Bekhorot 55b — le fleuve Perat (source, noms, crue et pureté), les mikvaot du père de Chmouel, et la nouvelle mishna du dîme des animaux achetés ou reçus

Bekhorot 55b

Sougya : La sougya achève la digression sur le fleuve Perat (Euphrate). On explique les sources plus hautes que le fleuve ('échelles du Perat'), puis on tranche que le Perat est le fleuve primordial sorti de l'Éden dont se séparent les trois autres (il est 'le Perat du début'), et non le moindre des quatre.

R. Meir enseigne qu'il porte deux noms (Youbal et Perat, 'car ses eaux sont fécondes').

De là un débat : Chmouel tient que 'le fleuve est béni depuis son lit' (source souterraine), tandis que Rav voit dans la crue du Perat un témoin de la pluie tombée en Erets Israël. On rapporte alors la conduite du père de Chmouel, qui faisait immerger ses filles dans un mikve d'eau ramassée à Nissan (crainte que la pluie 'coulante' domine) mais dans le fleuve à Tishrei (avec des nattes contre la boue) ; d'où une contradiction interne chez Chmouel.

La mishna ouvre ensuite un nouveau sujet : la bête achetée ou reçue en cadeau est exemptée du dîme des animaux ; la guemara en cherche la source dans le verset qui accole le bétail au premier-né de l'homme (Ex 22:28-29).

Le Perat (Euphrate) : source des fleuves ou dernier des quatre ? Difficulté : le verset l'appelle 'le QUATRIÈME fleuve' (Gen 2:14) = le moindre Réponse (R. Nahman b. Yits'hak / R. A'ha b. Yaakov) : c'est le Perat 'du début' le fleuve unique sorti de l'Éden ; les trois autres s'en séparent, puis lui continue Éden Perat Pishon 'Hidekel (Tigre) Gi'hon Perat (continue tout droit) Deux noms (R. Meir) Youbal : 'il étend ses racines vers le youbal' (Jer 17:8) Perat : ses eaux sont fécondes (parim ve-rabim) Chmouel : 'le fleuve est béni depuis son lit' (nahara mi-kepeih mivrikh) vs Rav : la crue du Perat 'témoigne' de la pluie tombée à l'Ouest (Erets Israël)
Le fleuve Perat : sa place parmi les quatre fleuves, ses deux noms, et le débat Chmouel/Rav sur l'origine de ses eaux (segments 0-4).
Le père de Chmouel et l'immersion de ses filles selon la saison Nissan (fin de l'hiver) Il leur fait un mikve (eau ramassée) Crainte : les eaux de pluie 'qui gouttent' (notfin) l'emportent sur l'eau de source 'qui coule' (zo'halin) -> majorité de pluie Or la pluie ne purifie pas 'en courant', seulement ramassée (be-achboren) Tishrei (fin de l'été) Elles s'immergent dans le fleuve même Pas de pluie tout l'été : l'eau vient du fleuve lui-même -> valide même en courant Il pose des nattes (mappatsei) au fond : contre la boue molle des rives qui ferait 'hatsitsa' (interposition) sous leurs pieds Source (maayan) purifie même 'en courant' (zo'halin) Mikve (eau de pluie) purifie seulement 'ramassé' (achboren) Chmouel contre lui-même : 'l'eau ne purifie en courant que le Perat, en Tishrei' -> il admet donc que les fleuves grossissent de la pluie (contre 'béni depuis son lit')
Le père de Chmouel : mikve à Nissan, immersion au fleuve à Tishrei, et la contradiction interne de Chmouel sur l'eau 'coulante' (segments 5-7).
Nouvelle mishna : quand une bête est-elle exemptée du dîme des animaux ? EXEMPTÉ du maaser behema bête ACHETÉE (ha-loke'ah) bête REÇUE EN CADEAU (matana) -> n'est pas 'née dans son troupeau' SOUMIS au dîme bête NÉE chez le propriétaire (dans son propre troupeau) -> passe 'sous le bâton' avec les siennes Source (guemara) : Ex 22:28-29 'le premier-né de tes fils tu [Me] donneras ; AINSI feras-tu de ton bœuf, de ton troupeau' le bétail est mis en parallèle avec le premier-né de l'homme (bekhor) Comme le bekhor ne vaut que pour ce qui naît chez toi, le dîme des animaux exclut l'achat et le don
La nouvelle mishna : la bête achetée ou reçue en cadeau est exemptée du dîme, et sa source scripturaire (segments 8-9).
1
עֵינָתָא דְּמִידַּלְייָן! אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: הָנְהוּ סֻולָּמֵי דִּפְרָת נִינְהוּ.

…des sources qui montent (plus haut que le Perat) [comment leur eau viendrait-elle du Perat] ! Rav Mecharchya dit : ce sont les 'échelles du Perat' (les eaux du Perat s'infiltrent sous terre et remontent dans ces sources).

📜 Rachi (2)
עֵינָתָא דְּמִדַּלְיָין עֵינוֹת הַמַּיִם הַנּוֹבְעוֹת בְּהָרִים רָמִים וְהָנְהוּ הָווּ גְּבוֹהִים מִפְּרָת וְהֵיכִי אָתוּ מִפְּרָת:
Des sources qui montent — des sources d'eau qui jaillissent sur de hautes montagnes ; or celles-ci étaient plus hautes que le Perat, [alors] comment [leur eau] viendrait-elle du Perat ?
סֻולָּמֵי דִּפְרָת מְקַלְּחִין תַּחַת הַקַּרְקַע וְעוֹלִין בֶּהָרִים כְּמוֹ סֻולָּם:
Les échelles du Perat — [ses eaux] jaillissent sous la terre et remontent dans les montagnes, comme une échelle.
💡 Explication

On objecte contre l'idée que tous les cours d'eau dérivent du Perat : certaines sources jaillissent sur des sommets plus hauts que le fleuve — comment leur eau proviendrait-elle du Perat, plus bas ? Réponse de Rav Mecharchya : ce sont les soulami de-Perat ('échelles du Perat') — les eaux du fleuve circulent sous la terre et remontent dans ces sources comme le long d'une échelle.

🖼️ Schéma
Les 'échelles du Perat' (soulami de-Perat) hauts sommets plus hauts que le Perat source source eaux du Perat sous la terre L'eau s'infiltre et remonte 'comme une échelle' -> elle vient bien du Perat
Les eaux du Perat remontent sous terre jusqu'aux sources des sommets.
2
וְהָא כְּתִיב: ״וְהַנָּהָר הָרְבִיעִי הוּא פְרָת״!

Mais n'est-il pas écrit : 'et le quatrième fleuve, c'est le Perat' (Gen 2:14) !

📜 Rachi (1)
וְהַנָּהָר הָרְבִיעִי דִּכְחַד מִינַּייְהוּ חֲשִׁיב לְהוּ וְאַתְּ אָמְרַתְּ דְּמִינֵּיהּ קָאָתוּ:
Et le quatrième fleuve — [l'Écriture] le compte comme l'un d'entre eux, et toi tu dis que [les autres] proviennent de lui ?
💡 Explication

Objection contre l'idée que le Perat serait le fleuve-souche : le verset (Gen 2:14) l'énumère comme le quatrième et dernier des fleuves issus de l'Éden — ce qui le présente comme le moindre, non comme la source des autres.

3
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, וְאִיתֵּימָא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: הוּא פְּרָת דְּמֵעִיקָּרָא.

Rav Nahman bar Yits'hak dit, et certains disent [que c'est] Rav A'ha bar Yaakov : c'est le Perat du début.

