Bekhorot 54b — dîme des animaux : bakar contre tson, la gezera chava du gibier, et la distance de rassemblement du troupeau

Bekhorot 54b

Sougya : La sougya achève la discussion sur le dîme des animaux (maaser behema) : peut-on prélever le dixième d'un gros bétail (bakar) sur du petit bétail (tson) ? Abaye déduit de 'ha-assiri' qu'on donne un dixième pour chaque, tandis que 've-tson' unifie brebis et chèvres ; Rava propose une autre lecture (sans 'réshitam') fondée sur la différence de fonction du mot 'dagan' pour le grain.

La Guemara écarte le gibier par la gezera chava 'tahat'/'tahat' tirée des offrandes, et exclut le prélèvement d'un min sur un autre min par kal va-homer et par hékesh au dîme du grain. La mishna fixe ensuite la distance de rassemblement : les bêtes se combinent tant qu'un seul berger peut les paître, soit 16 mil (portée de son regard) ; à 32 mil elles ne se combinent pas, sauf un troupeau intermédiaire ; R.

Meir enseigne que le Jourdain sépare. La Guemara en tire la source (Jer 33:13) et débat du nombre requis au milieu : Rav (5+5+5) contre Chmouel (5+1+5).

Dîme des animaux (maaser behema) : que peut-on compter ensemble ? On combine (min sur son propre min) brebis + chèvres = un seul 'troupeau' ('ve-tson' = tout tson est un ; les deux se rejoignent comme offrande 'du troupeau') On ne combine PAS (min sur autre min) gros bétail (bakar) x petit bétail (tson) ('ha-assiri' : donne un dixième pour ceci et un dixième pour cela, séparément) Exclu du dîme des animaux le gibier (haya) gezera chava 'tahat'/'tahat' avec les le neuf x l'ancien (années différentes) kal va-homer : déjà interdit entre min et min offrandes (le gibier ne s'y offre pas) Principe : le dîme ne se prélève jamais d'un min sur un autre min tout comme le dîme du grain (hékesh maaser behema / maaser dagan)
Vue d'ensemble : ce qui se combine ou non pour le dîme des animaux, et ce qui en est exclu (segments 0-8).
Abaye vs Rava : d'où vient que bakar et tson ne se dîment pas ensemble ? Abaye Le verset dit 'ha-assiri' (le dixième) = donne un dixième pour ceci (bakar), un dixième pour cela (tson). Objection : et brebis x chèvres ? 'Ve-tson' : tout tson est UN. -> elles se combinent. Parallèle teroumah/dîme du grain : 'réshitam' (leur prémice, pluriel) = prémice pour CHAQUE espèce de grain (sinon 'dagan' = tout grain serait un et se combinerait) Rava Même sans 'réshitam' : tu ne peux dire que 'dagan' = tout grain est un. Pour les animaux, si tout était pareil, le verset aurait écrit juste 'tout maaser behema'. 'Bakar et tson' explicite -> sert à dire : eux ne se combinent pas, brebis/chèvres oui Pour le grain, au contraire : 'dagan' est indispensable pour EXCLURE les autres espèces (légumes...) du dîme. Il ne peut donc pas servir à 'unifier'.
Les deux voies de déduction, Abaye et Rava, sur bakar/tson et le parallèle avec le grain (segments 0-8).
La distance de rassemblement pour le dîme (mishna) troupeau A troupeau du milieu troupeau B 16 mil (portée du regard du berger) 16 mil A -> B = 32 mil : seuls, A et B NE se combinent PAS Un troupeau au MILIEU relie les deux : on rassemble et on dîme au milieu R. Meir : le Jourdain (Yarden) coupe — même proches, les deux rives ne se combinent pas
La mishna : distances, troupeau intermédiaire, et la coupure du Jourdain selon R. Meir (segment 9).
1
יִתְעַשְּׂרוּ מִזֶּה עַל זֶה! אֲמַר לֵיהּ: אֲמַר קְרָא ״הָעֲשִׂירִי״, תֵּן עֲשִׂירִי לָזֶה וְתֵן עֲשִׂירִי לָזֶה. אִי הָכִי, כְּבָשִׂים וְעִזִּים נָמֵי? ״וְצֹאן״ מַשְׁמַע כָּל צֹאן אֶחָד.

…qu'ils soient dîmes de l'un sur l'autre (le gros bétail et le petit bétail ensemble) ! Il lui dit : le verset dit 'le dixième' (ha-assiri) — donne un dixième pour ceci et donne un dixième pour cela.

Si c'est ainsi, brebis et chèvres [devraient] aussi [se dîmer séparément] ? [Le verset dit] 've-tson' (et le petit bétail), ce qui indique que tout petit bétail est un.

📜 Rachi (4)
יִתְעַשְּׂרוּ מִזֶּה עַל זֶה בָּקָר וָצֹאן:
Qu'ils soient dîmes de l'un sur l'autre — le gros bétail et le petit bétail.
אֲמַר קְרָא הָעֲשִׂירִי דְּסָמַךְ מַעֲשֵׂר אַבָּקָר וַעֲשִׂירִי סָמַךְ אַצֹּאן דְּהַשְׁתָּא כְּתִיב מַעֲשֵׂר אָכַל חַד וְחַד:
Le verset dit 'le dixième' — car [le mot] 'dixième' est accolé au gros bétail, et 'le dixième' est [aussi] accolé au petit bétail : de sorte que maintenant le 'dîme' est écrit sur chacun d'eux [séparément].
כְּבָשִׂים וְעִזִּים נָמֵי לָא לִיעַשְּׁרִי כִּי הֵיכִי דִּלְעֵיל כְּתִיב חָלָב אַיִּצְהָר וְחָלָב אַתִּירוֹשׁ וְדָגָן וְדָרְשִׁינַן דָּגָן דָּגָן מק"ו דְּתִירוֹשׁ וְיִצְהָר וה"נ דָּרְשִׁינַן ק"ו דְּחָדָשׁ וְיָשָׁן:
Brebis et chèvres aussi — [devraient] ne pas se dîmer [ensemble] ; de la même manière que plus haut il est écrit 'la graisse (le meilleur) du chmen (yitzhar)' et 'la graisse du vin (tiroch)' et 'du grain', et nous exégètons [le mot] 'dagan' [par gezera chava] 'dagan-dagan' à partir d'un kal va-homer sur le tiroch et le yitzhar ; et de même ici, nous exégéterions un kal va-homer sur [le] neuf et [l']ancien.
וּמְשַׁנֵּי וָצֹאן מִשְׁמָע כָּל צֹאן א':
Et [la Guemara] répond : 've-tson' indique que tout petit bétail est un.
💡 Explication

On voulait combiner bakar (gros bétail) et tson (petit bétail) pour le dîme. Abaye l'exclut : 'ha-assiri' ('le dixième') enseigne de donner un dixième pour chaque catégorie séparément. Objection : alors brebis et chèvres devraient aussi se dîmer séparément ? Réponse : le mot 've-tson' unifie brebis et chèvres en un seul 'troupeau'.

