Sougya : La fin de la Michna énumère les défauts corporels (moumim) des jambes, des pieds et des doigts qui rendent un cohen passoul pour le service : jambes arquées (ikkel), protubérances ou absence de saillie, talon proéminent, pied plat comme celui d'une oie, doigts montés ou soudés, et le doigt surnuméraire (yeteret). La Guemara dérive ces défauts des versets 'ou pied cassé / main cassée' (Lv 21:19) et précise les cas limites.
Une longue sougya examine le statut d'impureté du doigt surnuméraire coupé d'un cadavre : impurifie-t-il seulement au contact et au portage, ou aussi sous une tente (ohel) ? Rav, Rabbi Yo'hanan, Rav Aha et Rav Papa en débattent (paroles de prophétie, os d'orge, décret rabbinique).
Le daf s'achève sur le dénombrement des 248 membres du corps humain (rov binyano, rov minyano), l'épisode des élèves de Rabbi Ishmael qui comptent 252 os chez une femme, et l'explication : la femme a en plus deux gonds, deux portes et une clé, membres qui toutefois n'impurifient pas sous la tente.
...et celui qui a des protubérances (baal ha-pikim), et l'ikkel. Qu'est-ce que l'ikkel ?
Quiconque, lorsqu'il joint ses plantes de pieds l'une contre l'autre, a les genoux qui ne se cognent pas l'un l'autre (il est arqué, jambes écartées vers l'extérieur). [Est aussi passoul] celui dont une saillie (pika) sort du pouce [de la main ou du gros orteil], celui dont le talon saille vers l'arrière, celui dont les plantes de pieds sont larges comme celles d'une oie.
La Michna poursuit la liste des moumim (défauts) qui invalident un cohen pour le service. L'ikkel est celui qui a les jambes arquées : quand il colle ses pieds, ses genoux restent écartés. Suivent d'autres malformations : une saillie (pika) au pouce ou au gros orteil, un talon proéminent à l'arrière, et des pieds plats et larges comme ceux d'une oie.
Celui dont les doigts sont montés l'un sur l'autre, ou soudés ensemble (kaloutot) : au-dessus de l'articulation [médiane] — kacher ; en dessous de l'articulation, s'il [les] a coupés [pour les séparer] — kacher. S'il y avait chez lui un [doigt] surnuméraire (yeteret) et qu'il l'a coupé : s'il contient un os — passoul ; sinon — kacher.
Cas des doigts montés l'un sur l'autre ou soudés (kaloutot). S'ils sont unis au-dessus de l'articulation médiane, il reste kacher ; s'ils sont unis plus bas (vers l'ongle) et qu'il les sépare au couteau, il est kacher. Mais un doigt surnuméraire (yeteret) coupé : s'il contenait un os, le cohen devient passoul (il est désormais mehoussar ever, il lui manque un membre) ; sans os, il reste kacher.
[Celui qui a un doigt] surnuméraire aux mains et aux pieds, six et six — vingt-quatre : Rabbi Yehouda [le] déclare kacher et les Sages [le déclarent] passoul. Celui qui se sert de ses deux mains [également] (ambidextre) : Rabbi [le] déclare passoul et les Sages [le déclarent] kacher.
Un homme ayant six doigts à chaque main et pied (24 en tout) : R. Yehouda le juge kacher, les Sages passoul. Et l'ambidextre (qui maîtrise ses deux mains) : Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi) le juge passoul, car il l'assimile à un gaucher (dont la main droite n'a pas la force voulue) ; les Sages le déclarent kacher.
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : '[celui qui a un] pied cassé' — je n'ai là que le pied cassé ; d'où [inclure] aussi le kishan, l'ikkel et le kilvan ?
L'Écriture dit : 'OU un pied cassé'. Il a été enseigné : le baal ha-kipin et le shofnar [sont des défauts].
Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le baal ha-pikin, c'est celui qui a de nombreux renflements (kessatot) [à la jambe] ; le shofnar, c'est celui qui n'a aucun renflement.
La Guemara dérive les défauts des jambes du verset 'ou un pied cassé' (Lv 21:19) : le mot 'ou' vient inclure d'autres défauts (kishan, ikkel, kilvan). Puis une baraita ajoute le baal ha-kipin et le shofnar : selon R. Yo'hanan, le premier a de grosses protubérances (kessatot) à la cheville, le second n'en a aucune (jambe totalement lisse) — les deux extrêmes sont des défauts.
