Berakhot 10b — La prière de Hizkiyahou, les six actes du roi, la Chounamite et les règles de la tefila

Berakhot 10b

Sougya : Le folio poursuit la maladie de Hizkiyahou et sa prière. Il expose d'abord le mot kir (le mur) vers lequel le roi tourna sa face : les parois du cœur pour Rech Lakich, le mur de la Chounamite pour Rabbi Levi.

De là sortent le kal va-homer du roi et la liste des six actes qu'il accomplit, trois approuvés par les sages et trois désapprouvés, avec la discussion sur l'intercalation de Nissan pendant Nissan. Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yossi ben Zimra pose ensuite la règle du mérite : qui appuie sa demande sur son propre mérite est exaucé au mérite d'autrui, et inversement — Moche et Hizkiyahou en sont les deux illustrations.

Le folio développe alors l'épisode de la Chounamite : la mahloket de Rav et Chmouel sur la chambre, ce qu'elle a perçu de la sainteté d'Elicha, la permission ou le refus de tirer profit d'autrui. Viennent enfin quatre enseignements de Rabbi Yossi bar Hanina au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov sur la tefila, puis le retour à la michna : jusqu'à quelle heure le Chema, le sort des berakhot au-delà de l'heure, et la michna de Beit Chamai et Beit Hillel sur la posture de la lecture.

Le fil du folio : six unités 1. Le mur vers lequel Hizkiyahou tourne sa face Rech Lakich : les parois (kirot) de son cœur — Rabbi Levi : le mur de la Chounamite, d'où un kal va-homer le mérite invoqué : sameka gueoula la tefila (Rav) ou la mise en réserve du Livre des remèdes (Rabbi Levi) 2. Les six actes du roi Hizkiyahou trois approuvés par les sages, trois désapprouvés discussion sur le troisième désapprouvé : intercaler Nissan pendant Nissan, l'erreur sur la règle de Chmouel 3. La règle du mérite (Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yossi ben Zimra) appuyer sur son propre mérite : on répond au mérite d'autrui — et inversement Moche invoque les patriarches et est crédité ; Hizkiyahou s'invoque lui-même et est sauvé pour David 4. La Chounamite et Elicha mahloket Rav et Chmouel sur la chambre ; ce qu'elle a perçu ; la femme reconnaît les hôtes mieux que l'homme profiter du bien d'autrui : comme Elicha ou comme Chmouel de Rama 5. Quatre règles de Rabbi Yossi bar Hanina au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov accueillir un talmid 'hakham vaut les temidim — prier en un lieu bas — joindre les pieds ne pas manger avant d'avoir prié : lo tokhelou al ha-dam 6. Retour à la michna halakha comme Rabbi Yehochoua ; les berakhot au-delà de l'heure ; michna de Beit Chamai et Beit Hillel
Les six unités du folio, du mur de Hizkiyahou à la michna de Beit Chamai et Beit Hillel.
Les six actes du roi Hizkiyahou Trois actes approuvés Trois actes désapprouvés 1. Il met en réserve le Livre des remèdes Rachi : afin que les hommes demandent miséricorde c'est aussi le mérite qu'il invoque dans sa prière 1. Il bouche les eaux du Guihon Rachi : pour priver d'eau les rois d'Achour une petite source proche de Yerouchalayim 2. Il broie le serpent d'airain il était devenu objet d'avoda zara II Rois 18, 4 2. Il coupe les portes du Heikhal et les envoie au roi d'Achour II Rois 18, 16 3. Il traîne les ossements de son père Ahaz était méchant : pas d'honneur royal Rachi : ni lits d'or ni lits d'argent 3. Il intercale Nissan pendant Nissan II Chroniques 30, 2 : le Pessa'h au second mois c'est ce point que la guemara va discuter La difficulté et sa réponse Objection : ce mois-ci est Nissan et aucun autre ne l'est — le roi aurait donc transgressé la Tora Réponse : il a intercalé le 30 Adar et a rejeté le principe hoil ve-raouy énoncé plus tard par Chmouel
La beraita des six actes du roi, et la discussion sur l'intercalation de Nissan.
La chambre de la Chounamite : aliyat kir ketana II Rois 4, 10 : faisons donc une petite chambre haute à mur — deux mots à expliquer, aliyat et kir Avis A : une chambre haute un étage découvert, sans plafond Rachi : peroua, dont on avait ôté le toit ils lui ont posé une couverture Avis B : une akhsadra une grande véranda couverte qu'ils ont partagée en deux par un mur élevé au milieu Difficulté : d'où le mot kir ? Réponse : kir au sens de kirouy, la couverture qu'ils ont posée Difficulté : d'où le mot aliyat ? Réponse : aliyat au sens de meoula, la pièce la plus distinguée de la maison Ce que la Chounamite a perçu — mahloket Rav et Chmouel A : jamais une mouche ne passait sur sa table — B : le drap de lin qu'elle étendait restait sans trace Rabbi Yossi bar Hanina : lui est saint, son serviteur ne l'est pas — la suite le confirmera
La chambre aménagée pour Elicha : les deux lectures et les deux difficultés symétriques.
1
אָמַר רַבִּי חָנָן: אֲפִילּוּ בַּעַל הַחֲלוֹמוֹת אוֹמֵר לוֹ לְאָדָם לְמָחָר הוּא מֵת — אַל יִמְנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי בְרֹב חֲלֹמוֹת וַהֲבָלִים וּדְבָרִים הַרְבֵּה כִּי אֶת הָאֱ-לֹהִים יְרָא״.

Rabbi Hanan a dit : même si le maître des rêves dit à un homme que demain il mourra, qu'il ne se retienne pas de demander miséricorde, ainsi qu'il est dit : « Car dans la multitude des rêves, des vanités et des paroles nombreuses — crains plutôt D.ieu » (Ecc. 5, 6).

💡 Explication

La règle précédente portait sur l'épée posée sur le cou ; celle-ci porte sur l'annonce onirique. Le baal ha-halom désigne l'ange qui transmet un rêve véridique, ce qui rend l'annonce plus lourde qu'un songe ordinaire.

Le verset de Kohelet est lu comme un renvoi : au milieu des rêves et des paroles, ce qui demeure est la crainte du Ciel, donc la prière.

2
מִיָּד ״וַיַּסֵּב חִזְקִיָּהוּ פָּנָיו אֶל הַקִּיר וַיִּתְפַּלֵּל אֶל ה׳״.

Aussitôt : « Et Hizkiyahou tourna sa face vers le mur et pria Hachem » (Is. 38, 2).

3
מַאי ״קִיר״? אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מִקִּירוֹת לִבּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מֵעַי מֵעַי אוֹחִילָה קִירוֹת לִבִּי וְגוֹ׳״.

Que signifie « le mur » (kir) ? Rabbi Chimon ben Lakich a dit : depuis les parois (kirot) de son cœur, ainsi qu'il est dit : « Mes entrailles, mes entrailles, je me tords, les parois de mon cœur... » (Jer.

4, 19).

💡 Explication

La question porte sur un détail apparemment narratif : pourquoi le verset précise-t-il vers quoi le roi se tourne. Rech Lakich lit kir comme un indice de l'intensité de la prière, en rapprochant le mot de kirot libi chez Yirmiyahou.

4
רַבִּי לֵוִי אָמַר: עַל עִסְקֵי הַקִּיר, אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, וּמַה שׁוּנַמִּית שֶׁלֹּא עָשְׂתָה אֶלָּא קִיר אַחַת קְטַנָּה הֶחֱיֵיתָ אֶת בְּנָהּ, אֲבִי אַבָּא שֶׁחִפָּה אֶת הַהֵיכָל כֻּולּוֹ בְּכֶסֶף וּבְזָהָב עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. ״זְכָר נָא אֵת אֲשֶׁר הִתְהַלַּכְתִּי לְפָנֶיךָ בֶּאֱמֶת וּבְלֵב שָׁלֵם וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עָשִׂיתִי״.

