Bekhorot 8b — la gestation du serpent et les sages d'Athènes : R. Yehochoua ben Chananya affronte les chachmei Bei Athuna

Bekhorot 8b

Sougya : Le daf achève la sougya sur la durée de gestation du serpent, déduite d'une chaîne de malédictions proportionnelles (un à trois) : le verset 'de tout le bétail et de tout le fauve' (Gn 3:14) fixe la durée à sept ans, plus lourde car il s'agit d'une malédiction. Suit la grande aggada : César demande à Rabbi Yehochoua ben Chananya la gestation du serpent ; celui-ci répond sept ans, mais les sages d'Athènes (chachmei Bei Athuna) prétendent l'avoir observée à trois ans.

César l'envoie les vaincre. Par ruse il gagne un guide (le boucher), déjoue les gardes du seuil par l'inversion de sa sandale, et surmonte une longue joute d'énigmes absurdes en y opposant des réponses tout aussi absurdes.

Il finit par embarquer les soixante sages sur son navire aménagé pour les ramener à César.

La chaîne des malédiction par la gestation (un à trois) Chat (hayya) ~52 jours Chèvre (behema) 5 mois (x3) Âne (chamor) ~1 an Serpent 7 ans Question : pourquoi comparer serpent/âne (un à trois) et non serpent/chèvre ? Réponse 1 : le verset dit 'de tout le bétail' (le plus maudit = l'âne). Réponse 2 : c'est une malédiction — on lui applique la plus lourde. Conclusion : gestation du serpent = 7 ans.
La déduction de la gestation du serpent (7 ans) par la chaîne des malédictions (segments 0-2).
La ruse de R. Yehochoua à l'entrée de Bei Athuna Gardes extérieurs empêchent d'ENTRER tués si une trace ENTRANTE paraît Seuil : cendre / son R. Yehochoua inverse sa sandale, marque une trace sortante puis une trace entrante Gardes intérieurs empêchent de SORTIR tués si une trace SORTANTE paraît 1) trace sortante -> les internes sont tués ; 2) trace entrante -> tous tués. L'entrée reste sans garde : R. Yehochoua pénètre.
La ruse du seuil : comment R. Yehochoua fait tuer les gardes et entre à Bei Athuna (segments 7-8).
Les énigmes des sages d'Athènes et la parade de R. Yehochoua Piège (absurde) Riposte (aussi absurde) Une mule a mis bas (dette au père)... c'est justement une sornette Avec quoi saler le sel gâté ?Le sel se gâte-t-il donc ? Bâtir une maison dans l'airMontez-moi briques et mortier là-haut Où est le centre du monde ?Ici (mon doigt) — mesurez donc Coudre une meule briséeFilez-moi des fils tirés de la meule Champ de couteaux : avec quoi faucher ?Avec la corne d'un âne Quel œuf de poule noire / blanche ?Quel fromage de chèvre noire / blanche ? Principe : à une question insensé, une réponse insensée de même forme.
Le duel d'énigmes absurdes entre les sages d'Athènes et R. Yehochoua (segments 13-19).
1
מִי כְּתִיב ״מִכָּל הַחַיָּה וּמִכָּל הַבְּהֵמָה״? ״מִכָּל הַבְּהֵמָה וּמִכֹּל הַחַיָּה״ כְּתִיב! אָרוּר הוּא מִבְּהֵמָה שֶׁנִּתְקַלְּלָה מֵחַיָּה.

Est-il écrit 'de tout le fauve et de tout le bétail' ? C'est 'de tout le bétail et de tout le fauve' qui est écrit (Gn 3:14) !

[Le serpent] est maudit à partir du bétail, lui-même déjà plus maudit que le fauve.

📜 Rachi (2)
מִי כְּתִיב מִכָּל הַחַיָּה וּמִכָּל הַבְּהֵמָה דְּנִידְרֹושׁ מִכָּל הַחַיָּה שֶׁנִּתְקַלְּלָה יוֹתֵר מִבְּהֵמָה:
Est-il écrit 'de tout le fauve et de tout le bétail' — [de sorte] qu'on exégéterait 'de tout le fauve', à savoir qu'[il] fut maudit plus que le bétail.
[מִכָּל הַבְּהֵמָה כְּתִיב מַשְׁמַע מִבְּהֵמָה הַמְקֻולֶּלֶת יוֹתֵר כָּךְ נִתְקַלֵּל וְאֵין לְךָ מְקֻולֶּלֶת בִּבְהֵמָה גַּסָּה יוֹתֵר מֵחָמוּר]:
['De tout le bétail' est écrit — cela signifie : à partir du bétail le plus maudit, il fut ainsi maudit ; et tu n'as pas plus maudit, parmi le gros bétail, que l'âne.]
💡 Explication

La Guemara réfute une lecture qui déduirait la durée de gestation du serpent en le comparant au fauve (hayya). L'ordre du verset — 'de tout le bétail (behema) et de tout le fauve (hayya)' — montre qu'on prend pour référence le bétail domestique, déjà plus maudit (gestation plus longue) que les animaux sauvages.

🖼️ Schéma
La chaîne des malédiction par la gestation (un à trois) Chat (hayya) ~52 jours Chèvre (behema) 5 mois (x3) Âne (chamor) ~1 an Serpent 7 ans Question : pourquoi comparer serpent/âne (un à trois) et non serpent/chèvre ? Réponse 1 : le verset dit 'de tout le bétail' (le plus maudit = l'âne). Réponse 2 : c'est une malédiction — on lui applique la plus lourde. Conclusion : gestation du serpent = 7 ans.
La chaîne des malédictions par la durée de gestation.
2
וְאֵימָא: כְּשֵׁם שֶׁנִּתְקַלְּלָה בְּהֵמָה מֵחַיָּה אֶחָד לְשָׁלֹשׁ, וּמַאי נִיהוּ? עז מֵחָתוּל, כָּךְ נִתְקַלֵּל הוּא מִבְּהֵמָה אֶחָד לְשָׁלֹשׁ, דְּהָוֵה לֵיהּ חֲמֵיסַר יַרְחֵי!

Mais dis [plutôt] : de même que le bétail fut maudit par rapport au fauve dans une proportion de un à trois — et de quel [cas] s'agit-il ? La chèvre par rapport au chat — de même [le serpent] fut maudit par rapport au bétail dans une proportion de un à trois, ce qui ferait quinze mois !

📜 Rachi (1)
כָּךְ נִתְקַלֵּל הוּא מִבְּהֵמָה אֶחָד לְשָׁלֹשׁ כְּגוֹן בְּהֵמָה דַּקָּה טְהוֹרָה דְּעִיבּוּרָהּ לה' חֳדָשִׁים וּבַג' זִימְנֵי (תְּלָתָא) הָוֵי ט"ו:
De même [le serpent] fut maudit par rapport au bétail dans une proportion de un à trois — par exemple le petit bétail pur, dont la gestation est de cinq mois, et en trois fois cela fait quinze [mois].
🗂️ Tossefot (1)
אֶחָד לְשָׁלֹשׁ וּמַאי נִינְהוּ עַז מֵחָתוּל הָכָא נִיחָא טְפֵי לִמְנַקַּט עז מִכֶּלֶב לָמֶ"ד (כִּלְאַיִם פ"ח מ"ו) מִין חַיָּה לְפִי שֶׁהַחֶשְׁבּוֹן שֶׁלָּהֶן מְכֻוָּון טְפֵי אֶחָד לְשָׁלֹשׁ אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְמִיפְרַךְ כְּכוּלֵּי עָלְמָא:
Un à trois, et de quel [cas] s'agit-il ? La chèvre par rapport au chat — ici il est plus commode de prendre la chèvre plutôt que le chien, selon l'avis (Kilayim ch. 8 michna 6) [pour qui le chien est] une espèce de fauve, car leur calcul tombe plus juste, un à trois ; mais il [au Talmud] convient de poser l'objection selon l'avis de tous.
💡 Explication

Objection : la proportion de malédiction (gestation) est un à trois. Le chat (hayya) gestation ~52 jours ; la chèvre (behema fine, pure) gestation 5 mois — soit environ trois fois plus. En appliquant le même rapport au serpent par rapport à la chèvre, on obtiendrait 5 x 3 = quinze mois, non sept ans.

