Bekhorot 5a — les premiers-nés au désert, les 300 Lévites et le mane double du sanctuaire

Bekhorot 5a

Sougya : Le daf poursuit le débat R. Yo'hanan / Rech Lakich sur la sanctification des premiers-nés au désert : R.

Yo'hanan la fonde sur 'li yihyou' (Nb 3:13, 'à Moi ils seront' -> ils demeurent en leur sainteté), tandis que le verset 'et il adviendra quand Il te fera venir... tu feras passer' sert à l'enseignement de l'école de R. Ichmael (accomplis cette mitsva pour mériter d'entrer en Terre).

Rav Mordekhai rapporte une version inverse du débat, d'où la maxime : on doit citer dans la langue même de son maître. Vient ensuite le dialogue de Kontrokos avec Rabban Yo'hanan ben Zakkai : où sont passés les 300 Lévites manquants (ils étaient eux-mêmes premiers-nés, et un premier-né ne dégage pas un autre) ; puis l'énigme des 100 talents d'argent du Michkan, résolue par le principe que le mane du sanctuaire était double, principe que la Guemara cherche à établir à partir des versets (les crochets des colonnes, le cuivre) jusqu'à la preuve de Rav Hisda tirée d'Ezechiel 45:12.

Les premiers-nés furent-ils sanctifiés au désert ? (2 versions du débat) Version de Rav Achi (la nôtre) Version de Rav Mordekhai (inverse) R. Yo'hanan sanctifiés (kadchou) au désert Rech Lakich non sanctifiés au désert R. Yo'hanan non sanctifiés = pas besoin de les consacrer (déjà saints) Rech Lakich sanctifiés au désert source R. Yo'hanan : "li yihyou" (Nb 3:13) = "à Moi ils seront" -> restent en l'état Même sens au fond -> "on doit rapporter dans la langue de son maître"
Les deux versions du débat R. Yohanan / Rech Lakich sur la sanctification des premiers-nés au désert (segments 1-6).
Le compte des Lévites : 22 300 en détail, 22 000 en total Détail par famille Guerchon .... 7 500 Kehat ....... 8 600 Merari ...... 6 200 = 22 300 − Total du verset 22 000 (Nb 3:39) = Différence 300 Lévites premiers-nés eux-mêmes Ces 300 étaient premiers-nés : un premier-né ne peut dégager (mafkia) un autre premier-né. Abaye : il suffit au premier-né de dégager sa propre sainteté.
L'énigme des 300 Lévites manquants (segments 7-8).
Le compte de l'argent du Michkan : où sont passés les 100 talents ? Collecte (un demi-sicle/tete) 603 550 hommes x 1/2 sicle = 201 talents + 11 mane → Dépense (verset) "100 talents pour couler les socles" = 100 talents seulement ? Objection de Kontrokos : Moché était-il voleur, joueur, ou nul en calcul ? Il aurait donné la moitié et pris la moitié... Réponse de R. Yo'hanan ben Zakkai Le mane du sanctuaire était DOUBLE (50 sicles, non 25) : les 100 talents "sacrés" = 200 talents ordinaires. Rien ne manque.
L'énigme des 100 talents d'argent et le mane double du sanctuaire (segments 9-11).
1
וּפָסְקוּ.

...et [leur sainteté] cessa.

📜 Rachi (1)
וּפָסְקוּ מִשְּׁעַת הַחֶשְׁבּוֹן שֶׁל חֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים וְאֵילָךְ:
Et [leur sainteté] cessa — à partir du moment du compte du 'houmach ha-pekoudim' (le dénombrement) et au-delà.
💡 Explication

Suite de la sougya précédente. Selon une opinion, la sainteté des premiers-nés cessa à partir du recensement (le 'compte des dénombrements') et au-delà. Ce fragment clôture l'idée développée sur le daf précédent.

2
בִּשְׁלָמָא רֵישׁ לָקִישׁ, כִּדְאָמַר טַעַם, אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן — מַאי טַעְמָא?

Soit, selon Rech Lakich, comme il a énoncé sa raison [c'est compréhensible] ; mais selon Rabbi Yo'hanan — quelle est [sa] raison ?

📜 Rachi (1)
טַעְמֵיהּ מִוְּהָיָה כִּי יְבִיאֲךָ וַהֲדַר וְהַעֲבַרְתָּ:
Sa raison — [tirée] de 'et il adviendra quand Il te fera venir' puis 'et tu feras passer'.
💡 Explication

La Guemara admet que pour Rech Lakich (les premiers-nés ne furent sanctifiés qu'à l'entrée en Terre) la source est claire : 'et il adviendra quand [le Seigneur] te fera venir... tu feras passer [les premiers-nés]' (Ex 13:11-12). Mais pour R. Yo'hanan (ils continuèrent d'être sanctifiés au désert), quelle est la source scripturaire ?

3
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: רַבִּי יוֹחָנָן חֲזַאי בְּחֶילְמָא דְּמִילְּתָא מְעַלַּיְתָא אָמֵינָא, אֲמַר קְרָא ״לִי יִהְיוּ״ — בַּהֲוָייָתָן יְהוּ.

Rabbi Elazar dit : Rabbi Yo'hanan, je l'ai vu en songe — [signe] que je dis une chose excellente. Le verset dit 'à Moi ils seront' (li yihyou) — [signifiant] qu'ils demeureront en leur état [de sainteté].

💡 Explication

R. Elazar explique la source de R. Yo'hanan : le verset 'car tout premier-né est à Moi... à Moi ils seront (li yihyou)' (Nb 3:13). Le surplus 'ils seront' enseigne qu'ils demeurent (be-havayatan yehou) dans leur sainteté actuelle — donc sanctifiés aussi au désert. R. Elazar authentifie son explication par un songe où il a vu R. Yo'hanan.

4
וְרַבִּי יוֹחָנָן, ״וְהָיָה כִּי יְבִיאֲךָ... וְהַעֲבַרְתָּ״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: עֲשֵׂה מִצְוָה זוֹ שֶׁבִּשְׁבִילָהּ תִּיכָּנֵס לָאָרֶץ.

Et Rabbi Yo'hanan, [le verset] 'et il adviendra quand Il te fera venir... et tu feras passer' — qu'en fait-il ? Celui-là, il en a besoin pour ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Ichmael : accomplis cette mitsva-ci, en vertu de laquelle tu entreras en [Terre d']Israel.

📜 Rachi (1)
מִצְוָה זוֹ שֶׁל בְּכוֹרוֹת שֶׁבִּשְׁבִילָהּ תִּיכָּנֵס לָאָרֶץ וּלְהָכִי סַמְכִינְהוּ רַחֲמָנָא לְהַדְּדִי:
Cette mitsva-ci — celle des premiers-nés, en vertu de laquelle tu entreras en Terre ; et c'est pour cela que le Miséricordieux les a juxtaposées (l'entrée et la mitsva).
💡 Explication

Si R. Yo'hanan tire sa preuve d'ailleurs, que fait-il alors du verset 'quand Il te fera venir... tu feras passer' ? Il l'affecte à l'enseignement de l'école de R. Ichmael : accomplis la mitsva des premiers-nés, mitsva grâce à laquelle tu mériteras d'entrer en Terre d'Israel. C'est pourquoi la Torah juxtapose l'entrée en Terre et cette mitsva.

