Sougya : Le daf poursuit la controverse sur le maaser behema (dîme du bétail). R.
Yo'hanan tient 'ein berera' (pas de rétro-désignation) : des frères qui partagent un héritage sont des 'acheteurs' l'un de l'autre (donc restitution au Yovel), et le bétail issu d'un tel partage est exempt du dîme, car il n'est pas 'clair à toi' comme le premier-né. On objecte de la baraita des associés (10 agneaux contre 9 agneaux + 1 chien) : si yech berera, on pourrait isoler l'agneau échangé du chien — Rav Achi répond que les valeurs sont inégales, le 'prix du chien' se diffusant dans tous.
La michna énumère ensuite les exclus de l'enclos (kilayim, terefa, yotze dofen, mehousar zeman, orphelin) et la baraita 'hakol' les inclus (rova, nirba, mouktse, neevad, etnan, mehir, toumtoum, androginos) : bien qu'invalides à l'autel, la Torah les inclut dans le dîme, car un défaut (moum) n'y invalide pas — et par le hekech de la 'corruption' (hashchata = erva + avoda zara) au défaut, erva et idolâtrie n'invalident pas non plus.
Et R. Yo'hanan suit ici sa ligne [de raisonnement], car Rav Assi a dit au nom de R.
Yo'hanan : des frères qui ont partagé [un héritage immobilier] sont [considérés comme] des acheteurs (leqouhot), et ils se restituent [leurs parts] l'un à l'autre au Yovel (jubilé).
R. Yo'hanan est constant : il tient ein berera (il n'y a pas de rétro-désignation). Des frères qui partagent un héritage ne reçoivent pas rétroactivement la part qui leur était destinée au décès du père ; ils sont considérés comme des acheteurs l'un de l'autre. D'où la conséquence : la 'vente' étant sujette au jubilé, ils se restituent leurs parts au Yovel.
Et [les deux enseignements] sont nécessaires : car s'il ne nous avait enseigné que ceci [le bétail], on aurait pu dire que c'est dans ce cas que R. Yo'hanan dit [qu'il n'y a pas berera], à la manière de 'ton fils' : de même que 'ton fils' [premier-né, pour la mitsva] doit t'être clair (barour lekha), de même 'ton bœuf et ton petit bétail' doivent t'être clairs ; mais un champ, c'est [seulement] pour ce qui est vendu que le Miséricordieux a dit qu'il retourne au Yovel — un héritage ou un don, non !
Pourquoi faut-il les deux enseignements ? Si R. Yo'hanan n'avait parlé que du bétail, on aurait limité 'ein berera' à ce cas : le maaser behema est rattaché par un hekech (analogie scripturaire) à 'ton fils' premier-né (Ex 22:28-29), or celui-ci doit t'être 'clair à toi' (né dans ta possession, non acheté). Mais pour le champ, on aurait pu penser que seul un champ vendu retourne au Yovel — pas un héritage ni un don.
Et s'il ne nous avait enseigné que le champ, [on aurait dit qu'il tranche ainsi] par rigueur (le-houmra), ou bien parce que [le champ doit revenir] à son état initial ; mais ici [le bétail], dis [que] non — [donc] c'est nécessaire.
Inversement, si R. Yo'hanan n'avait tranché que pour le champ (restitution au Yovel), on aurait pu dire : soit il agit par rigueur (dans le doute), soit c'est propre au Yovel, où l'on exige que la terre retourne à son état initial (indivis). Mais pour le maaser, où nul retour à l'origine n'est requis, on aurait pu croire les frères non-acheteurs, donc obligés. Les deux cas sont donc nécessaires.
On objecte : de même, des associés qui ont partagé, l'un a pris dix [agneaux] et l'autre a pris neuf [agneaux] et un chien — [les dix] qui font face au chien sont interdits [à l'autel], [tandis que] ceux qui sont avec le chien sont permis. Or si tu dis 'yech berera' (il y a rétro-désignation), qu'il en désigne un d'entre eux face au chien et le prenne, et que les autres soient permis !
