Bekhorot 51a — la monnaie frappée (chekalim, maaser, raayon) et avec quoi l'on rachète le premier-né

Bekhorot 51a

Sougya : Fin de la sougya sur le dinar altéré que Hanan le rasha imposa à sa victime. La michna enseigne que l'amende de l'esclave (30), du violeur et du séducteur (50), du diffamateur (100) se paie en sicles du sanctuaire (100 dinars tyriens) : la Guemara montre que viol et diffamation, où le mot chekel n'est pas écrit, se déduisent des autres.

Une baraita ajoute que toute dette se paie en argent OU en objet de valeur, sauf les demi-sicles, le maaser cheni et le raayon, qui exigent une monnaie frappée (chacun pour une raison propre). La seconde michna : on ne rachète pas le premier-né avec des esclaves, des actes, des terres ou des biens consacrés ; si le père écrit un billet de dette de cinq selaim au Cohen, il doit payer mais le fils n'est pas racheté.

Enfin le débat Rabbi (ribouy-miout, n'exclut que les actes) contre les Rabbanan (klal-prat, excluent terres, esclaves et actes), réconcilié via l'enseignement de l'école de R. Yichmael sur les deux généralités contiguës.

Ce qui se paie en argent OU objet de valeur, vs monnaie frappée seule Argent OU shaveh kessef (objet de valeur) Monnaie frappée (tavoua) SEULEMENT Rachat du premier-né (5 selaim)Les demi-sicles (chekalim) du Temple Consécrations (hekdech), maaser cheni au rachatMaaser cheni : "tu lieras l'argent" (Dt 14:25) Amendes : esclave 30, viol/séduction 50...Le raayon : 2 maa d'argent (olat reiya) Pourquoi la monnaie frappée seule ? chekalim : de peur qu'un objet (perle) perde de la valeur -> le Temple y perdrait maaser : le verset exige une "forme" (tsoura) gravée ; raayon : pas de lingot d'argent impur (siga)
Ce qui se paie librement (argent ou objet de valeur) vs ce qui exige une monnaie frappée, et pourquoi (segments 3-5).
Avec quoi rachète-t-on le premier-né ? Michna (Rabbanan) vs Rabbi Michna (Rabbanan) : klal-prat-klal Rabbi : ribouy-miout-ribouy On exclut TROIS choses : - terres (non meuble) - esclaves (assimilés à la terre) - actes / effets (chetarot) : meubles mais sans valeur propre Valide : meuble à valeur intrinsèque On exclut UNE seule chose : - les actes / effets (chetarot) ribouy = presque tout est admis ; miout = seuls les chetarot exclus Valide : esclaves, terres, tout sauf actes
Avec quoi rachète-t-on le premier-né : la michna/Rabbanan (exclut 3 choses) contre Rabbi (n'exclut que les actes) (segments 6, 8-12).
Deux règles herméneutiques sur le même verset (Nb 18:16) "ou-fedouyav mi-ben hodech... ba-erkekha kessef hamechet chekalim... tifdeh" klal - prat - klal (généralité - détail - généralité) "son rachat" = klal "5 sicles d'argent"= prat "tu rachetteras" = klal -> on n'admet que le semblable au détail : meuble à valeur propre ribouy - miout - ribouy (amplification - restriction - amplification) "son rachat" = ribouy "5 sicles" = miout "tu rachetteras" = ribouy
Les deux méthodes exégétiques appliquées à Nombres 18:16 (segments 9-12).
1
זוּזָא מָאכָא בַּהֲדֵיהּ דְּלָא נָפֵיק, תְּקַע לֵיהּ אַחֲרִינָא וְיַהֲבֵיהּ נִיהֲלֵיהּ.

...un dinar altéré (zouza maka) avec lui, qui n'avait pas cours ; il [Hanan le rasha] la frappa une autre fois et le lui donna [le dinar entier pour les deux gifles].

📜 Rachi (2)
זוּזָא מָאכָא שֶׁנִּפְחֲתָה צוּרָתוֹ:
Un dinar altéré — dont l'effigie s'est effacée.
וְלָא הֲוָה שְׁקִיל לֵיהּ כְּלוֹמַר לֹא הָיָה נִיקַּח בָּעִיר לְהוֹצָאָה לֹא הָיָה הַדִּינָר שָׁקוּל וְשָׁוֶה לוֹ כְּלוּם:
Et il ne le prenait pas — c'est-à-dire : il n'avait pas cours en ville pour la dépense, le dinar n'avait aucune valeur réelle à ses yeux.
💡 Explication

Fin de l'anecdote (venue de 50b) : Hanan le rasha devait un demi-dinar d'amende pour une gifle, mais il n'avait qu'un dinar altéré (zouza maka, dont l'effigie est effacée) qui n'avait pas cours. Plutôt que de faire l'appoint, il gifla sa victime une seconde fois — se rendant redevable d'un second demi-dinar — puis lui remit le dinar entier pour solde des deux gifles.

2
שְׁלֹשִׁים שֶׁל עֶבֶד, חֲמִשִּׁים שֶׁל אוֹנֵס וְשֶׁל מְפַתֶּה וְכוּ׳. הָא תּוּ לָמָּה לִי? הָא תָּנָא לֵיהּ רֵישָׁא!

« Les trente [sicles] de l'esclave, les cinquante du violeur et du séducteur, etc. ». Celle-ci [cette clause], pourquoi encore ?

Or la première clause (recha) l'a déjà enseigné !

📜 Rachi (1)
הָא תּוּ לָמָּה לִי הַאי וְכֻולָּם הָא תְּנָא לֵיהּ:
Celle-ci, pourquoi encore ? — ce « et tous », or [la michna] l'a déjà enseigné.
💡 Explication

La michna (49b) a déjà dit que tous ces montants se comptent en sicles du sanctuaire valant cent dinars tyriens : l'esclave tué par un bœuf (30), le violeur et le séducteur (50), le diffamateur (100). La Guemara demande : pourquoi la michna répète-t-elle « tous en sicle du sanctuaire », puisque la première clause l'a déjà enseigné ?

3
אוֹנֵס וּמוֹצִיא שֵׁם רַע אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: כֵּיוָן דְּלָא כְּתִיב בְּהוּ ״שְׁקָלִים״, אֵימָא זוּזֵי בְּעָלְמָא, קָא מַשְׁמַע לַן דְּמֵילָף קָא יָלְפִי מֵהֲדָדֵי.

