Bekhorot 52b — ce qui ne revient pas au Yovel (bekhora, héritage de l'épouse, yibum, don) et 'les frères qui ont partagé sont des acheteurs'

Bekhorot 52b

Sougya : Fin du chapitre 'Yech Bekhor'. La michna énumère les biens qui, contrairement à un champ ancestral, NE reviennent PAS à leurs premiers propriétaires lors du Yovel (jubilé) : la part double du bekhor, l'héritage de son épouse, la part prise par le yavam (lévirat), et — selon R.

Meir — le don (matana). La Guemara expose quatre positions : R.

Meir (seule la vente revient), les Sages (le don = une vente), R. Elazar (tout revient), et R.

Yo'hanan ben Beroka (l'héritier de l'épouse rend au moins le cimetière familial). Le débat repose sur la lecture du verset 'la-têt lo pi chnayim' (Dt 21:17) : DON pour R.

Meir, HÉRITAGE pour les Sages (hekech avec la part simple). Enfin, R.

Yo'hanan enseigne que 'les frères qui ont partagé sont des acheteurs' et se rendent donc les parts au Yovel — objection de Rav Hochaya, résolution par R. Elazar puis Ravin sur le sens de 'revenir en pure perte'.

Le chapitre se clôture par le Hadran.

Ces biens reviennent-ils au Yovel (jubilé) ? Les 4 avis Cas R. Meir Sages R. Elazar R. Yo'hanan b.B. Part de bekhor ne revient pas ne revient pas revient ne revient pas Hérite son épouse ne revient pas ne revient pas revient rend (cimetière) Yavam (lévirat) ne revient pas ne revient pas revient ne revient pas Don (matana) ne revient pas revient (=vente) revient - Clé de lecture R. Meir : seule la VENTE revient au Yovel ; héritage et don restent acquis. Sages : le DON = une vente. R. Elazar : tout revient (don inclus, héritage du mari = rabbinique). R. Yo'hanan b. Beroka : cas du cimetière seul.
Synthèse des quatre avis (R. Meir, Sages, R. Elazar, R. Yohanan ben Beroka) sur ce qui revient ou non au Yovel.
La part double du bekhor : don ou héritage ? (le verset qui tranche) R. Meir : un DON (matana) 'la-têt lo pi chnayim' (Dt 21:17) — verbe DONNER -> un don ne revient pas au Yovel (mais pour les Sages : le don revient !) Sages : un HÉRITAGE (yérousha) hekech : part de bekhor assimilée à la part simple 'be-yom hanhilo' (Dt 21:16) -> part simple = héritage donc part double = héritage aussi Même verset, deux lectures : DONNER (don) vs. la juxtaposition des deux parts (héritage).
Le nerf du débat : la part double du bekhor lue comme un DON (R. Meir) ou comme un HÉRITAGE (Sages).
'Les frères qui ont partagé sont des acheteurs' (R. Yo'hanan) Partage de l'héritage chacun échange sa part contre celle de l'autre = ACHETEURS l'un de l'autre se rendent les parts au Yovel, puis repartagent Objection puis résolution Rav Hochaya : mais la michna dit 'la bekhora ne revient pas' ! R. Elazar : 'ne revient pas' = ne revient pas EN PURE PERTE (le bekhor reprend sa double part). Rav Chechet objecte ; Ravin tranche : 'reviennent' = reviennent en pure perte (le bekhor perd le surplus).
La règle 'les frères qui ont partagé sont des acheteurs' et la discussion sur le sens de 'revenir au Yovel' (segments 11-13).
1
לְאֵיתוֹיֵי שְׁבָחָא דְּמִמֵּילָא: חֲפוּרָה וְהָווּ שֻׁובְּלֵי, שֶׁלִּפּוּפֵי וְהָווּ תַּמְרֵי.

[La michna répète la règle] pour inclure une plus-value survenue d'elle-même (chevaha de-miméla) : [du blé encore] en herbe (hafoura) devenu épis, [des fleurs de dattier] en bourgeon (chelfoufei) devenues dattes.

📜 Rachi (3)
שְׁבָחָא דְּמִמֵּילָא שֶׁלֹּא טָרַח בָּהּ אָחִיו:
Une plus-value survenue d'elle-même — [une plus-value] dans laquelle son frère n'a pas peiné (fourni de travail).
כְּגוֹן חֲפוּרָה וְהָווּ שֻׁובְּלֵי שֶׁהָיְתָה הַתְּבוּאָה שַׁחַת בִּשְׁעַת מִיתָתוֹ וְעַכְשָׁיו נַעֲשׂוּ שִׁבֳּלִים:
Par exemple [du blé] en herbe devenu épis — la récolte était [encore] en herbe (chaht) au moment de sa mort, et maintenant elle est devenue des épis.
אוֹ שֶׁלִּפּוּפֵי וְהָווּ תַּמְרֵי סְמָדַר וְעַכְשָׁיו נַעֲשׂוּ תְּמָרִים גְּדוֹלִים. וקמ"ל דְּאַפֵּי' בְּהַאי שְׁבָחָא לָא שְׁקִיל בְּכוֹר אֶלָּא כְּאֶחָד מִן הָאַחִין וְשָׁמִין אוֹתָן מֶה הָיוּ שָׁוִין כְּשֶׁמֵּת הָאָב וּבְהָנְהוּ דָּמֵי' שְׁקִיל פִּי שְׁנַיִם דְּאִי מֵרֵישָׁא הֵ"א אֵין הַבְּכוֹר נוֹטֵל פִּי שְׁנַיִם בְּשֶׁבַח ה"מ בְּשֶׁבַח שֶׁטָּרְחוּ בּוֹ אַחִים כְּגוֹן זִיבּוּל שָׂדוֹת וְקִשְׁקוּשׁ וְעִידּוּר:
Ou [des fleurs] en bourgeon devenues dattes — [le fruit était] en bourgeon (semadar) et maintenant il est devenu de grosses dattes. Et [la michna] nous apprend que, même dans cette plus-value, le bekhor ne prend pas [double part] mais [seulement] comme l'un des frères : on évalue ce que valaient [les biens] à la mort du père, et sur cette valeur-là il prend la part double. Car si [la michna n'avait enseigné cela] qu'au début [dans le cas de la plus-value ordinaire], j'aurais dit : le bekhor ne prend pas double part dans la plus-value — mais cela vaut [seulement] pour une plus-value dans laquelle les frères ont peiné, comme le fumage des champs, le sarclage et le binage.
🗂️ Tossefot (1)
לְאֵיתוֹיֵי שְׁבָחָא דְּמִמֵּילָא חֲפוּרָה וַהֲווֹ שֻׁובְלֵי כו' כְּרַבָּנָן אָתְיָא מַתְנֵי' דִּפְלִיגִי רַבִּי וְרַבָּנָן גַּבֵּי בְּכוֹר אִם נוֹטֵל בַּשֶּׁבַח אִם לָאו וּמַסִּיק הָתָם וּבַחֲפוּרָה וְהָוֵי שֻׁובְלֵי שַׁלְפּוּפֵי וַהֲווֹ תַּמְרֵי פְּלִיגִי וְהָתָם נָמֵי קָאָמַר רָבָא דְּאָסוּר לַעֲשׂוֹת כְּדִבְרֵי רַבִּי:
'Pour inclure une plus-value survenue d'elle-même, [du blé] en herbe devenu épis, etc.' — notre michna suit l'avis des Sages, qui divergent de Rabbi au sujet du bekhor : prend-il [double part] dans la plus-value ou non ? Et l'on conclut là-bas [dans Bava Batra] que c'est précisément dans le cas [du blé] en herbe devenu épis et des fleurs en bourgeon devenues dattes que Rabbi et les Sages divergent ; et là-bas aussi Rava dit qu'il est interdit d'agir selon l'avis de Rabbi.
💡 Explication

