Bekhorot 59a — le dixième sanctifie de lui-même : la thèse de Rava, le comptage apte (minyan haraui) et le 9e nommé 10e par erreur

Bekhorot 59a

Sougya : Le daf clôt d'abord l'idée que la teroumat maaser (et le maaser dagan) se prélèvent par estimation (omed) et par pensée (ma'hchava) : puisque la Torah appelle le maaser 'teroumah', et que le maaser behema est rattaché par heqech au maaser dagan, le dîme du bétail aussi se prend ainsi — d'où R. Yossei fils de R.

Yehouda tient qu'une bête non comptée, si on la prélève comme dîme, est valide. Rava énonce alors sa thèse : le dixième animal est saint de lui-même, même s'il reste dans l'enclos sans être compté ni sorti (pourvu qu'il y ait eu un comptage).

La Guemara cherche la source de Rava et teste quatre baraitot ; trois sont écartées (le verset 'asiri yihyeh kodech' pourrait ne viser que le nom 'saint' ; le 10e y était sorti ou désigné ; l'exemption des autres tient au 'minyan haraui'), et la quatrième (le 10e reste dans l'enclos et devient maaser) la fonde. Mais une autre baraita enseigne au contraire que le 9e nommé '10e' est choulin (profane) : le tana devant Rav Chechet résout que cette baraita suit R.

Chimon ben Yehouda au nom de R. Chimon, dont la position est citée et se poursuit sur 59b.

Thèse de Rava : le dixième est saint de lui-même (dans l'enclos) même s'il n'est ni sorti ni compté à voix haute, pourvu qu'il y ait eu un comptage D'où Rava tire-t-il cela ? La Guemara teste quatre sources — trois sont rejetées 1. "asiri yihyeh kodech" (mikol makom) le 10e est saint même sans être nommé rejet : peut-être nommé "saint", non "10e" 2. baraita : 9e nommé "10e", le 10e SORT 9e mangé avec défaut ; 10e = maaser rejet : là il est sorti / on l'a désigné 3. baraita : le 10e MEURT dans l'enclos tous les autres sont exemptés rejet : exemptés par "minyan haraui" 4. baraita : le 10e RESTE dans l'enclos 9e mangé avec défaut ; 10e = maaser -> source retenue (sans être sorti) Mais une autre baraita enseigne : dans ce cas, le 9e est CHOULIN (profane) ! contradiction entre les deux baraitot sur le sort du 9e nommé "10e" Le tana devant Rav Chechet : chacune suit un avis ; la 2e est R. Chimon b. Yehouda (au nom de R. Chimon — la position est citée et se poursuit sur 59b)
La thèse de Rava et les quatre sources testées : trois rejetées, la quatrième retenue, puis la contradiction résolue (segments 1-7).
On a nommé le 9e "10e" par erreur : trois scénarios pour le vrai 10e le 9e, ayant reçu un nom de maaser, est mangé seulement avec un défaut (moum) A. le 10e SORT B. le 10e MEURT (enclos) C. le 10e RESTE (enclos) il sort sans qu'on parle (désigné / individualisé) il meurt avant de sortir et sans avoir été compté il demeure à l'intérieur, jamais sorti ni nommé le 10e = maaser tous les autres exemptés le 10e = maaser le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut ne prouve rien : il est sorti / individualisé (rejeté par la Guemara) ne prouve rien : minyan haraui (comptage apte) (rejeté par la Guemara) saint sans être sorti : preuve pour Rava (mais 2e baraita : 9e choulin)
On a nommé le 9e '10e' par erreur : les trois scénarios du vrai 10e (sort / meurt / reste) et ce que chacun prouve (segments 2, 4, 6).
1
אַף תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר נִטֶּלֶת בְּאֹומֶד וּבְמַחְשָׁבָה, וּמַעֲשֵׂר קַרְייֵהּ רַחֲמָנָא תְּרוּמָה, דִּכְתִיב: ״כִּי אֶת מַעְשַׂר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יָרִימוּ לַה׳ תְּרוּמָה נָתַתִּי לַלְוִיִּם לְנַחֲלָה״, וְאִיתַּקַּשׁ מַעְשַׂר בְּהֵמָה לְמַעֲשֵׂר דָּגָן, מַה מַעְשַׂר דָּגָן נִיטָּל בְּאֹומֶד וּבְמַחְשָׁבָה — אַף מַעְשַׂר בְּהֵמָה נִיטָּל בְּאֹומֶד וּבְמַחְשָׁבָה.

de même la teroumat maaser (prélèvement du dîme) se prend par estimation (omed) et par pensée (ma'hchava). Et le maaser, le Miséricordieux l'a appelé 'teroumah', comme il est écrit : 'car le dîme des enfants d'Israël, qu'ils prélèveront pour le Seigneur en teroumah, je [l']ai donné aux Lévites en héritage' (Nb 18:24).

Et le maaser behema (dîme du bétail) est rattaché (houkach) au maaser dagan (dîme du grain) : de même que le maaser dagan se prend par estimation et par pensée, de même le maaser behema se prend par estimation et par pensée.

