Bekhorot 44a — les défauts de l'œil qui invalident le kohen, la taille de Moche, et les anomalies qui ne sont pas des moumim pour l'animal

Bekhorot 44a

Sougya : Ce daf achève l'analyse des défauts oculaires qui invalident un kohen pour le service : yeux placés trop haut ou trop bas, qui voient la chambre et l'étage d'un seul regard, etc. Rava démontre pourquoi la Torah a besoin des cinq termes du verset (ich, iver, dak, tevalloul, be-eino) — chacun exclut une catégorie de défaut de vue qu'un autre n'aurait pas atteinte.

Suivent des baraitot définissant divers états de l'œil (sanei chemech, yeux différents, cils tombés) et une nouvelle michna sur les disproportions du corps (yeux, corps, nez, oreilles, lèvres, dents). La guemara y insère que Moche mesurait dix coudées (celles du Tabernacle, non les siennes), puis l'histoire de l'Arabe et de la chèvre 'tsimeah'.

Enfin, Rav Hisda distingue les anomalies animales qui ne sont pas de vrais moumim (chèvre sans cornes, brebis à cornes) et statue sur les cornes et sabots arrachés avec leur noyau osseux : quand l'animal est invalidé sans être rachetable.

Les cinq mots du verset (Lev 21,18-20) et le défaut de vue qu'ils excluent Rava : chaque terme ajoute une catégorie de kohen invalidé qu'un autre n'aurait pas couverte ich (homme) iver (aveugle) dak (voile) tevalloul be-eino (dans son œil) taies + larmes fixes (l'œil est là mais aveugle) cécité totale (œil arraché, absent) vue diminuée mais partielle (mahsorayta) blanc et noir mélangés, sans perte de vue emplacement anormal (haut, bas), vue intacte kehiouta cécité mahsorayta mevalbelayta mechounayta sans lui : on croirait que seul l'œil absent invalidé sans lui : la simple baisse de vue ne compterait pas sans lui : un écart de position ne compterait pas
La deracha de Rava : les cinq mots du verset et la catégorie de défaut oculaire que chacun vient inclure (segments 5-8).
Trois registres d'invalidité : kohen, sacrifice, bekhor (premier-né) KOHEN (avoda) SACRIFICE (mizbeah) BEKHOR (médina) Critère : être semblable à la descendance d'Aharon Toute anomalie visible (yeux, nez, oreilles, dents...) = mar'it ha-ayin INVALIDE Critère : un défaut réel du corps (moum) Chèvre sans cornes, brebis à cornes, tsimeah/tsimem/ tsimea : PAS un moum APTE (kacher) Critère : un moum permet d'abattre le premier-né hors du Temple Ces mêmes anomalies ne sont pas de vrais moumim : on n'abat PAS
Trois registres distincts d'invalidité : kohen (ressemblance à Aharon), sacrifice (défaut réel), bekhor abattu hors du Temple (segments 18-19).
Cornes et sabots enlevés : invalidé, mais rachetable ? La zekhrout = le noyau osseux à l'intérieur de la corne / du sabot CORNES + os arrachés Invalide pour l'autel NON rachetable (pas un moum plein) SABOTS + os arrachés Invalide pour l'autel RACHETABLE (moum plein) Objection : une beraita rend rachetable même les cornes... it'akour (déraciné) os arraché jusqu'à la racine, un trou apparaît : RACHETABLE igoum (coupé) coupé par le haut, la racine reste : NON rachetable (Rav Hisda)
Cornes et sabots arrachés avec leur noyau osseux : invalidité vs rachetabilité, et la distinction déraciné (it'akour) / coupé (igoum) (segments 20-22).
1
אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ כּוֹחֵל שְׁתֵּי עֵינָיו כְּאַחַת.

[La michna, en disant qu'un kohen dont les deux yeux sont en haut est invalidé, ne veut pas dire qu'il louche des deux yeux vers le haut :] même s'il ne farde pas ses deux yeux d'un seul [mouvement] [= même sans loucher, tout kohen aux yeux anormalement placés est visé].

💡 Explication

Fragment de conclusion venant de la page précédente (43b). La michna, en parlant d'un kohen dont les yeux sont 'en haut' ou 'en bas', ne vise pas seulement celui qui louche ; l'expression 'farder ses deux yeux d'un seul coup' évoque un mouvement conjoint des deux yeux. La suite du daf va préciser ce que signifient réellement ces positions.

2
שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַטָּה. מַה ״שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַעְלָה״ ״שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַטָּה״? אִילֵּימָא שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַעְלָה — דַּחֲזֵי לְמַעְלָה, שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַטָּה — דַּחֲזֵי לְמַטָּה, עֵינוֹ אַחַת לְמַעְלָה וְעֵינוֹ אַחַת לְמַטָּה — דַּחֲזַאי עֵינוֹ אַחַת לְמַטָּה וְעֵינוֹ אַחַת לְמַעְלָה, הַיְינוּ ״רוֹאֶה אֶת הַחֶדֶר וְאֶת הָעֲלִיָּיה כְּאַחַת״!

['Les deux yeux en bas.'] Que signifient 'les deux yeux en haut' [et] 'les deux yeux en bas' ? Si l'on dit : 'les deux yeux en haut' = qui voit vers le haut, 'les deux yeux en bas' = qui voit vers le bas, [et alors] 'un œil en haut et un œil en bas' = qui voit d'un œil vers le bas et de l'autre vers le haut — mais c'est exactement [le cas suivant de la michna,] 'il voit la chambre et l'étage d'un seul [regard]' !

📜 Rachi (1)
דְּחַזְייָן לְמַעְלָה שֶׁעוֹמְדוֹת בִּמְקוֹמָן בְּסֵדֶר אֲבָל כָּל שָׁעָה רוֹאוֹת לְמַעְלָה: חֶדֶר לְמַטָּה עֲלִיָּיה לְמַעְלָה:
Qui voient vers le haut — [les yeux] restent à leur place, en ordre, mais regardent constamment vers le haut ; la chambre [est] en bas, l'étage [aliya] en haut.
💡 Explication

La guemara écarte une première lecture. Si 'yeux en haut / en bas' désignait la direction du regard, alors le cas 'un œil en haut, un œil en bas' se confondrait avec le cas suivant de la michna : celui qui voit la chambre (en bas) et l'étage (en haut) d'un seul regard. Une michna ne répète pas inutilement : la lecture est donc à rejeter.

🖼️ Schéma
Deux lectures de "les deux yeux en haut / en bas" Hava amina : la DIRECTION du regard Conclusion : la POSITION de l'œil regarde vers le haut Problème : "un en haut, un en bas" = déjà le cas "voit chambre + étage" ! yeux situés plus haut que la normale sur le front Cas distinct : "voit chambre + étage d'un coup" = un œil haut, un bas, mais bien alignés chambre = en bas · étage (aliya) = en haut
Pourquoi la 'direction du regard' ne peut pas être le sens de la michna.
3
אֶלָּא, שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַעְלָה — דְּקָייְמָן לְמַעְלָה, שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַטָּה — דְּקָייְמָן לְמַטָּה, עֵינוֹ אַחַת לְמַעְלָה וְעֵינוֹ אַחַת לְמַטָּה — דְּקָיְימִי עֵינוֹ אַחַת לְמַעְלָה וְעֵינוֹ אַחַת לְמַטָּה, וְקָיְימִי כְּסִדְרָן נָמֵי, וְרוֹאֶה אֶת הַחֶדֶר וְאֶת הָעֲלִיָּיה כְּאַחַת.

Plutôt : 'les deux yeux en haut' = qui sont situés en haut, 'les deux yeux en bas' = qui sont situés en bas, 'un œil en haut et un œil en bas' = où l'un des yeux est situé en haut et l'autre en bas ; et [le cas] où ils sont situés dans leur ordre [normal] aussi, [mais] il voit la chambre et l'étage d'un seul [regard].

📜 Rachi (2)
דְּקָייְמָן לְמַעְלָה בְּגֹובַהּ הַמֵּצַח שֶׁלֹּא כִּשְׁאָר בְּנֵי אָדָם:
Qui sont situés en haut — à la hauteur du front, contrairement au reste des hommes.
וְקִייְּמָן כְּסִדְרָן כְּלוֹמַר וְהִינָּן עוֹמְדוֹת בִּמְקוֹמָן כַּסֵּדֶר אֲבָל רוֹאֶה אֶת הַחֶדֶר וְאֶת הָעֲלִיָּה שֶׁעֵינוֹ אַחַת רוֹאָה לְמַעְלָה וְעֵינוֹ אַחַת רוֹאָה לְמַטָּה:
Et qui sont situés dans leur ordre — c'est-à-dire : ils se tiennent à leur place, en ordre, mais il voit la chambre et l'étage parce qu'un œil voit vers le haut et l'autre vers le bas.
💡 Explication

La bonne lecture : il s'agit de la position des yeux sur le visage, non de la direction du regard. 'En haut / en bas' = yeux implantés plus haut ou plus bas que la normale. Le cas 'voit la chambre et l'étage d'un coup' devient alors distinct : les yeux sont bien alignés à leur place, mais l'un voit vers le haut et l'autre vers le bas.