3
אִיבָּעֵית אֵימָא: ״מִכָּל הַבְּהֵמָה״ כְּתִיב. אִי בָּעֵית אֵימָא: קְלָלָה הוּא, קְלָלָה שַׁדַּי עִילָּוֵיהּ.

Si tu veux, dis : c'est 'de tout le bétail' qui est écrit [donc à partir du plus maudit, l'âne]. Et si tu veux, dis : c'est une malédiction — on lui jette dessus [la malédiction la plus lourde].

📜 Rachi (2)
אִי בָּעֵית אֵימָא מִכָּל הַבְּהֵמָה דְּמַשְׁמַע מִכָּל הַבְּהֵמָה הַמְקֻולֶּלֶת יוֹתֵר:
Si tu veux, dis : 'de tout le bétail' — ce qui signifie : à partir du bétail le plus maudit.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא לְשֵׁם קְלָלָה נֶאֱמַר הִלְכָּךְ קְלָלָה חֲמוּרָה שֶׁתּוּכַל לִדְרֹושׁ מִן הַפָּסוּק שַׁדַּי עִילָּוֵיהּ. וְהָכִי נָמֵי אִיכָּא לְאַקְשׁוֹיֵי וְאֵימָא כְּשֵׁם שֶׁנִּתְקַלְּלָה בְּהֵמָה מֵחַיָּה אֶחָד לִשְׁנַיִם וּמַאי נִיהוּ חֲמוֹר מִשּׁוּעָל כָּךְ נִתְקַלֵּל הוּא מֵחָמוּר אֶחָד לִשְׁנַיִם דְּהָווּ לְהוּ ב' שְׁנַיִם אֶלָּא אִיכָּא לְתָרוּצֵי קְלָלָה שַׁדַּי עִילָּוֵיהּ וְעוֹד מִכָּל הַבְּהֵמָה וּמִכֹּל הַחַיָּה כְּתִיב דְּמַשְׁמַע דְּמִשּׁוּם בְּהֵמָה שֶׁיְּתֵירָה קִלְלָתָהּ עַל שׁוּם חַיָּה וּמָצִינוּ חֲמוֹר מְקֻולָּל מֵחָתוּל אֶחָד לְשֶׁבַע:
Et si tu veux, dis — c'est énoncé à titre de malédiction ; dès lors, la malédiction la plus lourde que tu peux exégéter du verset, on la lui jette dessus. Et de même ici on pourrait objecter : dis que, de même que le bétail fut maudit par rapport au fauve dans une proportion de un à deux — et de quel [cas] s'agit-il ? L'âne par rapport au renard — de même [le serpent] fut maudit par rapport à l'âne dans une proportion de un à deux, ce qui ferait deux ans ; mais on peut répondre 'la malédiction, on la lui jette dessus'. De plus, 'de tout le bétail et de tout le fauve' est écrit, ce qui signifie que c'est à cause du bétail dont la malédiction dépasse celle d'un fauve [qu'on juge] ; et l'on trouve l'âne plus maudit que le chat dans une proportion de un à sept.
💡 Explication

Deux réponses. (1) Le verset dit 'de tout le bétail', soit à partir du plus maudit du bétail, l'âne (gestation ~1 an) ; le rapport un à sept par rapport au chat donne sept ans. (2) S'agissant d'une malédiction, on lui applique la lecture la plus sévère que le verset autorise.

4
אֲמַר לֵיהּ קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: נָחָשׁ לְכַמָּה מִיעַבַּר וּמוֹלֵיד? אֲמַר לֵיהּ: לְשֵׁב שְׁנֵי. וְהָא סָבֵי דְּבֵי אַתּוּנָא אַרְבְּעִינְהוּ, וְאוֹלִיד לִתְלָת! הָנְהוּ מִיעַבְּרִי הֲווֹ מֵעִיקָּרָא אַרְבַּע. וְהָא קָמְשַׁמְּשִׁי שִׁמּוּשֵׁי! אִינְהוּ נָמֵי מְשַׁמְּשִׁי כְּאָדָם.

César dit à Rabbi Yehochoua ben Chananya : le serpent, en combien [de temps] conçoit-il et met-il bas ? Il lui dit : en sept ans. — Mais les anciens de l'école d'Athènes (savei de-vei Athuna) en ont fait s'accoupler, et [ceux-ci] ont mis bas en trois ans ! — Ceux-là étaient déjà pleins depuis quatre ans auparavant. — Mais ils s'accouplaient [encore] ! — Eux aussi s'accouplent comme l'humain.

📜 Rachi (3)
לְכַמָּה מִיעַבַּר וּמוֹלִיד כַּמָּה שׁוֹהֶה עִיבּוּרוֹ בְּמֵעָיו:
En combien conçoit-il et met-il bas — combien de temps sa gestation demeure-t-elle dans son ventre.
דְּבֵי אַתּוּנָא מָקוֹם:
De l'école d'Athènes — nom d'un lieu.
וְהָא מְשַׁמְּשֵׁי שִׁמּוּשֵׁי וְאִי הָווּ מְעַבְּרִי לָא הָווּ מְשַׁמְּשֵׁי שֶׁדֶּרֶךְ חַיָּה וּבְהֵמָה מֵאַחַר שֶׁנִּתְעַבְּרָה אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת זָכָר:
Mais ils s'accouplaient — or s'ils avaient été gravides, ils ne se seraient pas accouplés, car l'usage du fauve et du bétail est que, une fois gravide, [la femelle] n'accepte plus le mâle.
💡 Explication

Début de l'aggada. César objecte à R. Yehochoua : les sages d'Athènes ont observé une gestation de trois ans, non sept. R. Yehochoua répond : les serpents étaient déjà gravides depuis quatre ans (4 + 3 = 7). Objection : mais ils continuaient à s'accoupler (or une bête gravide ne s'accouple plus) ; réponse : le serpent, comme l'humain, s'accouple même sans fin de reproduction.

5
וְהָא חַכִּימֵי אִינְהוּ? אֲנַן חֲכִימִינַן מִינַּייְהוּ. אִי חֲכִימַתְּ, זִיל זַכִּינְהוּ וְאַיְתִינְהוּ לִי! אֲמַר לֵיהּ: כַּמָּה הָווּ? שִׁיתִין גַּבְרֵי.

Mais ne sont-ils pas sages ? — Nous sommes plus sages qu'eux. — Si tu es sage, va les vaincre et amène-les-moi ! Il lui dit : combien sont-ils ? — Soixante hommes.

📜 Rachi (2)
וְהָא חַכִּימֵי הָנְהוּ סָבֵי וְיָרְדוּ לְסוֹף הַמַּעֲשֶׂה:
Mais ne sont-ils pas sages — ces anciens, qui ont pénétré le fond de l'affaire.
זִיל זְכִינְהוּ נַצְּחֵם:
Va les vaincre — triomphe d'eux.
💡 Explication

César met R. Yehochoua au défi : puisqu'il prétend être plus sage que les sages d'Athènes, qu'il aille les vaincre (dans la joute) et les lui ramène. Ils sont soixante.