Rabbi Levi a dit : au sujet du mur. Il dit devant Lui : Maître du monde, si la Chounamite, qui n'a fait qu'un seul petit mur, Tu as fait revivre son fils, le père de mon père qui a revêtu tout le Heikhal d'argent et d'or, à combien plus forte raison !

« Souviens-Toi donc que j'ai marché devant Toi avec vérité et d'un cœur entier, et que j'ai fait ce qui est bien à Tes yeux » (Is. 38, 3).

📜 Rachi (1)
אֲבִי אַבָּא שֶׁחִפָּה אֶת הַהֵיכָל שְׁלֹמֹה:
Chelomo.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב לֵוִי אָמַר עַל עִסְקֵי קִיר. הִנֵּה כֵּיוָן שֶׁנִּתְּנָה תֵּיבַת קִיר לְהִדָּרֵשׁ נִרְאֶה לִדְרָשָׁה בס"ד קִיר אוֹתִיּוֹת יָרָק , כִּי הָיָה חִזְקִיָּה הַמֶּלֶךְ ע"ה אוֹכֵל יָרָק בְּכָל יוֹם בִּמְקוֹם בָּשָׂר, לְכָךְ הֵסֵב פָּנָיו אֶל הַקִּיר וְהִתְפַּלֵּל עַל עַצְמוֹ, כְּדֵי שֶׁיִּזְכֹּור לוֹ הקב"ה חֲסִידוּת זוֹ שֶׁל אֲכִילַת יָרָק , שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת קִיר , וַיַּעֲנֵהוּ בִּתְפִילָּתוֹ.
« Rav Levi a dit : au sujet du mur. » Puisque le mot kir est livré à l'exégèse, il paraît, avec l'aide du Ciel, qu'on peut l'exposer ainsi : kir a les mêmes lettres que yarak (légume), car le roi Hizkiyahou, la paix soit sur lui, mangeait chaque jour des légumes à la place de viande. C'est pourquoi il tourna sa face vers le mur (kir) et pria sur lui-même, afin que le Saint béni soit-Il se souvienne en sa faveur de cette conduite de hassidout, manger des légumes, qui a les lettres de kir, et lui réponde dans sa prière.
💡 Explication

Rabbi Levi lit kir comme une allusion à un autre mur, celui que la Chounamite fit bâtir pour Elicha (II Rois 4). Le roi construit alors un kal va-homer : si un mur unique a valu la résurrection d'un enfant, le revêtement du Sanctuaire entier doit valoir davantage.

Ce raisonnement introduit deux thèmes que le folio développera : le mérite invoqué dans la prière, et l'épisode complet de la Chounamite.

5
מַאי ״וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עָשִׂיתִי״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: שֶׁסָּמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. רַבִּי לֵוִי אָמַר: שֶׁגָּנַז סֵפֶר רְפוּאוֹת.

Que signifie « et j'ai fait ce qui est bien à Tes yeux » ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il a joint la gueoula à la tefila.

Rabbi Levi a dit : il a mis en réserve le Livre des remèdes.