4
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: בְּעֵינוֹ — כָּל מַה שֶׁבְּעֵינוֹ, מִכָּאן אָמְרוּ: שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַטָּה, שְׁתֵּי עֵינָיו לְמַעְלָה, עֵינוֹ אַחַת לְמַעְלָה וְעֵינוֹ אַחַת לְמַטָּה, וְרוֹאֶה אֶת הַחֶדֶר וְאֶת הָעֲלִיָּיה כְּאַחַת, אוֹ שֶׁמְּדַבֵּר עִם חֲבֵירוֹ וְאַחֵר אוֹמֵר: לִי רוֹאֶה.

D'où [tenons-nous] ces enseignements ? De ce qu'ont enseigné les Sages : 'dans son œil' (be-eino) — tout ce qui est dans son œil ; de là ils ont dit : 'les deux yeux en bas, les deux yeux en haut, un œil en haut et un œil en bas, il voit la chambre et l'étage d'un seul regard, ou il parle avec son compagnon et un autre dit : c'est moi qu'il regarde' [tous ces kohanim sont invalidés].

📜 Rachi (1)
בְּעֵינוֹ תְּבַלּוּל בְּעֵינוֹ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב דַּק תְּבַלּוּל וַאֲנָא יָדַעְנָא דְּלָא שַׁיְיכָא אֶלָּא בְּעַיִן:
Dans son œil — [le verset aurait dû écrire seulement] 'un voile, un tevalloul', et moi je saurais [de toute façon] que cela ne concerne que l'œil [donc 'dans son œil' est un surplus à exploiter].
💡 Explication

Source scripturaire. Le verset (Lev 21,20) énonce le défaut 'dans son œil' (be-eino). Comme une taie ou un tevalloul ne peuvent de toute façon être qu'à l'œil, ce 'dans son œil' est un surplus (ribouy) qui vient inclure toute anomalie de position ou d'alignement de l'œil : yeux trop hauts, trop bas, désaxés, regard divergent (on croit qu'il regarde quelqu'un d'autre).

5
תָּנוּ רַבָּנַן: עוֹר — בֵּין סוֹמֵא בִּשְׁתֵּי עֵינָיו, בֵּין סוֹמֵא בְּאַחַת מֵעֵינָיו. חֲוַרְוָור וְהַמַּיִם הַקְּבוּעִין מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אִישׁ עוֹר״.

Les Sages ont enseigné : 'aveugle' (iver) — que [le kohen] soit aveugle des deux yeux ou aveugle de l'un de ses yeux. Le voile (h'ivvarvar) et les larmes fixes (permanentes), d'où [sait-on qu'ils invalident] ?

Le verset enseigne : 'un homme aveugle' (ich iver).

📜 Rachi (1)
אִישׁ עוֹר מֵרִיבּוּיָא דְּאִישׁ:
Un homme aveugle — du surplus [du mot] 'homme' (ich).
💡 Explication

Le mot 'aveugle' (iver) invalide, qu'on soit aveugle des deux yeux ou d'un seul. Mais le kohen atteint d'un voile blanchâtre (h'ivvarvar) ou de larmoiement permanent — dont l'œil est présent mais la vue atteinte — n'est pas 'aveugle' au sens strict : c'est le mot surnuméraire 'homme' (ich) qui vient les inclure.

6
אָמַר רָבָא: לָמָּה לִי דִּכְתַב רַחֲמָנָא ״אִישׁ״, ״עוֹר״, ״דַּק״, ״תְּבַלּוּל״, ״בְּעֵינוֹ״? צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״עוֹר״ מִשּׁוּם דְּלֵיתַנְהוּ כְּלָל, אֲבָל חֲוַרְוָור וְהַמַּיִם הַקְּבוּעִין דְּאִיתַנְהוּ בֵּיהּ — לֹא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״אִישׁ״.

Rava dit : pourquoi la Torah a-t-elle écrit 'homme' (ich), 'aveugle' (iver), 'voile' (dak), 'tevalloul', 'dans son œil' (be-eino) ? [Tous] sont nécessaires.

Car si la Torah n'avait écrit que 'aveugle', [j'aurais dit :] c'est parce que [les yeux] n'y sont pas du tout [qu'il est invalidé] ; mais le voile et les larmes permanentes, qui sont [présentes] en lui [= l'œil est présent], non [je n'aurais pas invalidé] — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'homme'.

📜 Rachi (1)
עוֹר מַשְׁמַע שֶׁנִּיטְּלוּ עֵינָיו וְלֵיתַנְהוּ כְּלָל:
Aveugle — cela suggère que ses yeux ont été arrachés et qu'ils ne sont pas là du tout.
💡 Explication

Rava ouvre sa démonstration de la nécessité des cinq termes. 'Aveugle' seul ne couvrirait que l'œil totalement absent (arraché) ; on ne saurait pas que le voile ou le larmoiement permanent invalident, puisque la, l'œil est bien présent. D'où le mot 'homme' (ich) pour les inclure.

7
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״אִישׁ״ — מִשּׁוּם דְּלָא קָא חָזֵי כְּלָל, אֲבָל מַחְסוֹרַיְיתָא — לֹא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״דַּק״. וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״דַּק״ — מִשּׁוּם דִּמְחַסְּרָן, אֲבָל מְבַלְבְּלִיתָא — לֹא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״תְּבַלּוּל״.

Et si la Torah n'avait écrit que 'homme' [+ 'aveugle'], [j'aurais dit :] c'est parce qu'il ne voit pas du tout [qu'il est invalide] ; mais une vue diminuée (mah'sorayta), non [je n'aurais pas invalidé] — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'voile' (dak). Et si la Torah n'avait écrit que 'voile', [j'aurais dit :] c'est parce que [la vue] lui manque [en partie] ; mais [les yeux] mélangés (mevalbelayta), non — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'tevalloul'.

📜 Rachi (3)
מַחְסוֹרַיְיתָא שֶׁחֲסֵרָה מַרְאִיתוֹ אֲבָל רוֹאֶה מִקְצָת:
Une vue diminuée (mah'sorayta) — dont la vue a diminué mais qui voit en partie.
דַּק טייל"א מְחַסֶּרֶת הַמַּרְאֶה וְאֵינוֹ נִיטָּל:
Voile (dak) — 'taie' [en langue vernaculaire] : elle diminue la vue et ne s'enlève pas.
מְבַלְבְּלִיתָא לָבָן הַפּוֹסֵק בַּסִּירָה וְנִכְנָס בַּשָּׁחוֹר וְאֵינוֹ מְקַצֵּר הַמַּרְאִית כְּלָל:
Mélangés (mevalbelayta) — le blanc qui s'interrompt en une raie et pénètre dans le noir, mais qui ne raccourcit nullement la vue.
💡 Explication

Poursuite de l'échelle. 'Homme' + 'aveugle' ne viseraient que l'absence totale de vue ; la simple diminution partielle de la vue (mah'sorayta) échapperait — d'où 'voile' (dak). Et 'voile' ne viserait que la perte de vue ; l'œil dont le blanc et le noir sont mélangés sans perte de vue (mevalbelayta) échapperait — d'où 'tevalloul'.

8
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״תְּבַלּוּל״ — מִשּׁוּם דִּמְבַלְבְּלָן, אֲבָל מִשּׁוּם מְשַׁנְּיוּתָא — לֹא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״בְּעֵינוֹ״.

Et si la Torah n'avait écrit que 'tevalloul', [j'aurais dit :] c'est parce qu'ils sont mélangés [qu'il est invalide] ; mais à cause d'un [simple] déplacement (michnayta), non — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'dans son œil' (be-eino).

📜 Rachi (1)
מִשֻּׁונְייָתָא שֶׁמְּשֻׁונּוֹת בְּמַעֲמָדָן כְּגוֹן לְמַעְלָה אוֹ לְמַטָּה אוֹ רוֹאֶה חֶדֶר וַעֲלִיָּיה כְּאַחַת:
Déplacement (michnayta) — [des yeux] qui sont déplacés dans leur emplacement, par exemple en haut, ou en bas, ou qui voient la chambre et l'étage d'un seul [regard].
💡 Explication

Dernier degré : 'tevalloul' ne viserait que le mélange des parties de l'œil ; un simple écart de position (michnayta : yeux trop hauts, trop bas, voyant chambre et étage), sans aucune atteinte de la vue, échapperait — d'où 'dans son œil' (be-eino) qui les inclut.

9
אָמַר רָבָא: הִלְכָּךְ, כָּל מֵחֲמַת כַּהְיוּתָא — אָתְיָא מִ״אִישׁ״, מַחְסוֹרַיְיתָא — מ״דק״, מְבַלְבְּלִיתָא — מִ״תְּבַלּוּל״, מְשַׁנְּיוּתָא — מִ״בְּעֵינוֹ״.

Rava dit : par conséquent, tout [défaut] dû à l'obscurcissement [de la vue] (kehiouta) se déduit de 'homme' ; la vue diminuée, de 'voile' ; le mélange, de 'tevalloul' ; le déplacement, de 'dans son œil'.

