Sougya : Le folio poursuit la maladie de Hizkiyahou et sa prière. Il expose d'abord le mot kir (le mur) vers lequel le roi tourna sa face : les parois du cœur pour Rech Lakich, le mur de la Chounamite pour Rabbi Levi.
De là sortent le kal va-homer du roi et la liste des six actes qu'il accomplit, trois approuvés par les sages et trois désapprouvés, avec la discussion sur l'intercalation de Nissan pendant Nissan. Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yossi ben Zimra pose ensuite la règle du mérite : qui appuie sa demande sur son propre mérite est exaucé au mérite d'autrui, et inversement — Moche et Hizkiyahou en sont les deux illustrations.
Le folio développe alors l'épisode de la Chounamite : la mahloket de Rav et Chmouel sur la chambre, ce qu'elle a perçu de la sainteté d'Elicha, la permission ou le refus de tirer profit d'autrui. Viennent enfin quatre enseignements de Rabbi Yossi bar Hanina au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov sur la tefila, puis le retour à la michna : jusqu'à quelle heure le Chema, le sort des berakhot au-delà de l'heure, et la michna de Beit Chamai et Beit Hillel sur la posture de la lecture.
Rabbi Hanan a dit : même si le maître des rêves dit à un homme que demain il mourra, qu'il ne se retienne pas de demander miséricorde, ainsi qu'il est dit : « Car dans la multitude des rêves, des vanités et des paroles nombreuses — crains plutôt D.ieu » (Ecc. 5, 6).
La règle précédente portait sur l'épée posée sur le cou ; celle-ci porte sur l'annonce onirique. Le baal ha-halom désigne l'ange qui transmet un rêve véridique, ce qui rend l'annonce plus lourde qu'un songe ordinaire.
Le verset de Kohelet est lu comme un renvoi : au milieu des rêves et des paroles, ce qui demeure est la crainte du Ciel, donc la prière.
Aussitôt : « Et Hizkiyahou tourna sa face vers le mur et pria Hachem » (Is. 38, 2).
Que signifie « le mur » (kir) ? Rabbi Chimon ben Lakich a dit : depuis les parois (kirot) de son cœur, ainsi qu'il est dit : « Mes entrailles, mes entrailles, je me tords, les parois de mon cœur... » (Jer.
4, 19).
La question porte sur un détail apparemment narratif : pourquoi le verset précise-t-il vers quoi le roi se tourne. Rech Lakich lit kir comme un indice de l'intensité de la prière, en rapprochant le mot de kirot libi chez Yirmiyahou.
Rabbi Levi a dit : au sujet du mur. Il dit devant Lui : Maître du monde, si la Chounamite, qui n'a fait qu'un seul petit mur, Tu as fait revivre son fils, le père de mon père qui a revêtu tout le Heikhal d'argent et d'or, à combien plus forte raison !
« Souviens-Toi donc que j'ai marché devant Toi avec vérité et d'un cœur entier, et que j'ai fait ce qui est bien à Tes yeux » (Is. 38, 3).
Rabbi Levi lit kir comme une allusion à un autre mur, celui que la Chounamite fit bâtir pour Elicha (II Rois 4). Le roi construit alors un kal va-homer : si un mur unique a valu la résurrection d'un enfant, le revêtement du Sanctuaire entier doit valoir davantage.
Ce raisonnement introduit deux thèmes que le folio développera : le mérite invoqué dans la prière, et l'épisode complet de la Chounamite.
Que signifie « et j'ai fait ce qui est bien à Tes yeux » ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il a joint la gueoula à la tefila.
Rabbi Levi a dit : il a mis en réserve le Livre des remèdes.
Le roi a invoqué un mérite précis. Deux identifications sont proposées : samakh gueoula la-tefila, joindre la bénédiction de la délivrance à la amida sans interruption, et la mise en réserve (guenizah) du Livre des remèdes.
La seconde réponse ouvre la beraita des six actes qui suit immédiatement.
