Bekhorot 39b — le manque qui invalide (avant/après le recueil du sang), la mahloket sur maoukh-katout-natouk-karout, et les momim de la Michna (bourse, queue) jusqu'à la mesure du doigt en tsitsit

Bekhorot 39b

Sougya : Le daf poursuit la question du 'manque' (mehusar evarim) dans les sacrifices : R. Zeira au nom de Rav invalide le taureau dont on entaille l'oreille avant le recueil du sang, car 'le taureau' doit rester tel qu'il était ; d'où la distinction entre un manque avant et après la kabbala, et la règle que 'les heures invalident dans les kodachim'.

La Guemara veut rattacher la question à une mahloket de tannaim sur 'maoukh, katout, natouk, karout' (Lv 22:24) : ces défauts visent-ils la bourse (R. Yehouda), la verge (R.

Eliezer ben Yaakov), ou un partage (R. Yossei) ?

On conclut qu'ils s'accordent tous sur le fait qu'un manque interne est un manque, et divergent sur ce qui constitue un mome visible. La Michna énumère d'autres momim qui permettent d'abattre un premier-né (bourse ou organe féminin endommagé, queue brisée à l'os, extrémité fendue, un doigt de chair entre deux vertèbres), et le 'doigt' (un quart de tefah) ouvre une digression sur le nombre et la longueur des fils de tsitsit (Beit Chammai / Beit Hillel) et les deux règles-étalons de Kelim.

À quel stade un manque (mehusar) invalide-t-il le sacrifice ? Verset moteur : 've-lakah mi-dam ha-par' — LE taureau (celui qui était déjà, entier) Chehita abattage Kabbala recueil du sang Holakha transport Zerika aspersion Manque AVANT le recueil Il manque un rein / une oreille entaillée au moment de recueillir le sang. PASSOUL (invalide) le taureau n'est plus 'comme il était' Manque APRÈS le recueil Reste un kazayit de chair ou de graisse ; 'tamim' n'est requis qu'à chehita+kabbala. KACHER — on asperge le sang 'ben chana' seul reste requis après
Le manque (mehusar) selon le stade de l'avoda : invalidant avant le recueil du sang, toléré après (segments 0-3).
Maoukh, katout, natouk, karout : où sont les défauts ? Lv 22:24 — bourse (beitsim) ou verge (gid) ? l'enjeu final : mome visible R. Yehouda R. Eliezer b. Yaakov R. Yossei Les 4 = bourse (aussi la bourse) Les 4 = verge seulement maoukh+katout = aussi la bourse ; natouk+karout = verge oui, bourse non Conclusion (havana finale) Conclusion Conclusion Tous visibles : maoukh/katout se rétractent (mikhavtsan), natouk/karout pendent -> mome Non des momim : parfois déjà rétractés ou pendants à l'état sain -> pas visible -> pas mome maoukh/katout : plus la (leitnehou) = mome ; natouk/karout : encore la (itnehou) dans la bourse -> pas mome
Les trois positions sur maoukh / katout / natouk / karout et leur réinterprétation en termes de mome visible (segments 5-10).
'Etsba' (un doigt) = 1/4 de tefah — d'où la digression sur les tsitsit Le tefah de la Tora = 4 doigts (mesurés au pouce, gouddal) Combien de fils passe-t-on ? Beit Chammai Beit Hillel 4 fils 3 fils (8 brins pendants après pliage) (6 brins pendants après pliage) Longueur pendante (mechoulechet) Beit Chammai : 4 doigts Beit Hillel : 3 doigts Le 'tiers' de Beit Hillel (chaque doigt) = 1/4 de tefah de tout homme (le gouddal)
Le 'doigt' = 1/4 de tefah et la digression sur les fils de tsitsit (segments 13-14).
1
וְהָאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב: הַצּוֹרֵם אֹזֶן הַפָּר וְאַחַר כָּךְ קִיבֵּל דָּמוֹ — פָּסוּל, שֶׁנֶּאֱמַר ״וְלָקַח מִדַּם הַפָּר״ — הַפָּר שֶׁהָיָה כְּבָר! אֶלָּא: כָּאן שֶׁחָסְרָה קֹודֶם קַבָּלָה, כָּאן שֶׁחָסְרָה לְאַחַר קַבָּלָה.

Mais R. Zeira n'a-t-il pas dit au nom de Rav : celui qui entaille l'oreille du taureau (créant un mome) puis recueille ensuite son sang — [le sacrifice est] invalide (passoul), car il est dit 'et il prendra du sang du taureau' (Lv 4:5) — le taureau qui était déjà [entier avant l'abattage] !

Plutôt : ici [dans la première baraita] il s'agit d'un cas où il a manqué [un organe] avant le recueil (kabbala), là [dans la seconde baraita] il s'agit d'un cas où il a manqué après le recueil.

📜 Rachi (2)
הַצּוֹרֵם אֹזֶן הַפָּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ לְאַחַר שְׁחִיטָה:
Celui qui entaille l'oreille du taureau — [c'est] le kohen oint, après l'abattage.
שֶׁהָיָה כְּבָר בִּשְׁעַת קַבָּלַת הַדָּם הָיָה שָׁלֵם:
Qui était déjà — au moment du recueil du sang il était entier (chalem).
🗂️ Tossefot (1)
וְהָאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב הַצּוֹרֵם בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף כֹּה:) גָּרְסִי' דְּתַנְיָא הַצּוֹרֵם:
'Mais R. Zeira n'a-t-il pas dit au nom de Rav : celui qui entaille' — au deuxième chapitre de Zevahim (25b) notre version enseigne 'ha-tsorem' (celui qui entaille).
💡 Explication

La Guemara oppose deux baraitot sur le manque d'organe (mehusar). R. Zeira au nom de Rav : si l'on entaille l'oreille du taureau après l'abattage mais avant de recueillir le sang, le sacrifice est passoul, car le verset dit 'le sang du taureau' — sous-entendu le taureau tel qu'il était, entier, au moment du recueil.

Réconciliation : la baraita qui invalide vise un manque avant la kabbala ; celle qui permet vise un manque après la kabbala.