📜 Rachi (1)
שֶׁגָּנַז סֵפֶר רְפוּאוֹת כְּדֵי שֶׁיְּבַקְּשׁוּ רַחֲמִים:
Afin qu'ils demandent miséricorde.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁסָּמַךְ גְּאָלָהּ לִתְפִלָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁמָּצָא לוֹ עֵזֶר לִתְפִלָּתוֹ מִמִּצְוָה זוֹ טְפֵי מִשְּׁאָר מִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים, וְהוּא כִּי יָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַמְבַטֵּל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה כְּאִלּוּ מְמַעֵט אֶת הַדְּמוּת, וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הַכַּוָּנָה בָּזֶה כִּי לְמַעְלָה בְּיִחוּדִים בַּסְּפִירוֹת הַקֹּודֶשׁ סְפִירַת הַיְּסוֹד מַשְׁפַּעַת בַּמַּלְכוּת בְּחִיבּוּרָם יַחַד, וְעַל יְדֵי כֵּן נוֹלָדִים נְשָׁמוֹת, וְדֻוגְמָה לָזֹאת יֵשׁ בַּתַּחְתּוֹנִים שֶׁהָאִישׁ נוֹתֵן זֶרַע בְּאִשְׁתּוֹ בְּחִיבּוּרוֹ עִמָּהּ, וְעַל יְדֵי כֵּן נוֹלָדִים גּוּפִים בָּנִים אוֹ בָּנוֹת, וְלָכֵן כַּאֲשֶׁר יְקַייֵּם הָאָדָם מִצְוָה זוֹ שֶׁל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בְּזִוּוּגוֹ עִם אִשְׁתּוֹ לְמַטָּה, גּוֹרֵם שֶׁגַּם לְמַעְלָה יִתְחַבֵּר הַיְּסוֹד הַמַּלְכוּת וְיִהְיֶה נוֹלָד מִזֶּה נְשָׁמוֹת קְדוֹשׁוֹת, וְעַל כֵּן אִם יְבַטֵּל הָאָדָם מִצְוָה זוֹ לְמַטָּה, גּוֹרֵם שֶׁאוֹתוֹ הַחִיבּוּר שֶׁל יְסוֹד וּמַלְכוּת הַדּוֹמֶה לְדָבָר זֶה גַּם כֵּן יִתְמַעֵט, שֶׁלֹּא יִהְיֶה כָּךְ לְמַעְלָה בִּמְקוֹם אֲשֶׁר מְכֻווָּן כְּנֶגֶד שָׁרְשׁוֹ שֶׁל אוֹתוֹ אָדָם וְלָזֶה אָמַר כְּאִלּוּ מְמַעֵט אֶת הַדְּמוּת, רְצוֹנוֹ לוֹמַר הַדִּמְיוֹן שֶׁיֵּשׁ לְזוֹ הַמִּצְוָה לְמַעְלָה בַּסְּפִירוֹת הַקּוֹדֶשׁ, (וְלָזֶה אָמְרִי כִּי בְּצֶלֶם אֱ-לֹהִים עָשָׂה אֶת הָאָדָם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר עָשָׂה אֶת הָאָדָם דֻּוגְמָא לִי' סְפִירוֹת הַנִּקְרָאִים 'צֶלֶם אֱלֹקִים') וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַמִּדְרָשׁ (בְּרֵאשִׁית כה, כא) וַיֶּעְתַּר יִצְחָק לַה' לְנֹכַח אִשְׁתּוֹ, מְלַמֵּד שֶׁהִתְפַּלֵּל בְּעֹושֶׁר, וְהוּא תָּמוּהַּ, אַךְ פֵּרַשְׁתִּי עֹושֶׁר [576] הוּא מִסְפַּר יְסוֹד [80] מַלְכוּת [496] , שֶׁהִתְפַּלֵּל שֶׁיִּתְחַבֵּר יְסוֹד עִם מַלְכוּת [576] כְּדֵי לְהוֹלִיד נְשָׁמוֹת, כְּדֵי שֶׁבִּזְכוּת זֶה גַּם הוּא יַצְלִיחַ בְּזִוּוּגוֹ עִם אִשְׁתּוֹ לְהוֹלִיד בָּנִים, וְלָזֶה אָמַר לְנֹכַח אִשְׁתּוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּמָקוֹם הַמְכֻוָּון כְּנֶגֶד אִשְׁתּוֹ. וּבָזֶה יוּבָן הָעִנְיָן בְּחִזְקִיָּה הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהִזְכִּיר מִצְוָתוֹ שֶׁעָשָׂה בִּסְמִיכוּת גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה, וְהַייְנוּ כִּי יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כָּל גְּאֻולָּה הִיא בִּיסוֹד בְּסוֹד מַה שֶׁנֶּאֱמַר (רוּת ג, יג) אִם יִגְאָלֵךְ טוֹב יִגְאָל, וְכָל תְּפִילָּה הִיא בַּמַּלְכוּת, וְטָעַן חִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה הֲלֹא אָנֹכִי סָמַכְתִּי גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה, שֶׁעָשִׂיתִי חִיבּוּר יְסוֹד וּמַלְכוּת כְּדֵי לְהוֹלִיד נְשָׁמוֹת, וְאִם כֵּן בְּבִיטּוּלֵי פְּרִיָּה וּרְבִיָּה לְמַטָּה לֹא גָּרַמְתִּי בָּזֶה חִסָּרוֹן לְמַעְלָה, כִּי מַה שֶּׁרָאוּי לַעֲשׂוֹת לְמַעְלָה אָנֹכִי עָשִׂיתִי בְּלֹא פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בִּנְשָׁמוֹת.
« Il a joint la gueoula à la tefila. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il a trouvé dans cette mitsva un appui à sa prière, plutôt que dans les autres mitsvot et bonnes actions, est la suivante. On connaît ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : celui qui s'abstient de la procréation, c'est comme s'il diminuait la Figure. J'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'intention de ces mots : en haut, dans les unions des sefirot saintes, la sefira de Yessod déverse dans Malkhout lorsqu'elles s'unissent, et par là naissent des nechamot. Il y a de cela un équivalent en bas : l'homme dépose sa semence en sa femme lors de leur union, et par là naissent des corps, fils ou filles. Ainsi, lorsque l'homme accomplit en bas cette mitsva de procréation en s'unissant à sa femme, il fait qu'en haut aussi Yessod s'unisse à Malkhout et que des nechamot saintes en naissent. Et donc, si l'homme s'abstient de cette mitsva en bas, il fait que cette union de Yessod et de Malkhout, qui lui correspond, diminue elle aussi, et qu'elle n'ait pas lieu en haut à l'endroit qui correspond à la racine de cet homme. C'est pourquoi il est dit « comme s'il diminuait la Figure », c'est-à-dire la ressemblance que cette mitsva possède en haut dans les sefirot saintes. (Et c'est ce que dit le verset : à l'image de D.ieu. Il fit l'homme, c'est-à-dire qu'Il fit l'homme à la ressemblance des dix sefirot, appelées tselem Elokim.) Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, le midrach sur « Yitshak implora Hachem en face de sa femme » (Gen. 25, 21) : cela enseigne qu'il pria dans la richesse (ocher), ce qui étonne. J'ai expliqué : ocher [576] est le nombre de Yessod [80] et Malkhout [496] ; il pria pour que Yessod s'unisse à Malkhout [576] afin d'engendrer des nechamot, pour qu'en ce mérite il réussisse lui aussi dans son union avec sa femme et engendre des enfants. C'est pourquoi il est dit « en face de sa femme », c'est-à-dire à l'endroit qui correspond à sa femme. Par là se comprend l'affaire du roi Hizkiyahou, la paix soit sur lui, qui mentionna la mitsva qu'il avait accomplie en joignant la gueoula à la tefila. On connaît en effet ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie : toute gueoula est dans Yessod, selon le sod du verset « s'il te rachète, bien, qu'il rachète » (Ruth 3, 13), et toute tefila est dans Malkhout. Le roi Hizkiyahou, la paix soit sur lui, plaida donc : n'ai-je pas joint la gueoula à la tefila, opérant l'union de Yessod et de Malkhout afin d'engendrer des nechamot ? Dès lors, en m'abstenant de la procréation en bas, je n'ai causé aucun manque en haut, car ce qu'il convenait de faire en haut, je l'ai fait sans procréation, par les nechamot.
רַבִּי לֵוִי אָמַר שֶׁגָּנַז סֵפֶר רְפוּאוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁבָּא לִמְצוֹא לוֹ עֵזֶר מִדָּבָר זֶה לִתְפִילָּתוֹ, וְהוּא כִּי מַה שֶׁגָּנַז סֵפֶר רְפוּאוֹת טוֹב עָשָׂה כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לִבְנֵי אָדָם בִּטָּחוֹן בהקב"ה, אַךְ וַדַּאי לַעֲנִיֵּי הֲמוֹן הָעָם לֹא טוֹב עָשָׂה, וְלָא נִיחָא לְהוּ בְּהָכִי, וְלָכֵן אָמַר אִם לֹא יִתְרַפֵּא מֵחֹולִי זֶה וְיִחְיֶה, עַתָּה הֲמוֹן הָעָם יַחֲזִיקוּ בִּסְבָרָתָם לוֹמַר לֹא טוֹב עָשִׂיתִי בִּגְנִיזַת סֵפֶר רְפוּאוֹת, וּלְכָךְ זֶה הָיָה הָעֹונֶשׁ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה שֶׁלֹּא נִרְפָּא מֵאוֹתוֹ חֹולִי, וְלֹא הוֹעִילָה לוֹ תְּפִילָּה, לְכָךְ תְּרַפְּאֵנִי כְּדֵי שֶׁבָּזֶה אַדְּרַבָּה יִתְבָּרֵר הָאֱמֶת וְלֹא יִטְעוּ הָעוֹלָם בְּהֶפֶךְ, וּלְזֶה אָמַר (מ"ב כ, ג) וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עָשִׂיתִי, 'בְּעֵינֶיךָ' דַּייְקָא וְלֹא 'בְּעֵינֵי' הֲמוֹן הָעָם, שֶׁקָּשֶׁה לָהֶם דָּבָר זֶה, וְאִם לֹא אֶתְרַפֵּא יִהְיֶה לָהֶם פִּתְחוֹן פֶּה לוֹמַר הֵפֶךְ הָאֱמֶת. וְנִרְאֶה וַדַּאי כִּי סֵפֶר הָרְפוּאוֹת הַהוּא הָיָה בְּחָכְמַת הָעֲשָׂבִים , וְהָיָה לָהֶם זֶה מֵחָכְמָתוֹ שֶׁל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה, דְּהַיְינוּ עֵשֶׂב זֶה יוֹעִיל לָאָדָם אִם אוֹכְלוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁלֹוט בּוֹ חֹולִי הַצָּרַעַת, וְעֵשֶׂב זֶה שֶׁלֹּא יִשְׁלֹוט בּוֹ בֻּולְמוּס, וְעֵשֶׂב זֶה שֶׁלֹּא יִשְׁלֹוט בּוֹ אַסְכָּרָה וְכֵן לֹא יִשְׁלֹוט דָּבָר וְחֹולִי מקוליר"א, וְכַיּוֹצֵא מִדְּבָרִים הַמִּתְהַווִּים מֵעִפּוּשׁ הָאֲוִיר, וְלָכֵן גְּנָזוֹ כְּדֵי שֶׁיִּבְטְחוּ בָּהּ' לְהָסִיר מֵהֶם הַחוֹלְאִים, וְיִתְפַּלְלוּ אֵלָיו וְלֹא יִסְמְכוּ עַל הַטֶּבַע, אַךְ וַדַּאי נִשְׁאַר לָרוֹפְאִים דְּבָרִים לְרִפְאוּת אֶת הָאָדָם מִן חוֹלְאִים הַמִּתְהַוִּוים מַטְבֵּעַ, הֵן מֵחֲמַת אֲכִילָה אוֹ דָּבָר אַחֵר שֶׁמִּתְהַוֶּוה מֵהֶם קַדַּחַת, וְחֹולִי הָרֹאשׁ, וְהַבֶּטֶן, וְכַיּוֹצֵא בִּשְׁאָר אֵבָרִים.
« Rabbi Levi a dit : il a mis en réserve le Livre des remèdes. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que voici la raison pour laquelle il vint chercher dans cette action un appui à sa prière. Ce qu'il fit en mettant en réserve le Livre des remèdes était bien, afin que les hommes aient confiance dans le Saint béni soit-Il ; mais assurément, aux yeux des pauvres gens du peuple, il n'avait pas bien agi, et cela ne leur convenait pas. C'est pourquoi il dit : si je ne guérissais pas de cette maladie et ne vivais pas, le peuple s'affermirait dans son opinion et dirait que je n'ai pas bien agi en mettant en réserve le Livre des remèdes ; et ce serait là un châtiment mesure pour mesure, de ne pas guérir de cette maladie et que ma prière ne serve de rien. Donc, guéris-moi, afin qu'au contraire la vérité se manifeste et que le monde ne se trompe pas dans le sens inverse. C'est pourquoi il dit « et j'ai fait ce qui est bien à Tes yeux » (II Rois 20, 3) : « à Tes yeux » précisément, et non aux yeux du peuple, à qui cette affaire pesait ; et si je ne guérissais pas, ils auraient matière à dire le contraire de la vérité. Il paraît certain que ce Livre des remèdes relevait de la science des herbes, qu'ils tenaient de la sagesse du roi Chelomo, la paix soit sur lui : telle herbe est utile à l'homme qui la mange pour que la maladie de la tsaraat n'ait pas prise sur lui, telle autre pour que la boulimie n'ait pas prise sur lui, telle autre pour que l'askara n'ait pas prise sur lui, et de même pour que la peste, le choléra et les maux semblables, qui proviennent de la corruption de l'air, n'aient pas prise. Il le mit donc en réserve afin qu'ils aient confiance en Hachem pour écarter d'eux les maladies et qu'ils Le prient, sans s'appuyer sur la nature. Mais il est certain qu'il resta aux médecins de quoi guérir l'homme des maladies qui proviennent de la nature, que ce soit du fait de l'alimentation ou d'autre chose d'où naissent la fièvre, les maux de tête, les maux de ventre et les maux des autres organes.
💡 Explication

