Bekhorot 3b — le changement d'apparence comme défaut permanent, la part du goy qui exempte de la bekhora, et l'oreille cédée de Rav Mari bar Rahel

Bekhorot 3b

Sougya : Le daf poursuit deux fils. D'abord, l'enseignement de R.

Yo'hanan : un animal né dans une espèce mais ayant l'apparence d'une autre (brebis née chèvre) porte un mum kavoua (défaut permanent) ; la Guemara vérifie que ce point est réellement nouveau, en le distinguant des cas de shaerou'a (membre trop grand) et de l'œil disproportionné. Ensuite, la halakha sur l'association avec un non-Juif (goy) : selon Rav Houna — retenu comme halakha, et suivi par R.

Yo'hanan qui parle d'un mum kal — la moindre part du goy, même l'oreille, exempte le premier-né de la bekhora, contre Rav Hisda (part qui rend nevela) et Rava (part qui rend terefa). Suit le récit de Rav Mari bar Rahel, qui cédait l'oreille des foetus à un goy pour annuler la bekhora tout en traitant les bêtes comme des bekhorot : la Guemara explique pourquoi son troupeau périt (annulation de la sainteté ; ou risque de taqala pour ceux qui l'imiteraient mal).

La michna finale exempte cohanim et leviim du rachat de leur premier-né d'âne par un kal va-homer tiré du désert.

La brebis qui enfante une chèvre : mum kavoua (défaut permanent) ? R. Yo'hanan : un animal qui a changé d'apparence (nichtana) porte un défaut permanent Question de la Guemara Réponse Le changement seul = défaut ? On l'a déjàappris : gueule de porc ; œil grand/petitNon : ces cas relèvent de shaerou'a(membre trop grand), pas du changement Un seul œil grand comme d'un veau : sic'est le changement, alors deux aussi !Un seul grand/petit = disproportion ;deux = simple santé/maigreur (pas défaut) Conclusion : le nouvel enseignement de R. Yo'hanan reste nécessaire le pur changement d'apparence (laine de chèvre sur une brebis) EST un mum kavoua
Pourquoi l'enseignement de R. Yohanan (le changement d'apparence = mum kavoua) reste nécessaire (segments 0-8).
Combien de part au goy pour exempter de la bekhora ? (3 avis) Rav Houna même un mum kal (défaut léger) même l'oreille du goy suffit à exempter HALAKHA retenue Rav Hisda il faut une part qui rende l'animal nevela (charogne) Rava il faut une part qui rende l'animal terefa (déchiré/condamné) R. Yo'hanan (mum kal) tranche comme Rav Houna : la moindre part du goy exempte.
Les trois avis sur la part du goy requise pour exempter de la bekhora (segment 1, développé par le Rosh).
Rav Mari bar Rahel : céder l'oreille au goy — et sa sanction Il cédait l'oreille des foetus au goy (pour annuler la bekhora), mais leur appliquait quand même les règles du bekhor (ni tonte, ni travail ; donnés aux cohanim) Sanction : son troupeau périt — pourquoi ? Explication 1 Il a annulé la sainteté (hafqaa) : la vente au goy retire aussi la kedoushat cohen (plus que le mum, qui n'ôte que l'autel) Explication 2 Lui savait faire un qinyan complet ; un autre l'imite mal et croit que c'est une simple formule, d'où un taqala (achoppement)
Rav Mari bar Rahel : céder l'oreille au goy, et les deux explications de sa sanction (segments 10-13).
1
הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ מוּם קַל. וְהָדִתְנַן: רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל — פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה, וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין — חַיָּיב. מוּם קָבוּעַ הָוֵי לִשְׁחֹוט עָלָיו.

Voici ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : même [pour] un défaut léger (mum kal). Et ce que nous avons appris (michna 16b) : une brebis qui a enfanté une [bête] de l'espèce de la chèvre, et une chèvre qui a enfanté une [bête] de l'espèce de la brebis — sont exemptes de la bekhora (premier-né) ; et s'il y a en elle une partie des signes [de la mère], elle est obligée.

[Sur ce dernier cas, R. Yo'hanan a dit :] c'est un défaut permanent (mum kavoua), au point qu'on l'égorge dessus [= hors du Temple, comme un bekhor tare].

📜 Rachi (2)
הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֵּי מִדְרְשָׁא דְּהַאי חַיָּיב דְּקָתָנֵי חַיָּיב לִיתְּנוֹ לְכֹהֵן קָאָמַר אֲבָל לַמִּזְבֵּחַ לֹא קָרֵב דְּהַאי דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵי מוּם קָבוּעַ לִשְׁחֹוט עָלָיו בַּחוּץ כִּבְכוֹר בַּעַל מוּם שֶׁשּׁוֹחֲטוֹ כֹּהֵן וְאוֹכְלוֹ:
Voici ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan — à la maison d'étude : ce cas 'obligée' que [la michna] enseigne, il veut dire qu'elle est 'obligée' d'être donnée au cohen ; mais elle n'est pas offerte sur l'autel, car cette [bête] qui a changé [d'apparence] porte un défaut permanent, au point qu'on l'égorge dessus au-dehors, comme un bekhor tare que le cohen égorge et mange.
אַפֵּי' מוּם קַל וְאַפֵּי' אֵין לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֻׁותָּפוּת אֶלָּא בְּאָזְנָהּ שֶׁאִם הָיָה נוֹטֵל חֶלְקוֹ אֵינָהּ לֹא נְבֵלָה וְלֹא טְרֵפָה אֶלָּא מוּם קַל בְּעָלְמָא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה:
Même un défaut léger — et même si le non-Juif (goy) n'a de part que dans son oreille, de sorte que, s'il prenait sa part, [l'animal] ne serait ni nevela (charogne) ni terefa mais [subirait] seulement un défaut léger — elle est [néanmoins] exempte de la bekhora.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים חַיָּיב. וּלְעֵיל בפ"ק (בְּכוֹרוֹת דַּף ג:) אָמַר דְּהָוֵי מוּם קָבוּעַ לִישְׁחֹט עָלָיו:
Michna : une brebis qui a enfanté une [bête] de l'espèce de la chèvre, et une chèvre qui a enfanté une [bête] de l'espèce de la brebis, sont exemptes de la bekhora ; et s'il y a en elle une partie des signes [de la mère], elle est obligée. Et plus haut, au premier chapitre (Bekhorot 3b), [R. Yo'hanan] a dit que c'est un défaut permanent (mum kavoua), au point qu'on l'égorge dessus [hors du Temple].
💡 Explication

Deux propos de R. Yo'hanan. (1) Sur l'association avec un goy : même un mum kal (défaut léger) suffit — s'accordant avec Rav Houna (voir 2b). (2) Sur la michna de la brebis qui enfante une chèvre : lorsque le petit garde une partie des signes de la mère, l'animal reste assujetti à la bekhora, mais il est réputé porter un mum kavoua (défaut permanent), si bien qu'un cohen peut l'égorger hors du Temple et le manger, comme un bekhor tare.

2
בִּשְׁלָמָא מוּם קַל — קָא מַשְׁמַע לַן כִּדְרַב הוּנָא, וּלְאַפּוֹקֵי מִדְּרַב חִסְדָּא וְרָבָא.

Admettons pour le défaut léger (mum kal) — il nous enseigne [qu'il tient] comme Rav Houna, et pour écarter [l'avis] de Rav Hisda et de Rava.

📜 Rachi (1)
כִּדְרַב הוּנָא דְּאָמַר אַפֵּי' אָזְנוֹ:
Comme Rav Houna — qui a dit : même son oreille [suffit à exempter].
💡 Explication

La Guemara valide le premier propos : dire même un mum kal à un intérêt, car R. Yo'hanan tranche comme Rav Houna (même l'oreille du goy exempte) et rejette Rav Hisda (il faut une part qui rende l'animal nevela) et Rava (part qui le rend terefa).

🖼️ Schéma
Combien de part au goy pour exempter de la bekhora ? (3 avis) Rav Houna même un mum kal (défaut léger) même l'oreille du goy suffit à exempter HALAKHA retenue Rav Hisda il faut une part qui rende l'animal nevela (charogne) Rava il faut une part qui rende l'animal terefa (déchiré/condamné) R. Yo'hanan (mum kal) tranche comme Rav Houna : la moindre part du goy exempte.
Les trois avis sur la part requise du goy.
3
אֶלָּא מוּם קָבוּעַ — מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? דְּכֵיוָן דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵה לֵיהּ מוּמָא? תְּנֵינָא: וּפִיו דּוֹמֶה כְּשֶׁל חֲזִיר — הֲרֵי זֶה מוּם!

Mais [pour] le défaut permanent (mum kavoua) — que nous enseigne-t-il ? Que, puisqu'il a changé [d'apparence], c'est un défaut ?

Nous l'avons déjà appris (michna 40a) : et [un animal] dont la gueule ressemble à celle d'un porc — c'est un défaut !

📜 Rachi (1)
תְּנֵינָא לְקַמָּן בְּפָ' עַל אֵלּוּ מוּמִין שׁוֹחֲטִין אֶת הַבְּכוֹר (דַּף מ.):
Nous l'avons appris — plus loin, au chapitre 'Sur ces défauts on égorge le bekhor' (40a).
💡 Explication

Objection sur le second propos : que la brebis-chèvre porte un mum du seul fait d'avoir changé d'apparence (nichtana), on l'a déjà appris dans la michna sur l'animal à gueule de porc (40a). Quelle nouveauté R. Yo'hanan apporte-t-il ?

4
וְכִי תֵּימָא, הָתָם נִשְׁתַּנָּה בְּדָבָר שֶׁאֵין בְּמִינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה, הָכָא נִשְׁתַּנָּה בְּדָבָר שֶׁבְּמִינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה, הָא נָמֵי תְּנֵינָא: עֵינוֹ אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה.

Et si tu dis : là-bas [le porc], il a changé en une chose dont l'espèce n'est pas sanctifiée par la bekhora ; ici [la chèvre], il a changé en une chose dont l'espèce est sanctifiée par la bekhora [et il fallait donc l'enseignement de R. Yo'hanan] — cela aussi, nous l'avons déjà appris (michna 40b) : [un animal dont] un œil est grand et l'autre petit.

📜 Rachi (2)
הָכָא נִשְׁתַּנָּה כו' וּלְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לְר' יוֹחָנָן לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּמוּם הוּא:
Ici il a changé, etc. — et c'est pourquoi il fallait que R. Yo'hanan nous enseigne que c'est un défaut.
אוֹ אַחַת גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל אוֹ אַחַת קְטַנָּה כְּשֶׁל אַוָּוז:
Ou l'un grand — comme celui d'un veau ; ou l'un petit — comme celui d'une oie.
💡 Explication

On pourrait distinguer : la gueule de porc change l'animal vers une espèce non assujettie à la bekhora, tandis que la brebis-chèvre reste dans une espèce assujettie — d'où l'utilité de R. Yo'hanan. Mais la Guemara réplique : ce point est déjà couvert par la michna de l'œil grand et l'œil petit (40b).

5
וְתַנָּא גְּדוֹלָה — גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל, וּקְטַנָּה — קְטַנָּה כְּשֶׁל אַוָּוז. בִּשְׁלָמָא קְטַנָּה כְּשֶׁל אַווָּז, אֵין בְּמִינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה, אֶלָּא גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל — יֵשׁ בְּמִינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה! אֶלָּא לָאו מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן: כֵּיוָן דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵה לֵיהּ מוּמָא?

Et le tana a enseigné : 'grand' — grand comme celui d'un veau ; et 'petit' — petit comme celui d'une oie. Admettons 'petit comme celui d'une oie' : son espèce [l'oiseau] n'est pas sanctifiée par la bekhora [donc c'est le changement qui fait défaut].

Mais 'grand comme celui d'un veau' — son espèce est sanctifiée par la bekhora ! N'est-ce donc pas parce qu'on dit : puisqu'il a changé, c'est un défaut ?

📜 Rachi (1)
יֵשׁ בְּמִינוֹ קָדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה וְאַפֵּי' הָכֵי הָוֵי מוּמָא וְאַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְרַבִּי יוֹחָנָן לְמֵימַר:
Son espèce est sanctifiée par la bekhora — et pourtant c'est un défaut ; alors pourquoi fallait-il que R. Yo'hanan le dise ?
💡 Explication

La beraita précise : œil grand comme d'un veau, œil petit comme d'une oie. Pour l'oie (oiseau, non assujetti à la bekhora), on comprend que le mum vienne du changement d'espèce. Mais le veau est assujetti à la bekhora — donc si son œil-de-veau est un défaut, ce doit être parce que tout changement d'apparence est un mum. Le point de R. Yo'hanan serait donc déjà connu.

6
לֹא, מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ ״שָׂרוּעַ״. הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דִּתְנַן: מוּמִין אֵלּוּ, בֵּין קְבוּעִין בֵּין עוֹבְרִין — פּוֹסְלִין. יָתֵר עֲלֵיהֶן אָדָם: עֵינָיו שְׁתֵּיהֶן גְּדוֹלוֹת, שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת.

Non : [c'est un défaut] parce que c'est un shaerou'a (membre démesuré). Et cela aussi est logique, car nous avons appris (michna 43a) : ces défauts, qu'ils soient permanents ou passagers, disqualifient [aussi le cohen] ; et en outre, chez l'homme (michna 44a) : ses deux yeux tous deux grands, ou tous deux petits.

📜 Rachi (3)
לָא מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ שָׂרוּעַ דְּשָׂרוּעַ הָאָמוּר בַּתּוֹרָה זוֹ הִיא שֶׁאֶבְרוֹ אֶחָד גָּדוֹל מֵחֲבֵירוֹ אֲבָל שִׁינּוּי אַחֵר כְּגוֹן שֶׁבְּצַמְרוֹ דּוֹמֶה לַעַז לָא שָׁמְעִינַן דְּמוּם הוּא הִלְכָּךְ אִיצְטְרִיךְ לְרַבִּי יוֹחָנָן לְאַשְׁמוֹעִינַן:
Non, parce que c'est un shaerou'a — car le shaerou'a dont parle la Torah, c'est celui dont un membre est plus grand que son pendant ; mais un autre changement, par exemple une laine qui ressemble à [celle d']une chèvre, nous n'avons pas [d'écriture] pour dire que c'est un défaut — c'est pourquoi il fallait que R. Yo'hanan nous l'enseigne.
מוּמִין אֵלּוּ שֶׁפֵּירְשׁוּ חֲכָמִים בִּבְכוֹר:
Ces défauts — que les Sages ont détaillés à propos du bekhor.
בֵּין עוֹבְרִין בֵּין קִבּוּעִין פּוֹסְלִין בָּאָדָם בְּכֹהֵן כָּל זְמַן שֶׁמּוּם בּוֹ לֹא יַעֲבֹוד:
Qu'ils soient passagers ou permanents, ils disqualifient — chez l'homme, [c'est-à-dire] chez le cohen : tant que le défaut est en lui, il ne fait pas le service.
💡 Explication

Réfutation : l'œil grand comme d'un veau est un défaut non à cause du changement, mais parce que c'est un shaerou'a — un membre démesurément grand, explicitement listé dans la Torah (Lev 22:23). La preuve : la michna sur les défauts qui disqualifient le cohen (43a) ajoute, pour l'homme seulement, le cas des deux yeux grands ou deux petits (44a).

