Bekhorot 42a — le tumtum : doute (safek) ou créature à part (beriah) ? La règle 'samei mikan tumtum'

Bekhorot 42a

Sougya : La Guemara cherche à savoir si le tumtum (dont le sexe est caché) est un simple DOUTE — ou bien mâle certain, ou bien femelle certaine — ou une créature à part entière (briah), comme l'androgyne (hermaphrodite). Une série de baraitot (valeurs, olah, chelamim, impureté de la gorge, temoura, bekhor) semblent toutes exclure le tumtum à côté de l'androgyne.

À chaque fois la réponse est la même : 'samei mikan tumtum' — retire le tumtum de cette baraita, car un verset ne peut exclure qu'une briah (l'androgyne), tandis qu'un doute 'n'existe pas devant le Ciel' et ne saurait être l'objet d'une exclusion scripturaire. La clé est la règle de Rabbi Eliezer : partout où l'Écriture dit 'mâle et femelle', on en sort tumtum et androgyne.

La sougya se clôt en cherchant à ancrer la question dans une mahloket de Tannaim autour du bekhor androgyne.

Tumtum vs Androgyne : doute (safek) ou créature à part (beriah) ? TUMTUM (sexe caché) ANDROGYNE (2 sexes) C'est un DOUTE : ou bien mâle certain, ou bien femelle certaine C'est une BRIAH : ni mâle ni femelle, catégorie propre Un verset NE peut PAS l'exclure : "il n'y a pas de doute devant le Ciel" (ein safek kamei chemaya) Un verset PEUT l'exclure là où il est écrit "mâle / femelle" : on le sort de la catégorie -> "samei mikan tumtum" -> exclu par le verset, donc reste dans la baraita
Le coeur de la sougya : pourquoi tumtum (doute) et androgyne (briah) ne se traitent pas pareil.
La règle de R. Eliezer (seg. 5) : la clé qui résout toutes les baraitot Verset dit "mâle ET femelle" (ex : valeurs, olah, chelamim) On EXCLUT tumtum + androgyne le verset les sort de la catégorie baraita valable (androgyne exclu) Verset ne dit PAS "mâle/femelle" (ex : oiseaux, tourterelles) On n'exclut RIEN : tout est apte androgyne = apte à l'autel contradiction si tumtum y figure Le tumtum, simple doute, n'est jamais exclu par un verset -> "samei mikan tumtum"
La règle de R. Eliezer (seg. 5) qui commande le 'samei mikan tumtum' de toutes les baraitot.
Le tumtum est-il un doute ? Mahloket de Tannaim (seg. 10-11) R. Ilai (au nom de R. Yichmael) L'androgyne EST un bekhor (sacré), avec son défaut : mange par le kohen après apparition d'un mum Sages (Rabanan = tana kama) Sur l'androgyne, AUCUNE sainteté ne se pose mais tumtum = doute, donc sacré par doute R. Chimon b. Yehouda (au nom de R. Chimon) "mâle" (Dt 15:19) exclut tumtum ET androgyne : il FAUT un verset pour le tumtum -> c'est une briah Nafka mina : le tumtum est-il exclu par un verset (briah, R. Ch. b. Y.) ou sacré par simple doute (Rabanan) ? La sougya y trouve ses deux Tannaim.
La tentative finale d'adosser la question à une mahloket de Tannaim (seg. 10-11).
1
אַלְּמָה תַּנְיָא: ״הַזָּכָר״ — וְלֹא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס! סַמִּי מִיכֵּן טֻומְטוּם.

Pourquoi donc a-t-on enseigne (baraita) : 'le mâle' (Lv 27:3) — et non un tumtum ni un androgyne ! [Réponse :] retire d'ici le tumtum (samei mikan tumtum).

