Bekhorot 6a — 'peter hamor' redouble (l'âne seul racheté), et la bête qui enfante une autre espèce (nidmeh) : bekhora et consommation

Bekhorot 6a

Sougya : La Guemara établit pourquoi la Torah répète 'peter hamor' (premier-né d'âne) : la première occurrence sort l'âne du kelal (généralité des bêtes impures) pour enseigner son rachat par un agneau ; la seconde restreint la bekhora (statut de premier-né) au seul âne, à l'exclusion du cheval et du chameau. Rav Aha objecte, puis Rav Papa fonde l'exclusion des Rabbanan sur un kelal ou-frat ('kol miknekha' — de tout ton bétail, Ex 34:19-20).

S'ouvre ensuite une chaîne de sheelot (questions) sur le nidmeh : une bête qui enfante une espèce différente et portant quelques simanim (traits) de sa mère est-elle soumise à la bekhora ? Vache/âne, âne/cheval, vache/cheval — deux niveaux de sainteté (guf vs damim) et de pureté s'y opposent.

Deux baraitot ne tranchent qu'un seul cas ; on conclut à la rigueur. Enfin la michna sur la consommation : on suit la mère ('zil batar imeih'), non l'apparence, d'après 'ces bêtes-là tu n'en mangeras pas' (Lev 11:4).

Pourquoi 'peter hamor' (premier-né d'âne) deux fois ? Toute bête impure = dans le KELAL (généralité) : 'pdo tifde' (rachat) 1er 'peter hamor tifde be-se' l'âne sort du kelal pour enseigner : rachat par un agneau (se). -> risque : toute bête impure rachetée 2e 'peter hamor' (répétition) restreint : l'âne SEUL, pas cheval ni chameau. Le mot 'peter' (matrice) écarte les autres de la bekhora. Conclusion : seul le premier-né d'ÂNE a la sainteté de bekhora R. Yossi ha-Glili : de la répétition 'peter hamor / peter hamor'. Rabbanan (tana de la michna) : kelal ou-frat de 'kol miknekha' (Ex 34:19-20).
La double mention de 'peter hamor' : rachat de l'âne par un agneau, puis restriction de la bekhora à l'âne seul (segments 0-8).
Bête qui enfante une espèce différente (nidmeh) + qq simanim : bekhora ? Règle : 'zil batar imeih' (suis la mère). Question : les simanim (traits) suffisent-ils ? Mère Petit (nidmeh) Enjeu Statut vache (pure) âne (impur) 2 saintetés différentes (guf vs damim), mais 2 sujettes bekhora non tranché âne (impur) cheval (impur) cheval non sujet à bekhora, mais 2 espèces impures non tranché vache (pure) cheval (impur) tout diffère : pur/impur, sujet/non-sujet ; simanim décisifs ? non tranché Tentatives de preuve (baraitot) et résultat - Baraita 1 : bête pure enfante bête impure + simanim -> sujette. (vache/âne, pas vache/cheval) - Baraita 2 : vache/âne ET âne/cheval -> le 'yesh simanim' ne porte que sur vache/âne. Bilan : une seule question tranchée (vache/âne) ; les 2 autres restent : on va vers la rigueur (lehoumra).
La chaîne de questions sur le nidmeh (bête qui enfante une autre espèce) et les tentatives de preuve (segments 9-18).
Consommation : 'zil batar imeih' (suis la mère), pas l'apparence Pure enfante 'impur' le petit ressemble à une bête impure -> PERMIS à la consommation Impure enfante 'pur' le petit ressemble à une bête pure -> INTERDIT à la consommation Source : 'ces bêtes-là, tu n'en mangeras pas... qui ruminent et ont le sabot fendu' (Lev 11:4) = il existe une bête qui rumine ET a le sabot fendu que tu ne mangeras PAS : le 'pur' né du 'impur'. On suit la mère, non l'apparence.
Consommation du nidmeh : on suit la mère, non l'apparence (segments 19-21).
1
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ שְׁנֵי פְּעָמִים — פִּטְרֵי חֲמוֹרִים אָמַרְתִּי לְךָ, וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים.

L'Écriture enseigne : 'peter hamor' (premier-né d'âne) 'peter hamor' — deux fois. [C'est comme si le Miséricordieux disait :] des premiers-nés d'ânes je t'ai parlé, et non des premiers-nés de chevaux et de chameaux.

📜 Rachi (1)
ת"ל מִקְרָא אַחֵר (שְׁמוֹת ל״ד:כ׳) וּפֶטֶר חֲמוֹר תִּפְדֶּה בְשֶׂה אִם אֵינוֹ עִנְיָן לְמַעֵט שְׁאָר בְּהֵמָה טְמֵאָה מֹשֶׁה שֶׁהֲרֵי מִעֲטָן בְּפָסוּק רִאשׁוֹן תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמַעֲטָן מִכָּל קְדֻושַּׁת בְּכוֹר:
L'Écriture enseigne — un autre verset (Ex 34:20) : 'et le premier-né d'âne, tu le racheteras par un agneau (se)'. Puisqu'il n'a pas de portée pour exclure les autres bêtes impures du [rachat par un] agneau — car il les a déjà exclues dans le premier verset — applique-le à les exclure de toute sainteté de premier-né (bekhor).
💡 Explication

La michna a exclu les bêtes impures autres que l'âne de la bekhora (statut de premier-né). D'où ? De la répétition de 'peter hamor' (Ex 13:13 et 34:20) : le second verset, superflu pour son sens propre, sert à restreindre la sainteté de premier-né au seul âne.

2
פָּרֵיךְ רַב אַחַאי: אִי כְּתַב רַחֲמָנָא חַד, הֲוָה אָמֵינָא דָּבָר שֶׁהָיָה בַּכְּלָל, וְיָצָא מִן הַכְּלָל לְלַמֵּד, לֹא לְלַמֵּד עַל עַצְמוֹ יָצָא אֶלָּא לְלַמֵּד עַל הַכְּלָל כֻּולּוֹ יָצָא, וּלְעוֹלָם בְּשֶׂה.

Rav Aha objecte : si le Miséricordieux n'avait écrit qu'une seule fois [peter hamor], j'aurais dit : c'est une chose qui était comprise dans la généralité (kelal) et qui en est sortie pour enseigner ; or elle n'est pas sortie pour enseigner sur elle-même seulement, mais pour enseigner sur toute la généralité — et alors, [tout se rachète] par un agneau (se) !

📜 Rachi (2)
מַתְקִיף לַהּ רַב אֲחָא הָא תַּרְוַייְהוּ צְרִיכִי דְּאִי כְּתַב חַד הֲוָה אֲמִינָא הָוֵי פֶּטֶר חֲמוֹר דָּבָר שֶׁהָיָה בִּכְלַל בְּכוֹר הַבְּהֵמָה הַטְּמֵאָה תִּפְדֶּה:
Rav Aha objecte — [c'est-à-dire] : les deux [mentions] sont nécessaires, car s'il n'avait écrit qu'une seule fois, j'aurais dit : le premier-né d'âne est une chose qui était comprise dans la généralité 'le premier-né de la bête impure, tu le racheteras'.
וְיָצָא מִן הַכְּלָל לְלַמֵּד שֶׁפִּדְיוֹנוֹ בְּשֶׂה לֹא לְלַמֵּד עַל עַצְמוֹ יָצָא אֶלָּא לְלַמֵּד עַל הַכְּלָל כֻּולּוֹ יָצָא כּוּ' וּלְעוֹלָם נִפְדִּין בְּשֶׂה ת"ל מִקְרָא אַחֵר וּפֶטֶר חֲמוֹר תִּפְדֶּה לוֹמַר לָךְ זֶה בְּשֶׂה וְלֹא אַחֵר בְּשֶׂה:
Et qui est sortie du kelal pour enseigner — que son rachat se fait par un agneau ; elle n'est pas sortie pour enseigner sur elle-même seulement, mais pour enseigner sur toute la généralité, etc., et [alors] toutes [les bêtes impures] se rachètent par un agneau. [C'est pourquoi] l'Écriture enseigne par un autre verset 'et le premier-né d'âne, tu le racheteras', pour te dire : celle-ci [se rachète] par un agneau, mais non une autre par un agneau.
💡 Explication

Objection de Rav Aha : avec une seule mention, l'âne serait 'un cas sorti du kelal (généralité des bêtes impures) pour enseigner'. Selon la règle exégétique, ce qui sort du kelal enseigne sur toute la généralité : donc toutes les bêtes impures se rachateraient par un agneau. Il faut donc la seconde mention.