'Une saillie sort de son pouce, et son talon saille vers l'arrière.' Rabbi Elazar a dit : son tibia sort au milieu de son pied. 'Ses plantes sont larges comme celles d'une oie.' Rav Papa a dit : ne dis pas [qu'il faut] qu'elle soit aplatie ET non fendue [entre les orteils] ; mais dès lors qu'elle est aplatie, même si elle est fendue [c'est un défaut].
Précisions : selon R. Elazar, 'le talon saille en arrière' signifie que le tibia s'implante au milieu du pied (le pied dépasse autant devant que derrière). Quant au pied d'oie, Rav Papa précise qu'il ne faut pas exiger à la fois qu'il soit plat et non fendu entre les orteils : le seul fait d'être plat (aplati) constitue le défaut, même si les orteils sont séparés.
'Ses doigts montés l'un sur l'autre, ou soudés.' Nos maîtres ont enseigné : '[celui qui a une] main cassée' — je n'ai là que la main cassée.
Retour sur le cas des doigts montés ou soudés de la Michna. La Guemara ouvre une baraita parallèle à celle des jambes, cette fois sur le verset '[celui qui a une] main cassée' (Lv 21:19), pour dériver les défauts des doigts par le même procédé exégétique.
[Si] les doigts sont montés 'au-dessus', ou soudés au-dessus de l'articulation [et coupés, il serait passoul] — mais tu as [pourtant] dit [dans la Michna] : kacher ! Il faut donc [dire] : et [s'il] ne les a PAS coupés, d'où [qu'il est passoul] ?
L'Écriture dit : 'OU une main cassée'.
Difficulté : si la baraita parle de doigts soudés au-dessus de l'articulation et coupés, la Michna a déjà dit qu'il serait kacher ! La Guemara résout : le 'au-dessus' de la baraita correspond en réalité au 'en dessous' de la Michna, et il s'agit du cas où il ne les a PAS coupés. C'est ce cas que le mot 'ou' (main cassée) vient inclure comme passoul.
'S'il y avait chez lui un surnuméraire et qu'il l'a coupé : s'il contient un os — passoul ; sinon — kacher.' Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : et cela [ne vaut] que lorsqu'il se compte sur le dos de la main.
La règle du doigt surnuméraire coupé (passoul s'il contenait un os) n'est vraie, précise R. Yo'hanan, que si ce doigt se compte sur le dos de la main — c'est-à-dire s'il est aligné dans la rangée des autres doigts. Ce n'est que dans ce cas qu'il a le statut de vrai membre (ever), au point que sa perte rende le cohen passoul.
Nos maîtres ont enseigné : un [doigt] surnuméraire qui contient un os mais n'a pas d'ongle — impurifie au contact (maga) et au portage (massa), et impurifie sous la tente (ohel), et entre dans le compte des cent vingt-cinq. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : et [ce] lorsqu'il se compte sur le dos de la main.
Baraita : un surnuméraire (détaché d'un cadavre) avec os mais sans ongle impurifie au contact, au portage, et sous la tente (comme le membre d'un mort) ; et s'il n'a pas de chair, il entre dans le compte des 125 os (majorité du nombre, rov minyano, qui impurifie en tente). R. Yo'hanan restreint : cela ne vaut que s'il se compte dans la rangée des doigts.
Rav Hisda a dit : cette parole, notre grand maître l'a dite — que l'Omniprésent soit à son aide : un surnuméraire qui contient un os et n'a pas d'ongle impurifie au contact et au portage, mais n'impurifie PAS sous la tente. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : et [ce] lorsqu'il ne se compte PAS sur le dos de la main.
Rav Hisda transmet un enseignement de Rav ("notre grand maître") apparemment opposé : le surnuméraire avec os et sans ongle impurifie au contact et au portage, mais PAS sous la tente. R. Yo'hanan concilie : l'enseignement de Rav vise le cas où il NE se compte PAS dans la rangée — il y a alors deux facteurs de déficience (pas d'ongle et ne se compte pas).