[Pour] le violeur et le diffamateur, [la répétition] était nécessaire : il te viendrait à l'esprit de dire, puisque le mot « sicles » n'est pas écrit à leur sujet, [de] dire [qu'il paie] de simples dinars ; [la michna] nous apprend qu'ils se déduisent l'un de l'autre.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם אוֹנֵס וּמוֹצִיא שֵׁם רַע אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ לְמִיתְנֵי הַאי וְכֻולָּם בְּשֶׁקֶל הַקֹּודֶשׁ מִשּׁוּם דְּרֵישָׁא לָא תְּנָא שֶׁקֶל הַקֹּודֶשׁ וּמִיהוּ פְּשִׁיטָא לָן בְּאִינָךְ כֻּולְּהוּ דִּסְלָעִים נִינְהוּ דְּהָא בְּפִדְיוֹן הַבֵּן כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר ג׳:מ״ז) חֲמֵשֶׁת שְׁקָלִים לְגֻולְגֹּלֶת וּבְעֶבֶד כְּתִיב (שְׁמוֹת כ״א:ל״ב) שְׁלֹשִׁים שְׁקָלִים יִתֵּן (בַּעַל הַשּׁוֹר) לַאֲדוֹנָיו וּבִמְפַתֶּה כְּתִיב (שָׁם כב) כֶּסֶף יִשְׁקֹול אֲבָל בְּאוֹנֵס וּמוֹצִיא שֵׁם רַע לָא כְּתִיב שֶׁקֶל וסד"א [הָא] דִּתְנָא בְּרֵישָׁא בְּמָנֶה צֹורִי כָּל חַד וְחַד כִּי דִּינֵיהּ קָאָמַר דְּהֵיכָא דִּכְתִיב שְׁקָלִים יָהֵיב שְׁקָלִים צוּרִים וְהֵיכָא דְּלָא כְּתִיב שְׁקָלִים לִיתֵּיב דִּינָרֵי צוּרִים קמ"ל סֵיפָא וְכֻולָּם בְּשֶׁקֶל הַקֹּודֶשׁ דְּמֵילָף יָלְפִי מְהֻדְּדֵי בְּכֶסֶף קָצוּב מִכֶּסֶף קָצוּב כִּדְרַב אַסִּי דִּלְעֵיל אִית סְפָרִים דְּכָתוּב הָכִי אַטּוּ כּוּלְּהוּ בְּנֵי פְּדִיָּה נִינְהוּ וְקָפְרִיךְ אַמַּתְנִיתִין דִּנְקַט לְשׁוֹן פְּדִיָּיה בְּכוּלְּהוּ דְּקָתָנֵי וְכֻולָּן נִפְדִּין וְהָא לָא שַׁייְכָא לְשׁוֹן פְּדִיָּה אֶלָּא בִּבְכוֹר תָּנֵי כָּל הַנִּפְדִּין נִפְדִּין בְּכֶסֶף וְשָׁוֶה כֶּסֶף כָּל הַנִּפְדִּין כְּגוֹן בְּכוֹר אָדָם וְהֶקְדֵּשׁוֹת וּמַעֲשֵׂר: מַעֲשֵׂר שֵׁנִי אֵינוֹ נִפְדֶּה אֶלָּא בְּכֶסֶף טָבוּעַ וְלֹא בְּשָׁוֶה כֶּסֶף וְאַפֵּי' פְּרוּטוֹת טְבוּעוֹת שַׁפִּיר דָּמֵי:
À cause du violeur et du diffamateur, il était nécessaire — d'enseigner ce « et tous en sicle du sanctuaire », parce que la première clause n'a pas enseigné « sicle du sanctuaire ». Pour les autres cas, il nous est évident qu'il s'agit de selaim, car pour le rachat du fils il est écrit « cinq sicles par tête » (Nb 3:47), pour l'esclave « il donnera trente sicles à son maître » (Ex 21:32), et pour le séducteur « il pèsera de l'argent » (Ex 22:16) ; mais pour le violeur et le diffamateur le mot sicle n'est pas écrit. Il te viendrait à l'esprit de dire que ce que la première clause a enseigné en mine tyrienne, elle l'a dit chacun selon son cas propre : là où « sicles » est écrit, il donne des sicles tyriens ; là où « sicles » n'est pas écrit, qu'il donne des dinars tyriens. La clause finale « et tous en sicle du sanctuaire » nous apprend qu'ils se déduisent l'un de l'autre : d'une somme fixée [on apprend] à une somme fixée, selon Rav Assi plus haut. Certains livres portent ici : « est-ce que tous sont concernés par le rachat ?! » et objectent contre la michna qui emploie le langage du rachat pour tous en disant « et tous se rachètent », alors que le langage de rachat ne s'applique qu'au premier-né ; [correction :] enseigne « tout ce qui se rachète se rachète en argent ou en objet de valeur » — tout ce qui se rachète, comme le premier-né humain, les consécrations et le maaser [cheni] ; le maaser cheni ne se rachète qu'en monnaie frappée et non en objet de valeur, et même des peroutot frappées conviennent.
💡 Explication

Réponse : la répétition vise le violeur et le diffamateur, pour qui le verset n'écrit pas explicitement « sicles » mais seulement « argent » (kessef). Sans la clause finale, on aurait pu croire qu'ils paient de simples dinars (quatre fois moins). La michna enseigne donc que tous ces cas se déduisent l'un de l'autre (mi-lef yalfi me-hadadei) : partout, on paie en sicles du sanctuaire.

4
חוּץ מִן הַשְּׁקָלִים. תְּנָא: חוּץ מִן הַשְּׁקָלִים, וּמַעֲשֵׂר, וְהָרֵאָיוֹן.

« ...excepté les sicles ». Il a été enseigné [dans une baraita] : excepté les sicles, le maaser [cheni] et le raayon.

📜 Rachi (1)
וְהָרֵאָיוֹן לִקְנוֹת עוֹלַת רְאִייָּה הַנִּקְנֵית בִּשְׁתֵּי מָעוֹת כֶּסֶף כִּדְאָמְרִי' בַּחֲגִיגָה (דַּף ב.) הָרְאִיָּיה שְׁתֵּי כֶּסֶף וְהָנָךְ שְׁתֵּי כֶּסֶף טְבוּעוֹת בָּעֵינַן:
Et le raayon — [l'argent] pour acheter l'offrande de comparution (olat reiya), qui s'acquiert avec deux maa d'argent, comme on dit dans Haguiga (2a) « la comparution : deux [pièces] d'argent » ; et ces deux [pièces] d'argent, nous les voulons frappées.
💡 Explication

La michna ajoute que toute obligation d'argent se rachette (= se paie) en monnaie ou en objet de valeur, sauf les demi-sicles annuels du Temple, qui doivent être donnés en pièces. Une baraita élargit l'exception à trois cas : les sicles, le maaser cheni, et le raayon (les deux maa d'argent que chacun apporte au Temple pour l'offrande de comparution aux fêtes de pèlerinage).

