Bekhorot 58b — dîmer le bétail dans le doute (Av/Elloul/Tichri), la méthode de l'enclos, et la teroumah prise à l'estimation

Bekhorot 58b

Sougya : La sougya achève le cas de Rava : quand des bêtes naissent à cheval sur le nouvel an du bétail (1er Elloul ou 1er Tichri ?), on prélève le maaser parmi celles nées en Elloul, car ce mois compte quelle que soit l'hypothèse ; les cinq de Tichri restent exemptes car 'la Torah exige un dixième certain, non douteux'. La Michna décrit ensuite la méthode : rassembler les bêtes dans un enclos (dir), ménager une porte étroite pour qu'elles ne sortent pas deux à deux, compter jusqu'à neuf et marquer la dixième à l'ocre (sikra) ; même sans ocre, sans verge ou couchées, le dîme vaut a posteriori.

La Guemara explique pourquoi les mères attendent dehors (gzera à cause de l'acheté et de l'orphelin, exempts), exclut la tereifa qui ne passe pas sous la verge, et dérive du verset 'le dixième sera saint — en tout cas' la validité a posteriori. Enfin la mahloket sur '1 pris sur 10 sans compter' : R.

Yossi b. R.

Yehouda le valide, suivant Abba Elazar ben Gomel qui compare la teroumat maaser à la teroumah guedola — prélevée à l'estimation et par la pensée.

Le doute sur le nouvel an du bétail (1er Elloul ou 1er Tichri ?) 5 nés en Av + 5 en Elloul + 5 en Tichri = 15 bêtes. Comment dîmer ? Av : 5 année précédente Elloul : 5 le mois pivot Tichri : 5 année suivante Si 1er Elloul = Roch Hachana Elloul + Tichri = 10 -> dîme Av (5) exempt Si 1er Tichri = Roch Hachana Av + Elloul = 10 -> dîme Tichri (5) exempt Solution de Rava : prélever une bête PARMI CELLES D'ELLOUL Elloul compte dans les deux hypothèses -> le dîme est valable quoi qu'il en soit
Le cas de Rava : dîmer quand les naissances chevauchent le nouvel an du bétail (segments 0-2).
La méthode du dîme : l'enclos (dir) et la porte étroite Enclos (dir) — les petits à l'intérieur porte étroite un seul à la fois Le berger compte à la sortie : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ... le 10e sort -> marque à l'ocre (sikra) Les mères bient dehors ; les petits sortent d'eux-mêmes vers elles ('yaavor' : il passe de lui-même, on ne le pousse pas) Pas de légume jeté dehors : gzera à cause du lakuah (acheté) et du yatom (orphelin) — exempts du dîme sans mère qui appelle, ils resteraient dans l'enclos et ne seraient pas dîmes par erreur
La méthode de la Michna et de la baraita : l'enclos, la porte étroite, les mères dehors (segments 3-7).
Pourquoi R. Yossi b. R. Yehouda valide 1 pris sur 10 sans compter Il suit Abba Elazar ben Gomel : 've-nehchav lakhem teroumatkhem' = 2 teroumot comparées Teroumah guedola prélevée à l'estimation (oumed) et par la pensée (mahshava) sans compter, mesurer ni peser Teroumat maaser comparée (heqech) à la teroumah guedola -> elle aussi vaut à l'estimation = De même, pour R. Yossi, on peut prendre 1 sur 10 sans faire passer sous la verge
Le fondement de R. Yossi b. R. Yehouda : la teroumat maaser comparée à la teroumah guedola (segments 10-11).
1
וְנוֹטֵל אֶחָד מִן הָאֱלוּלִין וְהַשְּׁאָר פְּטוּרִין, מִמַּה נַפְשָׁךְ: אִי בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל רֹאשׁ הַשָּׁנָה — דֶּאֱלוּל וְתִשְׁרִי מִצְטָרְפִין וּדְאָב פְּטוּרִים, וְאִי בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי רֹאשׁ הַשָּׁנָה — דְּאָב וֶאֱלוּל מִצְטָרְפִין דְּתִשְׁרִי פְּטוּרִין.

...et il prélève l'une des bêtes d'Elloul, et les autres sont exemptes — quelle que soit l'hypothèse. Car : si le nouvel an [du bétail] tombe le 1er Elloul, alors [les nées d']Elloul et [de] Tichri se combinent [pour former dix] et celles d'Av sont exemptes ; et si le nouvel an tombe le 1er Tichri, alors [celles d']Av et [d']Elloul se combinent, [et] celles de Tichri sont exemptes.

📜 Rachi (2)
וְנוֹטֵל אֶחָד מִן הָאֱלוּלִין וְלֹא שֶׁיְּכַוֵּין וְיוֹצִיאֶנּוּ בָּעֲשִׂירִי דְּהָא כְּתִיב לֹא יְבַקֵּר אֶלָּא כִּמְדֻומֶּה כְּגוֹן שֶׁמְּנָאָן רְבוּצִין אוֹ עוֹמְדִין דְּהַשְׁתָּא א"א לְכַוּוֹנֵי דְּלֶיהֱוֵי אֶחָד מִן הָאֱלוּלִין עֲשִׂירִי אֲבָל אִם הָיָה מַעֲבִירָם בְּפֶתַח תַּחַת הַשֵּׁבֶט לֹא יָדַע כִּי נָפֵיק בְּרֵישׁ עֲשָׂרָה וה"נ. אָמְרִינַן לְקַמָּן רְבוּצִין אוֹ עוֹמְדִין הֲרֵי אֵלּוּ מְעֻושָּׂרִין:
Et il prélève l'une des bêtes d'Elloul — mais [ce] n'[est] pas qu'il vise [intentionnellement] à la faire sortir en dixième, car il est écrit 'il ne fera pas de distinction' (Lev 27:33) ; [ce que la Michna vise,] c'est [le cas] approximatif, par exemple lorsqu'il les a comptées couchées ou debout, ou l'on ne peut plus viser à ce que l'une des bêtes d'Elloul soit la dixième ; mais s'il les faisait passer par une ouverture sous la verge, il ne saurait pas laquelle sort en tête de dix. Et de même nous disons plus loin : [comptées] couchées ou debout, elles sont [validement] dîmées.
וּדְאָב פְּטוּרִין דְּלֵיכָּא מֵאוֹתָהּ שָׁנָה אֶלָּא חֲמִשָּׁה:
Et celles d'Av sont exemptes — car il n'y en a de cette année-là que cinq.
🗂️ Tossefot (1)
וְנוֹטֵל אֶחָד מִן הָאֱלוּלִין וְאֵין שַׁיָּיךְ לֶאֱסֹור כָּאן מִשּׁוּם לֹא יְבַקֵּר כִּדְאָסַר אִפּוּקֵי בַּעַל מוּם בְּרֵישׁ עֲשָׂרָה בְּרֵישׁ פִּירְקִין (בְּכוֹרוֹת דַּף נג:):
Et il prélève l'une des bêtes d'Elloul — et il n'y a pas lieu d'interdire ici au titre de 'il ne fera pas de distinction' (lo yevaqer), comme on l'a interdit [pour] faire sortir un animal à défaut (baal moum) en tête de dix, au début de notre chapitre (Bekhorot 53b).
💡 Explication

Suite du cas de Rava (le daf précédent posait : 5 bêtes nées en Av, 5 en Elloul, 5 en Tichri, sans savoir si le nouvel an du bétail — Roch Hachana là-behema — tombe le 1er Elloul ou le 1er Tichri). La solution : prélever le maaser parmi les bêtes nées en Elloul. En effet Elloul se combine dans les deux hypothèses (avec Tichri si le nouvel an est le 1er Elloul, avec Av si c'est le 1er Tichri), donc on atteint dix quoi qu'il en soit. Les cinq d'Av (ou de Tichri) restent exemptes car elles n'appartiennent qu'à cinq bêtes d'une même année.

