Bekhorot 5b — le mane du Sanctuaire, les ânes de la sortie d'Égypte, et le nouveau-né qui ne ressemble pas à sa mère

Bekhorot 5b

Sougya : Le daf achève d'abord le calcul du mane du Sanctuaire (Ézéchiel 45:12) : c'est un mane double, d'où l'on tire qu'on peut majorer les mesures, mais jamais de plus d'un sixième, calculé de l'extérieur. Rabbi Hanina rapporte ensuite ses questions à Rabbi Eliezer : pourquoi seuls les premiers-nés d'ânes sont rachetés (décret de l'Écriture, et parce que les ânes aidèrent Israel à la sortie d'Égypte), et le sens des noms Refidim et Chittim (dispute entre R.

Eliezer, qui y voit de simples toponymes, et R. Yehochoua, qui y lit une allusion au relâchement dans la Torah et à la débauche).

La Michna et sa Guemara traitent alors du nolad (nouveau-né) qui ne ressemble pas à sa mère : exempt de la bekhora sauf s'il porte quelques simanim ; et sa loi de consommation suit sa mère. La sougya explore enfin la mahloket entre le Tana de la Michna et R.

Yossi ha-Guelili sur le verset-source de cette exigence de ressemblance.

Le mane du Sanctuaire (Ézéchiel 45:12) : un mane double, majoré d'un sixième externe Mane ordinaire 100 dinars = 25 sela Mane double (kodech) 200 dinars = 50 sela Après majoration 240 dinars = 60 sela 20+25+15+10 (Ez 45:12) = 60 chekels ; or 60 x 4 = 240 dinars, pas 100. Donc le mane du Sanctuaire = mane double (50 sela = 200 dinars). On majore les mesures, jamais de plus d'un sixième ; et ce sixième se calcule de l'extérieur (chetota mi-lebar) : 10 sur 60 = 1/6.
Le mane du Sanctuaire, mane double, et la règle du sixième externe (segments 0-1).
Le nolad (nouveau-né) qui ne ressemble pas à sa mère : bekhora et consommation Bekhora (statut de premier-né) Vache qui enfante un âne / âne qui enfante un cheval exempt (patour) ... avec quelques simanim (signes) de la mère soumis (hayav) Akhila (consommation) Bête pure qui enfante une bête impure de sorte permis Bête impure qui enfante une bête pure de sorte interdit Règle : ce qui sort de l'impur est impur ; de le pur, pur.
Le nolad qui ne ressemble pas à sa mère : bekhora et consommation (segments 6-7).
Mahloket : d'où apprendre que le nolad doit ressembler à sa mère ? Tana de la Michna R. Yossi ha-Guelili Verset : 'peter hamor' x2 (kedouchat damim = âne) La Torah révèle pour l'âne (valeur), à plus forte raison la bête pure (kedouchat ha-gouf). 'bekhor bekhor' -> les emourim Verset : 'bekhor chor/kessev/ez' (kedouchat ha-gouf = bête pure) La Torah révèle pour la bête pure ; on en déduit l'âne (valeur) par déduction (gamar mi-kedouchat ha-gouf). 'peter hamor' -> exclut chevaux/chameaux
La mahloket sur le verset-source de l'exigence de ressemblance (segments 9-15).
1
וְהָא מָאתַן וְאַרְבְּעִין הָוְיָין! אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה: מָנֶה שֶׁל קֹודֶשׁ מָנֶה כָּפוּל הָיָה.

Mais cela fait deux cent quarante [dinars] ! Plutôt, apprends-en que le mane du Sanctuaire (mane chel kodech) était un mane double.

📜 Rachi (1)
וְהָא מָאתָן וְאַרְבָּעִים דִּינָר נִינְהוּ אֶלָּא כָּפוּל הָיָה וּבְמָנֶה דְּקוֹדֶשׁ הָווּ מָאתָן וְהָנָךְ אַרְבָּעִים דִּטְפוּ עֲלַייְהוּ זֶהוּ שֶׁהוֹסִיפוּ בִּימֵי יְחֶזְקֵאל וְהוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶן שְׁתוּת דְּאַרְבְּעִין הָווּ שְׁתוּתָא מִלְּבַר דִּבְמָאתַן אִיכָּא ה' פְּעָמִים מ' וְהֵבִיאוּ פַּעַם מ' שִׁשִּׁית מִבַּחוּץ וְהוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶן וְלָא אָמְרִי' שְׁתוּת מִלְּגָיו שֶׁיַּחְלְקוּ לְשִׁשָּׁה וְיוֹסִיפוּ עַל הַמִּשְׁקָל אֶחָד מֵאוֹתָן חֲלָקִים:
Mais cela fait deux cent quarante dinars — plutôt [le mane] était double : dans le mane du Sanctuaire il y avait deux cents [dinars], et ces quarante qui s'y ajoutent, c'est ce qu'on ajouta aux jours d'Ézéchiel : on leur ajouta un sixième, car quarante sont le sixième de l'extérieur (chetota mi-lebar) — dans deux cents il y a cinq fois quarante, et l'on apporta une fois quarante, le sixième depuis l'extérieur, et on le leur ajouta. On ne dit pas 'un sixième de l'intérieur' (chetota mi-legav), qui aurait consisté à diviser [le poids] en six et à ajouter au poids l'une de ces parts.
💡 Explication

Le décompte du verset (Ez 45:12) donne 60 chekels = 240 dinars, non pas un mane ordinaire (100 dinars). On en conclut que le mane du Sanctuaire était un mane double : 50 sela = 200 dinars, auxquels s'ajoutèrent les 40 dinars supplémentaires (un sixième externe) introduits au temps d'Ézéchiel.

2
וּשְׁמַע מִינָּהּ, מוֹסִיפִין עַל הַמִּדּוֹת, וְאֵין מוֹסִיפִין יָתֵר עַל שְׁתוּת, וּשְׁמַע מִינַּהּ שְׁתוּתָא מִלְּבַר.

Et apprends-en [aussi] : on majore les mesures, mais on ne majore pas de plus d'un sixième ; et apprends-en que le sixième [se calcule] de l'extérieur (chetota mi-lebar).

💡 Explication

Trois enseignements tirés du même verset : on peut majorer les mesures ; la majoration ne dépasse pas un sixième ; et ce sixième se calcule de l'extérieur (chetota mi-lebar) — un sixième du total final (10 sur 60), soit un cinquième du montant antérieur (10 sur 50).

3
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: שָׁאַלְתִּי אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּבֵית מוֹתְבָא רַבָּא, מַה נִשְׁתַּנּוּ פִּטְרֵי חֲמוֹרִים מִפִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים? אָמַר לִי: גְּזֵירַת הַכָּתוּב הִיא, וְעוֹד שֶׁסִּייְּעוּ יִשְׂרָאֵל בִּשְׁעַת יְצִיאָתָם מִמִּצְרַיִם, שֶׁאֵין לָךְ כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא הָיוּ עִמּוֹ תִּשְׁעִים חֲמוֹרִים לוּבִים טְעוּנִים מִכַּסְפָּהּ וּזְהָבָהּ שֶׁל מִצְרַיִם.

Rabbi Hanina dit : j'ai demandé à Rabbi Eliezer, dans la grande maison d'étude, en quoi les premiers-nés d'ânes diffèrent des premiers-nés de chevaux et de chameaux [pour n'être soumis qu'eux au rachat] ? Il me dit : c'est un décret de l'Écriture (guezerat ha-katouv), et de plus, parce que les ânes ont aidé Israel à l'heure de sa sortie d'Égypte — car il n'est pas un seul membre d'Israel qui n'ait eu avec lui quatre-vingt-dix ânes libyens (loubim) chargés de l'argent et de l'or d'Égypte.