📜 Rachi (1)
אִיתַּקַּשׁ בְּרֵישׁ פִּירְקִין (לְעֵיל בְּכוֹרוֹת נג.) וְאֶת מַעְשְׂרֹותֵיכֶם בִּשְׁתֵּי מַעַשְׂרוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר אֶחָד מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְא' מַעְשַׂר דָּגָן:
Est rattaché (itkach) — au début du chapitre (plus haut, Bekhorot 53a) : 'et vos dîmes' (Dt 12:6) — l'Écriture parle de deux dîmes, l'un le maaser behema et l'un le maaser dagan.
🗂️ Tossefot (3)
אַף תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר נִטֶּלֶת בְּאֹומֶד וּבְמַחְשָׁבָה וא"ת וְהָא עִיקַּר מַחְשָׁבָה בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר כְּתִיב דִּכְתִיב וְנֶחְשַׁב לָכֶם תְּרוּמַתְכֶם וְהַאי קְרָא בִּלְוִיִּם כְּתִיב י"ל כְּדִכְתִיב כַּדָּגָן מִן הַגֹּורֶן דְּהַייְנוּ תְּרוּמָה גְּדוֹלָה דְּמַשְׁמַע דָּגָן שֶׁיִּשְׂרָאֵל מַפְרִישׁ מִגָּורְנוֹ מַשְׁמַע שֶׁפָּשׁוּט לוֹ יוֹתֵר בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה וּבְגִיטִּין (דַּף לא.) פ"ה הָא דְּיָלֵיף תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה לְעִנְיַן אֹומֶד הוּא דְּיָלֵיף אֲבָל מַחְשָׁבָה יָלְפִינַן בְּתַרְוַייְהוּ מִוְּנֶחְשַׁב וְנִרְאֶה דְּרַבָּנָן לָא פְלִיגִי אַאַבָּא אֶלְעָזָר לְעִנְיַן מַחֲשָׁבָה אֶלָּא לְעִנְיַן אֹומֶד ואת"ל דִּפְלִיגִי שֶׁמָּא יֵשׁ בּוֹ שׁוּם טַעַם דְּלָא מוֹקְמִי מִמִּשְׁנָה בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר אע"ג דִּכְתִיב בְּגוּפֵיהּ כִּדְאַשְׁכְּחַן לְעִנְיַן מֻוקָּף כִּדְאָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי פֶּרֶק שֵׁנִי (דִּקְרָאוּהָ כָּל הַתְּרוּמָה כֻּולָּהּ מְלַמְּדָהּ וְלִימְּדָה) חוּץ מִתְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁמְּלַמֶּדֶת וְאֵינָהּ לְמֵידָה דְּבִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר כְּתִיב מִמֶּנּוּ לוֹמַר דְּבָעֵינַן מֻוקָּף וּמוֹקְמִינַן לֵיהּ בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה וְלֹא בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר דִּבְמַס' בִּכּוּרִים (פ"ב מ"ה) תְּנַן תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שָׁוָה לַבִּכּוּרִים בִּשְׁתֵּי דְרָכִים נִטֶּלֶת מִן הַטָּהוֹר עַל הַטָּמֵא וְשֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף כַּבִּכּוּרִים וְהָא דְּפָרִיךְ בְּפֶ' כָּל הַגֵּט (גִּיטִּין דַּף ל:) גַּבֵּי תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר וְכִי נֶחְשְׁדוּ חֲבֵרִים לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף מַעֲמִיד ר"ת מִדִּבְרֵיהֶם דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא לָא בָּעֵי מֻוקָּף וּמִיהוּ נִרְאֶה דִּלְעִנְיַן מַחְשָׁבָה לָא פְלִיגִי מִדְּפָרִיךְ בְּרֵישׁ הָאִישׁ מְקַדֵּשׁ (קִדּוּשִׁין דַּף מא:) גַּבֵּי הָא דְּיָלֵיף שְׁלִיחוּת מִתְּרוּמָה מַה לִתְרוּמָה שֶׁכֵּן נִטֶּלֶת בְּמַחְשָׁבָה מַשְׁמַע דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא פָּרִיךְ וְהַייְנוּ תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר דִּכְתִיב בָּהּ אַתֶּם גַּם אַתֶּם וּמִיהוּ לְפִי מַה שֶּׁפֵּי' הַקּוּנְטְרֵס בְּמַחְשָׁבָה פְּלִיגִי דְּמִשּׁוּם מַחְשָׁבָה מוּקֵי ר' יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה בִּשְׁמַעְתִּין כְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גַּמְלָא וּמִתּוֹךְ פֵּירוּשׁוֹ מִשְׁתְּמַע דַּאֲפִילּוּ בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה לֵית לְהוּ מַחְשָׁבָה דְּאִי אִית לְהוּ מַחְשָׁבָה לָא הֲוָה צְרִיךְ לְמֵימַר דְּסָבַר כְּאַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גַּמְלָא דַּאֲפִילּוּ לְרַבָּנָן נָמֵי מָצִינוּ לְמֵילַף מַחְשָׁבָה בְּמַעֲשֵׂר מִדְּקַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא תְּרוּמָה וּמִיהוּ מָצֵי לְמֵימַר דְּמִשּׁוּם תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁבּוֹ קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא תְּרוּמָה:
'De même la teroumat maaser se prend par estimation et par pensée' — et si tu demandes : mais la 'pensée' (ma'hchava) à son origine est écrite à propos de la teroumat maaser, car il est écrit (Nb 18:27) 'et votre teroumah vous sera comptée (ve-nechhav)', et ce verset est écrit au sujet des Lévites [donc la ma'hchava y est déjà explicite, pourquoi la déduire] ? On peut répondre : comme il est écrit 'comme le grain [pris] de l'aire' — c'est-à-dire la teroumah gedolah, qui désigne le grain qu'Israël prélève de son aire — [ce qui] montre que [la loi] lui est plus manifeste dans la teroumah gedolah. Et dans Guittin (31a) Rachi a expliqué : ce qu'on déduit de la teroumat maaser à partir de la teroumah gedolah, c'est quant à l'estimation (omed) qu'on le déduit, mais la pensée (ma'hchava), on la déduit pour les deux de 've-nechhav'. Et il apparaît que les Sages ne divergent pas d'Abba Elazar quant à la pensée, mais seulement quant à l'estimation. Et si tu veux dire qu'ils divergent [aussi sur la pensée], peut-être y a-t-il quelque raison [pour laquelle] on n'établit pas [le point] à partir d'une michna dans la teroumat maaser, bien qu'il soit écrit en elle-même [ve-nechhav], comme on le trouve à propos du 'mouqaf' (proximité), ainsi qu'il est dit dans le Yerouchalmi, chapitre deux : 'toute la teroumah enseigne et apprend', sauf la teroumat maaser 'qui enseigne mais n'apprend pas' — car à propos