📜 Rachi (2)
כַּהְיוּתָא דְּאֵינוֹ רוֹאֶה:
Obscurcissement (kehiouta) — [le kohen] qui ne voit pas.
אָתְיָא מֵאִישׁ דְּהָנֵי חֲוַרְווַר וְהַמַּיִם הַקִּבּוּעִין כַּהְיוּתָא נִינְהוּ וּמַפִּיק לְהוּ תַּנָּא דְּבָרַיְיתָא מֵאִישׁ:
Se déduit de 'homme' — car ces [défauts], le voile et les larmes permanentes, sont un obscurcissement [de la vue], et le tana de la beraita les fait dériver de 'homme'.
💡 Explication

Récapitulation de Rava, qui assigne à chaque terme sa catégorie : 'homme' (ich) = les cécités et pertes de lumière (kehiouta, dont le voile et le larmoiement) ; 'voile' (dak) = les vues diminuées ; 'tevalloul' = les mélanges ; 'dans son œil' (be-eino) = les écarts de position.

10
סָכֵי שֶׁמֶשׁ. תָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״סָנֵי שֶׁמֶשׁ״. זגדיין. מַחְוֵי רַב הוּנָא: חַד מִדִּידַן וְחַד מִדִּידְהוּ, וְאֶיקְפֹּד רַב יְהוּדָה.

['Ceux qui plissent [les yeux face au] soleil' (sekhei chemech).] Rav Yossef enseigne : [lire] 'sanei chemech' [= qui haïssent le soleil]. ['Les yeux différents' (zagdian).] Rav Houna montra [du doigt] : l'un des nôtres et l'un des leurs — et Rav Yehouda se vexa.

📜 Rachi (2)
סָכֵי שֶׁמֶשׁ תָּנֵי רַב יוֹסֵף סָנֵי שֶׁמֶשׁ שֶׁשּׂוֹנֵא אֶת הַשֶּׁמֶשׁ וְאֵינוֹ יָכוֹל לִרְאוֹת מָקוֹם שֶׁחַמָּה זוֹרַחַת שָׁם:
'Sekhei chemech', Rav Yossef enseigne 'sanei chemech' — qui hait le soleil et ne peut regarder un endroit où le soleil brille.
חַד מִדִּידְהוּ וְחַד מִדִּידַן שֶׁיֵּשׁ לוֹ עַיִן אַחַת דּוֹמָה לְעַיִן אֵלּוּ הַיּוֹשְׁבִין נֶגְדִּי וְעַיִן אַחַת שֶׁלִּי. רַב יְהוּדָה הָיָה יוֹשֵׁב כְּנֶגְדּוֹ וְהָיוּ עֵינָיו מְשֻׁונּוֹת:
L'un des leurs et l'un des nôtres — il a un œil semblable à l'œil de ceux qui sont assis en face de moi, et un œil comme le mien. Rav Yehouda était assis en face de lui et ses yeux étaient différents [l'un de l'autre].
🗂️ Tossefot (1)
מַחְוֵי רַב הוּנָא חַד מִדִּידְהוּ פֵּירוּשׁ רַב יְהוּדָה שֶׁהָיָה לְפָנָיו פֵּי' בַּקּוּנְטְ' שֶׁהָיוּ עֵינָיו מְשֻׁונּוֹת וְלֹא פֵּירֵשׁ בַּמֶּה הָיוּ מְשֻׁונּוֹת ור"ת מְפָרֵשׁ דְּרַב יְהוּדָה אֲרִיךְ בְּדוֹרוֹ הֲוָה דְּאָמַר בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כֹּד:) וְרַב הוּנָא אִינִישׁ גּוּצָא הֲוָה כְּדַאי' בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִיּוֹת פִּרְקָא דַּחֲסִידִים וּמִשּׁוּם הָכִי לֹא הָיוּ עֵינָיו נִכָּרוֹת קְטַנּוֹת כ"כ מִשֶּׁל סְתָם בְּנֵי אָדָם אֲבָל מִשֶּׁל רַב יְהוּדָה הָיוּ נִכָּרוֹת שֶׁהָיוּ גְּדוֹלוֹת הַרְבֵּה וּלְכָךְ הִקְפִּיד רַב יְהוּדָה וְהַיְינוּ שִׁינּוּי דְּעֵינוֹ אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה ואע"ג דְּלָא הָוֵי מוּמָא לְעִנְיַן אַחֻולֵּי עֲבוֹדָה עַד שֶׁתְּהֵא גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל אוֹ קְטַנָּה כְּשֶׁל אַוָּוז מִכָּל מָקוֹם אֵין זֶה שָׁוֶה בְּזַרְעוֹ שֶׁל אַהֲרֹן:
Rav Houna montra [du doigt] 'l'un des leurs' — c'est-à-dire Rav Yehouda, qui était devant lui. Rachi a expliqué que ses yeux étaient différents, sans préciser en quoi. Rabbenou Tam explique que Rav Yehouda était de grande taille en son temps, comme il est dit au chapitre 'Ha-mapelet' (Nidda 24b), tandis que Rav Houna était un homme de petite taille, comme il est rapporté au traité Taanit, au chapitre des h'assidim. C'est pourquoi les yeux de Rav Houna n'étaient pas visiblement petits au point de différer beaucoup de ceux des gens ordinaires ; mais comparés à ceux de Rav Yehouda, ils l'étaient, car [ceux de Rav Yehouda] étaient beaucoup plus grands. Voilà pourquoi Rav Yehouda se vexa ; et c'est cela, la 'différence' : un œil grand et un œil petit. Et bien que cela ne constitue pas un moum au point d'invalider le service — sauf si [l'œil] est grand comme celui d'un veau ou petit comme celui d'une oie — en tout cas cela n'est pas 'semblable' au reste de la descendance d'Aharon.
💡 Explication

Deux gloses de la michna. 'Sekhei chemech' se lit 'sanei chemech' : celui qui ne supporte pas la lumière du soleil et ne peut ouvrir les yeux là où il brille. Pour illustrer 'yeux différents', Rav Houna pointa du doigt en disant '[un œil] comme les nôtres et [un œil] comme les leurs' — mais il désignait Rav Yehouda, dont les yeux étaient anormaux, qui se vexa.

11
מֵיתִיבִי: שָׁכְבָנָא — שֶׁגְּבִינָיו שׁוֹכְבִים, זִגְדּוֹם — אֶחָד שָׁחוֹר וְאֶחָד לָבָן. תְּנָא: כֹּל זוּגָא דְּלָא שָׁוֵי לַהֲדָדֵי, ״זַגְדּוֹם״ קָרֵי לֵיהּ.

On objecte : 'chekhavna' = celui dont les sourcils sont couchés [sur les yeux] ; 'zagdoum' = [celui dont] l'un [des sourcils] est noir et l'autre blanc. [Comment donc Rav Houna a-t-il défini 'zagdian' par les yeux ?] Le tana enseigne : tout couple [d'organes] qui ne sont pas semblables l'un à l'autre, il l'appelle 'zagdoum'.

📜 Rachi (1)
שָׁכְבָנָא שֶׁגְּבִינָיו אֲרֻוכִּין וְשׁוֹכְבִין עַל עֵינָיו:
Chekhavna — celui dont les sourcils sont longs et couchés sur ses yeux.
💡 Explication

Objection depuis une beraita : elle glose 'zagdoum' par les sourcils (l'un noir, l'autre blanc), non par les yeux. Réponse : le tana emploie 'zagdoum' au sens large — toute paire d'organes dissemblables (yeux comme sourcils). La glose de Rav Houna (yeux différents) et celle de la beraita (sourcils différents) ne se contredisent donc pas.

12
הַצִּירָן. עֵינָיו תְּרוּטוֹת, וְצִירָנִיּוֹת, דּוֹמְעוֹת, דּוֹלְפוֹת, טוֹרְדוֹת.

['Celui dont les yeux coulent' (ha-tsiran).] Ses yeux [= paupières] sont rabattus (teroutot), ou très arrondis (tsirniot), ou larmoyants (dom'ot), ou coulants (dolfot), ou ruisselants (tordot).

