Bekhorot 7a — la ressemblance à la mère (rocho ve-roubo), ze ve-ze gorem, croisements d'espèces et l'urine de l'âne

Bekhorot 7a

Sougya : La Guemara poursuit le doute sur Rabbi Chimon : exige-t-il que la tête et la majorité du corps (rocho ve-roubo) ressemblent à la mère seulement pour le statut de premier-né (bekhora), ou aussi pour permettre la consommation d'un petit non-casher né d'une mère casher ? Plusieurs baraitot sont examinées, notamment l'exegese de 'gamal gamal' (chameau, dit deux fois) et de 'seh kesavim ve-seh izzim'.

On y greffe la mahloket de Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua sur ze ve-ze gorem (un facteur permis et un facteur interdit produisent ensemble le petit), dont les positions semblent inversées par rapport au petit d'une trefa. R.

Yehochoua ben Levi énonce que les espèces de catégories différentes ne se croisent pas (sauf le koy, selon R. Eliezer).

La sougya conclut que R. Chimon exige rocho ve-roubo même pour la consommation.

Enfin, on demande à Rav Chechet si l'urine (mei raglayim) de l'âne est permise, et il répond par la michna : 'ce qui sort du non-casher' — c'est l'espèce, non le corps, qui détermine.

Animal casher qui met bas un animal non-casher : quand est-il permis ? Vache (casher) qui enfante un petit d'aspect chameau Tête + majorité (rocho ve-roubo) ressemblent à la mère -> PERMIS à la consommation (concl.) Ressemblance partielle (un seul siman) -> INTERDIT (selon R. Chimon, concl.) Question de la sougya : R. Chimon exige-t-il rocho ve-roubo aussi pour la consommation, ou seulement pour la bekhora ? Conclusion (seg 19-20) : OUI, aussi pour la consommation.
La question centrale : rocho ve-roubo (tête + majorité) pour la consommation ou seulement pour la bekhora ? (seg 0-3, 19-20).
Ze ve-ze gorem (deux facteurs, l'un permis l'autre interdit) : le paradoxe apparent Rabbi Eliezer Rabbi Yehochoua Petit non-casher né d'une mère casher PERMIS (ze ve-ze gorem : permis) Petit non-casher né d'une mère casher INTERDIT (ze ve-ze gorem : interdit) Petit d'une trefa (père sain) ne s'offre PAS (interdit) ! Petit d'une trefa (père sain) s'offre (permis) ! Positions inversées ! Résolution : ici le verset (seh...seh) tranche exceptionnellement R. Eliezer : le seh redondant permet ; R. Yehochoua : le pluriel kesavim/izzim interdit.
La mahloket Eliezer / Yehochoua sur ze ve-ze gorem et son apparente inversion (seg 15-18).
R. Yehochoua ben Levi : quelles espèces NE se croisent PAS casher <-> non-casher grand (gassa) <-> petit (daka) domestique <-> sauvage Règle : aucune gestation entre ces catégories. EXCEPTION : R. Eliezer et ses contradicteurs disent qu'un animal sauvage (haya) peut concevoir d'un animal domestique (behema) — cas du koy.
Les croisements d'espèces impossibles selon R. Yehochoua ben Levi, et l'exception du koy (seg 11-12).
1
אִישְׁתַּנִּי מִגָּמָל שַׁפִּיר דָּמֵי, אוֹ דִּלְמָא לָא שְׁנָא?

[Peut-être,] étant devenu différent d'un [simple] chameau, cela est-il valide (chapir dami) [= permis à la consommation] ? Ou peut-être n'y a-t-il pas de différence [et faut-il, même pour la consommation, tête et majorité du corps semblables à la mère] ?

📜 Rachi (1)
אִישְׁתַּנִּי מִגָּמָל שֶׁדּוֹמֶה לְאִמּוֹ בְּמִקְצָת סִימָנִין:
Devenu différent d'un chameau — car il ressemble à sa mère par une partie des simanim (signes distinctifs).
💡 Explication

Suite du doute : un petit d'aspect non-casher qui présente quelques simanim de sa mère casher est différent d'un chameau ordinaire. Cela suffit-il à le permettre à la consommation, ou Rabbi Chimon exige-t-il, là aussi, rocho ve-roubo (tête et majorité du corps semblables à la mère) ?

2
תָּא שְׁמַע: בְּהֵמָה טְהוֹרָה שֶׁיָּלְדָה מִין בְּהֵמָה טְמֵאָה — אָסוּר בַּאֲכִילָה, וְאִם דּוֹמֶה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ לְאִמּוֹ — חַייָּב בִּבְכוֹרָה. שְׁמַע מִינָּה: לַאֲכִילָה נָמֵי בָּעֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ!

Viens et entends [une preuve] : un animal casher (tehora) qui a mis bas un animal d'espèce non-casher (min behema temea) — [le petit est] interdit à la consommation ; et si sa tête et la majorité de son corps ressemblent à sa mère — il est assujetti à la [loi du] premier-né (bekhora). Apprends-en que, pour la consommation aussi, Rabbi Chimon exige tête et majorité du corps !

