (les deux avis) fil NOIR entrant dans le BLANC R. Meir : mum / R. Yossi : PAS un mum
Le tevallul et la mahloket R. Meir / R. Yossi.
9
אָמַר רַב: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי? דִּכְתִיב: ״יֵצֵא מֵחֵלֶב עֵינֵימוֹ״, תַּרְבָּא דְּעֵינָא — אִיקְּרִי, ״עֵינֵימוֹ״ סְתָמָא — לָא אִיקְּרִי. וְרַבִּי מֵאִיר מַאי טַעְמֵיהּ? מַה לְשׁוֹן ״תְּבַלּוּל״? דָּבָר הַמְבַלְבֵּל אֶת הָעֵינַיִם.

Rav dit : quelle est la raison de Rabbi Yossi ? Car il est écrit 'leur œil sort de la graisse (yetse me-helev einemo)' (Ps 73:7) : la graisse de l'œil (le blanc) est appelée [ainsi], mais 'leur œil' tout court — [le blanc] n'est pas [ainsi] appelé.

Et Rabbi Meir, quelle est sa raison ? Que signifie le mot 'tevallul' ?

Une chose qui embrouille (mevalbel) les yeux [en tout point].

📜 Rachi (2)
יָצָא מֵחֵלֶב עֵינֵימוֹ יָצָא רָשָׁע לְתַרְבּוּת רָעָה מֵרֹוב שֻׁומָּן שֶׁבְּעֵינוֹ וְשֻׁומַּן הָעַיִן בַּלָּבָן הוּא:
Leur œil sort de la graisse — le méchant s'est engagé dans une mauvaise voie à cause de l'abondance de graisse dans son œil ; or la graisse de l'œil est dans le blanc.
דָּבָר הַמְבַלְבֵּל שֶׁפּוֹסֵק הַסִּירָא וּמְעָרֵב הַשָּׁחוֹר וְהַלָּבָן כָּל הֵיכִי דְּעָבַר הָוֵי מְבַלְבֵּל:
Une chose qui embrouille — qui coupe la sira et mêle le noir et le blanc ; par où qu'elle passe, elle embrouille.
🗂️ Tossefot (1)
יָצָא מֵחֵלֶב עֵינֵימוֹ לְפִי הַדְּרָשָׁה לָבָן שֶׁבָּעַיִן קוֹרִין חָלָב כִּדְפֵי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁשָּׁם שֻׁומַּן הָעַיִן וְרוֹצֶה לוֹמַר שֶׁיֵּצֵא הָרָשָׁע לְתַרְבּוּת רָעָה מֵרֹוב שֻׁומָּן שֶׁבָּעַיִן אֲבָל פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁיּוֹצֵא הָעַיִן וּבוֹלֵט לַחוּץ מֵרֹוב שֻׁומָּן שֶׁבְּתוֹכוֹ:
Leur œil sort de la graisse — selon le drach, le blanc de l'œil est appelé 'graisse (helev)', comme l'explique le Qountres, car là se trouve la graisse de l'œil ; et [le verset] veut dire que le méchant s'est engagé dans une mauvaise voie à cause de l'abondance de graisse dans l'œil. Mais le sens simple du verset veut dire que l'œil sort et fait saillie au dehors à cause de l'abondance de graisse à l'intérieur.
💡 Explication

R. Yossi appuie sa position sur le verset (Ps 73:7) : le blanc est nommé 'graisse (helev) de l'œil', pas simplement 'l'œil' — le tevallul, défaut de l'œil (le noir), n'affecte donc pas le blanc. R. Meir, lui, tire le mot tevallul de la racine 'mevalbel' (qui embrouille, mélange) : tout mélange noir/blanc, dans un sens ou l'autre, est un défaut.

10
מַתְנִי׳ חֲוַרְווָר וְהַמַּיִם הַקְּבוּעִין. אֵיזֶהוּ חֲוַרְווַר הַקָּבוּעַ? כֹּל שֶׁשָּׁהָה שְׁמוֹנִים יוֹם. רַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס אֹמֵר: בּוֹדְקִין אוֹתוֹ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים בְּתוֹךְ שְׁמוֹנִים יוֹם.

MICHNA. Le chavarvar (taches pâles) et le larmoiement (mayim) constants [sont des défauts].

Qu'est-ce que le chavarvar constant (kavoua) ? Tout ce qui a persisté quatre-vingts jours.