🖼️ Schéma
À quel stade un manque (mehusar) invalide-t-il le sacrifice ? Verset moteur : 've-lakah mi-dam ha-par' — LE taureau (celui qui était déjà, entier) Chehita abattage Kabbala recueil du sang Holakha transport Zerika aspersion Manque AVANT le recueil Il manque un rein / une oreille entaillée au moment de recueillir le sang. PASSOUL (invalide) le taureau n'est plus 'comme il était' Manque APRÈS le recueil Reste un kazayit de chair ou de graisse ; 'tamim' n'est requis qu'à chehita+kabbala. KACHER — on asperge le sang 'ben chana' seul reste requis après
Le manque avant vs après le recueil du sang.
2
וּלְאַחַר קַבָּלָה קֹודֶם זְרִיקָה, מִי שָׁרִי? וְהַתַּנְיָא: ״שֶׂה תָמִים זָכָר בֶּן שָׁנָה יִהְיֶה לָכֶם״, שֶׁיְּהֵא תָּמִים בֶּן שָׁנָה בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה.

Et après le recueil, avant l'aspersion (zerika) — est-ce permis ? Or n'a-t-on pas enseigné : 'un agneau sans défaut (tamim), mâle, dans sa première année, sera pour vous' (Ex 12:5) — [ce qui indique] qu'il soit sans défaut et dans sa première année au moment de l'abattage.

💡 Explication

Nouvelle difficulté : même après le recueil et avant l'aspersion, un manque devrait invalider ! Car le verset du sacrifice pascal exige 'tamim... dans sa première année' — l'agneau doit être sans défaut et âgé de moins d'un an au moment de l'abattage.

3
וּמִנַּיִן בְּקַבָּלָה וְהוֹלָכָה וְהַזָּיָיה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״יִהְיֶה״, שֶׁיְּהוּ כָּל הֲוָיוֹתָיו תָּם וּבֶן שָׁנָה.

Et d'où [sait-on qu'il doit l'être] aussi lors du recueil (kabbala), du transport (holakha) et de l'aspersion (hazaya) ? Le verset dit 'sera' (yihyeh) — [pour indiquer] que tous ses états (kol havayotav) soient [dans un animal] sans défaut et dans sa première année.

💡 Explication

La baraita étend l'exigence : le mot 'yihyeh' ('sera') enseigne que tous les stades du service (recueil, transport, aspersion) doivent porter sur un animal tamim et ben chana. Cela semble contredire la permission d'asperger après un manque survenu après le recueil.

4
תַּרְגְּמָהּ אֶבֶן שָׁנָה, הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּתַנְיָא: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: כָּל הַזְּבָחִים שֶׁבַּתּוֹרָה שֶׁנִּשְׁתַּיֵּיר מֵהֶן כְּזַיִת בָּשָׂר אוֹ כְּזַיִת חֵלֶב — זוֹרֵק אֶת הַדָּם, שְׁמַע מִינָּה.

Explique-la [comme portant] sur [l'exigence d'être] dans sa première année (ben chana). Et ainsi c'est aussi logique, car il a été enseigné : R.

Yehochoua dit : tous les sacrifices de la Tora dont il est resté un kazayit de chair ou un kazayit de graisse — on asperge le sang [de cet animal]. Apprends-en [la preuve].

📜 Rachi (5)
תַּרְגְּמָא אֶבֶן שָׁנָה הָא דְּקָתָנֵי שֶׁיְּהוּ כָּל הֲוָיוֹתָיו אֶבֶן שָׁנָה קָאֵי אֲבָל תָּם לָא בָּעֵינַן אֶלָּא בִּשְׁחִיטָה וְקַבָּלָה:
Explique-la [comme portant] sur 'dans sa première année' — ce qui est enseigné, que 'tous ses états' [doivent être] 'dans sa première année', se réfère [seulement] à [l'exigence d'être] dans sa première année ; mais 'sans défaut' (tamim) nous ne l'exigeons qu'à l'abattage et au recueil.
ה"נ מִסְתַּבְּרָא דִּמְחֻוסָּר אַחַר קַבָּלָה כָּשֵׁר:
Et ainsi c'est aussi logique — qu'un manque [survenu] après le recueil est kacher.
כַּזַּיִת בָּשָׂר דְּאִיכָּא כְּדֵי אֲכִילַת אָדָם:
Un kazayit de chair — car il y a de quoi [constituer] la consommation d'un homme.
אוֹ כַּזַּיִת חֵלֶב דְּאִיכָּא כְּדֵי אֲכִילַת מִזְבֵּחַ:
Ou un kazayit de graisse — car il y a de quoi [constituer] la consommation de l'autel.
זוֹרֵק אֶת הַדָּם וְאִם לֹא נִשְׁתַּייֵּר כְּלוּם לָא זָרֵיק דִּכְתִיב (דְּבָרִים י״ב:כ״ז) וְעָשִׂיתָ עֹולֹותֶיךָ הַבָּשָׂר וְהַדָּם אִם אֵין בָּשָׂר אֵין דָּם. וְקָתָנֵי מִיהָא דְּאִם נִשְׁתַּיֵּיר כַּזַּיִת זָרֵיק וְאֵין לְךָ מְחֻוסָּר גָּדוֹל מִזֶּה שֶׁחָסֵר כֻּולָּהּ וְקָתָנֵי דְּזָרֵיק אַלְמָא הָא דְּקָתָנֵי כָּל הֲוָיוֹתָיו אֶבֶן שָׁנָה קָאֵי:
On asperge le sang — mais s'il n'est rien resté, on n'asperge pas, car il est écrit (Dt 12:27) 'et tu offriras tes holocaustes, la chair et le sang' : s'il n'y a pas de chair, il n'y a pas de sang. Or on enseigne en tout cas que s'il est resté un kazayit on asperge — et tu n'as pas de manque plus grand que celui-ci, où il manque la totalité [du reste], et l'on enseigne qu'on asperge : preuve que ce qui est enseigné, 'tous ses états', se réfère à [l'exigence d'être] dans sa première année.
💡 Explication

Réponse : le mot 'yihyeh' n'étend à tous les stades que l'exigence 'ben chana' (première année), pas l'exigence 'tamim'. Confirmation logique par R. Yehochoua : tant qu'il reste un kazayit de chair ou de graisse après l'abattage, on asperge le sang — donc un manque après le recueil n'invalide pas quant à 'tamim'.

5
וּמִי אִיכָּא מִידִי, דְּבִשְׁעַת שְׁחִיטָה הָוֵי בֶּן שָׁנָה, וּבִשְׁעַת קַבָּלָה וְהוֹלָכָה הָוֵי בֶּן שְׁתֵּי שָׁנִים? אָמַר רָבָא: זֹאת אוֹמֶרֶת שָׁעוֹת פּוֹסְלוֹת בְּקָדָשִׁים.