📜 Rachi (1)
אַלְּמָה תַּנְיָא הַזָּכָר וְהָיָה עֶרְכְּךָ הַזָּכָר וּמֵרִיבּוּיָא דְּהֵ"א נָפְקָא לָן וְלֹא טֻומְטוּם:
Pourquoi a-t-on enseigne 'le mâle' — [le verset dit] 'et ta valeur sera... le mâle' (Lv 27:3), et c'est du surplus de la lettre hé (ha-zakhar) que nous tirons 'et non un tumtum'.
🗂️ Tossefot (1)
אַלְּמָה תַּנְיָא הַזָּכָר וְלֹא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס מִייִּתּוּרָא קָדָרֵישׁ אֲבָל מִזָּכָר לְחוּדֵיהּ לָא קָמְמַעֵט כִּדְאָמַר בְּסוֹף הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כֹּח:) וְכַר' יְהוּדָה אָתְיָא כִּדְמוֹכַח בְּשַׁבָּת בְּסוֹף פֶּרֶק אִם לֹא הֵבִיא כְּלִי (דַּף קלו:) דְּאָמַר רַב חִסְדָּא לֹא לַכֹּל א"ר יְהוּדָה אַנְדְּרוֹגִינוֹס זָכָר הוּא שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר כֵּן בַּעֲרָכִין יֵעָרֵךְ וְתַנְיָא הַזָּכָר וְלֹא טֻומְטוּם כו' פֵּירוּשׁ וּסְתָם סִפְרָא ר' יְהוּדָה הִיא (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת דַּף סא.) וְקָאָמַר ר"נ בַּר יִצְחָק אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא דקא"ר יְהוּדָה פּוֹסֵל בְּאִשָּׁה וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס לְקִידּוּשׁ מֵי חַטָּאת וּמַאי שְׁנָא גַּבֵּי מִילָה דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יז) הִמּוֹל לָכֶם כָּל זָכָר וְיֵשׁ לִתְמֹוהַּ מַאי שְׁנָא דְּבַעֲרָכִין צָרִיךְ יִיתּוּר לְמַעֵט אַנְדְּרוֹגִינוֹס וּבְקִידּוּשׁ לֹא צָרִיךְ מִיעוּט אֶלָּא מְמַעֲטִינַן לֵיהּ מֵהֵיכָא דִּמְמַעֲטִינַן אִשָּׁה מוֹנָתָן וְלֹא וְנָתְנָה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק טָרַף בַּקַּלְפִּי (יוֹמָא דַּף מג.) וּבְמִילָה אַדְּרַבָּה צָרִיךְ יִתּוּר לִרְבוּתַן לְדִין זָכָר וּמִיהוּ מִקִּידּוּשׁ הֲוָה מָצֵינַן לְמֵימַר דְּשֶׁמָּא אִיכָּא מִיעוּט אֲבָל מִילָה קַשְׁיָא וְי"ל דְּקָסָבַר ר' יְהוּדָה אַנְדְּרוֹגִינוֹס מוֹצֵא מִכְּלַל זָכָר בְּלֹא שׁוּם מִיעוּט מִסְּבָרָא וּלְהָכִי פָּסַל לֵיהּ קִדּוּשׁ וּלְעִנְיַן מִילָה צָרִיךְ יִיתּוּרָא דְּכָל זָכָר לְרִיבּוּיָא וְהָא דְּבָעֵי מִיעוּטָא בַּעֲרָכִין הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּמִסְּבָרָא הָיִיתִי מַעֲמִידוֹ לְכָל הַפָּחוֹת בְּעֵרֶךְ נְקֵבָה אִי לָאו דְּמַעֲטֵיהּ מִנְּקֵבָה (לְאוֹקוֹמֵיהּ בְּעֵרֶךְ) וּבָרַייְתָא דְּעוֹלָה דִּלְעֵיל דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לִמְעוּטֵי מִזָּכָר לָאו כְּר' יְהוּדָה אע"ג דִּסְתָם סִיפְרָא הִיא דְּהָא בְּקִידּוּשׁ פּוֹסְלוֹ ר' יְהוּדָה בְּלֹא שׁוּם ייִתּוּר ומ"מ פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּהַהִיא דַּעֲרָכִין (דַּף ד.) ר' יְהוּדָה כָּל כַּמָּה דְּאִיכָּא לְאוֹקוֹמֵיהּ סְתָם סִיפְרָא כְּוָותֵיהּ מוֹקְמִינַן וְעוֹד תַּנְיָא בְּהֶדְיָא בפ"ק דַּעֲרָכִין (דַּף ה:) דְּר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַטֻּומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס מַעֲרִיכִין אֲבָל לֹא נֶעֱרָכִין וּמִיהוּ קָשֶׁה לְפִי שִׁיטָה שֶׁפֵּירַשְׁתִּי מִפֶּרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עב:) דְּמַשְׁמַע הָתָם דְּלָא פְּסִיל לֵיהּ ר' יְהוּדָה לְעִנְיַן קִדּוּשׁ אֶלָּא מִסָּפֵק דְּהָוֵי סְפֵק אִישׁ סְפֵק אִשָּׁה דְּתַנְיָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אַף אַנְדְּרוֹגִינוֹס שֶׁקִּדֵּשׁ קִדּוּשׁוֹ פָּסוּל מִפְּנֵי שֶׁהוּא סְפֵק אִשָּׁה וְאִשָּׁה פְּסוּלָה לְקַדֵּשׁ וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּסָפֵק הוּא לְר' יְהוּדָה וּלְעִנְיַן מִילָה אִי כְּאִשָּׁה גְּמוּרָה רִיבָּהוּ הַכָּתוּב מִכָּל זָכָר דְּמַשְׁמַע כָּל זַכְרוּת וּלְעִנְיַן עֲרָכִין מִעֲטוֹ הַכָּתוּב מֵעֵרֶךְ אִישׁ וְאִשָּׁה לְפִי שֶׁהוּא מְשֻׁונֶּה:
'Pourquoi a-t-on enseigne : le mâle, et non un tumtum ni un androgyne' — [le Tana] l'exégète d'un mot surabondant (yitoura), mais du seul mot 'mâle' il n'exclurait pas [l'androgyne], comme il est dit à la fin de 'Ha-mapelet' (Nidda 28b) ; et [cette baraita] suit R. Yehouda, comme le prouve Chabbat, à la fin du chapitre 'Im lo hevi keli' (136b), où Rav H'isda dit : R. Yehouda n'a pas dit partout que l'androgyne est un mâle ; car si tu le dis, [alors] pour les valeurs 'il sera value', or on a enseigné 'le mâle et non un tumtum, etc.' — c'est-à-dire que le Sifra anonyme est [au nom de] R. Yehouda (infra Bekhorot 61a), et R. Nahman bar Yits'hak dit : nous aussi l'avons appris, car R. Yehouda disqualifie une femme et un androgyne pour la sanctification des eaux de la vache [rousse]. Et en quoi la circoncision diffère-t-elle, où il est écrit (Gn 17) 'circoncisez tout mâle' ? Il faut s'étonner : pourquoi pour les valeurs faut-il un surplus [de mot] pour exclure l'androgyne, alors que pour la sanctification [des eaux] il ne faut pas de restriction — on l'exclut plutôt d'où l'on exclut la femme, de 'et il donnera' et non 'et elle donnera', comme on dit au chapitre 'Taraf ba-kalpi' (Yoma 43a) ; et pour la circoncision, au contraire, il faut un surplus pour les inclure dans la loi du mâle ? Pour la sanctification on pourrait dire qu'il existe peut-être une restriction [ailleurs], mais la circoncision fait difficulté. On peut répondre que R. Yehouda tient que l'androgyne sort de la catégorie du mâle sans aucune restriction, par raisonnement (sevara), et c'est pourquoi il le disqualifie pour la sanctification ; et pour la circoncision il faut le surplus 'tout mâle' pour l'inclure ; et s'il faut une restriction pour les valeurs, c'est parce que, par raisonnement, je l'aurais au moins établi dans la valeur d'une femme, n'était qu'on l'exclut [aussi] de la femme. Et la baraita de l'olah, ci-dessus, où il fallut un verset pour l'exclure du mâle, n'est pas [au nom de] R. Yehouda — bien que le Sifra anonyme le soit — car pour la sanctification R. Yehouda le disqualifie sans aucun surplus ; il tient pour évident que celle des valeurs (arakhin 4a) est [de] R. Yehouda : tant qu'on peut établir le Sifra anonyme conforme à lui, on l'établit ainsi. De plus on a enseigné explicitement au premier chapitre d'Arakhin (5b) que R. Yehouda dit : le tumtum et l'androgyne évaluent [autrui] mais ne sont pas évalués. Toutefois, selon la voie que j'ai expliquée, [une] difficulté [surgit] du chapitre 'Hé-arel' (Yevamot 72b), où il ressort que R. Yehouda ne le disqualifie pour la sanctification que par doute — car il est un doute homme, doute femme — puisqu'on a enseigné : R. Yehouda dit, même un androgyne qui a sanctifié [les eaux], sa sanctification est invalide, parce qu'il est un doute femme, et une femme est inapte à sanctifier. Il paraît donc [préférable] d'expliquer que, pour R. Yehouda, c'est un doute : pour la circoncision, dans le cas où [il serait] une femme accomplie, l'Écriture l'a inclus par 'tout mâle', qui signifie toute masculinité ; et pour les valeurs l'Écriture l'a exclu de la valeur d'un homme et d'une femme, parce qu'il est différent [aberrant].
💡 Explication