📜 Rachi (5)
תְּרוּטוֹת עֲגֻולּוֹת:
Teroutot — arrondies.
וְצִירָנִיּוֹת עֲגֻולּוֹת יוֹתֵר מִתְּרוּטוֹת:
Tsirniot — plus arrondies que 'teroutot'.
דּוֹמְעוֹת מְעַט:
Dom'ot — [larmoient] un peu.
דּוֹלְפוֹת יוֹתֵר מְדֻומָּעוֹת:
Dolfot — plus que 'dom'ot'.
טוֹרְדוֹת יוֹתֵר מִדּוֹלְפוֹת כְּמוֹ (מִשְׁלֵי כז) דֶּלֶף טוֹרֵד:
Tordot — plus que 'dolfot', comme (Pr 27) 'une gouttière qui ruisselle' (delef tored).
🗂️ Tossefot (1)
עֵינָיו תְּרוּטוֹת פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס עֲגֻולּוֹת כְּמוֹ כִּי תְּרוּטָה בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף קז) גַּבֵּי לְבָנָה וְצִירָנִיּוֹת פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' עֲגֻולּוֹת יוֹתֵר מִתְּרוּטוֹת וְתֵימַהּ כֵּיוָן דִּתְנָא קִילְּתָא כ"ש חֲמִירְתָּא וּכְעִנְיָן זֶה קָשֶׁה גַּבֵּי דִּתְנָא דּוֹמְעוֹת דּוֹלְפוֹת וְטוֹרְדוֹת דּוֹלְפוֹת יוֹתֵר מְדֻומָּעוֹת וְטוֹרְדוֹת יוֹתֵר מִדּוֹלְפוֹת וְשֶׁמָּא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי כּוּלְּהוּ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּלָא מִיפַּסְלִי מִשּׁוּם מוּמָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאֵין שָׁוֶה בְּזַרְעוֹ שֶׁל אַהֲרֹן:
'Ses yeux sont teroutot' — Rachi a expliqué 'arrondies', comme 'ki terouta' dans Sanhédrin (107) a propos de la lune ; et 'tsirniot', il l'explique 'plus arrondies que teroutot'. Or c'est étonnant : puisque le tana a [déjà] enseigné le cas léger, à plus forte raison le cas grave [serait inclus, pourquoi les énumérer tous les deux] ? La même difficulté se pose pour 'dom'ot, dolfot, tordot' : 'dolfot' plus que 'dom'ot' et 'tordot' plus que 'dolfot' [donc redondant]. Peut-être a-t-il fallu tous les enseigner pour nous apprendre qu'ils n'invalident pas au titre d'un [vrai] moum, mais seulement parce que [le kohen] n'est pas 'semblable' au reste de la descendance d'Aharon.
💡 Explication

Baraita définissant les états des yeux qui invalident, par intensité croissante : teroutot (paupières rabattues / yeux ronds), tsirniot (encore plus ronds), dom'ot (larmoient un peu), dolfot (coulent davantage), tordot (ruissellent le plus, comme 'une gouttière qui ruisselle', Pr 27,15).

13
תְּנָא: הַזְּדִיר וְהַלּוּפְיָן (וְהִתְמִיר) [וְהַתִּימִין]. זִוֵּיר — דְּמָזוֹר עֵינֶיהָ, לוּפְיָן — דִּנְפִישִׁין זִיפֶיהָ, (תָּמִיר) [תִּימִין] — שֶׁתַּמּוּ (זִיפִין) [זִיפָיו]. וְהָנֵי גַּבֵּי מוּמִין תָּנוּ לְהוּ? וְהִתְנָן: שֶׁנָּשְׁרוּ רִיסֵי עֵינָיו פָּסוּל מִפְּנֵי מַרְאִית הָעַיִן! לָא קַשְׁיָא, הָא דְּאִשְׁתִּיּוֹר גַּרְדּוּמֵי, הָא דְּלָא אִישְׁתְּיוּר גַּרְדּוּמֵי.

Le tana enseigne : le 'zavir', le 'loufin' et le 'timin'. 'Zavir' = dont les yeux sont abîmés (mezor) ; 'loufin' = dont les cils sont abondants ; 'timin' = dont les cils sont épuisés [= tombés]. Mais [ce 'timin'] l'a-t-on enseigne parmi les [vrais] moumim ?

N'avons-nous pas appris : 'celui dont les cils sont tombés est invalide à cause de l'apparence [du défaut] (mar'it ha-ayin)' [donc ce n'est pas un vrai moum] ! Ce n'est pas une difficulté : ici, où il reste des racines [de cils] ; là, où il ne reste pas de racines.

📜 Rachi (3)
תְּנָא אַף הַזָּרְיָין וְלוּפְיָין וְהַתּוּמְיָין הָוֵי מוּם דְּמִזּוֹרְדָן עֵינָיו:
Le tana [enseigne] aussi 'ha-zariyin', 'loufiyin' et 'ha-toumiyin' — c'est un moum, car ses yeux sont abîmés.
וְהָא גַּבֵּי מוּמִין תָּנֵי לְהוּ לְהַאי תּוֹמְייַן מִי הָוֵי מוּם וְהָא לָא פְּסִיל לֵיהּ מַתְנֵי' אֶלָּא מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן:
Mais [ce 'toumiyin'] l'a-t-on enseigne parmi les moumim ? Ce 'toumiyin' est-il un [vrai] moum ? La michna ne l'invalide qu'à cause de l'apparence (mar'it ha-ayin) [seulement].
אִישְׁתְּיַיר גַּרְדּוּמֵי שָׁרָשִׁין לָא הָוֵי מוּם אֶלָּא מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן:
Il reste des racines — [dans ce cas] ce n'est pas un [vrai] moum, mais [invalidant] seulement à cause de l'apparence.
💡 Explication

Nouvelle beraita : zavir (yeux abîmés), loufin (cils trop abondants), timin (cils tombés). Objection : la michna range 'cils tombés' parmi les invalidations dues à la seule apparence (mar'it ha-ayin), pas parmi les vrais moumim. Réponse : deux cas — si les racines des cils subsistent, c'est mar'it ha-ayin ; si plus rien ne subsiste, c'est un vrai moum.

14
מַתְנִי׳ עֵינָיו גְּדוֹלוֹת כְּשֶׁל עֵגֶל, אוֹ קְטַנּוֹת כְּשֶׁל אַוָּוז. גּוּפוֹ גָּדוֹל מֵאֲבָרָיו, אוֹ קָטָן מֵאֲבָרָיו. חָוטְמוֹ גָּדוֹל מֵאֲבָרָיו, אוֹ קָטָן מֵאֵיבָרָיו. הֲצוֹמָם וְהַצּוֹמֵעַ — אֵיזֶהוּ צֻומָּע? כֹּל שֶׁאָזְנָיו קְטַנּוֹת, וְהַצּוֹמֵם — כֹּל שֶׁאָזְנָיו דּוֹמוֹת לִסְפוֹג. שְׂפָתוֹ הָעֶלְיוֹנָה עוֹדֶפֶת עַל הַתַּחְתּוֹנָה, הַתַּחְתּוֹנָה עוֹדֶפֶת עַל הָעֶלְיוֹנָה — הֲרֵי זֶה מוּם. וְשֶׁנָּשְׁרוּ שִׁינָּיו — פָּסוּל מִפְּנֵי מַרְאִית הָעַיִן.

MICHNA. Ses yeux [sont] grands comme ceux d'un veau, ou petits comme ceux d'une oie.

Son corps [est] plus grand [= disproportionné] que ses membres, ou plus petit que ses membres. Son nez [est] plus grand que ses membres, ou plus petit que ses membres.

Le 'tsomem' et le 'tsomea' : qu'est-ce que le 'tsomea' ? Tout [kohen] dont les oreilles sont petites ; et le 'tsomem' : tout [kohen] dont les oreilles ressemblent à une éponge.

Sa lèvre supérieure dépasse l'inférieure, ou l'inférieure dépasse la supérieure — voilà un moum. Et celui dont les dents sont tombées — invalide, à cause de l'apparence [du défaut] (mar'it ha-ayin).

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מֵאֲבָרָיו כְּגוֹן יָדָיו וְרַגְלָיו וְשׁוֹקָיו:
MICHNA. Que ses membres — par exemple ses mains, ses pieds et ses jambes.
צִימֵּם צִימֵּעַ בְּמָתְנֵי' מְפָרֵשׁ לָהּ:
Tsimem, tsimea — la michna [elle-même] les explique.
לַסְּפוֹג שֶׁכְּווּצוֹת וּסְתוּמוֹת:
Comme une éponge — [oreilles] rétractées et bouchées.
💡 Explication

Nouvelle michna sur les disproportions : yeux trop grands (comme un veau) ou trop petits (comme une oie) ; corps disproportionné par rapport aux membres ; nez de même ; oreilles trop petites (tsomea) ou spongieuses (tsomem) ; lèvre débordante ; dents tombées. Ce dernier cas n'invalide qu'à cause de l'apparence (mar'it ha-ayin).

15
גְּמ׳ אָמַר רַב: מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עֶשֶׂר אַמּוֹת הָיָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּפְרֹשׂ אֶת הָאֹהֶל עַל הַמִּשְׁכָּן״, מִי פֵּרְשׁוּ? מֹשֶׁה רַבֵּינוּ פֵּרְשׁוּ, וּכְתִיב: ״עֶשֶׂר אַמּוֹת אֹורֶךְ הַקָּרֶשׁ״.

GUEMARA. Rav dit : Moche notre maître mesurait dix coudées, comme il est dit : 'il déploya la tente sur le Tabernacle' (Ex 40,19) — qui la déploya ?

Moche notre maître la déploya — et il est écrit : 'dix coudées [sera] la longueur de la planche' (Ex 26,16).

📜 Rachi (1)
גְּמ' עָשָׂר אַמּוֹת קס"ד בְּאַמָּה שֶׁלּוֹ:
GUEMARA. Dix coudées — on aurait pu penser [qu'il s'agit] de sa propre coudée [= dix fois son avant-bras].
💡 Explication

Digression aggadique à partir du thème des proportions. Rav déduit que Moche mesurait dix coudées : c'est lui qui déploya la tente sur le Tabernacle, or les planches faisaient dix coudées de haut — il devait donc être au moins de cette taille.

