Sougya : Le daf poursuit la sougya sur l'examen d'un bekhor (premier-né) atteint de larmoiement constant (dime'a) : comment le nourrir de fourrage humide puis sec durant trois mois, avec une longue chaîne de she'elot restées en teiku (avant/après le repas, avant/après la boisson, attaché/détaché, seul/accompagné, aux champs/en ville). Pinehas, frère de Chmouel, demande si le blêmi découvert au terme est rétroactif ou seulement à partir de maintenant (nafka mina : la me'ila sur l'argent du rachat).
La michna énumère ensuite de nouveaux moumim qui autorisent l'abattage du bekhor hors du Temple (nez, lèvre, gencives), la Guemara distinguant le moum visible (mum) du moum caché (qui ne compte pas). Enfin, Rav Ahadvoi demande si un organe manquant à l'INTÉRIEUR (hesaron mi-bifnim) est un manque disqualifiant, illustré par le cas d'un animal à un seul rein : conflit de deux beraitot résolu par R.
Hiyya bar Yossef puis R. Yo'hanan.
Ou bien peut-être [lui donne-t-on la quantité d'une figue] à chaque repas ? Si tu dis [qu'on le nourrit] au premier repas — [est-ce] avant de manger ou après avoir mangé ?
Avant de manger, cela lui est certainement profitable comme un remède (samma) ; après avoir mangé, qu'en est-il ? Avant de boire ou après avoir bu ?
Et avant de boire, cela lui est certainement profitable comme l'orge (se'orei) ; après avoir bu, qu'en est-il ?
La Guemara détaille l'examen du bekhor larmoyant : on le nourrit de fourrage et, s'il ne guérit pas, c'est un moum. Reste à préciser le protocole. Chaque paire oppose un cas certainement efficace (mevorar) à un cas douteux (mai ?). Avant le repas la nourriture agit comme un samma (remède pris à jeun) ; avant de boire, comme l'orge qu'on donne à la bête avant l'abreuvage.
[L'animal] attaché ou détaché ? Détaché — cela lui est certainement profitable ; attaché, qu'en est-il ?
Seul ou avec son compagnon ? Avec son compagnon — cela lui est certainement profitable ; seul, qu'en est-il ?
La chaîne continue. Détaché (motar), l'animal est à son aise et mange bien ; avec un compagnon, il est apaisé par la compagnie (tsavta) et mange. Les cas inverses (attaché, seul) restent douteux.
En ville (ou aux champs) [ou aux champs] ? Aux champs — cela lui est certainement profitable ; en ville, qu'en est-il ?
Rav Achi demanda : si tu dis [que c'est valable] aux champs — un jardin proche de la ville, qu'en est-il ? [La question] reste [sans réponse] (teiku).
Dernière paire : aux champs, l'animal profite du grand air ; en ville, douteux. Rav Achi ajoute un cas intermédiaire : un jardin proche de la ville (guina ha-semoukha la-ir) — est-il comme les champs ? Toutes ces she'elot restent en teiku (non tranchées).
« Rabbi Hanania ben Antignos dit [: on l'examine trois fois en quatre-vingts jours]. » Rav Nahman bar Yitzhak dit : pourvu qu'ils soient répartis en trois [parts égales] (mechoulachim).
Retour à la michna sur les taches pâles constantes : R. Hanania ben Antignos exige trois examens en quatre-vingts jours. Rav Nahman bar Yitzhak précise : ils doivent être mechoulachim, c'est-à-dire espacés en trois intervalles égaux, pour couvrir toute la période où le blêmi passager pourrait disparaître.
Pinehas, frère de Mar Chmouel, demanda à Chmouel : [si l'animal] a mangé (le fourrage) et n'a pas guéri — est-ce un moum rétroactivement (le-mafrea), ou bien est-ce un moum à partir de maintenant et pour l'avenir (mi-kan oule-haba) ?
Nouvelle she'ela sur l'examen du larmoiement constant, qui dure trois mois. Si l'animal a mangé le fourrage prescrit et n'a pas guéri — donc il est bien atteint d'un moum — le moum est-il réputé exister rétroactivement (le-mafrea), dès le début de la période, ou seulement à partir de maintenant (mi-kan oule-haba), au terme des trois mois ?
