Sougya : La michna poursuit la liste des moumin (défauts corporels) qui rendent un kohen passoul pour le service : seins pendants, ventre gonflé, nombril saillant, épilepsie, roua'h ketsarit (mélancolie causée par un chad), testicules ou membre anormalement grands. La guemara développe une longue digression médicale et de tsniout : le talmid 'hakham urine en public mais ne boit pas en public, car se retenir met la vie en danger (récits de Chmouel et de Mar bar Rav Achi) ; l'anatomie des deux canaux séparés par une pellicule d'ail explique le risque de stérilité.
Rech Lakich et R. Yehochoua ben Levi relisent 'lo yihye becha akar' (Dt 7:14), et Rav Papa avertit de ne pas uriner sur un sol dur car les eaux de Babylone rejoignent la source d'Ein Eitam.
La seconde michna définit le mero'ah achekh (Lev 21:20) : absence de testicules ou un seul, avec les lectures de R. Yichmael, R.
Akiva et R. Hanina ben Antignos, ce dernier tirant 'marav hachoukhin' par la règle goreïn ou-mosifin ve-dorchin.
MICHNA. [Celui dont] les seins pendent comme ceux d'une femme ; celui dont le ventre est gonflé ; celui dont le nombril ressort ; l'épileptique (nikhpe) — même s'il ne tombe qu'une fois de loin en loin ; celui sur qui vient un souffle de mélancolie (roua'h ketsarit) ; le me'ouchban (aux testicules anormalement gros) ; et le ba'al gever (au membre anormalement long) [sont invalides pour le service].
Suite de la liste des moumin (défauts corporels) qui rendent un kohen passoul (invalide) pour le service au Temple. Ils touchent l'aspect général (seins, ventre, nombril), l'état neurologique (nikhpe = épileptique, roua'h ketsarit = mélancolie), et les organes génitaux (me'ouchban, ba'al gever).
Le principe de fond : un défaut visible et permanent écarte du service, même s'il est intermittent (l'épilepsie, même rare, invalide).
GUEMARA. Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiyya bar Abba, dit : on urine (litt. on répand de l'eau) devant le public, mais on ne boit pas d'eau devant le public.
Et c'est aussi ce qu'enseigne une baraita : on urine devant le public, mais on ne boit pas d'eau devant le public. Et il arriva à quelqu'un qui voulut uriner et n'urina pas [se retint] : on trouva son ventre gonflé.
La guemara relie ce ventre gonflé (deuxième défaut de la michna) à une règle de conduite. Le talmid 'hakham peut uriner en public sans souci de pudeur, car se retenir met en danger ; mais il ne doit pas boire en public, ce qui sied mal à sa dignité. L'incident du ventre gonflé illustre le péril de la retenue.
Chmouel eut besoin [d'uriner] lors du Chabbat de la fête (chabbeta de-rigla) ; on tendit pour lui un manteau (on fit un écran). Il vint devant son père, qui lui dit : je te donnerai quatre cents zouz, va et rétracte l'affaire.
Toi — c'est possible pour toi [de faire tendre un écran] ; mais celui pour qui ce n'est pas possible — se mettrait-il en danger ?
Le chabbeta de-rigla est le Chabbat où l'on expose les lois de la fête à venir (30 jours avant). Comme Chmouel était un homme important, on lui a tendu un écran (galima) pour préserver sa pudeur. Son père lui demande de rétracter publiquement cette pratique : elle risque d'inciter un homme ordinaire, incapable de se faire un écran, à se retenir et à se mettre en danger.
Mar bar Rav Achi eut besoin [d'uriner] alors qu'il marchait sur les poutres d'un pont ; il urina. On lui dit : ta belle-mère arrive !
Il leur dit : [je l'aurais fait] même dans son oreille.
Illustration extrême : puisque se retenir est dangereux, Mar bar Rav Achi déclare qu'il aurait urine même dans l'oreille de sa belle-mère — à plus forte raison en sa présence. La nécessité physique l'emporte sur toute gêne sociale.
Et [pourquoi ne pas] déduire [que le ventre gonflé vient] à cause d'une sangsue (alouka) ? [La baraita parle d'un cas] où il urinait goutte à goutte (chotet).
Objection : peut-être le ventre de l'homme (segment 1) a-t-il gonflé non par la retenue mais parce qu'il a avalé une sangsue (alouka) en buvant ? Réponse : la baraita vise un cas où, ensuite, il n'urinait plus normalement mais goutte à goutte (chotet) — preuve que le mal venait bien de la retenue de l'urine et non d'une sangsue.
