Bekhorot 60b — le compte du maaser behema : erreurs de numérotation (9e/10e/11e), deux bêtes sorties ensemble, et 'arracher le nom du dixième'

Bekhorot 60b

Sougya : Suite de la michna sur le maaser behema (dîme du bétail) : les bêtes passent une à une sous le bâton et la dixième est sainte. Que se passe-t-il si l'on se trompe et qu'on appelle la 9e 'dixième', la 10e 'neuvième' et la 11e 'dixième' ?

La beraita dérive du verset (Lv 27:32) que les trois sont consacrées, mais que seules les bêtes contiguës au vrai dixième (9e et 11e) peuvent l'être, non la 8e ou la 12e. Une tension surgit : la michna sanctifie à la fois la 9e et la 11e, alors qu'une autre beraita exige que 'l'erreur soit unique' comme le dixième lui-même ; on l'attribue à R.

Elazar fils de R. Chimon (deux erreurs de maaser sont impossibles, comme on ne substitue pas deux fois).

Rava analyse ensuite les cas où deux bêtes sortent ENSEMBLE (bat ahat) : elles sont alors toutes deux sanctifiées même si le nom 'dixième' n'a pas été 'arraché' à la vraie dixième. Débat Rav Kahana / Rav Achi sur la portée du principe 'tant que le nom du dixième n'a pas été arraché, le onzième n'est pas saint', et sur l'opinion de Rabbi ('had issoura' quand on a beaucoup de bêtes).

Enfin : trois beraitot contradictoires sur deux bêtes sorties au dixième (paître / offrir / mourir), la première selon les Sages qui refusent d'amener des saintetés 'à la maison de l'invalidation'.

Le compte du maaser behema : appeler par erreur trois bêtes "dixième" La bête passe sous le bâton ; la 10e est sainte. Erreur = décaler le nom. 8e 9e 10e 11e huitième nomme 10e nomme 9e nomme 10e saint : consommé avec un défaut vrai maaser : offert (dîme) saint : offert en chelamim 8e et 12e : NON saints même appelés "dixième". La sanctité de l'erreur ne prend que sur les bêtes CONTIGUES au dixième : la 9e et la 11e. Règle : "de même que le 10e est UNIQUE (un seul), son erreur est unique" -> tension : la michna sanctifie 9e ET 11e ; la beraita n'en veut qu'un. Résolution : R. Elazar b. R. Chimon. Il faut se TAIRE au 9e ; s'il l'a nommé "dixième", le 11e ne peut plus être saint (deux erreurs impossibles).
Le principe du compte erroné : 9e/10e/11e sanctifiés, 8e et 12e exclus, et la règle 'l'erreur est unique' (segments 0-5).
Deux bêtes sortent ENSEMBLE (bat ahat) : que sont-elles ? 2 sortent au 9e rang appelées "neuvième" : 10e (maaser) + hulin mélangés. Le 10e est saint de lui-même. appelées "dixième" : 10e + 9e-consacré mélangés 2 sortent au 10e rang appelées "dixième" : 10e + 11e-consacré mélangés (les deux saints). appelées "onzième" : 10e + hulin mélangés Le principe caché Tout ce qui sort d'un SEUL COUP : les deux sont sanctifiés, MÊME si le nom "dixième" n'a pas été arraché à la vraie dixième.
Les cas de Rava : deux bêtes sorties ensemble (bat ahat) au 9e ou au 10e rang, selon le nom donné (segments 6-10).
"Arracher le nom du dixième" (akira) : quand le 11e devient-il saint ? Règle : le 11e n'est saint que si le nom "dixième" a été OTÉ de la vraie 10e bête. Il a appelé la 10e "dixième" Le nom n'est PAS arraché. -> la 11e (appelée 10e) reste profane, NON sainte. Nomme "onzième" ? Pour Rabbi, s'il a beaucoup de bêtes : "had issoura" (= une dizaine), donc pas d'arrachement. Le nom EST arraché Il a appelé la 10e "neuvième" (tous en conviennent), OU "onzième" avec peu de bêtes (Rabbi : alors "11" est littéral). -> le 11e (appelé 10e) DEVIENT saint : offert en chelamim. R. Yossei b. R. Yehouda : toujours saint.
'Arracher le nom du dixième' : la condition pour que la 11e devienne sainte, et le 'had issoura' de Rabbi (segments 9-18).
1
קָרָא לַתְּשִׁיעִי ״עֲשִׂירִי״, וְלָעֲשִׂירִי ״תְּשִׁיעִי״, וּלְאֶחָד עָשָׂר ״עֲשִׂירִי״. תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁאִם קָרָא לַתְּשִׁיעִי ״עֲשִׂירִי״, וְלָעֲשִׂירִי ״תְּשִׁיעִי״, וְלָאֶחָד עָשָׂר ״עֲשִׂירִי״, שֶׁשְּׁלָשְׁתָּן מְקֻודָּשִׁין?

[La michna a enseigné :] Il a appelé la neuvième 'dixième', la dixième 'neuvième', et la onzième 'dixième'. Nos maîtres ont enseigné (beraita) : D'où [sait-on] que si l'on a appelé la neuvième 'dixième', la dixième 'neuvième' et la onzième 'dixième', les trois sont consacrées ?

💡 Explication

On revient sur le cas de la michna concernant le maaser behema (la dîme du bétail) : les bêtes passent une à une sous le bâton et la dixième est sanctifiée. Ici, l'homme s'est trompé dans le compte : il a décale les noms. La beraita va démontrer par un verset que, malgré l'erreur, les trois bêtes (9e, 10e, 11e) acquièrent chacune un statut de sanctité.

2
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכָל מַעְשַׂר בָּקָר וָצֹאן כֹּל אֲשֶׁר יַעֲבֹור תַּחַת הַשָּׁבֶט הָעֲשִׂירִי יִהְיֶה קֹּדֶשׁ״, יָכוֹל שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה אַף שְׁמִינִי וּשְׁנֵים עָשָׂר?

L'enseignement dit (Lv 27:32) : 'Et toute dîme du gros et du menu bétail, tout ce qui passe sous le bâton, le dixième sera saint [pour l'Éternel]' — j'aurais pu penser que j'inclus même la huitième et la douzième [si on les a appelées 'dixième'] ?

