Sougya : Le daf achève d'abord d'expliquer la baraita du maaser behema : selon quels Tannaim un animal né par la paroi (yotzé dofen), un animal encore dans ses sept premiers jours (mehoussar zeman) et un orphelin (dont la peau de la mère subsiste) entrent-ils au parc pour être dîmes. Vient ensuite une série de témoignages de Rabbi Yishmael ben Satriel devant Rabbi : on écorche la mère morte et l'on en revêt le petit vivant (ce qui dévoile la raison de la michna) ; puis trois hyperboles aggadiques (la laitue à 600 000 feuilles, le cèdre large de seize chariots, l'œuf du bar yokhani qui noya soixante villes) — accompagnées de longues gloses du Ben Ich Haï qui y lisent des secrets.
La michna ouvre alors un nouveau sujet : les trois "granot" (péros de Pessa'h, de Chavouot, de Souccot) fixées pour rassembler et dîmer les bêtes nées dans l'année, avec les dates divergentes de R. Akiva, Ben Azzai, R.
Elazar et R. Chimon, et R.
Meir. La guemara commence à expliquer pourquoi trois termes (naissances précoces, tardives, estivales).
Il tient comme Rabbi Chimon, qui dit : celui qui naît par la paroi (yotzé dofen, césarienne) est un nouveau-né à part entière (velad me'alia) ; et [ce Tanna tient] non pas comme Rabbi Yo'hanan.
Fin de l'explication de la baraita. Ce Tanna, qui fait entrer l'animal né par la paroi (yotzé dofen) au parc pour le maaser, suit Rabbi Chimon : un tel animal est un vrai nouveau-né, donc apte à être dîme. Il ne suit pas Rabbi Yo'hanan, pour qui R. Chimon lui-même concède que, s'agissant des offrandes (kodachim), l'animal né par la paroi n'est pas sanctifié.
Pour l'animal dont le temps n'est pas encore venu (mehoussar zeman, avant le huitième jour), il tient comme Rabbi Chimon ben Yehouda. [Quant à] l'orphelin (yatom) — [il s'agit] par exemple du cas où la peau [de la mère] subsiste (che-ha-chelah kayam) ; et Rabbi Yehochoua suit sa ligne, lui qui dit : même si l'on a égorgé sa mère mais que la peau subsiste, celui-ci n'est pas un orphelin.
Deux autres cas de la baraita. Pour l'animal mehoussar zeman (encore dans ses sept premiers jours, inapte à l'offrande), ce Tanna suit R. Chimon ben Yehouda : il entre néanmoins au parc pour être dîme. Pour l'orphelin (dont la mère est morte en couches), la baraita vise le cas où la peau (chelah) de la mère subsiste : selon R. Yehochoua, tant que la peau est là, le petit n'est pas considéré comme orphelin — car cette peau lui sert de substitut à la mère.
Rabbi Yishmael ben Satriel, d'Arkat Levana, témoigna devant Rabbi : dans notre localité, on écorche la [mère] morte et l'on en revêt le [petit] vivant. Rabbi dit : la raison de notre michna s'est dévoilée.
Témoignage qui éclaire le cas précédent. Rabbi Yishmael ben Satriel rapporte que, dans sa région, quand une bête meurt en couches, on écorche la mère morte et l'on en revêt le petit vivant (pour le protéger et le maintenir en vie). Rabbi conclut : cela dévoile la raison de l'enseignement de R. Yehochoua — tant que la peau de la mère subsiste et sert au petit, c'est comme si la mère était encore là, et le petit n'est pas un orphelin.
Les laitues (hazarim) de notre localité ont soixante myriades d'écorces (kelafim) dans leur feuillet (beit ha-massass) ; une fois, un cèdre tomba dans notre localité, et seize chariots passèrent sur son côté (hodo), l'un à côté de l'autre.
Suite des témoignages hyperboliques de R. Yishmael ben Satriel. Il rapporte deux prodiges de sa région : la laitue y a 600 000 feuilles serrées en son cœur (beit ha-massass, litt. le 'feuillet', comparaison avec l'omasum de la bête) ; et un cèdre abattu était si large que seize chariots ont pu passer côté à côté sur son tronc (hodo = son côté, sa largeur). Le Ben Ich Haï y lit des allusions kabbalistiques (voir la glose du segment précédent et suivante).
Une fois, un œuf du [oiseau] bar yokhani tomba, et il noya soixante villes et brisa trois cents cèdres. Et [l'oiseau] le jette-t-il donc [son œuf] ?
Mais il est écrit : 'l'aile [de l'oiseau] renanim se réjouit (kenaf renanim ne'elasa)' (Job 39:13) ! Rav Achi dit : cet [œuf]-là était [un œuf] gâté (mouzarta, non fécondé).
Troisième prodige : un œuf du bar yokhani (oiseau géant) tomba et son contenu noya soixante villes et brisa trois cents cèdres. La guemara objecte : cet oiseau jette-t-il vraiment ses œufs ? Le verset 'kenaf renanim ne'elasa' (Job 39:13-14), lu en notariqon (nose, olé, ve-nithata = il porte, il élève, il fait descendre doucement), enseigne que cet oiseau dépose son œuf avec soin, sans le laisser tomber. Rav Achi répond : c'était un œuf gâté (mouzarta), non fécondé et donc voué à ne jamais éclore — c'est pourquoi l'oiseau l'a jeté.
