Sougya : Le daf poursuit la question du 'manque' (mehusar evarim) dans les sacrifices : R. Zeira au nom de Rav invalide le taureau dont on entaille l'oreille avant le recueil du sang, car 'le taureau' doit rester tel qu'il était ; d'où la distinction entre un manque avant et après la kabbala, et la règle que 'les heures invalident dans les kodachim'.
La Guemara veut rattacher la question à une mahloket de tannaim sur 'maoukh, katout, natouk, karout' (Lv 22:24) : ces défauts visent-ils la bourse (R. Yehouda), la verge (R.
Eliezer ben Yaakov), ou un partage (R. Yossei) ?
On conclut qu'ils s'accordent tous sur le fait qu'un manque interne est un manque, et divergent sur ce qui constitue un mome visible. La Michna énumère d'autres momim qui permettent d'abattre un premier-né (bourse ou organe féminin endommagé, queue brisée à l'os, extrémité fendue, un doigt de chair entre deux vertèbres), et le 'doigt' (un quart de tefah) ouvre une digression sur le nombre et la longueur des fils de tsitsit (Beit Chammai / Beit Hillel) et les deux règles-étalons de Kelim.
Mais R. Zeira n'a-t-il pas dit au nom de Rav : celui qui entaille l'oreille du taureau (créant un mome) puis recueille ensuite son sang — [le sacrifice est] invalide (passoul), car il est dit 'et il prendra du sang du taureau' (Lv 4:5) — le taureau qui était déjà [entier avant l'abattage] !
Plutôt : ici [dans la première baraita] il s'agit d'un cas où il a manqué [un organe] avant le recueil (kabbala), là [dans la seconde baraita] il s'agit d'un cas où il a manqué après le recueil.
La Guemara oppose deux baraitot sur le manque d'organe (mehusar). R. Zeira au nom de Rav : si l'on entaille l'oreille du taureau après l'abattage mais avant de recueillir le sang, le sacrifice est passoul, car le verset dit 'le sang du taureau' — sous-entendu le taureau tel qu'il était, entier, au moment du recueil.
Réconciliation : la baraita qui invalide vise un manque avant la kabbala ; celle qui permet vise un manque après la kabbala.
Et après le recueil, avant l'aspersion (zerika) — est-ce permis ? Or n'a-t-on pas enseigné : 'un agneau sans défaut (tamim), mâle, dans sa première année, sera pour vous' (Ex 12:5) — [ce qui indique] qu'il soit sans défaut et dans sa première année au moment de l'abattage.
Nouvelle difficulté : même après le recueil et avant l'aspersion, un manque devrait invalider ! Car le verset du sacrifice pascal exige 'tamim... dans sa première année' — l'agneau doit être sans défaut et âgé de moins d'un an au moment de l'abattage.
Et d'où [sait-on qu'il doit l'être] aussi lors du recueil (kabbala), du transport (holakha) et de l'aspersion (hazaya) ? Le verset dit 'sera' (yihyeh) — [pour indiquer] que tous ses états (kol havayotav) soient [dans un animal] sans défaut et dans sa première année.
La baraita étend l'exigence : le mot 'yihyeh' ('sera') enseigne que tous les stades du service (recueil, transport, aspersion) doivent porter sur un animal tamim et ben chana. Cela semble contredire la permission d'asperger après un manque survenu après le recueil.
Explique-la [comme portant] sur [l'exigence d'être] dans sa première année (ben chana). Et ainsi c'est aussi logique, car il a été enseigné : R.
Yehochoua dit : tous les sacrifices de la Tora dont il est resté un kazayit de chair ou un kazayit de graisse — on asperge le sang [de cet animal]. Apprends-en [la preuve].
Réponse : le mot 'yihyeh' n'étend à tous les stades que l'exigence 'ben chana' (première année), pas l'exigence 'tamim'. Confirmation logique par R. Yehochoua : tant qu'il reste un kazayit de chair ou de graisse après l'abattage, on asperge le sang — donc un manque après le recueil n'invalide pas quant à 'tamim'.
Or y a-t-il un cas où, au moment de l'abattage, [l'animal] soit dans sa première année, et au moment du recueil et du transport il soit dans sa deuxième année ? Rava dit : cela veut dire que les heures (chaot) invalident dans les kodachim.
