Sougya : Le daf poursuit le débat sur ce qui constitue une naissance (leida) : la sortie de la tête (roch), ou du seul front (pedachat), suffit-elle à faire du fétus un né (yaloud) ? Shmuel enseigne que, s'agissant d'avortons (nefalim), la tête ne dispense pas le suivant du rachat du premier-né ; la Guemara le réfute (iteivta) par une série de michnayot (Houlin, Nidda) montrant que la sortie de la tête vaut naissance.
On rapporte ensuite la controverse de Reish Lakish et Rabbi Yo'hanan : le front dispense-t-il partout sauf pour l'héritage (yakir exige un visage), ou même pour l'héritage ? La sougya confronte enfin R.
Yo'hanan à des sources sur la reconnaissance du visage (hakarat panim), distinguant l'héritage — où 'jusqu'au nez' suffit — du témoignage de la mort d'un mari, où les Sages ont exige davantage (visage entier avec le nez).
Guemara. Chmouel dit : la tête ne dispense pas [le suivant] dans le cas des avortons (nefalim).
La Michna précédente enseigne que la sortie de la tête (roch) vaut naissance. Chmouel restreint : lorsqu'il s'agit d'un avorton (nefel) dont la tête est sortie puis rentrée, cette tête ne compte pas comme naissance et ne dispense donc pas son jumeau, né après lui, du rachat du premier-né (le suivant reste bekhor pour le kohen).
Chmouel vise spécifiquement le nefel ; pour un fétus viable, la sortie de la tête vaut bien naissance.
Quelle en est la raison ? [Il est écrit :] 'tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines' (Gn 7:22) — partout où il y a un souffle d'esprit de vie dans ses narines, c'est [seulement] là que sa tête est considérée ; l'autre [cas], sa tête n'est pas considérée.
Fondement scripturaire de Chmouel : le verset 'tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines' (Gn 7:22) enseigne que l'on ne se règle sur les narines (c.-à-d. la tête/le visage) que pour un être viable. Pour un non-viable (nefel), la sortie de la tête n'a aucune signification légale.
Nous avons appris [dans la Michna] : celui qui vient après des avortons — [par exemple] un [avorton] dont la tête est sortie vivante, ou un [fétus] de neuf mois dont la tête est sortie morte. En tout cas, [la Michna] enseigne bien 'sa tête' !
Qu'est-ce que 'sa tête' ? [C'est] la majeure partie de lui (rov).
Objection contre Chmouel à partir de la Michna : elle énonce qu'un avorton 'dont la tête est sortie vivante' dispense (pour l'héritage) le suivant — donc la tête de l'avorton compte, contre Chmouel. Réponse : quand la Michna dit 'sa tête', elle veut dire 'sa tête et la majeure partie du corps' (rov) — ce qui est déjà une pleine naissance, non contestée par Chmouel.
Mais qu'elle enseigne [donc] 'la majeure partie' ! En droit, elle aurait dû enseigner 'la majeure partie' ; mais comme elle veut enseigner dans la fin [de la Michna] 'un [fétus] de neuf mois dont la tête est sortie morte' — [d'où l'on infère :] la raison [de l'héritage du suivant] est que sa tête est sortie morte ; mais si sa tête était sortie vivante, celui qui vient après lui ne serait pas non plus premier-né pour l'héritage — [pour cette raison] elle a enseigné aussi 'sa tête' dans le début.
Pourquoi la Michna n'a-t-elle pas dit franchement 'la majeure partie' ? Par souci d'uniformité de style entre son début (recha) et sa fin (sefa). La fin traite d'un fétus viable de neuf mois 'dont la tête est sortie morte' : on veut en inférer, à contrario, que si sa tête était sortie vivante, le suivant n'hériterait pas (car pour un viable, la sortie de la tête vaut naissance, même retirée). Or la, on ne pouvait pas dire 'majeure partie', d'où l'emploi de 'sa tête' aussi au début.
Et que nous apprend-elle [par là] : que, du moment qu'il a fait sortir sa tête, c'est [déjà] une naissance ? Nous [l']avons déjà appris : 'il a sorti sa tête, même s'il l'a retirée — c'est comme [s'il était] né' !
Nouvelle difficulté : si 'sa tête' = tête + majeure partie (ce qui est banal), la Michna ne nous apprendrait plus que la déduction à contrario. Et si elle veut nous apprendre que la sortie de la seule tête vaut naissance — nous le savons déjà d'une Michna (Houlin 68a) : 'il a sorti sa tête, même retirée, c'est comme s'il était né' (l'animal ne sera donc permis que par sa propre chehita).
Et si tu disais : elle nous a enseigné [cela] pour l'animal (behema), et elle nous [l']enseigne [ici] pour l'humain (adam) — car l'humain ne se déduit pas de l'animal, puisque celui-ci n'a pas de vestibule (prozdor).
Tentative de justifier la Michna : la source de Houlin vise l'animal ; notre Michna serait nécessaire pour enseigner la même règle chez l'humain. En effet, on ne peut déduire l'humain de l'animal : l'animal n'a pas de 'vestibule' (prozdor) — sa matrice n'est pas dissimulée entre les cuisses ; chez la femme, les cuisses cachent la matrice, et l'on aurait pu croire que la sortie de la seule tête n'y vaut pas naissance.
[Et l'animal ne se déduirait pas de l'humain — parce que sa physionomie faciale (partsouf panim) est considérée.]
Symétrie de l'objection : inversement, si la règle n'était enseignée que pour l'humain, on ne pourrait la déduire pour l'animal, car chez l'humain la physionomie du visage (partsouf panim) est significative (l'homme étant fait à l'image divine) — ce qui n'est pas le cas de l'animal. Il faudrait donc, en apparence, les deux enseignements ; mais la Guemara va montrer qu'une autre source rend celui-ci superflu.