6
אֲמַר לֵיהּ: עֲבֵיד לִי סְפִינְתָּא דְּאִית בַּהּ שִׁיתִּין בָּתֵּי, וְכֹל בֵּיתָא אִית בַּהּ שִׁיתִּין בִּיסְתַּרְקֵי. עֲבַד לֵיהּ. כִּי מְטָא לְהָתָם לְבֵי טַבָּחָא, אַשְׁכְּחֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּקָא פָשֵׁיט חֵיוְתָא. אֲמַר לֵיהּ: רֵישָׁךְ לְזַבּוֹנֵי? אֲמַר לֵיהּ: אִין. אֲמַר לֵיהּ: בְּכַמָּה? אֲמַר לֵיהּ: בְּפַלְגָא דְּזוּזָא. יְהַב לֵיהּ.

Il lui dit : fais-moi un navire ayant soixante cabines, et chaque cabine ayant en elle soixante tapis (bistarkei). Il le lui fit.

Quand il arriva là-bas, à l'étal du boucher, il trouva un homme qui dépeçait une bête. Il lui dit : ta tête, [est-elle] à vendre ?

Il lui dit : oui. Il lui dit : pour combien ?

Il lui dit : pour un demi-zouz. Il [le] lui donna.

📜 Rachi (3)
בִּיסְתַּרְקֵי כִּסְאוֹת:
Bistarkei — des sièges.
כִּי מְטָא לְהָתָם לִכְרַךְ שֶׁלָּהֶם:
Quand il arriva là-bas — à leur grande ville.
עֲבִיד חַיּוּתָא מְחַתֵּךְ בְּהֵמָה:
Dépeçait une bête — découpait un animal.
💡 Explication

R. Yehochoua fait construire un navire à soixante cabines, chacune garnie de tapis (bistarkei — sièges/coussins). Arrivé à Athènes, il ruse avec un boucher : il lui achète 'sa tête' pour un demi-zouz — le boucher croyant qu'il s'agit de la tête de la bête.

7
לְסוֹף, אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא רֵישָׁא דְּחֵיוְתָא אֲמַרִי לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: אִי בָּעֵית דְּאֶשְׁבְּקָךְ סַגִּי אַחְוִי לִי פִּיתְחָא דְּבֵי אַתּוּנָא. אֲמַר לֵיהּ: מִסְתְּפֵינָא דְּכֹל דְּמַחְוֵי קָטְלִי לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: דָּרֵי כְּרִיכָא דְּקַנְיָא, וְכִי מָטֵית לְהָתָם זִקְפֵהּ כְּמַאן דְּקָא מִתְּפַח.

À la fin, il lui dit : est-ce la tête de la bête que je t'avais dite ?! Il lui dit : si tu veux que je te laisse [quitte], marche [devant] et montre-moi l'entrée de l'école d'Athènes.

Il lui dit : j'ai peur, car quiconque [la] montre, on le tue. Il lui dit : porte un fagot de roseaux, et quand tu arriveras là-bas, dresse-le comme quelqu'un qui se repose.

📜 Rachi (4)
וַאֲנָא רֵישָׁא דְּחֵיוְתָא אֲמַרִי לָךְ בִּתְמִיהַּ:
Est-ce la tête de la bête que je t'avais dite — sur un ton d'étonnement.
סַגִּי צָעוֹד וּלְךָ לִפְנֵי:
Marche [devant] — avance et va devant moi.
דָּרֵי כְּרִיכָא דְּקָנֵי טֹול חֲבִילָה שֶׁל קָנִים וְכִי מָטֵית הָתָם נֶגֶד הַפֶּתַח זָקוּף הַחֲבִילָה לָאָרֶץ:
Porte un fagot de roseaux — prends un fagot de roseaux, et quand tu arriveras là-bas, face à l'entrée, dresse le fagot au sol.
כְּמַאן דְּמִיתְפָּח כְּאָדָם הָעוֹמֵד לָפוּשׁ:
Comme quelqu'un qui se repose — comme un homme qui se tient debout pour souffler.
💡 Explication

R. Yehochoua rappelle au boucher qu'il lui avait acheté sa tête, non celle de la bête. En échange de sa liberté, le boucher doit lui indiquer l'entrée de Bei Athuna — mais il craint la mort. R. Yehochoua lui fait porter un fagot de roseaux à dresser devant l'entrée, comme un passant qui se repose (signal discret).

8
אַשְׁכַּח דַּרְבְּנָאֵי מִגַּוַּאי וְדַרְבְּנָאֵי מִבָּרַאי, דְּאִי חָזוּ כַּרְעָא דְּעָיְילָא — קָטְלִי לְהוּ לְבָרַאי, וּדְנָפְקָא — קָטְלִי לְהוּ לְגַוַּאי.

Il trouva des gardes (embuscades) à l'intérieur et des gardes à l'extérieur : car s'ils voyaient une trace [de pied] entrante, ils tuaient les [gardes] extérieurs, et [une trace] sortante, ils tuaient les [gardes] intérieurs.

