Sougya : Fin du chapitre 'Yech Bekhor'. La michna énumère les biens qui, contrairement à un champ ancestral, NE reviennent PAS à leurs premiers propriétaires lors du Yovel (jubilé) : la part double du bekhor, l'héritage de son épouse, la part prise par le yavam (lévirat), et — selon R.
Meir — le don (matana). La Guemara expose quatre positions : R.
Meir (seule la vente revient), les Sages (le don = une vente), R. Elazar (tout revient), et R.
Yo'hanan ben Beroka (l'héritier de l'épouse rend au moins le cimetière familial). Le débat repose sur la lecture du verset 'la-têt lo pi chnayim' (Dt 21:17) : DON pour R.
Meir, HÉRITAGE pour les Sages (hekech avec la part simple). Enfin, R.
Yo'hanan enseigne que 'les frères qui ont partagé sont des acheteurs' et se rendent donc les parts au Yovel — objection de Rav Hochaya, résolution par R. Elazar puis Ravin sur le sens de 'revenir en pure perte'.
Le chapitre se clôture par le Hadran.
[La michna répète la règle] pour inclure une plus-value survenue d'elle-même (chevaha de-miméla) : [du blé encore] en herbe (hafoura) devenu épis, [des fleurs de dattier] en bourgeon (chelfoufei) devenues dattes.
La michna (52a) enseigné que le bekhor ne prend pas double part dans la plus-value du bien après la mort du père. Ce segment précise : cela vaut même pour une plus-value survenue d'elle-même, sans effort des frères — par exemple du blé qui, simple herbe (hafoura) à la mort du père, est devenu épis ; ou des fleurs de dattier (chelfoufei) devenues dattes mûres. On évalue la valeur au moment du décès, et le bekhor ne prend double part que sur cette valeur-là.
'Et [il ne prend] pas dans [un bien] à-venir (raouy) comme dans [un bien] déjà détenu (mouhzak)' — [cela vient] inclure les biens du père de son père (nikhsei de-avi abba).
Autre répétition de la michna : le bekhor ne prend pas double part dans un bien à-venir (raouy — pas encore entré en possession du père) comme dans un bien déjà détenu (mouhzak). Ce segment l'étend aux biens du grand-père : si le grand-père était encore vivant à la mort du père, les biens qui reviendront un jour aux petits-fils sont 'à-venir' — le bekhor n'y prend pas double part, même s'ils tomberont certainement dans l'héritage.
MICHNA. Et voici ceux qui ne reviennent pas au Yovel (jubilé) : la bekhora (part de l'aîné), celui qui hérite de son épouse, et celui qui contracte le lévirat (yibum) avec la femme de son frère.
Début d'une nouvelle michna. Trois biens (bientôt quatre) qui, à la différence d'un champ ancestral, ne reviennent pas à leurs premiers propriétaires lors du Yovel : (1) la part double du bekhor — il ne la rend pas pour un nouveau partage ; (2) le mari qui hérite de son épouse — il ne rend pas à la famille de celle-ci ; (3) le yavam qui, par le lévirat, prend la part du frère défunt.
Et le don (matana) — [ne revient pas non plus au Yovel] : paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : le don est comme une vente [et revient donc].
Rabbi Elazar dit : tous reviennent au Yovel. Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : même celui qui hérite de son épouse doit rendre [le bien] aux membres de la famille [de celle-ci], et il déduira d'eux le prix (damim).
Suite et cceur de la michna. Pour R. Meir, même le don ne revient pas au Yovel. Trois positions divergent : les Sages tiennent que le don équivaut à une vente (donc il revient) ; R. Elazar dit que tout revient ; R. Yo'hanan ben Beroka ajoute que l'héritier de l'épouse doit rendre le bien à la famille de celle-ci, en déduisant le prix (la Guemara expliquera qu'il s'agit du cimetière familial).
GUEMARA. Quel est le motif de Rabbi Meir ?
C'est [au sujet d']une vente que le Miséricordieux a dit qu'elle revient au Yovel ; un don et un héritage, non. Et parmi ces [cas de la michna], ceux [qui dérivent] d'un héritage — [sont un] héritage, [celui] d'un don — [est un] don.
Le bekhor : 'pour lui donner (la-têt lo) une double part' — le Miséricordieux l'a appelé un don (matana).
