Bekhorot 57b — fin de la sougya du maaser behema (yotzé dofen, mehoussar zeman, orphelin), témoignages aggadiques de R. Yishmael ben Satriel, et la michna des trois "granot" (aires) du maaser behema

Bekhorot 57b

Sougya : Le daf achève d'abord d'expliquer la baraita du maaser behema : selon quels Tannaim un animal né par la paroi (yotzé dofen), un animal encore dans ses sept premiers jours (mehoussar zeman) et un orphelin (dont la peau de la mère subsiste) entrent-ils au parc pour être dîmes. Vient ensuite une série de témoignages de Rabbi Yishmael ben Satriel devant Rabbi : on écorche la mère morte et l'on en revêt le petit vivant (ce qui dévoile la raison de la michna) ; puis trois hyperboles aggadiques (la laitue à 600 000 feuilles, le cèdre large de seize chariots, l'œuf du bar yokhani qui noya soixante villes) — accompagnées de longues gloses du Ben Ich Haï qui y lisent des secrets.

La michna ouvre alors un nouveau sujet : les trois "granot" (péros de Pessa'h, de Chavouot, de Souccot) fixées pour rassembler et dîmer les bêtes nées dans l'année, avec les dates divergentes de R. Akiva, Ben Azzai, R.

Elazar et R. Chimon, et R.

Meir. La guemara commence à expliquer pourquoi trois termes (naissances précoces, tardives, estivales).

Trois cas où l'animal entre-t-il au parc pour le maaser ? (fin de la sougya) Yotzé dofen (né par la paroi / césarienne) Comme R. Chimon : c'est un vrai nouveau-né -> entre au parc Contre R. Yo'hanan : R. Chimon concède que, pour les kodachim, il n'est pas saint Méhoussar zeman (dans ses 7 premiers jours) Comme R. Chimon ben Yehouda : il entre au parc pour être dîme Yatom (orphelin) (mère morte à la naissance) R. Yehochoua : si la PEAU (chelah) de la mère subsiste, ce n'est pas un orphelin même si on l'a égorgée : on en revêt le petit (témoignage de R. Yishmael)
Yotzé dofen, mehoussar zeman et orphelin : les positions qui les font entrer au parc du maaser (segments 0-2).
Les trois "granot" (aires) du maaser behema selon les Tannaim Période R. Akiva Ben Azzai R. Elazar / R. Chimon 1er terme (veille de Pessa'h) péros du Pessa'h 29 Adar 1er Nissan 2e terme (veille de Chavouot) péros de Atseret 1er Sivan 1er Sivan 3e terme (veille de Souccot) péros du Hag 29 Av 29 Eloul Pourquoi le 29 Eloul et non le 1er Tichri ? Le 1er Tichri est Roch Hachana (yom tov) ; or on ne peut pas dîmer un jour de fête (il faut marquer le dixième au minium / sikra, ce qui revient à teindre) : on l'avance donc au 29 Eloul.
Les trois aires (granot) du maaser behema selon R. Akiva, Ben Azzai, R. Elazar et R. Chimon (segments 5-6).
Quel est le Roch Hachana du maaser behema ? (nafka mina : ancien / nouveau) R. Meir 1er Eloul Les nés avant cette date ne se joignent pas aux suivants (ancien vs nouveau) R. Elazar / R. Chimon 1er Tichri Tous les nés du 1er Tichri au 29 Eloul se joignent ensemble Ben Azzai Les nés d'Eloul se dîment à part (ni avec Av, ni Tichri) car il doute : R. Meir ou R. Chimon ? -> par prudence Règle du "goren" (mishna) : avant le terme : permis de vendre et d'égorger sans dîmer ; passé le terme : on n'égorge pas — mais si on l'a fait, on est quitte.
Le Roch Hachana du maaser behema et la règle du goren (segments 7-8).
1
סָבַר לָהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר: יוֹצֵא דֹּופֶן — וָלָד מְעַלְּיָא הוּא, וּדְלֹא כְּרַבִּי יוֹחָנָן.

Il tient comme Rabbi Chimon, qui dit : celui qui naît par la paroi (yotzé dofen, césarienne) est un nouveau-né à part entière (velad me'alia) ; et [ce Tanna tient] non pas comme Rabbi Yo'hanan.

📜 Rachi (2)
וָלָד מְעַלְּיָא הוּא בְּמַסֶּכֶת נִדָּה בְּפֶרֶק יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מ.) קא"ר שִׁמְעוֹן דַּהֲרֵי זֶה כְּיָלוּד וְאִמּוֹ טְמֵאָה לֵידָה וְרֵישׁ לָקִישׁ מְפָרֵשׁ טַעְמָא בַּגְּמָרָא תֵּלֵד לְרַבּוֹת יוֹצֵא דֹּופֶן וְהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן כִּי יִוָּלֵד לְרַבּוֹת יוֹצֵא דֹּופֶן:
C'est un nouveau-né à part entière (velad me'alia) — au traité Nidda, au chapitre 'Yotzé dofen' (Nidda 40a), Rabbi Chimon dit qu'il est comme [tout] nouveau-né et que sa mère est impure par l'enfantement ; et Rech Lakich en explique la raison dans la guemara : '[et si] elle enfante (teled)' vient inclure le né par la paroi ; et de même nous disons ici '[lorsqu'] il naîtra (ki yivaled)' vient inclure le né par la paroi.
וּדְלֹא כַּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר הָתָם בְּהַהוּא פִּירְקָא דְּמוֹדֶה ר"ש לְעִנְייַן קָדָשִׁים שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ דְּגָמַר לֵידָה לֵידָה מִבְּכוֹר דְּבָעֵי רֶחֶם:
Et non pas comme Rabbi Yo'hanan — qui dit là-bas, dans ce même chapitre, que Rabbi Chimon concède, s'agissant des choses saintes (kodachim), qu'il n'est pas sanctifié ; car il tire [une gezera chava] 'enfantement'-'enfantement' du premier-né (bekhor), qui, [lui,] requiert la matrice (rehem).
💡 Explication

Fin de l'explication de la baraita. Ce Tanna, qui fait entrer l'animal né par la paroi (yotzé dofen) au parc pour le maaser, suit Rabbi Chimon : un tel animal est un vrai nouveau-né, donc apte à être dîme. Il ne suit pas Rabbi Yo'hanan, pour qui R. Chimon lui-même concède que, s'agissant des offrandes (kodachim), l'animal né par la paroi n'est pas sanctifié.

🖼️ Schéma
Trois cas où l'animal entre-t-il au parc pour le maaser ? (fin de la sougya) Yotzé dofen (né par la paroi / césarienne) Comme R. Chimon : c'est un vrai nouveau-né -> entre au parc Contre R. Yo'hanan : R. Chimon concède que, pour les kodachim, il n'est pas saint Méhoussar zeman (dans ses 7 premiers jours) Comme R. Chimon ben Yehouda : il entre au parc pour être dîme Yatom (orphelin) (mère morte à la naissance) R. Yehochoua : si la PEAU (chelah) de la mère subsiste, ce n'est pas un orphelin même si on l'a égorgée : on en revêt le petit (témoignage de R. Yishmael)
Yotzé dofen : vrai nouveau-né selon R. Chimon, mais non sanctifié pour les kodachim selon R. Yo'hanan.
2
בִּמְחֻוסַּר זְמַן סָבַר לַהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה, יָתוֹם — כְּגוֹן שֶׁהַשֶּׁלַח קַיָּים, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: אֲפִילּוּ שָׁחַט אֶת אִמּוֹ וְהַשֶּׁלַח קַיָּים — אֵין זֶה יָתוֹם.

Pour l'animal dont le temps n'est pas encore venu (mehoussar zeman, avant le huitième jour), il tient comme Rabbi Chimon ben Yehouda. [Quant à] l'orphelin (yatom) — [il s'agit] par exemple du cas où la peau [de la mère] subsiste (che-ha-chelah kayam) ; et Rabbi Yehochoua suit sa ligne, lui qui dit : même si l'on a égorgé sa mère mais que la peau subsiste, celui-ci n'est pas un orphelin.

📜 Rachi (2)
כְּר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר דְּנִכְנָס לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר וְכִדְפָרְשִׁינַן לְמִילְּתֵיהּ לְעֵיל בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים (בְּכוֹרוֹת דַּף כא:):
Comme Rabbi Chimon [ben Yehouda] — qui dit qu'il entre au parc pour être dîme, ainsi que nous l'avons expliqué à son sujet plus haut, au chapitre 'Celui qui achète une bête d'un idolâtre' (Bekhorot 21b).
וְהַשֶּׁלַח וְהָעוֹר קַייָּם כְּשֶׁיָּצָא הַוָּלָד לַחוּץ:
Et la peau (ve-ha-chelah) — [c'est-à-dire] que la peau subsiste lorsque le petit est sorti au-dehors.
💡 Explication

Deux autres cas de la baraita. Pour l'animal mehoussar zeman (encore dans ses sept premiers jours, inapte à l'offrande), ce Tanna suit R. Chimon ben Yehouda : il entre néanmoins au parc pour être dîme. Pour l'orphelin (dont la mère est morte en couches), la baraita vise le cas où la peau (chelah) de la mère subsiste : selon R. Yehochoua, tant que la peau est là, le petit n'est pas considéré comme orphelin — car cette peau lui sert de substitut à la mère.