🖼️ Schéma
La taille de Moche : deux mesures de la coudée planche du Michkan = 10 amot Moche Objection (Chimi bar H'iya) Si "10 coudées" = 10 fois SA propre coudée (~son avant-bras), son corps serait disproportionné : baal moum ! Réponse de Rav "10 amot" = 10 coudées des PLANCHES (la coudée-étalon du sanctuaire), non la sienne. Son corps reste proportionné.
La taille de Moche et les deux mesures de la coudée.
16
אֲמַר לֵיהּ רַב שִׁימִי בַּר חִייָּא לְרַב: אִם כֵּן עֲשִׂיתוֹ לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ בַּעַל מוּם! דִּתְנַן: גּוּפוֹ גָּדוֹל מֵאֵבָרָיו אוֹ קָטָן מֵאֵבָרָיו. אֲמַר לֵיהּ: שִׁימִי! בְּאַמָּה שֶׁל קֹדֶשׁ קָאָמֵינָא.

Rav Chimi bar H'iya dit à Rav : si [c'est] ainsi, tu as fait de Moche notre maître un porteur-de-moum ! Car nous avons appris : 'son corps [est] plus grand que ses membres, ou plus petit que ses membres' [= disproportionné, donc moum].

Il lui dit : Chimi ! c'est de la coudée sacrée (amah chel kodech) que je parle.

📜 Rachi (2)
בַּעַל מוּם דְּגוּפוֹ גָּדוֹל מִזְּרוֹעוֹתָיו דְּהָא כָּל אָדָם אֵין גּוּפוֹ אֶלָּא שָׁלֹשׁ אַמּוֹת בְּאַמָּתוֹ:
Porteur-de-moum — car son corps serait plus grand que ses bras, puisque le corps de tout homme ne fait que trois coudées dans sa [propre] coudée.
בְּאַמָּה שֶׁל קֶרֶשׁ קָאָמֵינָא דְּהַייְנוּ עָשָׂר אַמָּה בְּאַמָּה שֶׁל קְרָשִׁים דְּאֹורֶךְ הַקְּרָשִׁים לֹא נִמְדָּד בְּאַמָּתוֹ שֶׁל מֹשֶׁה. וְהָא דַּאֲמָרָן בְּפִירְקָא דִּלְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף מ.) אַחַת יְתֵירָה עַל שֶׁל מֹשֶׁה חֲצִי אֶצְבַּע לָאו בְּשֶׁל מֹשֶׁה מַמָּשׁ קָאָמַר דְּוַדַּאי שֶׁל מֹשֶׁה הָיְתָה יְתֵירָה מְאֹד עַל אוֹתָהּ שֶׁל קֹדֶשׁ שֶׁתִּיקֵּן מֹשֶׁה:
C'est de la coudée des planches que je parle — c'est-à-dire dix coudées dans la coudée des planches, car la longueur des planches ne se mesurait pas dans la coudée de Moche. Et ce que nous avons dit au chapitre précédent (Bekhorot 40a), '[la coudée de Moche était] plus grande d'un demi-doigt que [la coudée] sacrée', ne veut pas dire [la coudée] de Moche à proprement parler : car assurément [la coudée] de Moche était bien plus grande que celle du sanctuaire qu'il avait établie.
💡 Explication

Objection de Rav Chimi : si Moche mesurait dix fois sa propre coudée, son corps serait disproportionné (un homme ordinaire ne fait que trois de ses coudées) — donc un baal moum ! Réponse de Rav : je parlais de la coudée-étalon du sanctuaire (amah chel kodech), celle des planches, non de la coudée de Moche. Ses membres restaient proportionnés ; il mesurait bien dix coudées sacrées.

17
חָוטְמוֹ גָּדוֹל וְכוּ׳. תְּנָא: כְּאֶצְבַּע קְטַנָּה.

['Son nez [est] plus grand, etc.'] Le tana enseigne : [le seuil de disproportion est] comme le petit doigt.

📜 Rachi (1)
כְּאֶצְבַּע קְטַנָּה אִם חָוטְמוֹ גָּדוֹל לְפִי שְׁאָר אִבְרִין יוֹתֵר מִדַּאי כְּשִׁיעוּר רֹוחַב אֶצְבַּע קְטַנָּה הָוֵי מוּם הֵיכִי מְשַׁעֲרִינַן לֵיהּ מוֹדְדִין חָוטְמוֹ לְחֹוטֶם בְּנֵי אָדָם הָאֲרֻוכִּין בְּגוּפָן כָּמוֹהוּ:
Comme le petit doigt — si son nez est trop grand par rapport au reste des membres, au-delà de la largeur du petit doigt, c'est un moum. Comment le mesure-t-on ? On mesure son nez [par comparaison] au nez d'hommes aussi grands de corps que lui.
💡 Explication

Précision de mesure pour le nez : la disproportion se compte à partir de la largeur du petit doigt. On mesure le nez du kohen par rapport au nez d'hommes de même carrure que lui.

18
הֲצוֹמָם וְהַצּוֹמֵעַ. תְּנָא: אַף הַצִּימֵּחַ. לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״צִימַּח״, שְׁמַעוּ לְהָהוּא טַיָּיעָא דַּהֲוָה קָאָמַר: ״מַאן דְּבָעֵי צִימֵּחַ״, וְאִישְׁתְּכַח גַּדְיָא חֲזִיזָא.

['Le tsomem et le tsomea.'] Le tana enseigne : aussi le 'tsimeah'. Les Sages ne savaient pas ce qu'est un 'tsimeah'.

Ils entendirent un certain Arabe (taya) qui disait : 'qui veut un tsimeah ?' — et il se trouva [que c'était] un chevreau aux longues oreilles (h'aziza).

📜 Rachi (1)
חֲזִיזָא אָזְנָיו אֲרֻוכּוֹת מְאֹד עַד שֶׁתְּכוּפוֹת לְמַטָּה:
H'aziza — dont les oreilles sont très longues, au point de se replier vers le bas.
💡 Explication

La beraita ajoute le tsimeah aux oreilles anormales. Les Sages en ignoraient le sens, jusqu'à entendre un marchand arabe crier 'qui veut un tsimeah ?' : c'était un chevreau aux oreilles très longues (h'aziza), retombantes. Anecdote lexicale typique (un mot rare éclairé par l'usage populaire).

19
אָמַר רַב חִסְדָּא: עֵז שֶׁאֵין לָהּ קַרְנַיִם, וְרָחֵל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם — כְּשֵׁרִים לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ.

Rav H'isda dit : une chèvre qui n'a pas de cornes, et une brebis qui a des cornes — sont aptes [au sacrifice] sur l'autel [= ce ne sont pas des moumim].

