Sougya : Le daf s'ouvre sur la conclusion de la joute entre Rabbi Yehochoua ben Hanania et les sages d'Athènes : par l'eau de la Maison des Engloutis (bei bliei), il les fait s'épuiser jusqu'à l'épaule démise, illustrant 'la mer n'est jamais pleine'. La michna traite ensuite du rachat du premier-né de l'âne (petan chamor) : selon le nombre d'ânesses et le sexe des petits, combien d'agneaux reviennent au kohen, et quand le propriétaire met un agneau à part pour lui-même (car le kohen, demandeur, supporte la charge de la preuve).
La michna rappelle qu'on rachète par un seh (mouton ou chevreau, mâle ou femelle, avec ou sans défaut). La guemara demande qui est l'auteur de la michna : R.
Yirmeya la dit non conforme à R. Yossei ha-Gelili (qui admet le tsimtsoum, la coïncidence exacte de deux naissances) ; Abaye la défend au nom du verset 'les mâles (ha-zekharim) seront au Seigneur'.
Une baraita finale montre que R. Yossei applique sa règle même à l'âne, réfutant Abaye (teiouvta).
Lorsqu'il arriva à la Maison des Engloutis (bei bliei) [un lieu de l'océan qui absorbe toutes les eaux], il remplit un cruchon d'eau de la Maison des Engloutis. Quand ils arrivèrent [à destination], il les présenta [les sages d'Athènes] devant César.
[César] les vit qui étaient affligés [meanei], et lui dit : ceux-là ne sont pas [les sages d'Athènes] ! [R.
Yehochoua] prit de leur poussière [le sol d'Athènes qu'il avait emporté] et la jeta sur eux : ils s'enhardirent face au roi. [César] lui dit : tout ce que tu veux, fais-le d'eux.
Suite du récit (commencé 8b) : Rabbi Yehochoua ben Hanania a vaincu les sages d'Athènes et les ramené à Rome. En chemin il puise de l'eau à la Maison des Engloutis (bei bliei), un point de l'océan qui engloutit toutes les eaux du monde — c'est le sens de 'la mer n'est jamais pleine' (Qohelet 1:7).
Devant César, les sages, abattus (meanei, humiliés loin de leur pays), ne semblent plus eux-mêmes ; R. Yehochoua leur jette la poussière de leur sol, ils reprennent leur arrogance, et César lui donne les mains libres.
Il apporta l'eau qu'il avait apportée de la Maison des Engloutis, la versa dans un récipient (tigda), et leur dit : remplissez-le et allez-vous-en. Ils remplirent et versèrent [l'eau] les uns après les autres, et [le récipient] les engloutit ; ils remplirent jusqu'à ce que leur épaule se démit, et ils dépérerent et s'en allèrent [à leur perte].
Le piège : l'eau de la Maison des Engloutis, versée dans un récipient (tigda), engloutit tout ce qu'on y verse. Les sages d'Athènes, sommés de le remplir, versent sans fin jusqu'à s'en démettre l'épaule, puis 'dépérissent et s'en vont à leur perte' (bali ve-azol le-avdon).
MICHNA. Une ânesse qui n'avait pas encore mis bas (chelo bikra) et qui a mis bas deux mâles — [le propriétaire] donne un agneau au kohen.
[Si elle a mis bas] un mâle et une femelle — il met à part un agneau pour lui-même.
Ouverture du chapitre sur le rachat du premier-né de l'âne (petan chamor). Une ânesse primipare (chelo bikra) qui a deux petits mâles : l'un des deux est forcément le premier-né, donc — quel qu'il soit — le propriétaire donne un agneau (seh) au kohen.
Si elle a un mâle et une femelle, le doute demeure (la femelle est-elle sortie la première ?). Le propriétaire met un agneau à part pour lui-même (mafrich le-atzmo) : cela lève l'interdit de l'âne, mais il ne le donne pas au kohen, car le kohen est le demandeur (ha-motzi me-havero) et supporte la charge de la preuve.