🖼️ Schéma
Dîme des animaux (maaser behema) : que peut-on compter ensemble ? On combine (min sur son propre min) brebis + chèvres = un seul 'troupeau' ('ve-tson' = tout tson est un ; les deux se rejoignent comme offrande 'du troupeau') On ne combine PAS (min sur autre min) gros bétail (bakar) x petit bétail (tson) ('ha-assiri' : donne un dixième pour ceci et un dixième pour cela, séparément) Exclu du dîme des animaux le gibier (haya) gezera chava 'tahat'/'tahat' avec les le neuf x l'ancien (années différentes) kal va-homer : déjà interdit entre min et min offrandes (le gibier ne s'y offre pas) Principe : le dîme ne se prélève jamais d'un min sur un autre min tout comme le dîme du grain (hékesh maaser behema / maaser dagan)
Ce qui se combine (brebis+chèvres) et ce qui ne se combine pas (bakar x tson).
2
הָכָא נָמֵי לֵימָא מַשְׁמַע כָּל דָּגָן אֶחָד! אָמַר אַבַּיֵּי: ״רֵאשִׁיתָם״, וְכֵן אָמַר רַבִּי אִילְעָא: ״רֵאשִׁיתָם״.

Ici aussi, disons que [le mot 'dagan'] indique que tout grain est un ! Abaye dit : [le verset dit] 'réshitam' (leur prémice), et de même Rabbi Ile'a dit : 'réshitam'.

📜 Rachi (1)
רֵאשִׁיתָם סָמוּךְ לְדָגָן הָוֵי רֵאשִׁיתָם לוֹמַר תֵּן רֵאשִׁית לְכָל דָּגָן וְדָגָן בְּסֵדֶר וַיִּקַּח קֹרַח:
'Réshitam' — accolé à 'dagan', c'est 'réshitam' (leur prémice, pluriel) : pour dire donne une prémice pour chaque grain [séparément], dans la section [de la Torah] 'Va-yikah Korah'.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר אַבַּיֵּי רֵאשִׁיתָם כו' רָבָא אָמַר בְּלָא רֵאשִׁיתָם כּוּ' תֵּימַהּ דבפ"ק דִּתְמוּרָה (דַּף ה.) גַּבֵּי הָא דְּאָמַר אַבַּיֵּי דְּכָל [מִילְּתָא] דְּאָמַר רַחֲמָנָא לָא תַּעֲבֵיד אִי עֲבִיד מְהַנֵּי פָּרִיךְ מִתּוֹרֵם מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ דְּאָמַר רַחֲמָנָא תֵּן חֵלֶב לָזֶה [וְחָלָב לָזֶה] וּתְנַן דְּאִם תָּרַם אֵין תְּרוּמָתוֹ תְּרוּמָה וּמְשַׁנֵּי אֲמַר קְרָא רֵאשִׁיתָם אַלְמָא מוּקֵי לֵיהּ אַפֵּי' לְתִירוֹשׁ וְיִצְהָר לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּלָא מְהַנֵּי וְהָכָא מוּקֵי לָהּ לְחַלֵּק בְּמִינֵי דָּגָן דְּאֵין תּוֹרְמִין מִזֶּה עַל זֶה וְרָבָא אָמַר בְּלָא רֵאשִׁיתָם נָמֵי לָא מָצֵית אָמְרַתְּ [וְדָגָן] מַשְׁמַע [כָּל] דָּגָן אֶחָד דְּמוּקִי בְּהֶדְיָא הָתָם לְהָכִי דְּקָאָמַר הָתָם וּלְרָבָא דְּאָמַר לָא מְהַנֵּי אִי לָאו דְּאָמַר רַחֲמָנָא רֵאשִׁיתָם הֲוָה אָמֵינָא תִּירוֹשׁ וְיִצְהָר דִּכְתִיב בְּהוּ חֵלֶב חֵלֶב שֶׁאֵין תּוֹרְמִין תִּירוֹשׁ וְדָגָן דְּחַד חֵלֶב כְּתִיב בְּהוּ מֵהַאי אַהַאי כְּתַב רַחֲמָנָא רֵאשִׁית וי"ל דִּלְאַבַּיֵּי וַדַּאי מַשְׁמַע דְּהַאי רֵאשִׁית לְחַלֵּק בְּמִינֵי דָּגָן דְּמִדְּסָמַךְ לֵיהּ קְרָא לִודְגָן וּמוּקִי נָמֵי לוֹמַר דְּלָא מְהַנֵּי דְּמַשְׁמַע דִּקְרָא אַכּוּלְּהוּ מִינֵי דִּכְתִיבִי בִּקְרָא לְחַלֵּק בְּתִירוֹשׁ וְיִצְהָר לָא אִיצְטְרִיךְ אֶלָּא לוֹמַר דְּלָא מְהַנֵּי וְכִי הֵיכִי דְּלָא מְהַנֵּי בְּתִירוֹשׁ וְיִצְהָר לָא מְהַנֵּי נָמֵי בְּמִינֵי דָּגָן וְרָבָא דְּקָאָמַר הָכָא לֹא צָרִיךְ מִשּׁוּם דמק"ו נָפְקָא כְּדִלְעֵיל וּמִן דָּגָן לֵיכָּא לְמִידְרַשׁ דְּמַשְׁמַע [כָּל] דָּגָן אֶחָד כִּדְקָאָמַר הָכָא דְּאִיצְטְרִיךְ לְגוּפֵיהּ לִמְעוּטֵי שְׁאָר מִינִים וְהָתָם נָפְקָא לָן מֵרֵאשִׁית כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי (פְּסָחִים דַּף יח:) מִילְּתָא דְּאָתְיָא בק"ו טָרַח וְכָתַב לָהּ קְרָא וְהַשְׁתָּא נַמֵּי נִיחָא הָא דְּמַיְיתֵי הָכָא רֵאשִׁית עַל דָּגָן וְדָגָן וְהָתָם מַיְיתֵי לֵיהּ רָבָא עַל דָּגָן וְתִירוֹשׁ דְּוַדַּאי תַּרְוַייְהוּ נָפְקִי מק"ו בֵּין תִּירוֹשׁ וְדָגָן בֵּין דָּגָן וְדָגָן ומ"מ כַּתְבֵיהּ אַתַּרְוַייְהוּ כְּמוֹ מִילְּתָא דְּאָתְיָא בק"ו טָרַח וְכָתַב לָהּ קְרָא וא"ת וּלְרָבָא כֵּיוָן דִּכְתִיב רֵאשִׁיתָם אַכּוּלְּהוּ חֵלֶב חֵלֶב לָמָּה לִי וְי"ל מִשּׁוּם דְּלָא הָוֵי מוֹקְמִינַן רֵאשִׁיתָם אַתִּירוֹשׁ וְיִצְהָר כֵּיוָן דְּאֵינָם כִּלְאַיִם זֶה בָּזֶה:
'Abaye dit réshitam etc., Rava dit même sans réshitam etc.' — c'est étonnant : au premier chapitre de Temoura (5a), à propos de ce qu'Abaye dit — que toute chose que le Miséricordieux a dit de ne pas faire, si on l'a faite, [le fait] est efficace — [la Guemara] objecte à partir de celui qui prélève d'une espèce sur une autre, où le Miséricordieux a dit 'donne la graisse (prémice) pour celle-ci [et la graisse pour celle-là]', et nous avons appris que s'il a prélevé, son prélèvement n'est pas valide ; et [la Guemara] répond : le verset dit 'réshitam' — d'où il ressort qu'on l'applique même au tiroch et au yitzhar, pour nous enseigner que [le prélèvement d'une espèce sur l'autre] n'est pas efficace ; alors qu'ici on l'applique pour distinguer entre les espèces de grain, [enseignant] qu'on ne prélève pas de l'une sur l'autre. Et Rava dit : même sans 'réshitam', tu ne peux pas dire que 'dagan' indique que tout grain est un — car [la Guemara] l'a expressément établi là-bas dans ce sens, comme il est dit là-bas : 'et pour Rava qui dit que [le fait] n'est pas efficace, s'il n'y avait pas eu 'réshitam' dit par le Miséricordieux, j'aurais dit que le tiroch et le yitzhar — pour lesquels est écrit 'graisse, graisse' — on n'en prélève pas [l'un sur l'autre], [mais] le tiroch et le dagan — pour lesquels n'est écrit qu'un seul 'graisse' — [on prélève] de l'un sur l'autre ; [c'est pourquoi] le Miséricordieux a écrit 'réshit''. Et l'on peut dire : pour Abaye, assurément, il ressort que ce 'réshit' sert à distinguer entre les espèces de grain, puisque le verset l'accole à 'et [le] dagan' ; et on l'applique aussi pour enseigner que [le prélèvement] n'est pas efficace — car [le fait] que le verset porte sur toutes les espèces qui y sont écrites, pour distinguer, [signifie que] pour le tiroch et le yitzhar il n'était nécessaire que pour dire que [le prélèvement] n'est pas efficace ; et de même qu'il n'est pas efficace pour le tiroch et le yitzhar, il n'est pas efficace non plus pour les espèces de grain. Et Rava, qui dit qu'ici [le verset] n'est pas nécessaire — parce que cela ressort d'un kal va-homer comme plus haut ; et de 'dagan' on ne peut rien déduire, car il indique que tout grain est un, comme [la Guemara] dit ici qu'il est nécessaire pour lui-même, pour exclure les autres espèces ; et là-bas, on le déduit de 'réshit', comme nous trouvons en plusieurs endroits (Pessahim 18b) qu'une chose qui vient par kal va-homer, [l'Écriture] se donne la peine de l'écrire quand même. Et maintenant s'explique bien le fait qu'ici on rapporte 'réshit' sur 'dagan-dagan' et que là-bas Rava le rapporte sur 'dagan et tiroch' : car assurément les deux ressortent d'un kal va-homer, tant entre le tiroch et le dagan qu'entre le dagan et le dagan ; et néanmoins [l'Écriture] l'a écrit sur les deux, comme une chose qui vient par kal va-homer [et que] l'Écriture se donne la peine d'écrire. Et si tu dis : pour Rava, puisque 'réshitam' est écrit sur tous, pourquoi 'graisse, graisse' [est-il nécessaire] ? On peut dire : parce que nous n'aurions pas applique 'réshitam' au tiroch et au yitzhar, puisqu'ils ne sont pas kilayim (espèces interdites) l'un avec l'autre.
💡 Explication