de la teroumat maaser il est écrit 'de lui' (mimenou), pour dire qu'on exige le 'mouqaf', et on l'établit [ce point] dans la teroumah gedolah et non dans la teroumat maaser ; car dans le traité Bikkourim (2:5) nous avons appris : la teroumat maaser est semblable aux prémices en deux points — elle se prend du pur sur l'impur et sans 'mouqaf', comme les prémices. Et ce que la Guemara objecte au chapitre 'Kol ha-guet' (Guittin 30b) à propos de la teroumat maaser : 'les haverim ont-ils été soupçonnés de prélever sans mouqaf ?' — Rabbenou Tam l'établit [comme exigence] rabbinique, car de la Torah on n'exige pas le mouqaf [pour la teroumat maaser]. Toutefois il apparaît que, quant à la pensée, ils ne divergent pas, car on objecte au début de 'Ha-ich meqadech' (Kiddouchin 41b) à propos de ce qu'on déduit la délégation (chelihout) de la teroumah : 'en quoi [la teroumah est-elle particulière] ? en ce qu'elle se prend par pensée' — ce qui montre que l'objection vaut pour tous, et il s'agit de la teroumat maaser, à propos de laquelle il est écrit 'vous [aussi]' (atem, gam atem). Néanmoins, selon l'explication du Qountres (Rachi), c'est quant à la pensée qu'ils divergent, car c'est à cause de la pensée que R. Yossei fils de R. Yehouda établit notre passage selon Abba Elazar ben Gomel ; et de son explication il ressort que, même dans la teroumah gedolah, ils n'admettent pas la pensée — car s'ils l'admettaient, on n'aurait pas eu besoin de dire qu'il tient comme Abba Elazar ben Gomel, puisque même pour les Sages on pourrait déduire la pensée au maaser du fait que la Torah l'appelle 'teroumah'. Toutefois on peut dire : c'est à cause de la teroumat maaser qui est en lui [dans le dîme] que la Torah l'a appelé 'teroumah'.
בְּמַחְשָׁבָה פ"ה נוֹתֵן עֵינָיו בְּצַד זֶה לְשֵׁם תְּרוּמָה וְאוֹכֵל בְּצַד זֶה ואע"פ שֶׁלֹּא הִפְרִישׁ מַשְׁמַע שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְנֶחְשַׁב שָׁרִי לֶאֱכֹול בְּלֹא הַפְרָשָׁה וְשָׁרֵינַן נָמֵי בִּשְׁתִיקָה עַל יְדֵי נוֹתֵן עֵינָיו בְּצַד זֶה וְאוֹכֵל בְּצַד זֶה וְכָל זֶה דְּנָפְקָא לוֹ מִוְּנֶחְשַׁב עוֹד פֵּירֵשׁ לָשׁוֹן אַחֵר בְּמַחְשָׁבָה מְחַשֵּׁב וְאוֹמֵר ב' לֻוגִּין שֶׁאֲנִי עָתִיד לְהַפְרִישׁ ואע"פ שֶׁעַתָּה אֵינוֹ מַפְרִישׁ כְּלוּם וְרוֹצֶה לוֹמַר דְּדִיבּוּר צָרִיךְ וְהָא דְּשָׁרֵי בְּלֹא הַפְרָשָׁה קָרֵי מַחְשָׁבָה וְאַשְׁכְּחַן נָמֵי דְּקָרֵי לְמַחְשָׁבָה דִּיבּוּר כְּמוֹ (בּ"מ דַּף מד.) עַל כָּל דְּבַר פֶּשַׁע דְּאָמַר לְחַיֵּיב עַל הַמַּחְשָׁבָה כְּמַעֲשֶׂה וְנִרְאֶה דִּבְלֹא דִּיבּוּר נָמֵי הָוֵי תְּרוּמָה מִדִּתְנַן בְּמַס' תְּרוּמוֹת (פ"א מ"ו) חֲמִשָּׁה לֹא יִתְרֹומוּ וְאִם תָּרְמוּ תְּרוּמָתָם תְּרוּמָה וַחֲשִׁיב אִלֵּם וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם בְּרָכָה וּבְמַס' שְׁבוּעוֹת פ"ג (דַּף כו:) מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּשָׁרֵי כְּשֶׁגָּמַר בְּלִבּוֹ אע"ג שֶׁלֹּא הוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו דִּכְתִיב כָּל נְדִיב לֵב וְקָאָמַר תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים הָווּ לְהוּ שְׁנֵי כְּתוּבִים הַבָּאִים כְּאֶחָד וְלָא יָלְפִינַן מִינַּייְהוּ שְׁבוּעָה וּבְמַה שֶׁאוֹכֵל בְּלֹא הַפְרָשָׁה אֵין קְפִידָא דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא שָׁרִי בכ"מ אע"פ שֶׁאֵין מַפְרִישׁ עַתָּה כִּדְמוֹכַח הַהוּא דְּהַלּוֹקֵחַ יַיִן מִבֵּין הַכּוּתִים דְּשָׁרֵי לכ"ע אִי לָאו מִשּׁוּם בְּרֵירָה אִי מִשּׁוּם דְּחָייְשִׁינַן לִבְקִיעַת הַנּוֹד וְיֵשׁ מְקוֹמוֹת דְּשָׁרֵינַן מַעֲשֵׂר שֵׁנִי לִצְפוֹנוֹ וא"ת כֵּיוָן דְּשָׁרֵינַן תְּרוּמָה עַל יְדֵי נוֹתֵן עֵינָיו בְּצַד זֶה וְאוֹכֵל בְּצַד אַחֵר אַמַּאי אֵין מַגְבִּיהִין תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת בי"ט הָא תְּנַן פ' נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמב.) מַעֲלִין הַמְדֻומָּע בְּאֶחָד וּמֵאָה וּפָרִיךְ וְהָא מְתַקֵּן וּשְׁנֵי ר' אֶלְעָזָר בר"ש הִיא דְּאָמַר נוֹתֵן עֵינָיו בְּצַד זֶה וְאוֹכֵל בְּצַד זֶה וּלְהָכֵי לָא חֲשִׁיב מְתַקֵּן כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר בְּמַחְשָׁבָה י"ל מְדֻומָּע שָׁאנֵי שֶׁכְּבָר נִתַּקֵּן אֲבָל תְּחִלַּת תִּיקּוּן לֹא שָׁרֵינַן מִטַּעַם דְּאֶפְשָׁר בְּמַחְשָׁבָה וַאֲפִילּוּ דְּמַאי אָסוּר לְתַקֵּן בְּשַׁבָּת כִּדְמוֹכַח פ' בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לד.) ואע"ג דְּשָׁרֵי לֵיהּ בְּנוֹתֵן עֵינָיו בְּצַד זֶה וְאוֹכֵל בְּצַד אַחֵר כִּדְמוֹכַח פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ו:) גַּבֵּי ר"מ שֶׁאָכַל עָלֶה שֶׁל יָרָק בְּבֵית שְׁאָן:
'Par pensée (be-ma'hchava)' — Rachi a expliqué : il pose les yeux sur ce côté-ci pour [en faire] la teroumah et mange de l'autre côté, bien qu'il n'ait rien séparé — ce qui montre qu'il veut dire : parce qu'il est écrit 've-nechhav' (il sera compté), il est permis de manger sans séparation, et l'on autorise aussi [de procéder] en silence, en posant les yeux sur ce côté-ci et en mangeant de l'autre ; et tout cela lui vient de 've-nechhav'. Il [Rachi] a encore expliqué d'une autre manière 'par pensée' : il calcule et dit 'deux logs que je prélèverai à l'avenir', et bien que pour l'heure il ne sépare rien — ce qui veut dire qu'une parole (dibour) est requise ; et [le fait] que l'on permette [de manger] sans séparation, on l'appelle 'pensée'. Et l'on trouve aussi qu'on appelle la pensée 'parole', comme (Baba Metsia 44a) 'sur toute chose de transgression (dvar pécha)', dont [on] dit [qu'elle sert] à rendre passible sur la pensée comme sur l'acte. Et il apparaît que même sans parole c'est teroumah, d'après ce que nous avons appris au traité Teroumot (1:6) : cinq ne doivent pas prélever la teroumah, mais s'ils l'ont prélevée, leur teroumah est [valide comme] teroumah — et l'on y compte le muet (illem) ; et le Yerouchalmi en explique la raison [de l'interdit initial] à cause de la bénédiction [qu'il ne peut prononcer]. Et au traité Chevouot, chapitre trois (26b), il ressort explicitement que c'est permis lorsqu'il a décidé en son cœur, bien qu'il n'ait pas [rien] fait sortir de ses lèvres, car il est écrit 'tout homme au cœur généreux' ; et [la Guemara] dit : la teroumah et les [biens] consacrés constituent deux versets venant comme un seul, et l'on n'en déduit pas [la loi du] serment. Et quant à ce qu'on mange sans séparation, il n'y a pas là de scrupule, car de l'avis de tous c'est permis en tout lieu bien qu'on ne sépare pas maintenant, comme le prouve ce [cas] de 'celui qui achète du vin parmi les Koutim' (Koutheens), qui est permis de l'avis de tous, n'était le [problème de] 'berera' [rétro-désignation], ou parce qu'on craint que l'outre ne se fende ; et il y a des endroits où l'on permet [de désigner] le maaser cheni au nord de [la cuve]. Et si tu demandes : puisqu'on permet la teroumah au moyen de 'poser les yeux sur ce côté-ci et manger de l'autre', pourquoi ne prélève-t-on pas teroumot et maaserot un jour de fête (Yom Tov) ? Car nous avons appris au chapitre 'Notel' (Chabbat 142a) : 'on relève le medoumma à un [pour] cent-un', et [la Guemara] objecte 'mais il rectifie [le Chabbat] !' et répond 'c'est R. Elazar bar Chimon, qui dit : il pose les yeux sur ce côté-ci et mange de l'autre', et c'est pourquoi cela ne compte pas comme rectification, puisque c'est possible par la pensée. On peut répondre : le medoumma est différent, car il était déjà rectifié ; mais un début de rectification, on ne le permet pas au motif que c'est possible par la pensée — et même le demai, il est interdit de le rectifier le Chabbat, comme le prouve le chapitre 'Ba-meh madliqin' (Chabbat 34a), et bien qu'on le lui permette par 'poser les yeux sur ce côté-ci et manger de l'autre', comme le prouve le premier chapitre de Houlin (6b) à propos de R. Meir qui mangea une feuille de légume à Beit Chean.
אִיתַּקַּשׁ מַעְשַׂר בְּהֵמָה לְמַעֲשֵׂר דָּגָן פ"ה מִדִּכְתִיב עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ פִּירְקִין צ"ל דְּלֵית לֵיהּ הָא דְּאָמַר [רָבָא] לְשָׁנָה הִקַּשְׁתִּיו וְלֹא לְדָבָר אַחֵר וְעוֹד בְּרֵישׁ פִּירְקִין דָּרְשִׁינַן הֶיקֵּשָׁא אַחֶרֶת וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה מַעְשְׂרֹותֵיכֶם לְר' עֲקִיבָא וְשֶׁמָּא לֹא אִתַּקַּשׁ אֶלָּא לְעִנְיַן הֲבָאָה מִיהוּ לְרָבָא קָשֶׁה הֵיכִי מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה וְכֵן בִּזְבָחִים פֶּרֶק ב"ש (זְבָחִים דַּף מה.) דָּרְשִׁינַן קָדְשֵׁי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אֵין עוֹשִׂים תְּמוּרָה מִדְּאִיתַּקַּשׁ תְּמוּרָה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה וּמַעְשַׂר בְּהֵמָה לְמַעְשַׂר דָּגָן וּבְמַעְשַׂר דָּגָן כְּתִיב בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְלֹא עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וי"ל לְעִנְיַן לְעַשֵּׂר מַזֶּה עַל זֶה כְּגוֹן מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ דְּהָוֵי כְּעֵין חָדָשׁ עַל יָשָׁן לְגַבֵּי הָכִי דַּוְקָא אוֹמֵר לְשָׁנָה הִקַּשְׁתִּיו וְלֹא לְדָבָר אַחֵר:
'Le maaser behema est rattaché au maaser dagan' — Rachi a expliqué : du fait qu'il est écrit 'asser teasser' (Dt 14:22), comme nous [le] disons au début du chapitre. Il faut dire qu'il [le tana d'ici] ne tient pas ce que dit [Rava] : 'je [l']ai rattaché [au maaser dagan] pour [ce qui concerne] l'année et non pour autre chose'. En outre, au début du chapitre nous exégètons un autre rattachement : 'et vous apporterez là vos dîmes' (Dt 12:6), selon R. Akiva ; et peut-être [le maaser behema] n'a-t-il été rattaché que pour [ce qui concerne] l'apport (havaah). Toutefois, pour Rava, c'est difficile : comment explique-t-il alors la raison de R. Yossei fils de R. Yehouda ? De même, dans Zevahim, chapitre 'Beit Chammai' (45a), nous exégètons que les [animaux] consacrés des idolâtres (ovdei kokhavim) ne font pas de temourah (substitution), du fait que la temourah est rattachée au maaser behema et le maaser behema au maaser dagan, et qu'à propos du maaser dagan il est écrit 'les enfants d'Israël' et non les idolâtres. On peut répondre : [le rattachement 'pour l'année et non pour autre chose' ne vaut] qu'à l'égard de dîmer de ceci sur cela, par exemple d'une espèce sur une autre espèce, ce qui est comme du nouveau sur de l'ancien — c'est à cet égard [seulement] qu'il dit 'je [l']ai rattaché pour l'année et non pour autre chose'.
💡 Explication