La michna (52a) enseigné que le bekhor ne prend pas double part dans la plus-value du bien après la mort du père. Ce segment précise : cela vaut même pour une plus-value survenue d'elle-même, sans effort des frères — par exemple du blé qui, simple herbe (hafoura) à la mort du père, est devenu épis ; ou des fleurs de dattier (chelfoufei) devenues dattes mûres. On évalue la valeur au moment du décès, et le bekhor ne prend double part que sur cette valeur-là.

2
וְלֹא בָּרָאוּי כְּבַמֻּוחְזָק, לְאֵיתוֹיֵי נִכְסֵי דַּאֲבִי אַבָּא.

'Et [il ne prend] pas dans [un bien] à-venir (raouy) comme dans [un bien] déjà détenu (mouhzak)' — [cela vient] inclure les biens du père de son père (nikhsei de-avi abba).

📜 Rachi (1)
נִכְסֵי דַּאֲבִי אַבָּא אִם הָיָה אֲבִי אֲבִיהֶם חַי בִּשְׁעַת מִיתַת אֲבִיהֶם וְהָיוּ נְכָסִים רָאוְיָן לִיפֹּול לָהֶם כְּשֶׁיָּמוּת אע"ג דְּוַדַּאי עֲתִידִים לִיפֹּול לָהֶם וְאַפֵּי' יֵשׁ לוֹ בֵּן אֶחָד יִטְּלוּ אֵלּוּ חֵלֶק אֲבִיהֶם וסד"א כְּמֻוחְזָק דָּמוּ וקמ"ל סֵיפָא דְּאִי מֵרֵישָׁא הֵ"א רָאוּי דְּקָתָנֵי רֵישָׁא דְּאֵין הַבְּכוֹר נוֹטֵל בּוֹ כְּגוֹן שֶׁנָּפְלוּ לוֹ נִכְסֵי אֲחִי אֲבִיהֶם שֶׁהָיָה לוֹ בָּנִים בִּשְׁעַת מִיתַת אֲבִיהֶם שֶׁל אֵלּוּ וּמֵתוּ בָּנָיו וְאַחַ"כּ מֵת הוּא דִּנְכָסִים הַלָּלוּ לֹא הָיוּ רְאוּיִן לָהֶם בִּשְׁעַת מִיתַת אֲבִיהֶם אֶלָּא מִסָּפֵק:
Les biens du père de son père — si le père de leur père était vivant au moment de la mort de leur père, et que les biens étaient destinés (raouyin) à leur échoir à sa mort : bien qu'ils doivent certainement leur échoir — et [ce] même [le grand-père] n'a qu'un [seul] fils [survivant, ces petits-fils] prendront la part de leur père — on aurait pu penser qu'ils sont comme déjà détenus (mouhzak) ; [la michna] nous enseigne donc [le contraire] dans sa clause finale. Car si [on ne l'avait appris] que par le début, j'aurais dit : le 'à-venir' dont enseigne le début, [dans lequel] le bekhor ne prend pas [double part], c'est par exemple [le cas où] lui sont échus les biens du frère de son père qui avait des fils au moment de la mort du père de ceux-ci, et que ses fils sont morts, puis que lui-même est mort — car ces biens-là n'étaient pas destinés à leur échoir au moment de la mort de leur père, sinon par [un simple] doute.
💡 Explication

Autre répétition de la michna : le bekhor ne prend pas double part dans un bien à-venir (raouy — pas encore entré en possession du père) comme dans un bien déjà détenu (mouhzak). Ce segment l'étend aux biens du grand-père : si le grand-père était encore vivant à la mort du père, les biens qui reviendront un jour aux petits-fils sont 'à-venir' — le bekhor n'y prend pas double part, même s'ils tomberont certainement dans l'héritage.

3
מַתְנִי׳ וְאֵלּוּ שֶׁאֵין חוֹזְרִין בַּיּוֹבֵל — הַבְּכוֹרָה, וְהַיּוֹרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ, וְהַמְיַיבֵּם אֶת אֵשֶׁת אָחִיו.

MICHNA. Et voici ceux qui ne reviennent pas au Yovel (jubilé) : la bekhora (part de l'aîné), celui qui hérite de son épouse, et celui qui contracte le lévirat (yibum) avec la femme de son frère.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' וְהַמְייַבֵּם אֶת אֵשֶׁת אָחִיו וְנָטַל חֵלֶק אָחִיו יְרֻושָּׁה גְּמוּרָה הִיא וְאֵינוֹ מַחֲזִיר בַּיּוֹבֵל:
MICHNA. Et celui qui contracte le lévirat avec la femme de son frère — et prend la part de son frère : c'est un héritage complet (yeroucha gemoura), et il ne [le] rend pas au Yovel.
💡 Explication

Début d'une nouvelle michna. Trois biens (bientôt quatre) qui, à la différence d'un champ ancestral, ne reviennent pas à leurs premiers propriétaires lors du Yovel : (1) la part double du bekhor — il ne la rend pas pour un nouveau partage ; (2) le mari qui hérite de son épouse — il ne rend pas à la famille de celle-ci ; (3) le yavam qui, par le lévirat, prend la part du frère défunt.