Rabbi Yo'hanan a dit : ils ont formulé leurs propos comme des paroles de prophétie. Car, de quelque côté que tu le prennes (mah nafshakh) : si c'est un membre — qu'il impurifie aussi sous la tente !
Et si ce n'est pas un membre — qu'il n'impurifie même pas au contact ni au portage !
R. Yo'hanan juge cette position illogique : "des paroles de prophétie" — c'est-à-dire un énoncé que l'on accepte sans raison. En effet, mah nafshakh (de quelque côté qu'on le prenne) : ou bien c'est un vrai membre, et alors il devrait impurifier aussi sous la tente ; ou bien ce n'en est pas un, et alors il ne devrait impurifier ni au contact ni au portage. Un statut intermédiaire paraît sans fondement.
Rav Houna bar Manoah a dit au nom de Rav Aha fils de Rav Ika : c'est en raison [du statut] d'un os de la taille d'un grain d'orge (kasseora) qu'ils l'ont traité [ainsi].
Explication de Rav Aha : le surnuméraire impurifie au contact et au portage car les Sages l'ont assimilé à un os de la taille d'un grain d'orge (etsem kasseora) — lequel impurifie précisément au contact et au portage, mais pas sous la tente. Ce n'est donc pas un "membre" mais un fragment osseux.
Rav Papa a dit : c'est un décret [frappant le doigt] qui ne se compte pas, à cause de [celui] qui se compte. Si [c'est] ainsi, [le doigt] qui ne se compte pas devrait aussi impurifier sous la tente !
Rav Papa propose : l'impureté par contact/portage du surnuméraire qui ne se compte pas est un décret rabbinique (gezera), pris à cause du cas voisin où il se compte (et est alors un vrai membre). Difficulté immédiate : si l'on décrète par ressemblance, alors le doigt qui ne se compte pas devrait aussi impurifier sous la tente, comme celui qui se compte !
Les Sages ont institué une distinction (hekker), afin qu'on ne brûle pas à cause d'eux (à cause de cette impureté) de la teroumah ni des kodachim.
Réponse de Rav Papa : les Sages ont volontairement établi une distinction (hekker) — n'imposer l'impureté qu'au contact/portage, et non sous la tente — pour signaler clairement que cette impureté est d'ordre rabbinique et non toranique. Ainsi on ne brûlera pas à tort la teroumah ou les kodachim qui, selon la Torah, restent purs (on ne brûle que ce qui est impur selon la Torah).
Nous avons appris là-bas (Ohalot 2:1) : la majorité de la structure (rov binyano) et la majorité du nombre (rov minyano) [des os] d'un mort — même s'il n'y a pas [parmi eux] un quart [de kav] — sont impurs. Nos maîtres ont enseigné : qu'est-ce que la majorité de la structure ?
Deux tibias et un fémur, puisque c'est la majeure partie de la hauteur chez un adulte. Qu'est-ce que la majorité du nombre ?
Cent vingt-cinq.
Deux critères d'impureté par les os d'un mort (Michna Ohalot 2:1) : la rov binyanô (majorité de la structure corporelle) et la rov minyanô (majorité du nombre des os). La baraita précise : la structure majoritaire = deux tibias et un fémur (l'essentiel de la hauteur du corps) ; le nombre majoritaire = 125 os (sur les 248 du corps). L'un ou l'autre suffit à impurifier sous la tente, même sans un quart de kav.
Ravina dit à Rava : le tana vient-il donc nous enseigner un [simple] nombre ? Il nous enseigne ceci, comme il a été enseigné : celui à qui il manque [des os] et qui n'en a que deux cents, et celui qui en a en trop et en a deux cent quatre-vingt-un — dans tous les cas ils entrent dans le compte des cent vingt-cinq : suis la majorité des gens.
Ravina objecte : dire que 125 est la majorité de 248 est une évidence — pourquoi l'enseigner ? Rava répond : le tana enseigne un principe non trivial — que le corps ait 200 os (déficitaire) ou 281 (excédentaire), c'est toujours le seuil fixé de 125 qui fait impureté. On ne suit pas la proportion propre à ce corps, mais la norme de la majorité des gens (zil batar rouba de-inchêi, 248 os).
Rabbi Yehouda a dit au nom de Chmouel : il arriva que les élèves de Rabbi Ishmael firent bouillir [le corps d']une certaine prostituée qui avait été condamnée par le roi à la mort par le feu. Ils examinèrent et trouvèrent chez elle deux cent cinquante-deux [os].
