Bekhorot 46b — la tête et le front comme naissance : rachat du premier-né, héritage (yakir), et reconnaissance du visage

Bekhorot 46b

Sougya : Le daf poursuit le débat sur ce qui constitue une naissance (leida) : la sortie de la tête (roch), ou du seul front (pedachat), suffit-elle à faire du fétus un né (yaloud) ? Shmuel enseigne que, s'agissant d'avortons (nefalim), la tête ne dispense pas le suivant du rachat du premier-né ; la Guemara le réfute (iteivta) par une série de michnayot (Houlin, Nidda) montrant que la sortie de la tête vaut naissance.

On rapporte ensuite la controverse de Reish Lakish et Rabbi Yo'hanan : le front dispense-t-il partout sauf pour l'héritage (yakir exige un visage), ou même pour l'héritage ? La sougya confronte enfin R.

Yo'hanan à des sources sur la reconnaissance du visage (hakarat panim), distinguant l'héritage — où 'jusqu'au nez' suffit — du témoignage de la mort d'un mari, où les Sages ont exige davantage (visage entier avec le nez).

Que faut-il faire sortir pour qu'il y ait naissance (leida) ? viable (bar kayama) vs non-viable (nefel) ; enjeu : rachat du 1er-né (bekhor) et héritage (nachala) Fétus viable (bar kayama) Avorton (nefel) La tête sortie (+ retirée) = déjà né (kayaloud) Shmuel : la tête ne dispense PAS le suivant réfute (iteivta) : la tête dispense Reish Lakish : le front (pedachat) dispense partout SAUF pour l'héritage R. Yo'hanan : le front dispense même pour l'héritage (halakha) Reish Lakish s'appuie sur 'yakir' (Dt 21:17) : reconnaître le 1er-né exige un visage. R. Yo'hanan : le front aussi permet la reconnaissance (hekera).
Vue d'ensemble : tête vs front comme naissance, pour le rachat du premier-né et pour l'héritage (Shmuel réfuté ; Reish Lakish vs R. Yohanan).
Pourquoi la Michna dit 'sa tête' et non 'la majeure partie' Début (recha) : avorton Fin (sefa) : fétus de 9 mois 'sa tête sortie vivante' = dispense de rachat le suivant en droit : 'majeure partie' (rov) 'sa tête' = tête + majeure partie 'sa tête sortie MORTE' à contrario : tête VIVANTE -> le suivant n'hérite pas impossible de dire 'rov' ici -> on aligne le début sur la fin
Pourquoi la Michna formule 'sa tête' plutôt que 'la majeure partie' (uniformité entre le début et la fin, segments 2-4).
Deux exigences de reconnaissance du visage — deux seuils Héritage (nachala) — 'yakir' Témoigner de la mort (edout icha) R. Yo'hanan (halakha) : le FRONT suffit on lit la baraita : 'JUSQU'AU nez' (ad ha-hotem) le nez non compris exigence renforcée : visage + nez ensemble front SANS visage, ou visage SANS front : insuffisant 'hakarat pnehem anta bam' (Is 3:9) Différent : pour l'épouse, les Sages ont été plus stricts (achmirou rabbanan)
Deux seuils de reconnaissance du visage : l'héritage (le front suffit, 'jusqu'au nez') vs le témoignage sur la mort d'un mari (visage entier avec le nez, plus strict).
1
גְּמ׳ אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין הָרֹאשׁ פּוֹטֵר בִּנְפָלִים.

Guemara. Chmouel dit : la tête ne dispense pas [le suivant] dans le cas des avortons (nefalim).

📜 Rachi (1)
גְּמ' אֵין הָרֹאשׁ פּוֹטֵר בִּנְפָלִים בֶּן שְׁמֹנָה שֶׁהוֹצִיא רֹאשׁוֹ חַי וְהֶחֱזִירוֹ וּקְדָמוֹ אָחִיו וְיָצָא הָוֵי בְּכוֹר לַכֹּהֵן שֶׁאֵין רֹאשׁ הַנֵּפֶל פּוֹטְרוֹ עַד שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Guemara. La tête ne dispense pas dans le cas des avortons — un [enfant] de huit mois qui a sorti sa tête vivant, l'a retirée, et dont le frère l'a précédé en sortant [entièrement] : celui-là est premier-né (bekhor) [assujetti au rachat] pour le kohen, car la tête de l'avorton ne le dispense pas, tant que ne sont pas sortis sa tête et la majeure partie [de son corps].
💡 Explication

La Michna précédente enseigne que la sortie de la tête (roch) vaut naissance. Chmouel restreint : lorsqu'il s'agit d'un avorton (nefel) dont la tête est sortie puis rentrée, cette tête ne compte pas comme naissance et ne dispense donc pas son jumeau, né après lui, du rachat du premier-né (le suivant reste bekhor pour le kohen).

Chmouel vise spécifiquement le nefel ; pour un fétus viable, la sortie de la tête vaut bien naissance.

🖼️ Schéma
Que faut-il faire sortir pour qu'il y ait naissance (leida) ? viable (bar kayama) vs non-viable (nefel) ; enjeu : rachat du 1er-né (bekhor) et héritage (nachala) Fétus viable (bar kayama) Avorton (nefel) La tête sortie (+ retirée) = déjà né (kayaloud) Shmuel : la tête ne dispense PAS le suivant réfute (iteivta) : la tête dispense Reish Lakish : le front (pedachat) dispense partout SAUF pour l'héritage R. Yo'hanan : le front dispense même pour l'héritage (halakha) Reish Lakish s'appuie sur 'yakir' (Dt 21:17) : reconnaître le 1er-né exige un visage. R. Yo'hanan : le front aussi permet la reconnaissance (hekera).
L'enjeu général : tête/front comme naissance.
2
מַאי טַעְמָא? ״כֹּל אֲשֶׁר נִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו״ — כֹּל הֵיכָא דְּנִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו הוּא דַּחֲשִׁיב רֵישֵׁיהּ, אִידַּךְ לָא חֲשִׁיב רֵישֵׁיהּ.

Quelle en est la raison ? [Il est écrit :] 'tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines' (Gn 7:22) — partout où il y a un souffle d'esprit de vie dans ses narines, c'est [seulement] là que sa tête est considérée ; l'autre [cas], sa tête n'est pas considérée.

📜 Rachi (1)
רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו מִי שֶׁהוּא בֶּן חַיִּים הָלַךְ אַחַר אַפָּיו דְּהַיְינוּ רֹאשׁוֹ אֲבָל אִי לָאו בַּר קְיָימָא הוּא לֹא חֲשִׁיבִי אַפֵּיהּ:
Un souffle d'esprit de vie dans ses narines — celui qui est un être de vie (viable), on se règle sur ses narines, c'est-à-dire sa tête ; mais s'il n'est pas viable (bar kayama), ses narines ne comptent pas.
💡 Explication

Fondement scripturaire de Chmouel : le verset 'tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines' (Gn 7:22) enseigne que l'on ne se règle sur les narines (c.-à-d. la tête/le visage) que pour un être viable. Pour un non-viable (nefel), la sortie de la tête n'a aucune signification légale.

3
תְּנַן: הַבָּא אַחַר נְפָלִים, שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ חַי, וּבֶן תִּשְׁעָה שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ מֵת. קָתָנֵי מִיהָא ״רֹאשׁוֹ!״ מַאי ״רֹאשׁוֹ?״ רֻובּוֹ.