5
אֲמַר לֵיהּ רַב מָרְדֳּכַי לְרַב אָשֵׁי: אַתּוּן הָכִי מַתְנִיתוּ לַהּ, אֲנַן אִיפְּכָא מַתְנִינַן לַהּ, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: לֹא קָדְשׁוּ בְּכוֹרוֹת בַּמִּדְבָּר, וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: קִדְּשׁוּ בְּכוֹרוֹת בַּמִּדְבָּר.

Rav Mordekhai dit à Rav Achi : vous, c'est ainsi que vous l'enseignez ; nous, nous l'enseignons à l'inverse — Rabbi Yo'hanan dit : les premiers-nés ne furent pas sanctifiés au désert, et Rech Lakich dit : les premiers-nés furent sanctifiés au désert.

💡 Explication

Rav Mordekhai rapporte une tradition inversée du débat : dans sa version, c'est R. Yo'hanan qui dit 'non sanctifiés au désert' et Rech Lakich 'sanctifiés au désert' — exactement l'opposé de la version de Rav Achi.

6
אֲמַר לֵיהּ: וְאַפֵּכִית נָמֵי תְּיוּבְתָּא, וְאָפְכִיתוּ לַהּ לְהָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר? אֲמַר לֵיהּ: לָא קָדְשׁוּ לְהוּ — לֹא הֻוצְרְכוּ לִיקָּדֵשׁ.

Il lui dit : et as-tu aussi inversé l'objection, et avez-vous inversé cet [enseignement] de Rabbi Elazar ? Il lui dit : [quand R.

Yo'hanan dit] 'ils ne furent pas sanctifiés', [cela signifie] qu'ils n'eurent pas besoin d'être consacrés.

📜 Rachi (2)
וְאָפְכִיתוּ נַמֵּי לְרַבִּי אֶלְעָזָר וְאָמְרִיתוּ רֵישׁ לָקִישׁ חֲזַאי בַּחֲלוֹם וּמְתָרֵיץ לֵיהּ לְמִילְּתֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ וְהָא ר' אֶלְעָזָר תַּלְמִידוֹ דְּר' יוֹחָנָן הֲוָה:
Et avez-vous aussi inversé [l'enseignement de] Rabbi Elazar — et dites-vous 'Rech Lakich, je l'ai vu en songe', et [R. Elazar] explique alors la position de Rech Lakich ? Or R. Elazar était le disciple de R. Yo'hanan !
א"ל הַאי דְּלָא קָדְשׁוּ דְּקָאָמַר ר' יוֹחָנָן הַיְינוּ דְּלָא הֻוצְרְכוּ לְקַדֵּשׁ אִם רוֹצֶה לְהַקְרִיבָן אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַקְדִּישָׁן כִּשְׁאָר בְּהֵמוֹת חֻולִּין שֶׁהֲרֵי הֵן קִדּוּשִׁין הָיוּ מִשָּׁעָה שֶׁנּוֹלְדוּ דְּהַייְנוּ נָמֵי כְּדִלְעֵיל דִּלֵּר' יוֹחָנָן קִדְּשׁוּ בְּכוֹרוֹת בַּמִּדְבָּר:
Il lui dit — ce 'ils ne furent pas sanctifiés' que dit R. Yo'hanan, [signifie] qu'ils n'eurent pas besoin d'être consacrés : si l'on veut les offrir, on n'a pas besoin de les consacrer comme les autres bêtes profanes, car ils étaient saints depuis l'heure de leur naissance ; ce qui revient aussi à ce qui précède : pour R. Yo'hanan, les premiers-nés furent sanctifiés au désert.
💡 Explication

Rav Achi demande : si tu inverses les positions, as-tu aussi inversé les objections et l'authentification de R. Elazar (qui expliquait la position de R. Yo'hanan) ? Rav Mordekhai répond : dans ma version, quand R. Yo'hanan dit 'non sanctifiés', il veut dire qu'ils n'eurent pas besoin d'être consacrés (car déjà saints de naissance) — ce qui revient au fond à la même chose que 'sanctifiés'.

7
אִי הָכִי, הַייְנוּ דִּידַן! קָא מַשְׁמָע לַן: חַיָּיב אָדָם לוֹמַר בִּלְשׁוֹן רַבּוֹ.

Si [c'est] ainsi, c'est [exactement] la nôtre [version] ! [La Guemara répond :] cela nous enseigne qu'un homme est tenu de dire [les choses] dans la langue de son maître.

📜 Rachi (1)
בִּלְשׁוֹן רַבּוֹ אע"ג דְּתַרְוַייְהוּ כִּי הֲדָדֵי הָווּ פֵּירוּשַׁייְהוּ אַפֵּ"ה קָאָמַר לֵיהּ בִּלְשׁוֹן שֶׁלְּמַדְתִּיהָ:
Dans la langue de son maître — bien que les deux [versions] aient exactement le même sens, malgré cela il le dit dans la langue où il l'a appris.
💡 Explication

Si les deux versions reviennent au même sens, pourquoi Rav Mordekhai a-t-il transmis la sienne ? Pour enseigner le principe : on doit rapporter un enseignement dans la langue même de son maître (be-lachon rabo) — même si le contenu est identique, la formulation reçue se transmet fidèlement.

8
שָׁאַל קוּנְטְרוּקוּס הַשַּׂר אֶת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: בִּפְרָטָן שֶׁל לְוִיִּם אַתָּה מוֹצֵא עֶשְׂרִים וּשְׁנַיִם אֶלֶף וּשְׁלֹשׁ מֵאוֹת, בִּכְלָלָן אַתָּה מוֹצֵא עֶשְׂרִים וּשְׁנַיִם אֶלֶף, וּשְׁלֹשׁ מֵאוֹת לְהֵיכָן הָלְכוּ?

Kontrokos le dignitaire interrogea Rabban Yo'hanan ben Zakkai : dans le détail des Lévites tu trouves vingt-deux mille trois cents, [mais] dans leur total tu trouves vingt-deux mille — et les trois cents, où sont-ils passés ?

📜 Rachi (2)
קוּנְטְרוּקוּס שֵׁם שַׂר:
Kontrokos — nom d'un dignitaire.
בִּפְרָטָן שֶׁל לְוִיִּם בְּגֵרְשׁוֹן כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר ג׳:כ״ב) שִׁבְעַת אֲלָפִים וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת וּבִקְהָת כְּתִיב (שָׁם) שְׁמֹונַת אֲלָפִים וְשֵׁשׁ מֵאוֹת הֲרֵי שִׁשָּׁה עָשָׂר אֲלָפִים וּמֵאָה וּבִמְרָרִי כְּתִיב (שָׁם) שֵׁשֶׁת אֲלָפִים וּמָאתַיִם הֲרֵי שְׁנַיִם וְעֶשְׂרִים אֶלֶף וְשָׁלֹשׁ מֵאוֹת וּבִכְלָלָן כְּתִיב (שָׁם) כָּל זָכָר מִבֶּן חֹדֶשׁ וָמַעְלָה שְׁנַיִם וְעֶשְׂרִים אָלֶף:
Dans le détail des Lévites — pour Guerchon il est écrit (Nb 3:22) sept mille cinq cents, pour Kehat il est écrit (ibid.) huit mille six cents, soit seize mille cent ; et pour Merari il est écrit (ibid.) six mille deux cents — soit vingt-deux mille trois cents ; et dans leur total il est écrit (ibid.) 'tout mâle d'un mois et au-dessus, vingt-deux mille'.
💡 Explication

Début du dialogue avec Kontrokos (un dignitaire romain). Première question : le détail des familles lévitiques donne 22 300 (Guerchon 7 500 + Kehat 8 600 + Merari 6 200), mais le total du verset (Nb 3:39) n'indique que 22 000. Où sont passés les 300 manquants ?