4
וְהַמַּתָּנָה — דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: הַמַּתָּנָה כְּמֶכֶר, רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: כֻּולָּם חוֹזְרִין בַּיּוֹבֵל, רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: אַף הַיּוֹרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ יַחְזִיר לִבְנֵי מִשְׁפָּחָה, וִינַכֶּה מֵהֶן אֶת הַדָּמִים.

Et le don (matana) — [ne revient pas non plus au Yovel] : paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : le don est comme une vente [et revient donc].

Rabbi Elazar dit : tous reviennent au Yovel. Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : même celui qui hérite de son épouse doit rendre [le bien] aux membres de la famille [de celle-ci], et il déduira d'eux le prix (damim).

📜 Rachi (2)
מַתָּנָה כְּמֶכֶר וְיוֹצְאָהּ בַּיּוֹבֵל:
Le don est comme une vente — et sort (revient) au Yovel.
הַיּוֹרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ יַחְזִיר קַרְקָעוֹת לִבְנֵי מִשְׁפַּחְתָּהּ בְּדָמִים וִינַכֶּה לָהֶם מִן הַדָּמִים. וּבַגְּמָ' מְפָרֵשׁ לָהּ:
Celui qui hérite de son épouse rend — les terres, aux membres de sa famille [à elle], contre paiement, et il [leur] déduit du prix. Et la Guemara l'explique.
💡 Explication

Suite et cceur de la michna. Pour R. Meir, même le don ne revient pas au Yovel. Trois positions divergent : les Sages tiennent que le don équivaut à une vente (donc il revient) ; R. Elazar dit que tout revient ; R. Yo'hanan ben Beroka ajoute que l'héritier de l'épouse doit rendre le bien à la famille de celle-ci, en déduisant le prix (la Guemara expliquera qu'il s'agit du cimetière familial).

5
גְּמָ׳ מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי מֵאִיר? מֶכֶר הוּא דְּאָמַר רַחֲמָנָא לֶיהְדַּר בַּיּוֹבֵל, מַתָּנָה וִירֻושָּׁה לֹא. וְהָנֵי מִיְּרֻושָּׁה — יְרֻושָּׁה, דְּמַתָּנָה — מַתָּנָה. בְּכוֹר — ״לָתֶת לוֹ פִּי שְׁנַיִם״, מַתָּנָה קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא.

GUEMARA. Quel est le motif de Rabbi Meir ?

C'est [au sujet d']une vente que le Miséricordieux a dit qu'elle revient au Yovel ; un don et un héritage, non. Et parmi ces [cas de la michna], ceux [qui dérivent] d'un héritage — [sont un] héritage, [celui] d'un don — [est un] don.

Le bekhor : 'pour lui donner (la-têt lo) une double part' — le Miséricordieux l'a appelé un don (matana).

🗂️ Tossefot (1)
בְּכוֹר לָתֶת לוֹ פִּי שְׁנַיִם מַתָּנָה קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא תֵּימַהּ בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּיבָמוֹת (דַּף כֹּד:) דְּמַסִּיק גַּבֵּי יָבָם אֶלָּא בְּכוֹר דְּקַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא לְמַאי הִלְכְתָא לִגְרִיעוּתָא דְּאֵינוֹ נוֹטֵל בָּרָאוּי כְּבַמֻּוחְזָק אַמַּאי לָא קָאָמַר לַחֲשִׁיבוּתָא דְּאֵינָהּ חוֹזֶרֶת בַּיּוֹבֵל בִּבְכוֹרָה וְי"ל מִשּׁוּם דְּאִיכָּא ר' אֶלְעָזָר דִּפְלִיג הָכָא וְאָמַר כֻּולָּן חוֹזְרִין בַּיּוֹבֵל:
'Le bekhor : pour lui donner une double part — le Miséricordieux l'a appelé un don' — c'est étonnant : au deuxième chapitre de Yevamot (24b), on conclut au sujet du yavam 'mais [pour] le bekhor que le Miséricordieux a [ainsi] appelé, pour quelle halakha [est-ce dit] ? Pour [le] diminuer : il ne prend pas dans le 'à-venir' comme dans le 'déjà détenu'' — pourquoi ne dit-on pas [plutôt] pour [le] valoriser, [à savoir] que la bekhora ne revient pas au Yovel ? Et l'on peut répondre : parce qu'il y a Rabbi Elazar qui diverge ici et dit que tous reviennent au Yovel.
💡 Explication

La Guemara cherche la source de R. Meir. Le verset (Lv 25) n'impose le retour au Yovel que pour une vente ; un don et un héritage restent acquis. La Guemara classe alors chaque cas de la michna. Pour le bekhor : le verset 'pour lui donner (la-têt) une double part' (Dt 21:17) emploie le verbe DONNER — donc sa part est un don, et un don ne revient pas.

6
וְהַיּוֹרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ, יְרֻושַּׁת הַבַּעַל דְּאוֹרָיְיתָא, וְהַמְייַבֵּם אֶת אֵשֶׁת אָחִיו — ״בְּכוֹר״ קַרְייֵהּ רַחֲמָנָא.

Et celui qui hérite de son épouse — l'héritage du mari est de la Torah (mide-Oraïta) ; et celui qui contracte le lévirat avec la femme de son frère — le Miséricordieux l'a appelé 'bekhor'.

📜 Rachi (1)
גְּמ' יְרֻושַּׁת הַבַּעַל דְּאוֹרָיְיתָא לִשְׁאֵרוֹ הַקָּרֹוב אֵלָיו מִמִּשְׁפַּחְתּוֹ וְיָרַשׁ אוֹתָהּ מִכָּאן שֶׁהַבַּעַל יוֹרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ בְּיֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב קיא:):
GUEMARA. L'héritage du mari est de la Torah — 'a son parent le plus proche de sa famille, et il en héritera' (Nb 27:11) : de là [on apprend] que le mari hérite de son épouse, dans [le chapitre] 'Yech Nohalin' (Bava Batra 111b).
💡 Explication

Suite du classement selon R. Meir. Le mari qui hérite de son épouse : pour R. Meir, cet héritage est de la Torah (et un héritage ne revient pas au Yovel). Le yavam : le verset l'appelle 'bekhor' ('ce sera le premier-né', Dt 25:6), or la part du bekhor (pour R. Meir) ne revient pas — donc celle du yavam non plus.