Nous avons appris [dans la Michna] : celui qui vient après des avortons — [par exemple] un [avorton] dont la tête est sortie vivante, ou un [fétus] de neuf mois dont la tête est sortie morte. En tout cas, [la Michna] enseigne bien 'sa tête' !

Qu'est-ce que 'sa tête' ? [C'est] la majeure partie de lui (rov).

📜 Rachi (1)
קָתָנֵי מִיהָא נָפַל שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ פּוֹטֵר הַבָּא אַחֲרָיו מִכֹּהֵן:
En tout cas [la Michna] enseigne — [qu']un avorton dont la tête est sortie dispense celui qui vient après lui [de l'obligation] envers le kohen.
💡 Explication

Objection contre Chmouel à partir de la Michna : elle énonce qu'un avorton 'dont la tête est sortie vivante' dispense (pour l'héritage) le suivant — donc la tête de l'avorton compte, contre Chmouel. Réponse : quand la Michna dit 'sa tête', elle veut dire 'sa tête et la majeure partie du corps' (rov) — ce qui est déjà une pleine naissance, non contestée par Chmouel.

🖼️ Schéma
Pourquoi la Michna dit 'sa tête' et non 'la majeure partie' Début (recha) : avorton Fin (sefa) : fétus de 9 mois 'sa tête sortie vivante' = dispense de rachat le suivant en droit : 'majeure partie' (rov) 'sa tête' = tête + majeure partie 'sa tête sortie MORTE' à contrario : tête VIVANTE -> le suivant n'hérite pas impossible de dire 'rov' ici -> on aligne le début sur la fin
'Sa tête' = tête + majeure partie.
4
וְלִיתְנֵי ״רֻובּוֹ״! בְּדִין הוּא דְּאִיבְּעִי לֵיהּ לְמִיתְנֵי רֻובּוֹ, וְאַיְּידֵי דְּקָא בָּעֵי לְמִיתְנֵי סֵיפָא בֶּן תִּשְׁעָה שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ מֵת — טַעְמָא דְּרֹאשׁוֹ מֵת, הָא רֹאשׁוֹ חַי — הַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר לַנַּחֲלָה נָמֵי לָא הָוֵי, תְּנָא רֵישָׁא נָמֵי רֹאשׁוֹ.

Mais qu'elle enseigne [donc] 'la majeure partie' ! En droit, elle aurait dû enseigner 'la majeure partie' ; mais comme elle veut enseigner dans la fin [de la Michna] 'un [fétus] de neuf mois dont la tête est sortie morte' — [d'où l'on infère :] la raison [de l'héritage du suivant] est que sa tête est sortie morte ; mais si sa tête était sortie vivante, celui qui vient après lui ne serait pas non plus premier-né pour l'héritage — [pour cette raison] elle a enseigné aussi 'sa tête' dans le début.

📜 Rachi (1)
אַיְּידֵי דְּבָעֵי לְמִתְנֵי סֵיפָא בֶּן ט' שֶׁיָּצָא רֹאשׁוֹ מֵת דְּלָא מָצֵי לְמִיתְנֵי רֻובּוֹ בְּהֶדְיָא אע"ג דְּאִיהוּ גּוּפֵיהּ לָא מַשְׁמַע אֶלָּא רֻובּוֹ וְאַהָכִי לָא מָצֵי לְמִיתְנֵי בְּסֵיפָא רֻובּוֹ מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמֵידַק מִינָּהּ טַעְמָא דְּרֹאשׁוֹ מֵת הָא רֹאשׁוֹ חַי אַפֵּי' בְּכוֹר לְנַחֲלָה לָא הָוֵי הָאַחֲרוֹן דְּרֹאשׁוֹ בֶּן ט' חַי וַדַּאי הָוֵי לֵידָה וְאִי הֲוָה תָּנֵי רֻובּוֹ מֵת הֲוָה מַשְׁמַע הָא רֻובּוֹ חַי לָא הָוֵי אַחֲרוֹן בְּכוֹר אַפֵּי' לְנַחֲלָה אֲבָל אִם יָצָא רֹאשׁוֹ חַי לָא הָוֵי מַשְׁמַע הַשְׁתָּא דְּאַחֲרוֹן מַפְסִיד הַנַּחֲלָה וַאֲנַן קַייָּמִין דְּרֹאשׁוֹ חַי הָוֵי כְּיָלוּד מִשּׁוּם הָכִי תְּנָא רֹאשׁוֹ בְּרֵישָׁא וּבְסֵיפָא ואע"ג דְּסֵיפָא גּוּפָהּ דְּקָתָנֵי רֹאשׁוֹ מֵת לָא הָוֵי אֶלָּא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Comme elle veut enseigner dans la fin 'un [fétus] de neuf mois dont la tête est sortie morte' — car elle ne pouvait pas enseigner 'la majeure partie' explicitement [dans la fin]. Bien que [le début] lui-même ne signifie que 'la majeure partie', elle ne pouvait pas enseigner 'la majeure partie' dans la fin, parce qu'elle veut en déduire : la raison est que sa tête est sortie morte ; mais si sa tête était sortie vivante, le dernier ne serait pas premier-né même pour l'héritage — car [un fétus] de neuf mois dont la tête est sortie vivant, c'est certainement une naissance. Or si elle avait enseigné 'la majeure partie sortie morte', cela aurait signifié : mais si la majeure partie était sortie vivante, le dernier ne serait pas premier-né [pour l'héritage] ; tandis que si [seule] sa tête est sortie vivante, [le suivant hériterait]. [Cela] n'aurait donc pas signifié, comme maintenant, que le dernier perd l'héritage — alors que nous tenons que 'sa tête sortie vivante' vaut déjà [enfant] né. C'est pourquoi elle a enseigné 'sa tête' au début comme à la fin, bien que la fin elle-même, qui énonce 'sa tête morte', ne vaille que 'sa tête et la majeure partie'.
🗂️ Tossefot (1)
וְאַיְּידֵי דְּבָעֵי לְמִיתְנֵי סֵיפָא בֶּן ט' כו' מִגּוּפָהּ הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר דִּנְקַט רֹאשׁוֹ מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא נֵפֶל הָא בַּר קְיָימָא הַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר לַנַּחֲלָה נַמֵּי לָא הָוֵי אֶלָּא סֵיפָא דִּיֵּיק לֵיהּ בִּפְשִׁיטוּת טְפֵי:
'Et comme elle veut enseigner dans la fin un [fétus] de neuf mois, etc.' — [la Michna] aurait pu formuler [cela] à partir [du début] lui-même, [en disant] qu'elle emploie 'sa tête' parce que cela indique un avorton précisément : [mais] si [le fétus] était viable, celui qui vient après lui ne serait pas non plus premier-né pour l'héritage. Cependant, [c'est] la fin qui permet de le déduire plus simplement (de façon plus évidente).
💡 Explication

Pourquoi la Michna n'a-t-elle pas dit franchement 'la majeure partie' ? Par souci d'uniformité de style entre son début (recha) et sa fin (sefa). La fin traite d'un fétus viable de neuf mois 'dont la tête est sortie morte' : on veut en inférer, à contrario, que si sa tête était sortie vivante, le suivant n'hériterait pas (car pour un viable, la sortie de la tête vaut naissance, même retirée). Or la, on ne pouvait pas dire 'majeure partie', d'où l'emploi de 'sa tête' aussi au début.