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' לְמֵימְרָא דְּיַבֶּלֶת הָוֵי מוּמָא וּרְמִינְהִי וְאֵלּוּ שֶׁאֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן לֹא בְּמִקְדָּשׁ וְלֹא בַּמְּדִינָה בַּעַל גָּרָב וּבַעַל יַבֶּלֶת. וּמַסְּקִינַן הֵיכָא דְּאִית בָּהּ עֶצֶם הָוֵי מוּמָא בֵּין בְּגוּפוֹ בֵּין בְּעֵינוֹ. וְאִי לֵית בָּהּ עֶצֶם בְּגוּפוֹ לָא הָוֵי מוּם. בְּעֵינוֹ אִית בָּהּ שֵׂעָר הָוֵי מוּם. אִי לֵית בָּהּ שֵׂעָר לָא הָוֵי מוּם לְהִשָּׁחֵט עָלָיו: עֵינוֹ אַחַת גְּדוֹלָה. תָּנָא גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל. קְטַנָּה כְּשֶׁל אַוָּוז. וְדַוְקָא אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אֲבָל שְׁתֵּיהֶן גִּדּוּלוֹ' שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת לָא הָוֵי מוּם. דְּמֵחֲמַת בְּרִיאוּתָא יַתִּירְתָא אוֹ כְּחִישׁוּתָא יַתִּירְתָא הוּא דְּהָוֵי. אֲבָל אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אִי מֵחֲמַת בְּרִיּוּתָא תַּרְוַיְיהוּ בָּעוּ מַבְרִי'. וְאִי מֵחֲמַת כְּחִישׁוּתָא תַּרְוַייְהוּ בָּעוּ מַבְרִי. הָכִי אַסִּיקְנָא לְעֵיל בְּפ"ק (בְּכוֹרוֹת דַּף ג:) וְגָרְסִינַן נָמֵי הָתָם ר' אֶלְעָזָר לָא עַל לְבֵי מִדְרְשָׁא אַשִּׁכְחֵיהּ לֵר' יוֹסֵי אֲמַר לֵיהּ מַאי אֲמוּר בֵּי מִדְרְשָׁא. אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר ר' יוֹחָנָן הָא דִּתְנַן רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים חַיָּיב וּמוּם קָבוּעַ הָוֵי לְהִשָּׁחֵט עָלָיו. דְּכֵיוָן דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵי מוּמָא ואע"ג דְּאִישְׁתַּנִּי לְדָבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה בְּמִינוֹ וְכֵן הִילְכְתָא: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק מוּמִין אֵלּוּ (בְּכוֹרוֹת דַּף מד.) אָמַר רַב חִסְדָּא עֵז שֶׁאֵין לָהּ קַרְנַיִם וְרָחֵל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם כְּשֵׁרוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ. וְתַנְיָא נָמֵי כְּוָותֵיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר אֲבִימִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְאֵינָהּ נִפְדֵּית עֲלֵיהֶם נָטְלוּ טְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם. מֵיתִיבִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וּטְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶם פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיתְעֲקוּר אִיעַקּוֹרֵי וְהָא דְּאִיגְּמוּם אִיגַּמּוּמִי: וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים וְעַד כַּמָּה. תַּנְיָא אֲחֵרִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ לַשְּׁנִיָּה אֶלָּא כְּפוֹל כְּשֵׁירָה:
GUEMARA. [La guemara] dit-elle par là qu'une verrue (yabelet) constitue un moum ? Or on objecte [d'une autre source] : 'voici ceux pour lesquels on n'abat pas [le premier-né], ni au Temple ni en province [medina] : le porteur de gale (garav) et le porteur de verrue (yabelet)' [donc la verrue n'est pas un moum permettant l'abattage] ! Et l'on conclut : là où il y a un os [dans la verrue], c'est un moum, que ce soit sur le corps ou dans l'œil ; s'il n'y a pas d'os, sur le corps ce n'est pas un moum ; dans l'œil, s'il y a du poil, c'est un moum, s'il n'y a pas de poil, ce n'est pas un moum permettant d'abattre. 'Un œil grand' — le tana enseigne : grand comme celui d'un veau, petit comme celui d'une oie. Et [c'est un moum] spécifiquement [quand] l'un est grand et l'autre petit ; mais [si] les deux sont grands [ou] les deux petits, ce n'est pas un moum, car cela vient d'un excès d'embonpoint ou d'un excès de maigreur ; tandis que si l'un est grand et l'autre petit : si c'est par embonpoint, les deux auraient dû s'engraisser [ensemble], et si c'est par maigreur, les deux auraient dû maigrir [ensemble]. Ainsi l'avons-nous conclu plus haut au premier chapitre (Bekhorot 3b). Et l'on y enseigne aussi : Rabbi Elazar n'était pas monté à la maison d'étude ; il trouva Rabbi Yossei et lui dit : qu'a-t-on dit à la maison d'étude ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — ce que nous avons appris, 'une brebis qui a enfanté une sorte de chèvre, et une chèvre qui a enfanté une sorte de brebis, est exempte du [statut de] premier-né ; et s'il y a en elle une partie des signes [de l'espèce mère], elle y est assujettie' — et c'est un moum permanent permettant d'abattre, car dès lors qu'elle a changé [d'aspect], c'est un moum, et bien qu'elle ait changé vers une [forme] sanctifiée [par le] premier-né dans son espèce [propre]. Et telle est la halakha. Nous lisons au chapitre 'ces moumim' (Bekhorot 44a) : Rav H'isda dit, une chèvre qui n'a pas de cornes et une brebis qui a des cornes sont aptes sur l'autel ; et il est enseigné [une beraita] comme lui. Et Rav H'isda dit au nom d'Avimi : si l'on a enlevé les cornes avec leur noyau osseux (zekhrout), [l'animal est] invalide et n'est pas racheté à cause d'elles ; si l'on a enlevé les sabots avec leur noyau osseux, [il est] invalide et est racheté à cause d'eux. On objecte : 'si l'on a enlevé cornes et sabots avec leur noyau osseux, [il est] invalide et est racheté à cause d'eux' ! Ce n'est pas une difficulté : ici [où l'os] a été déraciné (it'akour), là [où il] a été [seulement] coupé (igoum). 'Et les Sages ne l'ont pas approuvé — et jusqu'à combien ?' Il est enseigné : 'Ah'erim disent : même si [la corne] n'est pas double [de l'autre], mais seulement dédoublée [d'une partie], elle est apte.'
💡 Explication

Transposition aux animaux. Rav H'isda enseigne que la chèvre sans cornes et la brebis à cornes, bien qu'anormales pour leur espèce, ne sont pas porteuses de moum : elles restent aptes au sacrifice. (Le Roch, ci-dessous, rassemble toute la sougya des moumim de l'animal.)

20
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: יֵשׁ דְּבָרִים שֶׁהֵן כְּמוּמִין, וְאֵינָן כְּמוּמִין, וְשׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶם בַּמִּקְדָּשׁ, אֲבָל לֹא בַּמְּדִינָה. וְאֵלּוּ הֵן: עז שֶׁאֵין (לוֹ) [לָהּ] קַרְנַיִם, וְרָחֵל שֶׁיֵּשׁ (לו) [לָהּ] קַרְנַיִם, וְהַצִּימֵּחַ, וְהַצִּימֵּם, וְהַצִּימֵּעַ.

Cela est enseigné de même [dans une beraita] : il y a des choses qui sont comme des moumim mais ne sont pas [vraiment] comme des moumim, et pour lesquelles on abat [des sacrifices] au Temple, mais non en province [= on n'abat pas le premier-né hors du Temple à cause d'elles]. Les voici : une chèvre qui n'a pas de cornes, une brebis qui a des cornes, le 'tsimeah', le 'tsomem' et le 'tsomea'.

📜 Rachi (2)
בַּמִּקְדָּשׁ דְּלָא הָוֵי מוּם:
Au Temple — car ce n'est pas un moum.
וְהַצֶּמַח וְהַצִּימֵּם וְהַצִּמֵּעַ וּמַתְנִי' דְּחָשֵׁיב לְהוּ (בְּאָדָם מוּמִין) קָאָמַר לְפִי שֶׁאֵינוֹ שָׁוֶה בְּזַרְעוֹ שֶׁל אַהֲרֹן:
Le tsemah', le tsimem et le tsema' — et [si] la michna les compte [chez l'homme] comme des moumim, c'est parce que [le kohen] n'est pas 'semblable' au reste de la descendance d'Aharon.
💡 Explication

Une beraita confirme et systématise : ces anomalies (chèvre sans cornes, brebis à cornes, tsimeah / tsomem / tsomea) ressemblent à des moumim sans en être. Conséquence pratique : l'animal reste apte au sacrifice au Temple, mais un premier-né (bekhor) portant l'une de ces particularités ne peut pas être abattu hors du Temple (en 'medina') — car ce ne sont pas de vrais moumim.

21
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר אַמֵּימָר: נִטְּלוּ קַרְנוֹתָן וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן — פְּסוּלָה, וְאֵין פּוֹדִין עֲלֵיהֶם. נִטְּלוּ טְלָפַיִים וְזַכְרוּתָם עִמָּהֶן — פְּסוּלִין, וְנִפְדִּין עֲלֵיהֶם.

Rav H'isda dit au nom d'Amemar : si l'on a enlevé leurs cornes avec leur noyau osseux (zekhrout) — [l'animal est] invalide, et on ne les rachète pas à cause d'elles [= ce n'est pas un moum plein]. Si l'on a enlevé les sabots avec leur noyau osseux — [ils sont] invalides, et on les rachète à cause d'eux [= c'est un moum plein].