3
כְּתַב רַחֲמָנָא ״פֶּטֶר חֲמוֹר״ אַחַרְיַנָא, פִּטְרֵי חֲמוֹרִים וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים, וְאֵימָא: מַעֲטִינְהוּ מֹשֶׁה, וּלְעוֹלָם בְּכָל דָּבָר!

[C'est pourquoi] le Miséricordieux écrit un autre 'peter hamor' : des premiers-nés d'ânes [je t'ai parlé], et non des premiers-nés de chevaux et de chameaux. Mais [objecte-t-on] dis [plutôt] : le verset les a exclus [seulement] du [rachat par un] agneau, et en réalité [ils se rachètent] par toute chose !

📜 Rachi (1)
מַעֲטִינְהוּ מֹשֶׁה וּלְעוֹלָם בְּכָל דָּבָר וּקְדוֹשִׁים בִּבְכוֹר:
Le verset les a exclus du [rachat par un] agneau, et en réalité par toute chose — et ils demeurent saints en tant que premiers-nés (bekhor).
💡 Explication

La seconde mention restreint donc à l'âne. Mais on objecte : peut-être exclut-elle chevaux et chameaux seulement du rachat par un agneau, tout en les gardant sujets à la bekhora et rachetables par autre chose ?

4
אִם כֵּן, לִכְתּוֹב רַחֲמָנָא: ״פֶּטֶר חֲמוֹר תִּפָּדֶה בְּשֶׂה״ ו״חֲמֹור תִּפְדֶּה בְשֶׂה״. ״פֶּטֶר חֲמֹור תִּפְדֶּה בְשֶׂה״, ״פטר חמור תפדה בשה״ לָמָּה לִי? פִּטְרֵי חֲמוֹרִים אָמַרְתִּי לְךָ, וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים.

Si [tel était le cas], que le Miséricordieux écrive : 'peter hamor tifde be-se' (le premier-né d'âne, tu le rachèteras par un agneau) et 'hamor tifde be-se' (l'âne, tu le rachèteras par un agneau). Pourquoi ai-je besoin de 'peter hamor tifde be-se', 'peter hamor tifde be-se' [avec 'peter' répété] ?

Des premiers-nés d'ânes je t'ai parlé, et non des premiers-nés de chevaux et de chameaux.

📜 Rachi (1)
א"כ לִכְתּוֹב קְרָא תִּנְייָנָא חֲמוֹר בְּשֶׂה תִּפָּדֶה וַאֲנָא יָדַעְנָא דִּבְפֶטֶר קָמִישְׁתַּעֵי מִדַּהֲדַר כְּתַב פָּטַר ש"מ מִדִּין פֶּטֶר רֶחֶם מְמַעֵט לְהוּ לִשְׁאָר בְּהֵמוֹת טְמֵאוֹת דְּאֵין לָהֶם דִּין בְּכוֹרָה:
Si tel est le cas, qu'il écrive — le second verset '[l'âne] par un agneau, tu le rachèteras', et je saurais qu'il parle du premier-né (peter), du fait qu'il a ré-écrit 'peter' : entends de là que c'est du statut de 'ce qui ouvre la matrice' (peter rehem) qu'il les exclut, [à savoir] les autres bêtes impures, qui n'ont pas le statut de bekhora.
💡 Explication

Réfutation : si l'exclusion ne visait que le mode de rachat, le second verset dirait simplement 'hamor tifde be-se' (l'âne, tu le rachèteras) sans répéter 'peter' (matrice/premier-né). Puisqu'il répète 'peter', c'est le statut même de premier-né (din peter rehem) qui est retiré aux autres bêtes impures.

5
וְתַנָּא דִּידַן, לִמְעוּטֵי סוּסִים וּגְמַלִּים, מְנָא לֵיהּ?

Et le tana de chez nous (tana didan, l'auteur de notre michna), d'où tient-il l'exclusion des chevaux et des chameaux ?

💡 Explication

Le tana de notre michna a déjà utilisé la répétition de 'peter hamor' pour exiger que mère et petit soient tous deux des ânes. D'où tire-t-il alors l'exclusion des chevaux et chameaux de la bekhora ?

6
אָמַר רַב פָּפָּא: כָּל מִקְנְךָ תִּזְכֹּר — כְּלָל, שׁוֹר וְשֶׂה וַחֲמוֹר — פְּרָט, כְּלָל וּפְרָט — אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶׁבַּפְּרָט, שׁוֹר וְשֶׂה וַחֲמוֹר — אִין, מִידִּי אַחֲרִינָא — לָא.

Rav Papa dit : 'kol miknekha tizakhar' (de tout ton bétail, tu [consacreras] les mâles) — c'est une généralité (kelal) ; 'chor, se ve-hamor' (bœuf, agneau et âne) — c'est un détail (perat). [Règle :] généralité et détail — il n'y a dans la généralité que ce qui est dans le détail : bœuf, agneau et âne — oui ; autre chose — non.

📜 Rachi (1)
כָּל מִקְנְךָ תִּזְכֹּר פֶּטֶר שׁוֹר וְשֶׂה וּפֶטֶר חֲמוֹר תִּפְדֶּה בְשֶׂה כְּלָל וּפְרָט בַּהֲדָדִי:
'De tout ton bétail, tu [consacreras] les mâles' — [avec] 'le premier-né du bœuf et de l'agneau, et le premier-né d'âne tu le rachèteras par un agneau' : généralité et détail ensemble (behadadei).
💡 Explication

Rav Papa : la Torah (Ex 34:19-20) forme un kelal ou-frat (généralité puis détail). 'De tout ton bétail' = généralité ; 'bœuf, agneau et âne' = détail. Règle : la généralité ne contient que ce que précise le détail. Donc seuls bœuf, agneau et âne sont sujets à la bekhora, à l'exclusion du cheval et du chameau.

7
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי? ״פָּטַר״ הִפְסִיק הָעִנְיָן, וְרַבָּנָן? וָי״ו הָדַר עַרָּבֵיהּ קְרָא.

Et Rabbi Yossi ha-Glili ? [Il tient que] 'peter' [dans 'et le premier-né d'âne'] a interrompu le sujet [la liste des détails].

Et les Rabbanan ? Le vav [de 'et le premier-né d'âne'] est revenu recombiner [l'âne] au verset [précédent].

📜 Rachi (2)
פֶּטֶר חֲמוֹר הִפְסִיק הָעִנְיָן דְּלָא תְּדַיְּינֵיהּ בִּכְלָל וּפְרָט דְּאִי אַקְּרָא קַמָּא קָא מַהְדַּר מִכְּדֵי כְּתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ פֶּטֶר שׁוֹר וְשֶׂה לִכְתֹּוב וַחֲמוֹר תִּפָּדֶה בְּשֶׂה וְנֶהְדַּר אַפֶּטֶר דִּלְעֵיל אֶלָּא מִדַּהֲדַר כְּתַב פֶּטֶר ש"מ לָאו אַקְּרָא קַמָּא קָמַהְדַּר:
'Peter hamor' a interrompu le sujet — pour que tu ne le juges pas selon [la règle] kelal ou-frat. Car si le verset revenait au premier [verset], puisqu'il est écrit avant lui 'le premier-né du bœuf et de l'agneau', il aurait écrit 'et l'âne, tu le rachèteras par un agneau' et cela serait revenu au 'premier-né' [mentionné] plus haut ; mais du fait qu'il a ré-écrit 'peter', entends de là que ce n'est pas au premier verset qu'il revient.
וָי"ו דְּכָתַב וּפָטַר הָדַר עַרָּבֵיהּ וְאַהַדַּרְיָה אַקְּרָא קַמָּא דְּוָי"ו מוּסָף עַל עִנְיָן רִאשׁוֹן:
Vav — [le vav] qui est écrit dans 'et le premier-né (ou-fter)' est revenu recombiner et l'a rattaché au premier verset, car le vav ajoute au sujet précédent.
💡 Explication

Divergence sur le kelal ou-frat : pour R. Yossi ha-Glili, le mot 'peter' interrompt la liste, donc l'âne n'est pas inclus dans le détail (il tire son exclusion de la seule répétition de 'peter hamor'). Pour les Rabbanan, le vav ('et') recombine l'âne à la liste, permettant le kelal ou-frat de Rav Papa.

8
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי? לֹא לִכְתֹּוב לֹא וָי״ו וְלֹא ״פָּטַר״.

Et Rabbi Yossi ha-Glili ? [Il répond :] qu'on n'écrive ni le vav ni 'peter' [et l'âne serait quand même inclus dans le détail] !