🖼️ Schéma
Pourquoi la Michna dit 'sa tête' et non 'la majeure partie' Début (recha) : avorton Fin (sefa) : fétus de 9 mois 'sa tête sortie vivante' = dispense de rachat le suivant en droit : 'majeure partie' (rov) 'sa tête' = tête + majeure partie 'sa tête sortie MORTE' à contrario : tête VIVANTE -> le suivant n'hérite pas impossible de dire 'rov' ici -> on aligne le début sur la fin
Le début aligné sur la fin (recha / sefa).
5
וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן, דְּכֵיוָן דְּמַפֵּיק לֵיהּ רֵישֵׁיהּ הָוֵה [לֵיהּ] לֵידָה? תְּנֵינָא: הוֹצִיא רֹאשׁוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁהֶחְזִירוֹ — הֲרֵי זֶה כְּיָלוּד!

Et que nous apprend-elle [par là] : que, du moment qu'il a fait sortir sa tête, c'est [déjà] une naissance ? Nous [l']avons déjà appris : 'il a sorti sa tête, même s'il l'a retirée — c'est comme [s'il était] né' !

📜 Rachi (2)
וּמַאי קמ"ל מַתְנֵי' אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא רֹאשׁוֹ דַּוְקָא אַשְׁמְעִינַן דְּרֹאשׁ הַנְּפָלִים פּוֹטְרוֹ וְתַנָּא סֵיפָא אַטּוּ רֵישָׁא אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ רֹאשׁוֹ לָאו דַּוְקָא וְאֵין הָרֹאשׁ פּוֹטֵר בִּנְפָלִים הַשְׁתָּא לָא אַשְׁמְעִינַן מִינָּהּ אֶלָּא דִּיּוּקָא דְּדָייְקִינַן טַעְמָא דְּרֹאשׁוֹ מֵת הָא רֹאשׁוֹ חַי אַפֵּי' בְּכוֹר לְנַחֲלָה נָמֵי לָא הָוֵי דְּכֵיוָן דְּאַפֵּיק בֶּן ט' חַי רֵישֵׁיהּ הוֹאִיל וְלָאו נֵפֶל הוּא הָוֵי לֵידָה אַפֵּי' הֶחֱזִירוֹ:
Et que nous apprend-elle — la Michna [ici] ? Si tu dis : bien, 'sa tête' au sens propre, elle nous enseigne que la tête des avortons le dispense, et [alors] elle a enseigné la fin à cause du début — soit. Mais si tu dis 'sa tête' non au sens propre, et que la tête ne dispense pas dans le cas des avortons, alors elle ne nous enseigne désormais rien d'autre que la déduction que nous en tirons : la raison est que sa tête est sortie morte, mais si sa tête était sortie vivante, [le suivant] ne serait pas non plus premier-né pour l'héritage — car du moment qu'un [fétus] de neuf mois a sorti sa tête vivant, puisqu'il n'est pas un avorton, c'est une naissance, même s'il l'a retirée.
הָא תְּנֵינָא בְּפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה הוֹצִיא עֻובָּר רֹאשׁוֹ בִּשְׁעַת שְׁחִיטַת אִמּוֹ הֲרֵי זֶה כְּיָלוּד אַפֵּי' הֶחֱזִירוֹ וְאֵינוֹ נִיתָּר בִּשְׁחִיטַת אִמּוֹ:
Or nous [l']avons appris — au chapitre 'Behema ha-makcha' [Houlin 68a] : [si] un fétus a sorti sa tête au moment de l'abattage de sa mère, c'est comme [s'il était] né, même s'il l'a retirée, et il n'est pas rendu permis par l'abattage de sa mère.
💡 Explication

Nouvelle difficulté : si 'sa tête' = tête + majeure partie (ce qui est banal), la Michna ne nous apprendrait plus que la déduction à contrario. Et si elle veut nous apprendre que la sortie de la seule tête vaut naissance — nous le savons déjà d'une Michna (Houlin 68a) : 'il a sorti sa tête, même retirée, c'est comme s'il était né' (l'animal ne sera donc permis que par sa propre chehita).

6
וְכִי תֵּימָא: אַשְׁמוֹעִינַן בְּהֵמָה, וְקָא מַשְׁמַע לַן בְּאָדָם, דְּאָדָם מִבְּהֵמָה לָא יָלֵיף — דְּלֵית לָהּ פְּרוֹזְדוֹר.

Et si tu disais : elle nous a enseigné [cela] pour l'animal (behema), et elle nous [l']enseigne [ici] pour l'humain (adam) — car l'humain ne se déduit pas de l'animal, puisque celui-ci n'a pas de vestibule (prozdor).

📜 Rachi (1)
בְּהֵמָה לֵית לֵיהּ פְּרוֹזְדוֹר אֵין רֶחֶם שֶׁלָּהּ בֵּין יַרְכוֹתֶיהָ הִלְכָּךְ חֲשִׁיב הָרֹאשׁ לֵידָה דִּבְגָלוּי הוּא אֲבָל אִשָּׁה דִּירֵיכַיִם שֶׁלָּהּ מְכַסִּים אֶת הָרֶחֶם לָא חֲשִׁיב רֹאשׁ לֵידָה:
L'animal n'a pas de vestibule — sa matrice n'est pas entre ses cuisses ; c'est pourquoi la tête y est considérée comme une naissance, car elle est à découvert. Mais [pour] la femme, dont les cuisses recouvrent la matrice, la tête n'est pas considérée comme une naissance.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָדָם מִבְּהֵמָה לָא יָלֵיף דְּלֵית לַהּ פְּרוֹזְדוֹר הַאי פְּרוֹזְדוֹר דְּהָכָא וּבְרֵישׁ בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף סח.) וּבְשַׁבָּת פ' א"ר עֲקִיבָא (דַּף פּוֹ:) שָׁוִים וְלָא הָוֵי כִּי הַהוּא דְּפֶרֶק יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מב:) דְּמִכִּי הוֹצִיא וָלָד רֹאשׁוֹ חוּץ לַפְּרוֹזְדוֹר הָוֵי כְּיָלוּד דְּאִי בִּפְרוֹזְדוֹר דְּהָתָם אָמְרִינַן הָכָא מַה יָכוֹל לְהַחְזִיק הַפְּרוֹזְדוֹר לְעַכֵּב הַלֵּידָה כֵּיוָן שֶׁהָרֹאשׁ חוּצָה לוֹ אֶלָּא פְּרוֹזְדוֹר דְּהָתָם הוּא בַּיִת הַחִיצוֹן וּפְרוֹזְדוֹר דְּהָכָא הוּא עֹובִי הַיְּרֵכַיִם שֶׁמְּכַסִּים אֶת הָרֶחֶם שֶׁבֵּין יְרֵכַיִם וַהֲוָה אָמֵינָא דְּלָא חֲשִׁיב רֹאשׁ לֵידָה בִּיצִיאַת הָרֶחֶם וְאֵין תֵּימַהּ עַל שֶׁהַלָּשׁוֹן שָׁוֶה וְאֵין פֵּירוּשָׁם שָׁוֶה דְּכִי ה"ג אַשְׁכְּחַן לְעֵיל בְּפֶ' הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כ.) דְּטִינּוּף פּוֹטֵר בִּבְכוֹרָה דַּחֲשִׁיב וָלָד וְלָא הָוֵי כְּהַהִיא טִינּוּף דְּפֶ' הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כט.) דְּרֹוב הַיּוֹלְדוֹת מְטַנְּפוֹת:
'Car l'humain ne se déduit pas de l'animal, puisqu'il n'a pas de vestibule' — ce 'prozdor' d'ici, celui du début de 'Behema ha-makcha' (Houlin 68a) et celui de Chabbat, chapitre 'Amar Rabbi Akiva' (86b), sont identiques ; il n'est pas comme celui du chapitre 'Yotse dofen' (Nidda 42b) — [où l'on dit que] dès que l'enfant a sorti sa tête hors du vestibule, c'est comme [s'il était] né. Car si [ce mot] désignait ici le 'prozdor' de là-bas, on dirait : que peut retenir le vestibule pour empêcher la naissance, puisque la tête est déjà au dehors ? Le 'prozdor' de là-bas [Nidda] est la 'maison extérieure' (bet ha-hitson), tandis que le 'prozdor' d'ici est l'épaisseur des cuisses qui recouvrent la matrice située entre les cuisses ; et l'on aurait pu croire que la tête n'est pas considérée comme naissance à la sortie de la matrice. Il n'y a pas lieu de s'étonner que le mot soit identique et son sens différent : de la même façon nous trouvons plus haut, au chapitre 'Ha-lokea'h behema' (Bekhorot 20a), que le 'tinouf' [écoulement] dispense de [l'obligation du] premier-né, car il est considéré comme un enfant, et ce n'est pas le même 'tinouf' que celui du chapitre 'Ha-mapelet' (Nidda 29a), [où l'on dit que] la plupart des parturientes ont un écoulement.
💡 Explication