Rabbi Hanania ben Antigonos dit : on l'examine trois fois au cours des quatre-vingts jours.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' חֲוַרְוַור חֹולִי הוּא שֶׁיֵּשׁ טִיפִּין לְבָנוֹת בְּעַיִן:
Michna : chavarvar — c'est une maladie où il y a des gouttes blanches dans l'œil.
הַקְּבוּעִים אַתַּרְוַייְהוּ [קָאֵי] אַחֲוַרְוַור וְאַמַּיִם:
Les constants — cela se rapporte aux deux : au chavarvar et au larmoiement (mayim).
בּוֹדְקִין ג"פ בְּתוֹךְ שְׁמוֹנִים יוֹם וְאִם לֹא בְּדָקוּהוּ אע"פ שֶׁמּוּם נִמְצָא שָׁם בְּיוֹם שְׁמוֹנִים לָא הָוֵי מוּם דְּשֶׁמָּא בֵּינְתַיִם הָלַךְ לוֹ וְחָזַר שֶׁכֵּן דַּרְכּוֹ:
On examine trois fois au cours des quatre-vingts jours — et si on ne l'a pas examiné, même si un défaut se trouve là au quatre-vingtième jour, ce n'est pas un défaut, car peut-être est-il parti entre-temps puis revenu, telle étant sa nature.
💡 Explication

Nouvelle Michna : le chavarvar (taches blanches sur l'œil) et le larmoiement (mayim), s'ils sont constants (keviim), sont des défauts. Est 'constant' ce qui dure 80 jours ; R. Hanania ben Antigonos exige trois examens répartis dans cette période.

11
וְאֵלּוּ הֵן מַיִם הַקְּבוּעִין: אָכַל לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל גְּשָׁמִים, לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל שְׁלָחִים, אוֹ אָכַל הַיָּבֵשׁ וְאַחַר כָּךְ הַלַּח — אֵינוֹ מוּם, עַד שֶׁיֹּאכַל הַלַּח וְאַחַר כָּךְ הַיָּבֵשׁ.

Et voici quel est le larmoiement constant : [l'animal] a mangé de l'humide et du sec [d'un champ] de pluie, de l'humide et du sec [d'un champ] irrigué, ou bien il a mangé le sec puis l'humide — ce n'est pas un défaut ; [ce n'est un défaut] que s'il mange l'humide puis le sec [et n'est pas guéri].

📜 Rachi (6)
מַיִם שֶׁעֵינָיו נוֹטְפוֹת מַיִם:
Mayim — dont les yeux dégouttent d'eau (larmoient).
אֵלּוּ הֵם הַמַּיִם הַקִּבּוּעִין כְּלוֹמַר בְּמַאי יָדְעִינַן אִי קִבּוּעִין הֵן אִי עוֹבְרִים:
Voici quels sont les larmoiements constants — c'est-à-dire : par quoi savons-nous s'ils sont fixes ou passagers ?
אָכַל לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל גְּשָׁמִים אִם הֶאֱכִילוּהוּ לִרְפוּאָה תֶּבֶן וּמִסְפּוֹא שֶׁקּוֹרִין פיצ"א:
Il a mangé de l'humide et du sec de pluie — si on l'a nourri en guise de remède de paille et de fourrage [ce qu'on appelle 'pitsa' en ancien français].
לח הַגָּדֵל בְּנִיסָן וְיָבֵשׁ הַגָּדֵל בְּתִשְׁרֵי כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא וְהֶאֱכִילוּהוּ בְּיַחַד לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל גְּשָׁמִים הַגָּדֵל בִּשְׂדֵה בֵּית הַבַּעַל דְּסַגִּי לֵיהּ בַּגְּשָׁמִים:
Humide — [le fourrage] qui pousse à Nissan ; et sec, celui qui pousse à Tichri, comme l'explique la Guemara ; on lui a fait manger ensemble l'humide et le sec de pluie, qui pousse dans un champ 'de la maison du maître' (bet ha-baal), auquel la pluie suffit.
אוֹ לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל שְׁלָחִים קַרְקַע שֶׁצְּרִיכָה לְהַשְׁקוֹת:
Ou de l'humide et du sec d'un champ irrigué — une terre qui a besoin d'être arrosée.
אוֹ שֶׁלֹּא אָכַל לַח וְיָבֵשׁ בְּיַחַד אֶלָּא אָכַל יָבֵשׁ וְאַחַ"כּ אָכַל לַח לִרְפוּאָה אֵין זֶה דֶּרֶךְ רְפוּאָה אע"פ שֶׁלֹּא נִתְרַפֵּא בְּכָךְ אֵינוֹ מוּם עַד שֶׁיֹּאכַל יָבֵשׁ אַחַר הַלַּח דְּזוֹ הִיא דֶּרֶךְ רְפוּאָתוֹ וְאִם לֹא נִתְרַפֵּא הָוֵי מוּם:
Ou bien il n'a pas mangé l'humide et le sec ensemble, mais le sec puis l'humide en guise de remède — ce n'est pas la voie du remède ; même s'il n'a pas guéri ainsi, ce n'est pas un défaut. [Ce n'est un défaut] que s'il mange le sec après l'humide, car telle est la voie de sa guérison, et s'il n'a pas guéri, c'est un défaut.
💡 Explication