🖼️ Schéma
Le compte des Lévites : 22 300 en détail, 22 000 en total Détail par famille Guerchon .... 7 500 Kehat ....... 8 600 Merari ...... 6 200 = 22 300 − Total du verset 22 000 (Nb 3:39) = Différence 300 Lévites premiers-nés eux-mêmes Ces 300 étaient premiers-nés : un premier-né ne peut dégager (mafkia) un autre premier-né. Abaye : il suffit au premier-né de dégager sa propre sainteté.
Le détail (22 300) contre le total (22 000) : 300 manquants.
9
אָמַר לוֹ: אוֹתָן שְׁלֹשׁ מֵאוֹת בְּכוֹרוֹת הָיוּ, וְאֵין בְּכוֹר מַפְקִיעַ בְּכוֹר. מַאי טַעְמָא? אָמַר אַבַּיֵּי: דַּיּוֹ לַבְּכוֹר שֶׁיַּפְקִיעַ קְדֻושַּׁת עַצְמוֹ.

Il lui dit : ces trois cents-là étaient des premiers-nés, et un premier-né ne dégage pas [la sainteté d']un [autre] premier-né. Quelle en est la raison ?

Abaye dit : il suffit au premier-né de dégager sa propre sainteté.

💡 Explication

Réponse de RYBZ : ces 300 Lévites étaient eux-mêmes premiers-nés. Or un Lévite premier-né ne peut dégager (mafkia) la sainteté d'un premier-né israélite (il ne peut pas servir à le racheter). Abaye en donne la raison : il suffit au premier-né de dégager sa propre sainteté [de premier-né] — il ne peut dégager en plus celle d'un autre.

10
וְעוֹד שָׁאֲלוּ: בְּגִיבּוּי כֶּסֶף אַתָּה מוֹצֵא מָאתַיִם וְאַחַת כִּכָּר וְאַחַת עֶשְׂרֵה מָנֶה, דִּכְתִיב: ״בֶּקַע לַגֻּלְגֹּלֶת מַחֲצִית הַשֶּׁקֶל בְּשֶׁקֶל הַקֹּדֶשׁ וְגוֹ׳״,

Et il l'interrogea encore : dans la collecte de l'argent tu trouves deux cent un talents (kikar) et onze mane, comme il est écrit 'un beka par tête, un demi-sicle selon le sicle du sanctuaire, etc.' —

📜 Rachi (1)
מַחֲצִית הַשֶּׁקֶל בְּשֶׁקֶל הַקֹּדֶשׁ לַגֻּלְגֹּלֶת לְשֵׁשׁ מֵאוֹת אֶלֶף וּשְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת וַחֲמִשִּׁים הֲרֵי מָאתַיִם וְאֶחָד כִּכָּר וי"א מָנֶה. כִּכָּר הָוֵי שִׁשִּׁים מָנֶה וּמָנֶה מֵאָה דִּינָר שֶׁהֵן חֲמִשָּׁה וְעֶשְׂרִים סְלָעִים וְשֶׁקֶל דְּאוֹרָייְתָא הָוֵי סֶלַע. חָשׁוּב ס' פְּעָמִים כ"ה תִּמְצָא בְּכִכָּר אֶלֶף וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת סְלָעִים שֶׁהֵן שָׁלֹשׁ אֲלָפִים חֲצָאֵי שְׁקָלִים תִּמְצָא לְשָׁלֹשׁ אֲלָפִים יִשְׂרָאֵל כִּכַּר כָּסֶף לְשָׁלֹשׁ מֵאוֹת אֶלֶף מֵאֵת כִּכָּר לְשֵׁשׁ מֵאוֹת אֶלֶף מָאתַיִם כִּכָּר וְלִשְׁלֹשָׁה אֲלָפִים אֶלֶף וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת סְלָעִים וְלַחֲמֵשׁ מֵאוֹת אִישׁ רָ"ן סְלָעִים וְלַחֲמִשִּׁים אִישׁ כ"ה סְלָעִים הֲרֵי אֶלֶף ות"ש ע"ה סְלָעִים צֵרַף סְלָעִים וְעָשָׂה מֵהֶן מָנִים מִכָּל מֵאָה סְלָעִים אַרְבַּע מָנִים הֲרֵי לְאֶלֶף סְלָעִים מ' מָנִים וְלַחֲמֵשׁ מֵאוֹת סְלָעִים עֶשְׂרִים מָנִים הֲרֵי כִּכָּר פָּשׁוּ לְהוּ רע"ה סְלָעִים שֶׁהֵן אַחַת עֶשְׂרֵה מָנֶה:
Un demi-sicle selon le sicle du sanctuaire — par tête, pour six cent trois mille cinq cent cinquante [hommes], cela fait deux cent un talents et onze mane. Le talent vaut soixante mane, et le mane cent deniers, soit vingt-cinq sicles (sela) ; et le sicle de la Torah vaut un sela. Calcule soixante fois vingt-cinq : tu trouves dans le talent mille cinq cents sicles, soit trois mille demi-sicles ; ainsi pour trois mille Israélites, un talent d'argent ; pour trois cent mille, cent talents ; pour six cent mille, deux cents talents ; pour les trois mille [restants], mille cinq cents sicles ; pour cinq cents hommes, deux cent cinquante sicles ; pour cinquante hommes, vingt-cinq sicles — soit mille sept cent soixante-quinze sicles. Regroupe les sicles et fais-en des mane, quatre mane par cent sicles : soit pour mille sicles quarante mane, et pour cinq cents sicles vingt mane, soit un talent ; il reste deux cent soixante-quinze sicles, qui font onze mane.
💡 Explication

Deuxième question de Kontrokos. La collecte d'argent (un demi-sicle par tête pour 603 550 hommes) donne 301 775 sicles, soit 201 talents et 11 mane (un talent = 60 mane = 1 500 sicles ; un mane = 25 sicles). Le verset : 'un beka par tête, un demi-sicle selon le sicle du sanctuaire' (Ex 38:26).

11
וּבִנְתִינַת הַכֶּסֶף אַתָּה מוֹצֵא מְאַת כִּכָּר, דִּכְתִיב: ״וַיְהִי מְאַת כִּכַּר הַכֶּסֶף לָצֶקֶת וְגוֹ׳״. מֹשֶׁה רַבְּכֶם גַּנָּב הָיָה, אוֹ קוּבְיוּסְטוּס הָיָה, אוֹ אֵינוֹ בָּקִי בְּחֶשְׁבּוֹנוֹת? נָתַן מֶחֱצָה וְנָטַל מֶחֱצָה, וּמֶחֱצָה שָׁלֵם לֹא הֶחֱזִיר.

or dans la remise de l'argent tu trouves cent talents, comme il est écrit 'et il y eut cent talents d'argent pour couler, etc.'. Moché votre maître était-il un voleur, ou un escroc (koubioustous), ou bien ignorant en calculs ?