3
הֵעִיד רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן סַתְרִיאֵל מֵעַרְקַת לִבְנָה לִפְנֵי רַבִּי: בִּמְקוֹמֵנוּ מַפְשִׁיטִין אֶת הַמֵּתָה וּמַלְבִּישִׁין אֶת הַחַי. אָמַר רַבִּי: נִתְגַּלָּה טַעְמָהּ שֶׁל מִשְׁנָתֵינוּ.

Rabbi Yishmael ben Satriel, d'Arkat Levana, témoigna devant Rabbi : dans notre localité, on écorche la [mère] morte et l'on en revêt le [petit] vivant. Rabbi dit : la raison de notre michna s'est dévoilée.

📜 Rachi (4)
בֶּן סַתְרִיאֵל מֵעַרְקַת לְבֵינָהּ מָקוֹם:
[Rabbi Yishmael] ben Satriel d'Arkat Levina — un lieu (nom d'un endroit).
אֶת הַמֵּתָה כְּשֶׁמַּקְשֶׁה מֵחֲמַת הַווָּלָד מַפְשִׁיטִים עוֹר הָאֵם שֶׁהִיא מֵתָה וּמַלְבִּישִׁין אוֹתוֹ לַוָּלָד שֶׁהוּא חַי וּמִתְקַיֵּים מִפְּנֵי דָּבָר זֶה שֶׁעוֹשִׂין לוֹ:
La [mère] morte — lorsqu'[une bête] est en difficulté à cause du petit [et meurt], on écorche la peau de la mère, qui est morte, et l'on en revêt le petit, qui est vivant, et [celui-ci] se maintient grâce à cette chose qu'on lui fait.
אֶת הַחַיָּה זֶהוּ הַוָּלָד:
Le [petit] vivant — c'est le nouveau-né.
נִתְגַּלְּתָה טַעְמָא שֶׁל מִשְׁנָתֵינוּ דְּוַדַּאי מִשּׁוּם הָכִי קָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אִם נוֹלַד כָּל זְמַן שֶׁהָעוֹר שֶׁהַשֶּׁלַח קַיָּים אֵינוֹ יָתוֹם דְּכֵיוָן דְּהָעוֹר מְהַנֶּה לַוָּלָד דּוֹמֶה כְּמִי שֶׁאִמּוֹ קַיֶּימֶת:
La raison de notre michna s'est dévoilée — car c'est assurément pour cela que Rabbi Yehochoua a dit : si [le petit] est né, tant que la peau (le chelah) subsiste, il n'est pas un orphelin ; puisque la peau lui profite, il ressemble à celui dont la mère est [encore] en vie.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בִּמְקוֹמֵנוּ מַפְשִׁיטִין אֶת הַמֵּתָה וּמַלְבִּישִׁין אֶת הַחַי. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לְפִי דַּרְכּוֹ שֶׁעַל יְדֵי מַעֲשִׂים טוֹבִים וְתוֹרָה מַפְשִׁיטִין אֶת הַמִּיתָה זוֹ הַקְּלִיפָּה שֶׁהִיא דַּרְגָּא דְּמוֹתָא שֶׁלּוֹקְחִים מִמֶּנָּה נִיצוֹצֵי הַקְּדֻושָּׁה וּמַלְבִּישִׁים אֶת הַחַי סִטְרָא דִּקְדֻושָּׁה.
"Dans notre localité, on écorche la [mère] morte et l'on en revêt le [petit] vivant." — Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'il y a] là, selon sa manière [de derach], une allusion : par les bonnes actions et la Tora, on "écorche la mort" — c'est la kelipa (l'écorce, la force du mal), qui est le degré de la mort (darga de-mota) — dont on prélève les étincelles de sainteté (nitsotsei ha-kedoucha), et l'on en revêt "le vivant", le côté de la sainteté (sitra di-kedoucha).
העיד רבי ישמעאל בן סתריאל מערקת לבנה לפני רבי. נראה לי בס"ד הוצרך לזכור שם אביו שהיה שמו 'סתריאל' לרמוז דברים אלו שאומר אינם כפשוטן אלא הם מסתרי הא־ל יתברך 'מערקת לבנה' ידוע כי הלבונה הוא סוד אור מקיף כמו שאמר רבינו האר"י ז"ל בשער הכונות וידוע מה שאמרו בזוהר סבא קדישא דמשפטים בר יוחאי ידע לאסתמרא אורחוי ופירש רבינו האר"י ז"ל בשער מאמרי רשב"י וזה לשונו דע כי נשמות הצדיקים יש בהם שהם מבחינת אור מקיף ויש שהם מאור פנימי וכל אותם שהם מצד אור המקיף יש בהם כח לדבר בנסתרות ובסודות התורה דרך כיסוי והעלם גדול כדי שלא יובנו אלא למי שראוי להבינם, והנה רשב"י ע"ה היתה נשמתו מצד אור המקיף ולכן היה בה כח להלביש הדברים ולדרשן באופן שאף אם ידרשם לרבים לא יבינום אלא מי שראוי להבינם עד כאן לשונו. וכאן רמז תלמודא על רבי ישמעאל שאמר דברים אלו שהם מסתרי הא־ל הנה הוא 'מערקת לבנה' כלומר היתה נשמתו מאור מקיף שהוא בסוד הלבונה ולכן ידע להלביש הסוד בדברים אלו. וברשות מלכא עילאה קדישא נפרש בעזה"י דברים אלו על פי מה שאמר בס"ד בסה"ק 'אדרת אליהו' בפרשת בלק הקדמה נפלאה מדברי רבינו האר"י ז"ל בענין נשמות ישראל בתחלה היו כולם כלולים בשלשה אבות ואחר כך נפרטו בשתים־עשרה שבטים ואחר כך בשבעים נפש עד שנחלקו לששים רבוא וכל מה שמתרבים החלקים והפרטים יותר יורדת מעלתם בזה, ושם מבואר שרבוי ההתחלקות בין רב למעט הוא כפי העונות והפגמים, ואמנם על כל פנים אי אפשר שיתחלקו הניצוצות יותר מששים רבוא וידוע כאשר יתחלקו לששים רבוא ניצוצות קטנים מוכרח שגם הרע שהוא הקליפה הדבוקה בהם תתחלק בשני חלקים כי זה לעומת זה עשה הא-להים. גם ידוע מה שאמר רבינו האר"י ז"ל בשער הפסוקים בתהלים בפסוק בני נכר יבלו (שמואל ב' כב, מו) כי הקליפות הם זכר ונקבה וכוחות רעות הנמשכות מצד הנקבה הם יורדות ומפתות את האדם לחטוא כי אין כח הפתוי נמצא אלא בנקבות שמצד לילית כמו שאמר הכתוב 'נפת תטפנה שפתי זרה' (משלי ה, ג) ואחר שנתפתה האדם אחריהם אז מתחברים כוחות הזכרים הנקראים מזיקין אשר בידם החרב להזיק וממיתין את האדם בר מינן, כי כן הוא טבע העולם שהזכרים עושים מלחמה ולא הנקבות ונמצא כי בבחינת הפתוי העיקר הם הנקבות וכן היה בעגלי ירבעם שהנקבה הניחה בדן וכל העם נטו אחריה יותר מעל הזכר שהיה בבית א־ל כנזכר בזוהר עיין שם. ולפי מה שכתבתי לעיל דכפי התחלקות הנשמות כן יהיה בכוחות הרע של הקליפה ואין התחלקות יותר מששים רבוא לכן רבי ישמעאל הביט בשכלו הטהור וראה שכפי המעשים רעים של אותו הדור תתרבה התחלקות של הנשמות למדרגה היותר מרובה שהיא של ששים רבוא וממילא גם התחלקות הקליפה הן של הזכר הן של הנקבות גם כן תהיה לששים רבוא ולכן אמר ' חזרין שבמקומנו יש להם ששים רבוא קלפין ' נקיט זה כנגד קליפת הנקבה שממתקת לשונה בפתוי דכתיב 'נפת תטפנה שפתי זרה' וכמו שאמר רבינו ז"ל וחזרת הוא חסא שהוא מתוק ואין מר שלו ניכר כל כך ונקיט עוד רמז שני ביתוש שיש לו ששים רבוא קליפין נקיט זה כנגד קליפות הזכר שהם מזיקין ועוקצין כיתוש. ואמר ' בבית המסס שלו ' כי הזכר הוא סמא־ל שיש בו 'מס' והוא סימן רע מלשון המס ימס (שמואל ב' יז, י) וכן הוא אומר ולבב מצרים ימס (ישעיה יט, א) לשון כדונג וכמו שכתבתי בסה"ק 'אדרת אליהו' בהפטרות בספר שמות.
"Rabbi Yishmael ben Satriel, d'Arkat Levana, témoigna devant Rabbi." — Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il fallait mentionner le nom de son père, qui était 'Satriel', pour faire allusion [au fait] que ces paroles qu'il énonce ne sont pas selon leur sens littéral, mais qu'elles sont des secrets [du Nom divin] (mi-sitrei ha-Chem yitbarakh). 'D'Arkat Levana' : on sait que la levona (l'oliban) est le secret de la lumière enveloppante (or makif), comme l'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar ha-Kavanot ; et l'on sait ce qu'on a dit dans le Zohar 'Saba Kadicha' de [la paracha] Michpatim : 'Bar Yohai savait garder ses voies', que notre maître le Ari a expliqué dans le Chaar Maamrei Rachbi, et voici ses paroles : sache que parmi les âmes des justes, il en est qui sont du côté de la lumière enveloppante (or makif) et d'autres de la lumière intérieure (or penimi) ; et toutes celles qui sont du côté de la lumière enveloppante ont le pouvoir de parler des mystères et des secrets de la Tora par voie de voilement et d'occultation profonde, afin qu'ils ne soient compris que par celui qui est digne de les comprendre ; or l'âme de Rachbi, la paix soit sur lui, était du côté de la lumière enveloppante, aussi avait-elle le pouvoir de revêtir les choses et de les exposer de telle sorte que, même s'il les exposait en public, seul les comprendrait celui qui est digne de les comprendre — fin de ses paroles. Et ici la guemara fait allusion, au sujet de Rabbi Yishmael qui a dit ces paroles-là, lesquelles sont des secrets [divins] : voici qu'il est 'd'Arkat Levana', c'est-à-dire que son âme était de la lumière enveloppante, laquelle est dans le secret de la levona, et c'est pourquoi il savait revêtir le secret dans ces paroles. Et avec la permission du Roi suprême et saint, nous expliquerons ces paroles à l'aide [du Ciel], d'après ce qui est dit dans le livre saint 'Aderet Eliyahou' (paracha Balak), une introduction admirable [tirée] des paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, au sujet des âmes d'Israël : au commencement elles étaient toutes incluses dans les trois patriarches, puis elles se subdivisèrent en douze tribus, puis en soixante-dix âmes, jusqu'à se diviser en soixante myriades ; et plus les portions et les particularités se multiplient, plus leur niveau s'abaisse. Il y est expliqué que l'ampleur de la division, entre le plus et le moins, est fonction des fautes et des atteintes (avonot ve-pegamim) ; mais, en tout état de cause, il est impossible que les étincelles se divisent en plus de soixante myriades. Et l'on sait que, lorsqu'elles se divisent en soixante myriades de petites étincelles, force est que le mal aussi — la kelipa qui leur est attachée — se divise en deux parts, car 'l'un en face de l'autre, [Dieu] les a faits'. On sait aussi ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar ha-Pessoukim sur les Tehilim, à propos du verset 'les fils de l'étranger dépériront' (II Sam 22:46) : les kelipot sont mâle et femelle, et les forces mauvaises qui procèdent du côté de la femelle sont celles qui descendent et séduisent l'homme au péché, car le pouvoir de séduction ne se trouve que dans les femelles, qui sont du côté de Lilit, comme dit le verset 'du miel dégoutte des lèvres de l'étrangère' (Prov 5:3) ; et une fois l'homme séduit à leur suite, alors s'adjoignent les forces mâles appelées mazikin (nuisibles), qui tiennent l'épée pour nuire et font mourir l'homme — que le Miséricordieux nous en préserve ; car telle est la nature du monde : ce sont les mâles qui font la guerre, non les femelles. Il ressort que, sous le rapport de la séduction, l'essentiel [du mal] est [du côté] des femelles ; et il en fut ainsi pour les veaux de Yarovam : la femelle [le veau] fut placée à Dan, et tout le peuple se tourna vers elle plus que vers le mâle qui était à Beit-El, comme il est dit dans le Zohar — vois-le là. Et selon ce que j'ai écrit plus haut, que la division des forces du mal de la kelipa est à la mesure de la division des âmes, et qu'il n'y a pas de division au-delà de soixante myriades, Rabbi Yishmael regarda de son intellect pur et vit que, selon les mauvaises actions de cette génération-là, la division des âmes se multipliait jusqu'au degré le plus élevé, qui est de soixante myriades, et par conséquent la division de la kelipa aussi, tant du mâle que des femelles, atteignait pareillement soixante myriades. C'est pourquoi il dit : 'les laitues (hazarim) de notre localité ont soixante myriades d'écorces (kelafim)', prenant cela en regard de la kelipa de la femelle, qui adoucit sa langue par la séduction, [comme] il est écrit 'du miel dégoutte des lèvres de l'étrangère', et [ainsi que] l'a dit notre maître — la hazeret est la laitue (hassa), qui est douce et dont l'amertume ne se remarque guère ; et il prit encore une seconde allusion avec le moucheron (yatouch) qui a soixante myriades d'écorces, prenant cela en regard des kelipot du mâle, qui sont nuisibles et piquent comme le moucheron. Et il dit 'dans son feuillet (beit ha-massass)', car le mâle est Samael, en qui il y a 'mass' — signe mauvais, du langage de 'fondre, il fondra' (II Sam 17:10), et de même 'le cœur de l'Égypte fondra' (Is 19:1), au sens de cire [qui fond] — comme je l'ai écrit dans le livre saint 'Aderet Eliyahou', dans les haftarot du livre de Chemot.
💡 Explication

