Sougya : Le daf achève la sougya sur la durée de gestation du serpent, déduite d'une chaîne de malédictions proportionnelles (un à trois) : le verset 'de tout le bétail et de tout le fauve' (Gn 3:14) fixe la durée à sept ans, plus lourde car il s'agit d'une malédiction. Suit la grande aggada : César demande à Rabbi Yehochoua ben Chananya la gestation du serpent ; celui-ci répond sept ans, mais les sages d'Athènes (chachmei Bei Athuna) prétendent l'avoir observée à trois ans.
César l'envoie les vaincre. Par ruse il gagne un guide (le boucher), déjoue les gardes du seuil par l'inversion de sa sandale, et surmonte une longue joute d'énigmes absurdes en y opposant des réponses tout aussi absurdes.
Il finit par embarquer les soixante sages sur son navire aménagé pour les ramener à César.
Est-il écrit 'de tout le fauve et de tout le bétail' ? C'est 'de tout le bétail et de tout le fauve' qui est écrit (Gn 3:14) !
[Le serpent] est maudit à partir du bétail, lui-même déjà plus maudit que le fauve.
La Guemara réfute une lecture qui déduirait la durée de gestation du serpent en le comparant au fauve (hayya). L'ordre du verset — 'de tout le bétail (behema) et de tout le fauve (hayya)' — montre qu'on prend pour référence le bétail domestique, déjà plus maudit (gestation plus longue) que les animaux sauvages.
Mais dis [plutôt] : de même que le bétail fut maudit par rapport au fauve dans une proportion de un à trois — et de quel [cas] s'agit-il ? La chèvre par rapport au chat — de même [le serpent] fut maudit par rapport au bétail dans une proportion de un à trois, ce qui ferait quinze mois !
Objection : la proportion de malédiction (gestation) est un à trois. Le chat (hayya) gestation ~52 jours ; la chèvre (behema fine, pure) gestation 5 mois — soit environ trois fois plus. En appliquant le même rapport au serpent par rapport à la chèvre, on obtiendrait 5 x 3 = quinze mois, non sept ans.
Si tu veux, dis : c'est 'de tout le bétail' qui est écrit [donc à partir du plus maudit, l'âne]. Et si tu veux, dis : c'est une malédiction — on lui jette dessus [la malédiction la plus lourde].
Deux réponses. (1) Le verset dit 'de tout le bétail', soit à partir du plus maudit du bétail, l'âne (gestation ~1 an) ; le rapport un à sept par rapport au chat donne sept ans. (2) S'agissant d'une malédiction, on lui applique la lecture la plus sévère que le verset autorise.
César dit à Rabbi Yehochoua ben Chananya : le serpent, en combien [de temps] conçoit-il et met-il bas ? Il lui dit : en sept ans. — Mais les anciens de l'école d'Athènes (savei de-vei Athuna) en ont fait s'accoupler, et [ceux-ci] ont mis bas en trois ans ! — Ceux-là étaient déjà pleins depuis quatre ans auparavant. — Mais ils s'accouplaient [encore] ! — Eux aussi s'accouplent comme l'humain.
Début de l'aggada. César objecte à R. Yehochoua : les sages d'Athènes ont observé une gestation de trois ans, non sept. R. Yehochoua répond : les serpents étaient déjà gravides depuis quatre ans (4 + 3 = 7). Objection : mais ils continuaient à s'accoupler (or une bête gravide ne s'accouple plus) ; réponse : le serpent, comme l'humain, s'accouple même sans fin de reproduction.
Mais ne sont-ils pas sages ? — Nous sommes plus sages qu'eux. — Si tu es sage, va les vaincre et amène-les-moi ! Il lui dit : combien sont-ils ? — Soixante hommes.
César met R. Yehochoua au défi : puisqu'il prétend être plus sage que les sages d'Athènes, qu'il aille les vaincre (dans la joute) et les lui ramène. Ils sont soixante.
Il lui dit : fais-moi un navire ayant soixante cabines, et chaque cabine ayant en elle soixante tapis (bistarkei). Il le lui fit.
Quand il arriva là-bas, à l'étal du boucher, il trouva un homme qui dépeçait une bête. Il lui dit : ta tête, [est-elle] à vendre ?
Il lui dit : oui. Il lui dit : pour combien ?
Il lui dit : pour un demi-zouz. Il [le] lui donna.
R. Yehochoua fait construire un navire à soixante cabines, chacune garnie de tapis (bistarkei — sièges/coussins). Arrivé à Athènes, il ruse avec un boucher : il lui achète 'sa tête' pour un demi-zouz — le boucher croyant qu'il s'agit de la tête de la bête.
À la fin, il lui dit : est-ce la tête de la bête que je t'avais dite ?! Il lui dit : si tu veux que je te laisse [quitte], marche [devant] et montre-moi l'entrée de l'école d'Athènes.