La Guemara ouvre sur une difficulté au principe qu'un tumtum est un simple doute (safek). Une baraita sur les valeurs (arakhin, Lv 27:3) tire du mot 'le mâle' l'exclusion du tumtum ET de l'androgyne. Or si le tumtum n'est qu'un doute (ou bien mâle certain, ou bien femelle certaine), pourquoi un verset l'exclurait-il ?

Réponse récurrente de toute la sougya : samei mikan tumtum — 'retire le tumtum de cette baraita'. Le verset n'exclut en réalité que l'androgyne, qui est une briah (créature à part) ; le tumtum, lui, n'est pas visé par le verset.

🖼️ Schéma
Tumtum vs Androgyne : doute (safek) ou créature à part (beriah) ? TUMTUM (sexe caché) ANDROGYNE (2 sexes) C'est un DOUTE : ou bien mâle certain, ou bien femelle certaine C'est une BRIAH : ni mâle ni femelle, catégorie propre Un verset NE peut PAS l'exclure : "il n'y a pas de doute devant le Ciel" (ein safek kamei chemaya) Un verset PEUT l'exclure là où il est écrit "mâle / femelle" : on le sort de la catégorie -> "samei mikan tumtum" -> exclu par le verset, donc reste dans la baraita
Le principe directeur : doute (tumtum) vs créature à part (androgyne).
2
תָּא שְׁמַע: יָכוֹל לֹא יְהֵא בְּעֵרֶךְ אִישׁ, אֲבָל יְהֵא בְּעֵרֶךְ אִשָּׁה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״הַזָּכָר... אִם נְקֵבָה״, וְלֹא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס! סַמִּי מִיכֵּן טֻומְטוּם.

Viens et entends (ta chema) : on aurait pu penser qu'il ne serait pas dans la valeur d'un homme, mais qu'il serait dans la valeur d'une femme ? L'Écriture dit : 'le mâle... si [c'est] une femelle' (Lv 27:3-4) — et non un tumtum ni un androgyne !

[Réponse :] retire d'ici le tumtum.