📜 Rachi (4)
אֲזַל ר' יְהוֹשֻׁעַ:
Il alla — Rabbi Yehochoua.
אַשְׁכַּח דַּרְבְּנָאֵי אוֹרְבִים:
Il trouva des gardes — des gens en embuscade.
מִבָּרַאי שֶׁלֹּא יֵצֵא אֶחָד מִן הַזְּקֵנִים לַחוּץ:
À l'extérieur — pour qu'aucun des anciens ne sorte dehors.
מִגַּוַּואי שֶׁלֹּא יַנִּיחוּ אָדָם לִיכָּנֵס וְכִי חָזוּ הָנָךְ סָבֵי כַּרְעָא דְּעָייְלָא קָטְלִי לְהוּ [לְבָרַאי] שֶׁהָיְתָה אַסְקֻופַּת הַחֶדֶר עָבָה וְשׁוֹפְכִין סֻובִּין אוֹ עָפָר עָלֶיהָ וְנִיכָּרוֹת בָּהּ פְּסִיעוֹת הָאָדָם וְכִי חָזוּ כַּרְעָא דְּעָייְלָא קָטְלִי לְשׁוֹמְרֵי [בָּרָאֵי] כִּי הִנִּיחוּ לָבֹא וְכִי חָזוּ כַּרְעָא דְּנָפְקָא קָטְלִי לְהוּ [לְגַוָּואֵי] שֶׁהִנִּיחוּהוּ לָצֵאת וְהַשּׁוֹמְרִים לֹא הָיוּ הוֹרְגִים שׁוּם אָדָם אא"כ נִכְנָס כֻּולּוֹ לִפְנִים עַל כָּרְחָן אוֹ אֶחָד יוֹצֵא כֻּולּוֹ לַחוּץ:
À l'intérieur — pour qu'ils ne laissent entrer personne. Et quand ces anciens voyaient une trace entrante, ils tuaient les [gardes extérieurs], car le seuil de la salle était épais et l'on répandait dessus du son ou de la terre, ou les pas de l'homme étaient visibles ; quand ils voyaient une trace entrante, ils tuaient les gardes [extérieurs] pour avoir laissé entrer, et quand ils voyaient une trace sortante, ils tuaient les [gardes intérieurs] pour avoir laissé sortir. Et les gardes ne tuaient personne, sauf s'il entrait entièrement à l'intérieur malgré eux, ou si quelqu'un sortait entièrement dehors.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָזַל, אַשְׁכַּח דַּרְבְּנָאֵי מִגַּוַּאי וְדַרְבְּנָאֵי מִבָּרַאי. פֵּירוּשׁ הָיָה לֶחָצֵר שֶׁלָּהֶם בֵּית שַׁעַר זֶה לִפְנִים מִזֶּה וְהָיוּ יוֹשְׁבִים שׁוֹמְרִים בְּבֵית שַׁעַר הַפְּנִימִי לַהֲרֹוג אֶת הַיּוֹצֵא מִבִּפְנִים בְּלֹא רְשׁוּת וְהָיוּ יוֹשְׁבִים שׁוֹמְרִים בְּבֵית שַׁעַר הַחִיצוֹן לַהֲרֹוג אֶת הַנִּכְנָס מִבַּחוּץ בְּלֹא רְשׁוּת וְהָיוּ פּוֹרְסִים אֵפֶר עַל הָאַסְקֻופָּה הַחִיצוֹנָה כְּדֵי שֶׁיְּהֵא בָּהּ סִימָן מִדְּרִיסַת רֶגֶל הֵן מִן הַנִּכְנָס הֵן מִן הַיּוֹצֵא וְאִלּוּ הָיָה לָהֶם חֹק זֶה רַק בַּיּוֹם שֶׁיּוֹשְׁבִים בַּעֲלִיַּית הַוַּעַד שֶׁלָּהֶם שֶׁלֹּא יוּכַל לִיכָּנֵס זָר אֶצְלָם וְגַם לֹא יוּכַל אֶחָד מֵהֶם לָצֵאת חוּץ וְכָל יוֹם אַחַר שֶׁיָּשְׁבוּ בַּעֲלִיַּית הַוַּעַד פּוֹרְשִׁים אֵפֶר חָדָשׁ עַל הָאַסְקֻופָּה כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה שֶׁיִּהְיֶה בָּהּ סִימָן הַנִּזְכָּר וְזוֹ עֲלִייַּת הַוַּעַד שֶׁלָּהֶם יוֹצְאָהּ עַל רְשׁוּת הָרַבִּים וְיֵשׁ בָּהּ חַלּוֹנוֹת פְּתוּחִים לִרְשׁוּת הָרַבִּים אֲשֶׁר מֵהֶם נִרְאֵית הָאַסְקֻופָּה שֶׁפָּרוּשׂ עָלֶיהָ הָאֵפֶר. מֶה עָשָׂה רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ? דָּרַס בְּסַנְדָּלוֹ עַל הָאֵפֶר שֶׁבָּאַסְקֻופָּה כְּאִלּוּ הוּא נִכְנָס וְחָזַר וְהָפַךְ סַנְדָּלוֹ וְדָרַס בּוֹ עַל הָאֵפֶר כְּאִלּוּ הוּא יָצָא וּבְעֵת שֶׁדָּרַס לֹא רָאוּהוּ הַיּוֹשְׁבִים כִּי הַדֶּלֶת לֹא הָיָה פָּתוּחַ לַהֲדֵיהּ וְהָיָה חוֹצֵץ כְּנֶגֶד רְאִייַּת עֵינֵיהֶם וְעָשָׂה כֵּן וְהָלַךְ לוֹ וְעָמַד מֵרָחוֹק בִּרְשׁוּת הָרַבִּים לִרְאוֹת מַה יַעֲשׂוּ לָאוֹרְבִים, וְהִנֵּה אֵלּוּ הַיּוֹשְׁבִים בַּעֲלִיָּיה שֶׁרוֹאִין כָּל שָׁעָה הָאַסְקֻופָּה רָאוּ מִן הַחַלּוֹנוֹת עַל הָאֵפֶר שֶׁבָּאַסְקֻופָּה סִימָן שֶׁל יְצִיאָה וְסִימָן שֶׁל כְּנִיסָה לָכֵן יָרְדוּ וְהָרְגוּ אֶת הָאוֹרְבִים כֻּולָּם הַיּוֹשְׁבִים בַּחִיצוֹן וְהַיּוֹשְׁבִים בַּפְּנִימִי וּבְדַעְתָּם לְהָבִיא אוֹרְבִים אֲחֵרִים בִּמְקוֹמָם וּמַה דְּבֵינֵי וּבֵינֵי נִשְׁאַר הַפֶּתַח בְּלֹא שׁוֹמְרִים וּבָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה וְנִכְנַס אֵין מוֹנֵעַ.
'Il alla, il trouva des gardes à l'intérieur et des gardes à l'extérieur.' Explication : leur cour avait un poste de garde à l'entrée, l'un à l'intérieur de l'autre. Des gardes siégeaient au poste intérieur pour tuer celui qui sortirait de l'intérieur sans autorisation, et des gardes siégeaient au poste extérieur pour tuer celui qui entrerait du dehors sans autorisation ; et l'on répandait de la cendre sur le seuil extérieur afin qu'y reste un signe de l'empreinte du pied, aussi bien de l'entrant que du sortant. Cette règle ne valait que le jour où ils siégeaient dans leur salle d'assemblée (aliyat ha-vaad), pour qu'aucun étranger ne puisse entrer chez eux et qu'aucun d'eux ne puisse sortir dehors ; chaque autre jour, après qu'ils avaient siégé dans la salle, on répandait de la cendre fraîche sur le seuil pour qu'y reste le signe mentionné. Cette salle d'assemblée donnait sur le domaine public et possédait des fenêtres ouvertes sur ce domaine, d'où l'on apercevait le seuil sur lequel la cendre était répandue. Que fit Rabbi Yehochoua ? Il foula de sa sandale la cendre du seuil comme s'il entrait, puis il retourna sa sandale et foula la cendre comme s'il sortait ; et pendant qu'il foulait, ceux qui siégeaient ne le virent pas, car la porte n'était pas grande ouverte et faisait écran à leur regard. Il fit ainsi et s'en alla, se tenant à distance dans le domaine public pour voir ce qu'on ferait aux gardes. Or ceux qui siégeaient dans la salle, voyant à toute heure le seuil, aperçurent depuis les fenêtres, sur la cendre du seuil, un signe de sortie et un signe d'entrée ; ils descendirent donc et tuèrent tous les gardes, ceux du poste extérieur et ceux du poste intérieur, avec l'intention d'amener d'autres gardes à leur place. Entre-temps, l'entrée resta sans gardes, et Rabbi Yehochoua ben Chananya vint et entra sans que nul ne l'en empêche.
💡 Explication

Deux cordons de gardes protègent Bei Athuna : les extérieurs empêchent d'entrer, les intérieurs empêchent de sortir. Sur le seuil, de la cendre (ou du son) révèle toute empreinte : une trace entrante fait exécuter les gardes extérieurs (qui auraient laissé entrer), une trace sortante fait exécuter les intérieurs.

🖼️ Schéma
La ruse de R. Yehochoua à l'entrée de Bei Athuna Gardes extérieurs empêchent d'ENTRER tués si une trace ENTRANTE paraît Seuil : cendre / son R. Yehochoua inverse sa sandale, marque une trace sortante puis une trace entrante Gardes intérieurs empêchent de SORTIR tués si une trace SORTANTE paraît 1) trace sortante -> les internes sont tués ; 2) trace entrante -> tous tués. L'entrée reste sans garde : R. Yehochoua pénètre.
Le dispositif des gardes et la logique des traces sur le seuil.
9
אַפְּכָה לְסַנְדָּלֵיהּ — קָטְלִי לְהוּ לְגַוַּאי, אַפְּכָה לְסַנְדָּלֵיהּ — קָטְלִי לְהוּ לְכוּלְּהוּ.

Il retourna sa sandale — ils tuèrent les [gardes] intérieurs ; il retourna [de nouveau] sa sandale — ils tuèrent tous [les gardes].