Objection parallèle pour le grain : si 've-tson' unifie le bétail, pourquoi 'dagan' n'unifierait-il pas tous les grains (permettant de prélever la teroumah d'une espèce sur une autre) ? Réponse d'Abaye : le mot 'réshitam' ('leur prémice', au pluriel) enseigne de donner une prémice pour chaque espèce de grain séparément.

3
רָבָא אָמַר: בְּלֹא ״רֵאשִׁיתָם״ נָמֵי מַשְׁמַע כָּל דָּגָן אֶחָד — לָא מָצֵית אָמְרַת. בִּשְׁלָמָא הָתָם אָמְרִינַן: ״וְצֹאן״ מַשְׁמַע כָּל צֹאן אֶחָד, דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ כְּבָשִׂים וְעִזִּים נָמֵי — לִכְתֹּוב ״וְכָל מַעְשַׂר בְּהֵמָה״.

Rava dit : même sans 'réshitam', tu ne peux pas dire que [le mot] 'dagan' indique que tout grain est un. Certes, là-bas [pour le bétail] nous disons : 've-tson' indique que tout petit bétail est un ; car si tu pensais que brebis et chèvres [ne se dîment] pas non plus [ensemble], [le verset] aurait [dû] écrire 'et tout dîme d'animal' (ve-khôl maaser behema).

📜 Rachi (2)
בִּשְׁלָמָא הָתָם דָּרְשִׁינַן וָצֹאן מִשְׁמָע כָּל צֹאן א' דִּמְייַתְּרִי לָן קְרָאֵי:
Certes là-bas nous exégètons 've-tson' indique que tout petit bétail est un — car les versets nous sont surabondants (il y a un mot en trop à interpréter).
דְּאִי ס"ד כְּבָשִׂים וְעִזִּים נָמֵי לָא לִיעַשְּׂרוּ אַהֲדָדֵי לִכְתּוֹב רַחֲמָנָא וְכָל מַעְשַׂר בְּהֵמָה וַאֲנָא יָדַעְנָא דְּמִין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ לֹא דְּאָתֵי מק"ו מֵחָדָשׁ וְיָשָׁן:
Car si tu pensais que brebis et chèvres aussi — [ne se dîment] pas l'un sur l'autre, le Miséricordieux aurait [dû] écrire 'et tout dîme d'animal', et moi je saurais [alors] qu'[on ne prélève] pas d'une espèce sur une autre qui n'est pas la sienne, [ce qui] vient d'un kal va-homer à partir du neuf et de l'ancien.
💡 Explication

Rava propose une autre voie. Pour le bétail, la lecture 'tout tson est un' se justifie : si brebis et chèvres ne se combinaient pas, le verset aurait écrit simplement 'tout dîme d'animal' — mentionner 'bakar et tson' n'a de sens que pour distinguer les catégories tout en unifiant l'intérieur du tson.

