Sougya : Le daf achève d'abord le calcul du mane du Sanctuaire (Ézéchiel 45:12) : c'est un mane double, d'où l'on tire qu'on peut majorer les mesures, mais jamais de plus d'un sixième, calculé de l'extérieur. Rabbi Hanina rapporte ensuite ses questions à Rabbi Eliezer : pourquoi seuls les premiers-nés d'ânes sont rachetés (décret de l'Écriture, et parce que les ânes aidèrent Israel à la sortie d'Égypte), et le sens des noms Refidim et Chittim (dispute entre R.
Eliezer, qui y voit de simples toponymes, et R. Yehochoua, qui y lit une allusion au relâchement dans la Torah et à la débauche).
La Michna et sa Guemara traitent alors du nolad (nouveau-né) qui ne ressemble pas à sa mère : exempt de la bekhora sauf s'il porte quelques simanim ; et sa loi de consommation suit sa mère. La sougya explore enfin la mahloket entre le Tana de la Michna et R.
Yossi ha-Guelili sur le verset-source de cette exigence de ressemblance.
Mais cela fait deux cent quarante [dinars] ! Plutôt, apprends-en que le mane du Sanctuaire (mane chel kodech) était un mane double.
Le décompte du verset (Ez 45:12) donne 60 chekels = 240 dinars, non pas un mane ordinaire (100 dinars). On en conclut que le mane du Sanctuaire était un mane double : 50 sela = 200 dinars, auxquels s'ajoutèrent les 40 dinars supplémentaires (un sixième externe) introduits au temps d'Ézéchiel.
Et apprends-en [aussi] : on majore les mesures, mais on ne majore pas de plus d'un sixième ; et apprends-en que le sixième [se calcule] de l'extérieur (chetota mi-lebar).
Trois enseignements tirés du même verset : on peut majorer les mesures ; la majoration ne dépasse pas un sixième ; et ce sixième se calcule de l'extérieur (chetota mi-lebar) — un sixième du total final (10 sur 60), soit un cinquième du montant antérieur (10 sur 50).
Rabbi Hanina dit : j'ai demandé à Rabbi Eliezer, dans la grande maison d'étude, en quoi les premiers-nés d'ânes diffèrent des premiers-nés de chevaux et de chameaux [pour n'être soumis qu'eux au rachat] ? Il me dit : c'est un décret de l'Écriture (guezerat ha-katouv), et de plus, parce que les ânes ont aidé Israel à l'heure de sa sortie d'Égypte — car il n'est pas un seul membre d'Israel qui n'ait eu avec lui quatre-vingt-dix ânes libyens (loubim) chargés de l'argent et de l'or d'Égypte.
Question de R. Hanina : pourquoi seuls les premiers-nés d'ânes (peter hamor) sont soumis au rachat, et non ceux des chevaux ou chameaux — tous impurs ? Réponse de R. Eliezer : d'abord un décret de l'Écriture (guezerat ha-katouv) ; ensuite, parce que les ânes aidèrent Israel à la sortie d'Égypte, chacun ayant quatre-vingt-dix ânes 'libyens' (de qualité supérieure) chargés de l'argent et de l'or.
Et je lui ai encore demandé : que signifie le terme 'Refidim' ? Il me dit : Refidim est son nom.
[Ceci suit une dispute] tannaitique : Rabbi Eliezer dit : Refidim est son nom ; Rabbi Yehochoua dit : [le nom allude au fait] qu'ils se sont relâchés (chi-rippou) des paroles de la Torah, et ainsi il est dit : 'les pères ne se sont pas tournés vers les fils, par relâchement des mains (mi-rifyon yadayim)' (Jérémie 47:3).
Sens du toponyme Refidim (Ex 17:8). R. Eliezer : c'est simplement son nom. R. Yehochoua : le nom allude au relâchement (rippou) d'Israel à l'égard de la Torah — d'où Amalek vint sur eux — appuyé sur 'rifyon yadayim' (Jer 47:3), le relâchement des mains.
Et je lui ai encore demandé : que signifie le terme 'Chittim' ? Il me dit : Chittim est son nom.
[Ceci suit une dispute] tannaïtique : Rabbi Eliezer dit : Chittim est son nom ; Rabbi Yehochoua dit : [le nom allude au fait] qu'ils se sont adonnés à des choses de sottise (chetout).