📜 Rachi (2)
זַכְרוּתָן הַייְנוּ עֶצֶם הַתָּחוּב בְּתוֹךְ הַקַּרְנַיִים: זַכְרוּת הַטְּלָפִים הַייְנוּ עֶצֶם שֶׁבְּתוֹךְ הַטְּלָפִים דְּזוֹ הִיא כַּף הָרֶגֶל:
Leur noyau osseux (zekhrout) — c'est l'os enfoncé à l'intérieur des cornes ; le noyau osseux des sabots, c'est l'os qui est à l'intérieur des sabots, lequel est la plante du pied.
וְאֵין נִפְדִּין עֲלֵיהֶם אִם בֶּהֱמַת שְׁאָר קָדָשִׁים שֶׁאֵינָהּ בְּכוֹר אֵינָהּ נִפְדֵּית בְּכָךְ דְּלָא הָוֵי מוּם גָּמוּר אֶלָּא לְאִיפְּסוֹלֵי:
Et on ne les rachète pas à cause d'elles — s'il s'agit d'un animal d'autres [offrandes] sacrées qui n'est pas un premier-né, il n'est pas racheté par cela, car ce n'est pas un moum complet, mais [seulement de quoi] invalider.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' לְמֵימְרָא דְּיַבֶּלֶת הָוֵי מוּמָא וּרְמִינְהִי וְאֵלּוּ שֶׁאֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן לֹא בְּמִקְדָּשׁ וְלֹא בַּמְּדִינָה בַּעַל גָּרָב וּבַעַל יַבֶּלֶת. וּמַסְּקִינַן הֵיכָא דְּאִית בָּהּ עֶצֶם הָוֵי מוּמָא בֵּין בְּגוּפוֹ בֵּין בְּעֵינוֹ. וְאִי לֵית בָּהּ עֶצֶם בְּגוּפוֹ לָא הָוֵי מוּם. בְּעֵינוֹ אִית בָּהּ שֵׂעָר הָוֵי מוּם. אִי לֵית בָּהּ שֵׂעָר לָא הָוֵי מוּם לְהִשָּׁחֵט עָלָיו: עֵינוֹ אַחַת גְּדוֹלָה. תָּנָא גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל. קְטַנָּה כְּשֶׁל אַוָּוז. וְדַוְקָא אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אֲבָל שְׁתֵּיהֶן גִּדּוּלוֹ' שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת לָא הָוֵי מוּם. דְּמֵחֲמַת בְּרִיאוּתָא יַתִּירְתָא אוֹ כְּחִישׁוּתָא יַתִּירְתָא הוּא דְּהָוֵי. אֲבָל אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אִי מֵחֲמַת בְּרִיּוּתָא תַּרְוַיְיהוּ בָּעוּ מַבְרִי'. וְאִי מֵחֲמַת כְּחִישׁוּתָא תַּרְוַייְהוּ בָּעוּ מַבְרִי. הָכִי אַסִּיקְנָא לְעֵיל בְּפ"ק (בְּכוֹרוֹת דַּף ג:) וְגָרְסִינַן נָמֵי הָתָם ר' אֶלְעָזָר לָא עַל לְבֵי מִדְרְשָׁא אַשִּׁכְחֵיהּ לֵר' יוֹסֵי אֲמַר לֵיהּ מַאי אֲמוּר בֵּי מִדְרְשָׁא. אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר ר' יוֹחָנָן הָא דִּתְנַן רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים חַיָּיב וּמוּם קָבוּעַ הָוֵי לְהִשָּׁחֵט עָלָיו. דְּכֵיוָן דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵי מוּמָא ואע"ג דְּאִישְׁתַּנִּי לְדָבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה בְּמִינוֹ וְכֵן הִילְכְתָא: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק מוּמִין אֵלּוּ (בְּכוֹרוֹת דַּף מד.) אָמַר רַב חִסְדָּא עֵז שֶׁאֵין לָהּ קַרְנַיִם וְרָחֵל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם כְּשֵׁרוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ. וְתַנְיָא נָמֵי כְּוָותֵיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר אֲבִימִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְאֵינָהּ נִפְדֵּית עֲלֵיהֶם נָטְלוּ טְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם. מֵיתִיבִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וּטְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶם פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיתְעֲקוּר אִיעַקּוֹרֵי וְהָא דְּאִיגְּמוּם אִיגַּמּוּמִי: וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים וְעַד כַּמָּה. תַּנְיָא אֲחֵרִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ לַשְּׁנִיָּה אֶלָּא כְּפוֹל כְּשֵׁירָה:
GUEMARA. [La guemara] dit-elle par la qu'une verrue (yabelet) constitue un moum ? Or on objecte [d'une autre source] : 'voici ceux pour lesquels on n'abat pas [le premier-né], ni au Temple ni en province [médina] : le porteur de gale (garav) et le porteur de verrue (yabelet)' [donc la verrue n'est pas un moum permettant l'abattage] ! Et l'on conclut : là où il y a un os [dans la verrue], c'est un moum, que ce soit sur le corps ou dans l'œil ; s'il n'y a pas d'os, sur le corps ce n'est pas un moum ; dans l'œil, s'il y a du poil, c'est un moum, s'il n'y a pas de poil, ce n'est pas un moum permettant d'abattre. 'Un œil grand' — le tana enseigne : grand comme celui d'un veau, petit comme celui d'une oie. Et [c'est un moum] spécifiquement [quand] l'un est grand et l'autre petit ; mais [si] les deux sont grands [ou] les deux petits, ce n'est pas un moum, car cela vient d'un excès d'embonpoint ou d'un excès de maigreur ; tandis que si l'un est grand et l'autre petit : si c'est par embonpoint, les deux auraient dû s'engraisser [ensemble], et si c'est par maigreur, les deux auraient dû maigrir [ensemble]. Ainsi l'avons-nous conclu plus haut au premier chapitre (Bekhorot 3b). Et l'on y enseigne aussi : Rabbi Elazar n'était pas monté à la maison d'étude ; il trouva Rabbi Yossei et lui dit : qu'a-t-on dit à la maison d'étude ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — ce que nous avons appris, 'une brebis qui a enfanté une sorte de chèvre, et une chèvre qui a enfanté une sorte de brebis, est exempte du [statut de] premier-né ; et s'il y a en elle une partie des signes [de l'espèce mère], elle y est assujettie' — et c'est un moum permanent permettant d'abattre, car dès lors qu'elle a changé [d'aspect], c'est un moum, et bien qu'elle ait changé vers une [forme] sanctifiée [par le] premier-né dans son espèce [propre]. Et telle est la halakha. Nous lisons au chapitre 'ces moumim' (Bekhorot 44a) : Rav H'isda dit, une chèvre qui n'a pas de cornes et une brebis qui a des cornes sont aptes sur l'autel ; et il est enseigné [une beraita] comme lui. Et Rav H'isda dit au nom d'Avimi : si l'on a enlevé les cornes avec leur noyau osseux (zekhrout), [l'animal est] invalide et n'est pas racheté à cause d'elles ; si l'on a enlevé les sabots avec leur noyau osseux, [il est] invalide et est racheté à cause d'eux. On objecte : 'si l'on a enlevé cornes et sabots avec leur noyau osseux, [il est] invalide et est racheté à cause d'eux' ! Ce n'est pas une difficulté : ici [où l'os] a été déraciné (it'akour), là [où il] a été [seulement] coupé (igoum). 'Et les Sages ne l'ont pas approuvé — et jusqu'à combien ?' Il est enseigné : 'Ah'érim disent : même si [la corne] n'est pas double [de l'autre], mais seulement dédoublée [d'une partie], elle est apte.'
💡 Explication

Distinction fine de Rav H'isda. La zekhrout est le noyau osseux inclus dans la corne (ou le sabot). Cornes arrachées avec leur os : l'animal est invalide mais non rachetable (ce n'est pas un moum complet, seulement de quoi disqualifier). Sabots arrachés avec leur os : invalide ET rachetable (moum complet), car cet os est la plante même du pied.

22
מֵיתִיבִי: נִטְּלוּ קַרְנַיִין וּטְלָפַייִן וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן — פְּסוּלִין וְנִפְדִּין עֲלֵיהֶן! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִיתְעַקּוּר אִיתְעֲקוֹרֵי, הָא דְּאִיגּוּם אִיגּוּמֵי.

On objecte : 'si l'on a enlevé cornes et sabots avec leur noyau osseux — [ils sont] invalides et on les rachète à cause d'eux' [contre Rav H'isda, qui disait qu'on ne rachète pas pour les cornes] ! Ce n'est pas une difficulté : ici [la beraita parle] du cas où [l'os] a été déraciné (it'akour) ; là [Rav H'isda parle] du cas où [l'os] a [seulement] été coupé (igoum).