Tentative de justifier la Michna : la source de Houlin vise l'animal ; notre Michna serait nécessaire pour enseigner la même règle chez l'humain. En effet, on ne peut déduire l'humain de l'animal : l'animal n'a pas de 'vestibule' (prozdor) — sa matrice n'est pas dissimulée entre les cuisses ; chez la femme, les cuisses cachent la matrice, et l'on aurait pu croire que la sortie de la seule tête n'y vaut pas naissance.

7
בְּהֵמָה מֵאָדָם לָא יָלְפָא — מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב פַּרְצוּף פָּנִים דִּידֵיהּ.

[Et l'animal ne se déduirait pas de l'humain — parce que sa physionomie faciale (partsouf panim) est considérée.]

💡 Explication

Symétrie de l'objection : inversement, si la règle n'était enseignée que pour l'humain, on ne pourrait la déduire pour l'animal, car chez l'humain la physionomie du visage (partsouf panim) est significative (l'homme étant fait à l'image divine) — ce qui n'est pas le cas de l'animal. Il faudrait donc, en apparence, les deux enseignements ; mais la Guemara va montrer qu'une autre source rend celui-ci superflu.

8
הָא נָמֵי תְּנֵינָא: יָצָא כְּדַרְכּוֹ — מִשֶּׁיָּצָא רֹוב רֹאשׁוֹ, וְאֵיזֶהוּ רֹוב רֹאשׁוֹ? מִשֶּׁתֵּצֵא פַּדַּחְתּוֹ. תְּיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל, תְּיוּבְתָּא!

Or cela aussi, nous [l']avons appris : 's'il est sorti à sa manière [habituelle, tête la première] — [c'est né] dès que la majeure partie de sa tête est sortie ; et qu'est-ce que la majeure partie de sa tête ? Dès que son front (pedachat) est sorti.' Réfutation de Chmouel — réfutation [décisive] !