🖼️ Schéma
Le doute sur le nouvel an du bétail (1er Elloul ou 1er Tichri ?) 5 nés en Av + 5 en Elloul + 5 en Tichri = 15 bêtes. Comment dîmer ? Av : 5 année précédente Elloul : 5 le mois pivot Tichri : 5 année suivante Si 1er Elloul = Roch Hachana Elloul + Tichri = 10 -> dîme Av (5) exempt Si 1er Tichri = Roch Hachana Av + Elloul = 10 -> dîme Tichri (5) exempt Solution de Rava : prélever une bête PARMI CELLES D'ELLOUL Elloul compte dans les deux hypothèses -> le dîme est valable quoi qu'il en soit
Le prélèvement parmi les bêtes d'Elloul, valable dans les deux hypothèses.
2
מַאי אֲמַרְתְּ: לִצְטַרְפוּ לְגֹורֶן אַחֵר? עֲשִׂירִי וַדַּאי אָמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא סָפֵק.

Que dis-tu ? Qu'elles se combinent avec une autre aire [de rassemblement] ?

[Non, car] 'un dixième certain' a dit le Miséricordieux, et non un [dixième] douteux.

📜 Rachi (1)
מַאי אָמְרַתְּ לִצְטַרְפוּ הָנָךְ חֲמִשָּׁה דְּתִשְׁרֵי לְגֹורֶן אַחֵר עִם אוֹתָן שֶׁיִּוָּלְדוּ לְאַחַר כֵּן בְּאוֹתָהּ שָׁנָה עַצְמָהּ יִצְטָרְפוּ עִמָּהֶן בִּפְרוֹס הַפֶּסַח: לָא אֶפְשָׁר מִשּׁוּם דַּעֲשִׂירִי וַדַּאי אֲמַר רַחֲמָנָא דְּיִהְיֶה קוֹדֶשׁ וְלֹא סָפֵק כְּגוֹן הָכָא דְּשֶׁמָּא אֵלּוּ ה' דְּתִשְׁרֵי נִפְטְרוּ כְּבָר בְּאוֹתוֹ שֶׁנָּטַל מִן הָאֱלוּלִין דֶּאֱלוּל ר"ה:
Que dis-tu, qu'elles se combinent — ces cinq de Tichri, avec une autre aire, [c'est-à-dire] avec celles qui naîtront ensuite dans cette même année : qu'elles se combinent avec elles à l'approche de Pessa'h. [Cela n'est] pas possible, parce que 'un dixième certain' a dit le Miséricordieux — qu'il soit saint, et non douteux, comme ici, où peut-être ces cinq de Tichri ont-elles déjà été acquittées lors [du prélèvement] pris parmi celles d'Elloul, [dans l'hypothèse où] le 1er Elloul est le nouvel an.
💡 Explication

Objection contre Rava : pourquoi les cinq bêtes de Tichri sont-elles exemptes ? Qu'elles se combinent avec un autre 'goren' (une autre 'aire' de dîme, c'est-à-dire d'autres bêtes qui naîtront plus tard dans la même année, comptées à la période de Pessa'h) ! Réponse : impossible, car le verset (Lev 27:32) enseigne que le dixième doit être certain pour être saint, non douteux — or ici il se pourrait que ces cinq de Tichri aient déjà été acquittées lors du prélèvement fait parmi celles d'Elloul (si le 1er Elloul était le nouvel an).

3
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא לִגְזֹור, דִּילְמָא אָתֵי לְמִישְׁקַל מֵהָנָךְ, קָא מַשְׁמָע לַן.

[C'est] évident ! [Pourquoi Rava doit-il le préciser ?] — [C'est] que tu aurais pu dire : décrétons [une interdiction], de peur qu'il n'en vienne à prélever parmi celles-là [d'Av ou de Tichri] ; [Rava] nous enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (2)
פְּשִׁיטָא דְּמִן הָאֱלוּלִין נוֹטֵל דְּאִי מְהַנֵּהוּ דְּאָב לָא לֶיהֱוֵי עֲשִׂירִי דְּשֶׁמָּא אֱלוּל ר"ה וְלֵיכָּא מִשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה אֶלָּא ה' וְלֵיכָּא בְּהוּ דִּין מַעֲשֵׂר וְאִי מְהַנֵּהוּ דְּתִשְׁרֵי אַהָנָךְ י' דְּאָב וֶאֱלוּל דִּילְמָא תִּשְׁרֵי ר"ה וְלֵיכָּא נָמֵי דִּין מַעֲשֵׂר בְּהָנְהוּ ה' וְתוּ דְּהָנָךְ י' בְּאָב וֶאֱלוּל לָא לֶיהֱווֹ מְעֻושָּׂרִים:
Évident — que c'est parmi celles d'Elloul qu'il prélève. Car [s'il prélevait] parmi celles d'Av, [la bête] ne serait pas [validement] dixième, puisque peut-être le 1er Elloul est le nouvel an et qu'il n'y a de l'année écoulée que cinq [bêtes], en lesquelles ne s'applique pas la règle du dîme ; et [s'il prélevait] parmi celles de Tichri, sur ces dix d'Av et d'Elloul, peut-être le 1er Tichri est-il le nouvel an et la règle du dîme ne s'applique-t-elle pas non plus à ces cinq [de Tichri] — de plus, ces dix d'Av et d'Elloul ne seraient pas [validement] dîmées.
לְמִישְׁקַל מֵהָנָךְ דְּאָב וְתִשְׁרֵי:
Prélever parmi celles-là — [celles] d'Av et de Tichri.
💡 Explication

La Guemara demande : il est évident qu'on prélève parmi celles d'Elloul (seules certaines) ! Pourquoi Rava doit-il le dire ? Réponse : on aurait pu croire que les Sages décrètent qu'on ne prélève pas du tout — de peur qu'on ne prenne par erreur parmi celles d'Av ou de Tichri. Rava enseigne que les Sages ne le craignent pas.

4
מַתְנִי׳ בְּאֵי זֶה צַד מְעַשְּׂרִין? כּוֹנְסָן לַדִּיר, וְעוֹשֶׂה לָהֶם פֶּתַח קָטָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ שְׁנַיִם יְכוֹלִין לָצֵאת כְּאֶחָת, וּמוֹנִין: אֶחָד, שְׁנַיִם, שְׁלֹשָׁה, אַרְבָּעָה, חֲמִשָּׁה, שִׁשָּׁה, שִׁבְעָה, שְׁמוֹנָה, תִּשְׁעָה, וְהַיּוֹצֵא עֲשִׂירִי סוֹקֵר בְּסִיקְרָא וְאוֹמֵר: ״הֲרֵי זֶה מַעֲשֵׂר״. לֹא סְקָרוֹ בְּסִיקְרָא, וְלֹא מְנָאָן בִּשְׁבָט, אוֹ שֶׁמְּנָאָן רְבוּצִים אוֹ עוֹמְדִים — הֲרֵי אֵלּוּ מִתְעַשְּׂרִין.

MICHNA. De quelle manière prelève-t-on le dîme [du bétail] ?