Question : comment un animal pourrait-il être 'ben chana' à l'abattage mais 'ben chtei chanim' au recueil, quelques instants plus tard ? Réponse de Rava : c'est la preuve que 'les heures invalident dans les kodachim' — l'âge se compte à l'heure précise de la naissance, si bien que le passage à la deuxième année peut survenir entre l'abattage et le recueil.
Disons que cela [correspond à une mahloket] de tannaim : 'et [celui dont les testicules sont] écrasés, broyés, arrachés ou coupés' (Lv 22:24) — tous [ces défauts sont] dans les testicules (beitsim), paroles de R. Yehouda.
La Guemara revient à la question (celle de Rav Ahadvoï, sur le manque interne) et propose de la rattacher à une mahloket de tannaim. Le verset Lv 22:24 liste quatre atteintes — maoukh (écrasé), katout (broyé), natouk (arraché), karout (coupé). Pour R. Yehouda, elles concernent toutes les testicules (beitsim).
Dans les testicules et non dans la verge (gid) ?! Dis [plutôt] : aussi dans les testicules — paroles de R.
Yehouda. R.
Eliezer ben Yaakov dit : tous [ces défauts sont] dans la verge. R.
Yossei dit : 'écrasé et broyé' — aussi dans les testicules ; 'arraché et coupé' — dans la verge oui, dans les testicules non.
La Guemara corrige : R. Yehouda ne peut vouloir dire 'dans les testicules et pas dans la verge' (la verge, plus exposée, serait à fortiori un mome). Il faut lire : 'aussi dans les testicules'. Les trois positions : R. Yehouda = aussi la bourse ; R. Eliezer ben Yaakov = uniquement la verge ; R. Yossei = écrasé/broyé aussi la bourse, mais arraché/coupé seulement la verge.
N'est-ce pas sur ceci qu'ils divergent : l'un (R. Yehouda) tient qu'un manque interne (hisaron mi-bifnim) est appelé un manque, et l'autre (R.
Eliezer ben Yaakov) tient qu'il n'est pas appelé un manque ?
La Guemara propose de comprendre la mahloket ainsi : R. Yehouda tient qu'un manque interne est un manque (donc une atteinte aux testicules, non visible, invalide), tandis que R. Eliezer ben Yaakov tient qu'un manque interne n'est pas un manque. Cela répondrait à la question sur le mehusar interne.
Et le tiens-tu [vraiment ainsi] ? Que tient donc R.
Yossei ? S'il tient qu'un manque interne est appelé un manque — même 'arraché et coupé' [devraient l'invalider] aussi !
Et s'il tient qu'il n'est pas appelé un manque — même 'écrasé et broyé' ne [devraient] pas [l'invalider] !
Réfutation par R. Yossei : sa position intermédiaire est inexplicable selon le critère 'manque interne'. S'il jugeait qu'un manque interne est un manque, alors arraché/coupé (où les testicules subsistent dans la bourse) devraient aussi invalider ; s'il jugeait qu'il n'est pas un manque, alors écrasé/broyé ne devraient pas invalider. La lecture 'manque interne' est donc à rejeter.
Plutôt, ici c'est sur les momim visibles (mumim she-ba-galouy) qu'ils divergent. R.
Yehouda tient : 'écrasé et broyé' est un mome, car [les testicules] se rétractent (mikhavtsan) ; 'arraché et coupé' est un mome, car ils pendent (talyan). R.
Eliezer ben Yaakov tient : 'écrasé et broyé' n'est pas un mome, car déjà au départ il arrive qu'ils se rétractent ; 'arraché et coupé' n'est pas un mome, car déjà au départ il arrive qu'ils pendent.
Nouvelle lecture : tous s'accordent qu'un manque interne est un manque ; la mahloket porte sur ce qui constitue un mome visible. Pour R. Yehouda, tous les états visibles (rétraction, pendaison) sont des momim. Pour R. Eliezer ben Yaakov, aucun ne l'est, car un animal sain peut naturellement présenter des testicules rétractés ou pendants — le défaut n'est donc pas distinctif.
