Bekhorot 45b — doigts surnuméraires, gaucher, défauts de l'homme non-disqualifiants pour l'animal (et l'inverse), et le vœu du kohen marié à une femme interdite

Bekhorot 45b

Sougya : Le daf poursuit l'analyse des défauts (moumim) qui invalident un kohen pour le service. Rabbi Yehouda et les Sages divergent sur les doigts surnuméraires (six à chaque main et pied) : tous exégètent le même verset (II Samuel 21:20), l'un y lisant une louange, l'autre une honte.

La Guemara traite ensuite du gaucher et de l'ambidextre, puis de deux michnayot symétriques : certaines conditions (koushi, nain, sourd-muet, ivre...) invalident l'homme mais pas l'animal offert, tandis que d'autres (oto ve-et beno, terefa, né par le flanc, bestialité, homicide) invalident l'animal mais pas le kohen. Le daf s'achève sur le kohen marié à une femme interdite : il fait vœu de n'en pas jouir, sert, puis divorce ; la Guemara verrouille ce vœu pour qu'aucun sage ne puisse l'annuler.

Doigts surnuméraires (6+6) : bénédiction ou défaut ? un seul verset (II Sam 21:20), deux lectures opposées Les Sages le verset parle EN SA HONTE (bi-gnoutéi) -> les doigts en trop sont un DÉFAUT (moum) kohen PASSOUL (invalide) Rabbi Yehouda le verset parle EN SA LOUANGE (bi-chivhéi) -> les doigts en trop ne sont PAS un défaut kohen KACHER (apte)
Le même verset lu en louange (Rabbi Yehouda, kacher) ou en honte (Sages, passoul) — segment 0.
Deux listes symétriques : homme vs animal Michna 1 : PASSOUL chez l'homme, kacher chez l'animal koushi (très noir), guihôr (très rouge), lavkan (très blanc), kipéah (long/maigre), nain, sourd-muet, chotèh (dément), ivre, atteints de nega'im purs -> défauts d'apparence, propres à l'homme ('non égal à la lignée d'Aharon') ; l'animal n'a pas ce critère Michna 2 : kacher chez l'homme, PASSOUL chez l'animal oto ve-et beno (lui et son petit), terefa, né par le flanc (yotse dofen), objet d'une faute (bestialité), qui a tué un homme -> disqualifications propres au korban ; sans objet pour un kohen
Les deux michnayot symétriques : défauts propres à l'homme (44b) vs défauts propres à l'animal offert (segments 4 et 10).
Le kohen marié à une femme interdite : comment le vœu tient Il fait vœu (neder) de ne pas jouir d'elle, il sert, puis descend et divorce Crainte : il ira voir un 'hakham qui annulera le vœu ! Trois verrous successifs : 1. Détailler le vœu le 'hakham exige le motif ; entendant 'femme interdite', il n'annule pas 2. Vœu en public si l'on ne détaille pas : on le lui fait jurer devant beaucoup (be-rabbim) 3. 'Sur l'avis du public' si le vœu public s'annule : al da'at rabbim, qui n'a aucune annulation possible
Comment le voeu du kohen marié à une femme interdite est verrouillé contre toute annulation (segments 15-18).
1
יָתֵר בְּיָדָיו וּבְרַגְלָיו. אָמַר רַבִּי יִצְחָק: וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ, וַתְּהִי עוֹד מִלְחָמָה, וּכְתִיב: ״וַיְהִי אִישׁ מָדוֹן אֶצְבַּע יָדָיו וְאֶצְבַּע רַגְלָיו שֵׁשׁ וָשֵׁשׁ״, מָר סָבַר בִּגְנוּתֵיהּ מִשְׁתַּעֵי, וּמָר סָבַר בִּשְׁבָחֵיהּ מִשְׁתַּעֵי.

« Surnuméraire de ses mains et de ses pieds » [la michna : Rabbi Yehouda le déclare apte, les Sages inapte]. Rabbi Yits'haq dit : et tous deux ont exégète un seul et même verset.

Il est écrit : « Et il y eut encore une guerre [à Gath] » (II Samuel 21:20), et il est écrit [dans ce même verset] : « Et il y eut un homme de grande taille, ayant six doigts à chaque main et six orteils à chaque pied, vingt-quatre en nombre » (ibid.). Un Maître [les Sages] tient qu'il [le verset] parle en sa honte (bi-gnoutéi), et l'autre Maître [Rabbi Yehouda] tient qu'il parle en sa louange (bi-chivhéi).

💡 Explication

La michna (44b) opposait Rabbi Yehouda (qui déclare le kohen aux doigts surnuméraires apte) aux Sages (qui le déclarent invalide). Rabbi Yits'haq révèle qu'ils s'appuient sur le même verset (II Samuel 21:20), qui décrit un géant philistin à six doigts par membre.

Toute la divergence tient au registre du verset : les Sages y lisent une honte (donc les doigts en trop sont un moum, un défaut invalidant) ; Rabbi Yehouda y lit une louange (donc ce n'est pas un défaut).

🖼️ Schéma
Doigts surnuméraires (6+6) : bénédiction ou défaut ? un seul verset (II Sam 21:20), deux lectures opposées Les Sages le verset parle EN SA HONTE (bi-gnoutéi) -> les doigts en trop sont un DÉFAUT (moum) kohen PASSOUL (invalide) Rabbi Yehouda le verset parle EN SA LOUANGE (bi-chivhéi) -> les doigts en trop ne sont PAS un défaut kohen KACHER (apte)
Louange ou honte : deux lectures du même verset.
2
אָמַר רַבָּה: מַה לִי דִּכְתִיב ״שֵׁשׁ וָשֵׁשׁ עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע מִסְפָּר״? צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״שֵׁשׁ וְשֵׁשׁ״ הֲוָה אֲמִינָא: שֵׁית דִּידֵיהּ וְשֵׁית דְּכַרְעֵיהּ, כְּתַב ״עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע״. וְאִי כְּתַב ״עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע״ הֲוָה אֲמִינָא: הוּא חֲמֵשׁ מֵהַאי גִּיסָא וּשְׁבַע מֵהַאי גִּיסָא, כְּתַב ״שֵׁשׁ וְשֵׁשׁ״. ״מִסֵּפֶר״ — בְּנִסְפֶּרֶת עַל גַּבֵּי הַיָּד.

Rabba dit : que m'apprend ce qui est écrit « six et six, vingt-quatre en nombre » [n'est-ce pas évident] ? [Ces détails] sont nécessaires : car si le Miséricordieux avait écrit seulement « six et six », j'aurais dit : six à une de ses mains et six à un de ses pieds [donc douze en tout] ; c'est pourquoi il a écrit « vingt-quatre ».

Et s'il avait écrit seulement « vingt-quatre », j'aurais dit : cinq de ce côté-ci et sept de ce côté-là ; c'est pourquoi il a écrit « six et six ». « En nombre » (mispar) — [pour indiquer] qu'ils étaient comptés [alignés] sur le dos de la main.

📜 Rachi (1)
שֵׁית דִּידֵיהּ וְשֵׁית דְּכַרְעֵיהּ בְּיָדוֹ אַחַת וּבְרַגְלוֹ אַחַת הָיָה יָתֵר וְלֹא בִּשְׁתֵּיהֶן:
Six de sa main et six de son pied — c'est à une seule de ses mains et à un seul de ses pieds qu'il avait un [doigt] surnuméraire, et non aux deux.
💡 Explication

Rabba montre que chaque terme du verset est indispensable et non redondant. « Six et six » seul pourrait signifier une seule paire de membres atteints (6 à une main, 6 à un pied = 12) ; d'où « vingt-quatre ». « Vingt-quatre » seul pourrait se répartir 5+7 ; d'où « six et six » (répartition égale). « En nombre » (mispar) précise que les doigts étaient bien alignés en rangée sur le dos de la main.