On les rassemble dans un enclos (dir) et on leur ménage une petite ouverture, de sorte que deux [bêtes] ne puissent sortir ensemble ; et l'on compte : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf — et celle qui sort en dixième, on la marque à l'ocre (sikra) et l'on dit : 'celle-ci est le dîme'. S'il ne l'a pas marquée à l'ocre, ou s'il ne les a pas comptées à la verge, ou s'il les a comptées couchées ou debout — elles sont [néanmoins validement] dîmées.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' לָצֵאת כְּאֶחָד שֶׁאִם הָיוּ יוֹצְאִים כְּאֶחָד יִהְיוּ תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי מְקֻולְקָלִין כְּדִלְקַמָּן:
MICHNA. Sortir ensemble — car si elles sortaient ensemble, la neuvième et la dixième seraient gâtées [dans le compte], comme [expliqué] plus loin.
רְבוּצִים שְׁכוּבִים:
Couchées — étendues.
💡 Explication

La Michna décrit la procédure du maaser behema : rassembler les bêtes dans un enclos (dir), ménager une porte étroite pour qu'elles sortent une à une, compter jusqu'à neuf, puis marquer la dixième à l'ocre (sikra, un pigment rouge) en la désignant comme dîme. La dernière phrase pose la validité à posteriori (bediavad) : même sans ocre, sans verge, ou en comptant les bêtes couchées/debout, le dîme reste valable.

🖼️ Schéma
La méthode du dîme : l'enclos (dir) et la porte étroite Enclos (dir) — les petits à l'intérieur porte étroite un seul à la fois Le berger compte à la sortie : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ... le 10e sort -> marque à l'ocre (sikra) Les mères bient dehors ; les petits sortent d'eux-mêmes vers elles ('yaavor' : il passe de lui-même, on ne le pousse pas) Pas de légume jeté dehors : gzera à cause du lakuah (acheté) et du yatom (orphelin) — exempts du dîme sans mère qui appelle, ils resteraient dans l'enclos et ne seraient pas dîmes par erreur
La procédure de la Michna : enclos, porte étroite, comptage, marquage à l'ocre.
5
הָיָה לוֹ מֵאָה וְנָטַל עֲשָׂרָה, עֲשָׂרָה וְנָטַל אֶחָד — אֵין זֶה מַעֲשֵׂר. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מַעֲשֵׂר. קָפַץ אֶחָד מִן הַמְּנוּיִין לְתוֹכָן — הֲרֵי אֵלּוּ פְּטוּרִין, מִן הַמְעֻושָּׂרִין לְתוֹכָן — כֻּולָּם יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ, וְיֵאָכְלוּ בְּמוּמָן לַבְּעָלִים.

S'il en avait cent et en préleva dix, [ou] dix et en préleva une — ce n'est pas [un] dîme. Rabbi Yossi bar Rabbi Yehouda dit : c'est [un] dîme.

Si l'une des bêtes déjà comptées a bondi de nouveau parmi elles [les non comptées] — elles sont [toutes] exemptes ; [si l'une] des bêtes déjà dîmées [a bondi] parmi elles — toutes paîtront jusqu'à devenir défectueuses (yistaeevou), et seront mangées, avec leur défaut, par leurs propriétaires.

📜 Rachi (4)
וְנָטַל עֲשָׂרָה עֲשָׂרָה כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא מְנָאָן אֶחָד שְׁנַיִם ג' אֶלָּא י' בְּבַת אַחַת נָטַל בְּכָל פַּעַם וּפַעַם וּמִכָּל עֲשָׂרָה נָטַל אֶחָד לְמַעֲשֵׂר אֵין זֶה מַעֲשֵׂר מִשּׁוּם דְּצָרִיךְ לִמְנוֹתָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא עֲשִׂירִי לְמִנְיָנָא קוֹדֶשׁ:
En préleva dix, dix — c'est-à-dire qu'il ne les a pas comptées un, deux, trois, mais qu'il en a pris dix à la fois à chaque tournée, et que de chaque dizaine il en a prélevé une pour le dîme : ce n'est pas [un] dîme, parce qu'il faut les compter pour que la dixième du compte soit [ce qui devient] saint.
טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
La raison de Rabbi Yossi est expliquée dans la Guemara.
מִן הַמְּנוּיִין מֵאוֹתָן שֶׁכְּבָר עָבְרוּ בְּפֶתַח תַּחַת הַשֵּׁבֶט אע"פ שֶׁאֵינָן עֲדַיִין מְעֻושָּׂרִין וּכְגוֹן שְׁמֹנָה וְחָזַר אֶחָד מֵהֶן וְקָפַץ לְתוֹךְ הַדִּיר דְּהַמְּנוּיִין הָוְייָן פְּטוּרִין בְּמִנְיָן הָרָאוּי כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ' וּמִשּׁוּם דְּאֵין יָדוּעַ אֵיזֶה הַפָּטוּר לְכָךְ כָּל מַה שֶׁבַּדִּיר פְּטוּרִין:
Parmi celles déjà comptées — parmi celles qui sont déjà passées par l'ouverture sous la verge, bien qu'elles ne soient pas encore dîmées ; par exemple lorsqu'il en a compté [plusieurs] et que l'une d'elles est revenue bondir dans l'enclos : les [bêtes] comptées sont exemptes 'par le compte adéquat' (mnian ha-raouy), comme l'explique la Guemara ; et parce qu'on ne sait pas laquelle est l'exemptée, tout ce qui est dans l'enclos est exempt.
מִן הַמְעֻושָּׂרִין מִן הַמְעֻושָּׁרוֹת גּוּפַיְיהוּ:
Parmi celles déjà dîmées — parmi les [bêtes] dîmées elles-mêmes.
💡 Explication

Deux cas litigieux et un cas de mélange :

(1) S'il prend dix bêtes sur cent, ou une sur dix, en bloc (sans les compter une à une), ce n'est pas un dîme valable pour les Sages ; R. Yossi bar R. Yehouda le valide. La Guemara expliquera son raisonnement (segment 10).

(2) Si une bête déjà comptée (mais pas encore dîmée) rebondit parmi les non comptées : toutes sont exemptes (mnian ha-raouy — car le compte requis a été perturbé). (3) Si la bête déjà dîmée (la dixième) rebondit et se mélange : impossible de l'identifier, donc toutes doivent paître jusqu'à contracter un défaut, puis être consommées par leur propriétaire à l'état défectueux.

6
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בְּאֵי זֶה צַד מְעַשֵּׂר? כּוֹנְסָן לַדִּיר, וְעוֹשֶׂה לָהֶם פֶּתַח קָטָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ שְׁנַיִם יְכוֹלִין לָצֵאת כְּאֶחָד, אִימּוֹתֵיהֶם מִבַּחוּץ וְהֵם מִבִּפְנִים, וְגוֹעוֹת, וְיוֹצְאוֹת לִקְרַאת אָמֵן.

GUEMARA. Les Sages ont enseigné : de quelle manière prelève-t-on le dîme ?

On les rassemble dans un enclos et on leur ménage une petite ouverture, de sorte que deux [bêtes] ne puissent sortir ensemble ; leurs mères [sont] à l'extérieur et elles [les petits] à l'intérieur, et [les mères] bient, et [les petits] sortent à la rencontre de leur mère.

💡 Explication

La baraita précise le dispositif : les mères sont placées dehors et les petits dedans l'enclos. Les mères bient (gouot), et les petits sortent d'eux-mêmes vers elles par la porte étroite — assurant ainsi qu'ils passent un à un, de leur propre mouvement.

7
וְלַפְקִינְהוּ אִינְהוּ! ״יַעֲבֹור״ כְּתִיב, וְלֹא שֶׁיַּעֲבִירוּהוּ.

Mais qu'il les fasse sortir lui-même [en les poussant] ! [Non :] 'il passera' (yaavor) est écrit — et non 'qu'on le fasse passer'.

💡 Explication

Objection : pourquoi ce dispositif ? Que le propriétaire pousse lui-même les bêtes dehors ! Réponse tirée du verset (Lev 27:32) : il est écrit 'yaavor' — 'ce qui passe [de soi-même] sous la verge' — et non 'qu'on le fasse passer'. La bête doit passer de son propre mouvement, non poussée.

8
וְלִשְׁדֵּי לְהוּ יַרְקָא וְלִיפְּקוּ לְוָתֵיהּ! אָמַר רַב הוּנָא: גְּזֵירָה מִשּׁוּם לָקוּחַ וּמִשּׁוּם יָתוֹם.