📜 Rachi (1)
אָסוּר בַּאֲכִילָה וּמַאן שָׁמְעַת לֵיהּ הַךְ סְבָרָא ר"ש וְאִם רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ כּוּ' וְקס"ד דְּמִדְּקָתָנֵי לְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי ש"מ דְּאַפֵּי' לַאֲכִילָה בָּעֵי ר"ש רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Interdit à la consommation — et de qui as-tu entendu cette opinion ? De Rabbi Chimon. 'Et si sa tête et la majorité [de son corps]', etc. — et il monte à l'esprit [de dire] que, du fait qu'il [les] enseigne côte à côte, apprends-en que même pour la consommation Rabbi Chimon exige tête et majorité du corps.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁמַע מִינַּהּ לַאֲכִילָה נָמֵי בָּעֵי ר"ש רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ דְּמַשְׁמַע שֶׁאֵין בּוֹ כִּי אִם שְׁנֵי חֲלוּקִין מִדְּלָא קָתָנֵי חִלּוּק שְׁלִישִׁי וְלֵימָא אִם יֵשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין מֻותָּר בַּאֲכִילָה וַהֲדַר לִיתְנֵי וְאִם רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ דּוֹמֶה לְאִמּוֹ חַייָּב בִּבְכוֹרָה וְהַשְׁתָּא רֵישָׁא וְסֵיפָא רְבוּתָא קָמַשְׁמַע לַן דְּרֵישָׁא קָתָנֵי שֶׁיָּלְדָה מִין טְמֵאָה דְּאָסוּר אַף בַּאֲכִילָה וְסֵיפָא דְּקָתָנֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ דּוֹמִים לְאִמּוֹ חַיָּיב אַף בִּבְכוֹרָה:
Apprends-en que, pour la consommation aussi, R. Chimon exige tête et majorité du corps — car cela indique qu'il n'y a là que deux catégories, puisqu'il n'enseigne pas une troisième catégorie et ne dit pas 's'il a une partie des simanim il est permis à la consommation', puis n'enseigne pas ensuite 'et si sa tête et la majorité ressemblent à sa mère il est assujetti à la bekhora'. Or, en l'état, le début (recha) et la fin (sefa) enseignent chacun un enseignement remarquable : le début enseigne qu'[un animal casher] qui a mis bas une espèce non-casher est interdit même à la consommation, et la fin, qui enseigne 'sa tête et la majorité ressemblent à sa mère', qu'il est assujetti même à la bekhora.
💡 Explication

Preuve tirée d'une baraita : un petit non-casher issu d'une mère casher est interdit à la consommation ; mais s'il a rocho ve-roubo semblables à la mère, il tombe sous la loi de la bekhora. Comme les deux clauses sont juxtaposées, on veut déduire que R. Chimon exige rocho ve-roubo aussi pour la consommation.

3
לֹא, לִבְכוֹרָה דַּוְקָא. דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָא שָׁבְקַהּ לַאֲכִילָה וְקָם לֵיהּ אַבְּכוֹר. שְׁמַע מִינָּה: לִבְכוֹרָה הוּא דְּבָעֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ, אֲבָל לַאֲכִילָה — לֹא.

Non : [c'est] pour la bekhora spécifiquement. Et le libellé est précis lui aussi (dika nami), car il abandonne [le sujet de] la consommation et se fixe sur [celui du] premier-né.

Apprends-en que c'est pour la bekhora que Rabbi Chimon exige tête et majorité du corps, mais pour la consommation — non [une ressemblance partielle suffit].

📜 Rachi (1)
מִדְּשָׁבְקָה לַאֲכִילָה דְּאַייְרֵי בְּרֵישָׁא וְקָם לֵיהּ אַבְּכוֹרָה וְלֹא אָמַר אִם רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ דּוֹמֶה לְאִמּוֹ מֻותָּר בַּאֲכִילָה ש"מ לַאֲכִילָה סַגִּי בְּמִקְצָת סִימָנִין:
Du fait qu'il abandonne [le sujet de] la consommation — dont il traitait au début — et se fixe sur la bekhora, sans dire 'si sa tête et la majorité ressemblent à sa mère il est permis à la consommation' : apprends-en que pour la consommation une partie des simanim suffit.
💡 Explication

Réfutation : l'exigence de rocho ve-roubo dans la baraita porte uniquement sur la bekhora. La formulation le confirme (dika nami) : le tana quitte le sujet de la consommation (abordé au début) pour parler du premier-né. Donc pour la consommation, une ressemblance partielle suffirait.

4
לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ: לַאֲכִילָה נָמֵי בָּעֵי, וּבְכוֹרָה אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וּכְתִיב ״אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר״, עַד שֶׁיְּהֵא הוּא שׁוֹר וּבְכוֹרוֹ שׁוֹר, וְלֹא תִּיסְגֵּי לֵיהּ בְּרֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ עַד דְּאִיכָּא כֻּולֵּיהּ, קָמַשְׁמַע לַן.

En vérité, je te dirai : pour la consommation aussi il [l']exige, et [la mention] pour la bekhora était nécessaire, [car] il monte à l'esprit de dire : puisqu'il est écrit 'mais le premier-né du bœuf (akh bekhor chor)' (Nb 18:17), [on aurait pu penser qu'il faut] que lui [-même] soit un bœuf et son premier-né un bœuf, et que tête et majorité du corps ne suffisent pas tant que [le petit] n'est pas [un bœuf] tout entier — [c'est pourquoi le tana] nous [l']enseigne [que rocho ve-roubo suffit pour la bekhora].

📜 Rachi (1)
לִבְכוֹרָה אִצְטְרִיךְ וּלְעוֹלָם בְּתַרְוַייְהוּ בָּעֵינַן רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Il était nécessaire [de le dire] pour la bekhora — et en réalité pour les deux [cas] nous exigeons tête et majorité du corps.
💡 Explication

Réponse : R. Chimon exige rocho ve-roubo pour les deux (consommation et bekhora). Si le tana l'a précisé pour la bekhora, c'est qu'on aurait pu croire, d'après 'akh bekhor chor', qu'il faut un bœuf intégral pour la loi du premier-né. Le tana enseigne donc que rocho ve-roubo suffit aussi pour la bekhora.

5
תָּא שְׁמַע: ״אַךְ אֶת זֶה לֹא תֹאכְלוּ מִמַּעֲלֵי הַגֵּרָה וּמִמַּפְרִיסֵי הַפַּרְסָה״, זֶה — אִי אַתָּה אוֹכֵל, אֲבָל אַתָּה אוֹכֵל הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד.

Viens et entends : 'Toutefois ceux-ci vous ne les mangerez pas parmi les ruminants et parmi ceux qui ont le sabot fendu' (Lv 11:4) : celui-ci (ze) — tu ne [le] mangeras pas, mais tu peux manger celui qui vient avec un seul signe (siman ehad).

