Berakhot 10a — Berouria et la prière pour les méchants, l'exposition des semoukhin, les cinq mondes de David et la maladie de Hizkiyahou

Berakhot 10a

Sougya : Le folio poursuit l'exégèse des premiers psaumes et en tire une série de lectures aggadiques. Il s'ouvre sur la preuve que les psaumes 1 et 2 forment une seule section, encadrée par le mot achré, puis rapporte deux dialogues de Berouria, l'épouse de Rabbi Meir : contre son mari qui priait pour la mort des brigands du voisinage, elle lit le verset « que les fautes disparaissent » comme portant sur les fautes et non sur les fauteurs ; contre un min qui raillait le verset de la stérile, elle renvoie à la fin du verset.

Vient ensuite la réponse de Rabbi Abahou sur l'ordre des psaumes : la juxtaposition de la section d'Avchalom et de celle de Gog et Magog répond à qui conteste la révolte d'un serviteur contre son maître. Le cœur du folio est la lecture de Rabbi Chimon ben Yohai sur les cinq « bénis, mon âme » de David, correspondant à cinq mondes traversés puis relus comme cinq traits communs au Saint béni soit-Il et à la nechama.

Le folio s'achève sur le compromis que D.ieu établit entre Hizkiyahou et Yechaya, la maladie du roi, le reproche sur la procréation et la règle transmise depuis David : même l'épée sur le cou, l'homme ne se retient pas de demander miséricorde.

Le fil du folio : six unités enchaînées par un mot ou un verset 1. Psaumes 1 et 2 sont une seule section ouverture et clôture par achré — Rachi : achré kol hossei bo clôture le psaume Lama ragechou goyim 2. Les deux dialogues de Berouria a. contre Rabbi Meir : hataïm (les fautes) et non hotim (les fauteurs) — priez pour la techouva b. contre un min : descends à la fin du verset — la stérile est kenesset Israël 3. Rabbi Abahou et l'ordre des psaumes Avchalom avant Chaoul : l'anomalie de l'ordre oblige à exposer les semoukhin source : semoukhim là-ad le-olam assouyim be-émet ve-yachar (Ps. 111, 8) 4. Les cinq barkhi nafchi de David cinq mondes traversés : ventre, monde, allaitement, chute des méchants, jour de la mort verset d'appui : piha patha be-'hokhma (Pr. 31, 26) 5. Seconde lecture des cinq barkhi nafchi cinq traits communs au Saint béni soit-Il et à la nechama 6. Hizkiyahou et Yechaya le compromis par la maladie, le reproche sur la procréation, la règle de l'épée sur le cou
Le plan du folio : de la démonstration sur les psaumes 1 et 2 jusqu'au chevet de Hizkiyahou, chaque unité est accrochée à la précédente par un mot ou un verset.
Les cinq mondes de David et les cinq versets barkhi nafchi 1. Le ventre 2. Le monde 3. L'allaitement 4. La chute des méchants 5. Le jour de la mort Ps. 103, 1 et tout mon intérieur Rachi : les entrailles de sa mère Ps. 103, 20 bénissez Hachem Ses anges — il voit astres et constellations Ps. 103, 2 n'oublie aucun de Ses bienfaits guemoulav / guemoulei Ps. 104, 35 que les fautes disparaissent de la terre Ps. 104, 1 Tu es très grand gloire et splendeur D'où sait-on que le 5e vise le jour de la mort ? Raba bar Rav Chila : de la fin du passage, Ps. 104, 29 Le verset qui commande la série Pr. 31, 26 : elle ouvre sa bouche avec sagesse Rav Chimi bar Oukva relance : à propos de qui ces cinq versets ?
Les cinq mondes de David : le verset support de chaque étape, et la question de Raba bar Rav Chila sur le cinquième.
Le compromis entre Hizkiyahou et Yechaya, puis le dialogue au chevet Hizkiyahou, le roi que le prophète vienne à moi précédent : Eliyahou alla vers Ahav I Rois 18, 2 Yechaya, le prophète que le roi vienne à moi précédent : Yehoram alla vers Elicha II Rois 3, 12 La pechara : la maladie du roi le prophète se déplace au titre de bikour holim Yechaya : tu meurs — dans ce monde ; et tu ne vivras pas — dans le monde à venir (Is. 38, 1) Hizkiyahou : pourquoi tout cela ? — Parce que tu ne t'es pas occupé de peria ve-revia Le roi invoque le roua'h hakodech ; le prophète : les secrets du Ciel ne sont pas ton affaire Même l'épée sur le cou : demande encore miséricorde
Le différend protocolaire entre le roi et le prophète, la manière dont la maladie le résout, et la suite du dialogue jusqu'à la règle transmise depuis David.
1
כָּל פָּרָשָׁה שֶׁהָיְתָה חֲבִיבָה עַל דָּוִד, פָּתַח בָּהּ בְּ״אַשְׁרֵי״ וְסִייֵּם בָּהּ בְּ״אַשְׁרֵי״. פָּתַח בְּ״אַשְׁרֵי״, דִּכְתִיב: ״אַשְׁרֵי הָאִישׁ״. וְסִיֵּים בְּ״אַשְׁרֵי״, דִּכְתִיב: ״אַשְׁרֵי כָּל חוֹסֵי בוֹ״.

Toute section qui était chère à David, il l'a ouverte par « achré » (heureux) et l'a achevée par « achré ». Il l'a ouverte par « achré », car il est écrit : « Heureux l'homme » (Ps.

1, 1). Et il l'a achevée par « achré », car il est écrit : « Heureux tous ceux qui s'abritent en Lui » (Ps.

2, 12).

📜 Rachi (1)
פָּתַח בְּאַשְׁרֵי וְסִיֵּים בְּאַשְׁרֵי אַלְמָא חֲדָא הִיא דְּאַשְׁרֵי כָּל חוֹסֵי בּוֹ סִיּוּמָא דְּלָמָּה רָגְשׁוּ גּוֹיִם הוּא:
Il en ressort qu'il s'agit d'une seule section, car « heureux tous ceux qui s'abritent en Lui » est la clôture du psaume « Pourquoi les nations s'agitent-elles ».
🗂️ Tossefot (1)
כָּל פָּרָשָׁה שֶׁהָיְתָה חֲבִיבָה עַל דָּוִד כּוּ' וְא"ת מַאי כָּל הַפָּרָשִׁיּוֹת וְהָא לָא אַשְׁכְּחַן שׁוּם פָּרָשָׁה אַחֶרֶת שֶׁמַּתְחֶלֶת בְּאַשְׁרֵי וּמְסַיֶּימֶת בְּאַשְׁרֵי אֶלָּא הִיא. וְי"ל דְּלָאו דַּוְקָא פָּתַח בְּאַשְׁרֵי וְסִייֵּם בְּאַשְׁרֵי. אֶלָּא חֲתִימָה מֵעֵין פְּתִיחָה כְּמוֹ תְּהִלָּה שֶׁפָּתַח בִּתְהִלָּה וְסִייֵּם בִּתְהִלָּה תְּהִלַּת ה' יְדַבֶּר פִּי וְכֵן הַרְבֵּה פָּרָשִׁיּוֹת שֶׁמַּתְחִילוֹת בְּהַלְלוּיָהּ וּמְסַיְּימוֹת בְּהַלְלוּיָהּ:
Et si tu dis : que signifie « toute section » ? Nous ne trouvons aucune autre section qui commence par achré et s'achève par achré, hormis celle-ci. On peut répondre que « il a ouvert par achré et achevé par achré » ne se prend pas au sens strict : il s'agit d'une clôture qui reprend le motif de l'ouverture, comme tehila, où il a ouvert par tehila et achevé par tehila — « ma bouche dira la louange de Hachem » (Ps. 145, 21) ; et de même de nombreuses sections commencent par halelouya et s'achèvent par halelouya.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל פָּרָשָׁה שֶׁהָיְתָה חֲבִיבָה עַל דָּוִד פָּתַח בָּהּ בְּאַשְׁרֵי וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה דְּיָדוּעַ הַחַיִּים נִמְשָׁכִים מִן הַחָכְמָה בְּסוֹד וְהַחָכְמָה תִּחְיֶה בְּעָלֶיהָ, וְלָכֵן כָּל חֹולִי יָבֹא ע"י סִילּוּק אוֹר הַחָכְמָה מִן הָאָדָם וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד עֶרֶשׂ דְּוִי, וְלָכֵן הַצָּרַעַת תִּהְיֶה עַל יְדֵי סִילּוּק אוֹר הַחָכְמָה בְּסוֹד יָמוּתוּ וְלֹא בְּחָכְמָה וְיָדוּעַ כִּי רֹאשׁ כִּינּוּ לַחָכְמָה, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (מְלָכִים ב' ד, יט) וַיֹּאמֶר אֶל אָבִיו רֹאשִׁי רֹאשִׁי וַיֹּאמֶר אֶל הַנַּעַר שָׂאֵהוּ אֶל אִמּוֹ, שֶׁהָאָדָם צָרִיךְ שֶׁיִּמָּשֵׁךְ לוֹ חַיִּים מִן הַחָכְמָה בְּחִיצוֹנִיּוּתוֹ וּבִפְנִימִיּוּתוֹ בְּסוֹד הַצְּלָמִים שֶׁיֵּשׁ לָאָדָם, וְלָכֵן בִּקֵּשׁ רֹאשִׁי רֹאשִׁי בַּכֶּפֶל וְיֹאמַר שָׂאֵהוּ אֶל אִמּוֹ כִּי הוּא בָּא מִשְּׁטָרָא דְּנֻוקְבָּא וְעַל יָדָהּ יִמָּשֵׁךְ לוֹ, וְעַל כֵּן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיָה מְבַקֵּשׁ חַיִּים לְעַצְמוֹ תָּמִיד כִּי הוּא לֵית לֵיהּ מִגַּרְמֵיהּ כְּלוּם אֶלָּא לָקַח חַיִּים מֵאֲחֵרִים, לְכָךְ פָּתַח בְּאַשְׁרֵי וְסִיֵּים בְּאַשְׁרֵי, שֶׁהָיָה קוֹרֵא תָּמִיד רָאשֵׁי רֹאשִׁי לִרְמֹוז לְאוֹר הַחָכְמָה, כִּי אַשְׁרֵי אוֹתִיּוֹת רֹאשִׁי וְעָשָׂה כֵּן בְּאוֹתָם מִזְמוֹרִים שֶׁהֵם חֲבִיבִין עָלָיו שֶׁבָּהֶם מְזַמֵּר עָרִיצִים, כְּדֵי לְהַמְשִׁיךְ עַל יְדֵי כָּךְ אוֹר הַחָכְמָה שֶׁבּוֹ הַחַיִּים, וּלְכָךְ אֲמִירַת הַתְּהִלִּים מְסֻוגָּל לְהַמְשָׁכַת הַחַיִּים לַחוֹלֶה כַּנּוֹדָע וּלְכָךְ מִזְמוֹרֵי תְּהִלִּים הֵם ק"ן [150] כְּמִנְיַן מַזַּל הַחַיִּים [150] . וְהַתּוֹסָפוֹת זַ"ל הִקְשׁוּ מַאי כָּל פָּרָשָׁה וְהָא לָא אַשְׁכְּחַן שׁוּם פָּרָשָׁה שֶׁמַּתְחֶלֶת וּמְסַיֶּימֶת בְּאַשְׁרֵי אֶלָּא זוֹ בִּלְבַד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַה שֶׁכָּתַב מְסַייֶּמֶת לָאו דַּוְקָא עַל סוֹף הַמִּזְמוֹר, אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר שֶׁכָּפַל אַשְׁרֵי בִּשְׁנֵי פְּסוּקִים בְּאוֹתָהּ פָּרָשָׁה כִּי הַכְּפִילָה שֶׁל אַשְׁרֵי בִּשְׁנֵי פְּסוּקִים זֶהוּ הוֹרָאָה עַל חֲבִיבוּתָהּ וְלָא תַּלְיָיא בְּסִיּוּם הַמִּזְמוֹר מַמָּשׁ, וּכְהָכִי נִמְצָא בְּמִזְמוֹר ל"ב (תְּהִלִּים לב, א) אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה אַשְׁרֵי אָדָם לֹא יַחְשֹׁב ה' לוֹ עָוֹ‍ן וְאֵין בְּרוּחוֹ רְמִיָּה וְכֵן בְּמִזְמוֹר קי"ט אַשְׁרֵי תְּמִימֵי דֶּרֶךְ וְכוּ' אַשְׁרֵי נִצְרֵי עֵדֹתָיו וְכוּ' דְּנָקֵיט אַשְׁרֵי בִּתְרֵי פְּסוּקֵי בַּחֲדָא פָּרָשָׁה.
« Toute section qui était chère à David, il l'a ouverte par achré » etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en voici la raison. Il est connu que la vie découle de la 'hokhma (sagesse), selon le sod du verset « et la sagesse fait vivre celui qui la possède » (Ecc. 7, 12) ; c'est pourquoi toute maladie survient par le retrait de la lumière de la 'hokhma hors de l'homme, comme l'a écrit notre maître le Ari za"l dans le sod de « la couche de langueur » (Ps. 41, 4). De même la tsaraat vient par le retrait de la lumière de la 'hokhma, selon le sod de « ils meurent sans sagesse » (Job 4, 21) ; et il est connu que la tête est un terme pour la 'hokhma. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset (II Rois 4, 19) : « il dit à son père : ma tête, ma tête ! et celui-ci dit au serviteur : porte-le à sa mère » — car l'homme a besoin que la vie lui soit tirée de la 'hokhma dans son extériorité et dans son intériorité, selon le sod des tselamim (images) qui sont dans l'homme ; c'est pourquoi il demanda « ma tête, ma tête » en redoublant, et il fut dit « porte-le à sa mère », car cela vient du côté de la noukva et c'est par elle que cela lui sera tiré. Aussi David le roi, la paix sur lui, qui demandait toujours la vie pour lui-même, car il n'avait rien de lui-même et prenait la vie d'autrui, ouvrit-il par achré et acheva-t-il par achré : il appelait constamment « ma tête, ma tête » pour faire allusion à la lumière de la 'hokhma, car achré a les lettres de rochi (ma tête). Il fit ainsi dans les psaumes qui lui étaient chers, ceux où il retranche les tyrans, afin d'attirer par là la lumière de la 'hokhma, dans laquelle est la vie. C'est pourquoi la récitation des Tehilim a la vertu d'attirer la vie sur le malade, comme on le sait, et c'est pourquoi les psaumes sont au nombre de cent cinquante, valeur numérique de mazal hahayim (l'astre de la vie). Les Tossefot za"l ont demandé : que signifie « toute section », alors que nous ne trouvons aucune section qui commence et s'achève par achré hormis celle-ci ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot « s'achève » qu'ils ont écrit ne porte pas précisément sur la fin du psaume : leur intention est de dire qu'il a redoublé achré dans deux versets d'une même section, car ce redoublement dans deux versets marque qu'elle lui est chère, sans dépendre de la clôture effective du psaume. Ainsi trouve-t-on au psaume 32 : « Heureux celui dont la transgression est enlevée, dont la faute est couverte ; heureux l'homme à qui Hachem ne compte pas de faute et dans l'esprit duquel il n'y a point de fraude » ; de même au psaume 119 : « Heureux ceux dont la voie est intègre » etc., « heureux ceux qui gardent Ses témoignages » etc. — il emploie achré dans deux versets d'une même section.
💡 Explication

La guemara achève ici une démonstration commencée plus haut : les psaumes 1 et 2 forment une seule section. Le signe retenu est l'encadrement par le même mot, achré, au premier verset et au dernier.

L'enjeu dépasse la curiosité littéraire. Puisque le psaume 2 traite de la guerre de Gog et Magog, son rattachement au psaume 1 fixe la place du psaume 3, celui d'Avchalom, dans le raisonnement sur les semoukhin qui vient plus loin dans le folio.

2
הָנְהוּ בִּרְיוֹנֵי דַּהֲווֹ בְּשִׁבָבוּתֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר וַהֲווֹ קָא מְצַעֲרוּ לֵיהּ טוּבָא. הֲוָה קָא בָּעֵי רַבִּי מֵאִיר רַחֲמֵי עִלָּוַיְהוּ כִּי הֵיכִי דְּלֵימוּתוּ. אָמְרָה לֵיהּ בְּרוּרְיָא דְּבֵיתְהוּ: מַאי דַּעְתָּךְ — מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״יִתַּמּוּ חֲטָאִים״, מִי כְּתִיב ״חוֹטְאִים״? ״חַטָּאִים״ כְּתִיב.

Il y avait ces brigands dans le voisinage de Rabbi Meir, et ils le faisaient beaucoup souffrir. Rabbi Meir demandait miséricorde à leur sujet afin qu'ils meurent.

Berouria, son épouse, lui dit : quel est ton raisonnement ? Parce qu'il est écrit « que les fautes disparaissent » ?

Est-il écrit « les fauteurs » ? Il est écrit « les fautes ».