📜 Rachi (3)
עֵרֶךְ אִישׁ וְאִשָּׁה אֵין שָׁוִין כְּדִמְפָרֵשׁ בְּפָ' בְּהַר סִינַי:
Valeur d'un homme et [d'une] femme — ne sont pas égales, comme il est expliqué dans la parachat 'Bé-har Sinaï'.
אִם נְקֵבָה מֵרִיבּוּיָא דְּאִם נָפְקָא לָן וְלֹא טֻומְטוּם מִשּׁוּם סְפֵיקָא לָא מְמַעֵיט לֵיהּ קְרָא דִּסְפֵיקָא קַמֵּי שְׁמַיָּא לֵיכָּא אֶלָּא וַדַּאי מִשּׁוּם בְּרֵיהּ מְמַעֵיט לֵיהּ:
'Si femelle' — c'est du surplus de 'si' (im) que nous tirons 'et non un tumtum' ; ce n'est pas à cause du doute que le verset l'exclut, car un doute n'existe pas devant le Ciel — mais c'est bien parce qu'il est une créature [à part] (briah) que le verset l'exclut.
סַמִּי מִכָּאן טֻומְטוּם מִקְרָא לֹא מְמַעֵט אֶלָּא אַנְדְּרוֹגִינוֹס וּמִשּׁוּם בְּרִיָּה אֲבָל טֻומְטוּם נֶעֱרָךְ וּלְחוּמְרָא נֶעֱרָךְ כְּזָכָר:
Retire d'ici le tumtum — le verset n'exclut que l'androgyne, du fait qu'il est une créature [à part] ; mais le tumtum est évalué, et par rigueur il est évalué comme un mâle.
💡 Explication

Objection tirée de la suite de la même baraita : on aurait pu croire que le tumtum/androgyne, exclu de la valeur d'un homme, entrerait au moins dans la valeur d'une femme ; le verset ('le mâle... si femelle') l'exclut des deux. La preuve semble à nouveau viser le tumtum.

Même réponse : samei mikan tumtum. Le mot 'si femelle' n'exclut que l'androgyne (briah) ; un doute (tumtum) 'n'existe pas devant le Ciel', on ne le retranche pas par verset — il reste évalué, et par rigueur comme un mâle.

3
תָּא שְׁמַע: ״אִם זָכָר אִם נְקֵבָה״ — זָכָר וַדַּאי נְקֵבָה וַדָּאִית, וְלֹא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. סַמִּי מִיכֵּן טֻומְטוּם.

Viens et entends : 'que ce soit mâle, que ce soit femelle' (Lv 3:1) — un mâle certain, une femelle certaine, et non un tumtum ni un androgyne. [Réponse :] retire d'ici le tumtum.

📜 Rachi (1)
אִם זָכָר אִם נְקֵבָה בִּשְׁלָמִים כְּתִיב (וַיִּקְרָא ז) וּמִשּׁוּם סָפֵק לֹא מְמַעֵט קְרָא וְעוֹד בֵּין זָכָר בֵּין נְקֵבָה כָּשֵׁר לִשְׁלָמִים אֶלָּא וַדַּאי בִּרְיָה הוּא:
'Que ce soit mâle, que ce soit femelle' — il est écrit à propos du chelamim (Lv 7) ; et ce n'est pas à cause du doute que le verset l'exclut ; de plus, [pour le chelamim] mâle comme femelle sont aptes — c'est donc bien qu'il est une créature [à part].
💡 Explication

Autre baraita, sur le chelamim (sacrifice de paix, Lv 3:1) : 'que ce soit mâle, que ce soit femelle' vise le certain et exclut tumtum + androgyne. La difficulté est identique.

Même réponse. Rachi note ici un argument supplémentaire : pour le chelamim, mâle comme femelle sont de toute façon aptes ; l'exclusion ne peut donc porter que sur une briah (l'androgyne), pas sur un doute.

4
תָּא שְׁמַע: ״הַזָּכָר״ — וְלֹא נְקֵבָה. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר לְמַטָּה ״זָכָר״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר; מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. סַמִּי מִיכֵּן טֻומְטוּם.

Viens et entends : 'le mâle' (Lv 1:3) — et non une femelle. Quand [l'Écriture] dit plus bas 'mâle' (Lv 1:10), ce qu'il n'était pas besoin de dire — que vient enseigner [ce second 'mâle'] ?

À exclure le tumtum et l'androgyne. [Réponse :] retire d'ici le tumtum.

📜 Rachi (2)
הַזָּכָר וְלֹא נְקֵבָה דְּהַייְנוּ הַךְ דְּגַבֵּי עוֹלָה דְּפָרֵישִׁית לְעֵיל לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וּמִדְּמַעֲטֵיהּ קְרָא בִּרְיָה הוּא דְּמִשּׁוּם סָפֵק לָא מְמַעֵט קְרָא: הָרוֹבֵעַ ל"ג דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּעוֹפוֹת:
'Le mâle' et non une femelle — c'est la même [baraita] que celle de l'olah expliquée ci-dessus, [venant] exclure le tumtum ; et du fait que le verset l'exclut, c'est qu'il est une créature [à part], car ce n'est pas à cause du doute que le verset exclut. [Le mot] 'ha-rove' [le saillisseur] ne figure pas [ici], car il ne s'applique pas aux oiseaux.
לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס דְּטֻומְטוּם נָמֵי בִּרְיָה הוּא:
À exclure le tumtum et l'androgyne — car le tumtum aussi est une créature [à part].
💡 Explication

Baraita sur l'olah (holocauste). Le premier 'mâle' (bovins, Lv 1:3) exclut la femelle ; le second 'mâle' (ovins, Lv 1:10) est apparemment redondant, donc il vient exclure tumtum + androgyne.