📜 Rachi (2)
זֶה אִי אַתָּה אוֹכֵל גָּמָל אַפֵּי' נוֹלַד מִן הַפָּרָה:
Celui-ci, tu ne [le] mangeras pas — le chameau, même né d'une vache.
אֲבָל אַתָּה אוֹכֵל אַחַר הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד שֶׁל אִמּוֹ כְּלוֹמַר שֶׁדּוֹמֶה לְאִמּוֹ בְּמִקְצָת כְּגוֹן טָמֵא שֶׁנּוֹלַד מִן הַטָּהוֹר וְדוֹמֶה לְאִמּוֹ בְּמִקְצָת:
Mais tu peux manger un autre qui vient avec un seul signe — de sa mère ; c'est-à-dire qui ressemble à sa mère par une partie [des signes], comme un [animal] non-casher né d'un [animal] casher et qui lui ressemble en partie.
🗂️ Tossefot (1)
זֶה אִי אַתָּה אוֹכֵל גָּמָל וְשָׁפָן כְּתִיבִי בִּקְרָא אֲבָל אַתָּה אוֹכֵל הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד לָאו בְּסִימָנֵי טָהֳרָה אַייְרֵי דְּמִמַּעְלָה גֵּרָה וּמִמַּפְרִיסֵי הַפַּרְסָה אֶלָּא בִּדְמֵי לְמִקְצָת סִימָנִין לְאִמּוֹ בַּיָּד וּבָרֶגֶל וּבְצַמְרוֹ (וָלָד) סִימָנֵי טָהֳרָה בָּעֵי:
Celui-ci, tu ne [le] mangeras pas — 'chameau' et 'daman' sont écrits dans le verset. 'Mais tu peux manger celui qui vient avec un seul signe' : il ne s'agit pas des signes de pureté (ruminer et avoir le sabot fendu), tirés de 'parmi les ruminants et parmi ceux qui ont le sabot fendu', mais [d'un cas] où il ressemble par une partie des signes à sa mère — à la patte, au pied, à la laine ; [pour] le [petit,] on exige [ce type de] signes de pureté [= de ressemblance à la mère].
💡 Explication

Nouvelle baraita fondée sur Lv 11:4. Le mot 'ze' (celui-ci — le chameau) : tu ne le mangeras pas, même né d'une vache. Mais 'ceux-ci' (au pluriel restrictif) enseigne que tu peux manger un petit non-casher qui vient avec un seul signe (siman ehad) de sa mère casher.

6
וְאִי זֶה זֶה הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד? זֶה טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר, וְעִבּוּרוֹ מִן הַטָּהוֹר.

Et lequel est-ce, celui qui vient avec un seul signe ? C'est un [animal] non-casher né d'un [animal] casher, et dont la conception (ibour) provient d'un [mâle] casher.

💡 Explication

Définition : 'celui qui vient avec un seul signe' est un petit non-casher né d'une femelle casher, dont la conception (ibour) provient aussi d'un mâle casher. Les deux parents sont donc casher.

7
יָכוֹל אֲפִילּוּ עִבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שֵׂה כְשָׂבִים וְשֵׂה עִזִּים״, עַד שֶׁיְּהֵא אָבִיו כֶּבֶשׂ וְאִמּוֹ כִּבְשָׂה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

On pourrait penser [que c'est permis] même si sa conception provient d'un [mâle] non-casher ? L'enseignement dit : 'un agneau des moutons et un agneau des chèvres (seh kesavim ve-seh izzim)' (Dt 14:4) — [ce n'est permis que] tant que son père est un mouton et sa mère une brebis ; [ce sont] les paroles de Rabbi Yehochoua.

📜 Rachi (1)
שֶׂה כְּשָׂבִים שֶׂה הַבָּא מִשְּׁנֵי כְּבָשִׂים:
Un agneau des moutons — un agneau issu de deux [parents] moutons.
🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁיְּהֵא אָבִיו וְאִמּוֹ כִּבְשָׂה מִדִּכְתִיב כְּבָשִׂים וְעִזִּים וְלָא כְּתִיב כֶּבֶשׂ וְעֵז דָּרַשׁ ר' יְהוֹשֻׁעַ וְר' אֱלִיעֶזֶר מִדִּכְתִיב שֶׂה שֶׂה תְּרֵי זִימְנֵי וְהַשְׁתָּא דְּרָשׁוֹת דְּר' יְהוֹשֻׁעַ לֶאֱסֹור לָאו הוּא דר"א לְהַתִּיר וּלְשׁוֹן לֹא בָּא הַכָּתוּב דְּאָמַר ר"א מְגֻומְגָּם קְצָת דְּמַשְׁמַע הַלָּשׁוֹן דְּמִקְּרָא זֶה שֶׁדָּרַשׁ ר' יְהוֹשֻׁעַ טָמֵא שֶׁנּוֹלַד מִן טָהוֹר וְעִיבּוּרוֹ מִן הַטָּהוֹר אָמַר ר"א דְּבָא לְהוֹסִיף עַל הַמֻּותָּר וּלְהַתִּיר טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר וְעִיבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ לֹא בָּא הַכָּתוּב כְּמוֹ לֹא בָּאתָה הַתּוֹרָה עוֹד י"ל דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וה"פ מֹשֶׁה שֶׂה נָפְקָא לָן עִיבּוּרוֹ מִן הַטָּהוֹר לְכָךְ אִייַּתַּר זֶה לְהוֹסִיף עַל הַמּוֹתָר וְעִיבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא:
Tant que son père [est un mouton] et sa mère une brebis — du fait qu'il est écrit 'moutons' et 'chèvres' [au pluriel] et non 'mouton' et 'chèvre' [au singulier], R. Yehochoua fait cette deracha ; et R. Eliezer, du fait qu'il est écrit 'seh, seh' deux fois. Or les derachot de R. Yehochoua interdisent [le petit dont le père est non-casher] : ce n'est pas [la même chose] que R. Eliezer qui permet ; et l'expression 'le verset n'est pas venu [pour...]' que dit R. Eliezer est un peu embrouillée (megoumgam), car elle laisse entendre que ce verset que R. Yehochoua expose [permet] un non-casher né d'un casher dont la conception vient d'un casher — [alors que] R. Eliezer dit qu'[il] vient ajouter au permis et permettre un non-casher né d'un casher dont la conception vient d'un non-casher. On peut expliquer 'le verset n'est pas venu' comme 'la Torah n'est pas venue en outre'. On peut encore [expliquer] les paroles de R. Eliezer ainsi : de 'seh, seh' nous déduisons [le cas où] sa conception vient d'un casher ; c'est pourquoi 'celui-ci (ze)' est superflu, pour ajouter au permis, [à savoir le cas où] sa conception vient d'un non-casher.
💡 Explication