📜 Rachi (2)
וְכָל מַעְשַׂר בָּקָר וָצֹאן מַשְׁמַע בֵּין שֶׁקְּרָאוֹ הוּא עֲשִׂירִי בֵּין שֶׁהָיָה עֲשִׂירִי לְמִנְיָן וְלֹא קְרָאוֹ עֲשִׂירִי:
Et toute dîme du gros et du menu bétail — cela signifie [saint] aussi bien s'il l'a appelée 'dixième' que si elle était dixième au compte sans qu'il l'ait appelée 'dixième'.
שְׁמִינִי וּשְׁנַיִם עָשָׂר אִם קְרָאָם עֲשִׂירִי:
La huitième et la douzième — s'il les a appelées 'dixième'.
💡 Explication

Le verset 'le dixième sera saint' est lu de façon extensive : il vise aussi bien la bête qu'on appelle 'dixième' que celle qui l'est réellement au compte sans qu'on l'ait nommée. On pourrait donc croire que n'importe quelle bête appelée 'dixième', même la 8e ou la 12e, deviendrait sainte. La suite corrige cet excès.

3
אָמַרְתָּ: הוֹאִיל וְהוּא קָדוֹשׁ, וְטָעוּתוֹ מִתְקַדֶּשֶׁת, מָה הוּא אֵינוֹ מְקֻודָּשׁ אֶלָּא בְּסָמוּךְ, אַף טָעוּתוֹ אֵינָהּ מִתְקַדֶּשֶׁת אֶלָּא בְּסָמוּךְ.

Tu as dit [en réponse] : puisque celle-ci [la vraie dixième] est sainte, et que son erreur se sanctifie [aussi], de même que celle-ci [le vrai dixième] n'est saint que par [ce qui est] contigu, de même son erreur ne se sanctifie que par [ce qui est] contigu.

📜 Rachi (2)
מָה הוּא הָעֲשִׂירִי גָּמוּר אֵינוֹ מְקֻודָּשׁ אֶלָּא בְּסָמוּךְ לוֹ שֶׁאֵין לְךָ סָמוּךְ בּוֹ יוֹתֵר מִגּוּפוֹ:
De même que celle-ci — le dixième parfait n'est saint que par ce qui lui est contigu, car il n'y a pas plus contigu à lui que lui-même.
אַף טָעוּתוֹ מַה שֶׁהוּא טָעָה וְקָרָא עֲשִׂירִי אֵינוֹ מְקֻודָּשׁ אא"כ שֶׁטָּעָה בְּאוֹתוֹ שֶׁסָּמוּךְ לְמַעֲשֵׂר גָּמוּר כְּגוֹן תְּשִׁיעִי וְאַחַד עָשָׂר שֶׁהֵן סִמּוּכִין לוֹ זֶה מִלְּפָנָיו וְזֶה מִלְּאַחֲרָיו:
De même son erreur — ce en quoi il s'est trompé en appelant 'dixième' n'est saint que s'il s'est trompé sur ce qui est contigu au dixième parfait, comme la neuvième et la onzième, qui lui sont contiguës, l'une par-devant et l'autre par-derrière.
💡 Explication

Réponse : on compare la vraie dixième et la bête-erreur. Le vrai dixième n'est 'atteint' que par lui-même, c'est-à-dire par la position immédiatement contiguë au rang dix. De même, l'erreur ne peut sanctifier qu'une bête contiguë au vrai dixième : la 9e (juste avant) ou la 11e (juste après), mais jamais la 8e ni la 12e.

4
וְהַתַּנְיָא: מה הוּא מְיֻוחָד, אַף טָעוּתוֹ מְיֻוחֶדֶת!

Mais n'a-t-on pas enseigné (beraita) : de même que celui-ci [le dixième] est unique, de même son erreur est unique !

📜 Rachi (2)
מְיֻוחָד שֶׁהָעֲשִׂירִי אֵינוֹ אֶלָּא אֶחָד:
Unique — car le dixième n'est qu'un seul.
אַף טָעוּתוֹ מְיֻוחֶדֶת שֶׁאִם טָעָה בַּתְּשִׁיעִי וּבְאֶחָד עָשָׂר לֹא הָיוּ שְׁנַיִם מְקֻודָּשִׁין אֶלָּא אֶחָד מֵהֶם וְהֵיכִי אֲמַרְתְּ דְּכֻולְּהוּ מְקֻודָּשִׁים:
De même son erreur est unique — car s'il s'est trompé sur la neuvième et sur la onzième, il n'y en aurait pas deux de consacrées mais une seule d'entre elles ; comment as-tu donc dit que toutes sont consacrées ?
💡 Explication

Objection à partir d'une autre beraita : le vrai dixième est unique (une seule bête). Donc son erreur aussi devrait être unique : une seule bête supplémentaire recevrait la sanctité, et non les deux (9e et 11e). Comment la michna peut-elle alors dire que les trois sont consacrées ?

5
תָּאנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: הָא מַנִּי? רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא, דְּתַנְיָא: רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: לְעוֹלָם אֵין אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ עַד שֶׁיִּשְׁתֹּוק בַּתְּשִׁיעִי, וַיִּקְרָא לָעֲשִׂירִי ״תְּשִׁיעִי״, וּלְאֶחָד עָשָׂר ״עֲשִׂירִי״.

Un tanna enseigna devant Rabbi Yo'hanan : celle-ci [cette beraita], selon qui [est-elle] ? C'est Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon, comme il a été enseigné (beraita) : Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon dit : en vérité la onzième n'est jamais sainte, à moins qu'il se soit tu sur la neuvième, puis ait appelé la dixième 'neuvième' et la onzième 'dixième'.