Le roi a invoqué un mérite précis. Deux identifications sont proposées : samakh gueoula la-tefila, joindre la bénédiction de la délivrance à la amida sans interruption, et la mise en réserve (guenizah) du Livre des remèdes.

La seconde réponse ouvre la beraita des six actes qui suit immédiatement.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁשָּׁה דְּבָרִים עָשָׂה חִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ, עַל שְׁלֹשָׁה הוֹדוּ לוֹ, וְעַל שְׁלֹשָׁה לֹא הוֹדוּ לוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : six choses à faites le roi Hizkiyahou ; sur trois on lui a donné raison, et sur trois on ne lui a pas donné raison.

7
עַל שְׁלֹשָׁה הוֹדוּ לוֹ: גָּנַז סֵפֶר רְפוּאוֹת — וְהוֹדוּ לוֹ. כַּתֵּת נְחַשׁ הַנְּחֹשֶׁת — וְהוֹדוּ לוֹ. גֵּירַר עַצְמוֹת אָבִיו עַל מִטָּה שֶׁל חֲבָלִים — וְהוֹדוּ לוֹ.

Sur trois on lui a donné raison : il a mis en réserve le Livre des remèdes — et on lui a donné raison ; il a broyé le serpent d'airain — et on lui a donné raison ; il a trainé les ossements de son père sur un lit de cordes — et on lui a donné raison.

📜 Rachi (1)
גֵּירַר עַצְמוֹת אָבִיו לְפִי שֶׁהָיָה רָשָׁע בִּזָּהוּ וְלֹא נָהַג בּוֹ כָּבוֹד בִּקְבוּרָתוֹ לְהוֹצִיאוֹ כַּהֹוגֶן בְּמִטּוֹת זָהָב וָכֶסֶף:
Parce qu'il était méchant, il le méprisa et ne lui rendit pas honneur dans sa sépulture, en le faisant sortir comme il convient sur des lits d'or et d'argent.
8
וְעַל שְׁלֹשָׁה לֹא הוֹדוּ לוֹ: סָתַם מֵי גִּיחוֹן — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ. קִצֵּץ דַּלְתוֹת הֵיכָל וְשִׁגְּרָם לְמֶלֶךְ אַשּׁוּר — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ. עָבַר נִיסָן בְּנִיסָן — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ.

Et sur trois on ne lui a pas donné raison : il a bouche les eaux du Guihon — et on ne lui a pas donné raison ; il a coupé les portes du Heikhal et les a envoyées au roi d'Achour — et on ne lui a pas donné raison ; il a intercalé Nissan pendant Nissan — et on ne lui a pas donné raison.

📜 Rachi (2)
סְתָם מֵי גִּיחוֹן מֵי שָׁלוּחַ בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (ב לב) וְלָמָּה כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבֹאוּ מַלְכֵי אַשּׁוּר וְיִמְצְאוּ מַיִם לִשְׁתּוֹת וְלֹא זֶהוּ גִּיחוֹן הַנָּהָר הַגָּדוֹל דְּהַהוּא לָאו בא"י הוּא אֶלָּא מַעְיָן קָטָן הוּא סָמוּךְ לִירוּשָׁלַיִם שֶׁנֶּאֱמַר וְהוֹרַדְתֶּם אֹותוֹ אֶל גִּיחוֹן (מְלָכִים א א׳:ל״ג) וּמְתַרְגְּמִינַן וְתַחֲתוּן יָתֵיהּ לְשִׁילוֹחָא:
Les eaux de Chiloah, dans Chroniques (II, 32). Et pourquoi ? Afin que les rois d'Achour ne viennent pas et ne trouvent pas d'eau à boire. Il ne s'agit pas du Guihon, le grand fleuve, lequel ne se trouve pas en Erets Israël ; il s'agit d'une petite source proche de Yerouchalayim, ainsi qu'il est dit « et vous le ferez descendre vers le Guihon » (I Rois 1, 33), que le Targoum rend par « et vous le ferez descendre vers Chiloha ».
עָבַר נִיסָן בְּנִיסָן קס"ד מִשֶּׁנִּתְקַדֵּשׁ הַחֹדֶשׁ לְשֵׁם נִיסָן נִמְלַךְ לְעַבֵּר אֶת הַשָּׁנָה וַעֲשָׂאוֹ אֲדָר כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (ב ל) וַיִּוָּעַץ הַמֶּלֶךְ (חִזְקִיָּהוּ) לַעֲשׂוֹת הַפֶּסַח בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי:
On aurait pu penser qu'après que le mois eut été sanctifié sous le nom de Nissan, il décida d'intercaler l'année et en fit un Adar, comme il est dit dans Chroniques (II, 30) : « et le roi (Hizkiyahou) tint conseil pour faire le Pessa'h au second mois ».
9
וּמִי לֵית לֵיהּ לְחִזְקִיָּהוּ, ״הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם רֹאשׁ חֳדָשִׁים״: זֶה נִיסָן וְאֵין אַחֵר נִיסָן?!

Hizkiyahou ne tenait-il donc pas : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois » (Ex. 12, 2), c'est-à-dire celui-là est Nissan et aucun autre n'est Nissan ?!

💡 Explication

L'objection est de fond : intercaler un mois pendant Nissan reviendrait à créer un second Nissan, ce que le verset exclut. Le problème ne porte plus sur la sagesse de la décision, mais sur sa validité au regard de la Tora.

10
אֶלָּא, טְעָה בְּדִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר שְׁמוּאֵל, אֵין מְעַבְּרִין אֶת הַשָּׁנָה בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים שֶׁל אֲדָר, הוֹאִיל וְרָאוּי לְקָובְעוֹ נִיסָן. סָבַר: ״הוֹאִיל וְרָאוּי״ — לָא אָמְרִינַן.

Plutôt, il s'est trompé sur ce qu'enseigne Chmouel. Car Chmouel a dit : on n'intercale pas l'année le trentième jour d'Adar, puisqu'il est apte à être fixé comme Nissan.

Et lui tenait : « puisqu'il est apte », nous ne le disons pas.

📜 Rachi (1)
בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים שֶׁל אֲדָר ואע"פ שֶׁלֹּא נִתְקַדֵּשׁ הַחֹדֶשׁ שֶׁעֲדַיִין לֹא בָּאוּ עֵדִים:
Et bien que le mois n'ait pas encore été sanctifié, car les témoins ne sont pas encore venus.
💡 Explication

La réponse déplace la scène : l'intercalation eut lieu le 30 Adar, donc encore en Adar. Le mois nouveau se fixait sur le témoignage des témoins venus le trentième jour ; ce jour reste donc apte à devenir le 1er Nissan.