On aurait pu permettre même si le père est non-casher. Le verset 'seh kesavim ve-seh izzim' (Dt 14:4), au pluriel, enseigne selon R. Yehochoua qu'il faut que le père soit un mouton et la mère une brebis — les deux parents casher.

8
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: לֹא בָּא הַכָּתוּב לְהַתִּיר אֶת הַמֻּותָּר, אֶלָּא לְהוֹסִיף עַל הַמֻּותָּר, וְאֵיזֶה זֶה? טָמֵא הַנּוֹלָד מִן הַטָּהוֹר וְעִבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא. אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא עִבּוּרוֹ מִן הַטָּהוֹר? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שׁוֹר שֵׂה כְשָׂבִים וְשֵׂה עִזִּים״ מִכָּל מָקוֹם.

Rabbi Eliezer dit : le verset n'est pas venu pour permettre ce qui est [déjà] permis, mais pour ajouter au permis. Et lequel est-ce ?

Un [animal] non-casher né d'un [animal] casher et dont la conception provient d'un [mâle] non-casher. Ou peut-être [ne permet-il] que celui dont la conception provient d'un [mâle] casher ?

L'enseignement dit : 'un bœuf, un agneau des moutons et un agneau des chèvres (chor seh kesavim ve-seh izzim)' — en tout cas (mi-kol makom).

📜 Rachi (2)
לְהַתִּיר אֶת הַמֻּותָּר דְּכֵיוָן דְּאָבִיו וְאִמּוֹ טְהוֹרִים לָא אִיצְטְרִיךְ הַאי קְרָא דְּאַךְ אֶת זֶה תֹּאכְלוּ לְמִישְׁרְיֵיהּ:
Permettre ce qui est [déjà] permis — car, puisque son père et sa mère sont casher, ce verset 'toutefois ceux-ci vous mangerez' n'était pas nécessaire pour le permettre.
מ"מ מִדִּכְתִיב שֶׂה שֶׂה תְּרֵי זִימְנֵי שְׁמַע מִינֵּיהּ דְּאַפֵּי' מִצַּד הָאֵם וְלֹא מִצַּד הָאָב:
En tout cas — du fait qu'il est écrit 'seh, seh' deux fois, apprends-en que [c'est permis] même du seul côté de la mère et non du côté du père.
💡 Explication

R. Eliezer : le verset ne vient pas permettre ce qui est déjà permis (deux parents casher), mais ajouter au permis — à savoir un non-casher né d'une mère casher dont la conception vient d'un mâle non-casher. La redondance 'seh...seh' enseigne mi-kol makom : en tout cas, même si seule la mère est casher.

9
קָרֵי לֵיהּ ״טָמֵא״, כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, וְקָאָמַר: אֲבָל אַתָּה אוֹכֵל הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד!

Il l'appelle 'non-casher (tame)', comme Rabbi Chimon, et il dit : mais tu peux manger celui qui vient avec un seul signe !

📜 Rachi (2)
קָרֵי לֵיהּ טָמֵא לִקְלוֹט שֶׁנּוֹלַד מִן הַטָּהוֹר:
Il l'appelle 'non-casher' — le [petit] pris (kalout) né d'un [animal] casher.
כר"ש דְּאָסַר לֵיהּ הֵיכָא דְּאֵין בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין וְקָאָמַר דְּאִם יֵשׁ לוֹ סִימָן אֶחָד שֶׁל טָהֳרָה שֶׁדּוֹמֶה לְאִמּוֹ בְּמִקְצָת מֻותָּר:
Comme Rabbi Chimon — qui l'interdit là où il n'a pas une partie des signes, et [pourtant] il dit que s'il a un seul signe de pureté, ressemblant à sa mère en partie, il est permis.
💡 Explication

Déduction : cette baraita appelle 'non-casher' le petit né d'une mère casher — comme Rabbi Chimon (qui interdit le petit d'aspect chameau) — et pourtant elle dit qu'on peut le manger avec un seul signe. Preuve que R. Chimon n'exige pas rocho ve-roubo pour la consommation.

10
הַאי תַּנָּא סָבַר לֵיהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא, וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא.

Ce tana pense comme lui [R. Chimon] sur un point, et diverge de lui sur un [autre] point.

📜 Rachi (1)
וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא דְּר' שִׁמְעוֹן בָּעֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Et diverge de lui sur un point — car Rabbi Chimon exige tête et majorité du corps.
💡 Explication

Réfutation : ce tana suit R. Chimon sur un point (le petit non-casher né d'une casher est interdit) mais diverge sur un autre (il le permet avec un seul signe, alors que R. Chimon exige rocho ve-roubo). On ne peut donc rien déduire de lui sur la position de R. Chimon.

11
וְאִיכָּא דְּמַקְשֵׁי וּמוֹתֵיב: עֲבוּרוֹ מִן הַטָּמֵא — מִי מְעַבְּרָא?

Et il y a [des maîtres] qui posent une objection (et la résolvent) : sa conception provenant d'un [mâle] non-casher — est-ce qu'[une femelle casher] peut concevoir [ainsi] ?