Or y a-t-il un cas où, au moment de l'abattage, [l'animal] soit dans sa première année, et au moment du recueil et du transport il soit dans sa deuxième année ? Rava dit : cela veut dire que les heures (chaot) invalident dans les kodachim.

📜 Rachi (1)
שָׁעוֹת פּוֹסְלוֹת וְקָאָתֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאִם נוֹלַד טָלֶה זֶה אֶשְׁתָּקַד בי"ד בְּנִיסָן בְּח' שָׁעוֹת בַּיּוֹם יִזָּהֵר עַתָּה שֶׁיִּשְׁחָטֶנּוּ קֹודֶם שָׁעָה תְּשִׁיעִית דְּשָׁעָה תְּשִׁיעִית פּוֹסֶלֶת בּוֹ וְהָוֵי כְּנִכְנָס בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה:
Les heures invalident — et [cela] vient nous enseigner que si cet agneau est né l'an dernier le 14 nissan à la 8e heure du jour, on veillera maintenant à l'abattre avant la 9e heure, car la 9e heure l'invalide et [alors] c'est comme s'il était entré dans sa deuxième année.
💡 Explication

Question : comment un animal pourrait-il être 'ben chana' à l'abattage mais 'ben chtei chanim' au recueil, quelques instants plus tard ? Réponse de Rava : c'est la preuve que 'les heures invalident dans les kodachim' — l'âge se compte à l'heure précise de la naissance, si bien que le passage à la deuxième année peut survenir entre l'abattage et le recueil.

6
לֵימָא כְתַנָּאֵי: ״וּמָעוּךְ וְכָתוּת וְנָתוּק וְכָרוּת״ — כֻּולָּן בְּבֵיצִים, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Disons que cela [correspond à une mahloket] de tannaim : 'et [celui dont les testicules sont] écrasés, broyés, arrachés ou coupés' (Lv 22:24) — tous [ces défauts sont] dans les testicules (beitsim), paroles de R. Yehouda.

📜 Rachi (1)
לֵימָא הַךְ בָּעֲיָא דְּרַב אַחְדְּבוֹי תַּנָּאֵי הִיא:
Disons — cette question de Rav Ahadvoï est [l'objet d'une mahloket de] tannaim.
💡 Explication

La Guemara revient à la question (celle de Rav Ahadvoï, sur le manque interne) et propose de la rattacher à une mahloket de tannaim. Le verset Lv 22:24 liste quatre atteintes — maoukh (écrasé), katout (broyé), natouk (arraché), karout (coupé). Pour R. Yehouda, elles concernent toutes les testicules (beitsim).

🖼️ Schéma
Maoukh, katout, natouk, karout : où sont les défauts ? Lv 22:24 — bourse (beitsim) ou verge (gid) ? l'enjeu final : mome visible R. Yehouda R. Eliezer b. Yaakov R. Yossei Les 4 = bourse (aussi la bourse) Les 4 = verge seulement maoukh+katout = aussi la bourse ; natouk+karout = verge oui, bourse non Conclusion (havana finale) Conclusion Conclusion Tous visibles : maoukh/katout se rétractent (mikhavtsan), natouk/karout pendent -> mome Non des momim : parfois déjà rétractés ou pendants à l'état sain -> pas visible -> pas mome maoukh/katout : plus la (leitnehou) = mome ; natouk/karout : encore la (itnehou) dans la bourse -> pas mome
Point de départ de la mahloket : bourse ou verge ?
7
בְּבֵיצִים וְלֹא בְּגִיד? אֵימָא: אַף בְּבֵיצִים — דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: כֻּולָּן בְּגִיד. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: ״מָעוּךְ וְכָתוּת״ — אַף בְּבֵיצִים, ״נָתוּק וְכָרוּת״ — בְּגִיד אִין, בְּבֵיצִים לֹא.

Dans les testicules et non dans la verge (gid) ?! Dis [plutôt] : aussi dans les testicules — paroles de R.

Yehouda. R.

Eliezer ben Yaakov dit : tous [ces défauts sont] dans la verge. R.

Yossei dit : 'écrasé et broyé' — aussi dans les testicules ; 'arraché et coupé' — dans la verge oui, dans les testicules non.

📜 Rachi (6)
בְּבֵיצִים וְלֹא בְּגִיד בִּתְמִיהַּ. כְּלוֹמַר אִי בְּגִיד נִינְהוּ מִי לָא הָוֵי מוּם הָא וַדַּאי טְפֵי הָוֵי מוּם דְּגִיד בְּגָלוּי הוּא יוֹתֵר מִן הַבֵּיצִים:
Dans les testicules et non dans la verge — sur un ton d'étonnement. C'est-à-dire : si [ces défauts] se trouvent sur la verge, ne seraient-ils pas un mome ?! Assurément ils sont à fortiori un mome, car la verge est plus à découvert que les testicules.
כִּתּוֹת שֶׁכִּתְּתוֹ בָּאֲבָנִים עַד שֶׁנִּימּוֹחַ:
Broyé (katout) — qu'on a broyé avec des pierres jusqu'à ce qu'[il] se soit écrasé.
נָתוּק בַּיָּד לְגַמְרֵי אֶלָּא שֶׁעֲדַיִין תְּלוּיִין בַּכִּיס:
Arraché (natouk) — à la main, complètement, mais [les testicules] pendent encore dans la bourse.
כָּרוּת בְּסַכִּין וַעֲדַייִן תְּלוּיִין בַּכִּיס וּמְעֹורִין קְצָת דְּכָרוּת הָוֵי בְּצִיר מִנָּתוּק כְּדַאֲמָרָן בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף לג:) לְהָבִיא נוֹתֵק אַחַר כּוֹרֵת. טַעְמָא דְּר' יוֹסֵי מְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
Coupé (karout) — au couteau, [les testicules] pendant encore dans la bourse et [y] tenant un peu, car 'coupé' est moindre qu''arraché', comme nous l'avons dit au chapitre précédent (Bekhorot 33b) : 'pour inclure celui qui arrache après celui qui coupe'. La raison de R. Yossei est expliquée plus loin.
כֻּולָּן בְּגִיד לֹא בְּבֵיצִים:
Tous dans la verge — non dans les testicules.
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר חִסָּרוֹן מִבִּפְנִים שְׁמֵיהּ חִסָּרוֹן:
R. Yehouda tient : un manque à l'intérieur (mi-bifnim) est appelé un manque.
🗂️ Tossefot (1)
כֻּולָּן בַּגִּיד וְלֹא בְּבֵיצִים וּמִיהוּ סֵיפֵיהּ דִּקְרָא דִּבְאַרְצְכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ אַייְרֵי אַפֵּי' בְּבֵיצִים בכ"מ שֶׁמִּסְתָּרֵס דְּאַפֵּי' ע"י שֶׁיִּתְייַחֵס אָסְרִי' בְּפֶ' שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (שַׁבָּת דַּף קי:) וְגַבֵּי מוּם הוּא דְּלָא חֲשִׁיב מוּם שֶׁבְּגָלוּי כִּדְפֵירֵשׁ טַעְמָא בְּסָמוּךְ:
'Tous dans la verge et non dans les testicules' — toutefois la fin du verset, 'et dans votre pays vous ne [le] ferez pas', vise même les testicules : en tout lieu où l'on castre, même par un intermédiaire, on l'interdit, [comme] au chapitre 'Chemona cheratsim' (Chabbat 110b) ; et c'est à propos du mome qu'[un défaut interne] n'est pas compté comme mome, comme la raison en est expliquée juste après (un mome doit être à découvert).
💡 Explication