Sens du toponyme Chittim (Nombres 25:1). R. Eliezer : c'est son nom. R. Yehochoua : allusion aux choses de sottise (chetout) — la débauche avec les filles de Moab et l'idolâtrie (Nombres ch. 25).
'Et elles appelèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux' (Nombres 25:2) — Rabbi Eliezer dit : [des femmes] nues les rencontrèrent ; Rabbi Yehochoua dit : ils devinrent tous des baalei keri (hommes ayant eu une émission séminale).
Sens de 'va-tikrena' (Nombres 25:2). R. Eliezer : le verbe évoque un contact — des femmes nues les rencontrèrent (leur corps les 'rencontrant'). R. Yehochoua : le terme évoque 'keri' (émission) — ils devinrent tous des baalei keri par l'effet de leur convoitise.
MICHNA. Une vache qui a enfanté une [créature] de l'espèce de l'âne, et une ânesse qui a enfanté [une créature] semblable à un cheval — [sont] exemptes de la [loi du] premier-né (bekhora), car il est dit 'peter hamor' (premier-né de l'âne), 'peter hamor', deux fois : [ce qui enseigne] qu'il faut que l'enfanteur (ha-yoled) soit un âne et l'enfanté (ha-nolad) un âne.
La Michna : quand le nolad (nouveau-né) ne ressemble pas à sa mère, il est exempt de la bekhora. Source : 'peter hamor' répété deux fois (Ex 13:13 et 34:20) exige que la mère soit âne et le petit âne.
Et quel est leur [statut] à la consommation ? Une bête pure (tehora) qui a enfanté [une créature] semblable à une bête impure (temea) — est permise à la consommation ; et [une bête] impure qui a enfanté [une créature] semblable à une bête pure — est interdite à la consommation ; car ce qui sort de l'impur est impur, et ce qui sort du pur est pur.
La loi de consommation du nolad suit sa mère, non son apparence : ce qui sort d'une bête pure est permis (même s'il a l'aspect d'une bête impure), et ce qui sort d'une bête impure est interdit — 'ce qui sort de l'impur est impur, ce qui sort du pur est pur'.
GUEMARA. Nous avons appris là-bas (Bekhorot 16b) : une brebis qui a enfanté [une créature] de l'espèce de la chèvre, et une chèvre qui a enfanté [une créature] de l'espèce de la brebis — [sont] exemptes de la bekhora ; et s'il y a en [le petit] une partie des signes (mikstat simanim), il est soumis [à la bekhora].
La Guemara cite une michna paralle (16b) : brebis enfantant une chèvre (et inversement) — exempte ; mais si le petit porte quelques simanim (signes distinctifs) de la mère, il redevient soumis à la bekhora.
D'où [tenons-nous] ces choses ? Rav Yehouda dit : de ce que l'Écriture dit 'mais le premier-né du taureau (bekhor chor)' — [il faut] qu'il soit un taureau et son premier-né un taureau ; 'le premier-né du mouton (bekhor kessev)' — [il faut] qu'il soit un mouton et son premier-né un mouton ; 'le premier-né de la chèvre (bekhor ez)' — [il faut] qu'il soit une chèvre et son premier-né une chèvre.
Source de l'exigence de ressemblance selon Rav Yehouda : le verset (Nombres 18:17) répète le mot 'bekhor' (premier-né) pour le taureau, le mouton et la chèvre. Ce mot étant superflu, il enseigne que le petit doit ressembler à sa mère : taureau et son premier-né taureau, etc.
Aurait-on pu [penser] que même s'il y a en lui une partie des signes [il est exempt] ? L'Écriture dit : 'akh' (mais) — [ce mot] sépare (halek).
Objection anticipée : le petit qui ne ressemble qu'en partie serait-il aussi exempt ? Non : le mot 'akh' (mais) introduit une restriction (halek) — la règle ne vaut pas quand le petit porte quelques simanim, auquel cas il est soumis.
Mais le Tana [de la Michna] a pris pour lui 'peter', 'peter' à propos de la vache !
Objection à Rav Yehouda : le Tana de notre Michna déduit l'exemption de la vache qui enfante un âne du double 'peter hamor' — pourquoi Rav Yehouda délaisse-t-il le verset de la Michna pour un autre enseignement ?