Mais qu'on leur jette un légume [dehors] et qu'elles sortent vers lui ! Rav Houna dit : [c'est une] gzera (mesure préventive) à cause de l'acheté (lakuah) et à cause de l'orphelin (yatom).

📜 Rachi (1)
גְּמ' יָתוֹם שֶׁמֵּתָה אִמּוֹ קֹודֶם שֶׁנּוֹלַד וְהַשְׁתָּא אִי הֲוָה שָׁדוּ יַרְקָא הֲוָה נָפֵיק נָמֵי יָתוֹם דְּמִיפְּטַר ואע"ג דְּאִיכָּא יָתוֹם דְּמִיחַייַּב כְּגוֹן שֶׁנּוֹלַד וְאַחַ"כּ מֵתָה אִמּוֹ וְהַהוּא לָא נָפֵיק אֶלָּא ע"י יַרְקָא מ"מ בְּהָא דְּמַעֲמִיד אִמּוֹתֵיהֶן שֶׁל אֵלּוּ מִבַּחוּץ לֶיהֱוֵי לֵיהּ הֶכֵּירָא וְיִהְיֶה נִזְכָּר דְּיָתוֹם וְלָקוּחַ לָאו בְּנֵי עִשּׂוּרֵי נִינְהוּ:
GUEMARA. Orphelin — dont la mère est morte avant qu'il ne naisse. Or maintenant, si l'on jetait un légume, l'orphelin sortirait aussi, [lui] qui est exempt ; et bien qu'il existe un orphelin qui est [pourtant] assujetti — par exemple celui qui est né puis dont la mère est morte ensuite, et qui, [lui], ne sort que grâce au légume — néanmoins, par ce dispositif où l'on place à l'extérieur les mères de ceux-ci, il y aura pour lui un repérage (heker) et il se souviendra que l'orphelin et l'acheté ne sont pas assujettis au dîme.
💡 Explication

Autre objection : pourquoi les mères ? Qu'on jette un légume dehors et les petits sortiront pour le manger ! Réponse de Rav Houna : c'est une gzera (décret préventif) à cause du lakuah (l'animal acheté) et du yatom (l'orphelin, dont la mère est morte avant sa naissance) — tous deux exempts du dîme. Sans mère pour les appeler, ces bêtes exemptes resteraient dans l'enclos ; le dispositif des mères sert de repérage (heker) pour ne pas les dîmer par erreur.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: ״כֹּל אֲשֶׁר יַעֲבֹר תַּחַת״ — פְּרָט לַטְּרֵיפָה שֶׁאֵינָהּ עוֹבֶרֶת תַּחַת הַשָּׁבֶט. מִצְוָה לִמְנוֹתָן בִּשְׁבָט. לֹא מְנָאָן בְּשֵׁבֶט, אוֹ שֶׁמְּנָאָן רְבוּצִים אוֹ עוֹמְדִים, מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״הָעֲשִׂירִי קֹדֶשׁ״ — מִכָּל מָקוֹם.

Les Sages ont enseigné : 'tout ce qui passe sous [la verge]' (Lev 27:32) — à l'exclusion de la teréifa, qui ne passe pas sous la verge. C'est une mitsva de les compter à la verge.

[Mais] s'il ne les a pas comptées à la verge, ou s'il les a comptées couchées ou debout — d'où [sait-on qu'elles sont dîmées] ? L'enseignement dit : 'le dixième sera saint' — en tout cas (mikol maqom).

📜 Rachi (1)
טְרֵיפָה אֵינָהּ עוֹבֶרֶת כְּגוֹן שֶׁנִּשְׁבְּרוּ רַגְלֶיהָ מִן הָאַרְכֻּובָּה וּלְמַעְלָה וְלָא מָצֵי לְמֵיזַל:
La teréifa ne passe pas — par exemple lorsque ses pattes ont été brisées à partir du genou et au-dessus, et qu'elle ne peut plus marcher.
💡 Explication

Une baraita dérive deux points du verset (Lev 27:32) : (1) 'tout ce qui passe sous la verge' exclut la teréifa (bête atteinte d'une lésion mortelle) qui, physiquement, ne peut passer sous la verge — elle ne peut donc être consacrée comme dîme. (2) Compter à la verge est une mitsva (à priori) ; mais si on ne l'a pas fait (ni à la verge, ni debout/couchées), le verset 'le dixième sera saint' enseigne la validité en tout cas (mikol maqom) — c'est-à-dire à posteriori.

10
וְאֵין לִי אֶלָּא שֶׁקְּרָא שְׁמוֹ ״עֲשִׂירִי״, לֹא קָרָא שְׁמוֹ ״עֲשִׂירִי״ מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר ״יִהְיֶה קֹדֶשׁ״ מִכָּל מָקוֹם. יָכוֹל הָיוּ לוֹ מֵאָה וְנָטַל עֲשָׂרָה, עֲשָׂרָה וְנָטַל אֶחָד, יָכוֹל יִהְיוּ מְעֻושָּׂרִין? תַּלְמוּד לוֹמַר ״עֲשִׂירִי״, וְאֵין זֶה עֲשִׂירִי. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מַעֲשֵׂר.

Et je n'ai [ainsi] que [le cas] où il a appelé son nom 'dixième' ; [mais] s'il n'a pas appelé son nom 'dixième', d'où [sait-on qu'elle est dîme] ? L'enseignement dit : 'il sera saint' — en tout cas.

On aurait pu penser : [s']il en avait cent et en préleva dix, [ou] dix et en préleva une — [j'aurais pu] penser qu'elles seraient [validement] dîmées ? L'enseignement dit : 'le dixième' — et celle-ci n'est pas 'le dixième'.

Rabbi Yossi bar Rabbi Yehouda dit : c'est [un] dîme.

📜 Rachi (1)
ה"ג יָכוֹל הָיוּ לוֹ מֵאָה וְכוּ':
On enseigne ainsi : 'On aurait pu penser : s'il en avait cent...' etc.
💡 Explication

La baraita poursuit sur deux points à posteriori : (1) Même sans avoir nommé la bête 'dixième', elle est sainte, car le verset dit 'il sera saint — en tout cas'. (2) En revanche, prendre dix sur cent (ou une sur dix) en bloc ne vaut pas dîme : le verset dit 'le dixième' — or une bête prise sans comptage n'est pas 'la dixième'. R. Yossi bar R. Yehouda conteste et valide même ce prélèvement.

11
מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה? סָבַר לֵיהּ כְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל, דְּתַנְיָא: אַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל אוֹמֵר: ״וְנֶחְשַׁב לָכֶם תְּרוּמַתְכֶם״ — בִּשְׁתֵּי תְּרוּמוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר, אַחַת תְּרוּמָה גְּדוֹלָה, וְאַחַת תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר.