4
וְכִי תֵּימָא: אִי כְּתִיב ״כָּל מַעְשַׂר בְּהֵמָה״, הֲוֵי אָמֵינָא אֲפִילּוּ חַיָּה — ״תַּחַת״ ״תַּחַת״ מִקָּדָשִׁים גָּמַר.

Et si tu dis : s'il était écrit 'tout dîme d'animal', j'aurais dit [que cela s'applique] même au gibier (haya) — [non, car] il l'apprend [par gezera chava] 'tahat'-'tahat' des offrandes (kodachim).

📜 Rachi (1)
וְכִי תֵּימָא אִי כְּתַב בְּהֵמָה הֵ"א חַיָּה בִּכְלַל בְּהֵמָה וְלִיחַייַּב חַיָּה בְּמַעֲשֵׂר כדקי"ל בב"ק (דַּף נד:) חַיָּה בִּכְלַל בְּהֵמָה לְהַרְבָּעָה מִשּׁוּם הָכִי לָא הֲוָה צָרִיךְ לְמִכְתַּב בָּקָר וָצֹאן דַּאֲנָא גְּמִיר תַּחַת תַּחַת מִקָּדָשִׁים כְּתִיב הָכָא (וַיִּקְרָא כ״ז:ל״ב) תַּחַת הַשֵּׁבֶט וּכְתִיב הָתָם (שָׁם כב) תַּחַת אִמּוֹ וְהָתָם חַיָּה לָא דִּכְתִיב שׁוֹר כֶּשֶׂב וְעֵז הִלְכָּךְ לִכְתֹּוב בְּהֵמָה וְאָתֵי בק"ו מֵחָדָשׁ וְיָשָׁן דְּמִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ לֹא וּלְהָכִי כְּתַב בָּקָר וָצֹאן לְמֵימְרָא דְּבָקָר וָצֹאן הוּא דְּאֵין מִתְעַשְּׂרִין הָא צֹאן וְצֹאן מִתְעַשְּׂרִין אֶלָּא הָכָא גַּבֵּי דָּגָן לָא מִיסְתַּבֵּר קְרָא לְמִידְרַשׁ דְּתִירוֹשׁ וְדָגָן הוּא דְּאֵין מִתְעַשְּׂרִין הָא דָּגָן וְדָגָן מִתְעַשְּׂרִין דָּמֵי סַגְיָא דְּלָא כְּתַב דָּגָן לְמַעוֹטֵי שְׁאָר מִינִין דְּלָא לִיחַייְּבוּ בְּמַעֲשֵׂר מִדְּאוֹרַיְיתָּא:
Et si tu dis : s'il avait écrit 'behema' (animal), j'aurais dit — le gibier est inclus dans [le terme] 'behema', et le gibier serait assujetti au dîme, comme nous l'établissons dans Baba Kama (54b) : le gibier est inclus dans 'behema' pour l'accouplement [interdit] ; pour cette raison, il n'aurait pas été nécessaire d'écrire 'bakar et tson', car je [l']aurais déduit [par gezera chava] 'tahat'-'tahat' des offrandes : il est écrit ici (Lev 27:32) 'sous le bâton' et il est écrit là-bas (Lev 22) 'sous sa mère' ; et là-bas le gibier n'[est] pas [inclus], car il est écrit 'chor, kessev ou ez' ; donc [il aurait suffi d'] écrire 'behema', et [la loi] viendrait par kal va-homer à partir du neuf et de l'ancien [pour dire] qu'[on ne prélève] pas d'une espèce sur une autre. Et [c'est] pour cela [que le verset] a écrit 'bakar et tson' : pour dire que ce sont [le] gros bétail et [le] petit bétail qui ne se dîment pas [l'un sur l'autre], mais petit bétail sur petit bétail se dîme. Mais ici, à propos du grain, il n'est pas plausible d'exégéter le verset [pour dire] que ce sont le tiroch et le dagan qui ne se dîment pas [l'un sur l'autre], mais dagan sur dagan se dîme — car ne suffirait-il pas de ne pas écrire 'dagan', pour exclure les autres espèces [et enseigner] qu'elles ne sont pas assujetties au dîme selon la Torah ?
💡 Explication

Suite de Rava : on pourrait craindre que 'tout dîme d'animal' englobe aussi le gibier (haya). Réponse : une gezera chava du mot 'tahat' ('sous') — 'sous le bâton' (dîme, Lev 27:32) et 'sous sa mère' (offrandes, Lev 22:27) — exclut le gibier, car il ne peut être offert.

🖼️ Schéma
Gezera chava 'tahat' / 'tahat' : le gibier est exclu Offrandes (kodachim) 'sept jours TAHAT (sous) sa mère' Lev 22:27 : 'chor, kessev, ez' -> le gibier ne s'y offre pas Dîme des animaux 'tout ce qui passe TAHAT (sous) le bâton' Lev 27:32 -> le gibier est exclu de même Même mot 'tahat' des deux côtés : on transfère la loi (le gibier hors du dîme). D'où : pas besoin d'écrire 'behema' pour l'exclure ; 'bakar/tson' sert à autre chose.
La gezera chava 'tahat'/'tahat' qui exclut le gibier du dîme.
5
וְאָתֵי בְּקַל וָחֹומֶר מֵחָדָשׁ וְיָשָׁן, ״בָּקָר וָצֹאן״ לָמָּה לִי? בָּקָר וָצֹאן הוּא דְּאֵין מִתְעַשְּׂרִין מִזֶּה עַל זֶה, אֲבָל כְּבָשִׂים וְעִזִּים מִתְעַשְּׂרִין.

Et [comme la loi] vient par kal va-homer à partir du neuf et de l'ancien, pourquoi ai-je besoin de 'bakar et tson' ? [C'est] gros bétail et petit bétail qui ne se dîment pas de l'un sur l'autre, mais brebis et chèvres se dîment [ensemble].

🗂️ Tossefot (1)
וְאָתֵי בק"ו מֵחָדָשׁ וְיָשָׁן לָא הָוֵי מָצֵי לְמֵימַר דְּאָתֵי בְּהֶיקֵּישָׁא דְּעֶשֶׂר תְּעַשֵּׂר דִּלְעֵיל דְּהָא אָמַר רָבָא לְעֵיל לְשָׁנָה הִקַּשְׁתִּיו וְלֹא לְדָבָר אַחֵר:
'Et [la loi] vient par kal va-homer à partir du neuf et de l'ancien' — [la Guemara] n'a pas pu dire qu'elle vient par le hekesh de 'asser te'asser' [mentionné] plus haut, car Rava a dit plus haut : c'est pour l'année que je l'ai comparé [par hekesh], et non pour autre chose.
💡 Explication

Puisque l'interdiction de dîmer une espèce sur une autre se déduit déjà par kal va-homer (du cas neuf/ancien), la mention explicite de 'bakar et tson' devient disponible pour un autre enseignement : bakar et tson ne se combinent pas, mais brebis et chèvres, toutes deux 'tson', se combinent.