Fin du raisonnement d'Abba Elazar ben Gomel : la teroumat maaser (le prélèvement que le Lévite détache de son dîme) peut se faire par estimation (omed, sans mesurer exactement) et par pensée (ma'hchava, sans séparer matériellement). Ce régime s'étend au maaser dagan (dîme du grain) parce que la Torah appelle le dîme 'teroumah' (Nb 18:24) ; et par le heqech (rattachement scripturaire) de 'asser teasser' (Dt 14:22), il s'étend encore au maaser behema (dîme du bétail). Conséquence : R. Yossei fils de R. Yehouda tient qu'une bête non comptée, si on la prélève comme dîme, est valablement dîmée.

🖼️ Schéma
Chaîne de rattachements : le maaser behema hérite du maaser dagan teroumat maaser prélevée par estimation (omed) et par pensée (ma'hchava) maaser dagan la Torah l'appelle "teroumah" (Nb 18:24) -> hérite du même régime maaser behema rattaché (heqech) au maaser dagan : "asser teasser" (Dt 14:22) Conséquence (R. Yossei b. R. Yehouda) : le maaser behema aussi se prend par estimation et par pensée, donc même une bête non comptée, si on l'a prélevée comme dîme, la séparation est valide.
La chaîne teroumat maaser -> maaser dagan -> maaser behema.
2
אָמַר רָבָא: עֲשִׂירִי מֵאֵלָיו הוּא קָדוֹשׁ. מְנָא לֵיהּ לְרָבָא הָא? אִילֵּימָא מֵהָא דְּתַנְיָא: אֵין לִי אֶלָּא שֶׁקָּרָא שְׁמוֹ ״עֲשִׂירִי״, לֹא קָרָא שְׁמוֹ ״עֲשִׂירִי״ מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עֲשִׂירִי יִהְיֶה קֹדֶשׁ״ — מִכָּל מָקוֹם.