Témoignage qui éclaire le cas précédent. Rabbi Yishmael ben Satriel rapporte que, dans sa région, quand une bête meurt en couches, on écorche la mère morte et l'on en revêt le petit vivant (pour le protéger et le maintenir en vie). Rabbi conclut : cela dévoile la raison de l'enseignement de R. Yehochoua — tant que la peau de la mère subsiste et sert au petit, c'est comme si la mère était encore là, et le petit n'est pas un orphelin.

4
חֲזֵירִין שֶׁבִּמְקוֹמֵנוּ יֵשׁ לָהֶם שִׁשִּׁים רִבּוֹא קְלָפִים בְּבֵית הֶמְסֵס שֶׁלּוֹ, פַּעַם אַחַת נָפַל אֶרֶז אֶחָד שֶׁבִּמְקוֹמֵנוּ, וְעָבְרוּ שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה קְרוֹנוֹת עַל חֻודּוֹ אַחַת.

Les laitues (hazarim) de notre localité ont soixante myriades d'écorces (kelafim) dans leur feuillet (beit ha-massass) ; une fois, un cèdre tomba dans notre localité, et seize chariots passèrent sur son côté (hodo), l'un à côté de l'autre.

📜 Rachi (3)
וְעוֹד הֵעִיד דָּבָר זֶה חֲזִירִין שֶׁבִּמְקוֹמֵנוּ לְשׁוֹן חֲזָרַת יֶרֶק שֶׁלּוֹעֲזִים לטוג"א:
Et il témoigna encore ceci : les laitues de notre localité — au sens de 'hazeret', un légume que [les gens] appellent en langue étrangère 'laitue' (letuga).
בְּבֵית הֶמְסֵס הַייְנוּ אוֹתָן עָלִין קְטַנִּים כְּמוֹ הַבָּשָׂר עַצְמוֹ שֶׁיֵּשׁ בְּאוֹתוֹ הֶמְסֵס שֶׁל בְּהֵמָה שֶׁקּוֹרִין צינטול"א:
Dans le feuillet (beit ha-massass) — ce sont ces petites feuilles, semblables à la chair même, qui se trouvent dans ce 'feuillet' (massass) de la bête, qu'on appelle 'cintola' [en langue étrangère].
וְעוֹד הֵעִיד דָּבָר זֶה פַּעַם אַחַת כו' עַל חֻודּוֹ עַל צִידּוֹ בְּרָוחְבּוֹ שֶׁהוּא עָב כָּל כָּךְ שֶׁעָבְרוּ עָלָיו י"ו קְרָנוֹת זוֹ בְּצַד זוֹ עַל חֻודּוֹ כְּלוֹמַר בְּרָוחְבּוֹ שֶׁל אִילָן:
Et il témoigna encore ceci : une fois, etc. sur son côté (hodo) — sur son flanc, dans sa largeur ; [le cèdre] était si épais que seize chariots passèrent dessus, l'un à côté de l'autre, sur son côté — c'est-à-dire dans la largeur de l'arbre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פעם אחת נפל ארז במקומנו, ועברו ששה־עשר קרנות על חודו. נראה לי בס"ד הצדיק נמשל ל' ארז ' דכתיב 'כארז בלבנון ישגה' (תהלים צב, יג) ו' נפל ' רצונו לומר שכן ונתארח כמו על פני כל אחיו נפל (בראשית כה, יח) ' ועברו ששה־עשר קרנות ' רמז להארת שם חב־ו [16] שמספרו י"ו וקרנות רצונו לומר אורות מלשון קרנים מידו לו (חבקוק ג, ד) שעברו וזרחו י"ו אורות השם הנזכר על חודו רצונו לומר בעבור חידוד גופו בסיגופים ותעניות שעשה. או י"ו רמז לשם אבג־י דאנא בכח [ א נא, ב כח ג דלת י מינך] והכל אחד. אי נמי ' ארז ' תלמיד חכם אחד מחודד ומפולפל שדרש בתורה שבעל פה והכניס בדרשתו כל שמונה דרגין של תורה שבעל פה שהם הלכות של אסור ומותר וטמא וטהור וכשר ופסול וחייב וזכאי, דאלו ח' דרגין הם כפולים שהם ח' בחלק הנגלה וח' בחלק הנסתר והוא העביר כל זה בדרשה שלו. אי נמי ' ארז ' רמז לשבעה מלכים שהם ז' פעמים בן [52×7=364] וס"ג אותיותיו ואחוריים דאב ואם [44] שהם פק"ד קדמ"ת [728] שעולים סך אלף ר"ז [364+63+44+728=1199] ורמוזים בארז שהוא 'אלף ר"ז' נפל בסוד השבירה ועברו י"ו קרנות על חודו רמז לי"ו אורות של חב"ו לתיקון הנזכר.
"Une fois, un cèdre tomba dans notre localité, et seize chariots passèrent sur son côté (hodo)." — Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le juste est comparé à un 'cèdre', comme il est écrit 'il grandira comme un cèdre au Liban' (Ps 92:13). Et 'tomba' (nafal) veut dire qu'il résidait et logeait [là], au sens de '[et devant la face de tous ses frères] il tomba' (Gen 25:18). 'Et seize (chicha-assar) chariots passèrent' : allusion à l'illumination du Nom [de quarante-deux lettres correspondant à] Het-Bet-Vav [dont la valeur est] 16 ; et 'chariots' (keranot) veut dire lumières, du langage de 'karnayim' (rayons) : 'des rayons [jaillissent] de sa main' (Hab 3:4), qui passèrent et rayonnèrent [comme] seize lumières du Nom mentionné 'sur son côté (hodo)', c'est-à-dire en raison de l'affinage de son corps par les mortifications et les jeûnes qu'il accomplit. Ou bien 16 est une allusion au Nom Aleph-Bet-Guimel-Youd [initiales du verset] 'Ana be-koah' [Aleph-Nun-Aleph = 1, Bet-Kaf-Het = 2... 'guedoulat yeminekha'], et le tout est un. Autre explication : 'un cèdre' [désigne] un érudit affiné et affûté, qui expose la Tora orale et fait entrer dans son exposé les huit degrés de la Tora orale, à savoir les règles de l'interdit et du permis, de l'impur et du pur, du kacher et du passoul, du coupable et de l'acquitté ; car ces huit degrés sont doubles — huit dans la partie révélée (niglé) et huit dans la partie cachée (nistar) — et lui, il fit passer tout cela dans son exposé. Autre explication : 'un cèdre' est une allusion aux sept rois [de l'édom, les kelim brisés], qui sont sept fois [la valeur de] 'ben' [52 × 7 = 364], et les lettres de [du Nom] Samekh-Guimel [63] et les 'arrière' de Av et Em [44], qui sont [les Noms] 'Pakad Kadmat' [728], montant à une somme de mille deux cent [rounded : 1199], allusion dans 'erez' (cèdre), qui est 'Eleph Raz' (mille secrets) ; il 'tomba' dans le secret de la brisure (chevira), et seize lumières passèrent 'sur son côté', allusion aux seize lumières de Het-Bet-Vav pour la réparation (tikkoun) mentionnée.
💡 Explication