5
שְׁקָלִים — דִּתְנַן: מְצָרְפִין שְׁקָלִים לְדָרְבוֹנוֹת, מִפְּנֵי מַשּׂאוֹי הַדֶּרֶךְ.

Les sicles — comme nous avons appris (Chekalim 2:1) : on change les sicles en dariques (darbonot), à cause du poids de la route.

📜 Rachi (1)
מְצָרְפִין שְׁקָלִים לְדָרְבוֹנוֹת בְּנֵי הָעִיר שֶׁשּׁוֹלְחִין שִׁקְלֵיהֶם לִירוּשָׁלַיִם מְצָרְפִין אוֹתָן וְלוֹקְחִין מֵהֶן דְּרִבּוֹנוֹת הָווּ זְהוּבִים טְבוּעִים דְּרִבּוֹנוּת אִין שְׁאָר זָהָב לֹא שֶׁאֵינוֹ טָבוּעַ וּבְמַסֶּכֶת שְׁקָלִים (פ"ב הֵ"א) מְפָרֵשׁ טַעְמָא שֶׁמָּא תִּיזּוֹל מַרְגָּלִיּוֹת כּוּ' וְהוּא הַדִּין לְכָל שָׁוֶה כֶּסֶף שֶׁמָּא יִזּוֹל וְנִמְצָא הֶקְדֵּשׁ מַפְסִיד אֲבָל טִיבְעָא לָא זָיֵיל:
On change les sicles en dariques — les habitants de la ville qui envoient leurs sicles à Jérusalem les rassemblent et prennent en échange des dariques : ce sont des pièces d'or frappées. Des dariques, oui ; un autre or, non, car il n'est pas frappé. Et dans le traité Chekalim (2:1) on explique la raison : de peur qu'une perle ne perde de sa valeur, etc. — et il en va de même pour tout objet de valeur, de peur qu'il ne se déprécie et que le Temple n'y perde ; mais une pièce [frappée] ne se déprécie pas.
💡 Explication

Preuve que les demi-sicles ne se paient pas en objet de valeur : la michna de Chekalim enseigne que les habitants d'une ville éloignée, avant d'envoyer leurs sicles à Jérusalem, les convertissent en dariques (darbonot, grandes pièces d'or), à cause du poids du transport. Ils ne les échangent que contre des pièces frappées, non contre un objet de valeur.

6
מַעֲשֵׂר — דִּכְתִיב: ״וְצַרְתָּ הַכֶּסֶף בְּיָדְךָ״, וְהָרֵאָיוֹן — תָּנֵי רַב יוֹסֵף: שֶׁלֹּא יָבִיא סִיגָה לָעֲזָרָה.

Le maaser [cheni] — car il est écrit « tu lieras l'argent dans ta main » (Dt 14:25) ; et le raayon — Rav Yossef a enseigné : qu'on n'apporte pas de scorie (siga) au parvis.

📜 Rachi (2)
וְצַרְתָּ הַכֶּסֶף דָּבָר שֶׁיֵּשׁ עָלָיו צוּרָה:
« Tu lieras l'argent » — quelque chose qui porte une forme.
ה"ג רֵאָיוֹן תָּנֵי [נָמֵי] רַב יוֹסֵף שֶׁלֹּא יָבִיא סִיגָה כֶּסֶף סִיגִים אֶלָּא טָבוּעַ. וְהַיְינוּ בָּרַייְתָא דְּרַב יוֹסֵף לָאו לְפָרוֹשֵׁי אֶלָּא לְסַיּוֹעֵי:
Telle est la version : « le raayon : Rav Yossef enseigne aussi qu'on n'apporte pas de scorie » — de l'argent de scories, mais [seulement] frappé. Et cette baraita de Rav Yossef ne vient pas expliquer [la précédente] mais l'appuyer.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָרֵאָיוֹן תָּנֵי רַב יוֹסֵף כּוּ' פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דְּהָכִי גָּרְסִי' תָּנֵי נָמֵי רַב יוֹסֵף שֶׁלֹּא יָבִיא סִיגָה כֶּסֶף סִיגִים אֶלָּא טָבוּעַ וְהָא בָּרַיְיתָא דְּרַב יוֹסֵף לָא לְפָרוֹשֵׁי אֶלָּא לְסַיּוֹעֵי וְלָא מַשְׁמַע כֵּן דְּמַה צָרִיךְ לְהָבִיא בָּרַיְיתָא לְסַיּוֹעֵי לְבָרַייְתָא וְעוֹד דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שֶׁלֹּא יָבִיא אֶלָּא לֹא יָבִיא וְעוֹד דְּמַשְׁמַע כְּאַחֲרִינוֹת דִּמְפָרֵשׁ בְּכָל חַד טַעְמָא לְכָךְ נִרְאֶה דְּלִפְרוּשֵׁי טַעְמָא אַחֵר דְּאִם הָיָה מֵבִיא שָׁוֶה כֶּסֶף זִימְנִין דְּמַייְתִי נִסְכָּא וְכֶסֶף סִיגִים שֶׁלֹּא יַשְׁוֶה שְׁתֵּי מָעוֹת כֶּסֶף וְלֹא יִמְכְּרוּ לוֹ לְעוֹלַת רְאִיָּיה טוֹבָה בְּאוֹתָהּ סִיגָהּ כְּאִילּוּ הָיָה מֵבִיא כֶּסֶף טָבוּעַ:
« Le raayon : Rav Yossef enseigne, etc. » — Rachi explique que la version est « Rav Yossef enseigne aussi : qu'on n'apporte pas de scorie », [c'est-à-dire] de l'argent de scories mais [seulement] frappé, et que cette baraita de Rav Yossef ne vient pas expliquer mais appuyer [la précédente]. Mais cela ne semble pas [juste], car pourquoi faudrait-il apporter une baraita pour en appuyer une [autre] baraita ? En outre il n'aurait pas fallu dire « qu'on n'apporte pas » (chelo yavi) mais « on n'apporte pas » (lo yavi). De plus [le style] évoque les autres [clauses] où l'on explique pour chacune une raison propre. C'est pourquoi il paraît qu'[il s'agit] d'expliquer une autre raison : car s'il apportait un objet de valeur, il arriverait parfois qu'il apporte un lingot et de l'argent de scories ne valant pas deux maa d'argent, et l'on ne lui vendrait pas une belle offrande de comparution pour cette scorie, comme s'il avait apporté de l'argent frappé.
💡 Explication

Le maaser cheni ne se rachète pas en objet de valeur : le verset « tu lieras l'argent (ve-tsarta ha-kessef) dans ta main » (Dt 14:25) est interprété comme exigeant un argent qui porte une forme gravée (tsoura), c'est-à-dire une pièce. Le raayon : Rav Yossef enseigne qu'on ne peut apporter au parvis un lingot d'argent mélangé de scories (siga), mais seulement de la monnaie frappée.

