Bekhorot 55a — combiner les troupeaux pour le maaser behema, le Jourdain comme frontière, sa géographie, et les 'sources' (zakhrut) selon Rav Kahana

Bekhorot 55a

Sougya : Le daf poursuit les règles du maaser behema (dîme du bétail). On demande ce qu'il faut au milieu de deux groupes éloignés pour les réunir en un seul compte : Rav exige cinq bêtes, Chemouel n'en exige qu'une (baraita : neuf ici, neuf là, une au milieu), et Rav Papa ajoute que même le berger ou ses ustensiles suffisent — d'où la question de Rav Achi sur le chien du berger (indécise).

Puis la michna de R. Meir : le Jourdain sépare pour le maaser.

R. Ami l'explique par l'éloignement (un pont réunirait), mais R.

Yo'hanan y voit un décret de l'Écriture ('le Jourdain lui servira de frontière', Jos 18:20). On distingue la frontière du Jourdain de celles des tribus, et l'on débat si le Jourdain fait partie du pays de Canaan (R.

Yehouda ben Betera vs R. Chimon bar Yohai).

Enfin, la géographie du fleuve (de la grotte de Pamyas jusqu'à Beit Yeriho, 'Yarden = yored miDan') et la série de Rav Kahana sur la 'source' (zakhrut) du Jourdain, du sang (le foie) et de l'eau (le Prat).

Combiner deux troupeaux pour le maaser behema (dîme du bétail) Deux groupes éloignés (jusqu'à 32 mil) : que faut-il AU MILIEU pour les réunir en un seul compte de 10 ? Rav il faut CINQ bêtes au milieu (un compte à lui seul) objecté par la baraita (UNE seule à Tsippori) Chemouel (p/ Rav) la baraita = 9 ici, 9 là, UNE au milieu (elle vaut des 2 côtés) une seule au milieu suffit alors Rav Papa (p/ Chemouel) même le BERGER seul, même ses USTENSILES au milieu, réunissent Rav Achi : et le CHIEN du berger ? -> teiqou Principe : est réuni ce qui peut aller d'un côté à l'autre (le berger doit passer chercher son bien). Le chien : le berger l'appelle et il vient (pas besoin d'y aller) OU il ne vient pas (le berger doit y aller) ? Indécis.
Ce qu'il faut au milieu pour réunir deux troupeaux : Rav / Chemouel / Rav Papa, et le chien de Rav Achi (segments 0-3).
Pourquoi le Jourdain sépare-t-il pour le maaser behema ? (deux raisons) R. Ami Raison : ÉLOIGNEMENT physique. Les bêtes ne peuvent aller d'un bord à l'autre. -> un PONT les réunit. Difficulté : alors TOUS les fleuves devraient séparer. Reste. R. Chiya bar Abba (R. Yo'hanan) Raison : DÉCRET de l'Écriture. "Le Jourdain lui servira de frontière à l'est" (Jos 18:20). -> frontière en soi ; un pont n'y change rien. Explique pourquoi on dit "Jourdain" et non "tous les fleuves".
Les deux raisons du rôle séparateur du Jourdain : éloignement (R. Ami) ou décret scripturaire (R. Yohanan) (segments 4-11).
Le cours du Jourdain (baraita) : "Jourdain" seulement à partir de Beit Yeriho Grotte dePamyas (Dan) Lac deSivkhi (Houla) Lac deTibériade Beit Yeriho"Jourdain" ici -> Lac deSodome (mer Morte) Sort de Pamyas, traverse les lacs, tombe dans la Grande Mer. "Yarden" = "yored miDan" (descend de Dan). Portée : maaser behema (non pour un vœu : là, on suit le langage courant).
Le cours du Jourdain d'après la baraita et l'étymologie 'yored miDan' (segments 14-16).
1
מֵיתִיבִי: הָיָה לוֹ חָמֵשׁ בִּכְפַר חֲנַנְיָה וְחָמֵשׁ בִּכְפַר עָותְנַי — אֵין מִצְטָרְפוֹת עַד שֶׁיְּהֵא לוֹ אַחַת בְּצִיפּוֹרִי. תְּיוּבְתָּא דְּרַב!

On objecte : s'il avait cinq [bêtes] au village de Hanania et cinq au village de Otni — elles ne se combinent pas, à moins qu'il n'en ait une [de plus] à Tsippori [au milieu]. Réfutation de Rav !

📜 Rachi (1)
מִכְּפָר עָותְנִי לְכַפֵּר חֲנַנְיָה שְׁנַיִם וּשְׁלֹשִׁים מִילִין וְצִיפּוֹרִי מְצָרַפְתָּן בְּאֶמְצַע:
Du village de Otni au village de Hanania [il y a] trente-deux mil, et Tsippori les combine au milieu.
💡 Explication

Objection contre Rav (qui exigeait cinq bêtes au milieu pour combiner deux groupes). La baraita enseigne : cinq bêtes au village de Hanania et cinq au village de Otni (à 32 mil de distance) ne se combinent pour le maaser behema (dîme du bétail) que s'il en a une seule à Tsippori, située entre les deux. Une seule bête au milieu suffirait donc, contre Rav qui en exigeait cinq.

🖼️ Schéma
Combiner deux troupeaux pour le maaser behema (dîme du bétail) Deux groupes éloignés (jusqu'à 32 mil) : que faut-il AU MILIEU pour les réunir en un seul compte de 10 ? Rav il faut CINQ bêtes au milieu (un compte à lui seul) objecté par la baraita (UNE seule à Tsippori) Chemouel (p/ Rav) la baraita = 9 ici, 9 là, UNE au milieu (elle vaut des 2 côtés) une seule au milieu suffit alors Rav Papa (p/ Chemouel) même le BERGER seul, même ses USTENSILES au milieu, réunissent Rav Achi : et le CHIEN du berger ? -> teiqou Principe : est réuni ce qui peut aller d'un côté à l'autre (le berger doit passer chercher son bien). Le chien : le berger l'appelle et il vient (pas besoin d'y aller) OU il ne vient pas (le berger doit y aller) ? Indécis.
L'objection contre Rav : une seule bête au milieu (à Tsippori) suffit d'après la baraita.
2
תַּרְגְּמַהּ שְׁמוּאֵל אַלִּיבָּא דְּרַב: כְּגוֹן שֶׁהָיוּ תֵּשַׁע מִכָּאן וְתֵשַׁע מִכָּאן וְאַחַת בָּאֶמְצַע, דְּהַהִיא חַזְיָא לְהָכָא וְחַזְיָא לְהָכָא.

Chemouel l'a interprétée selon [l'avis de] Rav : c'est le cas où il y avait neuf [bêtes] d'ici et neuf de là, et une au milieu — car celle-ci est apte [à se combiner] avec ici et apte [à se combiner] avec la.

