Bekhorot 9a — la fin du récit d'Athènes ; le petan chamor : combien d'agneaux au kohen, et la mahloket sur le tsimtsoum

Bekhorot 9a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la conclusion de la joute entre Rabbi Yehochoua ben Hanania et les sages d'Athènes : par l'eau de la Maison des Engloutis (bei bliei), il les fait s'épuiser jusqu'à l'épaule démise, illustrant 'la mer n'est jamais pleine'. La michna traite ensuite du rachat du premier-né de l'âne (petan chamor) : selon le nombre d'ânesses et le sexe des petits, combien d'agneaux reviennent au kohen, et quand le propriétaire met un agneau à part pour lui-même (car le kohen, demandeur, supporte la charge de la preuve).

La michna rappelle qu'on rachète par un seh (mouton ou chevreau, mâle ou femelle, avec ou sans défaut). La guemara demande qui est l'auteur de la michna : R.

Yirmeya la dit non conforme à R. Yossei ha-Gelili (qui admet le tsimtsoum, la coïncidence exacte de deux naissances) ; Abaye la défend au nom du verset 'les mâles (ha-zekharim) seront au Seigneur'.

Une baraita finale montre que R. Yossei applique sa règle même à l'âne, réfutant Abaye (teiouvta).

La ruse de R. Yehochoua contre les sages d'Athènes Bei bliei (les Engloutis) R. Yehochoua remplit un cruchon de cette eau Devant César poussière de leur sol jetée sur eux -> ils s'enhardissent Le piège de l'eau verser dans le récipient : l'eau engloutit tout Ils remplissent sans fin ; l'épaule se démet 'et la mer n'est jamais pleine' (Qohelet 1:7) — les sages d'Athènes sont vaincus
La ruse finale de R. Yehochoua contre les sages d'Athènes (segments 0-1).
Ânesse (petan chamor) : combien de mekhites pour le kohen ? 1 ânesse = 1 seul premier-né possible ; le kohen a la charge de la preuve (ha-motzi me-havero) 1 ânesse 2 mâles 1 agneau au kohen 1 ânesse 1 mâle + 1 femelle 1 agneau mis à part pour soi (ve-hou le-atzmo) 2 ânesses 2 mâles 2 agneaux au kohen 2 ânesses 1 mâle + 1 femelle, ou 2 mâles + 1 femelle 1 agneau au kohen 2 ânesses : 2 femelles + 1 mâle, ou 2 mâles + 2 femelles peut-être les femelles sont sorties les premières rien au kohen (mais on met à part pour lever l'interdit) 'Tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh' (Ex 34:20) — mouton OU chevreau
Les cas de la michna : ânesses, sexe des petits, et ce qui revient au kohen (segments 2-5).
La mahloket : peut-on 'coïncider exactement' (efchar le-tzamtzem) ? Rabbis (notre michna) R. Yossei ha-Gelili Impossible de coïncider : une tête sort toujours en 1er -> 1 seul premier-né Possible de coïncider : les 2 peuvent sortir ensemble -> les 2 sont premiers-nés Abaye (défense R. Yossei) : l'ânesse suit les Rabbis même selon R. Yossei, car 'ha-zekharim' (les mâles, pluriel, Ex 13:12) ne vaut que pour le bétail pur -> réfuté (teiouvta) Baraita finale : R. Yossei applique 'les 2 au kohen' MÊME à l'âne (bête impure) -> 'ha-zekharim' vaut aussi pour l'âne : Abaye est réfuté
La mahloket sur le tsimtsoum et le va-et-vient R. Yirmeya / Abaye (segments 6-12).
1
כִּי מָטֵי לְבֵי בְלִיעֵי, מְלָא כּוּזָא דְּמַיָּא מִבֵּי בְלִיעֵי. כַּד אָתוּ, אוֹקְמִינְהוּ קַמֵּי קֵיסָר. חֲזָנְהוּ דְּהָווּ מֵעָנִי, אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי לָאו נִינְהוּ. שְׁקַל מֵעַפְרַיְיהוּ וּשְׁדָא עִילָּוַייְהוּ, אֲקַשׁוּ לְאַפֵּי מַלְכָּא. אֲמַר לֵיהּ: כֹּל דְּבָעֵית עֲבֵיד בְּהוּ.

Lorsqu'il arriva à la Maison des Engloutis (bei bliei) [un lieu de l'océan qui absorbe toutes les eaux], il remplit un cruchon d'eau de la Maison des Engloutis. Quand ils arrivèrent [à destination], il les présenta [les sages d'Athènes] devant César.

[César] les vit qui étaient affligés [meanei], et lui dit : ceux-là ne sont pas [les sages d'Athènes] ! [R.

Yehochoua] prit de leur poussière [le sol d'Athènes qu'il avait emporté] et la jeta sur eux : ils s'enhardirent face au roi. [César] lui dit : tout ce que tu veux, fais-le d'eux.

📜 Rachi (3)
לְבֵי בְּלִיעִי מַיִם שֶׁבָּאוֹקְיָינוֹס שֶׁבּוֹלְעִים כָּל מֵימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם שֶׁנּוֹפְלִין בּוֹ וּמְבִיאִין אוֹתָם עַד תְּהוֹם וּפוֹלְטוֹת אוֹתָן וְהַיְינוּ דִּכְתִיב (קֹהֶלֶת א׳:ז׳) וְהַיָּם אֵינֶנּוּ מָלֵא:
La Maison des Engloutis (bei bliei) — les eaux de l'océan, qui engloutissent toutes les eaux du monde qui y tombent, les emportent jusqu'à l'abîme et les recrachent ; c'est ce qui est écrit : 'et la mer n'est jamais pleine' (Qohelet 1:7).
מֵעָנִי מְעֻונִּים וּשְׁפָלִים לְפִי שֶׁלֹּא הָיוּ בְּאַרְצָם:
Meanei — afflges et abaissés, parce qu'ils n'étaient pas dans leur pays.
אֵיקַשׁוּ הֵעִיזוּ וְדִבְּרוּ קָשׁוֹת אֶת הַמֶּלֶךְ כְּשֶׁהֵרִיחוּ רֵיחַ אַרְצָם סְבוּרִים לִהְיוֹת קְרוֹבִים לְאַרְצָם:
Ils s'enhardirent (ikchou) — ils s'enhardirent et parlèrent durement au roi ; quand ils sentirent l'odeur de leur pays, ils se crurent proches de leur terre.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּי בְּלִיעִי פ"ה מֵי אוֹקְיָינוֹס שֶׁבּוֹלְעוֹת כָּל מֵימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם וּפוֹלְטוֹת אוֹתָן דֶּרֶךְ תְּהוֹם דִּכְתִיב וְהַיָּם אֵינֶנּוּ מָלֵא וְקָשֶׁה דִּבְסָמוּךְ קָאָמַר שְׁדִינְהוּ בְּתִיגְרָא שֵׁם כְּלִי וְשׁוּב הֵיאַךְ יוֹרְדִין לַתְּהוֹם וְאִי מְפָרֵשׁ גֻּומָּא אוֹ חָרִיץ נִיחָא וְיִתָּכֵן מֵי בְּלִיעִי שֵׁם מָקוֹם מִדְּאָמַר שָׁם בֵּי בְּלִיעִי אִית בֵּיהּ תְּלָתָא צַלְמֵי חַד מָטֵי יָדִי' אַרֵישֵׁיהּ חַד אַלִּיבֵּיהּ בָּתְרָא דְּכוּלְּהוּ מַחְוֵי בִּידֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ:
La Maison des Engloutis (bei bliei) — Rachi a expliqué : les eaux de l'océan, qui engloutissent toutes les eaux du monde et les recrachent par l'abîme, car il est écrit 'et la mer n'est jamais pleine'. Mais cela fait difficulté : plus loin il dit qu'il les [les eaux] a versées dans un récipient (tigda) — [s'il s'agit d'un lieu de l'océan,] comment redescendent-elles ensuite à l'abîme ? Si on explique [qu'il s'agit] d'une fosse ou d'une tranchée, cela va bien ; et il est plausible que 'bei bliei' soit un nom de lieu, car on dit là-bas : 'la Maison des Engloutis, il y a trois statues : l'une atteint [de la main] sa tête, l'une son cœur, et la dernière de toutes montre de la main derrière elle'.
💡 Explication