La Guemara corrige : R. Yehouda ne peut vouloir dire 'dans les testicules et pas dans la verge' (la verge, plus exposée, serait à fortiori un mome). Il faut lire : 'aussi dans les testicules'. Les trois positions : R. Yehouda = aussi la bourse ; R. Eliezer ben Yaakov = uniquement la verge ; R. Yossei = écrasé/broyé aussi la bourse, mais arraché/coupé seulement la verge.

8
מַאי לַָאו בְּהָא קָמִיפַּלְגִי, דְּמַר סָבַר: חִסָּרוֹן מִבִּפְנִים שְׁמֵיהּ חֶסְרוֹן, וּמַר סָבַר: לָא שְׁמֵיהּ חֶסְרוֹן?

N'est-ce pas sur ceci qu'ils divergent : l'un (R. Yehouda) tient qu'un manque interne (hisaron mi-bifnim) est appelé un manque, et l'autre (R.

Eliezer ben Yaakov) tient qu'il n'est pas appelé un manque ?

💡 Explication

La Guemara propose de comprendre la mahloket ainsi : R. Yehouda tient qu'un manque interne est un manque (donc une atteinte aux testicules, non visible, invalide), tandis que R. Eliezer ben Yaakov tient qu'un manque interne n'est pas un manque. Cela répondrait à la question sur le mehusar interne.

9
וְתִסְבְּרָא? רַבִּי יוֹסֵי מַאי קָסָבַר? אִי קָסָבַר חֶסְרוֹן מִבִּפְנִים שְׁמֵיהּ חֶסְרוֹן — אֲפִילּוּ ״נָתוּק וְכָרוּת״ נָמֵי! וְאִי קָסָבַר לָא שְׁמֵיהּ חֶסְרוֹן — אֲפִילּוּ ״מָעוּךְ וְכָתוּת״ נָמֵי לָא!

Et le tiens-tu [vraiment ainsi] ? Que tient donc R.

Yossei ? S'il tient qu'un manque interne est appelé un manque — même 'arraché et coupé' [devraient l'invalider] aussi !

Et s'il tient qu'il n'est pas appelé un manque — même 'écrasé et broyé' ne [devraient] pas [l'invalider] !

💡 Explication

Réfutation par R. Yossei : sa position intermédiaire est inexplicable selon le critère 'manque interne'. S'il jugeait qu'un manque interne est un manque, alors arraché/coupé (où les testicules subsistent dans la bourse) devraient aussi invalider ; s'il jugeait qu'il n'est pas un manque, alors écrasé/broyé ne devraient pas invalider. La lecture 'manque interne' est donc à rejeter.

10
אֶלָּא, הָכָא בְּמוּמִים שֶׁבַּגָּלוּי קָמִיפַּלְגִי. רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: ״מָעוּךְ וְכָתוּת״ הָוֵי מוּמָא, דְּמִיכְווָצָן, ״נָתוּק וּכְרוּת״ הָוֵי מוּמָא, דְּהָא תַּלְיִין. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב סָבַר: ״מָעוּךְ וְכָתוּת״ לָא הָוֵי מוּמָא, דְּמֵעִיקָּרָא נָמֵי זִמְנִין דְּמִיכַּווְצָן, ״נָתוּק וּכְרוּת״ לָא הָוֵי מוּמָא, דְּמֵעִיקָּרָא נָמֵי זִימְנִין דְּתַלְיָין.

Plutôt, ici c'est sur les momim visibles (mumim she-ba-galouy) qu'ils divergent. R.

Yehouda tient : 'écrasé et broyé' est un mome, car [les testicules] se rétractent (mikhavtsan) ; 'arraché et coupé' est un mome, car ils pendent (talyan). R.

Eliezer ben Yaakov tient : 'écrasé et broyé' n'est pas un mome, car déjà au départ il arrive qu'ils se rétractent ; 'arraché et coupé' n'est pas un mome, car déjà au départ il arrive qu'ils pendent.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא הָכָא בְּמוּמִין שֶׁבְּגָלוּי פְּלִיגִי דְּכֻולֵּי עָלְמָא חִסָּרוֹן מִבִּפְנִים שְׁמֵיהּ חִסָּרוֹן מַאן דִּפְסִיל בְּבֵיצִים לָאו מִשּׁוּם חִסָּרוֹן אֶלָּא מִשּׁוּם מוּם:
Plutôt ici c'est sur les momim visibles qu'ils divergent — car de l'avis de tous, un manque interne est appelé un manque ; celui qui invalide pour les testicules ne [le fait] pas à cause du manque, mais à cause du mome.
דְּקָתַלְיָין תּוֹלוֹת וְנֶחְבָּטוֹת בַּכִּיס וְנִרְאִין מִבַּחוּץ שֶׁאֵין אֲדוּקוֹת לְמַעְלָה:
Car ils pendent — ils pendent et ballottent dans la bourse et se voient de l'extérieur, n'étant plus attachés en haut.
זִימְנִין דְּכָוְוצָן רטייר"ט אַפֵּי' כְּשֶׁהֵן בְּרִיאוֹת:
Parfois ils se rétractent — 'rétreint' [en ancien français], même quand ils sont sains.
💡 Explication

Nouvelle lecture : tous s'accordent qu'un manque interne est un manque ; la mahloket porte sur ce qui constitue un mome visible. Pour R. Yehouda, tous les états visibles (rétraction, pendaison) sont des momim. Pour R. Eliezer ben Yaakov, aucun ne l'est, car un animal sain peut naturellement présenter des testicules rétractés ou pendants — le défaut n'est donc pas distinctif.