📜 Rachi (1)
אַפְכֵיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְסַנְדָּלֵיהּ וְעָמַד עַל הָאִיסְקֻופָּה וְנִרְאֵית פְּסִיעָה אַחַת נִכְנֶסֶת וּפְסִיעָה אַחַת יוֹצְאָהּ וּדְחָפוּהוּ הַשּׁוֹמְרִים וְיָצָא וּכְשֶׁבָּאוּ הַזְּקֵנִים רָאוּ כֵּן וְדִימּוּ שֶׁשְּׁנֵי בְּנֵי אָדָם הֵן אֶחָד נִכְנָס וְאֶחָד יוֹצֵא וְקַטְלִינְהוּ לְכוּלְּהוּ שׁוֹמְרִים וְאַחַ"כּ נִכְנַס רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ:
Il retourna — Rabbi Yehochoua sa sandale, se tint sur le seuil, et il parut un pas entrant et un pas sortant ; les gardes le repoussèrent et il sortit. Quand les anciens virent cela, ils crurent qu'il s'agissait de deux hommes, l'un entrant et l'autre sortant, et ils tuèrent tous les gardes ; après quoi Rabbi Yehochoua entra.
💡 Explication

R. Yehochoua inverse sa sandale pour marquer d'abord une trace sortante — les gardes intérieurs sont tués ; puis il l'inverse de nouveau pour une trace entrante — tous les gardes sont tués. L'entrée reste sans surveillance : il pénètre.

10
אַשְׁכַּח יָנוֹקֵי מִלְּעֵיל, סָבֵי מִלְּתַחַת. אָמַר: אִי יָהֵיבְנָא שְׁלָמָא לְהָנֵי, קָטְלִי לִי הָנֵי, סָבְרִי: אֲנַן עֲדִיפִינָן, דַּאֲנַן קַשִּׁינַן טְפֵי וְאִינְהוּ דַּרְדַּקֵּי.

Il trouva les jeunes en haut, les anciens en bas. Il dit : si je salue ceux-ci [les jeunes], ceux-là [les anciens] me tueront, pensant : nous valons mieux, car nous sommes plus grands [en âge] et eux ne sont que des enfants.

📜 Rachi (1)
יָנוֹקֵי מִלְּעֵיל בַּעֲלִייָּה. וּלְהָרַע נִתְכַּווְּנוּ שֶׁהַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לָעֶלְיוֹנִים תְּחִלָּה הוֹרְגִים אוֹתוֹ הַתַּחְתּוֹנִים וְאוֹמְרִים אָנוּ הַזְּקֵנִים וְלָנוּ הָיָה לְךָ לִיתֵּן שָׁלוֹם תְּחִילָּה וְהַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לַזְּקֵנִים הוֹרְגִין אוֹתוֹ הַבַּחוּרִים וְאוֹמְרִים הֲלֹא אָנוּ חֲשׁוּבִים מֵהֶם שֶׁאֲנַחְנוּ לְמַעְלָה וְהֵם לְמַטָּה:
Les jeunes en haut — dans la partie supérieure. Et ils avaient l'intention de nuire : celui qui salue d'abord ceux d'en haut, ceux d'en bas le tuent en disant 'nous sommes les anciens, c'est à nous que tu aurais dû donner le salut d'abord' ; et celui qui salue les anciens, les jeunes le tuent en disant 'ne sommes-nous pas plus importants qu'eux, puisque nous sommes en haut et eux en bas ?'.
💡 Explication

À l'intérieur, les jeunes siègent en haut (place d'honneur) et les anciens en bas. Piège : saluer d'abord les jeunes ferait tuer R. Yehochoua par les anciens (qui exigent la préséance de l'âge) ; saluer d'abord les anciens le ferait tuer par les jeunes (qui exigent la préséance du rang).

11
אָמַר: שְׁלָמָא לְכוּ. אָמְרוּ לֵיהּ: מַאי עֲבִידְתִּיךְ? אֲמַר לְהוּ: אֲנָא חַכִּימָא דִיהוּדָאֵי אֲנָא, בָּעֵינָא לְמִיגְמַר חֻכְמְתָא מִינַּייְכוּ. אִי הָכִי, נִיבְעֵי לֵךְ! אֲמַר לְהוּ: לְחַיֵּי, אִי זַכִּיתוּ — כֹּל דְּבָעֵיתוּ עֲבִידוּ בִּי, וְאִי זָכֵינָא בָּכוּ — אִיכְּלוּ גַּבַּאי בִּסְפִינְתָּא.

Il dit : que la paix soit sur vous [tous]. Ils lui dirent : quelle est ton affaire [ici] ?

Il leur dit : je suis un sage des Juifs (chakima de-Yehoudaei), je veux apprendre la sagesse auprès de vous. — S'il en est ainsi, nous allons t'interroger ! Il leur dit : soit ; si vous l'emportez, faites de moi tout ce que vous voulez, et si je l'emporte sur vous, mangez chez moi sur le navire.

📜 Rachi (3)
מַאי עֲבִידְתִּיךְ מַאי בָּעֵית הָכָא:
Quelle est ton affaire — que cherches-tu ici.
אִי הָכִי דְּחַכִּימָא אַתְּ נִיבְעֵי אֲנַן מִינָּךְ:
S'il en est ainsi — [si] tu es sage, nous allons t'interroger.
אִי זַכִּיתוּ בִּי אִם תְּנַצְּחוּנִי:
Si vous l'emportez sur moi — si vous me vainquez.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לְהוּ: חַכִּימַיָּא דִּיהוּדָאֵי אֲנָא, וַאֲתַאי לְמִיגְמַר חָכְמָה מִינַיְכוּ. הָא דְּהִגִּיד לָהֶם שֶׁהוּא יְהוּדִי אָמַר כֵּן בְּחָכְמָה כִּי רְצוֹנוֹ לוֹמַר לָהֶם שֶׁאִם נַצְּחֵם יֹאכְלוּ עִמּוֹ בַּסְּפִינָה וְאִם לֹא הָיָה מוֹדִיעָם שֶׁהוּא יְהוּדִי הָיוּ חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא כִּישּׁוּף עוֹשֶׂה לָהֶם בַּאֲכִילָה אַךְ כֵּיוָן שֶׁאָמַר לוֹ שֶׁהוּא יְהוּדִי הֶאֱמִינוּ כִּי בַּיְּהוּדִים אֵינוֹ מָצוּי כִּישּׁוּף, וְהִגִּיד לָהֶם שֶׁהוּא חָכָם שֶׁל הַיְּהוּדִים כְּדֵי שֶׁיְּכַבְּדוּ אוֹתוֹ וְיִשְׁאֲלוּ מִמֶּנּוּ תְּחִלָּה דְּאָז יֵדַע עֶרְכָּם וְעִנְייָנָם וְגַם הוּא יַעֲשֶׂה לָהֶם שְׁאֵלוֹת כְּפִי עֶרְכָּם, וְהֵשִׁיבוּ לוֹ מֵאַחַר שֶׁאַתָּה זָקֵן וְאַתָּה חָכָם הַיְּהוּדִים הִנֵּה אֶצְלְכֶם הַזְּקֵנִים הֵם יוֹתֵר מְשֻׁובָּחִים עַל כֵּן אֲנַן נִיבְעֵי מִינָּךְ מִילְּתָא.
'Il leur dit : je suis un sage des Juifs, et je suis venu apprendre la sagesse auprès de vous.' Le fait qu'il leur ait annoncé qu'il était juif, il l'a dit avec sagesse : il voulait leur proposer que, s'il les vainquait, ils mangeraient avec lui sur le navire ; or s'il ne leur avait pas fait savoir qu'il était juif, ils auraient craint qu'il ne leur fît quelque sortilège par la nourriture ; mais dès lors qu'il leur dit qu'il était juif, ils le crurent, car chez les Juifs la sorcellerie n'est pas répandue. Et il leur annonça qu'il était le sage des Juifs afin qu'ils l'honorent et l'interrogent en premier ; ainsi il connaîtrait leur niveau et leur nature, et il leur poserait à son tour des questions à la mesure de leur niveau. Ils lui répondirent : puisque tu es ancien et sage des Juifs — et que chez vous les anciens sont les plus estimés — c'est nous qui t'interrogerons.
💡 Explication

R. Yehochoua déjoue le piège par un salut collectif ('la paix sur vous', sans distinction). Il se présente comme sage des Juifs venu apprendre, et propose un pacte : s'ils le vainquent dans la joute, ils feront de lui ce qu'ils veulent ; s'il les vainc, ils mangeront sur son navire (et le suivront à César).