📜 Rachi (1)
תַּרְגְּמַהּ שְׁמוּאֵל אַלִּיבָּא דְּרַב דְּהָא דְּקָתָנֵי אַחַת בָּאֶמְצַע לָאו אַרֵישָׁא קָאֵי דְּאַייְרֵי בְּחָמֵשׁ אֶלָּא כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ לוֹ תֵּשַׁע מִכָּאן וְט' מִכָּאן כו':
Chemouel l'a interprétée selon Rav — car ce qu'enseigne [la baraita] 'une au milieu' ne se rapporte pas au début, qui traitait de cinq [bêtes], mais [au] cas où il a neuf d'ici et neuf de là, etc.
💡 Explication

Réponse de Chemouel pour sauver Rav : la baraita ne parle pas de cinq de chaque côté (comme le laissait entendre l'objection), mais de neuf d'un côté et neuf de l'autre. La bête unique du milieu se combine alors avec les neuf d'ici (total 10) et avec les neuf de là (total 10). Dans ce cas particulier, une seule bête au milieu suffit ; mais là où il n'y a pas dix de chaque côté, Rav maintient qu'il en faut cinq.

3
אָמַר רַב פָּפָּא: וְלִשְׁמוּאֵל, אֲפִילּוּ רוֹעֶה מְצָרְפָן, וַאֲפִילּוּ כִּלְיוֹ שֶׁל רוֹעֶה מְצָרְפָן.

Rav Papa dit : et selon Chemouel, même un berger les combine, et même les ustensiles du berger les combinent.

📜 Rachi (2)
וְלִשְׁמוּאֵל דְּלָא בָּעֵי דְּתֶיהֱוֵי אֶמְצָעִית חַזְיָיא לְצֵירוּף הַמִּנְיָן אֲפִילּוּ רוֹעֶה יֵשׁ לוֹ דִּירָה בְּאֶמְצַע וְאֵין לוֹ שׁוּם בְּהֵמָה לְצָרְפָן:
Et selon Chemouel — qui n'exige pas que [la bête] du milieu soit apte à rejoindre le compte : même un berger qui a une demeure au milieu et n'a aucune bête les combine.
וַאֲפִילּוּ כִּלְיוֹ שֶׁל רוֹעֶה מֻונָּחִין בְּאוֹתוֹ כְּפָר מְצָרְפָן הוֹאִיל וְסוֹפוֹ דְּרוֹעֶה לְמֵיזַל הָתָם וּמִשַּׁקְלֵיהּ וְקָרֵינַן בֵּיהּ מוֹנֶה:
Et même les ustensiles du berger — posés dans ce village-là, les combinent : puisque le berger finira par y aller et les prendre, on lui applique [le terme] 'yihyeh' (il sera [compté]).
💡 Explication

Rav Papa pousse la logique de Chemouel (qui n'exige pas que l'élément du milieu soit lui-même comptable pour la dîme, mais seulement qu'il fasse le lien). Selon lui, même le berger seul, installé au milieu sans aucune bête, combine les deux troupeaux ; et même les ustensiles du berger déposés là les combinent — puisque le berger devra passer les reprendre, c'est comme s'il était déjà présent (on lui applique le terme 'yihyeh', il sera compté).

4
בָּעֵי רַב אַשִּׁי: כַּלְבָּא דְּרוֹעֶה מַאי? כֵּיוָן דְּקָרֵי לֵיהּ וְאָתֵי לָא מִצְטָרְפִי, אוֹ דִּלְמָא זִימְנִין דְּלָא אָתֵי, וּמִצְטָרֵךְ אִיהוּ לְמֵיזַל וְאֵתֹיֵיהּ? תֵּיקוּ.

Rav Achi demanda : le chien du berger, quoi [en dit-on] ? Puisqu'il l'appelle et [le chien] vient, [le troupeau] ne se combine pas ; ou bien, peut-être, parce qu'il arrive qu'il ne vienne pas et qu'[le berger] doive aller le chercher — [alors il se combine] ?

Que cela reste [indécis].

📜 Rachi (1)
דְּקָרֵי לֵיהּ וְאָתֵי וְלָא מִיצְטְרִיךְ רוֹעֶה מֵיזָל הָתָם וְלָא קָרֵינָא בֵיהּ מוֹנֶה:
Puisqu'il l'appelle et [le chien] vient — [le berger] n'a pas besoin d'aller là-bas, et on ne lui applique pas [le terme] 'compté'.
💡 Explication

Question de Rav Achi : et le chien du berger, placé au milieu, combine-t-il les deux troupeaux ? Deux hypothèses : (a) le berger n'a qu'à l'appeler et le chien vient — le berger n'a donc pas besoin d'aller au milieu, cela ne combine pas ; (b) mais parfois le chien ne vient pas, et le berger doit aller le chercher — cela combinerait, comme ses ustensiles. La question reste sans réponse (teiqou).

🖼️ Schéma
Combiner deux troupeaux pour le maaser behema (dîme du bétail) Deux groupes éloignés (jusqu'à 32 mil) : que faut-il AU MILIEU pour les réunir en un seul compte de 10 ? Rav il faut CINQ bêtes au milieu (un compte à lui seul) objecté par la baraita (UNE seule à Tsippori) Chemouel (p/ Rav) la baraita = 9 ici, 9 là, UNE au milieu (elle vaut des 2 côtés) une seule au milieu suffit alors Rav Papa (p/ Chemouel) même le BERGER seul, même ses USTENSILES au milieu, réunissent Rav Achi : et le CHIEN du berger ? -> teiqou Principe : est réuni ce qui peut aller d'un côté à l'autre (le berger doit passer chercher son bien). Le chien : le berger l'appelle et il vient (pas besoin d'y aller) OU il ne vient pas (le berger doit y aller) ? Indécis.
La question du chien : le berger l'appelle (pas besoin d'y aller) ou doit aller le chercher ?
5
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: הַיַּרְדֵּן מַפְסִיק לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה. אָמַר רַבִּי אַמִּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין שָׁם גֶּשֶׁר, אֲבָל יֵשׁ שָׁם גֶּשֶׁר — גֶּשֶׁר מְצָרְפָן.

Rabbi Meir dit : le Jourdain sépare pour le maaser behema. Rabbi Ami dit : on n'a enseigné [cela] que là où il n'y a pas de pont ; mais s'il y a un pont — le pont les combine.

💡 Explication

Nouvelle michna : selon Rabbi Meir, le Jourdain constitue une séparation pour le maaser behema (les bêtes de part et d'autre ne se combinent pas), même si la distance est faible. Rabbi Ami restreint : cela ne vaut que faute de pont ; s'il existe un pont permettant de passer d'un bord à l'autre, il combine les troupeaux. Pour R. Ami, le fleuve sépare donc à cause de l'obstacle physique, non par un statut propre.

🖼️ Schéma
Pourquoi le Jourdain sépare-t-il pour le maaser behema ? (deux raisons) R. Ami Raison : ÉLOIGNEMENT physique. Les bêtes ne peuvent aller d'un bord à l'autre. -> un PONT les réunit. Difficulté : alors TOUS les fleuves devraient séparer. Reste. R. Chiya bar Abba (R. Yo'hanan) Raison : DÉCRET de l'Écriture. "Le Jourdain lui servira de frontière à l'est" (Jos 18:20). -> frontière en soi ; un pont n'y change rien. Explique pourquoi on dit "Jourdain" et non "tous les fleuves".
Position de départ de R. Ami : le fleuve sépare faute de pont (raison physique).
6
אַלְמָא, מִשּׁוּם דְּלָא מְיקָרְבָן הוּא. מֵיתִיבִי: הָיוּ לוֹ בִּשְׁנֵי עֶבְרֵי הַיַּרְדֵּן אֵילָךְ וְאֵילָךְ, אוֹ בִּשְׁנֵי אַבְטִילָאוֹת כְּגוֹן שֶׁל נָמֵר וְנָמוֹרִי — אֵין מִצְטָרְפִין, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר חוּצָה לָאָרֶץ וָאָרֶץ.