6
אֲבָל הָכָא, מִי סַגִּיא דְּלָא כְּתִיב ״דָּגָן״? לִמְעוּטֵי שְׁאָר מִינִין.

Mais ici [pour le grain], serait-il possible que 'dagan' n'ait pas été écrit ? [Il est écrit] pour exclure les autres espèces.

💡 Explication

Contraste : pour le grain, le mot 'dagan' est indispensable — il sert à exclure les autres denrées (légumes, fruits...) du dîme de la Torah. Il ne peut donc pas, en plus, servir à 'unifier' tous les grains ; d'où la différence de traitement avec le bétail.

7
מַתְקֵיף לַהּ רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: אֵימָא לְעָרְבוּ לְבָקָר בְּצֹאן! אֲמַר לֵיהּ מָר זוּטְרָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן לְרָבָא: אִית לֵיהּ נָמֵי ״הָעֲשִׂירִי״.

Rav Houna, fils de Rav Nahman, objecte : dis [plutôt] qu'on mélange le gros bétail avec le petit bétail [pour les dîmer ensemble] ! Mar Zoutra, fils de Rav Nahman, dit à Rava : il tient aussi [le verset] 'ha-assiri'.

📜 Rachi (1)
אֵימָא לְעָרְבוֹ לְבָקָר וְצֹאן כְּלוֹמַר מְנָא לֵיהּ לְרָבָא דִּלְהָכִי כְּתִיב בָּקָר וָצֹאן דְּלָא יִתְעַשְּׂרוּ מִזֶּה עַל זֶה אֵימָא לְהָכִי פַּרְטִינְהוּ קְרָא בְּהֶדְיָא לְעָרְבִינְהוּ דְּלִיעַשְּׂרוּ אַהֲדָדֵי דְּאִי הֲוָה כְּתַב בְּהֵמָה הֲוָה מַיְיתִינַן מֵחָדָשׁ וְיָשָׁן דְּמִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ לָא וּלְהָכִי אַדְכְּרִינְהוּ בְּהֶדְיָא לְמֵימְרָא דְּלִיעַשְּׂרִינְהוּ אַהֲדָדֵי. וקס"ד דְּרַב הוּנָא דְּמִדְּרָבָא לֵית לֵיהּ רֵאשִׁיתָם הָעֲשִׂירִי נָמֵי לֵית לֵיהּ לְרָבָא דְּלִידְרֹושׁ תֵּן עֲשִׂירִי לָזֶה וַעֲשִׂירִי לָזֶה הוֹאִיל וְלֹא כְּתַב מַעְשַׂר בָּקָר וּמַעֲשֵׂר צֹאן:
Dis qu'on mélange le gros bétail et le petit bétail — c'est-à-dire : d'où Rava [tient-il] que 'bakar et tson' est écrit [pour dire] qu'ils ne se dîment pas de l'un sur l'autre ? Dis [plutôt] que le verset les a explicitement détaillés pour [dire] qu'on les mélange et qu'on les dîme ensemble ; car s'il avait écrit 'behema', nous l'aurions déduit du neuf et de l'ancien [pour dire qu'on ne prélève] pas d'une espèce sur une autre — et [c'est] pour cela [que le verset] les a mentionnés explicitement, pour dire qu'on les dîme ensemble. Et Rav Houna pensait que, puisque Rava ne tient pas [le mot] 'reshitam', il ne tient pas non plus 'ha-assiri', [au point] d'exégéter 'donne un dixième pour ceci et un dixième pour cela', puisque [le verset] n'a pas écrit 'dîme du gros bétail' et 'dîme du petit bétail'.
🗂️ Tossefot (1)
אֵימָא לְעָרוֹבֵי בְּצֹאן דְּכַתְבִינְהוּ בְּחַד מַעֲשֵׂר וְלֹא כְּתַב וּמַעְשַׂר צֹאן:
'Dis qu'on mélange dans le petit bétail' — [c'est-à-dire] qu'il les a écrits dans un seul [terme] 'dîme' et n'a pas écrit 'et dîme du petit bétail'.
💡 Explication

Objection de Rav Houna contre Rava : peut-être 'bakar et tson' est écrit au contraire pour autoriser à les mélanger et les dîmer ensemble ? Réponse de Mar Zoutra : Rava admet lui aussi le verset 'ha-assiri' (d'Abaye), qui impose de dîmer chaque catégorie séparément ; il n'envisage donc pas ce mélange.

8
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רָבָא: בְּלֹא ״עֲשִׂירִי״ נָמֵי לָא מָצֵית אָמְרַתְּ בָּקָר וָצֹאן מִתְעַשְּׂרִין מִזֶּה עַל זֶה, דְּאִיתַּקַּשׁ מַעְשַׂר בְּהֵמָה לְמַעֲשֵׂר דָּגָן — מַה מַעְשַׂר דָּגָן מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ לֹא, אַף מַעְשַׂר בְּהֵמָה מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ לֹא.

Certains disent : Rava dit — même sans [le verset] 'ha-assiri', tu ne peux pas dire que gros bétail et petit bétail se dîment de l'un sur l'autre, car le dîme des animaux est comparé [par hekesh] au dîme du grain : de même que le dîme du grain [ne se prélève] pas d'une espèce sur une autre qui n'est pas la sienne, de même le dîme des animaux [ne se prélève] pas d'une espèce sur une autre qui n'est pas la sienne.

📜 Rachi (1)
מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ לֹא וא"ת בִּכְבָשִׂים וְעִזִּים נָמֵי א"כ רִיבּוּיָא דְּבָקָר וְצֹאן מַאי אַהֲנֵי. וְאִם תֹּאמַר מֶה רָאִיתָ מִסְתַּבְּרָא דְּמַעוֹטִינְהוּ דְּהֶיקֵּישָׁא לְבָקָר וְצֹאן אֲתָא דְּלָא לִיעַשְּׂרוּ אַהֲדָדֵי דְּהָא לָא דָּמוּ כְּלָל אַהֲדָדֵי וְרִיבּוּיָא דְּבָקָר וְצֹאן לְרַבּוֹיֵי כְּבָשִׂים וְעִזִּים דְּהָא דָּמוּ אַהֲדָדֵי לְעִנְיַן קָרְבָּן דְּהָאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי מִן הַצֹּאן יָכוֹל לְהָבִיא בֵּין כֶּבֶשׂ בֵּין עז:
D'une espèce sur une autre qui n'est pas la sienne, non — et si tu dis : dans les brebis et les chèvres aussi [alors on ne dîmerait pas ensemble], si c'est ainsi le surplus [des mots] 'bakar et tson', à quoi sert-il ? Et si tu dis : qu'as-tu vu [de décisif] ? Il est plausible que le hekesh vienne les diminuer, [à savoir] le gros bétail et le petit bétail, [pour dire] qu'ils ne se dîment pas ensemble — car ils ne se ressemblent pas du tout l'un à l'autre ; et le surplus de 'bakar et tson' [vient] inclure les brebis et les chèvres — car elles se ressemblent quant à l'offrande : celui qui dit 'voici sur moi [un sacrifice] du petit bétail' peut apporter soit une brebis soit une chèvre.
💡 Explication

Autre version de Rava : même sans 'ha-assiri', on ne peut dîmer bakar sur tson, par un hekesh (rapprochement) entre le dîme des animaux et le dîme du grain : comme on ne prélève pas le dîme du grain d'une espèce sur une autre, de même pour les animaux.