📜 Rachi (2)
בְּבֵית מוֹתְבָא רַבָּא בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ הַגָּדוֹל:
Dans la grande maison d'étude (be-veit motva raba) — dans le grand beit hamidrach.
לוּבִים מְעֻולִּים:
Loubim (libyens) — de qualité supérieure.
🗂️ Tossefot (1)
תִּשְׁעִים חֲמוֹרִים לוּבִים ע"ש (נַחוּם ג׳:ט׳) פּוּט וְלוּבִים הָיוּ בְּעֶזְרָתֵךְ וְלוּבִים וְכוּשִׁי' בְּמִצְעָדָיו חַמְרָא לוּבָאָה ר"פ בַּמֶּה בְּהֵמָה (שַׁבָּת דַּף נא:) פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ חֲמוֹר מִצְרִי וּבַיְּרוּשַׁלְמִי [גָּרֵיס] גֵּרִים הַבָּאִים מִפּוּט וְלוּב מַהוּ לְהַמְתִּין ג' דּוֹרוֹת:
Quatre-vingt-dix ânes libyens (loubim) — d'après le verset (Nahoum 3:9) 'Pout et les Loubim étaient à ton secours', et 'les Loubim et les Kouchim dans ses rangs'. [L'expression] 'âne loubaa' [figure] au chapitre 'Ba-meh behema' (Chabbat 51b) : le Aroukh explique 'âne égyptien' ; et dans le Yerouchalmi on lit [la question] : des convertis venant de Pout et de Loub, [attend-on] trois générations ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁאֵין לָךְ כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁלֹּא הָיוּ לוֹ תִּשְׁעִים חֲמוֹרִים לוּבִים, טְעוּנִים מִכַּסְפָּא וְדַהֲבָא שֶׁל מִצְרַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְמִסְפַּר צ' שֶׁהוּא מִסְפַּר מ"ן [90] וְהַיְינוּ נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁבֵּרְרוּ מִמִּצְרַיִם נִקְרָאִים בְּשֵׁם מ"ן וּבָזֶה פֵּירֵשׁ עֲטֶרֶת רָאשֵׁי אֲדוֹנִי מוֹר אָבִי זלה"ה בְּשֵׁם 'אֲפִיקוֹמָן' שֶׁהוּא 'אֲפִיקֵי מ"ן' הַבְּרוּרִים שֶׁנַּעֲשִׂים עַל יְדֵי הַמִּצְוֹת שֶׁל זֹאת הַלַּיְלָה ודחפ"ח [וְדִבְרֵי פִּי חָכָם חֵן] . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְמִסְפַּר צ' כְּמִנְיַן מַיִם [90] אֲשֶׁר חָשְׁבוּ הַמִּצְרִיִּים שֶׁיְּכוֹלִים לְאַבְּדָם בְּמַיִם וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סוֹטָה יא.) עַל פָּסוּק הָבָה נִתְחַכְּמָה לוֹ (שְׁמוֹת א, י) וְנִרְמָז זֶה בְּשֵׁם 'מִצְרַיִם' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'צַר מַיִם'. בְּרַם הָא קַשְׁיָא דְּיִשְׂרָאֵל שֶׁיָּצְאוּ מִמִּצְרַיִם כְּתִיב בְּהוּ שֵׁשׁ אֶלֶף רַגְלִי וְאִם כָּל אֶחָד הָיָה לוֹ צ' חֲמוֹרִים לוּבִים, מֵהֵיכָן הֵבִיאוּ כָּל כָּךְ חֲמוּרִים שֶׁעוֹלִים לְמִסְפַּר גָּדוֹל וְעָצוּם מְאֹד שֶׁאֵין הַדַּעַת סֻובְּלוּ? וְאִם נְפָרֵשׁ הַכַּוָּנָה עַל כָּל בַּעַל הַבַּיִת וּבַעַל הַבַּיִת דַּוְקָא וְלָא קָאֵי אַקַּרְקַפְתָּא דְּגַבְרֵי, גַּם כֵּן הוּא דְּבַר גֻּוזְמָא! וְאִם נְפָרֵשׁ לְשׁוֹן גֻּוזְמָא דְּדִבְּרוּ חֲכָמִים בִּלְשׁוֹן גֻּוזְמָא לָמָּה נָקֵיט מִסְפַּר תִּשְׁעִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה לָקַח רְכוּשׁ שֶׁשָּׁוֶה עֶרְכּוֹ מַשּׂוֹי צ' חֲמוֹרִים לוּבִים טְעוּנִים מִכַּסְפָּא וְדַהֲבָא. אִי נָמֵי דְּקָאֵי עַל הַגְּדוֹלִים וְהַשָּׂרִים שֶׁהֵם רָאשֵׁי הַמִּשְׁפָּחוֹת. וְאָמַר ' כַּסְפָּא וְדַהֲבָא ' הָרְכוּשׁ מְכַנִּים אוֹתוֹ בְּשֵׁם כֶּסֶף וְזָהָב כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְיוֹצִיאֵם בְּכֶסֶף וְזָהָב (תְּהִלִּים קה, לז) כְּמוֹ שֶׁקּוֹרִין כָּל הַסְּעוּדָה כֻּולָּהּ עַל שֵׁם הַלֶּחֶם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר עֶבֶד לֶחֶם רַב (דָּנִיֵּאל ה, א) וְכֵן מַדּוּעַ לֹא בָא בֶן יִשַׁי אֶל הַלֶּחֶם (שְׁמוּאֵל א' כ, כז) וְכֵן כָּאן כָּל רְכוּשׁ הַמָּמוֹן נִקְרָא בְּשֵׁם כֶּסֶף וְזָהָב.
'Car il n'est pas un seul membre d'Israel qui n'ait eu quatre-vingt-dix ânes libyens, chargés de l'argent et de l'or d'Égypte.' Il me semble, avec l'aide du Ciel, [d'expliquer] une raison au nombre quatre-vingt-dix, qui est la valeur numérique de 'man' [90] : c'est-à-dire les étincelles de sainteté (nitsotsei kedoucha) qu'ils ont extraites (birerou) d'Égypte, appelées 'man'. Et par là mon père et maître a expliqué le mot 'afikoman', qui est 'afikei man' — les [étincelles] extraites, obtenues grâce aux mitsvot de cette nuit ; et ce sont les paroles d'un sage plein de grâce. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, une raison au nombre quatre-vingt-dix, valeur numérique de 'mayim' (eau) [90] : les Égyptiens pensaient pouvoir les perdre dans l'eau, comme l'ont dit nos maîtres (Sota 11a) sur le verset 'agissons avec ruse envers lui' (Ex 1:10) ; et cela est alludé dans le nom 'Mitsrayim' (Égypte), qui a les mêmes lettres que 'tsar mayim' (détresse de l'eau). Mais voici une difficulté : d'Israel sorti d'Égypte il est écrit 'six cent mille hommes de pied' ; si chacun avait quatre-vingt-dix ânes libyens, d'où auraient-ils amené tant d'ânes, dont le total serait un nombre immense que l'esprit ne saurait admettre ? Et si l'on interprète que cela vise le chef de maison en particulier, et non chaque personne, c'est encore une exagération ! Et si l'on dit que les Sages ont parlé par exagération (gouzma), pourquoi retenir précisément le nombre quatre-vingt-dix ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est : il prit un butin de valeur équivalente à la charge de quatre-vingt-dix ânes libyens chargés d'argent et d'or. Ou bien cela vise les grands et les princes, chefs des familles. Et il dit 'argent et or' : le butin est nommé argent et or, comme il est dit 'et il les fit sortir avec de l'argent et de l'or' (Ps 105:37), de même qu'on nomme tout le repas d'après le pain, comme 'il fit un grand [festin de] pain' (Daniel 5:1) et 'pourquoi le fils de Yichai n'est-il pas venu au pain' (I Sam 20:27) ; de même ici, toute la richesse est nommée argent et or.
💡 Explication

Question de R. Hanina : pourquoi seuls les premiers-nés d'ânes (peter hamor) sont soumis au rachat, et non ceux des chevaux ou chameaux — tous impurs ? Réponse de R. Eliezer : d'abord un décret de l'Écriture (guezerat ha-katouv) ; ensuite, parce que les ânes aidèrent Israel à la sortie d'Égypte, chacun ayant quatre-vingt-dix ânes 'libyens' (de qualité supérieure) chargés de l'argent et de l'or.

4
וְעוֹד שְׁאִלְתִּיו: מַאי לְשׁוֹן ״רְפִידִים״? וְאָמַר לִי: רְפִידִים שְׁמָהּ. כְּתַנָּאֵי: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: רְפִידִים שְׁמָהּ, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: שֶׁרִיפּוּ עַצְמָן מִדִּבְרֵי תוֹרָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״לֹא הִפְנוּ אָבוֹת אֶל בָּנִים מֵרִפְיוֹן יָדָיִם״.

Et je lui ai encore demandé : que signifie le terme 'Refidim' ? Il me dit : Refidim est son nom.

[Ceci suit une dispute] tannaitique : Rabbi Eliezer dit : Refidim est son nom ; Rabbi Yehochoua dit : [le nom allude au fait] qu'ils se sont relâchés (chi-rippou) des paroles de la Torah, et ainsi il est dit : 'les pères ne se sont pas tournés vers les fils, par relâchement des mains (mi-rifyon yadayim)' (Jérémie 47:3).