Le principe en jeu est hoil ve-raouy : une aptitude non encore réalisée compte-t-elle déjà comme un fait ? Chmouel répond oui, le roi tenait que non.

11
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִמְרָא: כָּל הַתּוֹלֶה בִּזְכוּת עַצְמוֹ — תּוֹלִין לוֹ בִּזְכוּת אֲחֵרִים. וְכָל הַתּוֹלֶה בִּזְכוּת אֲחֵרִים — תּוֹלִין לוֹ בִּזְכוּת עַצְמוֹ.

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : quiconque suspend sa demande à son propre mérite, on la lui accorde au mérite d'autrui ; et quiconque la suspend au mérite d'autrui, on la lui accorde à son propre mérite.

📜 Rachi (1)
הַתּוֹלֶה בִּזְכוּת עַצְמוֹ שֶׁאוֹמֵר בִּתְפִלָּתוֹ עֲשֵׂה לִי בִּזְכוּתִי כְּגוֹן חִזְקִיָּהוּ שֶׁאָמַר זְכָר נָא אֵת אֲשֶׁר הִתְהַלַּכְתִּי לְפָנֶיךָ וְגוֹ':
Celui qui dit dans sa prière : agis pour moi en vertu de mon mérite, comme Hizkiyahou qui a dit « Souviens-Toi donc que j'ai marché devant Toi », etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַתּוֹלֶה בִּזְכוּת עַצְמוֹ תּוֹלִין לוֹ בִּזְכוּת אֲחֵרִים. קַשָּׁא, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כֹּל הַמְבַקֵּשׁ, וּמֶה עִנְיָן לְשׁוֹן תּוֹלֶה דְּנָקֵיט בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ כָּל תְּפִילָּה שֶׁיִּתְפַּלֵּל הָאָדָם עַל אֵיזֶה צָרָה, מַעֲלֶה בָּהּ נִיצוֹץ קָדוֹשׁ מִן הַקְּלִיפָּה לְשָׁרְשׁוֹ לְמַעְלָה, וּכְנֶגֶד זֶה נִמְשָׁךְ לוֹ שֶׁפַע מִלְמַעְלָה לְמַטָּה לַעֲשׂוֹת בַּקָּשָׁתוֹ, וְהָעוֹלָה הוּא בְּסוֹד מ"ן, וְהַיּוֹרֵד הוּא בְּסוֹד מ"ד, אַךְ זֶה הַנִּיצוֹץ שֶׁעוֹלֶה עַתָּה בִּתְפִילָּה מִן הַקְּלִיפָּה הוּא חָלוּשׁ, וְצָרִיךְ לוֹ סַעַד נִיצוֹץ אַחֵר שֶׁכְּבָר עָלָה שֶׁיִּצְטָרֵף עִמּוֹ בַּעֲלִיָּיתוֹ עַתָּה, וְיִהְיֶה זֶה הַנִּיצוֹץ שֶׁעוֹלֶה עַתָּה מִן הַקְּלִיפָּה נִתְלֶה בְּאוֹתוֹ נִיצוֹץ שֶׁכְּבָר עָלָה וְנִתְקַן, אָמְנָם יֵשׁ שֶׁהוּא רַב כּוֹחוֹ, שֶׁאוֹתוֹ הַנִּיצוֹץ הַבָּא לַעְזֹור אֶת זֶה הוּא מִשֶּׁלּוֹ מִמַּה שֶׁהֶעֱלָה קֹודֶם, וְיֵשׁ אֵין לוֹ נִיצוֹץ חָזָק מִשֶּׁלּוֹ שֶׁיּוּכַל לִתְלוֹת בּוֹ, אֶלָּא בָּא לוֹ נִיצוֹץ מִצַּדִּיקִים אֲחֵרִים, וְלָזֶה אָמַר כָּל הַתּוֹלֶה בִּזְכוּת עַצְמוֹ וְכוּ', וַהֲרֵי הוּא כַּמְבֹואָר, וְזֶה הָעִנְיָן הוּא דּוֹמֶה מַמָּשׁ לְבַעֲלֵי הַסְּפִינוֹת בְּלֵב יָם, שֶׁתּוֹלִין סְפִינָה פְּשׁוּטָה בִּסְפִינָה שֶׁל אֵשׁ וְהוֹלֶכֶת עִמָּהּ בְּיַחַד, וּלְכָךְ אֲנַחְנוּ מִתְפַּלְּלִין עֲשֵׂה לְמַעַן צַדִּיק פ' וּפ', וְהַיְינוּ שֶׁבָּזֶה יִהְיֶה לָנוּ עֵזֶר מֵהֶם לִסְמֹוךְ נִיצוֹצוֹת הַחַלָּשִׁים שֶׁלָּנוּ.
« Quiconque suspend à son propre mérite, on lui accorde au mérite d'autrui. » Difficulté : il aurait fallu dire « quiconque demande » ; que vient faire ici le verbe suspendre (tole) ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'on sait que toute prière que l'homme adresse au sujet d'une détresse fait monter une étincelle sainte hors de la kelipa vers sa racine en haut, et qu'en regard de cela un flux descend d'en haut vers le bas pour accomplir sa demande. Ce qui monte relève du sod des mayin noukvin, ce qui descend du sod des mayin doukhrin. Or cette étincelle qui monte maintenant par la prière hors de la kelipa est faible, et il lui faut l'appui d'une autre étincelle déjà montée, qui se joigne à elle dans sa montée présente ; l'étincelle qui monte maintenant hors de la kelipa se trouve alors suspendue à cette étincelle déjà montée et réparée. Il en est dont la force est grande : l'étincelle qui vient au secours de celle-ci est la sienne propre, d'une montée antérieure. Et il en est qui n'ont pas d'étincelle forte à eux à laquelle se suspendre, et une étincelle leur vient d'autres justes. C'est ce qui est dit : quiconque suspend à son propre mérite, etc., et la chose est claire. Cela ressemble exactement aux maîtres des navires en pleine mer, qui attachent un simple bateau à un navire à feu et avancent avec lui. C'est pourquoi nous prions « agis en faveur d'un tel et d'un tel, justes » : par là nous recevons d'eux un secours pour soutenir nos étincelles faibles.
💡 Explication

La règle naît de la formule du roi, « souviens-Toi que j'ai marché devant Toi ». Le verbe tole, suspendre, indique l'appui sur lequel la demande repose.

Le renversement est systématique : celui qui s'appuie sur lui-même est exaucé pour d'autres, celui qui s'efface est exaucé pour lui-même.

🖼️ Schéma
Sur quel mérite la demande est-elle suspendue Il invoque son propre mérite Hizkiyahou : souviens-Toi que j'ai marché Il invoque le mérite d'autrui Moche : souviens-Toi d'Avraham, Yitshak On lui répond à son propre mérite Moche, Mon élu, se tint sur la brèche Ps. 106, 23 On lui répond au mérite d'autrui pour Moi et pour David Mon serviteur II Rois 19, 34 Conséquence relevée par Rabbi Yehochoua ben Levi même l'annonce de la paix fut amère pour le roi : son mérite propre n'avait pas été retenu
Le renversement des mérites, illustré par Moche et par Hizkiyahou.
12
מֹשֶׁה תָּלָה בִּזְכוּת אֲחֵרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ״. תָּלוּ לוֹ בִּזְכוּת עַצְמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר לְהַשְׁמִידָם לוּלֵי מֹשֶׁה בְחִירוֹ עָמַד בַּפֶּרֶץ לְפָנָיו לְהָשִׁיב חֲמָתוֹ מֵהַשְׁחִית״.

Moche a suspendu sa demande au mérite d'autrui, ainsi qu'il est dit : « Souviens-Toi d'Avraham, de Yitshak et d'Israël, Tes serviteurs » (Ex. 32, 13).

On la lui a accordée à son propre mérite, ainsi qu'il est dit : « Il dit de les détruire, si Moche, Son élu, ne s'était tenu sur la brèche devant Lui pour détourner Sa fureur de détruire » (Ps. 106, 23).