Ainsi donc, c'est parce qu'[les deux troupeaux] ne sont pas proches [l'un de l'autre]. On objecte : s'il avait [des bêtes] sur les deux rives du Jourdain, d'un côté et de l'autre, ou dans deux districts (avtila'ot) tels que Namer et Namori — elles ne se combinent pas ; et il va sans dire [que si l'un est] hors du Pays et [l'autre dans] le Pays [elles ne se combinent pas].

📜 Rachi (3)
דְּלָא מִיקָּרְבָן שֶׁאֵין יְכוֹלִין לֵילֵךְ זוֹ אֵצֶל זוֹ לֹא הַבְּהֵמוֹת וְלֹא רוֹעֶה:
Ne sont pas proches — car [ni] les bêtes [ni] le berger ne peuvent aller l'une auprès de l'autre.
אַבְטִילָאוֹת קונטריד"ש שְׁנֵי אִפַּרְכִיּוֹת וּבְמַלְכוּת אַחַת:
Avtila'ot — 'contrées' (contrada) : deux préfectures (éparchies), sous un seul royaume.
נָמָר וְנִמּוּרֵי שְׁנֵי אַבְטִילָאוֹת אֵין מִצְטָרְפוֹת אע"ג דִּסְמוּכוֹת זוֹ לְזוֹ בְּמִיל אֶחָד:
Namer et Namori — deux districts qui ne se combinent pas, bien qu'ils soient proches l'un de l'autre, à un mil de distance.
💡 Explication

La Guemara déduit de R. Ami que la séparation tient à l'éloignement (les troupeaux ne peuvent se rejoindre). Objection depuis une baraita : des bêtes sur les deux rives du Jourdain, ou dans deux districts voisins (Namer et Namori, sous un même royaume, distants d'un seul mil), ne se combinent pas — et à fortiori si l'une est hors d'Eretz Israël et l'autre à l'intérieur. Or ces cas n'impliquent pas toujours d'obstacle physique.

7
וְהָא חוּצָה לָאָרֶץ וָאָרֶץ כִּמְקוֹם שֶׁיֵּשׁ גֶּשֶׁר דָּמֵי, וְקָתָנֵי: לֹא מִצְטָרְפִין!

Or [le cas] 'hors du Pays et [dans] le Pays' est comme un endroit où il y a un pont — et [pourtant] il enseigne : elles ne se combinent pas !

📜 Rachi (1)
כְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שָׁם גֶּשֶׁר דָּמֵי דְּהָא אֵין שָׁם נָהָר וְקָתָנֵי דְּחוּצָה לָאָרֶץ וא"י [וַאֲפִילּוּ] כֻּולָּן עוֹמְדוֹת בְּתוֹךְ מִיל אֶלָּא שֶׁזּוֹ בָּאָרֶץ וְזוֹ בח"ל אֵין מִצְטָרְפִין:
Comme un endroit où il y a un pont — car il n'y a là aucun fleuve, et [la baraita] enseigne que hors du Pays et [en] Eretz Israël, même si toutes [les bêtes] se tiennent à l'intérieur d'un mil, mais que celle-ci est dans le Pays et celle-là hors du Pays, elles ne se combinent pas.
💡 Explication

Précision de l'objection : la limite entre hors d'Eretz Israël et Eretz Israël n'est pas nécessairement barrée par un cours d'eau — c'est donc comme un endroit où il y aurait un pont (rien n'empêche physiquement de passer). Et pourtant la baraita dit qu'elles ne se combinent pas. Cela contredit R. Ami, pour qui l'absence d'obstacle (pont) devrait permettre la combinaison.

8
אֶלָּא אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַיְינוּ טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר, דְּאָמַר קְרָא: ״וְהַיַּרְדֵּן יִגְבֹּל אֹתוֹ לִפְאַת קֵדְמָה״, הַכָּתוּב עֲשָׂאוֹ גְּבוּל בִּפְנֵי עַצְמוֹ.

Plutôt, Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : voici la raison de Rabbi Meir — car le verset dit : 'Et le Jourdain lui servira de frontière du côté de l'orient' (Josue 18:20) ; l'Écriture en a fait une frontière à lui seul.

📜 Rachi (1)
וְהַיַּרְדֵּן יִגְבֹּול אוֹתוֹ בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ (יח) בִּגְבוּל אֶחָד מִן הַשְּׁבָטִים:
Et le Jourdain lui servira de frontière — dans le livre de Josue (ch. 18), pour l'une des tribus.
🗂️ Tossefot (1)
אֲמַר קְרָא יִגְבֹּול אֹותוֹ לִפְאַת קֵדְמָה בִּגְבוּל בִּנְיָמִין כְּתִיב בַּס' יְהוֹשֻׁעַ וְלֹא כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים:
Le verset dit 'lui servira de frontière du côté de l'orient' — [cela] est écrit à propos de la frontière de Binyamin, dans le livre de Josue, et non comme c'est [rapporté] dans les livres [= la version courante].
💡 Explication

La Guemara abandonne l'explication de R. Ami. Selon R. Yo'hanan (via R. Hiya bar Abba), la raison de R. Meir n'est pas physique mais scripturaire : le verset 'le Jourdain lui servira de frontière à l'est' (Josue 18:20, frontière de Binyamin) fait du Jourdain une frontière en soi. C'est un décret de la Torah : le fleuve sépare pour le maaser indépendamment de tout pont.

🖼️ Schéma
Pourquoi le Jourdain sépare-t-il pour le maaser behema ? (deux raisons) R. Ami Raison : ÉLOIGNEMENT physique. Les bêtes ne peuvent aller d'un bord à l'autre. -> un PONT les réunit. Difficulté : alors TOUS les fleuves devraient séparer. Reste. R. Chiya bar Abba (R. Yo'hanan) Raison : DÉCRET de l'Écriture. "Le Jourdain lui servira de frontière à l'est" (Jos 18:20). -> frontière en soi ; un pont n'y change rien. Explique pourquoi on dit "Jourdain" et non "tous les fleuves".
Le tournant : R. Yo'hanan fonde la séparation sur le verset (frontière en soi).
9
אֶלָּא מֵעַתָּה, ״וְתָאַר הַגְּבוּל״ ״וְעָלָה הַגְּבוּל״, הָכִי נָמֵי הַכָּתוּב עֲשָׂאוֹ גְּבוּל בִּפְנֵי עַצְמוֹ!

