Sougya : Le daf clôt d'abord l'idée que la teroumat maaser (et le maaser dagan) se prélèvent par estimation (omed) et par pensée (ma'hchava) : puisque la Torah appelle le maaser 'teroumah', et que le maaser behema est rattaché par heqech au maaser dagan, le dîme du bétail aussi se prend ainsi — d'où R. Yossei fils de R.
Yehouda tient qu'une bête non comptée, si on la prélève comme dîme, est valide. Rava énonce alors sa thèse : le dixième animal est saint de lui-même, même s'il reste dans l'enclos sans être compté ni sorti (pourvu qu'il y ait eu un comptage).
La Guemara cherche la source de Rava et teste quatre baraitot ; trois sont écartées (le verset 'asiri yihyeh kodech' pourrait ne viser que le nom 'saint' ; le 10e y était sorti ou désigné ; l'exemption des autres tient au 'minyan haraui'), et la quatrième (le 10e reste dans l'enclos et devient maaser) la fonde. Mais une autre baraita enseigne au contraire que le 9e nommé '10e' est choulin (profane) : le tana devant Rav Chechet résout que cette baraita suit R.
Chimon ben Yehouda au nom de R. Chimon, dont la position est citée et se poursuit sur 59b.
de même la teroumat maaser (prélèvement du dîme) se prend par estimation (omed) et par pensée (ma'hchava). Et le maaser, le Miséricordieux l'a appelé 'teroumah', comme il est écrit : 'car le dîme des enfants d'Israël, qu'ils prélèveront pour le Seigneur en teroumah, je [l']ai donné aux Lévites en héritage' (Nb 18:24).
Et le maaser behema (dîme du bétail) est rattaché (houkach) au maaser dagan (dîme du grain) : de même que le maaser dagan se prend par estimation et par pensée, de même le maaser behema se prend par estimation et par pensée.
Fin du raisonnement d'Abba Elazar ben Gomel : la teroumat maaser (le prélèvement que le Lévite détache de son dîme) peut se faire par estimation (omed, sans mesurer exactement) et par pensée (ma'hchava, sans séparer matériellement). Ce régime s'étend au maaser dagan (dîme du grain) parce que la Torah appelle le dîme 'teroumah' (Nb 18:24) ; et par le heqech (rattachement scripturaire) de 'asser teasser' (Dt 14:22), il s'étend encore au maaser behema (dîme du bétail). Conséquence : R. Yossei fils de R. Yehouda tient qu'une bête non comptée, si on la prélève comme dîme, est valablement dîmée.
Rava dit : le dixième [animal] est saint de lui-même. D'où Rava [tient]-il cela ?
Si l'on dit [qu'il le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'je n'ai [tiré cela] que pour [le cas] où l'on a appelé son nom 'dixième' ; [le cas] où l'on n'a pas appelé son nom 'dixième', d'où [le sait-on] ? L'enseignement [de l'Écriture] dit : 'le dixième sera saint' (Lv 27:32) — de toute façon (mikol makom)'.
Rava énonce sa thèse : le dixième animal est saint de lui-même (kadoch me-elav) — s'il reste dans l'enclos après qu'on en a compté neuf, il devient maaser même sans être sorti ni nommé. La Guemara cherche sa source. Première hypothèse : une baraita exégète 'le dixième sera saint' (Lv 27:32) comme s'appliquant même si on ne l'a pas nommé 'dixième' — le mot 'mikol makom' (de toute façon) étendant la sainteté.
Mais peut-être est-ce le [nom] 'dixième' qu'il n'a pas appelé, [tandis que] 'saint' il l'a appelé ! Plutôt, [Rava le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'a appelé le neuvième 'dixième', et le dixième est sorti, mais [le propriétaire] n'a rien dit — le neuvième est mangé avec son défaut (moum), et le dixième est [le] maaser'.