📜 Rachi (2)
שֶׁרִיפּוּ יְדֵיהֶם כּוּ' לְפִיכָךְ בָּא עֲלֵיהֶם עֲמָלֵק:
Qu'ils ont relâché leurs mains, etc. — c'est pourquoi Amalek vint sur eux.
לֹא הִפְנוּ אָבוֹת אֶל בָּנִים (לְהַצִּיל) מֵרִפְיוֹן יָדַיִם מִכָּאן שֶׁרִיפּוּ יְדֵיהֶם מִן הַתּוֹרָה:
'Les pères ne se sont pas tournés vers les fils (pour sauver) par relâchement des mains' — de là [on apprend] qu'ils ont relâché leurs mains de la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְעוֹד שְׁאִלְתִּיו: מַה לְשׁוֹן 'רְפִידִים'? (שְׁמוֹת יז, א) . קַשָּׁא מַה שְׁאֵלָה זוֹ? אִם כֵּן יִשְׁאַל עַל שְׁמוֹת כָּל מְקוֹמוֹת כָּל מ"ב מַסָּעוֹת וְכָל שְׁמוֹת עֲייָרוֹת הָאֲמוּרִים בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ! וְעוֹד קָשֶׁה מָה הֵשִׁיב לוֹ 'רְפִידִים שָׁמָּה' וְכִי אֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁשְּׁמָהּ רְפִידִים? וְרַק הוּא שׁוֹאֵל טַעַם לָמָּה נִקְרֵאת כָּךְ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עַל הָרֹוב כָּל עִיר נִקְרָא שְׁמָהּ בִּלְשׁוֹן יָחִיד וַהֲגַם שֶׁיֵּשׁ נִקְרְאוּ בִּלְשׁוֹן רַבִּים אִית בְּהוּ טַעְמָא וּכְמוֹ הַךְ דְּכָתוּב וְיַעֲקֹב נָסַע סֻכֹּתָה וּלְמִקְנֵהוּ עָשָׂה סֻכֹּת עַל כֵּן קָרָא שֵׁם הַמָּקוֹם סֻכּוֹת (בְּרֵאשִׁית לג, יז) וְהַיְינוּ דִּתְחִלָּה הָיָה שְׁמָהּ סֻוכָּתָהּ לְשׁוֹן יָחִיד אַךְ בַּעֲבוּר דִּלְמִקְנֵהוּ עָשָׂה שָׁם סֻוכּוֹת קְרָאָהּ סֻכּוֹת לְשׁוֹן רַבִּים לָכֵן שָׁאַל מַה לְשׁוֹן ' רְפִידִים ' פֵּירוּשׁ לָמָּה נִקְרֵאת רְפִידִים בִּלְשׁוֹן רַבִּים, אִם מִתְּחִלָּה הָיְתָה נִקְרֵאת כָּךְ בִּשְׁבִיל אֵיזֶה טַעַם אוֹ אִם מִתְּחִלָּה הָיְתָה נִקְרֵאת רְפִידָה אוֹ רַפֵּיד לְשׁוֹן יָחִיד וְאַחַר כָּךְ בַּעֲבוּר סִיבָּה נִקְרֵאת רְפִידִים לְשׁוֹן רַבִּים וּכְמוֹ עִנְיָן שֶׁאָמַרְנוּ בְּשֵׁם סֻוכָּתָהּ וְסֻוכּוֹת? וְהֵשִׁיב לוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר רְפִידִים שְׁמָהּ מֵעִיקָּרָא וּמִתְּחִילָּתָהּ שֶׁנִּקְרֵאת בִּלְשׁוֹן רַבִּים וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סְבִירָא לֵיהּ לֹא הָיָה שְׁמָהּ מֵעִיקָּרָא רְפִידִים וְרַק אַחַר שֶׁבָּאוּ יִשְׂרָאֵל שָׁם בִּזְמַן שָׂרְפוּ יְדֵיהֶם מִן הַתּוֹרָה קְרָאַתָּה הַתּוֹרָה רְפִידִים שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'רָפִים יָד' שָׂרְפוּ מִן הַתּוֹרָה הַמִּתְייַחֶסֶת לַיָּד כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (סוֹטָה ז:) יָדָיו רַב לוֹ (דְּבָרִים לג, ז) בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה וְכֵן דָּרְשׁוּ עַל 'יָדְךָ לֹא אַסָּרוּת' (שְׁמוּאֵל ב' ג, לד) בַּתּוֹרָה. אוֹ יוּבַן בס"ד הוּא שָׁמַע שֶׁנִּקְרֵאת בְּשֵׁם רְפִידִים בְּעֵת שֶׁחָנוּ בָּהּ יִשְׂרָאֵל וְשָׁאַל מַה לְשׁוֹן ' רְפִידִים ' אִם הוּא לְשׁוֹן פֵּירוּד שֶׁנִּקְרֵאת כֵּן בַּעֲבוּר שֶׁהָיָה בְּיִשְׂרָאֵל פֵּירוּד הַלְּבָבוֹת אוֹ הוּא לְשׁוֹן רָפוּי שָׂרְפוּ יְדֵיהֶם מִן הַתּוֹרָה אוֹ מִן אֵיזֶה מִצְוָה? וְהֵשִׁיב לוֹ כָּךְ הָיָה שְׁמָהּ מֵעִיקָּרָא וְאֵין זֶה נוֹגֵעַ לְיִשְׂרָאֵל, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אָמַר שֶׁשֵּׁם זֶה נוֹגֵעַ לְיִשְׂרָאֵל וְהוּא לְשׁוֹן רָפוּי שֶׁרִפּוּ עַצְמָן מִדִּבְרֵי תוֹרָה וְלָכֵן נִקְרֵאת רְפִידִים שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'רַף יָדַיִם' כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה וּמִלְחַמְתָּהּ יִתְיַיחֵס לַיָּדַיִם כָּאָמוּר וְעַל זֶה מֵבִיא שַׁפִּיר הַכָּתוּב לֹא הִפְנוּ אָבוֹת אֶל בָּנִים מֵרִפְיוֹן יָדָיִם (יִרְמְיָה מז, ג) דְּהַיְינוּ בַּעֲבוּר בִּיטּוּל תּוֹרָה וְרִפְיוֹנָהּ כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ עַל מֶה אָבְדָה הָאָרֶץ? עַל עָזְבָם אֶת תּוֹרָתִי (יִרְמְיָה ט, יב) .
'Et je lui ai encore demandé : que signifie le terme Refidim ?' (Ex 17:1). On peut objecter : quelle est cette question ? Alors il faudrait interroger sur les noms de toutes les localités des quarante-deux étapes, et sur tous les noms de villes mentionnés dans le livre de Josué ! Et de plus : que lui a-t-il répondu par 'Refidim est son nom' — ne sait-il pas que son nom est Refidim ? Il demande seulement la raison pour laquelle elle fut ainsi nommée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le plus souvent chaque ville porte un nom au singulier ; et bien que certaines soient au pluriel, il y a à cela une raison, comme dans 'Yaakov partit vers Soukkot, et pour son bétail il fit des cabanes (soukkot) ; c'est pourquoi il appela ce lieu Soukkot' (Gen 33:17) : au départ son nom était 'Soukkota' au singulier, mais parce qu'il y fit des cabanes pour son bétail, il l'appela 'Soukkot' au pluriel. Ainsi il demanda 'que signifie le terme Refidim' — pourquoi fut-elle nommée 'Refidim' au pluriel : était-ce ainsi dès l'origine pour quelque raison, ou fut-elle d'abord appelée 'Refida' ou 'Refid' au singulier puis, pour une cause, 'Refidim' au pluriel, comme nous l'avons dit de Soukkot ? R. Eliezer lui répondit : Refidim est son nom dès l'origine, appelée ainsi au pluriel [dès le début]. R. Yehochoua tient que son nom n'était pas Refidim dès l'origine : c'est seulement après qu'Israel y vint, au moment où ils relâchèrent leurs mains de la Torah, que la Torah l'appela 'Refidim', qui a les lettres de 'rafim yad' (mains relâchées), car ils se relâchèrent de la Torah, laquelle est rapportée à la main, comme il est dit (Sota 7b) 'ses mains lui suffisent' (Deut 33:7) dans le combat de la Torah, et ainsi ils ont expliqué 'tes mains n'ont pas été liées' (II Sam 3:34) au sujet de la Torah. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel : il entendit qu'elle fut nommée Refidim au moment où Israel y campa, et demanda ce que signifie 'Refidim' — est-ce un terme de séparation (peroud), nommée ainsi à cause de la division des cœurs en Israel, ou un terme de relâchement (ripouy), parce qu'ils relâchèrent leurs mains de la Torah ou de quelque mitsva ? Il lui répondit : tel était son nom dès l'origine, et cela ne concerne pas Israel. R. Yehochoua dit que ce nom concerne Israel : c'est un terme de relâchement, ils se sont relâchés des paroles de la Torah, et c'est pourquoi elle fut nommée 'Refidim', qui a les lettres de 'raf yadayim', car l'étude de la Torah et son combat se rapportent aux mains, comme dit ; et sur cela il apporte à bon droit le verset 'les pères ne se sont pas tournés vers les fils par relâchement des mains' (Jer 47:3), c'est-à-dire par l'abandon de la Torah et son relâchement, comme le dit le Saint béni soit-Il : 'pourquoi le pays a-t-il été perdu ? parce qu'ils ont abandonné ma Torah' (Jer 9:12).
💡 Explication

Sens du toponyme Refidim (Ex 17:8). R. Eliezer : c'est simplement son nom. R. Yehochoua : le nom allude au relâchement (rippou) d'Israel à l'égard de la Torah — d'où Amalek vint sur eux — appuyé sur 'rifyon yadayim' (Jer 47:3), le relâchement des mains.

5
וְעוֹד שְׁאִלְתִּיו: מַאי לְשׁוֹן ״שִׁטִּים״? וְאָמַר לִי: שִׁטִּים שָׁמָּה. כְּתַנָּאֵי: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: שִׁטִּים שְׁמָהּ, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: שֶׁנִּתְעַסְּקוּ בְּדִבְרֵי שְׁטוּת.

Et je lui ai encore demandé : que signifie le terme 'Chittim' ? Il me dit : Chittim est son nom.

[Ceci suit une dispute] tannaïtique : Rabbi Eliezer dit : Chittim est son nom ; Rabbi Yehochoua dit : [le nom allude au fait] qu'ils se sont adonnés à des choses de sottise (chetout).

📜 Rachi (1)
בְּדִבְרֵי שְׁטוּת לִזְנוֹת אֶת בְּנוֹת מוֹאָב:
À des choses de sottise — à se débaucher avec les filles de Moab.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַה לְשׁוֹן 'שִׁטִּים'? (בַּמִּדְבָּר כה, א) . פֵּירוּשׁ אִם הוּא כָּךְ שְׁמָהּ מֵעִיקָּרָא אוֹ שֶׁנִּקְרֵאת כֵּן אַחַר שֶׁבָּאוּ יִשְׂרָאֵל בְּתוֹכָהּ? וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אָמַר כָּךְ שְׁמָהּ מֵעִיקָּרָא וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר לֹא הָיָה שְׁמָהּ כָּךְ אֶלָּא אַחַר שֶׁבָּאוּ יִשְׂרָאֵל בְּתוֹכָהּ וְחָטְאוּ נִקְרֵאת שִׁיטִּים עַל שֵׁם מַעֲשֵׂיהֶם.
'Que signifie le terme Chittim ?' (Nombres 25:1). C'est-à-dire : était-ce ainsi son nom dès l'origine, ou fut-elle nommée ainsi après qu'Israel y vint ? R. Eliezer dit : tel était son nom dès l'origine. R. Yehochoua dit : son nom n'était pas tel, mais c'est après qu'Israel y vint et pécha qu'elle fut nommée 'Chittim', d'après leurs actes.
💡 Explication

Sens du toponyme Chittim (Nombres 25:1). R. Eliezer : c'est son nom. R. Yehochoua : allusion aux choses de sottise (chetout) — la débauche avec les filles de Moab et l'idolâtrie (Nombres ch. 25).

6
״וַתִּקְרֶאןָ לָעָם לְזִבְחֵי אֱ-לֹהֵיהֶן״ — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: עֲרוּמוֹת פָּגְעוּ בָּהֶן, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: שֶׁנַּעֲשׂוּ כֻּולָּן בַּעֲלֵי קְרָיִין.

'Et elles appelèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux' (Nombres 25:2) — Rabbi Eliezer dit : [des femmes] nues les rencontrèrent ; Rabbi Yehochoua dit : ils devinrent tous des baalei keri (hommes ayant eu une émission séminale).