📜 Rachi (1)
עַד שֶׁיִּשְׁתֹּוק בַּתְּשִׁיעִי שֶׁאִילּוּ קָרְאוּ עֲשִׂירִי לָא לֶיהֱוֵי אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ מִשּׁוּם דִּשְׁנֵי טְעִיּוֹת שֶׁל מַעֲשֵׂר אֶחָד אֵינָן קְדוֹשִׁים דְּטָעוּתוֹ מְיֻוחֶדֶת כְּהוּא עַצְמוֹ:
À moins qu'il se soit tu sur la neuvième — car s'il l'avait appelée 'dixième', la onzième ne serait pas sainte, parce que deux erreurs pour un même maaser ne sont pas saintes, car son erreur est unique comme lui-même.
🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁיִּשְׁתֹּוק בַּתְּשִׁיעִי (אֶלָּא שֶׁלֹּא קְרָאוֹ עֲשִׂירִי לָהּ) יֵשׁ לְפָרֵשׁ בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים לָאו דַּוְקָא שֶׁיִּשְׁתֹּוק בַּתְּשִׁיעִי אֶלָּא שֶׁלֹּא קָרְאוּ עֲשִׂירִי וַאֲפִילּוּ קָרְאוּ תְּשִׁיעִי דְּאִם קָרְאוּ עֲשִׂירִי אֵין אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ דִּשְׁתֵּי טְעִיּוֹת אֵין קִדּוּשִׁין כְּאֶחָד דְּטָעוּת מְיֻוחֶדֶת בָּעֵינַן כְּהוּא עַצְמוֹ וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּאִם קָרְאוּ לַתְּשִׁיעִי תְּשִׁיעִי תּוּ לָא הָוֵי טָעוּת כְּשֶׁקָּרָא לָעֲשִׂירִי תְּשִׁיעִי וּכְאִילּוּ קָרְאוּ עֲשִׂירִי דָּמֵי וְאֵין אַחַד עָשָׂר מְקֻודָּשׁ דְּלָא חֲשִׁיב כְּאִילּוּ נֶעֶקְרָה שֵׁם עֲשִׂירִי מִמֶּנּוּ וְהַשְׁתָּא הָוֵי שֶׁיִּשְׁתֹּוק דַּוְקָא שֶׁלֹּא יְדַבֵּר כְּלָל וּמִתָּרְצָא בְּהָכִי קֻושְׁיָא אַחַת לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּקָאָמַר הב"ע דִּקְדֵים חַד מִינַּייְהוּ וְאַפֵּיק לְרֵישֵׁיהּ וְקָרָא אַחַד עָשָׂר וּמַקְשֵׁי עֲלָהּ כְּמַאן דְּלָא כְּרַבִּי דְּאִי כְּרַבִּי הָא אָמַר אַחַד עָשָׂר לָא הָוֵי עֲקִירָה וְהַשְׁתָּא לוֹקְמֵהּ דְּקָרוּי תְּשִׁיעִי לְהַהוּא דָּאֳפָקֶיהָ לְרֵישֵׁיהּ דִּלְדִבְרֵי הַכֹּל הָוְיָא עֲקִירָה וּלְפִי פֵּירוּשׁ זֶה נִיחָא דְּלָא הָוֵי עֲקִירָה כִּדְפָרֵי' וְלַלָּשׁוֹן רִאשׁוֹן שֶׁפֵּירַשְׁתִּי לְהָכִי לָא מוֹקֵי לֵיהּ דִּלְקַרְיָיה תְּשִׁיעִי דְּלָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי הָא דְּוַדַּאי הָוֵי עֲקִירָה אֲבָל הָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוּעִינַן מִשּׁוּם דְּזִמְנִין לָא הָוֵי עֲקִירָה לְרַבִּי הֵיכָא דְּאִית לֵיהּ בְּהֵמוֹת טוּבָא:
À moins qu'il se soit tu sur la neuvième (mais qu'il ne l'ait pas appelée 'dixième') — on peut l'expliquer de deux manières. [1] Non pas exactement qu'il se soit tu sur la neuvième, mais qu'il ne l'ait pas appelée 'dixième', et même s'il l'a appelée 'neuvième' : car s'il l'a appelée 'dixième', la onzième n'est pas sainte, puisque deux erreurs ne sont pas saintes en même temps, car il faut une erreur unique comme le dixième lui-même. [2] On peut encore expliquer que, s'il a appelé la neuvième 'neuvième', alors ce n'est plus une erreur lorsqu'il appelle la dixième 'neuvième', et c'est comme s'il l'avait appelée 'dixième' : la onzième n'est pas consacrée, car on ne considère pas que le nom de 'dixième' lui a été arraché. Et alors 'qu'il se soit tu' est à prendre au sens strict : qu'il ne parle pas du tout. Cela résout une question plus loin dans notre sougya, où l'on dit 'de quoi s'agit-il ? De ce que l'une d'elles a devancé et a sorti sa tête, et il l'a appelée onzième', et l'on objecte : selon qui ? Pas selon Rabbi, car Rabbi dit que 'onzième' n'est pas un arrachement. Or [selon l'explication 2] on pourrait dire qu'il a appelé 'neuvième' celle qui a sorti sa tête, ce qui, de l'avis de tous, est un arrachement ; et selon cette explication, tout s'accorde, car [autrement] ce n'est pas un arrachement, comme expliqué. Et selon la première version que j'ai donnée, si l'on n'établit pas [le cas] par 'il l'a appelée neuvième', c'est parce qu'il n'était pas nécessaire d'enseigner ce cas — qui est certainement un arrachement ; mais [le cas de 'onzième'] devait être enseigné, parce que parfois ce n'est pas un arrachement pour Rabbi, là où l'on possède beaucoup de bêtes.
💡 Explication

Résolution : la beraita qui exige une erreur 'unique' suit R. Elazar fils de R. Chimon. Pour lui, la 11e ne devient sainte que dans un scénario précis : l'homme s'est tu sur la 9e (il ne l'a pas nommée 'dixième'), puis a appelé la 10e 'neuvième' et la 11e 'dixième'. Si en revanche il avait déjà appelé la 9e 'dixième', une seconde erreur (sur la 11e) serait impossible.

6
סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: טָעוּת מַעֲשֵׂר תְּמוּרָה הָוֵי, וְסָבַר לָהּ כְּאָבוּהָ, דְּאָמַר: אֵין מֵימֵר חוֹזֵר וּמֵימֵר.

Il tient comme Rabbi Yehouda, qui dit : l'erreur du maaser est une temoura (substitut) ; et il tient comme son père [Rabbi Chimon], qui dit : celui qui a substitué ne peut substituer de nouveau [une seconde bête].

📜 Rachi (1)
וְטַעֲמָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר הָכִי הָוֵי מִשּׁוּם דְּסָבַר לָהּ כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר בְּמָתְנֵי' טָעוּת וְכוּ' דְּקָאָמַר וְכִי יֵשׁ תְּמוּרָה עוֹשָׂה תְּמוּרָה ור"ש אַבֹּוהַּ דָּר' אֶלְעָזָר אָמַר בְּפֶ' רִאשׁוֹן דִּתְמוּרָה (דַּף ט.) דְּאֵין מְמִירִין וְחוֹזְרִין וּמְמִירִין דִּלְאַחַר שֶׁהֵמִירוּ עַל הַבְּהֵמָה פַּעַם אַחַת אֵינָהּ תּוֹפֶסֶת עוֹד תְּמוּרָה פַּעַם אַחֶרֶת וְהָכָא נָמֵי אֵין שְׁתֵּי טְעִיּוֹת לַמַּעֲשֵׂר:
Et la raison de Rabbi Elazar est ainsi : parce qu'il tient comme Rabbi Yehouda qui dit dans la michna 'erreur, etc.', lui qui déclare 'est-ce qu'une temoura fait une [autre] temoura ?' ; et Rabbi Chimon, père de Rabbi Elazar, dit au premier chapitre de Temoura (9a) qu'on ne substitue pas puis ne substitue de nouveau : après avoir substitué une première fois sur la bête, elle ne 'saisit' plus de temoura une autre fois ; et ici de même, il n'y a pas deux erreurs pour le maaser.
💡 Explication

Fondement de R. Elazar : il combine deux positions. (1) Selon R. Yehouda, la bête-erreur du maaser a le statut de temoura (substitut d'un sacrifice). (2) Selon R. Chimon son père, une fois qu'on a opéré une substitution sur une bête, on ne peut recommencer une seconde substitution pour le même sacrifice. Donc il ne peut y avoir deux erreurs (9e et 11e) pour un seul maaser.