7
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַתָּנָה כְּמֶכֶר. מַאי טַעְמַיְיהוּ דְּרַבָּנָן? ״תָּשׁוּבוּ״ — לְרַבּוֹת אֶת הַמַּתָּנָה.

Et les Sages disent : le don est comme une vente. Quel est le motif des Sages ? 'Vous reviendrez (tachouvou)' — pour inclure le don.

📜 Rachi (1)
תָּשֻׁובוּ אִישׁ אֶל אֲחֻוזָּתוֹ קְרָא יַתִּירָא הוּא דְּהָא כְּבָר נֶאֱמַר (וַיִּקְרָא כ״ה:י׳) וְשַׁבְתֶּם אִישׁ אֶל אֲחֻוזָּתוֹ וְהִלְכָּךְ לְרַבּוֹת אֶת הַמַּתָּנָה:
'Vous reviendrez' — 'chacun à sa propriété' : c'est un verset superflu, car il est déjà dit (Lv 25:10) 'et vous reviendrez chacun à sa propriété' ; donc [il vient] inclure le don.
💡 Explication

Motif des Sages : le mot 'tachouvou' (vous reviendrez, Lv 25:13) est superflu, car il est déjà écrit 'vous reviendrez chacun à sa propriété' (Lv 25:10). Ce mot en trop vient donc inclure le don parmi ce qui revient au Yovel — le don est traité comme une vente.

8
וְהָנֵי כֻּולְּהוּ יְרֻושָּׁה נִינְהוּ.

Et tous ces [autres cas] sont [des cas] d'héritage.

📜 Rachi (1)
וְהָנָךְ אַחֲרֵינִי דְּמַתְנִי' לְהָכִי מוֹדוּ רַבָּנָן דְּאֵינָם חוֹזְרִין דְּכוּלְּהוּ יְרֻושָּׁה נִינְהוּ:
Et ces [autres cas] — les autres [cas] de la michna : c'est pour cela que les Sages concèdent qu'ils ne reviennent pas, car tous sont [des cas] d'héritage.
💡 Explication

Pour les Sages aussi, les autres cas de la michna (héritage de l'épouse, yavam) sont des héritages — ils ne reviennent donc pas au Yovel. Les Sages ne divergent de R. Meir que sur le don ; ils admettent que l'héritage du mari est de la Torah et que le yavam est assimilé au bekhor.

9
בְּכוֹר אֲמַר קְרָא: ״לָתֶת לוֹ פִּי שְׁנַיִם״, מַקִּישׁ חֵלֶק בְּכוֹרָה לְחֵלֶק פָּשׁוּט — מָה חֵלֶק פָּשׁוּט יְרֻושָּׁה, אַף חֵלֶק בְּכוֹרָה יְרֻושָּׁה.

Le bekhor : le verset dit 'pour lui donner une double part' — il assimile (makich) la part de bekhora à la part simple (pechout) : de même que la part simple est un héritage, de même la part de bekhora est un héritage.

📜 Rachi (2)
פִּי שְׁנַיִם מַקִּישׁ חֲלָקָיו זֶה לָזֶה דְּמֶה חֵלֶק פְּשִׁיטוּתוֹ הָוֵי יְרֻושָּׁה כְּדִכְתִיב בְּיוֹם הַנְחִילוֹ אֶת בָּנָיו:
Une double part — il assimile ses [deux] parts l'une à l'autre : de même que sa part simple est un héritage — comme il est écrit 'le jour où il fait hériter ses fils' —
אַף חֵלֶק בְּכוֹרָתוֹ יְרֻושָּׁה וִירֻושַּׁת הַבַּעַל דְּאוֹרָייְתָא וְיָבָם בְּכוֹר קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא:
de même sa part de bekhora est un héritage. Et l'héritage du mari est de la Torah, et le yavam, le Miséricordieux l'a appelé bekhor.
💡 Explication

Ici les Sages lisent le même verset autrement que R. Meir. 'Pour lui donner une double part' opère un hekech (assimilation) entre les deux parts du bekhor : sa part simple (comme tout frère) est incontestablement un héritage — 'le jour où il fait hériter ses fils' (Dt 21:16) — donc sa part double est aussi un héritage, et ne revient pas au Yovel. C'est le nerf du débat : DONNER (R. Meir) vs. la juxtaposition des deux parts (Sages).

10
רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: כֻּולָּם חוֹזְרִים בַּיּוֹבֵל. סָבַר לַהּ כְּרַבָּנַן דְּאָמְרִי: ״תָּשׁוּבוּ״ לְרַבּוֹת אֶת הַמַּתָּנָה, וְהָנֵי כֻּולְּהוּ מַתָּנָה נִינְהוּ. בְּכוֹר — ״לָתֶת לוֹ פִּי שְׁנַיִם״, מַתָּנָה קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא.

Rabbi Elazar dit : tous reviennent au Yovel. Il tient comme les Sages qui disent : 'vous reviendrez' [vient] inclure le don ; et tous ces [cas] sont [des cas] de don.

Le bekhor : 'pour lui donner une double part' — le Miséricordieux l'a appelé un don.

💡 Explication

Position de R. Elazar : tout revient au Yovel. Il suit les Sages sur 'tachouvou' (le don revient), mais tient que tous les cas de la michna sont des dons (et non des héritages). Pour le bekhor, il lit 'la-têt' comme R. Meir — un don — mais, contrairement à R. Meir, un don revient au Yovel selon lui.

11
וְהַיּוֹרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ — יְרֻושַּׁת הַבַּעַל דְּרַבָּנָן, וְהַמְיַיבֵּם אֶת אֵשֶׁת אָחִיו — ״בְּכוֹר״ קַרְייֵהּ רַחֲמָנָא.