Mais s'il en est ainsi, 'et la frontière s'infléchissait', 'et la frontière montait' — là aussi l'Écriture en a fait une frontière à elle seule [de chaque tribu] !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה כָּל דִּכְתִיב בְּנַחֲלַת הַשְּׁבָטִים וְתָאַר הַגְּבוּל ה"נ דְּכָל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט גְּבוּל בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְאִם יֵשׁ לוֹ בְּנַחֲלַת שֵׁבֶט זֶה וּבְנַחֲלַת שֵׁבֶט זֶה (וּבְנַחֲלַת שֵׁבֶט זֶה) אֵין מִצְטָרְפִין וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל א"כ אַמַּאי נְקַט חוּצָה לָאָרֶץ וָאָרֶץ:
Mais s'il en est ainsi — tout ce qui est écrit à propos de l'héritage des tribus, 'et la frontière s'infléchissait' [signifierait] de même que chaque tribu est une frontière à elle seule, et [donc] s'il a [des bêtes] dans l'héritage de telle tribu et dans l'héritage de telle [autre] tribu, elles ne se combineraient pas, même à l'intérieur de seize mil ; si oui, pourquoi mentionner [spécialement] 'hors du Pays et le Pays' ?
💡 Explication

Difficulté : si un verset qualifiant quelque chose de 'frontière' en fait une séparation pour le maaser, alors les versets décrivant les limites de chaque tribu ('la frontière s'infléchissait', 'la frontière montait', Josue 18:14 et 18:12) devraient faire de chaque territoire tribal une frontière séparatrice. Les bêtes de deux tribus voisines ne se combineraient pas, même à moins de seize mil — pourquoi alors ne parler que de 'hors du Pays et le Pays' ?

10
שָׁאנֵי הָתָם, דְּאָמַר קְרָא: ״זֹאת תִּהְיֶה לָכֶם הָאָרֶץ לִגְבֻלֹתֶיהָ סָבִיב״, כֻּולַּהּ אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל גְּבוּל אֶחָד הִיא.

Là-bas, c'est différent, car le verset dit : 'Tel sera pour vous le pays, selon ses frontières tout autour' (Nombres 34:12) — [tout] Eretz Israël entière est une seule frontière.

📜 Rachi (2)
זֹאת תִּהְיֶה לָכֶם וְגוֹ' לְאַחַר שֶׁמְּנָאָן כֻּולָּן עֲשָׂאוּהָ אֶרֶץ אַחַת:
Tel sera pour vous, etc. — après les avoir toutes énumérées [les frontières], [l'Écriture] en a fait un seul pays.
אֶרֶץ כְּתִיב בִּקְרָא זֹאת תִּהְיֶה לָכֶם הָאָרֶץ גְּבוּלוֹתֶיהָ דְּאֶרֶץ חֲשִׁיב חַד וְלֹא גְּבוּלוֹת דְּיַרְדֵּן:
'Le pays' — il est écrit dans le verset 'tel sera pour vous le pays' : ses frontières, [celles] du pays, comptent pour une seule, et non les frontières du Jourdain.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי הָתָם דְּאָמַר קְרָא זֹאת תִּהְיֶה לָכֶם הָאָרֶץ לִגְבֻולֹותֶיהָ סָבִיב בְּפָ' וְאֵלֶּה מַסְעֵי כְּתִיב הַאי קְרָא וּקְרָאֵי שֶׁל מַעְלָה וְתָאַר הַגְּבוּל וְעָלָה הַגְּבוּל כְּתִיב בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ (שָׁם) כָּל חִילּוּק כָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט וְאַשְׁמוֹעִינַן הַאי קְרָא דְּאֵלֶּה מַסְעֵי דְּכָל גְּבוּל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֶחָד וְלֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּי' הַקּוּנְטְרֵס דִּלְאַחַר שֶׁמְּנָאָן עֲשָׂאָהּ אֶרֶץ אַחַת דְּמַשְׁמַע דִּשְׁנֵיהֶם כְּתוּבִים בְּמָקוֹם אֶחָד וְאֵינוֹ כֵּן דְּהַאי כְּתִיב בְּאוֹרַיְיתָא וְהַאי כְּתִיב בַּנְּבִיאִים:
'Là-bas, c'est différent, car le verset dit : tel sera pour vous le pays selon ses frontières tout autour' — dans la parachat Ele Massei ce verset est écrit, tandis que les versets d'au-dessus, 'et la frontière s'infléchissait' et 'la frontière montait', sont écrits dans le livre de Josue [pour] chaque division de chaque tribu ; et ce verset d'Ele Massei nous enseigne que toute la frontière d'Eretz Israël est une, et non comme l'a expliqué le Contres [Rachi], que [c'est] après les avoir énumérées qu'[l'Écriture] en a fait un seul pays — ce qui laisserait entendre que les deux [passages] sont écrits au même endroit ; or il n'en est pas ainsi, car celui-ci est écrit dans la Torah et celui-là est écrit dans les Prophètes.
💡 Explication

Réponse : les frontières internes entre tribus ne séparent pas, car le verset 'Tel sera pour vous le pays, selon ses frontières tout autour' (Nombres 34:12) déclare que tout Eretz Israël forme une seule frontière. Les démarcations tribales sont intérieures à cette unité et n'ont pas le statut de frontière séparatrice pour le maaser.

11
אִי הָכִי, יַרְדֵּן נָמֵי! ״אֶרֶץ״ — וְלֹא יַרְדֵּן.

Si [c'est] ainsi, le Jourdain aussi [ne devrait pas séparer] ! 'Le pays' — et non le Jourdain.

💡 Explication

Nouvelle difficulté : si l'unité d'Eretz Israël efface les frontières internes, pourquoi le Jourdain séparerait-il encore ? Réponse : le verset dit 'tel sera pour vous le pays' — cela vise ce qui est terre ferme et continu, mais non les zones séparées par le Jourdain, qui est de l'eau et non de la terre. Le fleuve reste donc une frontière.

12
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא — הַיְינוּ דְקָתָנֵי ״יַרְדֵּן״, אֶלָּא לְרַבִּי אַמִּי — לִיתְנִינְהוּ לְכוּלְּהוּ נְהָרוֹת! קַשְׁיָא.

Soit : selon Rabbi Hiya bar Abba — c'est [bien] ce qu'enseigne [la michna] 'le Jourdain' ; mais selon Rabbi Ami — qu'il enseigne [donc] tous les fleuves [comme séparateurs] ! Difficulté.

📜 Rachi (1)
לֵר' אַמִּי דְּאָמַר מִשּׁוּם דִּמְירַחֲקוּ לִיתְנֵי כָּל הַנְּהָרוֹת מַפְסִיקִין:
Selon R. Ami — qui dit [que la séparation est] à cause de l'éloignement, qu'il enseigne [alors] que tous les fleuves séparent.
💡 Explication

Confrontation des deux avis. Selon R. Hiya bar Abba (décret scripturaire propre au Jourdain), il est logique que la michna nomme spécifiquement 'le Jourdain'. Mais selon R. Ami (raison = éloignement physique), la michna aurait dû enseigner que tous les fleuves infranchissables séparent, et pas seulement le Jourdain. La Guemara conclut : c'est une difficulté (qui reste) pour R. Ami.

13
לֵימָא כְתַנָּאֵי: ״כִּי אַתֶּם עֹבְרִים אֶת הַיַּרְדֵּן אַרְצָה כְּנָעַן״, ״אַרְצָה״ — אֶרֶץ כְּנָעַן, וְלֹא הַיַּרְדֵּן אֶרֶץ כְּנַעַן, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה.

Disons que [cela dépendrait] de [divergences entre] tannaim : 'Lorsque vous passerez le Jourdain vers le pays de Canaan' (Nombres 35:10) — 'vers le pays' [signifie] le pays de Canaan, et non [que] le Jourdain [soit] le pays de Canaan ; paroles de Rabbi Yehouda ben Betera.