Il a donné la moitié et pris la moitié, et [même] la moitié complète il ne l'a pas rendue !

📜 Rachi (1)
מֶחֱצָה שָׁלֵם לֹא הֶחֱזִיר שֶׁהָיָה לוֹ לְשַׁלֵּם מִן הַחֵצִי מֵאֵת כִּכָּר וַחֲצִי וְחָמֵשׁ מָנִים וָחֵצִי וְהוּא לֹא נָתַן אֶלָּא מֵאָה כִּכָּר כְּדִכְתִיב מֵאֵת כִּכָּר. ואע"ג דִּכְתִיב (שְׁמוֹת ל״ח:כ״ח) וְאֶת הָאָלֶף וּשְׁבַע מֵאוֹת וַחֲמִשָּׁה וְשִׁבְעִים עָשָׂה וָוִים אַלְמָא דְּיוֹתֵר מִמֶּחֱצָה הֶחֱזִיר אוֹתוֹ פָּסוּק לֹא הִזְכִּיר אוֹתוֹ הַשַּׂר שֶׁמִּתְכַּוֵּין הָיָה לְקַנְטְרוֹ בִּדְבָרִים:
Et la moitié complète il ne l'a pas rendue — car il aurait dû rendre, sur la moitié, cent talents et demi et cinq mane et demi ; or il n'a donné que cent talents, comme il est écrit 'cent talents'. Et bien qu'il soit écrit (Ex 38:28) 'et des mille sept cent soixante-quinze [sicles] il fit des crochets' — ce qui montre qu'il a en fait rendu plus de la moitié — ce dignitaire n'a pas mentionné ce verset, car il avait l'intention de le provoquer par ses paroles.
🗂️ Tossefot (2)
קוּבְיוּסְטוּס בְּמָקוֹם אַחֵר חֻולִּין (דַּף צֵא:) פרש"י גּוֹנֵב נְפָשׁוֹת וְאֵין עִנְיָינוֹ כָּאן גַּבֵּי גְּבִייַּת כֶּסֶף וּבְפֶרֶק הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (ב"ב דַּף צב:) גַּבֵּי עֲבָדִים וּסְתָם עֲבָדִים אֵינָן גּוֹנְבֵי נְפָשׁוֹת ור"ח פֵּירֵשׁ מְשַׂחֵק בְּקוּבְיָא וְהָא דְּאָמַר בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה שֻׁלְחָנִי נָא כִּי עָלָה הַשַּׁחַר וְכִי גַּנָּב אוֹ קוּבְיוּסְטוּס אַתָּה שֶׁאַתָּה מִתְיָירֵא מִן הַשַּׁחַר דֶּרֶךְ מְשַׂחֵק בְּקוּבְיָא לְהַטְמִין עַצְמוֹ לְפִי שֶׁמַּפְסִיד מָמוֹן בִּשְׂחוֹק וּמִתְחַיֵּיב בְּהַקָּפָה:
Koubioustous — ailleurs, dans Houlin (91b), Rachi explique 'voleur d'âmes (kidnappeur)', mais ce sens ne convient pas ici à propos de la collecte de l'argent ; et dans le chapitre 'Ha-mokher perot' (Baba Batra 92b), à propos des esclaves, [on dit que] les esclaves ordinaires ne sont pas des voleurs d'âmes. Rabbenou Hananel explique : joueur de dés (koubia). Et ce que dit le Berechit Rabba 'laisse-moi partir car l'aube est montée' [où l'ange demande à Yaakov] — 'es-tu donc un voleur ou un koubioustous, que tu craignes l'aube ?' — [se comprend] à la manière d'un joueur de dés qui se cache, car il perd de l'argent au jeu et se retrouve endetté.
וּמֶחֱצָה שָׁלֵם לֹא הֶחֱזִיר לֹא הִזְכִּיר לוֹ פָּסוּק וְאֶת הָאָלֶף וּשְׁבַע מֵאוֹת וַחֲמִשָּׁה וְשִׁבְעִים עָשָׂה וָוִים לָעַמּוּדִים הַשַּׂר לְקַנְטְרוֹ נִתְכַּוֵּון:
Et la moitié complète il ne l'a pas rendue — le dignitaire ne lui a pas mentionné le verset 'et des mille sept cent soixante-quinze [sicles] il fit des crochets pour les colonnes' : il visait à le provoquer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נָטַל מֶחֱצָה וְנָתַן מֶחֱצָה, וּמֶחֱצָה שָׁלֵם לֹא הֶחֱזִיר. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נָטַל מֶחֱצָה וּמֶחֱצָה שָׁלֵם לֹא הֶחֱזִיר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּא לְקַנְתֵּר וְלוֹמַר בַּעַל כָּרְחוֹ צָרִיךְ לוֹמַר כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעְרִימוּ שֶׁנִּרְאִין נוֹתְנִין וְאֵין נוֹתְנִין וְגַם כְּדֵי שֶׁלֹּא יַטְרִיחוּ לִמְצוֹא חֲצָאֵי שֶׁקֶל הָיָה עוֹשֶׂה כֵּן שֶׁעָשָׂה לְעַצְמוֹ שֵׁשׁ מֵאוֹת אֶלֶף חֲצָאֵי שֶׁקֶל וְאָמַר שֶׁכֻּולָּם יָבִיאוּ שֶׁקֶל שָׁלֵם שֶׁהוּא הַמָּצוּי וְהוּא יְקַבֵּל מִכָּל אֶחָד שֶׁקֶל שָׁלֵם וְיִתֵּן לוֹ חֲצִי שֶׁקֶל וּבִכְהַאי גַּוְנָא לֹא יוּכְלוּ לְהַעֲרִים וְלִגְנוֹב כִּי נוֹתֵן שֶׁקֶל שָׁלֵם וְלוֹקֵחַ חֲצִי שֶׁקֶל וְאִם לֹא יְקַבֵּל מִמֶּנּוּ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁקֶל שָׁלֵם לֹא יִתֵּן לוֹ חֲצִי שֶׁקֶל. וְעַל פִּי הַצָּעָה זוֹ שֶׁעָשָׂה מִדַּעְתּוֹ אָמַר נָתַן לְכָל אֶחָד חֲצִי שֶׁקֶל וְנָטַל מֶחֱצָה כִּי נָטַל שֶׁקֶל שָׁלֵם שֶׁאֵין בּוֹ לִבְעָלָיו אֶלָּא מֶחֱצָה כִּי זוּזֵי כְּמַאן דִּפְלִיגִי דָּמוּ וְעַל כֵּן מַקְשֵׁי דְּמֶחֱצָה שָׁלֵם לֹא הֶחֱזִיר לְבַעֲלֵי הַמְּלָאכָה.
'Il a pris la moitié et donné la moitié, et la moitié complète il ne l'a pas rendue.' Il aurait fallu dire [simplement] : 'il a pris la moitié et la moitié complète il ne l'a pas rendue' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il venait le provoquer et dire : bon gré mal gré il faut expliquer ainsi, afin que [les gens] ne rusent pas en paraissant donner sans donner, et aussi pour qu'on ne se donne pas la peine de trouver des demi-sicles [exacts]. Il [prétend que] Moché faisait ceci : il fixa pour lui-même six cent mille demi-sicles et dit que tous apporteraient un sicle entier — qui est [la pièce] courante — et qu'il recevrait de chacun un sicle entier puis lui rendrait un demi-sicle ; de la sorte, on ne pourrait ruser ni voler, car [chacun] donne un sicle entier et reçoit un demi-sicle ; et si Moché notre maître ne recevait pas de lui le sicle entier, il ne lui rendrait pas le demi-sicle. Selon cette mise en place qu'il conçut de son chef, [le dignitaire] dit : il a donné à chacun un demi-sicle et pris la moitié, car il a pris un sicle entier dont la moitié seulement appartient à son propriétaire, puisque des pièces [d'un pot commun] sont réputées comme partagées ; et c'est pourquoi il objecte que la moitié complète n'a pas été rendue aux artisans de l'ouvrage.
💡 Explication