🖼️ Schéma
Pourquoi le verset dit tout : 'six et six', 'vingt-quatre', 'en nombre' 'six et six' sans le reste on dirait : 6 à une main + 6 à un pied (= 12, une seule paire) d'où : 'vingt-quatre' 'vingt-quatre' seul on dirait : réparti 5 d'un côté et 7 de l'autre d'où : 'six et six' 'en nombre' (mispar) précise : comptés en une rangée sur le dos de la main (bien alignés)
Chaque mot du verset écarte une lecture erronée.
3
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁבָּא לִפְנֵי רַבִּי טַרְפוֹן, יָתֵר בְּיָדָיו וּבְרַגְלָיו שֵׁשׁ וָשֵׁשׁ עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע. אָמַר לוֹ: כְּמוֹתְךָ יִרְבּוּ בְּיִשְׂרָאֵל! אָמַר לוֹ רַבִּי יוֹסֵי: מִשָּׁם רְאָיָה? כָּךְ אָמַר לוֹ: כְּמוֹתְךָ יִתְמַעֲטוּ מַמְזֵירֵי וּנְתִינֵי מִיִּשְׂרָאֵל!

Il est enseigné [dans une baraita] : Rabbi Yehouda dit : il arriva qu'un homme vint devant Rabbi Tarfon, surnuméraire de ses mains et de ses pieds, six et six, vingt-quatre. Il [Rabbi Tarfon] lui dit : que tes semblables se multiplient en Israël !

Rabbi Yossei lui dit [à Rabbi Yehouda] : [tu apportes] une preuve de là ?! Voici ce qu'il lui a dit : que tes semblables — mamzerim et netinim — diminuent en Israël !

📜 Rachi (1)
כְּמוֹתְךָ יִתְמַעֲטוּ מַמְזֵרֵי וּנְתִינֵי מִיִּשְׂרָאֵל כָּל מַמְזֵרִים שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל יִהְיוּ כְּמוֹתְךָ וְיִהְיוּ נִיכָּרִין שֶׁמִּטִּפָּה פְּסוּלָה הֵן וְלֹא יִדְבְּקוּ בָּהֶן:
Que tes semblables, mamzerim et netinim, diminuent en Israël — que tous les mamzerim d'Israël te ressemblent, qu'ils soient reconnaissables comme issus d'une goutte disqualifiée, et qu'on ne s'unisse pas à eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּמוֹתְךָ יִתְמַעֲטוּ מַמְזֵרֵי וּנְתִינֵי מִיִּשְׂרָאֵל. נִרְאֶה קְלָלָה זוֹ שֶׁל רִבּוּי אֶצְבָּעוֹת יְאוּתָה לְמַמְזֵרִים כִּי אֵבֶר הַתַּשְׁמִישׁ מְכוֹנָה בְּשֵׁם אֶצְבַּע וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (פְּסָחִים קיב:) אֵין כָּל הָאֶצְבָּעוֹת שָׁווֹת, וְזוֹ הַזּוֹנָה שֶׁהוֹלִידָה מַמְזֵר מִלְּבַד אֶצְבַּע בַּעְלָהּ קִבְּלָה עוֹד אֶצְבָּעוֹת שֶׁל אֲחֵרִים לָכֵן בְּדִין הוּא שֶׁיִּהְיֶה בְּמַמְזֵר אֶצְבָּעוֹת יְתֵירוֹת. אִי נָמֵי הַתַּשְׁמִישׁ מְכוֹנָה בְּשֵׁם אֲכִילָה דִּכְתִיב אָכְלָה וּמָחֲתָה פִיהָ וְאָמְרָה לֹא פָעַלְתִּי אָוֶן (מִשְׁלֵי ל, כ) וְהָאֲכִילָה הִיא בְּאֶצְבָּעוֹת דְּלָכֵן אֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין בִּשְׁבִיל שֶׁאוֹכֵל בָּהּ וְכַנִּזְכָּר בִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת סב.) לָכֵן בְּדִין הוּא שֶׁיִּהְיֶה בְּמַמְזֵר מוּם בְּאֶצְבָּעוֹת שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא נוֹצָר מִן אֲכִילָה פְּסוּלָה שֶׁהִיא נַעֲשֵׂית בְּאֶצְבָּעוֹת.
« Que tes semblables, mamzerim et netinim, diminuent en Israël. » Il semble que cette malédiction — la multiplication des doigts — convienne aux mamzerim, car l'organe de l'union est désigné par le terme « doigt », comme l'ont dit nos Maîtres (Pessahim 112b) : « tous les doigts ne sont pas égaux ». Cette femme débauchée qui a enfanté un mamzer a reçu, outre le « doigt » de son mari, les « doigts » d'autres [hommes] ; il est donc juste que le mamzer ait des doigts surnuméraires. Autre explication : l'union est désignée par le terme « manger » (akhila), comme il est écrit : « elle mange, s'essuie la bouche et dit : je n'ai rien fait de mal » (Proverbes 30:20) ; or on mange avec les doigts — c'est pourquoi l'on ne s'essuie pas de la main droite, avec laquelle on mange (voir Berakhot 62a). Il est donc juste que le mamzer ait un défaut aux doigts, lui qui est formé d'une « nourriture » disqualifiée, laquelle se fait par les doigts.
💡 Explication

Rabbi Yehouda apporte un précédent : R. Tarfon aurait béni un homme aux doigts surnuméraires en souhaitant que ses semblables se multiplient — preuve que ce n'est pas un défaut. R. Yossei retourne l'anecdote : R. Tarfon souhaitait en réalité que les mamzerim (enfants d'unions interdites) et netinim (Gabaonites) diminuent — la difformité étant vue comme la marque visible d'une origine impure. L'anecdote ne prouve donc rien.

4
הַשּׁוֹלֵט בִּשְׁתֵּי יָדָיו. תָּנוּ רַבָּנַן — אִיטֵּר, בֵּין בַּיָּד בֵּין בָּרֶגֶל — פָּסוּל. הַשּׁוֹלֵט בִּשְׁתֵּי יָדָיו — רַבִּי פּוֹסֵל וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין. מַר סָבַר — כְּחִישׁוּתָא אַתְחֲלָא בְּיָמִין, וּמַר סָבַר — בְּרִיּוּתָא אַתְחֲלָא בִּשְׂמֹאל.

« Celui qui a la maîtrise de ses deux mains » [la michna]. Les Maîtres ont enseigné : un gaucher (ittèr), que ce soit de la main ou du pied — invalide.

« Celui qui a la maîtrise de ses deux mains » [l'ambidextre] — Rabbi le déclare invalide et les Sages le déclarent apte. Un Maître [Rabbi] tient : la faiblesse a commencé à droite ; et l'autre Maître [les Sages] tient : la force a commencé à gauche.

📜 Rachi (2)
אִיטֵּר בָּרֶגֶל שֶׁכְּשֶׁמְּהַלֵּךְ עוֹקֵר רֶגֶל הַשְּׂמֹאל תְּחִלָּה מַה שֶׁאֵין דֶּרֶךְ בְּנֵי אָדָם כָּךְ. אִיטֵּר בַּיָּד פָּסוּל דַּכְתִּי' וְטָבַל אֶצְבָּעוֹ כָּל מָקוֹם שנא' אֶצְבַּע וְכֹהֵן אֵינוֹ אֶלָּא יָמִין (זְבָחִים דַּף כֹּד.) וְאִיטֵּר דְּרֶגֶל נָמֵי לַעֲמֹוד וּלְשָׁרֵת כִּתֵּי' כְּדֶרֶךְ שְׁאָר עֲמִידָה דְּעִיקָּרוֹ בְּיָמִין:
Gaucher du pied — celui qui, en marchant, soulève d'abord le pied gauche, ce qui n'est pas la manière des gens. Gaucher de la main : invalide, car il est écrit « il trempera son doigt » — partout où l'Écriture dit « doigt » ou « kohen », il s'agit uniquement de la droite (Zevahim 24a) ; et le gaucher du pied [est invalide] car « pour se tenir debout et servir » est écrit, [c'est-à-dire] à la manière de toute station debout, dont l'appui principal est sur la droite.
דְּמַר סָבַר כְּחִישׁוּתָא אַתְחֲלָא לֵיהּ בְּיָמִין:
Car un Maître tient : la faiblesse a commencé — chez lui, à droite.
💡 Explication

Le service au Temple exige la main droite (le verset dit « son doigt » — toujours le droit). Un gaucher (ittèr), de la main ou même du pied, est donc invalide. Reste le cas de l'ambidextre : Rabbi le déclare invalide car sa dextérité à gauche révèle une faiblesse originelle à droite ; les Sages le déclarent apte car il s'agit d'un surcroît de force acquis à gauche, la droite restant pleinement valide.