📜 Rachi (2)
בִּרְיוֹנֵי פָּרִיצִים:
des hommes sans frein.
חֲטָאִים כְּתִיב קְרִי בֵיהּ חֲטָאִים שֶׁיִּכְלֶה יֵצֶר הָרַע:
Lis-le : « les fautes » — que disparaisse le yetser hara (le penchant au mal).
🪔 Ben Yehoyada (1)
הֲוָה קָא בָּעֵי רַבִּי מֵאִיר רַחֲמֵי עֲלַיְיהוּ כִּי הֵיכִי דְּלֵימוּתוּ. קַשָּׁא אוֹמְרוֹ 'כִּי הֵיכִי' יִתּוּר לָשׁוֹן הוּא זֶה, וְסַגִּי לוֹמַר 'בָּעֵי רַחֲמֵי עֲלַייְהוּ דִּלְיָמוּתוּ'? וְעוֹד הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל דִּלְשׁוֹן 'בָּעֵי רַחֲמֵי' מַשְׁמַע שֶׁבִּקֵּשׁ רַחֲמִים וְטוֹבָה בִּשְׁבִילָם, וְאוֹמְרוֹ 'דְּלֵימוּתוּ' הִנֵּה זֶה בַּקָּשַׁת דִּין וְרָעָה עֲלֵיהֶם? וְעוֹד קְשָׁא אַטּוּ לֹא יָדַע ר"מ גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב וכמ"ש לְעֵיל דַּף ז'? וְנִרְאֶה לְתָרֵץ בס"ד כִּי ר"מ יָדַע גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב וּלְכָךְ לֹא הָיָה מִתְפַּלֵּל בְּפֵירוּשׁ עֲלֵיהֶם שֶׁיָּמוּתוּ, אֶלָּא הִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יַשִּׂיגוּ תַּאֲוָתָם הָרָעָה וְאָז זוֹ תִּהְיֶה סִיבַּת מִיתָתָם מִמֵּילָא, כִּי כָּל אָדָם שֶׁהוּא אָדוּק בְּאֵיזֶה תַּאֲוָה רָעָה וְאֵינָהּ מַשִּׂיגָה אָז יֶחֱלֶה מִכֹּחַ תֹּוקֶף תַּאֲוָתוֹ וּבְמֶשֶׁךְ הַיָּמִים תִּהְיֶה הָעֵדֶר מְצִיאוּתָהּ אֵלָיו סִיבָּה לְמִיתָתוֹ, וְהִנֵּה לְפִי זֶה בְּבַקָּשָׁתוֹ אֵינוֹ מְבַקֵּשׁ שֶׁיָּמוּתוּ, אֶלָּא מְבַקֵּשׁ דָּבָר שֶׁהוּא רַחֲמִים לָהֶם מִצַּד נַפְשָׁם, כִּי הָרָשָׁע אִם אֵינוֹ מַשִּׂיג לִמְצוֹא תַּאֲוָתוֹ הָרָעָה הִנֵּה הוּא נֶעְדָּר מֵאִיסּוּר וַעֲבֵירָה וְזֶהוּ רַחֲמִים לְנַפְשׁוֹ, וְלָזֶה אָמַר 'בָּעֵי רַחֲמֵי כִּי הֵיכִי דְּלֵימוּתוּ', רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא בִּקֵּשׁ שֶׁיָּמוּתוּ אֶלָּא בִּקֵּשׁ דָּבָר שֶׁמִּמֶּנּוּ יִהְיֶה סִיבָּה שֶׁיָּמוּתוּ, מֵרֹוב הַחֵשֶׁק וְהַתַּאֲוָה שֶׁבְּלִבָּם אֲשֶׁר נֶעְדֶּרֶת מְצִיאוּתָהּ לָהֶם, וא"ל בְּרוּרְיָה ע"ה יוֹתֵר טוֹב שֶׁתְּבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁיַּעְזְרוּם מִן הַשָּׁמַיִם לַחֲזֹור בִּתְשׁוּבָה וּמִמֵּילָא תִּתְבַּטֵּל וְתֵיעָקֵר הַתַּאֲוָה הָרָעָה מִלִּבָּם. וּבָזֶה נִתְרַצָּה גַּם כֵּן קֻושְׁיַת הַגָּאוֹן סֵפֶר חֲסִידִים זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה אִם כְּבָר ר"מ בִּקֵּשׁ כַּאֲשֶׁר רָצָה וְלֹא נַעֲנָה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְהַשַּׁ"ס לִזְכֹּור זֶה, וְאִם לֹא בִּקֵּשׁ עֲדַייִן רַק הָיָה רוֹצֶה לְבַקֵּשׁ וְלֹא הִנִּיחַתּוּ בְּרוּרְיָה, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר הָכִי הֲוָה קָא בָּעֵי לְמִבְעֵי רַחֲמֵי וְכוּ'? וּבָזֶה שֶׁכָּתַבְנוּ נִתְרַצָּה קֻושְׁיָא זוֹ, דִּלְעוֹלָם בִּקֵּשׁ, וְהַייְנוּ שֶׁבִּקֵּשׁ שֶׁלֹּא יַשִּׂיגוּ תַּאֲוָתָם, כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ יֶחֱלוּ מֵרֹוב חִשְׁקָם וְתַאֲוָתָם שֶׁאֵין מוֹצְאִים לָהֶם, אַךְ עֲדַיִין לֹא מֵתוּ, כִּי סִיבַּת מִיתָתָם תִּהְיֶה בְּמֶשֶׁךְ יָמִים בְּהֶעְדֵּר הַדָּבָר אֲשֶׁר מִתְאַוִּים לוֹ, וְאָז בְּרוּרְיָה פִּיהָ פָּתְחָה בְּחָכְמָה בְּעֵצָה טוֹבָה זוֹ, וְהַצִּילָה אוֹתָם בְּרַחֲמִים חֲדָשִׁים, דְּבָעֵי עֲלַיְיהוּ דְּהָדְרִי בִּתְשׁוּבָה וְנִשְׁאֲרוּ בַּחַיִּים. בְּרַם עֲדַיִין קְשָׁא אַמַּאי לָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּר' מֵאִיר הַאי סְבָרָה דִּבְרוּרֵיהּ מֵעִיקָּרָא? וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א דְּאִיהוּ סוֹבֵר כֵּיוָן דְּהַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם, אֵין נָכוֹן לְהִתְפַּלֵּל עַל אֲחֵרִים שֶׁיַּחְזְרוּ בִּתְשׁוּבָה וְרַק עַל עַצְמוֹ יִתְפַּלֵּל הָאָדָם בְּכָךְ, אָמְנָם עַל זֶה קַשָּׁא, אִם כֵּן אֵיךְ הִתְפַּלֵּל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַל יְהוֹשֻׁעַ 'יָהּ יוֹשִׁיעֲךָ מֵעֲצַת מְרַגְּלִים'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ סְבָרָה לוֹמַר אִם מִתְפַּלֵּל עַל הָאָדָם בִּזְמַן שֶׁהוּא צַדִּיק שֶׁלֹּא יֶחֱטָא וְלֹא יִכָּשֵׁל שַׁפִּיר דָּמֵי, וְרַק עַל אָדָם רָשָׁע שֶׁכְּבָר הִרְשִׁיעַ, לָא יָאוּת לְמִבְעֵי רַחֲמֵי מִקַּמֵּי שְׁמַיָּיא שֶׁיַּחֲזֹור בִּתְשׁוּבָה, כָּךְ הֲוָה סְבִירָא לֵיהּ לְר' מֵאִיר מֵעִיקָּרָא וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הִתְפַּלֵּל עַל יְהוֹשֻׁעַ בִּהְיוֹתוֹ צַדִּיק שֶׁלֹּא יִכָּשֵׁל בַּעֲצַת הַמְרַגְּלִים. אָמְנָם הָרִי"ף זַ"ל הִקְשָׁה, כֵּיוָן דִּלְמַסְּקָנָא הוֹדָה ר' מֵאִיר לִבְרוּרְיָה וּבָעֵי רַחֲמֵי וְהָדְרִי בִּתְשׁוּבָה אֵיךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הִתְפַּלֵּל עַל אוֹיְבָיו שֶׁיָּמוּתוּ, וְקִלְּלָם כַּמָּה קְלָלוֹת בְּמִזְמוֹר ק"ט, דְּבָזֶה נִמְצָא עָשָׂה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה כַּאֲשֶׁר רָצָה לַעֲשׂוֹת ר' מֵאִיר מֵעִיקָּרָא, וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁדָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וַדַּאי רָאָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁאוֹתָם אוֹיְבִים נִטְמְעוּ בְּסִטְרָא אַחֲרָא וְאֵין לָהֶם תַּקָּנָה בִּתְשׁוּבָה. אִי נָמֵי הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁאוֹתָם אוֹיְבִים הָיוּ חוֹטְאִים וּמַחְטִיאִים, וּמִשְׁנָה עֲרוּכָה הִיא כָּל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים אִין מְסַפְּקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה. וּבָזֶה יְתֹורַץ קֻושְׁיָא שְׁנִיָּה שֶׁל הָרִי"ף שֶׁהִקְשָׁה עַל דִּבְרֵי רַשִׁ"י שֶׁהֵם סִייַּעְתָּא לְר' מֵאִיר וּבָזֶה נִיחָא דְּהָכִי קָאָמַר מִי כְּתִיב חוֹטְאִים חַטָּאִים כְּתִיב, שֶׁהוּא פֹּועַל יוֹצֵא לַאֲחֵרִים שֶׁהֵם מַחֲטִיאִים אֲחֵרִים, וְאֵלּוּ דַּוְקָא יִתַּמּוּ, אֲבָל הָנָךְ בִּרְיוֹנֵי לֹא הָיוּ מַחֲטִיאִים אֲחֵרִים.
« Rabbi Meir demandait miséricorde à leur sujet afin qu'ils meurent. » L'expression ki heikhi (afin que) fait difficulté : elle paraît superflue, et il aurait suffi de dire « il demandait miséricorde à leur sujet qu'ils meurent ». Le Tselah za"l a demandé en outre : l'expression « demander miséricorde » indique qu'il demandait miséricorde et du bien pour eux, tandis que « qu'ils meurent » est une demande de rigueur et de mal à leur encontre. On demande encore : Rabbi Meir ignorait-il donc que « punir le juste n'est pas bon » (Pr. 17, 26), comme il a été dit plus haut, page 7 ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Meir le savait, et c'est pourquoi il ne priait pas explicitement pour leur mort ; il priait qu'ils n'atteignent pas leur mauvais désir, ce qui deviendrait de soi la cause de leur mort. Car tout homme attaché à un mauvais désir et qui ne l'atteint pas tombe malade par la force de son désir, et avec le temps cette privation devient pour lui cause de mort. Selon cela, sa demande portait sur une chose qui est miséricorde pour eux du côté de leur âme, car le méchant qui n'atteint pas son mauvais désir se trouve préservé de l'interdit et de la faute, ce qui est miséricorde pour son âme. C'est pourquoi il est dit « il demandait miséricorde afin qu'ils meurent » : il demandait une chose dont résulterait leur mort, par l'excès du désir de leur cœur demeuré inassouvi. Et Berouria, la paix sur elle, lui dit : mieux vaut demander miséricorde pour que le Ciel les aide à revenir par la techouva, et de soi le mauvais désir sera annulé et déraciné de leur cœur. Par là se résout aussi la difficulté du Sefer Hassidim za"l, qui demandait : si Rabbi Meir avait déjà demandé ce qu'il voulait sans être exaucé, le Talmud aurait dû le rappeler ; et s'il n'avait pas encore demandé mais voulait le faire, Berouria l'en empêchant, il aurait fallu dire « il voulait demander miséricorde » etc. Selon ce que nous avons écrit, la difficulté se résout : il a bien demandé, à savoir qu'ils n'atteignent pas leur désir, afin qu'ils tombent malades par l'excès de leur envie inassouvie ; mais ils n'étaient pas encore morts, car la cause de leur mort n'agirait qu'avec le temps. Alors Berouria ouvrit sa bouche avec sagesse par ce bon conseil et les sauva par une miséricorde nouvelle, en demandant qu'ils reviennent par la techouva, et ils restèrent en vie. Reste une difficulté : pourquoi le raisonnement de Berouria n'était-il pas venu d'emblée à l'esprit de Rabbi Meir ? Il semble, comme l'a écrit le Maharcha, qu'il tenait ceci : tout étant entre les mains du Ciel hormis la crainte du Ciel, il ne convient pas de prier pour autrui qu'il revienne par la techouva, et l'homme ne doit prier ainsi que pour lui-même. On objectera cependant : comment donc Moche notre maître, la paix sur lui, pria-t-il pour Yehochoua « que Y-a te sauve du conseil des explorateurs » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a lieu de distinguer : prier pour un homme au temps où il est juste, afin qu'il ne faute pas et ne trébuche pas, est convenable ; demander miséricorde devant le Ciel pour qu'un méchant déjà établi dans son mal revienne par la techouva ne convient pas. Telle était l'opinion première de Rabbi Meir, et Moche notre maître pria pour Yehochoua alors qu'il était juste, afin qu'il ne trébuche pas dans le conseil des explorateurs. Le Rif za"l a demandé : puisque, en conclusion, Rabbi Meir a reconnu la justesse de Berouria, a demandé miséricorde et qu'ils sont revenus par la techouva, comment David le roi, la paix sur lui, a-t-il prie pour la mort de ses ennemis et les a-t-il chargés de malédictions au psaume 109 ? Il aurait fait la ce que Rabbi Meir voulait faire au départ. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que David le roi vit assurément par le roua'h hakodech que ces ennemis étaient absorbés dans la sitra a'hra (le côté impur) et qu'il n'y avait pour eux nul remède par la techouva. Ou bien il savait que ces ennemis fautaient et faisaient fauter autrui, et c'est une michna explicite : quiconque fait fauter la collectivité, on ne lui donne pas les moyens de faire techouva. Par là se résout aussi la seconde difficulté du Rif contre les paroles de Rachi, qui viennent en appui de Rabbi Meir : voici ce que dit le texte — est-il écrit « les fauteurs » ? Il est écrit « les fautes », terme dont l'action déborde sur autrui, ceux qui font fauter les autres ; ceux-là seuls doivent disparaître, tandis que ces brigands ne faisaient pas fauter autrui.
💡 Explication

Le passage prolonge l'enseignement rapporté plus haut, selon lequel David ne dit halelouya qu'après avoir vu la chute des méchants. La guemara illustre la portée pratique du verset par un épisode de la vie de Rabbi Meir.

L'argument de Berouria porte sur le texte consonantique. Le mot écrit peut se lire hataïm, les fautes, ou hotim, les fauteurs. La prière qui vise la disparition des personnes s'appuie sur la seconde lecture ; le texte impose la première.

🖼️ Schéma
Ps. 104, 35 : deux vocalisations d'un même mot écrit Texte consonantique : h-t-a-i-m yitamou ... min haarets Lecture de Rabbi Meir hotim : les fauteurs conséquence : prier pour leur mort les brigands du voisinage disparaissent Lecture de Berouria hataïm : les fautes conséquence : prier pour la techouva le fauteur demeure, la faute cesse L'argument décisif : la fin du verset et les méchants ne seront plus — ce qui n'a de sens que si le méchant cesse de l'être
Le même mot écrit soutient deux prières opposées ; la fin du verset tranche en faveur de la lecture de Berouria.
3
וְעוֹד, שָׁפֵיל לְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא ״וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם״, כֵּיוָן דְּ״יִתַּמּוּ חַטָּאִים״ ״וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם״? אֶלָּא בְּעִי רַחֲמֵי עִלָּוַיְהוּ דְּלַהְדְּרוּ בִּתְשׁוּבָה, ״וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם״.

Et de plus, abaisse-toi jusqu'à la fin du verset : « et les méchants ne seront plus ». Dès lors que « les fautes disparaissent », « les méchants ne sont plus » ?

Demande plutôt miséricorde à leur sujet pour qu'ils reviennent par la techouva, et « les méchants ne seront plus ».

📜 Rachi (1)
שְׁפִיל הִשְׁפִּיל עַצְמְךָ לְסוֹף הַמִּקְרָא כָּל דָּבָר שֶׁהוּא בַּסּוֹף קָרוּי שְׁפֵילוֹ שֶׁל דָּבָר:
Abaisse-toi jusqu'à la fin du verset ; toute chose qui se trouve à la fin est appelée le bas de la chose.
💡 Explication

Berouria ajoute un second argument, tiré de la structure du verset. Si la première partie annonçait la mort des fauteurs, la seconde partie serait redondante : des morts sont déjà absents.

La lecture qu'elle propose donne son poids à chaque membre du verset : les fautes cessent, et par conséquent le méchant cesse d'être appelé méchant. La techouva supprime la catégorie sans supprimer l'homme.

4
בְּעָא רַחֲמֵי עִלָּוַיְהוּ, וַהֲדָרוֹ בִּתְשׁוּבָה.

Il demanda miséricorde à leur sujet, et ils revinrent par la techouva.

💡 Explication

La guemara clôt l'épisode par une phrase brève, qui vaut approbation du raisonnement de Berouria : la prière modifiée obtient l'effet recherché.

5
אֲמַר לַהּ הַהוּא מִינָא לִבְרוּרְיָא: כְּתִיב ״רָנִּי עֲקָרָה לֹא יָלָדָה״, מִשּׁוּם דְּלָא יָלְדָה — רָנִי?

Un certain min (sectaire) dit à Berouria : il est écrit « Chante, stérile qui n'as pas enfanté » (Is. 54, 1).

Parce qu'elle n'a pas enfanté, elle devrait chanter ?

💡 Explication

La guemara enchaîne sur un second échange de Berouria, retenu pour la même méthode : la réponse se trouve dans la suite du verset. Le min isole le premier membre pour rendre le texte absurde.

6
אָמְרָה לֵיהּ: שָׁטְיָא, שְׁפֵיל לְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא, דִּכְתִיב: ״כִּי רַבִּים בְּנֵי שׁוֹמֵמָה מִבְּנֵי בְעוּלָה אָמַר ה׳״.

Elle lui dit : insensé, abaisse-toi jusqu'à la fin du verset, car il est écrit : « car les fils de la délaissée seront plus nombreux que les fils de l'épousée, dit Hachem ».

💡 Explication

La formule employée est la même que dans l'épisode précédent, chefil le-seifei di-kra, descends à la fin du verset. La stérile chante en raison de ce que le verset lui annonce ensuite.

7
אֶלָּא מַאי ״עֲקָרָה לֹא יָלְדָה״ — רָנִּי כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל שֶׁדּוֹמָה לְאִשָּׁה עֲקָרָה שֶׁלֹּא יָלְדָה בָּנִים לְגֵיהִנָּם כְּוָתַיְיכוּ.