Rejet de la première source : peut-être la baraita vise-t-elle un cas où l'on n'a pas dit le mot 'dixième' mais où l'on a bien dit 'saint' — elle ne prouve donc pas la sainteté sans aucune parole. Nouvelle source : une baraita où l'on s'est trompé en appelant le neuvième 'dixième' ; puis le vrai dixième sort sans que le propriétaire parle. Résultat : le neuvième, ayant reçu un nom de sainteté, ne se mange qu'avec un défaut (moum) ; et le vrai dixième est le maaser. Peut-être Rava en déduit-il que le dixième est saint même sans être nommé.
Mais peut-être est-ce différent là-bas, car le dixième lui a été individualisé (ivrer) [du fait de sa sortie] ; ou bien encore, [parce] qu'il l'a désigné (ahvei) en le montrant !
Rejet de cette source aussi : peut-être le cas est-il différent parce que le dixième y a été individualisé (ivrer lei asiri) — étant sorti en dernier des dix, il s'est de lui-même désigné comme dixième ; ou bien parce que le propriétaire l'a désigné du doigt (ahvei ilavei) à sa sortie. Dans les deux cas il y a un acte d'individualisation. Cela ne prouve donc pas qu'une bête restée dans l'enclos, jamais sortie ni désignée, devienne maaser d'elle-même.
Plutôt, [Rava le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'a appelé le neuvième 'dixième', et le dixième est mort dans l'enclos — le neuvième est mangé avec son défaut, et tous [les autres] sont exemptés'. Quelle [est la] raison [pour laquelle] tous sont exemptés ?
N'est-ce pas parce que le dixième lui est [devenu] saint [de lui-même] ?
Nouvelle source : le neuvième a été appelé 'dixième', et le vrai dixième meurt dans l'enclos (sans être sorti ni compté). La baraita statue : le neuvième est mangé avec un défaut, et tous les autres animaux sont exemptés de devoir être dîmes à nouveau. Pourquoi cette exemption générale ? La Guemara suggère : parce que le dixième est devenu saint de lui-même dans l'enclos (il a 'consommé' l'obligation de dîme pour tout le lot) — ce qui fonderait la thèse de Rava.
Mais peut-être sont-ils exemptés par un comptage apte (minyan haraui) [à être dîme] — car Rava [lui-même] a dit : un comptage apte exempte !
Rejet : l'exemption des autres bêtes ne prouve rien, car elle peut avoir une autre cause — le minyan haraui (comptage apte). Rava lui-même enseigne : un comptage qui, au moment où il se faisait, était apte à aboutir au dîme (le dixième étant alors encore vivant et susceptible de sortir) exempte les bêtes déjà comptées, même si finalement le dîme n'a pas été prélevé. Les huit bêtes sorties seraient donc exemptés par ce principe, sans qu'il faille dire que le dixième est devenu saint de lui-même.
Plutôt, [Rava le tient] de ce qui est enseigné [dans une baraita] : 'a appelé le neuvième 'dixième', et le dixième est resté dans l'enclos — le neuvième est mangé avec son défaut, et le dixième est [le] maaser'. Mais n'est-il pas enseigné [dans une autre baraita] : 'le neuvième est choulin (profane)' ?!
La bonne source enfin : une baraita traite du cas où le neuvième a été appelé 'dixième' et où le vrai dixième reste dans l'enclos (jamais sorti). Elle statue : le dixième est le maaser — donc saint sans être sorti, exactement la thèse de Rava. Mais aussitôt une difficulté : une autre baraita enseigne, dans ce même cas, que le neuvième est choulin (entièrement profane, mangé sans même attendre un défaut) — ce qui contredit la première.
Un tana enseigna devant Rav Chechet : selon qui [est cette baraita] ? Elle est [selon] R.
Chimon ben Yehouda, comme il est enseigné [dans une baraita] : R. Chimon ben Yehouda dit au nom de R.
Chimon :
Résolution de la contradiction : un tana (récitant de baraitot) enseigne devant Rav Chechet que la baraita [selon laquelle le neuvième est choulin] suit un avis particulier — celui de R. Chimon ben Yehouda au nom de R. Chimon. Chaque baraita reflète donc un tana différent. La teneur de cet avis est introduite ici et se poursuit sur 59b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).