Et R. Yossei tient : 'écrasé et broyé' est un mome — car ils ne sont plus là (leitnehou) ; 'arraché et coupé' n'est pas un mome — car ils sont encore là (itnehou).
Selon cette même lecture, R. Yossei distingue : écrasé/broyé = mome, car les testicules ont disparu (leitnehou, entièrement détruits) ; arraché/coupé = pas un mome, car ils subsistent (itnehou) dans la bourse, même s'ils ne fonctionnent plus.
MICHNA. [Si] la bourse (zoven) a été endommagée, [ou] l'organe (erya) d'une femelle parmi les [animaux] consacrés ; [si] la queue a été endommagée à partir de l'os, mais non à partir de l'articulation (perek) ; ou si l'extrémité de la queue est fendue (mefatsel) ; [si] la peau a été pelée et que la chair et l'os sont restés [à découvert] ; ou s'il y a de la chair d'une vertèbre à l'autre sur [l'épaisseur] d'un plein doigt [ce sont là des momim].
La Michna énumère d'autres momim qui permettent d'abattre un premier-né (ou d'invalider un consacré) : la bourse (zoven) endommagée ; l'organe féminin abîmé (pour les sacrifices admettant des femelles) ; la queue brisée à l'os (mais non à une articulation, qui guérit) ; l'extrémité de la queue fendue (peau et chair pelées, os à nu) ; ou un plein doigt de chair entre deux vertèbres.
GUEMARA. R.
Elazar dit : [la Michna dit] 'endommagée' et non 'enlevée' (nital), '[la] bourse' (kis) et non 'la verge' (zakhrout). On a aussi enseigné ainsi : 'endommagée' et non 'enlevée', 'la bourse' et non 'la verge'.
R. Yossei ben HaMechoulam dit : un fait arriva à propos d'un [animal] à Inbal, dont un loup enleva [la bourse], et [l'animal] revint à sa vigueur (hazar le-eitano) [= elle repoussa].
R. Elazar précise deux limites de la Michna : c'est un mome si la bourse est endommagée, non si elle est enlevée (car elle repousse) ; et c'est la bourse (kis) qui compte, non la verge elle-même (le gid, s'il est abîmé, guérit). Une baraita confirme, et R. Yossei ben HaMechoulam rapporte le cas d'Inbal : un loup arracha la bourse d'un animal, qui repoussa.
[La Michna dit :] 'La queue a été endommagée à partir de l'os, etc.' On a enseigné : le doigt (etsba) dont ils ont parlé — [c'est] un quart d'un tefah de tout homme. Pour quelle halakha [le précise-t-on] ?
Rabba dit : à propos de la tekhelet, car il a été enseigné : combien de fils (houtin) met-on ? Beit Chammai disent : quatre ; et Beit Hillel disent : trois.
La Guemara commente le 'plein doigt' de la Michna : le doigt-mesure vaut un quart de tefah (largeur de main) d'un homme moyen — c'est-à-dire la largeur du pouce (gouddal). Pour quelle règle cette définition ? Rabba : pour la tekhelet (les fils de tsitsit) — combien de fils insère-t-on ? Beit Chammai : 4 (soit 8 brins après pliage) ; Beit Hillel : 3 (soit 6 brins).
Et combien doit [pendre] la partie mechoulechet ? Beit Chammai disent : quatre [doigts] ; et Beit Hillel disent : trois.
Et le tiers que disent Beit Hillel — [c'est] un quart d'un tefah de tout homme.
Suite de la baraita : quelle longueur doit avoir la partie pendante (mechoulechet, au-delà des nœuds) ? Beit Chammai : 4 doigts ; Beit Hillel : 3 doigts. Et chacun de ces trois doigts de Beit Hillel vaut un quart de tefah — voilà le lien avec la définition du 'doigt' de la Michna.
Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, dit : [c'est] à propos des deux coudées (amot), car nous avons appris (Kelim 17:9) : il y avait deux coudées [-étalons]
Autre réponse : Rav Houna fils de Rav Yehochoua rattache la définition du 'doigt' aux deux coudées-étalons mentionnées dans Kelim (17:9) : 'il y avait deux [règles d'une] coudée' de référence [au Temple, servant à étalonner les mesures]. Le passage se poursuit sur 40a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).