7
גַּבֵּי אָדָם הוּא דִּכְתִיב: ״אִישׁ אִישׁ מִזֶּרַע אַהֲרֹן״, דְּבָעֵינַן אִישׁ שָׁוֶה בְּזַרְעוֹ שֶׁל אַהֲרֹן, אֲבָל בְּהֵמָה, שְׁתֵּיהֶן גְּדוֹלוֹת שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת — נָמֵי לָא הָוֵי מוּמָא.

C'est à propos de l'homme qu'il est écrit : 'tout homme de la descendance d'Aaron' (Lev 22:4) — car nous exigeons un homme semblable à la descendance d'Aaron ; mais [pour] la bête, deux [yeux] grands ou deux petits — cela non plus n'est pas un défaut.

📜 Rachi (1)
שָׁוֶה בְּזַרְעוֹ שֶׁדּוֹמֶה לִבְנֵי אָדָם:
Semblable à la descendance [d'Aaron] — qui ressemble aux [autres] êtres humains.
💡 Explication

Pourquoi les deux yeux grands/petits ne disqualifient que l'homme ? Parce que le verset 'tout homme de la descendance d'Aaron' (Lev 22:4) exige un cohen d'apparence ordinaire, semblable aux autres prêtres. Pour la bête, en revanche, deux yeux grands (ou deux petits) ne constituent pas un mum.

8
אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה, מַאי טַעְמָא? אִי מִשּׁוּם שִׁינּוּי — אֲפִילּוּ שְׁתֵּיהֶן גְּדוֹלוֹת, שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת נָמֵי! אֶלָּא לָאו מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ ״שָׂרוּעַ״?

[Mais] un [œil] grand et un [œil] petit — quelle en est la raison [que ce soit un défaut chez la bête] ? Si c'est à cause du changement — alors même deux grands ou deux petits [devraient l'être] aussi !

N'est-ce donc pas parce que c'est un shaerou'a (membre démesuré) ?

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לָאו מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ שָׂרוּעַ וְשִׁינּוּי לָא הָוֵי מוּמָא וא"ת אִם כֵּן קָשֶׁה טְפֵי לְר' יוֹחָנָן דְּאָמַר לְעֵיל כֵּיוָן דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵי מוּמָא דְּהָכָא דָּייְקִינַן שְׁתֵּיהֶן גְּדוֹלוֹת הָוֵי שִׁינּוּי וְלָא חֲשִׁיב מוּמָא וְיֵשׁ לוֹמַר הַהִיא דִּלְעֵיל שִׁינּוּי חָמוּר טְפֵי מִשְּׁתֵּיהֶן גְּדוֹלוֹת אוֹ שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת:
N'est-ce donc pas parce que c'est un shaerou'a — et [donc] le changement [en soi] n'est pas un défaut. Et si tu objectes : dans ce cas c'est encore plus difficile pour R. Yo'hanan, qui a dit plus haut 'puisqu'il a changé, c'est un défaut', alors qu'ici nous déduisons que deux [yeux] grands sont un changement et ne comptent pas comme défaut ! On peut répondre : le [cas] de plus haut est un changement plus grave que deux yeux grands ou deux yeux petits.
💡 Explication

Retour à la bête : si un seul œil grand et un seul petit est un mum à cause du changement, alors deux grands (ou deux petits) le seraient également. Or ils ne le sont pas. Preuve que le défaut de l'œil disproportionné vient bien du shaerou'a (membre démesuré), non du simple changement d'apparence.

9
לֹא, לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ מִשּׁוּם שִׁינּוּי, שִׁינּוּי הָוֵי מוּמָא. וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ: אֲפִילּוּ שְׁתֵּיהֶן גְּדוֹלוֹת, שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת? הָתָם, אִי מֵחֲמַת בְּרִיּוּתָא יַתִּירָא — תַּרְוַוייְהוּ בָּעֵי לְמִיבְרַא, אִי מֵחֲמַת כְּחִישׁוּתָא יַתִּירָא — תַּרְוַוייְהוּ בָּעֵי מִיכְחָשׁ.

Non : en vérité je te dirai que [c'est] à cause du changement, [et] le changement est bien un défaut. Et ce qui te faisait difficulté — même deux grands ou deux petits [devraient l'être] ?

Là-bas [ce n'est pas un défaut] : si c'est du fait d'une santé excessive — les deux [yeux] devraient être [gros] ; si c'est du fait d'une maigreur excessive — les deux devraient être [petits].

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ כו' וּמֵהָכָא לֹא תִּסְתַּבֵּר מִשּׁוּם שָׂרוּעַ:
En vérité je te dirai, etc. — et de ce cas [de l'œil] on ne déduira pas [que c'est] à cause du shaerou'a.
תַּרְוַייְהוּ בָּעוּ וְהָא וַדַּאי מְשֻׁונֶּה הוּא. וְאִי קַשְׁיָא אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְר' יוֹחָנָן לְמֵימַר הָא אוֹקֵימְנָא דְּשִׁינּוּי הָוֵי מוּמָא תָּרֵיץ כֵּיוָן דְּאִיכָּא לְמֵימַר נָמֵי דְּלָאו מִשּׁוּם שִׁינּוּי הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם שָׂרוּעַ אִיצְטְרִיךְ לְר' יוֹחָנָן לְמֵימַר:
Les deux devraient [l'être] — et [un grand et un petit] est assurément anormal. Et si tu objectes : pourquoi fallait-il que R. Yo'hanan le dise, puisque nous avons établi que le changement est un défaut ? Réponds : puisqu'on peut aussi dire que ce n'est pas à cause du changement mais du shaerou'a, il fallait que R. Yo'hanan le dise [expressément].
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' לְמֵימְרָא דְּיַבֶּלֶת הָוֵי מוּמָא וּרְמִינְהִי וְאֵלּוּ שֶׁאֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן לֹא בְּמִקְדָּשׁ וְלֹא בַּמְּדִינָה בַּעַל גָּרָב וּבַעַל יַבֶּלֶת. וּמַסְּקִינַן הֵיכָא דְּאִית בָּהּ עֶצֶם הָוֵי מוּמָא בֵּין בְּגוּפוֹ בֵּין בְּעֵינוֹ. וְאִי לֵית בָּהּ עֶצֶם בְּגוּפוֹ לָא הָוֵי מוּם. בְּעֵינוֹ אִית בָּהּ שֵׂעָר הָוֵי מוּם. אִי לֵית בָּהּ שֵׂעָר לָא הָוֵי מוּם לְהִשָּׁחֵט עָלָיו: עֵינוֹ אַחַת גְּדוֹלָה. תָּנָא גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל. קְטַנָּה כְּשֶׁל אַוָּוז. וְדַוְקָא אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אֲבָל שְׁתֵּיהֶן גִּדּוּלוֹ' שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת לָא הָוֵי מוּם. דְּמֵחֲמַת בְּרִיאוּתָא יַתִּירְתָא אוֹ כְּחִישׁוּתָא יַתִּירְתָא הוּא דְּהָוֵי. אֲבָל אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אִי מֵחֲמַת בְּרִיּוּתָא תַּרְוַיְיהוּ בָּעוּ מַבְרִי'. וְאִי מֵחֲמַת כְּחִישׁוּתָא תַּרְוַייְהוּ בָּעוּ מַבְרִי. הָכִי אַסִּיקְנָא לְעֵיל בְּפ"ק (בְּכוֹרוֹת דַּף ג:) וְגָרְסִינַן נָמֵי הָתָם ר' אֶלְעָזָר לָא עַל לְבֵי מִדְרְשָׁא אַשִּׁכְחֵיהּ לֵר' יוֹסֵי אֲמַר לֵיהּ מַאי אֲמוּר בֵּי מִדְרְשָׁא. אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר ר' יוֹחָנָן הָא דִּתְנַן רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים חַיָּיב וּמוּם קָבוּעַ הָוֵי לְהִשָּׁחֵט עָלָיו. דְּכֵיוָן דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵי מוּמָא ואע"ג דְּאִישְׁתַּנִּי לְדָבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה בְּמִינוֹ וְכֵן הִילְכְתָא: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק מוּמִין אֵלּוּ (בְּכוֹרוֹת דַּף מד.) אָמַר רַב חִסְדָּא עֵז שֶׁאֵין לָהּ קַרְנַיִם וְרָחֵל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם כְּשֵׁרוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ. וְתַנְיָא נָמֵי כְּוָותֵיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר אֲבִימִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְאֵינָהּ נִפְדֵּית עֲלֵיהֶם נָטְלוּ טְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם. מֵיתִיבִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וּטְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶם פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיתְעֲקוּר אִיעַקּוֹרֵי וְהָא דְּאִיגְּמוּם אִיגַּמּוּמִי: וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים וְעַד כַּמָּה. תַּנְיָא אֲחֵרִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ לַשְּׁנִיָּה אֶלָּא כְּפוֹל כְּשֵׁירָה:
Guemara : cela veut-il dire qu'une verrue (yabelet) est un défaut ? Et on objecte : 'et voici ceux sur lesquels on n'égorge pas, ni au Temple ni au-dehors : celui qui a la gale (garav) et celui qui a une verrue (yabelet)'. Et nous concluons : là où il y a un os, c'est un défaut, que ce soit dans le corps ou dans l'œil ; s'il n'y a pas d'os dans le corps, ce n'est pas un défaut ; dans l'œil, s'il y a du poil, c'est un défaut, s'il n'y a pas de poil, ce n'est pas un défaut au point d'égorger dessus. 'Un œil grand' : le tana a enseigné 'grand comme d'un veau, petit comme d'une oie'. Et [c'est un défaut] spécifiquement pour un grand et un petit ; mais deux grands ou deux petits, ce n'est pas un défaut, car cela provient d'une santé excessive ou d'une maigreur excessive ; tandis qu'un grand et un petit : si c'était la santé, les deux devraient être sains ; si c'était la maigreur, les deux devraient l'être. Ainsi avons-nous conclu plus haut au premier chapitre (Bekhorot 3b). Et nous lisons aussi là-bas : R. Elazar n'était pas monté à la maison d'étude ; il trouva R. Yossi et lui dit : qu'a-t-on dit à la maison d'étude ? Il lui répondit : voici ce qu'a dit R. Yo'hanan — cette [michna] 'une brebis qui a enfanté de l'espèce de la chèvre et une chèvre qui a enfanté de l'espèce de la brebis sont exemptes de la bekhora, et s'il y a en elle une partie des signes elle est obligée', [ajoutant] que c'est un défaut permanent au point d'égorger dessus, car puisqu'il a changé c'est un défaut, et bien qu'il ait changé vers [une espèce] dont l'espèce est sanctifiée par la bekhora ; et telle est la halakha. Nous lisons au chapitre 'Ces défauts' (44a) : Rav Hisda a dit : une chèvre sans cornes et une brebis avec cornes sont valides pour l'autel ; et une beraita a été enseignée dans son sens. Et Rav Hisda a dit au nom d'Avimi : si l'on a arraché [les cornes] avec leur racine (zakhrouta), [l'animal] est invalide et on ne rachète pas dessus ; si l'on a arraché les sabots avec leur racine, il est invalide et on rachète dessus. On objecte : si l'on a arraché cornes et sabots avec leur racine, il est invalide et on rachète dessus ! Ce n'est pas une difficulté : ici [quand] c'est déraciné, là [quand] c'est [simplement] tranché. 'Et les Sages ne l'ont pas approuvé ; et jusqu'à quel point ?' On a enseigné : d'autres disent : même s'il n'en reste qu'autant qu'une fève (kafoul), [l'animal] est valide.
💡 Explication

La Guemara maintient l'option du changement : oui, le changement d'apparence est un mum (comme le tenait R. Yo'hanan). Et pourquoi deux yeux égaux (grands ou petits) ne le sont-ils pas ? Parce que deux gros yeux s'expliquent par une santé excessive et deux petits par une maigreur excessive — ce n'est pas une disproportion. Seul un grand et un petit est anormal. R. Yo'hanan reste donc nécessaire : puisqu'on peut aussi rattacher le cas au shaerou'a, il fallait qu'il enseigne que le pur changement est un défaut.

10
הָהִיא גִּיּוֹרְתָּא דַּהֲווֹ מָסְרִין לַהּ אַחֵי חֵיוְתָא לְפַטּוֹמַהּ, אֲתַאי לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא, אֲמַר לָהּ: לֵית דְּחָשׁ לַהּ לְהָא דְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: שֻׁותָּפוּת גּוֹי חַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה.

Une certaine convertie (guiyoreta) à qui ses frères [non-Juifs] confiaient des bêtes à engraisser vint devant Rava. Il lui dit : il n'est personne pour se soucier de cet [avis] de Rabbi Yehouda, qui a dit : l'association d'un non-Juif (chutafout goy) est [néanmoins] obligée à la bekhora.

