Sougya : Ce daf achève l'analyse des défauts oculaires qui invalident un kohen pour le service : yeux placés trop haut ou trop bas, qui voient la chambre et l'étage d'un seul regard, etc. Rava démontre pourquoi la Torah a besoin des cinq termes du verset (ich, iver, dak, tevalloul, be-eino) — chacun exclut une catégorie de défaut de vue qu'un autre n'aurait pas atteinte.
Suivent des baraitot définissant divers états de l'œil (sanei chemech, yeux différents, cils tombés) et une nouvelle michna sur les disproportions du corps (yeux, corps, nez, oreilles, lèvres, dents). La guemara y insère que Moche mesurait dix coudées (celles du Tabernacle, non les siennes), puis l'histoire de l'Arabe et de la chèvre 'tsimeah'.
Enfin, Rav Hisda distingue les anomalies animales qui ne sont pas de vrais moumim (chèvre sans cornes, brebis à cornes) et statue sur les cornes et sabots arrachés avec leur noyau osseux : quand l'animal est invalidé sans être rachetable.
[La michna, en disant qu'un kohen dont les deux yeux sont en haut est invalidé, ne veut pas dire qu'il louche des deux yeux vers le haut :] même s'il ne farde pas ses deux yeux d'un seul [mouvement] [= même sans loucher, tout kohen aux yeux anormalement placés est visé].
Fragment de conclusion venant de la page précédente (43b). La michna, en parlant d'un kohen dont les yeux sont 'en haut' ou 'en bas', ne vise pas seulement celui qui louche ; l'expression 'farder ses deux yeux d'un seul coup' évoque un mouvement conjoint des deux yeux. La suite du daf va préciser ce que signifient réellement ces positions.
['Les deux yeux en bas.'] Que signifient 'les deux yeux en haut' [et] 'les deux yeux en bas' ? Si l'on dit : 'les deux yeux en haut' = qui voit vers le haut, 'les deux yeux en bas' = qui voit vers le bas, [et alors] 'un œil en haut et un œil en bas' = qui voit d'un œil vers le bas et de l'autre vers le haut — mais c'est exactement [le cas suivant de la michna,] 'il voit la chambre et l'étage d'un seul [regard]' !
La guemara écarte une première lecture. Si 'yeux en haut / en bas' désignait la direction du regard, alors le cas 'un œil en haut, un œil en bas' se confondrait avec le cas suivant de la michna : celui qui voit la chambre (en bas) et l'étage (en haut) d'un seul regard. Une michna ne répète pas inutilement : la lecture est donc à rejeter.
Plutôt : 'les deux yeux en haut' = qui sont situés en haut, 'les deux yeux en bas' = qui sont situés en bas, 'un œil en haut et un œil en bas' = où l'un des yeux est situé en haut et l'autre en bas ; et [le cas] où ils sont situés dans leur ordre [normal] aussi, [mais] il voit la chambre et l'étage d'un seul [regard].
La bonne lecture : il s'agit de la position des yeux sur le visage, non de la direction du regard. 'En haut / en bas' = yeux implantés plus haut ou plus bas que la normale. Le cas 'voit la chambre et l'étage d'un coup' devient alors distinct : les yeux sont bien alignés à leur place, mais l'un voit vers le haut et l'autre vers le bas.
D'où [tenons-nous] ces enseignements ? De ce qu'ont enseigné les Sages : 'dans son œil' (be-eino) — tout ce qui est dans son œil ; de là ils ont dit : 'les deux yeux en bas, les deux yeux en haut, un œil en haut et un œil en bas, il voit la chambre et l'étage d'un seul regard, ou il parle avec son compagnon et un autre dit : c'est moi qu'il regarde' [tous ces kohanim sont invalidés].
Source scripturaire. Le verset (Lev 21,20) énonce le défaut 'dans son œil' (be-eino). Comme une taie ou un tevalloul ne peuvent de toute façon être qu'à l'œil, ce 'dans son œil' est un surplus (ribouy) qui vient inclure toute anomalie de position ou d'alignement de l'œil : yeux trop hauts, trop bas, désaxés, regard divergent (on croit qu'il regarde quelqu'un d'autre).
Les Sages ont enseigné : 'aveugle' (iver) — que [le kohen] soit aveugle des deux yeux ou aveugle de l'un de ses yeux. Le voile (h'ivvarvar) et les larmes fixes (permanentes), d'où [sait-on qu'ils invalident] ?
Le verset enseigne : 'un homme aveugle' (ich iver).