Que signifie donc « stérile qui n'as pas enfanté » ? Chante, assemblée d'Israël, qui ressemble à une femme stérile n'ayant pas enfanté des fils voués au guehinam comme vous.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁלֹּא יָלְדָה בָּנִים לַגֵּיהִנֹּום כְּוָותַייְכוּ. קָשֶׁה גֵּיהִנָּם מָאן דְּכַר שְׁמֵיהּ הָכָא וַהֲלֹא כְּתִיב לֹא יָלְדָה בִּסְתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּדִיֵּיק לָהּ מִדִּכְתִיב פִּצְחִי רִנָּה וְצַהֲלִי לֹא חָלָה, וּלְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י רְצוֹנוֹ לוֹמַר גַּם כֵּן עַל לֵידָה שֶׁהַיּוֹלֶדֶת הִיא יוֹלֶדֶת עַל יְדֵי חֲבָלִים, אַךְ קָשֶׁה עַל זֶה, לָמָּה כָּפַל הַפָּסוּק דְּבָרָיו, בְּאוֹמְרוֹ לֹא חָלָה כֵּיוָן דְּאָמַר לֹא יָלְדָה, אֶלָּא וַדַּאי פֵּירוּשׁ לֹא חָלָה לְשׁוֹן חֹולִי וְהַייְנוּ שֶׁלֹּא חָלָה בְּחֹולִי הַנֶּפֶשׁ, וְהַחוֹלֶה בְּחֹולִי הַנֶּפֶשׁ וַדַּאי תּוֹלִיד בָּנִים לְגֵיהִנָּם. בְּרַם מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לֹא יָלְדָה 'בָּנִים רְשָׁעִים כְּוָותַייְכוּ', וְאַמַּאי אָמַר 'לְגֵיהִנָּם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי גַּם בְּיִשְׂרָאֵל יֵשׁ רְשָׁעִים, אַךְ כֵּיוָן דְּקִבְּלוּ הַתּוֹרָה נִיצּוֹלִים מִדִּין גֵּיהִנָּם קַל וָחֹומֶר מִסָּלָמַנְדְּרָא, וְלָכֵן כְּשֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה לְאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה בֵּרֵר לְפָנֶיךָ שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת אוֹ גֵּיהִנָּם, בֵּירֵר שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת, מִפְּנֵי שֶׁיָּדַע שֶׁיְּקַבְּלוּ הַתּוֹרָה וְיֵשׁ קַל וָחֹומֶר מִסָּלָמַנְדְּרָא דְּלָא תִּשְׁלוֹט בָּהֶם גֵּיהִנָּם עַל כֵּן רְשָׁעִים שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל יִתְכַּפֵּר עֲוֹנָם בְּשִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת וְיִסּוּרִין וְנִיצּוֹלִין עַל הָרֹוב מִן גֵּיהִנָּם, וְרַק אֻומּוֹת הָעוֹלָם אֵין לָהֶם תַּקָּנָה אֶלָּא בְּגֵיהִנָּם, וְלָכֵן אָמַר 'לֹא יָלְדָה בָּנִים לְגֵיהִנָּם כְּוָותַייְכוּ'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַף עַל גַּב שֶׁיִּמָּצֵא בְּיִשְׂרָאֵל רְשָׁעִים שֶׁרְאוּיָם לֵירֵד לְגֵיהִנָּם כְּגוֹן אוֹתָם עַמֵּי אֲרָצוֹת עוֹזְבֵי תּוֹרָה, מִכָּל מָקוֹם יֵשׁ הֶפְרֵשׁ בֵּינָם לְבֵין אוּמוֹת הָעוֹלָם בָּזֶה, כִּי יִשְׂרָאֵל נִקְרְאוּ זֶרַע קֹודֶשׁ שֶׁבִּהְיוֹת הָעֻובָּר בִּמְעֵי אִמּוֹ הוּא קוֹדֶשׁ, וְלָכֵן כְּתִיב בְּהוּ בִּישַׁעְיָה (סִי' מו, ג) שִׁמְעוּ אֵלַי בֵּית יַעֲקֹב וְכָל שְׁאֵרִית בֵּית יִשְׂרָאֵל הַעֲמֻסִים מִנִּי בֶטֶן הַנְּשֻׂאִים מִנִּי רָחַם כִּי בְּבֶטֶן אִמָּם הֵם קְדוֹשִׁים, וְרַק אַחַר לֵידָה יָבֹא לָהֶם הַיֵּצֶר הָרַע וְיִתְגַּבֵּר בָּהֶם מְעַט מְעַט עַד שֶׁיַּרְשִׁיעֵם, נִמְצָא נִכְנָס בִּתְחוּם שֶׁאֵינָהּ שֶׁלּוֹ וַהֲרֵי הוּא גּוֹזֵל וְעוֹשֵׁק אֶת מְקוֹם הַיֵּצֶר הַטּוֹב וְהַנְּשָׁמָה בָּזֶה, מַה שֶׁאֵין כֵּן אוּמוֹת הָעוֹלָם הֵם רָעִים מִבֶּטֶן דְּאָתוּ מִסִּטְרָא דְּרַע, וְהַיֵּצֶר הָרַע בְּעֵת שֶׁבָּא אֶצְלָם מָצָא לוֹ מָקוֹם הָרָאוּי וּבִשְּׁלוֹ הוּא מִשְׁתַּמֵּשׁ, וְלָזֶה אָמַר 'לֹא יָלְדָה בָּנִים כְּוָותַייְכוּ', רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֲפִילּוּ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם יוֹרְדֵי גֵּיהִנָּם מִכָּל מָקוֹם אֵינָם בְּנֵי גֵּיהִנָּם מִן הַהֵרָיוֹן וּמִן הַלֵּידָה כִּי הֵם כְּשֶׁנּוֹלְדוּ הָיוּ טוֹבִים וּקְדוֹשִׁים.
« Qui n'a pas enfanté des fils pour le guehinam comme vous. » Difficulté : d'où vient ici le guehinam, alors que le verset dit simplement « n'a pas enfanté » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le déduit de « éclate en chants et exulte, toi qui n'as pas eu de douleurs ». Selon l'explication de Rachi, ces mots visent eux aussi l'enfantement, la parturiente enfantant par des douleurs ; mais on objectera : pourquoi le verset redouble-t-il son propos en disant « qui n'a pas eu de douleurs » après avoir dit « qui n'a pas enfanté » ? Il faut donc que lo hala soit un terme de maladie, à savoir qu'elle n'a pas été atteinte de la maladie de l'âme ; et celle qui est atteinte de la maladie de l'âme enfante assurément des fils pour le guehinam. On demande encore : il aurait fallu dire « elle n'a pas enfanté des fils méchants comme vous » ; pourquoi « pour le guehinam » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a certes aussi des méchants en Israël, mais que, ayant reçu la Tora, ils sont sauvés du jugement du guehinam par un kal va-homer (raisonnement a fortiori) tiré de la salamandre. C'est pourquoi, lorsque le Saint béni soit-Il dit à Abraham notre père, la paix sur lui : choisis pour toi l'asservissement aux royaumes ou le guehinam, il choisit l'asservissement aux royaumes, sachant qu'ils recevraient la Tora et qu'il existe un kal va-homer tiré de la salamandre, selon lequel le guehinam n'a pas de prise sur eux. Ainsi les méchants d'Israël voient leur faute expiée par l'asservissement aux royaumes et par les souffrances, et ils sont pour la plupart sauvés du guehinam, tandis que les nations n'ont de remède que dans le guehinam ; c'est pourquoi il dit « elle n'a pas enfanté des fils pour le guehinam comme vous ». Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que même s'il se trouve en Israël des méchants dignes de descendre au guehinam, tels ces amei haarets qui abandonnent la Tora, il subsiste en cela une différence entre eux et les nations. Israël est appelé semence sainte, car l'embryon dans le ventre de sa mère est saint ; c'est pourquoi il est écrit à leur sujet dans Yechaya (46, 3) : « écoutez-Moi, maison de Yaakov et tout le reste de la maison d'Israël, portés dès le ventre, soutenus dès la matrice », car dans le ventre de leur mère ils sont saints. C'est seulement après la naissance que le yetser hara vient à eux et se renforce peu à peu jusqu'à les rendre méchants ; il entre alors dans un domaine qui n'est pas le sien, et il vole et spolie la place du yetser tov et de la nechama. Les nations, en revanche, sont mauvaises dès le ventre, venant du côté du mal, et lorsque le yetser hara vient à elles il y trouve la place qui lui revient et use de ce qui est sien. C'est pourquoi il dit « elle n'a pas enfanté des fils comme vous » : même s'il s'en trouve parmi eux qui descendent au guehinam, ils ne sont pas fils du guehinam dès la conception et la naissance, car à leur naissance ils étaient bons et saints.
💡 Explication

Berouria retourne l'image contre son interlocuteur. La stérilité du verset désigne une absence de descendance d'un certain type, et le mot vise le camp d'où vient l'objection.

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אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִינָא לְרַבִּי אֲבָהוּ, כְּתִיב: ״מִזְמוֹר לְדָוִד בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם בְּנוֹ״, וּכְתִיב: ״לְדָוִד מִכְתָּם בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי שָׁאוּל בַּמְּעָרָה״. הַי מַעֲשֶׂה הֲוָה בְּרֵישָׁא? מִכְּדִי מַעֲשֵׂה שָׁאוּל הֲוָה בְּרֵישָׁא, לִכְתֹּוב בְּרֵישָׁא.

Un certain min dit à Rabbi Abahou : il est écrit « Psaume de David, lorsqu'il fuyait devant Avchalom son fils » (Ps. 3, 1), et il est écrit « De David, mikhtam, lorsqu'il fuyait devant Chaoul dans la grotte » (Ps.

57, 1). Quel événement eut lieu en premier ?

Puisque l'épisode de Chaoul fut le premier, l'Écriture aurait dû l'écrire en premier.

💡 Explication

L'objection porte sur l'ordre du livre des Tehilim. La fuite devant Chaoul précède de plusieurs décennies la fuite devant Avchalom, et pourtant le psaume qui la mentionne vient bien plus loin.

Le min cherche à établir un désordre dans le texte, ce qui affaiblirait l'autorité de l'ensemble.

9
אֲמַר לֵיהּ: אַתּוּן דְּלָא דָּרְשִׁיתוּן סְמוּכִין — קַשְׁיָא לְכוּ, אֲנַן דְּדָרְשִׁינַן סְמוּכִים — לָא קַשְׁיָא לָן.

Il lui dit : pour vous, qui n'exposez pas les semoukhin (la juxtaposition des versets), c'est difficile ; pour nous, qui exposons les semoukhin, ce n'est pas difficile.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲנַן דְּדָרְשִׁינַן סְמוּכִים לָא קַשְׁיָא לַן. הִקְשׁוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל דַּעֲדַייִן קְשָׁא, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר גַּם עִנְיַן גּוֹג וּמָגוֹג אַחַר בְּרִיחָתוֹ מִן שָׁאוּל וְהָיוּ בָּאִים כְּסִדְרָן וְגַם סְמוּכִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם הָיָה עוֹשֶׂה כֵּן לֹא הָיִינוּ מִתְעוֹרְרִים לִדְרֹושׁ הַסְּמִיכוּת, וְלֹא הָיִינוּ מַרְגִּישִׁים בְּטַעַם זֶה לוֹמַר שֶׁמִּזְמוֹר זֶה נוֹתֵן טַעַם לַמִּזְמוֹר הַקּוֹדֵם, כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ הַמֻּועְרָרִים כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁמּוֹרֵד בְּרַבּוֹ, כִּי אֲנַחְנוּ מַאֲמִינִים בְּנֵי מַאֲמִינִים בְּכָל הַכָּתוּב בַּמִּקְרָא, אַךְ עַתָּה שֶׁהִיפֵּךְ הַסֵּדֶר, בְּאוֹמְרוֹ עִנְיַן אַבְשָׁלוֹם קֹודֶם שָׁאוּל, בָּזֶה הוֹרָה לָנוּ בְּאֶצְבַּע לְהַרְגִּישׁ לָמָּה הִקְדִּים הַמְאֻוחָר, וְהַרְגָּשָׁה זוֹ תְּעוֹרֵר אוֹתָנוּ לְבַקֵּשׁ טַעַם עַל זֶה, וְאָז מִמֵּילָא יֹאמַר לְךָ אָדָם כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד וְכוּ', וְהִנֵּה בְּמַאֲמַר הַנִּזְכָּר יוּבָן רֶמֶז הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי כג, א) כִּי תֵשֵׁב לִלְחוֹם אֶת מוֹשֵׁל בִּין תָּבִין אֶת אֲשֶׁר לְפָנֶיךָ, מוֹשֵׁל זֶה הַצָּדוֹקִי שֶׁמִּתְוַוכֵּחַ וְנִלְחַם עִמְּךָ, לָמָּה הִקְדִּים הַמְאֻוחָר מִפְּנֵי שֶׁרְצוֹנוֹ לְהַכְחִישׁ עַל יְדֵי כָּךְ בְּעִיקַּר הַדָּבָר לוֹמַר זֶה שֶׁקֶר ח"ו כִּי כְּלוּם יֵשׁ שָׂכָר וְכוּ', הִנֵּה אַתָּה בִּין תָּבִין אֶת אֲשֶׁר לְפָנֶיךָ דַּיְיקָא שֶׁתָּשִׁיב לוֹ לְמִדְרַשׁ סְמוּכִים כמ"ש ר"י וְדוֹק.
« Nous qui exposons les semoukhin, cela ne nous fait pas difficulté. » Les commentateurs za"l ont demandé : la difficulté subsiste, car l'Écriture aurait pu placer l'affaire de Gog et Magog après la fuite devant Chaoul, de sorte que l'ordre eût été respecté en même temps que la juxtaposition. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il en avait été ainsi, nous n'aurions pas été éveillés à exposer la juxtaposition et nous n'aurions pas perçu cette raison, à savoir que ce psaume donne la raison du psaume précédent, afin que les contestataires ne disent pas : y a-t-il un serviteur qui se révolte contre son maître ? Car nous sommes croyants fils de croyants pour tout ce qui est écrit dans l'Écriture. Maintenant qu'il a inversé l'ordre en plaçant l'affaire d'Avchalom avant celle de Chaoul, il nous a montré du doigt qu'il faut s'interroger sur cette antéposition, et cette interrogation nous éveille à en chercher la raison ; alors, de soi, un homme te dira : y a-t-il un serviteur, etc. Par ce propos se comprend l'allusion du verset (Pr. 23, 1) : « lorsque tu t'assieds pour manger avec un dominateur, considère bien qui est devant toi ». Le dominateur désigne le sadducéen qui discute et combat avec toi : pourquoi a-t-il placé le postérieur avant l'antérieur ? Parce qu'il veut par là contester le principe même et dire que cela est faux, à D.ieu ne plaise, en prétendant : y a-t-il donc récompense, etc. Toi, « considère bien qui est devant toi » — précisément : réponds-lui par l'exposition des semoukhin, comme l'a dit Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Rabbi Abahou répond en déplaçant la question : l'ordre du texte obéit à un principe d'exposition, celui des semoukhin, où la place d'un passage auprès d'un autre porte un enseignement.

L'anomalie chronologique devient alors un indice à interpréter.

10
דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: סְמוּכִין מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן — שֶׁנֶּאֱמַר: ״סְמוּכִים לָעַד לְעוֹלָם עֲשׂוּיִם בֶּאֱמֶת וְיָשָׁר״.

Car Rabbi Yo'hanan a dit : d'où sait-on dans la Tora que l'on expose les semoukhin ? De ce qui est dit : « ils sont appuyés à jamais et pour l'éternité, faits dans la vérité et la droiture » (Ps.

111, 8).

📜 Rachi (1)
סְמוּכִים לָעַד לְעוֹלָם בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב [אַחֲרֵי] נֶאֱמָנִים כָּל פְּקֻודָיו סְמוּכִים סְמִיכַת כָּל פְּקֻודָיו עֲשׂוּיִם בֶּאֱמֶת וְיָשָׁר וּלְצֹורֶךְ וְלֹא דָּבָר רַק:
Ce verset est écrit à propos des paroles de la Tora, après « tous Ses préceptes sont fidèles ». Semoukhim : la juxtaposition de tous Ses préceptes est faite dans la vérité et la droiture, pour une nécessité, et rien n'y est vain.
💡 Explication

Le principe reçoit un appui scripturaire. Le mot semoukhim du verset est lu comme portant sur l'appui d'un passage contre un autre, et l'affirmation qu'ils sont « faits dans la vérité et la droiture » établit que cette disposition est voulue.

11
לָמָּה נִסְמְכָה פָּרָשַׁת אַבְשָׁלוֹם לְפָרָשַׁת גּוֹג וּמָגוֹג — שֶׁאִם יֹאמַר לְךָ אָדָם: כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁמּוֹרֵד בְּרַבּוֹ?! אַף אַתָּה אֱמֹור לוֹ: כְּלוּם יֵשׁ בֵּן שֶׁמּוֹרֵד בְּאָבִיו? אֶלָּא הֲוָה, הָכָא נָמֵי הֲוָה.

Pourquoi la section d'Avchalom a-t-elle été juxtaposée à la section de Gog et Magog ? Afin que, si un homme te dit : y a-t-il un serviteur qui se révolte contre son maître ? — toi aussi tu lui dises : y a-t-il un fils qui se révolte contre son père ?

Or cela a eu lieu ; ici aussi cela aura lieu.

📜 Rachi (3)
כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁמּוֹרֵד בְּרַבּוֹ וְיָבֹא לְהַכְחִישׁ אֶת דִּבְרֵי הַנָּבִיא:
et il viendra ainsi contredire les paroles du prophète.
אֱמֹור לוֹ כְּלוּם יֵשׁ בֵּן כּוּ' וְהָא חָזֵינַן הָכָא דַּהֲוָה:
et voici que nous voyons ici que cela a eu lieu.
הָכָא נָמֵי הֲוָה סוֹפֵיהּ לִהְיוֹת:
cela finira par avoir lieu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁמּוֹרֵד בְּרַבּוֹ? קַשָּׁא וַהֲלֹא הֲוָה דּוֹר הַפְּלַגָּה, דְּבִשְׁלָמָא מִנִּמְרוֹד אֵין לְהַקְשׁוֹת דְּהָתָם עָשָׂה עַצְמוֹ אֱלוֹהַּ, בְּאוֹמְרוֹ שהקב"ה מֵרֹוב גְּדֻולָּתוֹ אֵינוֹ מַשְׁגִּיחַ בַּתַּחְתּוֹנִים וּמָסַר הָעוֹלָם לְהָאֶמְצָעִים, וְכֵן פַּרְעֹה, אַף עַל פִּי שֶׁאָמַר מִי ה'?! לֹא מָרַד, אֶלָּא שֵׁם הֲוָיָה לָא הֲוָה יָדַע לֵיהּ אֶלָּא רַק שֵׁם אֱ-לֹהִים וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, אַךְ דּוֹר הַפְּלַגָּה עָשׂוּ כְּמוֹ גּוֹג וּמָגוֹג שֶׁבָּאוּ לִבְנוֹת הַמִּגְדָּל לַעֲלוֹת לָרָקִיעַ לְהִלָּחֵם ח"ו, וְנִמְצָא דַּהֲוָה מַחְשֶׁבֶת פִּיגּוּל זוֹ בָּעוֹלָם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמְעַרְעֵר יֹאמַר אִין הָכִי נָמֵי הֲוָה כְּהַאי מַחְשֶׁבֶת פִּיגּוּל בְּדוֹר הַפְּלַגָּה, אַךְ אַחַר דְּנַעֲשָׂה עֹונֶשׁ גָּדוֹל בָּהֶם שֶׁאָבְדוּ מִן הָעוֹלָם בְּעִנְיָן רַע, תֶּיכֶף וּמִיָּד אָז נִווַּסְּרוּ כָּל הָרְשָׁעִים וְלֹא יִמָּצֵא אַחַר כָּךְ בָּעוֹלָם מְרִידָה כָּזֹאת, וְעוֹד דּוֹר הַפְּלַגָּה הָיוּ קֹודֶם יְצִיאַת מִצְרַיִם וּקְרִיעַת יַם סוּף שֶׁעֲדַייִן הָיוּ עֵינַי בְּנֵי אָדָם סְתוּמוֹת, אֲבָל אַחַ"כּ לֹא יִמָּצֵא כָּזֹאת.
« Y a-t-il un serviteur qui se révolte contre son maître ? » Difficulté : il y eut pourtant la génération de la dispersion. Certes, on ne peut objecter à partir de Nimrod, car celui-là se fit lui-même dieu, disant que le Saint béni soit-Il, dans Sa grandeur, ne veille pas sur les êtres d'en bas et a remis le monde aux intermédiaires ; de même Pharaon, bien qu'il ait dit « qui est Hachem ? », ne s'est pas révolté, car il ne connaissait pas le Nom de Havaya mais seulement le Nom Elokim, comme l'a écrit notre maître le Ari za"l. La génération de la dispersion, en revanche, fit comme Gog et Magog : ils vinrent bâtir la tour pour monter au firmament et livrer combat, à D.ieu ne plaise ; cette pensée abominable s'est donc bien trouvée dans le monde. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le contestataire dira : assurément, une telle pensée abominable exista dans la génération de la dispersion, mais dès lors qu'un châtiment considérable s'abattit sur eux et qu'ils disparurent du monde de mâle manière, tous les méchants en furent aussitôt avertis et l'on ne trouva plus par là suite pareille révolte dans le monde. De plus, la génération de la dispersion précédait la sortie d'Égypte et l'ouverture de la mer des Joncs, alors que les yeux des hommes étaient encore fermés ; après cela, on ne trouve plus rien de tel.
💡 Explication

La réponse au min se complète. Le psaume 2 annonce une coalition des nations « contre Hachem et contre Son oint », ce qui paraît invraisemblable ; le psaume 3, placé juste après, fournit le précédent qui rend la chose concevable.