📜 Rachi (1)
הוּא פְּרָת דְּמֵעִיקָּרָא הוּא פְּרָת הַנִּזְכָּר לְמַעְלָה וְנָהָר יֹוצֵא מֵעֵדֶן וְגוֹ' שֶׁהַשְּׁלֹשָׁה נִפְרָדִין מִמֶּנּוּ:
C'est le Perat du début — c'est le Perat mentionné plus haut, 'et un fleuve sortait de l'Éden, etc.', dont les trois [autres] se séparent.
🗂️ Tossefot (1)
הוּא פְּרָת דְּמֵעִיקָּרָא פֵּירוּשׁ וְלֹא מִפְּנֵי שֶׁהוּא קָטָן קוֹרֵהוּ רְבִיעִי דְּהוּא פְּרָת דְּמֵעִיקָּרָא שֶׁשְּׁמוֹ פְּרָת מִקֹּודֶם שֶׁמַּתְחִיל לִיפָּרֵד לד' רָאשִׁים וּכְשֶׁמַּתְחִיל לִיפָּרֵד יוֹצְאִים הַנְּהָרִים זֶה לְצַד זֶה [וְזֶה לְצַד זֶה] וּפְרָת הוֹלֵךְ בְּיֹושֶׁר לְדֶרֶךְ הִילּוּכוֹ וּבְפָרָשַׁת שְׁקָלִים יָסַד רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַקָּלִיר בְּסִילּוּק דִּפְרָת תּוֹקְפוֹ כְּנֶגֶד שְׁנֵי נְהָרוֹת וְכֵן מַשְׁמַע בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה שֶׁהוּא גָּדוֹל שֶׁאוֹמְרִים לִפְרָת מִפְּנֵי מָה אֵין קוֹלֵךְ הוֹלֵךְ וְהוּא אוֹמֵר פֵּירוֹתַי מְעִידִין עָלַי אוֹמְרִים לְחִדֶּקֶל מִפְּנֵי מַה קוֹלְךָ הוֹלֵךְ וְהוּא אוֹמֵר הַלְוַאי אַשְׁמִיעַ קוֹלִי וְאֶרְאֶה מַשְׁמַע דְּחִדֶּקֶל קָטָן מִפְּרָת וּקְצָת קָשֶׁה דְּאָמַר בְּפֶרֶק כָּל הַנִּשְׁבָּעִין (שְׁבוּעוֹת דַּף מז:) עַד הַנָּהָר הַגָּדֹול נְהַר פְּרָת עֶבֶד מֶלֶךְ כְּמֶלֶךְ דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא מִשּׁוּם א"י קוֹרֵהוּ גָּדוֹל:
C'est le Perat du début — explication : et ce n'est pas parce qu'il est petit que [l'Écriture] l'appelle 'quatrième', [mais parce] que c'est le Perat du début, dont le nom est Perat avant qu'il ne commence à se séparer en quatre têtes. Et lorsqu'il commence à se séparer, les fleuves sortent l'un d'un côté [et l'autre de l'autre côté], tandis que le Perat va tout droit selon son cours. Et dans la section des chekalim, Rabbi Eliezer ha-Kalir a fondé, dans le silouk de [la lecture] 'Perat', sa force face aux deux [autres] fleuves ; et de même il ressort de Berechit Rabba qu'il est grand, car on dit au Perat : pourquoi ta voix ne s'entend-elle pas ? Et il répond : mes fruits témoignent pour moi. On dit au 'Hidekel : pourquoi ta voix s'entend-elle ? Et il répond : si seulement je pouvais faire entendre ma voix et être vu ! — d'où il ressort que le 'Hidekel est plus petit que le Perat. Et cela fait un peu difficulté, car il est dit au chapitre 'Kol ha-nichbaïn' (Chevouot 47b) : 'jusqu'au grand fleuve, le fleuve Perat' — un serviteur du roi est [traité] comme un roi ; d'où il ressort que c'est uniquement à cause d'[Erets] Israël que [l'Écriture] l'appelle 'grand'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הוּא פְּרָת דְּמֵעִיקָּרָא (בְּרֵאשִׁית ב, יד) . נִמְצָא הָרֹאשׁ הַיּוֹצֵא מִן הַגַּן הוּא וּמִן פְּרָת זֶה נִפְרָדִים ג' נְהָרוֹת וְעִם חֵלֶק פְּרָת עַצְמוֹ נַעֲשׂוּ אַרְבָּעָה. וְכֵן הוּא אֵצֶל יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה שֶׁהוּא דֻּוגְמַת נְהַר פְּרָת כִּי יָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה תִּפְאֶרֶת וְיוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה יְסוֹד שֶׁבְּתִפְאֶרֶת וְגוּף וּבְרִית חָשְׁבִינַן חַד נִמְצָא יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה הוּא חֵלֶק מִן יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה מַמָּשׁ, לָכֵן כָּל הַשְּׁבָטִים שֶׁיָּצְאוּ מִיַּעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה חֲשִׁיבִי כְּיָצְאוּ מִיּוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה דִּכְתִיב גָּאַלְתָּ בִּזְרוֹעַ עַמֶּךָ בְּנֵי יַעֲקֹב וְיוֹסֵף סֶלָה (תְּהִלִּים עז, טז) וְכֵן הוּא אוֹמֵר חֵן תָּחֹן שְׁאֵרִית יוֹסֵף (עָמוֹס ה, טו) נִמְצָא יוֹסֵף הוּא דֻּוגְמַת פְּרָת שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה נְהָרוֹת, כֵּן הוּא חָשׁוּב שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת שֶׁל שְׁבָטִים שֶׁהֵם בְּנֵי לֵאָה וּבְנֵי בִּלְהָה וּבְנֵי זִלְפָּה וְעִם מְנַשֶּׁה וְאֶפְרַיִם שֶׁהֵם מִגּוּפוֹ מַמָּשׁ נַעֲשׂוּ ד' חֲלָקִים שֶׁל שְׁבָטִים כְּמוֹ פְּרָת שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה וְעִם חֵלֶק שֶׁלּוֹ נַעֲשׂוּ אַרְבָּעָה נְהָרוֹת וּבָזֶה יוּבַן בְּרָכָה שֶׁבֵּרְכוֹ אָבִיו בֵּן פֹּרָת יוֹסֵף בֵּן פֹּרָת עֲלֵי עָיִן (בְּרֵאשִׁית מט, כב) פְּרָת כְּתִיב כְּלוֹמַר אַתָּה דּוֹמֶה לִנְהַר פְּרָת.
'C'est le Perat du début' (Gen 2:14). Il se trouve que la tête qui sort du Jardin, c'est lui, et de ce Perat se séparent trois fleuves ; avec la part du Perat lui-même, cela fait quatre. Et il en va de même pour Yossef le Juste, la paix sur lui, qui est à l'image du fleuve Perat. Car on sait ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie : Yaakov notre père, la paix sur lui, est [la sefira de] Tiferet, et Yossef le Juste, la paix sur lui, est [le] Yessod inclus dans Tiferet — et le 'corps' (gouf) et l'alliance (berit) sont comptés comme un ; il se trouve donc que Yossef le Juste, la paix sur lui, est littéralement une part de Yaakov notre père, la paix sur lui. C'est pourquoi toutes les tribus issues de Yaakov notre père, la paix sur lui, sont considérées comme issues de Yossef le Juste, la paix sur lui, ainsi qu'il est écrit 'tu as racheté par ton bras ton peuple, les fils de Yaakov et de Yossef, sela' (Ps 77:16), et de même 'fais grâce au reste de Yossef' (Amos 5:15). Yossef est donc à l'image du Perat, dont sont sortis trois fleuves : ainsi est-il considéré comme ayant fait sortir de lui trois groupes de tribus — les fils de Léa, les fils de Bilha et les fils de Zilpa — et avec Menache et Ephraïm, qui sont de son corps même, cela fait quatre groupes de tribus, tout comme le Perat dont sont sortis trois [fleuves] et qui, avec sa propre part, fait quatre fleuves. Par là se comprend la bénédiction que lui donna son père : 'fils fécond (ben porat) Yossef, fils fécond près de la source' (Gen 49:22) — il est écrit 'porat', c'est-à-dire : tu ressembles au fleuve Perat.
💡 Explication

Réponse : le Perat mentionné en dernier n'est pas un fleuve mineur, mais 'le Perat du début' — le fleuve unique 'sorti de l'Éden' (Gen 2:10) dont se sont séparés les trois autres ; après cette division, le Perat poursuit son cours. Il est donc bien la souche, non le moindre.

4
תַּנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: ״יוֹבֵל״ שְׁמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה כְּעֵץ שָׁתוּל עַל מַיִם וְעַל יוּבַל יְשַׁלַּח שָׁרָשָׁיו״, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ ״פְּרָת״? שֶׁמֵּימָיו פָּרִים וְרָבִים.

Il est enseigné (baraïta) : Rabbi Meir dit — son nom est 'Youbal', ainsi qu'il est dit 'et il sera comme un arbre planté près des eaux, qui vers le youbal étend ses racines' ; et pourquoi son nom est-il [appelé] 'Perat' ? Parce que ses eaux sont fécondes et se multiplient (parim ve-rabim).

📜 Rachi (2)
יוֹבֵל שְׁמוֹ שֶׁל פְּרָת. וְעַל יוּבַל יְשַׁלַּח שָׁרָשָׁיו וְגוֹ' בְּעֵץ הַחַיִּים מִישְׁתַּעֵי קְרָא וְעֵץ הַחַיִּים בְּגַן עֵדֶן הוּא וּפְרָת הוּא הַמַּשְׁקֶה גַּן עֵדֶן:
Son nom est Youbal — [le nom] du Perat. 'Vers le youbal étend ses racines, etc.' : le verset parle de l'arbre de vie ; or l'arbre de vie est au Gan Éden, et le Perat est celui qui arrose le Gan Éden.
פָּרִין וְרָבִין שֶׁגָּדֵל וְרָבֶה בְּלֹא שׁוּם מָטָר:
Fécondes et se multiplient — car il croît et se multiplie sans aucune pluie.
💡 Explication

Baraïta de R. Meir : le fleuve issu de l'Éden porte un premier nom, 'Youbal', tiré de Jer 17:8 ('il étend ses racines vers le youbal') — le verset parle de l'arbre de vie, situé au Gan Éden, que le Perat arrose. Et il est [aussi] appelé 'Perat' parce que ses eaux sont fécondes (parim, même racine que 'Perat') : il croît et grossit sans aucune pluie.

5
מְסַייַּע לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: נַהֲרָא מִכֵּיפֵיהּ מִיבָּרִיךְ. וּפְלִיגָא דְּרַב, דְּאָמַר רַב אַמֵּי אָמַר רַב: מִיטְרָא בְּמַעְרְבָא סָהֲדָא רַבָּה פְּרָת.

Cela appuie Chmouel, car Chmouel a dit : le fleuve est béni depuis son lit (nahara mi-kepeih mivrikh). Et cela diverge de Rav, car Rav Ami a dit au nom de Rav : [quand] la pluie [tombe] à l'Ouest (be-maarava), le grand témoin en est le Perat.