Il leur dit : peut-être avez-vous examiné [le corps d']une femme, à qui l'Écriture a ajouté deux gonds (tzîrim) et deux portes (delatot).
Récit de Chmouel : les élèves de R. Ishmael firent bouillir le corps d'une prostituée (condamnée au bûcher par le roi) pour séparer chair et os, et comptent 252 os — alors que la tradition parle de 248 membres. Chmouel résout : c'était le corps d'une femme, à qui l'Écriture ajoute deux gonds (tzîrim) et deux portes (delatot) — les charnières de la matrice — soit quatre membres de plus.
Il a été enseigné : Rabbi Elazar dit : de même que la maison a des gonds, ainsi la femme a des gonds, comme il est dit : 'elle s'accroupit et enfanta, car ses gonds (tzareha) s'étaient retournés sur elle' (I Samuel 4:19). Rabbi Yehochoua dit : de même que la maison a des portes, ainsi la femme a des portes, comme il est dit : 'car il n'a pas fermé les portes (daltéi) de mon ventre' (Job 3:10).
Appui scripturaire de l'anatomie de la matrice comparée à une maison : R. Elazar tire les gonds (tzîrim) du verset 'ses tzareha (douleurs/gonds) se retournèrent sur elle' (I Sm 4:19, à propos de la femme de Pinhas qui accouche) ; R. Yehochoua tire les portes (delatot) de 'les portes de mon ventre' (Job 3:10). La matrice a des gonds et des portes comme une porte de maison.
Rabbi Akiva dit : de même que la maison a une clé (mafteah), ainsi la femme a une clé, comme il est dit : 'et Il ouvrit sa matrice' (Genèse 30:22). Pour Rabbi Akiva, [le compte] des élèves de Rabbi Ishmael fait difficulté !
[Réponse :] peut-être, du fait qu'elle est petite, [la clé] s'est-elle dissoute [dans l'eau bouillante].
R. Akiva ajoute une clé (mafteah) à la matrice, d'après 'Il ouvrit sa matrice' (Gn 30:22, à propos de Rahel) — ce qui porterait la femme à 253 membres. Or les élèves de R. Ishmael n'en ont compté que 252 : difficulté pour R. Akiva. La Guemara répond : la clé étant petite, elle a pu se dissoudre (fondre) durant l'ébullition du corps.
Rav a dit : et tous [ces membres propres à la femme] n'impurifient pas sous la tente, comme il est dit : 'voici la Torah : un homme (adam) qui meurt sous une tente' (Nombres 19:14) — une chose commune à tout homme.
Rav conclut : les membres propres à la femme (gonds, portes, clé) n'impurifient pas sous la tente, car le verset 'un adam (homme) qui meurt sous une tente' (Nb 19:14) n'inclut que ce qui est commun à tout être humain, homme et femme. Ces membres exclusivement féminins sortent donc du champ de l'impureté de la tente (le membre isolé avec un peu de chair).
Abaye lui dit : et chez l'homme n'y en a-t-il pas ? Mais il est écrit : 'des gonds (tzîrim) m'ont saisi, comme les gonds d'une femme qui enfante' (Isaie 21:3) !
[Réponse :] des gonds de chair. Mais il est écrit : 'mon seigneur, à cause de la vision mes gonds (tsiraï) se sont retournés' (Daniel 10:16) !
Ici aussi : des gonds de chair. Et il est logique qu'il en soit ainsi, car si tu ne dis pas cela, les deux cent quarante-huit [membres], comment les trouves-tu ?
Ni chez l'homme, ni chez la femme !
Abaye objecte à Rav : l'homme aurait-il aussi des gonds ? Des versets parlent de tzîrim à propos d'hommes (Isaie 21:3 ; Daniel 10:16). Réponse : ce sont des gonds de chair (tziréi bassar), simples douleurs sans os, donc non comptés comme membres. La Guemara ajoute une preuve logique : si les gonds/portes étaient des membres communs, alors le total de 248 ne se retrouverait ni chez l'homme (qui en aurait moins) ni chez la femme (qui en aurait plus) — ce qui confirme que ces gonds sont bien de simples parties charnues.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).