Sougya : La Guemara cherche la source interdisant de prélever la teroumah/le maaser d'une espèce sur une autre. Le verset ('la graisse du moût et du blé') vise explicitement moût et huile ; d'où l'on tire par kal va-homer le moût et le blé, puis le blé et le blé.
On objecte au nom de Rabbi Yochiya, pour qui l'interdit de kilayim n'existe qu'en semant blé+orge+pépin de raisin d'un seul jet : le kal va-homer tombe. La Guemara le reformule avec la notion 'par un autre élément' (al yedei davar aher).
Pour les autres espèces (fèves, lentilles), le maaser est de-rabanan, et les Sages l'ont institué à l'image de la Torah. Le daf s'achève sur l'objection de Rava bar Rav Hanan à Abaye, transposant le raisonnement au maaser behema (dîme des animaux).
Nous avons trouvé [la source pour] le moût et l'huile (tiroch ve-yitshar) [= qu'on ne dîme pas de l'un sur l'autre] ; le moût et le blé, [ou] le blé et le blé, d'où [le sait-on] ? [Par] un kal va-homer (à fortiori) : et si le moût et l'huile, qui ne sont pas kilayim l'un avec l'autre, ne se dîment pourtant pas de l'un sur l'autre — le moût et le blé, [ou] le blé et le blé, qui sont kilayim l'un avec l'autre, n'est-il pas juste (eino din) qu'on ne les dîme pas de l'un sur l'autre ?
La Guemara a une source explicite pour moût et huile (tiroch ve-yitshar) : le verset écrit 'la graisse (helev) du moût et du blé', un helev distinct pour chacun, donc on ne dîme pas de l'un sur l'autre. Mais pour moût+blé et blé+blé, un seul 'helev' est écrit : d'où l'interdit ?
Réponse par kal va-homer : le moût et l'huile ne sont pas kilayim ensemble (raisin et olive peuvent coexister), et pourtant on ne les dîme pas l'un sur l'autre. À plus forte raison le moût+blé et le blé+blé, qui sont kilayim (interdit plus grave), ne doivent pas se dîmer de l'un sur l'autre.
Et selon Rabbi Yochiya, qui dit : [on n'est passible de kilei kerem] que si l'on sème froment, orge et pépin de raisin (hartsan) d'un seul jet de main (be-mapolet yad) — comment tire-t-il [cette halakha, le kal va-homer] ?
Objection : pour Rabbi Yochiya, l'interdit de kilei kerem n'existe que si l'on sème d'un seul geste (be-mapolet yad) trois éléments ensemble : froment, orge et pépin de raisin. Donc moût+blé et blé+blé ne sont pas kilayim à eux seuls.
Dès lors le kal va-homer du segment précédent s'effondre : le cas censé être 'grave' (kilayim) ne l'est plus. Comment alors dériver la halakha ?
Il la tire ainsi : et si le moût et l'huile, qui ne sont pas kilayim l'un avec l'autre même par le biais d'un autre élément (al yedei davar aher), ne se dîment pas de l'un sur l'autre — le moût et le blé, [ou] le blé et le blé, qui sont kilayim l'un avec l'autre par le biais d'un autre élément, n'est-il pas juste qu'on ne les dîme pas de l'un sur l'autre ?
Reformulation du kal va-homer qui contourne l'objection : le point de comparaison n'est plus 'être kilayim' tout court, mais être kilayim par le biais d'un autre élément (al yedei davar aher) — c'est-à-dire lorsqu'on ajoute une troisième espèce.
Le moût et l'huile ne deviennent jamais kilayim, même si on leur adjoint une autre espèce. Le moût+blé et le blé+blé, eux, deviennent kilayim dès qu'on ajoute le troisième élément (le raisin, selon R. Yochiya). Ils sont donc plus 'graves' : à plus forte raison on ne les dîme pas de l'un sur l'autre.
Et [pour] deux espèces en général (bi-alma) [= autres que le blé, le moût et l'huile], d'où [le savons-nous] ? Celles-là sont de-rabanan (rabbiniques), et tout ce que les Sages ont institué, ils l'ont institué à l'image de [la loi de] la Torah (ke-ein de-oraita) : de même que, selon la Torah, deux espèces ne se dîment pas de l'une sur l'autre, de même [pour] celles de-rabanan aussi.
Nouvelle question : le kal va-homer ne couvre que le blé, le moût et l'huile (les trois produits soumis au maaser de-oraita). Mais pour deux autres espèces (fèves et lentilles, par exemple), d'où l'interdit de dîmer de l'une sur l'autre ?
Réponse : le maaser de ces espèces est de-rabanan (institué par les Sages). Or le principe est que 'tout ce que les Sages instituent, ils l'instituent à l'image de la Torah' (ke-ein de-oraita tiknu). Puisque la Torah interdit de dîmer une espèce sur une autre, les Sages ont calqué la même règle pour les espèces de-rabanan.
Rava bar Rav Hanan dit à Abaye : mais alors (ela me-ata), à propos du maaser behema (la dîme du bétail), où il n'est pas écrit 'et tout le maaser du gros bétail (bakar) et le maaser du petit bétail (tson)'...
Nouvelle objection de Rava bar Rav Hanan à Abaye, qui transpose le raisonnement au maaser behema (la dîme des animaux). Le verset (Lévitique 27:32) ne dit pas 'et tout le maaser du bakar (gros bétail) et le maaser du tson (petit bétail)' — avec le mot 'maaser' répété deux fois, une fois pour chaque catégorie — mais 'et tout le maaser du gros et du petit bétail... la dixième [tête] sera sainte'.
Rava bar Rav Hanan va en tirer une conséquence (développée sur 54b) : puisqu'un seul 'maaser' est écrit pour les deux catégories, on devrait pouvoir dîmer de l'une sur l'autre — ce qui met à l'épreuve la cohérence du principe posé plus haut.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).