[Rav Yehouda] a dit [ainsi] selon Rabbi Yossi ha-Guelili, comme il est enseigné : Rabbi Yossi ha-Guelili dit : 'mais le premier-né du taureau' — [il faut] qu'il soit un taureau et son premier-né un taureau ; 'le premier-né du mouton' — [il faut] qu'il soit un mouton et son premier-né un mouton ; 'ou le premier-né de la chèvre' — [il faut] qu'il soit une chèvre et son premier-né une chèvre.
Réponse : Rav Yehouda parle selon R. Yossi ha-Guelili, qui, dans une baraita, tire l'exigence de ressemblance du triple 'bekhor' (taureau, mouton, chèvre), et non du double 'peter hamor'.
Aurait-on pu [penser] que même s'il y a en lui une partie des signes [il est exempt] ? L'Écriture dit : 'akh' (mais) — [ce mot] sépare (halek).
Même deracha que plus haut, dans la bouche de R. Yossi ha-Guelili : le mot 'akh' restreint la règle, de sorte que le petit portant quelques simanim reste soumis à la bekhora.
En quoi divergent-ils ? Le Tana de chez nous tient : le Miséricordieux (rahmana) a révélé [la règle] pour la sainteté de valeur (kedouchat damim), et il en va de même pour la sainteté du corps (kedouchat ha-gouf).
La nafka mina de la mahloket. Le Tana de la Michna : la Torah révèle l'exigence de ressemblance pour l'âne (kedouchat damim, sainteté de sa valeur, racheté par un agneau) ; à plus forte raison vaut-elle pour la bête pure (kedouchat ha-gouf, sainteté du corps, offerte sur l'autel).
Et Rabbi Yossi tient : le Miséricordieux a révélé [la règle] pour la sainteté du corps (kedouchat ha-gouf), et il en va de même pour la sainteté de valeur (kedouchat damim) ; et il déduit la sainteté de valeur de la sainteté du corps.
A l'inverse, R. Yossi ha-Guelili : la Torah révèle l'exigence pour la bête pure (kedouchat ha-gouf) ; il en va de même pour l'âne (kedouchat damim), déduit de la bête pure. Chacun part de l'un des deux versets et étend à l'autre cas.
Et le Tana de chez nous, ce [double] 'bekhor', 'bekhor', qu'en fait-il ? Il en a besoin pour [l'enseignement] de Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina.
Question : selon le Tana de la Michna (qui tire la ressemblance de 'peter hamor'), à quoi sert le triple 'bekhor' du verset de Nombres 18:17 ? Réponse : il sert à l'enseignement de R. Yossi fils de R. Hanina sur les emourim (parts sacrificielles brûlées sur l'autel).
Car Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : pourquoi les emourim (parts sacrificielles) ont-ils été énoncés à propos du premier-né du taureau, [puis] les emourim à propos du premier-né du mouton, [puis] les emourim à propos du premier-né de la chèvre ?
R. Yossi be-R. Hanina : dans le verset (Nombres 18:17), l'obligation de brûler les emourim (parts sacrificielles : sang aspergе, graisses consumées) est énoncée séparément pour le taureau, le mouton et la chèvre — pourquoi cette triple mention ?
[Les trois sont] nécessaires, car si le Miséricordieux avait écrit [la règle seulement] à propos du premier-né du taureau — [on dirait :] c'est [particulier au taureau] car il est majoré quant aux libations (nessakhim).
Justification du besoin des trois mentions. Si seul le taureau était mentionné, on l'attribuerait à sa particularité : il a des libations plus abondantes (nessakhim : un demi-hin, contre un quart pour mouton et chèvre).
[Si le Miséricordieux avait écrit seulement] à propos du mouton — [on dirait :] c'est [particulier au mouton] car il est majoré quant à la queue grasse (alya).
De même, si seul le mouton était mentionné, on l'attribuerait à sa particularité : sa queue grasse (alya) s'ajoute aux emourim, ce qui augmente ses parts sacrificielles.
[Si le Miséricordieux avait écrit seulement] à propos de la chèvre — [on dirait :] c'est [particulier à la chèvre] car elle est majorée auprès de l'idolâtrie de l'individu (be-yahid).
Et si seule la chèvre était mentionnée, on l'attribuerait à sa particularité : elle est majorée pour l'idolâtrie de l'individu — le particulier qui a fauté par idolâtrie apporte une chèvre en hatat, alors que pour d'autres fautes on apporte un agneau.
L'un ne se déduit pas [seul] de l'autre — que l'un se déduise [donc] des deux [autres] !