Suite du récit (commencé 8b) : Rabbi Yehochoua ben Hanania a vaincu les sages d'Athènes et les ramené à Rome. En chemin il puise de l'eau à la Maison des Engloutis (bei bliei), un point de l'océan qui engloutit toutes les eaux du monde — c'est le sens de 'la mer n'est jamais pleine' (Qohelet 1:7).

Devant César, les sages, abattus (meanei, humiliés loin de leur pays), ne semblent plus eux-mêmes ; R. Yehochoua leur jette la poussière de leur sol, ils reprennent leur arrogance, et César lui donne les mains libres.

2
אַייְתִינְהוּ מַיָּא דְּאַייְתִי מִבֵּי בְלִיעֵי, שְׁדִינְהוּ בְּתִיגְדָּא, אֲמַר לְהוּ: מַלְיוּהּ לְהוּ וְאֵיזִילוּ לְכוּ. מְלוֹ וּשְׁדוֹ בֵּיהּ קַמָּאֵי קַמָּאֵי, וּבָלַע לְהוּ, מְלוֹ עַד דְּשָׁמֵיט כַּתְפַּייְהוּ, וּבָלוּ לְהוּ וַאֲזוּל.

Il apporta l'eau qu'il avait apportée de la Maison des Engloutis, la versa dans un récipient (tigda), et leur dit : remplissez-le et allez-vous-en. Ils remplirent et versèrent [l'eau] les uns après les autres, et [le récipient] les engloutit ; ils remplirent jusqu'à ce que leur épaule se démit, et ils dépérerent et s'en allèrent [à leur perte].

📜 Rachi (3)
בְּתִיגְדָּא בִּכְלִי. ל"א בְּתִינָארָא חָבִית:
Dans un récipient (be-tigda) — dans un ustensile. Autre version : be-tinara, un tonneau.
דִּשְׁמוּט כַּתְפַיְיהוּ נִשְׁמְטוּ שִׁכְמָם:
Que leur épaule se démit (de-chamit katfeihou) — leurs épaules se disloquèrent.
וּבָלוּ וַאֲזוּל בָּלוּ וְהָלְכוּ לַאֲבַדּוֹן:
Ils dépérerent et s'en allèrent (bali ve-azol) — ils dépérerent et s'en allèrent à leur perte.
💡 Explication

Le piège : l'eau de la Maison des Engloutis, versée dans un récipient (tigda), engloutit tout ce qu'on y verse. Les sages d'Athènes, sommés de le remplir, versent sans fin jusqu'à s'en démettre l'épaule, puis 'dépérissent et s'en vont à leur perte' (bali ve-azol le-avdon).

3
מַתְנִי׳ חֲמוֹרָה שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים — נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן, זָכָר וּנְקֵבָה — מַפְרִישׁ טָלֶה אֶחָד לְעַצְמוֹ.

MICHNA. Une ânesse qui n'avait pas encore mis bas (chelo bikra) et qui a mis bas deux mâles — [le propriétaire] donne un agneau au kohen.