📜 Rachi (1)
(לֵימָא) כְּתַנָּאֵי אִי יַרְדֵּן חָשׁוּב אֶרֶץ כְּנַעַן וְלֹא יַפְסִיק אִי לֹא:
Disons que [cela dépend] de tannaim — [selon] que le Jourdain est considéré [comme] pays de Canaan et [donc] ne sépare pas, ou non.
💡 Explication

La Guemara propose de rattacher la question — le Jourdain fait-il partie d'Eretz Canaan ? — à une controverse de tannaim. Pour R. Yehouda ben Betera, le verset 'lorsque vous passerez le Jourdain vers le pays de Canaan' (Nombres 35:10) enseigne que le pays de Canaan est bien Eretz Israël, mais que le Jourdain lui-même n'appartient pas au pays de Canaan. Le fleuve serait donc extérieur, ce qui justifie qu'il sépare.

14
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר ״מֵעֵבֶר לְיַרְדֵּן יְרֵחוֹ קֵדְמָה מִזְרָחָה״, מַה יְרֵחוֹ אֶרֶץ כְּנַעַן, אַף יַרְדֵּן אֶרֶץ כְּנַעַן.

Rabbi Chimon ben Yohai dit : voici qu'il est dit 'au-delà du Jourdain, [vers] Jericho, du côté de l'orient, vers le levant' (Nombres 34:15) — de même que Jericho [est] pays de Canaan, de même le Jourdain [est] pays de Canaan.

🗂️ Tossefot (1)
מֵעֵבֶר לְיַרְדֵּן יְרֵחוֹ קֵדְמָה מִזְרָחָה כְּתִיב מַה יְרִיחוֹ אֶרֶץ כּוּ' וְא"ת אִי מִירְדָּן יְרִיחוֹ קָדָרֵישׁ דְּאִיתַּקּוּשׁ זֶה כְּתִיב בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת וְי"ל דְּדַוְקָא מַיְיתֵי הַאי קְרָא דִּכְתִיב בְּאֵלֶּה מַסְעֵי לְאַחַר שְׁמֹנָה תְּחוּמֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּכְתִיב (שָׁם) וַיְצַו מֹשֶׁה וְגוֹ' עַד שְׁנֵי הַמַּטּוֹת וַחֲצִי הַמַּטֶּה לָקְחוּ נַחֲלָתָם מֵעֵבֶר לְיַרְדֵּן יְרֵחוֹ קֵדְמָה מִזְרָחָה דְּמַשְׁמַע דְּיַרְדֵּן הֲוָה מֵעִיקַּר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְלֹא בִּכְלַל גְּבוּל שְׁנֵי הַמִּטּוֹת כְּמוֹ שֶׁיָּרִיחוּ לָאו בִּכְלַל גְּבוּלָם:
Il est écrit 'au-delà du Jourdain, [vers] Jericho, du côté de l'orient, vers le levant' — de même que Jericho [est] pays [de Canaan], etc. — et si tu dis : c'est du Jourdain [par rapport à] Jericho qu'il tire son enseignement, [or] leur association [par juxtaposition] est écrite en plusieurs endroits ! On peut répondre : [la Guemara] apporte précisément ce verset écrit dans Ele Massei, après qu'[l'Écriture] eut énuméré les limites d'Eretz Israël, et où il est écrit 'et Moché ordonna, etc.' jusqu'à 'les deux tribus et la demi-tribu ont pris leur héritage au-delà du Jourdain, [vers] Jericho, du côté de l'orient, vers le levant' — ce qui laisse entendre que le Jourdain faisait partie du corps même d'Eretz Israël, et non de la limite des deux tribus [et demie], de même que Jericho n'était pas dans leur limite.
💡 Explication

Position opposée de R. Chimon bar Yohai : le verset associe le Jourdain à Jericho ('au-delà du Jourdain, vers Jericho...', Nombres 34:15). Par ce rapprochement (hekech) : de même que Jericho fait partie du pays de Canaan, de même le Jourdain en fait partie. Pour lui, le fleuve appartient à Eretz Canaan — la séparation pour le maaser ne peut donc venir de ce qu'il serait 'extérieur'.

15
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין ״יַרְדֵּן״ אֶלָּא מִבֵּית יְרֵחוֹ וּלְמַטָּה. לְמַאי הִלְכְתָא? אִילֵּימָא לְנוֹדֵר — הַלֵּךְ אַחַר לְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם, וְכֹל הֵיכָא דְּקָרוּ לֵיהּ ״יַרְדֵּן״ אִיתְּסַר לֵיהּ! אֶלָּא לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה.

Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : 'Jourdain' [ne s'appelle ainsi] qu'à partir de Beit Yeriho et en dessous. Pour quelle halakha [le précise-t-on] ?

Si l'on dit [pour celui] qui fait un vœu — [non], suis le langage des gens : partout où on l'appelle 'Jourdain', cela lui est interdit ! Plutôt, [c'est] pour le maaser behema.