📜 Rachi (2)
עֲרוּמוֹת פָּגְעוּ בָּהֶן וְתִקְרֶאןָ מַשְׁמַע גּוּפָן הָיָה פּוֹגֵעַ בָּהֶן:
[Des femmes] nues les rencontrèrent — 'va-tikrena' implique que leur corps [même] les rencontrait.
שֶׁנַּעֲשׂוּ כֻּולָּן בַּעֲלֵי קְרָיִין וּלְשׁוֹן מִקְרֶה הוּא:
Ils devinrent tous des baalei keri — c'est un terme [se rapportant à] 'mikre' (accident, émission).
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲרֵמוֹת פָּגְעוּ בָּהֶן. פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל דֹּוחַק וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּגַם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּרֵישׁ דְּרָשָׁה דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ שֶׁאָמַר 'וְתִקְרֶאןָ' (בַּמִּדְבָּר כה, ב) לְשׁוֹן קֶרִי שֶׁנַּעֲשׂוּ בַּעֲלֵי קְרָיִין כְּשֶׁפָּגְעוּ בָּהֶם אַךְ בָּא לְפָרֵשׁ טַעְמָא לְהַאי מִלְּתָא דְּאֵיךְ יְצֻוייַּר שֶׁיִּרְאוּ קֶרִי בְּפִגְעָם בְּאִשָּׁה? וּלְכָךְ אָמַר עֲרֵמוֹת פָּגְעוּ בָּהֶם וּלְכָךְ נִתְגַּבְּרָה תַּאֲוָתָם עַד שֶׁרָאוּ קֶרִי. וְנִרְאֶה שֶׁהֵם נִתְכַּוְּונוּ לִפְגֹּועַ בָּהֶם עֲרוּמוֹת כְּדֵי שֶׁיְּטַמְּאוּם בְּקֶרִי כִּי בַּעֲלֵי הַטֻּומְאָה יֵשׁ לָהֶם סְגֻולָּה לַעֲשׂוֹת הִתְקַשְּׁרוּת וְחִיבּוּר לְאָדָם עִמָּהֶם עַל יְדֵי הוֹצָאַת שִׁכְבַת זֶרַע לְבַטָּלָה כַּאֲשֶׁר אוֹמְרִים הָעוֹלָם עַל בַּעֲלֵי הַחֶבְרָה שֶׁקּוֹרִין פרמסו"ן שֶׁמְּטַמְּאִים הַנִּכְנָס עִמָּהֶם בַּתְּחִלָּה בְּטֻומְאַת זֶרַע לְבַטָּלָה שֶׁמּוֹצִיא בְּיָדַיִם וְעַל יְדֵי כָּךְ עוֹשִׂין בִּנְיָן הִתְחַבְּרוּת שֶׁלָּהֶם.
'[Des femmes] nues les rencontrèrent.' L'explication de Rachi est forcée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que R. Eliezer lui aussi expose la deracha de R. Yehochoua, qui dit que 'va-tikrena' (Nombres 25:2) est un terme de 'keri' — ils devinrent baalei keri en les rencontrant ; mais il vient expliquer la raison de la chose : comment concevoir qu'ils aient une émission (keri) en rencontrant une femme ? C'est pourquoi il dit : des femmes nues les rencontrèrent, et leur convoitise s'accrut au point qu'ils eurent une émission. Il semble qu'elles se soient volontairement offertes à eux nues afin de les rendre impurs par le keri, car les impurs ont un pouvoir particulier de créer un lien et une attache avec l'homme par l'émission de semence en vain — comme on le dit couramment des membres de la confrérie appelée 'franc-maçonnerie', qui rendent impur celui qui entre chez eux, au début, par l'impureté de la semence en vain qu'on émet volontairement, et par là ils édifient la structure de leur association.
💡 Explication

Sens de 'va-tikrena' (Nombres 25:2). R. Eliezer : le verbe évoque un contact — des femmes nues les rencontrèrent (leur corps les 'rencontrant'). R. Yehochoua : le terme évoque 'keri' (émission) — ils devinrent tous des baalei keri par l'effet de leur convoitise.

7
מַתְנִי׳ פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר, וַחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס — פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ שְׁנֵי פְּעָמִים, עַד שֶׁיְּהֵא הַיּוֹלֵד חֲמוֹר וְהַנּוֹלָד חֲמוֹר.

MICHNA. Une vache qui a enfanté une [créature] de l'espèce de l'âne, et une ânesse qui a enfanté [une créature] semblable à un cheval — [sont] exemptes de la [loi du] premier-né (bekhora), car il est dit 'peter hamor' (premier-né de l'âne), 'peter hamor', deux fois : [ce qui enseigne] qu'il faut que l'enfanteur (ha-yoled) soit un âne et l'enfanté (ha-nolad) un âne.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' פֶּטֶר חֲמוֹר פֶּטֶר חֲמוֹר שְׁנֵי פְּעָמִים כְּתוּבִים בַּתּוֹרָה חַד בְּקֹדֶשׁ לִי כָּל בְּכוֹר (שְׁמוֹת י״ג:ב׳) וְחַד בְּרָאָה אַתָּה (שָׁם לד):
MICHNA. 'Peter hamor', 'peter hamor', deux fois — [ces mots] sont écrits dans la Torah : l'un dans 'Sanctifie-moi tout premier-né' (Ex 13:2 [13]), et l'autre dans 'Vois, toi' (Ex 34).
הַיּוּלָּד הַאִם:
L'enfanteur (ha-yoled) — la mère.
וְהַנּוֹלָד חָמוּר שֶׁהוּא דּוֹמֶה לְאִמּוֹ:
Et l'enfanté [est] un âne — [c'est-à-dire] qu'il ressemble à sa mère.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' פָּרָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין חֲמוֹר וַחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה שֶׁנֶּאֱמַר וּפֶטֶר חֲמוֹר וּפֶטֶר חֲמוֹר ב' פְּעָמִים עַד שֶׁיְּהֵא הַיּוֹלֵד חֲמוֹר וְהַנּוֹלָד חֲמוֹר:
MICHNA. Une vache qui a enfanté [une créature] de l'espèce de l'âne, et une ânesse qui a enfanté [une créature] semblable à un cheval, est exempte de la bekhora, car il est dit 'peter hamor', 'peter hamor', deux fois : [il faut] que l'enfanteur soit un âne et l'enfanté un âne.
💡 Explication

La Michna : quand le nolad (nouveau-né) ne ressemble pas à sa mère, il est exempt de la bekhora. Source : 'peter hamor' répété deux fois (Ex 13:13 et 34:20) exige que la mère soit âne et le petit âne.

🖼️ Schéma
Le nolad (nouveau-né) qui ne ressemble pas à sa mère : bekhora et consommation Bekhora (statut de premier-né) Vache qui enfante un âne / âne qui enfante un cheval exempt (patour) ... avec quelques simanim (signes) de la mère soumis (hayav) Akhila (consommation) Bête pure qui enfante une bête impure de sorte permis Bête impure qui enfante une bête pure de sorte interdit Règle : ce qui sort de l'impur est impur ; de le pur, pur.
La règle de la Michna sur la ressemblance à la mère.
8
וּמֶה הֵם בַּאֲכִילָה? בְּהֵמָה טְהוֹרָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין בְּהֵמָה טְמֵאָה — מֻותָּר בַּאֲכִילָה, וּטְמֵאָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין בְּהֵמָה טְהוֹרָה — אָסוּר בַּאֲכִילָה, שֶׁהַיּוֹצֵא מִן הַטָּמֵא — טָמֵא, וְהַיּוֹצֵא מִן הַטָּהוֹר — טָהוֹר.

Et quel est leur [statut] à la consommation ? Une bête pure (tehora) qui a enfanté [une créature] semblable à une bête impure (temea) — est permise à la consommation ; et [une bête] impure qui a enfanté [une créature] semblable à une bête pure — est interdite à la consommation ; car ce qui sort de l'impur est impur, et ce qui sort du pur est pur.

📜 Rachi (1)
וּמָה הֵן בַּאֲכִילָה אוֹתָן שֶׁאֵין דּוֹמִין לְאַמֵּן:
Et quel est leur [statut] à la consommation — ceux qui ne ressemblent pas à leur mère.
💡 Explication

La loi de consommation du nolad suit sa mère, non son apparence : ce qui sort d'une bête pure est permis (même s'il a l'aspect d'une bête impure), et ce qui sort d'une bête impure est interdit — 'ce qui sort de l'impur est impur, ce qui sort du pur est pur'.

9
גְּמ׳ תְּנַן הָתָם: רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז, וְעֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל — פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה, וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין — חַיָּיב.

GUEMARA. Nous avons appris là-bas (Bekhorot 16b) : une brebis qui a enfanté [une créature] de l'espèce de la chèvre, et une chèvre qui a enfanté [une créature] de l'espèce de la brebis — [sont] exemptes de la bekhora ; et s'il y a en [le petit] une partie des signes (mikstat simanim), il est soumis [à la bekhora].