9
וְהָא רָבָא הוּא דְּאָמַר: ״שָׁנָה״ לְשָׁנָה הִקַּשְׁתִּיו, וְלֹא לְדָבָר אַחֵר! הֲדַר בֵּיהּ רָבָא מֵהַהִיא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: חֲדָא (מִינֵּיהּ) [מִינַיְהֵי] רַב פָּפָּא אֲמָרָהּ.

Mais n'est-ce pas Rava lui-même qui a dit : [le mot] 'chana' (année) — c'est pour l'année que je l'ai comparé [par hekesh], et non pour autre chose ! Rava s'est rétracté de cela.

Et si tu veux, dis : l'une [de ces deux paroles], c'est Rav Papa qui l'a dite.

📜 Rachi (1)
הֲדַר בֵּיהּ רָבָא מֵהַהִיא קַמַּייְתָא וּסְבִירָא לֵיהּ נָמֵי דִּלְמִילֵּי אַחֲרָנְיָיתָא נָמֵי אִיתַּקַּשׁ לִמְעוּטֵי בָּקָר וְצֹאן וּכְבָשִׂים וְעִזִּים דְּמִתְעַשְּׂרִי נָפְקָא לָן מֵרִיבּוּיָיא דְּבָקָר וְצֹאן וְכִי פָּרְכִינַן בְּרֵישׁ שְׁמַעְתִּין אִי הָכִי חָדָשׁ וְיָשָׁן נָמֵי לָאו פִּירְכָא הִיא דְּהָא בְּחָדָשׁ וְיָשָׁן כְּתִיב בִּקְרָא בְּהֶדְיָא דְּאִיתַּקּוּשׁ דְּהָא בִּקְרָא דְּהֶקֵּישָׁא כְּתִיב שָׁנָה שָׁנָה:
Rava s'est rétracté de cela — de la première [parole], et il tient [désormais] que le hekesh [vaut] aussi pour d'autres choses, pour exclure [le prélèvement de] gros bétail sur petit bétail ; et [le fait] que brebis et chèvres se dîment [ensemble], nous le déduisons du surplus de 'bakar et tson'. Et lorsque nous objections au début de notre passage 'si c'est ainsi, [le] neuf et [l']ancien aussi', ce n'était pas une [vraie] objection — car pour [le] neuf et [l']ancien il est explicitement écrit dans le verset qu'ils sont comparés, puisque dans le verset du hekesh est écrit 'chana chana' (année, année).
🗂️ Tossefot (1)
חֲדָא מִינֵּיהּ רַב פָּפָּא אֲמָרָהּ בְּרֵישׁ ב"ק (דַּף ד:) נָמֵי קָאָמַר הָכִי וְעַל רַב פָּפָּא רָגִיל לוֹמַר כֵּן שֶׁמָּלַךְ אַחַר רָבָא כִּדְאִיתָא (בְּמוֹעֵד קָטָן) (דַּף כֹּח:) וְיֵשׁ דְּבָרִים כְּשֶׁהָיָה אוֹמֵר דִּסְבוּרִים שֶׁהֵם בְּשֵׁם רָבָא:
'L'une [de ces paroles], c'est Rav Papa qui l'a dite' — au début de Baba Kama (4b) aussi [la Guemara] dit ainsi ; et à propos de Rav Papa on a l'habitude de dire ainsi, car il a régné (dirigé l'académie) après Rava, comme il est rapporté (dans Moed Katan 28b) ; et il y a des paroles que, lorsqu'il les disait, on croyait qu'elles étaient au nom de Rava.
💡 Explication

Difficulté : Rava avait dit ailleurs que le hekesh (via 'chana') ne vaut que pour l'année (ne pas dîmer neuf sur ancien), et non pour autre chose. Réponses : soit Rava s'est rétracté, soit l'une des deux paroles est en réalité de Rav Papa (son disciple, souvent confondu avec lui).

10
מַתְנִי׳ מַעְשַׂר בְּהֵמָה מִצְטָרֵף כִּמְלֹא רֶגֶל בְּהֵמָה רוֹעָה, וְכַמָּה הִיא רֶגֶל בְּהֵמָה רוֹעָה? שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל. הָיוּ בֵּין אֵלּוּ לְאֵלּוּ שְׁלֹשִׁים וּשְׁנַיִם מִיל — אֵין מִצְטָרְפִין. הָיוּ לוֹ בְּאֶמְצַע — מֵבִיא וּמְעַשְּׂרָן בְּאֶמְצַע. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: הַיַּרְדֵּן מַפְסִיק לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה.

MICHNA. Le dîme des animaux se combine [sur une distance] équivalente à toute la marche d'une bête qui paît (mêle regel behema roa) ; et quelle est la marche d'une bête qui paît ?

Seize mil. S'il y avait entre celles-ci et celles-là trente-deux mil — elles ne se combinent pas.