12
אָמְרוּ לֵיהּ: הַהוּא גַּבְרָא דְּאָזֵיל וּבָעֵי אִתְּתָא וְלָא יָהֲבוּ לֵיהּ, מַאי חֲזֵי לֵיהּ דְּאָזֵיל הֵיכָא דְּמִדְּלוּ מִינָּיהּ? שְׁקַל סִיכְּתָא, דָּצָהּ לְתַתַּאי — לָא עָאל, לְעִילַּאי — עָאל. אָמַר: הַאי נָמֵי מִיתְרְמֵי בַּת מַזָּלֵיהּ.

Ils lui dirent : cet homme qui va demander une femme [en mariage] et [à qui] on ne la donne pas, que voit-il [de bon] à aller là où l'on est plus élevé que lui ? Il prit un piquet, l'enfonça en bas — il n'entra pas ; en haut — il entra.

Il dit : celui-ci aussi [pourra] tomber sur la femme qui lui est destinée (bat mazleih).

📜 Rachi (3)
דְּמִידְּלוּ מִינָּהּ שֶׁמְּיֻוחֶסֶת מִן הָרִאשׁוֹנָה וְשׁוֹאֵל אוֹתָהּ הֲרֵי יֵשׁ לוֹ לְלַמֵּד הוֹאִיל וְלֹא נָתְנוּ לוֹ אֶת הָרִאשׁוֹנָה כָּל שֶׁכֵּן זוֹ:
Plus élevé que lui — [une famille] plus distinguée que la première ; et il [va] la demander. Il y a de quoi objecter : puisqu'on ne lui a pas donné la première, à plus forte raison celle-ci [ne la lui donnera-t-on pas].
סִיכְּתָא קביליי"א:
Piquet — [une cheville, en langue vernaculaire] cheville.
[דָּצָהּ] לְתַתַּאי דָּצָהּ הִשְׁפִּיל יָדוֹ וּנְעָצָהּ בַּכֹּותֶל בְּמָקוֹם שֶׁאֵין חוֹר וְלֹא עַל דְּלִי דָּצָהּ הִגְבִּיהַּ [יָדוֹ] וְדָצָהּ בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חוֹר וְעַל:
[Il enfonça] en bas — 'daza' [signifie] : il abaissa la main et l'enfonça dans le mur en un endroit sans trou ; et 'non 'al dali daza' : il éleva la main et l'enfonça en un endroit où il y avait un trou, et [le piquet] entra.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַאי גַּבְרָא דְּאָזֵיל בָּעֵי אִיתְּתָא. הִנֵּה בְּכָל שְׁאֵלוֹת וּתְשׁוּבוֹת אֵלּוּ שֶׁהָיוּ בֵּינֵיהֶם מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף פֵּרַשְׁתִּי בס"ד בָּהֶם בִּדְרָשׁוֹתַי וְלֹא כְּתַבְתִּים פֹּה כְּדֵי לְהָקֵל בְּהוֹצָאַת הַדְּפוּס וְאַיָּ"ה נַדְפִּיסֵם בְּמָקוֹם אַחֵר בעזה"י.
'Cet homme qui va demander une femme.' Voici que toutes ces questions et réponses échangées entre eux, du début à la fin, je les ai expliquées avec l'aide du Ciel dans mes derachot, et je ne les ai pas écrites ici afin d'alléger les frais d'impression ; si Dieu le veut, nous les imprimerons ailleurs, avec Son aide.
💡 Explication

Première énigme : pourquoi un homme éconduit par une famille irait-il en demander une plus élevée (plus prestigieuse) ? R. Yehochoua enfonce un piquet : en bas (mur plein) il n'entre pas, en haut (où il y a un trou) il entre. Leçon : chacun a sa prédestinée (bat mazleih, la femme de sa destinée) ; l'homme peut trouver auprès de la famille plus haute celle qui lui est réservée.

13
גַּבְרָא דְּאוֹזִיף וְטָרֵיף, מַאי חֲזָא דַּהֲדַר אוֹזֵיף? אֲמַר לְהוּ: גַּבְרָא אֲזַל לְאַגְמָא, קְטַל קַמָּא טוּנָא וְלָא מָצֵי בֵּיהּ, קְטִיל וּמַנַּח עִילָּוֵיהּ, עַד (דְּאִיתְרְמֵי) [דְּמִיתְרַמִּי] אִינִישׁ מַדְלֵי לֵיהּ.

Un homme qui prête et doit saisir [les biens pour se faire rembourser], que voit-il [de bon] à prêter de nouveau ? Il leur dit : un homme va au marais, coupe un premier fardeau [de roseaux] et ne peut [le porter] ; il [en] coupe [encore] et le pose dessus, jusqu'à ce qu'il se trouve quelqu'un qui le lui hisse [sur l'épaule].

📜 Rachi (5)
גַּבְרָא דְּאוֹזִיף וּטְרִיף שֶׁהִלְוָה מָעוֹת לַחֲבֵירוֹ וְלֹא נִפְרַע מִמֶּנּוּ אֶלָּא בְּקֹושִׁי שֶׁטָּרַף לָקוֹחוֹת:
Un homme qui prête et doit saisir — qui prête de l'argent à son prochain et n'est remboursé qu'à grand-peine, en saisissant [les biens des] acquéreurs.
מַאי חָזֵי דַּהֲדַר אוֹזִיף לְאַחֲרֵינִי וְלֹא נִתְייַסֵּר מִן הָרִאשׁוֹן:
Que voit-il à prêter de nouveau — à d'autres, sans avoir tiré leçon du premier.
לְאַגְמָא לְיַעַר:
Au marais — à la forêt [de roseaux].
קְטִיל קַמָּא טוּנָא חָתַךְ חֲבִילָה רִאשׁוֹנָה וְלָא מָצֵי בֵּיהּ לַהֲרִימוֹ עַל שֶׁכְּמוֹ:
Coupe un premier fardeau — il coupe un premier fagot et ne peut [le] soulever sur son épaule.
הָדַר קְטִיל וּמִנְחָה עָלֶיהָ הוֹאִיל וְצָרִיךְ סִיּוּעַ אֲחֵרִים עַד דְּמִיתְרַמֵּי' אִינִישׁ וּמַדְּלוּ לֵיהּ. וְהַאי נָמֵי הוֹאִיל וְהִפְסִיד בַּאֲמָנָה רִאשׁוֹנָה חוֹזֵר וּמַאֲמִין לַאֲחֵרִים עַד שֶׁמִּזְדַּוֵּוג לוֹ לְאָדָם נֶאֱמָן וּמִשְׂתַּכֵּר בּוֹ:
Il [en] coupe [encore] et le pose dessus — puisqu'il a besoin de l'aide d'autrui, jusqu'à ce qu'il se trouve quelqu'un qui le lui hisse. Celui-ci de même : puisqu'il a perdu lors du premier prêt à crédit, il recommence à faire crédit à d'autres, jusqu'à ce qu'il tombe sur un homme fiable et en tire profit.
💡 Explication

Deuxième énigme : pourquoi un prêteur qui n'a été remboursé qu'à grand-peine (en saisissant des biens) prêterait-il encore ? R. Yehochoua : de même qu'un homme au marais, ne pouvant soulever son premier fardeau de roseaux, en coupe davantage et attend qu'un passant l'aide à le charger — de même le prêteur continue, espérant tomber sur un emprunteur fiable et en tirer profit.

