Sougya : La sougya achève la digression sur le fleuve Perat (Euphrate). On explique les sources plus hautes que le fleuve ('échelles du Perat'), puis on tranche que le Perat est le fleuve primordial sorti de l'Éden dont se séparent les trois autres (il est 'le Perat du début'), et non le moindre des quatre.
R. Meir enseigne qu'il porte deux noms (Youbal et Perat, 'car ses eaux sont fécondes').
De là un débat : Chmouel tient que 'le fleuve est béni depuis son lit' (source souterraine), tandis que Rav voit dans la crue du Perat un témoin de la pluie tombée en Erets Israël. On rapporte alors la conduite du père de Chmouel, qui faisait immerger ses filles dans un mikve d'eau ramassée à Nissan (crainte que la pluie 'coulante' domine) mais dans le fleuve à Tishrei (avec des nattes contre la boue) ; d'où une contradiction interne chez Chmouel.
La mishna ouvre ensuite un nouveau sujet : la bête achetée ou reçue en cadeau est exemptée du dîme des animaux ; la guemara en cherche la source dans le verset qui accole le bétail au premier-né de l'homme (Ex 22:28-29).
…des sources qui montent (plus haut que le Perat) [comment leur eau viendrait-elle du Perat] ! Rav Mecharchya dit : ce sont les 'échelles du Perat' (les eaux du Perat s'infiltrent sous terre et remontent dans ces sources).
On objecte contre l'idée que tous les cours d'eau dérivent du Perat : certaines sources jaillissent sur des sommets plus hauts que le fleuve — comment leur eau proviendrait-elle du Perat, plus bas ? Réponse de Rav Mecharchya : ce sont les soulami de-Perat ('échelles du Perat') — les eaux du fleuve circulent sous la terre et remontent dans ces sources comme le long d'une échelle.
Mais n'est-il pas écrit : 'et le quatrième fleuve, c'est le Perat' (Gen 2:14) !
Objection contre l'idée que le Perat serait le fleuve-souche : le verset (Gen 2:14) l'énumère comme le quatrième et dernier des fleuves issus de l'Éden — ce qui le présente comme le moindre, non comme la source des autres.
Rav Nahman bar Yits'hak dit, et certains disent [que c'est] Rav A'ha bar Yaakov : c'est le Perat du début.
Réponse : le Perat mentionné en dernier n'est pas un fleuve mineur, mais 'le Perat du début' — le fleuve unique 'sorti de l'Éden' (Gen 2:10) dont se sont séparés les trois autres ; après cette division, le Perat poursuit son cours. Il est donc bien la souche, non le moindre.
Il est enseigné (baraïta) : Rabbi Meir dit — son nom est 'Youbal', ainsi qu'il est dit 'et il sera comme un arbre planté près des eaux, qui vers le youbal étend ses racines' ; et pourquoi son nom est-il [appelé] 'Perat' ? Parce que ses eaux sont fécondes et se multiplient (parim ve-rabim).
Baraïta de R. Meir : le fleuve issu de l'Éden porte un premier nom, 'Youbal', tiré de Jer 17:8 ('il étend ses racines vers le youbal') — le verset parle de l'arbre de vie, situé au Gan Éden, que le Perat arrose. Et il est [aussi] appelé 'Perat' parce que ses eaux sont fécondes (parim, même racine que 'Perat') : il croît et grossit sans aucune pluie.
Cela appuie Chmouel, car Chmouel a dit : le fleuve est béni depuis son lit (nahara mi-kepeih mivrikh). Et cela diverge de Rav, car Rav Ami a dit au nom de Rav : [quand] la pluie [tombe] à l'Ouest (be-maarava), le grand témoin en est le Perat.
La fécondité du Perat 'sans pluie' appuie Chmouel : selon lui 'le fleuve est béni depuis son lit' (mi-kepeih, de son rocher/source souterraine) — sa crue vient de sources et non de la pluie. Cela s'oppose à Rav : pour Rav, quand la pluie tombe à l'Ouest (Erets Israël), la crue du Perat en Babylonie en est le grand témoin — donc le fleuve grossit bien de la pluie.
Le père de Chmouel faisait à ses filles un mikve aux jours de Nissan, et des nattes (mapatséi) aux jours de Tishréi. Un mikve aux jours de Nissan — il tenait comme Rav, car Rav Ami a dit au nom de Rav : [quand] la pluie [tombe] à l'Ouest, le grand témoin en est le Perat — [de crainte] que peut-être les [eaux] qui gouttent (notfin) ne l'emportent sur celles qui coulent (zo'halin), et qu'il n'y ait [ainsi] une majorité d'eau de pluie.
Conduite du père de Chmouel selon la saison. À Nissan (fin de l'hiver pluvieux), il fait à ses filles un mikve d'eau ramassée — car (comme Rav) le Perat grossit alors de la pluie, et il craint que les eaux 'qui gouttent' (notfin, de pluie) ne l'emportent sur les eaux 'qui coulent' (zo'halin, de source). Or la pluie ne purifie que ramassée (be-achboren), pas en courant ; l'immersion dans le fleuve courant serait alors invalide.
Et des nattes aux jours de Tishréi.
À Tishréi (fin de l'été sans pluie), ses filles s'immergent dans le fleuve lui-même — dont l'eau ne provient plus de la pluie mais de sa source, si bien que l'immersion est valide même dans l'eau courante. Il place alors des nattes au fond : aux rives, la boue molle risquerait de remonter sous leurs pieds et de faire hatsitsa (interposition).
Et cela [de Chmouel] diverge de lui-même (de Chmouel), car Chmouel a dit : l'eau ne purifie 'en courant' (bi-zo'halin) que le Perat aux jours de Tishréi.
La guemara relève une contradiction interne chez Chmouel. D'un côté il tient que 'le fleuve est béni depuis son lit' (source souterraine). De l'autre il enseigne que l'eau ne purifie 'en courant' que le Perat, et seulement à Tishréi — sous-entendu : le reste de l'année (et les autres fleuves), la crue vient de la pluie, qui ne purifie pas en courant. Or cela suppose que les fleuves grossissent bien de la pluie — à rebours de 'béni depuis son lit'.
MICHNA. Celui qui achète [une bête], ou à qui elle a été donnée en cadeau — est exempté du dîme des animaux (maaser behema).
Nouvelle michna, sur le maaser behema (dîme des animaux). Seules les bêtes nées dans le troupeau du propriétaire y sont assujetties. Une bête achetée (ha-loke'ah) ou reçue en cadeau (matana) en est exemptée — elle n'appartient pas au 'ce qui naît chez toi'. La guemara en cherchera la source dans le verset.
GUEMARA. D'où [viennent] ces choses (mena hanei mile) ?
Rav Kahana dit : car le verset dit 'le premier-né de tes fils tu [Me] donneras ; ainsi feras-tu de ton bœuf, de ton [petit] bétail' (Ex 22:28-29),
La guemara demande la source de l'exemption. Rav Kahana : le verset (Ex 22:28-29) accole le bétail ('ainsi feras-tu de ton bœuf, de ton petit bétail') au premier-né de l'homme ('le premier-né de tes fils tu [Me] donneras'). Ce parallèle (hekesh) enseigne que le dîme des animaux, comme le bekhor, ne s'applique qu'à ce qui naît chez le propriétaire — d'où l'exemption de l'achat et du don. La suite (sur 56a) développera l'analogie.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).