11
וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: ״מָעוּךְ וְכָתוּת״ הָוֵי מוּמָא — דְּהָא לֵיתַנְהוּ, ״נָתוּק וְכָרוּת״ לָא הָוֵי מוּמָא — דְּהָא אִיתַנְהוּ.

Et R. Yossei tient : 'écrasé et broyé' est un mome — car ils ne sont plus là (leitnehou) ; 'arraché et coupé' n'est pas un mome — car ils sont encore là (itnehou).

📜 Rachi (1)
דְּהָא לֵיתַנְהוּ וְחֶסְרוֹן הָוֵי:
Car ils ne sont plus là — et c'est un manque.
💡 Explication

Selon cette même lecture, R. Yossei distingue : écrasé/broyé = mome, car les testicules ont disparu (leitnehou, entièrement détruits) ; arraché/coupé = pas un mome, car ils subsistent (itnehou) dans la bourse, même s'ils ne fonctionnent plus.

12
מַתְנֵי׳ נִפְגַּם הַזּוֹבָן, הָעֶרְיָה שֶׁל נְקֵבָה בַּמֻּוקְדָּשִׁין, נִפְגַּם הַזָּנָב מִן הָעֶצֶם, אֲבָל לֹא מִן הַפֶּרֶק, אוֹ שֶׁרֹאשׁ זָנָב מְפַצֵּל, נִקְלְפָה הָעוֹר וְהַבָּשָׂר וְהָעֶצֶם נִשְׁאַר, אוֹ שֶׁיֵּשׁ בָּשָׂר מֵחֻולְיָא לְחֻולְיָא מְלֹא אֶצְבַּע.

MICHNA. [Si] la bourse (zoven) a été endommagée, [ou] l'organe (erya) d'une femelle parmi les [animaux] consacrés ; [si] la queue a été endommagée à partir de l'os, mais non à partir de l'articulation (perek) ; ou si l'extrémité de la queue est fendue (mefatsel) ; [si] la peau a été pelée et que la chair et l'os sont restés [à découvert] ; ou s'il y a de la chair d'une vertèbre à l'autre sur [l'épaisseur] d'un plein doigt [ce sont là des momim].

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' הַזּוֹבָן זֶהוּ נִרְתֹּוק שֶׁהַכִּיס חָבוּי בּוֹ:
MICHNA. La bourse (zoven) — c'est le fourreau (nartek) dans lequel la poche [des testicules] est cachée.
וְהָעֶרְיָה שֶׁל נְקֵבָה בְּמֻוקְדָּשִׁין בִּשְׁאָר קָדָשִׁים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן נְקֵבָה דִּבְכוֹר לֵיכָּא נְקֵבָה וּבִשְׁלָמִים דְּאִיכָּא נְקֵבָה נִפְגְּמָה הָעֶרְיָה הָוֵי מוּם:
Et l'organe d'une femelle parmi les consacrés — parmi les autres [sacrifices] consacrés qui comportent une femelle, car pour le premier-né il n'y a pas de femelle ; mais pour les chelamim, où il y a une femelle, [si] l'organe a été endommagé c'est un mome.
מִן הַפֶּרֶק אִם נִפְגַּם בֵּין הַפְּרָקִים מַעֲלָה אֲרוּכָה אִם לֹא נֶחְתַּךְ כָּל הַזָּנָב אֶלָּא נִפְגַּם מְעַט:
À partir de l'articulation — si [la queue] a été endommagée entre les articulations, elle guérit (litt. fait remonter une cicatrisation), si toute la queue n'a pas été coupée mais [seulement] un peu endommagée.
אוֹ שֶׁרֹאשׁ הַזָּנָב מַפְצִיל אֶת הָעֶצֶם רֹאשׁ הַתָּלוּי לְמַטָּה נִקְלָף הָעוֹר וּבָשָׂר וְנִשְׁאַר הָעֶצֶם מְגֻולֶּה שׁוּב אֵין מַעֲלָה אֲרוּכָה הוֹאִיל וּבְרֹאשׁ הַזָּנָב הוּא. מְפַצֵּל כְּמוֹ אֲשֶׁר פִּצֵּל (בְּרֵאשִׁית ל):
Ou si l'extrémité de la queue fend l'os — l'extrémité qui pend en bas, [dont] la peau et la chair ont été pelées et l'os est resté à découvert : là [cela] ne guérit plus, puisque c'est à l'extrémité de la queue. 'Mefatsel' comme 'qu'il a écorcé' (Gn 30).
🗂️ Tossefot (1)
אוֹ שֶׁרֹאשׁ הַזָּנָב מְפַצֵּל אֶת הָעֶצֶם פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁנִּקְלַף הָעוֹר וְהַבָּשָׂר וְנִשְׁאַר הָעֶצֶם מְגֻולֶּה כְּמוֹ אֲשֶׁר פְּצַל וְקָשֶׁה דְּבִלְשׁוֹן מִשְׁנָה וְהַשַּׁ"ס הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְנִקְלָף וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ שֶׁמְּפַצֵּל אֶת הָעֶצֶם לִשְׁנַיִם כְּמוֹ מְפֻוצָּלוֹת דְּגַבֵּי קַרְנַיִם חֻולִּין (נט:) שֶׁמְּפֻוצָּלוֹת לְכָאן וּלְכָאן (וְהָתָם) בַּתּוֹסֶפְתָּא (פ"ד) קָתָנֵי אוֹ שֶׁיִּהְיֶה רֹאשׁ הַזָּנָב מְפֻוצָּל לִשְׁנֵי עֲצָמוֹת:
'Ou si l'extrémité de la queue fend l'os' — Rachi a expliqué [dans son commentaire] que la peau et la chair ont été pelées et que l'os est resté à découvert, comme 'qu'il a écorcé'. Et [cela fait] difficulté, car en langue de Michna et de Guemara il aurait fallu dire 've-niklaf' (et [la peau] a été pelée). Il semble [mieux] d'expliquer que [l'os] se fend en deux, comme 'ramifiées' [dit] à propos des cornes (Houlin 59b), [cornes] qui se ramifient de-ci de-là ; et là, dans la Tossefta (ch. 4), on enseigne 'ou que l'extrémité de la queue soit fendue en deux os'.
💡 Explication

La Michna énumère d'autres momim qui permettent d'abattre un premier-né (ou d'invalider un consacré) : la bourse (zoven) endommagée ; l'organe féminin abîmé (pour les sacrifices admettant des femelles) ; la queue brisée à l'os (mais non à une articulation, qui guérit) ; l'extrémité de la queue fendue (peau et chair pelées, os à nu) ; ou un plein doigt de chair entre deux vertèbres.