[Si elle a mis bas] un mâle et une femelle — il met à part un agneau pour lui-même.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן בְּפִדְיוֹן דְּמִמַּה נַפְשָׁךְ חַד מִינַּייְהוּ בְּכוֹר שֶׁפָּטַר אֶת הָרֶחֶם:
MICHNA. Donne un agneau au kohen — en rachat, car de toute façon (mi-mah nafchakh) l'un des deux est le premier-né qui a ouvert la matrice.
זָכָר וּנְקֵבָה וְאֵין יָדוּעַ אִם זָכָר תְּחִלָּה וַהֲרֵי הוּא בְּכוֹר אוֹ נְקֵבָה יִצְּאַתָּה תְּחִלָּה וְאֵין כָּאן בְּכוֹר:
Un mâle et une femelle — et l'on ne sait pas si le mâle est sorti le premier — auquel cas il est le premier-né — ou si la femelle est sortie la première — auquel cas il n'y a pas ici de premier-né.
מַפְרִישׁ טָלֶה מִשּׁוּם סָפֵק וּמַפְקִיעַ עָלָיו קְדֻושַּׁת פֶּטֶר חֲמוֹר:
Il met à part un agneau — à cause du doute, et il écarte par lui la sainteté du premier-né de l'âne.
וְהוּא לְעַצְמוֹ שֶׁהוּא בְּעַצְמוֹ יֹאכַל הַטָּלֶה וְלֹא יִתְּנֶנּוּ לַכֹּהֵן דְּכֹהֵן הָוֵי מוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ וְעָלָיו הָרְאָייָה לְהָבִיא עֵדִים שֶׁהַזָּכָר יָצָא תְּחִלָּה וְאִיסּוּרָא לֵיכָּא דְּאַפֵּי' פֶּטֶר חֲמוֹר גָּמוּר שֶׁפְּדָאוֹ בְּשֶׂה אֵין קְדֻושָּׁה לֹא בּוֹ וְלֹא בְּפִדְיוֹנוֹ כִּדְקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין וְאִם מֵת נֶהֱנֶה בּוֹ אֶלָּא גֶּזֶל הוּא דְּאִיכָּא אִם אֵינוֹ נוֹתֵן אֶת הַטָּלֶה לַכֹּהֵן דְּמָמוֹנָא הוּא וְהָכָא לֵיכָּא גֶּזֶל דְּסָפֵק הוּא:
Et il est pour lui-même — c'est lui-même qui mangera l'agneau, il ne le donnera pas au kohen, car le kohen serait celui qui réclame à autrui (ha-motzi me-havero), et sur lui repose la charge de la preuve : apporter des témoins que le mâle est sorti le premier. Et il n'y a pas d'interdit [religieux] : car même un premier-né d'âne avéré qu'on a racheté par un agneau, il n'y a de sainteté ni sur lui ni sur son rachat, comme l'enseigne notre michna ; et s'il meurt, on en tire profit. Il n'y a seulement [en jeu] qu'une [question de] vol, s'il ne donne pas l'agneau au kohen, car c'est [une affaire] d'argent ; et ici il n'y a pas de vol, car c'est un doute.
🗂️ Tossefot (1)
זָכָר וּנְקֵבָה מַפְרִישׁ טָלֶה לְעַצְמוֹ וא"ת לֵר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּאָמַר אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אִם יָצְאוּ שְׁנֵיהֶם בְּבַת אַחַת אֵין הַזָּכָר קָדוֹשׁ לְפִי מַה שֶּׁפֵּי' לְעֵיל נְקֵבָה חוֹצֶצֶת וְעוֹד תְּנַן לְקַמָּן בְּפֶ' שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יז:) זָכָר וּנְקֵבָה אֵין לַכֹּהֵן כְּלוּם מַשְׁמַע דְּקָאֵי אֲיַצְּאוֹ ב' רָאשֵׁיהֶן כְּאַחַת דְּרֵישָׁא שֶׁהַנְּקֵבָה מְבַטֶּלֶת בְּכוֹרַת זָכָר שֶׁגַּם הִיא פָּטְרָה בְּכוֹרַת רֶחֶם וא"כ סָמוּךְ מִיעוּט דִּבְבַת אַחַת לְמֶחֱצָה דִּנְקֵבוֹת קוֹדְמוֹת וְהָווּ לְהוּ זְכָרִים קוֹדְמִים מִיעוּטָא וי"ל כִּדְפָרִיךְ לְעֵיל בְּסָפֵק מוּעָט הֶחְמִירוּ לְהַפְרִישׁ טָלֶה לְעַצְמוֹ:
Un mâle et une femelle : il met à part un agneau pour lui-même — On pourrait objecter : selon R. Yossei ha-Gelili, qui dit qu'il est possible de coïncider exactement (efchar le-tzamtzem), si les deux sont sortis en même temps, le mâle n'est pas saint, selon ce qui a été expliqué plus haut — [car] la femelle fait écran (chotzetzet). En outre nous avons appris plus loin au chapitre 2 (Bekhorot 17b) : 'un mâle et une femelle, le kohen n'a rien', ce qui semble se rapporter au cas où les deux têtes sont sorties ensemble, [comme] dans le premier cas ; car la femelle annule le [statut de] premier-né du mâle, elle aussi ayant ouvert la matrice. Si donc l'on ajoute (semokh) la minorité [des cas] où [les deux sortent] en même temps à la moitié [des cas] où les femelles sont premières, [alors le cas où] les mâles sont premiers devient minoritaire. On peut répondre comme on l'a objecté plus haut : dans un doute même faible, on a été strict [en imposant] de mettre à part un agneau pour soi-même.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי חֲמוֹרָה שֶׁלֹּא בִּכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן זָכָר וּנְקֵבָה מַפְרִישׁ עֲלָהּ אֶחָד וְהוּא לְעַצְמוֹ. שְׁתֵּי חֲמוּרוֹת שֶׁלֹּא בִּכְּרוּ וְיָלְדוּ שְׁנֵי זְכָרִים שֶׁנּוֹתֵן שְׁנֵי זְכָרִים לַכֹּהֵן זָכָר וּנְקֵבָה אוֹ שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן. שְׁתֵּי נְקֵבוֹת וְזָכָר אוֹ שְׁנֵי זְכָרִים וּשְׁתֵּי נְקֵבוֹת אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם. הָא דִּתְנַן שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן גַּם צָרִיךְ לְהַפְרִישׁ טָלֶה אֶחָד וְהוּא לְעַצְמוֹ דְּשֶׁמָּא שְׁנֵי זְכָרִים בְּכוֹרוֹת הֵן. וְלָא חָשׁ לְאַדְכּוֹרֵיהּ תַּנָּא דְּמַתְנִי' מִשּׁוּם דִּכְבָר אַשְׁמוֹעִינַן בְּבָבָא קַמַּיְיתָא דִּבְמָקוֹם הַסָּפֵק מַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ וּבְבָבָא דְּסֵיפָא דְּאַחַת בִּיכְּרָה וְאַחַת לֹא בִּיכְּרָה דִּתְנָא זָכָר וּנְקֵבָה מַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ וְלָא תְּנָא אֵין לַכֹּהֵן כְּלוּם מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְאַסּוֹקֵי עֲלָהּ בַּגְּמָרָא שֶׁנֶּאֱמַר וּפֶטֶר חֲמוֹר תִּפְדֶּה בְשֶׂה. וְעוֹד שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה הוֹאִיל וּתְנָא דִּינָא דִּנְתִינַת טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן לָא אַדְּכַר הַפְרָשַׁת טָלֶה אֶחָד לְעַצְמוֹ. דְּלָא אַדְּכַר לֵיהּ תַּנָּא דְּמַתְנִי' אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁאֵין שָׁם נְתִינָה לַכֹּהֵן. וְעוֹד כֵּיוָן דְּפָרֵישׁ וְתָנֵי זָכָר וּנְקֵבָה אוֹ שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה לָא תְּנָא אֶלָּא דִּפְסִיקָא לֵיהּ לְתַרְוַיְיהוּ דְּהַייְנוּ נְתִינַת טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן. וּלְעוֹלָם בִּשְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה מַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ ואע"ג דִּלְגַבֵּי הַפְרָשׁוֹת