🖼️ Schéma
Le gaucher (ittèr) au service du Temple Gaucher de la MAIN le service se fait à la main droite (verset : 'son doigt') PASSOUL Gaucher du PIED se tenir debout et servir comme toute station : appui sur le droit PASSOUL Ambidextre Rabbi : faiblesse à droite -> passoul Hakhamim : force à gauche -> droite intacte, kacher
Gaucher de main, gaucher de pied, ambidextre.
5
מַתְנֵי׳ הַכּוּשִׁי, הַגִּיחוֹר, וְהַלַּבְקָן, וְהַקִּפֵּחַ, וְהַנַּנָּס, וְהַחֵרֵשׁ, וְהַשּׁוֹטֶה, וְהַשִּׁיכּוֹר, וּבַעֲלֵי נְגָעִים טְהוֹרִים — פְּסוּלִין בְּאָדָם וּכְשֵׁרִים בַּבְּהֵמָה. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שׁוֹטָה מִן הַבְּהֵמָה אֵינָהּ מִן הַמֻּובְחָר. רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אַף בַּעֲלֵי הַדִּלְדּוּלִין פְּסוּלִין בָּאָדָם וּכְשֵׁרִין בַּבְּהֵמָה.

MICHNA. Le koushi, le guihôr, le lavkan, le kipéah, le nain, le sourd-muet ('herech), le dément (chotèh), l'ivre (chikkôr), et ceux qui portent des nega'im purs — sont invalides chez l'homme (passoul) et aptes chez l'animal (kacher).

Rabban Chimon ben Gamliel dit : un [animal] atteint de folie n'est pas du choix [idéal] pour l'offrande. Rabbi Elazar dit : même ceux qui portent des excroissances pendantes (dildoulim) sont invalides chez l'homme et aptes chez l'animal.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' הַכּוּשִׁי וְהַגִּיחוֹר וְהַלַּבְקָן וְהַקִּיפֵּחַ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
MICHNA. Le koushi, le guihôr, le lavkan et le kipéah — expliqués dans la Guemara.
וּבַעֲלֵי נְגָעִים טְהוֹרִים כְּגוֹן סַפַּחַת. דְּאִי נְגָעִים טְמֵאִים לָא אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דַּאֲפִילּוּ אַכְּנִיסָה דַּעֲזָרָה הָוֵי חַיָּיב כָּרֵת:
Et ceux qui portent des nega'im purs — par exemple la sapahat. Car s'il s'agissait de nega'im impurs, il n'aurait pas été nécessaire de le dire : même pour la seule entrée dans la 'azara, il serait passible de karet.
הַתִּלְתּוּלִין כְּמִין חֲתִיכוֹת בָּשָׂר יוֹצְאוֹת וְתוֹלוֹת לָהֶם:
Les tiltoulim — comme des sortes de morceaux de chair qui saillent et leur pendent.
💡 Explication

Cette michna liste des conditions qui invalident un kohen (car il doit être « égal à la lignée d'Aharon », sans défaut d'apparence) mais qui n'invalident pas un animal comme offrande. Les termes koushi / guihor / lavkan / kipeah seront définis dans la Guemara (segments 5-6). Deux avis nuancent : pour Rabban Chimon ben Gamliel, un animal dément n'est pas idéal (bien que valide) ; pour Rabbi Elazar, on ajoute à la liste les excroissances de chair pendantes (dildoulim / tiltoulim).

🖼️ Schéma
Deux listes symétriques : homme vs animal Michna 1 : PASSOUL chez l'homme, kacher chez l'animal koushi (très noir), guihor (très rouge), lavkan (très blanc), kipeah (long/maigre), nain, sourd-muet, choteh (dément), ivre, atteints de nega'im purs -> défauts d'apparence, propres à l'homme ('non égal à la lignée d'Aharon') ; l'animal n'a pas ce critère Michna 2 : kacher chez l'homme, PASSOUL chez l'animal oto ve-et beno (lui et son petit), terefa, né par le flanc (yotse dofen), objet d'une faute (bestialité), qui a tué un homme -> disqualifications propres au korban ; sans objet pour un kohen
La liste : défauts qui touchent l'homme mais pas l'animal.
6
גמ׳ כּוּשִׁי — אֻוכָּמָא, גִּיחוֹר — חִיווָּרָא, לַבְקָן — סֻומָּקָא. אֵינִי? וְהָא הָהוּא דַּאֲמַר לְהוּ ״מַאן בָּעֵי לוּקֵיאָנֵי״, וְאִישְׁתְּכַח חִיווָּרָא! אֶלָּא: כּוּשִׁי — אֻוכָּמָא, גִּיחוֹר — סֻומָּקָא, כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי: ״סֻומָּקָא גִּיחְיָא״, לַבְקָן — חִיווָּרָא, כְּהַהוּא דַּאֲמַר לְהוּ ״מַאן בָּעֵי לוֹקֵיאֲנִי״, וְאִישְׁתְּכַח חִיווָּרֵי.

GUEMARA. Koushi — le noir (oukma) ; guihor — le blanc (hivvara) ; lavkan — le rouge (soumka).

Est-ce ainsi ? Mais [voici] celui qui leur disait « qui veut un [agneau] loukiani ? », et il se trouva blanc !

Plutôt : koushi — le noir ; guihor — le rouge (soumka), comme les gens disent « soumka guiha » ; lavkan — le blanc (hivvara), comme dans le cas de celui qui leur disait « qui veut un loukiani ? », et il se trouva blanc.

📜 Rachi (2)
גְּמ' סֻומָּקָא רו"ש בְּלַעַז:
GUEMARA. Soumka — 'rous' en langue vernaculaire [rouge].
לוּקְיָינֵי טְלָאִים לְבָנִים הָיוּ: לְסֻומָּקָא רְגִילִי אִינָשֵׁי לְמִיקַּרְייָה גּוֹהֵיא:
Loukiani — c'étaient des agneaux blancs ; les gens ont coutume d'appeler le rouge 'gouhia'.
💡 Explication

La Guemara définit les couleurs de peau extrêmes. Une première lecture (koushi = noir, guihor = blanc, lavkan = rouge) est réfutée par un usage : on appelait « loukiani » des agneaux blancs, or « loukiani » se rattache à lavkan — donc lavkan = blanc. Conclusion : koushi = très noir, guihor = très rouge (dicton populaire « soumka guiha »), lavkan = très blanc.

7
קפח. תָּנֵי רַב זִבֵּיד: גָּבוֹהַּ. אֵינִי? וְהַתָּנֵי רַבִּי אָבָהוּ: מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִשְׁתַּבֵּחַ בְּבַעֲלֵי קוֹמָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָנֹכִי הִשְׁמַדְתִּי אֶת הָאֱמֹרִי מִפְּנֵיהֶם אֲשֶׁר כְּגֹבַהּ אֲרָזִים גָּבְהוֹ״. אָמַר רַב פָּפָּא: בַּאֲרִיכָא שְׁמִיטָּה סַנְיָא.

« Kipeah ». Rav Zevid enseigne : [c'est] le [très] grand (de haute taille).

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Abbahou a enseigné : d'où [sait-on] que le Saint béni soit-Il se glorifie par les [hommes] de haute taille ?

Car il est dit : « Et moi j'ai détruit l'Emori devant eux, dont la hauteur était comme la hauteur des cèdres » (Amos 2:9). Rav Papa dit : [le kipeah invalide] est le long, maigre et laid (arikha chemita senya).