13
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: נִפְגַּם וְלֹא נִיטַּל, כִּיס וְלֹא זַכְרוּת. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: נִפְגַּם וְלֹא נִיטַּל, כִּיס וְלֹא זַכְרוּת. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם: מַעֲשֶׂה בְּעִינְבָּל אֶחָד שֶׁנְּטָלוֹ זְאֵב וְחָזַר לְאֵיתָנוֹ.

GUEMARA. R.

Elazar dit : [la Michna dit] 'endommagée' et non 'enlevée' (nital), '[la] bourse' (kis) et non 'la verge' (zakhrout). On a aussi enseigné ainsi : 'endommagée' et non 'enlevée', 'la bourse' et non 'la verge'.

R. Yossei ben HaMechoulam dit : un fait arriva à propos d'un [animal] à Inbal, dont un loup enleva [la bourse], et [l'animal] revint à sa vigueur (hazar le-eitano) [= elle repoussa].

📜 Rachi (4)
גְּמ' נִפְגַּם הַזּוֹבָן הָוֵי מוּם לָא הָדַר בָּרִיא:
GUEMARA. Endommagée — la bourse (zoven), c'est un mome, [car] elle ne guérit pas.
וְלֹא נִיטַּל דְּנִיטַּל לָא הָוֵי מוּם דְּחוֹזֵר לְאֵיתָנוֹ:
Et non enlevée — car [si elle est] enlevée ce n'est pas un mome, puisqu'elle revient à sa vigueur.
כִּיס אִם נִפְגַּם הָוֵי מוּם אֲבָל זַכְרוּת גִּיד עַצְמוֹ שֶׁנִּפְגַּם לֹא מוּם הוּא דְּמַעֲלֶה אֲרֻוכָּה:
La bourse (kis) — si elle a été endommagée c'est un mome ; mais la verge (zakhrout), le gid lui-même qui a été endommagé, ce n'est pas un mome, car cela guérit.
שֶׁנָּטַל זְאֵב אֶת כָּל הַזּוֹבָן:
Qu'un loup enleva — toute la bourse.
💡 Explication

R. Elazar précise deux limites de la Michna : c'est un mome si la bourse est endommagée, non si elle est enlevée (car elle repousse) ; et c'est la bourse (kis) qui compte, non la verge elle-même (le gid, s'il est abîmé, guérit). Une baraita confirme, et R. Yossei ben HaMechoulam rapporte le cas d'Inbal : un loup arracha la bourse d'un animal, qui repoussa.

14
נִפְגְּמָה הַזָּנָב מִן הָעֶצֶם וְכוּ׳. תְּנָא: אֶצְבַּע שֶׁאָמְרוּ — אֶחָד מֵאַרְבָּעָה בְּטֶפַח שֶׁל כָּל הָאָדָם. לְמַאי הִלְכְתָא? אָמַר רַבָּה: לְעִנְיַן תְּכֵלֶת, דְּתַנְיָא: כַּמָּה חוּטִין הוּא נוֹתֵן? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אַרְבָּעָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: שְׁלֹשָׁה.

[La Michna dit :] 'La queue a été endommagée à partir de l'os, etc.' On a enseigné : le doigt (etsba) dont ils ont parlé — [c'est] un quart d'un tefah de tout homme. Pour quelle halakha [le précise-t-on] ?

Rabba dit : à propos de la tekhelet, car il a été enseigné : combien de fils (houtin) met-on ? Beit Chammai disent : quatre ; et Beit Hillel disent : trois.