Test pour savoir si le larmoiement est fixe ou passager : on nourrit l'animal d'un remède (fourrage humide puis sec). Si le larmoiement disparaît, c'était passager. L'ordre importe : humide d'abord, sec ensuite. Sec-puis-humide, ou fourrage de champ irrigué, ne constituent pas le vrai remède — donc non probants.

🖼️ Schéma
Larmoiement constant (mayim keviim) : le test du fourrage On tente de guérir l'œil ; s'il ne guérit pas, le larmoiement est FIXE (défaut). fourrage HUMIDE (lah) Adar - mi-Nissan puis fourrage SEC (yavech) Elloul - mi-Tichri Ordre requis : HUMIDE puis SEC (3 mois) Sec puis humide, ou champ irrigué (chelahin) : ce n'est PAS la vraie cure -> non probant. Champ de pluie (bet ha-baal), humide puis sec, pas guéri -> défaut FIXE (mum).
Le protocole du fourrage pour tester le larmoiement.
12
גְּמ׳ מַתְנִיתִין מַנִּי? רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּתַנְיָא: חֲוַרְווַר קָבוּעַ — אַרְבָּעִים יוֹם, וּמַיִם הַקְּבוּעִים — שְׁמוֹנִים יוֹם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: חֲוַרְוַור — שְׁמוֹנִים יוֹם.

GUEMARA. Selon qui est notre Michna ?

Selon Rabbi Yehouda, car on a enseigné : un chavarvar constant, c'est quarante jours ; et un larmoiement constant, c'est quatre-vingts jours ; paroles de Rabbi Meir. Et Rabbi Yehouda dit : le chavarvar, c'est quatre-vingts jours.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַתְנֵי' דְּקָתָנֵי חֲוַרְווַר קָבוּעַ שְׁמוֹנִים יוֹם רַבִּי יְהוּדָה הִיא:
Guemara : notre Michna — qui enseigne 'un chavarvar constant, c'est quatre-vingts jours', c'est [l'avis de] Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La Michna (qui fixe le chavarvar à 80 jours) suit R. Yehouda. Baraita : selon R. Meir, chavarvar = 40 jours, larmoiement = 80 jours ; selon R. Yehouda, le chavarvar aussi = 80 jours.

13
וְאֵלּוּ הֵן מַיִם הַקְּבוּעִים: אָכַל לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל בֵּית הַשְּׁלָחִין, אוֹ שֶׁאָכַל יָבֵשׁ וְאַחַר כָּךְ אָכַל הַלַּח — אֵין מוּם עַד שֶׁיֹּאכַל יָבֵשׁ אַחַר הַלַּח, וְיֶשְׁנוֹ שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים.

Et voici quels sont les larmoiements constants : [l'animal] a mangé de l'humide et du sec d'un champ irrigué (bet ha-chelahin), ou il a mangé le sec puis l'humide — ce n'est un défaut que s'il mange le sec après l'humide ; et cela [dure] trois mois.

📜 Rachi (4)
אָכַל לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל בֵּית הַבַּעַל שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַשְׁקוֹתָהּ הַהוּא הָוֵי רְפוּאָה:
Il a mangé de l'humide et du sec d'un champ 'de la maison du maître' (bet ha-baal) — qui n'a pas besoin d'être arrosé : celui-là est le remède.
וְלֹא לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל שְׁלָחִין דְּלָא הָוֵי רְפוּאָה וְלָא בְּדַקְנָא בֵּיהּ:
Et non de l'humide et du sec d'un champ irrigué — car ce n'est pas un remède, et nous ne l'examinons pas par ce moyen.
אוֹ שֶׁאָכַל יָבֵשׁ שֶׁל בֵּית הַבַּעַל וְאַחַר כָּךְ לַח אֵינוֹ נִבְדָּק בְּכָךְ דְּאֵין זוֹ דֶּרֶךְ רְפוּאָה:
Ou bien il a mangé le sec — d'un champ de la maison du maître — puis l'humide : on ne l'examine pas ainsi, car ce n'est pas la voie du remède.
וְיֶשְׁנוֹ ג' חֳדָשִׁים דָּג' חֳדָשִׁים בָּדְקִינַן לֵיהּ בְּהָכִי:
Et cela [dure] trois mois — car durant trois mois nous l'examinons de la sorte.
💡 Explication

Suite de la baraita (avis de R. Yehouda) : le test du fourrage se fait sur un champ irrigué, ordre humide-puis-sec, et s'étale sur trois mois. La difficulté : la Michna, elle, mentionne deux types de champs (pluie ET irrigué), ce qui semble différer de R. Yehouda.