📜 Rachi (2)
מִבֵּית יְרִיחוֹ וּלְמַטָּה אֲבָל כָּל מַה דִּמְשִׁיךְ לְמַעְלָה מִיּרִיחוֹ לֹא יַרְדֵּן הוּא דְּבָטֵל חֲשִׁיבוּתוֹ שֶׁמִּתְעָרֵב בְּיָמִים גְּדוֹלִים:
À partir de Beit Yeriho et en dessous — mais tout ce qui s'étend au-dessus de Jericho n'est pas [appelé] 'Jourdain', car son importance s'annule du fait qu'il se mélange à de grands lacs.
לַנּוֹדֵר דְּהַנּוֹדֵר מִן הַיַּרְדֵּן יְהֵא מֻותָּר לִשְׁתּוֹת מִיּרִיחוֹ וּלְמַעְלָה:
Pour celui qui fait un vœu — [on aurait pu croire] que celui qui fait vœu [de s'abstenir] du Jourdain aurait le droit de boire depuis Jericho et au-dessus.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין יַרְדֵּן אֶלָּא מִבֵּית יְרֵחוֹ וּלְמַטָּה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֲבָל מַה דִּמְשִׁיךְ לְמַעְלָה מִיּרִיחוֹ לָאו יַרְדֵּן הוּא דְּבָטֵל חֲשִׁיבוּתֵיהּ שֶׁמִּתְעָרֵב בְּיָמִים גְּדוֹלִים וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דְּאִם לְמַעְלָה בָּטֵל חֲשִׁיבוּתוֹ לְפִי שֶׁמִּתְעָרֵב א"כ לְמַטָּה נָמֵי שֶׁהֲרֵי כְּבָר נִתְעָרֵב בַּיָּמִים לְמַעְלָה וי"ל אע"פ שֶׁנִּתְעָרֵב לְמַעְלָה בַּיָּמִים יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁלְּמַטָּה יוֹצֵא מִן הַמַּיִם וְהוֹלֵךְ בְּלֹא תַּעֲרֹובֶת כִּדְקָאָמַר בְּסָמוּךְ שֶׁמְּהַלֵּךְ בְּיַמָּהּ שֶׁל סִבְכִי וּבְיַמָּהּ שֶׁל טְבֶרְיָא וּבְיַמָּהּ שֶׁל סְדוֹם וְהוֹלֵךְ וְנוֹפֵל לַיָּם הַגָּדוֹל מַשְׁמַע דְּנִיכָּר כְּשֶׁיּוֹצֵא מִכָּל אוֹתָם הַיָּמִים וְהוֹלֵךְ וְנוֹפֵל בַּיָּם הַגָּדוֹל וְכִדְאָמְרִינַן נָמֵי בב"ר בְּפָ' בְּרֵאשִׁית דְּהָדֵין יַרְדְּנָא מְהַלֵּךְ גּוֹ יַמָּא דְּמִלְחָא וְלֹא מִתְעָרֵב וּמִיהוּ קָשֶׁה לְפֵירוּשׁ הַקְּוַנְט' דהמ"ל בָּטֵל חֲשִׁיבוּתוֹ לְמַטָּה מִיּרִיחוֹ יוֹתֵר מִלְמַעְלָה דֶּאֱמֶת הוּא שֶׁלְּמַטָּה מִיּרִיחוֹ מִתְרַחֵב יוֹתֵר וְהוֹלֵךְ לְיָם הַמֶּלַח דִּגְבוּל לְמַטָּה מַטָּה בִּנְיָמִין הֲוָה בֵּין בְּנֵי יְהוּדָה וּבֵין בְּנֵי יוֹסֵף כְּדִכְתִיב בִּיהוֹשֻׁעַ (יח) וִיהוּדָה הָיָה עוֹמֵד מִנֶּגֶב שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּבְנֵי יוֹסֵף מִצָּפוֹן וּבִנְיָמִין בְּאֶמְצַע וּגְבוּל יְהוּדָה הָיָה מַחֲזִיק כָּל אֹורֶךְ א"י מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב וְיָם הַמֶּלַח הָיָה עוֹמֵד לִיהוּדָה בְּכָל מִזְרָחוֹ וּבְמָקוֹם שֶׁהָיָה כָּלֶה הַיַּרְדֵּן נוֹפֵל לְתוֹכוֹ שָׁם כָּלָה מִזְרָחוֹ שֶׁל יְהוּדָה לְצַד צָפוֹן כְּדִכְתִיב בִּיהוֹשֻׁעַ (טו) גַּבֵּי תְּחוּם בְּנֵי יְהוּדָה וּגְבוּל קֵדְמָה יָם הַמֶּלַח עַד קְצֵה הַיַּרְדֵּן וְהַיַּרְדֵּן הָיָה גְּבוּל מִזְרָחוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין כְּדִכְתִיב בְּסוֹף וְהַיַּרְדֵּן יִגְבֹּול אֹותוֹ לִפְאַת קֵדְמָה וּכְשֶׁמָּנָה גְּבוּל צְפוֹנִי שֶׁל בִּנְיָמִין מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב כְּתִיב לָהֶם גְּבוּל צָפוֹן מִן הַיַּרְדֵּן וְעָלָה הַגְּבוּל אֶל כֶּתֶף יְרֵחוֹ וְעָלָה בָּהָר יָמָּה פִּי' מִצַּד גְּבוּל הַצְּפוֹנִי שֶׁלָּהֶם מִן הַיַּרְדֵּן שֶׁבַּמִּזְרָח מַתְחִיל הַמֵּיצַר וְעָלָה אֶל עֵבֶר כֶּתֶף יְרִיחוֹ מִצָּפוֹן וְעָלָה מִשָּׁם אֶל הַמַּעֲרָב אֶל עֵבֶר יַרְדֵּן וּמוֹשֵׁךְ הַחוּט בִּצְפוֹנוֹ שֶׁל יְרִיחוֹ נִמְצֵאת יְרִיחוֹ לִפְנִים מִן הַחוּט בְּחֵלֶק בִּנְיָמִין וְחוֹזֵר וּמוֹנֶה גְּבוּל מַעֲרָב מִצָּפוֹן לַדָּרוֹם וְאַחַ"כּ גְּבוּל דְּרוֹמִית מִמַּעֲרָב לַמִּזְרָח וּבְסוֹף גְּבוּל דְּרוֹמִית לְצַד מִזְרָח כְּתִיב וְהָיוּ תֹּוצְאוֹת הַגְּבוּל אֶל לְשׁוֹן יָם הַמֶּלַח צָפוֹנָה אֶל קְצֵה הַיַּרְדֵּן נֶגְבָּה זֶה גְּבוּל נֶגֶב פֵּירוּשׁ צָפוֹנָה שֶׁל לָשׁוֹן שֶׁכָּל הַיָּם בִּגְבוּל יְהוּדָה הֲרֵי כָּל הַמִּקְרָאוֹת מוֹכִיחוֹת שֶׁהַיַּרְדֵּן הָיָה הוֹלֵךְ מִצָּפוֹן לַדָּרוֹם וְנוֹפֵל בְּיַם הַמֶּלַח בְּסוֹף גְּבוּל בִּנְיָמִין לְצַד דָּרוֹם וִירִיחוֹ הָיָה לְבִנְיָמִין מִצַּד הַצָּפוֹן וְלָמָּה לֹא הָיָה חֲשִׁיבוּת הַיַּרְדֵּן מִיּרִיחוֹ וּלְמַעְלָה וַהֲלֹא לֹא הָיָה שָׁם יַמִּים עַד סוֹף גְּבוּל בִּנְיָמִין שֶׁנּוֹפֵל בְּיַם הַמֶּלַח וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּמִקְּרָא קָא דְּרֵישׁ דְּאֵין קָרוּי לַיַּרְדֵּן אֶלָּא מִבֵּית יְרִיחוֹ וּלְמַטָּה דִּקְרָא וְהַיַּרְדֵּן יִגְבֹּול אוֹתוֹ מִשְׁתַּעֵי מִבֵּית יְרִיחוֹ וּלְמַטָּה:
'Jourdain' [ne s'appelle ainsi] qu'à partir de Beit Yeriho et en dessous — le Contres [Rachi] a expliqué : mais ce qui s'étend au-dessus de Jericho n'est pas [appelé] 'Jourdain', car son importance s'annule du fait qu'il se mélange à de grands lacs. Et cela fait difficulté à son explication : car si en amont son importance s'annule parce qu'il se mélange, alors en aval aussi, puisqu'il s'est déjà mélangé aux lacs en amont ! On peut répondre : bien qu'il se soit mélangé en amont dans les lacs, il se peut qu'en aval il ressorte des eaux et s'écoule sans mélange, comme il est dit plus loin qu'il traverse le lac de Sivkhi, le lac de Tibériade et le lac de Sodome, puis s'écoule et tombe dans la Grande Mer — ce qui laisse entendre qu'il [reste] reconnaissable lorsqu'il ressort de tous ces lacs et s'écoule dans la Grande Mer ; et comme on le dit aussi dans le Beréchit Rabba, ch. Beréchit, que ce Jourdain traverse la mer de sel et ne se mélange pas. Toutefois, cela fait difficulté à l'explication du Contres [pour une autre raison] : car il aurait fallu dire que son importance s'annule [plutôt] en aval de Jericho qu'en amont, puisqu'en vérité il s'élargit davantage en aval et s'écoule vers la mer de sel — car la limite [du territoire] en aval était la tribu de Binyamin, entre les enfants de Yehouda et les enfants de Yossef, comme il est écrit dans Josue (ch. 18) : Yehouda se tenait au sud d'Eretz Israël, les enfants de Yossef au nord, et Binyamin au milieu ; la frontière de Yehouda occupait toute la longueur d'Eretz Israël d'est en ouest, et la mer de sel se tenait à l'est de Yehouda sur toute sa longueur, et à l'endroit où le Jourdain se terminait en y tombant, là se terminait l'est de Yehouda du côté nord, comme il est écrit dans Josue (ch. 15) au sujet de la limite des enfants de Yehouda : 'et la frontière orientale [est] la mer de sel jusqu'à l'extrémité du Jourdain' ; et le Jourdain était la frontière orientale de Binyamin, comme il est écrit à la fin 'et le Jourdain lui servira de frontière du côté de l'orient' ; et lorsqu'[l'Écriture] énumère la frontière nord de Binyamin d'est en ouest, il est écrit 'la frontière nord [part] du Jourdain, et la frontière montait vers le flanc de Jericho, et montait dans la montagne vers l'ouest' — c'est-à-dire : du côté de leur frontière nord, depuis le Jourdain à l'est, commence la limite ; elle monte vers le flanc de Jericho au nord, et de là monte vers l'ouest, vers l'autre côté du Jourdain, et l'on tire le trait au nord de Jericho — Jericho se trouve ainsi en deçà du trait, dans la part de Binyamin ; puis [l'Écriture] énumère la frontière ouest du nord au sud, ensuite la frontière sud de l'ouest à l'est, et à la fin de la frontière sud du côté est il est écrit 'et les issues de la frontière aboutissaient à la langue de la mer de sel, au nord, à l'extrémité sud du Jourdain — telle est la frontière sud', c'est-à-dire au nord de la langue [de mer], car toute la mer est dans la frontière de Yehouda. Voici que tous les versets prouvent que le Jourdain allait du nord au sud et tombait dans la mer de sel à la fin de la frontière de Binyamin du côté sud, et que Jericho était à Binyamin du côté nord ; alors pourquoi le Jourdain n'aurait-il pas d'importance depuis Jericho et au-dessus, puisqu'il n'y avait pas de lacs jusqu'à la fin de la frontière de Binyamin, où il tombe dans la mer de sel ? Il paraît donc [préférable] d'expliquer que [R. Yo'hanan] tire [cela] d'un verset : que le Jourdain n'est appelé [ainsi] qu'à partir de Beit Yeriho et en dessous, car le verset 'et le Jourdain lui servira de frontière' parle [du Jourdain] à partir de Beit Yeriho et en dessous.
💡 Explication