📜 Rachi (4)
אֶצְבַּע שֶׁאָמְרוּ וְכוּ' וְלָא יָדְעִינַן הַשְׁתָּא הֵיכָא קָאֵי וּלְהָכִי בָּעֵי לְמַאי הִלְכְתָא אָמְרוּ:
Le doigt dont ils ont parlé, etc. — et nous ne savons pas maintenant à quoi cela se rapporte, c'est pourquoi [la Guemara] demande : pour quelle halakha l'ont-ils dit ?
אֶחָד מֵאַרְבָּעָה בְּטֶפַח לְפִי שֶׁאֵין הָאֶצְבָּעוֹת שָׁווֹת דְּאָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת בְּפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מא:) טֶפַח דְּאוֹרָיְיתָא ד' אֶצְבָּעוֹת בְּגוּדָל שֵׁית בִּקְטַנָּה חֲמֵשׁ (וְתִילְתָּא בְּאֶצְבַּע) וְקָאָמַר הָכָא דְּהֵיכָא דְּהִזְכִּירוּ חֲכָמִים בְּאֶצְבַּע אֶחָד מֵאַרְבַּע בְּטֶפַח שֶׁל כָּל אָדָם בָּעֵינַן וְהַיְינוּ גּוּדָל:
Un quart d'un tefah — car les doigts ne sont pas [tous] égaux, comme nous disons dans Menahot au chapitre 'Ha-tekhelet' (Menahot 41b) : le tefah de la Tora [vaut] 4 doigts [mesurés] au pouce, six à [la mesure de] la petite [du petit doigt], cinq [et un tiers] à [la mesure de] l'annulaire ; et [la Guemara] dit ici que là où les Sages ont mentionné 'un doigt', nous exigeons un quart d'un tefah de tout homme, c'est-à-dire le pouce.
לְמַאי הִלְכְתָא הִזְכִּירוּ אֶצְבַּע:
Pour quelle halakha — ont-ils mentionné 'un doigt'.
כַּמָּה חוּטִין הִזְכִּירוּ בְּצִיצִית:
Combien de fils — ont-ils mentionné à propos des tsitsit.
🗂️ Tossefot (1)
כַּמָּה חוּטִין הוּא נוֹתֵן ב"ש אוֹמְרִים אַרְבָּעָה צָרִיךְ לְדַקְדֵּק אִם ד' בֵּין הַכֹּל אוֹ אַרְבַּע לְלַבֵּן וְד' לִתְכֵלֶת וְגַם אִם מַיְירֵי קֹודֶם כְּפִילוּת דְּכִי מִיעַיְּיפִי הָוֵי שִׁיתְסַר וְהָווּ הַשְׁתָּא הָנָךְ ח' חוּטִין דְּעָבְדִינַן לְשֵׁם לָבָן פֵּירוּשׁ דִּכְבֵית שַׁמַּאי פָּסְקִינַן בְּהַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת מא:) וְאִם נִפְסַק אֶחָד מֵהֶם פָּסוּל ואע"ג דְּמַכְשְׁרִינַן דְּאַגַּרְדּוֹם תְּכֵלֶת וְקָם אַלָּבָן דְּהָנֵי כּוּלְּהוּ לְשֵׁם לָבָן הֵם וְזוֹ מַשְׁמַע בְּסִפְרֵי בְּפָרָשַׁת כִּי תֵצֵא דְּאַרְבַּע חוּטִין לְכָל מִין וּמִין קָאָמַר דְּקָתָנֵי הָתָם כַּמָּה גְּדִילִים נַעֲשׂוֹת אֵין פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה חוּטִין כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים ד' חוּטִין שֶׁל תְּכֵלֶת וְאַרְבָּעָה שֶׁל לָבָן עַל ד' אֶצְבָּעוֹת וַהֲלָכָה כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי וּמִיהוּ מֵהַאי דְּהַתְּכֵלֶת רַב יִרְמְיָה מִדִּיפְתִּי רָמֵי תְּמָנְיָא דְּאִינּוּן שֶׁתֵּסְרִי מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא עָבֵיד כִּי דִּידַן מַשְׁמַע שֶׁרֻובָּם עוֹשִׂים כְּמַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא וְשֶׁמָּא הָיָה מְפָרֵשׁ אַרְבַּע לְלַבֵּן וְאַרְבַּע לִתְכֵלֶת דְּקָאָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי הַיְינוּ לְבָתַר דְּעַיְּיפִינְהוּ דְּהַייְנוּ שְׁנַיִם מִכָּל מִין קֹודֶם שֶׁנִּכְפְּלוּ וּלְפִי זֶה מַה שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין עַכְשָׁיו הָוֵי פַּלְּגָא לְשֵׁם לָבָן וּפַלְּגָא לְשֵׁם תְּכֵלֶת וּמִיהוּ שְׁלֹשָׁה דְּקָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל עַל כָּרְחֵינוּ קֹודֶם שֶׁנִּכְפְּלוּ דָּג' לָא מַשְׁכַּחַת לְאַחַר שֶׁנִּכְפְּלוּ וְלָא הָוֵי הַשְׁתָּא דֻּומְיָא דַּד' לב"ש:
'Combien de fils met-on ? Beit Chammai disent : quatre' — il faut examiner [si les] quatre [sont] en tout, ou quatre pour le blanc et quatre pour la tekhelet ; et aussi s'il s'agit d'avant le pliage, car une fois pliés (kie-mie-ayfei) cela fait seize ; et ce sont alors ces huit fils que nous faisons au nom du blanc — c'est-à-dire que nous tranchons comme Beit Chammai dans 'Ha-tekhelet' (Menahot 41b), et si l'un d'eux se rompt [le tout est] invalidé ; et bien que nous rendions casher [le cas] où la tekhelet a été rognée et qu'il reste [du fil] au titre du blanc, [c'est] que ceux-ci sont tous au nom du blanc. Et cela ressort du Sifri, section 'Ki tetse', que quatre fils pour chaque espèce [il] dit : car on y enseigne 'combien de gedilim fait-on ? pas moins de trois fils, selon Beit Hillel ; Beit Chammai disent : quatre fils de tekhelet et quatre de blanc sur quatre doigts, et la halakha est comme Beit Chammai'. Toutefois, d'après celle de 'Ha-tekhelet', Rav Yirmeya de Difti oppose : huit — qui sont seize ! Mar fils de Ravina faisait comme le nôtre — ce qui indique que la plupart font comme Mar fils de Ravina ; et peut-être expliquait-il que 'quatre pour le blanc et quatre pour la tekhelet' que disent Beit Chammai, c'est après les avoir pliés, soit deux de chaque espèce avant qu'ils ne soient pliés ; et selon cela ce que nous faisons maintenant [est] moitié au nom du blanc et moitié au nom de la tekhelet. Toutefois les trois que disent Beit Hillel [sont] forcément avant le pliage, car trois ne se trouvent pas après le pliage, et ce n'est alors pas semblable aux quatre de Beit Chammai.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנָא אֶצְבַּע שֶׁאָמְרוּ אֶחָד מֵאַרְבַּע בְּטֶפַח שֶׁל כָּל אָדָם וְהַיְינוּ בְּגֹודֶל:
GUEMARA. On a enseigné : le doigt dont ils ont parlé [c'est] un quart d'un tefah de tout homme, et c'est [mesuré] au pouce (gouddal).
💡 Explication

La Guemara commente le 'plein doigt' de la Michna : le doigt-mesure vaut un quart de tefah (largeur de main) d'un homme moyen — c'est-à-dire la largeur du pouce (gouddal). Pour quelle règle cette définition ? Rabba : pour la tekhelet (les fils de tsitsit) — combien de fils insère-t-on ? Beit Chammai : 4 (soit 8 brins après pliage) ; Beit Hillel : 3 (soit 6 brins).

🖼️ Schéma
'Etsba' (un doigt) = 1/4 de tefah — d'où la digression sur les tsitsit Le tefah de la Tora = 4 doigts (mesurés au pouce, gouddal) Combien de fils passe-t-on ? Beit Chammai Beit Hillel 4 fils 3 fils (8 brins pendants après pliage) (6 brins pendants après pliage) Longueur pendante (mechoulechet) Beit Chammai : 4 doigts Beit Hillel : 3 doigts Le 'tiers' de Beit Hillel (chaque doigt) = 1/4 de tefah de tout homme (le gouddal)
Le doigt (1/4 de tefah) et le nombre de fils de tsitsit.
15
וְכַמָּה תְּהֵא מְשֻׁולֶּשֶׁת? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אַרְבָּעָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: שְׁלֹשָׁה. וּשְׁלִישׁ שֶׁבֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים — אֶחָד מֵאַרְבַּע בְּטֶפַח שֶׁל כָּל אָדָם.