7
אָמַר רָבָא: יָצְאוּ שְׁנַיִם בַּתְּשִׁיעִי, קְרָאָן ״תְּשִׁיעִי״ — עֲשִׂירִי וְחֻולִּין מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה, עֲשִׂירִי מֵאֵלָיו קָדוֹשׁ, לַתְּשִׁיעִי ״תְּשִׁיעִי״ קָא קָרֵי לֵיהּ.

Rava dit : si deux [bêtes] sont sorties au neuvième [rang] et qu'il les a appelées 'neuvième' — le dixième et le profane (hulin) sont mélangés l'un à l'autre. Le dixième est saint de lui-même ; quant à la neuvième, il l'a appelée 'neuvième'.

📜 Rachi (3)
בַּתְּשִׁיעִי כְּשֶׁהָיָה תְּשִׁיעִי רָאוּי לָצֵאת:
Au neuvième — lorsque c'était au tour du neuvième de sortir.
עֲשִׂירִי וְחֻולִּין דְּאֶחָד מֵהֶן הָוֵי תְּשִׁיעִי וְאֶחָד מַעֲשֵׂר אע"ג דְּקָרְאוּ תְּשִׁיעִי:
Le dixième et le profane — car l'une d'elles est la neuvième et l'autre le maaser, bien qu'il les ait appelées 'neuvième'.
מְעֹורָבִין וְאֵין נֶאֱכָלִין אֶלָּא בְּמוּמָן וְהַגּוֹזֵז וְהָעוֹבֵד אֶחָד מֵהֶן אֵינוֹ סוֹפֵג אֶת הָאַרְבָּעִים דְּשֶׁמָּא חֻולִּין הוּא:
Mélangés — et elles ne sont mangées qu'avec un défaut ; celui qui tond ou fait travailler l'une d'elles ne reçoit pas les quarante [coups], car c'est peut-être le profane.
💡 Explication

Premier cas de Rava : deux bêtes sortent en même temps à la place du neuvième rang, et il les nomme toutes deux 'neuvième'. L'une est en réalité la 9e (profane), l'autre la 10e (le vrai maaser). Comme le dixième est saint de lui-même, même sans être nommé, l'une des deux est sainte et l'autre profane — mais on ne sait laquelle. Elles sont donc 'mélangées' : on ne peut ni les offrir ni les tondre sans réserve.

🖼️ Schéma
Deux bêtes sortent ENSEMBLE (bat ahat) : que sont-elles ? 2 sortent au 9e rang appelées "neuvième" : 10e (maaser) + hulin mélangés. Le 10e est saint de lui-même. appelées "dixième" : 10e + 9e-consacré mélangés 2 sortent au 10e rang appelées "dixième" : 10e + 11e-consacré mélangés (les deux saints). appelées "onzième" : 10e + hulin mélangés Le principe caché Tout ce qui sort d'un SEUL COUP : les deux sont sanctifiés, MÊME si le nom "dixième" n'a pas été arraché à la vraie dixième.
Les quatre cas de Rava selon le rang de sortie et le nom donné.
8
קְרָאָן ״עֲשִׂירִי״, עֲשִׂירִי וּתְשִׁיעִי מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה. מַאי טַעְמָא? ״עֲשִׂירִי״ קָא קָרֵי לְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ.

S'il les a appelées 'dixième' — le dixième et le neuvième sont mélangés l'un à l'autre. Quelle en est la raison ?

Il les a appelées toutes deux 'dixième'.

💡 Explication

Même situation (deux bêtes sorties ensemble au 9e rang), mais il les appelle toutes deux 'dixième'. L'une est le vrai maaser (saint de plein droit), l'autre est la 9e qu'il a désignée 'dixième' — donc consacrée par l'erreur (elle sera mangée seulement avec un défaut). Les deux sont saintes mais de statut différent, et mélangées.

9
יָצְאוּ שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי וּקְרָאָן ״עֲשִׂירִי״, עֲשִׂירִי וְאַחַד עָשָׂר מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה. קְרָאָן ״אַחַד עָשָׂר״, עֲשִׂירִי וְחֻולִּין מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה.

Si deux [bêtes] sont sorties au dixième [rang] et qu'il les a appelées 'dixième' — le dixième et la onzième sont mélangés l'un à l'autre. S'il les a appelées 'onzième' — le dixième et le profane sont mélangés l'un à l'autre.

📜 Rachi (1)
עֲשִׂירִי וְאַחַד עָשָׂר מְעֹורָבִין כְּלוֹמַר מַעֲשֵׂר גָּמוּר וְאֶחָד עָשָׂר קָדוֹשׁ הָוְיָין מְעֹורָבִין בְּיַחַד וּמִשּׁוּם דְּאַחַד עָשָׂר שֶׁהוּא קָדוֹשׁ קָרֵב שְׁלָמִים לְכָךְ יִקְרְבוּ שְׁנֵיהֶם וְיֹאכְלוּ כְּחֹומֶר קוֹדֶשׁ שֶׁבָּהֶן דִּטְעוּנִין שְׁתֵּי מַתָּנוֹת וַהֲרָמַת חָזֶה וָשׁוֹק כְּמוֹ שְׁלָמִים:
Le dixième et la onzième sont mélangés — c'est-à-dire que le maaser parfait et la onzième sanctifiée sont mélangés ensemble ; et parce que la onzième, qui est sainte, est offerte en chelamim, les deux seront offertes et mangées selon la sévérité de la sanctité qui est en elles : elles requièrent deux aspersions [de sang] et le prélèvement de la poitrine et de la cuisse, comme les chelamim.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי כּוּ' לְעֵיל פ"ב (בְּכוֹרוֹת יז: וְשָׁם ד"ה אֶפְשָׁר) פֵּירַשְׁתִּי דְּמָצֵי סָבַר אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם:
Deux au dixième, etc. — plus haut, au chapitre 2 (Bekhorot 17b, s.v. 'efchar'), j'ai expliqué qu'il peut tenir 'il est impossible de viser exactement' (i efchar letsamtsem).
💡 Explication

Deuxième configuration : deux bêtes sortent ensemble à la place du dixième rang. (a) Appelées 'dixième' : l'une est le vrai maaser, l'autre la 11e consacrée par l'erreur — les deux saintes (offertes en chelamim). (b) Appelées 'onzième' : l'une est le vrai maaser (saint de lui-même), l'autre est profane (le 'onzième' nommé n'a rien consacré ici).