Et celui qui hérite de son épouse — l'héritage du mari est [seulement] rabbinique (de-rabbanan) ; et celui qui contracte le lévirat avec la femme de son frère — le Miséricordieux l'a appelé 'bekhor'.

💡 Explication

Suite de R. Elazar. Pour lui, l'héritage du mari est rabbinique (de-rabbanan) — il n'a donc pas le statut d'un héritage de la Torah qui ne reviendrait pas ; il revient. Le yavam, appelé 'bekhor', suit le sort de la part du bekhor — laquelle, pour R. Elazar, revient au Yovel.

12
אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָאַחִין שֶׁחָלְקוּ לָקוֹחוֹת הֵן, וּמַחֲזִירִין זֶה לָזֶה בַּיּוֹבֵל. מוֹתֵיב רַב הוֹשַׁעְיָא: וְאֵלּוּ שֶׁאֵין חוֹזְרִין בַּיּוֹבֵל — הַבְּכוֹרָה!

Rabbi Assi dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les frères qui ont partagé [l'héritage] sont des acheteurs (lekouhot), et ils se rendent [les parts] l'un à l'autre au Yovel. Rav Hochaya objecte : [mais la michna dit] 'et voici ceux qui ne reviennent pas au Yovel : la bekhora' !

📜 Rachi (1)
וּמַחֲזִירִין זֶה לָזֶה וְחוֹזְרִין וְחוֹלְקִין:
Et ils se rendent l'un à l'autre — et ils recommencent à partager.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר ר' יוֹחָנָן הָאַחִין שֶׁחָלְקוּ לָקוֹחוֹת הֵן וּמַה שֶׁקָּשֶׁה אֶדֶר' אַסִּי דְּרֵישׁ פִּירְקִין (בְּכוֹרוֹת מח.) דְּאָמַר מֶחֱצָה יוֹרְשִׁין וּמַה שֶׁמַּקְשֶׁה ר״ת הֵיאַךְ מָצִינוּ יָדֵינוּ וְרַגְלֵינוּ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ דְּקי״ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּלָקוֹחוֹת הֵן וּכְרֵישׁ לָקִישׁ דְּקִנְיַן פֵּירוֹת לָאו כְּקִנְיַן הַגּוּף וא״כ לָא מַשְׁכַּחַת לָךְ דְּמַיְיתֵי בִּיכּוּרִים אֶלָּא חַד בַּר חַד עַד יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הַכֹּל פֵּירַשְׁתִּי בְּפֶ' הַחוֹבֵל (ב״ק פח: ד״ה הָכִי) (וּבְפֶ' בֵּית כּוֹר) (קו) וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ דאע״ג דְּאִית לֵיהּ לָקוֹחוֹת הֵן וְכָל הָנְהוּ נָמֵי דְּאִית לְהוּ אֵין בְּרֵירָה לֹא אָמְרוּ דְּמַחֲזִירִין בַּיּוֹבֵל רַק רַבִּי יוֹחָנָן לְבַדּוֹ וְדַוְקָא עַל ר' יוֹחָנָן דִּיֵּיק בְּסוֹף הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף מח.) הֵיאַךְ מָצָא יָדָיו וְרַגְלָיו דַּהֲרֵי חוֹזֶרֶת בַּיּוֹבֵל בְּכָךְ אֲבָל כּוּלְּהוּ אַחֲרֵינִי סָבְרִי אע״ג דְּלָקוֹחוֹת הֵן דְּאֵין בְּרֵירָה מֶכֶר הוּא דְּאָמַר רַחֲמָנָא דְּלֶיהְדַּר בְּיוֹבֵל יְרֻושָּׁה וּמַתָּנָה לָא כִּדְאָמַר לְעֵיל וְכִדְאָמַר נָמֵי לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נו:) דאע״ג דְּא״ר יוֹחָנָן דַּאֲפִילּוּ חָלְקוּ ט' כְּנֶגֶד ט' וִי' כְּנֶגֶד י' אֵין אוֹמְרִים הוּא חֶלְקוֹ הַמַּגִּיעוֹ מִשָּׁעָה רִאשׁוֹנָה לְכָךְ אַפֵּ״ה אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעֵי' דְּלָקוֹחוֹת הָווּ וְחוֹזְרִים בַּיּוֹבֵל דְּסָלְקָא אַדַּעְתִּין דְּאֵין חוֹזֵר מִטַּעַם דְּפָרֵישִׁית אִי נָמֵי יָלְפִינַן כָּל חֲלֻוקַּת יְרֻושָּׁה מַחֲלֹוקֶת יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר בְּיֵשׁ נוֹחֲלִין (ב״ב דַּף קיט:) דִּירֻושָּׁה הִיא לָהֶם מֵאֲבוֹתֵיהֶם וְאַפֵּ״ה מוֹדֶה בָּהּ ר' יוֹחָנָן דְּלָא חָזְרָה בַּיּוֹבֵל כִּדְקָאָמַר חַד בַּר חַד עַד יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן דִּסְבָרָא הוּא דְּלָא חָזְרָה כֵּיוָן שֶׁחָלְקוּ עַל פִּי נְבִיאִים וּבְאוּרִים וְתֻומִּים וּבִגְזֵירַת הַכָּתוּב וּבְהַךְ סְבָרָא פְּלִיגִי שְׁאָר אָמוֹרָאֵי עַל רַבִּי יוֹחָנָן וְנִיחָא הַשְׁתָּא הָא דְּפָרִיךְ הָכָא רַב אוֹשַׁעְיָא עַל רַבִּי יוֹחָנָן מִמַּתְנִיתִין דְּקָתָנֵי וְאֵלּוּ שֶׁאֵין חוֹזְרִין בַּיּוֹבֵל הַבְּכוֹרָה וְאִיכָּא אָמוֹרָאֵי דְּאִית לְהוּ לָקוֹחוֹת הֵן וְאֵין בְּרֵירָה וְלָא פָּרִיךְ עֲלַיְיהוּ אֶלָּא דַּווְקָא עַל רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם דְּאָמַר חוֹזְרִין וא״ת מַאי קָשֶׁה לְרַבִּי יוֹחָנָן הָא רַבִּי מֵאִיר קָתָנֵי לָהּ לְמִתְנֵי' דְּאִית לֵיהּ בְּרֵירָה גַּבֵּי לוֹקֵחַ יַיִן מִבֵּין הַכּוּתִיִּים (תּוֹסֶפְתָּא דִּדְמַאי פ״ז מ״ד) וי״ל דַּחֲכָמִים נָמֵי לָא פְלִיגִי עָלֶיהָ בִּבְכוֹר אֶלָּא ר״א וְעוֹד דאע״ג דְּאִית לֵיהּ בְּרֵירָה הֵיכָא דִּמְבָרֵר הַסָּפֵק ע״פ תְּנָאוֹ דִּלְמָא לֵית לֵיהּ בְּעָלְמָא שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק כְּדִפְרַשִׁי' לְעֵיל (בְּכוֹרוֹת דַּף מח. ד״ה דְּכֻולֵּי):