Même réponse : le second 'mâle' n'exclut, comme briah, que l'androgyne ; le tumtum, doute, n'est jamais l'objet d'une exclusion scripturaire.

5
תָּא שְׁמַע: הַנֶּעֱבָד, וְהַמֻּוקְצֶה, וְהָאֶתְנָן, וְהַמְחִיר, וְטֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס — כֻּולָּן מְטַמְּאִין בְּגָדִים אַבֵּית הַבְּלִיעָה.

Viens et entends : celui qui est adoré (ha-neevad), et le mis à l'écart (mouktseh), et le salaire [de prostituée] (etnan), et le prix [d'un chien] (mehir), et le tumtum et l'androgyne — tous rendent impurs les vêtements à l'endroit de la déglutition (à-beit ha-beliah).

📜 Rachi (2)
הַנֶּעֱבָד כֻּולָּהּ בְּקָרְבָּנוֹת דְּעוֹפוֹת קָמַיְירֵי:
Celui qui est adoré — toute [la baraita] traite des sacrifices d'oiseaux.
מְטַמְּאִים בְּגָדִים אַבֵּית הַבְּלִיעָה כִּשְׁאָר נִבְלַת עוֹף טָהוֹר דִּמְלִיקָתוֹ אֵינָהּ מְלִיקָה וְהָוֵי נְבֵילָה וְאִי לָאו בְּרִיָּה הוּא אַמַּאי אֵינָהּ מְלִיקָה מַה נַפְשָׁךְ אִם זָכָר הוּא כָּשֵׁר וְאִם נְקֵבָה הֲרֵי כָּשֵׁר דְּהָא בְּעוֹפוֹת לֹא חָלַק הַכָּתוּב וְעוֹד מדר"א אִיכָּא לְאוֹתוֹבֵיהּ דְּקָאָמַר כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא זָכָר וּנְקֵבָה אַתָּה מוֹצִיא טֻומְטוּם סְפֵיקָא מִי מְמַעֵט לֵיהּ קְרָא אֶלָּא וַדַּאי בִּרְיָה הוּא וְהֵיכָא דְּמַעֲטֵיהּ מַעֲטֵיהּ אֲבָל בְּעוֹפוֹת דְּלָא מַעֲטֵיהּ לָא מַעֲטֵיהּ:
Rendent impurs les vêtements à l'endroit de la déglutition — comme toute charogne d'oiseau pur, dont la melika n'est pas une melika [valable] et qui est donc une charogne ; or, s'il n'était pas une créature [à part], pourquoi sa melika ne serait-elle pas [valable] ? De deux choses l'une : s'il est mâle, il est apte ; et s'il est femelle, le voici apte — car pour les oiseaux l'Écriture n'a pas distingué [mâle et femelle]. De plus, on peut objecter d'après R. Eliezer, qui dit : partout où tu trouves 'mâle et femelle', tu en sors le tumtum — or un doute, le verset l'exclut-il ? C'est donc bien qu'il est une créature [à part] ; et là où [le verset] l'a exclu, il l'a exclu, mais pour les oiseaux où [le verset] ne l'a pas exclu, il ne l'a pas exclu.
💡 Explication

Baraita sur l'impureté de l'oiseau dans la gorge. Un oiseau tué autrement que par melika (pincement de la nuque à l'ongle) a statut de neveila (charogne) et rend impur celui qui l'avalé. La baraita range parmi les oiseaux disqualifiés — dont la melika ne purifie pas — l'oiseau adoré, mis à l'écart, salaire, prix, ainsi que tumtum et androgyne.

Rachi montre pourquoi cela ferait difficulté si le tumtum n'était qu'un doute : chez les oiseaux, l'Écriture ne distingue pas mâle et femelle ; un tumtum, ou bien mâle ou bien femelle, serait donc apte de toute façon — pourquoi sa melika serait-elle nulle ?

6
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס אֵין מְטַמְּאִין בְּגָדִים אַבֵּית הַבְּלִיעָה, שֶׁהָיָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר ״זָכָר וּנְקֵבָה״ אַתָּה מוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס מִבֵּינֵיהֶם.

Rabbi Eliezer dit : le tumtum et l'androgyne ne rendent pas impurs les vêtements à l'endroit de la déglutition — car Rabbi Eliezer disait : partout où il est dit 'mâle et femelle', tu sors le tumtum et l'androgyne d'entre eux.

🗂️ Tossefot (1)
טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס אֵין מְטַמְּאִין בְּגָדִים אַבֵּית הַבְּלִיעָה ה"ה דִּלְהַקְרָבָה נָמֵי כְּשֵׁרִין כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא אֶלָּא אַיְּידֵי דִּנְקַט ת"ק טָמֵא נְקַט ר"א אֵין מְטַמְּאִין:
'Le tumtum et l'androgyne ne rendent pas impurs les vêtements à l'endroit de la déglutition' — il en va de même pour l'offrande : ils sont aussi aptes à être sacrifiés, comme l'explique la raison [donnée] ; mais puisque le premier Tana a employé [le terme] 'impur', R. Eliezer a [lui aussi] employé 'ne rendent pas impurs'.
💡 Explication

Position de Rabbi Eliezer, clé de toute la sougya. Contrairement au tana kama, il tient que tumtum et androgyne ne rendent pas impur à la gorge — ils sont en fait aptes au sacrifice (donc leur melika est valable).