14
וְהָא תַּרְוַייְהוּ תְּנַנְהִי: אָכַל לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל גְּשָׁמִים, לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל בֵּית הַשְּׁלָחִין!

Mais nous avons enseigné les deux [types] [dans la Michna] : 'il a mangé de l'humide et du sec de pluie, de l'humide et du sec d'un champ irrigué' !

📜 Rachi (1)
וְהָאֲנַן תַּרְוַיְיהוּ תְּנַן דְּבֵין שֶׁל בֵּית הַבַּעַל בֵּין שֶׁל שְׁלָחִין וְאִי אָכִיל יָבֵשׁ אַחַר הַלַּח מַסֵּי וּבָדְקִינַן וּמַתְנִיתִין כְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹקִימְתָּא:
Mais nous avons enseigné les deux — que ce soit du champ de la maison du maître ou du champ irrigué, et s'il mange le sec après l'humide il guérit et nous l'examinons ; or nous avons établi la Michna selon Rabbi Yehouda [ce qui fait difficulté].
💡 Explication

Objection : la Michna enseigne les deux champs (de pluie ET irrigué), impliquant que le fourrage de champ de pluie, s'il ne guérit pas, révèle un défaut. Cela ne colle pas avec R. Yehouda qui ne parle que du champ irrigué.

15
חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: אָכַל לַח וְיָבֵשׁ שֶׁל גְּשָׁמִים — הֲרֵי זֶה מוּם, בֵּית הַשְּׁלָחִין — אֵינוֹ מוּם, וְהַגְּשָׁמִים נָמֵי, אָכַל יָבֵשׁ וְאַחַר כָּךְ אָכַל לַח — אֵינוֹ מוּם, עַד שֶׁיֹּאכַל יָבֵשׁ אַחַר הַלַּח.

Il manque [des mots] et voici ce qu'elle enseigne [en réalité] : [l'animal] a mangé de l'humide et du sec de pluie — c'est un défaut ; [d'un champ] irrigué — ce n'est pas un défaut ; et pour [le champ] de pluie aussi, [s']il a mangé le sec puis l'humide — ce n'est pas un défaut, [ce n'est un défaut] que s'il mange le sec après l'humide.

📜 Rachi (2)
חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא מַתְנֵי':
Il manque [des mots] — à la Michna.
ה"ז מוּם אִם לֹא נִתְרַפֵּא בְּכָךְ:
C'est un défaut — s'il n'a pas guéri par ce moyen.
💡 Explication

Résolution par hissoure mihasra (la Michna est lacunaire et se relit ainsi) : fourrage de champ de pluie, humide-puis-sec, pas guéri = défaut ; fourrage de champ irrigué = pas probant (pas de défaut) ; et même pour le champ de pluie, l'ordre sec-puis-humide n'est pas probant. Ainsi la Michna s'accorde avec R. Yehouda.

16
וְיֶשְׁנוֹ שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים. אֵינִי? וְהַתַּנְיָא — וְהָא רַב אִידִי בַּר אָבִין אָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַשְׁיָאן: אֲדָר וְנִיסָן — לַח, אֱלוּל וְתִשְׁרֵי — יָבֵשׁ! אֵימָא: אֲדָר וַחֲצִי נִיסָן — לַח, אֱלוּל וַחֲצִי תִּשְׁרֵי — יָבֵשׁ.

'Et cela [dure] trois mois.' Est-ce ainsi ? Mais n'a-t-on pas enseigné — et Rav Idi bar Avin n'a-t-il pas dit au nom de Rav Yits'hak bar Achian : Adar et Nissan, c'est l'humide ; Elloul et Tichri, c'est le sec [soit quatre mois] !

Dis [plutôt] : Adar et la moitié de Nissan, c'est l'humide ; Elloul et la moitié de Tichri, c'est le sec [soit trois mois].

💡 Explication

Difficulté sur les 'trois mois' : selon Rav Idi bar Avin, l'humide couvre Adar+Nissan et le sec Elloul+Tichri — soit quatre mois. Réponse : lire Adar + demi-Nissan (humide) et Elloul + demi-Tichri (sec) = trois mois au total.