📜 Rachi (1)
וְר' יוֹסֵי אֲמַר לָךְ אִי אַקְּרָא קַמָּא קָאֵי לֹא לִכְתֹּוב פָּטַר לְאַפְסוֹקֵיהּ וְלֹא נִצְטָרֵךְ וָי"ו לְעָרְבֵיהּ:
Et R. Yossi — il te dira : si [l'âne] se rapportait au premier verset, qu'on n'écrive pas 'peter' pour l'interrompre, et l'on n'aurait pas eu besoin du vav pour le recombiner.
💡 Explication

R. Yossi ha-Glili réplique aux Rabbanan : si l'âne devait être inclus dans le détail (avec le bœuf et l'agneau), la Torah n'aurait écrit ni le vav ni 'peter' — il y serait inclus directement. Puisqu'elle les écrit, l'âne est bien séparé.

9
וְרַבָּנָן? אַייְּדֵי דְּהָא קְדֻושַּׁת דָּמִים, וְהָא קְדֻושַּׁת הַגּוּף — פָּסֵיק לְהוּ וַהֲדַר עָרֵיב לְהוּ.

Et les Rabbanan ? Du fait que celui-ci [l'âne] a une sainteté de valeur (kdushat damim) et celui-là [le bœuf] une sainteté inhérente au corps (kdushat ha-guf), [le verset] les sépare puis les recombine.

📜 Rachi (1)
וַהֲדַר עָרֵיב לְהוּ לְמֵימַר דִּלְיַדְייָנֶיהָ בִּכְלָל וּפְרָט:
Puis les recombine — pour dire qu'on doit le juger selon [la règle] kelal ou-frat.
💡 Explication

Les Rabbanan répondent à R. Yossi : le 'peter' et le vav sont l'un et l'autre nécessaires, car l'âne (rachetable, donc kdushat damim — sainteté de valeur) diffère du bœuf et de l'agneau (offerts sur l'autel, kdushat ha-guf — sainteté du corps). Le 'peter' les sépare pour marquer cette différence, et le vav les recombine pour le kelal ou-frat.

10
אִיבַּעְיָא לְהוּ: פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר, וְיֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין — מַהוּ?

On leur a posé la question (ibaya lehou) : une vache qui a enfanté [un animal] de l'espèce de l'âne, et qui porte quelques simanim (traits caractéristiques [de la mère]) — quel est [son statut] ?

💡 Explication

Nouvelle sougya. On sait qu'une vache qui enfante un âne (nidmeh — ressemblance à une autre espèce) est exempte de bekhora. Question : si ce petit porte quelques simanim (traits) de sa mère, redevient-il sujet à la bekhora ?

11
עֵז שֶׁיָּלְדָה מִין רָחֵל, וְרָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז, דְּכִי יֵשׁ מִקְצָת סִימָנִין — חַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה, דְּהָא טְהוֹרָה וְהָא טְהוֹרָה, הָא קְדֻושַּׁת הַגּוּף וְהָא קְדֻושַּׁת הַגּוּף.

[Comparons :] une chèvre qui a enfanté [un animal] de l'espèce de la brebis, et une brebis qui a enfanté [un animal] de l'espèce de la chèvre — là où, s'il y a quelques simanim, [le petit] est soumis à la bekhora, c'est parce que celle-ci est pure et celle-là est pure, celle-ci a la sainteté du corps et celle-là la sainteté du corps.

💡 Explication

La question se pose par contraste. Pour chèvre/brebis, si le petit porte des simanim il est sujet à la bekhora — mais là, les deux espèces sont proches : toutes deux pures et toutes deux à kdushat ha-guf (sainteté du corps, offrandes).

12
הָכָא, דְּהָא טְמֵאָה וְהָא טְהוֹרָה, הָא קְדֻושַּׁת הַגּוּף וְהָא קְדֻושַּׁת דָּמִים — לֹא, אוֹ דִּלְמָא: כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי בְּנֵי מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה — קָדוֹשׁ?

Mais ici [vache/âne], où celle-ci est impure et celle-là est pure, celle-ci a la sainteté du corps et celle-là la sainteté de valeur — [peut-être] non [sujet à la bekhora] ? Ou peut-être : puisque l'une et l'autre sont sujettes à être consacrées par la bekhora — [le petit est] saint ?

💡 Explication

Pour vache/âne, tout diffère : la vache est pure et a kdushat ha-guf, l'âne est impur et a kdushat damim. Peut-être les simanim ne suffisent-ils pas. Ou bien : puisque les deux espèces sont sujettes à la bekhora (vache et âne), les simanim suffisent et le petit est saint.

13
וְאִם תִּמְצֵי לוֹמַר: כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה קָדוֹשׁ, חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס מַהוּ? הָכָא וַדַּאי לָא בַּת מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה הוּא, אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּמִין טְמֵאָה הוּא קָדוֹשׁ?

Et si tu dis (im timtsi lomar) : puisque l'une et l'autre sont sujettes à la bekhora [le petit] est saint — [alors] une ânesse qui a enfanté [un animal] de l'espèce du cheval, quel est [son statut] ? Ici, assurément, [le cheval] n'est pas sujet à être consacré par la bekhora !

Ou peut-être : puisqu'[il est] d'une espèce impure [comme la mère], [le petit] est saint ?

📜 Rachi (1)
אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּתַרְוַייְהוּ שָׁווּ דְּמִין בְּהֵמָה טְמֵאָה נִינְהוּ לָאו שִׁינּוּיָא יַתִּירָא הוּא וְכִי אִית מִקְצָת סִימָנִים דְּאִם חַיָּיב:
Ou peut-être puisque — les deux se ressemblent en ce qu'ils sont d'espèce impure, [donc] ce n'est pas un changement excessif, et quand il y a quelques simanim de la mère [le petit] est soumis [à la bekhora].
💡 Explication

Question suivante (par 'im timtsi lomar' — à supposer que...). Si l'on tranche que vache/âne rend le petit saint, qu'en est-il d'âne/cheval ? Le cheval n'est pas sujet à la bekhora. Mais peut-être, puisque mère et petit sont tous deux d'espèce impure, le changement est moindre et les simanim suffisent.

14
אִם תִּמְצָא לוֹמַר: כֵּיוָן דְּמִין טְמֵאָה הוּא קָדוֹשׁ, פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס מַהוּ? הָכָא וַדַּאי הָא טְהוֹרָה וְהָא טְמֵאָה, הָא בַּת מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה וְהָא לָא בַּת מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה, אוֹ דִּלְמָא סִימָנִין מִילְּתָא הִיא?

Si tu dis : puisqu'[il est] d'une espèce impure [le petit] est saint — [alors] une vache qui a enfanté [un animal] de l'espèce du cheval, quel est [son statut] ? Ici, assurément, celle-ci est pure et celui-là impur, celle-ci est sujette à la bekhora et celui-là n'est pas sujet à la bekhora.

Ou peut-être : les simanim sont-ils une chose [décisive] ?

📜 Rachi (1)
סִימָנִין מִילְּתָא חֲשׁוּבָה הִיא דאע"ג דְּאִישְׁתַּנִּי כֻּולֵּי הַאי מְחַייְּבִי לֵיהּ מִקְצָת סִימָנִין בִּבְכוֹרָה:
Les simanim sont une chose — importante ; car même s'il a changé à ce point, quelques simanim l'obligent à la bekhora.
💡 Explication

Troisième question. Si l'on tranche pour âne/cheval, qu'en est-il de vache/cheval ? Tout diffère : pure/impur, sujette/non-sujette à la bekhora. Ou bien : les simanim sont-ils une chose significative en eux-mêmes, au point d'obliger malgré un changement total ?

15
תָּא שְׁמַע: בְּהֵמָה טְהוֹרָה שֶׁיָּלְדָה מִין בְּהֵמָה טְמֵאָה — פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה, אִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין — חַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה. מַאי לָאו אֲפִילּוּ פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס? לֹא, פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר.

Viens et entends (ta chema) : une bête pure qui a enfanté [un animal] de l'espèce de la bête impure — est exempte de la bekhora ; s'il y a quelques simanim — elle est soumise à la bekhora. N'est-ce pas [que cela vaut] même pour une vache qui a enfanté [un animal] de l'espèce du cheval ?

Non : une vache qui a enfanté [un animal] de l'espèce de l'âne.