Rabba bar bar Hana (au nom de R. Yo'hanan) : le fleuve ne porte le nom de 'Jourdain' qu'à partir de Beit Yeriho et vers le sud ; en amont, il perd ce nom (il se mélange à de grands lacs). Pour quelle application ? Pas pour un vœu (celui qui s'interdit 'le Jourdain'), car pour les vœux on suit le langage courant : partout où les gens l'appellent Jourdain, le vœu s'applique. C'est donc pour le maaser behema : seule la portion au sud de Beit Yeriho sépare.

🖼️ Schéma
Le cours du Jourdain (baraita) : "Jourdain" seulement à partir de Beit Yeriho Grotte dePamyas (Dan) Lac deSivkhi (Houla) Lac deTibériade Beit Yeriho"Jourdain" ici -> Lac deSodome (mer Morte) Sort de Pamyas, traverse les lacs, tombe dans la Grande Mer. "Yarden" = "yored miDan" (descend de Dan). Portée : maaser behema (non pour un vœu : là, on suit le langage courant).
'Jourdain' au sens strict : seulement à partir de Beit Yeriho vers le sud.
16
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: יַרְדֵּן יוֹצֵא מִמְּעָרַת פַּמְיָיס, וּמְהַלֵּךְ בְּיַמָּהּ שֶׁל סִיבְכִי, וּבִימָה שֶׁל טְבֶרְיָא, וּבִימָה שֶׁל סְדוֹם, וְהוֹלֵךְ וְנוֹפֵל לַיָּם הַגָּדוֹל, וְאֵין ״יַרְדֵּן״ אֶלָּא מִבֵּית יְרִיחוֹ וּלְמַטָּה.

On a aussi enseigné ainsi [dans une baraita] : le Jourdain sort de la grotte de Pamyas, chemine dans le lac de Sivkhi, dans le lac de Tibériade et dans le lac de Sodome, puis s'écoule et tombe dans la Grande Mer ; et 'Jourdain' [ne s'appelle ainsi] qu'à partir de Beit Yeriho et en dessous.

💡 Explication

Confirmation par une baraita : le Jourdain jaillit de la grotte de Pamyas, traverse le lac de Sivkhi (Houla), le lac de Tibériade (mer de Galilée) et le lac de Sodome (mer Morte), puis se jette dans la Grande Mer (Méditerranée). Et malgré ce long cours, il n'est appelé 'Jourdain' au sens strict qu'à partir de Beit Yeriho vers le sud.

🖼️ Schéma
Le cours du Jourdain (baraita) : "Jourdain" seulement à partir de Beit Yeriho Grotte dePamyas (Dan) Lac deSivkhi (Houla) Lac deTibériade Beit Yeriho"Jourdain" ici -> Lac deSodome (mer Morte) Sort de Pamyas, traverse les lacs, tombe dans la Grande Mer. "Yarden" = "yored miDan" (descend de Dan). Portée : maaser behema (non pour un vœu : là, on suit le langage courant).
Le cours complet du Jourdain selon la baraita.
17
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ ״יַרְדֵּן״? שֶׁיּוֹרֵד מִדָּן. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְרַב אָשֵׁי: אַתּוּן מֵהָתָם מַתְנִיתוּ לַהּ, אֲנַן מֵהָכָא מַתְנִינַן לָהּ, ״וַיִּקְרְאוּ (לו) לְלֶשֶׁם דָּן בְּשֵׁם דָּן אֲבִיהֶם״. וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: לְשֵׁם זוֹ פַּמְיָיס, וְתַנְיָא: יוֹצֵא יַרְדֵּן מִמְּעָרַת פַּמְיָיס.

Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pourquoi son nom est-il appelé 'Yarden' ? Parce qu'il descend de Dan (yored miDan).

Rabbi Abba dit à Rav Achi : vous, c'est de là-bas [= du nom] que vous l'enseignez ; nous, c'est d'ici que nous l'enseignons : 'et ils appelèrent Lechem : Dan, du nom de Dan leur père' (Josue 19:47). Et Rabbi Yits'hak dit : Lechem, c'est Pamyas ; et il a été enseigné [dans une baraita] : le Jourdain sort de la grotte de Pamyas.