Suite des témoignages hyperboliques de R. Yishmael ben Satriel. Il rapporte deux prodiges de sa région : la laitue y a 600 000 feuilles serrées en son cœur (beit ha-massass, litt. le 'feuillet', comparaison avec l'omasum de la bête) ; et un cèdre abattu était si large que seize chariots ont pu passer côté à côté sur son tronc (hodo = son côté, sa largeur). Le Ben Ich Haï y lit des allusions kabbalistiques (voir la glose du segment précédent et suivante).

5
פַּעַם אַחַת נָפְלָה בֵּיצַת בַּר יוֹכָנִי, וְטָבְעָה שִׁשִּׁים כְּרַכִּים, וְשִׁבְּרָה שְׁלֹשׁ מֵאוֹת אֲרָזִים. וּמִי שָׁדְיָא לֵיהּ? וְהָא כְּתִיב: ״כְּנַף רְנָנִים נֶעֱלָסָה״! אָמַר רַב אַשִּׁי: הַהוּא מוּזַרְתָּא הֲוַאי.

Une fois, un œuf du [oiseau] bar yokhani tomba, et il noya soixante villes et brisa trois cents cèdres. Et [l'oiseau] le jette-t-il donc [son œuf] ?

Mais il est écrit : 'l'aile [de l'oiseau] renanim se réjouit (kenaf renanim ne'elasa)' (Job 39:13) ! Rav Achi dit : cet [œuf]-là était [un œuf] gâté (mouzarta, non fécondé).