📜 Rachi (2)
וְאִיכָּא דְּמַקְשֵׁי קֻושְׁיָא לְהַךְ בָּרַייְתָא וּמִתּוֹךְ הַקֻּושְׁיָא מֵשִׁיב דָּבָר לַשּׁוֹאֵל אִי בָּעֵי ר' שִׁמְעוֹן רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ לַאֲכִילָה אוֹ לֹא:
Et il y a [des maîtres] qui posent une objection — une difficulté contre cette baraita, et de cette difficulté ils tirent une réponse pour celui qui pose la question : R. Chimon exige-t-il tête et majorité du corps pour la consommation, ou non ?
מִי מִיעַבְּרָא טְהוֹרָה מְטַמֵּא דְּקָתָנֵי וְעִבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא:
Est-ce qu'[elle] peut concevoir — une [femelle] casher, d'un [mâle] non-casher, comme il l'enseigne : 'et sa conception provient d'un non-casher'.
💡 Explication

Certains soulèvent une difficulté sur la baraita (et en tirent une réponse au doute sur R. Chimon) : comment une femelle casher pourrait-elle concevoir d'un mâle non-casher ? Cela semble impossible.

12
וְהָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: לְעוֹלָם אֵין מִתְעַבֶּרֶת לֹא טְמֵאָה מִן הַטָּהוֹר, וְלֹא טְהוֹרָה מִן הַטָּמֵא, וְלֹא גַּסָּה מִן הַדַּקָּה, וְלֹא דַּקָּה מִן הַגַּסָּה, וְלֹא בְּהֵמָה מִן חַיָּה, וְלֹא חַיָּה מִן בְּהֵמָה.

Or Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : jamais [une femelle] ne conçoit — ni [une] non-casher d'un [mâle] casher, ni [une] casher d'un [mâle] non-casher, ni [une] grande (gassa) d'une petite (daka), ni [une] petite d'une grande, ni [un animal] domestique (behema) d'un [animal] sauvage (haya), ni [un animal] sauvage d'un [animal] domestique.

💡 Explication

Objection : R. Yehochoua ben Levi enseigne qu'aucune femelle ne conçoit hors de sa catégorie — casher/non-casher, grand bétail (gassa)/petit bétail (daka), domestique (behema)/sauvage (haya). Donc le cas de la baraita (conception d'un mâle non-casher) serait impossible.

13
חוּץ מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּמַחְלֻוקְתּוֹ, שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים חַיָּה מִתְעַבֶּרֶת מִבְּהֵמָה!

Excepté Rabbi Eliezer et ses contradicteurs, qui disaient qu'un [animal] sauvage (haya) conçoit d'un [animal] domestique (behema) !

📜 Rachi (1)
חוּץ מַר' אֱלִיעֶזֶר וּמַחֲלֻוקְתּוֹ שֶׁחוֹלְקִין בְּכוֹי בְּפֶ' אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף עט:) אִם אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ וְקָתָנֵי כּוֹי הַבָּא מִן הַתַּיִישׁ וּמִן הַצְּבִייָּה אַלְמָא חַיָּה מִתְעַבֶּרֶת מִבְּהֵמָה לְדִבְרֵיהֶם:
Excepté R. Eliezer et ses contradicteurs — qui débattent à propos du koy dans le chapitre 'Oto ve-et beno', dans Chehitat Houlin (79b), pour savoir si [la loi d']'oto ve-et beno' (l'animal et son petit [interdits le même jour]) s'y applique ; et il enseigne 'le koy issu du bouc et de la gazelle' — d'où [il ressort qu']un [animal] sauvage conçoit d'un [animal] domestique selon leur opinion.
🗂️ Tossefot (1)
חוּץ מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּמַחֲלֻוקְתּוֹ הָא דְּלָא קָאָמַר חוּץ מִן הַדּוֹלְפָנִין שֶׁפָּרִים וְרַבִּים מִבְּנֵי אָדָם כִּדְאָמַר לְקַמָּן לָא קָשֶׁה מִידִי דְּלָא אַיְירֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אֶלָּא בִּבְהֵמָה וְחַיָּה וְלֹא בִּבְנֵי אָדָם וְהָנְהוּ בְּנֵי יַמָּא נִינְהוּ:
Excepté R. Eliezer et ses contradicteurs — le fait qu'il ne dise pas 'excepté les dauphins qui se reproduisent [comme] les êtres humains', comme on le dit plus loin, ne pose aucune difficulté : R. Yehochoua ben Levi ne traite que des animaux domestiques et sauvages, non des êtres humains ; et ces [dauphins] sont des créatures marines (benei yama).
💡 Explication

Seule exception : R. Eliezer et ceux qui débattent avec lui (à propos du koy, dans Houlin 79b) tiennent qu'un animal sauvage peut concevoir d'un domestique. La question porte sur l'application de la loi 'oto ve-et beno' au koy.

14
וְאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: דְּאִיעַבַּר מִקָּלוּט בֶּן פָּרָה, וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן קָאָמַר, וְקָאָמַר: אֲבָל אַתָּה אוֹכֵל הַבָּא בְּסִימָן אֶחָד!

Et Rabbi Yirmeya a dit : [il s'agit] d'une [femelle casher] qui a conçu d'un kalout fils de vache, et il [l'a] dit selon Rabbi Chimon, et il dit : mais tu peux manger celui qui vient avec un seul signe !