Et combien doit [pendre] la partie mechoulechet ? Beit Chammai disent : quatre [doigts] ; et Beit Hillel disent : trois.

Et le tiers que disent Beit Hillel — [c'est] un quart d'un tefah de tout homme.

📜 Rachi (2)
מְשֻׁולֶּשֶׁת תְּלוּיָה לְמַטָּה מִכְּנַף הַבֶּגֶד שֶׁהֲרֵי אֵין נוֹתְנִין אוֹתָהּ בִּשְׂפַת הַבֶּגֶד מַמָּשׁ אֶלָּא מַגְבִּיהִין אוֹתָהּ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת בְּתוֹךְ הַבֶּגֶד:
Mechoulechet — pendante en dessous du pan du vêtement, car on ne les place pas exactement au bord du vêtement, mais on les remonte de trois doigts à l'intérieur du vêtement.
אַחַת מֵאַרְבָּעָה שְׁלֹשָׁה גּוּדָלִין דְּכָל אֶחָד הָוֵי אַחַת מֵאַרְבַּע בְּטֶפַח. ל"א מְשֻׁולֶּשֶׁת כַּמָּה יְהֵא בָּהּ מַגְדִּיל לְבַד מֵעָנָף שֶׁאֵינוֹ גָּדֵיל:
Un quart — trois pouces, dont chacun vaut un quart d'un tefah. Autre version : 'mechoulechet', combien doit-il y avoir de [partie] tressée (gadil), en plus du 'anaf' (les brins libres) qui n'est pas tressé.
🗂️ Tossefot (1)
כַּמָּה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס תְּלוּיָה לְמַטָּה מִכְּנַף הַבֶּגֶד שֶׁהֲרֵי אֵין נוֹתְנִין אוֹתָהּ בִּשְׂפַת הַבֶּגֶד מַמָּשׁ אֶלָּא מַגְבִּיהִין אוֹתָהּ ג' אֶצְבָּעוֹת לְבֵית הִלֵּל וְד' לְבֵית שַׁמַּאי וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דִּלְעִנְיַן מִן הַקֶּרֶן הוּא דְּמִפַּשְׁטִינַן כִּמְלֹא קֶשֶׁר גּוּדָל וְלֹא הֻוזְכַּר לְשָׁם בְּתוֹךְ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת אֶלָּא לְאַפּוּקֵי לְמַעְלָה מג' וְנִרְאֶה כְּלָשׁוֹן אַחֵר שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס כַּמָּה תְּהֵא מְשֻׁולֶּשֶׁת כַּמָּה יְהֵא בָּהּ מַגְדִּיל לְבַד הֶעָנָף שֶׁאֵינוֹ גָּדֵיל וְקָאָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי ד' אֶצְבָּעוֹת וְהַשְׁתָּא הִידּוּר צִיצִית שְׁלִישׁ גְּדִיל וּב' שְׁלִישִׁי עָנָף הָוֵי גְּדִיל אַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת וְעָנָף ח' אֶצְבָּעוֹת י"ב אֶצְבָּעוֹת בֵּין הַכֹּל וְכָךְ מַשְׁמַע וְד' שֶׁל לָבָן עַל ד' אֶצְבָּעוֹת וּבְפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (שָׁם:) פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' מְשֻׁולֶּשֶׁת תְּלוּיָה בְּעָנָף לְבַד מִן הַגְּדִיל אַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת וּלְפֵירוּשׁוֹ הִידּוּר צִיצִית שְׁתֵּי אֶצְבָּעוֹת גְּדִיל וְאַרְבַּע עָנָף:
'Combien' — Rachi a expliqué [que c'est] pendant en dessous du pan du vêtement, car on ne les place pas exactement au bord du vêtement mais on les remonte de trois doigts pour Beit Hillel et quatre pour Beit Chammai ; et [cela fait] difficulté pour son explication, car c'est à propos de [la distance] du coin qu'on étend [la règle] 'comme la pleine [longueur du] nœud du pouce', et il n'a pas été mentionné là 'à l'intérieur de trois doigts', si ce n'est pour exclure au-delà de trois. Il semble [mieux] selon l'autre version que Rachi a expliquée : 'combien doit être la mechoulechet' — combien doit-il y avoir de partie tressée (gadil) en plus du 'anaf' qui n'est pas tressé ; et Beit Chammai disent quatre doigts. Et alors la beauté du tsitsit [est] un tiers de gadil et deux tiers de anaf : le gadil [fait] quatre doigts et le anaf huit doigts, douze doigts en tout ; et ainsi cela s'entend. Et 'quatre du blanc sur quatre doigts'. Et au chapitre 'Ha-tekhelet' (Menahot là-bas) Rachi a expliqué 'mechoulechet' [comme] pendant en 'anaf' en plus du gadil de quatre doigts, et selon son explication la beauté du tsitsit [est] deux doigts de gadil et quatre de anaf.
💡 Explication

Suite de la baraita : quelle longueur doit avoir la partie pendante (mechoulechet, au-delà des nœuds) ? Beit Chammai : 4 doigts ; Beit Hillel : 3 doigts. Et chacun de ces trois doigts de Beit Hillel vaut un quart de tefah — voilà le lien avec la définition du 'doigt' de la Michna.

16
רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אָמַר: לִשְׁתֵּי אַמּוֹת, דִּתְנַן: שְׁתֵּי אַמּוֹת הָיוּ

Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, dit : [c'est] à propos des deux coudées (amot), car nous avons appris (Kelim 17:9) : il y avait deux coudées [-étalons]

📜 Rachi (1)
שְׁתֵּי אַמּוֹת שְׁנֵי מַקְלוֹת שֶׁאָורְכָּן אַמָּה:
Deux coudées — deux bâtons dont la longueur est [d']une coudée.
💡 Explication

Autre réponse : Rav Houna fils de Rav Yehochoua rattache la définition du 'doigt' aux deux coudées-étalons mentionnées dans Kelim (17:9) : 'il y avait deux [règles d'une] coudée' de référence [au Temple, servant à étalonner les mesures]. Le passage se poursuit sur 40a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).