טָלֶה אֶחָד הָווּ לְהוּ תְּרֵי סְפֵיקֵי שֶׁמָּא אַחַת יָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים וְאַחַת יָלְדָה נְקֵבָה וְאֵין כָּאן אֶלָּא נְתִינָה אַחַת לַכֹּהֵן. וְאַף את"ל אַחַת יָלְדָה זָכָר וְאַחַת יָלְדָה נְקֵבָה וְזָכָר שֶׁמָּא יָצְתָה נְקֵבָה תְּחִלָּה אַפֵּ"ה כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לֵיהּ בְּתַקַּנְתָּא דְּהַפְרָשַׁת טָלֶה אֶחָד וְלָא קָמַפְסֵיד וְלָא מִידֵי שֶׁהֲרֵי הוּא חֻולִּין וְהוּא לְעַצְמוֹ לֵית לֵיהּ לְמִיסְמַךְ אַהֶיתֵּירָא דִּתְרֵי סְפֵיקֵי דְּאַשְׁכְּחַן נָמֵי דְּעַל רֻובָּא לָא סָמְכִינַן לִיפָּטֵר מִדִּין טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ. שֶׁהֲרֵי שָׁנִינוּ בְּרֵישָׁא זָכָר וּנְקֵבָה מַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ. ואע"פ שֶׁיֵּשׁ כָּאן רֻובָּא לִפְטוּרָה דְּמֶחֱצָה יוֹלְדוֹת נְקֵבָה תְּחִלָּה. וּנְהִי נָמֵי דְּיָלְדָה זָכָר תְּחִלָּה מִיעוּטָא נָפֵיק מִקְצָת הַנְּקֵבָה בַּהֲדֵי זָכָר מִקַּמֵּיהּ דְּנִיפּוֹק לֵיהּ רֹוב רֹאשׁוֹ דְּזָכָר וְהָוְיָא לֵיהּ חֲצִיצָה. ואע"ג דְּאָמַר רַב אַשִּׁי מִין בְּמִינוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ. ה"מ זָכָר וְזָכָר דְּתַרְוַיְיהוּ מִין חִיּוּב בְּכוֹרָה אֲבָל בִּנְקֵבָה לָא פְּשִׁיטָא לָן דְּנֵימָא הָכִי דְּמִבַּעְיָא לָן בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף ע.) כְּרָכַתּוּ אֲחוֹתוֹ וְהוֹצִיאַתּוּ מַהוּ וְלָא אִיפְּשִׁיטָא וְעוֹד מִדְּדָייֵק הַשַּׁ"ס דְּמַתְנִי' דַּחֲמוּרָה שֶׁלֹּא בִּכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שָׁמְעִינַן דִּלְר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אע"ג דְּלָא יְדִיעֲנַן אִי יְלַדְתִּינְהוּ לִשְׁנֵי זְכָרִים בְּזֶה אַחַר זֶה אוֹ בְּבַת אַחַת דְּהָכִי מַיְירֵי מַתְנֵי' אַפֵּ"ה מַפְרִישׁ טָלֶה שֵׁנִי וְהוּא לְעַצְמוֹ אַף ע"ג דְּמִיעוּטָא נִינְהוּ דְּיָצְאוּ שְׁנֵיהֶם בְּבַת אַחַת.
MICHNA. Une ânesse qui n'avait pas encore mis bas et qui a mis bas deux mâles : il donne un agneau au kohen ; un mâle et une femelle : il met à part un agneau et il est pour lui-même. Deux ânesses qui n'avaient pas mis bas et qui ont mis bas deux mâles : il donne deux [agneaux] au kohen ; un mâle et une femelle, ou deux mâles et une femelle : il donne un agneau au kohen ; deux femelles et un mâle, ou deux mâles et deux femelles : le kohen n'a rien ici. Ce qu'on a enseigné — 'deux mâles et une femelle : il donne un agneau au kohen' — [signifie] qu'il faut aussi mettre à part un agneau, et il est pour lui-même, car peut-être les deux mâles sont des premiers-nés. Et le tana de la michna n'a pas pris soin de le mentionner, parce qu'il l'avait déjà enseigné dans la première clause : que dans un cas de doute on met à part un agneau et il est pour soi-même. Dans la clause finale — où l'une avait mis bas et l'autre non — il a enseigné 'un mâle et une femelle : il met à part un agneau et il est pour lui-même', et il n'a pas enseigné 'le kohen n'a rien', parce qu'il voulait en tirer [une dérivation] dans la guemara, [à savoir] qu'il est dit 'et tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh'. En outre, [dans le cas] 'deux mâles et une femelle', puisqu'il a enseigné la règle du don d'un agneau au kohen, il n'a pas mentionné la mise à part d'un agneau pour soi : le tana de la michna ne l'a mentionné que là où il n'y a pas de don au kohen. De plus, puisqu'il a détaillé et enseigné 'un mâle et une femelle' ou 'deux mâles et une femelle', il n'a enseigné que ce qui tranche uniformément pour les deux [cas], à savoir le don d'un agneau au kohen. Mais en vérité, [dans le cas] 'deux mâles et une femelle', il met à part un agneau et il est pour lui-même. Et bien qu'à l'égard de la mise à part de l'agneau il y ait là un double doute (terei sfeikei) — peut-être l'une a mis bas deux mâles et l'autre une femelle, et il n'y a alors qu'un seul don au kohen ; et même si l'on dit que l'une a mis bas un mâle et l'autre une femelle et un mâle, peut-être la femelle est sortie la première — malgré cela, puisqu'il a la possibilité d'un remède par la mise à part d'un seul agneau, et qu'il ne perd rien du tout (car c'est [du bétail] profane et c'est pour lui-même), il n'a pas à s'appuyer sur la permission d'un double doute. Car nous trouvons aussi que, sur une majorité [statistique], on ne s'appuie pas pour se dispenser de la règle 'un agneau, et il est pour lui-même' : ainsi nous avons appris dans la première clause 'un mâle et une femelle : il met à part un agneau et il est pour lui-même', bien qu'il y ait là une majorité en faveur de l'exemption, [puisque] la moitié [des femelles] mettent bas la femelle en premier. Et même si elle a mis bas le mâle en premier, une minorité [de la] femelle sort avec le mâle, avant que ne soit sortie la plus grande partie de la tête du mâle, et cela constitue un écran (hatzitza). Et bien que Rav Achi ait dit : 'une espèce dans son espèce ne fait pas écran', cela ne vaut que pour mâle et mâle, qui sont tous deux de l'espèce assujettie au [statut de] premier-né ; mais pour la femelle, il ne nous est pas évident de dire ainsi, car cela est resté en question (ibaia lan) au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 70a) : 'sa sœur l'a enveloppé et l'a fait sortir, qu'en est-il ?', et cela n'a pas été tranché. En outre, du fait que la guemara déduit précisément que notre michna — 'une ânesse qui n'avait pas mis bas et qui a mis bas deux mâles' — n'est pas selon R. Yossei ha-Gelili, nous apprenons que selon R. Yossei ha-Gelili, bien qu'on ne sache pas si elle a mis bas les deux mâles l'un après l'autre ou en même temps (car c'est de cela que traite la michna), il met malgré tout à part un second agneau et il est pour lui-même, bien que ce soit une minorité [des cas] que les deux soient sortis en même temps.
💡 Explication