📜 Rachi (1)
וְאָמַר ר' יִרְמְיָה הַאי עֲבוּרוֹ מִן הַטָּמֵא דְּקָאָמַר הַייְנוּ שֶׁנִּתְעַבְּרָה מִן הַקָּלוּט שֶׁפַּרְסוֹתָיו קְלוּטוֹת כְּגָמָל וּבֶן פָּרָה הוּא וְאַלִּיבָּא דְּר' שִׁמְעוֹן קָרֵי לֵיהּ טָמֵא וּבְנוֹ מֻותָּר אִם דּוֹמֶה לְאִמּוֹ בְּסִימָן אֶחָד אַלְמָא לַאֲכִילָה לָא בָּעֵי ר"ש רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Et Rabbi Yirmeya a dit — ce 'sa conception provient d'un non-casher' qu'il énonce, c'est [une femelle] qui a conçu d'un kalout dont les sabots sont fermés (kaloutot) comme [ceux d']un chameau, et [qui] est fils d'une vache ; et selon R. Chimon il l'appelle 'non-casher', et son petit est permis s'il ressemble à sa mère par un seul signe — d'où, pour la consommation, R. Chimon n'exige pas tête et majorité du corps.
💡 Explication

Réponse de R. Yirmeya : 'conception d'un non-casher' vise un kalout (animal aux sabots non fendus, d'aspect chameau) qui est lui-même fils d'une vache — une vache peut donc concevoir de lui. Et la baraita parle selon R. Chimon (qui appelle ce kalout 'non-casher') tout en permettant son petit avec un seul signe. Preuve que R. Chimon n'exige pas rocho ve-roubo pour la consommation.

15
הַאי תַּנָּא סָבַר לָהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא, וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא.

Ce tana pense comme lui [R. Chimon] sur un point, et diverge de lui sur un [autre] point.

🗂️ Tossefot (1)
וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא מַה שֶּׁיּוּכַל לִדְחוֹת דָּחֵי כֵּן מִשּׁוּם דְּבַמַּסְּקָנָא לַאֲכִילָה פָּשְׁטִינַן נָמֵי דְּבָעֵי ר"ש רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Et diverge de lui sur un point — on repousse [la preuve] par tout ce qu'il est possible de repousser, parce que, dans la conclusion, nous tranchons aussi pour la consommation que R. Chimon exige tête et majorité du corps.
💡 Explication

Même réfutation : ce tana suit R. Chimon sur un point et diverge sur un autre. On repousse ainsi la preuve — car, dans la conclusion (masqana), on tranchera aussi que R. Chimon exige rocho ve-roubo pour la consommation.

16
לְמֵימְרָא, דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: זֶה וְזֶה גּוֹרֵם — מֻותָּר, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר: זֶה וָזֶה גּוֹרֵם — אָסוּר?

Est-ce à dire que Rabbi Eliezer pense : ze va-ze gorem (ceci et cela [le] causent) — permis, et que Rabbi Yehochoua pense : ze va-ze gorem — interdit ?

📜 Rachi (1)
זֶה וְזֶה גּוֹרֵם הַהֶיתֵּר וְהָאִיסּוּר גּוֹרְמִין לָזֶה שֶׁיָּבֹא הוּא טָמֵא וְאִמּוֹ טְהוֹרָה:
Ze va-ze gorem — le permis et l'interdit causent [ensemble] que celui-ci vienne : lui non-casher et sa mère casher.
💡 Explication

Analyse de la mahloket : R. Eliezer tiendrait que lorsque deux facteurs conjoints (ze va-ze gorem) — l'un permis (mère casher), l'autre interdit (père non-casher) — produisent le petit, le résultat est permis ; et R. Yehochoua, qu'il est interdit.

17
וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ: וְלַד טְרֵיפָה, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: לֹא יִקְרַב לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: יִקְרַב לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ!

Mais nous les avons entendus [dire] l'inverse : le petit d'une trefa — Rabbi Eliezer dit : il ne sera pas offert sur l'autel, et Rabbi Yehochoua dit : il sera offert sur l'autel !

📜 Rachi (1)
וְלַד טְרֵיפָה וְאָבִיו תָּמִים הֲרֵי זֶה וְזֶה גּוֹרֵם:
Le petit d'une trefa — et son père [est] sain (tamim) : voilà ze va-ze gorem.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ וְלַד טְרֵיפָה לָמֶ"ד טְרֵיפָה יוֹלֶדֶת נִיחָא דִּפְלִיגִי בְּזֶה וְזֶה גּוֹרֵם אֶלָּא לְמ"ד אֵינָהּ יוֹלֶדֶת מוֹקְמִי פְּלוּגְתָּא פֶּרֶק אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין נח.) בְּעֻובָּר יֶרֶךְ אִמּוֹ וְנִתְעַבְּרָה וּלְבַסּוֹף נִטְרְפָה וּמִיהוּ אַשְׁכְּחַן בְּעָלְמָא דר' אֱלִיעֶזֶר סָבַר זֶה וָזֶה גּוֹרֵם אָסוּר וְרַבָּנַן סָבְרִי מֻותָּר גַּבֵּי שְׂאוֹר חֻולִּין וּתְרוּמָה וְשִׁלְהֵי כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז מט.) גַּבֵּי נָטַל מִמֶּנָּה עֵצִים אֶלָּא לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אַייְתְיֵהּ ואע"ג דְּלָאו דִּבְרֵי הַכֹּל הוּא וּמַה שֶׁמַּזְכִּיר כָּאן זֶה וָזֶה גּוֹרֵם וּפַר' אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (חֻולִּין עט:) נְקַט לִישָּׁנָא דְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב מִשּׁוּם דְּהָכָא אַיְירֵי בְּדָבָר הַבָּא מֵהֶיתֵּר וְאִיסּוּר [שַׁייָּךְ שַׁפִּיר] זֶה וְזֶה גּוֹרֵם וּמִיהוּ קָשֶׁה כֵּיוָן דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב מֵאֵיזֶה טַעַם תֵּחָשֵׁב וָלָד טְרֵיפָה זֶה וָזֶה גּוֹרֵם לֹא יֵחָשֵׁב שְׂאוֹר גּוֹרֵם וְלִיתְּסַר:
Mais nous les avons entendus [dire] l'inverse : le petit d'une trefa — pour l'avis selon lequel une trefa enfante, cela va bien qu'ils divergent sur ze va-ze gorem ; mais pour l'avis selon lequel elle n'enfante pas, on situe la mahloket, au chapitre 'Elou trefot' (Houlin 58a), dans le cas d'un embryon [encore] cuisse de sa mère (oubar yerekh imo) : elle a conçu puis est devenue trefa à la fin. Toutefois, nous trouvons ailleurs que R. Eliezer pense 'ze va-ze gorem, interdit' et les Sages 'permis', à propos du levain (seor) de houlin et de terouma, et à la fin de 'Kol ha-tselamim' (Avoda Zara 49a), à propos de 'il a pris d'elle du bois'. Mais [ici] c'est à R. Yehochoua qu'il [faut l']attribuer, bien que ce ne soit pas [l'avis de] tous ; et le fait qu'on mentionne ici 'ze va-ze gorem' alors qu'au chapitre 'Oto ve-et beno' (Houlin 79b) on emploie l'expression 'on tient compte de la semence du père (hochechin le-zera ha-av)', c'est parce qu'ici on traite d'une chose issue d'[un facteur] permis et d'[un facteur] interdit — [alors] 'ze va-ze gorem' s'applique bien. Mais il y a une difficulté : puisqu'on ne tient pas compte de la semence du père, pour quelle raison le petit d'une trefa serait-il considéré 'ze va-ze gorem' ? Le levain [gorem] ne devrait pas être considéré comme 'gorem' et [le pain] ne devrait pas être interdit !
💡 Explication