13
חִזְקִיָּהוּ תָּלָה בִּזְכוּת עַצְמוֹ, דִּכְתִיב: ״זְכָר נָא אֵת אֲשֶׁר הִתְהַלַּכְתִּי לְפָנֶיךָ״, תָּלוּ לוֹ בִּזְכוּת אֲחֵרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְגַנּוֹתִי אֶל הָעִיר הַזֹּאת לְהוֹשִׁיעָהּ לְמַעֲנִי וּלְמַעַן דָּוִד עַבְדִּי״. וְהַייְנוּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי דִכְתִיב ״הִנֵּה לְשָׁלוֹם מַר לִי מָר״ — אֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁשִּׁיגֵּר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שָׁלוֹם, מַר הוּא לוֹ.

Hizkiyahou a suspendu sa demande à son propre mérite, ainsi qu'il est écrit : « Souviens-Toi donc que j'ai marché devant Toi » (Is. 38, 3) ; on la lui a accordée au mérite d'autrui, ainsi qu'il est dit : « Je protégerai cette ville pour la sauver, pour Moi et pour David Mon serviteur » (II Rois 19, 34).

Et c'est là ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit, « voici, pour la paix j'ai eu grande amertume » (Is.

38, 17) ? Même à l'heure où le Saint béni soit-Il lui envoya la paix, ce fut amer pour lui.

💡 Explication

Le folio ferme la boucle : le roi obtient la guérison, mais le verset qui l'annonce mentionne David et non lui. Rabbi Yehochoua ben Levi lit l'amertume de Is. 38, 17 comme la trace de ce déplacement du mérite.

14
״נַעֲשֶׂה נָּא עֲלִיַּת קִיר קְטַנָּה״.

« Faisons donc une petite chambre haute à mur » (II Rois 4, 10).

15
רַב וּשְׁמוּאֵל, חַד אָמַר: עֲלִיָּיה פְּרוּעָה הָיְתָה, וְקֵירוּהָ. וְחַד אָמַר: אַכְסַדְרָה גְּדוֹלָה הָיְתָה וְחִלְּקוּהָ לִשְׁנַיִם.

Rav et Chmouel : l'un dit que c'était une chambre haute découverte, et ils la couvrirent d'un toit ; et l'autre dit que c'était une grande akhsadra, et ils la partagèrent en deux.

📜 Rachi (1)
פְּרוּעָה מְגֻולֶּה שֶׁנִּיטְּלָה תִּקְרָה שֶׁלָּהּ:
Découverte : à ciel ouvert, dont le plafond avait été ôté.
💡 Explication

Le verset accole deux mots, aliyat (chambre haute) et kir (mur). Chaque avis retient l'un des deux au sens propre et devra rendre compte de l'autre — c'est là structure des quatre répliques qui suivent.

16
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר אַכְסַדְרָה, הַיְינוּ דִּכְתִיב ״קִיר״ אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר עֲלִיָּיה, מַאי ״קִיר״?

Soit, selon celui qui dit une akhsadra, on comprend que le mot « mur » (kir) soit écrit ; mais selon celui qui dit une chambre haute, que signifie « mur » ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּשְׁלָמָא לְמ"ד אַכְסַדְרָא. קַשָּׁא, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בִּשְׁלָמָא לְמ"ד עָלֶיהָ בְּרֵישָׁא, כֵּיוָן דְּהָעֲלִיָּה כְּתִיבָה בְּרֵישָׁא דִּקְרָא, וְנִרְאֶה לִי בס"ד, דמ"ד אַכְסַדְרָא הִזְכִּיר סְבָרָתוֹ וְדַעְתּוֹ אַחַר שֶׁכְּבָר אָמַר חֲבֵירוֹ סְבָרָתוֹ שֶׁהִיא הָעֲלִיָּה, וְלָכֵן קֹודֶם כֹּל דָּבָר צְרִיכִין אֲנַחְנוּ לְהָבִין טַעְמוֹ מֶה רָאָה לַחֲלֹוק בְּרַם קָשֶׁה, כֵּיוָן דְּהַפָּסוּק דִּיֵּיק כְּמַר וְדִייֵּק כְּמַר בְּמַאי פְּלִיגִי שֶׁכָּל אֶחָד נִרְאֶה לוֹ דִּיּוּקוֹ עִיקָּר. וְנִרְאֶה בס"ד דִּפְלִיגִי בְּמַה שֶׁאָמְרָה הִנֵּה נָא יָדַעְתִּי, דְּצָרִיךְ לָדַעַת מֶה רָאֲתָה דָּבָר שֶׁיָּדְעָה מִמֶּנּוּ כָּךְ, וְעַל זֹאת מַר סָבַר רָאֲתָה חִידּוּשׁ שֶׁהִיא אֵינָהּ יְכוֹלָה לְהִסְתַּכֵּל בְּפָנָיו, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כָּל אִשָּׁה שֶׁהָיְתָה מִסְתַּכֶּלֶת בְּפָנָיו הַרְבֵּה תָּמוּת, וְהִיא כְּשֶׁבָּא לְבֵיתָהּ הִרְגִּישָׁה בְּעַצְמָהּ כְּשֶׁהָיְתָה מַתְחֶלֶת לְהִסְתַּכֵּל בּוֹ מְעַט הָיוּ עֵינֶיהָ כֵּהוֹת קְצָת, וּמִזֶּה הֵבִינָה שֶׁהוּא קָדוֹשׁ, וּלְכָךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּסְתַּכֵּל בּוֹ לְפִי תֻּומָּהּ וְתִנָּזֵק, הִתְחַכְּמָה לַעֲשׂוֹת לוֹ עֲלִיַּית קִיר קְטַנָּה לְשִׁבְתּוֹ, וְהַייְנוּ שֶׁהָיָה לָהֶם אַכְסַדְרָה גְּדוֹלָה לְאֹורֶךְ הַבַּיִת וְחֶלְקָתָם לִשְׁנַיִם עַל יְדֵי קִיר, וּמְקוֹם הַנָּבִיא נַעֲשֶׂה בְּסוֹף הָאַכְסַנְדָּרָה רָחוֹק מֵהֶם כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁגֶּה לְהִסְתַּכֵּל בַּנָּבִיא, וּמַר סָבַר מ"ש הִנֵּה נָא יָדַעְתִּי הוּא כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקֹּודֶשׁ שֶׁהָיְתָה מְרִיחָה עַל מִטָּתוֹ רֵיחַ טוֹב, לְכָךְ לָא נִיחָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ שֶׁעָשְׂתָה לוֹ מָקוֹם כְּדֵי לְהִתְרַחֵק מִמֶּנּוּ, אֶלָּא אַדְּרַבָּה עָשְׂתָה לוֹ מָקוֹם שֶׁיִּהְיֶה קָרוֹב לָהֶם, כְּדֵי שֶׁיֵּהָנוּ מֵרֵיחַ קְדֻושָּׁתוֹ וְטָהֳרָתוֹ, וּלְכָךְ ס"ל עָלֶיהָ פְּרוּעָה הָיְתָה סְמוּכָה לְחַדְרָם וְקֵירוּהָ כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה מְקוֹם הַנָּבִיא סְמוּכָה לְחַדְרָם וְיֵהָנוּ מֵרֵיחוֹ הַטּוֹב. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מ"ש עֲלִיָּה פְּרוּעָה הָיְתָה וְקֵירוּהָ תֵּיבַת וְקֵירוּהָ מִסֵּדֶר הַשַּׁ"ס קָאָמַר לָהּ, דְּאִם רַב בְּעַצְמוֹ אָמַר וְקֵירוּהָ, קַשָּׁא, מַאי מַקְשֶׁה מַאי קִיר, וּמְשַׁנֵּי שֶׁקֵּירוּהָ, וַהֲלֹא רַב אָמַר כֵּן בְּפֵירוּשׁ, אֶלָּא מְסַדֵּר הַשַּׁ"ס הוֹסִיף תֵּיבָה זוֹ כְּפִי מַה שֶׁהֶעֱלָה הַתָּרְצָן אַחַר כָּךְ.
« Soit, selon celui qui dit une akhsadra. » Difficulté : il aurait fallu commencer par « soit, selon celui qui dit une chambre haute », puisque la chambre haute est écrite en premier dans le verset. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que celui qui dit une akhsadra a énoncé son avis après que son compagnon eut déjà énoncé le sien, celui de la chambre haute ; c'est pourquoi il nous faut d'abord comprendre sa raison, ce qui l'a conduit à diverger. Mais il reste une difficulté : puisque le verset se laisse lire avec précision selon l'un et selon l'autre, sur quoi divergent-ils, chacun tenant sa lecture pour la principale ? Il paraît, avec l'aide du Ciel, qu'ils divergent sur ce qu'elle a dit, « voici, je sais maintenant » : il faut savoir ce qu'elle a vu, d'où elle l'a su. Là-dessus, l'un tient qu'elle vit une chose nouvelle, à savoir qu'elle ne pouvait pas le regarder en face, selon ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : toute femme qui le regardait longuement en face mourait ; et lorsqu'il vint chez elle, elle sentit d'elle-même qu'en commençant à le regarder un peu ses yeux s'obscurcissaient quelque peu, et elle comprit par là qu'il était saint. Aussi, pour ne pas le regarder par mégarde et en subir un dommage, elle usa de sagesse en lui faisant une petite chambre haute à mur pour son séjour : ils avaient une grande akhsadra sur la longueur de la maison, et elle la partagea en deux par un mur, la place du prophète étant aménagée au fond de l'akhsadra, loin d'eux, afin qu'elle ne se trompe pas à regarder le prophète. L'autre tient que « voici, je sais maintenant » correspond à ce qui est dit dans le saint Zohar : elle sentait sur son lit une bonne odeur. Il ne lui convenait donc pas d'expliquer qu'elle lui fit une place pour s'éloigner de lui ; au contraire, elle lui fit une place proche d'eux, afin qu'ils jouissent de l'odeur de sa sainteté et de sa pureté. C'est pourquoi il tient que la chambre haute était découverte, voisine de leur chambre, et qu'ils la couvrirent d'un toit, afin que la place du prophète soit proche de leur chambre et qu'ils jouissent de sa bonne odeur. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, que dans « la chambre haute était découverte et ils la couvrirent », le mot « et ils la couvrirent » est dit par le rédacteur du Talmud ; car si Rav lui-même avait dit « et ils la couvrirent », il serait difficile de demander « que signifie kir ? » et de répondre « qu'ils la couvrirent », puisque Rav l'aurait dit explicitement. Le rédacteur du Talmud a donc ajouté ce mot conformément à ce que le répondant a établi par la suite.
17
שֶׁקֵּירוּהָ.