7
מַתְנִי׳ אֵין פּוֹדִין לֹא בַּעֲבָדִים, וְלֹא בִּשְׁטָרוֹת, וְלֹא בְּקַרְקָעוֹת, וְלֹא בְּהֶקְדֵּשׁוֹת. כָּתַב לְכֹהֵן שֶׁהוּא חַיָּיב לִיתֵּן חֲמִשָּׁה סְלָעִים — חַיָּיב לִיתֵּן לוֹ, וּבְנוֹ אֵינוֹ פָּדוּי. לְפִיכָךְ, אִם רָצָה הַכֹּהֵן לִיתֵּן לוֹ בְּמַתָּנָה — רַשַּׁאי.

MICHNA. On ne rachète [le premier-né] ni avec des esclaves, ni avec des actes (chetarot), ni avec des terres, ni avec des biens consacrés (hekdachot).

[Le père] qui a écrit au Cohen qu'il lui doit cinq selaim — il est tenu de les lui donner, mais son fils n'est pas racheté. Dès lors, si le Cohen a voulu les lui donner en cadeau — il en a le droit.

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' אֵין פּוֹדִין בְּכוֹר אָדָם לֹא בַּעֲבָדִים כו' אע"ג דַּאֲמַרַן לְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף מט:) בְּכֶסֶף וּבְשָׁוֶה כֶּסֶף:
MICHNA. On ne rachète pas le premier-né humain avec des esclaves, etc. — bien que nous ayons dit plus haut (49b) [qu'on rachète] avec de l'argent et avec un objet de valeur.
וְלֹא בִּשְׁטָרוֹת שֶׁאִם יֵשׁ לוֹ שְׁטָר עַל חֲבֵירוֹ בָּהּ' סְלָעִים וּנְתָנוֹ לַכֹּהֵן שֶׁיִּגְבֶּה אוֹתוֹ חוֹב בְּפִדְיוֹן בְּנוֹ אֵינוֹ פָּדוּי:
Ni avec des actes — car s'il détient un acte de créance sur autrui pour cinq selaim et l'a donné au Cohen pour qu'il recouvre cette dette au titre du rachat de son fils, [le fils] n'est pas racheté.
וְלֹא בְּהֶקְדֵּישׁוֹת מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Ni avec des biens consacrés — cela s'explique dans la Guemara.
כָּתַב לְכֹהֵן שֶׁהוּא חַיָּיב לִיתֵּן לוֹ ה' סְלָעִים מִשּׁוּם פִּדְיוֹן בְּנוֹ:
[Le père] qui a écrit au Cohen qu'il lui doit cinq selaim — au titre du rachat de son fils.
וּבְנוֹ אֵינוֹ פָּדוּי כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא שֶׁמָּא יֹאמְרוּ פּוֹדִין בִּשְׁטָרוֹת:
Mais son fils n'est pas racheté — comme on le dit dans la Guemara : de peur qu'on ne dise qu'on rachète avec des actes.
לְפִיכָךְ דַּאֲמָרָן חַיָּיב לִיתֵּן לוֹ ה' סְלָעִים אִם רָצָה הַכֹּהֵן לְתַנָּם וּלְהַחֲזִירָם לוֹ בְּמַתָּנָה רַשַּׁאי אֲבָל תַּקַּנְתָּא אַחֲרִיתִי לֵיכָּא:
Dès lors — puisque nous avons dit qu'il est tenu de lui donner cinq selaim : si le Cohen a voulu les lui donner et les lui rendre en cadeau, il en a le droit ; mais il n'y a pas d'autre arrangement possible.
🗂️ Tossefot (1)
כָּתַב לְכֹהֵן שֶׁהוּא חַיָּיב לוֹ חָמֵשׁ סְלָעִים בִּכְתֻובּוֹת בְּרֵישׁ הַנּוֹשֵׂא (כְּתֻובּוֹת דַּף קב.) מַייְתֵי לָהּ גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דָּר' יוֹחָנָן וְרֵישׁ לָקִישׁ דְּחַיָּיב אֲנִי לְךָ מָנֶה בִּשְׁטָר וּפֵירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס כְּגוֹן שֶׁכָּתַב לוֹ בִּשְׁטָר וְנָתַן לוֹ בִּפְנֵי עֵדִים וּפְלִיגִי מִדַּחֲשִׁיב הוֹדָאָה דְּאַלִּימָא מִילְּתָא בִּשְׁטָר אַף עַל גַּב דְּלָא א"ל אַתֶּם עֵדַיי ור"ת מְפָרֵשׁ כְּגוֹן שֶׁבָּא לְחַיֵּיב עַצְמוֹ בְּאוֹתוֹ שְׁטָר אע"פ שֶׁאֵינוֹ חַיָּיב לוֹ כְּלוּם וְצָרִיךְ לְיַישֵּׁב כָּל הַסֻּוגְיָא וְשָׁם פֵּירַשְׁתִּי:
« [Le père] qui a écrit au Cohen qu'il lui doit cinq selaim » — dans Ketoubot, au début de « Ha-nossei » (102a), on rapporte cela à propos du différend de R. Yo'hanan et Rech Lakich sur « je te dois une mine » par acte. Rachi y explique : par exemple qu'il le lui a écrit dans un acte et [le lui] a remis devant témoins, et ils divergent parce que [l'acte] constitue une reconnaissance [de dette] plus forte par écrit, même s'il ne lui a pas dit « vous [êtes] mes témoins ». Et Rabbenou Tam explique : par exemple qu'il vient s'obliger lui-même par cet acte, bien qu'il ne lui doive rien du tout ; et il faut résoudre toute la sougya, et je l'ai expliqué là-bas.
💡 Explication

Nouvelle michna sur le rachat du premier-né. Il ne se fait valablement ni avec des esclaves cananéens, ni avec des actes de dette (chetarot), ni avec des terres, ni avec des biens consacrés (hekdech). Si le père écrit au Cohen un billet de dette de cinq selaim, il est tenu de payer cette dette, mais son fils n'est pas racheté pour autant (on craindrait de croire qu'on rachète par un acte). En revanche, le Cohen peut ensuite rendre les cinq selaim en cadeau au père.