📜 Rachi (1)
גְּמ' מִקְצָת סִימָנִין שֶׁל אִמּוֹ:
GUEMARA. Une partie des signes (mikstat simanim) — de sa mère.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הָא דְּקָתָנֵי חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס ה"ה חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין פָּרָה אע"ג דְּאִישְׁתַּנִּי לִמְעַלְּיוּתָא מִקְּדֻושַּׁת דָּמִים לִקְדֻושַּׁת הַגּוּף פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה אֶלָּא חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס אִצְטְרִיכָא לֵיהּ דְּמַהוּ דְּתֵימָא כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי אֵין לָהּ קַרְנַיִם וְאִידִי וְאִידִי פַּרְסוֹתֶיהָ סְדוּקוֹת קְלוּטוֹת אֵימָא חֲמוֹר אָדֹום בְּעָלְמָא הוּא קמ"ל. ול"נ דְּגָרַס בְּמָתְנֵי' וַחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין פָּרָה כִּדְמוֹכַח סֵיפָא דְּקָתָנֵי מָה הֵן בַּאֲכִילָה וְלָא קָתָנֵי וְזֶה מָה הוּא בַּאֲכִילָה וְלָא קָתָנֵי וְזֶה הוּא בַּאֲכִילָה וְעוֹד מִדְּקָתָנֵי וּטְמֵאָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין בְּהֵמָה טְהוֹרָה אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה אַלְמָא דִּבְרֵישָׁא אַיְירֵי נָמֵי בְּהַאי גַּווְנָא וּמַה שֶׁנִּכְתַּב בַּסְּפָרִים חֲמוֹר כְּמִין סוּס אַגַּב שִׁיטְפָא דְּבָרַיְיתָא הֻוגַּהּ ג"כ בַּמִּשְׁנָה בַּסְּפָרִים וּבַבָּרַייְתָא תָּנֵי כְּמִין סוּס לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַף בכה"ג אִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין חַיָּיבִין בִּבְכוֹרָה אע"פ דְּסוּס לָאו בַּר מִיקְדַּשׁ בִּבְכוֹרָה הוּא אע"ג דְּדָחֵי לָהּ בגמ' דִּיחוּיָא בְּעָלְמָא הוּא: תְּנַן הָתָם לְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף טז.) רָחֵל שֶׁיָּלְדָה כְּמִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה כְּמִין רָחֵל פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ בְּמִקְצָת סִימָן חַיָּיב אִיבַּעְיָא לְהוּ פָּרָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין חֲמוֹר וְיֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים מַהוּ. רָחֵל שֶׁיָּלְדָה כְּמִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה כְּמִין רָחֵל הוּא דְּכִי יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים חַיָּיבִין בִּבְכוֹרָה דְּהַאי טְהוֹרָה וְהַאי טְהוֹרָה וְהַאי קְדֻושַּׁת הַגּוּף וְהַאי קְדֻושַּׁת הַגּוּף אֲבָל הָכָא דְּהַאי טְהוֹרָה וְהַאי טְמֵאָה הַאי קְדֻושַּׁת הַגּוּף וְהַאי קְדֻושַּׁת דָּמִים לָא אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי בְּנֵי מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה קִדְּשָׁה. וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי בְּנֵי מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה הוּא קִדְּשָׁה. חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס מַהוּ הָכָא וַדַּאי הַאי מִיקְדַּשׁ בִּבְכוֹרָה וְהַאי לָא מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה אוֹ דִלְמָא כֵּיוָן דְּתַרְוַייְהוּ מִין טָמֵא נִינְהוּ קָדוֹשׁ. ואת"ל כֵּיוָן דְּתַרְוַייְהוּ מִין טָמֵא נִינְהוּ קָדוֹשׁ. פָּרָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס מַהוּ הָכָא וַדַּאי הַאי טְהוֹרָה וְהַאי טְמֵאָה הַאי בַּת מִיקְדַּשׁ בִּבְכוֹרָה וְהַאי לָאו מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה אוֹ דִלְמָא סִימָנִים מִלְּתָא הִיא. ת"ש בְּהֵמָה טְהוֹרָה שֶׁיָּלְדָה מִין בְּהֵמָה טְמֵאָה פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בָּהּ מִקְצָת סִימָנִים חַיֶּיבֶת מַאי לָאו אֲפִילּוּ פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס וְתִפְשׁוֹט כֻּולְּהוּ לֹא פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר. תָּא שְׁמַע פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר וַחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָן חַיָּיב בִּבְכוֹרָה מַאי לָאו אַתַּרְוַייְהוּ לָא אַפָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא אֶלָּא חֲדָא וְאִינָךְ תַּרְתֵּי לָא אִיפְּשִׁיטוּ וְאָזְלִינַן לְחוּמְרָא וּמַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ כִּדְקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' עַל סָפֵק פָּטוּר חֲמוֹר וְהַיְינוּ בַּחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס אֲבָל בְּפָרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס אָסוּר בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְנֶאֱכָל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים דְּמַסְּקִי' בְּפֶ' שְׁנַיִם אוֹחֲזִין (בָּבָא מְצִיעָא דַּף ו:) בִּסְפֵק בְּכוֹרוֹת דַּאֲפִילּוּ תְּקָפוֹ כֹּהֵן מוֹצִיאִין אוֹתוֹ מִיָּדוֹ וְאַפֵּ"ה אָסוּר בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה דִּקְדֻושָּׁה הַבָּאָה מֵאֵילֶיהָ שָׁאנֵי: תַּנְיָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר מִתּוֹךְ שֶׁנֶּאֱמַר אַךְ פָּדֹה תִפְדֶּה אֵת בְּכוֹר הָאָדָם וְאֵת בְּכוֹר בְּהֵמָה הַטְּמֵאָה תִּפְדֶּה שׁוֹמֵעַ אֲנִי אֲפִילּוּ פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים ת"ל פֶּטֶר חֲמוֹר פֶּטֶר חֲמוֹר אָמַרְתִּי לְךָ וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים וַעֲדַייִן אֲנִי אוֹמֵר פֶּטֶר חֲמוֹר בְּשֶׂה פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים בְּכָל דָּבָר ת"ל פֶּטֶר חֲמוֹר פֶּטֶר חֲמוֹר שְׁנֵי פְּעָמִים פֶּטֶר חֲמוֹר אָמַרְתִּי לְךָ וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים וּלְפִי שֶׁסִּיְּיעוּ אֶת יִשְׂרָאֵל בִּשְׁעַת יְצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁאֵין לָךְ כָּל אֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא הָיוּ עִמּוֹ תִּשְׁעִים חֲמוֹרִים לוֹבֵין טְעוּנִין כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁל מִצְרַיִם לְכָךְ זָכוּ לְקִדּוּשׁ בְּכוֹרָה:
GUEMARA. Ce qui est enseigné — 'une ânesse qui a enfanté un cheval de sorte' — vaut aussi pour 'une ânesse qui a enfanté une vache de sorte' : bien qu'elle ait changé en mieux, passant d'une sainteté de valeur (kedouchat damim) à une sainteté du corps (kedouchat ha-gouf), elle est exempte de la bekhora. Mais [la Michna] avait besoin de mentionner 'une ânesse qui a enfanté un cheval', car on aurait pu penser que, puisque l'un et l'autre n'ont pas de cornes et que les sabots de l'un et de l'autre sont fendus et non fendus [de la même manière], [le petit] n'est qu'un âne rouge ordinaire ; [la Michna] nous enseigne [qu'il n'en est rien]. Et il me semble qu'il faut lire dans la Michna 'et une ânesse qui a enfanté une vache de sorte', comme le prouve la fin qui enseigne 'quel est leur statut à la consommation' et non 'quel est son statut à la consommation' — signe que le début traite aussi de ce cas [de deux espèces]. De plus, du fait qu'elle enseigne 'et [une bête] impure qui a enfanté une bête pure est interdite à la consommation', il ressort que le début traite bien de ce cas. Ce qui est écrit dans les livres 'un âne [qui a enfanté] un cheval' a été corrigé par erreur dans la Michna d'après la formulation de la baraita. Et dans la baraita on enseigne 'de sorte un cheval' pour nous apprendre que même dans un tel cas, s'il y a en lui une partie des signes, ils sont soumis à la bekhora, bien que le cheval ne soit pas apte à être sanctifié de la sainteté du premier-né — et quoique [la Guemara] repousse cela, ce n'est qu'un rejet [rhétorique]. Nous avons appris là-bas (Bekhorot 16a) : une brebis qui a enfanté une chèvre de sorte et une chèvre qui a enfanté une brebis de sorte sont exemptes de la bekhora, et s'il y a en [le petit] une partie de signe, il est soumis. On a demandé : une vache qui a enfanté un âne de sorte et qui a une partie des signes, qu'en est-il ? [Est-ce] seulement dans le cas de la brebis/chèvre — ou l'un et l'autre sont purs et ont tous deux une sainteté du corps — que, s'il y a une partie des signes, ils sont soumis à la bekhora ; mais ici, où l'un est pur et l'autre impur, l'un a sainteté du corps et l'autre sainteté de valeur, non ? Ou bien, puisque l'un et l'autre sont aptes à être sanctifiés dans la bekhora, [le petit] est sanctifié ? Et si tu dis : puisque l'un et l'autre sont aptes à être sanctifiés dans la bekhora, il est sanctifié — [alors] une ânesse qui a enfanté un cheval, qu'en est-il ? Ici, assurément, l'un est apte à la bekhora et l'autre non ; ou bien, puisque tous deux sont d'espèce impure, [le petit] est sanctifié ? Et si tu dis : puisque tous deux sont d'espèce impure, il est sanctifié — une vache qui a enfanté un cheval, qu'en est-il ? Ici, assurément, l'un est pur et l'autre impur, l'un apte à la bekhora et l'autre non ; ou bien les signes sont une chose [déterminante] ? Viens et écoute : une bête pure qui a enfanté une bête impure de sorte est exempte de la bekhora, et s'il y a en elle une partie des signes, elle est soumise. N'est-ce pas [vrai] même d'une vache qui a enfanté un cheval de sorte, et l'on résoudrait tous [les cas] ? Non : d'une vache qui a enfanté un âne de sorte. Viens et écoute : une vache qui a enfanté un âne de sorte et une ânesse qui a enfanté un cheval de sorte sont exemptes de la bekhora, et s'il y a une partie de signe, il est soumis à la bekhora. N'est-ce pas [vrai] des deux ? Non : de la vache qui a enfanté un âne de sorte. Et [la question] n'est résolue que sur un seul [cas] ; les deux autres ne le sont pas, et l'on va vers la rigueur (le-houmra) : on sépare un agneau [pour le rachat] et il reste à soi, comme l'enseigne la Michna à propos du doute de peter hamor — à savoir dans le cas de l'ânesse qui a enfanté un cheval. Mais dans le cas de la vache qui a enfanté un cheval, [le petit] est interdit à la tonte et au travail, et il est consommé avec son défaut par ses propriétaires, car nous concluons au chapitre 'Chenayim ohazin' (Baba Metsia 6b) qu'à propos des doutes de bekhora, même si le kohen s'en est emparé, on le lui retire ; et malgré cela, il est interdit à la tonte et au travail, car une sainteté qui vient d'elle-même est différente. Il est enseigné : Rabbi Yossi ha-Guelili dit : puisqu'il est dit 'mais tu racheteras le premier-né de l'homme et tu racheteras le premier-né de la bête impure' (Nombres 18:15), j'entends [que cela vaut] même pour les premiers-nés de chevaux et de chameaux ; l'Écriture dit 'peter hamor' : je t'ai dit 'premier-né de l'âne', et non premiers-nés de chevaux et de chameaux. Et je dis encore : le premier-né de l'âne [se rachète] par un agneau, les premiers-nés de chevaux et de chameaux par toute chose ; l'Écriture dit 'peter hamor', 'peter hamor' deux fois : je t'ai dit 'peter hamor', et non premiers-nés de chevaux et de chameaux. Et parce qu'ils ont aidé Israel à l'heure de la sortie d'Égypte — car il n'est pas un seul d'Israel qui n'ait eu avec lui quatre-vingt-dix ânes libyens chargés de l'argent et de l'or d'Égypte — c'est pourquoi ils ont mérité la sainteté de la bekhora.
💡 Explication

La Guemara cite une michna paralle (16b) : brebis enfantant une chèvre (et inversement) — exempte ; mais si le petit porte quelques simanim (signes distinctifs) de la mère, il redevient soumis à la bekhora.