📜 Rachi (1)
סָהֲדָא רַבָּה פְּרָת פְּרָת יוֹרֵד מא"י לְבָבֶל וּכְשֶׁהַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין בא"י סָהֲדָא רַבָּה הָוֵי פְּרָת בְּבָבֶל שֶׁיָּרְדוּ גְּשָׁמִים בְּמַעֲרָבָא לְפִי שֶׁגָּדֵל מֵחֲמַת הַגְּשָׁמִים:
Le grand témoin en est le Perat — le Perat descend d'Erets Israël vers Bavel ; et quand les pluies tombent en Erets Israël, le Perat en Bavel en est le grand témoin, [attestant] qu'il est tombé des pluies à l'Ouest — parce qu'il grossit du fait des pluies.
🗂️ Tossefot (3)
מְסַייַּע לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר שְׁמוּאֵל נַהְרָא מִכֵּיפֵיהּ מִיבְּרִיךְ אע"ג דִּשְׁמוּאֵל אַייְרֵי בְּכָל הַנְּהָרוֹת ולר"מ מַשְׁמַע דִּנְקַט פְּרָת דַּוְקָא דְּנִקְרָא שְׁמוֹ פְּרָת שֶׁמֵּימָיו פָּרִים וְרָבִים אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם דִּפְרָת מִתְבָּרֵךְ יוֹתֵר לְפִי שֶׁהוּא חָשׁוּב יוֹתֵר מִן הָאֲחֵרִים אִי נָמֵי לְפִי שֶׁהוּא רֹאשׁ לְכֻולָּם נִקְרָא פְּרָת ע"ש שֶׁכֻּולָּם מִתְבָּרְכַי' [מִכֵּיפֵיהּ דִּפְרָת] וְכֵן פִּי' ר"ת בִּתְשׁוּבָה לְפִי שֶׁפְּרָת הוּא לְמַעְלָה מִכָּל הַנְּהָרוֹת וְהוּא רַמְיָא שֶׁכָּל הַנְּהָרוֹת שׁוֹתִין מִמֶּנּוּ תָּלָה הַכָּתוּב פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בּוֹ דִּכְשֶׁהוּא רַבָּה כָּל הַנְּהָרוֹת רָבִין:
Cela appuie Chmouel qui a dit 'le fleuve est béni depuis son lit' — bien que Chmouel parle de tous les fleuves et que, pour R. Meir, il ressort qu'il vise spécifiquement le Perat, dont le nom est Perat parce que ses eaux sont fécondes et se multiplient — cela n'est [ainsi] que parce que le Perat est béni davantage, du fait qu'il est plus important que les autres ; ou bien parce qu'il est la tête de tous, il est appelé Perat du fait que tous sont bénis [depuis son lit, celui du Perat]. Et ainsi a expliqué Rabbenou Tam dans une réponse : parce que le Perat est au-dessus de tous les fleuves et qu'il est 'élevé' (ramya), et que tous les fleuves boivent de lui, l'Écriture a rattaché à lui la fécondité et la multiplication — car lorsqu'il grossit, tous les fleuves grossissent.
מִכֵּיפֵיהּ מִיבָּרִיךְ מִסֶּלַע שֶׁלּוֹ כְּדִמְתַרְגֵּם סֶלַע כִּיפָּה:
Depuis son lit (kepeih) est béni — [kepeih signifie] depuis son rocher, comme on traduit [en araméen] 'rocher' par 'kepa'.
מִטְרָא בְּמַעְרְבָא סָהֲדָא רַבָּה פְּרָת כָּאן מַשְׁמַע דִּפְרָת הוֹלֵךְ מא"י לְבָבֶל וְכִדְפָרֵישִׁית לְעֵיל בְּפֶ' מוּמִין אֵלּוּ (בְּכוֹרוֹת דַּף מד:) מַשְׁמַע מִתּוֹךְ כָּךְ דְּגַן עֵדֶן בְּמַעֲרַב הָעוֹלָם דְּבָבֶל הוּא בִּצְפוֹנִית מִזְרָחִית שֶׁל א"י וּלְהָכִי קָרֵי לְהוּ בְּנֵי בָּבֶל לְא"י מַעֲרָבָא וְאָמְרִינַן בְּלֹא יַחְפֹּור (ב"ב דַּף כֹּה:) דְּבָבֶל בִּצְפוֹנִית שֶׁל א"י עוֹמֶדֶת דִּכְתִיב מִצָּפוֹן תִּפָּתַח הָרָעָה וְגוֹ' אַלְמָא פְּרָת הוֹלֵךְ מִמַּעֲרָב לַמִּזְרָח וּמַשְׁמַע שֶׁכָּךְ הוּא מִתְּחִלַּת יְצִיאָתוֹ כִּדְאָמְרִינַן הוּא פְּרָת דְּמֵעִיקָּרָא אַלְמָא דְּגַן עֵדֶן בְּמַעֲרַב הָעוֹלָם וְכֵן מַשְׁמַע בב"ר דְּקָאָמַר בְּכָל מָקוֹם מָצִינוּ רוּחַ מִזְרָחִית קוֹלֶטֶת [קוֹלֶטֶת] אדה"ר דִּכְתִיב וַיְגָרֶשׁ אֶת הָאָדָם וַיַּשְׁכֵּן מִקֶּדֶם לְגַן עֵדֶן אֶת הַכְּרֻובִים [קוֹלֶטֶת] קַיִן דִּכְתִיב וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ נוֹד קִדְמַת עֵדֶן וְגַבֵּי מֹשֶׁה נָמֵי דִּכְתִיב אָז יַבְדִּיל מֹשֶׁה שָׁלֹשׁ עָרִים מִזְרָחָה שֶׁמֶשׁ מַשְׁמַע שֶׁהָעוֹלָם הַזֶּה שֶׁנִּכְנַס בּוֹ אדה"ר הוּא בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל ג"ע ש"מ בְּמַעֲרַב הָעוֹלָם וְתֵימַהּ דִּבְפֶרֶק הַמּוֹכֵר אֶת הַסְּפִינָה (ב"ב דַּף פד.) אָמְרִינַן דְּשִׁמְשָׁא הַאי דְּסֻומָּקָא צַפְרָא וּפַנְיָא צַפְרָא דְּחָלְפָא אַווַּרְדֵי דְּגַן עֵדֶן מַשְׁמַע דִּבְמִזְרַח הָעוֹלָם קָאֵי דִּבְשַׁחֲרִית חַמָּה בַּמִּזְרָח וְכֵן פִּי' שָׁם רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל מִדִּכְתִיב וַיִּטַּע גַּן בְּעֵדֶן מִקֹּדֶם ואע"ג דִּמְתַרְגְּמִינַן מִלְּקָדְמִין מִכָּל מָקוֹם מַשְׁמַע נָמֵי מִזְרָח דְּהָכִי נָמֵי קִדְמַת עֵדֶן מִקֹּדֶם לְגַן עֵדֶן מַשְׁמַע בב"ר שֶׁהוּא מִזְרָח וּמְתַרְגֵּם מִלְּקָדְמִין וּמִיהוּ קְרָא אִיכָּא לְדַחוֹיֵי שֶׁהוּא מִזְרָחוֹ שֶׁל עֵדֶן אֲבָל עֵדֶן גּוּפֵיהּ בְּמַעֲרַב הָעוֹלָם וְהַהִיא דב"ב אִיכָּא לְפָרוּשֵׁי דְּלָא חָלְפָא מַמָּשׁ קָאָמַר אֶלָּא בְּשַׁחֲרִית כְּשֶׁחַמָּה יוֹצֵא מִכֹּחַ עַמּוּד הָאוּר עַל גַּבֵּי חַדְרֵי דְּגַן עֵדֶן שֶׁבַּמַּעֲרָב וְלָעֶרֶב מִכֹּחַ אוֹר שֶׁל גֵּיהִנָּם שֶׁבַּמִּזְרָח וְאֵין תֵּימַהּ עַל הַטַּעַם זֶה דִּבְכָל עִנְיָן כְּשֶׁנְּפָרֵשׁ צָרִיךְ לְאוֹמְרוֹ דְּקָאָמַר הָתָם וְאִיכָּא דְּאָמְרִי אִיפְּכָא וְלֹא מִסְתַּבֵּר לוֹמַר דִּפְלִיגִי בְּהָכִי דְּמַר סָבַר גַּן עֵדֶן בַּמִּזְרָח וּמַר סָבַר בַּמַּעֲרָב:
[Quand] la pluie [tombe] à l'Ouest, le grand témoin en est le Perat — ici il ressort que le Perat va d'Erets Israël vers Bavel ; et comme je l'ai expliqué plus haut au chapitre 'Moumin ele' (Bekhorot 44b), il ressort de là que le Gan Éden est à l'Ouest du monde, car Bavel est au nord-est d'Erets Israël — c'est pourquoi les gens de Bavel appellent Erets Israël 'l'Ouest' ; et nous disons dans [le chapitre] 'Lo ya'hpor' (Baba Batra 25b) que Bavel se tient au nord d'Erets Israël, ainsi qu'il est écrit 'du nord s'ouvrira le malheur, etc.' — donc le Perat va de l'Ouest vers l'Est, et il ressort qu'il en est ainsi dès le début de sa sortie, comme nous disons 'c'est le Perat du début' ; d'où [il ressort] que le Gan Éden est à l'Ouest du monde. Et de même il ressort de Berechit Rabba, qui dit : en tout lieu nous trouvons que le côté oriental 'accueille' — il accueille Adam, ainsi qu'il est écrit 'il chassa l'homme et le fit demeurer à l'est du Gan Éden [avec] les chérubins' ; il accueille Caïn, ainsi qu'il est écrit 'il habita au pays de Nod, à l'est de l'Éden' ; et à propos de Moché aussi il est écrit 'alors Moché sépara trois villes vers le levant du soleil' — d'où il ressort que ce monde-ci, dans lequel Adam est entré [après avoir été chassé], est à l'est du Gan Éden : preuve qu'[Éden] est à l'Ouest du monde. Et cela fait difficulté, car au chapitre 'Ha-mokher et ha-sefina' (Baba Batra 84a) nous disons que le soleil, celui qui est rouge le matin et le soir, [l']est le matin parce qu'il passe près des roses du Gan Éden — d'où il ressort qu'[Éden] se tient à l'est du monde, car le matin le soleil est à l'est ; et ainsi a expliqué là Rabbenou Chemouel, du fait qu'il est écrit 'il planta un jardin en Éden, à l'est (mi-kedem)'. Et bien qu'on traduise [mi-kedem par] 'des l'origine (mi-lekadmin)', il ressort néanmoins aussi [le sens d']est ; car de même 'à l'est de l'Éden', 'à l'est du Gan Éden', il ressort de Berechit Rabba que c'est l'est, et [pourtant] on traduit 'mi-lekadmin'. Toutefois le verset peut être repoussé [en disant] que c'est l'est de l'Éden, mais l'Éden lui-même est à l'Ouest du monde ; et ce [passage] de Baba Batra peut s'expliquer [en disant] qu'il ne dit pas qu'[le soleil] passe réellement [près du Gan Éden], mais que le matin, lorsque le soleil sort par la force de la colonne de lumière au-dessus des chambres du Gan Éden qui est à l'Ouest, et le soir par la force de la lumière du guehinnom qui est à l'est. Et il ne faut pas s'étonner de cette explication, car de toute manière, lorsque nous expliquons [le passage], il faut le dire ainsi, puisqu'il y est dit 'et certains disent l'inverse' — et il n'est pas plausible de dire qu'ils divergent sur ce point, [tel] maître tenant que le Gan Éden est à l'est et [tel] maître qu'il est à l'Ouest.
💡 Explication

La fécondité du Perat 'sans pluie' appuie Chmouel : selon lui 'le fleuve est béni depuis son lit' (mi-kepeih, de son rocher/source souterraine) — sa crue vient de sources et non de la pluie. Cela s'oppose à Rav : pour Rav, quand la pluie tombe à l'Ouest (Erets Israël), la crue du Perat en Babylonie en est le grand témoin — donc le fleuve grossit bien de la pluie.