Qu'ils la couvrirent d'un toit (kirouy).

18
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר עֲלִיָּיה, הַייְנוּ דִּכְתִיב ״עֲלִיַּית״. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אַכְסַדְרָה, מַאי ״עֲלִיַּית״?

Soit, selon celui qui dit une chambre haute, on comprend que le mot « chambre haute » (aliyat) soit écrit ; mais selon celui qui dit une akhsadra, que signifie « chambre haute » ?

19
״מְעֻולָּה״ שֶׁבַּבָּתִּים.

La plus distinguée (meoula) des pièces.

💡 Explication

Les deux difficultés sont symétriques et reçoivent chacune une réponse par dérivation lexicale : kir lu comme kirouy, couverture, et aliyat lu comme meoula, ce qui est supérieur. Chaque avis garde ainsi le verset entier.

20
״וְנָשִׂים לוֹ שָׁם מִטָּה וְשֻׁלְחָן וְכִסֵּא וּמְנוֹרָה״.

« Et nous placerons pour lui là un lit, une table, un siège et un lampadaire » (II Rois 4, 10).

21
אָמַר אַבַּיֵּי, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִצְחָק: הָרוֹצֶה לֵהָנוֹת — יֵהָנֶה, כֶּאֱלִישָׁע. וְשֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לֵהָנוֹת — אַל יֵהָנֶה, כִּשְׁמוּאֵל הָרָמָתִי. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּתְשֻׁובָתוֹ הָרָמָתָה כִּי שָׁם בֵּיתוֹ״, וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁכָּל מָקוֹם שֶׁהָלַךְ שָׁם — בֵּיתוֹ עִמּוֹ.

Abaye a dit, et certains disent Rabbi Yitshak : celui qui veut profiter du bien d'autrui, qu'il en profite, comme Elicha ; et celui qui ne veut pas en profiter, qu'il n'en profite pas, comme Chmouel de Rama, ainsi qu'il est dit : « et son retour était à Rama, car là était sa maison » (I Sam. 7, 17), et Rabbi Yo'hanan a dit : partout où il allait, sa maison était avec lui.