Quelle est la différence pratique (nafka mina) ? [C'est] pour [la question de] commettre une me'ila (détournement de bien consacré) sur son rachat.
Si tu dis que c'est un moum rétroactivement — il a commis une me'ila,
La nafka mina : la me'ila (usage profane d'un bien consacré) sur l'argent du rachat. Il ne s'agit pas d'un bekhor (qui ne se rachète pas), mais d'un autre animal consacré aux yeux larmoyants : on l'a racheté d'emblée, puis on a profité de l'argent avant la fin des trois mois. Si le moum est rétroactif, le rachat était valide, l'argent est consacré, et celui qui en a profité a commis une me'ila.
et si c'est un moum à partir de maintenant et pour l'avenir — il n'a pas commis de me'ila. Qu'en est-il ?
Chmouel lut à son sujet [ce verset] : « les boiteux ont pillé le butin » (Isaie 33:23).
Si au contraire le moum n'existe que à partir de maintenant, alors au moment du rachat l'animal était encore sans défaut : un animal intègre ne peut être racheté, le rachat est nul, l'argent reste profane, et il n'y a pas de me'ila. Sans réponse, Chmouel applique à son frère le verset 'les boiteux ont pillé le butin' (Isaie 33:23) : même un homme non aiguisé a posé une question à laquelle je n'ai pas de réponse.
MICHNA. [Sont des moumim pour lesquels on abat le bekhor hors du Temple :] son nez (hotmo) qui a été percé, ou ébréché, ou fendu ; sa lèvre (sefamo) qui a été percée, ébréchée, ou fendue.
La michna énumère de nouveaux moumim qui autorisent l'abattage du bekhor hors du Temple : le nez (hotem) et la lèvre (safa), s'ils sont percés, ébréchés (nifgam, entaille avec perte de matière) ou fendus.
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : [si] les narines (hotmin) ont été percées l'une dans l'autre — [si le trou est visible] de l'extérieur, c'est un moum ; de l'intérieur, ce n'est pas un moum.
« Sa lèvre qui a été percée, ébréchée ou fendue » : Rav Papa dit — la rangée extérieure de sa lèvre (tora bara di-siftei).
La baraita distingue selon la visibilité : si les narines sont percées l'une dans l'autre et que le trou se voit de l'extérieur (mi-bahoutz), c'est un moum ; s'il n'est visible que de l'intérieur (cloison médiane percée), ce n'est pas un moum, car il est dans un endroit caché (be-makom seter). Rav Papa précise que la michna vise la rangée extérieure de la lèvre (le bord saillant, non l'intérieur).
MICHNA. Les dents (litt. les fils) extérieures qui ont été ébréchées ou rasées (nifgemou, nigmemou) ; les [dents] intérieures qui ont été arrachées (ne'ekrou).
Rabbi Hanina ben Antignos dit : on n'examine pas depuis les dents-doubles (teyoma) et au-delà, ni même les dents-doubles elles-mêmes.
Suite des moumim : les gencives/dents extérieures (hitsonot) ébréchées ou rasées (nigmam, coupées à ras), et les intérieures arrachées. R. Hanina ben Antignos exclut la zone des teyoma (grosses molaires qui paraissent doubles) et au-delà : leur atteinte est un moum caché, qui n'autorise pas l'abattage.
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : « les dents-doubles (teyoma) » — quelles sont les dents-doubles ?
Depuis les dents-doubles et au-delà, les dents-doubles elles-mêmes étant comme [la zone] intérieure. Rabbi Yehochoua ben Kefoutsaï dit : on n'abat que pour les [dents] extérieures uniquement.
Rabbi Hanina ben Antignos dit : on ne tient aucun compte des dents-doubles.
La baraita définit la teyoma : la zone à partir des dents-doubles et vers l'intérieur, les teyoma elles-mêmes étant assimilées à l'intérieur. Deux avis suivent : R. Yehochoua ben Kefoutsaï (on n'abat que pour les extérieures) et R. Hanina ben Antignos (on ignore totalement les teyoma). La Guemara va relever deux difficultés dans cette baraita.