Le paradoxe : la collecte fait 201 talents, mais la dépense mentionnée n'indique que cent talents ('cent talents d'argent pour couler [les socles]', Ex 38:27). Kontrokos raille : Moché était-il voleur, escroc (koubioustous) ou nul en calcul ? Il aurait pris la moitié — et n'aurait même pas rendu une moitié complète (car la moitié serait ~100,5 talents). Provocation délibérée : il tait volontairement le verset des crochets.

🖼️ Schéma
Le compte de l'argent du Michkan : où sont passés les 100 talents ? Collecte (un demi-sicle/tete) 603 550 hommes x 1/2 sicle = 201 talents + 11 mane → Dépense (verset) "100 talents pour couler les socles" = 100 talents seulement ? Objection de Kontrokos : Moché était-il voleur, joueur, ou nul en calcul ? Il aurait donné la moitié et pris la moitié... Réponse de R. Yo'hanan ben Zakkai Le mane du sanctuaire était DOUBLE (50 sicles, non 25) : les 100 talents "sacrés" = 200 talents ordinaires. Rien ne manque.
201 talents collectés, 100 dépensés : l'objection de Kontrokos.
12
אָמַר לוֹ: מֹשֶׁה רַבֵּינוּ גִּיזְבָּר נֶאֱמָן הָיָה, וּבָקִי בְּחֶשְׁבּוֹנוֹת הָיָה, וּמָנֶה שֶׁל קֹודֶשׁ כָּפוּל הָיָה.

Il lui dit : Moché notre maître était un trésorier fidèle et expert en calculs, et le mane du sanctuaire était double.

📜 Rachi (1)
כָּפוּל הָיָה וְהָיָה בַּכִּכָּר ק"כ מָנִים וּבְאוֹתָן מֵאָה כִּכָּר הָווּ מָאתַיִם כִּכָּר וְהָאֶחָד כִּכָּר וי"א מָנֶה הָיוּ הָאֶלֶף וְז' מֵאוֹת וע"ה שֶׁעָשָׂה וָוִים לָעַמּוּדִים:
Était double — il y avait dans le talent [sacré] cent vingt mane [ordinaires], et ces cent talents [sacrés] valaient deux cents talents [ordinaires] ; et le talent et onze mane [restants] étaient les mille sept cent soixante-quinze [sicles] dont il fit des crochets pour les colonnes.
💡 Explication

Réponse de RYBZ : Moché était un trésorier fidèle et compétent. La clé : le mane (et le talent) du sanctuaire était double — un mane sacré valait 50 sicles (au lieu de 25), donc un talent sacré = 120 mane ordinaires. Les 100 talents 'sacrés' équivalent à 200 talents ordinaires ; ajoutés au talent et 11 mane des crochets, le compte tombe juste.

13
הָוֵי בַּהּ רַב אַחַאי: מַאי קָא קַשְׁיָא לֵיהּ, ״וַיְהִי מְאַת כִּכַּר הַכֶּסֶף לָצֶקֶת וְגוֹ׳״? הָנָךְ לָצֶקֶת, וְאִינָךְ בֵּי גַּזָּא! כְּתַב קְרָא אַחֲרִינָא: ״וְכֶסֶף פְּקוּדֵי הָעֵדָה מְאַת כִּכָּר וְגוֹ׳״.

Rav Ahai s'interroge là-dessus : qu'est-ce qui lui posait difficulté ? [Le verset] 'et il y eut cent talents d'argent pour couler, etc.' ?

[Mais on pourrait dire :] ces [cent talents-là étaient] pour couler, et les autres [cent] étaient dans le trésor ! [C'est pourquoi] un autre verset est écrit : 'et l'argent des dénombrés de la communauté [fut] cent talents, etc.'.

📜 Rachi (1)
כְּתִיב קְרָא אַחֲרִינָא דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ לָצֶקֶת וְלָא קָחֲשִׁיב לְכוּלְּהוּ:
Un autre verset est écrit — où n'est pas mentionné 'pour couler', et qui pourtant ne compte pas la totalité [des 200 talents].
💡 Explication

Rav Ahai précise ce qui obligeait RYBZ à recourir au mane double. Si la seule difficulté était 'cent talents pour couler les socles' (Ex 38:27), on répondrait : ces 100 servirent à la coulée, les 100 autres furent mis au trésor. Mais un autre verset (Ex 38:25) donne le total général : 'l'argent des dénombrés de la communauté : cent talents' — là, impossible de dire qu'il en reste ailleurs. D'où la nécessité du mane double.

14
וּדְקָאָמַר לֵיהּ: מָנֶה שֶׁל קֹודֶשׁ כָּפוּל הָיָה, מְנָא לֵיהּ?

Et ce qu'il lui a dit — que le mane du sanctuaire était double — d'où [le tient]-il ?

🗂️ Tossefot (1)
מְנָא לֵיהּ פֵּירוּשׁ יֵשׁ לוֹ לְדַקְדֵּק דָּבָר זֶה מִתּוֹךְ מֶה אָמְרָה מִלְּבַד קֻושְׁיָא זוֹ:
D'où [le tient]-il — c'est-à-dire : il a de quoi déduire cette chose [des versets], en plus de cette objection elle-même.
💡 Explication

La Guemara ouvre l'enquête scripturaire : d'où RYBZ déduit-il que le mane du sanctuaire était double ? Quelle est la source du principe ?

15
אִילֵּימָא מִינֵּיהּ, שֶׁהֲרֵי כָּאן שִׁבְעִים וְאֶחָד מָנֶה — ״וְאֶת הָאָלֶף וּשְׁבַע מֵאוֹת וַחֲמִשָּׁה וְשִׁבְעִים עָשָׂה וָוִים לָעַמּוּדִים״, וְלֹא מְנָאָן הַכָּתוּב אֶלָּא בִּפְרוֹטְרוֹט, וְאִם אִיתָא — מֵאָה וְאֶחָד כִּכָּר וְאַחַת עֶשְׂרֵה מָנֶה מִיבְּעֵי לֵיהּ!

Si l'on dit : de lui-même [ce verset], puisqu'il y a ici soixante et onze mane — 'et les mille sept cent soixante-quinze il [en] fit des crochets pour les colonnes' — et que l'Écriture ne les a comptés qu'en détail (be-froutrot) ; or si c'était [un mane simple], il aurait fallu [écrire] cent un talents et onze mane !