La Guemara cherche la source de R. Meir. Le verset (Lv 25) n'impose le retour au Yovel que pour une vente ; un don et un héritage restent acquis. La Guemara classe alors chaque cas de la michna. Pour le bekhor : le verset 'pour lui donner (la-têt) une double part' (Dt 21:17) emploie le verbe DONNER — donc sa part est un don, et un don ne revient pas.
Et celui qui hérite de son épouse — l'héritage du mari est de la Torah (mide-Oraïta) ; et celui qui contracte le lévirat avec la femme de son frère — le Miséricordieux l'a appelé 'bekhor'.
Suite du classement selon R. Meir. Le mari qui hérite de son épouse : pour R. Meir, cet héritage est de la Torah (et un héritage ne revient pas au Yovel). Le yavam : le verset l'appelle 'bekhor' ('ce sera le premier-né', Dt 25:6), or la part du bekhor (pour R. Meir) ne revient pas — donc celle du yavam non plus.
Et les Sages disent : le don est comme une vente. Quel est le motif des Sages ? 'Vous reviendrez (tachouvou)' — pour inclure le don.
Motif des Sages : le mot 'tachouvou' (vous reviendrez, Lv 25:13) est superflu, car il est déjà écrit 'vous reviendrez chacun à sa propriété' (Lv 25:10). Ce mot en trop vient donc inclure le don parmi ce qui revient au Yovel — le don est traité comme une vente.
Et tous ces [autres cas] sont [des cas] d'héritage.
Pour les Sages aussi, les autres cas de la michna (héritage de l'épouse, yavam) sont des héritages — ils ne reviennent donc pas au Yovel. Les Sages ne divergent de R. Meir que sur le don ; ils admettent que l'héritage du mari est de la Torah et que le yavam est assimilé au bekhor.
Le bekhor : le verset dit 'pour lui donner une double part' — il assimile (makich) la part de bekhora à la part simple (pechout) : de même que la part simple est un héritage, de même la part de bekhora est un héritage.
Ici les Sages lisent le même verset autrement que R. Meir. 'Pour lui donner une double part' opère un hekech (assimilation) entre les deux parts du bekhor : sa part simple (comme tout frère) est incontestablement un héritage — 'le jour où il fait hériter ses fils' (Dt 21:16) — donc sa part double est aussi un héritage, et ne revient pas au Yovel. C'est le nerf du débat : DONNER (R. Meir) vs. la juxtaposition des deux parts (Sages).
Rabbi Elazar dit : tous reviennent au Yovel. Il tient comme les Sages qui disent : 'vous reviendrez' [vient] inclure le don ; et tous ces [cas] sont [des cas] de don.
Le bekhor : 'pour lui donner une double part' — le Miséricordieux l'a appelé un don.
Position de R. Elazar : tout revient au Yovel. Il suit les Sages sur 'tachouvou' (le don revient), mais tient que tous les cas de la michna sont des dons (et non des héritages). Pour le bekhor, il lit 'la-têt' comme R. Meir — un don — mais, contrairement à R. Meir, un don revient au Yovel selon lui.
Et celui qui hérite de son épouse — l'héritage du mari est [seulement] rabbinique (de-rabbanan) ; et celui qui contracte le lévirat avec la femme de son frère — le Miséricordieux l'a appelé 'bekhor'.
Suite de R. Elazar. Pour lui, l'héritage du mari est rabbinique (de-rabbanan) — il n'a donc pas le statut d'un héritage de la Torah qui ne reviendrait pas ; il revient. Le yavam, appelé 'bekhor', suit le sort de la part du bekhor — laquelle, pour R. Elazar, revient au Yovel.
Rabbi Assi dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les frères qui ont partagé [l'héritage] sont des acheteurs (lekouhot), et ils se rendent [les parts] l'un à l'autre au Yovel. Rav Hochaya objecte : [mais la michna dit] 'et voici ceux qui ne reviennent pas au Yovel : la bekhora' !
Nouveau sujet. R. Yo'hanan (via R. Assi) : quand des frères partagent l'héritage, on ne considère pas que chacun a reçu exactement sa part ; ils sont acheteurs l'un de l'autre (chacun échange sa part contre celle de l'autre). Comme des acheteurs, ils se rendent les parts au Yovel, puis repartagent. Rav Hochaya objecte depuis la michna : 'la bekhora ne revient pas au Yovel' — contradiction ?
Rabbi Elazar lui dit : que [signifie] 'ne reviennent pas' ? [Cela veut dire] ne reviennent pas en pure perte (le-vatala).