📜 Rachi (2)
מַאי לַָאו אַפֵּי' פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס וש"מ סִימָנָא מִילְּתָא הִיא וכ"ש כֻּולְּהוּ אִינָךְ:
N'est-ce pas même une vache qui a enfanté l'espèce du cheval — et entends de là que le siman est chose [décisive], et à plus forte raison tous les autres [cas] ?
לָא אַפָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר דְּהוֹאִיל וְתַרְוַיְיהוּ בְּנֵי קְדֻושַּׁת בְּהֵמָה נִינְהוּ כִּי אִית מִקְצָת סִימָנִין חַיָּיב וְלֹא תִּפְשׁוֹט מִינָּהּ אֶלָּא חֲדָא:
Non, une vache qui a enfanté l'espèce de l'âne — car dès lors que les deux sont sujets à la sainteté d'une bête [sujette à la bekhora], quand il y a quelques simanim [le petit] est soumis ; et tu ne tranches de là qu'un seul [cas].
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הָא דְּקָתָנֵי חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס ה"ה חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין פָּרָה אע"ג דְּאִישְׁתַּנִּי לִמְעַלְּיוּתָא מִקְּדֻושַּׁת דָּמִים לִקְדֻושַּׁת הַגּוּף פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה אֶלָּא חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס אִצְטְרִיכָא לֵיהּ דְּמַהוּ דְּתֵימָא כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי אֵין לָהּ קַרְנַיִם וְאִידִי וְאִידִי פַּרְסוֹתֶיהָ סְדוּקוֹת קְלוּטוֹת אֵימָא חֲמוֹר אָדֹום בְּעָלְמָא הוּא קמ"ל. ול"נ דְּגָרַס בְּמָתְנֵי' וַחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין פָּרָה כִּדְמוֹכַח סֵיפָא דְּקָתָנֵי מָה הֵן בַּאֲכִילָה וְלָא קָתָנֵי וְזֶה מָה הוּא בַּאֲכִילָה וְלָא קָתָנֵי וְזֶה הוּא בַּאֲכִילָה וְעוֹד מִדְּקָתָנֵי וּטְמֵאָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין בְּהֵמָה טְהוֹרָה אֲסוּרָה בַּאֲכִילָה אַלְמָא דִּבְרֵישָׁא אַיְירֵי נָמֵי בְּהַאי גַּווְנָא וּמַה שֶׁנִּכְתַּב בַּסְּפָרִים חֲמוֹר כְּמִין סוּס אַגַּב שִׁיטְפָא דְּבָרַיְיתָא הֻוגַּהּ ג"כ בַּמִּשְׁנָה בַּסְּפָרִים וּבַבָּרַייְתָא תָּנֵי כְּמִין סוּס לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַף בכה"ג אִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין חַיָּיבִין בִּבְכוֹרָה אע"פ דְּסוּס לָאו בַּר מִיקְדַּשׁ בִּבְכוֹרָה הוּא אע"ג דְּדָחֵי לָהּ בגמ' דִּיחוּיָא בְּעָלְמָא הוּא: תְּנַן הָתָם לְקַמָּן (בְּכוֹרוֹת דַּף טז.) רָחֵל שֶׁיָּלְדָה כְּמִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה כְּמִין רָחֵל פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ בְּמִקְצָת סִימָן חַיָּיב אִיבַּעְיָא לְהוּ פָּרָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין חֲמוֹר וְיֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים מַהוּ. רָחֵל שֶׁיָּלְדָה כְּמִין עֵז וְעֵז שֶׁיָּלְדָה כְּמִין רָחֵל הוּא דְּכִי יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִים חַיָּיבִין בִּבְכוֹרָה דְּהַאי טְהוֹרָה וְהַאי טְהוֹרָה וְהַאי קְדֻושַּׁת הַגּוּף וְהַאי קְדֻושַּׁת הַגּוּף אֲבָל הָכָא דְּהַאי טְהוֹרָה וְהַאי טְמֵאָה הַאי קְדֻושַּׁת הַגּוּף וְהַאי קְדֻושַּׁת דָּמִים לָא אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי בְּנֵי מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה קִדְּשָׁה. וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר כֵּיוָן דְּאִידֵּי וְאִידֵּי בְּנֵי מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה הוּא קִדְּשָׁה. חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס מַהוּ הָכָא וַדַּאי הַאי מִיקְדַּשׁ בִּבְכוֹרָה וְהַאי לָא מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה אוֹ דִלְמָא כֵּיוָן דְּתַרְוַייְהוּ מִין טָמֵא נִינְהוּ קָדוֹשׁ. ואת"ל כֵּיוָן דְּתַרְוַייְהוּ מִין טָמֵא נִינְהוּ קָדוֹשׁ. פָּרָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין סוּס מַהוּ הָכָא וַדַּאי הַאי טְהוֹרָה וְהַאי טְמֵאָה הַאי בַּת מִיקְדַּשׁ בִּבְכוֹרָה וְהַאי לָאו מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה אוֹ דִלְמָא סִימָנִים מִלְּתָא הִיא. ת"ש בְּהֵמָה טְהוֹרָה שֶׁיָּלְדָה מִין בְּהֵמָה טְמֵאָה פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בָּהּ מִקְצָת סִימָנִים חַיֶּיבֶת מַאי לָאו אֲפִילּוּ פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס וְתִפְשׁוֹט כֻּולְּהוּ לֹא פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר. תָּא שְׁמַע פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר וַחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה וְאִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָן חַיָּיב בִּבְכוֹרָה מַאי לָאו אַתַּרְוַייְהוּ לָא אַפָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא אֶלָּא חֲדָא וְאִינָךְ תַּרְתֵּי לָא אִיפְּשִׁיטוּ וְאָזְלִינַן לְחוּמְרָא וּמַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ כִּדְקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' עַל סָפֵק פָּטוּר חֲמוֹר וְהַיְינוּ בַּחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס אֲבָל בְּפָרָה שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס אָסוּר בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְנֶאֱכָל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים דְּמַסְּקִי' בְּפֶ' שְׁנַיִם אוֹחֲזִין (בָּבָא מְצִיעָא דַּף ו:) בִּסְפֵק בְּכוֹרוֹת דַּאֲפִילּוּ תְּקָפוֹ כֹּהֵן מוֹצִיאִין אוֹתוֹ מִיָּדוֹ וְאַפֵּ"ה אָסוּר בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה דִּקְדֻושָּׁה הַבָּאָה מֵאֵילֶיהָ שָׁאנֵי: תַּנְיָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר מִתּוֹךְ שֶׁנֶּאֱמַר אַךְ פָּדֹה תִפְדֶּה אֵת בְּכוֹר הָאָדָם וְאֵת בְּכוֹר בְּהֵמָה הַטְּמֵאָה תִּפְדֶּה שׁוֹמֵעַ אֲנִי אֲפִילּוּ פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים ת"ל פֶּטֶר חֲמוֹר פֶּטֶר חֲמוֹר אָמַרְתִּי לְךָ וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים וַעֲדַייִן אֲנִי אוֹמֵר פֶּטֶר חֲמוֹר בְּשֶׂה פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים בְּכָל דָּבָר ת"ל פֶּטֶר חֲמוֹר פֶּטֶר חֲמוֹר שְׁנֵי פְּעָמִים פֶּטֶר חֲמוֹר אָמַרְתִּי לְךָ וְלֹא פִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים וּלְפִי שֶׁסִּיְּיעוּ אֶת יִשְׂרָאֵל בִּשְׁעַת יְצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁאֵין לָךְ כָּל אֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא הָיוּ עִמּוֹ תִּשְׁעִים חֲמוֹרִים לוֹבֵין טְעוּנִין כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁל מִצְרַיִם לְכָךְ זָכוּ לְקִדּוּשׁ בְּכוֹרָה:
Guemara — ce qu'enseigne [la baraita] 'un âne qui a enfanté de l'espèce du cheval' : de même un âne qui a enfanté de l'espèce de la vache — bien que [le petit] ait changé en mieux, passant de la sainteté de valeur (kdushat damim) à la sainteté du corps (kdushat ha-guf), [la mère] est exempte de la bekhora. C'est [le cas] 'un âne qui a enfanté de l'espèce du cheval' qui lui était nécessaire [d'enseigner], car on aurait pu dire : puisque l'un et l'autre n'ont pas de cornes, et que l'un et l'autre ont les sabots fendus-fermés (kloutot), dis [alors] que c'est simplement un âne roux — [la baraita] nous apprend [qu'il n'en est rien]. Et il me semble qu'il faut lire dans la michna 've-hamor qui a enfanté de l'espèce de la vache', comme le prouve la fin qui enseigne 'que sont-ils [permis ou interdits] à la consommation ?' et n'enseigne pas 'et celui-ci, qu'est-il à la consommation ?' [au singulier séparé] ; et de plus, du fait qu'elle enseigne 'et [une bête] impure qui a enfanté de l'espèce d'une bête pure est interdite à la consommation', il apparaît que le début traite aussi d'un tel cas. Ce qui est écrit dans les livres 'un âne [qui a enfanté] de l'espèce du cheval' l'a été par entraînement (agav chitpa) de la baraita, et a été corrigé [par erreur] ainsi aussi dans la michna. Dans la baraita on enseigne 'de l'espèce du cheval' pour nous apprendre que même en un tel cas, s'il y a quelques simanim, [les mères] sont soumises à la bekhora, bien que le cheval ne soit pas sujet à être consacré par la bekhora — même si la Guemara le repousse, ce n'est là qu'une réfutation [non décisive]. — On a appris là-bas (plus loin, Bekhorot 16a) : une brebis qui a enfanté de l'espèce de la chèvre et une chèvre qui a enfanté de l'espèce de la brebis sont exemptes de la bekhora ; et s'il y a en [le petit] quelque siman, il est soumis. On leur a demandé : une vache qui a enfanté de l'espèce de l'âne et qui porte quelques simanim, quel est [son statut] ? [C'est pour] brebis/chèvre et chèvre/brebis que, s'il y a quelques simanim, [le petit] est soumis à la bekhora, car celle-ci est pure et celle-là pure, celle-ci [a] la sainteté du corps et celle-là la sainteté du corps ; mais ici, où celle-ci est pure et celle-là impure, celle-ci [a] la sainteté du corps et celle-là la sainteté de valeur — non ; ou peut-être, puisque l'une et l'autre sont sujettes à être consacrées par la bekhora, [le petit] est saint. Et si tu dis : puisque l'une et l'autre sont sujettes à la bekhora [il est] saint — une ânesse qui a enfanté de l'espèce du cheval, quel est [son statut] ? Ici assurément celle-ci est sujette à la bekhora et celui-là ne l'est pas ; ou peut-être, puisque les deux sont d'espèce impure, [il est] saint. Et si tu dis : puisque les deux sont d'espèce impure [il est] saint — une vache qui a enfanté de l'espèce du cheval, quel est [son statut] ? Ici assurément celle-ci est pure et celui-là impur, celle-ci sujette à la bekhora et celui-là non ; ou peut-être les simanim sont-ils une chose [décisive] ? Viens et entends : une bête pure qui a enfanté de l'espèce d'une bête impure est exempte de la bekhora, et s'il y a en elle quelques simanim elle est soumise — n'est-ce pas même une vache qui a enfanté de l'espèce du cheval, et [alors] tranche-les tous ? Non, une vache qui a enfanté de l'espèce de l'âne. Viens et entends : une vache qui a enfanté de l'espèce de l'âne et un âne qui a enfanté de l'espèce du cheval sont exempts de la bekhora, et s'il y a quelque siman il est soumis à la bekhora — n'est-ce pas [que cela porte] sur les deux ? Non, sur une vache qui a enfanté de l'espèce de l'âne. On n'a tranché qu'un seul [cas], et les deux autres n'ont pas été tranchés ; on va vers la rigueur (lehoumra), et l'on sépare un agneau qui reste à soi-même (pour son propriétaire), comme l'enseigne la michna 'pour le doute du premier-né d'âne' — et c'est [le cas] d'un âne qui a enfanté de l'espèce du cheval ; mais pour une vache qui a enfanté de l'espèce du cheval, [le petit] est interdit à la tonte et au travail, et se mange par son propriétaire [seulement] avec un défaut (moum), car nous concluons au chapitre 'Chnayim ohazin' (Baba Metsia 6b) qu'en cas de doute sur les premiers-nés, même si le kohen s'en est emparé on le lui fait sortir des mains, et malgré cela [le petit] est interdit à la tonte et au travail, car une sainteté qui vient d'elle-même (kdusha ha-baa me-eileiha) est différente. — Il est enseigné : Rabbi Yossi ha-Glili dit : puisqu'il est dit 'mais tu rachèteras le premier-né de l'homme et tu rachèteras le premier-né de la bête impure' (Nb 18:15), je pourrais entendre [que cela vaut] même pour les premiers-nés de chevaux et de chameaux ; l'Écriture enseigne 'peter hamor' — c'est du premier-né d'âne que je t'ai parlé, et non des premiers-nés de chevaux et de chameaux. Et je pourrais encore dire : le premier-né d'âne [se rachète] par un agneau, les premiers-nés de chevaux et de chameaux par toute chose ; l'Écriture enseigne 'peter hamor' 'peter hamor' deux fois — c'est du premier-né d'âne que je t'ai parlé, et non des premiers-nés de chevaux et de chameaux. Et parce qu'[les ânes] ont aidé Israel à l'heure de la sortie d'Égypte — car il n'y avait pas un seul Israélite qui n'eût avec lui quatre-vingt-dix ânes libyens chargés de l'argent et de l'or de l'Égypte — c'est pourquoi [les ânes] ont mérité la sainteté de la bekhora.
💡 Explication