Ouverture du chapitre sur le rachat du premier-né de l'âne (petan chamor). Une ânesse primipare (chelo bikra) qui a deux petits mâles : l'un des deux est forcément le premier-né, donc — quel qu'il soit — le propriétaire donne un agneau (seh) au kohen.

Si elle a un mâle et une femelle, le doute demeure (la femelle est-elle sortie la première ?). Le propriétaire met un agneau à part pour lui-même (mafrich le-atzmo) : cela lève l'interdit de l'âne, mais il ne le donne pas au kohen, car le kohen est le demandeur (ha-motzi me-havero) et supporte la charge de la preuve.

🖼️ Schéma
Ânesse (petan chamor) : combien de mekhites pour le kohen ? 1 ânesse = 1 seul premier-né possible ; le kohen a la charge de la preuve (ha-motzi me-havero) 1 ânesse 2 mâles 1 agneau au kohen 1 ânesse 1 mâle + 1 femelle 1 agneau mis à part pour soi (ve-hou le-atzmo) 2 ânesses 2 mâles 2 agneaux au kohen 2 ânesses 1 mâle + 1 femelle, ou 2 mâles + 1 femelle 1 agneau au kohen 2 ânesses : 2 femelles + 1 mâle, ou 2 mâles + 2 femelles peut-être les femelles sont sorties les premières rien au kohen (mais on met à part pour lever l'interdit) 'Tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh' (Ex 34:20) — mouton OU chevreau
Les cas de la michna résumés.
4
שְׁתֵּי חֲמוֹרָיו שֶׁלֹּא בִּיכְּרוּ וְיָלְדוּ שְׁנֵי זְכָרִים — נוֹתֵן שְׁנֵי טְלָאִים לַכֹּהֵן. זָכָר וּנְקֵבָה, אוֹ שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה — נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן. שְׁתֵּי נְקֵבוֹת וְזָכָר, אוֹ שְׁנֵי זְכָרִים וּשְׁתֵּי נְקֵבוֹת — אֵין לַכֹּהֵן כְּלוּם.

Deux ânesses qui n'avaient pas encore mis bas et qui ont mis bas deux mâles — [le propriétaire] donne deux agneaux au kohen. [Si elles ont mis bas] un mâle et une femelle, ou deux mâles et une femelle — il donne un agneau au kohen.

[Si elles ont mis bas] deux femelles et un mâle, ou deux mâles et deux femelles — le kohen n'a rien.

📜 Rachi (4)
שְׁנֵי חֲמוֹרִים כו' זָכָר וּנְקֵבָה נוֹתֵן טָלֶה לַכֹּהֵן בִּשְׁבִיל הַזָּכָר:
Deux ânesses, etc. Un mâle et une femelle : il donne un agneau au kohen — pour le mâle.
אוֹ שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה דַּחֲדָא יָלְדָה זָכָר וַחֲדָא יָלְדָה זָכָר וּנְקֵבָה:
Ou deux mâles et une femelle — car l'une a mis bas un mâle et l'autre a mis bas un mâle et une femelle.
נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן דְּהָא אִיכָּא חַד זָכָר וַדַּאי בְּכוֹר וְאִידָךְ דְּהָוֵי סָפֵק דְּשֶׁמָּא הַנְּקֵבָה יְצָאַתָּה תְּחִלָּה מַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ:
Il donne un agneau au kohen — car il y a un mâle certainement premier-né ; et l'autre, qui est un doute — peut-être la femelle est-elle sortie la première — il met à part un agneau et il est pour lui-même.
שְׁנֵי זְכָרִים וּשְׁתֵּי נְקֵבוֹת סָפֵק הֵן דְּשֶׁמָּא כָּל חַד וְחַד יָלְדָה זָכָר וּנְקֵבָה וְשֶׁמָּא נְקֵבוֹת יָצְאוּ תְּחִלָּה הִילְכָּךְ אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם אֶלָּא מַפְרִישׁ עֲלֵיהֶן שְׁנֵי טְלָאִים לְאַפְקוֹעֵי אִיסּוּרֵיהֶן וְהֵן לְעַצְמוֹ:
Deux mâles et deux femelles — ce sont des doutes : peut-être chacune a-t-elle mis bas un mâle et une femelle, et peut-être les femelles sont-elles sorties les premières ; c'est pourquoi le kohen n'a rien ici, mais il met à part pour eux deux agneaux pour lever leur interdit, et ils sont pour lui-même.
🗂️ Tossefot (2)
שְׁתֵּי חֲמוֹרָיו שֶׁלֹּא בִּכְּרוּ וְיָלְדוּ שְׁנֵי זְכָרִים נוֹתֵן שְׁנֵי טְלָאִים לַכֹּהֵן הָכָא נִיחָא דְּאִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן אֵין פּוֹדֶה וְחוֹזֵר וּפוֹדֶה כָּל זְמַן שֶׁלֹּא נִיתַּן לְיַד כֹּהֵן כִּדְפָרִיךְ לְעֵיל בְּפִירְקָא (בְּכוֹרוֹת דַּף ד:) אֲבָל לְקַמָּן פ"ב דְּקָתָנֵי כִּי הַאי גַווְנָא גַּבֵּי בְּכוֹרוֹת בְּהֵמָה טְהוֹרָה לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי י"ל קמ"ל לָא תָּלֵינַן לְהַעֲמִיד הַמָּמוֹן בְּחֶזְקַת בְּעָלִים שֶׁהָאַחַת טִנְּפָה וְנִמּוֹחַ הַווָּלָד וְאַחַת יָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים וּמִיהוּ לְקַמָּן פֶּרֶק יֵשׁ בְּכוֹר (בְּכוֹרוֹת דַּף מח:) קָתָנֵי כה"ג גַּבֵּי נָשִׁים לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי שֶׁכָּל אַחַת יוֹדַעַת בְּעַצְמָהּ מַה שֶׁיָּלְדָה וי"ל אַגַּב דְּתַנְיֵיהּ הָכָא תַּנְייֵהּ הָתָם א"נ נִיחָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ כָּל גַּווְנֵי ואע"ג דְּלָא צְרִיכִי כִּדְקָתָנֵי זָכָר וּנְקֵבָה נוֹתֵן אֶחָד לַכֹּהֵן דְּלָא צְרִיכָא כְּלָל:
Deux ânesses qui n'avaient pas mis bas et qui ont mis bas deux mâles : il donne deux agneaux au kohen — Ici cela va bien, car il fallait nous enseigner qu'on ne rachète pas [un âne] puis qu'on rachète à nouveau [avec le même agneau] tant qu'il n'a pas été remis à la main du kohen, comme il a été objecté plus haut dans le chapitre (Bekhorot 4b). Mais plus loin, au chapitre 2, où l'on enseigne un cas semblable à propos des premiers-nés du bétail pur, on ne peut pas dire ainsi. On peut répondre : [la michna] nous apprend qu'on n'attribue pas [l'argent] pour maintenir l'argent dans la présomption de propriété [en supposant] que l'une [des ânesses] a avorté et que le petit s'est dissous, et que l'autre a mis bas deux mâles. Toutefois, plus loin au chapitre 'Yech bekhor' (Bekhorot 48b), on enseigne un cas semblable à propos des femmes, [où] on ne peut pas dire ainsi, car chaque [femme] sait par elle-même ce qu'elle a enfanté. On peut répondre : puisqu'il l'enseigne ici, il l'enseigne aussi là-bas. Ou bien : il lui a plu de détailler tous les cas, même ceux qui n'étaient pas nécessaires, comme il enseigne 'un mâle et une femelle : il donne un [agneau] au kohen', ce qui n'était pas du tout nécessaire.
שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן לִכְאוֹרָה מַפְרִישׁ טָלֶה אֶחָד מִסָּפֵק לְעַצְמוֹ וְכֵן מוּכָח לְקַמָּן פֶּרֶק שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יח:) דְּגַבֵּי שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לַכֹּהֵן (דְּמוּכָח) מִשּׁוּם דִּקְדֻושַּׁת בְּכוֹר חָלָה עַל שְׁתֵּיהֶם וְכֵן פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס מַפְרִישׁ עוֹד טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ:
Deux mâles et une femelle : il donne un agneau au kohen — À première vue, il met [aussi] à part un agneau, par doute, pour lui-même. Et cela est prouvé plus loin au chapitre 2 (Bekhorot 18b) : car à propos de 'deux mâles et une femelle', [on dit] 'l'un pour lui et l'un pour le kohen', ce qui prouve que la sainteté du premier-né s'applique aux deux [mâles]. Et de même Rachi (be-kountres) a expliqué : il met à part un autre agneau et il est pour lui-même.
💡 Explication

Cas de deux ânesses primipares. Deux mâles : chacune a un premier-né mâle, donc deux agneaux au kohen. Un mâle et une femelle (ou deux mâles et une femelle) : un mâle est certainement premier-né, donc un agneau au kohen (et un second agneau mis à part pour soi selon la logique du doute).