📜 Rachi (3)
הָא נָמֵי תְּנֵינָא גַּבֵּי אָדָם בְּמַסֶּכֶת נִדָּה מִי שֶׁיָּצָא רֹוב רֹאשׁוֹ הָוֵי יָלוּד דַּאֲפִילּוּ הֶחֱזִירוֹ וְלֹא נוֹלַד עַד לְאַחַר ק' יָמִים חֲשִׁיב יָלוּד מִיּוֹם רִאשׁוֹן וְחָשְׁבִינַן לָהּ יְמֵי טֻומְאָה וְטָהֳרָה מִיּוֹם רִאשׁוֹן:
Or cela aussi nous [l']avons appris — à propos de l'humain, au traité Nidda : celui dont la majeure partie de la tête est sortie est [considéré] né ; même s'il l'a retirée et n'est né que cent jours plus tard, il est réputé né dès le premier jour, et l'on compte pour elle les jours d'impureté et de pureté depuis le premier jour.
יָצָא כְּדַרְכּוֹ לְאַפּוֹקֵי הֵיכָא דְּיָצָא דֶּרֶךְ מַרְגְּלוֹתָיו דְּוַדַּאי לָא חֲשִׁיב יָלוּד עַד יְצִיאַת רֻובּוֹ:
S'il est sorti à sa manière — à l'exclusion du cas où il est sorti par les pieds : là, il n'est certainement pas réputé né avant la sortie de la majeure partie [du corps].
תְּיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל דְּוַדַּאי רֹאשׁוֹ דִּנְפָלִים דְּמַתְנִי' דַּוְקָא:
Réfutation de Chmouel — car assurément 'sa tête' des avortons, dans la Michna, est au sens propre.
🗂️ Tossefot (1)
תְּיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל לָא הָוֵי מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי לִשְׁמוּאֵל מֵהָא דִּתְנַן בְּפֶ' בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עז.) שִׁלְיָא שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה דְּדָיְיקִינַן נִינֶה הָתָם בִּדְיֵשׁ פִּירְקִין (דַּף סח.) דְּבִיצִיאַת רֹאשׁ הָוְיָא לֵידָה מִדְּאָסְרִינַן לְהוּ בִּיצִיאַת מִקְצָת דְּשֶׁמָּא הָרֹאשׁ יֶשְׁנוֹ בְּאוֹתוֹ מִקְצָת דְּהַייְנוּ דַּוְקָא בִּבְהֵמָה אֲבָל אָדָם לָא שָׁמְעִינַן מֵהָתָם דְּהָא דְּקָתָנֵי סֵיפָא כְּסִימָן וָלָד בָּאִשָּׁה כָּךְ סִימָן וָלָד בַּבְּהֵמָה הַיְינוּ לְעִנְיַן שָׁלְיָא דְּהָוְיָא סִימָן וָלָד וְאֵין לְהַקְשׁוֹת דְּבִבְהֵמָה הַמְקַשָּׁה הֵיכִי דָּיֵיק מִינָּהּ דְּבִיצִיאַת רֹאשׁ הָוֵי כְּיָלוּד דִּלְמָא הָא דַּאֲסוּרָה מִשּׁוּם דְּגָזְרִינַן מִקְצָתָהּ אַטּוּ רֻובָּא כִּדְאָמַר בפ"ק דב"ק (דַּף יא.) דְּאִם אִיתָא דְּבִיצִיאַת רֹאשׁ לָא הָוֵי לֵידָה לֹא הָיָה רָאוּי לִגְזֹור כֵּיוָן דִּבְמִקְצָת אִי אֶפְשָׁר לָבֹא בְּשׁוּם פַּעַם לִידֵי חֲשִׁיבוּת לֵידָה וא"ת כֵּיוָן דְּאִיתּוֹתַב שְׁמוּאֵל מַאי הַאי דְּקָאָמַר בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כו.) גַּבֵּי הַסַּנְדָּל וָלָד דְּאִית לֵיהּ חַיּוּתָא מִכִּי נָפֵיק רֵישֵׁיהּ הָוְיָא לֵיהּ לֵידָה סַנְדָּל עַד דְּנָפֵיק רֻובָּא בְּלָאו טַעְמָא דְּחֵיוָתָא נָמֵי הָא אֲפִילּוּ מֵתִים הָרֹאשׁ פּוֹטֵר וי"ל דְּחֵיוָתָא לָאו דַּוְקָא אֶלָּא רָאוּי לְחַיּוּתָא וְאַגַּב דִּנְקַט נָמֵי הָתָם לְעֵיל הַאי לִישָּׁנָא וָלָד דְּאִית בֵּיהּ חִיּוּתָא סָרֵיךְ וְלָא נָפֵיק סַנְדָּל דְּלֵית בֵּיהּ חִיּוּתָא שָׁרֵיק וְנָפֵיק נַקְטֵיהּ נַמֵּי בָּתַר הָכִי וְיֵשׁ סְפָרִים דְּגָרַס הָתָם וָלָד דְּאִית בֵּיהּ חִיּוּתָא מִכִּי נָפֵיק רֻובֵּיהּ סַנְדָּל עַד דְּנָפֵיק כּוּלֵּיהּ וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּרֻובֵּיהּ דְּקָאָמַר הַיְינוּ רֻובָּא דְּרֵישָׁא וְאִית דְּגָרַם בְּהֶדְיָא הָכָא נְפַק רֻובָּא דְּרֵישָׁא וְהָא דְּאָמְרִי' הָתָם בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כט.) בִּשְׁמַעְתִּין דְּיָצָא מְחֻותָּךְ אוֹ מְסֹורָס [מִשֶּׁיָּצָא רֻובּוֹ ה"ז כְּיָלוּד] הָא כְּתִקְנוֹ הָרֹאשׁ פּוֹטֵר ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מִשֶּׁיֵּצֵא כְּתִקְנוֹ לְחַיִּים לֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל דִּלְחַיִּים הַיְינוּ בַּר קְייָמָא דְּהָא אַפֵּי' בִּנְפָלִים הָרֹאשׁ פּוֹטֵר דְּאִיתּוֹתַב שְׁמוּאֵל הָכָא אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ שָׁם בַּקְּוַנְט' כְּתִקְנוֹ לְחָיַיִם שָׁלֵם לְאַפּוֹקֵי מְחֻותָּךְ:
'Réfutation de Chmouel' — on n'aurait pas pu objecter à Chmouel à partir de ce qui est enseigné au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 77a) : 'un placenta dont une partie est sortie [d'un animal] est interdit à la consommation' — d'où l'on déduit là-bas, au début du chapitre (68a), que la sortie de la tête vaut naissance, puisqu'on interdit [l'animal] dès la sortie d'une partie [du placenta] (car peut-être la tête se trouve-t-elle dans cette partie) ; [mais] cela vaut précisément pour l'animal, et l'on n'en apprend rien pour l'humain, car ce qui est enseigné à la fin, 'comme le signe de l'enfant chez la femme, tel est le signe de l'enfant chez l'animal', concerne [seulement] le placenta, qui est signe d'enfant. Et il ne faut pas objecter : comment, dans 'Behema ha-makcha', en déduit-on que la sortie de la tête vaut naissance — peut-être l'interdiction tient-elle à ce qu'on a décrété [pour] la partie à cause de la majeure partie, comme il est dit au premier chapitre de Baba Kama (11a) ? [Réponse :] car s'il était vrai que la sortie de la tête ne vaut pas naissance, il n'y aurait pas lieu de décréter, puisqu'avec [seulement] une partie on ne peut jamais parvenir à la qualité de naissance. Et si tu objectes : puisque Chmouel a été réfuté, qu'en est-il de ce qu'on dit au chapitre 'Ha-mapelet' (Nidda 26a) à propos du 'sandal' [foetus aplati] — '[pour] un enfant qui a vie (viable), dès que sa tête est sortie c'est une naissance ; [pour] un sandal, [seulement] dès que la majeure partie est sortie' — [alors qu']en dehors même du motif de la viabilité, la tête devrait dispenser même [les foetus] morts ? On peut répondre : 'ayant vie' n'est pas au sens strict, mais 'apte à vivre' ; et comme on avait employé plus haut cette expression 'enfant ayant vie', on [l']a reprise ensuite. Et il y a des livres où l'on lit là-bas : '[pour] un enfant ayant vie, dès que sa majeure partie est sortie ; [pour] un sandal, [seulement] dès que la totalité est sortie' — et l'on peut expliquer que 'sa majeure partie' signifie la majeure partie de la tête. Certains lisent ici explicitement 'la majeure partie de la tête est sortie'. Quant à ce qu'on dit là-bas au chapitre 'Ha-mapelet' (Nidda 29a), dans notre passage, '[un enfant] sorti découpé (mehoutakh) ou à l'envers (mesoras) — [c'est] né dès que sa majeure partie est sortie ; mais [sorti] normalement, la tête dispense' — Rabbi Yossei dit : 'dès qu'il est sorti normalement, avec les joues (le-'hayim)' — [cela] ne signifie pas, comme l'a expliqué Rabbenou Hananel, que 'le-'hayim' veut dire viable ; car même pour les avortons la tête dispense, puisque Chmouel a été réfuté ici. Mais [c'est] comme l'a expliqué là le Kountras (Rachi) : 'normalement, avec les joues', [c'est-à-dire un visage] entier, à l'exclusion d'un [foetus] découpé.
💡 Explication

La règle pour l'humain aussi est déjà enseignée ailleurs (Nidda 28a) : un enfant sorti tête la première est né dès que la majeure partie de sa tête est sortie, c'est-à-dire dès la sortie du front. Il n'était donc pas besoin de notre Michna pour l'humain — et la mention de 'sa tête' à propos de l'avorton contredit Chmouel. La Guemara conclut : réfutation décisive (iteivta) de Chmouel.

9
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: פַּדַּחַת פּוֹטֶרֶת בְּכָל מָקוֹם, חוּץ מִן הַנַּחֲלָה. מַאי טַעְמָא? ״יַכִּיר״ אֲמַר רַחֲמָנָא, וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ לְנַחֲלָה.

Rabbi Chimon ben Lakich dit : le front (pedachat) dispense partout, sauf pour l'héritage (nachala). Quelle en est la raison ? 'il reconnaîtra' (yakir), a dit le Miséricordieux [Dt 21:17].

Et Rabbi Yo'hanan dit : même pour l'héritage.