Tentative de preuve par une baraita : bête pure enfantant une bête impure + simanim -> soumise. On veut trancher vache/cheval. Réponse (dehiya) : la baraita ne vise que vache/âne (deux espèces sujettes à la bekhora), sans rien prouver pour vache/cheval.

16
תָּא שְׁמַע: פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר, וַחֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס — פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה, אִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין — חַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה. מַאי לַָאו אַתַּרְוַייְהוּ? לֹא, אַפָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר.

Viens et entends : une vache qui a enfanté [un animal] de l'espèce de l'âne, et un âne qui a enfanté [un animal] de l'espèce du cheval — est exempte de la bekhora ; s'il y a quelques simanim — elle est soumise à la bekhora. N'est-ce pas [que cela porte] sur les deux [cas] ?

Non : sur une vache qui a enfanté [un animal] de l'espèce de l'âne.

📜 Rachi (2)
מַאי לַָאו אַתַּרְוַיְיהוּ קָאֵי הַאי וְאִם יֵשׁ מִקְצָת סִימָנִין וְתִפְשׁוֹט מִינָּהּ תַּרְתֵּי:
N'est-ce pas sur les deux — que porte ce 's'il y a quelques simanim', et [alors] tu tranches de là deux [cas] ?
לָא אַפָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר וּמִשּׁוּם דְּתַרְוַייְהוּ קָדְשִׁי בְּכוֹרוֹת:
Non, sur une vache qui a enfanté l'espèce de l'âne — et parce que les deux [espèces] sont saintes en tant que premiers-nés.
💡 Explication

Seconde tentative de preuve par une baraita qui juxtapose vache/âne et âne/cheval. On veut que le 'yesh simanim' porte sur les deux cas (donc trancher deux questions). Réponse : il ne porte que sur vache/âne.

17
אֲבָל חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס, לְמַאי קָתָנֵי לָהּ? לִפְטוּרָא? פְּשִׁיטָא! הַשְׁתָּא, וּמַה פָּרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר, דְּאִידֵּי וְאִידֵּי בְּנֵי מִיקְדָּשׁ בִּבְכוֹרָה נִינְהוּ, אָמַרְתָּ: אִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין — אִין, וְאִי לָא — לֹא, חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס מִיבַּעְיָא?

Mais [alors,] un âne qui a enfanté [un animal] de l'espèce du cheval, pourquoi l'enseigne-t-[on] ? Pour [enseigner] l'exemption ?

[C'est] évident ! Maintenant, si une vache qui a enfanté [un animal] de l'espèce de l'âne — où l'une et l'autre sont sujettes à être consacrées par la bekhora — tu dis : s'il y a quelques simanim — oui [soumise], et sinon — non, [alors] un âne qui a enfanté [un animal] de l'espèce du cheval, faut-il [le] dire ?!

📜 Rachi (1)
אֲבָל חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס לְמַאי הִלְכְתָא קָתָנֵי לַהּ הָכָא לִפְטוּרָא לְאַשְׁמְעִינַן דְּנִדְמֶה הָוֵי וּפָטוּר מִן הַבְּכוֹרָה כִּי לֵית בֵּיהּ מִקְצָת סִימָנִין דְּמִשּׁוּם רֵישָׁא קָתָנֵי חֲמוֹר שֶׁיָּלְדָה מִין סוּס אֲבָל סֵיפָא לָאו עֲלָהּ מַהְדַּר:
Mais un âne qui a enfanté l'espèce du cheval, pour quelle halakha l'enseigne-t-on ici ? Pour l'exemption — pour nous apprendre qu'il est un nidmeh (ressemblance à une autre espèce) et exempt de la bekhora lorsqu'il n'a pas quelques simanim. Car c'est à cause du début (rechato) qu'on enseigne 'un âne qui a enfanté l'espèce du cheval' ; mais la fin ne se rapporte pas a lui.
💡 Explication

Difficulté contre cette lecture : si le 'yesh simanim' ne vise que vache/âne, pourquoi la baraita mentionne-t-elle âne/cheval ? Pour l'exemption ? C'est évident (kal va-homer) : si même vache/âne — deux espèces sujettes à la bekhora — n'oblige que par les simanim, à plus forte raison âne/cheval (ou le cheval n'est même pas sujet a la bekhora) !