Objection contre 'ein berera' (à partir d'une baraita de Temoura). Deux associés partagent un troupeau : A prend dix agneaux (en échange du chien de B), B prend neuf agneaux + le chien. Les dix agneaux de A sont tous interdits à l'autel comme 'prix d'un chien' (mehir kelev, cf. Dt 23:19), car l'un d'eux fut l'échange du chien mais on ignore lequel. Or si yech berera, pourquoi les dix ? Qu'on désigne un seul agneau comme l'échange du chien et qu'on le retire — les neuf autres seraient permis !
Rav Achi dit : si tous ont la même valeur, en effet [ce serait permis, un seul suffirait]. [Mais] ici, de quoi traite-t-on ?
De ce qu'ils n'ont pas tous la même valeur : ce chien vaut un [agneau] et un petit surplus (mashehou), et ce petit surplus se prolonge et se diffuse dans tous [les agneaux].
Réponse de Rav Achi : la baraita traite d'un cas où les agneaux n'ont pas tous la même valeur. Le chien vaut un agneau plus un petit surplus (mashehou). Ce surplus ne correspondant à aucun agneau isolé, il se répartit sur les dix : le 'prix du chien' est diffus dans chacun, donc aucun n'est isolable et tous restent interdits. (Si les valeurs étaient égales, un seul agneau équivaudrait au chien et pourrait être isolé.)
MICHNA. Tous [les animaux] entrent dans l'enclos (dir) pour être dîmes, sauf le kilayim (hybride), la terefa (bête condamnée), le yotze dofen (né par césarienne), le mehousar zeman (dont le temps n'est pas accompli), et l'orphelin (yatom).
Et qu'est-ce qu'un orphelin ? Tout [petit] dont la mère est morte [pendant la mise bas], ou qui fut égorgée, puis [le petit] naquit ensuite.
R. Yehochoua dit : même si sa mère fut égorgée mais que la peau (chelah) subsiste [encore], ce n'est pas un orphelin.
La michna. Règle générale : tout animal entre dans l'enclos (dir) pour le dîme, sauf cinq exclus — le kilayim (hybride, ex. bouc x brebis), la terefa (bête atteinte d'un défaut mortel), le yotze dofen (né par césarienne), le mehousar zeman (moins de huit jours, avant l'âge requis pour l'autel), et l'orphelin. L'orphelin : la mère est morte ou fut égorgée pendant la mise bas, et le petit achevé de naître après. R. Yehochoua nuance : si la peau de la mère subsiste encore au moment de la naissance, ce n'est pas un orphelin.
GUEMARA. D'où [tient-on] ces choses ?
De ce que les Sages ont enseigné : 'un bœuf ou un mouton' (chor o kesev) — exclut le kilayim ; 'ou une chèvre' (o ez) — exclut le nidmeh ; 'lorsqu'il naîtra' (ki yivaled) — exclut le yotze dofen ; 'et il sera sept jours' (ve-haya chivat yamim) — exclut le mehousar zeman ; 'sous sa mère' (tahat imo) — exclut l'orphelin.
La guemara ancre chaque exclusion dans le verset Lv 22:27 (qui traite de tous les sacrifices). Chaque terme du verset écarte une catégorie : 'un bœuf ou un mouton' exclut le kilayim ; 'ou une chèvre' exclut le nidmeh (une brebis dont le petit ressemble à une chèvre, ou l'inverse) ; 'lorsqu'il naîtra' exclut le yotze dofen ; 'sept jours' exclut le mehousar zeman ; 'sous sa mère' exclut l'orphelin.
R. Yichmael, fils de R.
Yo'hanan ben Beroka, dit : il est dit ici (au maaser) 'sous le bâton' (tahat ha-chevet), et il est dit là-bas (aux consacrés) 'sous sa mère' (tahat imo). De même que là-bas [le mot] exclut tous ces cas, de même ici il exclut tous ces cas.
Et de même qu'ici [le maaser] exclut la terefa, de même là-bas [les consacrés] exclut la terefa.
R. Yichmael b. R. Yo'hanan b. Beroka établit un hekech (analogie verbale, gezera chava) entre le mot 'tahat' du maaser ('tout ce qui passe sous le bâton', Lv 27:32) et le 'tahat' des consacrés ('sous sa mère', Lv 22:27). Double transfert : les cinq exclusions des consacrés passent au maaser ; et réciproquement la terefa (exclue du maaser, car elle 'ne passe pas' sous le bâton) passe aux consacrés.
