Sougya : Début : la baraita précise que la 'arkouba' de la michna précédente est la jointure haute (visible chez le chameau, non chez le veau). La michna énonce ensuite une redondance apparente (on abat / on rachète), résolue par le besoin de trancher comme les avis individuels.
Le cœur du daf est une liste de défauts qui n'autorisent l'abattage ni au Temple ni en province : la Guemara montre que garav et hazazit figurent pourtant dans la Torah, et distingue la forme HUMIDE (guérissable, pas un mum) de la forme SÈCHE (incurable, un vrai mum) — d'où trois sortes de garav. Elle dérive de 'min ha-tson' l'exclusion du vieux, du malade et du puant (trois exclusions nécessaires), et de 'min ha-behema...' celle de l'animal ayant servi à une faute (rovea, nirba, neevad, mouktse, noguea'h), attestée par un seul témoin ou l'aveu du propriétaire.
Enfin, tumtum et androgyne : on n'abat ni au Temple ni en province ; Abaye et Rava expliquent pourquoi l'organe femelle (une 'fente' dans la chair) n'est pas un mum, contre R. Yichmael pour qui c'est le plus grand des défauts.
GUEMARA. On a enseigné (baraita) : [dans le cas de la queue du veau qui n'atteint pas la jointure,] c'est la jointure HAUTE qui saute (manque), et non la jointure BASSE ; et, en regard d'elle, chez le chameau [l'os] est perceptible.
La michna précédente parlait de la queue du veau qui doit atteindre la arkouba (jointure). La baraita précise laquelle : la jointure haute (entre l'os de la cuisse, yarech, et l'os médian, chok), non la jointure basse près des onglons. Cette jointure est perceptible chez le chameau (un os y fait saillie) mais pas chez le veau.
MICHNA. Pour ces défauts [énumérés plus haut], on abat le premier-né (bekhor) [hors du Temple], et les consacrés devenus invalides (pessoulei ha-mouqdachin) sont rachetés à cause d'eux.
Michna de synthèse : les défauts listés dans les michnayot précédentes ont deux effets. (1) Pour un bekhor (premier-né d'animal pur), ils permettent de l'abattre hors du Temple et de le consommer. (2) Pour des animaux consacrés devenus invalides, ils permettent de les racheter (transférer la sainteté sur de l'argent) puis de les consommer.
GUEMARA. Ce [membre-là], pourquoi encore [le] faut-il ?
Cela, la première partie [de la michna] l'a déjà enseigné : 'pour ces défauts on abat le bekhor' ! [Réponse :] c'est la fin [de la phrase] qui était nécessaire : 'les consacrés invalides sont rachetés à cause d'eux'.
Mais cela aussi est évident — puisqu'on abat [le bekhor grâce à eux], faut-il [encore] dire qu'on rachète [les consacrés invalides] ?
La Guemara pointe une redondance : abattre le bekhor a déjà été dit. On répond que la nouveauté est la seconde clause (on rachète les consacrés invalides). Objection : c'est évident à fortiori — si un défaut suffit à permettre l'abattage du bekhor (règle plus stricte), à plus forte raison suffit-il pour le simple rachat.
Plutôt : puisqu'on a enseigné que [Ila] ajouta trois [défauts], et qu'on lui dit 'nous n'avons entendu que ceux-là (les premiers)', et [que la michna] enseigne alors des propos venus d'individus (di-yehidaa), [le rédacteur] les pose de façon anonyme (setam) pour tous : 'pour ces défauts on abat le bekhor, et les consacrés invalides sont rachetés à cause d'eux'.
La vraie raison de cette michna : les défauts en jeu avaient été enseignés au nom d'individus (R. Hanina ben Antignos, R. Hanania ben Gamliel), et on aurait pu croire que les Sages contestent. Le rédacteur les reprend donc de façon anonyme (setam), ce qui signale que la halakha suit tous ces avis.
MICHNA. Et voici ceux pour lesquels on n'abat pas, ni au Temple ni en province : la taie blanche (hivarver), les larmes qui ne sont pas permanentes (ha-mayim), les gencives (dents) internes qui ont été ébréchées — mais non celles qui ont été arrachées ; celui qui a la gale (baal garav), celui qui a une verrue (baal yabelet), celui qui a le dartre (baal hazazit) ; [l'animal] vieux, malade ou puant ; celui avec lequel a été commise une faute, et celui qui a tué un homme — [ces deux derniers établis] par un seul témoin ou par le propriétaire.