'Rabbi Assi dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les frères qui ont partagé sont des acheteurs' — quant à la difficulté contre R. Assi lui-même au début de ce chapitre (Bekhorot 48a), où il dit 'la moitié [sont] des héritiers' ; et quant à la difficulté que soulève Rabbenou Tam — comment trouvons-nous [encore] nos mains et nos pieds à la maison d'étude, puisque nous tenons comme R. Yo'hanan que [les frères] sont des acheteurs, et comme Rech Lakich que la propriété des fruits n'est pas comme la propriété du corps [du bien], si bien qu'on ne trouverait plus personne pouvant apporter les prémices sinon un fils unique de fils unique jusqu'à Yehochoua ben Noun — j'ai tout expliqué dans [le chapitre] 'Ha-Hovel' (Bava Kamma 88b) (et dans [le chapitre] 'Beit Kor'). Et l'on peut expliquer : bien que [R. Yo'hanan] tienne qu'ils sont des acheteurs, et [bien] que tous ceux qui tiennent aussi qu'il n'y a pas de rétro-désignation (ein berera) [le tiennent], on n'a dit qu'ils se rendent [les parts] au Yovel que pour le seul R. Yo'hanan ; et c'est précisément sur R. Yo'hanan qu'on raisonne à la fin de [chapitre] 'Ha-Choleah' (Gittin 48a) : comment [le bekhor] trouve-t-il ses mains et ses pieds, puisque [sa part] revient ainsi au Yovel. Mais tous les autres tiennent que, même s'ils sont des acheteurs — car il n'y a pas de rétro-désignation — c'est [seulement] une vente que le Miséricordieux a dit qui revient au Yovel, [tandis qu'] un héritage et un don, non, comme dit plus haut, et comme il est dit aussi plus loin au dernier chapitre (Bekhorot 56b). Car bien que R. Yo'hanan dise que, même s'ils ont partagé [à] neuf contre neuf et dix contre dix, on ne dit pas 'c'est sa part qui lui revenait dès le début' — malgré cela il a fallu [nous] enseigner qu'ils sont des acheteurs et qu'ils se rendent [les parts] au Yovel, car il serait venu à l'esprit qu'ils ne se rendent [rien], pour le motif que j'ai expliqué. Ou bien nous dérivons tout partage d'héritage du partage de Yehochoua, dont on dit dans 'Yech Nohalin' (Bava Batra 119b) que c'était pour eux un héritage de leurs pères, et malgré cela R. Yo'hanan concède que [le pays] n'est pas revenu au Yovel, comme il dit 'un fils après un fils jusqu'à Yehochoua ben Noun', car il est logique qu'il ne revienne pas puisqu'ils ont partagé sur la parole des prophètes, par les Ourim et Toumim et par décret de l'Écriture. Et c'est sur ce raisonnement que les autres Amoraim divergent de R. Yo'hanan. Et l'on comprend maintenant pourquoi Rav Hochaya objecte ici à R. Yo'hanan depuis la michna qui enseigne 'et voici ceux qui ne reviennent pas au Yovel : la bekhora', alors qu'il y a des Amoraim qui tiennent [aussi] qu'ils sont des acheteurs et qu'il n'y a pas de rétro-désignation, et qu'on ne leur objecte pas [à eux] — mais précisément à R. Yo'hanan, parce qu'il dit qu'ils reviennent. Et si tu demandes : quelle difficulté pour R. Yo'hanan, puisque c'est Rabbi Meir qui enseigne cette michna, lui qui tient qu'il y a rétro-désignation, au sujet de celui qui achète du vin chez les Couthéens (Tossefta Demai 7:4) ? On peut répondre : les Sages non plus ne divergent de lui au sujet du bekhor que [ce sont] R. Elazar [et non tous] ; et de plus, même s'il tient qu'il y a rétro-désignation là où l'on clarifie le doute selon sa condition, peut-être ne tient-il pas [qu'il y en a] en général, [au point] qu'il y ait lieu de partager, comme nous l'avons expliqué plus haut (Bekhorot 48a).
💡 Explication