6
אֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל עָבֵיד לְהוּ לִבְנָאתֵיהּ מִקְוֶה בְּיוֹמֵי נִיסָן, וּמַפָּצֵי בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי. מִקְוֶה בְּיוֹמֵי נִיסָן — סָבַר לָהּ כְּרַב, דְּאָמַר רַב אַמֵּי אָמַר רַב: מִיטְרָא בְּמַעְרְבָא סָהֲדָא רַבָּה פְּרָת, שֶׁמָּא יִרְבּוּ נוֹטְפִין עַל הַזּוֹחֲלִין, וְהָווּ לְהוּ מֵי גְשָׁמִים רֻובָּא.

Le père de Chmouel faisait à ses filles un mikve aux jours de Nissan, et des nattes (mapatséi) aux jours de Tishréi. Un mikve aux jours de Nissan — il tenait comme Rav, car Rav Ami a dit au nom de Rav : [quand] la pluie [tombe] à l'Ouest, le grand témoin en est le Perat — [de crainte] que peut-être les [eaux] qui gouttent (notfin) ne l'emportent sur celles qui coulent (zo'halin), et qu'il n'y ait [ainsi] une majorité d'eau de pluie.

📜 Rachi (2)
מִקְוֶה בְּיוֹמֵי נִיסָן מִקְוֵה מַיִם חַיִּים נוֹבְעִים בְּבֵית וְלֹא הָיָה מַנִּיחָן לִטְבֹּול בִּנְהָרוֹת שֶׁבִּימוֹת הַגְּשָׁמִים יָרְדוּ גְּשָׁמִים הַרְבֵּה וְחָייֵשׁ שֶׁמָּא יִרְבּוּ מַיִם שֶׁנּוֹטְפִין מֵעָבִים לְתוֹךְ הַנָּהָר שֶׁהֵם זוֹחֲלִים דְּלָא חֲזוּ לָהֶן מִשּׁוּם דְּהָווּ לְהוּ סְפֵק זָבוֹת וּבְזָב כְּתִיב מַיִם חַיִּים. ל"א עַל הַזּוֹחֲלִים עַל אוֹתָם שֶׁנָּפְלוּ מִן הֶעָבִים לַקַּרְקַע וּמִן הַקַּרְקַע זָחֲלוּ וְקִילְּחוּ לְתוֹךְ הַנָּהָר דְּאִי לָא נוֹטְפִים מִשּׁוּם זוֹחֲלִים לָא מִיפַּסְלִי דְּאָמְרִינַן בְּפֶ' רִאשׁוֹן דִּתְמוּרָה (דַּף יב.) הַשְּׁאוּבָה מִיטַּהֶרֶת בְּהַמְשָׁכָה דְּהַייְנוּ שֶׁמַּמְשִׁיךְ מַיִם שְׁאוּבִים לְתוֹךְ הַמִּקְוֶה עַל יְדֵי צִנּוֹרוֹת:
Un mikve aux jours de Nissan — un mikve d'eaux vives jaillissantes, à la maison ; et il ne les laissait pas s'immerger dans les fleuves, car aux jours des pluies il tombe beaucoup de pluie, et il craint que ne se multiplient les eaux qui gouttent des nuages dans le fleuve — [eaux] qui [alors] coulent — [rendant l'immersion] impropre pour elles, parce qu'elles sont [de possibles] zavot douteuses, et pour la zava il est écrit 'eaux vives'. Autre version : 'sur celles qui coulent' — sur celles qui sont tombées des nuages sur le sol et qui, du sol, ont coulé et jailli dans le fleuve ; car sans les [eaux] qui gouttent, à cause de celles qui coulent [de source] il n'y aurait pas d'invalidation — car nous disons au premier chapitre de Temoura (12a) que l'eau puisée se purifie par 'entraînement' (hamchakha), c'est-à-dire qu'on fait couler des eaux puisées dans le mikve au moyen de conduits.
זוֹחֲלִין נוֹבְעִין:
Qui coulent (zo'halin) — [c'est-à-dire] jaillissantes (de source).
🗂️ Tossefot (2)
וּמַפָּצֵי בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁנּוֹתְנוֹת הַמַּפָּצִים תַּחַת רַגְלֵיהֶם בְּמַיִם מִפְּנֵי הַטִּיט שֶׁלֹּא יָחוּץ וְכֵן מַשְׁמַע פֶּרֶק תִּינֹוקֶת (נִדָּה דַּף סו:) דְּאָמַר שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק אִשָּׁה לֹא תִּטְבֹּול בַּנָּמֵל ואע"ג דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא טִיט אֵימַר בְּדִידִיּוֹנֵי נָפַל פֵּירוּשׁ ע"י דִּידּוּי שֶׁמְּדַדָּה אֶת עַצְמָהּ וּבַתְּרָהּ מַיְיתֵי הַךְ דְּאָבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל דְּהָכָא וּבַתְּרָהּ מַיְיתֵי הָא דְּאָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב נָתְנָה תַּבְשִׁיל לִבְנָהּ וְטָבְלָה לֹא עָלְתָה לָהּ טְבִילָה ואע"ג דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא אֵימַר בְּדִידִיּוֹנֵי נָפַל ור"ת מְפָרֵשׁ וּמַפָּצֵי מִשּׁוּם צְנִיעוּת שֶׁהַנְּהָרוֹת קְטַנִּים בִּימֵי תִּשְׁרֵי וּפוֹרֵס לְהוּ מַפָּצִים שֶׁלֹּא יִרְאוּ אוֹתָן כְּדֵי שֶׁלֹּא תְּמַהֵרְנָה לִטְבֹּול מִפְּנֵי הַבֹּושֶׁת וְלֹא טָבְלוּ שַׁפִּיר וְהַיְינוּ טַעְמָא נָמֵי שֶׁלֹּא תִּטְבֹּול בַּנָּמֵל לְפִי שֶׁמְּצוּיִים שָׁם בְּנֵי אָדָם וּמְמַהֶרֶת לִטְבֹּול מִשּׁוּם בֵּיעֲתַן דְּאִינָשֵׁי דֻּומְיָא דְּהַהִיא דְּקָאָמַר הָתָם לְעֵיל אִשָּׁה לֹא תַּעֲמֹוד עַל גַּבֵּי כְּלִי חֶרֶס וּמְפָרֵשׁ הָתָם מִשּׁוּם דִּבְעִיתָא דִּלְמָא נָפְלָה וְלֹא טָבְלָה שַׁפִּיר וְלָא גָּרְסִינַן בְּהַהִיא דְּנָמֵל ואע"ג דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא:
Et des nattes aux jours de Tishréi — Rachi (be-kontrass) a expliqué qu'elles placent les nattes sous leurs pieds dans l'eau, à cause de la boue, pour qu'elle ne fasse pas interposition (hatsitsa). Et de même il ressort au chapitre 'Tinoket' (Nidda 66b), où Chmouel bar Rav Yits'hak a dit : une femme ne doit pas s'immerger dans un port (namal) — et bien qu'à présent il n'y ait pas de boue, dis que par son 'balancement' [de la marche] il en est tombé (c'est-à-dire par le dandinement, du fait qu'elle avance en se balançant) ; et après cela [la guemara] rapporte ce [cas] du père de Chmouel [de] chez nous, et après cela elle rapporte ce qu'a dit Rav Guidel au nom de Rav : [si] elle a donné un plat à son fils puis s'est immergée, son immersion n'est pas valable — et bien qu'à présent il n'y ait pas [de boue], dis que par son 'balancement' il en est tombé. Et Rabbenou Tam explique 'et des nattes' [comme étant] pour la pudeur (tseniout), car les fleuves sont petits aux jours de Tishréi, et il leur étend des nattes pour qu'on ne les voie pas, afin qu'elles ne se hâtent pas de s'immerger par honte et ne s'immergent pas correctement ; et c'est aussi la raison pour laquelle 'elle ne doit pas s'immerger dans un port', parce que des gens s'y trouvent et qu'elle se hâte de s'immerger à cause de la crainte que [lui inspirent] les gens — semblable à ce qu'on dit là-bas plus haut : 'une femme ne doit pas se tenir sur un vase de terre', et [la guemara] explique là-bas [que c'est] parce qu'elle a peur qu'il ne se brise, et [alors] elle ne s'immerge pas correctement ; et nous ne lisons pas dans ce [cas] du port 'et bien qu'à présent il n'y ait pas [de boue]'.
שֶׁמָּא יִרְבּוּ מֵי נוֹטְפִין עַל הַזּוֹחֲלִין וְהָווּ לְהוּ מֵי גְשָׁמִים רֻובָּא וְכִדְפֵי' בַּקְּוַנְט' וּמֵי גְּשָׁמִים אֵין מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין כִּדְקָתָנֵי בת"כ מַעְיָין מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין וּמִקְוֶה בְּאַשְׁבֹּורֶן ואור"ת דְּאַשְׁבֹּורֶן דְּמִקְוֶה דַּוְקָא לִמְעוּטֵי זוֹחֲלִין אֲבָל זוֹחֲלִין דְּמַעְיָין לָאו דַּוְקָא לִמְעוּטֵי אַשְׁבֹּורֶן אֶלָּא ה"ק הַמַּעְייָן מְטַהֵר אַף בְּזוֹחֲלִין אֲבָל מִקְוֶה מְטַהֵר דַּוְקָא בְּאַשְׁבֹּורֶן דְּגַבֵּי הָנֵי מַיְיתֵי לָהּ הָתָם בת"כ דְּקָתָנֵי מַה מַעְייָן בִּידֵי שָׁמַיִם אַף מִקְוֶה בִּידֵי שָׁמַיִם יָצָא עָשָׂה מִקְוֶה לְכַתְּחִלָּה אִי מַה מַעְיָין מְטַהֵר בְּכָל שֶׁהוּא אַף מִקְוֶה מְטַהֵר בְּכָל שֶׁהוּא ת"ל אַךְ מַעְיָין מַעְייָן בְּכָל שֶׁהוּא וְהַמִּקְוֶה במ' סְאָה אִי מַה מַעְייָן מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין אַף מִקְוֶה מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין ת"ל אַךְ מַעְיָין מַעְייָן בְּזוֹחֲלִין וְהַמִּקְוֶה בְּאַשְׁבֹּורֶן וְיֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה מַיִם שֶׁעָשָׂה שְׁלֹמֹה שֶׁהָיוּ הַכֹּהֲנִים טוֹבְלִין בּוֹ אע"פ שֶׁהַמַּיִם מְכֻונָּסִים שָׁם בַּמִּקְוֶה וּמִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת דְּבַיְּרוּשַׁלְמִי קָאָמַר וְהָיָה לְרָחְצָה הַכֹּהֲנִים בּוֹ וְלָאו כְּלִי הוּא וּמְפָרֵשׁ דְּרַגְלֵי הַשְּׁוָרִים נְקוּבִים כְּמוֹצִיא וא"כ אֶפְשָׁר שֶׁיְּהוּ זוֹחֲלִין וְכֵן מִקְוֶה שֶׁעַל הַפַּרְוָוה בְּפֶ' אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (יוֹמָא דַּף לא.) שֶׁהָיָה מֵעֵין עֵיטָם וְהָיָה כֹּהֵן גָּדוֹל טוֹבֵל בּוֹ אֶפְשָׁר שֶׁנִּכְנָסִין מִצַּד אֶחָד וְיוֹצְאִין מִצַּד אַחֵר וּמִיהוּ זֶה דָּבָר פָּשׁוּט דְּמֵי מַעְיָין שֶׁנִּפְסְקוּ מִן הַמַּעְיָין שֶׁמְּטַהֲרִין בְּאַשְׁבֹּורֶן מִמַּה נַפְשָׁךְ שֶׁהֲרֵי נַעֲשׂוּ מִקְוֶה מֵאַחַר שֶׁנִּפְסְקוּ מִן הַמַּעְיָין שֶׁמְּטַהֲרִין וּבְהֶדְיָא תְּנַן בְּמַסֶּכֶת מִקְוָואוֹת (פ"ה מ"א) מַעְייָן שֶׁהֶעֱבִירוֹ עַל גַּבֵּי בְרֵיכָה וְהִפְסִיקוֹ הֲרֵי הֵן כְּמִקְוֶה חָזַר וְהִמְשִׁיכָן כו' וּמַשְׁקֶה בֵּי מִטַּבָּחַיָּא דְּקָאָמַר בְּפֶ' קַמָּא דִּפְסָחִים (דַּף יז:) דִּבְקַרְקַע חֲזוּ לְהַטְבִּיל מְחָטִין וְצִנּוֹרוֹת וּמַשְׁמַע בְּאַשְׁבֹּורֶן דֻּומְיָא דִּכְלִי וְקָאָמַר הָתָם מֵאַמַּת הַמַּיִם שֶׁבָּעֲזָרָה הָיוּ וְנִרְאֶה לְהָבִיא רְאָיָה אֲפִילּוּ לֹא נִפְסְקוּ מֵהַהִיא דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת מִקְוָואוֹת (פ"ח מ"ח) וּמַייְתִי לָהּ בְּפֶרֶק שְׁמֹנָה שְׁרָצִים (שַׁבָּת דַּף קט.) ר' יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל הַיַּמִּים מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין וּפְסוּלִין לַזָּבִים כו' וּפְלִיג את"ק דְּאָמַר כָּל הַיַּמִּים כְּמִקְוֶה שֶׁנֶּאֱמַר וּלְמִקְוֵה הַמַּיִם קָרָא יַמִּים וּמַשְׁמַע דַּאֲתָא ר' יוֹסֵי לְמֵימַר דאע"ג דְּקָווּ וְקָיְימִי כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ מַכּוֹת (דַּף ד.) מְטַהֲרִין נָמֵי בְּזוֹחֲלִין דְּלָא בָּא הַכָּתוּב לְבַטֵּל מֵהֶן תּוֹרַת זְחִילָה וּפְלִיגִי בְּהָכִי דלת"ק אֵין מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין וְלֵר' יוֹסֵי מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין אֲבָל לכ"ע מְטַהֲרִין בְּאַשְׁבֹּורֶן וְגַם מִדְּקָאָמַר הָכָא אֵין הַמַּיִם מְטַהֲרִים בְּזוֹחֲלִין אֶלָּא פְּרָת בְּיוֹמֵי תִשְׁרֵי בִּלְבַד מַשְׁמַע בְּזוֹחֲלִין הוּא דְּלָא מְטַהֲרִי הָא בְּאַשְׁבֹּורֶן אע"ג דְּלֵיכָּא רֻובָּא זוֹחֲלִין:
[De crainte] que ne se multiplient les eaux qui gouttent sur celles qui coulent, et qu'il n'y ait une majorité d'eau de pluie — comme l'a expliqué Rachi (be-kontrass). Et l'eau de pluie ne purifie pas 'en courant' (be-zo'halin), comme il est enseigné dans le Torat Kohanim : la source purifie 'en courant' et le mikve 'ramassé' (be-achboren). Et Rabbenou Tam a dit que le 'ramassé' du mikve vient spécifiquement exclure le 'courant' [pour le mikve] ; mais le 'courant' de la source ne vient pas spécifiquement exclure le 'ramassé' [pour la source] — au contraire, voici ce qu'il [le Torat Kohanim] dit : la source purifie même 'en courant', mais le mikve ne purifie que 'ramassé'. Car à leur propos [la guemara] le rapporte là-bas dans le Torat Kohanim, où il est enseigné : de même que la source [est] par la main du Ciel, de même le mikve [doit être] par la main du Ciel — cela exclut celui qui fait un mikve intentionnellement (à la main). [Dirais-je :] de même que la source purifie par n'importe quelle quantité, de même le mikve purifierait par n'importe quelle quantité ? Le verset dit 'akh maayan' : la source [purifie] par n'importe quelle quantité, mais le mikve [seulement] dans quarante seah. [Dirais-je :] de même que la source purifie 'en courant', de même le mikve purifierait 'en courant' ? Le verset dit 'akh maayan' : la source [purifie] 'en courant', mais le mikve [seulement] 'ramassé'. Et l'on peut apporter une preuve de la 'mer' qu'a faite Salomon, dans laquelle les kohanim s'immergeaient bien que les eaux y fussent ramassées dans un mikve ; toutefois on peut repousser [cette preuve], car dans le Yerouchalmi il est dit 'elle servait au bain des kohanim', et ce n'est pas un 'vase' (kli) [invalidant], et il explique que les pieds des bœufs [qui la portaient] étaient percés 'comme un évacuateur' (ke-motsi) ; et [dans] ce cas il est possible qu'[elles] fussent 'courantes'. Et de même le mikve qui se trouvait sur [le toit de] la chambre du Parva, au chapitre 'Amar lahem ha-memouneh' (Yoma 31a), qui était [alimenté par] la source d'Etam, et [où] le kohen gadol s'immergeait — il est possible qu'[elles] entrent d'un côté et sortent de l'autre. Toutefois, ceci est chose évidente : des eaux de source qui se sont détachées de la source, [et] qui purifient 'ramassées', [le font] de toute façon — car elles sont devenues un mikve dès lors qu'elles se sont détachées de la source qui purifie ; et il est explicitement enseigné au traité Mikvaot (5:1) : une source qu'on a fait passer sur une mare (berekha) puis qu'on a interrompue — voici qu'elle est comme un mikve ; [si] on l'a de nouveau fait couler, etc. Et le 'liquide de l'abattoir' (mei bei mit'ba'hya) dont on parle au premier chapitre de Pessa'him (17b), [dit] qu'au sol il convient pour y tremper aiguilles et conduits, et il ressort [que c'est] 'ramassé', à l'instar d'un 'vase' ; et [la guemara] dit là-bas qu'[il provenait] du canal d'eau qui était dans la 'azara. Et il paraît qu'on peut apporter une preuve — même [pour des eaux] qui ne se sont pas détachées — de ce qu'on a enseigné au traité Mikvaot (8:8), et que [la guemara] rapporte au chapitre 'Chemona cheratsim' (Chabbat 109a) : Rabbi Yossei dit — toutes les mers purifient 'en courant' et sont impropres pour les zavim, etc. ; et il diverge du premier tanna qui dit : toutes les mers sont comme un mikve, ainsi qu'il est dit 'et le rassemblement (mikve) des eaux, il [l']a appelé mers' ; et il ressort que Rabbi Yossei vient dire que, bien qu'elles soient 'stagnantes' (koou ve-kaïmi) comme il est dit au début de Makkot (4a), elles purifient aussi 'en courant', car le verset n'est pas venu leur ôter la loi de 'courant' ; et ils divergent en ceci : pour le premier tanna elles ne purifient pas 'en courant', et pour Rabbi Yossei elles purifient 'en courant', mais de l'avis de tous elles purifient 'ramassées'. Et aussi, du fait qu'il dit ici 'l'eau ne purifie en courant que le Perat aux jours de Tishréi seulement', il ressort que c'est 'en courant' qu'elles ne purifient pas, mais 'ramassées' [elles purifient], bien qu'il n'y ait pas majorité de 'courant'.
💡 Explication

Conduite du père de Chmouel selon la saison. À Nissan (fin de l'hiver pluvieux), il fait à ses filles un mikve d'eau ramassée — car (comme Rav) le Perat grossit alors de la pluie, et il craint que les eaux 'qui gouttent' (notfin, de pluie) ne l'emportent sur les eaux 'qui coulent' (zo'halin, de source). Or la pluie ne purifie que ramassée (be-achboren), pas en courant ; l'immersion dans le fleuve courant serait alors invalide.