Deux femelles et un mâle, ou deux mâles et deux femelles : le doute est complet (peut-être chaque femelle est sortie la première), donc rien au kohen — le propriétaire met seulement des agneaux à part pour lever l'interdit, et les garde.

5
אַחַת בִּיכְּרָה, וְאַחַת שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה, וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים — נוֹתֵן טָלֶה אֶחָד לַכֹּהֵן; זָכָר וּנְקֵבָה — מַפְרִישׁ טָלֶה אֶחָד לְעַצְמוֹ.

[Si] l'une avait déjà mis bas et l'autre n'avait pas encore mis bas, et qu'elles ont mis bas deux mâles — [le propriétaire] donne un agneau au kohen. [Si elles ont mis bas] un mâle et une femelle — il met à part un agneau pour lui-même.

📜 Rachi (1)
אַחַת בִּיכְּרָה וְכוּ' זָכָר וּנְקֵבָה מַפְרִישׁ טָלֶה וְהוּא לְעַצְמוֹ דְּשֶׁמָּא אוֹתָהּ שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה יָלְדָה אֶת הַנְּקֵבָה:
L'une avait déjà mis bas, etc. Un mâle et une femelle : il met à part un agneau et il est pour lui-même — car peut-être celle qui n'avait pas encore mis bas a-t-elle mis bas la femelle.
💡 Explication

Cas mixte : l'une des ânesses avait déjà mis bas (donc son petit n'est pas premier-né), l'autre est primipare. Deux mâles : seul le mâle de la primipare peut être premier-né, mais on ne sait pas lequel vient de laquelle — donc un agneau au kohen.

Un mâle et une femelle : peut-être la primipare a mis bas la femelle (auquel cas pas de premier-né mâle), donc doute — il met un agneau à part pour lui-même.

6
שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפֶטֶר חֲמוֹר תִּפְדֶּה בְשֶׂה״, מִן הַכְּבָשִׂים וּמִן הָעִזִּים, זָכָר וּנְקֵבָה, גָּדוֹל וְקָטָן, תָּמִים וּבַעַל מוּם, פּוֹדֶה בּוֹ פְּעָמִים הַרְבֵּה, נִכְנָס לַדִּיר לְהִתְעַשֵּׂר, וְאִם מֵת — נֶהֱנִין בּוֹ.

Ainsi qu'il est dit : 'et tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh' (Ex 34:20) — parmi les moutons ou parmi les chèvres, mâle ou femelle, grand ou petit, sans défaut ou avec défaut ; on rachète par lui de nombreuses fois ; il entre dans l'enclos pour être dîmé ; et s'il meurt — on en tire profit.

📜 Rachi (4)
שֶׁנֶּאֱמַר וּפֶטֶר חֲמוֹר תִּפְדֶּה בְשֶׂה אַרֵישָׁא קָאֵי כְּלוֹמַר מְנָא לַן דְּפִדְיוֹן פֶּטֶר חֲמוֹר בְּשֶׂה שֶׁנֶּאֱמַר וּפֶטֶר חֲמוֹר תִּפְדֶּה בְשֶׂה:
Ainsi qu'il est dit : et tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh — cela se rapporte à la première clause, c'est-à-dire : d'où savons-nous que le rachat du premier-né de l'âne se fait par un seh ? De ce qu'il est dit 'et tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh'.
זָכָר וּנְקֵבָה בֵּין שֶׂה זָכָר בֵּין נְקֵבָה:
Mâle ou femelle — que le seh soit mâle ou femelle.
וּפוֹדֶה בּוֹ פְּעָמִים הַרְבֵּה שֶׁאִם חָזַר כֹּהֵן וּנְתָנוֹ לוֹ לְיִשְׂרָאֵל וְיֵשׁ לוֹ פִּטְרֵי חֲמוֹרִים יָכוֹל לִפְדּוֹתָן בּוֹ:
Et on rachète par lui de nombreuses fois — car si le kohen l'a rendu à l'Israélite et que celui-ci a [d'autres] premiers-nés d'ânes, il peut les racheter par lui.
נִכְנַס כו' מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
Il entre, etc. — cela est expliqué dans la guemara.
💡 Explication

Fondement scripturaire et règles du seh de rachat : le verset 'tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh' (Ex 34:20) n'exige qu'un seh — terme large : mouton ou chevreau, mâle ou femelle, grand ou petit, tamim (sans défaut) ou baal moum (avec défaut).

Comme il n'a pas de sainteté propre : le kohen peut le rendre et il sert à racheter plusieurs fois ; l'agneau reste profane (il 'entre dans l'enclos pour être dîmé', maasar behema) ; et s'il meurt, on profite de sa carcasse.

7
גמ׳ מַאן תְּנָא? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, דְּאִי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי — הָאָמַר אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם!

GUEMARA. Qui est le tana [auteur de la michna] ?

Rabbi Yirmeya dit : [ce] n'[est] pas selon Rabbi Yossei ha-Gelili ; car si [c'était] Rabbi Yossei ha-Gelili — n'a-t-il pas dit qu'il est possible de coïncider exactement (efchar le-tzamtzem) !