📜 Rachi (1)
בַּאֲרִיכָא שְׁמִיטָּה סַנְיָא דְּאָרוֹךְ הוּא וְדַק שֶׁאֵינוֹ עָבֶה לְפִי אָורְכּוֹ וּלְפִי שֶׁדַּק הוּא אֵינוֹ יָכוֹל לִסְבֹּול קוֹמָתוֹ וְנִכְפָּף וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁחֻלְיוֹתָיו שְׁמוּטוֹת:
Le long, maigre et laid (arikha chemita senya) — car il est long et mince, sans épaisseur proportionnée à sa hauteur ; et parce qu'il est mince, il ne peut porter sa stature, il se voûte et paraît comme si ses vertèbres étaient déjointes (chemoutot).
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִשְׁתַּבֵּחַ בְּבַעֲלֵי קוֹמָה, שֶׁנֶּאֱמַר: "אֲשֶׁר כְּגֹבַהּ אֲרָזִים גָּבְהוֹ" (עָמוֹס ב, ט) . קַשָּׁא אַמַּאי לָא יָלֵיף מִפָּסוּק דִּשְׁמוּאֵל גַּבֵּי שָׁאוּל דִּכְתִיב וַיִּתְיַצֵּב בְּתוֹךְ הָעָם וַיִּגְבַּהּ מִכָּל הָעָם מִשִּׁכְמוֹ וָמָעְלָה וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל כָּל הָעָם הַרְּאִיתֶם אֲשֶׁר בָּחַר בּוֹ ה' כִּי אֵין כָּמֹהוּ בְּכָל הָעָם (שְׁמוּאֵל א' י, כג) נִמְצָא מִשְׁתַּבַּח קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא בְּבַעֲלֵי קוֹמָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָתָם לֹא הָיָה אָרֹוךְ יוֹתֵר מִדַּאי וְאֵין הָכִי נָמֵי שִׁיעוּר זֶה שֶׁהוּא שִׁיעוּר קוֹמָה וָחֵצִי עַל שְׁאָר אָדָם נָאֶה הוּא וְשֶׁבַח הוּא לוֹ אַךְ אָרֹוךְ יוֹתֵר מִדַּאי שִׁיעוּר ב' וְשָׁלֹשׁ קוֹמוֹת גָּרַע לְכָךְ הֵבִיא פָּסוּק שֶׁל 'גָּבַהּ אֲרָזִים' שֶׁהוּא שִׁיעוּר גָּדוֹל. מִיהוּ קַשָּׁא אֵיךְ מוֹכַח מֵהָכָא דְּמִשְׁתַּבֵּחַ בְּקוֹמָתָם, וְדִילְמָא בִּגְנוּתַייְהוּ מִשְׁתַּעֵי לוֹמַר שֶׁהֵם מְשֻׁונִּים בְּגָובְהָן וּמְבַהֲלִים לִבְנֵי אָדָם הָרוֹאִין אוֹתָם? וְנִרְאֶה לִי דִּמְסַייֵּם 'וְחֹסֶן הוּא כְּאַלּוֹנִים' וּבָזֶה בְּוַדַּאי בְּשֶׁבַח מִשְׁתַּעֵי וְאִם כֵּן גַּם רֵישָׁא דִקְרָא בְּשֶׁבַח מִשְׁתַּעֵי.
« D'où [sait-on] que le Saint béni soit-Il se glorifie par les [hommes] de haute taille ? Car il est dit : dont la hauteur était comme la hauteur des cèdres » (Amos 2:9). On peut demander : pourquoi ne pas l'apprendre du verset de Chemouel à propos de Chaoul, où il est écrit « il se tint au milieu du peuple et il dépassait tout le peuple de l'épaule et au-dessus, et Chemouel dit à tout le peuple : voyez-vous celui qu'a choisi l'Éternel, car nul ne lui est semblable dans tout le peuple » (I Samuel 10:23) — voilà que le Saint béni soit-Il se glorifie par les [hommes] de haute taille ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas [Chaoul] n'était pas excessivement grand : en effet, cette mesure — une taille et demie par rapport au reste des hommes — est belle et constitue une louange ; mais [être] excessivement long, de la mesure de deux ou trois tailles, est un défaut. C'est pourquoi [R. Abbahou] a cité le verset de la « hauteur des cèdres », qui désigne une grande mesure. Toutefois on peut objecter : comment prouver de là qu'Il se glorifie par leur stature — peut-être le verset parle-t-il en leur honte, disant qu'ils sont difformes par leur hauteur et effrayent ceux qui les voient ? Il me semble que [le verset] conclut « et il était robuste comme les chênes » (ibid.), et par là il parle assurément en louange ; dès lors, le début du verset aussi parle en louange.
💡 Explication

Rav Zevid glose kipeah par « de haute taille ». On objecte, avec R. Abbahou, que Dieu se glorifie au contraire par les hommes de grande stature (verset d'Amos). Rav Papa résout : le défaut n'est pas la haute taille saine, mais l'homme long, maigre et disgracieux (arikha chemita senya) — trop mince pour porter sa hauteur, voûté, comme si ses vertèbres étaient déjointes.

8
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: גָּבוֹהַּ לֹא יִשָּׂא גְּבוֹהִית — שֶׁמָּא יָצָא מֵהֶן תֹּורֶן, נַנָּס לֹא יִשָּׂא נַנֶּסֶת — שֶׁמָּא יֵצֵא מֵהֶם אֶצְבָּעִי, לָבָן לֹא יִשָּׂא לְבָנָה — שֶׁמָּא יֵצֵא מֵהֶם בּוֹהֵק, שָׁחוֹר לֹא יִשָּׂא שְׁחוֹרָה — שֶׁמָּא יֵצֵא מֵהֶן טָפוּחַ.

Rech Laquich dit : un [homme] grand n'épousera pas une [femme] grande, de peur qu'il ne sorte d'eux [un enfant haut] comme un mât (toren) ; un nain n'épousera pas une naine, de peur qu'il ne sorte d'eux [un enfant petit] comme un doigt (etsba'i) ; un [homme] blanc n'épousera pas une blanche, de peur qu'il ne sorte d'eux [un enfant] extrêmement pâle (bohaq) ; un [homme] noir n'épousera pas une noire, de peur qu'il ne sorte d'eux [un enfant] extrêmement noir (tippouah).

📜 Rachi (2)
בּוֹהֵק שֶׁלָּבָן בְּיוֹתֵר:
Bohaq — [celui] qui est extrêmement blanc.
טִפּוּחַ שָׁחוֹר כִּקְדֵירָה וַחֲבֵירוֹ בְּשִׁילְהֵי מַס' שַׁבָּת (דַּף קנז.) וּפָקְקוּ אֶת הַמָּאוֹר בַּטָּפִיחַ:
Tippouah — noir comme une marmite ; et son pareil se trouve à la fin du traité Chabbat (157a) : « et ils bouchèrent la lucarne avec un tippiah ».
💡 Explication

Rech Laquich tire une règle pratique de ces catégories extrêmes : éviter d'accoupler deux caractères identiques poussée à l'extrême, de peur d'engendrer un enfant à la difformité accentuée — toren (haut comme un mât), etsba'i (minuscule), bohaq (blafard), tippouah (très noir). C'est une recommandation d'appariement, non une interdiction.

9
הַחֵרֵשׁ, הַשּׁוֹטֶה, וְהַשִּׁכּוֹר. שִׁכּוֹר מֵחֵיל עֲבוֹדָה, בַּהֲדֵי מוּמֵי דְּמַחֲילִי עֲבוֹדָה בָּעֵי לְמִיחְשַׁב!

« Le sourd-muet, le dément et l'ivre » [la michna]. L'ivre profane-t-il le service (mahil 'avoda) ?!

[Si oui,] il aurait fallu le compter parmi les défauts qui profanent le service [au chapitre précédent] !

📜 Rachi (3)
שִׁיכּוֹר בִּתְמִיהַּ:
L'ivre — [dit] sur un ton d'étonnement.
אַחֻולֵּי אַחִיל עֲבוֹדָה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י) יַיִן וְשֵׁכָר אַל תֵּשְׁתְּ וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ לְהַבְדִּיל בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין הַחֹול וְגוֹ':
Il profane bel et bien le service — car il est écrit (Lévitique 10) « ne bois ni vin ni boisson enivrante », et il est écrit ensuite « afin de distinguer entre le sacré et le profane... ».
בַּהֲדֵי מוּמִין גְּמוּרֵין בָּעֵי לְמִיחְשְׁבֵיהּ וְקָתָנֵי לֵיהּ גַּבֵּי מוּמִין הַבָּאִין מֵחֲמַת שֶׁאֵין שָׁוִין בְּזַרְעוֹ שֶׁל אַהֲרֹן דְּאָמְרִינַן בְּרֵישׁ פִּירְקִין דְּלָא מַחֲלִי עֲבוֹדָה:
Parmi les défauts — [c'est] parmi les défauts avérés qu'il aurait fallu le compter ; or on l'enseigne parmi les défauts qui viennent du fait qu'ils ne sont pas égaux à la lignée d'Aharon, dont nous avons dit au début du chapitre qu'ils ne profanent pas le service.
💡 Explication

Difficulté sur la place de l'ivre dans la michna. S'il profane le service (mahil 'avoda — le rend rétroactivement invalide), il aurait dû figurer au chapitre précédent, parmi les défauts qui profanent. Or notre michna liste des défauts qui, eux, ne profanent pas rétroactivement (ils rendent seulement le kohen inapte à priori, car « non égal à la lignée d'Aharon »). Sa présence ici est donc problématique.