📜 Rachi (2)
אָחִי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים הָווּ:
Ses frères — ils étaient non-Juifs (goyim).
אֲתַאי לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא לְמִיבְעֵי אִי מִיחַייְּבָא בִּבְכוֹרָה:
Vint devant Rava — pour demander si elle est obligée à la bekhora.
⚖️ Rosh (2)
וְהַמִּשְׁתַּתֵּף לָמָּה לִי לְאַפּוֹקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת עוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה דְּתַנְיָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַמְקַבֵּל בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְיָלְדָה מַעֲלִין אוֹתוֹ בְּשָׁוְיוֹ וְנוֹתֵן חֲצִי דָּמָיו לַכֹּהֵן. וְהַנּוֹתֵן לוֹ בְּקַבָּלָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי קוֹנְסִין אוֹתוֹ עַד עֲשָׂרָה בְּדָמָיו וְנוֹתֵן כָּל דָּמָיו לַכֹּהֵן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל זְמַן שֶׁיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בָּאֶמְצַע פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. הָהִיא גִּיּוֹרְתָּא דַּהֲווֹ מָסְרִין לַהּ אַחֲוָה חַיּוּתָא לְפַטּוֹמֵי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵית דְּחָשׁ לְהָא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה. וְכַמָּה יְהֵא שֻׁותָּפוּת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּתְהֵא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. אָמַר רַב הוּנָא אֲפִילּוּ אָזְנוֹ מַתְקֵיף לַהּ רַב נַחְמָן וְלֵימָא לֵיהּ שְׁקוֹל אֲזֵנֶיךָ וְזִיל. רַב חִסְדָּא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ נְבֵילָה. רָבָא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ טְרֵיפָה וְהִילְכְתָא כְּרַב הוּנָא דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר אֲפִילּוּ מוּם קַל. וְכֵן רַב מָרִי דִּלְקַמָּן דְּהָוֵי מַקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא נֶעֱנַשׁ אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַפְקָעָה. וְכֵן סְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) קָאָמַר וּלְיַיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקְדֹּושׁ. אַמְרוּהָ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא הָא דְּרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא וְרָבָא לָא פְּלִיגִי בּוֹ הָא בְּאִמּוֹ. אֲמַר לְהוּ רַב פָּפָּא מ"ש בּוֹ דְּבָעֵינַן כָּל בְּכוֹר וְלֵיכָּא אִמּוֹ נָמֵי בָּעֵינַן כָּל מִקְנְךָ תִּזָּכָר וְלֵיכָּא אֶלָּא לָא שְׁנָא. וּמַסְּקִינַן נָמֵי בפ"ק דִּפְסָחִים דַּף ו. דְּבֶהֱמַת אַרְנוֹנָא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה אע"ג דְּמָצֵי מְסַלֵּק לֵיהּ בְּזוּזֵי. רַב מָארִי בַּר רָחֵל הָוְייָן לֵיהּ חֵיוָתָא הֲוָה מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים. וּכְלַאי חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי בַּר רָחֵל. וּמֵאַחַר דְּאָסַר לְהוּ בְּגִיזָה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים אַמַּאי מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דִּלְמָא אָתוּ בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אִי הָכִי אַמַּאי כִּלְאֵי חַיּוּתָא. מִשּׁוּם דְּמַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּייְהוּ. וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה מֻותָּר לָאָדָם לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם. הָתָם מִקְּדֻושַּׁת מִזְבֵּחַ מַפְּקָא לְהוּ מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לְהוּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַב מָרִי בַּר רָחֵל יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וְחָזֵי לֵיהּ אִינִישׁ אַחֲרִינָא וְסָבַר רַב מָרִי בַּר רָחֵל מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. וּמַה שֶׁרְגִילִין עַכְשָׁיו לְהַקְנוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אע"פ שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי בַּר רָחֵל. הָיָה אוֹמֵר ר"ת דְּאִיהוּ נֶעֱנַשׁ לְפִי שֶׁהָיָה מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הָעֻובָּר עַצְמוֹ וְאִיכָּא הַפְקָעָה בְּגוּף הָעֻובָּר. אֲבָל אִם מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הַאִם אֵין חֲשַׁשׁ עֹונֶשׁ בַּדָּבָר. וְכֵן מוּכָח שֶׁהָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר דְּקָאָמַר מַקְנֵי לְאֻודְנַייְהוּ וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים הַכֹּל בַּוָּולָד מַייְרֵי. וא"ת לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דְּפָרִיךְ גַּבֵּי מַעְשַׂר בְּהֵמָה דְּבִטְּלוּ אוֹתוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי תַקָּלָה אִי הָכִי בְּכוֹר נָמֵי לִיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקָּדֵשׁ וְלָא לַיְּתֵי לִידֵי תַּקָּלָה וּמְשַׁנֵּי אֶפְשָׁר כְּרַב יְהוּדָה. אַמַּאי לָא אַשְׁכַּח תַּקָּנָה שֶׁיִּקְנֶה לָעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָאִמָּהוֹת דִּבְהָא לֵיכָּא שׁוּם עֹונֶשׁ וְי"ל כֵּיוָן דַּחֲשַׁשׁ תַּקָּלָה יֵשׁ לְתַקֵּן בְּלֹא הַפְקָעַת כֹּהֵן כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיַּעֲשֵׂהוּ עַל יְדֵי הַפְקָעָה. וּמִיהוּ אִי עֲבַד עֲבַד וְאֵין עֹונֶשׁ בַּדָּבָר ועי"ל בִּימֵי רַב מָרִי שֶׁהָיוּ בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם אָסוּר לַעֲשׂוֹת ע"י הַפְקָעָה. אֲבָל הָאִידָּנָא שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּכָךְ מוּטָב שֶׁיִּקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה כִּדְמוֹכַח בְּהַהִיא דְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּף נג. דְּאִי לָאו מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּרַב יְהוּדָה הָיָה לָנוּ לְתַקֵּן שֶׁיִּמְכְּרוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ תַּקָּלָה. וּלְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין הָוֵי כְּאִי אֶפְשָׁר וְאַפֵּי' בְּהָא דְּרַב יְהוּדָה מַשְׁמַע בִּתְמוּרָה בְּרֵישׁ כֵּיצַד מַעֲרִימִין דְּהָיָה רָאוּי לֶאֱסֹור גְּזֵרָה דִּלְמָא נָפֵק רֹוב רֹאשׁוֹ קֹודֶם שֶׁיָּטִיל בּוֹ מוּם אִי לָאו דְּעָדִיף שֶׁיַּטִּיל בּוֹ מוּם כִּדְרַב יְהוּדָה מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַשְׁהוֹתוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם. וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר דְּנֶעֱנַשׁ רַב מָרִי מִשּׁוּם דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי י"ל נָמֵי דְּרַב מָרִי שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹת דָּבָר שֶׁיְּכוֹלִין לַעֲשׂוֹת אֲבָל לְדִידַן לֹא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר. וְעוֹד הָיָה אור"ת זַ"ל דְּרַב מָרִי לֹא הָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָוֵי דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם. אֶלָּא דְּהָוֵי מַקְנֶה הַבְּהֵמָה לְאָזְנֵי עֻובָּרָה וְהָוֵי כְּמוֹ דֶּקֶל לְפֵירוֹתָיו וְטָעוּ אִינָשֵׁי וְסָבְרִי דְּאֹוזֶן הָעֻובָּר הֲוָה מַקְנֶה וְהָוֵי כְּמוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל וְאָתוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אֲבָל אִם מַקְנֶה אֹזֶן הָאִמָּהוֹת שָׁרִי דְּלָא אָתֵי לְמִיטְעֵי. וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר לִיטֹּול מָעוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אֶלָּא בְּכֶסֶף כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יג.) וְסָבְרִי אִינָשֵׁי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאֵינוֹ נוֹתֵן דָּמִים. ולפר"ת זַ"ל דְּפָסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דְּדָרֵישׁ לְקַמָּן שָׁם: מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וְגַם בפ"ב דְּמַסֶּכֶת ע"ז דַּף עא: מַסִּיק דִּמְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה. לֹא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ הָכָא כִּדְפֵי' רַשִׁ"י וּלְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק הָיָה צָרִיךְ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לִמְשֹׁוךְ הַבְּהֵמָה שֶׁיִּקְנֶה אֹוזֶן שֶׁלָּהּ וְגַם שֶׁיִּתֵּן דָּמִים. וְהַמְחֻוָּור שֶׁבְּכֻולָּן שֶׁיְּקַבֵּל מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים פְּרוּטָה וְיִקְנֶה לוֹ הַמָּקוֹם שֶׁהַבְּהֵמָה עוֹמֶדֶת שָׁם וְיִקְנֶה לוֹ אֹוזֶן הַבְּהֵמָה וְטוֹב הוּא לַעֲשׂוֹת כֵּן שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה בִּבְכוֹר. אֲבָל חֲמוֹר אֵין לְהַקְנוֹתָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּלְהַפְקִיעַ הַבְּכוֹרָה כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ תַּקָּנָה בִּפְדִיָּיה אוֹ בַּעֲרִיפָה :
'Et celui qui s'associe [avec un goy], pourquoi [la michna le mentionne-t-elle] ? Pour écarter [l'avis] de R. Yehouda, qui a dit : l'association d'un goy est obligée à la bekhora.' Car une beraita enseigne : R. Yehouda dit : celui qui reçoit une bête d'un goy et qu'elle enfante — on l'évalue à sa valeur et il donne la moitié de son prix au cohen ; et celui qui la lui donne en gestion (be-kabbala), bien que cela ne soit pas permis, on le sanctionne jusqu'à dix fois sa valeur et il donne tout son prix au cohen. Et les Sages disent : tant que la main du goy est au milieu, elle est exempte de la bekhora. — Une certaine convertie à qui ses frères confiaient des bêtes à engraisser vint devant Rava ; il dit : nul ne se soucie de cet [avis] de R. Yehouda qui a dit que l'association d'un goy est obligée à la bekhora. — Et quelle part doit avoir le goy pour qu'elle soit exempte de la bekhora ? Rav Houna a dit : même son oreille. Rav Nahman objecte : mais qu'il [le goy] lui dise 'prends ton oreille et va-t'en' [et l'exemption tomberait] ! Rav Hisda dit : une chose qui la rend nevela (charogne). Rava dit : une chose qui la rend terefa. Et la halakha est comme Rav Houna, car R. Yo'hanan tient comme lui, qui a dit 'même un défaut léger'. De même Rav Mari plus loin, qui cédait leurs oreilles au goy et ne fut puni qu'à cause de l'annulation [de la sainteté] (hafqaa). De même l'anonyme du Talmud plus loin, au dernier chapitre (53a), dit : 'qu'il cède leurs oreilles aux goyim afin qu'[elles] ne se sanctifient pas'. — Les Sages exposèrent devant Rav Papa que Rav Houna, Rav Hisda et Rava ne divergent pas [sur le foetus lui-même] mais [seulement] sur sa mère. Rav Papa leur dit : quelle différence [y a-t-il] pour lui [le foetus], où l'on exige 'tout premier-né' et il n'y en a pas [de complet] ? Pour sa mère aussi on exige 'tout ton troupeau se sanctifiera' et il n'y en a pas [de complet] ! Il n'y a donc pas de différence. — Nous concluons aussi au premier chapitre de Pessahim (6a) qu'une bête de l'arnona (impôt) est exempte de la bekhora, bien qu'on puisse [s'en] dégager avec de l'argent. — Rav Mari bar Rahel avait des bêtes ; il cédait leurs oreilles aux goyim, leur interdisait la tonte et le travail, et les donnait aux cohanim ; et le troupeau de Rav Mari bar Rahel périt. Or, puisqu'il leur interdisait la tonte et le travail et les donnait aux cohanim, pourquoi cédait-il leurs oreilles aux goyim ? De peur qu'on n'en vienne à un achoppement (taqala). — Si c'est ainsi [qu'il agissait bien], pourquoi son troupeau périt-il ? Parce qu'il les annulait de leur sainteté (mafqia mi-kedushata). — Mais Rav Yehouda a dit : il est permis d'infliger un défaut au bekhor avant qu'il sorte à l'air du monde ! [Réponse :] là, [le défaut] l'ôte de la sainteté de l'autel, non de la sainteté du cohen ; [ici, la vente au goy l'ôte aussi de la sainteté du cohen]. — Et si tu veux, dis : Rav Mari bar Rahel savait réaliser un qinyan complet, et tout le monde ne sait pas réaliser un qinyan complet ; un autre le voit, croit que Rav Mari a fait la chose [par simple formule] et en vient à un achoppement (taqala). — Et quant à ce qu'on a coutume aujourd'hui de céder [l'oreille] au goy, bien que Rav Mari bar Rahel ait été puni : Rabbenou Tam disait qu'il fut puni parce qu'il cédait au goy l'oreille du foetus lui-même, [de sorte] qu'il y avait annulation [hafqaa] dans le corps du foetus ; mais si l'on cède au goy l'oreille de la mère, il n'y a pas de crainte de sanction. Et c'est ainsi qu'il ressort qu'il cédait l'oreille du foetus, puisqu'il