Contradiction : dans le cas du petit d'une trefa (mère trefa, père sain — ze va-ze gorem), les positions sont inversées : R. Eliezer interdit l'offrande (ze va-ze gorem interdit), R. Yehochoua la permet (ze va-ze gorem permis).

18
בְּעָלְמָא סָבַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: זֶה וְזֶה גּוֹרֵם — אָסוּר, וְשָׁאנֵי הָכָא, דְּאִם כֵּן נִכְתּוֹב קְרָא: ״שֶׂה כְּשָׂבִים וְעִזִּים״, ״שֶׂה״ ״וְשֶׂה״ לָמָּה לִי? שְׁמַע מִינָּה: שֶׂה — מִכָּל מָקוֹם.

En général Rabbi Eliezer pense : ze va-ze gorem — interdit, mais ici c'est différent : car si [c'était interdit] le verset aurait écrit 'un agneau [des] moutons et [des] chèvres (seh kesavim ve-izzim)' ; pourquoi 'seh' et 'seh' [redoublé] me faut-il ? Apprends-en : seh — en tout cas (mi-kol makom).

📜 Rachi (1)
דא"כ דְּעִבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא אָסוּר לִכְתֹּוב שֶׂה כְּשָׂבִים וְעִזִּים:
Car si [c'était interdit] — [à savoir] que [le petit dont] la conception vient d'un non-casher est interdit, [le verset] aurait dû écrire 'un agneau [des] moutons et [des] chèvres'.
💡 Explication

Résolution côté R. Eliezer : en général il tient ze va-ze gorem interdit ; mais ici c'est le verset qui tranche exceptionnellement. La redondance de 'seh' (au lieu d'écrire simplement 'seh kesavim ve-izzim') enseigne mi-kol makom : le petit est permis en tout cas, même d'un père non-casher.

19
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אָמַר לְךָ: בְּעָלְמָא זֶה וָזֶה גּוֹרֵם — מֻותָּר, וְהָכָא אִם כֵּן לִכְתֹּוב קְרָא: ״שׁוֹר כֶּשֶׂב וְעֵז״, ״כְּשָׂבִים וְעִזִּים״ לָמָּה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ עַד שֶׁיְּהֵא אָבִיו כֶּבֶשׂ וְאִמּוֹ כִּבְשָׂה.

Et Rabbi Yehochoua peut te dire : en général ze va-ze gorem — permis, mais ici, si [c'était permis], le verset aurait écrit 'un bœuf, un mouton et une chèvre (chor kesev ve-ez)' ; pourquoi 'kesavim' et 'izzim' [au pluriel] me faut-il ? Apprends-en : tant que son père est un mouton et sa mère une brebis.

💡 Explication

Résolution côté R. Yehochoua : en général il tient ze va-ze gorem permis ; mais ici le verset tranche. S'il avait fallu permettre, il aurait écrit au singulier ; le pluriel 'kesavim'/'izzim' enseigne qu'il faut père mouton et mère brebis — deux parents casher.

20
תָּא שְׁמַע: רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר, ״גָּמָל״ ״גָּמָל״ שְׁנֵי פְּעָמִים — אֶחָד גָּמָל הַנּוֹלָד מִן הַגָּמָל, וְאֶחָד גָּמָל הַנּוֹלָד מִן הַפָּרָה, וְאִם רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ דּוֹמֶה לְאִמּוֹ — מֻותָּר בַּאֲכִילָה.

Viens et entends : Rabbi Chimon dit : 'chameau', 'chameau' [écrit] deux fois — l'un [pour] le chameau né du chameau, l'autre [pour] le chameau né de la vache ; et si sa tête et la majorité de son corps ressemblent à sa mère — il est permis à la consommation.

💡 Explication

Preuve décisive : R. Chimon lui-même, exposant le double 'gamal, gamal' (Lv 11:4 et Dt 14:7), enseigne que le petit d'aspect chameau né d'une vache n'est permis à la consommation que si rocho ve-roubo ressemblent à la mère.

21
שְׁמַע מִינָּה, לַאֲכִילָה נָמֵי בָּעֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ, שְׁמַע מִינָּה.

Apprends-en que, pour la consommation aussi, Rabbi Chimon exige tête et majorité du corps. Apprends-en [effectivement].

💡 Explication

Conclusion tranchée (chema mina) : R. Chimon exige bien rocho ve-roubo pour la consommation, et non pour la seule bekhora. Le doute de toute la sougya est résolu.

22
שֶׁהַיּוֹצֵא מִן הַטָּמֵא וְכוּ׳. בָּעוּ מִינָּהּ מֵרַב שֵׁשֶׁת: מֵי רַגְלַיִם שֶׁל חֲמוֹר, מַהוּ?

[La michna dit :] 'car ce qui sort du non-casher [est non-casher]', etc. On demanda à Rav Chechet : l'urine (mei raglayim, litt. 'l'eau des pieds') de l'âne, qu'en est-il ?