10
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב יְהוּדָה, דְּאָמַר קְרָא: ״אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר״ — שֶׁיְּהֵא הוּא שׁוֹר וּבְכוֹרוֹ שׁוֹר, ״בְּכוֹר כֶּשֶׂב״ — שֶׁיְּהֵא הוּא כֶּשֶׂב וּבְכוֹרוֹ כֶּשֶׂב, ״בְּכוֹר עז״ — שֶׁיְּהֵא הוּא עֵז וּבְכוֹרוֹ עֵז.

D'où [tenons-nous] ces choses ? Rav Yehouda dit : de ce que l'Écriture dit 'mais le premier-né du taureau (bekhor chor)' — [il faut] qu'il soit un taureau et son premier-né un taureau ; 'le premier-né du mouton (bekhor kessev)' — [il faut] qu'il soit un mouton et son premier-né un mouton ; 'le premier-né de la chèvre (bekhor ez)' — [il faut] qu'il soit une chèvre et son premier-né une chèvre.

📜 Rachi (1)
אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר כו' מִדְּמָצֵי לְמִיכְתַּב אַךְ שׁוֹר כֶּשֶׂב וְעֵז דְּהָא עִנְיָינָא בִּבְכוֹר קָמִישְׁתַּעֵי דִּכְתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ כָּל פֶּטֶר רֶחֶם וְגוֹ' וּנְקַט בְּכוּלְּהוּ בְּכוֹר ש"מ עַד שֶׁיְּהֵא הַבְּכוֹר כְּאִמּוֹ וְלֹא יְהֵא דּוֹמֶה לְאַחֵר:
'Mais le premier-né du taureau', etc. — puisque [l'Écriture] aurait pu écrire 'mais taureau, mouton et chèvre' — car le contexte parle du premier-né, comme il est écrit auparavant 'tout ce qui ouvre la matrice', etc. — et qu'elle a pris pour chacun le mot 'bekhor', apprends-en qu'il faut que le premier-né [soit] comme sa mère et ne ressemble pas à un autre.
💡 Explication

Source de l'exigence de ressemblance selon Rav Yehouda : le verset (Nombres 18:17) répète le mot 'bekhor' (premier-né) pour le taureau, le mouton et la chèvre. Ce mot étant superflu, il enseigne que le petit doit ressembler à sa mère : taureau et son premier-né taureau, etc.

11
יָכוֹל אֲפִילּוּ יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַךְ״ — חִלֵּק.

Aurait-on pu [penser] que même s'il y a en lui une partie des signes [il est exempt] ? L'Écriture dit : 'akh' (mais) — [ce mot] sépare (halek).

📜 Rachi (1)
אַךְ חָלַק דְּכָל אָכֵין וְרַקִּין שֶׁבַּתּוֹרָה לְמַעֵט:
'Akh' [signifie] sépare (halek) — car tous les 'akh' et 'rak' de la Torah [servent] à restreindre (le-maet).
🗂️ Tossefot (1)
תַּלְמוּד לוֹמַר אַךְ חָלַק תֵּימַהּ תַּנָּא דִידַן דְּלֵית לֵיהּ הַךְ דְּרָשָׁא מִקְצָת סִימָן חַיָּיב מְנָא לֵיהּ וּמַתְנִי' הִיא פ"ב (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת דַּף טז:) וְלָא מִיסְתַּבֵּר דִּפְלִיג אַהָא דְּפִירְקִין וּמִיהוּ אִי לָא פְלִיגִי קָשֶׁה דְּמַיְיתֵי עֲלָהּ דְּתַנָּא כְּרַב יְהוּדָה וְכִי קָאָמַר מה"מ הֲוָה לֵיהּ לְאֵיתוּיֵי קְרָא דְּמַתְנִי':
'L'Écriture dit akh, [qui] sépare' — c'est étonnant : le Tana de chez nous [le Tana anonyme], qui n'a pas cette deracha, d'où tient-il que [le petit ayant] une partie des signes est soumis ? Or c'est une michna au chapitre 2 (ci-dessous Bekhorot 16b). Il n'est pas vraisemblable qu'il diverge de ce qui [est enseigné] dans notre chapitre. Mais s'ils ne divergent pas, il est difficile qu'on rapporte à son sujet [une deracha] tel Rav Yehouda ; car lorsqu'il demande 'd'où [tenons-nous] cela ?', il aurait fallu apporter le verset de la michna [elle-même].
💡 Explication

Objection anticipée : le petit qui ne ressemble qu'en partie serait-il aussi exempt ? Non : le mot 'akh' (mais) introduit une restriction (halek) — la règle ne vaut pas quand le petit porte quelques simanim, auquel cas il est soumis.

12
וְהָא תַּנָּא ״פָּטַר״ ״פָּטַר״ קָנָסֵיב לָהּ, לְפָרָה!

Mais le Tana [de la Michna] a pris pour lui 'peter', 'peter' à propos de la vache !

📜 Rachi (2)
וְהָא תַּנָּא דְּמַתְנִיתִין:
Mais le Tana — de la Michna.
פֶּטֶר פֶּטֶר קָנָסֵיב לַהּ לְפָרָה דְּקָא מַפִּיק פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר דִּפְטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה מִן פֶּטֶר פֶּטֶר עַד שֶׁיְּהֵא הַיּוֹלֵד חֲמוֹר וְהַוָּלָד חֲמוֹר וּפָרָה נָמֵי גָּמְרָה מֵחֲמוֹר וְרַב יְהוּדָה הֵיכִי שְׁבַק קְרָא דְּמַתְנִיתִין וְקָנָסֵיב לִמְוֻדָּא אַחַרְיַנָא:
A pris pour lui 'peter', 'peter' à propos de la vache — car il fait sortir [le cas de] la vache qui a enfanté un âne, exempte de la bekhora, du [double] 'peter', 'peter' : [il faut] que l'enfanteur soit un âne et le petit un âne ; et la vache aussi, [le Tana] l'apprend de l'âne. Et Rav Yehouda, comment délaisse-t-il le verset de la Michna et prend-il un autre enseignement ?
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא תַּנָּא פֶּטֶר פֶּטֶר נָסֵיב לָהּ לְפָרָה וְאֵין לוֹמַר מ"מ אִיצְטְרִיךְ קְרָא דְּמַתְנִי' לִפְטוֹר מִקְּדֻושַּׁת פֶּטֶר חֲמוֹר וּקְרָא דְּהָכָא לִפְטוֹר מִדִּין שׁוֹר דְּפָטוּר מִן הַבְּכוֹרָה דְּקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' מַשְׁמַע דִּלְגַמְרֵי פָּטַר לָהּ לְפָרָה מִכְּלָל דְּפָטַר פֶּטֶר דְּיָלְפִי' מְהֻדְּדֵי כְּדִלְקַמָּן וא"ת נְהִי דְּשָׁמְעִינַן מִפְּטַר פֶּטֶר פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס דִּילְמָא ה"מ הֵיכָא דְּאִשְׁתַּנִּי לְדָבָר שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ קְדֻושַּׁת הַגּוּף אֲבָל כְּגוֹן רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז דְּקָדוֹשׁ קְדֻושַּׁת הַגּוּף הֲוָה אֲמִינָא דְּקֻדְשָׁא וי"ל דְּמִסְתַּבֵּר לְגַמְרֵי (מַשְׁמַע) דְּיָלְפִינַן מְהֻדְּדֵי קְדֻושַּׁת דָּמִים מִקְּדֻושַּׁת הַגּוּף כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ וְקָשֶׁה דְּהָא אָמַר אֲפִילּוּ קְדֻושַּׁת הַגּוּף מִקְּדֻושַּׁת הַגּוּף לָא יָלְפִי' דְּהָא לְשׁוֹר וְכֶשֶׂב וְעֵז צָרִיךְ קְרָא לְכָל חַד וְחַד:
'Mais le Tana a pris pour lui peter, peter à propos de la vache' — on ne peut dire que, malgré tout, le verset de la Michna soit nécessaire pour exempter de la sainteté de peter hamor, et le verset d'ici pour exempter de la loi du taureau [pur] — car [le fait qu'elle] soit exempte de la bekhora, enseigné dans la Michna, implique qu'elle exempte totalement la vache. On en conclut que 'peter', 'peter' se déduisent l'un de l'autre, comme [dit] plus loin. Et si tu dis : soit, on apprend de 'peter', 'peter' [le cas d'] une vache qui a enfanté un cheval ; mais peut-être cela ne vaut-il que là où [le petit] a changé en une chose qui n'est pas sanctifiée d'une sainteté du corps, alors que dans un cas comme une brebis qui a enfanté une chèvre — sanctifiée d'une sainteté du corps — on aurait dit qu'il est sanctifié ? On peut répondre : il est logique que l'on déduise totalement l'un de l'autre, la sainteté de valeur de la sainteté du corps, comme il est dit plus loin. Et il y a une difficulté : mais on dit [plus loin] que même la sainteté du corps [d'une espèce] ne se déduit pas de la sainteté du corps [d'une autre], puisque pour le taureau, le mouton et la chèvre il faut un verset pour chacun !
💡 Explication

Objection à Rav Yehouda : le Tana de notre Michna déduit l'exemption de la vache qui enfante un âne du double 'peter hamor' — pourquoi Rav Yehouda délaisse-t-il le verset de la Michna pour un autre enseignement ?