Le mot 'aveugle' (iver) invalide, qu'on soit aveugle des deux yeux ou d'un seul. Mais le kohen atteint d'un voile blanchâtre (h'ivvarvar) ou de larmoiement permanent — dont l'œil est présent mais la vue atteinte — n'est pas 'aveugle' au sens strict : c'est le mot surnuméraire 'homme' (ich) qui vient les inclure.
Rava dit : pourquoi la Torah a-t-elle écrit 'homme' (ich), 'aveugle' (iver), 'voile' (dak), 'tevalloul', 'dans son œil' (be-eino) ? [Tous] sont nécessaires.
Car si la Torah n'avait écrit que 'aveugle', [j'aurais dit :] c'est parce que [les yeux] n'y sont pas du tout [qu'il est invalidé] ; mais le voile et les larmes permanentes, qui sont [présentes] en lui [= l'œil est présent], non [je n'aurais pas invalidé] — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'homme'.
Rava ouvre sa démonstration de la nécessité des cinq termes. 'Aveugle' seul ne couvrirait que l'œil totalement absent (arraché) ; on ne saurait pas que le voile ou le larmoiement permanent invalident, puisque la, l'œil est bien présent. D'où le mot 'homme' (ich) pour les inclure.
Et si la Torah n'avait écrit que 'homme' [+ 'aveugle'], [j'aurais dit :] c'est parce qu'il ne voit pas du tout [qu'il est invalide] ; mais une vue diminuée (mah'sorayta), non [je n'aurais pas invalidé] — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'voile' (dak). Et si la Torah n'avait écrit que 'voile', [j'aurais dit :] c'est parce que [la vue] lui manque [en partie] ; mais [les yeux] mélangés (mevalbelayta), non — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'tevalloul'.
Poursuite de l'échelle. 'Homme' + 'aveugle' ne viseraient que l'absence totale de vue ; la simple diminution partielle de la vue (mah'sorayta) échapperait — d'où 'voile' (dak). Et 'voile' ne viserait que la perte de vue ; l'œil dont le blanc et le noir sont mélangés sans perte de vue (mevalbelayta) échapperait — d'où 'tevalloul'.
Et si la Torah n'avait écrit que 'tevalloul', [j'aurais dit :] c'est parce qu'ils sont mélangés [qu'il est invalide] ; mais à cause d'un [simple] déplacement (michnayta), non — [c'est pourquoi] la Torah a écrit 'dans son œil' (be-eino).
Dernier degré : 'tevalloul' ne viserait que le mélange des parties de l'œil ; un simple écart de position (michnayta : yeux trop hauts, trop bas, voyant chambre et étage), sans aucune atteinte de la vue, échapperait — d'où 'dans son œil' (be-eino) qui les inclut.
Rava dit : par conséquent, tout [défaut] dû à l'obscurcissement [de la vue] (kehiouta) se déduit de 'homme' ; la vue diminuée, de 'voile' ; le mélange, de 'tevalloul' ; le déplacement, de 'dans son œil'.
Récapitulation de Rava, qui assigne à chaque terme sa catégorie : 'homme' (ich) = les cécités et pertes de lumière (kehiouta, dont le voile et le larmoiement) ; 'voile' (dak) = les vues diminuées ; 'tevalloul' = les mélanges ; 'dans son œil' (be-eino) = les écarts de position.
['Ceux qui plissent [les yeux face au] soleil' (sekhei chemech).] Rav Yossef enseigne : [lire] 'sanei chemech' [= qui haïssent le soleil]. ['Les yeux différents' (zagdian).] Rav Houna montra [du doigt] : l'un des nôtres et l'un des leurs — et Rav Yehouda se vexa.
Deux gloses de la michna. 'Sekhei chemech' se lit 'sanei chemech' : celui qui ne supporte pas la lumière du soleil et ne peut ouvrir les yeux là où il brille. Pour illustrer 'yeux différents', Rav Houna pointa du doigt en disant '[un œil] comme les nôtres et [un œil] comme les leurs' — mais il désignait Rav Yehouda, dont les yeux étaient anormaux, qui se vexa.
On objecte : 'chekhavna' = celui dont les sourcils sont couchés [sur les yeux] ; 'zagdoum' = [celui dont] l'un [des sourcils] est noir et l'autre blanc. [Comment donc Rav Houna a-t-il défini 'zagdian' par les yeux ?] Le tana enseigne : tout couple [d'organes] qui ne sont pas semblables l'un à l'autre, il l'appelle 'zagdoum'.