18
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ: הָתָם הוּא דְּיֵשׁ לָהּ קַרְנַיִם, וְהָא אֵין לָהּ קַרְנַיִם; הָא פַּרְסוֹתֶיהָ סְדוּקוֹת, וְהָא פַּרְסוֹתֶיהָ קְלוּטוֹת.

[Réponse :] c'était nécessaire ; il te viendrait à l'esprit [de dire] : là-bas [vache/âne, le petit n'est pas soumis sans simanim] parce que [la vache] a des cornes et celui-ci [l'âne] n'a pas de cornes ; celle-là a les sabots fendus (sedoukot) et celui-ci les sabots fermés (kloutot).

💡 Explication

Réponse : l'enseignement d'âne/cheval était nécessaire. On aurait pu croire que vache/âne exige des simanim à cause de la grande différence morphologique : la vache a des cornes et le sabot fendu, l'âne n'a pas de cornes et le sabot fermé (kalout).

19
אֲבָל הָכָא, דְּאִידֵּי וְאִידֵּי אֵין לָהּ קַרְנַיִם, אִידֵּי וְאִידֵּי פַּרְסוֹתֶיהָ קְלוּטוֹת, אֵימָא חֲמוֹר אָדֹום בְּעָלְמָא הוּא, קָמַשְׁמַע לַן.

Mais ici [âne/cheval], où l'un et l'autre n'ont pas de cornes, [ou] l'un et l'autre ont les sabots fermés (kloutot), je dirais : c'est simplement un âne roux (hamor adom) [donc soumis à la bekhora sans simanim] — [c'est pourquoi la baraita] nous apprend [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (1)
חֲמוֹר אָדֹום וְלִיחַייַּב בִּבְכוֹרָה קמ"ל. סְתָם סוּסִים אֲדֻומִּים הֵן:
Âne roux — [on aurait dit :] qu'il soit soumis à la bekhora ; [la baraita] nous apprend [qu'il n'en est rien]. Les chevaux ordinaires sont roux.
💡 Explication

Suite : pour âne/cheval, mère et petit se ressemblent (pas de cornes, sabot fermé). On aurait dit : c'est un simple 'âne roux' (une variante d'âne), donc soumis à la bekhora même sans simanim. La baraita nous apprend qu'il s'agit bien d'une autre espèce (nidmeh), exempte sans simanim.

20
וּמָה הֵן בַּאֲכִילָה כּוּ׳. לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי ״שֶׁהַיּוֹצֵא״?

'Et que sont-ils à la consommation, etc.' [La michna : une bête pure qui a enfanté de l'espèce de l'impur est permise à la consommation ; l'impur né du pur est interdit.] Pourquoi ai-je besoin d'enseigner 'car ce qui sort [de l'impur est impur, et du pur est pur]' (she-ha-yotse) ?

🗂️ Tossefot (2)
וּמָה הֵן בַּאֲכִילָה מָה הוּא מְיֻושָּׁב יוֹתֵר שֶׁלֹּא דִּבֵּר אֶלָּא בְּפָרָה שֶׁיָּלְדָה מִין חֲמוֹר וְלֹא חֲמוֹר (הַיֶּלֶד פָּרָה):
'Et que sont-ils à la consommation' — [cette version] est mieux établie [que 've-hamor'], car [la michna] n'a parlé que d'une vache qui a enfanté de l'espèce de l'âne, et non d'un âne [qui a enfanté de l'espèce de la vache].
לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי שֶׁהַיּוֹצֵא לְקַמָּן דִּיֵּיק מִינָּהּ מֵי רַגְלַיִם שֶׁל חֲמוֹר אֲסוּרִין וְהָכָא דִּייֵּק מִדְּקָתָנֵי שֶׁהַיּוֹצֵא שֶׁנּוֹתֵן טַעַם לַדָּבָר הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי וְהַיּוֹצֵא:
'Pourquoi ai-je besoin d'enseigner she-ha-yotse' — plus loin [la Guemara] déduit de là que l'urine (mei raglayim) de l'âne est interdite ; et ici elle déduit du fait qu'on enseigne 'she-ha-yotse' (car ce qui sort) : puisque cela donne une raison à la chose (noten taam la-davar), il aurait fallu enseigner 've-ha-yotse' (et ce qui sort).
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' וּמָה הֵן בַּאֲכִילָה. בְּהֵמָה טְהוֹרָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין בְּהֵמָה טְמֵאָה מֻותָּר בַּאֲכִילָה. וּטְמֵאָה שֶׁיָּלְדָה כְּמִין בְּהֵמָה טְהוֹרָה אָסוּר בַּאֲכִילָה שֶׁהַיּוֹצֵא מִן הַטָּמֵא טָמֵא וּמִן הַטָּהוֹר טָהוֹר:
Michna — 'et que sont-ils à la consommation ?' Une bête pure qui a enfanté de l'espèce d'une bête impure est permise à la consommation ; et une [bête] impure qui a enfanté de l'espèce d'une bête pure est interdite à la consommation, car ce qui sort de l'impur est impur, et [ce qui sort] du pur est pur.
💡 Explication

Retour à la michna sur la consommation du nidmeh. Elle conclut par 'she-ha-yotse min ha-tame tame...' (car ce qui sort de l'impur est impur, et du pur, pur). La Guemara demande : pourquoi cette justification finale, apparemment superflue ?

21
סִימָנָא בְּעָלְמָא הוּא, דְּלָא תִּיחְלַף לָךְ, דְּלָא תֵּימָא: זִיל בָּתְרֵיהּ דִּידֵיהּ, וְהַאי טָהוֹר מְעַלְּיָא הוּא, וְהַאי טָמֵא מְעַלְּיָא הוּא, אֶלָּא זִיל בָּתַר אִימֵּיהּ.

C'est un simple siman (moyen mnémotechnique), pour que [la règle] ne se brouille pas pour toi, afin que tu ne dises pas : va d'après son [apparence], et celui-ci [né d'une impure mais ressemblant à un pur] serait pleinement pur, et celui-là [né d'une pure mais ressemblant à un impur] pleinement impur — mais [au contraire] va d'après sa mère (zil batar imeih).

📜 Rachi (1)
סִימָנָא בְּעָלְמָא דְּלָא תַּחֲלִיף לָךְ. גִּירְסָתְךָ בַּמִּשְׁנָה וְתֵימָא טְהוֹרָה שֶׁיָּלְדָה מִין טְמֵאָה אָסוּר וּטְמֵאָה שֶׁיָּלְדָה מִין טְהוֹרָה מֻותָּר:
Un simple siman — pour que [la règle] ne se brouille pas pour toi : ta version dans la michna, [sans quoi] tu dirais [à l'inverse] : une [bête] pure qui a enfanté de l'espèce impure est interdite, et une [bête] impure qui a enfanté de l'espèce pure est permise.
💡 Explication

Réponse : la clause finale est un siman mnémotechnique, pour éviter d'inverser la règle. Il ne faut pas suivre l'apparence du petit ('va d'après lui'), mais le statut de la mère ('zil batar imeih' — suis la mère).

22
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״אַךְ אֶת זֶה לֹא תֹאכְלוּ מִמַּעֲלֵי הַגֵּרָה וּמִמַּפְרִיסֵי הַפַּרְסָה״ — יֵשׁ לְךָ שֶׁהוּא מַעֲלֵה גֵּרָה וּמַפְרִיס פַּרְסָה וְאִי אַתָּה אוֹכְלוֹ, וְאֵיזֶה זֶה? טָהוֹר שֶׁנּוֹלַד מִן הַטָּמֵא. אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר, וּמַאי ״מִמַּעֲלֵי הַגֵּרָה וּמִמַּפְרִיסֵי הַפַּרְסָה״?

D'où [tire-t-on] ces choses ? De ce qu'ont enseigné nos Maîtres : 'seulement celles-ci, vous ne les mangerez pas, parmi celles qui ruminent et parmi celles qui ont le sabot fendu' (Lev 11:4) — [cela signifie :] tu as [une bête] qui rumine et a le sabot fendu et que pourtant tu ne mangeras pas ; et quelle est-elle ?