Nouveau sujet. R. Yo'hanan (via R. Assi) : quand des frères partagent l'héritage, on ne considère pas que chacun a reçu exactement sa part ; ils sont acheteurs l'un de l'autre (chacun échange sa part contre celle de l'autre). Comme des acheteurs, ils se rendent les parts au Yovel, puis repartagent. Rav Hochaya objecte depuis la michna : 'la bekhora ne revient pas au Yovel' — contradiction ?

13
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר: מַאי ״אֵין חוֹזְרִין״ — אֵין חוֹזְרִין לְבַטָּלָה. מַתְקִיף לַהּ רַב שֵׁשֶׁת: מִכְּלָל דְּמַאן דְּאָמַר ״חוֹזְרִין״ — חוֹזְרִין לְבַטָּלָה קָאָמַר?

Rabbi Elazar lui dit : que [signifie] 'ne reviennent pas' ? [Cela veut dire] ne reviennent pas en pure perte (le-vatala).

Rav Chechet objecte : en déduit-on que celui qui dit 'reviennent' veut dire 'reviennent en pure perte' ?!

📜 Rachi (2)
אֵין חוֹזְרִין לְבַטָּלָה שֶׁיְּהֵא מְאַבֵּד בְּכוֹרָתוֹ אֲבָל חוֹזְרִין וְחוֹלְקִין וְנוֹטֵל פִּי שְׁנַיִם כְּבַתְּחִלָּה:
Ne reviennent pas en pure perte — [de sorte] qu'[le bekhor] perdrait sa bekhora ; mais ils reviennent et repartagent, et il prend une double part comme au début.
מִכְּלָל דר' אֶלְעָזָר דְּאָמַר חוֹזְרִין לְבַטָּלָה קָאָמַר בִּתְמִיהַּ:
En déduit-on que R. Elazar, qui dit 'reviennent', veut dire 'reviennent en pure perte' ? — sur un ton d'étonnement.
💡 Explication

R. Elazar résout l'objection : 'la bekhora ne revient pas' ne signifie pas qu'elle n'est pas rendue au Yovel, mais qu'elle ne revient pas en pure perte (le-vatala) — le bekhor ne perd pas son surplus : au repartage, il reprend sa double part. Rav Chechet objecte : cette lecture impliquerait, à l'inverse, que l'avis 'reviennent' (R. Elazar dans la michna) voudrait dire 'reviennent en pure perte' — ce qui paraît absurde.

14
קָרֵי רַב חָמָא עֲלֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת: ״טוֹבָה חָכְמָה עִם נַחֲלָה״, וְלָא שְׁמִיעַ לְהוּ הָא דְּכִי אָתֵי רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן שַׁמּוּעַ: מַאי ״חוֹזְרִין״ — חוֹזְרִין לְבַטָּלָה.

Rav Hama lut à propos de Rav Chechet : 'bonne est la sagesse avec un héritage' (Qohelet 7:11) ; et ils n'avaient pas entendu ce que [dit], quand Ravin vint [de Terre d'Israël], Rabbi Yo'hanan — et certains le rapportent [au nom de] Rabbi Elazar au nom de Rabbi Elazar ben Chamoua : que [signifie] 'reviennent' ? Reviennent en pure perte.

📜 Rachi (1)
טוֹבָה חָכְמָה עִם נַחֲלָה טוּב טַעַם חָכְמַת חֲרִיפוּת הָאֲמוּרָה עִם נַחֲלַת הַבָּרָיְיתוֹת שֶׁהָיָה רַב שֵׁשֶׁת בַּעַל בָּרָיְיתוֹת דְּאִי הֲוָה שְׁמִיעַ לֵיהּ לְרַב שֵׁשֶׁת הָא דְּרַבֵּיהּ לָא הֲוָה פָּרֵיךְ מִידִי:
Bonne est la sagesse avec un héritage — bon est le goût de la sagesse de la finesse [dialectique], jointe à l'héritage des baraitot ; car Rav Chechet était maître des baraitot. Car s'il avait entendu cet [enseignement] de son maître, il n'aurait rien objecté.
🗂️ Tossefot (1)
קָרֵי רַב חָמָא עֲלֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת טוֹבָה חָכְמָה עִם נַחֲלָה רַב שֵׁשֶׁת בַּעַל בָּרָייְתוֹת הֲוָה כִּדְאָמַר בְּפֶ' הֲדַר (עֵירוּבִין דַּף סז.) דְּרַב חִסְדָּא מֵרִתְעָן שִׂפְוָותֵיהּ (מִמַּתְנִיתִין) דְּרַב שֵׁשֶׁת ולה"ק טוֹבָה חָכְמָה מֵימְרָא דְּרָבִין א"ר יוֹחָנָן עִם נַחֲלָה קַבָּלוֹת הַרְבֵּה שֶׁהָיוּ לוֹ שְׁנוּיוֹת בַּבָּרַיְיתָא:
'Rav Hama lut à propos de Rav Chechet : bonne est la sagesse avec un héritage' — Rav Chechet était maître des baraitot, comme il est dit dans [le chapitre] 'Ha-Dar' (Erouvin 67a) : les lèvres de Rav Hisda tremblaient [d'appréhension] devant les baraitot de Rav Chechet. Et le sens du verset [ici] est : 'bonne est la sagesse' — [l'enseignement] rapporté par Ravin au nom de R. Yo'hanan ; 'avec un héritage' — les nombreuses traditions qu'il possédait, enseignées dans les baraitot.
💡 Explication

Rav Hama applique à Rav Chechet le verset 'bonne est la sagesse avec un héritage' (Qoh 7:11) : il ne suffit pas d'hériter la connaissance des baraitot (Rav Chechet en était le maître), il faut aussi la sagesse des Amoraim. En effet, Rav Chechet ignorait l'enseignement rapporté par Ravin au nom de R. Yo'hanan (ou R. Elazar au nom de R. Elazar ben Chamoua) : l'avis 'reviennent' signifie bien 'reviennent en pure perte' — le bekhor y perd son surplus. L'objection de Rav Chechet tombe donc.

15
רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: אַף הַיּוֹרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ יַחְזִיר לִבְנֵי וְכוּ׳. מַאי קָסָבַר? אִי קָסָבַר יְרֻושַּׁת הַבַּעַל דְּאוֹרָייְתָא — אַמַּאי יַחְזִיר לִבְנֵי מִשְׁפָּחָה? וְאִי קָסָבַר יְרֻושַּׁת הַבַּעַל דְּרַבָּנַן — דָּמִים מַאי עֲבִידְתַּיְיהוּ?

Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : même celui qui hérite de son épouse doit rendre aux membres [de la famille], etc. Que tient-il ?

S'il tient que l'héritage du mari est de la Torah — pourquoi rendrait-il aux membres de la famille ? Et s'il tient que l'héritage du mari est rabbinique — le prix (damim), à quoi bon ?

💡 Explication

Retour à l'avis de R. Yo'hanan ben Beroka : l'héritier de l'épouse rend le bien à la famille de celle-ci, moyennant déduction du prix. La Guemara y voit une double difficulté : s'il tient que l'héritage du mari est de la Torah, pourquoi rendrait-il quoi que ce soit ? Et s'il le tient rabbinique (le bien appartient donc à la famille), pourquoi la famille devrait-elle lui verser un prix ?

16
לְעוֹלָם קָסָבַר יְרֻושַּׁת הַבַּעַל דְּאוֹרָייְתָא, וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן? כְּגוֹן שֶׁהוֹרִישַׁתּוּ אִשְׁתּוֹ בֵּית הַקְּבָרוֹת, וּמִשּׁוּם פְּגַם מִשְׁפָּחָה אֲמוּר רַבָּנַן: לִשְׁקֹול דָּמֵי וְלֶיהְדַּר.

En vérité, il tient que l'héritage du mari est de la Torah. Et de quoi s'agit-il ici ?