Liste de conditions qui n'autorisent pas l'abattage (ni au Temple ni hors du Temple) : elles ne sont pas des mumim permanents. On y trouve des affections passagères de l'œil et des dents, trois maladies de peau (garav, yabelet, hazazit), l'état général (vieux, malade, puant), et deux cas moraux (animal ayant servi à une faute ou ayant tué) — établis même par un seul témoin ou l'aveu du maître.
Et le tumtum et l'androgyne : ni au Temple ni en province. Rabbi Chimon dit : tu n'as pas de défaut plus grand que celui-là [et on l'abat].
Et les Sages disent : il n'est pas un bekhor, mais il est tondu et [mis] au travail (nigzaz ve-neevad).
Deux cas de sexe indéterminé. Le tumtum a les organes cachés (doute mâle/femelle) ; l'androgyne a les deux. On ne les abat ni au Temple ni en province. R. Chimon (le texte reprend R. Yichmael plus bas) : l'organe femelle de l'androgyne est le plus grand des défauts, donc on l'abat. Les Sages : l'androgyne n'a pas du tout le statut de bekhor ; c'est une créature à part, profane, qu'on peut tondre et faire travailler.
GUEMARA. Et la gale (garav) ne [serait-elle] pas [un mum] ?!
Or il est écrit 'garav' dans la Torah ! Et le dartre (hazazit) ne [serait-il] pas [un mum] ?!
Or il est écrit 'yalefet' dans la Torah ! Et on a enseigné (baraita) : 'garav' — c'est le hères (le sec dur comme la faïence) ; 'yalefet' — c'est le dartre d'Égypte (hazazit ha-mitzrit).
Et Rich Lakich a dit : pourquoi l'a-t-on appelé 'yalefet' ? Parce qu'il s'accroche (melapefet) et progresse jusqu'au jour de la mort.
Contradiction : la michna range garav et hazazit parmi les non-mumim, mais la Torah (Lev 22:22) les cite comme défauts disqualifiants. La baraita identifie : le 'garav' de la Torah = le hères (sec) ; la 'yalefet' = le dartre d'Égypte. Rich Lakich : 'yalefet' vient de melapefet, elle s'accroche et progresse jusqu'à la mort — donc incurable.
Certes, [la contradiction] du dartre sur le dartre n'est pas difficile : ici [la Torah parle] du dartre d'Égypte, là [la michna parle] du dartre ordinaire. Mais [la contradiction] du garav sur le garav est difficile !
[Réponse :] le garav sur le garav non plus n'est pas difficile — ceci [se rapporte] à l'humide, cela au sec. L'humide guérit ; le sec ne guérit pas.
Résolution : pour la hazazit, deux espèces — celle d'Égypte (Torah, un mum) et celle ordinaire (michna, pas un mum). Pour le garav, distinction humide/sec : la michna vise le garav humide (guérissable, donc pas un mum permanent) ; la Torah vise le garav sec (incurable, donc un mum).
Mais l'humide guérit-il [vraiment] ?! Or il est écrit : 'Le Seigneur te frappera de l'ulcère d'Égypte, [des hémorroïdes, du garav et du hères]', et puisqu'il est écrit 'et du hères' [le sec], voilà que le garav humide est [aussi] mentionné — et [le verset] dit : 'dont tu ne pourras guérir' !
Difficulté contre la distinction : dans Deut 28:27, l'ulcère d'Égypte est déclaré incurable ('dont tu ne pourras guérir'). Puisque le 'hères' (sec) y est nommé séparément, le mot 'garav' du même verset doit désigner le garav humide — pourtant lui aussi y est dit incurable. Donc l'humide ne guérit pas toujours : la distinction humide/sec ne suffit pas.
Plutôt : il y en a trois. Celui du verset [des défauts] — sec aussi bien dedans que dehors.
Celui de la michna — humide dehors et dedans. Celui d'Égypte — sec dedans et humide dehors, comme il est écrit : 'et il y eut un ulcère bourgeonnant en pustules (avabouot) sur l'homme [et la bête]'.