L'argument procède par analogie de vraisemblance : la révolte d'Avchalom contre son père est un fait attesté, et elle établit qu'une révolte contre celui dont on tient tout demeure possible.

🖼️ Schéma
Pourquoi Avchalom précède Chaoul dans le livre des Tehilim Ordre chronologique Chaoul, puis Avchalom Ordre du texte Ps. 3 Avchalom, Ps. 57 Chaoul Objection du min l'ordre aurait dû être respecté Réponse de Rabbi Abahou : nous exposons les semoukhin Ps. 111, 8 — appuyés à jamais, faits dans la vérité et la droiture Ps. 3 : la révolte du fils Avchalom se dresse contre son père fait établi par l'Écriture Ps. 2 : la révolte des nations y a-t-il un serviteur qui se révolte ? le cas d'Avchalom répond à l'objection
L'ordre inversé des psaumes est ce qui oblige à chercher un enseignement dans leur juxtaposition.
12
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי. מַאי דִכְתִיב, ״פִּיהָ פָּתְחָה בְחָכְמָה וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ״. כְּנֶגֶד מִי אָמַר שְׁלֹמֹה מִקְרָא זֶה? — לֹא אֲמָרוֹ אֶלָּא כְּנֶגֶד דָּוִד אָבִיו, שֶׁדָּר בַּחֲמִשָּׁה עוֹלָמִים, וְאָמַר שִׁירָה.

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : que signifie ce qui est écrit « elle ouvre sa bouche avec sagesse, et un enseignement de bonté est sur sa langue » (Pr. 31, 26) ?

À propos de qui Chelomo a-t-il dit ce verset ? Il ne l'a dit qu'à propos de David son père, qui a demeuré dans cinq mondes et a dit un chant.

📜 Rachi (1)
וְאָמַר שִׁירָה כְּנֶגֶד כֻּולָּם אָמַר שִׁירָה לִכְשֶׁשָּׁרְתָה רוּחַ הַקֹּודֶשׁ עָלָיו:
il a dit un chant pour chacun d'eux, lorsque le roua'h hakodech (l'esprit de sainteté) reposa sur lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא אֲמָרוֹ אֶלָּא כְּנֶגֶד דָּוִד אָבִיו. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁנִּרְמַז דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וַחֲמִשָּׁה עִתִּים בְּהַאי קְרָא פִּיהָ הוּא פִּי הֵ"א רֶמֶז לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהוּא אֲחִיזָתוֹ בְּהֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם, פָּתְחָה פֶּתַח הֵ"א הֵם חָמֵשׁ שֵׁירוּת שֶׁאֲמָרָם בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, ומ"ש (תְּהִלִּים קג, א) וְכָל קְרָבַי אֶת שֵׁם קָדְשׁוֹ, פֵּירֵשׁ 'קָרֵב אִמִּי', שֶׁהִיא הֵי' קָרְבִי, כְּלוֹמַר מְקוֹם דִּירָתִי וִישִׁיבָתִי, אוֹמְרִים שִׁיר לְשֵׁם קָדְשׁוֹ, וְהַיְינוּ שֶׁאַחַר שֶׁגָּדַל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְהִשִּׂיג רוּחַ הַקֹּודֶשׁ צִייֵּר בְּדַעְתּוֹ כְּאִלּוּ הוּא עוֹמֵד בְּבֶטֶן אִמּוֹ כַּאֲשֶׁר הָיָה וְאוֹמֵר שִׁירָה עַל חֶסֶד זֶה אֵיךְ הָיָה עוֹמֵד גּוּף בְּתוֹךְ גּוּף וּמִשְׁתַּמֵּר, וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל הַפָּסוּק (אִיּוֹב י, יב) חַיִּים וָחֶסֶד עָשִׂיתָ עִמָּדִי, וְכֵן בְּכוּלְּהוּ הָיָה מְצַיֵּיר בְּגוֹדְלוֹ בְּדַעְתּוֹ עַל כָּל עֵת וְעֵת בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְאוֹמֵר שִׁירָה עַל חַסְדּוֹ יִתְבָּרֵךְ.
« Il ne l'a dit qu'à propos de David son père. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que David le roi, la paix sur lui, et les cinq temps sont laissés entendre dans ce verset. Piha (sa bouche) se lit pi hei, allusion à David le roi, dont la prise est dans le hei final du Nom. Patha (elle a ouvert) se lit petah hei : ce sont les cinq chants qu'il dit par le roua'h hakodech. Et ce qui est dit (Ps. 103, 1) « et tout mon intérieur, Son saint Nom » s'explique par kerev imi (l'intérieur de ma mère), qui est mon intérieur, c'est-à-dire le lieu de ma demeure et de mon séjour : ils disent un chant à Son saint Nom. Autrement dit, après que David le roi eut grandi et atteint le roua'h hakodech, il se représenta comme se tenant dans le ventre de sa mère ainsi qu'il y avait été, et il dit un chant sur cette bonté : comment un corps se tenait à l'intérieur d'un corps et y était gardé, selon ce que nos maîtres za"l ont écrit sur le verset (Job 10, 12) « Tu m'as accordé vie et bonté ». Et de même pour tous les autres : dans son âge adulte il se représentait chaque temps en lui-même et disait un chant sur la bonté de Hachem.
💡 Explication

Une nouvelle unité s'ouvre, consacrée aux cinq occurrences de barkhi nafchi (bénis, mon âme) dans les psaumes 103 et 104. Chacune est rapportée à une étape de l'existence de David.

Le terme mondes désigne ici des conditions successives : le ventre maternel, le monde extérieur, l'allaitement, la vision de la chute des méchants, le jour de la mort.

13
דָּר בִּמְעֵי אִמּוֹ וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרֲכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ וְכָל קְרָבַי אֶת שֵׁם קָדְשׁוֹ״.

Il demeura dans le ventre de sa mère et dit un chant, ainsi qu'il est dit : « Bénis, mon âme, Hachem, et tout mon intérieur, Son saint Nom » (Ps. 103, 1).

📜 Rachi (1)
וְכָל קָרְבִי עַל שֵׁם קִרְבֵי אִמּוֹ שֶׁדָּר בְּתוֹכָן:
en référence aux entrailles de sa mère, dans lesquelles il a demeuré.
💡 Explication

Le premier monde est le ventre maternel. Le mot kerabai, mon intérieur, est rapporté aux entrailles dans lesquelles l'enfant séjourne.

14
יָצָא לַאֲוִיר הָעוֹלָם וְנִסְתַּכֵּל בְּכוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרֲכוּ ה׳ מַלְאָכָיו גִּבֹּרֵי כֹחַ עֹושֵׂי דְבָרוֹ לִשְׁמֹעַ בְּקוֹל דְּבָרוֹ בָּרֲכוּ ה׳ כָּל צְבָאָיו וְגוֹ׳״.

Il sortit à l'air du monde, contempla les étoiles et les constellations et dit un chant, ainsi qu'il est dit : « Bénissez Hachem, Ses anges, héros de force, qui accomplissez Sa parole, pour écouter la voix de Sa parole. Bénissez Hachem, toutes Ses armées » etc.

(Ps. 103, 20-21).

💡 Explication

Le deuxième monde est le monde extérieur. Le chant retenu s'adresse aux armées célestes, ce qui correspond au regard porte sur les astres.

15
יָנַק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ וְנִסְתַּכֵּל בְּדַדֶּיהָ וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרֲכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ וְאַל תִּשְׁכְּחִי כָּל גְּמוּלָיו״.

Il téta au sein de sa mère, contempla ses seins et dit un chant, ainsi qu'il est dit : « Bénis, mon âme, Hachem, et n'oublie aucun de Ses bienfaits [guemoulav] » (Ps. 103, 2).

💡 Explication

Le troisième monde est celui de l'allaitement. Le rattachement tient au mot guemoulav, rapproché de guemoulei mehalav, sevrés du lait (Is. 28, 9).

16
מַאי ״כָּל גְּמוּלָיו״. אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: שֶׁעָשָׂה לָהּ דַּדִּים בִּמְקוֹם בִּינָה.

Que signifie « tous Ses bienfaits » ? Rabbi Abahou a dit : Il lui a placé les seins à l'endroit de l'intelligence [bina].

🪔 Ben Yehoyada (2)
מַאי כָּל גְּמוּלָיו אר"א שֶׁעָשָׂה לָהּ דַּדִּים בִּמְקוֹם בִּינָה. נִרְאֶה לִי בס"ד גְּמוּלָיו 'גְּמוּל י"ו ' וְהַייְנוּ דַּד דַּד [16] שֶׁמִּסְפָּרָם י"ו כְּלוֹמַר מַה שֶׁגָּמַל עָלֵינוּ טוֹבָה בַּ'י"ו' שֶׁהֵם דַּד דַּד שֶׁנְּתָנָם בִּמְקוֹם בִּינָה שֶׁהוּא הַלֵּב, וְגַם זֶה נִרְמַז בְּאוֹתִיּוֹת י"ו הֲנֵז' כִּי יוֹ"ד ו"ו [32] בְּמִילּוֹאָם הֵם מִסְפַּר לֵב. גַּם נִרְמְזוּ הַדַּדִּים בְּתֵיבַת גְּמוּלָיו, כִּי יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד (בַּמִּדְבָּר יא, כו) שֵׁם הָאֶחָד אֶלְדָּד וְשֵׁם הַשֵּׁנִי מֵידָד, כִּי דַּד יָמִין הוּא מֵאוֹתִיּוֹת 'אֵל' דְּשֵׁם אֱלֹקִים, וְדַד שְׂמֹאל מִן 'מִי' דְּשֵׁם אֱלֹקִים, וְהֶחָלָב שֶׁבָּהֶם הוּא מִסּוֹד אוֹת הֵ"א דְּשֵׁם אֱלֹקִים, וְתֵיבַת גְּמוּלָיו בְּלִי יוֹ"ד שֶׁמִּסְפָּרָהּ פ"ה [85] , וְעִם הַכּוֹלֵל הוּא פ"ו כְּמִנְיַן שֵׁם אֱלֹקִים [86] , וְהוּא שֵׁם אֱלֹקִים שֶׁבַּבִּינָה שֶׁמִּמֶּנּוּ סוֹד הַדַּדִּים, גַּם כָּל גְּמוּלָיו עוֹלֶה קמ"ה [145] כְּמִנְיַן דַּדִּים אֱ-לֹהִים [144] ע"ה ודו"ק, וְהָא דְּאָמַר שִׁירָה עַל דַּדִּים דַּוְקָא וְלֹא עַל שְׁאָר אֵיבָרִים, כְּמוֹ עַיִן וְאֹוזֶן וּפֹה, שֶׁהֵם מֻונָּחִים בְּמָקוֹם מְשֻׁובָּח בְּרֹאשׁ הַגּוּף, הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּאֵלּוּ הָאֵבָרִים שָׁוִים הֵם בְּכָל מִינֵי בְּרִיּוֹת, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַדַּדִּים אֲשֶׁר בַּבְּהֵמוֹת מֻונָּחִים בִּמְקוֹם טִנֹּופֶת, וּבְאָדָם בִּמְקוֹם בִּינָה, לְכָךְ הוּא מוֹדֶה וּמְשַׁבֵּחַ עַל זֹאת. וְהִנֵּה הַטּוֹבָה שֶׁל הַחֶסֶד הַזֶּה שֶׁעָשָׂה הקב"ה בַּדָּדִים הִיא מַגַּעַת לְיִשְׂרָאֵל יוֹתֵר מִן הָאֻומּוֹת, כִּי בָּאֻומּוֹת אַף עַל פִּי שֶׁגַּם הֵם הַדַּדִּים סְמוּכִים לַלֵּב שֶׁהוּא מְקוֹם בִּינָה, עִם כָּל זֶה אֵין לָהֶם חֲשִׁיבוּת בָּזֶה וַהֲרֵי כְּאִלּוּ עוֹמְדִים בִּמְקוֹם טְנָפוֹת, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כָּל הַיּוֹנֵק מִן הַנָּכְרִים כְּאִלּוּ יוֹנֵק מִן הַשֶּׁרֶץ, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב בִּדְרָשׁוֹתַי עַל הַתּוֹרָה, (בַּמִּדְבָּר כג, ט) הֶן עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשָּׁב, שֶׁבָּא לְשַׁבֵּחַ אֶת יִשְׂרָאֵל, הֵן עַם לְבָדָד חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וּקְרֵי בָּהּ 'לֵב דַּד יִשְׁכֹּון', שֶׁהַדַּד מִשְׁכְּנוֹ אֵצֶל הַלֵּב, בִּמְקוֹם בִּינָה, אַךְ זֶה הַחֲשִׁיבוּת אֵינָהּ בַּגּוֹיִם, וְזֶהוּ בַּגּוֹיִם לֹא יִתְחַשֵּׁב, אֵין לָהֶם חֲשִׁיבוּת מִצַּד זֶה, אַף עַל פִּי שֶׁגַּם הֵם הַדַּדִּים סְמוּכִים לַלֵּב.
« Que signifie tous Ses bienfaits ? Rabbi Abahou a dit : Il lui a placé les seins à l'endroit de l'intelligence. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que guemoulav se lit guemoul yod-vav, c'est-à-dire dad dad (sein, sein), dont la valeur est seize : ce qui signifie le bien dont Il nous a gratifiés par ces seize, les deux seins, qu'Il a placés à l'endroit de la bina, qui est le cœur. Cela aussi est laissé entendre dans ces lettres yod-vav, car yod et vav écrits en toutes lettres font la valeur de lev (cœur). Les seins sont encore laissés entendre dans le mot guemoulav, car il est connu de ce qu'a écrit notre maître le Ari za"l dans le sod de (Nb. 11, 26) « le nom de l'un était Eldad et le nom du second Medad » : le sein droit vient des lettres alef-lamed du Nom Elokim, le sein gauche des lettres mem-yod de ce Nom, tandis que le lait qui s'y trouve relève du sod de la lettre hei de ce Nom. Le mot guemoulav sans le yod vaut quatre-vingt-cinq, et avec l'unité du mot quatre-vingt-six, valeur du Nom Elokim ; c'est le Nom Elokim de la bina, dont relève le sod des seins. De même kol guemoulav vaut cent quarante-cinq, comme dadim Elokim avec l'unité du mot. Et s'il a dit un chant sur les seins précisément, sans le dire sur les autres organes, tels l'œil, l'oreille et la bouche, qui sont placés à un endroit éminent, dans la tête du corps, c'est parce que ces organes sont semblables chez toutes les espèces de créatures, tandis que les seins, chez les animaux, sont placés à un endroit de souillure, et chez l'homme à l'endroit de la bina ; c'est pourquoi il en rend grâce et en fait louange. Or le bien de cette bonté que le Saint béni soit-Il a faite dans les seins atteint Israël plus que les nations : chez les nations, bien que leurs seins soient eux aussi proches du cœur, qui est l'endroit de la bina, cela n'a chez elles aucune valeur, et il en va comme s'ils se tenaient à un endroit de souillure ; c'est pourquoi nos maîtres za"l ont dit : quiconque tête d'une non-Juive, c'est comme s'il tétait d'un cherets (bestiole impure). Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, dans mes drachot sur la Tora, l'allusion du verset (Nb. 23, 9) « voici un peuple qui demeure à part, et parmi les nations il ne se compte pas », qui vient louer Israël : am levadad yichkon — divise le mot en deux et lis lev dad yichkon, le sein à sa demeure auprès du cœur, à l'endroit de la bina ; mais cette valeur se trouve absente chez les nations, et c'est le sens de « parmi les nations il ne se compte pas », elles n'ont aucune valeur de ce côté, bien que leurs seins soient eux aussi proches du cœur.
חַד אָמַר חָזֵי רֵישֵׁהּ דְּאִמָּא לְמִטְוֵי בֵּיהּ גִּלְדָּנַאי. הִנֵּה לְפִי סֵדֶר שְׁמוֹתָם דְּנָקֵיט הַשַּׁ"ס נִרְאֶה שֶׁזֶּה הָרִאשׁוֹן שֶׁאָמַר לְמִטְוֵי בֵּיהּ דִּלְדַנַּאי הָיָה מְנַשֶּׁה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ אָמַר דְּבָרִים אֵלּוּ, כִּי מַזָּלֵיהּ חָזֵי שֶׁסּוֹפוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה וּלְהִתְתַּקֵּן, וּבְנֵי אָדָם נִמְשְׁלוּ לְדָגִים כַּנִּזְכָּר בִּקְהִלַּת, וְאָמַר חֲזִי זְכוּת אַבָּא שֶׁיָּגֵין לְמִטְוֵי בֵּיהּ גִּלְדָּנַאי הֵם בְּנֵי אָדָם הָרְשָׁעִים, שֶׁיִּתְבַּשְּׁלוּ וִיתֻוקְּנוּ בְּאֵשׁ הַתּוֹרָה, אֲבָל רַבְשָׁקֶה אָמַר דָּבָר רַע וּמַר מְאֹד לְהַקְרִיב לַעֲבוֹדָה זָרָה, לְכָךְ כֵּיוָן שֶׁחֲבָטוֹ מֵת תֵּיכֶף עַל יְדֵי נְפִילָה זוֹ מִן הַשָּׁמַיִם, כִּי וַדַּאי הוּא לֹא חַבְטָם חֲבִיטָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁעוּר לְהָמִית, אֶלָּא מִן הַשָּׁמַיִם עָשׂוּ כָּךְ לְטוֹבָתוֹ, וְלָכֵן נִקְרָא רַבְשָׁקֶה אוֹתִיּוֹת בְּהַשֶּׁקֶר שֶׁהָיָה דָּבֵק בּוֹ, וְהָא דְּאַרְכְּבִנְהוּ אַכַּתְפֵּיהּ, וַדַּאי לֹא הָיָה מְזַלְזֵל בִּכְבוֹד מַלְכוּת לִפְנֵי בְּנֵי אָדָם, אֶלָּא עָשָׂה כֵּן בְּהֶצְנֵעַ, וְכַוָּנָתוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם, לְחַבֵּב הַתּוֹרָה בְּעֵינֵי הַיְּלָדִים הָאֵלֶּה בִּרְאוֹתָם שֶׁהוּא מֶלֶךְ וּמַרְכִּיבָם עַל כְּתֵיפוֹ בִּשְׁבִיל לִלְמֹוד תּוֹרָה.
« L'un dit : la tête de ma mère convient pour y griller des poissons. » D'après l'ordre des noms que rapporte le Talmud, il apparaît que celui qui parla le premier de griller des poissons était Menache. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il tint ces propos parce que son astre voyait qu'il finirait par faire techouva et par se réparer. Les hommes sont comparés aux poissons, ainsi qu'il est dit dans Kohelet ; il dit donc : vois le mérite de mon père, qui protégera pour y cuire les guildanaei, ce sont les hommes méchants, qui seront cuits et réparés dans le feu de la Tora. Ravchake, en revanche, dit une parole mauvaise et très amère : offrir à l'idolâtrie. C'est pourquoi, dès lors que Hizkiyahou les frappa, celui-là mourut aussitôt de cette chute ; car assurément Hizkiyahou ne les frappa pas d'un coup mesuré pour tuer, mais le Ciel agit ainsi pour son bien. Ravchake a les lettres de be-hachekher (dans le mensonge), auquel il était attaché. Et s'il les portait sur ses épaules, assurément il ne portait pas atteinte à l'honneur de la royauté devant les hommes : il le faisait en secret, et son intention était pour le Ciel, afin de rendre la Tora aimable aux yeux de ces enfants, en voyant qu'il était roi et les portait sur son épaule pour l'étude de la Tora.
💡 Explication

La guemara demande ce que le verset loue au juste. La réponse porte sur une particularité anatomique de l'espèce humaine : la place des seins près du cœur, siège de l'entendement.