Que veut-il dire (mai ka-amar) ? Et de plus, Rabbi Yehochoua ben Kefoutsaï, c'est [la même chose que] le premier tanna (tana kama) !
Deux difficultés : (1) la baraita pose la question 'quelles sont les teyoma ?' mais ne semble pas y répondre — que veut donc dire le tanna ? (2) L'avis de R. Yehochoua ben Kefoutsaï paraît identique à celui du premier tanna, ce qui serait redondant.
[La baraita] est incomplète (hassorei mihasra), et voici ce qu'elle enseigne : quelle est [la partie] intérieure ? Depuis les dents-doubles et au-delà, les dents-doubles elles-mêmes étant comme [la zone] intérieure.
En quel cas cela est-il dit ? [Quand elles] ont été ébréchées ou rasées ; mais [si elles] ont été arrachées — on abat.
La Guemara corrige : la baraita est lacunaire (hassorei mihasra) et se lit ainsi. Elle définit la zone intérieure (depuis les teyoma vers l'intérieur), puis précise : la distinction 'on n'abat pas' ne vaut que si elles ont été ébréchées ou rasées ; mais si les dents intérieures ont été carrément arrachées (ne'ekrou), on abat, conformément à la michna.
Rabbi Yehochoua ben Kefoutsaï dit : on n'abat que pour les [dents] extérieures ; mais les [dents] intérieures qui ont été arrachées — pour elles nous n'abattons pas, mais elles disqualifient (mippasel) [le bekhor comme offrande]. Rabbi Hanina ben Antignos dit : on ne tient aucun compte des dents-doubles, [le bekhor] n'étant même pas disqualifié.
La correction distingue les avis : R. Yehochoua ben Kefoutsaï tient un moyen terme — les dents intérieures arrachées ne permettent pas d'abattre le bekhor hors du Temple, mais elles le disqualifient (passoul) comme offrande sur l'autel. R. Hanina ben Antignos va plus loin : les teyoma ne disqualifient même pas. Les trois positions sont ainsi bien distinctes.
Rav Ahadvoi bar Ami demanda : y a-t-il un manque d'organe (mehoussar ever) à l'intérieur, ou n'y a-t-il pas de manque d'organe à l'intérieur ? À propos de quoi [cette question] ?
Si c'est pour le bekhor — il est écrit « boiteux ou aveugle » (Deut. 15:21),
Rav Ahadvoi bar Ami pose une question de fond : un organe manquant à l'intérieur (mehoussar ever mi-bifnim) a-t-il une valeur halakhique ? Il écarte d'abord deux hypothèses. Pour abattre le bekhor hors du Temple, le verset dit 'boiteux ou aveugle' (Deut. 15:21) — donc un moum visible, en surface, pas un manque caché.
et si c'est pour les [autres] animaux consacrés (kodachim) — il est écrit « aveugle ou brisé » (Lev. 22:22) !
Pour abattre [le bekhor] et pour racheter [les kodachim], nous ne nous posons pas [la question] ; lorsque nous nous la posons, c'est pour disqualifier (le-ippassel) — qu'en est-il ?
De même, pour racheter les autres kodachim (les désacraliser à cause d'un défaut), le verset dit 'aveugle ou brisé' (Lev. 22:22) — encore des moumim visibles. La question n'est donc ni pour abattre le bekhor ni pour racheter les kodachim (là, ce n'est pas un moum assez grave). Elle se pose seulement pour disqualifier (le-ippassel) l'animal du service de l'autel.
« Il sera intègre (tamim) pour être agréé », a dit le Miséricordieux (Lev. 22:21) : intègre — oui, [mais avec] un manque — non.
Ou bien peut-être : « il sera intègre pour être agréé, aucun moum n'y sera » (Lev. 22:21) — de même que le moum est à l'extérieur (me-abraï), de même le manque [n'est disqualifiant que] à l'extérieur.
Les deux côtés de la she'ela. D'un côté, 'tamim (intègre) pour être agréé' exige une intégrité totale : un manque, même interne, disqualifie. De l'autre, le verset enchaîne 'aucun moum n'y sera' — et le moum est défini par un défaut visible, extérieur ; par analogie, un manque ne disqualifierait que s'il est à l'extérieur (me-abraï).