🖼️ Schéma
Avec quoi rachète-t-on le premier-né ? Michna (Rabbanan) vs Rabbi Michna (Rabbanan) : klal-prat-klal Rabbi : ribouy-miout-ribouy On exclut TROIS choses : - terres (non meuble) - esclaves (assimilés à la terre) - actes / effets (chetarot) : meubles mais sans valeur propre Valide : meuble à valeur intrinsèque On exclut UNE seule chose : - les actes / effets (chetarot) ribouy = presque tout est admis ; miout = seuls les chetarot exclus Valide : esclaves, terres, tout sauf actes
Les biens exclus du rachat selon la michna (Rabbanan).
8
הַמַּפְרִישׁ פִּדְיוֹן בְּנוֹ, וְאָבַד — חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יִהְיֶה לְךָ״ וְ״פָּדָה תִּפְדֶּה״.

Celui qui met de côté le rachat de son fils, et [l'argent] se perd — il en est responsable, car il est dit « il sera à toi » et « tu rachetteras certainement ».

📜 Rachi (1)
יִהְיֶה לָּךְ וּפָדֹה תִפְדֶּה כְּשֶׁיִּהְיֶה לְךָ הַפִּדְיוֹן אָז יִהְיֶה פָּדוּי. וְהַאי קְרָא לְאַהֲרֹן אָמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא:
« Il sera à toi » et « tu rachetteras » — quand le rachat sera à toi [au Cohen], alors [le fils] sera racheté. Et ce verset, c'est à Aaron que le Miséricordieux l'a dit.
💡 Explication

Si le père a mis de côté les cinq selaim du rachat et qu'ils se perdent avant d'être remis au Cohen, il en porte la responsabilité (le fils n'est pas racheté tant que le Cohen n'a rien reçu). L'appui scripturaire : le verset dit d'abord « [tout] sera à toi » (au Cohen) puis « tu rachetteras » (Nb 18:15) — c'est seulement une fois l'argent en possession du Cohen que le fils est racheté.

9
גְּמ׳ מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי, דְּתַנְיָא: רַבִּי אוֹמֵר: בַּכֹּל פּוֹדִין בְּכוֹר אָדָם, חוּץ מִן הַשְּׁטָרוֹת. מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי?

GUEMARA. Notre michna n'est pas selon Rabbi, car il a été enseigné : Rabbi dit : avec tout on rachète le premier-né humain, excepté les actes.

Quelle est la raison de Rabbi ?

💡 Explication

La Guemara note que la michna ne suit pas Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi). Selon la baraita, Rabbi n'exclut qu'une seule catégorie : les actes (chetarot). Il admet donc esclaves et terres — contrairement à la michna qui les exclut aussi. La Guemara demande alors le raisonnement exégétique de Rabbi.

🖼️ Schéma
Avec quoi rachète-t-on le premier-né ? Michna (Rabbanan) vs Rabbi Michna (Rabbanan) : klal-prat-klal Rabbi : ribouy-miout-ribouy On exclut TROIS choses : - terres (non meuble) - esclaves (assimilés à la terre) - actes / effets (chetarot) : meubles mais sans valeur propre Valide : meuble à valeur intrinsèque On exclut UNE seule chose : - les actes / effets (chetarot) ribouy = presque tout est admis ; miout = seuls les chetarot exclus Valide : esclaves, terres, tout sauf actes
Michna (Rabbanan) contre Rabbi : trois exclusions ou une seule.
10
דְּרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי, ״וּפְדוּיָו מִבֶּן חֹדֶשׁ תִּפְדֶּה״ — רִיבָּה, ״בְּעֶרְכְּךָ כֶּסֶף חֲמֵשֶׁת שְׁקָלִים״ — מִיעֵט, ״תִּפָּדֶה״ — רִיבָּה.

Il expose par [la règle] amplification-et-restriction (ribouy ou-miout) : « et son rachat, dès l'âge d'un mois tu rachetteras » — a amplifié ; « selon ton estimation, cinq sicles d'argent » — a restreint ; « tu rachetteras » — a amplifié.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מִיעֵט כֶּסֶף וְלָא מִידִּי אַחֲרִינָא:
GUEMARA. A restreint — l'argent, et rien d'autre.
💡 Explication

Rabbi interprète le verset (Nb 18:16) par la méthode ribouy-miout-ribouy (amplification-restriction-amplification). « Et son rachat, dès un mois tu rachetteras » : sans préciser la matière, le verset amplifie (beaucoup d'objets conviennent). « Cinq sicles d'argent » : le verset restreint au semblable à l'argent. « Tu rachetteras » : le verset amplifie de nouveau.

🖼️ Schéma
Deux règles herméneutiques sur le même verset (Nb 18:16) "ou-fedouyav mi-ben hodech... ba-erkekha kessef hamechet chekalim... tifdeh" klal - prat - klal (généralité - détail - généralité) "son rachat" = klal "5 sicles d'argent"= prat "tu rachetteras" = klal -> on n'admet que le semblable au détail : meuble à valeur propre ribouy - miout - ribouy (amplification - restriction - amplification) "son rachat" = ribouy "5 sicles" = miout "tu rachetteras" = ribouy
Le verset Nb 18:16 lu en ribouy-miout-ribouy.
11
רִיבָּה וּמִיעֵט וְרִיבָּה, רִיבָּה הַכֹּל. מַאי רַבִּי? רַבִּי כָּל מִילֵּי, וּמַאי מִיעֵט? מִיעֵט שְׁטָרוֹת.

[Puisqu'il y a] amplification, restriction et amplification, [la règle veut qu']il a tout amplifié. Qu'a-t-il amplifié ?

Rabbi [répond] : toute chose. Et qu'a-t-il restreint ?

Il a restreint les actes.

📜 Rachi (1)
מִיעֵט שְׁטָרוֹת דְּלָא חֲשִׁיבִי מִידִי:
Il a restreint les actes — car ils ne valent rien [par eux-mêmes].
💡 Explication

Règle : quand le verset amplifie, restreint, puis amplifie, il inclut tout sauf ce qui ressemble le moins au détail restrictif. Rabbi amplifie presque tout (esclaves, terres...) et ne restreint que les actes (chetarot), qui sont les plus dissemblables de l'argent (des meubles sans valeur intrinsèque).