10
הָא תּוּ לָמָּה לִי? הַייְנוּ הָךְ! הָא קָא מַשְׁמַע לַן: דְּכֹל בַּת אַחַת תַּרְוַוייְהוּ קָא קָדְשִׁי, וְאַף עַל גַּב דְּלָא נֶעֱקַר שֵׁם ״עֲשִׂירִי״ הֵימֶנּוּ.

À quoi bon celle-ci [cette clause] encore ? C'est la même [que la précédente] !

Elle vient nous apprendre ceci : tout ce qui [sort] d'un seul coup, les deux sont sanctifiées, et cela bien que le nom 'dixième' ne lui ait pas été arraché.

📜 Rachi (1)
הָא תּוּ לָמָּה לִי כֵּיוָן דְּאַשְׁמְעִינַן דְּיָצְאוּ שְׁנֵיהֶם בַּתְּשִׁיעִי וּקְרָאָן עֲשִׂירִי מִמֵּילָא יָדַעְנָא דְּכִי הַהִיא דִּינָא אִיכָּא בְּיָצְאוּ שְׁנֵיהֶם בָּעֲשִׂירִי:
À quoi bon celle-ci encore — puisqu'il nous a appris que si les deux sont sorties au neuvième et qu'il les a appelées 'dixième' [le résultat est tel], je sais de moi-même que le même régime s'applique au cas où les deux sont sorties au dixième.
💡 Explication

Question : le cas 'deux au dixième, appelées dixième' semble identique au cas 'deux au neuvième, appelées dixième'. Pourquoi le répéter ? Réponse : il enseigne un principe général — tout ce qui sort d'un seul coup (bat ahat) sanctifie les deux bêtes, même si le nom 'dixième' n'a pas été arraché à la vraie dixième. C'est une exception à la règle habituelle.

🖼️ Schéma
"Arracher le nom du dixième" (akira) : quand le 11e devient-il saint ? Règle : le 11e n'est saint que si le nom "dixième" a été OTÉ de la vraie 10e bête. Il a appelé la 10e "dixième" Le nom n'est PAS arraché. -> la 11e (appelée 10e) reste profane, NON sainte. Nommé "onzième" ? Pour Rabbi, s'il a beaucoup de bêtes : "had issoura" (= une dizaine), donc pas d'arrachement. Le nom EST arraché Il a appelé la 10e "neuvième" (tous en conviennent), OU "onzième" avec peu de bêtes (Rabbi : alors "11" est littéral). -> le 11e (appelé 10e) DEVIENT saint : offert en chelamim. R. Yossei b. R. Yehouda : toujours saint.
L'exception du 'bat ahat' : sanctification sans arrachement du nom.
11
יָתֵיב רַב כָּהֲנָא וְקָאָמַר לֵיהּ לְהָא שְׁמַעְתָּא, אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְרַב כָּהֲנָא: וַהֲלֹא לֹא נֶעֱקַר שֵׁם ״עֲשִׂירִי״ הֵימֶנּוּ, וּתְנַן זֶה הַכְּלָל: כָּל זְמַן שֶׁלֹּא נֶעֱקַר שֵׁם ״עֲשִׂירִי״ הֵימֶנּוּ — אֵין אַחַד עָשָׂר מְקֻודָּשׁ! הָנֵי מִילֵּי בְּזֶה אַחַר זֶה, אֲבָל בְּבַת אַחַת — תַּרְוַיְיהוּ קָא קָדְשִׁי.

Rav Kahana était assis et énonçait cette tradition. Rav Achi dit à Rav Kahana : mais le nom 'dixième' ne lui a pas été arraché !

Or nous avons appris (michna) : voici la règle — tant que le nom 'dixième' ne lui a pas été arraché, la onzième n'est pas sainte ! [Rav Kahana répondit :] ceci [vaut] lorsqu'elles [sortent] l'une après l'autre ; mais d'un seul coup — les deux sont sanctifiées.

📜 Rachi (1)
בב"א דְּקָרָא שֵׁם עֲשִׂירִי לָעֲשִׂירִי וּלְאֶחָד עָשָׂר בב"א אע"ג דְּלָא נֶעֶקְרָה דְּהָא לָעֲשִׂירִי נָמֵי קָרָא עֲשִׂירִי:
D'un seul coup — car il a appelé 'dixième' la dixième et la onzième d'un seul coup ; bien que [le nom] n'ait pas été arraché, puisqu'il a aussi appelé la dixième 'dixième'.
💡 Explication

Rav Achi objecte à Rav Kahana : le principe de la michna dit clairement 'tant que le nom dixième n'a pas été arraché, la onzième n'est pas sainte'. Comment alors les deux peuvent-elles être saintes ici ? Réponse de Rav Kahana : ce principe ne vaut que quand les bêtes sortent successivement ; quand elles sortent d'un seul coup (bat ahat), les deux sont sanctifiées malgré tout.

12
זֶה אַחַר זֶה — בְּהֶדְיָא קָתָנֵי לָהּ: קָרָא לַתְּשִׁיעִי ״עֲשִׂירִי״, וְלָעֲשִׂירִי ״עֲשִׂירִי״, וְלָאֶחָד עָשָׂר ״עֲשִׂירִי״ — אֵין אַחַד עָשָׂר מְקֻודָּשׁ. ״זֶה הַכְּלָל״ לְאֵיתוֹיֵי מַאי? לָאו לְאֵיתוֹיֵי בְּבַת אַחַת?

[Le cas où elles sortent] l'une après l'autre, on l'enseigne explicitement : il a appelé la neuvième 'dixième', la dixième 'dixième' et la onzième 'dixième' — la onzième n'est pas sainte. [Et la michna dit :] 'voici la règle' — pour inclure quoi ?

N'est-ce pas pour inclure [le cas] d'un seul coup ?

💡 Explication

Contre-objection : le cas 'l'une après l'autre' est déjà enseigné explicitement dans la michna (9e/10e/11e appelées 'dixième' -> la 11e n'est pas sainte). Alors la formule 'voici la règle' (kelal) doit servir à inclure un cas supplémentaire — vraisemblablement celui du 'seul coup', pour dire que la 11e n'y est pas sainte non plus. Cela contredirait Rav Kahana.

13
לֹא, לְאֵיתוֹיֵי יָצָא עֲשִׂירִי וְלֹא דִּבֵּר, דְּהָא לֹא נֶעֱקַר שֵׁם ״עֲשִׂירִי״ הֵימֶנּוּ.

Non : [c'est] pour inclure [le cas où] la dixième est sortie et il n'a rien dit, car alors le nom 'dixième' ne lui a pas été arraché.