Nos maîtres ont enseigné : six choses à faites le roi Hizkiyahou ; sur trois on lui a donné raison, et sur trois on ne lui a pas donné raison.
Sur trois on lui a donné raison : il a mis en réserve le Livre des remèdes — et on lui a donné raison ; il a broyé le serpent d'airain — et on lui a donné raison ; il a trainé les ossements de son père sur un lit de cordes — et on lui a donné raison.
Et sur trois on ne lui a pas donné raison : il a bouche les eaux du Guihon — et on ne lui a pas donné raison ; il a coupé les portes du Heikhal et les a envoyées au roi d'Achour — et on ne lui a pas donné raison ; il a intercalé Nissan pendant Nissan — et on ne lui a pas donné raison.
Hizkiyahou ne tenait-il donc pas : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois » (Ex. 12, 2), c'est-à-dire celui-là est Nissan et aucun autre n'est Nissan ?!
L'objection est de fond : intercaler un mois pendant Nissan reviendrait à créer un second Nissan, ce que le verset exclut. Le problème ne porte plus sur la sagesse de la décision, mais sur sa validité au regard de la Tora.
Plutôt, il s'est trompé sur ce qu'enseigne Chmouel. Car Chmouel a dit : on n'intercale pas l'année le trentième jour d'Adar, puisqu'il est apte à être fixé comme Nissan.
Et lui tenait : « puisqu'il est apte », nous ne le disons pas.
La réponse déplace la scène : l'intercalation eut lieu le 30 Adar, donc encore en Adar. Le mois nouveau se fixait sur le témoignage des témoins venus le trentième jour ; ce jour reste donc apte à devenir le 1er Nissan.
Le principe en jeu est hoil ve-raouy : une aptitude non encore réalisée compte-t-elle déjà comme un fait ? Chmouel répond oui, le roi tenait que non.
Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : quiconque suspend sa demande à son propre mérite, on la lui accorde au mérite d'autrui ; et quiconque la suspend au mérite d'autrui, on la lui accorde à son propre mérite.
La règle naît de la formule du roi, « souviens-Toi que j'ai marché devant Toi ». Le verbe tole, suspendre, indique l'appui sur lequel la demande repose.
Le renversement est systématique : celui qui s'appuie sur lui-même est exaucé pour d'autres, celui qui s'efface est exaucé pour lui-même.
Moche a suspendu sa demande au mérite d'autrui, ainsi qu'il est dit : « Souviens-Toi d'Avraham, de Yitshak et d'Israël, Tes serviteurs » (Ex. 32, 13).
On la lui a accordée à son propre mérite, ainsi qu'il est dit : « Il dit de les détruire, si Moche, Son élu, ne s'était tenu sur la brèche devant Lui pour détourner Sa fureur de détruire » (Ps. 106, 23).
Hizkiyahou a suspendu sa demande à son propre mérite, ainsi qu'il est écrit : « Souviens-Toi donc que j'ai marché devant Toi » (Is. 38, 3) ; on la lui a accordée au mérite d'autrui, ainsi qu'il est dit : « Je protégerai cette ville pour la sauver, pour Moi et pour David Mon serviteur » (II Rois 19, 34).
Et c'est là ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit, « voici, pour la paix j'ai eu grande amertume » (Is.
38, 17) ? Même à l'heure où le Saint béni soit-Il lui envoya la paix, ce fut amer pour lui.
Le folio ferme la boucle : le roi obtient la guérison, mais le verset qui l'annonce mentionne David et non lui. Rabbi Yehochoua ben Levi lit l'amertume de Is. 38, 17 comme la trace de ce déplacement du mérite.
« Faisons donc une petite chambre haute à mur » (II Rois 4, 10).
Rav et Chmouel : l'un dit que c'était une chambre haute découverte, et ils la couvrirent d'un toit ; et l'autre dit que c'était une grande akhsadra, et ils la partagèrent en deux.
Le verset accole deux mots, aliyat (chambre haute) et kir (mur). Chaque avis retient l'un des deux au sens propre et devra rendre compte de l'autre — c'est là structure des quatre répliques qui suivent.