Quel est le raisonnement de Rabbi Yossi bar Rabbi Yehouda ? Il tient comme Abba Elazar ben Gomel, ainsi qu'il a été enseigné : Abba Elazar ben Gomel dit : 'et votre prélèvement (teroumah) vous sera compté' (Nb 18:27) — de deux teroumot parle l'Écriture : l'une [est] la teroumah guedola, et l'autre la teroumat maaser.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁתֵּי תְּרוּמוֹת ואע"ג דְּלָא כְּתִיב הַאי קְרָא דִּתְרוּמַתְכֶם אֶלָּא בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר נָפְקָא לָן דְּמַיְירֵי בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה מִדִּכְתִיב כַּדָּגָן מִן הַגֹּורֶן כְּלוֹמַר כִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה שֶׁנּוֹטֵל יִשְׂרָאֵל מִגָּרְנוֹ וְהַשְׁתָּא אִיתַּקַּשׁ תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר לִתְרוּמָה גְּדוֹלָה לְהַאי מִילְּתָא דְּמַה תְּרוּמָה גְּדוֹלָה וְכוּ':
De deux teroumot — et bien que ce verset 'votre prélèvement' ne soit écrit qu'à propos de la teroumat maaser, nous déduisons qu'il parle [aussi] de la teroumah guedola, du fait qu'il est écrit 'comme le grain de l'aire' (Nb 18:27), c'est-à-dire : comme la teroumah guedola que l'Israélite prélève de son aire. Et dès lors la teroumat maaser est comparée (huqcha) à la teroumah guedola sur ce point : de même que la teroumah guedola, etc.
💡 Explication

La Guemara explique R. Yossi bar R. Yehouda : il suit Abba Elazar ben Gomel. Celui-ci lit le verset 've-nehchav lakhem teroumatkhem' (Nb 18:27) — le pluriel 'votre' — comme parlant de deux teroumot : la teroumah guedola (le grand prélèvement, pris par l'Israélite sur son aire) et la teroumat maaser (le prélèvement du dixième du dîme, pris par le Levi). Le verset les compare (heqech).

12
כְּשֵׁם שֶׁהַתְּרוּמָה גְּדוֹלָה נִיטֶּלֶת בְּאֹומֶד וּבְמַחְשָׁבָה —

De même que la teroumah guedola est prélevée à l'estimation (oumed) et par la pensée (mahshava) —

