Sougya : Suite de la baraita zoologique. On distingue les vivipares des ovipares par la position de l'organe reproducteur mâle : externe = met bas, interne = pond ; le critère corrigé n'est pas les testicules (l'oie sauvage) mais l'organe lui-même.
On enseigne ensuite que le moment de l'accouplement détermine le moment de la ponte (jour, nuit, ou les deux), d'où la nafka mina de Rav Mari sur l'œuf trouvé le matin du yom tov. La baraita dresse un tableau des durées de gestation de chaque espèce avec l'arbre dont la maturation dure autant.
Trois espèces s'accouplent face à face — poisson, homme, serpent — parce que la Chekhina a parlé avec elles. Enfin, on dérive du verset 'Maudit sois-tu d'entre tout bétail et d'entre toute bête des champs' (Gen 3:14) que la gestation du serpent est de sept ans.
Les dauphins (dolfanin) se reproduisent et se multiplient comme les êtres humains. Que sont les dolfanin ?
Rav Yehouda dit : [ce sont] les 'enfants de la mer' (benei yama).
La baraita affirme que les dolfanin se reproduisent 'comme des humains'. Rachi précise : si un homme s'unit à eux, [la femelle] conçoit de lui. Rav Yehouda les identifie comme les benei yama (enfants de la mer), des créatures marines mi-humaines mi-poissons (la sirène, chriena en vieux français).
Toute [espèce] dont les testicules (beitzim) sont à l'extérieur — met bas [un petit vivant] ; et toute [espèce dont ils sont] à l'intérieur — pond des œufs.
Règle : quand les testicules du mâle sont externes (comme chez la bête domestique et l'animal sauvage), la femelle met bas un petit vivant ; quand ils sont internes, elle pond des œufs.
Est-ce ainsi ?! Mais Chemouel n'a-t-il pas dit : l'oie [domestique] et l'oie sauvage sont [interdites] entre elles [comme] kilayim (mélange interdit) [pour l'accouplement] — et nous avons discuté là-dessus : quelle en est la raison ?
Abaye a dit : celle-ci a ses testicules à l'extérieur, celle-là a ses testicules à l'intérieur — et pourtant toutes deux pondent des œufs !
Objection contre la règle précédente : Chemouel enseigne qu'on ne peut accoupler l'oie domestique et l'oie sauvage car elles sont kilayim (espèces distinctes) — la raison étant justement que l'une a les testicules dehors, l'autre dedans. Or toutes deux pondent ! Donc la position des testicules ne détermine pas le mode de reproduction.
Plutôt : toute [espèce] dont l'organe [mâle] (zakhrout) est à l'extérieur — met bas ; [dont il est] à l'intérieur — pond des œufs.
Correction : le critère n'est pas la position des testicules mais celle de l'organe reproducteur lui-même (zakhrout, la verge). L'oie sauvage a bien les testicules dehors, mais son organe est dedans : voilà pourquoi elle pond.
Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu de jour — met bas de jour ; [dont il a lieu] la nuit — met bas la nuit ; toute [espèce] dont l'accouplement a lieu aussi bien de jour que de nuit — met bas aussi bien de jour que de nuit.
Nouveau principe : le moment de l'accouplement détermine le moment de la mise bas (ou de la ponte) — de jour, de nuit, ou les deux.
[Celle] dont l'accouplement a lieu de jour met bas de jour — le coq (tarnegol) ; [celle dont il a lieu] la nuit met bas la nuit — la chauve-souris (atalef) ; [celle] dont l'accouplement a lieu aussi bien de jour que de nuit met bas aussi bien de jour que de nuit — l'homme (adam) et tout ce qui lui ressemble.
Exemples : coq (jour), chauve-souris (nuit), homme et espèces semblables (jour et nuit).