Il lui dit : j'ai peur, car quiconque [la] montre, on le tue. Il lui dit : porte un fagot de roseaux, et quand tu arriveras là-bas, dresse-le comme quelqu'un qui se repose.
R. Yehochoua rappelle au boucher qu'il lui avait acheté sa tête, non celle de la bête. En échange de sa liberté, le boucher doit lui indiquer l'entrée de Bei Athuna — mais il craint la mort. R. Yehochoua lui fait porter un fagot de roseaux à dresser devant l'entrée, comme un passant qui se repose (signal discret).
Il trouva des gardes (embuscades) à l'intérieur et des gardes à l'extérieur : car s'ils voyaient une trace [de pied] entrante, ils tuaient les [gardes] extérieurs, et [une trace] sortante, ils tuaient les [gardes] intérieurs.
Deux cordons de gardes protègent Bei Athuna : les extérieurs empêchent d'entrer, les intérieurs empêchent de sortir. Sur le seuil, de la cendre (ou du son) révèle toute empreinte : une trace entrante fait exécuter les gardes extérieurs (qui auraient laissé entrer), une trace sortante fait exécuter les intérieurs.
Il retourna sa sandale — ils tuèrent les [gardes] intérieurs ; il retourna [de nouveau] sa sandale — ils tuèrent tous [les gardes].
R. Yehochoua inverse sa sandale pour marquer d'abord une trace sortante — les gardes intérieurs sont tués ; puis il l'inverse de nouveau pour une trace entrante — tous les gardes sont tués. L'entrée reste sans surveillance : il pénètre.
Il trouva les jeunes en haut, les anciens en bas. Il dit : si je salue ceux-ci [les jeunes], ceux-là [les anciens] me tueront, pensant : nous valons mieux, car nous sommes plus grands [en âge] et eux ne sont que des enfants.
À l'intérieur, les jeunes siègent en haut (place d'honneur) et les anciens en bas. Piège : saluer d'abord les jeunes ferait tuer R. Yehochoua par les anciens (qui exigent la préséance de l'âge) ; saluer d'abord les anciens le ferait tuer par les jeunes (qui exigent la préséance du rang).
Il dit : que la paix soit sur vous [tous]. Ils lui dirent : quelle est ton affaire [ici] ?
Il leur dit : je suis un sage des Juifs (chakima de-Yehoudaei), je veux apprendre la sagesse auprès de vous. — S'il en est ainsi, nous allons t'interroger ! Il leur dit : soit ; si vous l'emportez, faites de moi tout ce que vous voulez, et si je l'emporte sur vous, mangez chez moi sur le navire.
R. Yehochoua déjoue le piège par un salut collectif ('la paix sur vous', sans distinction). Il se présente comme sage des Juifs venu apprendre, et propose un pacte : s'ils le vainquent dans la joute, ils feront de lui ce qu'ils veulent ; s'il les vainc, ils mangeront sur son navire (et le suivront à César).
Ils lui dirent : cet homme qui va demander une femme [en mariage] et [à qui] on ne la donne pas, que voit-il [de bon] à aller là où l'on est plus élevé que lui ? Il prit un piquet, l'enfonça en bas — il n'entra pas ; en haut — il entra.
Il dit : celui-ci aussi [pourra] tomber sur la femme qui lui est destinée (bat mazleih).
Première énigme : pourquoi un homme éconduit par une famille irait-il en demander une plus élevée (plus prestigieuse) ? R. Yehochoua enfonce un piquet : en bas (mur plein) il n'entre pas, en haut (où il y a un trou) il entre. Leçon : chacun a sa prédestinée (bat mazleih, la femme de sa destinée) ; l'homme peut trouver auprès de la famille plus haute celle qui lui est réservée.
Un homme qui prête et doit saisir [les biens pour se faire rembourser], que voit-il [de bon] à prêter de nouveau ? Il leur dit : un homme va au marais, coupe un premier fardeau [de roseaux] et ne peut [le porter] ; il [en] coupe [encore] et le pose dessus, jusqu'à ce qu'il se trouve quelqu'un qui le lui hisse [sur l'épaule].
Deuxième énigme : pourquoi un prêteur qui n'a été remboursé qu'à grand-peine (en saisissant des biens) prêterait-il encore ? R. Yehochoua : de même qu'un homme au marais, ne pouvant soulever son premier fardeau de roseaux, en coupe davantage et attend qu'un passant l'aide à le charger — de même le prêteur continue, espérant tomber sur un emprunteur fiable et en tirer profit.
Ils lui dirent : dis-nous des paroles de sornettes (mili de-vediai) ! Il leur dit : il y avait une certaine mule qui a mis bas, et on avait suspendu un billet [au cou du petit], où il était écrit qu'il [le petit] avait à réclamer cent mille zouz à la maison de son père.