📜 Rachi (2)
אִילֵּימָא מִינֵּיהּ מֵהַאי קְרָא גּוּפֵיהּ שֶׁהֲרֵי כֵּיוָן אֶלֶף וּשְׁבַע מֵאוֹת וע"ה יוֹצֵא שִׁבְעִים וְחַד מָנֶה וא"נ לָא מַהְדַּר אֶלָּא כַּמָּה דִּכְתִיב מִיהוּ הָנָךְ הֲוָה לֵיהּ לִקְרָא לְמִימְנֵי בְּהוּ בְּכִכָּר וי"א מָנֶה וְלֹא מְנָאָן אֶלָּא בִּפְרוֹטְרוֹט בִּפְרָטֵי' וְלֹא עָשָׂה מֵהֶן כְּלָל שֶׁיַּחְשְׁבֵם בְּכִכָּר ש"מ כָּפוּל הָיָה:
Si l'on dit : de lui-même — de ce verset lui-même ; car puisque, en regroupant mille sept cent soixante-quinze, il en sort soixante et onze mane. Et même s'il ne voulait rendre que ce qui est écrit, il aurait dû les compter en talent et onze mane, et il ne les a comptés qu'en détail — sans en faire un ensemble qu'il aurait compté en talent. Apprends-en que [le mane] était double.
לְעוֹלָם אִיכָּא לִישָּׁאֵל אַמַּאי לָא אַהְדַּר מָאתַיִם כִּכָּר וְהָא דַּאֲמַרְתְּ אִי לָאו דְּכָפוּל הָיָה אַמַּאי לָא מִנְּנָהוּ בְּכִכָּר לָאו טַעְמָא הוּא דִּכְלָלֵי שֶׁהִגִּיעוּ לְמֵאָה קָחֲשִׁיב בִּכְלָלֵי וּפְרָטֵי כְּגוֹן חַד כִּכָּר לָא חֲשִׁיב בְּכַכְּרֵי לְפִיכָךְ מְנָאָן בִּפְרוֹטְרוֹט:
En vérité on peut toujours demander : pourquoi n'a-t-il pas rendu deux cents talents ? Et ce que tu dis — 'si le mane n'était pas double, pourquoi ne les a-t-il pas comptés en talent ?' — ce n'est pas une [vraie] raison : car on compte en 'ensembles' ce qui atteint cent, tandis qu'un [seul] talent, on ne le compte pas en talents (comme ensemble) ; c'est pourquoi il les a comptés en détail.
🗂️ Tossefot (1)
הֲרֵי כָּאן שִׁבְעִים וְאֶחָד מָנֶה וְלֹא מְנָאָן הַכָּתוּב אֶלָּא בִּפְרוֹטְרוֹט:
Il y a ici soixante et onze mane — et l'Écriture ne les a comptés qu'en détail.
💡 Explication

Première tentative : déduire le principe du verset des crochets (Ex 38:28). Les 1 775 sicles font 71 mane (60 = 1 talent + 11 mane). L'Écriture les compte 'en menue monnaie' (be-froutrot, en sicles) au lieu d'un talent + 11 mane. Si le mane était simple, le verset aurait dû regrouper : 'cent un talents et onze mane'. Le fait de détailler suggère que le mane sacré étant double, ces 1 775 sicles n'atteignaient pas un talent complet.

16
אֶלָּא, מִדְּלֹא מְנָאָן הַכָּתוּב אֶלָּא בִּפְרוֹטְרוֹט, שְׁמַע מִינָּה: מָנֶה שֶׁל קֹודֶשׁ כָּפוּל הָיָה.

Plutôt, du fait que l'Écriture ne les a comptés qu'en détail, apprends-en que le mane du sanctuaire était double.

🗂️ Tossefot (1)
וּמָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ כָּפוּל הָיָה אֲבָל שְׁקָלִים שֶׁל חוֹל וְשֶׁל קֹדֶשׁ שָׁוִין הָיוּ וא"ת מִכָּל מָקוֹם לִמְנִינְהוּ בְּמִנְיָן וְלֵימָא ל"ה מָנִים וָחֵצִי וְכֵן בְּסָמוּךְ דְּקָאָמַר שֶׁהֲרֵי כָּאן צ"ו מָנִים הָיָה לוֹ לִמְנוֹת בְּמָנֶה וְלֵימָא אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה מָנִים וְהָוֵי הַמָּנִים טְפֵי שָׁלֵם י"ל דְּמִשְׁקַל שֶׁל מָנֶה לֹא הָיָה עֲדַיִין בִּימֵי מֹשֶׁה וְלָא מִשְׁתְּמִיט קְרָא בְּאוֹרָיְיתָא דְּלִכְתּוֹב מָנֶה תֵּדַע דבפ"ק דִּכְתֻובּוֹת (דַּף י:) גַּבֵּי אַלְמָנָה אָמְרִי' נִקְרֵאת אַלְמָנָה עַל שֵׁם מָנֶה דַּעֲתִידִי רַבָּנָן דְּמִיתַּקְּנִי לָהּ כְּתֻובָּה מָנֶה וּמִי כָּתֵב קְרָא לְעָתִיד וְאַמַּאי לָא דָּיְיקִי' כְּתֻובַּת אַלְמָנָה דְּאוֹרָייְתָא אֶלָּא וַדַּאי לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה מָנֶה בִּימֵי מֹשֶׁה:
Et le mane du sanctuaire était double — mais les sicles du profane et du sacré étaient égaux. Et si tu objectes : de toute façon, qu'on les compte [au moins] en mane, et qu'on dise 'trente-cinq mane et demi', et de même plus loin où l'on dit 'il y a ici quatre-vingt-seize mane' [pour le cuivre], il aurait fallu compter en mane et dire 'quarante-huit mane' — [de sorte que] les mane [obtenus] seraient plus 'entiers' ! On peut répondre : le poids-étalon du mane n'existait pas encore aux jours de Moché, et l'Écriture ne se serait pas abstenue, dans la Torah, d'écrire 'mane' [s'il avait existé]. La preuve : au premier chapitre de Ketoubot (10b), à propos de la veuve, on dit qu'elle est appelée 'almana' au nom du 'mane' que les Sages institueront pour elle comme ketouba — or l'Écriture écrit-elle en vue de l'avenir ? Et pourquoi n'a-t-on pas déduit que la ketouba de la veuve est de la Torah ? Plutôt, [c'est] assurément parce que le mane n'existait pas aux jours de Moché.
💡 Explication

Conclusion (provisoire) de la première tentative : puisque l'Écriture compte 'en détail' (en sicles) plutôt qu'en talent, c'est que le mane du sanctuaire était double — les 1 775 sicles ne valent que 35 mane et demi, donc moins d'un talent (60 mane), d'où l'impossibilité de les regrouper en talent.

17
וְדִילְמָא כְּלָלֵי קָחָשֵׁיב בְּכַכְּרֵי, פְּרָטִי לָא קָא חָשֵׁיב בְּכַכְּרֵי!

Mais peut-être compte-t-il les [montants] généraux en talents, et ne compte-t-il pas les [montants] de détail en talents !

💡 Explication

Réfutation : la première preuve ne tient pas. Peut-être le mane est-il simple, mais l'Écriture compte les gros montants (kelalim, les centaines de talents) en talents et laisse les montants de détail (pratim, moins de 100 talents) en sicles. Le fait de détailler ne prouve donc pas que le mane était double.