est dit 'il cédait leurs oreilles, leur interdisait la tonte et le travail, et les donnait aux cohanim' — tout parle du petit. Et si tu objectes : plus loin, au dernier chapitre (53a), la Guemara objecte à propos du maaser behema qu'on l'a annulé aujourd'hui pour ne pas en venir à un achoppement — 'si c'est ainsi, pour le bekhor aussi qu'on cède les oreilles au goy afin qu'il ne se sanctifie pas et qu'on n'en vienne pas à un achoppement !' et l'on répond 'il est possible [d'agir] comme Rav Yehouda' — pourquoi ne trouve-t-on pas la solution de céder au goy [l'oreille des] mères, où il n'y a aucune sanction ? On peut répondre : puisqu'il y a crainte d'achoppement et qu'on peut y remédier sans annuler [le droit du] cohen, à la manière de Rav Yehouda, on n'a pas voulu instituer qu'on procède par annulation. Toutefois, si l'on a fait [ainsi], c'est fait, et il n'y a pas de sanction. On peut aussi répondre : du temps de Rav Mari, où l'on savait faire comme Rav Yehouda — infliger un défaut au bekhor avant sa sortie à l'air du monde — il était interdit de procéder par annulation ; mais aujourd'hui, où nous ne savons plus le faire, mieux vaut céder au goy que de risquer un achoppement, comme il ressort du dernier chapitre (53a) : n'était la possibilité d'agir comme Rav Yehouda, nous aurions dû instituer la vente aux goyim par crainte d'achoppement ; et pour nous qui ne savons plus [faire comme Rav Yehouda], c'est comme si c'était impossible. Et même pour cet [avis] de Rav Yehouda, il ressort de Temoura, au début de 'Comment ruse-t-on' [21a], qu'il aurait été juste de l'interdire par décret, de peur que la plus grande partie de la tête ne sorte avant qu'on inflige le défaut — n'était qu'il vaut mieux infliger le défaut comme Rav Yehouda que de risquer un achoppement en devant le garder jusqu'à ce qu'un défaut survienne [de lui-même]. Et selon l'autre version, qui dit que Rav Mari fut puni parce que Rav Mari savait réaliser un qinyan complet et que tout le monde ne sait pas — on peut aussi dire que Rav Mari, qui savait faire comme Rav Yehouda, n'aurait pas dû faire une chose [qu'on peut] faire [correctement, mais que d'autres feront mal] ; pour nous, en revanche, il n'y a pas d'autre moyen. Rabbenou Tam disait encore que Rav Mari ne cédait pas au goy l'oreille du foetus, car ce serait 'une chose qui n'est pas venue au monde' (davar chelo ba la-olam) ; il cédait plutôt la bête quant aux oreilles de son foetus, comme [on cède] 'un palmier pour ses fruits' — et les gens se trompaient et croyaient qu'il cédait l'oreille du foetus, comme les fruits du palmier, et en venaient à un achoppement ; mais si l'on cède l'oreille des mères, c'est permis, car on ne s'y trompe pas. Et Rachi a expliqué : Rav Mari savait réaliser un qinyan complet en prenant de l'argent du goy, car le goy n'acquiert que par l'argent, comme nous disons plus loin au deuxième chapitre (13a) ; et les gens croient que c'est une simple formule [sans argent]. Or, pour Rabbenou Tam, qui tranche comme R. Yo'hanan que 'selon la Torah l'argent acquiert' — il expose plus loin (13a) 'de la main de ton prochain, par l'argent : pour le goy, [c'est] par la traction (mechikha)' — et de même au deuxième chapitre de Avoda Zara (71a) il conclut que la traction acquiert chez le goy — il n'est pas possible d'expliquer ici comme Rachi ; pour se dégager du doute, il faudrait que le goy tire (mechikha) la bête pour en acquérir l'oreille et qu'il donne aussi de l'argent. Et le plus clair de tout est qu'on reçoive du goy une perouta, qu'on lui cède le lieu où se tient la bête et qu'on lui cède l'oreille de la bête ; et il est bon de faire ainsi, pour ne pas en venir à un achoppement avec le bekhor. Mais l'âne, on ne le cédera pas au goy pour annuler la bekhora, puisqu'il a un remède par le rachat (pediyya) ou la décapitation (arifa). Le Ramban.
תְּנַן בְּפֶרֶק אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כֹּה:) בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר ר' יְהוּדָה אוֹמֵר יֵרֵד מֻומְחֶה וְיִרְאֶה אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט וְאִם לָאו לֹא יִשְׁחֹוט. ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כֹּל שֶׁאֵין מוּמוֹ נִיכָּר מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי. בְּרוֹאִין מוּמִין בי"ט קָא מִפַּלְגִּי. דְּר' יְהוּדָה סָבַר רוֹאִין. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר אֵין רוֹאִין. וְהִלְכְתָא בְּהָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. דְּאָמְרִינַן שָׁם דַּף כז. אַמִּי וַורְדְּנָאָה חָזֵי בֻּוכְרָא דְּבֵי נְשִׂיאָה הֲוָה סָבַר דְּלָא לְמִיחְזְייֵהּ בְּיוֹמָא טָבָא. אָתוּ וא"ל לֵר' אַמִּי. אָמַר שַׁפִּיר עֲבַד דְּלָא חֲזִי. אִינִי וְהָא רַבִּי אַמֵּי גּוּפֵיהּ חָזֵי. רַבִּי אַמִּי מֵאֶתְמוֹל הֲוָה חֲזִי וּבְיוֹמָא טָבָא שֶׁיּוֹלוּ הֲוָה מְשַׁיֵּיל. הֵיכִי הֲוָה עֲבִיד. כִּי הַהוּא גַּבְרָא דְּאַיְיתִי בֻּוכְרָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא בְּפַנְיָא דִּמְעַלֵּי יוֹמָא טָבָא וַהֲוָה יָתֵיב רָבָא וְקָחָיֵיף רֵישֵׁיהּ דַּל עֵינֶיהָ וְחָזֵי לְמוּמָא אֲמַר לֵיהּ זִיל הָאִידָּנָא וְתָא לְמָחָר. לִמְחַר אֲתָא לְקַמֵּיהּ אֲמַר לֵיהּ אֵימָא לִי אִיזִי גּוּפָא דְּעֻובְדָּא הֵיכִי הֲוָה. אֲמַר לֵיהּ הֱווּ מַנְּחִי שַׁעֲרֵי אֲחוֹרֵי דְּהוּצָא. בַּהֲדֵי דְּקָעָיֵיל רֵישֵׁיהּ פְּרָטֶיהָ לְשִׂפְתֵּיהּ. א"ל וְדִלְמָא אַתְּ גָּרַמְתָּ לֵיהּ. אָמַר לֵיהּ לָאו. כָּתַב הָרַמְבַּ"ן זַ"ל שָׁמְעִינַן מִינָּהּ דִּבְכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה נוֹהֵג בְּחוּ"ל דְּהָא רָבָא בח"ל הֲוָה וְקָמַיְיתֵי לֵיהּ בֻּוכְרָא וְאָמַר נַמֵּי לְעֵיל בפ"ק (בְּכוֹרוֹת דַּף ג:) הַהִיא גִּיּוֹרְתָא דְּמָסְרִין לָהּ אַחֲוָה בְּהֵמָה לְפִטּוּמָא. אֲתַאי לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵית דְּחָשׁ לָהּ לְהָא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת עוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייֶּבֶת בִּבְכוֹרָה. רַב מָרִי בַּר רָחֵל הֲוָה לֵיהּ חַיּוּתָא וַהֲוָה מַקְנֵי אֻודְנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְכוּ'. וּבְפֶרֶק אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין דַּף מד:) רַב חִסְדָּא שְׁרָא בֻּוכְרָא וְלָא זָבֵן מִינֵּיהּ. וְכָל הָנֵי אָמוֹרָאֵי בְּבָבֶל הָיוּ. וְתוּ אָמַר לְעֵיל סִי' יא הַתָּרַת בְּכוֹר בְּחוּ"ל עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת. וְלֵיכָּא לְאוֹקְמָא בִּבְכוֹר שֶׁיָּצָא מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְחוּצָה לָאָרֶץ. דא"כ הֲוָה אָמַר הָכִי בְּהֶדְיָא וְלָמָּה לֵיהּ לְאַדְכּוֹרֵי חוּ"ל אֲתַר' דְּלָא נְהִיג בֵּיהּ בְּכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה. וְלָא שְׁכִיחָא אֶלָּא לְעִתִּים רְחוֹקוֹת שֶׁיָּבִיאוּ מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. לֵימָא הַתָּרַת בְּכוֹר בְּמָקוֹם שֶׁאֵין מֻומְחֶה עַל פִּי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי הַכְּנֶסֶת. אֲמַר לֵיהּ שְׁמַע מִינַּהּ חוּ"ל אַתְרָהּ דְּבֻוכְרִי הוּא וּנְקַט חוּ"ל אַתְרָא דְּלָא שְׁכִיחִי בֵּיהּ מֻומְחִין. וְהָא דִּתְנַן בְּפֶרֶק אֵלּוּ קָדָשִׁים (תְּמוּרָה דַּף כא.) תְּמוּרַת הַבְּכוֹר וְהַמַּעֲשֵׂר וְלָדָן ווְלַד וְלָדָן עַד סוֹף כָּל הָעוֹלָם הֲרֵי אֵלּוּ כִּבְכוֹר וּמַעֲשֵׂר וְיֵאָכְלוּ בְּמוּמָן לַבְּעָלִים. מַה בֵּין בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר לְבֵין כָּל הַקֳּדָשִׁים. שֶׁכָּל הַקֳּדָשִׁים נִמְכָּרִין בָּאִיטְלִיז וְנִשְׁחָטִים בָּאִיטְלִיז וְנִשְׁקָלִים בְּלִיטְרָא. חוּץ מִן הַבְּכוֹר וְהַמַּעֲשֵׂר. וְיֵשׁ לָהֶן פִּדְיוֹן וְלִתְמוּרוֹתֵיהֶן פִּדְיוֹן. חוּץ מִן הַבְּכוֹר וְהַמַּעֲשֵׂר. וּבְאֵין מִחוּצָה לָאָרֶץ לָאָרֶץ חוּץ מִן הַבְּכוֹר וְהַמַּעֲשֵׂר. וְאִם בָּאוּ תְּמִימִים יִקְרְבוּ. וּרְמִינְהִי בֶּן אַנְטִיגְנוֹס הֶעֱלָה בְּכוֹרוֹת מִבָּבֶל לִירוּשָׁלַיִם וְלֹא קִבְּלוּ מִמֶּנּוּ. אָמַר רַב חִסְדָּא לָא קַשְׁיָא הָא ר' עֲקִיבָא וְהָא ר' יִשְׁמָעֵאל. מַאי הִיא דְּתַנְיָא ר"ע אוֹמֵר יָכוֹל יַעֲלֶה אָדָם בְּכוֹר מֵחוּ"ל לָאָרֶץ בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים וְיַקְרִיבֶנּוּ. ת"ל וַאֲכָלַתָּה לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ וְגוֹ' מַקִּישׁ בְּכוֹר לְמַעֲשֵׂר מַה מַעֲשֵׂר אֵינוֹ בָּא אֶלָּא מִן הָאָרֶץ וְכוּ'. הַהִיא לֹא קָשֶׁה מִידִי דְּלָא אַקַּשְׁיָה לְמַעֲשֵׂר אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ בָּא מִחוּצָה לָאָרֶץ לָאָרֶץ לִיקְרַב עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ. אֲבָל מִיקְדַּשׁ קָדְשִׁי בְּחוּ"ל. תֵּדַע דִּתְנַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּף נג. מַעְשַׂר בְּהֵמָה נוֹהֵג בָּאָרֶץ וּבְחוּ"ל. וְהָוֵינַן בָּהּ לֵימָא מַתְנֵי' דְּלָא כְּר' עֲקִיבָא דְּתַנְיָא ר"ע אוֹמֵר יָכוֹל יַעֲלֶה אָדָם מַעְשַׂר בְּהֵמָה מֵחוּ"ל לָאָרֶץ וְיַקְרִיבֶנּוּ. ת"ל וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה עֹולֹותֵיכֶם וְזִבְחֵיכֶם וְאֵת מַעְשְׂרֹותֵיכֶם בִּשְׁתֵּי מַעַשְׂרוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר אֶחָד מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְאֶחָד מַעְשַׂר דָּגָן. מִמָּקוֹם שֶׁאַתָּה מַעֲלֶה מַעְשַׂר דָּגָן אַתָּה מַעֲלֶה מַעְשַׂר בְּהֵמָה וּמִמְּקוֹם שֶׁאִי אַתָּה מַעֲלֶה מַעְשַׂר דָּגָן אִי אַתָּה מַעֲלֶה מַעְשַׂר בְּהֵמָה. וּמְשַׁנֵּי אַפֵּי' תֵּימָא ר"ע כָּאן לִיקְרַב כָּאן לִיקְדַּשׁ. דַּיְקָא נָמֵי דְּקָנָסֵיב הַשַּׁ"ס וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה ש"מ. וּמֵאַחַר שֶׁאֵינוֹ קָרֵב לָמָּה קָדוֹשׁ. לֵיאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים. וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן לְאִידָךְ דקא"ר עֲקִיבָא נַמֵּי בִּבְכוֹר יָכוֹל יַעֲלֶה אָדָם בְּכוֹר מֵחוּ"ל לָאָרֶץ וְיַקְרִיבֶנּוּ ת"ל כו' לָא אֲתָא נָמֵי לִמְעוּטֵי אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ קָרֵב אֲבָל לִיקָּדֵשׁ וַדַּאי קָדְשִׁי אַפֵּי' בְּחוּצָה לָאָרֶץ. דְּהָנָךְ תַּרְתֵּי מַתְנְיָיתָא דר"ע בְּנֵי חַד בְּקַתָּא אִינּוּן וְחַד אוֹרְחָא אִית לְהוּ. וְהָא נָמֵי דַּיְיקָא מִדְּקָא נָסֵיב לָהּ הַשַּׁ"ס וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ כִּדְדָייְקִינַן בַּגְּמָרָא בְּאִידָךְ ש"מ בַּחֲדָא מַחְתָּא מְחָתִינְהוּ. וְיַגִּיד עָלָיו רֵיעוֹ. וּבְכוֹר וּמַעֲשֵׂר נָמֵי מִגְמָר גְּמִירִי מְהֻדְּדֵי בְּכָל דֻּוכְתָּא. וְאִם תֹּאמַר אִם כֵּן אַמַּאי לָא תָּנֵי בְּכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה נוֹהֵג בָּאָרֶץ וּבְחוּצָה לָאָרֶץ כִּדְקָתָנֵי בְּמַעֲשֵׂר. וְיֵשׁ לוֹמַר בִּשְׁלָמָא מַעֲשֵׂר אִצְטְרִיךְ דְּלָא תֵּימָא דִּינֵיהּ כְּמַעְשַׂר דָּגָן. אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּמַעֲשֵׂר אָמְרָה תּוֹרָה לְהַקְדִּישׁוֹ וּלְהַקְרִיבוֹ סד"א בִּזְמַן דְּאִיכָּא בַּיִת אִין בִּזְמַן דְּלֵיכָּא בַּיִת לָא לְהָכִי אִצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי דְּנוֹהֵג גַּם בְּחוּצָה לָאָרֶץ. אֲבָל בְּכוֹר פְּשִׁיטָא דְּהָא בְּפֶטֶר רֶחֶם תְּלָא רַחֲמָנָא וְחוֹבַת הַגּוּף הוּא. וּמַתְּנוֹת כְּהֻונָּה הַנּוֹהֲגוֹת בְּכָל מָקוֹם הוּא כְּפִדְיוֹן הַבֵּן וּפֶטֶר חֲמוֹר. הִלְכָּךְ לֹא צָרִיךְ לְמִיתְנֵי בִּבְכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה דְּנוֹהֵג בְּחוּ"ל כִּדְלָא תָּנֵי נָמֵי הָכִי בִּבְכוֹר אָדָם וּבִבְכוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה. וְאִצְטְרִיכְנָא הָנֵי מִילֵּי מִשּׁוּם דְּאַשְׁכְּחַן חַד מֵרַבְּווָתָא דְּכָתַב בִּפְסָקָיו הָכֵין מִצְוַת בְּכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בָּאָרֶץ וְאֵין מְבִיאִין בְּכוֹרוֹת מִחוּצָה לָאָרֶץ לָאָרֶץ שֶׁנֶּאֱמַר וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ. וְאִם הֵבִיא אֵין מְקַבְּלִין מִמֶּנּוּ וַהֲרֵי הוּא חֻולִּין. וַאֲנַן כָּתְבִינַן מַאי דִּסְבִירָא לָן. וְהָכִי סְבִירָא לְהוּ לְרַבְּוָותָא וְעָבְדִי בָּהּ עֻובְדָּא לְמֵיתַב בֻּוכְרִי לְכָהֲנֵי בְּחוּצָה לָאָרֶץ הָאִידָּנָא וְלֵיכָּא לְסַפּוֹקֵי בֵּיהּ כְּלָל. הָרַמְבַּ"ן זַ"ל: הֲדַרַן עֲלָךְ כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין
💡 Explication