Ils lui dirent : mais une mule met-elle bas ?! Il leur dit : ce sont [justement] là des paroles de sornettes.
On demande à R. Yehochoua un propos absurde (mili de-vediai, paroles vaines ou mensongères). Il raconte une mule qui a mis bas (or la mule est stérile), avec un billet réclamant une dette au 'père'. Quand ils objectent qu'une mule ne met pas bas, il répond : c'est précisément l'absurdité demandée.
Le sel, quand il se gâte, avec quoi le sale-t-on ? Il leur dit : avec le placenta (silta) de la mule. — Mais existe-t-il un placenta de mule ? — Et le sel se gâte-t-il [donc] ?
Énigme piège : avec quoi saler le sel gâté ? R. Yehochoua répond : avec le placenta d'une mule. Objection : la mule (stérile) n'a pas de placenta. Riposte : le sel ne se gâte pas non plus. À question fondée sur une prémisse fausse, réponse de même forme.
Bâtis-nous une maison dans l'air du monde ! Il prononça un Nom [divin] et resta suspendu entre le ciel et la terre.
Il leur dit : montez-moi des briques et du mortier [et je vous en bâtirai une ici]. — Où est le milieu du monde ? Il dressa son doigt et leur dit : ici.
Ils lui dirent : et qui [le] dit [= qui te croira] ? — Apportez des cordes et mesurez.
Deux énigmes. (1) 'Bâtis une maison dans l'air' : R. Yehochoua, par un Nom divin, flotte entre ciel et terre et répond 'montez-moi briques et mortier' — reportant l'absurde sur eux. (2) 'Où est le centre du monde ?' : il pointe son doigt 'ici', et les met au défi de le mesurer avec des cordes pour le réfuter — l'irréfutable opposé à l'insoluble.
Nous avons un puits dans le champ, fais-le entrer en ville ! Il leur dit : tressez-moi des cordes avec du son (mefarei) et je le ferai entrer. — Nous avons une meule brisée, recouds-la.
Il dit : tirez-m'en des fils [de la meule] et je la recoudrai.
Deux énigmes. (1) 'Fais entrer le puits en ville' : R. Yehochoua demande d'abord des cordes tressées en son (chose impossible) — s'ils ne peuvent satisfaire sa condition, il n'a pas à satisfaire la leur. (2) 'Recouds la meule (de pierre)' : qu'ils lui tirent d'abord des fils de la pierre — impossible de même.
Un champ (plate-bande) de couteaux, avec quoi le fauche-t-on ? — Avec la corne d'un âne. — Mais existe-t-il une corne d'âne ? — Et existe-t-il un champ de couteaux ?
Énigme : avec quoi faucher un champ de couteaux ? R. Yehochoua : avec la corne d'un âne. Objection : l'âne n'a pas de cornes. Riposte : il n'existe pas non plus de champ de couteaux. Encore une prémisse absurde retournée.
Ils lui apportèrent deux œufs et lui dirent : lequel est [pondu] de la poule noire et lequel de la poule blanche ? Il leur apporta, lui, deux fromages et leur dit : lequel est [issu] de la chèvre noire et lequel de la chèvre blanche ?
On présente à R. Yehochoua deux œufs identiques : lequel vient de la poule noire, lequel de la blanche ? Il répond par deux fromages : qu'ils disent d'abord lequel vient de la chèvre noire et lequel de la blanche. Question indistinguable, réponse indistinguable.
Et le poussin (rotzotza) qui meurt [dans l'œuf], par où sort son souffle ? — Par où il est entré, il sort. — Montre-nous un ustensile qui ne vaut pas [le prix de] son dommage ! Il [leur] apporta une natte (boudia), l'étendit : elle n'entrait pas par la porte.
Il leur dit : apportez des haches, démolissez-la [l'ouverture]. C'est cela un ustensile qui ne vaut pas [le prix de] son dommage.
Deux énigmes. (1) Un poussin mort dans l'œuf : par où sort son souffle ? Réponse : 'par où il entre, il sort' (l'œuf est clos ; question absurde, réponse tautologique). (2) 'Montre un ustensile qui ne vaut pas son dommage' : R. Yehochoua étend une grande natte qui ne passe pas la porte, oblige à démolir le chambranle — le dégât dépasse la valeur de l'objet.
Il les amena chacun [au navire] ; quand [chacun] voyait les soixante tapis, il disait : tous mes collègues viendront ici. Il dit au marin (sappona) : détache ton navire [= appareille].
Tandis qu'ils venaient, il préleva de la poussière de leur poussière [d'Athènes].
Ayant vaincu les sages, R. Yehochoua les embarque un à un : chacun, voyant les soixante tapis de sa cabine, croit que tous ses collègues le rejoindront (et attend sans fuir). Il ordonne au marin (sappona, le capitaine) d'appareiller. En route vers César, il emporte de la poussière d'Athènes (dont l'usage apparaîtra sur 9a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).