📜 Rachi (2)
בְּאֹומֶד שֶׁמְּאַמֵּד בְּדַעְתּוֹ כָּךְ וְכָךְ יֵשׁ בַּכְּרִי הַזֶּה וּלְפִי אֻומְדָּנוּתוֹ נוֹטֵל תְּרוּמָה:
À l'estimation — [c'est-à-dire] qu'il évalue en son esprit : il y a tant et tant dans ce tas, et selon son estimation il prélève la teroumah.
בְּמַחְשָׁבָה שֶׁמְּחַשֵּׁב [וְאוֹמֵר] שְׁנֵי לֻוגִּין שֶׁאֲנִי עָתִיד לְהַפְרִישׁ הֲרֵי הֵן תְּרוּמָה כִּדְאָמְרִינַן (דְּמַאי פ"ז מ"ד) לְגַבֵּי לוֹקֵחַ יַיִן מִבֵּין הַכּוּתִים וּלְהָכִי קָרֵי לֵיהּ מַחְשָׁבָה מִשּׁוּם דְּאֵינוֹ מוֹנֶה אוֹתָן אִי נָמֵי נוֹתֵן עֵינָיו בְּצַד זֶה וְאוֹכֵל בְּצַד אַחֵר. וְתַרְוַיְיהוּ אֹומֶד וּמַחְשָׁבָה נָפְקָא לָן מִוְּנֶחְשַׁב:
Par la pensée — qu'il pense [et dit] : 'les deux logs que je vais prélever, les voici teroumah', comme nous disons (Demai 7:4) à propos de celui qui achète du vin auprès des Couthéens ; et [le texte] appelle cela 'pensée' parce qu'il ne les compte pas. Ou bien : il pose les yeux sur ce côté-ci et mange de l'autre. Et ces deux [modes], l'estimation et la pensée, nous les déduisons de 've-nehchav' (et [cela] sera compté / pensé).
🗂️ Tossefot (1)
כְּשֵׁם שֶׁהַתְּרוּמָה גְּדוֹלָה נִיטֶּלֶת מֵאֹומֶד מִן הַתּוֹרָה אֵין שַׁיָּיךְ בָּהּ אֹומֶד דְּחִטָּה אַחַת פּוֹטֶרֶת אֶת הַכְּרִי וְלֹא נָתְנָה בָּהּ תּוֹרָה שִׁיעוּר דְּרֵאשִׁית דְּגָנְךָ כְּתִיב (דְּבָרִים יח) אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר שַׁיָּיךְ אֹומֶד שֶׁשִּׁיעוּרָהּ כָּתוּב (בַּמִּדְבָּר י״ח:כ״ו) מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר וּבִתְרוּמָה גְּדוֹלָה נָמֵי תִּקְּנוּ חֲכָמִים שִׁיעוּר שַׁייָּךְ בָּהּ אֹומֶד וּמִיהוּ בָּזֶה אֵין לְהַקְשׁוֹת תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר לִתְרוּמָה גְּדוֹלָה שֶׁיּוֹעִיל בְּמִתְכַּוֵּין חִטָּה אַחַת דְּהָא כְּתִיב מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר וּמִיהוּ אִם בְּמִתְכַּוֵּין מוֹסִיף לִכְאוֹרָה מְהַנֵּי דִּלְהָכִי מַקִּישׁ לִתְרוּמָה גְּדוֹלָה דְּנִטֶּלֶת מֵאֹומֶד לְמִצְוָה כְּדֵי שֶׁיִּתְרֹום בְּעַיִן יָפָה שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁיָּרֵא שֶׁלֹּא יִטֹּול פָּחוֹת נוֹטֵל בְּעַיִן יָפָה כְּדִתְנַן פ"ק דִּתְרוּמוֹת (מִשְׁנָה ז) אֵין תּוֹרְמִין לֹא בְמִדָּה וְלֹא בְּמִשְׁקָל וְלֹא בְּמִנְיָן וּבַתּוֹסֶפְתָּא גָּרַס מַה תְּרוּמָה גְּדוֹלָה אֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בְּאֹומֶד וּבְמַחֲשָׁבָה וְכֵן גָּרַס ר"ת וְגָרַס עֲלָהּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בפ"ק דִּתְרוּמוֹת תָּנֵי ר"א בֶּן גּוֹמֵל לֹא בְּמִדָּה כו' וּפֶרֶק כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת דַּף נה. וְשָׁם) מְסַיֵּים בַּבָּרַייְתָא דִּשְׁמַעְתִּין וּמַה תְּרוּמָה גְּדוֹלָה בְּעַיִן יָפָה כּוּ' וְהָתָם א"ר אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל תּוֹרְמִים תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר תְּאֵנִים עַל גְּרוֹגָרוֹת בְּמִנְיָן וּגְרוֹגָרוֹת עַל תְּאֵנִים בְּמִדָּה מִשּׁוּם עַיִן יָפָה וְלָא נְקַט אֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בְּמַחְשָׁבָה וּבְאֹומֶד אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיַּעֲשֶׂה בְּעַיִן יָפָה וא"ת סוֹף פֶּרֶק כָּל הַגֵּט (גִּיטִּין דַּף ל: וְשָׁם) דִּמְפָרֵשׁ אַבַּיֵּי יִשְׂרָאֵל שֶׁאָמַר לְבֶן לֵוִי כָּךְ אָמַר לִי אַבָּא מַעֲשֵׂר יֵשׁ לְךָ בְּיָדִי אוֹ מַעֲשֵׂר לְאָבִיךְ בְּיָדִי חוֹשְׁשִׁין לִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁבּוֹ כֵּיוָן דְּלָא קָייֵץ לָא [הָוֵי] מְתַקֵּין לֵיהּ כֹּור מַעֲשֵׂר לְאָבִיךְ בְּיָדִי אוֹ כֹּור מַעֲשֵׂר יֵשׁ לְךָ בְּיָדִי אֵין חוֹשְׁשִׁין לִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁבּוֹ כֵּיוָן דְּקָייֵץ תִּקּוּנֵי תַּקְּנֵיהּ וּמוּקֵי לֵהּ כְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל דְּמַקִּישׁ תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר לִתְרוּמָה גְּדוֹלָה וּכְשֵׁם שֶׁיֵּשׁ לוֹ [רְשׁוּת] לבעה"ב לִתְרֹום תְּרוּמָה גְּדוֹלָה כָּךְ יֵשׁ לוֹ [רְשׁוּת] לִתְרֹום תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר וְהַשְׁתָּא כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר בְּאֹומֶד א"כ בְּלֹא קָיֵיץ נָמֵי נִיחוּשׁ דִּילְמָא תִּיקֵּן מֵאֹומֶד י"ל נְהִי דְּעַל בֶּן לֵוִי מִצְוָה לַעֲשׂוֹת בְּעַיִן יָפָה מ"מ בעה"ב אֵין לוֹ לַעֲשׂוֹת עַיִן יָפָה בְּשֶׁל אֲחֵרִים וַאֲפִילּוּ יֵשׁ לוֹ רְשׁוּת אֵין לַעֲשׂוֹת לְהוֹצִיא עַצְמוֹ מִתַּרְעָומְתָּן שֶׁל כֹּהֵן וְלֵוִי שֶׁלֹּא יִתְרַעֲמוּ עָלָיו זֶה אוֹ זֶה אִם יִטְעֶה בְּאֹומֶד שֶׁלּוֹ וא"ת פ"ד דִּתְרוּמוֹת (מ"ו) הָא דִּתְנַן הַמּוֹנֶה מְשֻׁובָּח וְהַמּוֹדֵד מְשֻׁובָּח הֵימֶנּוּ וְהַשּׁוֹקֵל מְשֻׁובָּח מִשְּׁלָשְׁתָּן וּבַיְּרוּשַׁלְמִי פ"ק דִּתְרוּמוֹת מַקְשֶׁה לָהּ וּמְשַׁנֵּי כָּאן לִתְרוּמָה גְּדוֹלָה כָּאן לִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר וְתָנֵי ר"א בֶּן גּוֹמֵל מִנַּיִן שֶׁאֵין תּוֹרְמִין לֹא בְמִדָּה וְלֹא בְּמִנְיָן וְלֹא בְּמִשְׁקָל ת"ל וְנֶחְשַׁב לָכֶם תְּרוּמַתְכֶם וַהֲרֵמֹותֶם בְּמַחְשָׁבָה אַתָּה תּוֹרֵם וְאֵין אַתָּה תּוֹרֵם בְּמִשְׁקָל בְּמִדָּה וּבְמִנְיָן פֵּירוּשׁ הַהִיא דְּאֵין תּוֹרְמִין בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה דלכ"ע מִצְוָתָהּ מֵאֹומֶד וְהַהִיא דְּהַמּוֹנֶה מְשֻׁובָּח בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר וּכְרַבָּנָן וְהָא דְּמַיְיתִי בָּרַייְתָא דְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּפְלִיגִי בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר וא"ת דְּבַיְּרוּשַׁלְמִי אָמַר אַהַהִיא דְּהַמּוֹנֶה מְשֻׁובָּח מִמַּאי הוּא מְשֻׁובָּח אָמַר רַב הוּנָא מִן הַתּוֹרֵם בְּאֹומֶד מַשְׁמַע דְּמֵאֹומֶד הָוֵי תְּרוּמָה אֶלָּא שֶׁהַמּוֹנֶה מְשֻׁובָּח וְאָמַר נָמֵי הָתָם א"ר הִלֵּל מַתְנֵי' אָמְרָה כֵּן וְהַשּׁוֹקֵל מְשֻׁובָּח מִשְּׁלָשְׁתָּן פִּי' מִכְּלָל דְּאִיכָּא שְׁלֹשָׁה בַּר מִשּׁוֹקֵל וא"ר חֲנִינָא תִּפָּתֵר בִּשְׁלָשְׁתָּן וְלֵית ש"מ כְּלוּם וְאִי לְרַבָּנָן לְדִידְהוּ אֵין תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר מֵאֹומֶד וְאִי כְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל הָאָמַר דְּמִצְוָה לַעֲשׂוֹת מֵאֹומֶד וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דלר"א בֶּן גּוֹמֵל נַמֵּי לָא יָלְפִינַן אֶלָּא דְּמוֹעִיל מֵאֹומֶד וְלֹא דְּשַׁוְיָה מִצְוָה מֵאֹומֶד וְהַשְׁתָּא הָא דִּמְשַׁנֵּי כָּאן בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה כָּאן בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר הַיְינוּ כר"א בֶּן גּוֹמֵל וְנִיחָא הַשְׁתָּא הָא דְּמַיְיתֵי עֲלָהּ בָּרַייְתָא דְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל א"נ מוֹדוּ רַבָּנָן לְאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל דְּמֵאֹומֶד הָוֵי תְּרוּמָה אֲבָל אֵין מִצְוָה לַעֲשׂוֹת מֵאֹומֶד וא"ת וְהֵיכִי שָׁרוּ רַבָּנָן לַעֲשׂוֹת מֵאֹומֶד א"כ הו"ל מַרְבֶּה מַעַשְׂרוֹת יֵשׁ לוֹמַר הַיְינוּ בְּמַרְבֶּה בְּמִתְכַּוֵּין אֲבָל כְּשֶׁמִּתְכַּוֵּין לְאֹומֶד יָפֶה לָא חֲשִׁיב מְרַבֶּה וּמִיהוּ בְּמִידִי דְּשָׁרֵי מֵאֹומֶד מַשְׁמַע פ' כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת דַּף נד: וְשָׁם) דְּלָא חָיְישִׁינַן אִי מַרְבֶּה אַף בְּמִתְכַּוֵּין דְּהָא קָתָנֵי תּוֹרְמִין תְּאֵנִים עַל גְּרוֹגָרוֹת בְּמִנְיָן וּפָרִיךְ דהו"ל מַרְבֶּה עַל הַמַּעַשְׂרוֹת וּבִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר אַיְירֵי כִּדְמוֹכַח סֵיפָא וּמְשַׁנֵּי אַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל הִיא וּמִשּׁוּם עַיִן יָפָה וְהָתָם בְּמִתְכַּוֵּין מְרַבֶּה וְכָל מַה שֶׁיִּרְצֶה לְהַרְבּוֹת חָשׁוּב עַיִן יָפָה וְנִרְאֶה דְּלֵית לֵיהּ כִּדְאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל הַמַּרְבֶּה בַּמַּעַשְׂרוֹת מְעֻשְּׂרוֹתָיו מְקֻולְקָלִין דִּבְמַעֲשֵׂר נָמֵי שָׁרִי מֵאֹומֶד כִּדְמוֹכַח בִּשְׁמַעְתִּין כִּדְקָאָמַר וּמַעֲשֵׂר קַרְיֵהּ רַחֲמָנָא תְּרוּמָה דִּכְתִיב בּוֹ אֶת מַעְשַׂר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יָרִימוּ לַה' תְּרוּמָה וּבְמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן אַיְירֵי דִּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ דִּקְרָא נָתַתִּי לַלְוִיִּם לְנַחֲלָה וְקָשֶׁה אַסֻּוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין לָמָּה לִי [לְאוֹקְמָא] הָכִי דְּר"א בֶּן גּוֹמֵל וְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אִית לְהוּ דַּהֲדָדִי לֵימָא דְּאִיתַּקַּשׁ מַעְשַׂר בְּהֵמָה לְמַעֲשֵׂר דָּגָן מַה מַעְשַׂר דָּגָן אֶחָד מֵעֲשָׂרָה אַף מַעְשַׂר בְּהֵמָה אֶחָד מֵעֲשָׂרָה בְּלֹא הַעֲבָרָה תַּחַת הַשֵּׁבֶט אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ עֶשֶׂר לְפָנָיו וְנוֹטֵל אֶחָד מֵהֶם י"ל מַיְיתֵי דְּאַבָּא אֶלְעָזָר לוֹמַר דְּיָלְפִינַן תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה לְעִנְיַן אֹומֶד אע"פ שֶׁאֵין סְבָרָא לְלַמֵּד (לְגַבֵּי) הָכִי דִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה אֵין לָהּ שִׁיעוּר וּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר יֵשׁ לָהּ שִׁיעוּר וּמַקְּשִׁינַן לְהוּ אַהֲדָדֵי אע"ג דְּהָוֵי [כְּעֵין] אֶפְשָׁר (מֵאֹומֶד אֶפְשָׁר) מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר וְהָכִי נָמֵי יָלְפִינַן מַעְשַׂר בְּהֵמָה מִמַּעְשַׂר דָּגָן דְּמַפְּקִינַן קְרָא מְמֻשְׁמְעוֹתֶיהָ דִּכְתִיב כֹּל אֲשֶׁר יַעֲבֹור וּפִי' זֶה אֵינוֹ מִתְייַשֵּׁב לַלֵּב וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דלר"י בְּר' יְהוּדָה הָוֵי מַעֲשֵׂר אע"פ שֶׁאֵין שָׁוִין בְּמַכְנִיס לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר דְּמִסְּתָמָא אָז אֵין דַּרְכָּם לִהְיוֹת שָׁוִין הִילְכָּךְ צְרִיכָה לְאוֹקוֹמֵהּ כְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גּוֹמֵל דְּשָׁרֵי מֵאֹומֶד וְלָא חָייֵשׁ לַמַּרְבֶּה בַּמַּעַשְׂרוֹת כִּדְפָרֵישִׁית אוֹ לְכָל הַפָּחוֹת שָׁרִי בְּעַיִן יָפָה כְּדַאי' בְּהֶדְיָא בִּמְנָחוֹת (דַּף נד:) וְאִי לָאו דְּאַבָּא אֶלְעָזָר אָמֵינָא אע"ג דִּבְמַעֲבִיר לָא חָייְשִׁינַן בְּשָׁוִין בְּכִי הַאי גַּוְנָא שֶׁנּוֹטֵל אֶחָד מֵעֲשָׂרָה דְּיָלְפִינַן מִמַּעְשַׂר דָּגָן בָּעֵינַן שָׁוִין וא"ת כֵּיוָן דְּאַבָּא אֶלְעָזָר שָׁרִי אֲפִילּוּ בְּמַעֲשֵׂר אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְאוֹקוֹמֵי בִּמְנָחוֹת (שָׁם) הָא דְּאָמַר ר' אֶלְעָזָר בַּר' יוֹסֵי אַבָּא הָיָה נוֹטֵל עֲשָׂרָה גְּרוֹגְרוֹת שֶׁבַּמַּקְצוּעַ עַל תִּשְׁעִים שֶׁבַּכַּלְכַּלָּה וְהַיְינוּ בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר לוֹקְמֵהּ בְּמַעֲשֵׂר גּוּפָהּ י"ל נְהִי דָּר' יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר מַעֲשֵׂר כַּיּוֹצֵא בוֹ אָמַר דִּילְמָא אַבָּא אֶלְעָזָר לֵית לֵיהּ הַהוּא סְבָרָא וְעוֹד נִיחָא לֵיהּ לְאוֹקְמָה בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר מִשּׁוּם דְּמוּכָח רֵישָׁא דְּבִתְרוּמָה אַיְירֵי מִדְּקָתָנֵי תּוֹרְמִין:
De même que la teroumah guedola est prélevée à l'estimation — [selon] la Torah, l'estimation ne s'y applique pas [à proprement parler], car un seul grain [de blé] exempte tout le tas et la Torah n'y a pas fixé de mesure, puisqu'il est écrit 'les prémices de ton grain' (Dt 18:4) [sans quantité] ; c'est plutôt parce qu'à la teroumat maaser l'estimation s'applique — son taux étant écrit, 'un dixième du dîme' (Nb 18:26) — et qu'à la teroumah guedola aussi les Sages ont fixé un taux [d'usage], [que] l'estimation s'y applique. Toutefois, il ne faut pas objecter [en voulant] comparer la teroumat maaser à la teroumah guedola au point qu'un seul grain, [prélevé] à dessein, y suffise, car il est écrit 'un dixième du dîme' ; mais si, à dessein, il [en] ajoute, cela vaut vraisemblablement, [et] c'est pourquoi on la compare à la teroumah guedola qui est prélevée à l'estimation, [en un sens] de mitsva, afin qu'il prélève d'un bon œil (ayin yafa) : car, craignant d'en prélever trop peu, il prélève généreusement, comme nous l'avons appris au premier chapitre de Teroumot (michna 7) : 'on ne prélève la teroumah ni à la mesure, ni au poids, ni au nombre'. Et dans la Tossefta on lit : 'de même que la teroumah guedola n'est prélevée qu'à l'estimation et par la pensée', et ainsi lit Rabbenou Tam ; et l'on enseigne là-dessus dans le Yerouchalmi, au premier chapitre de Teroumot : 'R. Elazar ben Gomel enseigne : ni à la mesure, etc.'. Et au chapitre 'Kol ha-menahot baot matsa' (Menahot 55a) [la Guemara] achève la baraita de notre sougya par : 'de même que la teroumah guedola [se prélève] d'un bon œil, etc.', et là R. Elazar ben Gomel dit : 'on prélève la teroumat maaser [en donnant] des figues [sèches] pour des figues fraîches au nombre, et des figues fraîches pour des sèches à la mesure, en raison du bon œil' — et il ne dit pas 'elle n'est prélevée qu'à la pensée et à l'estimation', mais [seulement] afin qu'on agisse d'un bon œil. Et si tu demandes : à la fin du chapitre 'Kol ha-gett' (Guittin 30b), où Abaye explique : un Israélite qui a dit à un Levi 'ainsi m'a dit mon père : j'ai du maaser chez toi', ou 'du maaser [revenant] à ton père chez toi' — on se soucie de la teroumat maaser [comprise] en lui, puisque [le montant] n'est pas fixé (lo qayets), on ne le régularise pas ; [mais s'il a dit] 'un kor de maaser [revenant] à ton père chez toi' ou 'un kor de maaser j'ai chez toi', on ne se soucie pas de la teroumat maaser en lui, puisque [le montant] est fixé (qayets), [le père] l'a [déjà] régularisé — et [la Guemara] l'établit selon Abba Elazar ben Gomel qui compare la teroumat maaser à la teroumah guedola : de même que le maître de maison a le droit de prélever la teroumah guedola, de même a-t-il le droit de prélever la teroumat maaser. Or maintenant, puisque c'est possible à l'estimation, alors, même [dans le cas] non fixé (lo qayets), craignons qu'il ne l'ait régularisé à l'estimation ! On peut répondre : certes, pour le Levi, c'est une mitsva d'agir d'un bon œil ; néanmoins le maître de maison n'a pas à faire preuve de générosité avec le bien d'autrui, et même s'il en a le droit, il ne le fait pas, pour se soustraire aux récriminations du kohen et du Levi, afin qu'aucun des deux ne se plaigne de lui s'il se trompait dans son estimation. Et si tu demandes [d'après] le chapitre 4 de Teroumot (michna 6), ce que nous avons appris : 'celui qui compte [en prélevant] est loué, celui qui mesure est plus loué que lui, et celui qui pèse est plus loué que les trois' — et dans le Yerouchalmi (Teroumot ch. 1) on l'objecte et l'on répond : ici [il s'agit] de la teroumah guedola, là [il s'agit] de la teroumat maaser ; et R. Elazar ben Gomel enseigne : 'd'où [sait-on] qu'on ne prélève la teroumah ni à la mesure, ni au nombre, ni au poids ? L'enseignement dit : 'et votre