Rava dit : le dixième [animal] est saint de lui-même. D'où Rava [tient]-il cela ?

Si l'on dit [qu'il le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'je n'ai [tiré cela] que pour [le cas] où l'on a appelé son nom 'dixième' ; [le cas] où l'on n'a pas appelé son nom 'dixième', d'où [le sait-on] ? L'enseignement [de l'Écriture] dit : 'le dixième sera saint' (Lv 27:32) — de toute façon (mikol makom)'.

📜 Rachi (1)
קָדוֹשׁ מֵאֵלָיו שֶׁאִם מָנָה עָשָׂר וְנִשְׁתַּייֵּר עֲשִׂירִי בַּדִּיר אע"פ שֶׁלֹּא יָצָא וְלֹא מְנָאוֹ קָדוֹשׁ מֵאֵלָיו:
Saint de lui-même — car si l'on a compté dix et qu'il est resté un dixième dans l'enclos, bien qu'il ne soit pas sorti et qu'on ne l'ait pas compté, il est saint de lui-même.
💡 Explication

Rava énonce sa thèse : le dixième animal est saint de lui-même (kadoch me-elav) — s'il reste dans l'enclos après qu'on en a compté neuf, il devient maaser même sans être sorti ni nommé. La Guemara cherche sa source. Première hypothèse : une baraita exégète 'le dixième sera saint' (Lv 27:32) comme s'appliquant même si on ne l'a pas nommé 'dixième' — le mot 'mikol makom' (de toute façon) étendant la sainteté.

3
וְדִלְמָא ״עֲשִׂירִי״ הוּא דְּלָא קַרְיֵיהּ, ״קֹדֶשׁ״ קַרְייֵהּ! אֶלָּא מֵהָא דְּתַנְיָא: קָרָא לַתְּשִׁיעִי ״עֲשִׂירִי״, וְיָצָא הָעֲשִׂירִי וְלֹא דִּבֵּר — הַתְּשִׁיעִי נֶאֱכָל בְּמוּמוֹ, וְהָעֲשִׂירִי מַעֲשֵׂר.

Mais peut-être est-ce le [nom] 'dixième' qu'il n'a pas appelé, [tandis que] 'saint' il l'a appelé ! Plutôt, [Rava le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'a appelé le neuvième 'dixième', et le dixième est sorti, mais [le propriétaire] n'a rien dit — le neuvième est mangé avec son défaut (moum), et le dixième est [le] maaser'.

📜 Rachi (1)
וְדִילְמָא עֲשִׂירִי לָא קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא דְּלֶיהֱוֵי לֵיהּ דִּין מַעֲשֵׂר לְהַעֲלוֹתוֹ לִירוּשָׁלַיִם וּלְהַקְרִיבוֹ אֶלָּא קָדוֹשׁ גְּרֵידָא קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא דִּקְדֻושָּׁה חָלָה עָלָיו וְאֵינוֹ נֶאֱכָל אֶלָּא בְּמוּמוֹ. עִנְיָן אַחֵר וְדִילְמָא עֲשִׂירִי לָא קַרְייֵהּ שֶׁלֹּא קָרָא שְׁמוֹ עֲשִׂירִי אֶלָּא קֹדֶשׁ קָרָא שְׁמוֹ וּלְהָכִי הָוֵי מַעֲשֵׂר אֲבָל הֵיכָא דְּלָא קְרָאוֹ כְּלָל לָא לֶיהֱוֵי קָדוֹשׁ כִּשְׁאָר מַעֲשֵׂר. וְלֹא מִפִּי הַמּוֹרֶה:
Mais peut-être le [nom] 'dixième' n'est-ce pas [ce que] le Miséricordieux a appelé — [savoir] qu'il aurait le statut de maaser, [obligeant] à le monter à Jérusalem et à l'offrir ; mais [le Miséricordieux] a seulement appelé [la bête] 'saint' tout court, [en ce sens] que la sainteté se pose sur elle et qu'elle n'est mangée qu'avec son défaut. Autre explication : 'mais peut-être le 'dixième' n'a-t-il pas été appelé' — [c'est-à-dire] qu'on n'a pas appelé son nom 'dixième' mais qu'on a appelé son nom 'saint', et c'est pourquoi il est maaser ; mais là où l'on ne l'a pas appelé du tout, il ne serait pas saint comme le reste du maaser. Et [cette seconde explication] ne vient pas de mon maître.
💡 Explication

Rejet de la première source : peut-être la baraita vise-t-elle un cas où l'on n'a pas dit le mot 'dixième' mais où l'on a bien dit 'saint' — elle ne prouve donc pas la sainteté sans aucune parole. Nouvelle source : une baraita où l'on s'est trompé en appelant le neuvième 'dixième' ; puis le vrai dixième sort sans que le propriétaire parle. Résultat : le neuvième, ayant reçu un nom de sainteté, ne se mange qu'avec un défaut (moum) ; et le vrai dixième est le maaser. Peut-être Rava en déduit-il que le dixième est saint même sans être nommé.

🖼️ Schéma
On a nommé le 9e "10e" par erreur : trois scénarios pour le vrai 10e le 9e, ayant reçu un nom de maaser, est mangé seulement avec un défaut (moum) A. le 10e SORT B. le 10e MEURT (enclos) C. le 10e RESTE (enclos) il sort sans qu'on parle (désigné / individualisé) il meurt avant de sortir et sans avoir été compté il demeure à l'intérieur, jamais sorti ni nommé le 10e = maaser tous les autres exemptés le 10e = maaser le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut ne prouve rien : il est sorti / individualisé (rejeté par la Guemara) ne prouve rien : minyan haraui (comptage apte) (rejeté par la Guemara) saint sans être sorti : preuve pour Rava (mais 2e baraita : 9e choulin)
Le premier scénario (A) : le vrai dixième sort.
4
וְדִלְמָא שָׁאנֵי הָתָם, דְּאִיבָּרַר לֵיהּ עֲשִׂירִי, אִי נָמֵי, דְּאַחְוִי עִילָּוֵיהּ!

Mais peut-être est-ce différent là-bas, car le dixième lui a été individualisé (ivrer) [du fait de sa sortie] ; ou bien encore, [parce] qu'il l'a désigné (ahvei) en le montrant !