Solution définitive : trois garav. (1) Celui du verset des défauts (Lev 22) = sec dedans et dehors (le hères), incurable, un mum. (2) Celui de la michna = humide dedans et dehors, guérissable, pas un mum. (3) Celui d'Égypte (Deut 28) = sec dedans, humide dehors ('avabouot', pustules qui coulent) ; sec dedans donc incurable. Chaque verset parle d'un type différent.
'Et le vieux, le malade et le puant.' D'où [tient-on] ces choses ? De ce que nos maîtres ont enseigné : 'du menu bétail, des brebis et des chèvres' (min ha-tson, min ha-kevasim, min ha-izim) — pour exclure le vieux, le malade et le puant.
La michna disqualifie le vieux, le malade et le puant (mezoham). Source : Lev 1:10 emploie trois fois le mot min ('de/parmi'). Or 'min ha-tson' signifie 'd'une partie du menu bétail, non de tout' : chacun des trois 'min' exclut un animal — le vieux, le malade, le puant.
Et [les trois] sont nécessaires. Car si le Miséricordieux avait écrit [un seul 'min'] pour exclure le vieux, qui ne redevient pas sain, mais le malade, qui peut redevenir sain — [j'aurais] dit : non [il n'est pas exclu].
Et s'il avait écrit pour exclure le malade, dont ce n'est pas la voie [naturelle d'être ainsi], mais le vieux, dont c'est [au contraire] la voie [naturelle] — [j'aurais] dit : non.
Pourquoi trois mots ? Un seul ne suffirait pas. (à) S'il n'excluait que le vieux (définitivement diminué), on croirait le malade admissible car il peut guérir. (b) S'il n'excluait que le malade (état anormal), on croirait le vieux admissible car vieillir est normal.
Et si le Miséricordieux avait écrit deux [mots], pour exclure ceux-là qui sont maigres, mais le puant, qui n'est pas maigre — [j'aurais] dit : non. Et si aussi [il n'avait écrit qu'un mot] pour exclure le puant parce qu'il est répugnant, mais ceux-là qui ne sont pas répugnants — [j'aurais] dit : non.
[Donc les trois] sont nécessaires.
Suite : (c) avec deux mots seulement, on penserait qu'ils excluent les animaux maigres (vieux et malade), et que le puant, qui n'est pas maigre, reste admissible. (d) À l'inverse, un mot excluant le puant (parce que répugnant) laisserait admettre vieux et malade, non répugnants. Il faut donc bien les trois.
'Et celui avec lequel a été commise une faute, etc.' D'où [tient-on] ces choses ?
Transition : la michna disqualifie aussi l'animal ayant servi à une transgression (bestialité, culte idolâtre) et celui qui a tué un homme. La Guemara cherche la source scripturaire.
De ce que nos maîtres ont enseigné : 'du bétail (min ha-behema)' — pour exclure le rovea (l'animal qui a saillie un humain) et le nirba (objet de bestialité) ; 'du gros bétail (min ha-baqar)' — pour exclure le neevad (adoré comme idole) ; 'du menu bétail (min ha-tson)' — pour exclure le mouktse (mis de côté [pour l'idolâtrie]) ; 'et du menu bétail (u-min ha-tson)' — pour exclure le noguea'h (qui a encorné [et tué]).
Source (Lev 1:2) : chaque 'min' exclut une catégorie. 'min ha-behema' -> rovea et nirba (bestialité active/passive) ; 'min ha-baqar' -> neevad (adoré) ; 'min ha-tson' -> mouktse (réservé à l'idolâtrie) ; 'u-min ha-tson' -> noguea'h (qui a tué en encornant).
Mais ceux-là sont passibles de mort [par lapidation] ! [Réponse :] par un seul témoin, ou par le propriétaire.
Objection : rovea, nirba et noguea'h sont déjà voués à la lapidation (et donc interdits à tout usage) — pourquoi un verset spécial ? Réponse : le verset vise le cas où il n'y a qu'un seul témoin ou l'aveu du propriétaire : l'animal n'est pas mis à mort (témoignage insuffisant / aveu qui exempte de l'amende), mais il reste disqualifié de l'autel.
Certes, le tumtum : au Temple non — peut-être est-il femelle ; en province non — peut-être est-il mâle et sans défaut.