17
טַעְמָא מַאי? אָמַר רַב יְהוּדָה: כְּדֵי שֶׁלֹּא יִסְתַּכֵּל בִּמְקוֹם עֶרְוָה. רַב מַתְנָא אָמַר: כְּדֵי שֶׁלֹּא יִינַק מִמְּקוֹם הַטִּנֹּופֶת.

Quelle en est la raison ? Rav Yehouda a dit : afin qu'il ne porte pas le regard sur le lieu de la nudité.

Rav Matna a dit : afin qu'il ne tête pas d'un lieu de souillure.

💡 Explication

Deux motifs sont proposés, l'un relatif à la pudeur du nourrisson, l'autre à la propriété du lieu. Ils se distinguent par ce qu'ils prennent pour problème : le regard dans le premier cas, l'aliment dans le second.

18
רָאָה בְּמַפַּלְתָּן שֶׁל רְשָׁעִים, וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יִתַּמּוּ חַטָּאִים מִן הָאָרֶץ וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם בָּרֲכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ הַלְלוּיָהּ״.

Il vit la chute des méchants et dit un chant, ainsi qu'il est dit : « Que les fautes disparaissent de la terre et que les méchants ne soient plus ; bénis, mon âme, Hachem, halelouya » (Ps. 104, 35).

🪔 Ben Yehoyada (1)
רָאָה בְּמַפַּלְתָּן שֶׁל רְשָׁעִים. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה נוֹגֵעַ דָּבָר זֶה לְעַצְמוֹ כְּדֵי שֶׁיֹּאמַר שִׁירָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לְפִי בְּחִינָתוֹ לֹא בָּא לָעוֹלָם אֶלָּא כְּדֵי לְזַמֵּר עָרִיצִים וּלְהַכְרִית הַקּוֹצִים וְהַחוֹחִים הַסּוֹבְבִים אֶת הַשּׁוֹשַׁנָּה הָעֶלְיוֹנָה, לְכָךְ כָּל יָמָיו הָיָה עוֹשֶׂה מִלְחָמוֹת לְמַטָּה, וּבָזֶה מַכְרִית הַקְּלִיפּוֹת לְמַעְלָה, וְלָכֵן אָמְרָה לוֹ אֲבִיגַיִל כִּי מִלְחֶמֶת ה' אֲדֹונִי נִלְחָם, וְזוֹ הִיא מְלַאכְתּוֹ כָּל יָמָיו, וּבַעֲבוּר כָּךְ חִיבֵּר סֵפֶר תְּהִלִּים, וְהִיא רָאָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ מַפַּלְתָּן שֶׁל רְשָׁעִים, כָּךְ חִיבֵּר סֵפֶר תְּהִלִּים, אֵלּוּ הַקְּלִיפּוֹת שֶׁהוּא מְזַמֵּר אוֹתָם, וְרָאָה שֶׁהוּא מַצְלִיחַ בִּמְלָאכָה זוֹ אֲשֶׁר בָּא לָעוֹלָם בַּעֲבוּרָהּ, וְאָמַר שִׁירָה עַל זֹאת הַהַצְלָחָה
« Il vit la chute des méchants. » Il y a lieu de demander : en quoi cela le concerne-t-il au point qu'il en dise un chant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que David le roi, la paix sur lui, selon sa racine, n'est venu au monde que pour retrancher les tyrans et couper les épines et les ronces qui entourent la rose supérieure. C'est pourquoi il menait toute sa vie des guerres ici-bas, et par là il retranchait les kelipot en haut ; c'est pourquoi Avigail lui dit « car mon seigneur mène les guerres de Hachem », et telle fut son œuvre tous ses jours. C'est pour cela qu'il composa le livre des Tehilim. Il vit par le roua'h hakodech la chute des méchants, ces kelipot qu'il retranche, et il vit qu'il réussissait dans l'œuvre pour laquelle il était venu au monde, et il dit un chant sur cette réussite.
💡 Explication

Le quatrième monde est celui de la vision de la chute des méchants. C'est le verset dont Berouria a discuté la lecture au début du folio, ce qui explique que la guemara y ait rattaché l'épisode de Rabbi Meir.

19
נִסְתַּכֵּל בְּיוֹם הַמִּיתָה, וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרֲכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳, ה׳ אֱ-לֹהַי גָּדַלְתָּ מְּאֹד הוֹד וְהָדָר לָבָשְׁתָּ״.

Il contempla le jour de la mort et dit un chant, ainsi qu'il est dit : « Bénis, mon âme, Hachem ; Hachem mon D.ieu, Tu es très grand, Tu T'es revêtu de gloire et de splendeur » (Ps. 104, 1).

🪔 Ben Yehoyada (1)
נִסְתַּכֵּל בְּיוֹם הַמִּיתָה וְאָמַר שִׁירָה. מַקְשִׁים עַל הַמִּיתָה קִינָה מִבָּעֵי לֵיהּ? וְעוֹד הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נִסְתַּכֵּל בְּמִיתָה וּמַהוּ בַּיּוֹם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל גְּדוֹלִים צַדִּיקִים בְּמִיתָתָם יוֹתֵר מֵחַיֵּיהֶם , וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הַכַּוָּנָה שֶׁהָאָדָם בְּחַיָּיו אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲשׂוֹת זִוּוּג לְמַעְלָה עַל יְדֵי תּוֹרָה וּמִצְוֹת אֶלָּא רַק בִּמְקוֹם אֲחִיזַת שֹׁורֶשׁ נִשְׁמָתוֹ בִּלְבַד, אֲבָל בְּעֵת פְּטִירָתוֹ מֵעוֹלָם הַזֶּה גּוֹרֵם בַּעֲלִיַּת נִשְׁמָתוֹ זִוּוּג דְּגַדְלוּת בְּתִפְאֶרֶת וּמַלְכוּת, שֶׁהֵם סוֹד זו"ן בִּבְחִינַת כָּל הָעוֹלָמוֹת כֻּולָּם, וְאָז כֻּולָּם מְקַבְּלִים שֶׁפַע מִן הַזִּוּוּג הַהוּא, וְעַיֵּין שַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ (דַּף כו.), עַייֵּן שָׁם. וְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הִסְתַּכֵּל בְּמַעֲלָה זֹאת שֶׁיַּשִּׂיג לַעֲשׂוֹת בְּיוֹם הַמִּיתָה דָּבָר שֶׁלֹּא יוּכַל לַעֲשׂוֹת בְּחַיָּיו, וְאָמַר שִׁירָה. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ דִּקְדּוּק אַחֵר עָצוּם מְאֹד דְּהַשַּׁ"ס מַיְיתֵי עַל זֶה פָּסוּק (תְּהִלִּים קד, כט) תֵּסַף רוּחָם יִגְוָעוּן, וּמַקְשִׁים וַהֲלֹא פָּסוּק זֶה הוּא פָּסוּק כ"ט וּבִרְכֵּי נַפְשִׁי הוּא פָּסוּק רִאשׁוֹן, וְאִיכָּא בֵּינַיְיהוּ כַּמָּה פְּסוּקִים הַמְדַבְּרִים בְּנִפְלָאוֹת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, וּמַאי חָזֵית לִסְמֹוךְ פָּסוּק רִאשׁוֹן עַל פָּסוּק כ"ט, וּבָזֶה נִיחָא כִּי בְּפָסוּק רִאשׁוֹן מְפֹורָשׁ הַחֶסֶד שֶׁאוֹמֵר שִׁירָה בַּעֲבוּרוֹ, וְהוּא מַה שֶׁאָמַר אֱ-לֹהַי גָּדַלְתָּ מְאֹד, שֶׁקָּאֵי עַל זִוּוּג דְּגַדְלוּת אֲשֶׁר בּוֹ הוֹד וְהָדָר לָבָשְׁתָּ, שֶׁכָּל זֶה נַעֲשֶׂה עַל יְדֵי אָדָם, וְשׁוֹאֵל הַשַּׁ"ס מַאי מַשְׁמַע דְּקָאֵי דָּבָר זֶה עַל זִוּוּג דְּגַדְלוּת עַל מַה שֶׁהוּא עוֹשֶׂה בְּיוֹם הַמִּיתָה, וְדִילְמָא עַל יוֹם אַחֵר הַמִּיתָה אוֹ קֹודֶם, וְהֵשִׁיב מִשּׁוּם דִּכְתִיב שָׁם תַּסְתִּיר פָּנֶיךָ יִבָּהֵלוּן תֹּסֵף רוּחָם יִגְוָעוּן וְאֶל עֲפָרָם יְשׁוּבוּן, דְּזֶה הַפָּסוּק וַדַּאי נֶאֱמַר עַל יוֹם הַמִּיתָה, אַךְ אוֹמְרוֹ תֵּסַף רוּחָם, אִם הוּא לְשׁוֹן אֲסִיפָה מִן הָעוֹלָם כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י וְרַדַ"ק זַ"ל, קַשָּׁא, הַיְינוּ יִגְוָעוּן דְּנָקֵיט כָּאן, אֶלָּא מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ תֵּסַף לְשׁוֹן תּוֹסָפוֹת וְרִבּוּי, וּבָא הַכָּתוּב לִרְמֹוז סוֹד הַנִּזְכָּר שֶׁבַּיּוֹם אֲשֶׁר יִגְוָעוּן אוֹתוֹ הַיּוֹם תֵּסַף רוּחָם, שֶׁיִּהְיוּ יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹת בְּנֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה שֶׁלָּהֶם זִוּוּג עֶלְיוֹן כְּלָלִי מַה שֶׁלֹּא הָיוּ יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹת בְּחַיֵּיהֶם, וּלְפִי זֶה מְפֹורָשׁ בִּקְרָא שֶׁיֵּשׁ תּוֹסָפוֹת וְרִבּוּי לָאָדָם בְּיוֹם הַמִּיתָה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמְרוּ נִסְתַּכֵּל בְּיוֹם הַמִּיתָה, לֹא אָמַר יִסְתַּכֵּל בַּמִּיתָה, וְהוּא עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּגְּמָרָא דְּשַׁבָּת שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הוֹדִיעֵנִי נָא קָצִי, וְאָמַר לוֹ גְּזֵירָה הִיא מִלְּפָנַי שֶׁאֵין מוֹדִיעִין קִצּוֹ שֶׁל אָדָם, אָמַר לוֹ הוֹדִיעֵנִי בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁבוּעַ, וְאָמַר לוֹ שֶׁיִּפָּטֵר בְּיוֹם הַשַּׁבָּת, נִמְצָא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה יָדַע בְּחַיָּיו שֶׁיִּפָּטֵר בְּיוֹם שַׁבָּת וּמִמֵּילָא יָדַע גַּם כֵּן בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ הֲרִיוַּח הַמַּגִּיעַ לוֹ מִצַּד יוֹם הַשַּׁבָּת, כִּי יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד ג' פְּסוּקִים שֶׁל צִדְקָתְךָ שֶׁאוֹמְרִים בְּמִנְחַת שַׁבָּת, א' כְּנֶגֶד יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, וְא' כְּנֶגֶד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְא' כְּנֶגֶד דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, שֶׁשְּׁלָשְׁתָּם נִפְטְרוּ בְּשַׁבָּת, וְיֵשׁ תִּיקּוּן גָּדוֹל הַנַּעֲשֶׂה בְּמִנְחַת שַׁבָּת שֶׁאֵין אֲנַחְנוּ יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹתוֹ אֶלָּא עַל יְדֵי צֵירוּף ג' נְשָׁמוֹת הַצַּדִּיקִים הָהֵם, וְלָכֵן מַזְכִּירִים ג' פְּסוּקִים אֵלּוּ עֲלֵיהֶם שֶׁיִּהְיוּ בְּעֶזְרָתֵנוּ בָּזֶה. נִמְצָא יֵשׁ לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה רִיוַּח גָּדוֹל מִצַּד פְּטִירָתוֹ בְּיוֹם שַׁבָּת, שֶׁהוּא מַתְמִיד בְּכָל שַׁבָּת עַד סוֹף כָּל הַדּוֹרוֹת, וְזֶה שֶׁאָמְרוּ נִסְתַּכֵּל בְּיוֹם הַמִּיתָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר נִסְתַּכֵּל בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ בְּרִיוַּח שֶׁיַּגִּיעַ לוֹ מִצַּד יוֹם הַמִּיתָה שֶׁהוּא יוֹם שַׁבָּת קוֹדֶשׁ בִּשְׁעַת מִנְחָה וְאָמַר שִׁירָה. אוֹ יוּבָן קָרוֹב לָזֶה עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר הַלִּיקּוּטִים בַּפָּסוּק (מְלָכִים א' א, א) וְהַמֶּלֶךְ דָּוִד זָקֵן, וְזַ"ל וְלָכֵן בָּאָה פְּטִירָתוֹ בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי וְעָלָה לִקְדֻושָּׁה לְמַעְלָה מִשִּׁבְעִים לִמְקוֹם הַבִּינָה וְכוּ', וְהִנִּיחַ לוֹ הַשֵּׁם מִכָּל אוֹיְבָיו, וּבָא לְיוֹם הַשַּׁבָּת וְכוּ' נִפְטַר וְעָלָה לְבֵינָהּ עַד כָּאן, עַיֵּין שָׁם. וְלָזֶה אָמַר הִסְתַּכֵּל בְּיוֹם הַמִּיתָה שֶׁהוּא יוֹם שַׁבָּת שֶׁבּוֹ מַגִּיעַ לוֹ עִילּוּי גָּדוֹל, וְהִנֵּה פָּסוּק תֵּסַף רוּחָם וְכוּ' מְפֹורָשׁ שַׁפִּיר עַל מִיתַת הַצַּדִּיקִים שֶׁהֵם מֵתִים בִּנְשִׁיקָה, כְּלוֹמַר עַל יְדֵי רְאִייָּתָם אוֹר פְּנֵי שְׁכִינָה בָּזֶה נִפְרֶדֶת נִשְׁמָתָם מִקִּרְבָּם לְהִדָּבֵק בְּאוֹר הַשְּׁכִינָה כְּעִנְיַן אֶבֶן הַשּׁוֹאֶבֶת, וְזֶהוּ תֵּסַף רוּחָם, שֶׁיִּהְיֶה לוֹ תּוֹסֶפֶת זוֹ לִרְאוֹת בְּאוֹר הַשְּׁכִינָה יִגְוָעוּן, שֶׁאֵין בָּם מִיתָה אֶלָּא גְּוִיעָה, וְעַל גּוּפָם אוֹמֵר אֶל עֲפָרָם יְשׁוּבוּן, שֶׁבְּצִדְקָתָם קָנוּ שָׁמַיִם וָאָרֶץ, וְנִמְצָא גּוּפָם שֶׁהוּא נִבְרָא מִן הֶעָפָר מִן עִסָּה שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן שֶׁהָיָה עָפָר, אֵין זֶה גֶּזֶל בְּיָדָם, כְּמוֹ שֶׁאָמַר הקב"ה אֶל אָדָם הָרִאשׁוֹן, אֶלָּא הֵם אֶל עֲפָרָם דַּיְיקָא שֶׁהוּא שֶׁלָּהֶם יְשׁוּבוּן ודו"ק.
« Il contempla le jour de la mort et dit un chant. » On demande : sur la mort, il aurait fallu une élégie. De plus, il aurait fallu dire « il contempla la mort » : que signifie « le jour » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la réponse tient à ce que nos maîtres za"l ont dit : les justes sont plus grands dans leur mort que dans leur vie. Notre maître le Ari za"l a expliqué que l'homme, de son vivant, ne peut opérer d'union en haut par la Tora et les mitsvot qu'au lieu où s'attache la racine de son âme ; mais au moment où il quitte ce monde, la montée de son âme provoque une union de gadlout dans Tiferet et Malkhout, qui sont le sod de zoun à l'échelle de tous les mondes, et tous reçoivent alors l'abondance de cette union — voir Chaar Roua'h Hakodech, page 26a. David le roi, la paix sur lui, contempla ce degré qu'il atteindrait au jour de la mort, chose qu'il ne pouvait accomplir de son vivant, et il dit un chant. Par là se résout une autre difficulté très forte : le Talmud rapporte à ce sujet le verset (Ps. 104, 29) « Tu retires leur souffle, ils expirent », et l'on demande : ce verset est le vingt-neuvième, tandis que « bénis, mon âme » est le premier, et plusieurs versets les séparent, qui traitent des merveilles de Hachem ; qu'est-ce qui autorise à rapprocher le premier verset du vingt-neuvième ? Selon ce que nous avons dit, cela se comprend : dans le premier verset est explicitée la bonté pour laquelle il dit un chant, à savoir « mon D.ieu, Tu es très grand », qui vise l'union de gadlout, par laquelle « Tu T'es revêtu de gloire et de splendeur », tout cela s'accomplissant par l'homme. Le Talmud demande alors d'où l'on sait que cela vise l'union de gadlout opérée au jour de la mort, et non un autre jour, avant ou après la mort. Il répond : parce qu'il est écrit là « Tu caches Ta face, ils sont épouvantés ; Tu retires leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière », verset qui vise assurément le jour de la mort. Mais l'expression tassèf roûham, prise au sens de retrait hors du monde comme l'ont écrit Rachi et le Radak za"l, fait difficulté, car ce serait la même chose que « ils expirent », dit ici même. Il faut donc expliquer tassèf comme un terme d'addition et d'accroissement : le verset vient alors laisser entendre le sod évoqué, à savoir qu'au jour où ils expirent, ce jour même leur esprit reçoit un surcroît, car ils peuvent opérer par leur nefech, roua'h et nechama une union supérieure d'ordre général qu'ils ne pouvaient opérer de leur vivant. Selon cela, l'Écriture dit expressément qu'il y a pour l'homme surcroît et accroissement au jour de la mort. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que « il contempla le jour de la mort », sans dire « il contempla la mort », se comprend selon ce que nos maîtres za"l ont dit dans la guemara de Chabat : David le roi, la paix sur lui, demanda « fais-moi connaître ma fin », et il lui fut répondu qu'un décret devant Lui veut que l'on ne fasse pas connaître à l'homme sa fin ; il demanda alors quel jour de la semaine, et il lui fut répondu qu'il quitterait le monde un jour de Chabat. David le roi savait donc de son vivant qu'il quitterait le monde un Chabat, et il connaissait par conséquent, par le roua'h hakodech, le gain qui lui reviendrait du côté du jour de Chabat. Car il est connu de ce qu'a écrit notre maître le Ari za"l dans le sod des trois versets de Tsidkatékha que l'on dit à la minha de Chabat : l'un correspond à Yossef le juste, la paix sur lui, l'un à Moche notre maître, la paix sur lui, et l'un à David le roi, la paix sur lui, tous trois ayant quitté le monde un Chabat ; il se fait à la minha de Chabat une réparation considérable que nous ne pouvons opérer que par la conjonction des trois âmes de ces justes, et c'est pourquoi on rappelle à leur sujet ces trois versets, afin qu'ils nous aident en cela. Il se trouve ainsi que David le roi a un gain considérable du côté de son départ un jour de Chabat, gain qui se renouvelle chaque Chabat jusqu'à la fin des générations. C'est le sens de « il contempla le jour de la mort » : il contempla par le roua'h hakodech le gain qui lui reviendrait du côté du jour de sa mort, qui est le jour du saint Chabat à l'heure de la minha, et il dit un chant. On peut encore le comprendre de façon proche, selon ce qui est écrit dans le Sefer HaLikoutim sur le verset (I R. 1, 1) « et le roi David était âgé » ; voici ses termes : « c'est pourquoi son départ eut lieu le septième jour, et il monta à la sainteté au-dessus des soixante-dix, au lieu de la bina, etc., et Hachem lui donna le repos de tous ses ennemis, et il vint au jour du Chabat, etc., il quitta le monde et monta à la bina », voir là-bas. Il dit donc « il contempla le jour de la mort », qui est le jour de Chabat, où lui advient une élévation considérable. Et le verset « Tu retires leur souffle » etc. s'explique fort bien de la mort des justes, qui meurent par un baiser : par la vue de la lumière de la face de la Chekhina, leur âme se sépare de leur intérieur pour s'attacher à la lumière de la Chekhina, à la manière de la pierre d'aimant ; c'est le sens de tassèf roûham, qu'ils reçoivent ce surcroît de voir la lumière de la Chekhina ; « ils expirent », car il y a chez eux expiration plutôt que mort ; et de leur corps il dit « ils retournent à leur poussière », car par leur justice ils ont acquis le ciel et la terre, de sorte que leur corps, créé de la poussière, de la pâte d'Adam le premier homme qui était poussière, demeure entre leurs mains un bien légitime, selon ce que le Saint béni soit-Il dit à Adam le premier homme ; ils retournent bien à leur poussière, précisément là leur.
💡 Explication