14
אָמְרוּ לֵיהּ: אֵימָא לַן מִילֵּי דִּבְדִיאִי! אֲמַר לְהוּ: הֲוָה הַהִוא כּוּדַנְיְתָא דִּילִידָא, וַהֲוָה תְּלֵי לֵיהּ פִּיתְקָא, וּכְתַב בֵּיהּ דְּמַסֵּיק בְּבֵי אַבָּא מְאָה אַלְפָּא זוּזֵי. אָמְרוּ לֵיהּ: וְכוֹדַנְיָתָא מִי יָלְדָה? אֲמַר לְהוּ: (הֵי נִיהוּ) [הָנֵי נִינְהוּ] מִילֵּי דִּבְדַיָּאֵי.

Ils lui dirent : dis-nous des paroles de sornettes (mili de-vediai) ! Il leur dit : il y avait une certaine mule qui a mis bas, et on avait suspendu un billet [au cou du petit], où il était écrit qu'il [le petit] avait à réclamer cent mille zouz à la maison de son père.

Ils lui dirent : mais une mule met-elle bas ?! Il leur dit : ce sont [justement] là des paroles de sornettes.

📜 Rachi (4)
מִילֵּי דִּכְדִי דִּבְרֵי רוּחַ. ל"א מִילֵּי דִּכְזִיב דִּבְרֵי כָּזָב:
Paroles de sornettes — des paroles en l'air. Autre version : 'mili de-khaziv', des paroles mensongères.
כּוּדַנְתָּא פְּרִידָה:
Mule — une mule (bête stérile).
וַהֲוָה תָּלֵי פִּיתְקָא שְׁטָר בְּצַוַּואר הַוָּולָד:
On avait suspendu un billet — un acte [de créance] au cou du petit.
הֵי נִינְהוּ מִילֵּי דִּכְדִי אֵלּוּ הֵן דִּבְרֵי רוּחַ:
Ce sont là des paroles de sornettes — ce sont [justement] des paroles en l'air.
💡 Explication

On demande à R. Yehochoua un propos absurde (mili de-vediai, paroles vaines ou mensongères). Il raconte une mule qui a mis bas (or la mule est stérile), avec un billet réclamant une dette au 'père'. Quand ils objectent qu'une mule ne met pas bas, il répond : c'est précisément l'absurdité demandée.

15
מִילְחָא כִּי סַרְיָא, בְּמַאי מִלֶּחִי לָהּ? אֲמַר לְהוּ: בְּסִילְתָּא דְּכֻודְנִיתָא. וּמִי אִיכָּא סִילְתָּא לְכוּדַנְתָּא? וּמִילְחָא מִי סְרֵי?

Le sel, quand il se gâte, avec quoi le sale-t-on ? Il leur dit : avec le placenta (silta) de la mule. — Mais existe-t-il un placenta de mule ? — Et le sel se gâte-t-il [donc] ?

📜 Rachi (1)
סִילִּיתָא שֶׁיַּלַּיָּא:
Placenta — l'arrière-faix (silya).
💡 Explication

Énigme piège : avec quoi saler le sel gâté ? R. Yehochoua répond : avec le placenta d'une mule. Objection : la mule (stérile) n'a pas de placenta. Riposte : le sel ne se gâte pas non plus. À question fondée sur une prémisse fausse, réponse de même forme.

16
בְּנִי לַן בֵּיתָא בַּאֲוִירָא דְּעָלְמָא! אָמַר שָׁם, תְּלָא בֵּין רְקִיעָא לְאַרְעָא. אֲמַר לְהוּ: אַסִּיקוּ לִי לִיבְנֵי וְטִינָא. מְצִיעֲתֵיהּ דְּעָלְמָא הֵיכָא? זְקָפָהּ לְאֶצְבַּעְתֵּיהּ, אֲמַר לְהוּ: הָכָא. אָמְרוּ לֵיהּ: וּמִי יֵימַר? אַייְּתוּ אַשְׁלֵי וּמָשְׁחוּ.

Bâtis-nous une maison dans l'air du monde ! Il prononça un Nom [divin] et resta suspendu entre le ciel et la terre.

Il leur dit : montez-moi des briques et du mortier [et je vous en bâtirai une ici]. — Où est le milieu du monde ? Il dressa son doigt et leur dit : ici.

Ils lui dirent : et qui [le] dit [= qui te croira] ? — Apportez des cordes et mesurez.

💡 Explication

Deux énigmes. (1) 'Bâtis une maison dans l'air' : R. Yehochoua, par un Nom divin, flotte entre ciel et terre et répond 'montez-moi briques et mortier' — reportant l'absurde sur eux. (2) 'Où est le centre du monde ?' : il pointe son doigt 'ici', et les met au défi de le mesurer avec des cordes pour le réfuter — l'irréfutable opposé à l'insoluble.

17
אִית לַן בֵּירָא בְּדַבְרָא, עָייְלָא לְמָתָא! אֲמַר לְהוּ: אַפְשִׁילוּ לִי חַבְלֵי מִפָּארֵי וַאֲעַיְּילֵיהּ. אִית לַן רִיחְיָא דִּתְבִירָא, חַיְיטֵיהּ. אָמַר: כְּרוּכוּ לִי מִינַּיהּ גַּרְדֵי וְאִיחַיְּיטַיהּ.

Nous avons un puits dans le champ, fais-le entrer en ville ! Il leur dit : tressez-moi des cordes avec du son (mefarei) et je le ferai entrer. — Nous avons une meule brisée, recouds-la.

Il dit : tirez-m'en des fils [de la meule] et je la recoudrai.

📜 Rachi (4)
מִפָּארֵי עֲשׂוּ לִי חֲבָלִים מְסֻובִּין וְאִם אֵינְכֶם עוֹשִׂין שְׁאֵילָתִי אַף אֲנִי לֹא אֶעֱשֶׂה שְׁאֵילַתְכֶם:
Avec du son — faites-moi des cordes en son ; et si vous ne réalisez pas ma demande, moi non plus je ne réaliserai pas la vôtre.
חַיְיטֵיהּ תָּפוּר אוֹתָהּ:
Recouds-la — couds-la.
כְּרוּכוּ לִי גַּרְדִּי מִינָּהּ הוֹצִיאוּ לִי מִמֶּנָּה חוּטִין כְּדֶרֶךְ נָשִׁים שֶׁמּוֹצִיאִין חוּטִין מִן הַבֶּגֶד וְתוֹפְרִין אוֹתוֹ בָּהֶן:
Tirez-m'en des fils — sortez-m'en des fils, à la manière des femmes qui tirent des fils d'un vêtement et le [re]cousent avec eux.
גַּרְדִּי בְּלַעַ"ז פירנ"ש:
Fils — [en langue étrangère] 'firns' (fils / lisses).
💡 Explication

Deux énigmes. (1) 'Fais entrer le puits en ville' : R. Yehochoua demande d'abord des cordes tressées en son (chose impossible) — s'ils ne peuvent satisfaire sa condition, il n'a pas à satisfaire la leur. (2) 'Recouds la meule (de pierre)' : qu'ils lui tirent d'abord des fils de la pierre — impossible de même.