Deux ânesses qui n'avaient pas encore mis bas et qui ont mis bas deux mâles — [le propriétaire] donne deux agneaux au kohen. [Si elles ont mis bas] un mâle et une femelle, ou deux mâles et une femelle — il donne un agneau au kohen.
[Si elles ont mis bas] deux femelles et un mâle, ou deux mâles et deux femelles — le kohen n'a rien.
Cas de deux ânesses primipares. Deux mâles : chacune a un premier-né mâle, donc deux agneaux au kohen. Un mâle et une femelle (ou deux mâles et une femelle) : un mâle est certainement premier-né, donc un agneau au kohen (et un second agneau mis à part pour soi selon la logique du doute).
Deux femelles et un mâle, ou deux mâles et deux femelles : le doute est complet (peut-être chaque femelle est sortie la première), donc rien au kohen — le propriétaire met seulement des agneaux à part pour lever l'interdit, et les garde.
[Si] l'une avait déjà mis bas et l'autre n'avait pas encore mis bas, et qu'elles ont mis bas deux mâles — [le propriétaire] donne un agneau au kohen. [Si elles ont mis bas] un mâle et une femelle — il met à part un agneau pour lui-même.
Cas mixte : l'une des ânesses avait déjà mis bas (donc son petit n'est pas premier-né), l'autre est primipare. Deux mâles : seul le mâle de la primipare peut être premier-né, mais on ne sait pas lequel vient de laquelle — donc un agneau au kohen.
Un mâle et une femelle : peut-être la primipare a mis bas la femelle (auquel cas pas de premier-né mâle), donc doute — il met un agneau à part pour lui-même.
Ainsi qu'il est dit : 'et tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh' (Ex 34:20) — parmi les moutons ou parmi les chèvres, mâle ou femelle, grand ou petit, sans défaut ou avec défaut ; on rachète par lui de nombreuses fois ; il entre dans l'enclos pour être dîmé ; et s'il meurt — on en tire profit.
Fondement scripturaire et règles du seh de rachat : le verset 'tu rachètes le premier-né de l'âne par un seh' (Ex 34:20) n'exige qu'un seh — terme large : mouton ou chevreau, mâle ou femelle, grand ou petit, tamim (sans défaut) ou baal moum (avec défaut).
Comme il n'a pas de sainteté propre : le kohen peut le rendre et il sert à racheter plusieurs fois ; l'agneau reste profane (il 'entre dans l'enclos pour être dîmé', maasar behema) ; et s'il meurt, on profite de sa carcasse.
GUEMARA. Qui est le tana [auteur de la michna] ?
Rabbi Yirmeya dit : [ce] n'[est] pas selon Rabbi Yossei ha-Gelili ; car si [c'était] Rabbi Yossei ha-Gelili — n'a-t-il pas dit qu'il est possible de coïncider exactement (efchar le-tzamtzem) !
La guemara cherche l'auteur de la michna (une ânesse, deux mâles = un seul agneau au kohen). R. Yirmeya : ce n'est pas R. Yossei ha-Gelili. Car R. Yossei tient qu'il est possible que deux naissances coïncident exactement (efchar le-tzamtzem) — les deux têtes sortent ensemble — auquel cas les deux mâles seraient premiers-nés, et il faudrait donner deux agneaux. La michna, n'en donnant qu'un, suit les Rabbis.
Abaye dit : tu peux même dire [que c'est] Rabbi Yossei ha-Gelili ; c'est différent là-bas [pour le bétail pur], car il est écrit 'les mâles seront au Seigneur' (ha-zekharim la-Chem).
Défense d'Abaye : la michna peut très bien être de R. Yossei ha-Gelili. Ce qui diffère, c'est que pour la brebis (bétail pur), le verset dit 'les mâles (ha-zekharim, pluriel) seront au Seigneur' (Ex 13:12) — ce pluriel enseigne que deux peuvent être premiers-nés en cas de coïncidence. Mais pour le premier-né de l'âne, aucun 'ha-zekharim' n'est écrit, donc un seul est premier-né.