7
וּמַפָּצֵי בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי.

Et des nattes aux jours de Tishréi.

📜 Rachi (1)
וּמַפָּצֵי בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי כְּשֶׁהָיוּ טוֹבְלוֹת בַּנָּהָר בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי הֵי' עוֹשֶׂה לָהֶם מַחְצָלוֹת שֶׁל קָנִים שֶׁקּוֹרִין קלויי"ש וּמַשְׁלִיכָן לְתוֹךְ הַמַּיִם וְעוֹמְדוֹת עֲלֵיהֶן וְטוֹבְלוֹת לְפִי שֶׁבִּימֵי תִּשְׁרֵי יֵשׁ טִיט רַךְ בִּנְהָרוֹת אֵצֶל שְׂפָתָם וְחוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא יַעֲלֶה טִיט לְמַעְלָה עַל רַגְלֵיהֶן וְיִהְיֶה חוֹצֵץ:
Et des nattes aux jours de Tishréi — quand elles s'immergeaient dans le fleuve aux jours de Tishréi, il leur faisait des nattes de roseaux — que l'on appelle 'claies' — et il les jetait dans l'eau ; elles se tenaient dessus et s'immergeaient, parce qu'aux jours de Tishréi il y a de la boue molle dans les fleuves, près de leurs berges, et il craint que la boue ne remonte sur leurs pieds et ne fasse interposition.
💡 Explication

À Tishréi (fin de l'été sans pluie), ses filles s'immergent dans le fleuve lui-même — dont l'eau ne provient plus de la pluie mais de sa source, si bien que l'immersion est valide même dans l'eau courante. Il place alors des nattes au fond : aux rives, la boue molle risquerait de remonter sous leurs pieds et de faire hatsitsa (interposition).

8
וּפְלִיגָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין הַמַּיִם נִטְהָרִים בְּזוֹחֲלִין אֶלָּא פְּרָת בְּיוֹמֵי תִשְׁרֵי.

Et cela [de Chmouel] diverge de lui-même (de Chmouel), car Chmouel a dit : l'eau ne purifie 'en courant' (bi-zo'halin) que le Perat aux jours de Tishréi.