📜 Rachi (3)
מִדָּן שֵׁם מָקוֹם:
De Dan — nom d'un lieu.
אַתּוּן מִדֻּוקְיָא דְּשֶׁמָּא יַרְדֵּן מַתְנִיתוּ לָהּ:
Vous — [c'est] par la déduction [tirée] du nom 'Yarden' que vous l'enseignez.
מִמְּעָרַת פַּמְיָיס אַלְמָא מִדָּן אָתֵי:
De la grotte de Pamyas — donc [le Jourdain] provient de Dan.
💡 Explication

Étymologie : 'Yarden' vient de 'yored miDan' (il descend de Dan). R. Abba distingue deux sources de cette tradition : les sages de là-bas (Eretz Israël) la déduisent du nom lui-même, tandis que ceux d'ici (Babylone) la tirent d'un verset — 'ils appelèrent Lechem : Dan' (Josue 19:47). Or R. Yits'hak identifie Lechem à Pamyas, et la baraita dit que le Jourdain sort de la grotte de Pamyas : le fleuve prend donc bien sa source dans le territoire de Dan.

18
אָמַר רַב כָּהֲנָא: זַכְרוּתֵיהּ דְּיַרְדְּנָא מִמְּעָרַת פַּמְיָיס, הֵיכָא דְּאָמַר: ״לָא שָׁתֵינָא מַיִם מִמְּעָרַת פַּמְיָיס״ — אִיתְּסַר לֵיהּ בְּכֻולֵּיהּ יַרְדְּנָא.

Rav Kahana dit : la source (zakhrouta) du Jourdain [est] la grotte de Pamyas. Là où l'on dit : 'je ne boirai pas d'eau de la grotte de Pamyas' — il lui est interdit [de boire] de tout le Jourdain.

📜 Rachi (1)
זִכְרוֹתֶיהָ דְּיַרְדְּנָא עִיקָּרוֹ שֶׁל יַרְדֵּן:
La source du Jourdain — l'origine (le principe) du Jourdain.
💡 Explication

Rav Kahana ouvre une série sur la 'source' (zakhrut, litt. la 'virilité', le principe primordial). La source du Jourdain est la grotte de Pamyas. Conséquence pour les vœux : celui qui dit 'je ne boirai pas de l'eau de la grotte de Pamyas' s'interdit par là tout le Jourdain, puisque tout le fleuve en découle.

19
זַכְרוּתָא דִּדְמָא — כַּבְדָּא, כִּדְרַבִּי יִצְחָק, דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּבֵד שֶׁנִּימּוֹחַ — מְטַמֵּא בִּרְבִיעִית.

La source du sang [est] le foie, selon [l'enseignement de] Rabbi Yits'hak ; car Rabbi Yits'hak dit : un foie qui s'est liquéfié — rend impur au [volume d'un] revi'it.

📜 Rachi (3)
זַכְרוּתָא דִּדְמָא עִיקַּר הַדָּם הָוֵי כָּבֵד:
La source du sang — l'origine du sang est le foie.
מְטַמֵּא בָּאֹהֶל:
Rend impur — par recouvrement (be-ohel).
בִּרְבִיעִית בְּתוֹרַת דַּם הַמֵּת:
Au [volume d'un] revi'it — au titre du sang d'un mort.
💡 Explication

Deuxième membre de la série : la source du sang est le foie. Application (selon R. Yits'hak) : un foie (d'un cadavre) qui s'est liquéfié transmet l'impureté au volume d'un revi'it — la quantité minimale de sang d'un mort qui rend impur (par recouvrement, be-ohel). Le foie est donc traité comme du sang, car il en est l'origine.

20
זַכְרוּתָא דְּמַיָּא — פְּרָת, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הַנּוֹדֵר מִמֵּימֵי פְּרָת — אָסוּר בְּכָל מֵימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם.

La source de l'eau [est] le Prat (Euphrate), car Rav Yehouda dit au nom de Rav : celui qui fait vœu [de s'abstenir] des eaux du Prat — il lui est interdit [de boire] de toutes les eaux du monde.

💡 Explication

Troisième membre : la source de toute l'eau du monde est le Prat (Euphrate). Application (Rav) : celui qui fait vœu de s'interdire les eaux du Prat s'interdit toutes les eaux du monde, puisque toutes en dérivent. La Guemara va maintenant préciser dans quel cas exactement ce vœu a une telle portée.

21
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דְּאָמַר ״לָא שָׁתֵינָא מִמֵּימֵי דִּפְרָת״ — מֵי פְּרָת הוּא דְּלָא שָׁתֵינָא, הָא מִנַּהֲרָא אַחֲרִינָא שָׁתֵינָא.

Comment cela ? Si l'on dit qu'il a dit 'je ne boirai pas des eaux du Prat' — [alors] ce sont [seulement] les eaux du Prat que je ne bois pas, mais d'un autre fleuve je bois [donc son vœu ne porte pas sur toutes les eaux] !

📜 Rachi (1)
לָא שָׁתֵינָא מִמֵּימֵי פָּרַת מַיִם הַנִּקְרָאִים פְּרָת קָאָמַר וְהָלַךְ אַחַר לְשׁוֹן בנ"א דְּאָדָם הַנּוֹדֵר אֵין דַּעְתּוֹ אֶלָּא אַחַר שֵׁם שֶׁהוּא רָגִיל לִקְרוֹת לְאוֹתוֹ מָקוֹם:
Je ne boirai pas des eaux du Prat — il [veut] dire les eaux appelées 'Prat', et l'on suit le langage des gens : car celui qui fait un vœu ne vise que le nom qu'il a l'habitude de donner à ce lieu-là.
💡 Explication

Analyse du vœu. Première hypothèse : il a dit 'je ne boirai pas des eaux du Prat'. Alors seules les eaux appelées Prat lui sont interdites (on suit le langage courant : l'intention du faiseur de vœu vise le nom usuel du lieu), et il peut boire d'un autre fleuve. Le vœu ne peut donc pas, ainsi formulé, interdire toutes les eaux du monde.

22
אֶלָּא, דְּאָמַר: ״לָא שָׁתֵינָא מִמַּיִם דְּאָתוּ מִפְּרָת״, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כָּל הַנְּהָרוֹת לְמַטָּה מִשְּׁלֹשָׁה נְהָרוֹת, וּשְׁלֹשָׁה נְהָרוֹת לְמַטָּה מִפְּרָת. וְהָאִיכָּא

Plutôt, [c'est] qu'il a dit : 'je ne boirai pas des eaux qui viennent du Prat' ; car Rav Yehouda dit au nom de Rav : tous les fleuves [sont] en dessous de trois fleuves, et les trois fleuves [sont] en dessous du Prat. Or n'y a-t-il pas...

📜 Rachi (1)
כָּל הַנְּהָרוֹת שֶׁבָּעוֹלָם לְמַטָּה חוּץ מג' נְהָרוֹת חִדֶּקֶל וּפִישׁוֹן וְגִיחוֹן שֶׁכָּל הַנְּהָרוֹת שֶׁבָּעוֹלָם בָּאִים מִשָּׁם:
Tous les fleuves — du monde [sont] en dessous, sauf trois fleuves : le Hidekel, le Pichon et le Guihon, dont proviennent tous les fleuves du monde.
💡 Explication

Seconde hypothèse, retenue : il a dit 'je ne boirai pas des eaux qui viennent du Prat'. Là le vœu porte sur toute eau qui en dérive, donc sur toutes les eaux du monde — car (Rav) tous les fleuves tirent leurs eaux de trois fleuves (le Pichon, le Guihon et le Hidekel/Tigre), et ces trois fleuves les tirent du Prat. La Guemara s'apprête à objecter (n'y a-t-il pas...) : la suite est sur 55b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).