📜 Rachi (1)
לְאֵיתוֹיֵי יָצָא עֲשִׂירִי וְלֹא דִּבֵּר דְּלָא חֲשִׁיבָא עֲקִירָה בְּהַךְ שְׁתִיקָה אא"כ עָקְרוּ בְּפֵירוּשׁ וְקָרְאוּ תְּשִׁיעִי:
Pour inclure [le cas où] la dixième est sortie et il n'a rien dit — car ce silence ne compte pas comme un arrachement, à moins qu'il ne l'ait arraché explicitement en l'appelant 'neuvième'.
💡 Explication

Réfutation : la formule 'voici la règle' n'inclut pas le cas du 'seul coup', mais un autre cas — celui où la dixième est sortie et l'homme s'est tu (il n'a rien dit), puis a appelé la 11e 'dixième'. La 11e n'est alors pas sainte, car le simple silence ne suffit pas à 'arracher' le nom du dixième (il faudrait l'avoir appelée 'neuvième'). Le principe de Rav Kahana reste sauf.

14
דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, הָא דְּתַנְיָא: יָצְאוּ שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי, וְלֹא קָדַם אֶחָד מֵהֶן אֶת חֲבֵירוֹ, וּקְרָאָן ״עֲשִׂירִי״ — עֲשִׂירִי וְאַחַד עָשָׂר מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה, וַהֲלֹא לֹא נֶעֱקַר שֵׁם עֲשִׂירִי הֵימֶנּוּ! אֶלָּא לָאו מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן: כֹּל בְּבַת אַחַת תַּרְוַיְיהוּ קָא קָדְשִׁי.

Car si tu ne dis pas ainsi, [voici] ce qui a été enseigné (beraita) : si deux [bêtes] sont sorties au dixième et que l'une n'a pas devancé l'autre, et qu'il les a appelées 'dixième' — le dixième et la onzième sont mélangés l'un à l'autre. Or le nom 'dixième' ne lui a pas été arraché !

N'est-ce donc pas parce que nous disons : tout [ce qui sort] d'un seul coup, les deux sont sanctifiées ?

📜 Rachi (1)
דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי דבב"א קָדוֹשׁ. וּלְרַב אַשִּׁי דְּקָפָרֵיךְ לְרַב כָּהֲנָא וַהֲלֹא לֹא נֶעֱקַר וְכוּ' לָא הֲוָה שְׁמִיעַ לֵיהּ מַה דְּתָרֵיצְנָא לְעֵיל הָא קמ"ל דבב"א כו':
Car si tu ne dis pas ainsi — que 'd'un seul coup' [les deux sont] saintes. Et selon Rav Achi qui objecte à Rav Kahana 'mais [le nom] n'a pas été arraché, etc.', il n'avait pas entendu ce que nous avons répondu plus haut : ceci vient nous apprendre que 'd'un seul coup, etc.'
💡 Explication

Preuve à l'appui de Rav Kahana : une beraita traite de deux bêtes sorties au 10e rang sans que l'une devance l'autre, appelées 'dixième' — et déclare les deux saintes (10e + 11e mélangées). Pourtant le nom 'dixième' n'a pas été arraché. Cela ne se comprend que si l'on admet le principe : ce qui sort d'un seul coup sanctifie les deux, comme le soutenait Rav Kahana.

15
אִי מִשּׁוּם הָא לָא אִירְיָא, הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? דִּקְדֵים חַד מִינַּייְהוּ וְאַפֵּיק לְרֵישֵׁיהּ, וְקַרְיֵיהּ ״אַחַד עָשָׂר״, וַהֲדַר אִיעָרוּב וּנְפוּק בַּהֲדָדֵי, וּקְרִינְהוּ ״עֲשִׂירִי״, דְּהָא נֶעֱקַר שֵׁם עֲשִׂירִי הֵימֶנּוּ.

Si c'est à cause de cela [seul], il n'y a pas de [preuve] ; de quoi s'agit-il ici ? [D'un cas] où l'une d'elles a devancé et a sorti sa tête, et il l'a appelée 'onzième', puis elles se sont [de nouveau] mélangées et sont sorties ensemble, et il les a appelées 'dixième' — car alors le nom 'dixième' lui a bien été arraché.

📜 Rachi (2)
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן דְּקָתָנֵי עֲשִׂירִי וְאַחַד עָשָׂר מְעֹורָבִין דְּחָשְׁבִינַן לֵיהּ לְאֶחָד עָשָׂר מְקֻודָּשׁ אע"ג דְּקָרָא לָעֲשִׂירִי עֲשִׂירִי כְּגוֹן דִּקְדִים כו':
De quoi s'agit-il ici — puisqu'on enseigne 'le dixième et la onzième mélangés', qu'on considère la onzième comme sanctifiée bien qu'il ait appelé la dixième 'dixième' : c'est un cas où l'une a devancé, etc.
וְקַרְייֵהּ אַחַד עָשָׂר דְּהַשְׁתָּא נֶעֱקַר שֵׁם עֲשִׂירִי מִמֶּנּוּ שֶׁלֹּא קְרָאוֹ עֲשִׂירִי אֶלָּא אַחַד עָשָׂר וּלְהָכִי אע"ג דְּהָדַר קָרָא אַתַּרְוַייְהוּ עֲשִׂירִי קָדוֹשׁ הָאֶחָד עָשָׂר אֲבָל הֵיכָא דְּמִתְּחִלָּה קְרִינְהוּ עֲשִׂירִי אע"ג דִּבְבַת אַחַת לָא הָוֵי אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ וּלְהָכִי מוֹקְמִינַן כְּגוֹן דְּקַרְיֵיהּ אַחַד עָשָׂר דְּאִי קַרְיֵיהּ תְּשִׁיעִי לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי דְּהָא וַדַּאי עֲקִירָה הָוֵי אֲבָל בְּאֶחָד עָשָׂר פְּלִיג רַבִּי וְאָמַר דְּלָא הָוֵי עֲקִירָה כְּדִלְקַמָּן וְאִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּהָוֵי עֲקִירָה:
Et il l'a appelée onzième — car alors le nom 'dixième' lui a été arraché, puisqu'il ne l'a pas appelée 'dixième' mais 'onzième' ; c'est pourquoi, bien qu'ensuite il ait appelé les deux 'dixième', la onzième est sainte. Mais la où il les a d'emblée appelées 'dixième', même d'un seul coup, la onzième n'est pas sainte ; c'est pourquoi on établit [le cas] comme celui où il l'a appelée 'onzième' — car s'il l'avait appelée 'neuvième', il n'était pas nécessaire de l'enseigner, puisque c'est certainement un arrachement ; mais sur 'onzième' Rabbi conteste et dit que ce n'est pas un arrachement, comme plus loin ; il fallait donc nous apprendre que c'est [ici] un arrachement.
💡 Explication

Rav Achi réfute la preuve : la beraita peut viser un cas particulier où une bête à d'abord sorti la tête seule et a été appelée 'onzième' (ce qui, selon lui, arrache le nom du dixième), puis les bêtes se sont remélangées et sont sorties ensemble, appelées 'dixième'. Ici les deux sont saintes non à cause du 'seul coup', mais parce que le nom a bel et bien été arraché par l'appellation 'onzième'.