📜 Rachi (3)
ה"ג וּפְלִיגָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ כְּלוֹמַר פְּלִיגָא דִּשְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל:
La lecture est : 'et cela [de Chmouel] diverge de lui-même' — c'est-à-dire : [le propos] de Chmouel diverge [d'un autre propos] de Chmouel.
אֵין הַמַּיִם מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין דְּכָל שָׁעָה הָווּ מַיִם נוֹטְפִין רָבִין עֲלֵיהֶן:
L'eau ne purifie pas 'en courant' — car à tout moment les eaux qui gouttent se multiplient sur elles [les eaux de source].
אֶלָּא פְּרָת בְּיוֹמֵי תִשְׁרֵי שֶׁפְּרָת הָיוּ מֵימָיו פָּרִין וְרָבִין וְזוֹחֲלִין הַנּוֹבְעִים מִמַּעְיָינוֹת מְרֻובִּין וְעוֹד שֶׁתִּשְׁרֵי סוֹף יְמֵי הַקַּיִץ וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים (הֲרֵי) זְמַן מְרֻובֶּה אַלְמָא נְהָרוֹת מִתְרַבִּין מִמֵּימֵי גְּשָׁמִים וּלְעֵיל אָמַר מִכֵּיפֵיהּ מִיבָּרִיךְ. לִישָּׁנָא אַחְרִינָא הָא דְּאָבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל הֲוָה עֲבִיד לְבַרְתֵּיהּ מִקְווָאוֹת בְּיוֹמֵי נִיסָן מִפְּנֵי שֶׁהוּא סוֹף הַחֹורֶף שֶׁיָּרְדוּ גְּשָׁמִים מְרֻובִּים אֲבָל בְּאֶמְצַע הַחֹורֶף לָא הֲוָה עֲבִיד וּפְלִיגָא אַדִּשְׁמוּאֵל דְּהוּא אוֹמֵר דְּכָל שָׁעָה בָּעֵינַן מִקְוָואוֹת אֶלָּא פְּרָת בְּיוֹמֵי תִשְׁרֵי:
Que le Perat aux jours de Tishréi — car les eaux du Perat étaient fécondes et se multipliaient, et les [eaux] 'courantes' jaillissant de ses sources [sont] nombreuses ; et en outre, Tishréi est la fin des jours de l'été et il n'est pas tombé de pluies [depuis] longtemps — d'où il ressort que les fleuves se multiplient des eaux de pluie ; alors que plus haut il a dit 'il est béni depuis son lit'. Autre version : ce [cas] du père de Chmouel, [où] il faisait à sa fille des mikvaot aux jours de Nissan — parce que c'est la fin de l'hiver, où il est tombé beaucoup de pluies ; mais au milieu de l'hiver il n'[en] faisait pas ; et cela diverge [d'un propos] de Chmouel, qui dit qu'à tout moment il faut des mikvaot, sauf pour le Perat aux jours de Tishréi.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין הַמַּיִם מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין כו' פר"ת בִּתְשׁוּבָה הַמַּתְחֶלֶת מִשֶּׁרַבּוּ מַפִּילֵי חֲלָלִים דְּאַף עַל גַּב דִּשְׁמוּאֵל וְאַבֹּוהַּ דַּעֲבִיד מִקְווָאוֹת בְּיוֹמֵי נִיסָן וְרַב דְּאָמַר מִיטְרָא בְּמַעֲרָבָא כו' קָייְמִי בַּחֲדָא שִׁיטְתָא לָא קי"ל הָכִי אֶלָּא כְּאִידָךְ דִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר נַהֲרָא מִכֵּיפֵיהּ מַבְרִיךְ דְּמִסִּיַּיעְתָּא לֵיהּ בָּרַייְתָא דְּאָמַר יוֹבֵל שְׁמוֹ וַאֲפִילּוּ פְּלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ וְסָבְרִי דִּפְרָת שְׁמוֹ מִכָּל מָקוֹם מְסַיְּיעִין לֵיהּ מֵהָא דְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר דְּמֵימָיו פָּרִין וְרָבִין דְּלָא פְּלִיגִי עֲלֵיהּ בִּסְבָרָא זוֹ דְּנַהֲרָא מִכֵּיפֵיהּ מִיבָּרִיךְ וִיכוֹלִין לִסְבֹּור שֶׁשְּׁמוֹ פְּרָת מֵהַאי טַעְמָא גּוּפֵיהּ אֲבָל לֹא שַׁייָּךְ לֵאמֹר לָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ פְּרָת כִּי אִם לְרַבִּי מֵאִיר לְפִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ שֵׁם אַחֵר לְר' מֵאִיר וְיוֹבֵל מַשְׁמַע לְרַבָּנָן כְּמוֹ יִבְלֵי מַיִם (יְשַׁעְיָהוּ ל׳:כ״ה) וּבִבְרֵאשִׁית רַבָּה נָמֵי דְּרֵישׁ כְּרַבִּי מֵאִיר דְּקָאָמַר חִדֶּקֶל שֶׁמֵּימָיו חַדִּים וְקַלִּים פִּישׁוֹן שֶׁמְּגַדֵּל פִּשְׁתָּן פְּרָת שֶׁמֵּימָיו פָּרִין וְרָבִין וּבְלֹא גְּשָׁמִים נְהָרוֹת וּמַעְיָינוֹת מִתְגַּבְּרִין כִּדְאָמְרִינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף יא:) (בְּאֶחָד) בְּאִיָּיר שֶׁמַּזַּל כִּימָה עוֹלֶה בַּיּוֹם וּמַעְייָנוֹת מִתְגַּבְּרִין וּבְמַרְחֶשְׁוָן הֵן מִתְמַעֲטִין מִפְּנֵי מְנִיעַת גְּשָׁמִים שֶׁלֹּא הִמְטִיר כָּל הַקַּיִץ וְכִדְאָמְרִי' בִּפְסָחִים בְּפֶרֶק מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צַד:) תִּשְׁרֵי מַרְחֶשְׁוָון וְכִסְלֵיו חַמָּה מְהַלֶּכֶת בָּאֲוִיר כְּדֵי לְייַבֵּשׁ אֶת הַנְּהָרוֹת וּבְסוֹף סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת (תַּעֲנִית דַּף כֹּה: ע"ש) נָמֵי אָמְרִינַן שֶׁאֵין לְךָ טֶפַח שֶׁיּוֹרֵד שֶׁאֵין עוֹלֶה טִפְחַיִים כְּנֶגְדּוֹ מִלְּמַטָּה וּכְמוֹ שֶׁהַקַּרְקַע מְלַחְלַחַת כִּפְלַייִם מִלְּמַטָּה בְּשָׁעָה שֶׁהַגְּשָׁמִים יוֹרְדִים כְּמוֹ כֵן לְעִנְיַן רִיבּוּי הַנְּהָרוֹת מִתְרַבִּים הַמַּיִם וּמִתְגַּדְּלִים מִלְּמַטָּה כְּשֶׁהַמָּטָר יוֹרֵד מִלְמַעְלָה וְאָמְרִינַן הָתָם נָמֵי דְּאָמַר תְּהוֹמָא עִילָּאָה לִתְהוֹמָא תַּתָּאָה אַבַּע מִיַּמָּךְ וא"ת א"כ מִנָּלַן דְּהָא דְּרַב פְּלִיגָא עָלֶיהָ דְּאָמַר מִטְרָא בְּמַעֲרָבָא כו' דִּלְמָא הַיְינוּ מִשּׁוּם שֶׁאָז מִתְבָּרֵךְ הַמִּקְוֶה כִּדְפָרֵישִׁית וְי"ל מִשּׁוּם דְּאִם אִיתָא דִּסְבִירָא דְּאוֹרְחָא דְּמִילְּתָא דְּמַבְרִיךְ מִכֵּיפֵיהּ א"כ גַּם כָּל הַנְּהָרוֹת נָמֵי לִפְעָמִים מַבְרִיךְ וּמַאי סָהֲדָא דִּנְהַר פְּרָת אֵין זֶה עֵדוּת וְהִקְשָׁה ר"ת לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר אֵין הַמַּיִם מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין אֶלָּא [פְּרָת] בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי בִּלְבַד וּלְרַב וְלֶאֱבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל קַשְׁיָא לְהוּ הָא דִּתְנַן בְּמַס' פָּרָה (פ"ח מ"י) וּמַיְיתִי בְּסַנְהֶדְרִין רֵישׁ פ"ק (דַּף ה:) מֵי קֵרַמְיוֹן וּמֵי פֵיגָה פְּסוּלִין לְמֵי חַטָּאת מִפְּנֵי שֶׁהֵן [כו'] מֵי תַּעֲרֹובֶת הָא לָאו הָכִי כְּשֵׁרִים וְלָא פָּסְלִינַן לְהוּ שֶׁמָּא רַבּוּ הַנּוֹטְפִין עַל הַזּוֹחֲלִין וְהָווּ לְהוּ גְּשָׁמִים רֻובָּא וי"ל דְּאִינְהוּ סָבְרִי דְּהָנֵי ד' נְהָרוֹת מִדַּלְיִין דא"י גְּבוֹהָה מִכָּל הָאֲרָצוֹת וְאֵין נִשְׁאָרִין שָׁם מֵי גְּשָׁמִים וְעוֹד הִקְשָׁה לְרַב וְלֶאֱבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל וְלִשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי אֵין הַמַּיִם מְטַהֲרִין בְּזוֹחֲלִין אֶלָּא פְּרָת בְּיוֹמֵי תִשְׁרֵי בִּלְבַד בַּמֶּה מְטַהֲרִין מְצֹורָעִים וּבְמַה מְקַדְּשִׁין מֵי חַטָּאת בְּעֶרֶב פֶּסַח דְּאָמְרִי' בִּפְסָחִים (דַּף צ.) דְּיֵשׁ טְבִילָה לְזָב בְּעֶרֶב פֶּסַח וְהַזָּאָה הֵיאַךְ הָיָה עַל הָאֲנָשִׁים שֶׁעָשׂוּ פֶּסַח שֵׁנִי וְעַל כָּל טְמֵאִים שֶׁל מֵתֵי מִדְבָּר מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן וַהֲלֹא הָיוּ רְחוֹקִים מִפָּרַת וּמִיהוּ לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ דְּהָנָךְ ד' נְהָרוֹת מִדַּלְיִין לֹא קָשֶׁה מִטְּבִילַת זָבִין וּמְצֹורָעִים בְּעֶרֶב פֶּסַח אֲבָל מִקִּדּוּשׁ מֵי חַטָּאת קָשֶׁה דִּפְסוּלִים לְמֵי חַטָּאת וּמִמִּישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן וְתֵירֵץ דְּשֶׁמָּא נְהָרוֹת וְצִינּוֹרְיָיתָא דְּמִידַּלְּייָן אֵין גְּשָׁמִים מִתְעָרְבִין בָּהֶן שֶׁהֲמִימֵי גְּשָׁמִים מִתְעָרְבִין וְיוֹרְדִין בְּתוֹךְ הַנְּהָרוֹת הַנְּמוּכִים וְנִשְׁטָפִים וְהוֹלְכִים לַיָּם וְאֵין מִתְעָרְבִין בְּמִקְוָאוֹת גְּבוֹהִים וְגַם לֹא בְּמַיִם הַמְכֻונָּסִים וּכְגוֹן בִּנְהָרוֹת הַיּוֹצְאִים מִמְּעָרוֹת וְאֵין מֵי הַגְּשָׁמִים מִתְעָרְבִין וּמְכֻונָּסִין שָׁם תֵּדַע הָא דִּתְנַן בְּמַס' פָּרָה (פ"ח מי"א) בְּאֵר אַחְאָב וּמְעָרַת פַּמְיָיס כְּשֵׁרִים וְכָל שֶׁכֵּן נְהָרוֹת וּמַעְייָנוֹת כִּדְקָתָנֵי בְּסֵיפָא בְּאֵר שֶׁנָּפַל לְתוֹכָהּ חַרְסִית אוֹ אֲדָמָה יַמְתִּין עַד שֶׁיַּצְהִיל דִּבְרֵי רַ' יִשְׁמָעֵאל רַ' עֲקִיבָא אוֹמֵר אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַמְתִּין אֲבָל בְּאֵר אַחְאָב וּמְעָרַת פַּמְיָיס אִיצְטְרִיכָא לְמִיתְנֵי דִּכְשֵׁרִים לְפִי שֶׁיַּרְדֵּן יוֹרֵד מִמְּעָרַת פַּמְיָיס וְיַרְדֵּן פָּסוּל מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ [מֵי] תַּעֲרֹובֶת קמ"ל דִּמְעָרַת פַּמְיָיס אֵינוֹ מֵי תַּעֲרֹובֶת אֲבָל נְהָרוֹת כְּשֵׁרוֹת לְדִבְרֵי הַכֹּל וְעוֹד פִּי' ר"ת דְּאִיכָּא לְמֵימַר מִן הַדִּין קַמָּא קַמָּא בָּטֵל אֲפִילּוּ לְדִבְרֵי רַב וְאַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל אֶלָּא דְּמַחְמְרִי מִפְּנֵי מַרְאִית הָעַיִן מִשּׁוּם גְּשָׁמִים וּלְפִי פֵּירוּשׁ אַחֲרוֹן לָא קַשְׁיָא כָּל הָנָךְ דְּבִימֵי מֹשֶׁה דְּאַכַּתִּי לָא גְּזוּר וְנִרְאֶה שֶׁהֵם בְּטֵלוֹת בְּרוֹב שֶׁהֲרֵי כָּל הַנְּהָרוֹת מְחֻובָּרִין לַיָּם הַגָּדוֹל בְּיוֹתֵר מֵעֵירוּב מִקְווָאוֹת וּתְחִלַּת הַנְּהָרוֹת אֵינָם קָטַפְרֵס שֶׁזֶּה דֶּרֶךְ חַיּוּתָן וְלֹא קָטַפְרֵס מְחַבְּרָן אֶלָּא חַיּוּתָן מְחַבְּרָן כָּל זֶה פִּי' ר"ת בִּתְשׁוּבָה וְאוֹתוֹ טַעַם דְּקַמָּא קַמָּא בְּטִיל לֹא יִתָּכֵן לְפִי מַה שֶּׁפֵּי' לְעֵיל בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כב. ד"ה יָתֵיב) דְּכָל אִיסּוּר הַבָּטֵל חוֹזֵר וְנֵיעוֹר כְּשֶׁחוֹזֵר וְרָבֶה עַד כְּדֵי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שִׁיעוּר לֶאֱסֹור וּמִיהוּ יִתָּכֵן אוֹתוֹ טַעַם דִּמְחֻובָּרִים לַיָּם הַגָּדוֹל דְּאָמְרִינַן בְּרֵישׁ מַכּוֹת (דַּף ד.) דְּהַטּוֹבֵל שָׁם לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה הָתָם אִיתַנְהוּ בְּעֵינַיְיהוּ אֲבָל הָכָא אֵין הַנּוֹטְפִים נִיכָּרִים וִידוּעִים בְּלֹא תַּעֲרֹובֶת כְּלָל:
L'eau ne purifie pas 'en courant', etc. — Rabbenou Tam a expliqué dans la réponse qui commence 'Miché-rabou mafiléi 'halalim' que, bien que Chmouel — et son père, qui faisait des mikvaot aux jours de Nissan — et Rav, qui a dit '[quand] la pluie [tombe] à l'Ouest, etc.', se tiennent dans une seule et même ligne, nous ne tranchons pas ainsi, mais selon l'autre [propos] de Chmouel qui dit 'le fleuve est béni depuis son lit' — que soutient la baraïta disant 'Youbal est son nom'. Et même si les Sages divergent de lui et tiennent que 'Perat' est son nom, de toute façon ils l'appuient [en cela] de ce que dit Rabbi Meir, [à savoir] que ses eaux sont fécondes et se multiplient — car ils ne divergent pas de lui sur cette idée que 'le fleuve est béni depuis son lit', et ils peuvent tenir que son nom est Perat pour cette raison même ; mais on ne peut dire 'pourquoi son nom est-il appelé Perat' que selon Rabbi Meir, parce qu'il a un autre nom [Youbal], tandis que pour les Sages 'Youbal' [désigne] comme 'yivléi mayim' (ruisseaux d'eau, Is 30:25). Et dans Berechit Rabba aussi on explique comme Rabbi Meir, [où] il est dit : le 'Hidekel, [nommé ainsi] parce que ses eaux sont aiguës ('hadin) et légères (kalin) ; le Pishon, parce qu'il fait pousser le lin (pichtan) ; le Perat, parce que ses eaux sont fécondes et se multiplient. Et sans pluie, les fleuves et les sources augmentent, comme nous disons dans Roch Hachana (11b) : au [mois d']Iyar, parce que la constellation des Pléiades (Kima) monte le jour et que les sources augmentent ; et à 'Hechvan elles diminuent, du fait de l'absence de pluie, car il n'a pas plu de tout l'été. Et comme nous disons dans Pessa'him au chapitre 'Mi che-haya tame' (94b) : Tishréi, 'Hechvan et Kislev, le soleil chemine dans l'air pour dessécher les fleuves. Et à la fin de l'ordre des taaniot (Taanit 25b) aussi nous disons qu'il n'y a pas un tefa'h [d'eau] qui descende sans que deux tefa'him montent à sa rencontre par en bas ; et de même que la terre s'humidifie au double par en bas lorsque les pluies descendent, de même, quant à l'augmentation des fleuves, les eaux se multiplient et croissent par en bas lorsque la pluie descend d'en haut ; et nous disons aussi là-bas que l'abîme supérieur dit à l'abîme inférieur : fais jaillir tes eaux. Et si tu dis : s'il en est ainsi, d'où [savons-nous] que ce [propos] de Rav diverge de lui [de Chmouel], [Rav] disant '[quand] la pluie [tombe] à l'Ouest, etc.' — peut-être est-ce parce qu'alors le mikve est béni [par la pluie], comme je l'ai expliqué ? Et l'on peut dire : parce que, s'il était vrai qu'il tient que la manière ordinaire [du fleuve] est d'être béni depuis son lit, alors tous les fleuves aussi seraient parfois bénis [ainsi], et quel 'témoin' [serait] le fleuve Perat ? Ce ne serait pas un témoignage. Et Rabbenou Tam a objecté à Chmouel, qui dit 'l'eau ne purifie en courant que le Perat aux jours de Tishréi seulement' — et à Rav et au père de Chmouel [aussi] cela fait difficulté : ce que nous avons enseigné au traité Para (8:10), et que [la guemara] rapporte au début de Sanhédrin (5b) : les eaux de Karmion et les eaux de Piga sont impropres pour les eaux [de purification] du 'hatat, parce qu'[elles sont des] eaux de mélange — d'où il ressort que sans cela elles seraient propres, et [qu'on] ne les invalide pas [par crainte] que peut-être les [eaux] qui gouttent l'emportent sur celles qui coulent et qu'il y ait une majorité de pluie. Et l'on peut dire qu'ils tiennent que ces quatre fleuves 'montent' (midlin), car Erets Israël est plus haute que tous les pays, et il n'y reste pas d'eaux de pluie. Et il [Rabbenou Tam] a encore objecté à Rav, au père de Chmouel et à Chmouel qui disent 'l'eau ne purifie en courant que le Perat aux jours de Tishréi seulement' : par quoi purifie-t-on les metsoraïm, et par quoi consacre-t-on les eaux du 'hatat la veille de Pessa'h — car nous disons dans Pessa'him (90a) qu'il y a immersion pour le zav la veille de Pessa'h ? Et l'aspersion, comment se faisait-elle sur les hommes qui firent le second Pessa'h, et sur tous les impurs des morts du désert, [par] Michaël et Eltsafan — n'étaient-ils pas éloignés du Perat ? Toutefois, selon ce qu'il a expliqué — que ces quatre fleuves 'montent' — [la question] de l'immersion des zavim et des metsoraïm la veille de Pessa'h ne fait pas difficulté ; mais [celle] de la consécration des eaux du 'hatat fait difficulté, car [ces eaux de fleuves] sont impropres pour les eaux du 'hatat, et [le cas] de Michaël et Eltsafan [aussi]. Et il a répondu : peut-être les fleuves et les canaux 'qui montent' — les pluies ne s'y mélangent pas, car les eaux de pluie se mélangent et descendent dans les fleuves bas et sont emportées et s'en vont à la mer, mais ne se mélangent pas dans les mikvaot élevés ni dans les eaux ramassées, comme [c'est le cas] pour les fleuves qui sortent des grottes, où les eaux de pluie ne se mélangent ni ne se rassemblent. Sache[-le] : ce qu'on a enseigné au traité Para (8:11) — le puits d'A'hav et la grotte de Pamias sont propres — et à plus forte raison les fleuves et les sources, comme il est enseigné dans la clause finale : un puits dans lequel est tombée de l'argile ou de la terre, on attend jusqu'à ce qu'il s'éclaircisse, paroles de Rabbi Yichmael ; Rabbi Akiva dit : il n'est pas besoin d'attendre. Or 'le puits d'A'hav et la grotte de Pamias' [n']avait besoin d'être enseigné [que] parce qu'ils sont propres, du fait que le Jourdain descend de la grotte de Pamias et que le Jourdain est impropre parce qu'il contient des eaux de mélange — [cela] nous apprend que la grotte de Pamias n'est pas [faite d']eaux de mélange ; mais les fleuves sont propres de l'avis de tous. Et Rabbenou Tam a encore expliqué qu'on peut dire que 'le premier [ajout] s'annule au fur et à mesure' (kama kama batel), même selon Rav et le père de Chmouel ; mais ils sont stricts à cause de l'apparence (marit ha-ayin), à cause de la pluie. Et selon la dernière explication, tous ces [cas] du temps de Moché ne font pas difficulté, car [les Sages] n'avaient pas encore décrété [par crainte de l'apparence], et il paraît qu'[alors les eaux de pluie] s'annulent dans la majorité, puisque tous les fleuves sont reliés à la Grande Mer par plus qu'un 'mélange de mikvaot', et que le début des fleuves n'est pas en pente (katafres) — car c'est [ainsi qu']est leur mode de vie [naturel] — et ce n'est pas la pente qui les relie [à la mer], mais leur 'vie' [source vive] qui les relie ; tout cela, Rabbenou Tam l'a expliqué dans la réponse. Et ce raisonnement de 'le premier s'annule au fur et à mesure' ne convient pas selon ce qu'il a expliqué plus haut au chapitre 'Ha-loke'ah behema' (Bekhorot 22a, s.v. 'yativ') — que tout interdit qui s'annule 'se réveille de nouveau' lorsqu'il augmente de nouveau au point d'atteindre la mesure requise pour interdire ; toutefois convient [encore] ce raisonnement [selon lequel les fleuves] sont reliés à la Grande Mer — car nous disons au début de Makkot (4a) que celui qui s'y immerge, son immersion n'est pas valable [là, ils sont] présents tels quels ; mais ici les [eaux] qui gouttent ne sont pas reconnaissables ni identifiables, [n'étant] pas sans mélange du tout.
💡 Explication