📜 Rachi (1)
דְּאִיבָּרַר לֵיהּ עֲשִׂירִי שֶׁלְּפִי שֶׁיָּצָא בְּסוֹף תִּשְׁעָה נִבְרַר מֵעַצְמוֹ שֶׁהוּא עֲשִׂירִי וּלְכָךְ הָוֵי כִּשְׁאָר מַעֲשֵׂר אע"פ שֶׁלֹּא קָרָא עָלָיו שֵׁם. אִי נָמֵי בָּרַיְיתָא קָמַייְרֵי כְּגוֹן דְּאַחְוִי עָלֶיהָ כְּשֶׁיָּצָא הֶרְאָה עָלָיו בְּאֶצְבָּעוֹ שֶׁיְּהֵא מַעֲשֵׂר אֶלָּא שֶׁלֹּא דִּבֵּר בְּפִיו. אֲבָל הֵיכָא דְּנִשְׁתַּיֵּיר בַּדִּיר וְלֹא קָרָא לוֹ שֵׁם לָא שָׁמְעִינַן אַכַּתִּי דְּלֶיהֱוֵי קָדוֹשׁ כִּשְׁאָר מַעֲשֵׂר:
Le dixième lui a été individualisé — car du fait qu'il est sorti à la fin des neuf, il s'est individualisé de lui-même [comme étant] le dixième, et c'est pourquoi il est comme le reste du maaser bien qu'on n'ait pas appelé sur lui de nom. Ou bien la baraita traite d'un cas où il l'a désigné : lorsqu'il est sorti, il l'a montré du doigt [pour signifier] qu'il serait maaser, seulement il n'a pas parlé de sa bouche. Mais là où il est resté dans l'enclos et qu'on n'a pas appelé sur lui de nom, nous n'avons pas encore appris qu'il serait saint comme le reste du maaser.
💡 Explication

Rejet de cette source aussi : peut-être le cas est-il différent parce que le dixième y a été individualisé (ivrer lei asiri) — étant sorti en dernier des dix, il s'est de lui-même désigné comme dixième ; ou bien parce que le propriétaire l'a désigné du doigt (ahvei ilavei) à sa sortie. Dans les deux cas il y a un acte d'individualisation. Cela ne prouve donc pas qu'une bête restée dans l'enclos, jamais sortie ni désignée, devienne maaser d'elle-même.

5
אֶלָּא מֵהָא דְּתַנְיָא: קָרָא לַתְּשִׁיעִי ״עֲשִׂירִי״, וּמֵת עֲשִׂירִי בַּדִּיר — תְּשִׁיעִי נֶאֱכָל בְּמוּמוֹ, וְכֻולָּם פְּטוּרִין. מַאי טַעְמָא כֻּולָּם פְּטוּרִין, לָאו מִשּׁוּם דִּקְדַשׁ לֵיהּ עֲשִׂירִי?

Plutôt, [Rava le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'a appelé le neuvième 'dixième', et le dixième est mort dans l'enclos — le neuvième est mangé avec son défaut, et tous [les autres] sont exemptés'. Quelle [est la] raison [pour laquelle] tous sont exemptés ?

N'est-ce pas parce que le dixième lui est [devenu] saint [de lui-même] ?

📜 Rachi (3)
תְּשִׁיעִי נֶאֱכָל בְּמוּמוֹ הוֹאִיל וְקָרְאוּ עֲשִׂירִי דִּתְמוּרַת שֵׁם מַעֲשֵׂר מְקַדֵּשׁ לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו כְּדִלְקַמָּן אֲבָל הָאֲחֵרִים מִיהָא לֹא נִפְטְרוּ אָז הוֹאִיל וְהוּא תְּשִׁיעִי לְמִנְיַן הַבְּהֵמוֹת:
Le neuvième est mangé avec son défaut — puisqu'on l'a appelé 'dixième' : car le nom 'maaser' [applique] par erreur (temourat chem maaser) sanctifie ce qui [est] avant lui et ce qui [est] après lui, comme [il sera dit] plus loin ; mais les autres, en revanche, n'ont pas été exemptés alors, puisqu'il est le neuvième dans le compte des bêtes.
וְכֻולָּם פְּטוּרִין הַשְּׁמוֹנָה שֶׁיָּצְאוּ כְּבָר:
Et tous sont exemptés — les huit qui sont déjà sortis.
דְּקָדַשׁ לֵיהּ עֲשִׂירִי מֵאֵלָיו בַּדִּיר אע"פ שֶׁלֹּא יָצָא:
Que le dixième lui est [devenu] saint — de lui-même dans l'enclos, bien qu'il ne soit pas sorti.
💡 Explication

Nouvelle source : le neuvième a été appelé 'dixième', et le vrai dixième meurt dans l'enclos (sans être sorti ni compté). La baraita statue : le neuvième est mangé avec un défaut, et tous les autres animaux sont exemptés de devoir être dîmes à nouveau. Pourquoi cette exemption générale ? La Guemara suggère : parce que le dixième est devenu saint de lui-même dans l'enclos (il a 'consommé' l'obligation de dîme pour tout le lot) — ce qui fonderait la thèse de Rava.

🖼️ Schéma
On a nommé le 9e "10e" par erreur : trois scénarios pour le vrai 10e le 9e, ayant reçu un nom de maaser, est mangé seulement avec un défaut (moum) A. le 10e SORT B. le 10e MEURT (enclos) C. le 10e RESTE (enclos) il sort sans qu'on parle (désigné / individualisé) il meurt avant de sortir et sans avoir été compté il demeure à l'intérieur, jamais sorti ni nommé le 10e = maaser tous les autres exemptés le 10e = maaser le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut ne prouve rien : il est sorti / individualisé (rejeté par la Guemara) ne prouve rien : minyan haraui (comptage apte) (rejeté par la Guemara) saint sans être sorti : preuve pour Rava (mais 2e baraita : 9e choulin)
Le deuxième scénario (B) : le vrai dixième meurt dans l'enclos.
6
וְדִלְמָא דְּאִיפְּטַרוּ בְּמִנְיָן הָרָאוּי, דְּהָאָמַר רָבָא: מִנְיָן הָרָאוּי פּוֹטֵר!