Cas pratique. Une convertie engraisse des bêtes appartenant en partie à ses frères restés non-Juifs, et partage les profits. Elle demande si les premiers-nés sont assujettis à la bekhora. Rava tranche : nul ne suit R. Yehouda (qui obligerait même en cas d'association avec un goy) — donc ces bêtes sont exemptes.

11
רַב מָרִי בַּר רָחֵל הַוְיָא לֵיהּ הָהִיא חֵיוָתָא, הֲוָה מַקְנֶה לְאֻודְנַייְהוּ לְגוֹי, וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה, וְיָהֵיב לְהוּ לַכֹּהֲנִים, וּכְלַאי חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי בַּר רָחֵל.

Rav Mari bar Rahel avait certaines bêtes ; il cédait leurs oreilles à un non-Juif (goy), et [pourtant] leur interdisait la tonte (giza) et le travail (avoda), et les donnait aux cohanim ; et le troupeau de Rav Mari bar Rahel périt.

📜 Rachi (3)
מַקְנֶה לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לְאַפְקוֹעִינְהוּ מִבְּכוֹרָה:
Il cédait leurs oreilles au goy — pour les annuler de la bekhora.
וְאָסַר לְהוּ לִבְכוֹרוֹת בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה כִּבְכוֹרִים גְּמוּרִים וְיָהֵיב לְהוּ לַכֹּהֲנִים:
Et il [les] interdisait — les bekhorot, quant à la tonte et au travail, comme de vrais bekhorot, et les donnait aux cohanim.
וְכִלְאֵי חַיּוּתָא מֵתָה מַקְנֵהוּ:
Et le troupeau périt — son bétail mourut.
⚖️ Rosh (2)
וְהַמִּשְׁתַּתֵּף לָמָּה לִי לְאַפּוֹקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת עוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה דְּתַנְיָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַמְקַבֵּל בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְיָלְדָה מַעֲלִין אוֹתוֹ בְּשָׁוְיוֹ וְנוֹתֵן חֲצִי דָּמָיו לַכֹּהֵן. וְהַנּוֹתֵן לוֹ בְּקַבָּלָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי קוֹנְסִין אוֹתוֹ עַד עֲשָׂרָה בְּדָמָיו וְנוֹתֵן כָּל דָּמָיו לַכֹּהֵן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל זְמַן שֶׁיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בָּאֶמְצַע פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. הָהִיא גִּיּוֹרְתָּא דַּהֲווֹ מָסְרִין לַהּ אַחֲוָה חַיּוּתָא לְפַטּוֹמֵי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵית דְּחָשׁ לְהָא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה. וְכַמָּה יְהֵא שֻׁותָּפוּת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּתְהֵא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. אָמַר רַב הוּנָא אֲפִילּוּ אָזְנוֹ מַתְקֵיף לַהּ רַב נַחְמָן וְלֵימָא לֵיהּ שְׁקוֹל אֲזֵנֶיךָ וְזִיל. רַב חִסְדָּא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ נְבֵילָה. רָבָא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ טְרֵיפָה וְהִילְכְתָא כְּרַב הוּנָא דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר אֲפִילּוּ מוּם קַל. וְכֵן רַב מָרִי דִּלְקַמָּן דְּהָוֵי מַקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא נֶעֱנַשׁ אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַפְקָעָה. וְכֵן סְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) קָאָמַר וּלְיַיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקְדֹּושׁ. אַמְרוּהָ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא הָא דְּרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא וְרָבָא לָא פְּלִיגִי בּוֹ הָא בְּאִמּוֹ. אֲמַר לְהוּ רַב פָּפָּא מ"ש בּוֹ דְּבָעֵינַן כָּל בְּכוֹר וְלֵיכָּא אִמּוֹ נָמֵי בָּעֵינַן כָּל מִקְנְךָ תִּזָּכָר וְלֵיכָּא אֶלָּא לָא שְׁנָא. וּמַסְּקִינַן נָמֵי בפ"ק דִּפְסָחִים דַּף ו. דְּבֶהֱמַת אַרְנוֹנָא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה אע"ג דְּמָצֵי מְסַלֵּק לֵיהּ בְּזוּזֵי. רַב מָארִי בַּר רָחֵל הָוְייָן לֵיהּ חֵיוָתָא הֲוָה מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים. וּכְלַאי חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי בַּר רָחֵל. וּמֵאַחַר דְּאָסַר לְהוּ בְּגִיזָה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים אַמַּאי מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דִּלְמָא אָתוּ בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אִי הָכִי אַמַּאי כִּלְאֵי חַיּוּתָא. מִשּׁוּם דְּמַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּייְהוּ. וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה מֻותָּר לָאָדָם לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם. הָתָם מִקְּדֻושַּׁת מִזְבֵּחַ מַפְּקָא לְהוּ מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לְהוּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַב מָרִי בַּר רָחֵל יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וְחָזֵי לֵיהּ אִינִישׁ אַחֲרִינָא וְסָבַר רַב מָרִי בַּר רָחֵל מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. וּמַה שֶׁרְגִילִין עַכְשָׁיו לְהַקְנוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אע"פ שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי בַּר רָחֵל. הָיָה אוֹמֵר ר"ת דְּאִיהוּ נֶעֱנַשׁ לְפִי שֶׁהָיָה מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הָעֻובָּר עַצְמוֹ וְאִיכָּא הַפְקָעָה בְּגוּף הָעֻובָּר. אֲבָל אִם מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הַאִם אֵין חֲשַׁשׁ עֹונֶשׁ בַּדָּבָר. וְכֵן מוּכָח שֶׁהָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר דְּקָאָמַר מַקְנֵי לְאֻודְנַייְהוּ וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים הַכֹּל בַּוָּולָד מַייְרֵי. וא"ת לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דְּפָרִיךְ גַּבֵּי מַעְשַׂר בְּהֵמָה דְּבִטְּלוּ אוֹתוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי תַקָּלָה אִי הָכִי בְּכוֹר נָמֵי לִיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקָּדֵשׁ וְלָא לַיְּתֵי לִידֵי תַּקָּלָה וּמְשַׁנֵּי אֶפְשָׁר כְּרַב יְהוּדָה. אַמַּאי לָא אַשְׁכַּח תַּקָּנָה שֶׁיִּקְנֶה לָעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָאִמָּהוֹת דִּבְהָא לֵיכָּא שׁוּם עֹונֶשׁ וְי"ל כֵּיוָן דַּחֲשַׁשׁ תַּקָּלָה יֵשׁ לְתַקֵּן בְּלֹא הַפְקָעַת כֹּהֵן כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיַּעֲשֵׂהוּ עַל יְדֵי הַפְקָעָה. וּמִיהוּ אִי עֲבַד עֲבַד וְאֵין עֹונֶשׁ בַּדָּבָר ועי"ל בִּימֵי רַב מָרִי שֶׁהָיוּ בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם אָסוּר לַעֲשׂוֹת ע"י הַפְקָעָה. אֲבָל הָאִידָּנָא שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּכָךְ מוּטָב שֶׁיִּקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה כִּדְמוֹכַח בְּהַהִיא דְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּף נג. דְּאִי לָאו מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּרַב יְהוּדָה הָיָה לָנוּ לְתַקֵּן שֶׁיִּמְכְּרוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ תַּקָּלָה. וּלְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין הָוֵי כְּאִי אֶפְשָׁר וְאַפֵּי' בְּהָא דְּרַב יְהוּדָה מַשְׁמַע בִּתְמוּרָה בְּרֵישׁ כֵּיצַד מַעֲרִימִין דְּהָיָה רָאוּי לֶאֱסֹור גְּזֵרָה דִּלְמָא נָפֵק רֹוב רֹאשׁוֹ קֹודֶם שֶׁיָּטִיל בּוֹ מוּם אִי לָאו דְּעָדִיף שֶׁיַּטִּיל בּוֹ מוּם כִּדְרַב יְהוּדָה מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַשְׁהוֹתוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם. וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר דְּנֶעֱנַשׁ רַב מָרִי מִשּׁוּם דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי י"ל נָמֵי דְּרַב מָרִי שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹת דָּבָר שֶׁיְּכוֹלִין לַעֲשׂוֹת אֲבָל לְדִידַן לֹא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר. וְעוֹד הָיָה אור"ת זַ"ל דְּרַב מָרִי לֹא הָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָוֵי דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם. אֶלָּא דְּהָוֵי מַקְנֶה הַבְּהֵמָה לְאָזְנֵי עֻובָּרָה וְהָוֵי כְּמוֹ דֶּקֶל לְפֵירוֹתָיו וְטָעוּ אִינָשֵׁי וְסָבְרִי דְּאֹוזֶן הָעֻובָּר הֲוָה מַקְנֶה וְהָוֵי כְּמוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל וְאָתוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אֲבָל אִם מַקְנֶה אֹזֶן הָאִמָּהוֹת שָׁרִי דְּלָא אָתֵי לְמִיטְעֵי. וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר לִיטֹּול מָעוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אֶלָּא בְּכֶסֶף כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יג.) וְסָבְרִי אִינָשֵׁי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאֵינוֹ נוֹתֵן דָּמִים. ולפר"ת זַ"ל דְּפָסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דְּדָרֵישׁ לְקַמָּן שָׁם: מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וְגַם בפ"ב דְּמַסֶּכֶת ע"ז דַּף עא: מַסִּיק דִּמְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה. לֹא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ הָכָא כִּדְפֵי' רַשִׁ"י וּלְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק הָיָה צָרִיךְ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לִמְשֹׁוךְ הַבְּהֵמָה שֶׁיִּקְנֶה אֹוזֶן שֶׁלָּהּ וְגַם שֶׁיִּתֵּן דָּמִים. וְהַמְחֻוָּור שֶׁבְּכֻולָּן שֶׁיְּקַבֵּל מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים פְּרוּטָה וְיִקְנֶה לוֹ הַמָּקוֹם שֶׁהַבְּהֵמָה עוֹמֶדֶת שָׁם וְיִקְנֶה לוֹ אֹוזֶן הַבְּהֵמָה וְטוֹב הוּא לַעֲשׂוֹת כֵּן שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה בִּבְכוֹר. אֲבָל חֲמוֹר אֵין לְהַקְנוֹתָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּלְהַפְקִיעַ הַבְּכוֹרָה כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ תַּקָּנָה בִּפְדִיָּיה אוֹ בַּעֲרִיפָה :
'Et celui qui s'associe [avec un goy], pourquoi [le mentionner] ? Pour écarter [l'avis] de R. Yehouda, qui a dit : l'association d'un goy est obligée à la bekhora.' Car une beraita enseigne : R. Yehouda dit : celui qui reçoit une bête d'un goy et qu'elle enfante — on l'évalue à sa valeur et il donne la moitié de son prix au cohen ; et celui qui la lui donne en gestion, bien que cela ne soit pas permis, on le sanctionne jusqu'à dix fois sa valeur et il donne tout son prix au cohen. Et les Sages disent : tant que la main du goy est au milieu, elle est exempte de la bekhora. — Une certaine convertie à qui ses frères confiaient des bêtes à engraisser vint devant Rava ; il dit : nul ne se soucie de cet [avis] de R. Yehouda. — Et quelle part doit avoir le goy pour qu'elle soit exempte ? Rav Houna : même son oreille. Rav Nahman objecte : qu'il lui dise 'prends ton oreille et va-t'en' ! Rav Hisda : une chose qui la rend nevela. Rava : une chose qui la rend terefa. Et la halakha est comme Rav Houna, car R. Yo'hanan tient comme lui, qui a dit 'même un défaut léger'. De même Rav Mari, qui cédait leurs oreilles au goy et ne fut puni qu'à cause de l'annulation. De même l'anonyme du Talmud plus loin, au dernier chapitre (53a) : 'qu'il cède leurs oreilles aux goyim afin qu'[elles] ne se sanctifient pas'. — On exposa devant Rav Papa que Rav Houna, Rav Hisda et Rava ne divergent pas [sur le foetus] mais sur sa mère. Rav Papa : quelle différence pour lui, où l'on exige 'tout premier-né' et il n'y en a pas [de complet] ? Pour sa mère aussi on exige 'tout ton troupeau se sanctifiera' et il n'y en a pas. Il n'y a donc pas de différence. — Nous concluons aussi (Pessahim 6a) qu'une bête de l'arnona est exempte, bien qu'on puisse s'en dégager avec de l'argent. — Rav Mari bar Rahel avait des bêtes ; il cédait leurs oreilles aux goyim, leur interdisait tonte et travail, et les donnait aux cohanim ; et son troupeau périt. Puisqu'il leur interdisait tonte et travail et les donnait aux cohanim, pourquoi cédait-il leurs oreilles ? De peur d'un achoppement. Si c'est ainsi, pourquoi son troupeau périt-il ? Parce qu'il les annulait de leur sainteté. Mais Rav Yehouda dit qu'il est permis d'infliger un défaut au bekhor avant sa sortie à l'air du monde ! Là, [le défaut] l'ôte de la sainteté de l'autel, non de celle du cohen. Autre version : Rav Mari savait réaliser un qinyan complet, un autre l'imite mal et en vient à un achoppement. Aujourd'hui, R. Tam disait qu'il est bon de céder au goy — bien que Rav Mari ait été puni — parce qu'il cédait l'oreille du foetus lui-même (annulation dans le corps du foetus), mais l'oreille de la mère n'entraîne pas de sanction ; et il ressort qu'il cédait l'oreille du foetus, tout le passage parlant du petit. R. Yits'haq disait : du temps de Rav Mari, où l'on savait faire comme Rav Yehouda, il était interdit de procéder par annulation ; mais aujourd'hui, où nous ne savons plus, mieux vaut céder au goy que risquer un achoppement, comme il ressort du dernier chapitre (53a). R. Tam disait encore : Rav Mari ne cédait pas l'oreille du foetus (davar chelo ba la-olam) mais la bête quant aux oreilles de son foetus, comme un palmier pour ses fruits ; les gens s'y trompaient. Mieux vaut donc céder l'oreille des mères. Selon Rachi (l'argent acquiert chez le goy), il faut lui vendre l'oreille de la mère pour de l'argent ; selon R. Tam (la traction acquiert chez le goy), il faut que le goy tire la bête vers son domaine ou vers une ruelle ; pour se dégager du doute, qu'il donne de l'argent et tire la bête. Et le plus clair de tout : qu'on reçoive du goy une perouta, qu'on lui cède le lieu où se tient la bête et qu'on lui cède l'oreille de la bête. Et les cohanim et les leviim sont obligés [au bekhor] de bête pure.