12
וְרַבָּנַן דָּרְשִׁי כְּלָל וּפְרָט: ״וּפְדוּיָו מִבֶּן חֹדֶשׁ״ — כְּלָל, ״בְּעֶרְכְּךָ כֶּסֶף חֲמֵשֶׁת שְׁקָלִים״ — פְּרָט, (פָּדָה) ״תִּפָּדֶה״ — חָזַר וְכָלַל.

Et les Rabbanan exposent par [la règle] généralité-et-détail (klal ou-frat) : « et son rachat dès l'âge d'un mois » — généralité ; « selon ton estimation, cinq sicles d'argent » — détail ; « tu rachetteras » — de nouveau une généralité.

📜 Rachi (1)
תִּפָּדֶה חָזַר וְכָלַל ואע"ג דְּהַאי תִּפְדֶּה כְּתִיב קֹודֶם לִפְרָט אַפֵּ"ה דָּייְנִינַן לֵיהּ בִּכְלָל וּפְרָט כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן:
« Tu rachetteras », de nouveau une généralité — et bien que ce « tu rachetteras » soit écrit avant le détail, on l'interprète néanmoins en généralité-et-détail, comme on le dit plus loin.
💡 Explication

Les Rabbanan (auteurs de la michna) interprètent le même verset par klal-prat-klal (généralité-détail-généralité). « Son rachat dès un mois » : klal. « Cinq sicles d'argent » : prat. « Tu rachetteras » : de nouveau klal.

13
כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל, אִי אַתָּה דָן אֶלָּא כְּעֵין הַפְּרָט. מָה הַפְּרָט מְפֹורָשׁ — דָּבָר הַמִּטַּלְטֵל וְגוּפוֹ מָמוֹן, אַף כָּל דָּבָר הַמִּטַּלְטֵל וְגוּפוֹ מָמוֹן. יָצְאוּ קַרְקָעוֹת — שֶׁאֵין מִטַּלְטְלִין, יָצְאוּ עֲבָדִים — שֶׁהֻוקְשׁוּ לְקַרְקָעוֹת, יָצְאוּ שְׁטָרוֹת — שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁמִּטַּלְטְלִין, אֵין גּוּפָן מָמוֹן.

[Règle] généralité-détail-généralité : tu ne juges que selon [ce qui est] du genre du détail. De même que le détail est explicitement quelque chose de meuble et dont le corps est [lui-même] de l'argent [= à valeur propre], de même tout ce qui est meuble et dont le corps est de valeur.

Sont exclues les terres — qui ne sont pas meubles ; sont exclus les esclaves — qui ont été assimilés aux terres ; sont exclus les actes — car, bien que meubles, leur corps n'est pas de valeur.

📜 Rachi (1)
שֶׁהֻוקְשׁוּ לְקַרְקָעוֹת וְהִתְנַחַלְתֶּם אוֹתָם וְגוֹ' (וַיִּקְרָא כֹּה):
Qui ont été assimilés aux terres — « vous les lèguerez [en héritage à vos fils après vous] », etc. (Lv 25:46).
💡 Explication

Application du klal-prat-klal : on n'admet que le semblable au détail. Le détail (l'argent) est meuble et a une valeur intrinsèque (goufo mamon). D'où l'on admet tout ce qui est meuble et à valeur propre, et l'on exclut trois choses : les terres (non meubles), les esclaves (assimilés à la terre par « vous les lèguerez... », Lv 25:46), et les actes (meubles mais sans valeur intrinsèque). C'est le triple rejet de la michna.

14
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְמָרִימָר: וְרַבִּי, רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי דְּרֵישׁ? וְהָא רַבִּי כְּלָלֵי וּפְרָטֵי דָּרֵישׁ בְּמַרְצֵעַ!

Ravina dit à Marimar : et Rabbi expose-t-il [vraiment] par amplification-et-restriction ?! Mais Rabbi expose par généralité-et-détail au sujet de l'aleine (martzea) !

💡 Explication

Objection de Ravina : est-il exact que Rabbi emploie la méthode ribouy-miout ? Car dans un autre passage (sur l'aleine, martzea, qui perce l'oreille de l'esclave hébreu qui reste), Rabbi emploie au contraire la méthode klal-prat ! Il y a contradiction apparente dans la méthode d'exégèse de Rabbi.

15
דְּתַנְיָא: ״מַרְצֵעַ״ — אֵין לִי אֶלָּא מַרְצֵעַ, מִנַּיִן לְרַבּוֹת הַסּוֹל וְהַסִּירָא וְהַמַּחַט וְהַמַּקְדֵּחַ וְהַמַּכְתֵּב? תַּלְמוּד לוֹמַר ״וְלָקַחְתָּ״ — לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר שֶׁנִּלְקָח בַּיָּד, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי אוֹמֵר: ״מַרְצֵעַ״ — מַה מַרְצֵעַ מְיֻוחָד שֶׁל מַתֶּכֶת, אַף כֹּל שֶׁל מַתֶּכֶת.

Car il a été enseigné : « l'aleine » — je n'ai que l'aleine ; d'où [inclure] l'épine [de palmier], le buisson-épineux, l'aiguille, la vrille et le stylet ? Le verset dit « tu prendras » — pour inclure tout objet qui se prend à la main ; [ce sont] les paroles de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda.

Rabbi dit : « l'aleine » — de même que l'aleine est spécifiquement en métal, de même tout ce qui est en métal.

📜 Rachi (3)
הַסּוֹל ברוק"א בְּלַעַ"ז:
Ha-sol — broka en langue [étrangère = ancien français].
הַסִּירָא קוֹץ:
Ha-sira — une épine.
מִכְתָּב עט:
Makhtev — un stylet (poinçon à écrire).
💡 Explication

La baraita : pour percer l'oreille de l'esclave hébreu qui refuse la liberté (Dt 15:17), le mot « aleine » (martzea) est-il exclusif ? R. Yossi b. R. Yehouda déduit de « tu prendras » (ve-lakahta) que tout objet qu'on tient à la main convient. Rabbi, lui, restreint : « de même que l'aleine est en métal, tout [outil] doit être en métal » — c'est-à-dire qu'il emploie ici la méthode klal-prat.

16
וְאָמְרִינַן: בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? רַבִּי דְּרֵישׁ כְּלָלֵי וּפְרָטֵי, וְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה דָּרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי.

Et nous disons : sur quoi divergent-ils ? Rabbi expose par généralité-et-détail, et Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda expose par amplification-et-restriction.