📜 Rachi (2)
גמ' מַאן תְּנָא דַּחֲמוּרָה שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים דְּאֵינוֹ נוֹתֵן לַכֹּהֵן אֶלָּא חַד טָלֶה:
GUEMARA. Qui est le tana — [l'auteur du cas] d'une ânesse qui n'avait pas mis bas et qui a mis bas deux mâles, [enseignant] qu'il ne donne qu'un seul agneau au kohen.
דְּלָא כְּר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶ' הַלּוֹקֵחַ עוֹבֵר פָּרָתוֹ (בְּכוֹרוֹת דַּף יז.) רָחֵל שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר שְׁנֵיהֶם לַכֹּהֵן דְּאֶפְשָׁר לְצַמְצֵם שֶׁשְּׁנֵיהֶן יָצְאוּ כְּאֶחָד וּשְׁנֵיהֶן בְּכוֹרוֹת:
[Ce] n'[est] pas selon R. Yossei ha-Gelili — car nous disons plus loin au chapitre 'Ha-lokeah oubar parato' (Bekhorot 17a) : une brebis qui n'avait pas mis bas et qui a mis bas deux mâles, R. Yossei ha-Gelili dit : les deux sont au kohen, car il est possible de coïncider exactement, que les deux soient sortis ensemble et que les deux soient premiers-nés.
🗂️ Tossefot (1)
מַאן תְּנָא א"ר יִרְמְיָה דְּלָא כְּר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי פ"ה מַאן תְּנָא דְּאָמְרִינַן שֶׁיָּלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים אֵינוֹ נוֹתֵן אֶלָּא חַד טָלֶה לַכֹּהֵן וְקָשֶׁה לְפִי' דְּהָכָא אַפֵּי' ר"י הַגְּלִילִי מוֹדֶה מִדְּלָא קָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין וְיָצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאֶחָד כִּדְקָתָנֵי בְּפֶרֶק שֵׁנִי (לְקַמָּן בְּכוֹרוֹת יז.) וְכֵיוָן דְּלָא רָאִינוּ שֶׁיָּצְאוּ בְּבַת אַחַת מִסָּפֵק לָא אָמְרִי' בְּבַת אַחַת יָצְאוּ אַפֵּי' לר"י הַגְּלִילִי דְּלָא שְׁכִיחָא וְצָרִיךְ לְפָרֵשׁ דִּנְהִי דְּמִסָּפֵק מוֹדֶה ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּאֵין נוֹתֵן לַכֹּהֵן אֶלָּא חַד טָלֶה מ"מ בְּסָפֵק מוּעָט טוֹב לְהַחְמִיר בַּדָּבָר וּלְהַפְרִישׁ טָלֶה שֵׁנִי לְעַצְמוֹ:
Qui est le tana ? R. Yirmeya dit : [ce] n'[est] pas selon R. Yossei ha-Gelili — Rachi a expliqué : qui est le tana qui dit que, si elle a mis bas deux mâles, il ne donne qu'un seul agneau au kohen ? Et cela fait difficulté sur cette explication, car ici même R. Yossei ha-Gelili concède, du fait que la michna n'enseigne pas 'et leurs deux têtes sont sorties ensemble' comme elle l'enseigne au chapitre 2 (plus loin, Bekhorot 17a) ; et puisque nous n'avons pas vu qu'ils sont sortis en même temps, dans le doute on ne dit pas 'ils sont sortis en même temps', même selon R. Yossei ha-Gelili, car cela n'est pas fréquent. Il faut donc expliquer : bien que, dans le doute, R. Yossei ha-Gelili concède qu'il ne donne qu'un seul agneau au kohen, néanmoins, dans un doute même faible, il est bon d'être strict en la matière et de mettre à part un second agneau pour soi-même.
💡 Explication

La guemara cherche l'auteur de la michna (une ânesse, deux mâles = un seul agneau au kohen). R. Yirmeya : ce n'est pas R. Yossei ha-Gelili. Car R. Yossei tient qu'il est possible que deux naissances coïncident exactement (efchar le-tzamtzem) — les deux têtes sortent ensemble — auquel cas les deux mâles seraient premiers-nés, et il faudrait donner deux agneaux. La michna, n'en donnant qu'un, suit les Rabbis.

🖼️ Schéma
La mahloket : peut-on 'coïncider exactement' (efchar le-tzamtzem) ? Rabbis (notre michna) R. Yossei ha-Gelili Impossible de coïncider : une tête sort toujours en 1er -> 1 seul premier-né Possible de coïncider : les 2 peuvent sortir ensemble -> les 2 sont premiers-nés Abaye (défense R. Yossei) : l'ânesse suit les Rabbis même selon R. Yossei, car 'ha-zekharim' (les mâles, pluriel, Ex 13:12) ne vaut que pour le bétail pur -> réfuté (teiouvta) Baraita finale : R. Yossei applique 'les 2 au kohen' MÊME à l'âne (bête impure) -> 'ha-zekharim' vaut aussi pour l'âne : Abaye est réfuté
Le point de départ de la discussion.
8
אָמַר אַבַּיֵּי: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, שָׁאנֵי הָתָם דִּכְתִיב ״הַזְּכָרִים לָה׳״.

Abaye dit : tu peux même dire [que c'est] Rabbi Yossei ha-Gelili ; c'est différent là-bas [pour le bétail pur], car il est écrit 'les mâles seront au Seigneur' (ha-zekharim la-Chem).

📜 Rachi (2)
שָׁאנֵי הָתָם דִּכְתִיב גַּבֵּי רָחֵל:
C'est différent là-bas, car il est écrit — à propos de la brebis.
הַזְּכָרִים לָהּ' דְּמַשְׁמַע שְׁנַיִם אֲבָל בְּפֶטֶר חֲמוֹר דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ הַזְּכָרִים א"נ אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם לָא קָדְשִׁי:
Les mâles seront au Seigneur (ha-zekharim la-Chem) — ce qui implique deux ; mais pour le premier-né de l'âne, où 'les mâles' n'est pas écrit, ou bien [même] s'il est possible de coïncider exactement, ils ne deviennent pas saints.
💡 Explication

Défense d'Abaye : la michna peut très bien être de R. Yossei ha-Gelili. Ce qui diffère, c'est que pour la brebis (bétail pur), le verset dit 'les mâles (ha-zekharim, pluriel) seront au Seigneur' (Ex 13:12) — ce pluriel enseigne que deux peuvent être premiers-nés en cas de coïncidence. Mais pour le premier-né de l'âne, aucun 'ha-zekharim' n'est écrit, donc un seul est premier-né.

9
וְלִיגְמַר מִינֵּיהּ! הָא מִיעֵט רַחֲמָנָא ״הַזְּכָרִים״.

Mais qu'on l'apprenne de là [du bétail pur] ! [Réponse :] la Torah a restreint [en écrivant] 'les mâles'.

📜 Rachi (2)
וְלִיגְמַר מִינֵּיהּ בְּכוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה מִבְּהֵמָה טְהוֹרָה:
Mais qu'on l'apprenne de là — [qu'on apprenne] le premier-né du bétail impur du bétail pur.
הָא מַיעֵט רַחֲמָנָא הַזְּכָרִים הֵ"א יְתֵירָה מַשְׁמַע זוֹ וְלֹא אַחֶרֶת:
La Torah a restreint — 'ha-zekharim' : le heh supplémentaire implique celle-ci et non une autre.
💡 Explication

Objection : pourquoi ne pas dériver le cas de l'âne (bête impure) de celui de la brebis (bête pure) — les deux mâles seraient premiers-nés partout ? Réponse : la Torah a restreint (mi'et) par le mot précis 'ha-zekharim' (avec l'article) — ce 'ha' (heh) supplémentaire signifie 'celle-ci et non une autre' : la règle des deux premiers-nés vaut pour la brebis seulement.

10
אִיכָּא דְאָמְרִי: לֵימָא דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, דְּאִי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי — הָאָמַר אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם! אָמַר אַבַּיֵּי: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, שָׁאנֵי הָתָם דִּכְתִיב ״הַזְּכָרִים לָה׳״.