Quelle différence pratique (nafka mina) [en découle-t-il] ? [Elle porte] sur l'enseignement de Rav Mari fils de Rav Kahana, car Rav Mari fils de Rav Kahana a dit : si l'on a inspecté le nid des poules la veille du yom tov (erev yom tov) et qu'on n'y a pas trouvé d'œuf, et que le lendemain on s'est levé tôt [avant le jour] et qu'on y a trouvé un œuf — il est permis à la consommation le yom tov ; on dit [en effet] : [c'est] qu'il n'avait pas bien inspecté [la veille] (l'œuf était déjà là, car la poule ne pond pas la nuit).
La nafka mina (conséquence pratique) : puisque la poule ne pond que de jour, un œuf trouvé tôt le matin du yom tov ne peut avoir été pondu ce jour-là (interdit comme nolad). On suppose que l'œuf était déjà là la veille et qu'on avait mal inspecté. Il est donc permis.
Mais [pourtant] il a bien inspecté [la veille] ! On dit [alors] : [le cas est] que sa majeure partie était déjà sortie [la veille] puis était rentrée ; conformément à Rabbi Yo'hanan, car Rabbi Yo'hanan a dit : un œuf dont la majeure partie est sortie la veille du yom tov puis est rentrée — il est permis de le consommer le yom tov.
Objection : la baraita dit bien qu'il avait inspecté. Réponse : le cas visé est celui où la majeure partie de l'œuf était déjà sortie la veille puis est rentrée — selon Rabbi Yo'hanan, la sortie de la majeure partie vaut ponte, donc l'œuf est permis.
Toute [espèce] dont l'accouplement et la [durée de] gestation (ibour) sont identiques [à ceux d'une autre] — elles enfantent et élèvent (allaitent) l'une de l'autre. Toutes [les espèces] s'accouplent [le] devant [du mâle] face à la nuque [de la femelle], sauf trois qui s'accouplent devant contre devant (face à face), à savoir : le poisson (dag), l'homme (adam) et le serpent (nahach).
Deux espèces dont l'accouplement et la durée de gestation (ibour) coïncident peuvent avoir une progéniture ensemble et s'allaiter mutuellement (ex. brebis et chèvre). Toutes s'accouplent par-derrière, sauf trois qui le font face à face : poisson, homme, serpent.
Et qu'y a-t-il de particulier à ces trois-là ? Lorsque Rav Dimi arriva [de la Terre d'Israel], il [rapporta qu']on disait au Maarav (Occident, la Terre d'Israel) : c'est parce que la Chekhina (Présence divine) a parlé avec elles.
Pourquoi ces trois espèces s'accouplent-elles face à face ? Réponse rapportée de la Terre d'Israel : parce que la Chekhina a parlé avec elles — au poisson (Jonas 2:11 'et [le Nom] parla au poisson'), à l'homme (la prophétie), au serpent (Gen 3 'et [le Nom] dit au serpent').
Un tana a enseigné : le chameau (gamal) [s'accouple] dos contre dos (a'hor ke-neged a'hor).
Ajout d'une baraita : le chameau s'accouple dos à dos (ni par-derrière comme la plupart, ni face à face comme les trois).
Nos maîtres ont enseigné : la poule (tarnegolet) [couve] pendant vingt et un jours, et ce qui lui correspond parmi les arbres — le noisetier (louz) ; le chien (kelev) [porte] pendant cinquante jours, et ce qui lui correspond parmi les arbres — le figuier (teena) ; le chat (hatoul) pendant cinquante-deux jours, et ce qui lui correspond parmi les arbres — le mûrier (tout) ; le porc (hazir) pendant soixante jours, ce qui lui correspond parmi les arbres — le pommier (tapouah) ; le renard (choual) et toutes les espèces de reptiles (cheratzim) [portent] six mois, et ce qui leur correspond parmi les arbres — la céréale (tevoua).
Tableau des durées de gestation, chaque animal étant apparié à un arbre dont la maturation (de la floraison au fruit mûr) dure autant : poule/noisetier 21 j, chien/figuier 50 j, chat/mûrier 52 j, porc/pommier 60 j, renard et reptiles/céréale 6 mois. La céréale est appelée 'arbre' d'après l'avis selon lequel l'arbre dont mangea Adam était du blé.