וְכֵן בְּכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה נוֹהֵג בַּזְּמַן הַזֶּה. וְצָרִיךְ הֲיִשְׂרָאֵל לִיטַפֵּל בּוֹ בִּבְהֵמָה דַּקָּה שְׁלֹשִׁים יוֹם וּבַגַּסָּה חֲמִשִּׁים יוֹם וְאַחַ"כָּ נוֹתְנוֹ לַכֹּהֵן. וְהַכֹּהֵן שׁוֹמְרוֹ בְּבֵיתוֹ וּמִגָּדְלוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם וְהַכֹּהֵן צָרִיךְ לְקַבְּלוֹ וְאֵינוֹ רַשַּׁאי לְסָרֵב מִשּׁוּם דְּהָוֵי כִּמְבַזֶּה מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה וְאֵינוֹ מוֹדֶה בָּהֶן. וְאָסוּר לְהַכְנִיסוֹ לְכִיפָּה וְיַעֲמוֹד שָׁם עַד שֶׁיָּמוּת. וְלָא מִיבַּעְיָא יִשְׂרָאֵל דְּאָסוּר שֶׁהֲרֵי צָרִיךְ לְקַייֵּם מִצְוַת נְתִינָה וּלְהַמְתִּין שָׁם עַד שֶׁיִּזְדַּמֵּן לוֹ כֹּהֵן שֶׁיִּתְּנֵהוּ לוֹ וַאֲפִילּוּ יוֹתֵר מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם לְדַקָּה וַחֲמִשִּׁים לְגַסָּה. וְהָא דִּתְנַן עַד מָתַי חַיָּיב לִיטַּפֵּל בּוֹ הַייְנוּ אַפֵּי' בָּא הַכֹּהֵן לְקַבְּלוֹ תּוֹךְ זְמַן הַזֶּה כִּדְקָתָנֵי הָתָם מִשּׁוּם כֹּהֵן הַמְסַיֵּיעַ בְּבֵית הַגְּרָנוֹת שֶׁמַּצִּילוֹ מִטִּפּוּלוֹ כְּדֵי שֶׁיִּתְּנֵהוּ לוֹ. אֶלָּא אֲפִילּוּ קִבְּלוֹ כֹּהֵן לָא שָׁרִי לֵיהּ לְהַכְנִיסוֹ לְכִיפָּה דְּלָא מִישְׁתְּמִיט בְּשׁוּם דֻּוכְתָּא הָכִי גַּבֵּי בְּכוֹר כִּי הֵיכִי דְּאָמַר גַּבֵּי הֶקְדֵּשׁ ע"ז דַּף יג. אֵין מַקְדִּישִׁין בַּזְּמַן הַזֶּה וְאִם הִקְדִּישׁ בְּהֵמָה תֵּעָקֵר אֵיזֶהוּ עִיקּוּר נוֹעֵל דֶּלֶת בְּפָנֶיהָ וְהִיא מֵתָה מֵאֵלֶיהָ. וְכֵן תְּנַן בְּפֶרֶק כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לה.) מַעֲשֶׂה בְּזָכָר שֶׁל רְחֵלִים זָקֵן וּשְׂעָרוֹ מְדֻולְדָּל אַלְמָא שֶׁהָיוּ רְגִילִין לְהַמְתִּין עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם. אע"פ שֶׁיֵּשׁ טֹורַח גָּדוֹל בְּטִיפּוּלוֹ וְאָסוּר בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָכוֹל לָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה. וְיֵשׁ לִיתֵּן טַעַם לָמָּה חִלְּקוּ בֵּין בְּכוֹר בַּזְּמַן הַזֶּה לְמַקְדִּישׁ בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם דִּבְכוֹר דְּשָׁרֵי בִּנְפִילַת מוּם בְּלֹא פִּדְיוֹן אִיכָּא הֶפְסֵד קָדָשִׁים אִם הָיָה כּוֹנְסוֹ לְכִיפָּה. אֲבָל מַקְדִּישׁ דַּאֲפִילּוּ אִי נָפַל בֵּיהּ מוּמָא לָא שָׁרֵי בְּלֹא פִּדְיוֹן וְכִדְפָרֵיק לֵיהּ מִיבַּעְיָא לֵיהּ לְהַשְׁלִיךְ הַדָּמִים לְאִבּוּד אִם כּוֹנְסוֹ לְכִיפָּה אֵין כָּאן הֶפְסֵד קָדָשִׁים. וְאָסוּר לִגְרֹום בּוֹ מוּם כִּדְתַנְיָא כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ מִנַּיִן שֶׁלֹּא יִגְרֹום לוֹ ע"י דָּבָר אַחֵר שֶׁלֹּא יָבִיא בָּצֵק אוֹ דְבֵילָה וְיַנִּיחַ עַל גַּבֵּי אָזְנוֹ כְּדֵי שֶׁיָּבֹא הַכֶּלֶב וְיִטְּלֶנּוּ ת"ל כָּל מוּם. וְאִם הֵטִיל בּוֹ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים מוּם אִם הוּא לְדַעַת יִשְׂרָאֵל אָסוּר וְאִם לָאו מֻותָּר כְּדִתְנַן שָׁם. מַעֲשֶׂה בְּזָכָר שֶׁל רְחֵלִים וּשְׂעָרוֹ מְדֻולְדָּל רָאָהוּ קַסְדּוֹר אֶחָד וְאָמַר מַה טִיבוֹ שֶׁל זֶה וְאָמְרוּ לוֹ בְּכוֹר הוּא וְאֵינוֹ נִשְׁחָט אֶלָּא א"כ הָיָה בּוֹ מוּם נָטַל פִּגְיוֹן א' וְצָרַם בְּאָזְנוֹ וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי חֲכָמִים וְהִתִּירוּהוּ רָאָה שֶׁהִתִּירוּהוּ הָלַךְ וְצֵרֵם בְּאָזְנֵי בְכוֹרוֹת אֲחֵרִים וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי חֲכָמִים וְאָסְרוּ זֶה הַכְּלָל כֹּל שֶׁהוּא לְדַעְתּוֹ אָסוּר וְשֶׁלֹּא לְדַעְתּוֹ מֻותָּר. וְלִכְשֶׁיִּהְיֶה בּוֹ מוּם יְבִיאֶנּוּ אֵצֶל חָכָם לִרְאוֹת אִם הוּא מוּם קָבוּעַ לִישְׁחֹט עָלָיו וְהֶחָכָם יִשְׁאַל אֵיךְ נָפַל בּוֹ הַמּוּם. וְצָרִיךְ הַכֹּהֵן לְהָבִיא עֵדוּת שֶׁמּוּם זֶה נָפַל מֵעַצְמוֹ כִּי נֶחְשְׁדוּ הַכֹּהֲנִים לְהַטִּיל בּוֹ מוּם בִּבְכוֹר. וְאַפֵּי' בְּנוֹ וּבִתּוֹ נֶאֱמָנִין לְהָעִיד שֶׁמֵּעַצְמוֹ נָפַל בּוֹ הַמּוּם. אֲבָל לֹא אִשְׁתּוֹ דְּאִשְׁתּוֹ כְּגוּפוֹ דָּמְיָא. וְעֵד מִפִּי עֵד כָּשֵׁר לְעֵדוּת. וְהָאִידָּנָא שֶׁאֵין חָכָם וּמֻומְחֶה צָרִיךְ שְׁלֹשָׁה לְהַתִּיר בְּכוֹר. וְאֵין מַתִּירִין אֶלָּא בְּמוּם מֻובְהָק אֲבָל לֹא בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁאֵין בְּקִיאִין בָּהֶן הָאִידָּנָא. וְאִם נִמְצָא טְרֵפָה יִקָּבֵר הָעוֹר וְהַבָּשָׂר. וְאִם הוּא כָּשֵׁר יָכוֹל הוּא לְהַאֲכִילוֹ אַף לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים. וּמִצְוָה לְהַפְקִיעַ קְדֻושַּׁת הַבְּכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה וּלְהִכָּשֵׁל בּוֹ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִבְכוֹרוֹת דְּמַעֲשֵׂר בְּהֵמָה בִּטְּלוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם תַּקָּלָה וּפָרִיךְ אִי הָכִי בְּכוֹר נָמֵי. בְּכוֹר בְּדִידַן תַּלְיָא מִלְּתָא מֵרֶחֶם קָדוֹשׁ. הָכִי קָאָמֵינָא לִקְנִינְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּלָא לִיקְדְּשׁוּ מֵעִיקָּרָא אֶפְשָׁר כִּדְרַב יְהוּדָה דְּאָמַר מֻותָּר לָאָדָם לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם. וּבְהָכִי עָדִיף טְפֵי מִשּׁוּם דְּלָא מַפְקַע לֵיהּ מִקְּדֻושַּׁת בְּכוֹרָה לְגַמְרֵי. אֲבָל אִי מַקְנֵי אַזְּנַיְיהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מַפְקִיעַ לֵיהּ מִקְּדֻושַּׁת בְּכוֹר לְגַמְרֵי וְהָאִידָּנָא דְּלָא בְּקִיאִינַן לְמֶיעְבַּד כִּדְרַב יְהוּדָה לְפִי שֶׁצָּרִיךְ דִּקְדּוּק וְעִיּוּן גָּדוֹל לְהַטִּיל מוּם קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא רֹוב רֹאשׁוֹ ואע"ג דִּגְדִי בְּאֻודְנֵיהּ וְאִימְּרָא בְּשִׂפְתֵי' טוֹב יוֹתֵר לְהַפְקִיעַ קְדֻושַּׁת בְּכוֹרָה וּלְהַקְנוֹת אֹוזֶן לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִמַּה שֶׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה. וְהָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דִּבְכוֹרוֹת דַּף ג: רַב מָרִי בַּר רָחֵל הָוְיָין לֵיהּ חַיּוּתָא הָוֵי מַקְנֵי אֻודְנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים וְכָלוּ חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי בַּר רָחֵל. וּמֵאַחַר דְּיָהֵיב לְהוּ לַכֹּהֲנִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה אַמַּאי מַקְנֵי לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּאֵימַר אָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַקָּלָה א"ה אַמַּאי כָּלוּ חַיּוּתֵיהּ. מִשּׁוּם דְּמַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּייְהוּ. וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה מֻותָּר לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם. הָתָם מִקְּדֻושַּׁת מִזְבֵּחַ מַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לְהוּ. וְאִיכָּא דְּאָמַר רַב מָרִי בַּר רָחֵל יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר. וכ"ע לָא יָדְעִי לְאַקְנוֹיֵי קִנְיָן גָּמוּר. וְחָזֵי לֵיהּ אִינִישׁ אַחֲרִינָא וְסָבַר רַב מָרִי בַּר רָחֵל מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דְּעָבֵיד וְאָתוּ בְּהוּ לִידֵי תַקָּלָה. וְהָאִידָּנָא הָיָה אוֹמֵר ר"ת זַ"ל שֶׁטּוֹב לְהַקְנוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבֹוא לִידֵי תַּקָּלָה. אַף ע"ג דְּחָזֵינַן שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי דְּכָלוּ חַיּוּתֵיהּ מִשּׁוּם דְּרַב מָרִי הָיָה מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הָעֻובָּר עַצְמוֹ וְאִיכָּא הַפְקָעָה בְּגוּף הָעֻובָּר אֲבָל אִם מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הָאֵם אֵין חֲשַׁשׁ עֹונֶשׁ בַּדָּבָר. וְכֵן מוּכָח שֶׁהָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר דְּקָאָמַר וּמַקְנֵי לְאֻודְנַייְהוּ וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים אַלְמָא דְּכוּלְּהוּ בְּעֻובָּר אַייְרֵי. וְעוֹד הָיָה אוֹמֵר ר"י בִּימֵי רַב מָרִי שֶׁהָיָה בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לְהַטִּיל בּוֹ מוּם קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם אָסוּר לַעֲשׂוֹת עַל יְדֵי הַפְקָעָה. אֲבָל הָאִידָּנָא שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּכָךְ מוּטָב שֶׁיִּקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשֶּׁיָּבִיאוּ לִידֵי תַּקָּלָה. וְכֵן מוּכָח מֵהַהִיא שֶׁהֵבֵאתִי מִפֶּרֶק בָּתְרָא דִבְכוֹרוֹת דְּאִי לָאו דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה הָיָה לָנוּ לְתַקֵּן שֶׁיִּמְכְּרוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ תַּקָּלָה. וּלְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין הָוֵי כְּאִי אֶפְשָׁר וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא נָמֵי דְּקָאָמַר דְּנֶעֱנַשׁ רַב מָרִי מִשּׁוּם דכ"ע לָא יָדְעִי לְאַקְנוֹיֵי יֵשׁ לוֹמַר נָמֵי דְּרַב מָרִי שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹת דָּבָר שֶׁיְּכוֹלִין לִטְעוֹת. אֲבָל לְדִידַן לֹא אֶפְשָׁר לָן בע"א. וְעוֹד הָיָה אוֹמֵר ר"ת דְּרַב מָרִי לֹא הָיָה מַקְנֶה אֹזֶן הָעֻובָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָוֵי דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם אֶלָּא שֶׁהָיָה מַקְנֶה הַבְּהֵמָה לְאָזְנֵי עֻובָּרָהּ וְהָוֵי כְּמוֹ דֶּקֶל לְפֵירוֹתָיו וְטָעוּ אִינָשֵׁי וְסָבְרִי דְּאֹזֶן הָעֻובָּר הָוֵי מַקְנֶה וְהָווּ כְּמוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל וְאָתוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אֲבָל אִם מַקְנֶה אֹזֶן הָאִמָּהוֹת שָׁרִי דְּלָא אָתוּ לְמִיטְעֵי. הִלְכָּךְ טוֹב לְהַקְנוֹת אֹזֶן הָאִמָּהוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים. ולפירש"י שֶׁפֵּירֵשׁ דְּמָעוֹת קוֹנוֹת בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים צָרִיךְ לִמְכֹּור לוֹ בְּכֶסֶף אֹזֶן הָאֵם. וּלְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ תָּם דְּפֵירֵשׁ מְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה צָרִיךְ שֶׁיִּמְשֹׁוךְ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים הַבְּהֵמָה לִרְשׁוּתוֹ אוֹ לְסִימְטָא. הִילְכָּךְ לְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק הָיָה צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דָּמִים וְגַם יִמְשֹׁוךְ הַבְּהֵמָה לִרְשׁוּתוֹ אוֹ לְסִימְטָא. וְהַמְחֻוָּור שֶׁבְּכֻולָּן הוּא שֶׁיְּקַבֵּל פְּרוּטָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְיִקְנֶה לוֹ מָקוֹם שֶׁהַבְּהֵמוֹת עוֹמְדוֹת שָׁם וְיִקְנֶה לוֹ אֹזֶן הַבְּהֵמָה. וְהַכֹּהֲנִים וְהַלְּוִיִּם חַיָּיבִין בִּבְכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה:
Nous avons appris au chapitre 'On ne chasse pas' (Beitsa 25b) : un bekhor tombe dans une fosse — R. Yehouda dit : qu'un expert descende voir ; s'il a un défaut, on le remonte et on l'égorge, sinon on ne l'égorge pas. R. Chimon dit : tout [animal] dont le défaut n'était pas manifeste depuis la veille de la fête n'est pas 'préparée' (min ha-moukhan). En quoi divergent-ils ? Sur le fait de voir les défauts un jour de fête : R. Yehouda tient qu'on les voit, R. Chimon qu'on ne les voit pas. Et la halakha est ici comme R. Chimon, car on dit là-bas (27a) : Ami de Vardina examinait le bekhor de la maison du Nassi ; il pensa ne pas l'examiner un jour de fête ; on vint le dire à R. Ami, qui dit : il a bien fait de ne pas [l']examiner. Mais R. Ami lui-même [en] examinait ! R. Ami examinait la veille, et le jour de fête il [se contentait de] questionner. Comment faisait-il ? Comme cet homme qui apporta un bekhor devant Rava la veille d'une fête, alors que Rava était assis à se laver la tête ; il leva les yeux, vit le défaut, et lui dit : va aujourd'hui et reviens demain. Le lendemain il vint devant lui ; il lui dit : dis-moi donc, comment la chose s'est-elle passée ? Il lui dit : on avait posé de l'orge derrière une haie ; en y engageant sa tête [le bekhor] s'est déchiré la lèvre. Il lui dit : peut-être est-ce toi qui [le] lui as causé ? Il lui dit : non. — Le Ramban a écrit : nous en apprenons que le bekhor de bête pure est en vigueur hors de la Terre [d'Israel], car Rava était hors de la Terre et on lui apportait un bekhor ; et il est dit aussi plus haut (Bekhorot 3b) : 'Une certaine convertie à qui ses frères confiaient des bêtes à engraisser vint devant Rava' ; et 'Rav Mari bar Rahel avait des bêtes et cédait leurs oreilles au goy', etc. ; et au chapitre 'Ces terefot' (Houlin 44b) : 'Rav Hisda permit un bekhor et n'en acheta pas' ; or tous ces Amoraim étaient à Babylone. Et il est dit plus haut (siman 11) : la permission d'un bekhor hors de la Terre [se fait] par trois membres de la synagogue ; on ne peut y voir un bekhor sorti d'Eretz Israel vers l'extérieur, car alors [le texte] l'aurait dit expressément — pourquoi mentionner 'hors de la Terre', lieu où le bekhor de bête pure n'a pas cours et ne se trouve que rarement, [quand] on apporterait [un tel bekhor] de la Terre d'Israel ? Il aurait dit : la permission d'un bekhor là où il n'y a pas d'expert [se fait] par trois membres de la synagogue. Il faut donc conclure : hors de la Terre est le lieu des bekhorot, et [le texte] a pris 'hors de la Terre' comme lieu où les experts sont rares. Et ce que nous avons appris (Temoura 21a) : 'l'échange (temoura) du bekhor et du maaser, leur petit et le petit de leur petit jusqu'à la fin des temps, voici qu'ils sont comme le bekhor et le maaser, et se mangent avec leur défaut par les propriétaires ; quelle différence entre bekhor et maaser et tous les [autres] sacrifices ? Que tous les sacrifices se vendent à l'étal (itliz), s'égorgent à l'étal et se pèsent à la livre (litra), sauf le bekhor et le maaser ; ils ont un rachat, ainsi que leurs échanges, sauf le bekhor et le maaser ; et ils viennent de l'extérieur de la Terre vers la Terre, sauf le bekhor et le maaser ; et s'ils viennent sans défaut, ils sont offerts'. Et on objecte : Ben Antigonos monta des bekhorot de Babylone à Jerusalem et on ne les reçut pas de lui ! Rav Hisda dit : ce n'est pas une difficulté : l'une [michna suit] R. Akiva, l'autre R. Ichmael. Comment cela ? Une beraita : R. Akiva dit : on pourrait croire qu'un homme monte un bekhor de l'extérieur vers la Terre au temps où le Temple existe et l'offre — l'Écriture dit 'et tu [le] mangeras devant l'Éternel ton Dieu', comparant le bekhor au maaser : de même que le maaser ne vient que de la Terre, etc. Cette [objection] n'en est pas une, car [R. Akiva] ne l'a comparé au maaser que [pour dire] qu'il ne vient pas de l'extérieur vers la Terre pour être offert sur l'autel ; mais il se sanctifie hors de la Terre. La preuve : nous avons appris (53a) : le maaser behema a cours dans la Terre et hors de la Terre ; et nous demandons : dirons-nous que notre michna n'est pas selon R. Akiva ? Car une beraita : R. Akiva dit : on pourrait croire qu'un homme monte du maaser behema de l'extérieur vers la Terre et l'offre — l'Écriture dit 'et vous apporterez là vos holocaustes, vos sacrifices et vos maaserot' : de deux maaserot l'Écriture parle, l'un le maaser behema, l'autre le maaser dagan ; du lieu d'où tu montes le maaser dagan tu montes le maaser behema, et du lieu d'où tu ne montes pas le maaser dagan tu ne montes pas le maaser behema. Et l'on répond : même selon R. Akiva, ici [c'est] pour l'offrir, là pour le sanctifier ; et cela ressort aussi de ce que le Talmud cite 'et vous apporterez là'. Et puisqu'il n'est pas offert, pourquoi est-il sanctifié ? Pour être mangé avec son défaut par les propriétaires. Et de la même manière on entend de l'autre [enseignement] où R. Akiva parle du bekhor : 'on pourrait croire qu'un homme monte un bekhor de l'extérieur vers la Terre et l'offre — l'Écriture dit, etc.' ne vient exclure que l'offrande, mais assurément il se sanctifie hors de la Terre ; car ces deux beraitot de R. Akiva sont d'un même moule et ont une même voie. Et cela ressort aussi de ce que le Talmud cite 'et tu mangeras devant l'Éternel ton Dieu', comme nous l'avons déduit pour l'autre : d'un même trait il les a traités. Et le bekhor et le maaser s'apprennent l'un de l'autre partout. Et si tu objectes : pourquoi alors n'enseigne-t-on pas 'le bekhor de bête pure a cours dans la Terre et hors de la Terre', comme pour le maaser ? On peut répondre : pour le maaser il le fallait, de peur qu'on ne dise que sa loi est comme celle du maaser dagan ; ou bien, parce que la Torah a dit du maaser de le sanctifier et de l'offrir, on aurait pu croire [que c'est] au temps du Temple mais non en son absence — c'est pourquoi il fallait enseigner qu'il a cours aussi hors de la Terre. Mais pour le bekhor c'est évident, puisque la Torah le fait dépendre du 'peter rehem' (ouverture de la matrice) et que c'est une obligation personnelle (hovat ha-gouf), et un don sacerdotal en vigueur partout, comme le rachat du fils (pidyon ha-ben) et le petit de l'âne (peter hamor). C'est pourquoi il n'était pas nécessaire d'enseigner pour le bekhor de bête pure qu'il a cours hors de la Terre, de même qu'on ne l'enseigne pas pour le bekhor d'homme ni pour le bekhor de bête impure. Il m'a fallu [écrire] ces choses parce que j'ai trouvé l'un des grands qui a écrit dans ses décisions : 'la mitsva du bekhor de bête pure n'a cours que dans la Terre, et on n'apporte pas de bekhorot de l'extérieur vers la Terre, car il est dit [et tu mangeras devant l-Éternel ton Dieu] ; et si l'on [en] a apporté, on ne les reçoit pas de lui, et ils sont [profanes]'. Or nous, nous écrivons ce qui nous paraît [juste] ; et ainsi paraissait-il aux [autres] grands, qui agissaient en conséquence, donnant les bekhorot aux cohanim hors de la Terre aujourd'hui, et il n'y a là aucun doute. Le Ramban.
💡 Explication