MICHNA. Il y a trois aires (granot) pour le maaser behema : au peros du Pessa'h (à l'approche de Pessa'h), au peros de Atseret (à l'approche de Chavouot) et au peros du Hag (à l'approche de Souccot) ; et ce sont [là] les aires du maaser behema — paroles de Rabbi Akiva.
Nouvelle michna, nouveau sujet : les trois 'granot' (litt. aires de battage, ici les termes fixés) du maaser behema. À trois moments de l'année — peros du Pessa'h, peros de Atseret (Chavouot), peros du Hag (Souccot) — on rassemble les bêtes nées dans l'intervalle pour les dîmer. 'Peros' (que la guemara plus loin fixe à quinze jours) désigne la demi-période (peroussa = moitié) de trente jours pendant laquelle on étudie les lois de la fête avant celle-ci. Passé ce terme, il est interdit (de-rabbanan) d'en manger sans dîmer ; avant, c'est permis, car dîmer ses bêtes n'est qu'une mitsva et non une obligation stricte. Position de Rabbi Akiva.
Ben Azzai dit : le 29 Adar, le 1er Sivan, le 29 Av. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : le 1er Nissan, le 1er Sivan, le 29 Eloul.
Et pourquoi ont-ils dit le 29 Eloul et non le 1er Tichri ? Parce que c'est un jour de fête, et qu'il est impossible de dîmer un jour de fête — c'est pourquoi ils l'ont avancé au 29 Eloul.
Les dates précises selon les autres Tannaim (voir le tableau de synthèse). Ben Azzai : 29 Adar, 1er Sivan, 29 Av. R. Elazar et R. Chimon : 1er Nissan, 1er Sivan, 29 Eloul. Pourquoi le 29 Eloul plutôt que le 1er Tichri (qui serait le vrai parallèle) ? Parce que le 1er Tichri est Roch Hachana, un yom tov, et l'on ne peut pas dîmer un jour de fête : il faut en effet marquer le dixième animal au minium (sikra), ce qui revient à teindre — travail interdit la fête. On avance donc le terme d'un jour.
Rabbi Meir dit : le 1er Eloul [est] le Roch Hachana (le nouvel an) pour le maaser behema. Ben Azzai dit : les [bêtes nées en] Eloul (ha-eloulim) se dîment à part.
R. Meir fixe le nouvel an du maaser behema au 1er Eloul : les bêtes nées avant cette date n'entrent pas au parc avec celles nées après (règle de l'ancien et du nouveau, hadach ve-yachan — on ne dîme pas ensemble deux 'années'). Ben Azzai tient que les bêtes nées en Eloul se dîment séparément, ni avec celles nées en Av ni avec celles de Tichri, car il doute si la halakha suit R. Meir (nouvel an le 1er Eloul) ou R. Chimon (nouvel an le 1er Tichri) : par prudence, il les isole.
Toutes [les bêtes] nées du 1er Tichri au 29 Eloul — celles-ci se joignent [pour être dîmées ensemble]. Cinq avant Roch Hachana et cinq après Roch Hachana — elles ne se joignent pas.
Cinq avant l'aire (goren) et cinq après l'aire — celles-ci se joignent. S'il en est ainsi, pourquoi a-t-on énoncé trois aires pour le maaser behema ?
[Pour enseigner que,] tant que l'aire n'est pas arrivée, il est permis de vendre et d'égorger [sans dîmer] ; [une fois que] l'aire est arrivée, on n'égorge pas [avant de dîmer] ; et si l'on a [néanmoins] égorgé, on est quitte (patour).
Suite de la michna (selon R. Elazar et R. Chimon, pour qui le nouvel an est le 1er Tichri). Toutes les bêtes nées du 1er Tichri au 29 Eloul se combinent pour le maaser. Mais cinq nées avant Roch Hachana et cinq après ne se combinent pas (deux années distinctes). En revanche, cinq avant et cinq après une 'aire' (goren) se combinent — car le passage d'un terme, à l'intérieur d'une même année, n'interrompt pas la combinaison. Alors à quoi servent les trois aires ? À fixer le seuil de l'interdiction : avant le terme, on peut vendre et égorger sans dîmer ; passé le terme, on n'égorge pas avant d'avoir dîme — mais si on l'a fait, on est quitte (a posteriori, be-di'avad, ce n'est pas invalide).
GUEMARA. En quoi trois [aires] diffèrent-elles [c'est-à-dire pourquoi trois] ?
Rabba bar Chila dit : en regard [des bêtes] précoces (horfei), tardives (aflei) et estivales (kaytei).
La guemara demande pourquoi la michna fixe précisément trois termes. Rabba bar Chila répond : ils correspondent aux trois vagues de naissances de l'année — les bêtes précoces (horfei, qui mettent bas avant Pessa'h), tardives (aflei, entre Pessa'h et Chavouot) et estivales (kaytei, entre Chavouot et Souccot). Un terme pour chaque vague.
Et en quoi ces termes-là diffèrent-ils [c'est-à-dire pourquoi ceux-ci précisément] ? Rabbi Tanhoum, fils de Rav Hiya, homme du village de Akko, dit : [...suite sur 58a].
Seconde question de la guemara : pourquoi avoir choisi ces termes-là (à l'approche de Pessa'h, de Chavouot, de Souccot) plutôt que d'autres ? La réponse de Rabbi Tanhoum, fils de Rav Hiya, de Kfar Akko, commence ici et se poursuit sur le folio 58a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).