📜 Rachi (4)
בָּר יוֹכָנִי עוֹף הוּא כִּדְאָמְרִינַן בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי וְאֵימָא כְּבֵיעָא דְּבַר יוֹכָנִי:
Bar yokhani — c'est un oiseau, comme nous le disons en plusieurs endroits : 'et je dirais : comme un œuf du bar yokhani'.
טִבְעָהּ מִמַּה שֶׁבְּתוֹכָהּ:
Il noya (tave'a) — par ce qui était à l'intérieur [de l'œuf].
וְהָכְתִיב כְּנַף רְנָנִים נֶעֱלָסָה וּמִתְפָּרֵשׁ הָכִי בִּלְשׁוֹן נוֹטָרִיקוֹן נוֹשֵׂא עוֹלָה וְנִתְחַטֵּא שֶׁכָּךְ אָמַר הקב"ה וְכִי בָּרָאתִי כְּנָפַיִם מְשֻׁובָּחוֹת לְאוֹתוֹ עוֹף בָּר יוֹכָנִי שֶׁיֵּשׁ לָהּ כֹּחַ כָּל כָּךְ שֶׁנּוֹשֵׂא בֵּיצָה גְּדוֹלָה כָּזֹאת וּמַגְבִּיהַּ לְמַעְלָה וּמוֹרִידָהּ בְּנַחַת בַּקִּינָה אַלְמָא דְּלָא שָׁדְיָא לֵיהּ. נִתְחַטֵּא לְשׁוֹן יְרִידָה וַחֲבֵירוֹ בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (דַּף יט.) בֶּן הַמִּתְחַטֵּא לִפְנֵי אָבִיו:
Mais il est écrit : 'l'aile renanim se réjouit (kenaf renanim ne'elasa)' — cela s'explique ainsi, en langage de notariqon : 'il porte, il élève et il fait descendre doucement (nose, olé, ve-nithata)' ; car ainsi a dit le Saint, béni soit-Il : ai-je créé des ailes remarquables pour cet oiseau bar yokhani, [oiseau] qui a une telle force qu'il porte un œuf aussi grand, l'élève vers le haut et le fait redescendre en douceur dans le nid ? — preuve qu'il ne le jette pas. 'Nithata' est au sens de descente ; son parallèle est au traité Taanit (19a) : 'le fils qui se fait cajoler (mithata) devant son père'.
מוּזַרְתָּא הֲוַאי בְּלַעַ"ז טורני"ך שֶׁלֹּא הָיְתָה רְאוּיָה לְאֶפְרוֹחַ לְכָךְ הִשְׁלִיכָהּ:
C'était un [œuf] gâté (mouzarta) — en langue étrangère 'toarnik' ; il n'était pas apte à [donner] un poussin, c'est pourquoi [l'oiseau] le jeta.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פעם אחת נפלה ביצת בר־יוכני, וטבעה ששים כרכים. הנה בזוהר (פרשת פנחס ברעיא מהימנא דף רטז.) איתא וזה לשונו ובגין דא אוקמוה רבנן אשה אחת ילדה במצרים ששים רבוא בכרס אחד ואף על גב דאוקמוה רבנן במילין אחרנין שבעים פנים לתורה דהכי אורח דמארי דאורייתא אמרין מרגלית לתלמידהון והנך דלא אישתמודעון ביה ברמיזא אהדר לון ההוא מלה במילי שחוק כגוונא דההוא דאמר דביצה אחת אפילת שתין כרכין ואתא ונפלת מן עופא דהוה פרח באוירא ומחת אלין שתין כרכין ומארי דליצנותא אמרו דלא אמר הוא אלא דבר נש כתב שתין כרכין ואתא ביצה דנפלת מן עופא ומחיק שתין כרכין דכתיבה, וחס ושלום דמארי דאורייתא אמרין מילין דשחוק ודברים בטלים באורייתא אלא הא אוקמוהו אפרוחים אלין מארי משנה או ביצים אלין מארי מקרא, וכגוונא דנפל ההוא ניפול דאיהו בר נפלי נפילת ביצה דאיהו אתרוג שיעורא בכביצה ובגינה אתמר ביום ההוא אקים את סוכת דוד הנופלת ונפלה עמה ששים המה מלכות דאינון כריכן כגון כיצד כורכין את שמע ואינון לקבל שתין מסכתות ועלמות אין מספר וכו' עד כאן לשונו עיין שם. ואפשר לרמוז בס"ד ביצת בר־יוכני רמז לשם ב"ן שבו היה סוד השבירה כידוע והוא סוד העשיה שמאיר בה שם א־ל אדנ־י [96] שעולה מספרו יוכני [96] וטבעה ששים כרכים רמז לשש קצוות חג"ת נה"י [חסד, גבורה, תפארת, נצח, הוד, יסוד] שכל אחת כלולה מעשר הרי ששים ושברה שלש מאות ארזים רמז לסוד מספר שם א-להי־ם דיודי"ן שעולה מספר ש' [אל״ף למ״ד ה״י יו״ד מ״ם = 300] והוא סוד ש' ד ש ופר כידוע. והא דשאל תלמודא ' ומי שדיא ליה ?' אף על גב דהשואל יודע שאין הדברים כפשוטן אלא הם דרך משל על סוד עמוק עם כל זה אמר כיון דעשה המשל הזה בביצת יוכני משמע שיש מציאות כזה בעולם שהעוף הזה ישליך ביצתו ולכך מקשי וכי היש מציאות כזה בעוף זה? ולמה עשה המשל בעוף שאין דרכו להשליך ביצתו, היה לו לעשות המשל בסתם עוף שדרכו להשליך? ומשני רב אשי גם עוף זה אם יש לו ביצה מוזרת משליך. וגם בתירוץ זה של רב אשי שתירץ ' מוזרתא הואי ' יש כונה עמוקה השייכה לנמשל כלומר תפס המשל במין עוף זה שאינו משליך ביצתו שלא מדעת אלא משליכה בדעת ובכונה משום דהיא מזורתא ללמד דכן הוא הענין בנמשל המדבר על השבירה שהיה בכלים דב"ן שלא היה במקרה חלילה כי אם בכונה ובהשגחה וכמו שאמר רבינו זלה"ה (בעץ חיים שער הכללים פרק ב') דיש בזה חקירה גדולה על מה עשה ה' ככה מאחר דהכל גלוי וידוע לפניו יתברך ואמר שם שתי תשובות בדבר עיין שם. נמצא הכל בכונה נעשה ולתת שכר טוב לצדיקים והשם יתברך ברחמיו יעזרינו על דבר כבוד שמו אמן כן יהי רצון.
"Une fois, un œuf du bar yokhani tomba, et il noya soixante villes." — Voici que dans le Zohar (paracha Pinhas, Raaya Mehemna, feuillet 216a) il est dit, et voici ses paroles : et c'est pourquoi les Sages ont enseigné 'une femme enfanta en Égypte soixante myriades d'un seul coup' — et quoique les Sages l'aient expliqué de choses autres, [car] 'il y a soixante-dix faces à la Tora', telle est la manière des maîtres de la Tora : ils disent une perle à leurs disciples, et ceux qui ne la reconnaissent pas, ils leur réexposent cette chose sous forme de paroles de plaisanterie (mile de-hokha), à la manière de celui qui a dit qu'un seul œuf a noyé soixante villes en tombant d'un oiseau qui volait dans l'air et a frappé ces soixante villes ; et les railleurs (marei de-litsanouta) ont dit qu'il n'a pas dit [cela], mais qu'un homme écrivit 'soixante villes' et vint un œuf tombé d'un oiseau et effaça les 'soixante villes' écrites — mais à Dieu ne plaise que les maîtres de la Tora disent dans la Tora des paroles de plaisanterie et des choses vaines ; plutôt, voici qu'ils l'ont expliqué : ces 'poussins' sont les maîtres de la Michna, ou ces 'œufs' sont les maîtres de l'Écriture (mikra). Et de même que tomba ce 'nefel' (avorton), qui est 'bar nafli' (fils des tombés), [ainsi] tomba un œuf, qui est un etrog, dont la mesure est [celle] d'un œuf, et à son sujet il est dit 'en ce jour-là, je relèverai la souccah [tente] de David qui est tombée (ha-nofelet)' — et 'soixante' tombèrent avec elle, ce sont les soixante royaumes (malkhouta) qui sont liés (kerikhan) comme dans '[la] manière dont on relie [le] Chema', et ils correspondent aux soixante traités, et 'les jeunes filles sont sans nombre', etc. — fin de ses paroles, vois-le là. Et il est possible d'y faire allusion, avec l'aide du Ciel : l'œuf du bar yokhani est une allusion au Nom Bet-Noun [Ban, valeur 52], dans lequel était le secret de la brisure (chevira), comme on le sait, et qui est le secret du monde de la Assiya, où brille le Nom Aleph-Lamed Aleph-Dalet-Noun-Youd [El Adnout, 96] dont la valeur monte à [celle de] 'yokhani' [96] ; 'et il noya soixante villes' : allusion aux six extrémités 'Hessed-Guevoura-Tiferet-Netsa'h-Hod-Yessod, chacune incluant [les] dix, soit soixante ; 'et il brisa trois cents cèdres' : allusion au secret du nombre du Nom Elokim en 'youdin' (épelé en pleines lettres) dont la valeur monte à [celle de la lettre] chin [Aleph-Lamed-Peh Lamed-Mem-Dalet Hé-Youd Youd-Vav-Dalet Mem-Mem = 300], et c'est le secret de [Chin] de 'chin-dalet-chin', 'chofar', comme on le sait. Et le fait que la guemara ait demandé 'et le jette-t-il ?' — bien que celui qui interroge sache que ces choses ne sont pas selon leur sens littéral, mais qu'elles sont une parabole (machal) sur un secret profond — malgré cela il dit : puisqu'il a fait cette parabole avec l'œuf du yokhani, cela sous-entend qu'il existe une telle réalité dans le monde, [savoir] que cet oiseau jette son œuf ; et c'est pourquoi il objecte : existe-t-il une telle réalité chez cet oiseau ? et pourquoi a-t-il fait la parabole avec un oiseau dont ce n'est pas la manière de jeter son œuf ? il aurait dû la faire avec un oiseau quelconque dont c'est la manière de le jeter ! et Rav Achi répond : cet oiseau aussi, s'il a un œuf gâté, le jette. Et dans cette réponse-là de Rav Achi, 'c'était un [œuf] gâté (mouzarta)', il y a aussi une intention profonde qui se rapporte au sujet désigné par la parabole (nimchal) : c'est-à-dire qu'il a pris la parabole avec cette espèce d'oiseau qui ne jette pas son œuf de façon irréfléchie, mais le jette avec connaissance et intention, parce qu'il est gâté — pour enseigner qu'il en va de même dans le [sens] désigné, qui parle de la brisure survenue dans les kelim de Ban : elle n'eut pas lieu par hasard, à Dieu ne plaise, mais avec intention et providence (hachgaha), ainsi que l'a dit notre maître, de mémoire bénie (dans le Ets Haim, Chaar ha-Kelalim, chap. 2), qu'il y a là une grande investigation : pourquoi [Dieu] a-t-il fait ainsi, puisque tout est révélé et connu devant Lui, béni soit-Il ? et il y donne deux réponses, vois-les là. Il ressort que tout fut fait avec intention, [et] pour donner une bonne récompense aux justes ; que le Nom, béni soit-Il, dans Sa miséricorde, nous vienne en aide pour la chose [qui touche] à l'honneur de Son nom, amen, ainsi soit-Il.
💡 Explication

Troisième prodige : un œuf du bar yokhani (oiseau géant) tomba et son contenu noya soixante villes et brisa trois cents cèdres. La guemara objecte : cet oiseau jette-t-il vraiment ses œufs ? Le verset 'kenaf renanim ne'elasa' (Job 39:13-14), lu en notariqon (nose, olé, ve-nithata = il porte, il élève, il fait descendre doucement), enseigne que cet oiseau dépose son œuf avec soin, sans le laisser tomber. Rav Achi répond : c'était un œuf gâté (mouzarta), non fécondé et donc voué à ne jamais éclore — c'est pourquoi l'oiseau l'a jeté.

6
מַתְנִי׳ שָׁלֹשׁ גֳּרָנוֹת לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה: בִּפְרָס הַפֶּסַח, וּבִפְרַס הָעֲצֶרֶת, וּבִפְרַס הֶחָג, וְהֵן גֳּרָנוֹת שֶׁל מַעְשַׂר בְּהֵמָה, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא.