Le cinquième monde est le jour de la mort. Le chant retenu ouvre le psaume 104 et loue la grandeur divine, ce qui appelle aussitôt la question du segment suivant : d'où vient que ce verset vise la mort ?

20
מַאי מַשְׁמַע דְּעַל יוֹם הַמִּיתָה נֶאֱמַר? אָמַר רַבָּה בַּר רַב שִׁילָא, מִסֵּיפָא דְּעִנְיָינָא, דִּכְתִיב: ״תַּסְתִּיר פָּנֶיךָ יִבָּהֵלוּן תֹּסֵף רוּחָם יִגְוָעוּן וְגוֹ׳״.

D'où ressort-il que ce verset a été dit à propos du jour de la mort ? Raba bar Rav Chila a dit : de la fin du passage, où il est écrit : « Tu caches Ta face, ils sont épouvantés ; Tu retires leur souffle, ils expirent » etc.

(Ps. 104, 29).

📜 Rachi (1)
מַאי מַשְׁמַע דְּעַל יוֹם הַמִּיתָה נֶאֱמַר:
qu'il a été dit à propos du jour de la mort.
💡 Explication

La question porte sur le rattachement du cinquième barkhî nafchi. Le verset d'ouverture du psaume 104 loue la grandeur divine, sans mention de la mort.

La réponse procède par le contexte : le même psaume, plus loin, décrit le retrait du souffle et le retour à la poussière. Le thème du passage entier commande la lecture du premier verset.

21
רַב שִׁימִי בַּר עֻוקְבָא וְאָמְרִי לַהּ מָר עֻוקְבָא, הֲוָה שְׁכִיחַ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, וַהֲוָה מְסַדַּר אַגָּדְתָּא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. אֲמַר לֵיהּ: מַאי דִכְתִיב, ״בָּרֲכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ וְכָל קְרָבַי אֶת שֵׁם קָדְשׁוֹ״? אָמַר לֵיהּ: בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. מִדַּת בָּשָׂר וָדָם צָר צוּרָה עַל גַּבֵּי הַכֹּותֶל, וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַטִּיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה קְרָבַיִם וּבְנֵי מֵעַיִם. וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֵינוֹ כֵּן, צָר צוּרָה בְּתוֹךְ צוּרָה וּמֵטִיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה קְרָבַיִם וּבְנֵי מֵעַיִם. וְהַיְינוּ דְּאָמְרָה חַנָּה: ״אֵין קָדוֹשׁ כַּה׳ כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ וְאֵין צוּר כֵּא-לֹהֵינוּ״.

Rav Chimi bar Oukva, et certains disent Mar Oukva, se tenait devant Rabbi Chimon ben Pazi, lequel ordonnait l'aggada devant Rabbi Yehochoua ben Levi. Il lui dit : que signifie ce qui est écrit « Bénis, mon âme, Hachem, et tout mon intérieur, Son saint Nom » ?

Il lui dit : viens et vois que la mesure du Saint béni soit-Il diffère de la mesure de chair et de sang. La mesure de chair et de sang : il dessine une forme sur un mur, et il ne peut y introduire souffle et âme, entrailles et intestins.

Le Saint béni soit-Il agit autrement : Il façonne une forme à l'intérieur d'une forme et y introduit souffle et âme, entrailles et intestins. Et c'est ce qu'a dit Hanna : « Nul n'est saint comme Hachem, car nul n'est hors de Toi, et il n'est point de rocher comme notre D.ieu » (I Sam.

2, 2).

📜 Rachi (1)
בֹּא וּרְאֵה וְכוּ' הוּא סָבַר דְּהָכִי בָּעֵי מַאי שְׁנָא קְרֵבִים דִּנְקַט:
Il pensait que telle était la question : pourquoi le verset mentionne-t-il les entrailles ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמֵטִיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה. קָשֶׁה דֶּרֶךְ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְהַזְכִּיר שְׁלָשְׁתָּן יַחַד 'נֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה', וְאִם אֵין מַזְכִּירִין שְׁלָשְׁתָּם יֹאמְרוּ אַחַת מֵהֶם, אוֹ נֶפֶשׁ אוֹ רוּחַ אוֹ נְשָׁמָה, וְכָאן לָמָּה זֶה זָכַר שְׁתַּיִם רוּחַ וּנְשָׁמָה בִּלְבַד וְלֹא אָמַר נֶפֶשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בֶּאֱמֶת מָצִינוּ שֶׁהַחֲכָמִים בּוֹרְאִים אָדָם אוֹ בְּהֵמָה בְּסֵפֶר יְצִירָה וּמִשְׁתַּמְּשִׁין בָּם, וְאֵיךְ אֵין צִיר כֵּא-לֹהֵינוּ, אַךְ יָדוּעַ דְּהַבּוֹרְאִין בְּסֵפֶר יְצִירָה חָסֵר מֵהֶם שְׁנַיִם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לָהֶם לַעֲשׂוֹת, הָא' שֶׁאֵין יְכוֹלִים לְבָרָא בִּרְיָה וְעֻובָּר בְּתוֹכָהּ שֶׁזֶּה הוּא צוּרָה בְּתוֹךְ צוּרָה, וְהַב' שֶׁאֵין יְכוֹלִים לִבְרֹא בְּאוֹתָהּ בִּרְיָה כֹּחַ הַדִּיבּוּר, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּרָבָא בָּרָא גַּבְרָא וְשֶׁדָּרֵיהּ קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא, וְלֹא הָיָה יָכוֹל לְדַבֵּר, וְאָז יָדַע שֶׁהוּא נִבְרָא עַל יְדֵי סֵפֶר יְצִירָה, וְהַטַּעַם כִּי בַּנֶּפֶשׁ יֵשׁ בָּהּ חֲלָקִים שֶׁל נֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה חַיָּה יְחִידָה, וְכֹחַ הַמַּעֲשֶׂה שֶׁל הַגּוּף בָּא מִן חֵלֶק הַנֶּפֶשׁ, וְכֹחַ הַדִּיבּוּר בָּא מִן חֵלֶק הָרוּחַ, וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ בְּתַרְגּוּם רוּחָא מְמַלְּלָא, וְכֹחַ הַמַּחֲשָׁבָה בָּא מִן חֵלֶק הַנְּשָׁמָה שֶׁבְּאוֹתָהּ הַנֶּפֶשׁ, וְהַבּוֹרְאִים בְּסֵפֶר יְצִירָה אֵין יְכוֹלִים לִמְשֹׁוךְ לְאוֹתוֹ הַנִּבְרָא אֶלָּא חֵלֶק נֶפֶשׁ שֶׁבַּנֶּפֶשׁ, וּלְכָךְ יָכוֹל אוֹתָהּ הַנִּבְרָא לֵילֵךְ וּלְשַׁמֵּשׁ, אֲבָל חֵלֶק הָרוּחַ וְחֵלֶק הַנְּשָׁמָה שֶׁבַּנֶּפֶשׁ אֵין יְכוֹלִים לִמְשֹׁוךְ לוֹ, וּלְכָךְ אֵין לוֹ כֹּחַ הַדִּיבּוּר וְלֹא כֹּחַ הַמַּחֲשָׁבָה וְהַדִּמְיוֹן, וְרַק הוּא יִתְבָּרֵךְ לְבַדּוֹ יָכוֹל לִיתֵּן זֶה, וְלָזֶה נָקֵיט כָּאן רוּחַ וּנְשָׁמָה בִּלְבַד וְלֹא זָכַר נֶפֶשׁ.
« Et Il y introduit souffle et âme. » Difficulté : nos maîtres za"l ont coutume de mentionner les trois ensemble, nefech, roua'h et nechama, et lorsqu'ils ne les mentionnent pas toutes les trois ils en nomment une seule, nefech, roua'h ou nechama ; pourquoi n'en mentionne-t-on ici que deux, roua'h et nechama, sans dire nefech ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous trouvons en vérité des sages qui créaient un homme ou une bête par le Sefer Yetsira et s'en servaient : comment donc dire qu'il n'est point de dessinateur comme notre D.ieu ? Mais il est connu que deux choses manquent à ceux qui créent par le Sefer Yetsira, qu'ils ne peuvent accomplir. La première : ils ne peuvent créer une créature portant en elle un embryon, ce qui serait une forme à l'intérieur d'une forme. La seconde : ils ne peuvent créer dans cette créature la faculté de la parole, ainsi qu'il est dit dans la guemara que Rava créa un homme et l'envoya devant Rav Papa ; il ne pouvait parler, et Rav Papa sut alors qu'il avait été créé par le Sefer Yetsira. La raison en est que la nefech comporte les parts de nefech, roua'h, nechama, haya et ye'hida : la force d'action du corps vient de la part de nefech, la force de la parole de la part de roua'h, comme le traduit le Targoum, rouha memalela, et la force de la pensée de la part de nechama qui est dans cette nefech. Ceux qui créent par le Sefer Yetsira ne peuvent attirer à la créature que la part de nefech qui est dans la nefech, de sorte qu'elle peut marcher et servir ; mais la part de roua'h et la part de nechama, ils ne peuvent les lui attirer, et elle demeure ainsi privée de la faculté de parole et de la faculté de pensée et d'imagination. Lui seul, béni soit-Il, peut les donner. C'est pourquoi le Talmud ne nomme ici que roua'h et nechama, sans mentionner nefech.
💡 Explication

Un second commentaire du même verset est rapporté. Rabbi Chimon ben Pazi comprend « tout mon intérieur » comme une louange pour la formation de l'embryon.

La comparaison porte sur le dessinateur humain, qui produit une figure inerte sur une surface, et sur la formation d'un être vivant à l'intérieur d'un autre. Le verset de Hanna, prononcé à la naissance de Chemouel, sert de confirmation.

22
מַאי ״אֵין צוּר כֵּא-לֹהֵינוּ״ — אֵין צִייֵּר כֵּא-לֹהֵינוּ.

Que signifie « il n'est point de rocher [tsour] comme notre D.ieu » ? Il n'est point de dessinateur [tsayar] comme notre D.ieu.

💡 Explication

Le mot tsour, rocher, est lu comme tsayar, dessinateur, ce qui rattache le verset de Hanna à la comparaison précédente sur la forme dessinée.

23
מַאי ״כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ״? אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בַּר מְנַסְיָא: אַל תִּקְרֵי ״כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ״, אֶלָּא ״אֵין לִבְלוּתְךָ״. שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם: מִדַּת בָּשָׂר וָדָם — מַעֲשֵׂה יָדָיו מְבַלִּין אוֹתוֹ, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְבַלֶּה מַעֲשָׂיו.

Que signifie « car nul n'est hors de Toi [biltéha] » ? Rabbi Yehouda bar Menassia a dit : ne lis pas « car nul n'est hors de Toi », mais « nul ne peut T'user [levalotekha] ».

La mesure du Saint béni soit-Il diffère de la mesure de chair et de sang : la mesure de chair et de sang, ses œuvres l'usent ; le Saint béni soit-Il use Ses œuvres.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ? מַקְשִׁים, וַהֲלֹא כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ הוּא רֵישָׁא דִקְרָא, וְצָרִיךְ לִשְׁאוֹל עַל זֶה תְּחִלָּה, וְאַחַר כָּךְ יְפָרֵשׁ מַה שֶׁאָמְרוּ אֵין צִיר כֵּא-לֹהֵינוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בִּתְחִלַּת דָּבָר לֹא שַׁייָּךְ לִשְׁאוֹל מַאי כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר דְּקָאֵי עַל אֱלֹהוּתוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁאֵין בִּלְתּוֹ אֱלוֹהַּ אַחֵר, וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה יֵשׁ כַּמָּה מִקְרָאוֹת שֶׁאוֹמְרִים שֶׁבַח זֶה שֶׁאֵין אֱלוֹהַּ בִּלְתּוֹ וּמַה שְׁאֵלָה יֵשׁ בָּזֶה, אַךְ אַחַר שֶׁשָּׁאַל עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ אֵין צִיר כֵּא-לֹהֵינוּ, וּפֵירֵשׁ לוֹ אֵין צוּר, דִּלְפִי זֶה אַייְרֵי קְרָא בְּשֶׁבַח הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בְּעִנְיַן מְצִיאוּת הָאָדָם בְּלֵידָתוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה, הַשְׁתָּא קַשָּׁא לְפָרֵשׁ רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא כִּי אֵין בִּלְתֵּיךְ בְּעִנְיַן הָאֱלֹהוּת, דְּמַה שַׁייָּכוּת לְשֶׁבַח זֶה עִם שֶׁבַח זֶה דְּנַקְטִינְהוּ בְּחַד קְרָא בְּזֶה אַחַר זֶה, לְכָךְ פֵּירֵשׁ אֵין לִבְלוּתֵיךְ, כִּי בָּשָׂר וָדָם מַעֲשֵׂה יָדָיו מְבַלִּין אוֹתוֹ, דְּהַשְׁתָּא כּוּלֵּיהּ קְרָא אַייְרֵי בְּשִׁבְחוֹ יִתְבָּרֵךְ בִּמְצִיאוּת הָאָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה, דְּאַף עַל גַּב דִּשְׁלֹשָׁה שֻׁותָּפִים בָּאָדָם, הקב"ה וְאָבִיו וְאִמּוֹ, דִּלְכָךְ אָמַר נַעֲשָׂה אָדָם בִּלְשׁוֹן רַבִּים, דְּהִשְׁוָה אוֹתָם עִמּוֹ, אַךְ וַדַּאי בֶּאֱמֶת אֶל מִי תְּדַמְּיוּן אֵל, כִּי אָב וְאֵם מַעֲשֵׂה יְדֵיהֶם מַבְלִין אוֹתָם, שֶׁהֵם מֵתִים וְהַבֵּן שֶׁלָּהֶם עוֹדֶנּוּ חַי שֶׁקּוֹבֵר אוֹתָם, אֲבָל הקב"ה הוּא מְבַלֶּה מַעֲשֵׂה יָדָיו, שֶׁכֻּולָּם יָמוּתוּ וְרַק הוּא חַי וְקַיָּים לָעַד, וְעוֹד אֵין צִייֵּר כֵּא-לֹהֵינוּ, כִּי אָב וָאֵם צָרוּ צוּרָה, אֵין יְכוֹלִים לְהַטִּיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה וְכוּ', והקב"ה צָר צוּרָה בְּתוֹךְ צוּרָה, נִמְצָא לְפִי זֶה כּוּלֵּיהּ קְרָא בְּשֶׁבַח הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ עַל מְצִיאוּת הָאָדָם אַיְירֵי, וְנִרְאֶה לִי לָכֵן תִּמְצָא שְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ יִתְמַלֵּא בְּמִלּוּי הַהִין [ י ״וְד ה ״ה ו ״ו ה ״ה] שֶׁעוֹלֶה מִסְפַּר הַמִּלּוּי שָׁוֶה לָאוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט, רֶמֶז שהקב"ה צָר צוּרָה בְּתוֹךְ צוּרָה.
« Que signifie car nul n'est hors de Toi ? » On demande : « car nul n'est hors de Toi » se trouve au début du verset, et il aurait fallu s'interroger d'abord sur ces mots, puis expliquer « il n'est point de rocher comme notre D.ieu ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au départ il n'y avait pas lieu de demander « que signifie car nul n'est hors de Toi », puisque ces mots portent sur Sa divinité : il n'est point d'autre dieu hors de Lui ; et l'on trouve plusieurs versets qui expriment cette louange, sans qu'il y ait là matière à question. Mais après avoir demandé ce que signifie « il n'est point de rocher comme notre D.ieu » et avoir expliqué tsour au sens de tsayar, de sorte que le verset traite de la louange de Hachem quant à l'existence de l'homme lors de sa naissance en ce monde, il devient difficile d'expliquer le début du verset « car nul n'est hors de Toi » au sens de la divinité : quel rapport y aurait-il entre ces deux louanges pour qu'elles soient réunies dans un même verset l'une après l'autre ? C'est pourquoi il explique eyn levalotekha, nul ne peut T'user, car l'homme de chair et de sang voit les œuvres de ses mains l'user ; ainsi tout le verset traite de la louange de Hachem quant à l'existence de l'homme en ce monde. Car bien qu'il y ait trois associés dans l'homme, le Saint béni soit-Il, son père et sa mère — c'est pourquoi il est dit « faisons l'homme » au pluriel, les ayant associés à Lui —, en vérité « à qui comparerez-vous D.ieu ? », car le père et la mère, leurs œuvres les usent : ils meurent tandis que leur fils vit encore et les enterre ; le Saint béni soit-Il, en revanche, use les œuvres de Ses mains, car tous mourront et Lui seul vit et subsiste à jamais. De plus, il n'est point de dessinateur comme notre D.ieu : le père et la mère ont dessiné une forme et ne peuvent y introduire souffle et âme etc., tandis que le Saint béni soit-Il façonne une forme à l'intérieur d'une forme. Selon cela, tout le verset traite de la louange de Hachem quant à l'existence de l'homme. Et il me semble que c'est pourquoi tu trouves que Son Nom se remplit avec des hei, la valeur des lettres du remplissage étant égale à celle des lettres simples — allusion à ce que le Saint béni soit-Il façonne une forme à l'intérieur d'une forme.
💡 Explication

Le procédé est celui du al tikri, ne lis pas ainsi mais ainsi : les mêmes consonnes reçoivent une autre vocalisation, qui donne le verbe levalot, user.