Nos maîtres ont enseigné : il y a deux orifices chez l'homme, l'un évacue l'urine et l'autre évacue la semence (chikhvat zera), et il n'y a entre l'un et l'autre que [l'épaisseur d'] une pellicule d'ail (kelipat ha-choum). Au moment où l'homme a besoin [d'uriner et se retient], si l'un se perfore dans l'autre, il se trouve stérile (akar).
Base anatomique du danger : deux canaux (urinaire et séminal) sont séparés par une cloison aussi fine qu'une pellicule d'ail. La pression de l'urine retenue peut perforer cette cloison, faisant communiquer les deux canaux — d'où la stérilité (akar), car l'urine pénètre dans le canal séminal.
Rech Lakich dit : que signifie ce qui est écrit 'il n'y aura chez toi ni homme stérile ni femme stérile, ni [parmi] ton bétail' (Dt 7:14) ? Quand n'y aura-t-il pas chez toi de stérile ?
Au moment où [tu te comportes comme] 'parmi ton bétail'.
Rech Lakich lit le verset comme une condition : tu ne seras pas stérile à condition de faire 'comme ton bétail', c'est-à-dire d'uriner spontanément, sans fausse pudeur, dès que le besoin s'en fait sentir. La juxtaposition 'stérile... et ton bétail' devient une cause à effet.
Rabbi Yehochoua ben Levi dit : 'il n'y aura chez toi de stérile' — [privé] de disciples ; 'ni de stérile (akara)' — que ta prière ne soit pas stérile (akoura) devant l'Omniprésent. Quand ?
Au moment où tu te fais comme un animal.
Lecture homilétique de R. Yehochoua ben Levi : l'homme 'stérile' est celui qui ne laisse pas de disciples ; la 'stérilité' féminine devient la prière non exaucée. La condition reste la même : 'te faire comme un animal', c'est-à-dire s'abaisser avec humilité (et ne pas se retenir).
Rav Papa dit : qu'on n'urine pas sur un vase de terre (kli hères) ni sur un endroit dur, car Rav a dit : ces pentes de Babylone (medoure de-Bavel) ramènent les eaux à la source d'Ein Eitam. Abaye dit : cette femme, qu'elle ne se tienne pas de face (le-hedia) devant un enfant [quand elle urine] ; de côté (agisa), nous n'y voyons pas d'objection.
Deux mises en garde. Rav Papa : à Babylone, on urine sur la poussière qui absorbe, non sur un vase de terre ou un sol dur, car l'urine y ruisselle jusqu'aux cours d'eau souterrains qui, selon Rav, remontent jusqu'à la source d'Ein Eitam (d'où l'on tirait l'eau pour le Temple, où le Cohen Gadol se trempait à Yom Kippour). Abaye : une femme ne doit pas uriner de face devant un enfant (impudeur), mais de côté cela ne pose pas de problème.
Il est enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : la colonne [de selles] qui refoule amène l'homme à l'hydropisie (hidrokan), le jet [d'urine] qui refoule amène l'homme à l'ictère (yerakon). Rabba bar Rav Houna dit au nom de Rav Ketina au nom de Rech Lakich : sang abondant — furoncles abondants ; semence abondante — tsaraat abondante ; selles abondantes — hydropisie abondante ; urine abondante — ictère abondant.
Règle médicale des humeurs retenues. RSbG : retenir les selles cause l'hydropisie (hidrokan, maladie des intestins/oedème), retenir l'urine cause l'ictère (yerakon). Rech Lakich généralise : tout fluide accumulé par manque d'évacuation produit une pathologie — sang (faute de saignée) -> furoncles ; semence (faute de rapports) -> tsaraat ; selles -> hydropisie ; urine -> ictère.
'[Celui sur qui] vient un souffle de mélancolie (roua'h ketsarit)'. Qu'est-ce donc ?
Un tana a enseigné : un souffle de 'fils de nefilim' (ben nefilim) vient sur lui.
Retour à la michna. La roua'h ketsarit est identifiée à un roua'h ben nefilim : un esprit de demenc,e induit par un démon (chad). Rachi glose par un mot en vieux français. Ce trouble intermittent invalide le kohen car il compromet la lucidité requise pour le service.
'Le me'ouchban et le ba'al gever'. Un tana a enseigné : mechouban [se dit] des testicules, et ba'al gever du membre.
Un [autre] tana a enseigné : mechouban, c'est le kayan ; le garbetan, c'est le ba'al kik ; kayan [se rapporte] aux testicules, garbeta au membre.