MICHNA. Il y a trois aires (granot) pour le maaser behema : au peros du Pessa'h (à l'approche de Pessa'h), au peros de Atseret (à l'approche de Chavouot) et au peros du Hag (à l'approche de Souccot) ; et ce sont [là] les aires du maaser behema — paroles de Rabbi Akiva.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' שָׁלֹשׁ גֳּרָנוֹת לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה כְּלוֹמַר בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה הָוֵי זְמַן מַעְשַׂר בְּהֵמָה שֶׁהַבְּהֵמוֹת שֶׁיִּוָּלְדוּ לוֹ בֵּין פֶּרֶק לְפֶרֶק צָרִיךְ לוֹ לְעַשֵּׂר כְּשֶׁיַּגִּיעַ הַפֶּרֶק דְּמִשֶּׁיַּגִּיעַ הַפֶּרֶק לֹא יֹאכַל מֵהֶן לְכַתְּחִלָּה מִדְּרַבָּנָן בְּלֹא מַעֲשֵׂר אֲבָל קֹודֶם לָכֵן מֻותָּר דְּמִצְוָה בְּעָלְמָא הוּא לְעַשֵּׂר בַּהֲמוֹתָיו דְּהָעֲשִׂירִי קוֹדֶשׁ מֵאַחַר שֶׁקָּרָא עָלָיו שֵׁם אֲבָל הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ לְאָוכְלוֹ בְּלֹא מַעֲשֵׂר אֲבָל בְּהָנֵי שְׁלֹשָׁה זְמַנִּים הִצְרִיכוּהוּ חֲכָמִים שֶׁלֹּא יֹאכַל לְכַתְּחִלָּה בְּלֹא מַעֲשֵׂר. וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא בְּהָנֵי זְמַנִּים וּמַאי טַעְמָא נְקַט לְשׁוֹן גְּרָנוֹת:
MICHNA. Il y a trois aires (granot) pour le maaser behema — c'est-à-dire qu'à trois moments de l'année se situe le temps du maaser behema : les bêtes qui lui sont nées entre un terme et l'autre, il lui faut les dîmer lorsque le terme arrive, car dès que le terme arrive, il ne peut plus en manger d'emblée (le-khathila), de par les Sages (mi-de-rabbanan), sans [prélever] le maaser ; mais auparavant c'est permis, car dîmer ses bêtes n'est qu'une simple mitsva — le dixième est saint des lors qu'il a prononcé sur lui le [nom du maaser] — mais il a le droit de le manger sans maaser ; toutefois, en ces trois moments, les Sages lui ont imposé de ne pas en manger d'emblée sans maaser. Et dans la guemara [le Talmud] explique en quoi ces moments diffèrent [et] pour quelle raison [la michna] a employé le terme 'granot' (aires).
פָּרוּס מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא כַּמָּה הוּא. וְטַעְמָא דְּכָל הָנֵי תַּנָּאֵי מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
'Peros' — [le Talmud] explique dans la guemara de combien il est [c'est-à-dire quinze jours]. Et la raison de chacun de ces Tannaim, [le Talmud] l'explique dans la guemara.
וְהֵן גֳּרָנוֹת שֶׁל מַעְשַׂר בְּהֵמָה דִּטְבוּלִין הַבְּהֵמוֹת מִדְּרַבָּנָן:
Et ce sont [là] les aires du maaser behema — car les bêtes sont 'tevoulot' (assujetties, en instance de dîme) de par les Sages.
🗂️ Tossefot (1)
בִּפְרוֹס הַפֶּסַח מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא ט"ו יוֹם דִּפְרוֹס לְשׁוֹן פְּרוּסָה פַּלְגָא דָּל' יוֹם שֶׁדּוֹרְשִׁין בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח קֹודֶם הַפֶּסַח וּבֶן עַזַּאי דְּאָמַר [בכ"ט] בַּאֲדָר אַר' עֲקִיבָא לָא פְּלִיג אֶלָּא בַּאֲדָר הַסָּמוּךְ לְנִיסָן דִּלְבֶן עַזַּאי לְעוֹלָם חָסֵר וּקְבִיעָא לֵיהּ זְמַנּוֹ לְעוֹלָם בכ"ט בַּאֲדָר מַשְׁמַע דְּעֶרֶב פֶּסַח הָוֵי בִּכְלַל הָנֵי ט"ו יוֹם דִּפְרוֹס וּבְפֶרֶק קַמָּא דר"ה (דַּף ז.) נָמֵי מַשְׁמַע כֵּן שֶׁמִּיּוֹם הַפּוּרִים מַתְחִילִין לִדְרֹושׁ וְלֹא מִקֹּודֶם גַּבֵּי הֵם הֵעִידוּ שֶׁמְּעַבְּרִין אֶת הַשָּׁנָה כָּל אֲדָר שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים עַד הַפּוּרִים מִשּׁוּם דְּדוֹרְשִׁין בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח קֹודֶם הַפֶּסַח שְׁלֹשִׁים יוֹם וְאָתֵי לְזִלְזוּלֵי בְּחָמֵץ מִיּוֹם הַפּוּרִים קֹודֶם הַפֶּסַח שְׁלֹשִׁים יוֹם שְׁמַע מִינָּה דְּעֶרֶב הַפֶּסַח בִּכְלַל הַשְּׁלֹשִׁים יוֹם וְכֵן ר"א ור"ש דְּאָמְרִי בְּסָמוּךְ בְּאֶחָד בְּנִיסָן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דְּסָבְרִי כְּמַאן דְּאָמַר שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת שְׁמַע מִינָּה עֶרֶב פֶּסַח מִן הַמִּנְיָן וְתֵימַהּ דְּקָתָנֵי בְּמִילְּתָא דר' אֶלְעָזָר וְר"ש וְלָמָּה [לֹא] אָמְרוּ בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי מִפְּנֵי שֶׁהוּא י"ט וְאִי אֶפְשָׁר לְעַשֵּׂר בי"ט לְפִיכָךְ הִקְדִּימוּהוּ בכ"ט בֶּאֱלוּל וַהֲלֹא מִן הַדִּין הוּא בִּשְׁנַיִם (בֶּאֱלוּל) דְּיוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל סֻוכּוֹת מִמִּנְיַן שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת כְּמוֹ עֶרֶב פֶּסַח דְּעִיקַּר מַה שֶׁדּוֹרְשִׁין בְּהִלְכוֹת הָרֶגֶל קֹודֶם לָרֶגֶל אֵינוֹ אֶלָּא מִפְּנֵי קָרְבָּנוֹת כִּדְמַשְׁמַע פ"ק דע"ז (דַּף ה:) דְּפָרִיךְ לִפְנֵי חַגֵּיהֶן ג' יָמִים וְתוּ לָא וְהַתַּנְיָא דּוֹרְשִׁין בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח כו' [וּמְשַׁנֵּי] לְדִידַן אַפֵּי' דּוֹק שֶׁבָּעַיִן פָּסְלִינַן לְהַקְרָבָה מִיבְּעֵי ל' יוֹם וְעִיקַּר דְּרָשָׁא דְּהִלְכוֹת פֶּסַח מִשּׁוּם פֶּסַח גּוּפֵיהּ הַנִּשְׁחָט ע"פ וְלֹא מִשּׁוּם יְמוֹת הַפֶּסַח דְּהָא נָפְקָא פ"ק דִּפְסָחִים (דַּף ו:) מִשּׁוּם דְּנָבִיא עוֹמֵד בְּפֶסַח רִאשׁוֹן וּמַזְהִיר בְּפֶסַח שֵׁנִי וְעִיקָּר שֵׁנִי לִשְׁחִיטַת פֶּסַח שֵׁנִי נֶאֱמַר וְעִיקַּר דְּרָשָׁא דִּשְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת דְּרַשְׁבָּ"ג מַפִּיק לְהוּ מִנָּבִיא עוֹמֵד בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ וּמַזְהִיר עַל פֶּסַח וְעִיקַּר הִלְכוֹת פֶּסַח מִצְרַיִם לֹא הֻוצְרְכוּ אֶלָּא לְיוֹם שְׁחִיטַת פֶּסַח שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם (בְּפֶסַח) קָרְבָּנוֹת אֲחֵרִים וּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִּמְגִילָּה (דַּף כט:) מַשְׁמַע הָתָם דִּשְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת דְּרַשְׁבָּ"ג אֵין יוֹם הַמַּעֲשֶׂה בִּכְלָל דְּמוֹקֵי הָתָם כְּוָותֵיהּ מַתְנֵי' דְּמַקְדִּימִין וְקָרֵינַן וְל' יוֹם דְּנָפְקָא לָן מִנָּבִיא עוֹמֵד בְּפֶסַח רִאשׁוֹן וּמַזְהִיר עַל פֶּסַח שֵׁנִי נָמֵי הֵם בְּלֹא יוֹם הַמַּעֲשֶׂה דְּהָא אִיכָּא הָתָם י"ז דְּנִיסָן וי"ד דְּאִיָּיר שֶׁהֵן ל"א יוֹם וּמֵהַהִיא שְׁמַעְתִּין דִּמְגִילָּה עַצְמָהּ יִקְשֶׁה לִמְצוֹא י"ד יוֹם בְּלֹא יוֹם הַמַּעֲשֶׂה וְי"ל דִּלְעוֹלָם אֵין יוֹם הַמַּעֲשֶׂה בִּכְלָל וְלֹא חִלְּקוּ חֲכָמִים בֵּין פֶּסַח לְסֻוכּוֹת וְהָלְכוּ אַחַר עִיקַּר י"ט לְהַתְחִיל בִּשְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת מִבְּאֶחָד בְּנִיסָן וּמִבְּאֶחָד בְּתִשְׁרֵי שבי"ט קָרְבָּנוֹת מְרֻובִּין רְאִייָּה חֲגִיגָה וְשִׂמְחָה ואע"ג דְּנָבִיא עוֹמֵד בר"ח וּמַזְהִיר עַל פֶּסַח הַייְנוּ עַל שְׁחִיטַת פֶּסַח שבי"ד מ"מ לְדוֹרוֹת מִמַּה שֶׁיֵּשׁ לְהַזְהִיר עַל כָּל פֶּסַח לֹא חָשׁוּ חֲכָמִים לְמַהֵר יוֹם אֶחָד בְּפֶסַח יוֹתֵר מִבְּחָג וְגַבֵּי שְׁקָלִים קָבְעוּ חֲכָמִים זְמַן בר"ח אֲדָר וְלֹא חָשׁוּ לְהַקְדִּים יוֹם אֶחָד לִפְנֵי ר"ח כְּדֵי שֶׁיְּהוּ ל' יוֹם שְׁלֵימִים כֵּיוָן שֶׁדָּבָר מָסוּר לב"ד שֶׁל הֲבָאַת תְּמִידִין מִתְּרוּמָה חֲדָשָׁה אע"ג דִּבְמַתְנִיתִין דְּהָכָא דָּיְיקִינַן לְכַוֵּין הַחֶשְׁבּוֹן זְמַן הַשְׁמָעַת שְׁקָלִים לְעוֹלָם בְּאֶחָד בַּאֲדָר מַשְׁמִיעִים עַל הַשְּׁקָלִים:
Au peros du Pessa'h — [le Talmud] explique dans la guemara [que c'est] quinze jours ; 'peros' est au sens de 'peroussa' (portion, moitié), la moitié des trente jours durant lesquels on expose les lois de Pessa'h avant Pessa'h. Et Ben Azzai, qui dit 'le 29 Adar', ne diverge de Rabbi Akiva qu'à propos du [mois d']Adar attenant à Nissan : car, pour Ben Azzai, [le mois d'Adar] est toujours défectif (haser, 29 jours) et son terme lui est fixé à demeure au 29 Adar — ce qui sous-entend que la veille de Pessa'h entre dans le compte de ces quinze jours de 'peros'. Et au premier chapitre de Roch Hachana (7a) aussi cela est sous-entendu : que c'est depuis le jour de Pourim que l'on commence à exposer [les lois], et non avant, à propos de 'ils ont témoigné que l'on intercale l'année tout le [mois d']Adar' — car ils disaient : jusqu'à Pourim, parce que l'on expose les lois de Pessa'h trente jours avant Pessa'h, et l'on en vient à traiter le hamets avec légèreté à partir du jour de Pourim, [qui est] trente jours avant Pessa'h ; apprends-en que la veille de Pessa'h entre dans le compte des trente jours. De même R. Eliezer et R. Chimon, qui disent ci-après 'le 1er Nissan', [le Talmud] explique dans la guemara qu'ils tiennent comme celui qui dit 'deux semaines [de quinze jours]' — apprends-en que la veille de Pessa'h est du nombre. Et il y a lieu de s'étonner : puisqu'il est enseigné dans les paroles de R. Eliezer et R. Chimon 'et pourquoi n'ont-ils pas dit le 1er Tichri ? parce que c'est un jour de fête et qu'il est impossible de dîmer un jour de fête, c'est pourquoi ils l'ont avancé au 29 Eloul' — or de droit ce serait le second [jour] d'Eloul [c'est-à-dire il faudrait deux jours], car le premier jour de Souccot compte deux semaines comme la veille de Pessa'h ; car l'essentiel de ce que l'on expose des lois de la fête avant la fête n'est qu'à cause des offrandes (korbanot), comme il ressort du premier chapitre de Avoda Zara (5b), où [le Talmud] objecte : 'trois jours avant leurs fêtes [des idolâtres]' — et rien de plus ? mais il est enseigné 'on expose les lois de Pessa'h [trente jours avant], etc.' — et il répond : pour nous, même si l'on scrute [l'animal] soixante-dix [jours], nous le déclarons impropre à l'offrande, il faut [donc] trente jours ; et l'essentiel de l'exposé des lois de Pessa'h est à cause du Pessa'h lui-même, [l'agneau] égorgé la veille de Pessa'h, et non à cause des jours de Pessa'h, car cela se déduit du premier chapitre de Pessahim (6b) : parce que le prophète [Moché] se tient à [la] Pessa'h première et avertit au sujet de Pessa'h second — et l'essentiel [de ce] second [avertissement] fut dit pour l'égorgement du Pessa'h second ; et l'essentiel de l'exégèse des 'deux semaines' de Rabban Chimon ben Gamliel, il le tire du fait que le prophète se tient à Roch Hodech et avertit au sujet de Pessa'h ; et les lois du Pessa'h d'Égypte n'ont été requises que pour le jour de l'égorgement du Pessa'h, où il n'y avait pas là d'autres offrandes. Et au dernier chapitre de Meguila (29b) il est sous-entendu là que, pour les 'deux semaines' de Rabban Chimon ben Gamliel, le jour de l'acte [de la fête] n'est pas compris [dans le compte], car [le Talmud] établit là conformément à lui la michna de 'on avance et l'on lit' ; et les trente jours que nous déduisons du fait que le prophète se tient à [la] Pessa'h première et avertit au sujet de Pessa'h second sont eux aussi sans le jour de l'acte, car il y a là [du] 17 Nissan [au] 14 Iyar, ce qui fait trente-et-un jours ; et de cette même sougya de Meguila il serait malaisé de trouver quatorze jours sans le jour de l'acte. Et l'on peut dire : en vérité le jour de l'acte n'est jamais compris, et les Sages n'ont pas distingué entre Pessa'h et Souccot, et ils ont suivi l'essentiel de la fête pour commencer les 'deux semaines' depuis le 1er Nissan et depuis le 1er Tichri, [jours] où les offrandes de la fête sont nombreuses — la reeya (offrande d'apparition), la hagiga et la simha (réjouissance) ; et bien que le prophète se tienne à Roch Hodech et avertisse au sujet de Pessa'h, c'est-à-dire au sujet de l'égorgement du Pessa'h qui est le 14, néanmoins pour les générations, parmi ce qu'il y a à avertir concernant tout Pessa'h, les Sages n'ont pas tenu à devancer d'un jour à Pessa'h plutôt qu'à la fête [de Souccot]. Et à propos des chekalim, les Sages ont fixé le terme au Roch Hodech d'Adar, et n'ont pas tenu à le devancer d'un jour avant Roch Hodech pour qu'il y ait trente jours complets, puisque la chose est confiée au beit din quant à l'apport des offrandes quotidiennes (temidin) [payées] de la nouvelle collecte ; bien que dans la michna d'ici nous scrutions [le compte] pour ajuster le calcul du terme de l'annonce des chekalim toujours au 1er Adar, [ce qui] sous-entend qu'on annonce au sujet des chekalim [ce jour-là].
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau sujet : les trois 'granot' (litt. aires de battage, ici les termes fixés) du maaser behema. À trois moments de l'année — peros du Pessa'h, peros de Atseret (Chavouot), peros du Hag (Souccot) — on rassemble les bêtes nées dans l'intervalle pour les dîmer. 'Peros' (que la guemara plus loin fixe à quinze jours) désigne la demi-période (peroussa = moitié) de trente jours pendant laquelle on étudie les lois de la fête avant celle-ci. Passé ce terme, il est interdit (de-rabbanan) d'en manger sans dîmer ; avant, c'est permis, car dîmer ses bêtes n'est qu'une mitsva et non une obligation stricte. Position de Rabbi Akiva.