Or cela aussi, nous [l']avons appris : 's'il est sorti à sa manière [habituelle, tête la première] — [c'est né] dès que la majeure partie de sa tête est sortie ; et qu'est-ce que la majeure partie de sa tête ? Dès que son front (pedachat) est sorti.' Réfutation de Chmouel — réfutation [décisive] !
La règle pour l'humain aussi est déjà enseignée ailleurs (Nidda 28a) : un enfant sorti tête la première est né dès que la majeure partie de sa tête est sortie, c'est-à-dire dès la sortie du front. Il n'était donc pas besoin de notre Michna pour l'humain — et la mention de 'sa tête' à propos de l'avorton contredit Chmouel. La Guemara conclut : réfutation décisive (iteivta) de Chmouel.
Rabbi Chimon ben Lakich dit : le front (pedachat) dispense partout, sauf pour l'héritage (nachala). Quelle en est la raison ? 'il reconnaîtra' (yakir), a dit le Miséricordieux [Dt 21:17].
Et Rabbi Yo'hanan dit : même pour l'héritage.
Nouvelle controverse. Reich Lakich : la sortie du seul front (pedachat) vaut naissance partout — sauf pour l'héritage (nachala). Pourquoi cette exception ? Car la Torah dit 'yakir' — 'il reconnaîtra [le premier-né]' (Dt 21:17) : la reconnaissance du père suppose un visage, que le seul front ne fournit pas.
Rabbi Yo'hanan : le front dispense même pour l'héritage, car le front aussi permet une reconnaissance (hekera). Le Roch tranche comme R. Yo'hanan.
'Partout' — qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure ce qu'ont enseigné nos maîtres : une convertie (guioret) dont le front de l'enfant est sorti alors qu'elle était [encore] non-juive, et qui s'est ensuite convertie — on ne lui assigne pas les jours d'impureté et les jours de pureté, et elle n'apporte pas le sacrifice de la parturiente.
Que vient inclure le 'partout' de Reich Lakich ? Le cas suivant (baraita) : une convertie (guioret) dont le fétus a sorti le front pendant qu'elle était non-juive, puis qui se convertit avant l'expulsion complète. Puisque la sortie du front vaut déjà naissance, l'enfant est réputé né avant la conversion (état non-juif) : la mère ne reçoit donc pas les jours d'impureté/pureté de la parturiente juive et n'apporte pas le sacrifice consécutif à l'accouchement.
On objecte : 'yakir' — c'est la reconnaissance du visage ; et qu'est-ce que la reconnaissance du visage ? La physionomie du visage avec le nez (im ha-hotem).
Enseigne [plutôt] : 'jusqu'au nez' (ad ha-hotem). Viens et écoute : on ne témoigne [de la mort d'un homme] que sur la physionomie du visage avec le nez.
Enseigne [plutôt] : 'jusqu'au nez'.
Objection contre R. Yo'hanan (pour qui le front suffit même à l'héritage) : une baraita glose 'yakir' comme la reconnaissance du visage, définie comme 'la physionomie du visage avec le nez' — donc le front seul ne suffit pas. Réponse : il faut lire 'reconnaissance jusqu'au nez' (ad ha-hotem, nez non compris) — ce qui inclut le front. Même réponse à une seconde source (Yevamot 120a) sur le témoignage de décès : 'visage avec le nez' -> lire 'jusqu'au nez'.
Viens et écoute : le front sans la physionomie du visage, [ou] la physionomie du visage sans le front — on ne témoigne pas, tant que les deux ne sont pas [reconnus] avec le nez. Et Abaye dit, et certains disent Rav Kahana : quel est le verset ? 'la reconnaissance de leur visage témoigne contre eux' (Is 3:9) !
[Réponse :] le témoignage [permettant le remariage] de la femme est différent, car les Sages y ont été stricts (achmirou bah rabbanan).
Autre source (sur le témoignage de décès) : ni le front seul, ni le visage seul, ne suffisent — il faut les deux avec le nez. Abaye (ou Rav Kahana) l'appuie sur 'la reconnaissance de leur visage témoigne contre eux' (Is 3:9), qui suppose un visage complet. Cette fois la Guemara ne relit pas la source, mais distingue : le témoignage sur la mort d'un mari est un cas à part, où les Sages ont exige davantage (achmirou rabbanan) — donc il n'infirme pas la position de R. Yo'hanan sur l'héritage.
Mais ont-ils vraiment été stricts ? N'avons-nous pas appris : ils ont été tenus pour habilités à faire [re]marier [une femme] sur [la foi d']un témoin rapportant [les paroles] d'un [autre] témoin, de la bouche d'une femme, de la bouche d'un esclave, de la bouche d'une servante !
[Réponse :] lorsque les Sages ont été indulgents, c'est à la fin [du témoignage] ; au début, les Sages n'ont pas été indulgents.
Difficulté sur cette 'sévérité' : au contraire, pour permettre à une agouna de se remarier, les Sages ont allégé les règles de témoignage (on accepte le ouï-dire, une femme, un esclave, une servante — Yevamot 122a). Réponse : la distinction porte sur deux moments : l'indulgence vaut pour la fin du témoignage (qui peut déposer) ; mais pour le début — l'identification effective du mort — les Sages n'ont pas été indulgents et exigent une reconnaissance rigoureuse.
Et si tu veux, dis [plutôt] :
Formule de transition : la Guemara s'apprête à proposer une autre réponse (aveit eima) pour résoudre la difficulté pesant sur R. Yo'hanan. La suite figure sur le folio suivant (47a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).