Le petit bétail pur — [gestation] de cinq mois, et ce qui leur correspond parmi les arbres — la vigne (gefen). Le gros bétail impur — de douze mois, et ce qui lui correspond parmi les arbres — le palmier-dattier (dekel).
[Le gros bétail] pur — de neuf mois, et ce qui lui correspond parmi les arbres — l'olivier (zayit). Le loup, le lion, l'ours, le léopard, le berdelas, l'éléphant, le singe et le kipof — de trois ans, et ce qui leur correspond parmi les arbres — les 'bnot chouah' (figues blanches).
Suite du tableau : petit bétail pur (ovins/caprins) 5 mois/vigne ; gros bétail impur (chameau, âne) 12 mois/palmier ; gros bétail pur (bovin) 9 mois/olivier ; grands fauves (loup, lion, ours, léopard, éléphant, singe...) 3 ans/figues blanches.
La vipère (efeh) [engendre] en soixante-dix ans, et ce qui lui correspond parmi les arbres — le caroubier (harouv). Ce caroubier, du moment de sa plantation jusqu'au moment de l'achèvement de ses fruits — soixante-dix ans, et les jours de sa 'gestation' sont de trois ans.
Le serpent (nahach) [engendre] en sept ans, et à ce méchant (racha) nous n'avons pas trouvé de pendant [parmi les arbres]. Et certains disent : les 'moukhsasim'.
Fin du tableau : vipère (efeh) 70 ans/caroubier ; serpent 7 ans — sans équivalent végétal, car aucun arbre n'est aussi 'méchant' ; selon certains, les moukhsasim (une variété inférieure de figues blanches).
D'où [tient-on] ces choses (que la gestation du serpent est de sept ans) ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav — et l'on rapporte cela au nom de Rabbi Yehochoua ben Hanania — comme il est dit : 'Maudit sois-tu d'entre tout bétail (behema) et d'entre toute bête des champs (hayat ha-sade)' (Gen 3:14).
Si [le serpent] a été maudit [plus que] le bétail [domestique], [plus que] la bête [sauvage] à plus forte raison !
Source scripturaire des 7 ans : la malédiction du serpent 'Maudit sois-tu d'entre tout bétail et d'entre toute bête des champs' (Gen 3:14). Question : pourquoi mentionner la bête sauvage ? Si le serpent est maudit plus que le bétail (dont la gestation la plus courte, 5 mois, dépasse déjà celle des bêtes sauvages), il l'est à fortiori plus que la bête. La mention semble superflue.
Plutôt, [c'est] pour t'enseigner : de même que le bétail a été maudit [par rapport] à la bête [sauvage] dans un rapport de un à sept — et lequel est-ce ? l'âne par rapport au chat — de même [le serpent] a été maudit [par rapport] au bétail dans un rapport de un à sept, ce qui donne pour lui sept ans.
Réponse : les deux termes sont nécessaires pour établir la proportion. Le bétail est maudit relativement à la bête dans un rapport de 1 à 7 : l'âne (12 mois) par rapport au chat (52 jours ; 7 x 52 = 364 jours ~ 1 an). De même, le serpent est maudit relativement au bétail (l'âne) dans un rapport de 1 à 7 : 7 x 12 mois = 7 ans.
[On pourrait] dire : de même que la bête [sauvage] a été maudite [par rapport] au bétail dans un rapport de une [année] à trois ans — et lequel est-ce ? le lion par rapport à l'âne — de même [le serpent] a été maudit [par rapport] à la bête dans un rapport de un à trois, ce qui lui donnerait neuf ans.
Objection : on pourrait plutôt établir la proportion sur la bête sauvage. La bête est maudite relativement au bétail dans un rapport de 1 an à 3 ans : le lion (3 ans) par rapport à l'âne (1 an). Alors le serpent, maudit relativement à la bête dans ce même rapport, aurait 9 ans et non 7 (la discussion se poursuit sur 8b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).