🖼️ Schéma
Les trois "granot" (aires) du maaser behema selon les Tannaim Période R. Akiva Ben Azzai R. Elazar / R. Chimon 1er terme (veille de Pessa'h) peros du Pessa'h 29 Adar 1er Nissan 2e terme (veille de Chavouot) peros de Atseret 1er Sivan 1er Sivan 3e terme (veille de Souccot) peros du Hag 29 Av 29 Eloul Pourquoi le 29 Eloul et non le 1er Tichri ? Le 1er Tichri est Roch Hachana (yom tov) ; or on ne peut pas dîmer un jour de fête (il faut marquer le dixième au minium / sikra, ce qui revient à teindre) : on l'avance donc au 29 Eloul.
Les trois granot selon R. Akiva et les autres Tannaim.
7
בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה בַּאֲדָר, בְּאֶחָד בְּסִיוָן, בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה בְּאָב. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: בְּאֶחָד בְּנִיסָן, בְּאֶחָד בְּסִיוָן, בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה בֶּאֱלוּל. וְלָמָה אָמְרוּ בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה בֶּאֱלוּל וְלֹא אָמְרוּ בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי? מִפְּנֵי שֶׁהוּא יוֹם טוֹב, וְאִי אֶפְשָׁר לְעַשֵּׂר בְּיוֹם טוֹב — לְפִיכָךְ הִקְדִּימוּהוּ בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה בֶּאֱלוּל.

Ben Azzai dit : le 29 Adar, le 1er Sivan, le 29 Av. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : le 1er Nissan, le 1er Sivan, le 29 Eloul.

Et pourquoi ont-ils dit le 29 Eloul et non le 1er Tichri ? Parce que c'est un jour de fête, et qu'il est impossible de dîmer un jour de fête — c'est pourquoi ils l'ont avancé au 29 Eloul.

📜 Rachi (1)
וְאִי אֶפְשָׁר לְעַשֵּׂר בי"ט כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מִשּׁוּם סַקְרְתָא שֶׁצָּרִיךְ לִסְקֹור בְּסִיקְרָא הָעֲשִׂירִי ובי"ט אִי אֶפְשָׁר מִפְּנֵי שֶׁצּוֹבֵעַ:
Et il est impossible de dîmer un jour de fête — comme [le Talmud] l'explique dans la guemara : à cause du minium (sikra), car il faut marquer le dixième au minium (sikra), et un jour de fête c'est impossible parce qu'[ainsi] il teint.
💡 Explication

Les dates précises selon les autres Tannaim (voir le tableau de synthèse). Ben Azzai : 29 Adar, 1er Sivan, 29 Av. R. Elazar et R. Chimon : 1er Nissan, 1er Sivan, 29 Eloul. Pourquoi le 29 Eloul plutôt que le 1er Tichri (qui serait le vrai parallèle) ? Parce que le 1er Tichri est Roch Hachana, un yom tov, et l'on ne peut pas dîmer un jour de fête : il faut en effet marquer le dixième animal au minium (sikra), ce qui revient à teindre — travail interdit la fête. On avance donc le terme d'un jour.

8
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה. בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: הָאֱלוּלִים מִתְעַשְּׂרִים בִּפְנֵי עַצְמָן.

Rabbi Meir dit : le 1er Eloul [est] le Roch Hachana (le nouvel an) pour le maaser behema. Ben Azzai dit : les [bêtes nées en] Eloul (ha-eloulim) se dîment à part.