17
אִיבַּעְיָא לְהוּ: לַח בִּזְמַן לַח, וְיָבֵשׁ בִּזְמַן הַיָּבֵשׁ, אוֹ דִּלְמָא: לַח וְיָבֵשׁ בִּזְמַן הַלַּח?

Une question fut posée : [faut-il] l'humide au temps de l'humide et le sec au temps du sec, ou peut-être l'humide et le sec [tous deux] au temps de l'humide ?

📜 Rachi (2)
לח בִּזְמַן לַח מִסְפּוֹא הַגָּדֵל בַּאֲדָר וְנִיסָן מַאֲכִילִין אוֹתוֹ בַּאֲדָר וְנִיסָן:
L'humide au temps de l'humide — le fourrage qui pousse à Adar et Nissan, on le lui fait manger à Adar et Nissan.
וְיָבֵשׁ בְּיָבֵשׁ מִסְפּוֹא הַגָּדֵל בֶּאֱלוּל וְתִשְׁרֵי מַאֲכִילִין אוֹתוֹ בְּתִשְׁרֵי דְּלָא שָׁחֲטִי לֵיהּ עַד שֶׁיַּעַבְרוּ כָּל יְמֵי הַקַּיִץ וְיִבְדֹּק בִּשְׁנֵיהֶם:
Et le sec au [temps du] sec — le fourrage qui pousse à Elloul et Tichri, on le lui fait manger à Tichri ; car on ne l'abat qu'après que tous les jours de l'été soient passés, et qu'il ait été examiné par les deux.
💡 Explication

Question : le fourrage doit-il être donné à sa propre saison (humide au printemps, sec en automne), ou bien peut-on donner les deux au temps de l'humide (le sec étant du reste de l'année précédente) ?

18
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין אָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַשְׁיָאן: אֲדָר וְנִיסָן — לַח, אֱלוּל וְתִשְׁרֵי — יָבֵשׁ. דִּלְמָא פֵּירֵי דֶּאֱלוּל וְתִשְׁרִי מַאֲכִילִנַן לֵיהּ בַּאֲדָר וְנִיסָן!

Viens et écoute, car Rav Idi bar Avin a dit au nom de Rav Yits'hak bar Achian : Adar et Nissan, c'est l'humide ; Elloul et Tichri, c'est le sec [ce qui prouve : chaque fourrage à sa saison]. [Réfutation :] peut-être lui fait-on manger à Adar et Nissan les fruits [récoltés] à Elloul et Tichri !

📜 Rachi (1)
ת"ש דְּלַח בִּזְמַן לַח וְיָבֵשׁ בִּזְמַן יָבֵשׁ:
Viens et écoute — que [c'est] l'humide au temps de l'humide et le sec au temps du sec.
💡 Explication

Preuve tentée : l'enseignement de Rav Idi (humide en Adar-Nissan, sec en Elloul-Tichri) montrerait que chaque fourrage est donné à sa saison. Réfutation : peut-être l'enseignement décrit-il seulement quand chaque fourrage pousse, mais on peut donner le sec (récolte à l'automne) durant la saison humide (Adar-Nissan). Question non tranchée.

19
וְכַמָּה מַאֲכִילִין אוֹתוֹ? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי פִּנְחָס בֶּן עֵרוּבָא: כִּגְרוֹגֶרֶת. אָמַר רָבָא: (בָּעֵי) [בְּעַן] בְּמַעֲרָבָא: כִּגְרוֹגָרוֹת בִּסְעוּדָה רִאשׁוֹנָה,

Et quelle quantité lui fait-on manger [chaque jour] ? Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Pinhas ben Arouva : la [taille d'une] figue sèche (ke-grogeret).

Rava dit : on a demandé en Occident (be-maarava, en Terre d'Israël) : est-ce [la taille de plusieurs] figues sèches au premier repas,

📜 Rachi (2)
וְכַמָּה מַאֲכִילִין אוֹתוֹ בְּכָל יוֹם:
Et quelle quantité lui fait-on manger — chaque jour.
בִּסְעוּדָה רִאשׁוֹנָה שֶׁאוֹכֵל בְּכָל יוֹם יָהֲבִינַן לִי' מִן הָרְפוּאָה כִּגְרוֹגָרוֹת:
Au premier repas — au [repas] qu'il mange chaque jour, on lui donne du remède la taille de plusieurs figues sèches.
💡 Explication

Quantité quotidienne de fourrage-remède : selon R. Yo'hanan au nom de R. Pinhas ben Arouva, la taille d'une figue sèche (grogeret). En Terre d'Israël on demande : plusieurs figues sèches concentrées au premier repas du jour... (la question se poursuit sur 39a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).