📜 Rachi (5)
פַּדַּחַת מֵצַח:
Le front — le front (mets'ah).
[פּוֹטֶרֶת] בכ"מ דַּחֲשִׁיב לֵידָה מִיְּצִיאַת פַּדַּחַת. ובכ"מ מְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ:
Dispense partout — car c'est considéré comme une naissance dès la sortie du front. Et le sens de 'partout' est explicite plus loin.
חוּץ מִן הַנַּחֲלָה דְּהַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר לְנַחֲלָה אא"כ יָצָא פָּנָיו שֶׁל רִאשׁוֹן:
Sauf pour l'héritage — car celui qui vient après lui est premier-né pour l'héritage, à moins que le visage du premier né soit sorti.
דִּכְתִיב יַכִּיר וְהֶיכֵּרָא לֵיתָא אֶלָּא בְּפַרְצוּף פָּנִים:
Comme il est écrit 'yakir' — or il n'y a de reconnaissance que par la physionomie du visage (partsouf panim).
אַף לְנַחֲלָה דְּפַדַּחַת נָמֵי הָוֵי הֶיכֵּרָא:
Même pour l'héritage — car le front aussi constitue une reconnaissance (hekera).
🗂️ Tossefot (1)
מַאי טַעְמָא יַכִּיר כְּתִיב תֵּימַהּ בְּפֶ' עֲשָׂרָה יוּחֲסִין (קִדּוּשִׁין דַּף עח:) וּבְפֶ' יֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב דַּף קכז:) שֶׁדּוֹחֵק לְרַבָּנָן דְּרַבִּי יְהוּדָה יַכִּיר לָמָּה לִי לֵימָא דְּאִיצְטְרִיךְ לְכִדְדָרְשִׁינַן הָכָא דְּאַפֵּי' רַבִּי יוֹחָנָן לָא פְּלִיג דְּהָא דְּקָאָמַר אַף לְנַחֲלָה מִשּׁוּם דְּקָסָבַר דְּפַדַּחַת נָמֵי הָוְיָא הֶיכֵּרָא וְגַם דֹּוחַק בְּיֵשׁ נוֹחֲלִין (שָׁם) לר"מ דְּאָמַר אָדָם מַקְנֶה כו' דַּאֲתָא יַכִּיר לִנְכָסִים שֶׁנָּפְלוּ לוֹ כְּשֶׁהוּא גּוֹסֵס וְי"ל דְּהָתָם קַשְׁיָא לֵיהּ לְשׁוֹן יַכִּיר דְּמַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ כֹּחַ בְּהַכָּרַת הָאָב:
'Quelle en est la raison ? Il est écrit yakir' — c'est étonnant : au chapitre 'Assara yohassin' (Kidouchin 78b) et au chapitre 'Yech nohalin' (Baba Batra 127b), on peine [à expliquer], selon les Rabbanan de Rabbi Yehouda, [pourquoi] il faut [le mot] 'yakir' — que l'on dise [plutôt] qu'il est nécessaire pour ce que nous exégétons ici ! Car même Rabbi Yo'hanan n'est pas en désaccord [sur ce point] : quand il dit 'même pour l'héritage', c'est parce qu'il tient que le front aussi constitue une reconnaissance. Et l'on peine également, dans 'Yech nohalin' (ibid.), selon Rabbi Meir qui dit 'un homme peut transmettre [un bien qui n'existe pas encore]', à [expliquer] que 'yakir' vient [enseigner la validité du transfert] pour les biens qui lui échoient alors qu'il est agonisant. On peut répondre : là-bas, c'est le terme 'yakir' [lui-même] qui fait difficulté, car il indique qu'il y a une force dans la reconnaissance par le père.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר שְׁמוּאֵל אֵין הָרֹאשׁ פּוֹטֵר אֶת בִּנְפָלִים. מַאי טַעְמָא. אָמַר קְרָא כָּל אֲשֶׁר נִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו כֹּל הֵיכָא דְּנִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו הוּא דַּחֲשִׁיב רֵישֵׁיהּ וְאִידָךְ לָא חֲשִׁיב. וְאִיתּוֹתַב שְׁמוּאֵל. אָמַר ר' שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ פַּדַּחַת פּוֹטֶרֶת בְּכָל מָקוֹם חוּץ מִן הַנַּחֲלָה דִּכְתִיב יַכִּיר. וְר' יוֹחָנָן אָמַר אַף לְנַחֲלָה. וְהִילְכְתָא כַּר' יוֹחָנָן: הָא דִּתְנַן וחכ"א עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ צוּרַת אָדָם לָאו דַּוְקָא כָּל צוּרַת אֶלָּא אֲפִי' מִצּוּרַת. הִלְכָּךְ הַמֵּצַח וְהַגָּבִין וְהָעַיִן וְהַלֶּסֶת וְגַבַּת הַזָּקָן עַד שֶׁיִּהְיוּ כֻּולָּן מִצּוּרַת אָדָם. הָיוּ כֻּולָּן אע"פ שֶׁגּוּפוֹ וְצַד שֵׁנִי שֶׁבְּפָנָיו תַּיִישׁ ה"ז אָדָם פָּנָיו תַּייִשׁ אע"פ שֶׁבְּגוּפוֹ אָדָם לֹא כְּלוּם. אִתְּמַר הָיוּ לוֹ בָּנִים בְּעוֹדוֹ עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְנִתְגַּייֵּר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֵין לוֹ בְּכוֹר לַנַּחֲלָה. ור"ל אוֹמֵר יֵשׁ לוֹ בְּכוֹר לְנַחֲלָה. ר"י אָמַר אֵין לוֹ בְּכוֹר לַנַּחֲלָה דְּהָא הֲוָה לֵיהּ בָּנִים. רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר יֵשׁ לוֹ בְּכוֹר לְנַחֲלָה דְּגֵר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר כְּקָטָן שֶׁנּוֹלַד דָּמֵי. וְאָזְדוּ לְטַעְמַייְהוּ דְּאִתְּמַר הָיוּ לוֹ בָּנִים בִּהְיוֹתוֹ עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְנִתְגַּיֵּיר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר קִייֵּם פְּרִיָּה וּרְבִיָּה ור"ל אָמַר לֹא קִייֵּם פְּרִיָּה וּרְבִיָּה וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן:
Guemara. Chmouel dit : la tête ne dispense pas dans le cas des avortons. Quelle en est la raison ? Le verset dit : 'tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines' (Gn 7:22) — partout où il y a un souffle d'esprit de vie dans ses narines, c'est [seulement] là que sa tête est considérée ; l'autre [cas, elle] n'est pas considérée. Et Chmouel a été réfuté (iteivta). Rabbi Chimon ben Lakich dit : le front dispense partout, sauf pour l'héritage, car il est écrit 'yakir' ; et Rabbi Yo'hanan dit : même pour l'héritage. Et la halakha est comme Rabbi Yo'hanan. Quant à ce que nous avons appris [dans la Michna] 'et les Sages disent : jusqu'à ce qu'il ait forme d'homme (tsourat adam)' — [cela] n'est pas au sens strict [d'une forme] entière, mais [suffit] même [d'une partie] de la forme. Dès lors, le front, les sourcils, l'œil, la mâchoire et l'arcade de la barbe — [il faut] qu'ils aient tous [en partie] la forme d'un homme. S'ils l'ont tous, même si le [reste du] corps et l'autre côté du visage sont [ceux d']un bouc (tayich), c'est un homme ; [mais si] son visage est [celui d']un bouc, même si son corps est [celui d']un homme, [ce n']est rien. Il a été énoncé : [si] quelqu'un avait des enfants alors qu'il était idolâtre (non-juif) et s'est converti — Rabbi Yo'hanan dit : il n'a pas de premier-né pour l'héritage ; et Reich Lakich dit : il a un premier-né pour l'héritage. Rabbi Yo'hanan dit qu'il n'a pas de premier-né pour l'héritage, parce qu'il a [déjà] eu des enfants ; Reich Lakich dit qu'il a un premier-né pour l'héritage, car un converti qui se convertit est comme un nouveau-né. Et ils suivent [chacun] leur raisonnement, car il a été énoncé : [si] quelqu'un avait des enfants alors qu'il était idolâtre et s'est converti — Rabbi Yo'hanan dit : il a [déjà] accompli [le commandement de] 'croissez et multipliez' (peria ou-revia) ; et Reich Lakich dit : il n'a pas accompli 'croissez et multipliez'. Et la halakha est comme Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Nouvelle controverse. Reich Lakich : la sortie du seul front (pedachat) vaut naissance partout — sauf pour l'héritage (nachala). Pourquoi cette exception ? Car la Torah dit 'yakir' — 'il reconnaîtra [le premier-né]' (Dt 21:17) : la reconnaissance du père suppose un visage, que le seul front ne fournit pas.

Rabbi Yo'hanan : le front dispense même pour l'héritage, car le front aussi permet une reconnaissance (hekera). Le Roch tranche comme R. Yo'hanan.