'Tous' (hakol) — qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure ce que les Sages ont enseigné : le rova (l'animal qui a copulé avec un humain), le nirba (celui sur lequel on a copulé), le mouktse (mis à part pour l'idolâtrie), le neevad (adoré), l'etnan (salaire de prostituée), le mehir (prix d'un chien), le toumtoum et l'androginos — tous entrent dans l'enclos pour être dîmes.
R. Chimon ben Yehouda dit au nom de R.
Chimon : le toumtoum et l'androginos n'entrent pas dans l'enclos pour être dîmes.
Que vient inclure le mot 'tous' (hakol) de la michna ? Une baraita : bien qu'invalidés à l'autel, ces animaux entrent quand même dans l'enclos du dîme — le rova et le nirba (bestialité), le mouktse (réservé à l'idolâtrie) et le neevad (adoré), l'etnan (donné comme salaire à une prostituée) et le mehir (prix d'un chien), le toumtoum (organes indéterminés) et l'androginos (des deux sexes). R. Chimon exclut cependant le toumtoum et l'androginos.
Mais notre tana [de la michna], s'il apprend [le hekech] 'tahat'/'tahat' des consacrés — ceux-ci [rova, etc.] non plus [ne devraient pas entrer, étant invalidés à l'autel] ! Et s'il ne l'apprend pas — ceux-là [les cas de la michna : mehousar zeman, orphelin], d'où les tient-il ?
Difficulté sur le tana de la michna (qui, par 'hakol', inclut rova, neevad, etc.). Dilemme : s'il apprend le hekech 'tahat'/'tahat' des consacrés, alors le rova, le neevad et les autres — tous invalidés à l'autel — ne devraient pas non plus entrer dans le dîme. Mais s'il ne l'apprend pas, d'où tire-t-il les exclusions de la michna (mehousar zeman, orphelin), qui ne découlent que de ce hekech ?
En vérité il [l']apprend, et ceux-là, le Miséricordieux les a inclus, car il est écrit : 'car leur corruption est en eux, un défaut est en eux, ils ne seront pas agréés pour vous' (Lv 22:25). Et l'école de R.
Yichmael a enseigné : partout où est mentionnée [la] 'corruption' (hashchata), il ne s'agit que de dvar erva (débauche) et d'avoda zara (idolâtrie).
Réponse : le tana apprend bien le hekech (d'où les exclusions de la michna), et par ailleurs la Torah a explicitement inclus rova, neevad, etc. dans le dîme. Le verset Lv 22:25 compare la 'corruption' (hashchata) au 'défaut' (moum). Or l'école de R. Yichmael enseigne : le terme 'corruption' vise toujours la débauche (erva) et l'idolâtrie (avoda zara).
Dvar erva (débauche) — car il est écrit : 'car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre' (Gn 6:12) ; avoda zara (idolâtrie) — car il est écrit : 'de peur que vous ne [vous] corrompiez et ne vous fassiez une idole, l'image de quelque figure, la forme d'un mâle ou d'une femelle' (Dt 4:16).
La baraita étaie les deux sens de 'corruption' : la débauche, d'après 'toute chair avait corrompu sa voie' (Gn 6:12, la génération du déluge) ; et l'idolâtrie, d'après 'de peur que vous ne vous corrompiez et ne vous fassiez une idole' (Dt 4:16).
Et [en] tout [ce] où le défaut invalide — la débauche et l'idolâtrie [y] invalident ; et [en] tout [ce] où le défaut n'invalide pas — la débauche et l'idolâtrie [n'y] invalident pas. Or ce maaser, puisqu'un défaut ne l'invalide pas — car il est écrit : 'il ne distinguera pas entre bon et mauvais et ne l'échangera pas' (Lv 27:33) — la débauche et l'idolâtrie ne l'invalident pas non plus.
La clé logique tirée de la comparaison 'corruption'/'défaut' (Lv 22:25) : là où un défaut (moum) invalide, erva et avoda zara invalident aussi ; là où un défaut n'invalide pas, erva et avoda zara n'invalident pas non plus. Or au maaser, un défaut n'invalide pas — le verset 'il ne distinguera pas entre bon et mauvais' (Lv 27:33) montre qu'on dîme même une bête avec défaut. Donc erva et avoda zara ne l'invalident pas non plus : rova, néévad, etnân... entrent dans l'enclos.