La guemara relève une contradiction interne chez Chmouel. D'un côté il tient que 'le fleuve est béni depuis son lit' (source souterraine). De l'autre il enseigne que l'eau ne purifie 'en courant' que le Perat, et seulement à Tishréi — sous-entendu : le reste de l'année (et les autres fleuves), la crue vient de la pluie, qui ne purifie pas en courant. Or cela suppose que les fleuves grossissent bien de la pluie — à rebours de 'béni depuis son lit'.

9
מַתְנֵי׳ הַלּוֹקֵחַ, אוֹ שֶׁנִּיתַּן לוֹ בְּמַתָּנָה — פָּטוּר מִמַּעְשַׂר בְּהֵמָה.

MICHNA. Celui qui achète [une bête], ou à qui elle a été donnée en cadeau — est exempté du dîme des animaux (maaser behema).

💡 Explication

Nouvelle michna, sur le maaser behema (dîme des animaux). Seules les bêtes nées dans le troupeau du propriétaire y sont assujetties. Une bête achetée (ha-loke'ah) ou reçue en cadeau (matana) en est exemptée — elle n'appartient pas au 'ce qui naît chez toi'. La guemara en cherchera la source dans le verset.

🖼️ Schéma
Nouvelle mishna : quand une bête est-elle exemptée du dîme des animaux ? EXEMPTÉ du maaser behema bête ACHETÉE (ha-loke'ah) bête REÇUE EN CADEAU (matana) -> n'est pas 'née dans son troupeau' SOUMIS au dîme bête NÉE chez le propriétaire (dans son propre troupeau) -> passe 'sous le bâton' avec les siennes Source (guemara) : Ex 22:28-29 'le premier-né de tes fils tu [Me] donneras ; AINSI feras-tu de ton bœuf, de ton troupeau' le bétail est mis en parallèle avec le premier-né de l'homme (bekhor) Comme le bekhor ne vaut que pour ce qui naît chez toi, le dîme des animaux exclut l'achat et le don
La bête achetée ou reçue en cadeau est exemptée du dîme des animaux.
10
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב כָּהֲנָא: דְּאָמַר קְרָא ״בְּכוֹר בָּנֶיךָ תִּתֶּן לִּי כֵּן תַּעֲשֶׂה לְשֹׁרְךָ לְצֹאנֶךָ״,

GUEMARA. D'où [viennent] ces choses (mena hanei mile) ?

Rav Kahana dit : car le verset dit 'le premier-né de tes fils tu [Me] donneras ; ainsi feras-tu de ton bœuf, de ton [petit] bétail' (Ex 22:28-29),

💡 Explication

La guemara demande la source de l'exemption. Rav Kahana : le verset (Ex 22:28-29) accole le bétail ('ainsi feras-tu de ton bœuf, de ton petit bétail') au premier-né de l'homme ('le premier-né de tes fils tu [Me] donneras'). Ce parallèle (hekesh) enseigne que le dîme des animaux, comme le bekhor, ne s'applique qu'à ce qui naît chez le propriétaire — d'où l'exemption de l'achat et du don. La suite (sur 56a) développera l'analogie.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).