Une [bête] pure née de l'impure. Ou bien n'est-ce que l'impure née de la pure — et alors que signifie 'parmi celles qui ruminent et parmi celles qui ont le sabot fendu' ?

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מה"מ. דת"ר אֶת זֶה תֹּאכְלוּ מִמַּעֲלֵה הַגֵּרָה וּמִמַּפְרִיסֵי הַפַּרְסָה. יֵשׁ לְךָ שֶׁמַּעֲלֶה גֵּרָה וּמַפְרִיס פַּרְסָה וְאִי אַתָּה אוֹכְלוֹ וְאֵיזֶה זֶה טָהוֹר הַנּוֹלָד מִן הַטָּמֵא אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר. ת"ל טָמֵא הוּא הוּא טָמֵא וְאֵין טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר טָמֵא אֶלָּא טָהוֹר. ר"ש אוֹמֵר גָּמָל גָּמָל שְׁנֵי פְּעָמִים אֶחָד גָּמָל שֶׁנּוֹלַד מִן הַגָּמָל וְאֶחָד גָּמָל שֶׁנּוֹלַד מִן הַפָּרָה. וְרַבָּנַן הַאי גָּמָל גָּמָל שְׁנֵי פְּעָמִים מַאי עָבְדִי לֵיהּ. חַד לֶאֱסֹור אֶת עַצְמוֹ וְחַד לֶאֱסֹור אֶת חֶלְבּוֹ. וְר' שִׁמְעוֹן לֶאֱסֹור חֲלָבוֹ מִנָּלֵיהּ נָפְקָא לֵיהּ מֵאֶת הַגָּמָל וְרַבָּנַן אֶת לָא דָּרְשִׁי. וְיֵשׁ לְדַקְדֵּק מִכָּאן דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּלָא דָּרְשִׁינַן אֵתִים דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן. ואע"ג דר' אֱלִיעֶזֶר וְר' יְהוֹשֻׁעַ שָׁמְעִינַן לְהוּ בַּבָּרַיְיתָא דְּאִית לְהוּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. הָוְיָא לָהּ סְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא וַהֲלָכָה כִּסְתָם בְּמַתְנִיתִין. וְסֻוגְיָא בְּעָלְמָא נָמֵי כְּרַבָּנָן דְּאָמַר בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עה:) אָמַר אַבָּיֵי הַכֹּל מוֹדִים בִּקְלוּטָה בֶּן פְּקוּעָה שֶׁמֻּותָּר וְאָמְרִי' נָמֵי הָתָם דַּף ע: ע"ש אֶלָּא מֵעַתָּה קָלוּט בֶּן פָּרָה לִיתְּסַר. וּלְקַמָּן נָמֵי בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כד.) גַּבֵּי חֲזִיר שֶׁכָּרוּךְ אַחַר רָחֵל מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ בְּלֹא מִקְצָת סִימָנִין מֻותָּר אַלְמָא קי"ל כְּרַבָּנָן דְּלָא דָּרְשִׁי אֵתִים. וְיֵשׁ לִדְחוֹת דאע"ג דקי"ל דְּקָלוּט שָׁרִי דָּרְשִׁי' אֵתִים וְטַעֲמָא דְּקָלוּט שָׁרִי מֵהוּא טָמֵא וְחֵלֶב אָסוּר מֵאֵת הַגָּמָל וְגָמָל נִשְׁנָה מִפְּנֵי הַשְּׁסוּעָה כְּמוֹ שָׁפָן וְאַרְנֶבֶת וַחֲזִיר אֲבָל יֵשׁ לְדַקְדֵּק מֵהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לז.) נָקְטִינַן אֵין קֹושִׁי סוֹתֵר בְּזִיבָה וְאִי מַשְׁכַּח תַּנָּא דְּסוֹתֵר ר' אֱלִיעֶזֶר הִיא וְהָתָם לְעֵיל מִינָּהּ דַּף לה. מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּר' אֱלִיעֶזֶר מִשּׁוּם דְּדָרֵישׁ אֵתִים וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמַר בִּכְתֻובּוֹת דַּף קג. צִוָּה רַבִּי אֶת בָּנָיו הִזָּהֲרוּ בִּכְבוֹד אִמְּכֶם וְקָאָמַר דְּאֵשֶׁת אָב הֲוַאי וּפָרִיךְ אֵשֶׁת אָב נָמֵי דְּאוֹרָיְיתָא דִּכְתִיב אֶת אָבִיךָ לְרַבּוֹת אֵשֶׁת אָבִיךָ וְי"ל דְּנִיחָא לֵיהּ לְיַשֵּׁב דְּרַבִּי אַלִּיבָּא דכ"ע. וְנִרְאֶה לִי דַּהֲלָכָה כְּר' עֲקִיבָא דְּדָרֵישׁ אֶת ה' אֱ-לֹהֶיךָ תִּירָא לְרַבּוֹת ת"ח. וְכֵן בְּכוּלֵּי הַשַּׁ"ס אָמְרִי' אֵתִין וְגַמִּין רִיבּוּיָא וְכָל הֵיכָא דְּאָמְרִינַן הַאי תַּנָּא אֶת לָא דָּרֵישׁ הַייְנוּ לִדְרָשָׁא זוֹ. לְבַר מֵהֵיכָא דְּמַייְתִי הַךְ דְּשִׁמְעוֹן הַעֲמָסוּנִי כִּי הָכָא. דְּהָא ר' שִׁמְעוֹן דָּרֵישׁ הָכָא אֶת ובפ"ק דִּמְנָחוֹת דַּף יא: גַּבֵּי אֶת כָּל הַלְּבוֹנָה קָאָמַר ר"ש אֶת לָא דְּרֵישׁ. אֶלָּא ה"ק אַתְּ לָא דְּרֵישׁ לְהַאי דְּרָשָׁא דְּמַפִּיק לֵיהּ לִדְרָשָׁא אַחֲרִיתָא. וְכָהֵנָּה רַבּוֹת בְּהַשַּׁ"ס וּבְנִדָּה דַּף לז. נָמֵי דָּרְשִׁינַן הַהוּא אֶת לִדְרָשָׁא אַחֲרִיתָא. הִלְכָּךְ אֵין קֹושִׁי סוֹתֵר בְּזִיבָה: הַטְּמֵאִין לֶאֱסֹור צִירָן. מַשְׁמַע הָכָא דְּצִיר אָסוּר מִדְּאוֹרַייְתָּא מִדְּפָרִיךְ בְּסָמוּךְ מ"ש חָלָב מִצִּיר אַלְמָא דְּרָשָׁא גְּמוּרָה הִיא וְכוּ' וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בס"פ אֵין מַעֲמִידִין: א"ל רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אָשֵׁי אֶלָּא טַעְמַייְהוּ דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם גָּמָל גָּמָל וְר' שִׁמְעוֹן מֵאֶת הַגָּמָל הָא לָאו הָכִי הֵ"א דַּחֲלֵב בְּהֵמָה טְמֵאָה שָׁרִי מ"ש מֵהָא דְּתַנְיָא הַטְּמֵאִים לֶאֱסֹור צִירָן וְרָוטְבָן וְקֵיפֶה שֶׁלָּהֶן. אִצְטְרִיךְ ס"ד הוֹאִיל וּבִבְהֵמָה טְהוֹרָה חִדּוּשׁ הוּא דְּלֵיכָּא מִידֵּי דְּאָתֵי מֵחַי וְשַׁרְייֵהּ רַחֲמָנָא וְהַאי חָלָב כְּאֵבֶר מִן הַחַי וְשַׁרְייֵהּ רַחֲמָנָא הִלְכָּךְ אַפֵּי' בִּבְהֵמָה טְמֵאָה נָמֵי לִישְׁתְּרֵי קמ"ל: וְחֵלֶב בְּהֵמָה טְהוֹרָה מנ"ל דְּשָׁרֵי. דִּכְתִיב אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ וְאִי לָא דִּשְׁרֵי מִשְׁתַּבַּח לַן קְרָא בְּמִידֵּי דְּלָא חֲזֵי לָן. וְאִיבָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא לְכוּ שִׁבְרוּ וֶאֱכֹלוּ וְגוֹ' בְּלֹא מְחִיר יַיִן וְחָלָב. וְהָא דְּבֵיצֵי עוֹף טָהוֹר שָׁרוּ אע"ג דְּאָתֵי מָחֵי נָפְקָא לָן מִדְּדָרְשִׁינַן חֻולִּין דַּף קמ. גַּבֵּי שִׁלּוּחַ הַקֵּן תִּקַּח לָךְ וְלֹא לִכְלָבֶיךָ וּמְמַעֲטִינַן מִינֵּיהּ עוֹף טָהוֹר רוֹבֵץ עַל בֵּיצֵי עוֹף טָמֵא. ואע"ג דְּאִיכָּא הַשְׁתָּא תַּרְתֵּי דְּאָתֵי מָחֵי כְּגוֹן חָלָב וּבֵיצִים מ"מ חֲשִׁיב לֵיהּ חִדּוּשׁ כֵּיוָן שֶׁאֵין שְׁנֵיהֶן בָּאִין כְּאֶחָד מָחֵי בְּעִנְיָן אֶחָד. וְכֵן יֵשׁ לְפָרֵשׁ נָמֵי גַּבֵּי דְּבַשׁ דְּבוֹרִים לְקַמָּן דְּלָא דָּמֵי לְחָלָב. א"נ כֵּיוָן דְּכָל שְׁאָר אֵבֶר מִן הַחַי אָסוּר מִיקְּרֵי הָנֵי חִידּוּשׁ:
Guemara — d'où [tire-t-on] ces choses ? De ce qu'ont enseigné nos Maîtres : 'celles-ci, vous mangerez, parmi celles qui ruminent et ont le sabot fendu' — tu as [une bête] qui rumine et a le sabot fendu et que pourtant tu ne mangeras pas ; et quelle est-elle ? Une [bête] pure née de l'impure. Ou bien n'est-ce que l'impure née de la pure ? L'Écriture enseigne 'tame hou' (il est impur) : celui-là [seul] est impur, mais l'impur né du pur n'est pas impur — plutôt [il est] pur. Rabbi Chimon dit : 'gamal, gamal' (chameau) deux fois : l'un [pour] le chameau né du chameau, l'autre [pour] le chameau né de la vache. Et les Rabbanan, ce 'gamal gamal' deux fois, qu'en font-ils ? L'un pour interdire [l'animal] lui-même, l'autre pour interdire sa graisse (helev). Et R. Chimon, d'où tire-t-il l'interdiction de la graisse ? Il la tire de 'et le chameau' ('et ha-gamal'). Et les Rabbanan ne font pas de derasha sur 'et' ('atim'). Et il y a lieu de déduire d'ici que telle est la halakha : on ne fait pas de derasha sur les 'atim' (les mots 'et'), car la halakha est comme les Rabbanan. Et bien que R. Eliezer et R. Yehochoua, on les entende dans une baraita tenir comme R. Chimon, [ici] c'est un [enseignement] anonyme (stam) dans la michna et une controverse dans la baraita — or la halakha suit le stam de la michna. Et la sougya en général [suit] aussi les Rabbanan, car il est dit au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 75b) : Abaye a dit, tous concèdent qu'un kalout (au sabot fermé) ben pekoua est permis ; et l'on dit aussi là-bas : mais alors, un kalout ben para (né d'une vache) devrait être interdit ! Et plus loin aussi, au chapitre 'Ha-loke'ah behema' (Bekhorot 24a), à propos d'un porc qui suit une brebis, il ressort que même sans quelques simanim [il est] permis — d'où l'on conclut comme les Rabbanan qui ne font pas de derasha sur 'atim'. Et l'on peut repousser [cela] : bien que nous concluions que le kalout est permis, [en fait] on fait la derasha sur 'atim', et la raison pour laquelle le kalout est permis vient de 'hou tame' (lui [seul] est impur), et la graisse [impure] est interdite de 'et ha-gamal', et 'gamal' est répété à cause du 'chassoua' (l'animal fendu), comme 'chafan' (daman), 'arnevet' (lièvre) et 'hazir' (porc). Mais il y a lieu de déduire de ce qui est dit au chapitre 'Benot koutim' (Nidda 37a) : nous tenons qu'une difficulté [d'accouchement] n'interrompt pas [le compte] dans le ziva, et si l'on trouve un tana qui [dit qu'elle] interrompt, c'est R. Eliezer ; et là-bas plus haut (Nidda 35a) on explique la raison de R. Eliezer parce qu'il fait la derasha sur 'atim'. Et [cela] fait difficulté avec ce qui est dit dans Ketoubot (103a) : Rabbi ordonna à ses fils 'soyez attentifs à l'honneur de votre mère', et l'on dit qu'il s'agissait de l'épouse du père ; et l'on objecte : l'épouse du père aussi est [obligatoire] de la Torah, car il est écrit 'et ton père' ('et avikha') pour inclure l'épouse de ton père ! Et l'on peut répondre qu'il lui convient d'expliquer [le propos] de Rabbi selon l'avis de tous. Et il me semble que la halakha est comme R. Akiva qui fait la derasha 'et l'Éternel ton Dieu tu craindras' pour inclure les érudits (talmidei hakhamim) ; et de même dans tout le Chas nous disons que les 'atim' et les 'gamin' (les 'et' et les 'gam') sont des inclusions (ribouya) ; et partout où l'on dit 'ce tana ne fait pas de derasha sur et', c'est [seulement] pour cette derasha-ci [précise], sauf là où l'on rapporte l'[enseignement] de Chimon ha-Amsoni comme ici. Car R. Chimon fait ici la derasha sur 'et', et au premier chapitre de Menahot (11b), à propos de 'et tout l'encens', R. Chimon dit 'et, il ne le derashe pas' ; plutôt il veut dire : il ne le derashe pas pour cette derasha-ci, car il l'emploie pour une autre derasha. Et il y en a beaucoup de tels [cas] dans le Chas, et dans Nidda (37a) aussi nous derashons ce 'et' pour une autre derasha. C'est pourquoi une difficulté [d'accouchement] n'interrompt pas dans le ziva. — 'Ha-temeïm' (les impurs) [au pluriel] : pour interdire leur jus (tsiran). Il apparaît ici que le jus [des bêtes impures] est interdit par la Torah, du fait qu'on objecte plus bas 'en quoi la graisse diffère-t-elle du jus ?', d'où c'est une derasha pleine, comme il est écrit à la fin de 'Ein maamidin' [Avoda Zara]. — Rav Aha fils de Rav Achi lui dit : mais la raison des Rabbanan est à cause de 'gamal gamal', et celle de R. Chimon de 'et ha-gamal' ; sans cela, on aurait dit que la graisse d'une bête impure est permise ! En quoi diffère-t-elle de ce qui est enseigné 'ha-temeïm' pour interdire leur jus, leur sauce (roteb) et leur sédiment (kipa) ? C'était nécessaire [de l'enseigner], car il te viendrait à l'esprit [de dire] : puisque, pour la bête pure, c'est une nouveauté ('hidouch) — car il n'est rien qui provienne du vivant que le Miséricordieux ait permis, or cette graisse [provient] comme un membre pris sur le vivant (ever min ha-hai) et le Miséricordieux l'a permise — donc même pour la bête impure elle serait permise ; [la baraita] nous apprend [qu'il n'en est rien]. — Et la graisse de la bête pure, d'où [savons-nous] qu'elle est permise ? Car il est écrit 'un pays ruisselant de lait (halav) et de miel' ; et si elle n'était pas permise, le verset nous vanterait-il une chose qui ne nous convient pas ? Et si tu veux, dis [-le] d'ici : 'allez, achetez et mangez... sans argent, du vin et du lait' (Is 55:1). Et le fait que les œufs d'un oiseau pur sont permis, bien qu'ils proviennent du vivant, nous le tirons de ce que nous derashons (Houlin 140a), à propos du renvoi du nid, 'tu [le] prendras pour toi' et non pour tes chiens, et l'on en exclut un oiseau pur couvant les œufs d'un oiseau impur. Et bien qu'il y ait maintenant deux [choses] qui proviennent du vivant, [à savoir] le lait et les œufs, [la baraita] considère néanmoins [chacune] comme une nouveauté, puisque les deux ne viennent pas ensemble du vivant de la même manière. Et de même il faut expliquer à propos du miel des abeilles plus loin, qui ne ressemble pas au lait. Ou bien : puisque tout autre membre pris sur le vivant est interdit, ceux-ci sont appelés une nouveauté.
💡 Explication

Source scripturaire du 'zil batar imeih'. 'Seulement celles-ci... parmi celles qui ruminent et ont le sabot fendu' (Lev 11:4) : il existe une bête qui a tous les signes de pureté (rumination + sabot fendu) et qu'on ne mange pas — c'est le 'pur' né d'un impur. La Guemara (dans le Roch) tranche par 'tame hou' (Lev 11:6-7) que l'impur né du pur reste impur, et donc le pur né de l'impur reste... pur.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).