16
וְהָא ״לֹא קָדַם״ קָתָנֵי! מַאי ״לֹא קָדַם״? דַּהֲדַר אִיעָרוּב.

Mais on a enseigné 'n'a pas devancé' ! Que signifie 'n'a pas devancé' ?

Qu'ensuite elle s'est [ré]mélangée.

💡 Explication

Objection au cas de Rav Achi : la beraita dit expressément 'l'une n'a pas devancé l'autre'. Comment y voir une bête qui a sorti la tête d'abord ? Réponse : 'n'a pas devancé' signifie non pas qu'aucune n'est sortie en premier, mais qu'après avoir sorti la tête elle s'est de nouveau mélangée aux autres (elle n'est pas sortie complètement).

17
וּכְמַאן? דְּלָא כְּרַבִּי, דְּאִי רַבִּי — הָאָמַר: ״אַחַד עָשָׂר״ לָא הָוֵי עֲקִירָה!

Et selon qui [cette beraita] ? [Elle est] contraire à Rabbi ; car si [c'était] Rabbi, n'a-t-il pas dit : 'onzième' n'est pas un arrachement !

📜 Rachi (1)
וּכְמַאן מְתָרְצִינַן דְּמַה שֶׁקּוֹרֵא אַחַד עָשָׂר חֲשִׁיבָא עֲקִירָה:
Et selon qui — nous répondons que ce qu'il appelle 'onzième' compte comme un arrachement.
💡 Explication

Question : de qui relève cette beraita (où appeler 'onzième' constitue un arrachement) ? Pas de Rabbi, car Rabbi soutient au contraire que nommer une bête 'onzième' ne constitue pas un arrachement du nom du dixième. La beraita suit donc un autre avis.

18
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי, כִּי אָמַר רַבִּי הֵיכָא דְּאִית לֵיהּ בְּהֵמוֹת טוּבָא, דְּאָמְרִינַן: חַד עִישּׂוּרָא קָאָמַר, הָכָא דְּלֵית לֵיהּ בְּהֵמוֹת טְפֵי.

Tu peux même dire [que c'est] Rabbi : quand Rabbi a dit [cela], c'est la où il possède beaucoup de bêtes, car nous disons alors qu'il veut dire 'une dizaine' (had issoura) ; mais ici, où il n'a pas davantage de bêtes [au-delà].

📜 Rachi (2)
דְּאִית לֵיהּ בְּהֵמוֹת טוּבָא לְעַשֵּׂר דְּהַשְׁתָּא כִּי מָנֶה עֲשָׂרָה רִאשׁוֹנִים וְקָרָא הָעֲשִׂירִי אַחַד עָשָׂר אִיכָּא לְמֵימַר דִּבְהָכִי לֹא נֶעֱקַר שֵׁם עֲשִׂירִי מִמֶּנּוּ דְּמַאי אַחַד עָשָׂר דְּקָאָמַר חַד עִישּׂוּרָא קָאָמַר כֻּלּוֹ' זֶה עִישּׂוּר רִאשׁוֹן:
Où il possède beaucoup de bêtes — à dîmer ; car alors, quand il compte les dix premières et appelle la dixième 'onzième', on peut dire qu'ainsi le nom 'dixième' ne lui a pas été arraché, car ce 'onzième' qu'il dit signifie 'une dizaine', c'est-à-dire 'ceci est la première dizaine'.
אֲבָל הֵיכָא דל"ל בְּהֵמוֹת יוֹתֵר מֵאֶחָד עָשָׂר אוֹ י"ב אוֹ י"ג אוֹ י"ד אוֹ ט"ו לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי שֶׁאֵין מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם לוֹמַר זֶה עִישּׂוּר אֶחָד אֶלָּא אִם כֵּן יוֹדֵעַ שֶׁיְּהוּ לוֹ עִישּׂוּרִיּוֹת הַרְבֵּה הִלְכָּךְ אָמְרִינַן דְּאֶחָד עָשָׂר מַמָּשׁ קָאָמַר וְעָקַר שֵׁם עֲשִׂירִי מִמֶּנּוּ:
Mais la où il n'a pas plus de bêtes — au-delà de onze, ou douze, ou treize, ou quatorze, ou quinze, on ne peut pas dire ainsi ; car ce n'est pas l'usage du monde de dire 'ceci est une dizaine' à moins de savoir qu'on aura plusieurs dizaines ; c'est pourquoi nous disons qu'il veut dire 'onzième' au sens strict, et le nom 'dixième' lui a été arraché.
💡 Explication

Conciliation : on peut même dire que la beraita suit Rabbi. Rabbi ne dit que 'onzième' n'est pas un arrachement que lorsqu'on a beaucoup de bêtes : on interprète alors 'ahad assar' (onze) comme 'had issoura' = 'une [première] dizaine [achevée]', et non 'onzième' au sens strict. Mais ici, où l'homme n'a pas plus de bêtes à dîmer, cette lecture est impossible : 'onzième' vaut donc arrachement.

19
מַאי רַבִּי? דְּתַנְיָא: קָרָא לָעֲשִׂירִי ״אַחַד עָשָׂר״, וּלְאֶחָד עָשָׂר ״עֲשִׂירִי״ — אֵין אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ. כְּלָל אָמַר רַבִּי: כָּל זְמַן שֶׁלֹּא נֶעֱקַר שֵׁם עֲשִׂירִי הֵימֶנּוּ — אֵין אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ. אָמַר רָבָא: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? כְּגוֹן דְּאִית לֵיהּ בְּהֵמוֹת טוּבָא, דְּאָמְרִינַן: חַד עִישּׂוּרָא קָאָמַר.

Qu'[est-ce que cet avis de] Rabbi ? Comme il a été enseigné (beraita) : il a appelé la dixième 'onzième' et la onzième 'dixième' — la onzième n'est pas sainte ; parole de Rabbi.

Rabbi Yossei fils de Rabbi Yehouda dit : la onzième est sainte. Rabbi a énoncé une règle : tant que le nom 'dixième' ne lui a pas été arraché, la onzième n'est pas sainte.

Rava dit : de quoi s'agit-il ici ? D'un cas où il possède beaucoup de bêtes, car nous disons qu'il veut dire 'une dizaine' (had issoura).