18
אֶלָּא מֵהָכָא: ״וּנְחֹשֶׁת הַתְּנוּפָה שִׁבְעִים כִּכָּר וְאַלְפַּיִם וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁקֶל״, שֶׁהֲרֵי כָּאן תִּשְׁעִים וְשִׁשָּׁה מָנֶה, וְלֹא מְנָאָן הַכָּתוּב אֶלָּא בִּפְרוֹטְרוֹט, שְׁמַע מִינָּה: מָנֶה שֶׁל קֹודֶשׁ כָּפוּל הָיָה.

Plutôt, [c'est] d'ici : 'et le cuivre de l'offrande [balancée] fut soixante-dix talents et deux mille quatre cents sicles' ; car il y a là quatre-vingt-seize mane, et l'Écriture ne les a comptés qu'en détail : apprends-en que le mane du sanctuaire était double.

📜 Rachi (1)
וְאַלְפַּיִם וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁקֶל אֲלָפִים הָווּ פ' מָנִים לְכָל ק' ד' מָנִים וְת' הָווּ ט"ז מָנִים הֲרֵי צ"ו מָנִים וְלֹא מְנָאָן אֶלָּא בִּפְרוֹטְרוֹט וְהַאי קְרָא חֲשִׁיב פְּרָטֵי בְּכַכְּרֵי דְּהָכְתִיב שִׁבְעִים כִּכָּר מִדְּלָא כָּתַב ע"א כִּכָּר וּשְׁלֹשִׁים וְשִׁשָּׁה מָנִים ש"מ כָּפוּל הָיָה וְעַד דְּלֶיהֱווֹ ק"כ מָנִים לָא הָוֵי כִּכָּר:
Et deux mille quatre cents sicles — deux mille [sicles] font quatre-vingts mane (quatre mane par cent) ; et quatre cents font seize mane — soit quatre-vingt-seize mane. Et il ne les a comptés qu'en détail. Or ce verset-ci compte bien les [montants] de détail en talents, puisqu'il est écrit 'soixante-dix talents' : car s'il n'écrit pas 'soixante et onze talents et trente-six mane', apprends-en que [le mane] était double, et que tant qu'il n'y a pas cent vingt mane il n'y a pas [un plein] talent.
💡 Explication

Deuxième tentative, du verset du cuivre (Ex 38:29) : 70 talents + 2 400 sicles. Les 2 400 sicles font 96 mane (60 = 1 talent + 36 mane). L'Écriture les compte en sicles ('en détail') alors qu'ici elle a bien compté les détail en talents (elle écrit '70 talents', pas 'des sicles'). Donc si elle détaille les 2 400 sicles au lieu d'écrire '71 talents et 36 mane', c'est que le mane était double (il faut 120 mane pour un talent).

19
וְדִילְמָא פְּרָטָא רַבָּה קָא חָשֵׁיב בְּכַכְּרֵי, פְּרָטָא זוּטָא לָא קָחָשֵׁיב בְּכַכְּרֵי!

Mais peut-être compte-t-il le grand détail (perata rabba) en talents, et ne compte-t-il pas le petit détail (perata zouta) en talents !

📜 Rachi (2)
פְּרָטָא רַבָּה שִׁבְעִים וּלְהָכִי קָרֵי לֵיהּ פְּרָט דְּלָא הִגִּיעַ לְמֵאָה:
Le grand détail — soixante-dix [talents] ; on l'appelle 'détail' (perat) car il n'atteint pas cent.
פְּרָטָא זוּטְרָא כְּגוֹן חַד כִּכָּר:
Le petit détail — par exemple un seul talent.
💡 Explication

Nouvelle réfutation : peut-être le mane est-il simple, mais l'Écriture compte le gros détail (perata rabba, les dizaines de talents, comme 70) en talents, et laisse le petit détail (perata zouta, moins de dix talents) en sicles. La preuve tirée du cuivre ne tient donc pas non plus.

20
אֶלָּא אָמַר רַב חִסְדָּא: מֵהָכָא, ״וְהַשֶּׁקֶל עֶשְׂרִים גֵּרָה עֶשְׂרִים שְׁקָלִים חֲמִשָּׁה וְעֶשְׂרִים שְׁקָלִים עֲשָׂרָה וַחֲמִשָּׁה שֶׁקֶל הַמָּנֶה יִהְיֶה לָכֶם״.

Plutôt, Rav Hisda dit : [c'est] d'ici — 'et le sicle [sera de] vingt guera ; vingt sicles, vingt-cinq sicles, dix et cinq sicles, sera pour vous le mane' (Ez 45:12).