La louange devient alors une comparaison sur la durée : l'artisan humain disparaît avant son ouvrage.

24
אֲמַר לֵיהּ, אֲנָא הָכִי קָא אָמֵינָא לְךָ: הָנֵי חֲמִשָּׁה ״בָּרְכִי נַפְשִׁי״ כְּנֶגֶד מִי אֲמָרָן דָּוִד? לֹא אֲמָרָן אֶלָּא כְּנֶגֶד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּכְנֶגֶד נְשָׁמָה.

Il lui dit : voici ce que je te disais. Ces cinq « bénis, mon âme », à propos de qui David les a-t-il dits ?

Il ne les a dits qu'à propos du Saint béni soit-Il et à propos de la nechama (l'âme).

📜 Rachi (1)
חֲמִשָּׁה בָּרְכִי נַפְשִׁי לְעֵיל חֲשִׁיב לְהוּ:
ils ont été énumérés plus haut.
💡 Explication

Rav Chimi bar Oukva précise sa question : elle portait sur l'ensemble des cinq occurrences, non sur le contenu d'un verset isolé.

La réponse ouvre une seconde lecture de la série, distincte de celle des cinq mondes : les cinq versets correspondent à cinq traits que la nechama partage avec son Créateur.

25
מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מָלֵא כָּל הָעוֹלָם — אַף נְשָׁמָה מְלֵאָה אֶת כָּל הַגּוּף. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רוֹאֶה וְאֵינוֹ נִרְאֶה — אַף נְשָׁמָה רוֹאָה וְאֵינָהּ נִרְאֵית. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא זָן אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ — אַף נְשָׁמָה זָנָה אֶת כָּל הַגּוּף. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא טָהוֹר — אַף נְשָׁמָה טְהוֹרָה. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹשֵׁב בְּחַדְרֵי חֲדָרִים — אַף נְשָׁמָה יוֹשֶׁבֶת בְּחַדְרֵי חֲדָרִים. יָבֹא מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמִשָּׁה דְּבָרִים הַלָּלוּ וִישַׁבֵּחַ לְמִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמִשָּׁה דְבָרִים הַלָּלוּ.

De même que le Saint béni soit-Il remplit le monde entier, ainsi la nechama remplit le corps entier. De même que le Saint béni soit-Il voit sans être vu, ainsi la nechama voit sans être vue.

De même que le Saint béni soit-Il nourrit le monde entier, ainsi la nechama nourrit le corps entier. De même que le Saint béni soit-Il est pur, ainsi la nechama est pure.

De même que le Saint béni soit-Il siège dans les chambres les plus intérieures, ainsi la nechama siège dans les chambres les plus intérieures. Que vienne celui qui possède ces cinq qualités et qu'il loue Celui qui possède ces cinq qualités.

🪔 Ben Yehoyada (2)
מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹשֵׁב בְּחַדְרֵי חֲדָרִים. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי עִיקַּר הַשְׁרָאַת שְׁכִינָתוֹ יִתְבָּרֵךְ הוּא בָּעוֹלָם הָאֲצִילוּת, וְחַדְרֵי שְׁתַּיִם שֶׁהֵם עֲשִׂיָּה וִיצִירָה, וַחֲדָרִים שְׁתַּיִם, שֶׁהֵם בְּרִיאָה אֲצִילוּת, וְעַל זֶה אָמַר אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, אַנְתְּ הוּא עִלָּאָה עַל כָּל עִלָּאִין סְתִימָא דְּכָל סְתִימִין, וְכֵן הַנְּשָׁמָה מִשְׁכְּנָה לְתוֹךְ הַמּוֹחַ, וְיֵשׁ כָּאן אַרְבָּעָה שֶׁהֵם חַדְרֵי חֲדָרִים, וְהֵם עוֹר הָרֹאשׁ, וּבְתוֹכוֹ עֶצֶם הַגֻּולְגֹּולֶת, וּבְתוֹכוֹ הַקְּרוּם, וּבְתוֹךְ הַקְּרוּם, הַמּוֹחַ, וְהַנְּשָׁמָה יוֹשֶׁבֶת בַּמּוֹחַ.
« De même que le Saint béni soit-Il siège dans les chambres les plus intérieures. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : le lieu principal de la résidence de Sa Chekhina est le monde d'Atsilout. Hadrêi, deux chambres, ce sont Assia et Yetsira ; hadarim, deux chambres, ce sont Beria et Atsilout. C'est à ce sujet qu'Eliyahou, dont le souvenir est en bien, à dit : Tu es le plus élevé de tous les élevés, le plus caché de tous les cachés. De même la nechama a sa demeure à l'intérieur du cerveau, et il y a là quatre enveloppes qui sont des chambres dans des chambres : la peau de la tête, sous elle l'os du crâne, sous lui la membrane, et à l'intérieur de la membrane le cerveau ; et la nechama siège dans le cerveau.
יָבֹא מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמִשָּׁה דְבָרִים וִישַׁבֵּחַ וְכוּ'. וְנִרְאֶה לִי הַטַּעַם שֶׁיֵּשׁ לָנוּ רְשׁוּת לְשַׁבֵּחַ מִפְּנֵי דַּהֲוָה הַכֹּל בְּפָנָיו וַחֲשִׁיב מִקְצָת וְשָׁרִי, לָכֵן מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ דְּבָרִים הַלָּלוּ דְּמוּכָח מִנַּיְיהוּ דְּהַכֹּל בְּפָנָיו וִישַׁבֵּחַ וְכוּ'
« Que vienne celui qui possède ces cinq qualités et qu'il loue » etc. Il me semble que la raison pour laquelle nous avons l'autorisation de louer tient à ceci : tout se tient devant Lui, et l'on n'en énonce qu'une partie, ce qui est permis ; c'est pourquoi celui qui possède ces qualités, dont il ressort que tout se tient devant Lui, qu'il vienne et loue etc.
💡 Explication

Les cinq parallèles justifient le nombre de cinq bénédictions. La conclusion tire la conséquence liturgique : l'âme est l'instance qualifiée pour louer, en raison même de cette ressemblance.

🖼️ Schéma
Les cinq traits communs : le Saint béni soit-Il et la nechama Le Saint béni soit-Il dans le monde La nechama dans le corps Il remplit le monde entier elle remplit le corps entier Il voit sans être vu elle voit sans être vue Il nourrit le monde entier elle nourrit le corps entier Il est pur elle est pure Il siège dans les chambres intérieures elle siège dans les chambres intérieures Que vienne qui possède ces cinq traits, et qu'il loue qui les possède
Les cinq traits mis en regard, et la conclusion pratique que la guemara en tire.
26
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: מַאי דִכְתִיב ״מִי כְּהֶחָכָם וּמִי יוֹדֵעַ פֵּשֶׁר דָּבָר״ — מִי כְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁיּוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת פְּשָׁרָה בֵּין שְׁנֵי צַדִּיקִים, בֵּין חִזְקִיָּהוּ לִישַׁעְיָהוּ. חִזְקִיָּהוּ אָמַר: לַיְּתֵי יְשַׁעְיָהוּ גַּבַּאי, דְּהָכִי אַשְׁכְּחַן בְּאֵלִיָּהוּ דַּאֲזַל לְגַבַּי אַחְאָב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֵּלֶךְ אֵלִיָּהוּ לְהֵרָאוֹת אֶל אַחְאָב״. יְשַׁעְיָהוּ אָמַר: לֵיתֵי חִזְקִיָּהוּ גַּבַּאי דְּהָכִי אַשְׁכְּחַן בִּיהוֹרָם בֶּן אַחְאָב דַּאֲזַל לְגַבַּי אֱלִישָׁע.

Rav Hamnouna a dit : que signifie ce qui est écrit « qui est comme le sage, et qui connaît l'interprétation [pécher] de la chose » (Ecc. 8, 1) ?

Qui est comme le Saint béni soit-Il, qui sait établir un compromis [pechara] entre deux justes, entre Hizkiyahou et Yechaya. Hizkiyahou disait : que Yechaya vienne à moi, car ainsi trouvons-nous chez Eliyahou, qui alla vers Ahav, ainsi qu'il est dit : « et Eliyahou alla se montrer à Ahav » (I R.

18, 2). Yechaya disait : que Hizkiyahou vienne à moi, car ainsi trouvons-nous chez Yehoram fils d'Ahav, qui alla vers Elicha.

📜 Rachi (3)
מַאי דִּכְתִיב מִי כְּהֶחָכָם וּמִי יוֹדֵעַ פֵּשֶׁר דָּבָר מִשּׁוּם דְּאַייְרֵי בְּסוֹפָהּ בִּסְמִיכַת גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה נְקַט לֵיהּ:
La guemara rapporte ce passage parce qu'il traite à sa fin de la jonction de la gueoula (la bénédiction de la délivrance) à la tefila.
דְּאַשְׁכְּחַן דַּאֲזַל אֵלִיָּהוּ לְגַבֵּי אַחְאָב דִּכְתִיב וַיֵּלֶךְ אֵלִיָּהוּ לְהֵרָאוֹת אֶל אַחְאָב:
car il est écrit : « et Eliyahou alla se montrer à Ahav ».
יְהוֹרָם אָזַל לְגַבֵּי אֱלִישָׁע כְּשֶׁהָלְכוּ עַל מוֹאָב הוּא וִיהוֹשָׁפָט (בִּמְלָכִים ב ג) דְּמִתּוֹךְ שֶׁלֹּא הָיוּ הוֹלְכִים זֶה אֵצֶל זֶה לֹא הָיָה מוֹכִיחוֹ עַל שֶׁלֹּא נָשָׂא אִשָּׁה:
lorsqu'ils montèrent contre Moav, lui et Yehochafat (II Rois 3). Et puisqu'ils n'allaient pas l'un chez l'autre, Yechaya ne reprenait pas Hizkiyahou de n'avoir pas pris femme.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וּמִי יוֹדֵעַ פֵּשֶׁר דָּבָר מִי כְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁיּוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת פְּשָׁרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד יְשַׁעְיָה הַנָּבִיא ע"ה אוֹמֵר אֲנִי צָרִיךְ לִהְיוֹת שַׂר עַל חִזְקִיָּה, וְהוּא טוֹעֵן אֲנִי רָאוּי לִהְיוֹת שַׂר עַל יְשַׁעְיָה, נִמְצָא כָּל אֶחָד אוֹמֵר אֲנִי שַׂר, מֶה עָשָׂה הקב"ה שָׁלַח דְּבַר נְבוּאָה בְּפֶה יְשַׁעְיָה לוֹמַר לוֹ אֶל בֵּיתְךָ וְכוּ', נִתְחַבְּרוּ אוֹתִיּוֹת פֶּה עִם אוֹתִיּוֹת שַׂר וְנַעֲשֵׂית פְּשָׁרָה , וְאָמַר לוֹ שֶׁיֹּאמַר לְחִזְקִיָּהוּ צַו לְבֵיתְךָ, אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין לוֹ אֶלָּא חִסָּרוֹן וְאֵין בַּיִת אֶלָּא אִשָּׁה, וְזָכַר לוֹ גַּם כֵּן שֵׁם צְבָאוֹת אֲשֶׁר חָנָה חִידְּשַׁתּוּ בְּבַקָּשָׁתָהּ עַל בָּנִים.
« Et qui connaît l'interprétation de la chose — qui est comme le Saint béni soit-Il, qui sait établir un compromis. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Yechaya le prophète, la paix sur lui, disait : je dois être sar (dignitaire) au-dessus de Hizkiyahou, et celui-ci soutenait : je mérite d'être sar au-dessus de Yechaya. Chacun disait donc : je suis sar. Que fit le Saint béni soit-Il ? Il envoya une parole de prophétie dans la bouche [pe] de Yechaya, pour lui dire « donne des ordres à ta maison » etc. ; les lettres de pe se sont jointes aux lettres de sar et il s'est fait une pechara (compromis). Il lui dit de dire à Hizkiyahou tsav le-veitekha : nos maîtres za"l ont dit que tsav n'exprime qu'un manque, et que bayit ne désigne que l'épouse. Il lui rappela aussi le Nom Tsevaot, que Hanna avait innové dans sa demande d'enfants.
קָרֵי אַנַּפְשֵׁיהּ (יְשַׁעְיָהוּ לב, ז) וּכְלֵי כֵּלָיו רָעִים. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָאִשָּׁה נִקְרֵאת כְּלִי שֶׁל בַּעְלָהּ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין אִשָּׁה כּוֹרֶתֶת בְּרִית אֶלָּא לְמִי שֶׁעֲשָׂאָהּ כְּלִי, וְכֵן שָׁלְחָה אִשְׁתּוֹ שֶׁל רַבִּי אֶלְעָזָר לְרַבִּי כְּלִי שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ קֹודֶשׁ יִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ חוֹל, וְהוּא בֶּטַח שֶׁיַּגִּיעַ לוֹ מִצִּדָּהּ בִּזְכוּת אָבִיהָ אֵיזֶה סִיּוּעַ וְעֵזֶר לְדָבָר זֶה, וְעַתָּה בִּרְאוֹתוֹ כִּי לֹא הוֹעִילָה גַּם מִצִּידָּהּ לְכָךְ אָמַר וּכְלִי, הוּא שֶׁהָיָה כְּלִי בְּמִצְוָה זוֹ שֶׁל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה שֶׁלֹּא נָשָׂא אִשָּׁה מִתְּחִלָּה, הִנֵּה קָרָה לוֹ שֶׁגַּם כֵּלָיו מִצַּד אִשְׁתּוֹ גַּם כֵּן נָפְקִי רָעִים ונ"ל, לְכָךְ אָמַר הִנֵּה לְשָׁלוֹם מַר לִי מָר, כִּי מְנַשֶּׁה רַבְשָׁקֶה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מַר, וְאֵין שָׁלוֹם אֶלָּא אִשָּׁה וְהוּא קִיוָּה כִּימַן הַשָּׁלוֹם הַנִּשּׂוּאִין שֶׁנָּשָׂא בַּת יְשַׁעְיָה יָצָא לוֹ בָּנִים טוֹבִים, וְעַתָּה רָאָה כִּי מִן הַשָּׁלוֹם יָצָא לוֹ מ"ר, יַעַן לִי מַר רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מ נֹשֶׁה ר בְּשַׂקַּהּ.
« Il appliqua à lui-même (Is. 32, 7) : et ses instruments sont mauvais. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'épouse est appelée l'instrument [keli] de son mari, comme nos maîtres za"l l'ont dit : une femme ne conclut d'alliance qu'avec celui qui a fait d'elle un instrument ; et de même l'épouse de Rabbi Elazar envoya dire à Rabbi : un instrument dont s'est servi le saint servira-t-il au profane ? Hizkiyahou avait mis sa confiance dans le fait qu'il lui viendrait de son côté à elle, par le mérite de son père, quelque secours et quelque aide en cette affaire ; voyant maintenant que de son côté à elle non plus il n'y eut aucun profit, il dit ve-khelav (et ses instruments) : lui qui avait été un instrument défaillant dans cette mitsva de peria ve-revia, puisqu'il n'avait pas pris femme au départ, voici qu'il lui advint que ses instruments aussi, du côté de son épouse, se révélèrent mauvais. C'est pourquoi il dit « voici, pour la paix j'ai eu amertume sur amertume » : Menache et Ravchaké sont les initiales de mar (amer), et chalom (paix) ne désigne que l'épouse ; il avait espéré que du chalom du mariage, ayant épouse la fille de Yechaya, lui sortiraient de bons enfants, et voici qu'il vit que du chalom lui sortit mar, car li mar (à moi l'amertume) forme les initiales de Menache et Ravchaké.
💡 Explication

Une nouvelle unité s'ouvre, qui conduira jusqu'à la jonction de la gueoula à la tefila à la page suivante. Le mot pécher du verset de Kohelet est rapproché de pechara, compromis.

Le différend est protocolaire : chacun invoque un précédent qui établit que l'autre doit se déplacer. Les deux précédents sont exacts, ce qui rend l'affaire insoluble par le seul argument.

27
מֶה עָשָׂה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — הֵבִיא יִסּוּרִים עַל חִזְקִיָּהוּ, וְאָמַר לוֹ לִישַׁעְיָהוּ: לֵךְ וּבַקֵּר אֶת הַחוֹלֶה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״בַּיָּמִים הָהֵם חָלָה חִזְקִיָּהוּ לָמוּת וַיָּבֹא אֵלָיו יְשַׁעְיָהוּ בֶן אָמוֹץ הַנָּבִיא וַיֹּאמֶר אֵלָיו כֹּה אָמַר ה׳ צְבָאוֹת צַו לְבֵיתֶךָ כִּי מֵת אַתָּה וְלֹא תִחְיֶה וְגוֹ׳״. מַאי ״כִּי מֵת אַתָּה וְלֹא תִחְיֶה״: מֵת אַתָּה — בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְלֹא תִּחְיֶה — לְעוֹלָם הַבָּא.