Le rova et le nirba — [c'est] dvar erva (débauche) ; le mouktse et le néévad — [c'est] avoda zara (idolâtrie) ; et l'etnân — [c'est] dvar erva ; et le méhir est rattaché (houkach) à l'etnân.
Application : chaque catégorie de la baraita relève de l'une des deux 'corruptions'. Le rova et le nirba (bestialité) relèvent de la débauche ; le mouktse et le néévad de l'idolâtrie ; l'etnân (salaire de prostituée) de la débauche ; et le méhir (prix d'un chien) est rattaché à l'etnân (Dt 23:19 les mentionne ensemble). Toutes ces catégories, relevant de 'corruption' et non de 'défaut', n'invalident donc pas au maaser.
Le toumtoum et l'androginos — il [le tana anonyme] tient : c'est un doute (safek).
Pourquoi le tana anonyme inclut-il le toumtoum (organes indéterminés) et l'androginos (des deux sexes) dans le dîme ? Il tient que c'est un doute (safek) sur le sexe — mâle ou femelle — et non une créature à part. Dès lors, de toute façon (mimah nafchakh) l'animal est dîmable.
'R. Chimon ben Yehouda dit [au nom de R.
Chimon]'. Il tient que c'est un doute (safek), [mais] le Miséricordieux a exclu, à propos des consacrés, [en exigeant] un mâle certain ou une femelle certaine — et non le toumtoum et l'androginos.
Le maaser aussi, il [l']apprend [par] 'tahat'/'tahat' des consacrés [donc les exclut].
Position de R. Chimon ben Yehouda au nom de R. Chimon (qui exclut toumtoum et androginos du dîme). Lui aussi tient que c'est un doute (safek), mais la Torah, pour les consacrés, exige un mâle certain ou une femelle certaine — donc exclut le toumtoum et l'androginos. Et comme le maaser s'apprend par le hekech 'tahat'/'tahat' des consacrés, ils en sont pareillement exclus.
Les Sages ont enseigné : tous entrent dans l'enclos pour être dîmes, sauf le kilayim et la terefa — paroles de R. Elazar, fils de R.
Yehouda, homme du village de Bartota, qui parlait au nom de R. Yehochoua.
R. Akiva dit : moi j'ai entendu de lui [R.
Yehochoua] aussi le yotzé dofen, le mehousar zeman et l'orphelin.
Une baraita [présente une divergence sur l'étendue des exclusions]. Selon R. Elazar b. R. Yehouda de Bartota au nom de R. Yehochoua, seuls le kilayim et la terefa sont exclus. R. Akiva témoigne avoir entendu de R. Yehochoua trois exclusions supplémentaires : le yotzé dofen, le mehousar zeman et l'orphelin.
Et le tana kama [premier tana de la baraita], s'il apprend [le hekech] 'tahat'/'tahat' des consacrés — ceux-là [yotzé dofen, mehousar zeman, orphelin] non plus [ne devraient entrer] ! Et s'il ne l'apprend pas : soit, la terefa — il est écrit 'tout ce qui passe sous le bâton' (Lv 27:32), à l'exclusion de la terefa qui ne passe pas ; mais le kilayim, d'où le tient-il ?
Même dilemme applique au tana kama de la baraita (qui n'exclut que kilayim et terefa). S'il apprend le hekech 'tahat'/'tahat', alors yotzé dofen, mehousar zeman et orphelin devraient aussi être exclus (comme le dit R. Akiva). S'il ne l'apprend pas : passé encore pour la terefa, exclue par 'tout ce qui passe sous le bâton' (Lv 27:32) — la terefa 'ne passant pas'. Mais le kilayim, d'où le tient-il, puisque son exclusion vient justement du hekech ?
En vérité il [l']apprend, et pour le yotzé dofen — [la suite sur 57b].
Amorce de la réponse : le tana kama apprend bien le hekech 'tahat'/'tahat' (d'où l'exclusion du kilayim et de la terefa). Reste à expliquer le cas du yotzé dofen — la discussion se poursuit sur 57b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).