📜 Rachi (3)
וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶן וְקַשְׁיָא לְרַב חִסְדָּא דְּאָמַר אֵין נִפְדִּין:
Et on les rachète à cause d'eux — c'est une difficulté pour Rav H'isda, qui a dit qu'on ne rachète pas.
בָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי בְּדַעֲקוּר אִיעַקּוֹרֵי קַרְנַיִם וְשָׁרְשֵׁי הַזַּכְרוּת וְנִרְאֵית גֻּומָּא בָּרֹאשׁ:
La beraita qui enseigne [cela parle] du cas où [l'os] a été déraciné (it'akour) — les cornes et les racines du noyau osseux [ont été arrachées], et un trou apparaît en haut [de la tête].
רַב חִסְדָּא דְּאִיגּוּם אִיגּוּמֵי נֶחְתָּכִין מִלְמַעְלָה וְשָׁרָשָׁיו נִשְׁאֲרוּ:
[Le dire de] Rav H'isda [parle] du cas où [l'os] a été coupé (igoum) — [les cornes] sont coupées par le haut et leurs racines sont restées.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' לְמֵימְרָא דְּיַבֶּלֶת הָוֵי מוּמָא וּרְמִינְהִי וְאֵלּוּ שֶׁאֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן לֹא בְּמִקְדָּשׁ וְלֹא בַּמְּדִינָה בַּעַל גָּרָב וּבַעַל יַבֶּלֶת. וּמַסְּקִינַן הֵיכָא דְּאִית בָּהּ עֶצֶם הָוֵי מוּמָא בֵּין בְּגוּפוֹ בֵּין בְּעֵינוֹ. וְאִי לֵית בָּהּ עֶצֶם בְּגוּפוֹ לָא הָוֵי מוּם. בְּעֵינוֹ אִית בָּהּ שֵׂעָר הָוֵי מוּם. אִי לֵית בָּהּ שֵׂעָר לָא הָוֵי מוּם לְהִשָּׁחֵט עָלָיו: עֵינוֹ אַחַת גְּדוֹלָה. תָּנָא גְּדוֹלָה כְּשֶׁל עֵגֶל. קְטַנָּה כְּשֶׁל אַוָּוז. וְדַוְקָא אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אֲבָל שְׁתֵּיהֶן גִּדּוּלוֹ' שְׁתֵּיהֶן קְטַנּוֹת לָא הָוֵי מוּם. דְּמֵחֲמַת בְּרִיאוּתָא יַתִּירְתָא אוֹ כְּחִישׁוּתָא יַתִּירְתָא הוּא דְּהָוֵי. אֲבָל אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה אִי מֵחֲמַת בְּרִיּוּתָא תַּרְוַיְיהוּ בָּעוּ מַבְרִי'. וְאִי מֵחֲמַת כְּחִישׁוּתָא תַּרְוַייְהוּ בָּעוּ מַבְרִי. הָכִי אַסִּיקְנָא לְעֵיל בְּפ"ק (בְּכוֹרוֹת דַּף ג:) וְגָרְסִינַן נָמֵי הָתָם ר' אֶלְעָזָר לָא עַל לְבֵי מִדְרְשָׁא אַשִּׁכְחֵיהּ לֵר' יוֹסֵי אֲמַר לֵיהּ מַאי אֲמוּר בֵּי מִדְרְשָׁא. אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר ר' יוֹחָנָן הָא דִּתְנַן רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים חַיָּיב וּמוּם קָבוּעַ הָוֵי לְהִשָּׁחֵט עָלָיו. דְּכֵיוָן דְּאִישְׁתַּנִּי הָוֵי מוּמָא ואע"ג דְּאִישְׁתַּנִּי לְדָבָר הַקָּדוֹשׁ בִּבְכוֹרָה בְּמִינוֹ וְכֵן הִילְכְתָא: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק מוּמִין אֵלּוּ (בְּכוֹרוֹת דַּף מד.) אָמַר רַב חִסְדָּא עֵז שֶׁאֵין לָהּ קַרְנַיִם וְרָחֵל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם כְּשֵׁרוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ. וְתַנְיָא נָמֵי כְּוָותֵיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר אֲבִימִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְאֵינָהּ נִפְדֵּית עֲלֵיהֶם נָטְלוּ טְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶן פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם. מֵיתִיבִי נָטְלוּ קַרְנַיִם וּטְלָפִים וְזַכְרוּתָן עִמָּהֶם פְּסוּלָה וְנִפְדֵּית עֲלֵיהֶם לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיתְעֲקוּר אִיעַקּוֹרֵי וְהָא דְּאִיגְּמוּם אִיגַּמּוּמִי: וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים וְעַד כַּמָּה. תַּנְיָא אֲחֵרִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ לַשְּׁנִיָּה אֶלָּא כְּפוֹל כְּשֵׁירָה:
GUEMARA. [La guemara] dit-elle par la qu'une verrue (yabelet) constitue un moum ? Or on objecte [d'une autre source] : 'voici ceux pour lesquels on n'abat pas [le premier-né], ni au Temple ni en province [médina] : le porteur de gale (garav) et le porteur de verrue (yabelet)' [donc la verrue n'est pas un moum permettant l'abattage] ! Et l'on conclut : là où il y a un os [dans la verrue], c'est un moum, que ce soit sur le corps ou dans l'œil ; s'il n'y a pas d'os, sur le corps ce n'est pas un moum ; dans l'œil, s'il y a du poil, c'est un moum, s'il n'y a pas de poil, ce n'est pas un moum permettant d'abattre. 'Un œil grand' — le tana enseigne : grand comme celui d'un veau, petit comme celui d'une oie. Et [c'est un moum] spécifiquement [quand] l'un est grand et l'autre petit ; mais [si] les deux sont grands [ou] les deux petits, ce n'est pas un moum, car cela vient d'un excès d'embonpoint ou d'un excès de maigreur ; tandis que si l'un est grand et l'autre petit : si c'est par embonpoint, les deux auraient dû s'engraisser [ensemble], et si c'est par maigreur, les deux auraient dû maigrir [ensemble]. Ainsi l'avons-nous conclu plus haut au premier chapitre (Bekhorot 3b). Et l'on y enseigne aussi : Rabbi Elazar n'était pas monté à la maison d'étude ; il trouva Rabbi Yossei et lui dit : qu'a-t-on dit à la maison d'étude ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — ce que nous avons appris, 'une brebis qui a enfanté une sorte de chèvre, et une chèvre qui a enfanté une sorte de brebis, est exempte du [statut de] premier-né ; et s'il y a en elle une partie des signes [de l'espèce mère], elle y est assujettie' — et c'est un moum permanent permettant d'abattre, car dès lors qu'elle a changé [d'aspect], c'est un moum, et bien qu'elle ait changé vers une [forme] sanctifiée [par le] premier-né dans son espèce [propre]. Et telle est la halakha. Nous lisons au chapitre 'ces moumim' (Bekhorot 44a) : Rav H'isda dit, une chèvre qui n'a pas de cornes et une brebis qui a des cornes sont aptes sur l'autel ; et il est enseigné [une beraita] comme lui. Et Rav H'isda dit au nom d'Avimi : si l'on a enlevé les cornes avec leur noyau osseux (zekhrout), [l'animal est] invalide et n'est pas racheté à cause d'elles ; si l'on a enlevé les sabots avec leur noyau osseux, [il est] invalide et est racheté à cause d'eux. On objecte : 'si l'on a enlevé cornes et sabots avec leur noyau osseux, [il est] invalide et est racheté à cause d'eux' ! Ce n'est pas une difficulté : ici [où l'os] a été déraciné (it'akour), là [où il] a été [seulement] coupé (igoum). 'Et les Sages ne l'ont pas approuvé — et jusqu'à combien ?' Il est enseigné : 'Ah'érim disent : même si [la corne] n'est pas double [de l'autre], mais seulement dédoublée [d'une partie], elle est apte.'
💡 Explication

Objection contre Rav H'isda depuis une beraita qui rend rachetable même l'arrachage des cornes. Résolution par distinction : la beraita vise le cas où l'os a été entièrement déraciné (it'akour) — laissant un trou visible : moum plein, rachetable. Rav H'isda visait le cas où l'os a seulement été coupé par le haut (igoum), la racine subsistant : non rachetable.

23
וּדְאִיגּוּם אִיגּוּמֵי, פָּסוּל? וּרְמִינְהוּ: פָּרָה שֶׁקַּרְנֶיהָ וּטְלָפֶיהָ שְׁחוֹרִים — יָגוּד! תַּרְגְּמָהּ זְעֵירִי: מֵעִילּוּי זַכְרוּת.

Et [dans le cas] où [l'os] a [seulement] été coupé (igoum), [l'animal] est-il [même] invalide ?! Or on objecte : 'une [vache rousse] dont les cornes et les sabots sont noirs — on [les] coupe (yagoud)' [preuve que couper les cornes n'entache pas la vache] !

Zé'iri l'a expliqué : [la coupe autorisée se fait] au-dessus du noyau osseux (zekhrout).

📜 Rachi (4)
וּדְאִיגּוּם אִיגּוּמֵי מִי שַׁייָּךְ בָּהּ אֲפִילּוּ פַּסְלוּת:
Et [dans le cas] où [l'os] a été coupé — y aurait-il en elle la moindre invalidation ?
פָּרָה אֲדֻומָּה:
Une [vache] — rousse (para adouma).
יָגוּד יַחְתֹּוךְ כְּמוֹ (דָּנִיֵּאל ד) גֹּודּוּ אִילָנָא:
Yagoud — il coupe, comme (Dan 4) 'coupez l'arbre' (goudou ilana).
תַּרְגְּמָהּ זְעֵירִי הַאי [דְּקָתָנֵי] יַחְתֹּוךְ מֵעִילָּווֵי זַכְרוּתַיְיהוּ שֶׁיֵּשׁ בְּחֻודּוֹ שֶׁל קֶרֶן כִּשְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ אֶצְבָּעוֹת שֶׁאֵין זַכְרוּת מַגִּיעַ שָׁם וְאִם הַשַּׁחֲרוּת אֵין מַגִּיעַ עַד מְקוֹם הַזַּכְרוּת יַחְתֹּוךְ אֲבָל יוֹתֵר מִכָּאן פְּסוּלָה:
Zé'iri l'a expliqué — ce [que la michna] enseigne, 'il coupe', [se fait] au-dessus de leur noyau osseux : il y a à la pointe de la corne, sur deux ou trois doigts, [une partie] où le noyau osseux n'arrive pas ; et si le noir n'atteint pas l'emplacement du noyau osseux, il coupe [là] ; mais [si le noir dépasse] au-delà, elle est invalide.
💡 Explication

Ultime objection : si couper l'os (igoum) invalidait, comment une vache rousse (para adouma) aux cornes/sabots noirs pourrait-elle être rendue valide en coupant (yagoud) les parties noires ? Réponse de Zé'iri : cette coupe se fait au-dessus du noyau osseux — dans la pointe creuse de la corne (deux ou trois doigts) que l'os n'atteint pas. Tant que le noir n'atteint pas l'os, on coupe sans dommage ; au-delà, la vache serait invalide.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).