Sa règle : partout où l'Écriture dit 'mâle et femelle', on en sort tumtum et androgyne — mais uniquement là. Là où ces deux mots figurent (animaux), on les exclut ; là où ils ne figurent pas (oiseaux), rien ne les exclut.

🖼️ Schéma
La règle de R. Eliezer (seg. 5) : la clé qui résout toutes les baraitot Verset dit "mâle ET femelle" (ex : valeurs, olah, chelamim) On EXCLUT tumtum + androgyne le verset les sort de la catégorie baraita valable (androgyne exclu) Verset ne dit PAS "mâle/femelle" (ex : oiseaux, tourterelles) On n'exclut RIEN : tout est apte androgyne = apte à l'autel contradiction si tumtum y figure Le tumtum, simple doute, n'est jamais exclu par un verset -> "samei mikan tumtum"
La règle de R. Eliezer, matrice des réponses 'samei mikan tumtum'.
7
וְעוֹף, הוֹאִיל וְלֹא נֶאֱמַר בּוֹ ״זָכָר וּנְקֵבָה״, אֵין אַתָּה מוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס מִבֵּינֵיהֶם! סַמִּי מִיכֵּן טֻומְטוּם.

Or l'oiseau, puisqu'il n'y est pas dit 'mâle et femelle', tu n'en sors pas le tumtum et l'androgyne ! [Réponse :] retire d'ici le tumtum.

💡 Explication

Conséquence de la règle de R. Eliezer appliquée à l'oiseau : puisque l'Écriture n'y dit jamais 'mâle et femelle', on n'en exclut ni tumtum ni androgyne — donc ils sont aptes à l'autel. Mais alors, comment le tana kama (seg. 4) a-t-il pu disqualifier le tumtum parmi les oiseaux ?

Même réponse : samei mikan tumtum. Chez les oiseaux, seul l'androgyne — briah — reste hors sujet ; le tumtum, doute, n'y est pas disqualifié.

8
תָּא שְׁמַע: רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: הַטְּרֵיפָה, וְהַכִּלְאַיִם, וְיוֹצֵא דֹּופֶן, טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס — לֹא קְדוֹשִׁים וְלֹא מַקְדִּישִׁין.

Viens et entends : Rabbi Elazar dit — la [bête] trefle (terefa), et le croisement (kilayim), et le né par le flanc (yotse dofen), le tumtum et l'androgyne : ne sont pas sanctifiés et ne sanctifient pas.

💡 Explication

Nouvelle preuve, de Rabbi Elazar : plusieurs bêtes intrinsèquement disqualifiées — la terefa (condamnée à mourir dans l'année), le kilayim (issu de croisement d'espèces), le yotse dofen (né par césarienne), plus tumtum et androgyne — 'ne sont pas sanctifiées et ne sanctifient pas'. Le tumtum y figure encore.

9
וְאָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא קְדוֹשִׁים בִּתְמוּרָה, וְלֹא מַקְדִּישִׁין לַעֲשׂוֹת תְּמוּרָה! סַמִּי מִיכֵּן טֻומְטוּם.

Et Chmouel a dit : 'ne sont pas sanctifiés' — par substitution (temoura) ; 'et ne sanctifient pas' — pour faire une substitution ! [Réponse :] retire d'ici le tumtum.

📜 Rachi (2)
לֹא קְדוֹשִׁין בִּתְמוּרָה כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ תְּמוּרָה שֶׁחָלָה עַל בַּעַל מוּם קָבוּעַ אֵינָהּ חָלָה עֲלֵיהֶן וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת תְּמוּרָה בְּפֶרֶק יֵשׁ בְּקָרְבָּנוֹת (תְּמוּרָה דַּף יז.):
'Ne sont pas sanctifiés par substitution' — c'est-à-dire : même la substitution qui prend effet sur une bête à défaut permanent ne prend pas effet sur eux ; la raison en est expliquée au traité Temoura, au chapitre 'Yech ba-korbanot' (17a).
וְלֹא מְקַדְּשִׁין בְּעוֹשֵׂי תְּמוּרָה שֶׁאִם הֵם קְדוֹשִׁין אֵין עוֹשִׂין תְּמוּרָה וְהֵיכִי דָּמֵי שֶׁהֵן עַצְמָן קְדוֹשִׁין כְּגוֹן שֶׁהָיוּ וְלָדוֹת קָדָשִׁים דְּקָדְשִׁי אַגַּב אִמָּן וְאִי טֻומְטוּם סָפֵק הוּא אַמַּאי לֹא קָדוֹשׁ מִמַּה נַפְשָׁךְ:
'Et ne sanctifient pas en faisant une substitution' — car s'ils sont [déjà] sacrés, ils ne font pas de substitution. Et quel est le cas où ils sont eux-mêmes sacrés ? Par exemple s'ils étaient des petits de [bêtes] consacrées, sanctifiés du fait de leur mère ; or si le tumtum est un doute, pourquoi ne serait-il pas sacré, de deux choses l'une ?
💡 Explication

Chmouel précise la baraita précédente : 'ne sont pas sanctifiés' signifie qu'ils ne se sanctifient pas par temoura (si on tente de les substituer à une bête consacrée, la sainteté ne les prend pas) ; 'ne sanctifient pas' signifie que, même déjà sacrés (nés d'une mère consacrée), ils ne peuvent rendre une autre bête temoura.