Récit central. Rav Mari bar Rahel vendait à un goy l'oreille des foetus, pour annuler la bekhora et éviter tout risque de profanation — tout en traitant les bêtes comme de vrais bekhorot : ni tonte, ni travail, et données aux cohanim. Malgré cette piété, son troupeau périt : la Guemara va en chercher la cause.

🖼️ Schéma
Rav Mari bar Rahel : céder l'oreille au goy — et sa sanction Il cédait l'oreille des foetus au goy (pour annuler la bekhora), mais leur appliquait quand même les règles du bekhor (ni tonte, ni travail ; donnés aux cohanim) Sanction : son troupeau périt — pourquoi ? Explication 1 Il a annulé la sainteté (hafqaa) : la vente au goy retire aussi la kedoushat cohen (plus que le mum, qui n'ôte que l'autel) Explication 2 Lui savait faire un qinyan complet ; un autre l'imite mal et croit que c'est une simple formule, d'où un taqala (achoppement)
Rav Mari bar Rahel et sa sanction.
12
וְכִי מֵאַחַר דְּאָסַר לְהוּ בְּגִיזָה וַעֲבוֹדָה, וְיָהֵיב לְהוּ לַכֹּהֲנִים, אַמַּאי מַקְנֶה לְהוּ לְאוּדְנַייְהוּ לְגוֹי, דִּלְמָא אָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַקָּלָה? אִי הָכִי, מַאי טַעְמָא כְּלוֹ חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי? מִשּׁוּם דְּמַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּייְהוּ.

Or, puisqu'il leur interdisait la tonte et le travail et les donnait aux cohanim, pourquoi cédait-il leurs oreilles au non-Juif ? De peur qu'on n'en vienne, avec elles, à un achoppement (taqala) [tonte ou travail interdits].

Si c'est ainsi [qu'il agissait bien], quelle est la raison pour laquelle le troupeau de Rav Mari périt ? Parce qu'il les annulait de leur sainteté (mafqia mi-kedushata).

📜 Rachi (2)
לִידֵי תַּקָּלָה שֶׁלֹּא יָגֹוז וְיַעֲבֹוד בָּהֶן:
À un achoppement — qu'il ne les tonde et ne travaille pas avec elles.
אִי הָכִי דִּלְטוֹבָה נִתְכַּווֵּן אַמַּאי כִּלְאֵי חַיּוּתֵיהּ:
Si c'est ainsi — [s'il] avait une bonne intention, pourquoi son troupeau périt-il ?
🗂️ Tossefot (1)
דְּקָא מַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּיְיהוּ מַה שֶׁאֵין נִזְהָרִין עַכְשָׁיו ואע"פ שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי פר"ת רַב מָרִי נֶעֱנַשׁ לְפִי שֶׁהָיָה מַקְנֶה אָזְנוֹ שֶׁל עֻובָּר וְאִיכָּא הַפְקָעָה בְּגוּף הָעֻובָּר אֲבָל הַקְנָאָה בָּאֵם שָׁרְיָא ואע"ג דְּאִית סְפָרִים דְּגָרְסִי לְאָזְנָהּ לְשׁוֹן נְקֵבָה הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּקָאֵי אַחֵיוְתָא וְהָכִי נָמֵי אָסַר לָהּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וא"ת לְקַמָּן פ"ט (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דְּפָרִיךְ גַּבֵּי מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְאֵינוֹ נוֹהֵג בַּזְּמַן הַזֶּה דְּלָא לַיְּתֵי לִידֵי תַקָּלָה אִי הָכִי בְּכוֹר נָמֵי לָא לִנְהֹוג בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם תַּקָּלָה וּמְשַׁנֵּי אֶפְשָׁר כִּדְרַב יְהוּדָה אַמַּאי לָא מַשְׁכַּחַת תַּקָּנָה בָּאִמָּהוֹת כִּדְפָרֵישִׁית י"ל הָתָם כֵּיוָן דְּאִיכָּא חֲשַׁשׁ תַּקָּלָה וְיֵשׁ לָהֶם לְתַקֵּן בְּלֹא הַפְקָעָה מִכֹּהֵן שֶׁיַּעֲשֶׂה כְּרַב יְהוּדָה לֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיַּעֲשֶׂה לְעוֹלָם כָּךְ ע"י הַפְקָעָה וּמִיהוּ אִי עֲבַד עֶבֶד אִי נָמֵי בִּימֵי רַב מָרִי הָיוּ בְּקִיאִין לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לְעוֹלָם אָסוּר לַעֲשׂוֹת ע"י הַפְקָעָה אֲבָל אָנוּ דְּלָא בְּקִיאִין בְּכָךְ מוּטָב לְהַקְנוֹת לָעוֹבֵד כּוֹכָבִים קֹודֶם שֶׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה כִּדְמַשְׁמַע פֶּ' בָּתְרָא (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דְּאִי לָאו מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר כְּרַב יְהוּדָה הָיָה לָנוּ לְתַקֵּן לְהַקְנוֹת לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וַאֲנַן דְּלָא בְּקִיאִינַן הָוֵי כְּלֹא אֶפְשָׁר (וְאַפֵּי' בְּהָא דְּרַב יְהוּדָה בְּפֶרֶק אֵין מַעֲרִימִין) דְּאָסוּר מִן הַדִּין גְּזֵירָה דִּלְמָא מַפִּיק אֶת רֹאשׁוֹ קֹודֶם שֶׁיָּטִיל בּוֹ מוּם אִי לָאו מִשּׁוּם דְּרַב יְהוּדָה עֲדִיפָא לְהַטִּיל בּוֹ מוּם קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לְעוֹלָם כִּי הָיָה צָרִיךְ לְהַשְׁהוֹתוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול מוּם מֵעַצְמוֹ וְנִרְאֶה דִּבְהַקְנָאַת אֹזֶן לְחוּד שָׁרִי דקי"ל כְּרַב הוּנָא מִדְּקָאֵי ר' יוֹחָנָן כְּוָותֵיהּ וְאָמַר אַפֵּי' מוּם קַל וְרַב מָרִי נָמֵי דְּמַקְנֶה אַזְּנַייְהוּ לֹא נֶעֱנַשׁ אֶלָּא מִשּׁוּם הַפְקָעָה וּלְקַמָּן פֶּ' בָּתְרָא (ג"ז שָׁם) פָּרִיךְ לִקְנִינְהוּ לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּלְכָל הַיּוֹתֵר מֻותָּר ע"י הַקְנָאָה בְּדָבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ טְרֵיפָה אוֹ נְבֵילָה וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא מְפָרֵשׁ שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי מִשּׁוּם דְּיָדַע לְאַקְנוֹיֵי וכ"ע לָא יָדְעִי וְסָבְרִי רַב מָרִי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאָתֵי לִידֵי תַּקָּלָה יֵשׁ לְפָרֵשׁ נָמֵי רַב מָרִי שֶׁהָיָה בָּקִי בִּדְרַב יְהוּדָה לֵית לֵיהּ לְמֶיעְבַּד בְּקִנְיָן דְּאָתֵי לְמִיטְעֵי אֲבָל לְדִידַן לֹא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר עוֹד פר"ת רַב מָרִי שֶׁהָיָה מַקְנֶה אֹזֶן עֻובָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָוֵי דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם אֶלָּא הָיָה מַקְנֶה בְּהֵמָה לְאָזְנֵי עֻובָּר כְּמוֹ דֶּקֶל לְפֵירוֹתָיו וְטָעָה אִינָשׁ וְאָמַר אָזְנֵי עֻובָּר הָיָה מַקְנֶה כְּמוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל וְאָתֵי לִידֵי תַּקָּלָה אֲבָל כִּי מַקְנֶה אָזְנֵי הַבְּהֵמוֹת שָׁרִי דְּלָא אָתֵי לְמִיטְעֵי וּלְפִי' הַקּוּנְטְרֵס לֹא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ כֵּן שֶׁפֵּירֵשׁ רַב מָרִי הָיָה יוֹדֵעַ לְהַקְנוֹת קִנְיָן גָּמוּר לִיטֹּול מָעוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אֶלָּא בְּכֶסֶף כִּדְאָמַר לְקַמָּן פ"ב (בְּכוֹרוֹת יג.) וְסָבְרִי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאֵינוֹ נוֹטֵל דָּמִים וּמִיהוּ לְפִי דְּבָרָיו לֹא הָיָה לוֹ לְהַזְכִּיר רְאָיָה [מִלְּקַמַּן] דְּאַדְּרַבָּה לֵר' יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דְּרֵישׁ לָהּ לְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף יג:) מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וּכְרַבִּי יוֹחָנָן [קי"ל]:
Parce qu'il les annulait de leur sainteté — [et quant] à ce qu'on ne se garde plus [de céder l'oreille] aujourd'hui, bien que Rav Mari ait été puni, Rabbenou Tam a expliqué : Rav Mari fut puni parce qu'il cédait l'oreille du foetus, et il y a annulation dans le corps du foetus ; mais céder [l'oreille] de la mère est permis. Et bien qu'il y ait des versions qui lisent 'son oreille' (le-oznah) au féminin, c'est parce que [le pronom] renvoie à la bête ; et de même il la interdit à la tonte et au travail. Et si tu objectes : plus loin, au chapitre 9 (53a), la Guemara objecte à propos du maaser behema — qui n'a pas cours aujourd'hui pour éviter un achoppement — 'si c'est ainsi, que le bekhor non plus n'ait pas cours aujourd'hui à cause de l'achoppement !' et l'on répond 'il est possible [d'agir] comme Rav Yehouda' — pourquoi ne trouve-t-on pas la solution [de céder l'oreille] des mères, comme je l'ai expliqué ? On peut répondre : là, puisqu'il y a crainte d'achoppement et qu'on peut y remédier sans annuler [le droit du] cohen, en agissant comme Rav Yehouda, on n'a pas voulu instituer qu'on procède à jamais ainsi par annulation. Toutefois, si l'on a fait, c'est fait. Ou bien : du temps de Rav Mari, où l'on savait infliger un défaut au bekhor avant sa sortie au monde, il était interdit de procéder par annulation ; mais nous, qui ne le savons plus, mieux vaut céder au goy avant d'en venir à un achoppement, comme il ressort du dernier chapitre (53a) : n'était la possibilité d'agir comme Rav Yehouda, nous aurions dû instituer la cession aux goyim ; et pour nous qui ne savons plus, c'est comme si c'était impossible (et même pour cet [avis] de Rav Yehouda, au chapitre 'On ne ruse pas', c'était juridiquement interdit par décret, de peur qu'il ne sorte sa tête avant qu'on inflige le défaut — n'était que Rav Yehouda tient qu'il vaut mieux infliger le défaut avant la sortie au monde que d'avoir à le garder jusqu'à ce qu'un défaut survienne de lui-même). Et il paraît qu'en cédant la seule oreille [c'est] permis, car nous tranchons comme Rav Houna, du fait que R. Yo'hanan tient comme lui et a dit 'même un défaut léger' ; et Rav Mari aussi, qui cédait leurs oreilles, ne fut puni qu'à cause de l'annulation. Et plus loin, au dernier chapitre (53a), la Guemara objecte 'qu'il cède leurs oreilles au goy' — et au plus [c'est] permis par cession d'une chose qui la rend terefa ou nevela. Et selon l'autre version, qui explique que Rav Mari fut puni parce qu'il savait réaliser un qinyan [complet] et que tout le monde ne sait pas, [de sorte] qu'on croit que Rav Mari a fait une simple formule et qu'on en vient à un achoppement — on peut expliquer aussi : Rav Mari, qui connaissait [la voie de] Rav Yehouda, n'aurait pas dû agir par un qinyan où l'on risque de se tromper ; mais pour nous il n'y a pas d'autre moyen. Rabbenou Tam a expliqué encore : Rav Mari qui cédait l'oreille du foetus au goy — [ce serait] une chose qui n'est pas venue au monde (davar chelo ba la-olam) ; en fait il cédait la bête quant aux oreilles [de] son foetus, comme un palmier pour ses fruits, et les gens se trompaient et disaient qu'il cédait l'oreille du foetus, comme les fruits du palmier, et en venaient à un achoppement ; mais quand on cède les oreilles des bêtes [mères], c'est permis, car on ne s'y trompe pas. Et selon l'explication de Rachi cela ne peut se dire ainsi, car il a expliqué : Rav Mari savait réaliser un qinyan complet en prenant de l'argent du goy, car le goy n'acquiert que par l'argent, comme il est dit plus loin au deuxième chapitre (13a), et les gens croient que c'est une simple formule. Mais selon ses propos [de Rachi], il n'aurait pas dû apporter une preuve [de plus loin], car au contraire, selon R. Yo'hanan qui dit 'selon la Torah l'argent acquiert' — [la Guemara] expose plus loin (13b) 'de la main de ton prochain, par l'argent : pour le goy, [c'est] par la traction' — et c'est comme R. Yo'hanan que nous tranchons.
💡 Explication