prélèvement vous sera compté / pensé... et vous prelverez' (Nb 18:27) — c'est par la pensée que tu prélèves, et tu ne prélèves ni au poids, ni à la mesure, ni au nombre'. Explication : ce [texte disant] 'on ne prélève pas [à la mesure]' vise la teroumah guedola, dont, de l'avis de tous, la mitsva [se fait] à l'estimation ; et ce [texte disant] 'celui qui compte est loué' vise la teroumat maaser, selon les Sages ; et [la baraita] rapporte l'enseignement d'Abba Elazar ben Gomel pour nous apprendre qu'ils [Sages et Abba Elazar] divergent quant à la teroumat maaser. Et si tu demandes : dans le Yerouchalmi on dit, à propos de ce 'celui qui compte est loué' — 'de quoi est-il loué ? Rav Houna dit : de [par rapport à] celui qui prélève à l'estimation', ce qui implique qu'à l'estimation [aussi] c'est [validement] teroumah, mais que celui qui compte est [seulement] loué [davantage] ; et l'on y dit aussi : R. Hillel dit : 'notre michna le dit ainsi : celui qui pèse est plus loué que les trois' — c'est-à-dire qu'il y en a trois hormis celui qui pèse ; et R. Hanina dit : 'explique-le [comme parlant] des trois, et il n'y a rien à en déduire' — [donc] si [c'est] selon les Sages, pour eux la teroumat maaser ne [se fait] pas à l'estimation, et si [c'est] selon Abba Elazar ben Gomel, il dit [pourtant] que la mitsva [se fait] à l'estimation ! Il paraît qu'il faut expliquer que, même pour R. Elazar ben Gomel, on ne déduit que [ceci] : que cela vaut à l'estimation — non que la mitsva [se fasse] à l'estimation ; et dès lors, ce qu'on répond 'ici teroumah guedola, là teroumat maaser' est [dit] selon R. Elazar ben Gomel, et l'on comprend maintenant pourquoi [la Guemara] rapporte là-dessus la baraita d'Abba Elazar ben Gomel. Ou bien : les Sages concèdent à Abba Elazar ben Gomel qu'à l'estimation c'est [validement] teroumah, mais [selon eux] il n'y a pas de mitsva à le faire à l'estimation. Et si tu demandes : comment les Sages permettent-ils de faire à l'estimation ? Alors ce serait 'celui qui multiplie les dîmes' [dont les dîmes sont gâtés] ! On peut répondre : cela [ne vaut que] pour celui qui [en] ajoute à dessein ; mais lorsqu'on vise une estimation juste, il n'est pas réputé 'multiplier'. Toutefois, dans un cas où l'estimation est permise, il ressort du chapitre 'Kol ha-menahot baot matsa' (Menahot 54b) qu'on ne se soucie pas [de savoir] s'il multiplie, même à dessein, car il y est enseigné : 'on prélève [la teroumah en donnant] des figues fraîches pour des sèches au nombre', et [la Guemara] objecte que ce serait 'multiplier sur les dîmes' — or il s'agit de teroumat maaser, comme le prouve la fin — et l'on répond : 'c'est Abba Elazar ben Gomel, et [c'est] en raison du bon œil', et là [il s'agit] de celui qui multiplie à dessein, [et] tout ce qu'il voudra ajouter est réputé 'bon œil'. Et il paraît qu'[Abba Elazar] ne tient pas comme [l'opinion selon laquelle] 'celui qui multiplie ses dîmes, ses dîmes sont gâtés', car pour le [maaser] aussi il permet l'estimation, comme le prouve notre sougya, [où] il est dit : 'et le Miséricordieux l'a appelé teroumah, comme il est écrit 'le dîme des enfants d'Israël qu'ils prélèveront pour l'Éternel en teroumah'' — et il s'agit du maaser richon, comme il est écrit à la fin du verset 'je [l']ai donné aux Lévis en héritage'. Et il y a une difficulté sur la marche de notre sougya : pourquoi faut-il l'établir ainsi [en disant] que R. Elazar ben Gomel et R. Yossi bar R. Yehouda s'accordent — disons plutôt que le maaser behema est comparé (huqach) au maaser du grain : de même que le maaser du grain [se prend] un sur dix, de même le maaser behema un sur dix, sans faire passer sous la verge, [du moment] qu'il y a dix devant lui et qu'il en prélève une ! On peut répondre : [la Guemara] rapporte [l'enseignement] d'Abba Elazar pour dire que nous déduisons que la teroumat maaser [s'apprend] de la teroumah guedola quant à l'estimation, bien qu'il ne soit pas logique de l'apprendre ainsi — car la teroumah guedola n'a pas de taux [fixé] et la teroumat maaser a un taux — et [pourtant] on les compare l'une à l'autre, quoique ce soit [comme apprendre] le possible de l'impossible ; et de même nous apprenons le maaser behema du maaser du grain, en tirant le verset hors de son sens littéral, puisqu'il est écrit 'tout ce qui passe [sous la verge]'. Mais cette explication ne satisfait pas le cœur. Et il paraît [plutôt] expliquer que, pour R. Yossi bar R. Yehouda, c'est [validement] dîme même si [les bêtes] ne sont pas égales lorsqu'on les fait entrer dans l'enclos pour être dîmées — car vraisemblablement, alors, elles n'ont pas coutume d'être égales ; il faut donc l'établir selon Abba Elazar ben Gomel qui permet l'estimation et ne se soucie pas de 'multiplier les dîmes', comme je l'ai expliqué, ou du moins [qui] permet [d'agir] d'un bon œil, comme il est [dit] explicitement dans Menahot (54b). Et n'était [l'enseignement] d'Abba Elazar, j'aurais dit : bien que, pour celui qui fait passer [les bêtes], on ne se soucie pas [qu'elles soient] égales, dans un cas tel [que celui-ci], où l'on prend une sur dix — que nous apprenons du maaser du grain — il faut qu'elles soient égales. Et si tu demandes : puisqu'Abba Elazar permet même pour le maaser [lui-même], pourquoi a-t-il fallu, dans Menahot (54b), établir ce que dit R. Elazar bar R. Yossi : 'mon père prenait dix figues sèches du coin [du panier] sur quatre-vingt-dix de la corbeille' — et c'est [de] la teroumat maaser — [pourquoi] ne pas l'établir [comme parlant] du maaser lui-même ? On peut répondre : certes R. Yossi bar R. Yehouda tient que le maaser [se prend] pareillement, [mais] qui dit qu'Abba Elazar admet ce raisonnement ? Et de plus, il lui convient de l'établir [comme parlant] de la teroumat maaser, parce que le début prouve qu'il s'agit de teroumah, du fait qu'il est enseigné 'on prélève'.
💡 Explication

Abba Elazar ben Gomel développe la comparaison (la phrase se poursuit implicitement : '...de même la teroumat maaser'). La teroumah guedola se prélève à l'estimation (be-oumed : on évalue à vue la quantité, sans mesure exacte) et par la pensée (be-mahshava : on la désigne mentalement sans séparation physique préalable). Par comparaison, il en va de même pour la teroumat maaser — d'où R. Yossi admet, pour le maaser behema, qu'on prenne 'un sur dix' sans faire passer sous la verge.

🖼️ Schéma
Pourquoi R. Yossi b. R. Yehouda valide 1 pris sur 10 sans compter Il suit Abba Elazar ben Gomel : 've-nehchav lakhem teroumatkhem' = 2 teroumot comparées Teroumah guedola prélevée à l'estimation (oumed) et par la pensée (mahshava) sans compter, mesurer ni peser Teroumat maaser comparée (heqech) à la teroumah guedola -> elle aussi vaut à l'estimation = De même, pour R. Yossi, on peut prendre 1 sur 10 sans faire passer sous la verge
L'estimation et la pensée, de la teroumah guedola à la teroumat maaser (et au maaser behema).
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).