Il y a qui disent [une autre version] : disons [que] ce n'[est] pas selon Rabbi Yossei ha-Gelili ; car si [c'était] Rabbi Yossei ha-Gelili — n'a-t-il pas dit qu'il est possible de coïncider exactement ! Abaye dit : tu peux même dire [que c'est] Rabbi Yossei ha-Gelili ; c'est différent là-bas, car il est écrit 'les mâles seront au Seigneur'.

💡 Explication

Autre version (ikka de-amri) de l'échange. Le contenu est identique : d'abord la position (peut-être que la michna n'est pas de R. Yossei ha-Gelili, qui admet le tsimtsoum), puis la réponse d'Abaye (elle peut l'être, car 'ha-zekharim la-Chem' ne vaut que pour le bétail pur). La différence porte sur la formulation ('disons' au lieu d'une affirmation) et prépare l'objection suivante.

11
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יִרְמְיָה, דְּלָא מוֹקֵי לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי — הַיְינוּ דְּלָא קָתָנֵי ״וְיָצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאֶחָד״, אֶלָּא לְאַבַּיֵּי — לִיתְנֵי ״וְיָצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאֶחָד״!

Cela va bien selon Rabbi Yirmeya, qui ne la met pas [la michna] au compte de Rabbi Yossei ha-Gelili : c'est pourquoi il n'est pas enseigné 'et leurs deux têtes sont sorties ensemble' ; mais selon Abaye — qu'on enseigne donc 'et leurs deux têtes sont sorties ensemble' !

📜 Rachi (2)
בִּשְׁלָמָא לְר' יִרְמְיָה דְּלָא מוֹקֵי לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּקָמְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין מִשּׁוּם (טַעְמָא) דְּאִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם שֶׁלֹּא יָצָא רֹאשׁ הָאֶחָד תְּחִלָּה דְּהָוֵי פֶּטֶר רֶחֶם הַיְינוּ דְּלָא קָתָנֵי בְּמָתְנֵי' יָצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאֶחָד כִּי הֵיכִי דְּתָנֵי לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּכוֹרוֹת דַּף יז.) גַּבֵּי מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּהָא לֹא אֶפְשָׁר:
Cela va bien selon R. Yirmeya, qui ne la met pas au compte de R. Yossei — car il explique la raison de la michna par le fait qu'il est impossible de coïncider exactement, [c'est-à-dire] que la tête de l'un ne sorte pas la première — auquel cas il serait celui qui ouvre la matrice ; c'est pourquoi il n'est pas enseigné dans la michna 'les deux têtes sont sorties ensemble', comme on l'enseigne plus loin dans le chapitre (Bekhorot 17a) à propos de la parole de R. Yossei ha-Gelili, car cela est impossible.
אֶלָּא לְאַבַּיֵּי דְּאֶפְשָׁר לְצַמְצֵם וְטַעְמָא מִשּׁוּם מִיעוּט דְּהַזְּכָרִים לִיתְנֵי וְיָצְאוּ רָאשֵׁיהֶן כְּאַחַת דְּשָׁמְעִינַן מִינָּהּ רְבוּתָא:
Mais selon Abaye — pour qui il est possible de coïncider exactement, et la raison [de la michna] tient à la restriction de 'ha-zekharim' — qu'on enseigne donc 'et leurs têtes sont sorties ensemble', ce dont nous apprendrions un enseignement remarquable (rabouta).
💡 Explication

Objection contre Abaye. Selon R. Yirmeya, la michna suit les Rabbis (impossible de coïncider) : logique qu'elle n'ajoute pas 'et leurs deux têtes sont sorties ensemble', puisque c'est impossible. Mais selon Abaye, qui la fait suivre R. Yossei (coïncidence possible), la michna aurait dû préciser 'les deux têtes ensemble' — un cas remarquable où même R. Yossei ne donnerait qu'un agneau (pour l'âne). Son silence est un problème.

12
וְעוֹד, תַּנְיָא: חֲמוֹרוֹ שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים, וְיָצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאֶחָד, רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: שְׁנֵיהֶן לַכֹּהֵן, שֶׁנֶּאֱמַר ״הַזְּכָרִים לָה׳״.

Et de plus, il est enseigné [dans une baraita] : une ânesse qui n'avait pas encore mis bas et qui a mis bas deux mâles, et leurs deux têtes sont sorties ensemble — Rabbi Yossei ha-Gelili dit : les deux sont au kohen, ainsi qu'il est dit 'les mâles seront au Seigneur'.

📜 Rachi (1)
וְעוֹד תַּנְיָא בְּהֶדְיָא דְּאַפֵּי' בִּבְהֵמָה טְמֵאָה אָמַר נַמֵּי רַבִּי יוֹסֵי שְׁנֵיהֶן לַכֹּהֵן:
Et de plus, il est enseigné — explicitement que, même pour une bête impure, R. Yossei dit aussi 'les deux au kohen'.
💡 Explication

Preuve décisive : une baraita énonce explicitement que, pour une ânesse (bête impure !) dont les deux mâles sortent tête contre tête, R. Yossei ha-Gelili dit 'les deux au kohen', tirant cela de 'ha-zekharim la-Chem'. Donc R. Yossei applique bien le verset à l'âne — contre ce que soutenait Abaye.

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וְהָא כִּי כְּתִיב הַאי, בִּקְדֻושַּׁת הַגּוּף הוּא דִּכְתִיב! אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר ״הַזְּכָרִים לָה׳״, תְּיוּבְתָּא דְּאַבַּיֵּי, תְּיוּבְתָּא.

Mais quand ce verset est écrit, c'est à propos de la sainteté du corps (kedouchat ha-gouf) qu'il est écrit [c'est-à-dire le bétail pur] ! Or [R.

Yossei l'applique à l'âne] uniquement parce qu'il est dit 'les mâles seront au Seigneur' [donc il en déduit la même règle pour l'âne]. [C'est] une réfutation d'Abaye, une réfutation (teiouvta de-Abaye, teiouvta).

📜 Rachi (2)
בִּקְדֻושַּׁת הַגּוּף בִּבְהֵמָה טְהוֹרָה:
La sainteté du corps (kedouchat ha-gouf) — [c'est-à-dire] pour le bétail pur.
אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר הַזְּכָרִים בִּבְכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה דְּשָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּאֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אָמַר ה"ה לְפֶטֶר חֲמוֹר:
Or uniquement parce qu'il est dit 'les mâles' — pour le premier-né du bétail pur, dont nous apprenons qu'il est possible de coïncider exactement, [R. Yossei] a dit : il en va de même (hou ha-din) pour le premier-né de l'âne.
💡 Explication

Conclusion. Objection interne : ce verset ('ha-zekharim la-Chem') parle du bétail pur, doté de sainteté du corps (kedouchat ha-gouf), alors que l'âne n'a qu'une sainteté de valeur. Réponse : justement, R. Yossei transpose la règle du verset à l'âne. Cela confirme qu'il applique 'ha-zekharim' à l'âne — donc Abaye, qui prétendait le contraire, est réfuté de façon concluante (teiouvta). La michna suit bien les Rabbis (R. Yirmeya avait raison).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).