Mais qu'on l'apprenne de là [du bétail pur] ! [Réponse :] la Torah a restreint [en écrivant] 'les mâles'.
Objection : pourquoi ne pas dériver le cas de l'âne (bête impure) de celui de la brebis (bête pure) — les deux mâles seraient premiers-nés partout ? Réponse : la Torah a restreint (mi'et) par le mot précis 'ha-zekharim' (avec l'article) — ce 'ha' (heh) supplémentaire signifie 'celle-ci et non une autre' : la règle des deux premiers-nés vaut pour la brebis seulement.
Il y a qui disent [une autre version] : disons [que] ce n'[est] pas selon Rabbi Yossei ha-Gelili ; car si [c'était] Rabbi Yossei ha-Gelili — n'a-t-il pas dit qu'il est possible de coïncider exactement ! Abaye dit : tu peux même dire [que c'est] Rabbi Yossei ha-Gelili ; c'est différent là-bas, car il est écrit 'les mâles seront au Seigneur'.
Autre version (ikka de-amri) de l'échange. Le contenu est identique : d'abord la position (peut-être que la michna n'est pas de R. Yossei ha-Gelili, qui admet le tsimtsoum), puis la réponse d'Abaye (elle peut l'être, car 'ha-zekharim la-Chem' ne vaut que pour le bétail pur). La différence porte sur la formulation ('disons' au lieu d'une affirmation) et prépare l'objection suivante.
Cela va bien selon Rabbi Yirmeya, qui ne la met pas [la michna] au compte de Rabbi Yossei ha-Gelili : c'est pourquoi il n'est pas enseigné 'et leurs deux têtes sont sorties ensemble' ; mais selon Abaye — qu'on enseigne donc 'et leurs deux têtes sont sorties ensemble' !
Objection contre Abaye. Selon R. Yirmeya, la michna suit les Rabbis (impossible de coïncider) : logique qu'elle n'ajoute pas 'et leurs deux têtes sont sorties ensemble', puisque c'est impossible. Mais selon Abaye, qui la fait suivre R. Yossei (coïncidence possible), la michna aurait dû préciser 'les deux têtes ensemble' — un cas remarquable où même R. Yossei ne donnerait qu'un agneau (pour l'âne). Son silence est un problème.
Et de plus, il est enseigné [dans une baraita] : une ânesse qui n'avait pas encore mis bas et qui a mis bas deux mâles, et leurs deux têtes sont sorties ensemble — Rabbi Yossei ha-Gelili dit : les deux sont au kohen, ainsi qu'il est dit 'les mâles seront au Seigneur'.
Preuve décisive : une baraita énonce explicitement que, pour une ânesse (bête impure !) dont les deux mâles sortent tête contre tête, R. Yossei ha-Gelili dit 'les deux au kohen', tirant cela de 'ha-zekharim la-Chem'. Donc R. Yossei applique bien le verset à l'âne — contre ce que soutenait Abaye.
Mais quand ce verset est écrit, c'est à propos de la sainteté du corps (kedouchat ha-gouf) qu'il est écrit [c'est-à-dire le bétail pur] ! Or [R.
Yossei l'applique à l'âne] uniquement parce qu'il est dit 'les mâles seront au Seigneur' [donc il en déduit la même règle pour l'âne]. [C'est] une réfutation d'Abaye, une réfutation (teiouvta de-Abaye, teiouvta).
Conclusion. Objection interne : ce verset ('ha-zekharim la-Chem') parle du bétail pur, doté de sainteté du corps (kedouchat ha-gouf), alors que l'âne n'a qu'une sainteté de valeur. Réponse : justement, R. Yossei transpose la règle du verset à l'âne. Cela confirme qu'il applique 'ha-zekharim' à l'âne — donc Abaye, qui prétendait le contraire, est réfuté de façon concluante (teiouvta). La michna suit bien les Rabbis (R. Yirmeya avait raison).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).