Objection depuis une beraita : elle glose 'zagdoum' par les sourcils (l'un noir, l'autre blanc), non par les yeux. Réponse : le tana emploie 'zagdoum' au sens large — toute paire d'organes dissemblables (yeux comme sourcils). La glose de Rav Houna (yeux différents) et celle de la beraita (sourcils différents) ne se contredisent donc pas.
['Celui dont les yeux coulent' (ha-tsiran).] Ses yeux [= paupières] sont rabattus (teroutot), ou très arrondis (tsirniot), ou larmoyants (dom'ot), ou coulants (dolfot), ou ruisselants (tordot).
Baraita définissant les états des yeux qui invalident, par intensité croissante : teroutot (paupières rabattues / yeux ronds), tsirniot (encore plus ronds), dom'ot (larmoient un peu), dolfot (coulent davantage), tordot (ruissellent le plus, comme 'une gouttière qui ruisselle', Pr 27,15).
Le tana enseigne : le 'zavir', le 'loufin' et le 'timin'. 'Zavir' = dont les yeux sont abîmés (mezor) ; 'loufin' = dont les cils sont abondants ; 'timin' = dont les cils sont épuisés [= tombés]. Mais [ce 'timin'] l'a-t-on enseigne parmi les [vrais] moumim ?
N'avons-nous pas appris : 'celui dont les cils sont tombés est invalide à cause de l'apparence [du défaut] (mar'it ha-ayin)' [donc ce n'est pas un vrai moum] ! Ce n'est pas une difficulté : ici, où il reste des racines [de cils] ; là, où il ne reste pas de racines.
Nouvelle beraita : zavir (yeux abîmés), loufin (cils trop abondants), timin (cils tombés). Objection : la michna range 'cils tombés' parmi les invalidations dues à la seule apparence (mar'it ha-ayin), pas parmi les vrais moumim. Réponse : deux cas — si les racines des cils subsistent, c'est mar'it ha-ayin ; si plus rien ne subsiste, c'est un vrai moum.
MICHNA. Ses yeux [sont] grands comme ceux d'un veau, ou petits comme ceux d'une oie.
Son corps [est] plus grand [= disproportionné] que ses membres, ou plus petit que ses membres. Son nez [est] plus grand que ses membres, ou plus petit que ses membres.
Le 'tsomem' et le 'tsomea' : qu'est-ce que le 'tsomea' ? Tout [kohen] dont les oreilles sont petites ; et le 'tsomem' : tout [kohen] dont les oreilles ressemblent à une éponge.
Sa lèvre supérieure dépasse l'inférieure, ou l'inférieure dépasse la supérieure — voilà un moum. Et celui dont les dents sont tombées — invalide, à cause de l'apparence [du défaut] (mar'it ha-ayin).
Nouvelle michna sur les disproportions : yeux trop grands (comme un veau) ou trop petits (comme une oie) ; corps disproportionné par rapport aux membres ; nez de même ; oreilles trop petites (tsomea) ou spongieuses (tsomem) ; lèvre débordante ; dents tombées. Ce dernier cas n'invalide qu'à cause de l'apparence (mar'it ha-ayin).
GUEMARA. Rav dit : Moche notre maître mesurait dix coudées, comme il est dit : 'il déploya la tente sur le Tabernacle' (Ex 40,19) — qui la déploya ?
Moche notre maître la déploya — et il est écrit : 'dix coudées [sera] la longueur de la planche' (Ex 26,16).
Digression aggadique à partir du thème des proportions. Rav déduit que Moche mesurait dix coudées : c'est lui qui déploya la tente sur le Tabernacle, or les planches faisaient dix coudées de haut — il devait donc être au moins de cette taille.
Rav Chimi bar H'iya dit à Rav : si [c'est] ainsi, tu as fait de Moche notre maître un porteur-de-moum ! Car nous avons appris : 'son corps [est] plus grand que ses membres, ou plus petit que ses membres' [= disproportionné, donc moum].
Il lui dit : Chimi ! c'est de la coudée sacrée (amah chel kodech) que je parle.
Objection de Rav Chimi : si Moche mesurait dix fois sa propre coudée, son corps serait disproportionné (un homme ordinaire ne fait que trois de ses coudées) — donc un baal moum ! Réponse de Rav : je parlais de la coudée-étalon du sanctuaire (amah chel kodech), celle des planches, non de la coudée de Moche. Ses membres restaient proportionnés ; il mesurait bien dix coudées sacrées.
['Son nez [est] plus grand, etc.'] Le tana enseigne : [le seuil de disproportion est] comme le petit doigt.
Précision de mesure pour le nez : la disproportion se compte à partir de la largeur du petit doigt. On mesure le nez du kohen par rapport au nez d'hommes de même carrure que lui.