Rav Chechet objecte : en déduit-on que celui qui dit 'reviennent' veut dire 'reviennent en pure perte' ?!
R. Elazar résout l'objection : 'la bekhora ne revient pas' ne signifie pas qu'elle n'est pas rendue au Yovel, mais qu'elle ne revient pas en pure perte (le-vatala) — le bekhor ne perd pas son surplus : au repartage, il reprend sa double part. Rav Chechet objecte : cette lecture impliquerait, à l'inverse, que l'avis 'reviennent' (R. Elazar dans la michna) voudrait dire 'reviennent en pure perte' — ce qui paraît absurde.
Rav Hama lut à propos de Rav Chechet : 'bonne est la sagesse avec un héritage' (Qohelet 7:11) ; et ils n'avaient pas entendu ce que [dit], quand Ravin vint [de Terre d'Israël], Rabbi Yo'hanan — et certains le rapportent [au nom de] Rabbi Elazar au nom de Rabbi Elazar ben Chamoua : que [signifie] 'reviennent' ? Reviennent en pure perte.
Rav Hama applique à Rav Chechet le verset 'bonne est la sagesse avec un héritage' (Qoh 7:11) : il ne suffit pas d'hériter la connaissance des baraitot (Rav Chechet en était le maître), il faut aussi la sagesse des Amoraim. En effet, Rav Chechet ignorait l'enseignement rapporté par Ravin au nom de R. Yo'hanan (ou R. Elazar au nom de R. Elazar ben Chamoua) : l'avis 'reviennent' signifie bien 'reviennent en pure perte' — le bekhor y perd son surplus. L'objection de Rav Chechet tombe donc.
Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : même celui qui hérite de son épouse doit rendre aux membres [de la famille], etc. Que tient-il ?
S'il tient que l'héritage du mari est de la Torah — pourquoi rendrait-il aux membres de la famille ? Et s'il tient que l'héritage du mari est rabbinique — le prix (damim), à quoi bon ?
Retour à l'avis de R. Yo'hanan ben Beroka : l'héritier de l'épouse rend le bien à la famille de celle-ci, moyennant déduction du prix. La Guemara y voit une double difficulté : s'il tient que l'héritage du mari est de la Torah, pourquoi rendrait-il quoi que ce soit ? Et s'il le tient rabbinique (le bien appartient donc à la famille), pourquoi la famille devrait-elle lui verser un prix ?
En vérité, il tient que l'héritage du mari est de la Torah. Et de quoi s'agit-il ici ?
Par exemple lorsque son épouse lui a légué un cimetière (beit ha-kevarot) ; et à cause de l'atteinte à l'honneur de la famille (pegam michpaha), les Sages ont dit : qu'il prenne le prix et [le] rende.
Résolution : R. Yo'hanan ben Beroka tient bien que l'héritage du mari est de la Torah. Le cas particulier est celui où l'épouse lui a légué le cimetière familial (beit ha-kevarot). Par égard pour l'honneur de la famille (pegam michpaha) — qu'elle ne soit pas privée de sa sépulture ancestrale — les Sages ont institué que le mari reprend le prix (la valeur) et rend le cimetière à la famille.
Et comme il est enseigné [dans une baraita] : celui qui vend son tombeau, le chemin de son tombeau, son lieu de station (makom maamado) et l'emplacement de son éloge funèbre (beit hesped) — les membres de la famille viennent et l'ensevelissent [là] malgré lui (le vendeur/l'acheteur), à cause de l'atteinte à l'honneur de la famille. Et que [signifie] 'il déduira d'eux le prix' ?
Le prix du tombeau de son épouse.
Appui d'une baraita : celui qui a vendu son tombeau, le chemin y menant, le lieu où l'on se tient (makom maamado — les stations du deuil) ou l'emplacement de l'éloge (beit hesped), la famille peut l'y ensevelir malgré l'acheteur, pour l'honneur de la famille. Et le sens de 'il déduira le prix' (dans la michna) : le mari, tenu d'ensevelir son épouse, déduit de la valeur rendue le prix du tombeau de son épouse (à la charge du mari, cf. Ketoubot 47b).
Nous avons achevé [le chapitre] 'Yech Bekhor' (Hadran alakh Yech Bekhor).
Formule de clôture du chapitre 'Yech Bekhor' (le huitième chapitre de Bekhorot). 'Hadran alakh' — 'nous sommes revenus vers toi' — exprime l'attachement de l'étudiant au chapitre achevé, avec l'espoir d'y revenir.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).