La difficulté : si le tumtum est un doute (mâle ou femelle), pourquoi la sainteté ne le prendrait-elle pas, de toute façon ? Réponse : samei mikan tumtum — seul l'androgyne (briah) est visé.

10
תָּא שְׁמַע: רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: חֲמִשָּׁה לֹא קְדוֹשִׁים וְלֹא מַקְדִּישִׁין, וְאֵלּוּ הֵן: הַטְּרֵיפָה, וְהַכִּלְאַיִם, וְיוֹצֵא דֹּופֶן, וְטֻומְטוּם, וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי סְמִי מִיכָּן טֻומְטוּם — הָווּ לְהוּ אַרְבָּעָה! אַפֵּיק טֻומְטוּם, וְעָיֵיל יָתוֹם.

Viens et entends : Rabbi Elazar dit — cinq [bêtes] ne sont pas sanctifiées et ne sanctifient pas, et les voici : la trefle, le croisement, le né par le flanc, le tumtum et l'androgyne. Et si tu dis : ici aussi, retire d'ici le tumtum — [alors] il n'y en aurait que quatre !

[Réponse :] sors le tumtum et fais entrer [à la place] l'orphelin (yatom).

📜 Rachi (1)
יָתוֹם דָּמֵי לְהָנָךְ שֶׁפְּסוּלִין מִשֶּׁנּוֹלְדוּ וְהֵיכִי דָּמֵי יָתוֹם כְּדִמְפָרֵשׁ בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין בְּפֶ' שֵׁנִי (דַּף לח:) שֶׁמֵּתָה אִמּוֹ בִּשְׁעַת לֵידָה זֶה פָּרֵישׁ לְמִיתָה וְזֶה פָּרֵישׁ לְחָיַיִם:
L'orphelin (yatom) — il ressemble à ceux-là, qui sont disqualifiés dès leur naissance ; et quel est le cas de l'orphelin ? Comme il est expliqué dans 'Che'hitat Houlin', au deuxième chapitre (38b) : sa mère est morte au moment de la mise bas — l'une s'est séparée vers la mort, l'autre s'est séparée vers la vie.
💡 Explication

Version chiffrée de la baraita : Rabbi Elazar énumère explicitement cinq bêtes. Ici 'samei mikan tumtum' semble impossible, car il n'en resterait que quatre, contredisant le compte.

Réponse ajustée : sors le tumtum, fais entrer le yatom (l'orphelin — la bête dont la mère est morte au moment de la mise bas). Le compte de cinq est maintenu, et le tumtum reste hors liste : c'est bien un doute, non une briah.

11
לֵימָא כְתַנָּאֵי? רַבִּי אִילְעַאי אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אַנְדְּרוֹגִינוֹס בְּכוֹר הוּא וּמוּמוֹ עִמּוֹ, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין קְדֻושָּׁה חָלָה עָלָיו. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר ״הַזָּכָר״, וְכָל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר ״זָכָר״ אֵינוֹ אֶלָּא לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס.

Dirait-on que c'est [l'objet] d'une controverse de Tannaim ? Rabbi Ilai dit au nom de Rabbi Yichmael : l'androgyne est un premier-né (bekhor), et son défaut est avec lui ; et les Sages disent : la sainteté ne se pose pas sur lui.

Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : voici qu'il [l'Écriture] dit 'le mâle', et partout où il est dit 'mâle', ce n'est que pour exclure le tumtum et l'androgyne.

📜 Rachi (1)
לֵימָא כְתַנָּאֵי הָא דְּרַב חִסְדָּא דְּאִיכָּא דס"ל סָפֵק הָוֵי:
Dirait-on que c'est [l'objet] d'une controverse [de Tannaim] — [savoir] que cette [règle] de Rav H'isda, [il y a] certains qui tiennent que [le tumtum] est un doute.
💡 Explication

La Guemara tente d'ancrer la question (tumtum = doute, ou briah ?) dans une mahloket de Tannaim sur le bekhor androgyne :

1) R. Ilai (au nom de R. Yichmael) : l'androgyne est un bekhor ; comme il porte déjà un défaut (son ambiguïté), il sera mangé par le kohen après qu'un mum soit apparu. 2) Les Sages : aucune sainteté de bekhor ne le prend. 3) R. Chimon ben Yehouda (au nom de R. Chimon) : 'mâle' (Dt 15:19) exclut, partout, tumtum ET androgyne.

Le fait même que R. Chimon ben Yehouda ait besoin d'un verset pour exclure le tumtum montre que, pour lui, le tumtum n'est pas un simple doute mais une briah.