10
בִּשְׁאָר דְּבָרִים הַמְשַׁכְּרִים. וּדְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּתַנְיָא: אָכַל דְּבֵילָה קְעִילִית, וְשָׁתָה חָלָב אוֹ דְּבַשׁ, נִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ — חַיָּיב.

[Il s'agit de l'ivresse] par d'autres choses qui enivrent [non le vin]. Et [cette michna n'est] pas selon Rabbi Yehouda.

Car il est enseigné : [si un kohen] a mangé une figue sèche de Ke'ila, ou bu du lait ou du miel [et s'est enivré], [et] est entré au sanctuaire — il est passible [de flagellation].

📜 Rachi (3)
וּדְלָא כְּר' יְהוּדָה דִּמְשַׁוֵּי לִשְׁאָר דְּבָרִים הַמְשַׁכְּרִים דִּין יַיִן דְּמַחְלִי עֲבוֹדָה דְּקָאָמַר בְּמַס' כְּרִיתוֹת (דַּף יג:) עַל הַיַּיִן בְּמִיתָה וְעַל שְׁאָר מְשַׁכְּרִין בְּאַזְהָרָה וְנָפְקָא לָן מִשֵּׁכָר אַל תָּשֵׁת וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וּלֲהַבְדִּיל בֵּין הַקֹּדֶשׁ וּבֵין הַחֹול אַלְמָא לְרַבִּי יְהוּדָה שְׁאָר מְשַׁכְּרִין מַחֲלִי עֲבוֹדָה:
Et [ce n'est] pas selon Rabbi Yehouda — qui assimile les autres substances enivrantes au vin quant à profaner le service ; car il dit au traité Keritot (13b) : pour le vin [la peine est] la mort, et pour les autres substances enivrantes un interdit [de flagellation], que nous déduisons de « ne bois pas de boisson enivrante », suivi de « et afin de distinguer entre le sacré et le profane » — d'où il ressort que, pour Rabbi Yehouda, les autres substances enivrantes profanent le service.
דְּתַנְיָא אָכַל דְּבֵילָה קְעִילִית הַגְּדֵילָה בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וּמְשַׁכֶּרֶת כְּיַיִן:
Car il est enseigné : à mangé une figue sèche de Ke'ila — qui pousse en ce lieu et enivre comme le vin.
דְּבַשׁ מי"ד בְּלַעַ"ז מַיִם וּדְבַשׁ שֶׁלּוֹקִין בְּיַחַד חַייָּב מַלְקוּת כְּר' יְהוּדָה מוֹקְמִינַן לָהּ בְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ בִּכְרִיתוֹת (שָׁם) דְּקָאָמַר הָתָם עַל שְׁאָר מְשַׁכְּרִין בְּאַזְהָרָה דְּאַל תָּשֵׁת דְּכֵיוָן דִּכְתִיבִי שְׁאָר מְשַׁכְּרִין מַחֲלִי עֲבוֹדָה דְּהָא כְּתִיב בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין הַחֹול וּמַתְנִי' דְּלָא חֲשִׁיב לְהוּ גַּבֵּי הָנָךְ דְּמַחְלִי עֲבוֹדָה דְּלָא כְּר' יְהוּדָה:
Du miel — 'miel' en langue vernaculaire ; de l'eau et du miel bouillis ensemble : il est passible de flagellation selon Rabbi Yehouda, comme nous l'établissons au chapitre « Amrou lo » de Keritot (ibid.), où il dit là-bas : pour les autres substances enivrantes, un interdit [tiré] de « ne bois pas » ; puisque les autres substances enivrantes sont [visées par] l'écrit, elles profanent le service, car il est écrit « entre le sacré et le profane » ; et notre michna, qui ne les compte pas parmi celles qui profanent le service, n'est pas selon Rabbi Yehouda.
🗂️ Tossefot (1)
וּבִשְׁאָר דְּבָרִים הַמְשַׁכְּרִים וּדְלֹא כְּר' יְהוּדָה הָא דְּתַנְיָא בְּסוֹף פ"ק דִּזְבָחִים (דַּף יד:) זָר וְאוֹנֵן וְשִׁיכּוֹר וּבַעֲלֵי מוּם בְּקַבָּלָה וּבְהוֹלָכָה וּבִזְרִיקָה פָּסוּל יֵשׁ לִתְמֹוהַּ אַמַּאי נְקַט שִׁיכּוֹר הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שְׁתוּיֵי יַיִן וּפְרוּעֵי רֹאשׁ וְאוֹמֵר הֶחָכָם ר' חַיִּים כֹּהֵן נ"ע דְּמַיְירֵי בִּשְׁאָר דְּבָרִים הַמְשַׁכְּרִים וְכַר' יְהוּדָה דְּמַחֵיל עֲבוֹדָה כִּדְמוֹקְמִינַן שִׁיכּוֹר דְּהָכָא בִּשְׁאָר דְּבָרִים הַמְשַׁכְּרִים:
« Et par les autres substances qui enivrent, et [ce n'est] pas selon Rabbi Yehouda. » Ce qui est enseigné à la fin du premier chapitre de Zevahim (14b) — « un étranger (zar), un onen, un ivre et un [kohen] atteint de défaut, [officiant] à la réception [du sang], à l'acheminement et à l'aspersion : invalide » — pose difficulté : pourquoi mentionner « un ivre » ? Il aurait fallu dire « ceux qui ont bu du vin » et « ceux dont la chevelure est en désordre » [les deux catégories du verset]. Le Sage Rabbi Haim Cohen, de mémoire bénie, répond : il s'agit là des autres substances qui enivrent, et [c'est] selon Rabbi Yehouda, qui tient qu'[une telle ivresse] profane le service — de même que nous établissons ici que l'« ivre » vise les autres substances enivrantes.
💡 Explication

Réponse : notre michna vise l'ivresse par d'autres substances que le vin — laquelle ne profane pas le service (elle rend seulement inapte). Cela va à l'encontre de Rabbi Yehouda, pour qui toute ivresse, même par des figues de Ke'ila (réputées enivrantes), du lait ou du miel, profane le service : un kohen entré ivre au sanctuaire est passible de flagellation, car le verset « ni vin ni boisson enivrante » vise toute substance enivrante.

11
מַתְנִי׳ אֵלּוּ כְּשֵׁרִין בָּאָדָם וּפְסוּלִין בַּבְּהֵמָה: אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ, טְרֵיפָה, וְיוֹצֵא דֹּופֶן, וְשֶׁנֶּעֶבְדָה בָּהֶן עֲבֵירָה, וְשֶׁהֵמִית אֶת הָאָדָם.

MICHNA. Voici ceux qui sont aptes chez l'homme (kacher) et invalides chez l'animal (passoul) : [l'animal frappé par] « lui et son petit » (oto ve-et beno), la terefa, [l'animal] né par le flanc (yotse dofen), celui avec lequel a été commise une faute (bestialité), et celui qui a tué un homme.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ פָּסוּל לְקָרְבָּן דִּמְחֻוסַּר זְמַן הוּא:
MICHNA. Lui et son petit — invalide pour l'offrande car il est en manque de temps (mehoussar zeman).
💡 Explication

Michna symétrique de la précédente : voici des conditions qui invalident un animal comme offrande mais pas un kohen. Oto ve-et beno : on ne peut sacrifier un animal le même jour que sa mère ou son petit (ici, l'animal est « en manque de temps », mehoussar zeman). Terefa (animal à la lésion mortelle), yotse dofen (né par césarienne), animal objet de bestialité, animal homicide : tous disqualifiés pour le korban, mais sans équivalent disqualifiant chez le kohen (que la Guemara va chercher).