Objection : certes aucun cas ne se déduit d'un seul autre (chacun ayant sa particularité) ; mais pourquoi ne pas déduire chacun des deux autres réunis (par le principe du 'ce qu'ont en commun') ?
Lequel ne pas écrire ? Que le Miséricordieux n'écrive pas [la règle] à propos du taureau, et qu'on la déduise de ceux-là [mouton et chèvre] — [réponse :] qu'ont ceux-là [de particulier] ?
Ils sont majorés auprès des sacrifices pascaux (pessahim) !
Réponse : lequel omettre ? Si l'on omet le taureau pour le déduire du mouton et de la chèvre — impossible : ceux-ci ont une particularité commune, ils conviennent au sacrifice pascal (pessa'h, apporte du menu bétail, non du gros).
Que [le Miséricordieux] n'écrive pas [la règle] à propos du mouton, et qu'on la déduise de ceux-là [taureau et chèvre] — [réponse :] qu'ont ceux-là [de particulier] ? Ils sont majorés auprès de l'idolâtrie de la communauté (be-tsibbour) !
Si l'on omet le mouton pour le déduire du taureau et de la chèvre — impossible : ceux-ci ont une particularité commune, ils sont majorés dans l'idolâtrie de la communauté (un taureau en ola et une chèvre en hatat), non un mouton.
Que le Miséricordieux n'écrive pas [la règle] à propos de la chèvre, et qu'on la déduise de ceux-là [taureau et mouton] — [réponse :] qu'ont ceux-là [de particulier] ? Ils ont un côté de majoration auprès de l'autel (mizbeah) !
Dès lors, [les trois] sont nécessaires.
Si l'on omet la chevre pour la déduire du taureau et du mouton — impossible : ceux-ci ont un côté de majoration à l'autel (les libations du taureau et la queue grasse du mouton). Aucun ne pouvant se déduire des deux autres, les trois mentions sont nécessaires.
Et Rabbi Yossi ha-Guelili : s'il en est ainsi, que le verset écrive 'mais le premier-né du taureau, du mouton et de la chèvre' — pourquoi ai-je besoin de [ce] 'bekhor', 'bekhor' [répété] ? Plutôt, n'est-ce pas [qu'il faut] en apprendre : [il faut] qu'il soit un taureau et son premier-né un taureau ?
Retour à R. Yossi ha-Guelili : puisque le triple 'bekhor' sert déjà aux emourim, comment y lit-il aussi la ressemblance ? Réponse : pour les seuls emourim, l'Écriture aurait écrit 'bekhor' une seule fois ('taureau, mouton et chèvre'). La répétition de 'bekhor' enseigne donc en plus que le petit doit ressembler à sa mère.
Et Rabbi Yossi ha-Guelili, ce [double] 'peter hamor', 'peter hamor', qu'en fait-il ?
Question symétrique : selon R. Yossi ha-Guelili (qui tire la ressemblance de 'bekhor'), à quoi sert le double 'peter hamor' dont le Tana de la Michna se sert ?
Il en a besoin pour ce qui est enseigné : Rabbi Yossi ha-Guelili dit : puisqu'il est dit 'mais tu rachèteras le premier-né de l'homme, et le premier-né de la bête impure tu rachèteras' (Nombres 18:15), j'entends [que cela vaut] même pour les premiers-nés de chevaux et de chameaux ; l'Écriture dit 'peter hamor' — je t'ai dit 'premier-né de l'âne', et non premiers-nés de chevaux et de chameaux.
Réponse : le premier 'peter hamor' sert à la baraita de R. Yossi ha-Guelili. Le verset général 'tu rachèteras le premier-né de la bête impure' (Nombres 18:15) laisserait entendre que tous les premiers-nés impurs (chevaux, chameaux) se rachetent. 'Peter hamor' restreint à l'âne.
Et je dis encore : [peut-être] le premier-né de l'âne [se rachète] par un agneau (se), [tandis que] les premiers-nés de chevaux et de chameaux [se rachetent] par toute chose [mais restent sanctifiés] ?
Deuxième étape : même après 'peter hamor', on pourrait dire qu'il enseigne seulement le mode de rachat — l'âne par un agneau (se), les autres impurs par n'importe quel bien, tout en restant soumis à la bekhora. Le second 'peter hamor' (sur 6a) exclura totalement chevaux et chameaux. La sougya se poursuit.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).