S'il en avait au milieu — il [les] amène et les dîme au milieu. Rabbi Meir dit : le Jourdain (ha-Yarden) sépare pour le dîme des animaux.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מִצְטָרֵף כִּמְלֹא רֶגֶל בְּהֵמָה רוֹעָה כְּפִי שִׁיעוּר שֶׁהַבְּהֵמָה מִתְרַחֶקֶת וְהוֹלֶכֶת כְּשֶׁהִיא רוֹעָה דְּהַייְנוּ ט"ז מִילִין. ל"א כְּפִי מַה שֶׁהַבְּהֵמוֹת רְחוֹקוֹת זוֹ מִזּוֹ וִיכוֹלוֹת לְהִשְׁתַּמֵּר בְּרוֹעֶה אֶחָד וְהַייְנוּ ט"ז מִילִין כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דְּהָכִי שָׁלְטָא עֵינָא דְּרוֹעֶה וְאִם יֵשׁ לוֹ חֲמִשָּׁה בְּהֵמוֹת בִּכְפָר זֶה וַחֲמִשָּׁה בְּהֵמוֹת בִּכְפָר אַחֵר רָחוֹק מִזֶּה ט"ז מִילִין מְבִיאָן לְתוֹךְ דִּיר אֶחָד וּמְעַשְּׂרָן וְאִם רְחוֹקוֹת יוֹתֵר פְּטוּרוֹת וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
MICHNA. Se combine [selon] toute la marche d'une bête qui paît — selon la mesure dont la bête s'éloigne et va en paissant, soit 16 mil. Autre version : selon ce que les bêtes [peuvent être] éloignées l'une de l'autre tout en pouvant être gardées par un seul berger, soit 16 mil, comme [la Guemara] l'explique dans la guemara — car ainsi porte l'œil du berger. Et s'il a cinq bêtes dans ce village et cinq bêtes dans un autre village éloigné de celui-ci de 16 mil, il les amène dans un seul enclos (dir) et les dîme ; et si elles sont plus éloignées, elles sont exemptées. Et dans la guemara [la Guemara] en explique la raison.
שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם מִיל פָּרִיךְ בַּגְּמָרָא מַאי קָאָמַר:
Trente-deux mil — [la Guemara] objecte dans la guemara : que veut-il dire ?
הָיָה לוֹ בְּאֶמְצַע אוֹתָן הָאֶמְצָעִיּוֹת מְצָרְפוֹת אֶת הַצְּדָדִין וְהַאי דְּקָתָנֵי מֵבִיא וּמְעַשְּׂרָן בָּאֶמְצַע לֹא מֵבִיא מַמָּשׁ קָאָמַר:
S'il en avait au milieu — ces [bêtes] du milieu combinent les côtés ; et [le fait] qu'il enseigne 'il [les] amène et les dîme au milieu' ne veut pas dire qu'il [les] amène réellement.
הַיַּרְדֵּן מַפְסִיק שֶׁאִם יֵשׁ לוֹ חֲמִשָּׁה בְּהֵמוֹת מִכָּאן וַחֲמִשָּׁה מִכָּאן וְיַרְדֵּן בָּאֶמְצַע אֵין מִצְטָרְפוֹת וּפְטוּרוֹת וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Le Jourdain sépare — car s'il a cinq bêtes d'un côté et cinq de l'autre avec le Jourdain au milieu, elles ne se combinent pas et sont exemptées ; et [la Guemara] en explique la raison dans la guemara.
💡 Explication

La michna fixe la distance de rassemblement : les bêtes se combinent tant qu'un seul berger peut les paître, soit 16 mil (portée de son regard). À 32 mil les deux groupes seuls ne se combinent pas ; mais un troupeau intermédiaire les relie (on rassemble et on dîme 'au milieu' — sans déplacement réel). R. Meir : le Jourdain coupe, même si les deux rives sont proches.

🖼️ Schéma
La distance de rassemblement pour le dîme (mishna) troupeau A troupeau du milieu troupeau B 16 mil (portée du regard du berger) 16 mil A -> B = 32 mil : seuls, A et B NE se combinent PAS Un troupeau au MILIEU relie les deux : on rassemble et on dîme au milieu R. Meir : le Jourdain (Yarden) coupe — même proches, les deux rives ne se combinent pas
Distances, troupeau du milieu, et la coupure du Jourdain (R. Meir).
11
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי?

GUEMARA. D'où [viennent] ces choses ?

💡 Explication

La Guemara demande la source scripturaire de la règle de la michna : pourquoi la distance de combinaison est-elle précisément celle qu'un seul berger peut paître ?

12
אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא: דְּאָמַר קְרָא ״עֹוד תַּעֲבֹרְנָה הַצֹּאן עַל יְדֵי מוֹנֶה״, וְקִים לְהוּ לְרַבָּנַן דְּשִׁיתְּסַר מִיל קָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא דְּרוֹעֶה.

Rabba bar Chila dit : car le verset dit 'de nouveau le petit bétail passera sous les mains de celui qui compte' (od ta'avornah ha-tson al yedei mone) (Jer 33:13) ; et les Sages ont une tradition que sur seize mil l'œil du berger porte.

📜 Rachi (1)
גְּמ' תַּעֲבֹורְנָה הַצֹּאן עַל יְדֵי מוֹנֶה מַשְׁמַע אִם יְכוֹלוֹת לְהִמָּנוֹת בְּרוֹעֶה א' מִיקְּרוּ צֹאן וְתַעֲבֹורְנָה תַּחַת הַשֵּׁבֶט לְהִתְעַשֵּׂר וְאִי לֹא לֹא:
GUEMARA. 'Le petit bétail passera sous les mains de celui qui compte' — cela indique : si elles peuvent être comptées par un seul berger, elles sont appelées 'tson' (un troupeau) et 'passeront sous le bâton' pour être dîmées ; et sinon, non.
💡 Explication

Source (Rabba bar Chila) : Jer 33:13 — 'le petit bétail passera sous les mains de celui qui compte'. Ce qu'un seul berger peut compter forme un 'troupeau' et passe sous le bâton pour le dîme. Les Sages ont reçu que la portée du regard du berger est de seize mil.

13
הָיוּ בֵּין אֵלּוּ לְאֵלּוּ שְׁלֹשִׁים וּשְׁנַיִם מִיל אֵין מִצְטָרְפִין וְכוּ׳. שְׁלֹשִׁים וּשְׁנַיִם הוּא דְּאֵין מִצְטָרְפִין, הָא בְּצִיר מֵהָכִי מִצְטָרְפִין? וְהָא קָתָנֵי: שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל, טְפֵי לָא! מִשּׁוּם דְּקָא בָּעֵי לְמִיתְנָא סֵיפָא: הָיוּ לוֹ בָּאֶמְצַע — מֵבִיא וּמְעַשְּׂרָן בָּאֶמְצַע.

'S'il y avait entre celles-ci et celles-là trente-deux mil, elles ne se combinent pas, etc.' — c'est [à] trente-deux [mil] qu'elles ne se combinent pas, [donc] à moins que cela elles se combinent ? Mais n'a-t-il pas enseigné 'seize mil' — [donc] pas davantage !

[C'est] parce qu'il veut enseigner dans la clause finale : s'il en avait au milieu, il [les] amène et les dîme au milieu.

📜 Rachi (1)
וְהָא קָתָנֵי ט"ז מִיל הוּא דְּמִצְטָרְפִין טְפֵי לֹא:
Mais n'a-t-il pas enseigné 'seize mil' — [c'est à seize mil] qu'elles se combinent, pas davantage.
💡 Explication

La Guemara relève une tension : dire '32 mil ne se combinent pas' laisse entendre qu'en dessous elles se combineraient — or la michna a déjà fixé la limite à 16 mil. Réponse : la michna mentionne 32 uniquement pour pouvoir énoncer le cas du troupeau intermédiaire (16 + 16), traité dans la clause suivante.