🖼️ Schéma
Deux listes symétriques : homme vs animal Michna 1 : PASSOUL chez l'homme, kacher chez l'animal koushi (très noir), guihor (très rouge), lavkan (très blanc), kipeah (long/maigre), nain, sourd-muet, choteh (dément), ivre, atteints de nega'im purs -> défauts d'apparence, propres à l'homme ('non égal à la lignée d'Aharon') ; l'animal n'a pas ce critère Michna 2 : kacher chez l'homme, PASSOUL chez l'animal oto ve-et beno (lui et son petit), terefa, né par le flanc (yotse dofen), objet d'une faute (bestialité), qui a tué un homme -> disqualifications propres au korban ; sans objet pour un kohen
L'autre versant : défauts propres à l'animal offert.
12
וְהַנּוֹשֵׂא נָשִׁים בַּעֲבֵירָה — פָּסוּל עַד שֶׁיַּדִּירֶנָּה הֲנָאָה, וְהַמְטַמֵּא לְמֵתִים — פָּסוּל עַד שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו שֶׁלֹּא יְהֵא מִטַּמֵּא לְמֵתִים.

« Et celui qui épouse des femmes par transgression » — invalide jusqu'à ce qu'il fasse vœu de n'en tirer aucune jouissance ; « et celui qui se rend impur au contact des morts » — invalide jusqu'à ce qu'il s'engage à ne plus se rendre impur au contact des morts.

📜 Rachi (1)
וְהַנּוֹשֵׂא נָשִׁים בַּעֲבֵירָה גְּרוּשָׁה וַחֲלוּצָה:
Et celui qui épouse des femmes par transgression — une divorcée ou une haloutsa.
💡 Explication

Suite de la michna, côté homme : un kohen marié à une femme interdite (divorcée, haloutsa) est inapte au service jusqu'à ce qu'il fasse vœu de n'en pas jouir (ce qui garantit un divorce prochain). Un kohen qui s'est rendu impur par un mort est inapte jusqu'à ce qu'il s'engage à ne plus le faire. Ces deux cas ne sont pas des défauts physiques mais des situations réparables.

13
גְּמָ׳ וְאֵלּוּ כְּשֵׁירִין בָּאָדָם, מַאי (בְּאוֹתוֹ) [״אוֹתוֹ] וְאֶת בְּנוֹ״?

GUEMARA. « Et voici ceux qui sont aptes chez l'homme... » — que [vise] « lui et son petit » [pour l'homme] ?

💡 Explication

La Guemara cherche l'équivalent humain de « oto ve-et beno ». Puisque la michna oppose systématiquement homme et animal, à quel cas relatif aux personnes peut correspondre l'interdit de sacrifier « lui et son petit » le même jour ? La question ouvre l'analyse des segments suivants.

14
אִילֵּימָא אַהֲרֹן וּבָנָיו, דִּכְוָתֵיהּ תַּייִשׁ וּבְנוֹ, מִי נְהִיג? וְהַתַּנְיָא: ״אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ״ נוֹהֵג בִּנְקֵבוֹת, וְאֵינוֹ נוֹהֵג בִּזְכָרִים! אֶלָּא תְּיָישָׁה וּבְנָהּ, דִּכְווָתַהּ הָכָא כֹּהֶנֶת וּבְנָהּ, כֹּהֶנֶת בַּת עֲבוֹדָה הִיא?

Si l'on dit [qu'il s'agit d']Aharon et ses fils [servant le même jour], son pareil [chez l'animal] serait « un bouc et son petit » — [un tel interdit] s'applique-t-il ? Mais il est enseigné : « lui et son petit » s'applique aux femelles et ne s'applique pas aux mâles !

Plutôt [dira-t-on qu'il s'agit d']une chèvre et son petit, dont le pareil serait ici une kohenet et son fils — [mais] une kohenet est-elle apte au service ?!

💡 Explication

Deux tentatives d'appariement échouent. (1) Si « oto ve-et beno » côté homme = Aharon et ses fils (mâles servant le même jour), le parallèle animal serait « un bouc et son petit » — or l'interdit ne vise que les femelles (mère et petit), pas les mâles. (2) Si l'on lit « une chèvre et son petit » (femelle), le parallèle humain serait « une kohenet (femme de la lignée sacerdotale) et son fils » — mais une femme n'officie jamais au Temple. Impasse.

15
לְעוֹלָם אַהֲרֹן וּבָנָיו, דִּכְוָותַהּ הָכָא תַּייִשׁ וּבְנוֹ. אָמְרִי בְּמַעְרְבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין: עֲדָא אָמְרָה חֲנַנְיָה הִיא, דְּתַנְיָא: ״אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ״ נוֹהֵג בִּנְקֵבוֹת וְאֵינוֹ נוֹהֵג בִּזְכָרִים, חֲנַנְיָה אוֹמֵר: נוֹהֵג בִּזְכָרִים וּבִנְקֵבוֹת.

En vérité [il s'agit d']Aharon et ses fils, dont le pareil ici est « un bouc et son petit ». On dit en Occident (be-ma'arava) au nom de Rabbi Yossei bar Avin : cela dit [le prouve] : c'est [l'avis de] Hananya.

Car il est enseigné : « lui et son petit » s'applique aux femelles et ne s'applique pas aux mâles ; Hananya dit : il s'applique aux mâles et aux femelles.

📜 Rachi (2)
גְּמ' עָדָא אָמְרָה זֹאת אוֹמֶרֶת:
GUEMARA. Cela dit ('eda amera) — c'est-à-dire : cela signifie.
בִּזְכָרִים הָאָב וְהַבֵּן אוֹ בַּת:
Aux mâles — le père et le fils, ou la fille.
💡 Explication

Résolution : « oto ve-et beno » côté homme = Aharon et ses fils, côté animal = un bouc et son petit (mâle). Cela n'est possible que selon Hananya, qui étend l'interdit « lui et son petit » aussi aux mâles (père et fils), contre l'avis courant qui le limite aux femelles. La michna suit donc l'opinion de Hananya.

16
וְהַנּוֹשֵׂא נָשִׁים כוּ׳. תְּנָא: נוֹדֵר וְעוֹבֵד, יוֹרֵד וּמְגָרֵשׁ.

« Et celui qui épouse des femmes [par transgression] », etc. Il est enseigné : il fait vœu et il sert, [puis] il descend et il divorce.

📜 Rachi (1)
נוֹדֵר וְעוֹבֵד אע"פ שֶׁעֲדַיִין לֹא גֵּירֵשׁ מֻותָּר לַעֲבֹוד מִשֶּׁנָּדַר שֶׁלֹּא תֵּהָנֶה מִמֶּנּוּ וְהוּא מִמֶּנָּה:
Il fait vœu et il sert — bien qu'il n'ait pas encore divorcé, il lui est permis de servir dès lors qu'il a fait vœu qu'elle ne tirera pas jouissance de lui, ni lui d'elle.
💡 Explication

Précision de la baraita sur le kohen déjà en train d'officier quand on découvre son mariage interdit : il n'interrompt pas le service. Il fait vœu (de n'en pas jouir), achève le service, puis descend de l'autel et divorce. L'ordre montre que le vœu suffit à le rendre apte immédiatement, avant même le divorce effectif.

17
וְלֵיחוּשׁ דִּלְמָא אָזֵיל לְגַבֵּי חָכָם וְשָׁרֵי לֵיהּ! קָסָבַר: צָרִיךְ לְפָרֵט אֶת הַנֶּדֶר.

Mais craignons qu'il n'aille peut-être chez un sage ('hakham) qui le lui délie [le vœu] ! Il tient : il faut détailler le vœu (tsarikh lefaret et ha-neder).

📜 Rachi (1)
צָרִיךְ לְפָרֵט הַבָּא לְהַתִּיר נִדְרוֹ צָרִיךְ שֶׁיְּפָרֵט עַל מַה נָדַר וְכִי שָׁמַע דְּמִשּׁוּם דִּפְסוּלָה לוֹ נֶדֶר לָא שָׁרִי נְדָרֶיהָ:
Il faut détailler — celui qui vient faire délier son vœu doit préciser sur quoi il a fait vœu ; et lorsque [le sage] entend que c'est parce qu'elle lui est interdite qu'il a fait vœu, il ne délie pas son vœu.
💡 Explication

Objection : si le vœu peut être annulé par un sage, le kohen risque de le faire délier et de rester marié tout en ayant servi. Réponse : le tanna tient qu'il faut détailler le vœu (tsarikh lefaret et ha-neder) — celui qui vient faire annuler un vœu doit en exposer le motif. Entendant que le vœu visait à se séparer d'une femme interdite, le sage refusera de l'annuler.