🖼️ Schéma
Que faut-il faire sortir pour qu'il y ait naissance (leida) ? viable (bar kayama) vs non-viable (nefel) ; enjeu : rachat du 1er-né (bekhor) et héritage (nachala) Fétus viable (bar kayama) Avorton (nefel) La tête sortie (+ retirée) = déjà né (kayaloud) Shmuel : la tête ne dispense PAS le suivant réfuté (iteivta) : la tête dispense Reish Lakish : le front (pedachat) dispense partout SAUF pour l'héritage R. Yo'hanan : le front dispense même pour l'héritage (halakha) Reish Lakish s'appuie sur 'yakir' (Dt 21:17) : reconnaître le 1er-né exige un visage. R. Yo'hanan : le front aussi permet la reconnaissance (hekera).
Reish Lakish vs R. Yo'hanan sur le front et l'héritage.
10
בְּכָל מָקוֹם, לְאֵיתוֹיֵי מַאי? לְאֵיתוֹיֵי הָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: גִּיֹּורֶת שֶׁיָּצְאָה פַּדַּחַת וְלָדָהּ בְּגַיּוּתָהּ, וְאַחַר כָּךְ נִתְגַּיְּירָה — אֵין נוֹתְנִין לָהּ יְמֵי טֻומְאָה וִימֵי טָהֳרָה, וְאֵינָהּ מְבִיאָה קָרְבַּן לֵידָה.

'Partout' — qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure ce qu'ont enseigné nos maîtres : une convertie (guioret) dont le front de l'enfant est sorti alors qu'elle était [encore] non-juive, et qui s'est ensuite convertie — on ne lui assigne pas les jours d'impureté et les jours de pureté, et elle n'apporte pas le sacrifice de la parturiente.

📜 Rachi (1)
עוֹבֶדֶת כּוֹכָבִים אֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּנִדָּה וְזִיבָה וְלֵידָה:
Une non-juive ne contracte pas d'impureté par la nidda, la ziva ou l'accouchement.
🗂️ Tossefot (1)
לַאֲתוּיֵי הָא דת"ר גִּיֹּורֶת שֶׁיָּצָא פַּדַּחַת וְלָדָהּ כּוּ' וְא"ת מַאי חִידּוּשׁ הוּא זֶה בְּהַךְ מִילְּתָא טְפֵי מִשְּׁאָר דְּבָרִים דְּחָשׁוּב בָּהֶן כְּיָלוּד כְּגוֹן לִזְקֹוק אֵשֶׁת אָחִיו לְיִבּוּם וְלִפְטֹור מִן הַיִּבּוּם וְהַהוֹרְגוֹ חַייָּב וּשְׁאָר דְּבָרִים הַשְּׁנוּיִים בְּפֶ' יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מג:) וְי"ל דְּאִיצְטְרִיךְ הָכָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דס"ד אע"ג דִּיצִיאַת הָרֹאשׁ חָשׁוּב לֵידָה מ"מ לֵידַת שְׁאָר הַגּוּף שֶׁיָּצָא אַחֲרֵי כֵן בִּקְדֻושָּׁה חָשׁוּב כְּמוֹ כֵן לֵידָה וְנִיתֵּיב לָהּ יְמֵי טֻומְאָה וִימֵי טָהֳרָה:
'Cela vient inclure ce qu'ont enseigné nos maîtres : une convertie dont le front de l'enfant est sorti, etc.' — et si tu objectes : quelle nouveauté y a-t-il dans ce cas, plus que dans les autres cas où [la sortie du front] est considérée comme une naissance — comme [le fait de] lier l'épouse de son frère au lévirat ou de l'en dispenser, [ou que] celui qui le tue est passible, et les autres cas enseignés au chapitre 'Yotse dofen' (Nidda 43b) ? On peut répondre : il fallait ici nous enseigner que, même si la sortie de la tête est considérée comme une naissance, on aurait pu penser que la naissance du reste du corps, sorti ensuite en [état de] sainteté (après la conversion), compte elle aussi comme une naissance, et qu'on lui assignerait les jours d'impureté et de pureté [c'est pourquoi la baraita l'exclut].
💡 Explication

Que vient inclure le 'partout' de Reich Lakich ? Le cas suivant (baraita) : une convertie (guioret) dont le fétus a sorti le front pendant qu'elle était non-juive, puis qui se convertit avant l'expulsion complète. Puisque la sortie du front vaut déjà naissance, l'enfant est réputé né avant la conversion (état non-juif) : la mère ne reçoit donc pas les jours d'impureté/pureté de la parturiente juive et n'apporte pas le sacrifice consécutif à l'accouchement.

11
מֵיתִיבִי: ״יַכִּיר״ — זוֹ הַכָּרַת פָּנִים, וְאֵיזוֹ הִיא הַכָּרַת פָּנִים? פַּרְצוּף פָּנִים עִם הַחֹוטֶם. תָּנֵי: ״עַד הַחֹוטֶם״. תָּא שְׁמַע: אֵין מְעִידִים אֶלָּא עַל פַּרְצוּף פָּנִים עִם הַחֹוטֶם. תָּנֵי: ״עַד הַחֹוטֶם״.

On objecte : 'yakir' — c'est la reconnaissance du visage ; et qu'est-ce que la reconnaissance du visage ? La physionomie du visage avec le nez (im ha-hotem).

Enseigne [plutôt] : 'jusqu'au nez' (ad ha-hotem). Viens et écoute : on ne témoigne [de la mort d'un homme] que sur la physionomie du visage avec le nez.

Enseigne [plutôt] : 'jusqu'au nez'.

📜 Rachi (2)
זוֹ הַכָּרַת פָּנִים דָּמֵי שֶׁהֻוכְּרוּ פָּנָיו רִאשׁוֹן הָוֵי בְּכוֹר לְנַחֲלָה:
C'est la reconnaissance du visage — celui dont le visage a été reconnu le premier est premier-né pour l'héritage.
עִם הַחֹוטֶם וְקַשְׁיָא לְר' יוֹחָנָן:
Avec le nez — et cela fait difficulté à Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Objection contre R. Yo'hanan (pour qui le front suffit même à l'héritage) : une baraita glose 'yakir' comme la reconnaissance du visage, définie comme 'la physionomie du visage avec le nez' — donc le front seul ne suffit pas. Réponse : il faut lire 'reconnaissance jusqu'au nez' (ad ha-hotem, nez non compris) — ce qui inclut le front. Même réponse à une seconde source (Yevamot 120a) sur le témoignage de décès : 'visage avec le nez' -> lire 'jusqu'au nez'.

12
תָּא שְׁמַע: פַּדַּחַת בְּלֹא פַּרְצוּף פָּנִים, פַּרְצוּף פָּנִים בְּלֹא פַּדַּחַת — אֵין מְעִידִין עַד שֶׁיְּהוּ שְׁנֵיהֶם עִם הַחֹוטֶם. וְאָמַר אַבַּיֵּי, וְאִיתֵּימָא רַב כָּהֲנָא: מַאי קְרָאָהּ? ״הַכָּרַת פְּנֵיהֶם עָנְתָה בָּם״! שָׁאנֵי עֵדוּת אִשָּׁה, דְּאַחְמִירוֹ בָּהּ רַבָּנָן.

Viens et écoute : le front sans la physionomie du visage, [ou] la physionomie du visage sans le front — on ne témoigne pas, tant que les deux ne sont pas [reconnus] avec le nez. Et Abaye dit, et certains disent Rav Kahana : quel est le verset ? 'la reconnaissance de leur visage témoigne contre eux' (Is 3:9) !