13
הוּא דְּאָמַר כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: ״אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר״ — עַד שֶׁיְּהֵא הוּא שׁוֹר וּבְכוֹרוֹ שׁוֹר, ״בְּכוֹר כֶּשֶׂב״ — עַד שֶׁיְּהֵא הוּא כֶּשֶׂב וּבְכוֹרוֹ כֶּשֶׂב, ״אוֹ בְּכוֹר עז״ — עַד שֶׁיְּהֵא הוּא עֵז וּבְכוֹרוֹ עֵז.

[Rav Yehouda] a dit [ainsi] selon Rabbi Yossi ha-Guelili, comme il est enseigné : Rabbi Yossi ha-Guelili dit : 'mais le premier-né du taureau' — [il faut] qu'il soit un taureau et son premier-né un taureau ; 'le premier-né du mouton' — [il faut] qu'il soit un mouton et son premier-né un mouton ; 'ou le premier-né de la chèvre' — [il faut] qu'il soit une chèvre et son premier-né une chèvre.

📜 Rachi (1)
רַב יְהוּדָה דְּאָמַר כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי:
Rav Yehouda a dit [ainsi] selon Rabbi Yossi ha-Guelili.
💡 Explication

Réponse : Rav Yehouda parle selon R. Yossi ha-Guelili, qui, dans une baraita, tire l'exigence de ressemblance du triple 'bekhor' (taureau, mouton, chèvre), et non du double 'peter hamor'.

14
יָכוֹל אֲפִילּוּ יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַךְ״ — חִלֵּק.

Aurait-on pu [penser] que même s'il y a en lui une partie des signes [il est exempt] ? L'Écriture dit : 'akh' (mais) — [ce mot] sépare (halek).

💡 Explication

Même deracha que plus haut, dans la bouche de R. Yossi ha-Guelili : le mot 'akh' restreint la règle, de sorte que le petit portant quelques simanim reste soumis à la bekhora.

15
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? תַּנָּא דִידַן סָבַר: גַּלִּי רַחֲמָנָא בִּקְדֻושַּׁת דָּמִים, וְהוּא הַדִּין בִּקְדֻושַּׁת הַגּוּף.

En quoi divergent-ils ? Le Tana de chez nous tient : le Miséricordieux (rahmana) a révélé [la règle] pour la sainteté de valeur (kedouchat damim), et il en va de même pour la sainteté du corps (kedouchat ha-gouf).

📜 Rachi (1)
גַּלִּי רַחֲמָנָא בַּחֲמוֹר דִּקְדֻושַּׁת דָּמִים הוּא שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ [אֶלָּא] (בְּלֹא) דָּמָיו שֶׁיִּפְדֵהוּ בְּשֶׂה גַּלִּי בֵּיהּ רַחֲמָנָא דְּנִדְמֶה פָּטוּר וה"ה לִבְכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה דִּקְדֻושַּׁת הַגּוּף הִיא:
Le Miséricordieux a révélé — à propos de l'âne, qui est [objet de] sainteté de valeur (car il n'est sanctifié que [par] sa valeur, [en ce] qu'on le rachète par un agneau), le Miséricordieux a révélé qu'un [petit] qui ressemble [à une autre espèce] est exempt ; et il en va de même pour le premier-né d'une bête pure, qui est [objet de] sainteté du corps.
💡 Explication

La nafka mina de la mahloket. Le Tana de la Michna : la Torah révèle l'exigence de ressemblance pour l'âne (kedouchat damim, sainteté de sa valeur, racheté par un agneau) ; à plus forte raison vaut-elle pour la bête pure (kedouchat ha-gouf, sainteté du corps, offerte sur l'autel).

16
וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: גַּלִּי רַחֲמָנָא בִּקְדֻושַּׁת הַגּוּף, וְהוּא הַדִּין בִּקְדֻושַּׁת דָּמִים, וְגָמַר קְדֻושַּׁת דָּמִים מִקְּדֻושַּׁת הַגּוּף.

Et Rabbi Yossi tient : le Miséricordieux a révélé [la règle] pour la sainteté du corps (kedouchat ha-gouf), et il en va de même pour la sainteté de valeur (kedouchat damim) ; et il déduit la sainteté de valeur de la sainteté du corps.

💡 Explication

A l'inverse, R. Yossi ha-Guelili : la Torah révèle l'exigence pour la bête pure (kedouchat ha-gouf) ; il en va de même pour l'âne (kedouchat damim), déduit de la bête pure. Chacun part de l'un des deux versets et étend à l'autre cas.

17
וְתַנָּא דִּידַן, הַאי ״בְּכוֹר״ ״בְּכוֹר״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא.

Et le Tana de chez nous, ce [double] 'bekhor', 'bekhor', qu'en fait-il ? Il en a besoin pour [l'enseignement] de Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina.

💡 Explication

Question : selon le Tana de la Michna (qui tire la ressemblance de 'peter hamor'), à quoi sert le triple 'bekhor' du verset de Nombres 18:17 ? Réponse : il sert à l'enseignement de R. Yossi fils de R. Hanina sur les emourim (parts sacrificielles brûlées sur l'autel).

18
דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: לָמָּה נֶאֶמְרוּ אֵימוּרִין בִּבְכוֹר שׁוֹר, אֵימוּרִין בִּבְכוֹר כֶּשֶׂב, אֵימוּרִין בִּבְכוֹר עז?

Car Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : pourquoi les emourim (parts sacrificielles) ont-ils été énoncés à propos du premier-né du taureau, [puis] les emourim à propos du premier-né du mouton, [puis] les emourim à propos du premier-né de la chèvre ?

📜 Rachi (1)
לָמָּה נֶאֶמְרוּ אֵימוּרֵי כו' בְּהַאי קְרָא אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר אוֹ בְכוֹר כֶּשֶׂב אוֹ בְכוֹר עֵז לֹא תִפְדֶּה קֹדֶשׁ הֵם וְאֶת דָּמָם תִּזְרוֹק וְאֶת חֶלְבָם תַּקְטִיר דְּכֻולָּם אֵימוּרֵיהֶם קְרֵבִים:
Pourquoi les emourim ont-ils été énoncés, etc. — dans ce verset 'mais le premier-né du taureau ou le premier-né du mouton ou le premier-né de la chèvre, tu ne rachateras pas, ils sont saints... et tu aspergeras leur sang et tu feras fumer leur graisse' — car pour tous, leurs emourim sont offerts [sur l'autel].
💡 Explication

R. Yossi be-R. Hanina : dans le verset (Nombres 18:17), l'obligation de brûler les emourim (parts sacrificielles : sang aspergе, graisses consumées) est énoncée séparément pour le taureau, le mouton et la chèvre — pourquoi cette triple mention ?

19
צְרִיכָא, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בִּבְכוֹר שׁוֹר — שֶׁכֵּן נִתְרַבָּה בִּנְסָכִים.

[Les trois sont] nécessaires, car si le Miséricordieux avait écrit [la règle seulement] à propos du premier-né du taureau — [on dirait :] c'est [particulier au taureau] car il est majoré quant aux libations (nessakhim).

📜 Rachi (1)
שׁוֹר נְסָכָיו מְרֻובִּים חֲצִי הַהִין וְכֶשֶׂב וְעֵז רְבִיעִית הַהִין. כֶּשֶׂב אַלְיָיתוֹ קְרֵיבָה עִם אֵימוּרִים כְּדִמְפָרֵשׁ בְּוַיִּקְרָא מַה שֶּׁאֵין כֵּן בְּשׁוֹר וְעֵז:
Le taureau — ses libations sont abondantes : un demi-hin ; et le mouton et la chèvre, un quart de hin. Le mouton : sa queue grasse (alya) est offerte avec les emourim, comme [c'est] expliqué dans le Lévitique — ce qui n'est pas le cas pour le taureau ni pour la chèvre.
💡 Explication

Justification du besoin des trois mentions. Si seul le taureau était mentionné, on l'attribuerait à sa particularité : il a des libations plus abondantes (nessakhim : un demi-hin, contre un quart pour mouton et chèvre).

20
כֶּשֶׂב — שֶׁכֵּן נִתְרַבָּה בְּאַלְיָה.

[Si le Miséricordieux avait écrit seulement] à propos du mouton — [on dirait :] c'est [particulier au mouton] car il est majoré quant à la queue grasse (alya).

💡 Explication

De même, si seul le mouton était mentionné, on l'attribuerait à sa particularité : sa queue grasse (alya) s'ajoute aux emourim, ce qui augmente ses parts sacrificielles.

21
בְּעֵז — שֶׁכֵּן נִתְרַבָּה אֵצֶל עֲבוֹדָה זָרָה בְּיָחִיד.

[Si le Miséricordieux avait écrit seulement] à propos de la chèvre — [on dirait :] c'est [particulier à la chèvre] car elle est majorée auprès de l'idolâtrie de l'individu (be-yahid).

💡 Explication

Et si seule la chèvre était mentionnée, on l'attribuerait à sa particularité : elle est majorée pour l'idolâtrie de l'individu — le particulier qui a fauté par idolâtrie apporte une chèvre en hatat, alors que pour d'autres fautes on apporte un agneau.