18
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר צָרִיךְ לְפָרֵט אֶת הַנֶּדֶר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אֵין צָרִיךְ לְפָרֵט אֶת הַנֶּדֶר, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? דְּמַדְּרִינַן לֵיהּ בְּרַבִּים.

Cela va bien pour celui qui dit « il faut détailler le vœu » ; mais pour celui qui dit « il n'est pas nécessaire de détailler le vœu », qu'y a-t-il à dire ? [Réponse :] on le lui fait jurer en public (be-rabbim).

🗂️ Tossefot (1)
הָנִיחָא לְמ"ד צָרִיךְ לְפָרֵט כּוּ' פְּלוּגְתָּא הִיא דר"נ וְרַב פָּפָּא בְּפֶ' הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף לה:) וְנִרְאֶה דְּהִלְכְתָא כר"פ דְּצָרִיךְ לְפָרֵט דְּבָתְרָאָה הוּא וַאֲפִילּוּ לְפִי הַסְּפָרִים דְּגָרְסִי הָתָם רַב שֵׁשֶׁת בִּמְקוֹם רַב פָּפָּא אֵין הֲלָכָה כְּרַב נַחְמָן דְּלָאו לְעִנְיַן דִּינָא אִיתְּשִׁיל לְהַדִּין אַלְמָנָה הַבָּאָה לִגְבּוֹת כְּתֻובָּתָהּ אֶלָּא לְעִנְיַן אִיסּוּרָא אִיתְּשִׁיל כִּדְמַשְׁמַע הָתָם דְּקָאָמַר וְאִי אָמְרַתְּ דְּצָרִיךְ לְפָרֵט זִימְנִין דְּגָזָאן לֵיהּ לְדִיבּוּרֵיהּ וְרַב הוּנָא נָמֵי שֶׁהוּא גָּדוֹל בְּחָכְמָה וּבְמִנְיָן קָסָבַר נָמֵי הָתָם צָרִיךְ לְפָרֵט:
« Cela va bien pour celui qui dit qu'il faut détailler, etc. » — c'est une controverse entre Rav Nahman et Rav Papa au chapitre « Ha-choleah » (Guittin 35b). Il apparaît que la halakha est selon Rav Papa, [qui dit] qu'il faut détailler, car il est le dernier [en date] ; et même selon les versions qui lisent là-bas « Rav Chechet » à la place de « Rav Papa », la halakha n'est pas selon Rav Nahman. Car ce n'est pas à propos du din [monétaire] que la question a été posée — pour cette veuve venant recouvrer sa ketouba — mais à propos de l'interdit qu'elle a été posée, comme cela ressort là-bas, où il est dit : « si tu tiens qu'il faut détailler, il arrive parfois qu'on lui coupe la parole » ; et Rav Houna aussi, qui est grand en sagesse et en nombre [de disciples], tient également là-bas qu'il faut détailler.
💡 Explication

La question « faut-il détailler le vœu ? » est elle-même controversée (Rav Nahman contre Rav Papa, Guittin 35b). Pour l'avis qui dit qu'il n'est pas nécessaire de détailler, le premier verrou saute. Second verrou : on fait alors prêter le vœu en public (be-rabbim), car un vœu prononcé publiquement ne peut être délié par un sage.

19
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר נֶדֶר שֶׁהֻודַּר בְּרַבִּים אֵין לוֹ הֲפָרָה, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר יֵשׁ לוֹ הֲפָרָה, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? דְּמַדְּרִינַן

Cela va bien pour celui qui dit qu'un vœu prononcé en public n'a pas de déliement ; mais pour celui qui dit qu'il a un déliement, qu'y a-t-il à dire ? [Réponse :] on le lui fait jurer [sur l'avis du public, al da'at rabbim...].