Analyse. S'il traitait déjà les bêtes comme des bekhorot, pourquoi céder l'oreille au goy ? Pour prévenir un taqala (achoppement) : que quelqu'un les tonde ou les fasse travailler par erreur. Mais alors, s'il agissait bien, pourquoi la sanction ? Parce que la vente au goy annule leur sainteté (hafqaa) — un acte problématique.

13
וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה: מֻותָּר לָאָדָם לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם! הָתָם מִקְּדֻושַּׁת מִזְבֵּחַ קָא מַפְקַע לֵיהּ, מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לֵיהּ. הָכָא אֲפִילּוּ מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן קָא מַפְקַע לֵיהּ.

Mais Rav Yehouda a dit : il est permis à un homme d'infliger un défaut au bekhor avant qu'il sorte à l'air du monde ! Là-bas, [le défaut] l'ôte de la sainteté de l'autel (kedushat mizbeah), [mais] ne l'ôte pas de la sainteté du cohen (kedushat kohen).

Ici, [la vente au goy] l'ôte même de la sainteté du cohen.

📜 Rachi (3)
קֹודֶם שֶׁיָּצָא וַעֲדַייִן לֹא נִתְקַדֵּשׁ דִּבְכוֹר בָּרֶחֶם תַּלְיָא קְדֻושְׁתֵּיהּ דִּכְתִיב כָּל הַבְּכוֹר אֲשֶׁר יִוָּלֵד וְלָא הָוֵי כְּמֵטִיל מוּם בְּקָדָשִׁים:
Avant qu'il sorte — alors qu'il n'est pas encore sanctifié, car la sainteté du bekhor dépend de la matrice (rehem), comme il est écrit 'tout premier-né qui naîtra' ; [infliger un défaut avant la naissance] n'est donc pas comme infliger un défaut à des [animaux déjà] consacrés.
מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לֵיהּ דְּהָוֵי כִּבְכוֹר בַּעַל מוּם הַנִּיתָּן לְכֹהֵן וְחַיָּיב כֹּהֵן לִנְהֹוג בּוֹ קְדֻושָּׁה שֶׁלֹּא יָגֹוז וְיַעֲבֹוד בּוֹ וּכְשֶׁהוּא שׁוֹחֲטוֹ אֵינוֹ שׁוֹחֲטוֹ בְּאִיטְלִיז וְאֵינוֹ נִמְכָּר בְּאִיטְלִיז וְאֵינוֹ נִשְׁקָל בְּלִיטְּרָא כְּדִלְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף לא.):
Ne l'ôte pas de la sainteté du cohen — car [le bekhor taré] est comme un bekhor à défaut donné au cohen : le cohen doit lui appliquer la sainteté, ne pas le tondre ni travailler avec lui, et lorsqu'il l'égorge, il ne l'égorge pas à l'étal, ne le vend pas à l'étal et ne le pèse pas à la livre (litra), comme [dit] plus loin (31a).
הָכָא מִכִּי מַקְנֵי לָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּלָא חָיְילָא עָלֶיהָ שֵׁם קְדֻושָּׁה ואע"ג שֶׁהוּא נוֹהֵג בּוֹ קְדֻושָּׁה הָוֵי כְּנוֹהֵג קְדֻושָּׁה בְּחֻולִּין גְּמוּרֵין:
Ici — dès lors qu'il le cède au goy, aucun nom de sainteté ne se pose sur lui ; et bien qu'il lui applique [de fait] la sainteté, c'est comme appliquer la sainteté à du profane complet (houlin gemourin).
💡 Explication

Objection : Rav Yehouda permet d'infliger un défaut au foetus avant sa naissance — pourquoi punir Rav Mari qui, de même, agit avant la naissance ? Réponse : infliger un défaut ôte seulement la sainteté de l'autel (l'animal reste donné au cohen) ; mais vendre l'oreille au goy annule aussi la sainteté du cohen — c'est là une hafqaa totale, bien plus grave.

14
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: רַב מָרִי בַּר רָחֵל יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר, וְחָזֵי לֵיהּ אִינִישׁ אַחֲרִינָא, וְאָזֵיל וַעֲבִיד, וְסָבַר רַב מָרִי מִילְּתָא הוּא דַּעֲבַד, וְאָתֵי בָּהּ לִידֵי תַקָּלָה.

Et si tu veux, dis : Rav Mari bar Rahel savait réaliser un acte d'acquisition complet (qinyan gamour), et un autre homme le voit, va et fait [comme lui] ; or Rav Mari [seul] avait accompli [réellement] la chose, [tandis que l'imitateur] pense [que c'est] une [simple] formule — et l'on en vient, avec [la bête], à un achoppement (taqala).

📜 Rachi (2)
קִנְיָן גָּמוּר לִיטֹּול מָעוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אֶלָּא בְּכֶסֶף כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יג.):
Un qinyan complet — prendre de l'argent du non-Juif, car le goy n'acquiert que par l'argent (kessef), comme nous disons plus loin au deuxième chapitre (13a).
מִילְּתָא הוּא דַּעֲבַד מִילְּתָא בְּעָלְמָא בְּדִיבּוּר וְאֵינוֹ נוֹטֵל דָּמָיו:
Une [simple] formule — une simple parole en paroles, sans prendre son prix [en argent].
💡 Explication

Seconde explication de la sanction. Rav Mari savait réaliser un qinyan complet (validant vraiment la vente au goy, notamment en prenant de l'argent). Mais un autre, l'imitant, croirait qu'une simple formule suffit, sans transaction réelle ; sa vente serait nulle, la bête resterait sainte, et il tomberait dans un taqala (tonte, travail, consommation interdits). C'est pour ce risque d'entraînement que Rav Mari fut sanctionné.

15
מַתְנִי׳ כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם פְּטוּרִין, מִקַּל וָחֹומֶר: אִם פָּטְרוּ אֶת שֶׁל יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר, דִּין הוּא שֶׁיִּפְטְרוּ אֶת שֶׁל עַצְמָן.

MICHNA. Les cohanim et les leviim sont exempts [du rachat du premier-né d'âne], par un kal va-homer (à fortiori) : s'ils ont exempté [les premiers-nés] d'Israel au désert, il est juste qu'ils exemptent les leurs.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם פְּטוּרִין קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ אֶפָּטֵר חֲמוֹר קָאֵי:
MICHNA : Les cohanim et les leviim sont exempts — on suppose [d'abord] que [la michna] parle du peter hamor (premier-né d'âne).
אִם פְּטָרוֹ לְוִיִּם בְּכוֹרֵי יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר:
S'ils ont exempté — les leviim [ont exempté] les premiers-nés d'Israel au désert.
דִּין הוּא כוּ' וּמַשְׁמַע דְּגוּף הַלְּוִיִּם פָּטְרִי חֲמוֹרֵי יִשְׂרָאֵל:
Il est juste, etc. — et cela implique que la personne même des leviim exempte les ânes d'Israel.
🗂️ Tossefot (1)
כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם פָּטְרוּ עַצְמָן מק"ו וא"ת בְּלֹא ק"ו תִּיפּוֹק לֵיהּ מִתּוֹךְ קוּנְטְרוּקוּס הַשַּׂר דִּמְשַׁנֵּי (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת ה:) אוֹתָם ג' מֵאוֹת בְּכוֹרִים הָיוּ וְאֵין בְּכוֹר מַפְקִיעַ בְּכוֹר מִשּׁוּם דְּדַיּוֹ שֶׁיַּפְקִיעַ שֶׁל עַצְמוֹ ש"מ דְּשֶׁל עַצְמוֹ מִיהָא מַפְקִיעַ י"ל אִי לָאו ק"ו מָצִינוּ לְשַׁנּוֹיֵי אוֹתָן ג' מֵאוֹת בְּכוֹרוֹת הָיוּ וְהֻוצְרְכוּ פִּדְיוֹן וְכִי תֵּימָא א"כ לִמְנִינְהוּ בַּהֲדֵי שְׁלֹשָׁה וְשִׁבְעִים וּמָאתַיִם הָעֹודְפִים מָצֵי לְמֵימַר לֹא הֻוחְזַק הַכָּתוּב לִמְנוֹת אֶלָּא דְּיִשְׂרָאֵל לְחוּדַיְיהוּ:
Les cohanim et les leviim se sont exemptés eux-mêmes par un kal va-homer — et si tu objectes : sans le kal va-homer, qu'on le déduise du 'Contra du seigneur' [= l'échange avec le fonctionnaire], que [la Guemara] résout plus loin (5b) [en disant] que ces trois cents premiers-nés [leviim] existaient, et qu'un premier-né n'exempte pas [un autre] premier-né, car il suffit qu'il exempte le sien — d'où l'on déduit que le sien du moins, il l'exempte ! On peut répondre : n'était le kal va-homer, nous aurions pu résoudre [autrement], que ces trois cents premiers-nés existaient et requéraient rachat. Et si tu dis : dans ce cas, qu'on les compte parmi les deux cent soixante-treize [premiers-nés] en surplus [rachetés par de l'argent] ! On peut répondre : l'Écriture ne s'est employée à compter que ceux d'Israel seuls.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם פְּטוּרִין מק"ו אִם פָּטְרוּ שֶׁל יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר דִּין הוּא שֶׁיִּפְטְרוּ שֶׁל עַצְמוֹ:
MICHNA : Les cohanim et les leviim sont exempts par un kal va-homer : s'ils ont exempté [le premier-né] d'Israel au désert, il est juste qu'ils exemptent le leur.
💡 Explication

Nouvelle michna sur le peter hamor (rachat du premier-né d'âne). Cohanim et leviim en sont exempts, par un kal va-homer : au désert, les leviim ont servi de rachat aux premiers-nés d'Israel (Nombres 3:45) ; s'ils ont pu exempter ceux d'autrui, à plus forte raison exemptent-ils les leurs.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).