[Réponse :] le témoignage [permettant le remariage] de la femme est différent, car les Sages y ont été stricts (achmirou bah rabbanan).

📜 Rachi (2)
אֵין מְעִידִין לְהַשִּׂיא אֶת אִשְׁתּוֹ דְּשֶׁמָּא לָאו זֶה הוּא:
On ne témoigne pas — pour permettre à son épouse de se [re]marier, car peut-être n'est-ce pas lui.
הַכָּרַת פְּנֵיהֶם עָנְתָה בָּם דְּהַכָּרַת פַּרְצוּף פְּנֵיהֶם עֵדוּתָן אַלְמָא פַּרְצוּף פָּנִים בָּעֵי. וּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בְּנוֹאֲפִים כְּתִיב הַכָּרַת פְּנֵי הַווְּלָדוֹת עָנְתָה בְּנוֹאֲפִים שהקב"ה צַר אֶת הַמַּמְזֵר בְּצוּרַת פְּנֵי הַמְנָאֵף:
'La reconnaissance de leur visage témoigne contre eux' — car la reconnaissance de la physionomie de leur visage constitue leur témoignage ; donc on exige la physionomie du visage. Et le sens simple du verset est écrit à propos des adultères : la reconnaissance du visage des enfants témoigne contre les adultères, car le Saint béni soit-Il façonne le mamzer avec les traits du visage de l'homme adultère.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי קְרָאָה הַכָּרַת פְּנֵיהֶם עָנְתָה בָּם פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּהַכָּרַת פַּרְצוּף פְּנֵיהֶם עֵדוּתָן הוּא אַלְמָא פַּרְצוּף פָּנִים נָמֵי בָּעֵי וְתֵימַהּ דְּבִיבָמוֹת (דַּף קכ. וְשָׁם ד"ה הַכָּרַת) מַייְתֵי קְרָא דְּהַכָּרַת פְּנֵיהֶם עָנְתָה בָּם מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ דָּבָר בְּאָדָם שֶׁמַּכִּירִים עַל יָדוֹ אֶת הַפָּנִים וְהַיְינוּ פַּדַּחַת דְּחֹוטֶם בִּכְלַל פַּרְצוּף פָּנִים הוּא וְהָתָם בִּיבָמוֹת (שָׁם) בָּתַר הַאי קְרָא מַיְיתֵי עֻובְדָּא דְּאַבָּא בַּר מָרְתָא דְּהָווּ מַסְּקוּ בֵּיהּ דְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא זוּזֵי אַיְיתִי קִירָא דַּבֵּק בִּבְלִייתָא דְּבַת אַאֲפוּתֵיהּ חֲלַף קַמַּייְהוּ וְלָא בַּשְׁקְרוּהּ:
'Quel est le verset ? La reconnaissance de leur visage témoigne contre eux' — le Kountras (Rachi) a expliqué que la reconnaissance de la physionomie de leur visage constitue leur témoignage, d'où l'on exige aussi la physionomie du visage. C'est étonnant : dans Yevamot (120a) on apporte le verset 'la reconnaissance de leur visage témoigne contre eux' pour indiquer qu'il y a dans l'homme un élément par lequel on reconnaît le visage — à savoir le front, le nez étant [de toute façon] inclus dans la 'physionomie du visage'. Et là, dans Yevamot, après ce verset, on rapporte le fait d'Abba bar Marta, dont la maison de l'exilarque réclamait de l'argent : il apporta de la cire, la colla à un chiffon [qu'il posa] sur son front, passa devant eux, et ils ne le reconnurent pas.
💡 Explication

Autre source (sur le témoignage de décès) : ni le front seul, ni le visage seul, ne suffisent — il faut les deux avec le nez. Abaye (ou Rav Kahana) l'appuie sur 'la reconnaissance de leur visage témoigne contre eux' (Is 3:9), qui suppose un visage complet. Cette fois la Guemara ne relit pas la source, mais distingue : le témoignage sur la mort d'un mari est un cas à part, où les Sages ont exige davantage (achmirou rabbanan) — donc il n'infirme pas la position de R. Yo'hanan sur l'héritage.

🖼️ Schéma
Deux exigences de reconnaissance du visage — deux seuils Héritage (nachala) — 'yakir' Témoigner de la mort (edout icha) R. Yo'hanan (halakha) : le FRONT suffit on lit la baraita : 'JUSQU'AU nez' (ad ha-hotem) le nez non compris exigence renforcée : visage + nez ensemble front SANS visage, ou visage SANS front : insuffisant 'hakarat pnehem anta bam' (Is 3:9) Différent : pour l'épouse, les Sages ont été plus stricts (achmirou rabbanan)
Héritage (le front suffit) vs témoignage de la femme (visage + nez).
13
וּמִי אַחֲמִירוֹ? וְהָא תְנַן: הֻוחְזְקוּ לִהְיוֹת מַשִּׂיאִים עֵד מִפִּי עֵד, מִפִּי אִשָּׁה, מִפִּי עֶבֶד, מִפִּי שִׁפְחָה! כִּי אַקִּילוּ רַבָּנַן בְּסוֹפָהּ, בִּתְחִלָּתָהּ לָא אַקִּילוּ רַבָּנַן.

Mais ont-ils vraiment été stricts ? N'avons-nous pas appris : ils ont été tenus pour habilités à faire [re]marier [une femme] sur [la foi d']un témoin rapportant [les paroles] d'un [autre] témoin, de la bouche d'une femme, de la bouche d'un esclave, de la bouche d'une servante !

[Réponse :] lorsque les Sages ont été indulgents, c'est à la fin [du témoignage] ; au début, les Sages n'ont pas été indulgents.

📜 Rachi (2)
בְּסוֹפָהּ לְאַחַר שֶׁכִּווְּנוּ יָפֶה בָּזֶה הֵקֵילּוּ חֲכָמִים בְּסוֹף עֵדוּתָן לְהַחֲזִיקָן אַפֵּי' בְּעֶבֶד וְשִׁפְחָה:
À la fin — après qu'ils ont bien identifié [le mort], les Sages ont été indulgents à la fin de leur témoignage, [au point] de valider [le témoignage] même [d'un] esclave ou [d'une] servante.
אֲבָל בַּתְּחִלָּה תְּחִלַּת הָעֵדוּת דְּהַיְינוּ רְאִייַּת הַמֵּת לָא אַקִּילוּ עַד שֶׁיַּכִּירוּהוּ יָפֶה:
Mais au début — le début du témoignage, c'est-à-dire la vue du mort, ils n'ont pas été indulgents, tant qu'on ne l'a pas bien reconnu.
💡 Explication

Difficulté sur cette 'sévérité' : au contraire, pour permettre à une agouna de se remarier, les Sages ont allégé les règles de témoignage (on accepte le ouï-dire, une femme, un esclave, une servante — Yevamot 122a). Réponse : la distinction porte sur deux moments : l'indulgence vaut pour la fin du témoignage (qui peut déposer) ; mais pour le début — l'identification effective du mort — les Sages n'ont pas été indulgents et exigent une reconnaissance rigoureuse.

14
וְאִיבָּעֵית אֵימָא:

Et si tu veux, dis [plutôt] :

💡 Explication

Formule de transition : la Guemara s'apprête à proposer une autre réponse (aveit eima) pour résoudre la difficulté pesant sur R. Yo'hanan. La suite figure sur le folio suivant (47a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).