Viens et entends (ta chema) : « et les deux reins » (Lev. 3:4) — et non le possesseur d'un seul rein, ni le possesseur de trois reins.
Et il est enseigné dans une autre [baraita] : « il l'enlèvera » (Lev. 3:4) — pour inclure le possesseur d'un seul rein.
La Guemara cherche à trancher à partir d'une contradiction. Une baraita, lisant 'les deux reins' (dans les emourim du chelamim), exclut l'animal à un seul rein (ou à trois). Une autre baraita, lisant 'il l'enlèvera' (yassirenna, au singulier), inclut l'animal à un seul rein. Ces tannaïm semblent diverger sur le manque interne.
Ils ont supposé (savrou) que, de l'avis de tous, il n'existe pas de créature [née] avec un seul [rein], car [s'il n'en a qu'un] c'est qu'il en manque un (mihasar hassar). Disons donc qu'ils divergent sur ceci : l'un tient que le manque à l'intérieur est appelé un manque, et l'autre tient que le manque à l'intérieur n'est pas appelé un manque.
Première lecture (hava amina). On suppose que tous s'accordent : aucune créature ne naît avec un seul rein ; s'il n'en a qu'un, c'est qu'il en a perdu un (mihasar hassar). Le désaccord porterait alors sur le principe même : le manque interne est-il ou non un manque disqualifiant ?
Rav Hiyya bar Yossef dit : de l'avis de tous, il existe une créature [née] avec un seul [rein], et le manque à l'intérieur est appelé un manque ; et ce n'est pas difficile : ici — [quand] elle a été créée avec deux et en a perdu [un] ; ici — [quand] elle a été créée avec un seul dès l'origine (me-ikkara).
R. Hiyya bar Yossef harmonise autrement. Tous s'accordent sur deux points : il existe une créature née avec un seul rein, et le manque interne est un manque. Les deux beraitot ne se contredisent pas : la première (disqualifie) vise l'animal né à deux reins qui en a perdu un ; la seconde (cacher) vise l'animal né à un seul dès l'origine (me-ikkara), sans manque.
Mais [la baraita] enseigne [le cas d'un rein] de façon analogue à [celui de] trois : de même que trois [reins] c'est des l'origine, de même un seul c'est des l'origine !
Objection contre R. Hiyya bar Yossef : la première baraita met 'un seul rein' en parallèle avec 'trois reins'. Or trois reins ne peuvent être que de naissance (un animal ne fabrique pas d'organe supplémentaire) ; par analogie, le cas 'un seul rein' de cette baraita vise aussi un animal né ainsi — et pourtant elle le disqualifie, contre R. Hiyya bar Yossef.
Plutôt, ici ils divergent sur [la question de savoir] s'il existe une créature [née ainsi] dès l'origine : l'un tient qu'il existe une créature [née] avec un seul [rein], et l'autre tient qu'il n'existe pas de créature [née] avec un seul [rein].
Nouvelle lecture, forcée par l'objection. Tous admettent que le manque interne est un manque ; le désaccord porte sur un point factuel : existe-t-il une créature née avec un seul rein ? La baraita qui inclut (cacher) le pense ; celle qui exclut (passoul) tient qu'un tel animal a forcément perdu un rein — donc il manque un organe.
Et Rabbi Yo'hanan dit : de l'avis de tous, il n'existe pas de créature [née] avec un seul [rein], et le manque à l'intérieur est appelé un manque ; et ce n'est pas difficile : ici — [quand] elle a manqué avant l'abattage (chehita), ici — [quand] elle a manqué après l'abattage. Et après l'abattage, avant la collecte (kabbala) [du sang], est-ce permis ?
Troisième lecture, celle de R. Yo'hanan. Tous s'accordent : nul ne naît avec un seul rein, et le manque interne est un manque. Les beraitot diffèrent par le moment : la première (passoul) vise le rein manquant avant la chehita ; la seconde (cacher) vise un manque survenu après la chehita. La Guemara ouvre alors une nouvelle question : et si le rein a manqué après la chehita mais avant la kabbala (collecte du sang dans le vase) — est-ce permis ? (suite sur 39b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).