Par exemple lorsque son épouse lui a légué un cimetière (beit ha-kevarot) ; et à cause de l'atteinte à l'honneur de la famille (pegam michpaha), les Sages ont dit : qu'il prenne le prix et [le] rende.

💡 Explication

Résolution : R. Yo'hanan ben Beroka tient bien que l'héritage du mari est de la Torah. Le cas particulier est celui où l'épouse lui a légué le cimetière familial (beit ha-kevarot). Par égard pour l'honneur de la famille (pegam michpaha) — qu'elle ne soit pas privée de sa sépulture ancestrale — les Sages ont institué que le mari reprend le prix (la valeur) et rend le cimetière à la famille.

17
וְכִדְתַנְיָא: הַמּוֹכֵר קִבְרוֹ, וְדֶרֶךְ קִבְרוֹ, מְקוֹם מַעֲמָדוֹ, וּבֵית הֶסְפֵּדוֹ — בָּאִים בְּנֵי מִשְׁפָּחָה וְקוֹבְרִים אוֹתוֹ בְּעַל כָּרְחוֹ, מִשּׁוּם פְּגַם מִשְׁפָּחָה. וּמַאי ״יְנַכֶּה לָהֶם מִן הַדָּמִים״? דְּמֵי קֶבֶר אִשְׁתּוֹ.

Et comme il est enseigné [dans une baraita] : celui qui vend son tombeau, le chemin de son tombeau, son lieu de station (makom maamado) et l'emplacement de son éloge funèbre (beit hesped) — les membres de la famille viennent et l'ensevelissent [là] malgré lui (le vendeur/l'acheteur), à cause de l'atteinte à l'honneur de la famille. Et que [signifie] 'il déduira d'eux le prix' ?

Le prix du tombeau de son épouse.

📜 Rachi (3)
מְקוֹם מַעֲמָדוֹ שֶׁעוֹשִׂין מַעֲמָדוֹת שִׁבְעָה לְמֵת:
Son lieu de station — [le lieu] où l'on fait les sept stations (maamadot) pour le mort.
בְּעַל כָּרְחוֹ שֶׁל לוֹקֵחַ:
Malgré lui — de l'acheteur.
דְּמֵי קֶבֶר אִשְׁתּוֹ דְּהוּא חַייָּב בִּקְבוּרָתָהּ כִּדְאָמַר בְּמַסֶּכֶת כְּתֻובּוֹת (דַּף מז:):
Le prix du tombeau de son épouse — car il est tenu de son ensevelissement, comme il est dit au traité Ketoubot (47b).
🗂️ Tossefot (1)
בָּאִין בְּנֵי הַמִּשְׁפָּחָה וְקוֹבְרִין אוֹתוֹ בְּעַל כָּרְחוֹ מִשּׁוּם פְּגַם מִשְׁפָּחָה בְּפֶרֶק נִגְמַר הַדִּין (סַנְהֶדְרִין דַּף מו: וְשָׁם) מִבַּעְיָא לָן קְבוּרָה מִשּׁוּם בִּזְיוֹנָא אוֹ מִשּׁוּם כַּפָּרָה נָפְקָא מִינַּהּ דְּאָמַר לָא תִּקְבְּרוּנֵיהּ דְּאִי מִשּׁוּם בִּזְיוֹנָא לָאו כָּל כְּמִינֵּיהּ וְלֵיכָּא לְמִיפְשַׁט מִידִי מֵהָכָא דְּלָא קָאָמַר הָכָא דְּלָא לְיִקְבְּרוּהוּ כְּלָל אֶלָּא זוּזֵי אֲנָסוּהוּ לִמְכֹּור קִבְרוֹ וְדַרְכּוֹ וְכֵן מֵהַהִיא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף מח.) נָמֵי לֵיכָּא לְמִיפְשַׁט מִינָּהּ דְּקָאָמַר אַל תִּקְבְּרוּהוּ מִנְּכָסָיו אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ דְּבָעֵי הוּא שֶׁיִּקְבְּרוּהוּ אֶלָּא מִתְכַּוֵּין לְהַפִּיל עַצְמוֹ עַל הַצִּיבּוּר וּלְהַעֲשִׁיר אֶת בָּנָיו:
'Les membres de la famille viennent et l'ensevelissent malgré lui, à cause de l'atteinte à l'honneur de la famille' — au [chapitre] 'Nigmar ha-Din' (Sanhédrin 46b) nous nous demandons si la sépulture est [instituée] à cause de l'affront (bizyona) [fait au mort laissé sans sépulture] ou à cause de l'expiation (kappara) ; la nafka mina [est le cas] où [le défunt] dit 'ne m'ensevelissez pas' : si c'est à cause de l'affront, il n'en a pas le pouvoir [de renoncer]. Et l'on ne peut rien déduire d'ici, car ici il n'est pas dit qu'on ne l'ensevelirait pas du tout, mais [seulement] que l'argent l'a contraint à vendre son tombeau et son chemin. De même, de cette [source] de Ketoubot (48a) non plus on ne peut rien déduire : quand elle dit 'ne l'ensevelissez pas de ses biens, on ne l'écoute pas' — [c'est] parce qu'il veut [certes] qu'on l'ensevelisse, mais qu'il cherche à se décharger sur le public et à enrichir ses fils.
💡 Explication

Appui d'une baraita : celui qui a vendu son tombeau, le chemin y menant, le lieu où l'on se tient (makom maamado — les stations du deuil) ou l'emplacement de l'éloge (beit hesped), la famille peut l'y ensevelir malgré l'acheteur, pour l'honneur de la famille. Et le sens de 'il déduira le prix' (dans la michna) : le mari, tenu d'ensevelir son épouse, déduit de la valeur rendue le prix du tombeau de son épouse (à la charge du mari, cf. Ketoubot 47b).

18
הֲדַרַן עֲלָךְ יֵשׁ בְּכוֹר.

Nous avons achevé [le chapitre] 'Yech Bekhor' (Hadran alakh Yech Bekhor).

💡 Explication

Formule de clôture du chapitre 'Yech Bekhor' (le huitième chapitre de Bekhorot). 'Hadran alakh' — 'nous sommes revenus vers toi' — exprime l'attachement de l'étudiant au chapitre achevé, avec l'espoir d'y revenir.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).