22
חֲדָא מֵחֲדָא לָא אָתְיָא, תַּיְתֵי חֲדָא מֻתַּרְתִּי!

L'un ne se déduit pas [seul] de l'autre — que l'un se déduise [donc] des deux [autres] !

💡 Explication

Objection : certes aucun cas ne se déduit d'un seul autre (chacun ayant sa particularité) ; mais pourquoi ne pas déduire chacun des deux autres réunis (par le principe du 'ce qu'ont en commun') ?

23
בְּהֵי לָא לִיכְתֹּוב? לָא לִיכְתּוֹב רַחֲמָנָא בְּשׁוֹר, וְתַיְתֵי מֵהָנָךְ — מַה לְהָנָךְ, שֶׁכֵּן נִתְרַבּוּ אֵצֶל פְּסָחִים!

Lequel ne pas écrire ? Que le Miséricordieux n'écrive pas [la règle] à propos du taureau, et qu'on la déduise de ceux-là [mouton et chèvre] — [réponse :] qu'ont ceux-là [de particulier] ?

Ils sont majorés auprès des sacrifices pascaux (pessahim) !

📜 Rachi (1)
כֶּשֶׂב וְעֵז פֶּסַח בָּא מֵהֶן דִּכְתִיב מִן הַכְּבָשִׂים וּמִן הָעִזִּים תִּקָּחוּ:
Mouton et chèvre — le [sacrifice] pascal vient d'eux, comme il est écrit 'des moutons et des chèvres vous [le] prendrez'.
💡 Explication

Réponse : lequel omettre ? Si l'on omet le taureau pour le déduire du mouton et de la chèvre — impossible : ceux-ci ont une particularité commune, ils conviennent au sacrifice pascal (pessa'h, apporte du menu bétail, non du gros).

24
לֹא לִכְתֹּוב בְּכֶשֶׂב, וְתַיְתֵי מֵהָנָךְ — מַה לְהָנָךְ שֶׁכֵּן נִתְרַבּוּ אֵצֶל עֲבוֹדָה זָרָה בְּצִיבּוּר!

Que [le Miséricordieux] n'écrive pas [la règle] à propos du mouton, et qu'on la déduise de ceux-là [taureau et chèvre] — [réponse :] qu'ont ceux-là [de particulier] ? Ils sont majorés auprès de l'idolâtrie de la communauté (be-tsibbour) !

📜 Rachi (1)
שׁוֹר וְעֵז נִתְרַבּוּ אֵצֶל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בְּצִיבּוּר פַּר לְעוֹלָה וְשָׂעִיר לְחַטָּאת:
Taureau et chèvre sont majorés auprès de l'idolâtrie de la communauté — un taureau en holocauste (ola) et un bouc en sacrifice pour le péché (hatat).
💡 Explication

Si l'on omet le mouton pour le déduire du taureau et de la chèvre — impossible : ceux-ci ont une particularité commune, ils sont majorés dans l'idolâtrie de la communauté (un taureau en ola et une chèvre en hatat), non un mouton.

25
לָא נִיכְתּוֹב רַחֲמָנָא בְּעֵז, וְתַיְתֵי מֵהָנָךְ — מַה לְהָנָךְ שֶׁכֵּן יֵשׁ בָּהֶן צַד רִבּוּי אֵצֶל מִזְבֵּחַ! הִילְכָּךְ צְרִיכִי.

Que le Miséricordieux n'écrive pas [la règle] à propos de la chèvre, et qu'on la déduise de ceux-là [taureau et mouton] — [réponse :] qu'ont ceux-là [de particulier] ? Ils ont un côté de majoration auprès de l'autel (mizbeah) !

Dès lors, [les trois] sont nécessaires.

📜 Rachi (1)
שׁוֹר וְכֶשֶׂב יֵשׁ בָּהֶן צַד רִיבּוּי אֵצֶל מִזְבֵּחַ דִּכְשֶׁהֵן קְרֵבִים יֵשׁ מֵהֶן לָאִשִּׁים יוֹתֵר מֵעֵז שׁוֹר בִּנְסָכִים וְכֶשֶׂב בְּאַלְיָה:
Le taureau et le mouton ont un côté de majoration auprès de l'autel — car, lorsqu'ils sont offerts, il y a d'eux [davantage] pour les feux [de l'autel] que [de] la chèvre : le taureau par les libations et le mouton par la queue grasse (alya).
💡 Explication

Si l'on omet la chevre pour la déduire du taureau et du mouton — impossible : ceux-ci ont un côté de majoration à l'autel (les libations du taureau et la queue grasse du mouton). Aucun ne pouvant se déduire des deux autres, les trois mentions sont nécessaires.

26
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, אִם כֵּן לִיכְתּוֹב קְרָא ״אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר כֶּשֶׂב וְעֵז״, ״בְּכוֹר״ ״בְּכוֹר״ לָמָּה לִי? אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה: עַד שֶׁיְּהֵא הוּא שׁוֹר וּבְכוֹרוֹ שׁוֹר.

Et Rabbi Yossi ha-Guelili : s'il en est ainsi, que le verset écrive 'mais le premier-né du taureau, du mouton et de la chèvre' — pourquoi ai-je besoin de [ce] 'bekhor', 'bekhor' [répété] ? Plutôt, n'est-ce pas [qu'il faut] en apprendre : [il faut] qu'il soit un taureau et son premier-né un taureau ?

📜 Rachi (1)
א"כ דְּלָא אָתְיָא קְרָא אֶלָּא לְהָכִי:
S'il en est ainsi — que le verset ne vient que pour cela [les emourim].
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אִם כֵּן לִיכְתּוֹב קְרָא אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר וְכֶשֶׂב וְעֵז וְהָא דְּדָרְשִׁינַן מִינָּהּ עַד שֶׁיְּהֵא שׁוֹר וּבְכוֹרוֹ שׁוֹר אע"ג דְּאִיצְטְרִיךְ לְכַדֵּר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא מִשּׁוּם דִּכְעֵין בְּכוֹר שֵׁנִי וּשְׁלִישִׁי יֵשׁ לָנוּ לִדְרוֹשׁ מִן הָרִאשׁוֹן:
'Et Rabbi Yossi ha-Guelili : s'il en est ainsi, que le verset écrive mais le premier-né du taureau, du mouton et de la chèvre' — et le fait que nous en tirions [aussi] 'qu'il soit un taureau et son premier-né un taureau', bien qu'il soit nécessaire pour l'[enseignement] de R. Yossi be-Rabbi Hanina [sur les emourim] : c'est parce que, [le mot 'bekhor' étant répété pour] un deuxième et un troisième 'bekhor', nous devons faire une deracha [supplémentaire] à partir du premier.
💡 Explication

Retour à R. Yossi ha-Guelili : puisque le triple 'bekhor' sert déjà aux emourim, comment y lit-il aussi la ressemblance ? Réponse : pour les seuls emourim, l'Écriture aurait écrit 'bekhor' une seule fois ('taureau, mouton et chèvre'). La répétition de 'bekhor' enseigne donc en plus que le petit doit ressembler à sa mère.

27
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, הַאי ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ?

Et Rabbi Yossi ha-Guelili, ce [double] 'peter hamor', 'peter hamor', qu'en fait-il ?

💡 Explication

Question symétrique : selon R. Yossi ha-Guelili (qui tire la ressemblance de 'bekhor'), à quoi sert le double 'peter hamor' dont le Tana de la Michna se sert ?

28
מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר, מִתּוֹךְ שֶׁנֶּאֱמַר ״אַךְ פָּדֹה תִפְדֶּה אֵת בְּכוֹר הָאָדָם וְאֵת בְּכוֹר הַבְּהֵמָה הַטְּמֵאָה תִּפְדֶּה״, שׁוֹמֵעַ אֲנִי אֲפִילּוּ פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים? תַּלְמוּד לוֹמַר ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ — פֶּטֶר חֲמוֹר אָמַרְתִּי לְךָ, וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים.

Il en a besoin pour ce qui est enseigné : Rabbi Yossi ha-Guelili dit : puisqu'il est dit 'mais tu rachèteras le premier-né de l'homme, et le premier-né de la bête impure tu rachèteras' (Nombres 18:15), j'entends [que cela vaut] même pour les premiers-nés de chevaux et de chameaux ; l'Écriture dit 'peter hamor' — je t'ai dit 'premier-né de l'âne', et non premiers-nés de chevaux et de chameaux.

💡 Explication

Réponse : le premier 'peter hamor' sert à la baraita de R. Yossi ha-Guelili. Le verset général 'tu rachèteras le premier-né de la bête impure' (Nombres 18:15) laisserait entendre que tous les premiers-nés impurs (chevaux, chameaux) se rachetent. 'Peter hamor' restreint à l'âne.

29
וַעֲדַייִן אֲנִי אוֹמֵר: פָּטְרִי חֲמוֹר בְּשֶׂה, פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים בְּכָל דָּבָר.

Et je dis encore : [peut-être] le premier-né de l'âne [se rachète] par un agneau (se), [tandis que] les premiers-nés de chevaux et de chameaux [se rachetent] par toute chose [mais restent sanctifiés] ?

📜 Rachi (1)
וַעֲדַייִן אֲנִי אוֹמֵר פֶּטֶר חֲמֹור תִּפְדֶּה בְשֶׂה וְלֹא בְּדָבָר אַחֵר וּשְׁאָר בְּכוֹרֵי טְמֵאָה בְּכָל דָּבָר וּלְעוֹלָם קְדוֹשִׁים בִּבְכוֹרָה:
Et je dis encore : le premier-né de l'âne se rachète par un agneau — et non par autre chose ; et les autres premiers-nés de bête impure par toute chose, et [ils] restent malgré tout sanctifiés de la bekhora.
💡 Explication

Deuxième étape : même après 'peter hamor', on pourrait dire qu'il enseigne seulement le mode de rachat — l'âne par un agneau (se), les autres impurs par n'importe quel bien, tout en restant soumis à la bekhora. Le second 'peter hamor' (sur 6a) exclura totalement chevaux et chameaux. La sougya se poursuit.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).