Que fit le Saint béni soit-Il ? Il fit venir des souffrances sur Hizkiyahou et dit à Yechaya : va visiter le malade.

Ainsi qu'il est dit : « En ces jours-là, Hizkiyahou fut malade à en mourir ; Yechaya fils d'Amots le prophète vint vers lui et lui dit : ainsi a parlé Hachem Tsevaot, donne tes ordres à ta maison, car tu meurs et tu ne vivras pas » etc. (Is.

38, 1). Que signifie « tu meurs et tu ne vivras pas » ?

Tu meurs — dans ce monde ; et tu ne vivras pas — dans le monde à venir.

💡 Explication

Le compromis divin consiste à créer une obligation qui déplace le prophète sans porter atteinte à l'honneur du roi : la visite au malade, bikour holim.

La guemara relève ensuite une redondance apparente dans le verset. Les deux membres reçoivent deux objets distincts, ce monde et le monde à venir, ce qui donne au message sa gravité et explique la réaction du roi.

28
אֲמַר לֵיהּ: מַאי כֻּולֵּי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: מִשּׁוּם דְּלָא עֲסַקְתְּ בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה. אֲמַר לֵיהּ: מִשּׁוּם דַּחֲזַאי לִי בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ דְּנָפְקִי מִינַּאי בְּנִין דְּלָא מְעַלּוּ.

Il lui dit : pourquoi tout cela ? Il lui dit : parce que tu ne t'es pas occupé de peria ve-revia (la procréation).

Il lui dit : parce que j'ai vu par le roua'h hakodech que sortiraient de moi des enfants sans valeur.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לֵיהּ מַאי כּוּלֵּיהּ הַאי? קַשָּׁא, הֲלֹא הוּא הִגִּיד לוֹ הַדְּבָרִים בְּשֵׁם ה' שֶׁכָּךְ גָּזַר עָלָיו, וְעַל גְּזֵירַת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לֹא שַׁייָּךְ לוֹמַר מַאי כּוּלֵּיהּ הַאי, דְּוַדַּאי לָא עֲבִיד דִּינָא בְּלֹא דִּינָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לֹא עַל גּוּף הַגְּזֵירָה קָאָמַר כֵּן אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ עַל לָשׁוֹן שֶׁדִּבֵּר בּוֹ עִמּוֹ, שֶׁאָמַר לוֹ כִּי מֵת אַתָּה, וְלֹא אָמַר לוֹ תָּמוּת לֶעָתִיד, דְּנִמְצָא שֶׁאָמַר לוֹ גַּם בְּעוֹדוֹ חַי הוּא מֵת, וּלְכָךְ אָמַר לֵיהּ מַאי כּוּלֵּיהּ הַאי, שֶׁאַתָּה מְדַבֵּר בִּלְשׁוֹן לְקֹרוֹתַי מֵת וְעוֹדֶנִּי חַי, וְאָמַר לוֹ מִשּׁוּם דְּלָא עֲסַקְתְּ בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה, וְכָל מִי שֶׁאֵינוֹ עוֹסֵק בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה נִקְרָא מֵת בְּעוֹדוֹ חַי, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ל' א') הָבָה לִּי בָנִים וְאִם אַיִן מֵתָה אָנֹכִי, וְלָכֵן גַּם אַתָּה נֶחְשָׁב כָּךְ.
« Il lui dit : pourquoi tout cela ? » Difficulté : Yechaya lui avait rapporté ces paroles au nom de Hachem, comme un décret prononcé contre lui ; or sur un décret de Hachem il n'y a pas lieu de dire « pourquoi tout cela », car assurément Il n'exerce pas de rigueur sans jugement. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il parlait non du décret lui-même mais de la formule employée : Yechaya lui dit « car tu meurs » plutôt que « tu mourras » au futur, de sorte qu'il le disait mort alors qu'il était encore vivant. C'est pourquoi il lui dit « pourquoi tout cela », toi qui parles de manière à me nommer mort alors que je vis encore. Il lui répondit : parce que tu ne t'es pas occupé de peria ve-revia, et quiconque ne s'occupe pas de peria ve-revia est appelé mort de son vivant, ainsi qu'il est écrit (Gen. 30, 1) « donne-moi des enfants, sinon je meurs » ; toi aussi tu es donc compté ainsi.
💡 Explication

Le roi demande la raison d'une sentence aussi lourde. Le reproche porte sur l'omission d'une mitsva positive.

La réponse de Hizkiyahou invoque une connaissance prophétique : il a prévu la conduite de sa descendance, ce que la suite du récit biblique confirmera avec Menache.

29
אֲמַר לֵיהּ: בַּהֲדֵי כַּבְשֵׁי דְרַחֲמָנָא לָמָּה לָךְ? מַאי דְּמִפַּקְּדַתְּ אִיבְּעִי לָךְ לְמֶעְבַּד, וּמַה דְּנִיחָא קַמֵּיהּ קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא — לַעֲבֵיד.

Il lui dit : qu'as-tu à faire des secrets du Miséricordieux ? Ce qui t'est ordonné, tu dois l'accomplir ; et ce qui est agréable devant le Saint béni soit-Il, qu'Il le fasse.

📜 Rachi (1)
כִּבְשֵׂי דְּרַחֲמָנָא סְתָרִים דהקב"ה כְּמוֹ רֵישָׁא בְּכִבְשָׁא (חוֹלִין ד' צג:) בְּהַטְמָנַת הָאֵפֶר:
les choses cachées du Saint béni soit-Il, comme dans l'expression « une tête dans le kivcha » (Houlin 93b), qui désigne l'enfouissement dans la cendre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בַּהֲדֵי כַּבְשֵׁי דְרַחֲמָנָא לָמָּה לָךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֲפִילּוּ אִם יִהְיֶה רָשָׁע גָּמוּר יֵשׁ תִּקְוָה שהקב"ה יַעַזְרֵהוּ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה, וְאָז חוֹתֵר לוֹ חֲתִירָה מִתַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד לְקַבְּלוֹ מִפְּנֵי הַמְקַטְרְגִים, וְכַאֲשֶׁר עָשָׂה כֵּן בֶּאֱמֶת לִמְנַשֶּׁה בְּנוֹ, וְלָזֶה אָמַר 'בַּהֲדֵי כַּבְשֵׁי דְּרַחֲמָנָא', 'כַּבְשֵׁי' דַּיְיקָא, כְּלוֹמַר הַתִּקְוָה מְצוּיָה בְּחַסְדּוֹ יִתְבָּרֵךְ.
« Qu'as-tu à faire des secrets du Miséricordieux ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : même s'il devait être un méchant accompli, il y a espoir que le Saint béni soit-Il l'aide à faire techouva ; Il creuse alors pour lui un passage sous le Trône de gloire afin de le recevoir malgré les accusateurs, comme Il le fit en vérité pour Menache son fils. C'est pourquoi il dit « des kivchei du Miséricordieux » — kivchei précisément, c'est-à-dire que l'espoir se trouve dans Sa bonté.
💡 Explication

La réponse du prophète pose une règle générale : la connaissance des conséquences ne dispense pas de l'obligation. Le partage est net entre le domaine de l'action commandée et celui de la conduite divine.

30
אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא הַב לִי בְּרַתָּךְ, אֶפְשָׁר דְּגָרְמָא זְכוּתָא דִידִי וְדִידָךְ, וְנָפְקִי מִנַּאי בְּנִין דִּמְעַלּוּ. אֲמַר לֵיהּ: כְּבָר נִגְזְרָה עָלֶיךָ גְּזֵירָה. אֲמַר לֵיהּ: בֶּן אָמוֹץ, כַּלֵּה נְבוּאָתְךָ וָצֵא!

Il lui dit : maintenant, donne-moi ta fille ; peut-être mon mérite et le tien feront-ils que sortent de moi des enfants de valeur. Il lui dit : le décret a déjà été décrété à ton sujet.

Il lui dit : fils d'Amots, achève ta prophétie et sors !

📜 Rachi (1)
נִגְזְרָה גְּזֵרָה שֶׁתָּמוּת:
que tu mourras.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּלֵּה נְבוּאָתְךָ וָצֵא. קָשֶׁה מַאי כָּלָה וְהַלָּה כָּלָה נְבוּאָתוֹ, שֶׁאָמַר לוֹ כָּל מַה שֶׁרָאָה בַּעֲבוּרוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בֶּאֱמֶת חָזַר הַדִּיבּוּר אֶל יְשַׁעְיָה בְּאוֹתוֹ מַעֲמָד שֶׁבְּעוֹדוֹ שָׁם (מ"ב כ' ד') וְלֹא יָצָא חָצֵר הַתִּיכֹנָה וּדְבַר ה' הָיָה אֵלָיו לֵאמֹר שׁוּב וְאָמַרְתָּ אֶל חִזְקִיָּהוּ וְכוּ', וְלָכֵן נִרְאֶה שֶׁחִזְקִיָּהוּ יָדַע בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁיֵּשׁ לוֹ נְבוּאָה אַחֶרֶת עָלָיו עַתָּה, לְכָךְ אָמַר לוֹ 'כָּלֶה נְבוּאָתְךָ וְצֵא', כְּלוֹמַר אֲנִי רוֹאֶה שֶׁעֲדַייִן יֵשׁ דְּבָרִים אֲחֵרִים שְׁלוּחִים אֵלַי עַל יָדְךָ, וְלָכֵן אַל תְּמַהֵר לָצֵאת אֶלָּא כָּלֶה נְבוּאָתְךָ הַחֲדָשָׁה וְצֵא, אוֹ אֶפְשָׁר אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא רָאָה זֶה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, הוּא הָיָה לוֹ בִּטָּחוֹן גָּדוֹל בְּהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ שֶׁיִּשְׁמַע תְּפִלָּתוֹ וְיִשְׁלַח דְּבַר נְבוּאָה חֲדָשָׁה לְטוֹבָה אֵלָיו עַל יְדֵי יְשַׁעְיָה הַנָּבִיא ע"ה, וְכַאֲשֶׁר הָיָה בֶּאֱמֶת.
« Achève ta prophétie et sors. » Difficulté : que signifie « achève », alors qu'il avait déjà achevé sa prophétie et lui avait dit tout ce qu'il avait vu à son sujet ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la parole revint en vérité à Yechaya dans ce même lieu, alors qu'il s'y trouvait encore (II R. 20, 4) : « il n'était pas sorti de la cour du milieu que la parole de Hachem lui fut adressée en ces termes : retourne et dis à Hizkiyahou » etc. Il apparaît donc que Hizkiyahou savait par le roua'h hakodech qu'il y avait pour lui une autre prophétie à cet instant ; c'est pourquoi il lui dit « achève ta prophétie et sors », c'est-à-dire : je vois qu'il y a encore d'autres paroles qui me sont envoyées par ton intermédiaire, ne te hâte donc pas de sortir, achève d'abord ta nouvelle prophétie et sors. Ou bien il se peut que, sans l'avoir vu par le roua'h hakodech, il avait une grande confiance en Hachem, qu'Il entendrait sa prière et enverrait une parole de prophétie nouvelle et bonne à son sujet par Yechaya le prophète, la paix sur lui, ce qui advint en vérité.
💡 Explication

Hizkiyahou propose une solution au problème soulevé : une alliance qui joindrait deux mérites et corrigerait la descendance annoncée.

Le refus du prophète s'appuie sur le décret déjà prononcé. Le roi distingue alors la parole reçue en mission, qu'il doit entendre, et l'appréciation personnelle du prophète, qui ne le lie pas.

31
כָּךְ מִקּוֹבְלָנִי מִבֵּית אָבִי אַבָּא, אֲפִילּוּ חֶרֶב חַדָּה מֻונַּחַת עַל צַוָּארוֹ שֶׁל אָדָם, אַל יִמְנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים.

Ainsi ai-je reçu de la maison du père de mon père : même si une épée tranchante repose sur le cou d'un homme, qu'il ne se retienne pas de demander miséricorde.

📜 Rachi (1)
מִקּוֹבְלָנִי מִבֵּית אָבִי אַבָּא דָּוִד שֶׁרָאָה אֶת הַמַּלְאָךְ וְחַרְבּוֹ שְׁלוּפָה בְּיָדוֹ בְּסוֹף סֵפֶר שְׁמוּאֵל (ב כד) וְלֹא מָנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים:
de David, qui vit l'ange, son épée dégainée à la main, à la fin du livre de Chemouel (II, 24), et ne se retint pas de demander miséricorde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲפִלּוּ חֶרֶב חַדָּה מֻנַּחַת עַל צַוָּארוֹ שֶׁל אָדָם אַל יִמְנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים. נִרְאֶה לִי בס"ד חַדָּה, חַד הֵ"א , רָמוּז לְאוֹת הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם שֶׁהִיא דִּינָא קַשְׁיָא, וְהִיא פּוֹעֶלֶת הַדִּין, מַה שֶׁאֵין כֵּן הֵ"א רִאשׁוֹנָה, וְלָזֶה אָמַר חֶרֶב שֶׁל חַד הֵ"א מֻונַּחַת עַל צַוָּארוֹ וְכוּ', אִי נָמֵי אֲפִילּוּ חֶרֶב חַד בַּחֲמִשָּׁה גְּבוּרוֹת שֶׁל שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים, וְזֶהוּ חַד הֵ"א, וְאוֹמְרוֹ אַל יִתְיָיאֵשׁ מִן הָרַחֲמִים, נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ עַל פָּסוּק (יְשַׁעְיָה לוֹ, ו') חֶרֶב לַה' מָלְאָה דָם, שֶׁהוּא דִּינָא קַשְׁיָא, וְיִתְמַתֵּק עַל יְדֵי שֵׁם קָדוֹשׁ נִקְרָא נַחַ"ל הָרָמוּז בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת נֵצֶר חֶסֶד לַאֲלָפִים, שֶׁהוּא נִמְשָׁךְ מִן מַזָּל הָעֶלְיוֹן מִתִּיקּוּן הַח' הַנִּקְרָא נֵצֶר חֶסֶד, וְתִיקּוּן הַט' הַנִּקְרָא לַאֲלָפִים, וּבְשֵׁם זֶה מְכַווְּנִים בְּסוֹד הַתַּשְׁלִיךְ בְּיוֹם רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַתֵּק הַדִּינִין הַקָּשִׁים, כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת, יְעַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה אִם תּוֹסִיף עַל מִסְפַּר חֶרֶב [210] , שֶׁהוּא דִּינָא קַשְׁיָא, מִסְפַּר שֵׁם הַקָּדוֹשׁ נַחַל [88] , שֶׁבּוֹ מִתְמַתְּקִין הַדִּינִין הַקָּשִׁין, אָז יִהְיֶה מִסְפַּר רַחֲמִים [298] שֶׁיִּתְמַתֵּק הַדִּין וְיִגְבְּרוּ הָרַחֲמִים, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'אֲפִילּוּ חֶרֶב חַדָּה', רְצוֹנוֹ לוֹמַר חַד וּתְקֵיף, שֶׁהוּא מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב חֶרֶב לָהּ' מָצְאָה דָּם עַל צַוָּארוֹ שֶׁל אָדָם אַל יִתְיָיאֵשׁ מִן הָרַחֲמִים, כְּלוֹמַר מִצֵּירוּף הָרַחֲמִים הַנִּזְכָּר לְעֵיל, כִּי יֵשׁ תִּקְוָה שֶׁיִּמָּשֵׁךְ שָׁם נַחַל וְיִהְיֶה הַחֶרֶב צֵירוּף רַחֲמִים .
« Même si une épée tranchante repose sur le cou d'un homme, qu'il ne se retienne pas de demander miséricorde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que hada se lit had hei, allusion à la lettre hei finale du Nom, qui est dina kachia (rigueur sévère) et qui opère le jugement, à la différence du premier hei. Il dit donc : une épée de had hei repose sur son cou etc. Ou bien : même une épée aiguisée par les cinq guevourot des Noms Elokim, ce qui fait had hei. Quant à « qu'il ne désespère pas de la miséricorde », il me semble, avec l'aide du Ciel, que la réponse tient à ce qui est dit dans le saint Zohar sur le verset (Is. 34, 6) « l'épée de Hachem est pleine de sang », qui vise dina kachia : cette rigueur s'adoucit par un Nom saint appelé Nahal, laisse entendre dans les initiales de notser 'hessed la-alafim, lequel découle du mazal supérieur, du huitième tikoun appelé notser 'hessed et du neuvième tikoun appelé la-alafim ; c'est par ce Nom que l'on dirige l'intention dans le sod du tachlikh au jour de Roch Hachana, pour adoucir les rigueurs sévères, comme il est rapporté au Chaar HaKavanot, voir là-bas. Or si tu ajoutes à la valeur de herev, deux cent dix, qui est dina kachia, la valeur du Nom saint Nahal, quatre-vingt-huit, par lequel les rigueurs sévères s'adoucissent, tu obtiens la valeur de rahamim, deux cent quatre-vingt-dix-huit, ce qui indique que le jugement s'adoucira et que la miséricorde l'emportera. C'est le sens de « même une épée tranchante », c'est-à-dire aiguë et forte, ce que dit l'Écriture « l'épée de Hachem est pleine de sang », reposant sur le cou d'un homme : qu'il ne désespère pas de la miséricorde, autrement dit de cette combinaison de miséricorde mentionnée plus haut, car il y a espoir que le Nom Nahal soit attiré et que l'épée devienne une combinaison de miséricorde.
💡 Explication

Hizkiyahou oppose au décret une tradition familiale remontant à David. Le précédent est l'épisode du recensement, où David vit l'ange l'épée à la main et pria encore.

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אִתְּמַר נָמֵי, רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: אֲפִילּוּ חֶרֶב חַדָּה מֻונַּחַת עַל צַוָּארוֹ שֶׁל אָדָם, אַל יִמְנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים. שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵן יִקְטְלֵנִי לוֹ אֲיַחֵל״.

Il a été dit de même : Rabbi Yo'hanan et Rabbi Eliezer ont dit tous deux : même si une épée tranchante repose sur le cou d'un homme, qu'il ne se retienne pas de demander miséricorde, ainsi qu'il est dit : « Même s'Il me tue, en Lui j'espère » (Job 13, 15).

💡 Explication

La règle reçoit une formulation amoraique indépendante et un appui scripturaire tiré de Job. Le verset exprime une confiance qui subsiste au moment même où la sentence s'exécute.

Le folio s'achève ainsi sur la question de la prière, ce qui prépare la sougya de la jonction de la gueoula à la tefila.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).