14
וְכַמָּה? אָמַר רַב: חָמֵשׁ מִכָּאן וְחָמֵשׁ מִכָּאן וְחָמֵשׁ מֵאֶמְצַע, דְּהָנֵי חָמֵשׁ חַזְיָא לְהָכָא וְחַזְיָא לְהָכָא.

Et combien [en faut-il] ? Rav dit : cinq d'ici, cinq de là, et cinq au milieu ; car ces cinq [du milieu] conviennent pour ici et conviennent pour la.

📜 Rachi (3)
וְכַמָּה יְהֵא לוֹ בַּצְּדָדִין וּבָאֶמְצַע שֶׁיִּצְטָרְפוּ:
Et combien — doit-il en avoir sur les côtés et au milieu pour qu'elles se combinent ?
ה' מִכָּאן וָהּ' בְּאֶמְצַע מִצְטָרְפוֹת וּמְבִיאָן לְתוֹךְ דִּיר א' וּמְעַשְּׂרָן וְהֶחָמֵשׁ הַנּוֹתָרוֹת בַּדִּיר מִצְטָרְפוֹת לְגֹורֶן אַחֵר כְּשֶׁיִּוָּלְדוּ לוֹ עוֹד טְלָאִים. אֲבָל אִי הָוֵי הָנָךְ דְּצַד הָאַחַת קְרוֹבוֹת לָאֶמְצָעִיּוֹת בְּתוֹךְ ט"ז מִיל וְאוֹתָן שֶׁבְּצַד שֵׁנִי רְחוֹקוֹת יוֹתֵר מט"ז מִיל אוֹתָן הָרְחוֹקוֹת פְּטוּרוֹת לְגַמְרֵי וְאֵינָן צְרִיכוֹת לְהַמְתִּין עַד שֶׁיִּוָּלְדוּ לוֹ עוֹד טְלָאִים לְהִצְטָרֵף לְגֹורֶן אַחֵר:
Cinq d'ici et cinq au milieu — se combinent, et il les amène dans un seul enclos et les dîme ; et les cinq restantes dans l'enclos se combineront pour une autre aire [de dîme] lorsque d'autres agneaux lui naîtront. Mais si celles d'un côté sont proches de celles du milieu, à l'intérieur de 16 mil, et que celles de l'autre côté sont plus éloignées que 16 mil, ces [bêtes] éloignées sont totalement exemptées et n'ont pas besoin d'attendre que d'autres agneaux lui naissent pour se combiner à une autre aire.
דְּהָנָךְ ה' אֶמְצָעִיּוֹת חַזְייָן לְהָכָא וּלְהָכָא דְּכָל צַד דְּמִצְטָרֶפֶת לְהוּ אִיכָּא שִׁיעוּר מַעֲשֵׂר אֲבָל אִם יֵשׁ מִכָּאן ה' וּמִכָּאן ד' וּבְאֶמְצַע ה' אֵין הֵד' מִצְטָרְפוֹת וְאֵין צְרִיכוֹת לְהַמְתִּין לְגֹורֶן אַחֵר:
Car ces cinq — [bêtes] du milieu conviennent pour ici et pour la, car de chaque côté auquel elles se combinent il y a la mesure du dîme [= dix] ; mais s'il y a cinq d'un côté, quatre de l'autre et cinq au milieu, les quatre ne se combinent pas et n'ont pas besoin d'attendre une autre aire.
💡 Explication

Combien de bêtes faut-il au milieu pour tout relier ? Rav : cinq de chaque côté et cinq au milieu. Les cinq du milieu peuvent se joindre à l'un ou l'autre côté pour atteindre dix (seuil du dîme) — les trois groupes comptent alors comme un.

🖼️ Schéma
Combien d'animaux au milieu ? Rav vs Chmouel Rav : 5 + 5 + 5 🐑🐑🐑🐑🐑 🐑🐑🐑🐑🐑 🐑🐑🐑🐑🐑 Les 5 du milieu conviennent d'un côté comme de l'autre : 5+5 = 10 (seuil du dîme). Il faut donc 5 au milieu, sinon pas de groupe de dix d'un côté. 4 d'un côté ne se combinent pas. Chmouel : 5 + 1 + 5 🐑🐑🐑🐑🐑 🐑 🐑🐑🐑🐑🐑 Le berger, placé au milieu, est vu comme 'celui qui compte' (mone). Un seul au milieu suffit : le berger a l'habitude d'y aller et d'amener, donc il embrasse les deux côtés. À fortiori 4 + 1 + 5.
Rav (5+5+5) contre Chmouel (5+1+5).
15
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֲפִילּוּ חָמֵשׁ מִכָּאן וְחָמֵשׁ מִכָּאן וְאֶחָד בָּאֶמְצַע, חָזֵינַן לְרוֹעֶה כְּמַאן דְּקָאֵי הָכָא, וְקָרֵינַן בֵּיהּ ״מוֹנֶה״.

Et Chmouel dit : même cinq d'ici, cinq de là et une au milieu [suffisent] — nous voyons le berger comme s'il se tenait ici [au milieu], et nous lui appliquons [le verset] 'celui qui compte' (mone).

📜 Rachi (1)
ה' מִכָּאן וָהּ' מִכָּאן וְאַחַת בָּאֶמְצַע אע"ג דְּהַךְ חֲדָא לָא חַזְיָא לְמִנְיָנָא הוֹאִיל וְרוֹעֶה אוֹרְחֵיהּ לְמֵיזַל הָתָם וְאֵיתוֹיֵי הָוְיָא כְּמַאן דְּקָאֵי הָתָם וְקָרֵינָא בֵּיהּ מוֹנֶה וכ"ש ד' מִכָּאן וָהּ' מִכָּאן וְאַחַת בָּאֶמְצַע דְּהַךְ חַזְיָא לְצֵירוּפָא דְּמִנְיָינָא:
Cinq d'ici, cinq de là et une au milieu — bien que cette unique [bête] ne convienne pas [à elle seule] pour le compte [de dix], puisque le berger a l'habitude d'aller là-bas et de [l']amener, [le milieu] est comme s'il s'y tenait, et nous lui appliquons [le verset] 'celui qui compte' ; et à plus forte raison quatre d'ici, cinq de là et une au milieu, car celle-ci convient pour se combiner au compte.
💡 Explication

Chmouel est plus souple : cinq de chaque côté et une seule au milieu suffisent. Le berger, considéré comme s'il se tenait au milieu, est 'celui qui compte' (mone, Jer 33:13) et embrasse les deux côtés du regard. À fortiori 4 + 1 + 5 fonctionne aussi.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).