['Le tsomem et le tsomea.'] Le tana enseigne : aussi le 'tsimeah'. Les Sages ne savaient pas ce qu'est un 'tsimeah'.
Ils entendirent un certain Arabe (taya) qui disait : 'qui veut un tsimeah ?' — et il se trouva [que c'était] un chevreau aux longues oreilles (h'aziza).
La beraita ajoute le tsimeah aux oreilles anormales. Les Sages en ignoraient le sens, jusqu'à entendre un marchand arabe crier 'qui veut un tsimeah ?' : c'était un chevreau aux oreilles très longues (h'aziza), retombantes. Anecdote lexicale typique (un mot rare éclairé par l'usage populaire).
Rav H'isda dit : une chèvre qui n'a pas de cornes, et une brebis qui a des cornes — sont aptes [au sacrifice] sur l'autel [= ce ne sont pas des moumim].
Transposition aux animaux. Rav H'isda enseigne que la chèvre sans cornes et la brebis à cornes, bien qu'anormales pour leur espèce, ne sont pas porteuses de moum : elles restent aptes au sacrifice. (Le Roch, ci-dessous, rassemble toute la sougya des moumim de l'animal.)
Cela est enseigné de même [dans une beraita] : il y a des choses qui sont comme des moumim mais ne sont pas [vraiment] comme des moumim, et pour lesquelles on abat [des sacrifices] au Temple, mais non en province [= on n'abat pas le premier-né hors du Temple à cause d'elles]. Les voici : une chèvre qui n'a pas de cornes, une brebis qui a des cornes, le 'tsimeah', le 'tsomem' et le 'tsomea'.
Une beraita confirme et systématise : ces anomalies (chèvre sans cornes, brebis à cornes, tsimeah / tsomem / tsomea) ressemblent à des moumim sans en être. Conséquence pratique : l'animal reste apte au sacrifice au Temple, mais un premier-né (bekhor) portant l'une de ces particularités ne peut pas être abattu hors du Temple (en 'medina') — car ce ne sont pas de vrais moumim.
Rav H'isda dit au nom d'Amemar : si l'on a enlevé leurs cornes avec leur noyau osseux (zekhrout) — [l'animal est] invalide, et on ne les rachète pas à cause d'elles [= ce n'est pas un moum plein]. Si l'on a enlevé les sabots avec leur noyau osseux — [ils sont] invalides, et on les rachète à cause d'eux [= c'est un moum plein].
Distinction fine de Rav H'isda. La zekhrout est le noyau osseux inclus dans la corne (ou le sabot). Cornes arrachées avec leur os : l'animal est invalide mais non rachetable (ce n'est pas un moum complet, seulement de quoi disqualifier). Sabots arrachés avec leur os : invalide ET rachetable (moum complet), car cet os est la plante même du pied.
On objecte : 'si l'on a enlevé cornes et sabots avec leur noyau osseux — [ils sont] invalides et on les rachète à cause d'eux' [contre Rav H'isda, qui disait qu'on ne rachète pas pour les cornes] ! Ce n'est pas une difficulté : ici [la beraita parle] du cas où [l'os] a été déraciné (it'akour) ; là [Rav H'isda parle] du cas où [l'os] a [seulement] été coupé (igoum).
Objection contre Rav H'isda depuis une beraita qui rend rachetable même l'arrachage des cornes. Résolution par distinction : la beraita vise le cas où l'os a été entièrement déraciné (it'akour) — laissant un trou visible : moum plein, rachetable. Rav H'isda visait le cas où l'os a seulement été coupé par le haut (igoum), la racine subsistant : non rachetable.
Et [dans le cas] où [l'os] a [seulement] été coupé (igoum), [l'animal] est-il [même] invalide ?! Or on objecte : 'une [vache rousse] dont les cornes et les sabots sont noirs — on [les] coupe (yagoud)' [preuve que couper les cornes n'entache pas la vache] !
Zé'iri l'a expliqué : [la coupe autorisée se fait] au-dessus du noyau osseux (zekhrout).
Ultime objection : si couper l'os (igoum) invalidait, comment une vache rousse (para adouma) aux cornes/sabots noirs pourrait-elle être rendue valide en coupant (yagoud) les parties noires ? Réponse de Zé'iri : cette coupe se fait au-dessus du noyau osseux — dans la pointe creuse de la corne (deux ou trois doigts) que l'os n'atteint pas. Tant que le noir n'atteint pas l'os, on coupe sans dommage ; au-delà, la vache serait invalide.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).