📜 Rachi (1)
וְהַשֶּׁקֶל עֶשְׂרִים גֵּרָה פָּסוּק הוּא בִּיחֶזְקֵאל עֶשְׂרִים שְׁקָלִים וְגוֹ' הַמָּנֶה יִהְיֶה לָכֶם. אַלְמָא הַמָּנֶה כ"ה סְלָעִים:
Et le sicle [sera de] vingt guera — c'est un verset dans Ézéchiel : 'vingt sicles, etc., sera pour vous le mane' ; ce qui montre que le mane [ordinaire vaut] vingt-cinq sela.
🗂️ Tossefot (2)
וְהַשֶּׁקֶל עֶשְׂרִים גֵּרָה הַייְנוּ מֵעֵין כְּדִמְתַרְגֵּם כ' מָעִין סֶלַע וְתֵימַהּ הָאָמַר סֶלַע ד' דִּינָר וְשֵׁשׁ מָעָה כֶּסֶף דִּינָר אַלְמָא אִיכָּא כ"ד מָעִין בְּסֶלַע ופר"ת שְׁתֵּי פְּעָמִים הוֹסִיפוּ עַל הַמִּשְׁקָל בִּימֵי יְחֶזְקֵאל הָיָה שֶׁקֶל עֶשְׂרִים גֵּרָה הוֹסִיפוּ שְׁתוּת עַל מָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ שֶׁבַּתְּחִלָּה הָיָה בּוֹ נ' סְלָעִים עֲשָׂאוּהוּ שֶׁל קֹדֶשׁ שִׁשִּׁים אֲבָל עַל הַשֶּׁקֶל לֹא הוֹסִיפוּ וּבִימֵי חֲכָמִים חָזְרוּ וְהוֹסִיפוּ עַל הַשֶּׁקֶל שְׁתוּת מִלְּבַד תּוֹסֶפֶת שֶׁבַּתְּחִלָּה שֶׁהָיָה שֶׁל עֶשְׂרִים וַעֲשָׂאוּהוּ שֶׁל כ"ד וְהַשְׁתָּא לפר"ת כְּשֶׁנִּתּוֹסַף בִּימֵי יְחֶזְקֵאל נַעֲשָׂה מָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ גָּדוֹל יוֹתֵר מִכִּפְלַיִם מִשֶּׁל חוֹל דְּשֶׁל חוֹל לְעוֹלָם כ"ה סְלָעִים וְהֵם עָשׂוּ שֶׁל קֹדֶשׁ ס' סְלָעִים וּבִימֵי חֲכָמִים כְּשֶׁהוֹסִיפוּ עַל סְלָעִים מִמֵּילָא נִתּוֹסַף מָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ וְשֶׁל חוֹל וה"פ קְרָא דִּיחֶזְקֵאל וְהַשֶּׁקֶל עֶשְׂרִים גֵּרָה כְּלוֹמַר מֵאוֹתָם שְׁקָלִים שֶׁהָיוּ בַּתְּחִלָּה עֶשְׂרִים גֵּרָה יֵשׁ בַּמָּנֶה שֶׁל עַכְשָׁיו שִׁשִּׁים אֲבָל מִשְּׁקָלִים שֶׁל עַכְשָׁיו שֶׁנַּעֲשׂוּ כ"ד לֵית בֵּיהּ אֶלָּא חֲמִשִּׁים בְּשֶׁל קֹדֶשׁ וכ"ה שֶׁל חוֹל:
Et le sicle [sera de] vingt guera — c'est-à-dire une 'maa', comme le traduit [le Targoum] 'vingt maa, un sela'. Et l'on peut s'étonner : n'a-t-on pas dit qu'un sela vaut quatre deniers, et un denier six maa d'argent — ce qui fait vingt-quatre maa dans un sela ? Rabbenou Tam explique : par deux fois on augmenta le poids [de la monnaie]. Aux jours d'Ézéchiel, le sicle était de vingt guera ; on ajouta un sixième au mane du sanctuaire, qui au début valait cinquante sela, et on en fit un mane sacré de soixante ; mais sur le sicle on n'ajouta rien. Puis, aux jours des Sages, on revint ajouter un sixième sur le sicle, en plus de l'ajout initial : il était de vingt [guera], on en fit vingt-quatre. Et maintenant, selon Rabbenou Tam, quand on ajouta aux jours d'Ézéchiel, le mane sacré devint plus du double du profane, car le profane resta toujours de vingt-cinq sela tandis qu'on fit le sacré de soixante ; et aux jours des Sages, quand on ajouta sur les sela, le mane sacré et le profane augmentèrent [proportionnellement]. Voici le sens du verset d'Ézéchiel 'et le sicle [de] vingt guera' : c'est-à-dire, avec ces sicles-là du début qui étaient de vingt guera, il y a dans le mane d'aujourd'hui soixante ; mais avec les sicles d'aujourd'hui, devenus de vingt-quatre, il n'y a que cinquante [sela] dans le [mane] sacré, et vingt-cinq dans le profane.
עֶשְׂרִים שְׁקָלִים חֲמִשָּׁה וְעֶשְׂרִים שְׁקָלִים עֲשָׂרָה וַחֲמִשָּׁה שֶׁקֶל הַמָּנֶה יִהְיֶה לָכֶם מַה שֶׁלֹּא מָנָה הַכָּתוּב בְּבַת אַחַת שִׁשִּׁים שְׁקָלִים הַמָּנֶה וְכֵן לְחֶלְקוֹ בְּעִנְיָן זֶה יֵשׁ לְפָרֵשׁ לְפִי (דַּאֲמַרְתְּ) שֶׁעִנְייְנֵי מִשְׁקָלוֹת הָיוּ בַּמִּקְדָּשׁ מִשְׁקָל אֶחָד הָיָה בַּמִּקְדָּשׁ שֶׁל עֶשְׂרִים שְׁקָלִים בָּהּ שׁוֹקְלִים שְׁלִישׁ מָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ אַחַר שֶׁנִּתּוֹסַף (שֶׁל קֹדֶשׁ) אֶחָד מִשְּׁתוּת וּמִשְׁקָל אֶחָד שֶׁל כ"ה שִׁיעוּר מָנֶה שֶׁל חוֹל רְבִיעַ מָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ קֹודֶם שֶׁנִּתּוֹסַף קֹדֶשׁ וּמִשְׁקָלוֹ שֶׁל ט"ו וּשְׁלָשְׁתָּן מַחֲזִיקוֹת שִׁיעוּר מָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ וְכֵן מוּכָח הַתַּרְגּוּם דִּמְתַרְגֵּם וְסִלְעָא עֶשְׂרִין מֵעֵין תִּלְתֹּות מָנֶה עֶשְׂרִין סִלְעִין מָנֶה דְּכַסְפָּא עֶשְׂרִין וְחָמֵשׁ סְלָעִים רָבְעוֹת מָנֶה חָמֵשׁ וַעֲשָׂרָה סְלָעִים כּוּלְּהוֹן שִׁיתִין מָנֶה רָבָא מָנֶה דְּקוּדְשָׁא יְהֵא לְכוֹן וּלְפִי פ"ב אֵין מִתְיַישֵּׁב כָּל כָּךְ תִּלְתֹּות מָנֶה רָבְעוֹת מָנֶה בְּמָנֶה שֶׁל קוֹדֶשׁ אַחַר שֶׁנִּתּוֹסַף וּמָנֶה דְּכַסְפָּא כ"ה סְלָעִים אַיְּירִי בְּמָנֶה שֶׁל חוֹל וְלֹא בְּשֶׁל חוֹל אַחַר שֶׁנִּתּוֹסַף אֶלָּא בְּמָנֶה שֶׁל חוֹל מִקַּמֵּי דְּאִיתּוֹסַף אַייְרֵי וא"ת וּמְנָא לָן שֶׁהוֹסִיף יְחֶזְקֵאל כְּלוּם דִּילְמָא מִתְּחִלָּה הָיָה מָנֶה שֶׁל קֹדֶשׁ ס' י"ל דִּמְאַת כִּכָּר שֶׁל מֹשֶׁה מוֹכִיחַ דִּתְחִלָּתוֹ שֶׁל קֹדֶשׁ לֹא הָיָה אֶלָּא כְּחוֹל:
'Vingt sicles, vingt-cinq sicles, dix et cinq sicles, sera pour vous le mane' — pourquoi l'Écriture n'a-t-elle pas compté d'un seul coup 'soixante sicles, le mane', et [pourquoi] le découper de cette manière ? On peut l'expliquer ainsi : il y avait au sanctuaire divers poids-étalons. Il y avait un poids de vingt sicles, avec lequel on pèse le tiers du mane sacré après qu'on lui eut ajouté un sixième ; un poids de vingt-cinq, mesure du mane profane, [soit] le quart du mane sacré avant l'ajout ; et un poids de quinze — et les trois [ensemble] contiennent la mesure du mane sacré. C'est ce que prouve le Targoum, qui traduit : 'et un sela vingt maa, le tiers du mane ; vingt sela, le mane d'argent ; vingt-cinq sela, le quart du mane ; quinze sela — le tout, soixante, le grand mane, le mane du sanctuaire, sera pour vous'. Et selon la seconde explication [de Rachi/R. Tam], cela ne s'accorde pas aussi bien : 'le tiers du mane', 'le quart du mane' [se rapporteraient] au mane sacré après l'ajout, tandis que 'le mane d'argent [de] vingt-cinq sela' porterait sur le mane profane — et non le profane après l'ajout, mais le profane d'avant l'ajout. Et si tu objectes : d'où savons-nous qu'Ézéchiel a ajouté quoi que ce soit ? Peut-être le mane sacré était-il dès le début de soixante ! On peut répondre : les cent talents de Moché le prouvent, car au début le [mane] sacré n'était que comme le profane.
💡 Explication

Preuve définitive de Rav Hisda, tirée d'Ézéchiel (45:12) : le prophète définit le mane comme la somme de 20 + 25 + 10 + 5 = 60 sicles. Or un mane ordinaire vaut 25 sicles (100 deniers). Le fait qu'Ézéchiel fixe le mane à 60 sicles établit que le mane du sanctuaire était plus du double du mane profane — d'où la résolution de l'énigme des 100 talents.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).