Mais peut-être sont-ils exemptés par un comptage apte (minyan haraui) [à être dîme] — car Rava [lui-même] a dit : un comptage apte exempte !

📜 Rachi (1)
בְּמִנְיָן הָרָאוּי כְּשֶׁיָּצְאוּ תִּשְׁעָה בַּפֶּתַח הָיָה שָׁם מִנְיָן הָרָאוּי לְעַשֵּׂר שֶׁעֲדַיִין הָיָה עֲשִׂירִי קַייָּם שֶׁהָיָה רָאוּי לָצֵאת אַחֲרֵיהֶם וּלְפוֹטְרָן וְכֵיוָן דְּרָאוּי לָצֵאת דָּמֵי כְּמַאן דְּיָצָא כְּבָר וּפָטַר אֶת הַמִּנְיָן וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ טַעְמָא אֲבָל אִיהוּ גּוּפֵיהּ מִיהָא לָא הֲוָה קָדוֹשׁ עַד שֶׁיֵּצֵא:
Par un comptage apte — lorsque neuf sont sortis par l'ouverture, il y avait là un comptage apte à être dîme, car le dixième était encore existant, apte à sortir après eux et à les exempter ; et puisqu'il était apte à sortir, il est comme s'il était déjà sorti et qu'il avait exempté le comptage. Et plus loin [la Guemara] en explique la raison. Mais [le dixième] lui-même, en tout cas, n'était pas saint tant qu'il n'était pas sorti.
💡 Explication

Rejet : l'exemption des autres bêtes ne prouve rien, car elle peut avoir une autre cause — le minyan haraui (comptage apte). Rava lui-même enseigne : un comptage qui, au moment où il se faisait, était apte à aboutir au dîme (le dixième étant alors encore vivant et susceptible de sortir) exempte les bêtes déjà comptées, même si finalement le dîme n'a pas été prélevé. Les huit bêtes sorties seraient donc exemptés par ce principe, sans qu'il faille dire que le dixième est devenu saint de lui-même.

7
אֶלָּא מֵהָא דְּתַנְיָא: קָרָא לַתְּשִׁיעִי ״עֲשִׂירִי״, וְנִשְׁתַּייֵּר עֲשִׂירִי בַּדִּיר — הַתְּשִׁיעִי נֶאֱכָל בְּמוּמוֹ, וְהָעֲשִׂירִי מַעֲשֵׂר. וְהַתַּנְיָא: תְּשִׁיעִי חֻולִּין!

Plutôt, [Rava le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'a appelé le neuvième 'dixième', et le dixième est resté dans l'enclos — le neuvième est mangé avec son défaut, et le dixième est [le] maaser'. Mais n'est-il pas enseigné [dans une autre baraita] : 'le neuvième est choulin (profane)' ?!

📜 Rachi (1)
וְהָעֲשִׂירִי מַעֲשֵׂר אַלְמָא אע"ג דְּלָא יָצָא קָדוֹשׁ מֵאֵלָיו בַּדִּיר. וְהַשְׁתָּא פָּרִיךְ אַהַךְ בָּרַיְיתָא דְּקָתָנֵי הַתְּשִׁיעִי נֶאֱכָל בְּמוּמוֹ וְהַתַּנְיָא וְכוּ':
Et le dixième est [le] maaser — donc, bien qu'il ne soit pas sorti, il est saint de lui-même dans l'enclos. Et maintenant [la Guemara] objecte contre cette baraita qui enseigne 'le neuvième est mangé avec son défaut' : 'mais n'est-il pas enseigné, etc. [que le neuvième est choulin] ?'
💡 Explication

La bonne source enfin : une baraita traite du cas où le neuvième a été appelé 'dixième' et où le vrai dixième reste dans l'enclos (jamais sorti). Elle statue : le dixième est le maaser — donc saint sans être sorti, exactement la thèse de Rava. Mais aussitôt une difficulté : une autre baraita enseigne, dans ce même cas, que le neuvième est choulin (entièrement profane, mangé sans même attendre un défaut) — ce qui contredit la première.

🖼️ Schéma
On a nommé le 9e "10e" par erreur : trois scénarios pour le vrai 10e le 9e, ayant reçu un nom de maaser, est mangé seulement avec un défaut (moum) A. le 10e SORT B. le 10e MEURT (enclos) C. le 10e RESTE (enclos) il sort sans qu'on parle (désigné / individualisé) il meurt avant de sortir et sans avoir été compté il demeure à l'intérieur, jamais sorti ni nommé le 10e = maaser tous les autres exemptés le 10e = maaser le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut le 9e : mangé avec un défaut ne prouve rien : il est sorti / individualisé (rejeté par la Guemara) ne prouve rien : minyan haraui (comptage apte) (rejeté par la Guemara) saint sans être sorti : preuve pour Rava (mais 2e baraita : 9e choulin)
Le troisième scénario (C) : le vrai dixième reste dans l'enclos.
8
תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת: הָא מַנִּי? רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה הִיא, דְּתַנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן:

Un tana enseigna devant Rav Chechet : selon qui [est cette baraita] ? Elle est [selon] R.

Chimon ben Yehouda, comme il est enseigné [dans une baraita] : R. Chimon ben Yehouda dit au nom de R.

Chimon :

💡 Explication

Résolution de la contradiction : un tana (récitant de baraitot) enseigne devant Rav Chechet que la baraita [selon laquelle le neuvième est choulin] suit un avis particulier — celui de R. Chimon ben Yehouda au nom de R. Chimon. Chaque baraita reflète donc un tana différent. La teneur de cet avis est introduite ici et se poursuit sur 59b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).