Précisions terminologiques sur les deux derniers défauts. Mechouban / kayan désigne un défaut des testicules (trop gros) ; ba'al gever / garbetan / ba'al kik désigne un défaut du membre (trop long). La guemara accumule les synonymes pour cerner exactement chaque mot de la michna.
Et jusqu'à quelle [taille] ? Rav Yehouda a montré [du geste] : jusqu'au genou.
Il est enseigné : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : jusqu'au genou — passoul (invalide) ; au-dessus du genou — kacher (valide). Certains disent : jusqu'au genou — kacher ; en dessous du genou — passoul.
Mesure du ba'al gever. Selon R. Eliezer ben Yaakov, un membre qui atteint le genou rend passoul, au-dessus du genou reste kacher. Une autre version (ikka de-amri) inverse le seuil : jusqu'au genou encore kacher, seulement en dessous passoul. La nafka mina porte sur le point exact du genou.
MICHNA. Celui qui n'a pas de testicules, ou qui n'a qu'un seul testicule — c'est le 'mero'ah achekh' énoncé dans la Torah (Lev 21:20).
Rabbi Yichmael dit : tout [homme] dont les testicules ont été écrasés (nimohou). Rabbi Akiva dit : tout [homme] qui a du vent (roua'h) dans les testicules.
Rabbi Hanina ben Antignos dit : tout [homme] dont l'aspect est sombre (mar'av hachoukhin).
Nouvelle michna sur le terme biblique mero'ah achekh (Lev 21:20), l'un des défauts du kohen. Quatre lectures : le tana kama (absence de testicules, ou un seul) ; R. Yichmael (testicules écrasés, nimohou) ; R. Akiva (testicules enflés, 'du vent dedans') ; R. Hanina ben Antignos qui détache le terme des testicules et y lit un teint sombre.
GUEMARA. Cela faisait difficulté à Rabbi Yichmael : [le verset] aurait dû dire 'hasar achekh' (manquant de testicule) !
[C'est pourquoi] il enseigne : dont les testicules ont été écrasés. Cela faisait difficulté à Rabbi Akiva : [le verset] aurait dû dire 'mimro'ah achekh' !
[C'est pourquoi] il enseigne : qui a du vent dans les testicules.
La guemara explique pourquoi chaque tana s'écarte du sens simple : c'est une difficulté de formulation. Pour R. Yichmael, si le verset visait une absence, il aurait dit 'hasar achekh' (manque) et non 'mero'ah' — donc il s'agit de testicules écrasés. Pour R. Akiva, la forme aurait dû être 'mimro'ah' (avec le préfixe mem) pour signifier 'écrasés' — le mot tel quel indique plutôt le vent (l'enflure).
Cela faisait difficulté à Rabbi Hanina ben Antignos : [le verset] aurait dû dire 'roua'h achekh' ! [C'est pourquoi] il enseigne : dont l'aspect est sombre.
Il tient : on retranche [des lettres], on [en] ajoute, et l'on interprète (goreïn ou-mosifin ve-dorchin).
Pour R. Hanina ben Antignos, si le sens était 'du vent [dans] les testicules', le verset aurait dit simplement 'rouah achekh'. Il applique donc la règle exégétique goreïn ou-mosifin ve-dorchin (on retranche, on ajoute, on interprète) : on déplace le het et le aleph entre les deux mots pour lire mar'av hachoukhin, 'son aspect est sombre'. Le défaut visé devient la couleur de la peau.
Mais c'est [alors] le Kouchi ! Rabbi Hanina ben Antignos n'enseigne pas [dans sa michna le cas du] 'Kouchi'.
Objection : si mero'ah achekh désigne un teint sombre, cela fait doublon avec le Kouchi (l'homme à la peau très noire), explicitement invalide dans la michna suivante (45a). Réponse : R. Hanina ben Antignos n'enseigne pas le cas du Kouchi dans sa version de la michna ; pour lui, mero'ah achekh est ce cas, sans redondance.
MICHNA. Celui qui heurte [l'un contre l'autre] ses chevilles (karsoulav) et ses genoux (arkoubotav) [en marchant est invalide].
Début d'une nouvelle michna sur les défauts des jambes. Deux malformations opposées : jambes arquées vers l'extérieur au niveau des genoux, faisant cogner les chevilles l'une contre l'autre ; ou l'inverse, pieds écartés vers l'extérieur faisant cogner les genoux. La suite (défauts des pieds) figure sur 45a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).