💡 Explication

Source de l'avis de Rabbi : dans une beraita, celui qui appelle la 10e 'onzième' et la 11e 'dixième' — pour Rabbi, la 11e n'est pas sainte (car pour lui 'onzième' n'arrache pas le nom du dixième), tandis que pour R. Yossei fils de R. Yehouda elle l'est. Rava précise que la règle de Rabbi ne se comprend que lorsqu'on a beaucoup de bêtes : 'onzième' se lit alors 'had issoura' (une dizaine), et le nom du dixième n'est pas arraché.

20
יָצְאוּ שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי, תָּנֵי חֲדָא: יִרְעוּ, וְתַנְיָא אִידָךְ: יַקְרִיבוּ, וְתַנְיָא אִידָךְ: יָמוּתוּ.

[À propos de] deux [bêtes] sorties au dixième : une [beraita] enseigne : elles paîtront ; une autre enseigne : elles seront offertes ; et une autre enseigne : elles mourront.

📜 Rachi (1)
יָצְאוּ שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי הַייְנוּ כְּגוֹן אָמַר מַר וְאַשְּׁמַעְתָּא דְּרָבָא קָמַהְדַּר דְּקָאָמַר לְעֵיל יָצְאוּ שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי קְרָאָן עֲשִׂירִי עֲשִׂירִי וְאַחַד עָשָׂר מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה וְהַשְׁתָּא קָא פָּרֵישׁ תַּנָּא חֲדָא דְּהָנְהוּ שְׁנַיִם שֶׁמְּעֹורָבִין יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ וְתַנְיָא אִידָךְ כו':
Deux bêtes sorties au dixième — c'est-à-dire comme il a été dit ; [la Guemara] revient à la tradition de Rava, qui disait plus haut 'si deux sont sorties au dixième et qu'il les a appelées dixième, le dixième et la onzième sont mélangés l'un à l'autre'. Et maintenant un tanna explique que ces deux [bêtes] mélangées paîtront jusqu'à s'invalider [par un défaut], et une autre [beraita] enseigne [autrement], etc.
💡 Explication

La Guemara revient au cas de deux bêtes sorties ensemble au dixième rang (appelées 'dixième' : 10e + 11e saintes, mélangées). Trois beraitot semblent se contredire sur leur sort : (1) elles paîtront jusqu'à contracter un défaut puis seront mangées ; (2) elles seront offertes ; (3) elles mourront. La suite va harmoniser.

21
לָא קַשְׁיָא, הָא דְּתַנְיָא יִרְעוּ — רַבָּנָן הִיא, דְּאָמְרִי: אֵין מְבִיאִין קָדָשִׁים לְבֵית הַפְּסוּל״

Ce n'est pas difficile : celle qui enseigne 'elles paîtront', c'est [l'opinion des] Sages (Rabbanan), qui disent : on n'amène pas des saintetés à la maison de l'invalidation.

📜 Rachi (1)
אֵין מְבִיאִין קָדָשִׁים לְבֵית הַפְּסוּל שֶׁאִילּוּ הָיוּ קְרֵיבִים צָרִיךְ לְאוֹכְלָן כַּחֹומֶר שֶׁבָּהֶם דְּצָרִיךְ לְהָרִים מֵהֶם חָזֶה וָשׁוֹק וְלִיתֵּן לַכֹּהֲנִים וּמִתּוֹךְ שֶׁהַכֹּהֲנִים מוּעָטִין הֵן אֵין נֶאֱכָל אֶלָּא לַכֹּהֲנִים שֶׁמָּא לֹא יְהוּ מְצֻוייָּן אוֹכְלִין לְאוֹתָן חָזֶה וָשׁוֹק וְיִפָּסְלוּ בְּלִינָה לְאַחַר שְׁנֵי יָמִים וְלַיְלָה אֶחָד וְהַשְׁתָּא מֵבִיא אֶחָד מֵהֶם שֶׁהוּא מַעֲשֵׂר לְבֵית הַפְּסוּל דְּהָא מְעַשֵּׂר וַדַּאי אֵינוֹ צָרִיךְ הֲרָמַת חָזֶה וָשׁוֹק לַכֹּהֲנִים אֶלָּא הַכֹּל נֶאֱכָל לְכָל אָדָם וּמְצֻוייָּן לוֹ אוֹכְלִין הַרְבֵּה וְלָא לַיְּתֵי לְעוֹלָם לִידֵי פְּסוּל לִינָה. בְּמַס' זְבָחִים פ' כָּל הַזְּבָחִים שֶׁנִּתְעָרְבוּ (זְבָחִים דַּף עה:) גָּמְרִי' פְּלוּגְתָּא דְּר"ש וְרַבָּנָן דִּתְנַן אָשָׁם שֶׁנִּתְעָרֵב בִּשְׁלָמִים ר"ש אוֹמֵר שְׁנֵיהֶם יִשָּׁחֲטוּ בַּצָּפוֹן וְיֵאָכֵל כֶּחָמוּר שֶׁבָּהֶן אָמְרוּ לוֹ אֵין מְבִיאִים קָדָשִׁים לְבֵית הַפְּסוּל:
On n'amène pas des saintetés à la maison de l'invalidation — car si elles étaient offertes, il faudrait les manger selon la sévérité qui est en elles : il faut en prélever la poitrine et la cuisse et les donner aux kohanim ; et comme les kohanim sont peu nombreux, cela n'est mangé que par les kohanim, et peut-être ne se trouvera-t-il pas d'eux pour manger cette poitrine et cette cuisse, qui seront alors invalidées par 'linah' après deux jours et une nuit. Et [en offrant], on amène l'une d'elles — qui est le maaser — à la maison de l'invalidation, car le maaser lui-même n'exige certainement pas le prélèvement de la poitrine et de la cuisse pour les kohanim, mais tout est mangé par tout homme, et il se trouve pour lui beaucoup de mangeurs, si bien qu'il n'en viendrait jamais à l'invalidation par 'linah'. Au traité Zevahim, chapitre 'Kol ha-zevahim che-nitarvou' (Zevahim 75b), nous apprenons la controverse de R. Chimon et des Sages : nous avons appris qu'un acham qui s'est mélangé à des chelamim — R. Chimon dit : les deux seront égorgés au nord et l'on mangera selon la sévérité qui est en eux ; ils lui dirent : on n'amène pas des saintetés à la maison de l'invalidation.
💡 Explication

Résolution (début) : la beraita 'elles paîtront' suit les Sages, selon le principe 'on n'amène pas des saintetés à la maison de l'invalidation' (ein meviin kodachim le-veit ha-pessoul). Si l'on offrait les deux bêtes, il faudrait les manger selon la sévérité combinée (deux jours seulement, comme les chelamim, avec prélèvement de la poitrine et de la cuisse pour les kohanim) — au risque qu'elles deviennent invalides par 'linah' (resté au-delà du délai). Mieux vaut donc les laisser paître.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).