📜 Rachi (3)
וְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת קִדּוּשִׁין (דַּף כא.):
Et nous disons — dans le traité Kiddouchin (21a).
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי רַבִּי דָּרֵישׁ כְּלָלֵי וּפְרָטֵי וְלָקַחְתָּ כָּלַל מַרְצֵעַ פָּרַט וְנָתַתָּ בְּאָזְנוֹ חָזַר וְכָלַל מָה הַפְּרָט מְפֹורָשׁ שֶׁל מַתֶּכֶת אַף כֹּל שֶׁל מַתֶּכֶת:
Sur quoi divergent-ils ? Rabbi expose par généralité-et-détail — « tu prendras » : généralité ; « l'aleine » : détail ; « tu [le] mettras à son oreille » : de nouveau une généralité. De même que le détail est explicitement en métal, de même tout ce qui est en métal.
וְרַבִּי יוֹסֵי ב"ר יְהוּדָה דְּרֵישׁ לֵיהּ בְּרִבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי וּמַאי רַבִּי רַבִּי כֹּל מִילֵּי וּמַאי מִיעֵט מִיעֵט סַם:
Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda l'expose par amplification-et-restriction — et qu'a-t-il amplifié ? Toute chose. Et qu'a-t-il restreint ? Il a restreint un [simple] médicament [pour percer, i.e. un procédé chimique].
💡 Explication

Le Talmud (Kiddouchin 21b) précise l'enjeu du désaccord sur l'aleine : Rabbi y applique klal-prat (d'où : seulement le métal), tandis que R. Yossi b. R. Yehouda applique ribouy-miout (d'où : tout objet tenu à la main). Cela confirme l'objection : sur l'aleine, Rabbi tient klal-prat — d'où vient qu'ici, pour le rachat, il tienne ribouy-miout ?

17
אִין בְּעָלְמָא רַבִּי כְּלָלֵי וּפְרָטֵי דְּרֵישׁ, וְהָכָא כִּדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Oui : en général Rabbi expose par généralité-et-détail, mais ici [c'est] selon ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael.

📜 Rachi (1)
הָכָא הַייְנוּ טַעְמָא דְּדָרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי כְּדִתְנָא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל בְּשִׁילְהֵי אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין סז.) כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר בַּמַּיִם בַּמַּיִם ב' פְּעָמִים כְּלוֹמַר כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר ב' כְּלָלוּת זוֹ אֵצֶל זוֹ וּפְרָט אַחֲרֵיהֶן כְּגוֹן הָכָא אֶת זֶה תֹּאכְלוּ מִכֹּל אֲשֶׁר בַּמָּיִם אֲשֶׁר לוֹ סְנַפִּיר וְקַשְׂקֶשֶׂת בַּמַּיִם דְּהַיְינוּ שְׁתֵּי כְּלָלוּת דְּמַשְׁמַע דִּבְכָל מַיִם בָּעֵינַן סְנַפִּיר וְקַשְׂקֶשֶׂת וּפְרָט כְּתִיב אַחֲרֵיהֶם בַּיַּמִּים וּבַנְּחָלִים דְּמַשְׁמַע בַּיַּמִּים וּבַנְּחָלִים שֶׁנּוֹבְעִים הֵם בָּעֵינַן סְנַפִּיר וְקַשְׂקֶשֶׂת אֲבָל הַגְּדֵילִים בְּמַיִם מְכֻונָּסִין מִיתְאַכְלִי בְּלֹא סְנַפִּיר וְקַשְׂקֶשֶׂת אֵין זֶה כְּלָל וּפְרָט לָא דָּייְנִינַן לֵיהּ בִּכְלָל וּפְרָט אֶלָּא מְטִילִין הַפְּרָט בֵּינֵיהֶן וְדָנִין אוֹתוֹ בְּרִבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי וְהָכָא נָמֵי וּפְדוּיָו מִבֶּן חֹדֶשׁ כְּלָל תִּפְדֶּה חָזַר וְכָלַל הֲרֵי שְׁתֵּי כְּלָלוֹת הַסְּמוּכוֹת זֶה לָזֶה וְהַפְּרָט אַחֲרָיו הִלְכָּךְ בְּרִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי דָּרְשִׁינַן לְהוּ:
Ici — telle est la raison pour laquelle il expose par amplification-et-restriction, selon ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael à la fin de « Elou terefot » (Houlin 67a) : partout où il est dit « dans l'eau », « dans l'eau » deux fois — c'est-à-dire partout où deux généralités sont [placées] l'une près de l'autre avec un détail après elles, comme ici « ceci vous mangerez de tout ce qui est dans l'eau, ce qui a nageoire et écaille dans l'eau » (Lv 11:9) — voilà deux généralités, ce qui indique que dans toute eau on exige nageoire et écaille — et un détail est écrit après elles, « dans les mers et dans les fleuves », ce qui indique que dans les mers et les fleuves qui coulent on exige nageoire et écaille, mais ce qui pousse dans des eaux stagnantes rassemblées se mange sans nageoire ni écaille : [dans un tel cas] ce n'est pas [à traiter comme] généralité-et-détail, on ne le juge pas en généralité-et-détail, mais on place le détail entre elles et on le juge par amplification-et-restriction. Et ici de même : « et son rachat dès l'âge d'un mois » généralité, « tu rachetteras » de nouveau une généralité — voilà deux généralités contiguës l'une à l'autre, et le détail après elles ; c'est pourquoi on les expose par amplification-et-restriction.
💡 Explication

Réponse de Marimar : en règle générale, Rabbi suit bien klal-prat ; mais ici, pour le rachat du premier-né, il fait exception et applique ribouy-miout, conformément à un principe enseigné par l'école de R. Yichmael (exposé au segment suivant).

18
דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״בְּמַיִם״ ״בַּמַּיִם״ שְׁתֵּי פְּעָמִים, אֵין זֶה כְּלָל וּפְרָט, אֶלָּא רִיבָּה וּמִיעֵט.

Car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : « dans l'eau », « dans l'eau », deux fois — ce n'est pas [à traiter comme] généralité-et-détail, mais amplification-et-restriction.

💡 Explication

Le principe de l'école de R. Yichmael : quand deux généralités contiguës (« dans l'eau », « dans l'eau », Lv 11:9) précèdent un détail (« dans les mers et les fleuves »), on ne lit pas en klal-prat mais en ribouy-miout. Rabbi applique cela au verset du rachat, dont les deux généralités (« son rachat » / « tu rachetteras ») précèdent le détail (« cinq sicles »).