🖼️ Schéma
Le tumtum est-il un doute ? Mahloket de Tannaim (seg. 10-11) R. Ilai (au nom de R. Yichmael) L'androgyne EST un bekhor (sacré), avec son défaut : mangé par le kohen après apparition d'un mum Sages (Rabanan = tana kama) Sur l'androgyne, AUCUNE sainteté ne se pose mais tumtum = doute, donc sacré par doute R. Chimon b. Yehouda (au nom de R. Chimon) "mâle" (Dt 15:19) exclut tumtum ET androgyne : il FAUT un verset pour le tumtum -> c'est une briah Nafka mina : le tumtum est-il exclu par un verset (briah, R. Ch. b. Y.) ou sacré par simple doute (Rabanan) ? La sougya y trouve ses deux Tannaim.
Les trois positions tannaitiques sur le bekhor androgyne (et le statut du tumtum).
12
וְכִי תֵּימָא: סַמִּי מִיכֵּן טֻומְטוּם, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה הַיְינוּ רַבָּנַן! אֶלָּא לָאו טֻומְטוּם אִיכָּא בֵּינַייְהוּ, דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר: אֵין קְדֻושָּׁה חָלָה עָלָיו אַאַנְדְּרוֹגִינוֹס, אֲבָל טֻומְטוּם סְפֵיקָא הוּא וְקָדוֹשׁ מִסְּפֵיקָא, וַאֲתָא רַבִּי שִׁמְעוֹן

Et si tu dis : retire d'ici le tumtum — [alors] Rabbi Chimon ben Yehouda serait identique aux Sages (Rabanan) ! Mais n'est-ce pas plutôt le tumtum qui les sépare : car le premier Tana tient que la sainteté ne se pose pas sur l'androgyne, mais le tumtum, c'est un doute, et il est sacré par doute ; et vient Rabbi Chimon [ben Yehouda dire que le tumtum aussi est une briah]...

🗂️ Tossefot (1)
וַאֲתָא ר"ש בֶּן רַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם ר"ש לְמֵימַר טֻומְטוּם נָמֵי בְּרֵיהּ הוּא מַשְׁמַע הָכָא דְּקָסָבַר אַנְדְּרוֹגִינוֹס בְּרִיָּה הוּא כְּמוֹ טַעְמָא דְּטֻומְטוּם וְאַפֵּי' דְּמַסִּיק נָמֵי דְּטֻומְטוּם מְמַעֵט לְדִידֵיהּ מִטַּעַם שֶׁהוּא נְקֵבָה כְּשֶׁמֵּטִיל מַיִם בִּמְקוֹם נַקְבוּת מ"מ בְּאַנְדְּרוֹגִינוֹס הָוֵי לְעוֹלָם מִשּׁוּם דִּבְרֵיהּ הוּא וְתֵימַהּ דְּפֶ' הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף פֹּא.) מַשְׁמַע דר"ש חֲשִׁיב לֵיהּ וַדַּאי זָכָר לְר' יוֹחָנָן דְּאָמַר הָתָם אַף מַאֲכִילָהּ בְּחָזֶה וָשׁוֹק וי"ל דְּאַפֵּי' הָוֵי וַדַּאי זָכָר מְמַעֲטִינָא לֵיהּ זָכָר אֲבָל נְקֵבָה וַדַּאי מִימַּעֲטָא מִן טֻומְטוּם הַמַּטִּיל מַיִם בִּמְקוֹם נַקְבוּת לְפִי הַמַּסְּקָנָא דְּאַפֵּי' וַדַּאי נְקֵבָה הָוֵי כֵּיוָן דְּלָא חָיֵישׁ שֶׁמָּא נֶהֶפְכָה זַכְרוּת לְנַקְבוּת:
'Et vient R. Chimon ben Rabbi Yehouda, au nom de R. Chimon, dire : le tumtum aussi est une créature [à part]' — il ressort d'ici qu'il tient l'androgyne pour une créature [à part], au même titre que la raison du tumtum ; et bien qu'il conclue aussi que le tumtum est exclu, pour lui, du fait qu'il est [en réalité] une femelle — puisqu'il urine à l'endroit de la féminité — néanmoins l'androgyne, [lui,] l'est toujours parce qu'il est une créature [à part]. Et c'est étonnant, car au chapitre 'Hé-arel' (Yevamot 81a) il ressort que R. Chimon le tient pour un mâle certain, selon R. Yo'hanan qui dit là-bas : il [en] fait même manger [au kohen] la poitrine et la cuisse. On peut répondre : même s'il est un mâle certain, on l'exclut [par le mot] 'mâle' ; mais une femelle certaine, on l'exclut à partir du tumtum qui urine à l'endroit de la féminité — selon la conclusion selon laquelle il est même une femelle certaine, puisqu'on ne craint pas que la masculinité se soit muée en féminité.
💡 Explication

Analyse de cette dernière baraita. Si l'on retirait le tumtum de la thèse de R. Chimon ben Yehouda, sa position se confondrait avec celle des Sages (androgyne non sacré) — ce serait redondant.

Donc la différence (nafka mina) porte nécessairement sur le tumtum : pour le premier Tana (les Sages), l'androgyne n'est pas sacré, mais le tumtum, étant un doute, est sacré par doute (mi-safek) ; tandis que R. Chimon ben Yehouda soutient que le tumtum aussi est une briah (exclu par verset, donc non sacré). La question de la sougya trouve ainsi ses deux Tannaim. [La suite sur 42b.]

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).