La Guemara justifie la double interdiction pour le tumtum. Au Temple : peut-être femelle (donc pas un bekhor sanctifié ; l'offrir serait apporter du profane dans la cour). En province : peut-être mâle sans défaut (donc consacré et intact ; l'abattre dehors serait interdit).
Mais l'androgyne — certes, au Temple non, peut-être est-il femelle. Mais en province aussi [?] : quand bien même il serait mâle, que sa féminité soit tenue pour une fente (haritz), et qu'on l'abatte à cause d'elle !
Question sur l'androgyne. Au Temple : peut-être femelle -> d'accord, on n'offre pas. Mais en province : même si c'est un mâle, pourquoi ne pas traiter son organe femelle comme une 'fente' (haritz) — le défaut de 'fendu' (harouts) figurant dans la Torah (Lev 22:22) — et donc l'abattre à ce titre ?
Abaye dit : le verset dit 'ou fendu, ou cassé' (o harouts o chavour) — [donc] 'fendu' est semblable à 'cassé' : de même que 'cassé' [se dit] à l'emplacement d'un os, de même 'fendu' [se dit] à l'emplacement d'un os.
Réponse d'Abaye : le verset accole 'fendu' et 'cassé'. Par analogie de contexte, 'fendu' n'est un défaut qu'au même titre que 'cassé' : là où il y a un os (on ne 'casse' pas de la chair). L'organe femelle étant de la chair, sa 'fente' n'est pas un mum.
Rava dit : même sans [l'analogie avec] 'cassé', tu ne peux pas dire qu'une fente à l'emplacement de la chair est un défaut. Car si tu venais à penser que c'[en] est un — puisqu'on a dit 'garav, c'est le hères', [or le hères] fend bel et bien une fente, comme il est écrit [des plaies] 'et son aspect est plus profond que la peau', tel l'aspect [d'un endroit au] soleil, plus profond (bas) que l'ombre.
Réponse de Rava (sans analogie) : le garav est appelé hères et il creuse une fente dans la peau (comparée à une plaie 'plus profonde que la peau', comme le soleil paraît creuser par rapport à l'ombre). Le garav est donc lui-même une sorte de 'fente' dans la chair — et pourtant la michna dit qu'il n'autorise pas l'abattage. Preuve qu'une fente dans la chair n'est pas un mum.
Et [pourtant] que le Miséricordieux écrive [seulement] 'fendu' et n'ait pas besoin de 'garav' ! Et je dirais : 'fendu', qui n'est pas répugnant, est un défaut ; 'garav', qui est répugnant — ne l'est-il pas à plus forte raison ?
[Si] le Miséricordieux [a néanmoins] écrit 'garav', c'est pour dire que 'fendu' à l'emplacement de la chair n'est pas un défaut.
Suite du raisonnement de Rava : puisqu'un garav (répugnant) serait un mum à fortiori si une simple 'fente' l'était, le mot 'garav' du verset serait superflu. S'il est néanmoins écrit, c'est précisément pour enseigner que 'fendu' dans la chair n'est PAS un mum (sinon 'garav' se déduirait tout seul). Donc l'organe femelle de l'androgyne n'est pas un défaut permettant l'abattage.
'Rabbi Yichmael dit : tu n'as pas de défaut plus grand que celui-là.' [Selon lui] : il n'a pas dit comme Abaye — nous ne disons pas 'fendu semblable à cassé'.
Retour à l'avis de R. Yichmael (= le R. Chimon de la michna, selon la version) : l'organe femelle EST le plus grand des défauts. La Guemara explique : il rejette le raisonnement d'Abaye — pour lui on ne dit pas que 'fendu' doit ressembler à 'cassé' ; ce sont deux défauts distincts, et une fente dans la chair est bien un mum.
Il n'a pas non plus dit comme Rava : peut-être [Rava ne conclut ainsi] que là où [la fente] n'est pas perceptible ; mais là où elle EST perceptible, nous l'appelons 'un défaut mauvais' (mum ra) [et l'animal est disqualifié].
R. Yichmael rejette aussi Rava : l'argument de Rava ne vaudrait que pour une fente peu visible. Mais l'organe femelle de l'androgyne est bien apparent ; on peut alors l'appeler 'mum ra' (défaut mauvais, Deut 15:21) et disqualifier l'animal. D'où sa position : c'est le plus grand des défauts.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).