19
וְרַבָּנָן אָמְרִי: כִּדְאָמְרִינַן בְּמַעֲרָבָא, כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא שְׁתֵּי כְּלָלוֹת הַסְּמוּכִים זֶה לָזֶה — הָטֵל פְּרָט בֵּינֵיהֶם, וְדוּנֵם בִּכְלָל וּפְרָט.

Et les Rabbanan disent : comme on dit en terre d'Israël (be-maarava) — partout où tu trouves deux généralités contiguës l'une à l'autre, place un détail entre elles et juge-les en généralité-et-détail.

📜 Rachi (1)
וְרַבָּנָן דְּדָרְשִׁי לְהוּ בִּכְלָלֵי וּפְרָטֵי סָבְרִי כִּדְאָמְרִינַן בְּמַעֲרָבָא:
Et les Rabbanan — qui les exposent en généralité-et-détail tiennent comme on dit en terre d'Israël.
💡 Explication

Pourquoi les Rabbanan lisent-ils tout de même en klal-prat ? Selon un principe de terre d'Israël (be-maarava) : lorsque deux généralités sont contiguës suivies d'un détail, on replace le détail entre les deux généralités et on lit l'ensemble comme un klal-prat-klal ordinaire. D'où leurs trois exclusions (terres, esclaves, actes).

20
וְלֹא בְּהֶקְדֵּשׁוֹת. פְּשִׁיטָא, לָאו דִּידֵיהּ נִינְהוּ! אֵימָא:

« ...ni avec des biens consacrés ». [C'est] évident — ils ne sont pas à lui !

Dis [plutôt] : ...

🗂️ Tossefot (1)
אֵימָא וְלֹא הֶקְדֵּשׁוֹת בְּכָל אֵלּוּ בִּפְסָחִים (דַּף לה:) וּבְהַזָּהָב (ב"מ נד.) מַייְתֵי גַּבֵּי הֶקְדֵּשׁ שֶׁחִלְּלוֹ עַל גַּבֵּי קַרְקַע שֶׁאֵינָן פְּדוּייָן מִדִּכְתִיב וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ מַשְׁמַע דְּמֵהַהוּא קְרָא קָא דָּרְשִׁי אֲבָל אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר [כֵּן] דבת"כ בְּפָרָשַׁת וְאִם בְּחֻקּוֹתַי דְּרֵישׁ מוּכַל עֶרְכְּךָ יִהְיֶה בְּשֶׁקֶל הַקֹּדֶשׁ כִּדְפֵירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס וְלֹא חָשׁ שָׁם לְהָבִיא אֶלָּא חַד מִקְּרָאֵי דִּכְתִיב בְּהוּ כֶּסֶף גַּבֵּי הֶקְדֵּשׁ וְכֵן מָצִינוּ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת שֶׁאֵין מֵבִיא עִיקַּר הַדְּרָשָׁה בְּכָל דֻּוכְתָּא כִּדְאַייְּתִי בְּקִדּוּשִׁין (דַּף ג) בִּנְעֻורֶיהָ בֵּית אָבִיהָ כָּל שֶׁבַח נְעוּרִים לְאָבִיהָ אע"ג דְּבַהֲפָרַת נְדָרִים כְּתִיב וְכֵן גִּיטִּין (דַּף כא:) סֵפֶר כּוֹרְתָהּ וְאֵין דָּבָר אַחֵר כּוֹרְתָהּ דְּהַהִיא דְּרָשָׁא לֵיתָא לְרַבָּנָן אֶלָּא לְר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי:
« Dis [plutôt] : et [on ne rachète] pas [avec] des biens consacrés dans tous ces [cas] » — dans Pessahim (35b) et dans « Ha-zahav » (Baba Metsia 54a) on rapporte [ce cas] à propos d'un hekdech qu'on a profane sur une terre, [biens] qui ne sont pas rachetés, du fait qu'il est écrit « il donnera l'argent et cela lui sera acquis » (Lv 27:19) — ce qui indique que c'est de ce verset qu'ils exposent [la règle]. Mais il est impossible de dire [ainsi], car dans le Torat Cohanim, section « Im be-houkotai », on l'expose à partir de « et toute ton estimation sera en sicle du sanctuaire », comme [Rachi] l'explique là ; et [le Talmud] n'a pas pris soin d'y apporter qu'un seul des versets où « argent » est écrit à propos du hekdech. Et de même nous trouvons en plusieurs endroits qu'on n'apporte pas la source principale de l'exégèse à chaque endroit, comme on l'apporte dans Kiddouchin (3b) : « dans sa jeunesse, [dans] la maison de son père » — tout le fruit de la jeunesse est au père, bien que ce soit écrit à propos de l'annulation des vœux ; et de même dans Guitin (21b) : « un livre [acte] la sépare, et rien d'autre ne la sépare » — car cette exégèse n'existe pas pour les Rabbanan mais seulement pour Rabbi Yossi le Galiléen.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אֵין פּוֹדִין לֹא בַּעֲבָדִים וְלֹא בִּשְׁטָרוֹת וְלֹא בְּקַרְקָעוֹת וְלֹא בְּהֶקְדֵּשׁוֹת. כָּתַב לְכֹהֵן שֶׁהוּא חַיָּיב לוֹ ה' סְלָעִים חַיָּיב לִיתֵּן לוֹ וּבְנוֹ אֵינוֹ פָּדוּי. לְפִיכָךְ אִם רָצָה הַכֹּהֵן לִיתֵּן לוֹ מַתָּנָה רַשַּׁאי. הַמַּפְרִישׁ פִּדְיוֹן בְּנוֹ וְאָבַד חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ שֶׁנֶּאֱמַר יִהְיֶה לָּךְ אַךְ פָּדֹה תִפְדֶּה:
MICHNA. On ne rachète [le premier-né] ni avec des esclaves, ni avec des actes, ni avec des terres, ni avec des biens consacrés. [Le père] qui a écrit au Cohen qu'il lui doit cinq selaim est tenu de les lui donner, mais son fils n'est pas racheté. Dès lors, si le Cohen a voulu lui donner [les cinq selaim] en cadeau, il en a le droit. Celui qui met de côté le rachat de son fils et [l'argent] se perd en est responsable, car il est dit « il sera à toi ; mais tu rachetteras certainement ».
💡 Explication

Retour à la michna : « on ne rachète pas avec des biens consacrés (hekdech) ». La Guemara objecte : c'est évident, puisque ces biens ne lui appartiennent pas (ils sont au Temple) — comment rachterait-il avec le bien d'autrui ? Il faut donc réinterpréter la clause (la réponse, « dis plutôt... », se poursuit sur 51b). Tossefot précise que la clause vise plutôt un hekdech déjà profane sur une terre.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).