📜 Rachi (2)
רֹאשׁ הַשָּׁנָה דְּאוֹתָן שֶׁנּוֹלְדוּ קֹודֶם לָכֵן אֵין נִכְנָסִין לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר עִם אוֹתָן שֶׁיִּוָּולְדוּ מִכָּאן וְאֵילָךְ מִשּׁוּם דְּהָוֵי חָדָשׁ וְיָשָׁן:
Roch Hachana (le nouvel an) — car celles qui sont nées avant cette date n'entrent pas au parc pour être dîmées avec celles qui naîtront désormais, parce que ce serait [mélanger] du nouveau et de l'ancien (hadach ve-yachan).
הָאֱלוּלִים אוֹתָן שֶׁנּוֹלְדוּ בֶּאֱלוּל אֵין מִתְעַשְּׂרִין לֹא עִם בְּנֵי תִּשְׁרֵי וְלֹא עִם בְּנֵי אָב. וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר אוֹ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּאֶחָד בְּתִשְׁרֵי הִלְכָּךְ מִתְעַשְּׂרִין בִּפְנֵי עַצְמָן:
Les [bêtes d']Eloul (ha-eloulim) — celles qui sont nées en Eloul ne se dîment ni avec celles de Tichri ni avec celles de Av. Et [le Talmud] en explique la raison dans la guemara : parce qu'il lui est douteux si la halakha suit Rabbi Meir ou Rabbi Chimon [qui dit] le 1er Tichri, c'est pourquoi elles se dîment à part.
💡 Explication

R. Meir fixe le nouvel an du maaser behema au 1er Eloul : les bêtes nées avant cette date n'entrent pas au parc avec celles nées après (règle de l'ancien et du nouveau, hadach ve-yachan — on ne dîme pas ensemble deux 'années'). Ben Azzai tient que les bêtes nées en Eloul se dîment séparément, ni avec celles nées en Av ni avec celles de Tichri, car il doute si la halakha suit R. Meir (nouvel an le 1er Eloul) ou R. Chimon (nouvel an le 1er Tichri) : par prudence, il les isole.

🖼️ Schéma
Quel est le Roch Hachana du maaser behema ? (nafka mina : ancien / nouveau) R. Meir 1er Eloul Les nés avant cette date ne se joignent pas aux suivants (ancien vs nouveau) R. Elazar / R. Chimon 1er Tichri Tous les nés du 1er Tichri au 29 Eloul se joignent ensemble Ben Azzai Les nés d'Eloul se dîment à part (ni avec Av, ni Tichri) car il doute : R. Meir ou R. Chimon ? -> par prudence Règle du "goren" (mishna) : avant le terme : permis de vendre et d'égorger sans dîmer ; passé le terme : on n'égorge pas — mais si on l'a fait, on est quitte.
Le Roch Hachana du maaser behema selon R. Meir, R. Elazar/R. Chimon et Ben Azzai.
9
כָּל הַנּוֹלָדִים מֵאֶחָד בְּתִשְׁרִי עַד עֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה בֶּאֱלוּל — הֲרֵי אֵלּוּ מִצְטָרְפִין. חֲמִשָּׁה לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה וַחֲמִשָּׁה לְאַחַר רֹאשׁ הַשָּׁנָה — אֵינָן מִצְטָרְפִין. חֲמִשָּׁה לִפְנֵי הַגֹּורֶן וַחֲמִשָּׁה לְאַחַר הַגֹּורֶן — הֲרֵי אֵלּוּ מִצְטָרְפִין. אִם כֵּן, לָמָּה נֶאֶמְרוּ שָׁלֹשׁ גֳּרָנוֹת לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה? שֶׁעַד שֶׁלֹּא הִגִּיעַ הַגֹּורֶן — מֻותָּר לִמְכֹּור וְלִשְׁחוֹט, הִגִּיעַ הַגֹּורֶן — לֹא יִשְׁחֹוט, וְאִם שָׁחַט — פָּטוּר.

Toutes [les bêtes] nées du 1er Tichri au 29 Eloul — celles-ci se joignent [pour être dîmées ensemble]. Cinq avant Roch Hachana et cinq après Roch Hachana — elles ne se joignent pas.

Cinq avant l'aire (goren) et cinq après l'aire — celles-ci se joignent. S'il en est ainsi, pourquoi a-t-on énoncé trois aires pour le maaser behema ?

[Pour enseigner que,] tant que l'aire n'est pas arrivée, il est permis de vendre et d'égorger [sans dîmer] ; [une fois que] l'aire est arrivée, on n'égorge pas [avant de dîmer] ; et si l'on a [néanmoins] égorgé, on est quitte (patour).

📜 Rachi (5)
כָּל הַנּוֹלָדִין כו' אֶתְאַן לְרַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמְרִי בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה:
Toutes celles qui sont nées, etc. — nous en venons [ici à l'avis de] Rabbi Elazar et Rabbi Chimon, qui disent : le 1er Tichri [est] le Roch Hachana du maaser behema.
מִצְטָרְפִין לְכָונְסָן לְדִיר אֶחָד:
Se joignent (mitstarfin) — pour les rassembler dans un même parc.
לִפְנֵי הַגֹּורֶן מֵאֵלּוּ שָׁלֹשׁ גְּרָנוֹת שֶׁאֵין הַגֹּורֶן מַפְסִיק:
Avant l'aire (goren) — [c'est-à-dire] parmi ces trois aires, [le fait] que l'aire [passe] n'interrompt pas [la combinaison].
לָמָּה נֶאֱמַר לְמַאי הִלְכְתָא:
Pourquoi a-t-on énoncé — pour quelle règle pratique (le-mai hilkheta) ?
לִמְכֹּור וְלִשְׁחוֹט לְכַתְּחִלָּה בְּלֹא מַעֲשֵׂר:
De vendre et d'égorger — d'emblée (le-khathila), sans [prélever] le maaser.
💡 Explication

Suite de la michna (selon R. Elazar et R. Chimon, pour qui le nouvel an est le 1er Tichri). Toutes les bêtes nées du 1er Tichri au 29 Eloul se combinent pour le maaser. Mais cinq nées avant Roch Hachana et cinq après ne se combinent pas (deux années distinctes). En revanche, cinq avant et cinq après une 'aire' (goren) se combinent — car le passage d'un terme, à l'intérieur d'une même année, n'interrompt pas la combinaison. Alors à quoi servent les trois aires ? À fixer le seuil de l'interdiction : avant le terme, on peut vendre et égorger sans dîmer ; passé le terme, on n'égorge pas avant d'avoir dîme — mais si on l'a fait, on est quitte (a posteriori, be-di'avad, ce n'est pas invalide).

10
גְּמָ׳ מַאי שְׁנָא תְּלָת? אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא: לְקַבֵּל חָורְפִּי, וְאַפְלֵי, וְקָיְיטִי.

GUEMARA. En quoi trois [aires] diffèrent-elles [c'est-à-dire pourquoi trois] ?

Rabba bar Chila dit : en regard [des bêtes] précoces (horfei), tardives (aflei) et estivales (kaytei).

📜 Rachi (1)
גְּמ' לָקֳבֵל חֻורְפֵי וְאַפְלֵי וְקַיְיטֵי שֶׁיֵּשׁ בְּהֵמוֹת שֶׁמַּבְכִּירוֹת לֵילֵד קֹודֶם הַפֶּסַח וְיֵשׁ בְּהֵמוֹת שֶׁמְּאַחֲרוֹת עַד בֵּין פֶּסַח לַעֲצֶרֶת וְיֵשׁ שֶׁאֵינָן יוֹלְדוֹת עַד בֵּין עֲצֶרֶת לֶחָג וּכְנֶגְדָּם תִּיקְּנוּ חֲכָמִים זְמַנִּים אֵלּוּ. חָרְפִּי בִּפְרוֹס הַפֶּסַח אַפְלֵי בִּפְרוֹס עֲצֶרֶת קַיְיטִי בִּפְרוֹס הַחַג. וְאִית דְּגָרְסִי קַייְטִי בִּפְרוֹס עֲצֶרֶת וְאַפְלֵי בִּפְרוֹס הַחַג:
GUEMARA. En regard [des bêtes] précoces (horfei), tardives (aflei) et estivales (kaytei) — car il y a des bêtes qui sont précoces à mettre bas, avant Pessa'h ; il y a des bêtes qui tardent jusqu'à [la période] entre Pessa'h et Atseret ; et il y en a qui n'enfantent qu'entre Atseret et le Hag ; et en regard d'elles les Sages ont institué ces termes : les précoces (horfei) au peros du Pessa'h, les tardives (aflei) au peros de Atseret, les estivales (kaytei) au peros du Hag. Et certains ont la leçon : les estivales (kaytei) au peros de Atseret et les tardives (aflei) au peros du Hag.
💡 Explication

La guemara demande pourquoi la michna fixe précisément trois termes. Rabba bar Chila répond : ils correspondent aux trois vagues de naissances de l'année — les bêtes précoces (horfei, qui mettent bas avant Pessa'h), tardives (aflei, entre Pessa'h et Chavouot) et estivales (kaytei, entre Chavouot et Souccot). Un terme pour chaque vague.

11
וּמַאי שְׁנָא בְּהָנֵי זִימְנֵי? אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בְּרֵיהּ דְּרַב חִייָּא אִישׁ כְּפַר עַכּוֹ:

Et en quoi ces termes-là diffèrent-ils [c'est-à-dire pourquoi ceux-ci précisément] ? Rabbi Tanhoum, fils de Rav Hiya, homme du village de Akko, dit : [...suite sur 58a].

💡 Explication

Seconde question de la guemara : pourquoi avoir choisi ces termes-là (à l'approche de Pessa'h, de Chavouot, de Souccot) plutôt que d'autres ? La réponse de Rabbi Tanhoum, fils de Rav Hiya, de Kfar Akko, commence ici et se poursuit sur le folio 58a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).