Soit, selon celui qui dit une akhsadra, on comprend que le mot « mur » (kir) soit écrit ; mais selon celui qui dit une chambre haute, que signifie « mur » ?
Qu'ils la couvrirent d'un toit (kirouy).
Soit, selon celui qui dit une chambre haute, on comprend que le mot « chambre haute » (aliyat) soit écrit ; mais selon celui qui dit une akhsadra, que signifie « chambre haute » ?
La plus distinguée (meoula) des pièces.
Les deux difficultés sont symétriques et reçoivent chacune une réponse par dérivation lexicale : kir lu comme kirouy, couverture, et aliyat lu comme meoula, ce qui est supérieur. Chaque avis garde ainsi le verset entier.
« Et nous placerons pour lui là un lit, une table, un siège et un lampadaire » (II Rois 4, 10).
Abaye a dit, et certains disent Rabbi Yitshak : celui qui veut profiter du bien d'autrui, qu'il en profite, comme Elicha ; et celui qui ne veut pas en profiter, qu'il n'en profite pas, comme Chmouel de Rama, ainsi qu'il est dit : « et son retour était à Rama, car là était sa maison » (I Sam. 7, 17), et Rabbi Yo'hanan a dit : partout où il allait, sa maison était avec lui.
La liste du mobilier sert de point d'appui : Elicha accepta ce qu'on lui préparait. Le folio ouvre alors deux conduites licites, sans trancher entre elles.
Le contre-modèle est Chmouel de Rama, qui transportait son nécessaire domestique afin de ne rien recevoir. Rachi précise que ce refus n'implique ni orgueil ni hostilité.
« Et elle dit à son mari : voici, je sais maintenant que c'est un saint homme de D.ieu » (II Rois 4, 9). Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : de là, que la femme reconnaît les hôtes mieux que l'homme.
« Il est saint » : d'où le savait-elle ? Rav et Chmouel : l'un dit qu'elle n'a jamais vu de mouche passer sur sa table ; et l'autre dit qu'elle étendit un drap de lin sur son lit et n'y vit jamais de trace d'émission.
Les deux indices sont des signes prolongés dans le temps, observés par celle qui l'hébergeait. Le drap de lin blanc rend visible la moindre trace, ce qui donne sa force au second signe.
« Il est saint » : Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit, lui est saint et son serviteur n'est pas saint, ainsi qu'il est dit : « et Guehazi s'approcha pour la repousser » (II Rois 4, 27) ; Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : qu'il la saisit par la splendeur de sa beauté.
La formule du verset est lue de façon restrictive : elle dit de lui qu'il est saint, donc de son serviteur qu'il ne l'est pas. La suite du récit, où Guehazi repousse la femme, confirme cette perception.
« Il passe chez nous continuellement (tamid) » : Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : quiconque reçoit un talmid 'hakham dans sa maison et lui fait profiter de ses biens, l'Écriture le lui compte comme s'il offrait les temidim.
Le mot tamid du verset est entendu au sens du korban tamid, l'offrande quotidienne. L'hospitalité régulière envers un talmid 'hakham est ainsi mise au rang du service continu.
Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : que l'homme ne se tienne pas en un lieu élevé pour prier, mais qu'il se tienne en un lieu bas et prie, ainsi qu'il est dit : « des profondeurs je T'ai appelé, Hachem » (Ps. 130, 1).
Cela a été enseigné de même : que l'homme ne se tienne ni sur une chaise, ni sur un escabeau, ni en un lieu élevé pour prier, mais qu'il se tienne en un lieu bas et prie, car il n'y a pas de hauteur devant le Lieu, ainsi qu'il est dit : « des profondeurs je T'ai appelé, Hachem » (Ps. 130, 1), et il est écrit : « prière du pauvre lorsqu'il défaille » (Ps.
102, 1).
La beraita étend la règle à tout support qui élève, même faible. La raison donnée est de fond : ein gavhout lifnei ha-Makom, l'élévation physique n'a pas de sens devant Hachem, et la posture doit traduire l'état de demande.
Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : celui qui prie doit joindre ses pieds, ainsi qu'il est dit : « et leurs pieds étaient un pied droit » (Ez. 1, 7).
(Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan) et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : que signifie ce qui est écrit, « vous ne mangerez pas sur le sang » (Lev. 19, 26) ?
Ne mangez pas avant d'avoir prié sur votre sang.
Le verset, qui vise à l'origine une pratique idolâtre, est relu en jouant sur al ha-dam : ne pas manger avant d'avoir prié sur son propre sang, c'est-à-dire sur sa vie.
Certains disent : Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, qui a dit au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : quiconque mange et boit puis prie, l'Écriture dit de lui : « et Moi, tu M'as rejeté derrière ton dos (gavekha) » (I Rois 14, 9) ; ne lis pas « ton dos » mais « ton orgueil » (gueekha). Le Saint béni soit-Il a dit : après que celui-ci se soit enorgueilli, il accepte sur lui le joug du Ciel.
La seconde version déplace la faute : manger d'abord revient à se servir soi-même avant de reconnaître la royauté d'en haut. Le al tikri transforme le dos du verset en orgueil.
« Rabbi Yehochoua dit : jusqu'à trois heures » (michna). Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehochoua.
« Celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu » (michna).
Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : à condition qu'il ne dise pas « yotser or ».
Selon cette lecture, la michna sauve la lecture elle-même, comparée à l'étude de la Tora, mais non les berakhot du Chema, qui sont liées à l'heure.
On objecte : celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu, il est comme un homme qui lit dans la Tora, mais il récite deux berakhot avant et une après. Réfutation de Rav Hisda, réfutation.
Certains disent : Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : que signifie « il n'a rien perdu » ? Qu'il n'a pas perdu les berakhot.
Cela a été enseigné de même : celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu, il est comme un homme qui lit dans la Tora, mais il récite deux berakhot avant et une après.
La seconde version renverse la première : la formule lo hifsid porte précisément sur les berakhot, qui restent dues. La beraita, qui réfutait la première version, devient ici son appui.
Rabbi Mani a dit : celui qui lit le Chema à son heure est plus grand que celui qui étudie la Tora, car il est enseigné : celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu, il est comme un homme qui lit dans la Tora ; il en ressort que celui qui lit à son heure vaut davantage.
L'argument est une déduction de la comparaison de la michna : si le lecteur tardif équivaut à celui qui étudie, celui qui lit à l'heure lui est supérieur, accomplissant à la fois l'étude et la mitsva du Chema.
Michna. Beit Chamai disent : le soir, tout homme doit s'incliner et lire ; et le matin, il doit se tenir debout, ainsi qu'il est dit : « et quand tu te couches et quand tu te lèves » (Deut.
6, 7).
Beit Chamai lisent les mots be-chokhbekha ou-ve-koumekha comme une prescription de posture : se coucher le soir, se tenir debout le matin.
Et Beit Hillel disent : chacun lit selon sa manière, ainsi qu'il est dit : « et quand tu marches sur le chemin » (Deut. 6, 7).
Si oui, pourquoi est-il dit « et quand tu te couches et quand tu te lèves » ? À l'heure où les hommes se couchent et à l'heure où les hommes se lèvent.
Pour Beit Hillel, les deux mots fixent le moment de la lecture, non la position du corps. Le verset « et quand tu marches sur le chemin » exclut d'y voir une exigence de posture, puisqu'on y est ni couché ni debout.
Rabbi Tarfon a dit : je venais en chemin, et je me suis incliné pour lire selon les paroles de Beit Chamai, et je me suis mis en danger à cause des brigands.
Ils lui dirent : tu méritais d'en répondre sur toi-même, car tu as transgressé les paroles de Beit Hillel.
La réponse des sages traite le fait de suivre Beit Chamai comme une transgression, et non comme une rigueur louable. Le danger encouru en devient la sanction.
La guemara du folio suivant reprendra ce point et distinguera selon que l'on agit par obligation ou par hassidout.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).