📜 Rachi (1)
נֶדֶר שֶׁהֻודַּר בְּרַבִּים פְּלֻוגְתָּא הִיא בְּמַס' גִּיטִּין (דַּף מו.) גַּבֵּי הַמּוֹצִיא אֶת אִשְׁתּוֹ מִשּׁוּם נֶדֶר בְּהַשּׁוֹלֵחַ גֵּט:
Un vœu prononcé en public — c'est une controverse au traité Guittin (46a), à propos de « celui qui renvoie sa femme pour cause de vœu », au chapitre « Ha-choleah guett ».
🗂️ Tossefot (2)
הָנִיחָא לְמ"ד נֶדֶר שֶׁהֻודַּר בְּרַבִּים אֵין לוֹ הֲפָרָה פֵּי' בַּקּוּנְטְ' פְּלוּגְתָּא בְּמַס' גִּיטִּין בְּהַשּׁוֹלֵחַ גֵּט לְאִשְׁתּוֹ (דַּף מו.) גַּבֵּי הַמּוֹצִיא אֶת אִשְׁתּוֹ מִשּׁוּם נֶדֶר דְּקָאָמַר ר' יְהוּדָה כָּל נֶדֶר שֶׁיָּדְעוּ בּוֹ רַבִּים לֹא יַחֲזִיר דְּאִיכָּא פְּרִיצוּתָא שֶׁנָּדְרָה נֶדֶר שֶׁאֵין לוֹ הֶיתֵּר וְשֶׁלֹּא יָדְעוּ בּוֹ רַבִּים יַחֲזִיר דְּלָא חָייֵשׁ לְקִלְקוּלָא וא"ת מִנָּלַן דִּפְלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה בְּהָכִי דְּקָסָבְרִי יֵשׁ לוֹ הֲפָרָה דִּלְמָא בְּקִלְקוּלָא לְחוּד פְּלִיגִי וּבְהַהִיא שְׁמַעְתִּין דְּהָתָם נָמֵי פְּשִׁיטָא לֵיהּ לְהַשַּׁ"ס דְּקָסָבְרִי רַבָּנָן יֵשׁ לוֹ הֲפָרָה דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן אַטּוּ הָתָם מִי חָיְילָא שְׁבוּעָה עֲלַייְהוּ כְּלָל וְכִי תֵּימָא מִדְּלָא מְפַלְּגִי רַבָּנָן בֵּין יָדְעוּ בּוֹ רַבִּים לְלֹא יָדְעוּ בְּכָל עִנְיָן לֹא יַחֲזִיר דְּחָייְשִׁינַן לְקִלְקוּלָא אַלְמָא יֵשׁ לוֹ הֲפָרָה הָא לָא מְפַלְּגִי נָמֵי בְּדַעַת הָרַבִּים ואע"ג דְּאִיכָּא לִפְלוּגֵי דְּמַה נַפְשָׁךְ אֵין לוֹ הֲפָרָה לכ"ע וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּעַל דַּעַת רַבִּים לָא אַיְירֵי כְּלָל לָא אִינְהוּ וְלָא ר' יְהוּדָה אֵין לָחוּשׁ אִם לֹא פֵּירְשׁוּ אע"פ שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק אֲבָל בְּהֻודַּר בָּרַבִּים שֶׁחִילֵּק ר' יְהוּדָה אִם אִיתָא דְּאֵין לוֹ הֲפָרָה לְרַבָּנָן נָמֵי הֲוָה לְפָרוֹשֵׁי לְחַלֵּק וְלוֹמַר אִיפְּכָא מִדְּרַבִּי יְהוּדָה וְעוֹד כִּי בְּעַל דַּעַת רַבִּים אִיכָּא לְמֵימַר שֶׁיֵּשׁ לוֹ הֲפָרָה מִדַּעְתָּם שֶׁל אוֹתָם רַבִּים שֶׁנָּדַר עַל דַּעְתָּם אוֹ לִדְבַר מִצְוָה שֶׁיֵּשׁ לוֹ הֲפָרָה וּלְהָכֵי לָא פְּסִיק לֵיהּ לְמִיתְנֵי בְּעַל דַּעַת רַבִּים שֶׁיַּחֲזִיר לְמָאֵן דְּחָיֵישׁ לְקִלְקוּלָא דִּפְעָמִים שֶׁיֵּשׁ לוֹ הֶיתֵּר וְאִיכָּא קִלְקוּלָא אֲבָל בְּרַבִּים אֵין לוֹ הֲפָרָה לָא שְׁנָא לִדְבַר מִצְוָה וְלָא שְׁנָא לִדְבַר הָרְשׁוּת בְּשׁוּם עִנְיָן אֵין לוֹ הֲפָרָה תֵּדַע דְּמַעֲשֶׂה דְּגִבְעוֹנִים לִדְבַר מִצְוָה הָיָה:
« Cela va bien pour celui qui dit qu'un vœu prononcé en public n'a pas de déliement. » Rachi a expliqué : c'est une controverse au traité Guittin, au chapitre « Ha-choleah guett à sa femme » (46a), à propos de « celui qui renvoie sa femme pour cause de vœu », où Rabbi Yehouda dit : tout vœu que le public a connu, il ne la reprendra pas — car il y a là de l'indécence, [ayant] fait un vœu sans déliement possible ; et [un vœu] que le public n'a pas connu, il la reprendra, car [Rabbi Yehouda] ne craint pas la dégradation [de l'union]. On pourrait objecter : d'où savons-nous que les Sages sont en désaccord avec Rabbi Yehouda sur ce point, [au point] de tenir qu'[un tel vœu] a un déliement ? Peut-être ne divergent-ils que sur la dégradation [du mariage] ! Mais dans cette sougya de là-bas, il est évident pour la Guemara que les Sages tiennent qu'il a un déliement, car les Sages disent : « est-ce que là-bas un serment prend cours sur eux [les proches] du tout ? ». Et si tu dis : du fait que les Sages ne distinguent pas entre « le public a connu » et « le public n'a pas connu » — [disant] que dans tous les cas il ne la reprendra pas, car nous craignons la dégradation —, cela montrerait qu'il a un déliement, puisqu'ils ne distinguent pas non plus quant à l'« avis du public », alors qu'il y aurait lieu de distinguer, car de toute façon [un vœu « sur l'avis du public »] n'a de déliement pour personne... On peut expliquer que « l'avis du public » (da'at rabbim) n'entre pas du tout en ligne de compte, ni pour eux ni pour Rabbi Yehouda, [et qu']il n'y a pas à s'en soucier s'ils ne l'ont pas précisé, bien qu'il y ait lieu de distinguer ; mais pour [un vœu] prononcé en public, où Rabbi Yehouda a distingué, s'il était vrai qu'il n'a pas de déliement pour les Sages non plus, ils auraient dû le préciser et dire l'inverse de Rabbi Yehouda. Et de plus, pour [un vœu] « sur l'avis du public », on peut dire qu'il a un déliement du fait du consentement de ce public sur l'avis duquel il a fait vœu, ou pour une chose relevant d'une mitsva [un tel vœu] a un déliement ; c'est pourquoi [la baraita] ne tranche pas en enseignant qu'un vœu « sur l'avis du public » [permettrait] qu'il la reprenne, pour celui qui craint la dégradation, car il arrive parfois qu'il ait un déliement et qu'il y ait dégradation ; mais [un vœu prononcé] en public n'a pas de déliement — qu'il s'agisse d'une chose relevant d'une mitsva ou d'une chose facultative, en aucune façon il n'a de déliement. Sache-le : le cas des Gabaonites relevait d'une mitsva.
דְּמַדְּרִינַן לֵיהּ עַל דַּעַת רַבִּים וא"ת בְּרֵישׁ הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף לה:) גַּאַלְמְנָה שֶׁהִתְקִין רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁתְּהֵא נוֹדֶרֶת לַיְּתוֹמִים כֹּל מַה שֶּׁיִּרְצוּ כּוּ' וְקָאָמַר רַב הוּנָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא נִיסֵּת אֲבָל נִיסֵּת אֵין מַדִּירִין אוֹתָהּ דְּמֵיפֵר לָהּ בַּעְלָהּ אֲפִילּוּ נָדְרָה בְּרַבִּים וְאַמַּאי אַכַּתִּי נַדִּיר אוֹתָהּ עַל דַּעַת רַבִּים שֶׁאֵין לוֹ הֲפָרָה כִּדְאָמַר אָמֵימָר הָכָא וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּלְעִנְיַן נִדְרֵי אִשְׁתּוֹ אֵין לְחַלֵּק בֵּין בְּרַבִּים בֵּין עַל דַּעַת רַבִּים כֵּיוָן דִּבְרַבִּים יֵשׁ לוֹ הֲפָרָה לְרַב הוּנָא ה"ה עַל דַּעַת רַבִּים בְּנִדְרֵי אִשְׁתּוֹ וְכִי פָּרִיךְ הָתָם אַרַב הוּנָא וּלְיָחוּשׁ דִּילְמָא אָזְלָא לְגַבֵּי חָכָם וְשָׁרֵי לָהּ וּמְשַׁנֵּי קָסָבַר צָרִיךְ לְפָרֵט אֶת הַנֶּדֶר הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי דְּמַדִּיר לֵיהּ עַל דַּעַת רַבִּים אֶלָּא דְּלָא צָרִיךְ וְעוֹד י"ל דְּרַב הוּנָא לֵית לֵיהּ דְּאָמֵימָר דְּהָא דְּקָאָמַר אָמֵימָר אֲפִילּוּ לָמֶ"ד נֶדֶר שֶׁהֻודַּר בְּרַבִּים כּוּ' לָאו אַפְּלוּגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי קָאֵי דְּרַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן בְּרֵישׁ הַשּׁוֹלֵחַ (שָׁם) אֶלָּא אַפְּלוּגְתָּא דְּר' יְהוּדָה וְרַבָּנָן בְּסוֹף הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף מו.):
« On le lui fait jurer sur l'avis du public (al da'at rabbim). » On pourrait objecter : au début de « Ha-choleah » (Guittin 35b), à propos de la veuve pour laquelle Rabban Chimon ben Gamliel a institué qu'elle fasse vœu aux orphelins de tout ce qu'ils voudront, etc., Rav Houna dit : on n'a enseigné [cela] que tant qu'elle ne s'est pas remariée, mais si elle s'est remariée, on ne lui fait pas faire de vœu, car son mari peut le lui délier, même si elle a fait vœu en public — pourquoi donc ? Faisons-lui encore faire vœu « sur l'avis du public », qui n'a pas de déliement, comme le dit Amemar ici ! On peut expliquer que, quant aux vœux d'une épouse, il n'y a pas à distinguer entre « en public » et « sur l'avis du public », puisque « en public » a déjà un déliement pour Rav Houna [via le mari] ; il en va de même pour « sur l'avis du public » dans les vœux d'une épouse. Et lorsque la Guemara objecte là-bas à Rav Houna « craignons qu'elle n'aille chez un sage qui le lui délie », et répond « il tient qu'il faut détailler le vœu » — elle aurait pu répondre « on le lui fait faire sur l'avis du public », mais ce n'était pas nécessaire. On peut aussi dire que Rav Houna ne tient pas comme Amemar : car ce que dit Amemar « même selon celui qui dit qu'un vœu prononcé en public, etc. » ne porte pas sur la controverse des Amoraim — Rav Houna et Rav Nahman au début de « Ha-choleah » — mais sur la controverse de Rabbi Yehouda et des Sages à la fin de « Ha-choleah » (Guittin 46a).
💡 Explication

Ultime objection : la question de savoir si un vœu public (be-rabbim) est déliable est elle aussi controversée (Guittin 46a). Pour l'avis qui admet son déliement, même ce verrou cède. Dernier recours (poursuivi au début de 46a) : on fait prêter le vœu « sur l'avis du public » (al da'at rabbim), forme qui, de l'avis général, n'a aucun déliement possible. Ainsi le vœu du kohen est définitivement verrouillé.

🖼️ Schéma
Le kohen marié à une femme interdite : comment le vœu tient Il fait vœu (neder) de ne pas jouir d'elle, il sert, puis descend et divorce Crainte : il ira voir un 'hakham qui annulera le vœu ! Trois verrous successifs : 1. Détailler le vœu le 'hakham exige le motif ; entendant 'femme interdite', il n'annule pas 2. Vœu en public si l'on ne détaille pas : on le lui fait jurer devant beaucoup (be-rabbim) 3. 'Sur l'avis du public' si le vœu public s'annule : al da'at rabbim, qui n'a aucune annulation possible
Les verrous successifs du vœu (récapitulatif segments 15-18).
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).