💡 Explication

Nouvelle question (sur la michna 5b : 'ce qui sort du non-casher est non-casher'). On demande à Rav Chechet : l'urine de l'âne (mei raglayim) est-elle interdite comme son lait, ou permise ?

23
וְתִיבְּעֵי לֵיהּ דְּסוּסִים וּגְמַלִּים? דְּסוּסִים וּגְמַלִּים לָא מִיבַּעְיָא לְהוּ, דְּלָא עֲכִירִי וְלָא דָּמוּ לְחָלָב, מַיָּא עוּל מַיָּא נְפוּק. כִּי קָמִיבַּעְיָא לְהוּ דַּחֲמוֹר, דַּעֲכִירִי וְדָמוּ לְחָלָב, מַאי? מִגּוּפֵיהּ קָא מִימַּצְצִי וַאֲסִירִי, אוֹ דִּלְמָא מַיָּא עוּל מַיָּא נְפוּק, וְהַאי דַּעֲכִירִי — הַבְלָא דְּבִישְׂרָא הוּא?

Qu'il pose donc la question [aussi] pour [celle] des chevaux et des chameaux ? [Pour celle] des chevaux et des chameaux il ne la pose pas, car elle n'est pas trouble et ne ressemble pas au lait : de l'eau entre, de l'eau sort.

C'est [pour celle] de l'âne qu'il la pose, car elle est trouble et ressemble au lait : qu'en est-il ? Est-elle pressée (extraite) de son corps même, et [donc] interdite ; ou peut-être de l'eau entre, de l'eau sort, et si elle est trouble, c'est [du seul fait de] la chaleur (hevla) de la chair ?

📜 Rachi (1)
מַיָּא עוּל מַיָּא נְפוּק וְהַאי דַּעֲכִירִי הַבְלָא דְּבִישְׂרָא הוּא מֵחֲמַת חֲמִימוּת וְסֵרָחוֹן הַבָּשָׂר:
De l'eau entre, de l'eau sort, et si elle est trouble c'est [du seul fait de] la chaleur de la chair — à cause de la chaleur et de la putréfaction (sirahon) de la chair.
💡 Explication

Précision : pour le cheval et le chameau, pas de doute — leur urine est claire, ne ressemble pas au lait ('de l'eau entre, de l'eau sort'). Le doute porte sur l'âne, dont l'urine est trouble et ressemble au lait : est-elle extraite du corps (donc interdite comme une sécrétion), ou n'est-ce que de l'eau que la chaleur de la chair a rendue trouble (donc permise) ?

24
אֲמַר לְהוּ רַב שֵׁשֶׁת, תַּנִּיתוּהָ: שֶׁהַיּוֹצֵא מִן הַטָּמֵא — טָמֵא, וְהַיּוֹצֵא מִן הַטָּהוֹר — טָהוֹר. ״מְטַמֵּא״ לָא קָאָמַר, אֶלָּא ״מִן

Rav Chechet leur dit : vous l'avez appris [dans la michna] : 'car ce qui sort du non-casher est non-casher, et ce qui sort du casher est casher'. Elle ne dit pas 'du [corps] non-casher (mi-tame)', mais 'de [l'espèce non-casher] (min)'...

[suite sur 7b].

📜 Rachi (1)
מְטַמֵּא הָוֵי מַשְׁמַע מִגּוּפֵיהּ דְּטָמֵא מִן הַטָּמֵא מַשְׁמַע מִינוֹ שֶׁל טָמֵא הֵן דְּדָמוּ לְחָלָב:
Mi-tame — cela aurait signifié 'de son corps' ; [tandis que] 'min tame' signifie [l'appartenance à] l'espèce du non-casher : [interdits sont] ceux qui ressemblent au lait.
⚖️ Rosh (1)
אַרִיבָּ"ל לְעוֹלָם אֵינָהּ מִתְעַבֶּרֶת לֹא טְהוֹרָה מִן הַטְּמֵאָה וְלֹא טְמֵאָה מִן הַטְּהוֹרָה וְלֹא גַּסָּה מִן הַדַּקָּה וְלֹא דַּקָּה מִן הַגַּסָּה וְלֹא בְּהֵמָה מִן חַיָּה וְלֹא חַיָּה מִן בְּהֵמָה. חוּץ מַר' אֱלִיעֶזֶר וּמַחֲלֻוקְתּוֹ שֶׁהָיָה אוֹמֵר אוֹמְרִים חַיָּה מִתְעַבֶּרֶת מִן הַבְּהֵמָה. וקי"ל כְּרִיבָּ"ל הִלְכָּךְ כּוֹי שֶׁדִּבְּרוּ בּוֹ חֲכָמִים בְּרִיָּה בִּפְנֵי עַצְמָהּ הִיא וְלֹא הִכְרִיעוּ בָּהּ חֲכָמִים אִם חַיָּה אִם בְּהֵמָה:
R. Yehochoua ben Levi [enseigne] : jamais [une femelle] ne conçoit — ni [une] casher d'un [mâle] non-casher, ni [une] non-casher d'un [mâle] casher, ni [une] grande (gassa) d'une petite (daka), ni [une] petite d'une grande, ni [un animal] domestique (behema) d'un [animal] sauvage (haya), ni [un animal] sauvage d'un [animal] domestique — excepté R. Eliezer et ses contradicteurs, qui disaient qu'un [animal] sauvage conçoit d'un [animal] domestique. Et nous tenons la halakha comme R. Yehochoua ben Levi. Dès lors, le koy dont ont parlé les Sages est une créature à part entière (beriya bifnei atsma), et les Sages n'ont pas tranché à son sujet s'il est [animal] sauvage (haya) ou domestique (behema).
💡 Explication

Réponse de Rav Chechet à partir de la michna : elle ne dit pas 'mi-tame' (ce qui sort du corps non-casher), mais 'min tame' (ce qui sort de l'espèce non-casher). C'est donc l'espèce, non le corps, qui détermine l'interdit — d'où l'urine trouble de l'âne suivrait le régime de son espèce. La suite est sur 7b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).