18
מְשָׁרָא דְּסַכִּינֵי בְּמַאי קָטְלִי? בְּקַרְנָא דְּחַמְרָא. וּמִי אִיכָּא קַרְנָא לַחֲמָרָא? וּמִי אִיכָּא מְשָׁרָא דְּסַכִּינֵי?

Un champ (plate-bande) de couteaux, avec quoi le fauche-t-on ? — Avec la corne d'un âne. — Mais existe-t-il une corne d'âne ? — Et existe-t-il un champ de couteaux ?

📜 Rachi (1)
מְשָׁרָא דְּסַכִּינֵי בְּמַאי קָטְלִי לֵיהּ עֲרוּגָה דְּסַכִּינֵי בַּמֶּה קוֹצְרִין אוֹתָהּ:
Un champ de couteaux, avec quoi le fauche-t-on — une plate-bande de couteaux, avec quoi la moissonne-t-on ?
💡 Explication

Énigme : avec quoi faucher un champ de couteaux ? R. Yehochoua : avec la corne d'un âne. Objection : l'âne n'a pas de cornes. Riposte : il n'existe pas non plus de champ de couteaux. Encore une prémisse absurde retournée.

19
אַייְתוֹ לֵיהּ תְּרֵי בֵּיעֵי, אָמְרוּ לֵיהּ: הֵי דְּזַגְתָּא אֻוכַּמְתִּי וְהֵי דְּזַגְתָּא חִיווַּרְתִּי? אַייְתִי לְהוּ אִיהוּ תְּרֵי גְּבִינֵי, אֲמַר לְהוּ: הֵי דְּעִיזָּא אֻוכַּמְתִּי וְהֵי דְּעִיזָּא חִיווַּרְתִּי?

Ils lui apportèrent deux œufs et lui dirent : lequel est [pondu] de la poule noire et lequel de la poule blanche ? Il leur apporta, lui, deux fromages et leur dit : lequel est [issu] de la chèvre noire et lequel de la chèvre blanche ?

📜 Rachi (1)
זַגְתָּא תַּרְנְגֹולֶת:
Poule — une poule.
💡 Explication

On présente à R. Yehochoua deux œufs identiques : lequel vient de la poule noire, lequel de la blanche ? Il répond par deux fromages : qu'ils disent d'abord lequel vient de la chèvre noire et lequel de la blanche. Question indistinguable, réponse indistinguable.

20
וַרְצוּצָא דְּמִית, מֵהֵיכָא נָפֵיק רוּחֵיהּ? מֵהֵיכָא דְּעָל נְפַק. אַחְוִי לַן מָנָא דְּלָא שָׁוֵי חֲבִילֵיהּ! אַייְּתִי (כָּל חַד וְחַד) בּוֹדֵיא, פְּשָׁטֵיהּ. לָא הֲוָה עָייֵל בְּתַרְעָא. אֲמַר לְהוּ: אַיְּיתוּ מָרֵי סִיתְרוּהָ. הַייְנוּ מָנָא דְּלָא שָׁוֵי חֲבִילֵיהּ.

Et le poussin (rotzotza) qui meurt [dans l'œuf], par où sort son souffle ? — Par où il est entré, il sort. — Montre-nous un ustensile qui ne vaut pas [le prix de] son dommage ! Il [leur] apporta une natte (boudia), l'étendit : elle n'entrait pas par la porte.

Il leur dit : apportez des haches, démolissez-la [l'ouverture]. C'est cela un ustensile qui ne vaut pas [le prix de] son dommage.

📜 Rachi (6)
וַרְצוּצָא דְּמִית אֶפְרוֹחַ שֶׁמֵּת בִּקְלִיפָּתוֹ:
Et le poussin qui meurt — un poussin qui meurt dans sa coquille.
אַחְוִי לַן מָנָא דְּלָא שָׁוֵי חֲבָלֶיהָ הֶרְאָנוּ כְּלִי שֶׁאֵינוֹ שָׁוֶה הַהֶפְסֵד שֶׁהוּא מַפְסִיד:
Montre-nous un ustensile qui ne vaut pas son dommage — montre-nous un ustensile qui ne vaut pas la perte qu'il occasionne.
בּוֹדֵיא מַחְצֶלֶת:
Natte — une natte (tapis de jonc).
לָא עַל בְּתַרְעָא שֶׁהָיָה אָרֹוךְ וְרָחָב יוֹתֵר מִן הַפֶּתַח:
Elle n'entrait pas par la porte — car elle était plus longue et plus large que l'ouverture.
אַייְּתוּ מָרִי פשויי"ר בְּלַעַ"ז:
Apportez des haches — [en langue étrangère] 'fassoyer' (haches).
וְסִיתְרוּ פֶּתַח הַבִּנְיָן וְהַכֹּותֶל עַד שֶׁיִּכָּנֵס:
Et démolissez — ouvrez le bâtiment et le mur jusqu'à ce qu'elle entre.
💡 Explication

Deux énigmes. (1) Un poussin mort dans l'œuf : par où sort son souffle ? Réponse : 'par où il entre, il sort' (l'œuf est clos ; question absurde, réponse tautologique). (2) 'Montre un ustensile qui ne vaut pas son dommage' : R. Yehochoua étend une grande natte qui ne passe pas la porte, oblige à démolir le chambranle — le dégât dépasse la valeur de l'objet.

21
אַיְתִינְהוּ כֹּל חַד וְחַד, כִּי חָזֵי שִׁיתִּין בִּיסְתַּרְקֵי, אֲמַר: כֻּולְּהוּ חַבְרַאי לְהָכָא אָתוּ. אֲמַר לֵיהּ לְסִפּוֹנָא: שָׁרֵי סְפִינָתְךָ. בַּהֲדֵי דְּקָאָתוּ שְׁקַל עַפְרָא מֵעַפְרַיְיהוּ.

Il les amena chacun [au navire] ; quand [chacun] voyait les soixante tapis, il disait : tous mes collègues viendront ici. Il dit au marin (sappona) : détache ton navire [= appareille].

Tandis qu'ils venaient, il préleva de la poussière de leur poussière [d'Athènes].

📜 Rachi (5)
אַייְתִינְהוּ לְמֵיעַל בִּסְפִינְתָּא הוֹאִיל וּזְכִינְהוּ. הָיָה מְבִיאָם אֶחָד אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ וּמַכְנִיסוֹ לְחֶדֶר:
Il les amena — [au navire] pour [les] faire embarquer, puisqu'il les avait vaincus. Il les amenait un à un, chacun à part, et l'introduisait dans une cabine.
וְכִי חַזְייֵהּ שִׁיתִין בִּיסְתַּרְקֵי סָבַר כָּל חֲבֵירִי יָבוֹאוּ כָּאן:
Quand [chacun] voyait les soixante tapis — il pensait : tous mes collègues viendront ici.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ:
Il dit — Rabbi Yehochoua.
לְסִפּוֹנָא רַב הַחוֹבֵל:
Au marin — au capitaine (rav ha-hovel).
שָׂרֵי סְפִינָתְךָ הַתֵּר סְפִינָתְךָ וְלֵךְ:
Détache ton navire — délie ton navire et va [appareille].
💡 Explication

Ayant vaincu les sages, R. Yehochoua les embarque un à un : chacun, voyant les soixante tapis de sa cabine, croit que tous ses collègues le rejoindront (et attend sans fuir). Il ordonne au marin (sappona, le capitaine) d'appareiller. En route vers César, il emporte de la poussière d'Athènes (dont l'usage apparaîtra sur 9a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).