📜 Rachi (7)
הָרוֹצֶה לֵהָנוֹת מִשֶּׁל אֲחֵרִים:
Du bien d'autrui.
יֵהָנֶה וְאֵין אִיסּוּר בַּדָּבָר:
Qu'il en profite : il n'y a en cela aucun interdit.
כֶּאֱלִישָׁע כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בֶּאֱלִישָׁע שֶׁנֶּהֱנָה:
Comme Elicha : ainsi que nous le trouvons chez Elicha, qui en profita.
וְהָרוֹצֶה שֶׁלֹּא לֵהָנוֹת מִשֶּׁל אֲחֵרִים:
Du bien d'autrui.
אַל יֵהָנֶה וְאֵין בַּדָּבָר לֹא מִשּׁוּם גַּסּוּת רוּחַ וְלֹא מִשּׁוּם שִׂנְאָה:
Qu'il n'en profite pas : il n'y a en cela ni orgueil ni haine.
כִּשְׁמוּאֵל הָרָמָתִי כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בִּשְׁמוּאֵל הָרָמָתִי שֶׁלֹּא רָצָה לֵהָנוֹת:
Comme Chmouel de Rama : ainsi que nous le trouvons chez Chmouel de Rama, qui ne voulut pas en profiter.
כִּי שֵׁם בֵּיתוֹ לְעֵיל מִינֵּיהּ כְּתִיב וְהָיָה מִדֵּי שָׁנָה בְּשָׁנָה וְסָבַב בֵּית אֵל וְהַמִּצְפָּה וְשָׁפַט אֶת יִשְׂרָאֵל וּסְמִיךְ לֵיהּ וּתְשֻׁובָתוֹ הָרָמָתָה כִּי שָׁם בֵּיתוֹ וְכִי אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁשָּׁם בֵּיתוֹ אֶלָּא אַכֻּולְּהוּ מְקוֹמוֹת דִּקְרָא דִּלְעֵיל מִינֵּיהּ קָאֵי שֶׁכָּל מָקוֹם שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ שָׁם הָיָה נוֹשֵׂא כָּל כְּלֵי תַּשְׁמִישֵׁי בַּיִת עִמּוֹ וְאֹהֶל חֲנִיָּיתוֹ שֶׁלֹּא לֵהָנוֹת מִן אֲחֵרִים:
Plus haut il est écrit : « et il allait chaque année, et faisait le tour de Beit-El et de la Mitspa, et jugeait Israël », et à la suite : « et son retour était à Rama, car là était sa maison ». Ne sais-je donc pas que sa maison était là ? Cela se rapporte plutôt à tous les lieux mentionnés dans le verset qui précède : partout où il allait, il portait avec lui tous les ustensiles domestiques et sa tente de campement, afin de ne pas profiter du bien d'autrui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָרוֹצֶה לֵהָנוֹת יֵהָנֶה כֶּאֱלִישָׁע. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת חֲדָא, לָמָּה הִנִּיחַ דָּבָר זֶה עַל פָּסוּק וְנָשִׂים לוֹ שָׁם מִטָּה וְשֻׁלְחָן וְכוּ', וְלֹא עַל תְּחִלַּת הַפָּסוּק נַעֲשֶׂה נָּא עֲלִיַּת קִיר? וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת קֻושְׁיַת מָהַרְשָׁ"א, דְּמָצִינוּ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת הִרְחִיקוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל הֲנָאָה מֵאֲחֵרִים, וְסָמְכוּ אַקְּרָא דְּשׂוֹנֵא מַתָּנוֹת יִחְיֶה, עַיֵּין שָׁם, וְעוֹד י"ל וַהֲלֹא שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה הָיָה קֹודֶם, וְלָמָּה לֹא לָמַד אֱלִישָׁע מִדָּה זוֹ מִמֶּנּוּ לְבִלְתִּי יֵהָנֶה מֵאֲחֵרִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב אֹהֶל יַעֲקֹב זַ"ל בְּפָרָשַׁת וַיִּגַּשׁ עַל מַאֲמָר הַמְצַפֶּה לְשֻׁולְחַן אֲחֵרִים עוֹלָם חָשַׁךְ בַּעֲדוֹ, כִּי הַסּוֹעֵד עַל שֻׁולְחַן זוּלָתוֹ לִפְעָמִים יַרְבֶּה כְּבוֹדוֹ, וְלִפְעָמִים יָרִים קְלוֹנוֹ, וְהַדָּבָר תָּלוּי בָּזֶה, שֶׁאִם בַּעַל הַבַּיִת מְהַדֵּר אַחַר הָאוֹרֵחַ לְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ לֵאמֹר כְּבֵדֵנִי נָא וּסְעוֹד אֶצְלִי, הִנֵּה בָּזֶה יָפִיק כְּבוֹד הָאוֹרֵחַ, וְעַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבִּי זֵירָא כִּי הֲוָה מְזַמְּנִין לֵיהּ הֲוָה אָזֵיל אָמַר אִתְיַקּוֹרֵי הוּא דְּמִתְייַקְּרִין בֵּי, אֲבָל אִם הָאוֹרֵחַ עֵינָיו נְשׂוּאוֹת וּמְצַפּוֹת שֶׁיַּזְמִינוּ בַּעַל הַבַּיִת עַל שֻׁולְחָנוֹ, עָלָיו הִמְלִיצוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַמְצַפֶּה עַל שֻׁולְחַן אֲחֵרִים עֶלֶם חָשַׁךְ בַּעֲדוֹ, וְכָתַב עוֹד שָׁם אִם רָאִיתָ אוֹרֵחַ עַל שֻׁולְחַן בַּעַל הַבַּיִת, בַּמֶּה יִתְווַדֵּעַ לְךָ אִם זֶה הָאוֹרֵחַ מִן הַמְצַפִּים לַשֻּׁולְחָן אֲחֵרִים, אוֹ אִם הָיָה בעה"ב מְצַפֶּה אֵלָיו שֶׁיֹּאכַל עַל שֻׁולְחָנוֹ דְּמִתְייַקֵּר בּוֹ, הִנֵּה אִם רָאִיתָ שֶׁהֵבִיא בַּעַל הַבַּיִת לָאוֹרֵחַ מִינִים יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁצָּרִיךְ לְשָׂבְעוּ, זֶה הַמִּבְחָן שֶׁבַּעַל הַבַּיִת שָׂמֵחַ בּוֹ וְאֵינוֹ עָלָיו לְמַשָּׂא, אֲבָל אִם רָאִיתָ שֶׁלֹּא הֵבִיא, אֶלָּא רַק לְשֶׁבַע נַפְשׁוֹ וְלֹא בְּוַותְרָנוּת, אַף עַל פִּי שֶׁאַתָּה יוֹדֵעַ שֶׁיֵּשׁ לְאֵל יָדוֹ לְהָבִיא בְּשֶׁפַע, שֶׁמָּצוּי בְּבֵיתוֹ כָּל דָּבָר, מִזֶּה נִרְאֶה כִּי לְמַשָּׂא הָאוֹרֵחַ הַזֶּה בְּעֵינֵי בַּעַל הַבַּיִת, עַד כָּאן עַייֵּן שָׁם. וּלְפִי זֶה אֲנַחְנוּ לוֹמְדִין אַף עַל פִּי שֶׁהִרְחִיקוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל הֲנָאָה מֵאֲחֵרִים, אֵין דָּבָר זֶה שָׁוֶה בְּכָל אָדָם, שֶׁאִם הָאָדָם הוּא נִכְבָּד וְחָשׁוּב מְאֹד שֶׁאִם יָבֹא אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת וְיֹאכַל עַל שֻׁולְחָנוֹ, מִתְייַקֵּר בַּעַל הַבַּיִת בּוֹ, הֲרֵי זֶה יֵהָנֶה וְיֹאכַל, כִּי אַדְּרַבָּה חֲשִׁיב הוּא מְהַנֶּה אֶת בַּעַל הַבַּיִת, וכמ"ש בְּדִינֵי קִדּוּשִׁין, נָתְנָה הִיא וְאָמַר הוּא מְקֻודֶּשֶׁת, אִם הוּא אָדָם דַּחֲשִׁיב בִּלְקִיחָתוֹ כְּאִלּוּ נָתַן מַמָּשׁ, וְלָכֵן אֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה שֶׁהָיָה אָדָם גָּדוֹל וְנִכְבָּד מְאֹד, הָיָה נֶהֱנֶה מִבֵּית הַשּׁוּנַמִּית, דַּחֲשִׁיב הוּא מְהַנֶּה אוֹתָם שֶׁהָיָה מִתְיַיקְּרִים, וְכֵן הֲוָה עֲבִיד רַבִּי זֵירָא שֶׁהָיָה גָּדוֹל בְּדוֹרוֹ, וְכֵן רַשַּׁאי כָּל אָדָם לַעֲשׂוֹת אִם הוּא גָּדוֹל בְּדוֹרוֹ וְחָשׁוּב מְאֹד. וְלָזֶה אָמַר הָרוֹצֶה לֵיהָנוֹת יֵהָנֶה, וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם שׂוֹנֵא מַתָּנוֹת, אַךְ בִּתְנַאי שֶׁיִּהְיֶה כֶּאֱלִישָׁע, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אָדָם חָשׁוּב וְנִכְבָּד מְאֹד כֶּאֱלִישָׁע בְּדוֹרוֹ, שֶׁכָּזֶה חֲשִׁיב הוּא מְהַנֶּה אוֹתָם דְּמִתְיַיקְּרִים בּוֹ, וְלָכֵן הִנִּיחַ מַאֲמָר זֶה עַל פָּסוּק (מְלָכִים ב' ד' י') וְנָשִׂים לוֹ שָׁם מִטָּה וְשֻׁלְחָן וְכִסֵּא וּמְנוֹרָה, כִּי זֶה הוּא הַמִּבְחָן שֶׁהָיוּ מִתְיַיקְּרִים בּוֹ, בַּעֲשׂוֹתָם לוֹ דְּבָרִים יְתֵרִים לִכְבוֹדוֹ שֶׁאֵינָם מֻוכְרָחִים לַעֲשׂוֹתָם, וְהוּא הוֹכָחָה שֶׁהֵם שְׂמֵחִים בּוֹ וּמְצַפִּים לְבִיאָתוֹ אֶצְלָם, אֲבָל מַה שֶׁעָשׂוּ עֲלִייַּת קִיר אֵין מִזֶּה הוֹכָחָה עַל שִׂמְחָתָם בּוֹ, כִּי יֵשׁ לוֹמַר עָשׂוּ זֹאת בְּעַל כָּרְחָם כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ צְנוּעִין מִמֶּנּוּ בְּמִשְׁכָּבָם וּבְשֶׁבִּתָּם וְקִימָתָם בְּתוֹךְ בֵּיתָם, שֶׁלֹּא יִהְיוּ רוֹאִין זֶה אֶת זֶה, וְרַק שְׁאָר דְּבָרִים שֶׁעָשׂוּ לוֹ בְּתוֹךְ הָעֲלִיָּה הֵמָּה אוֹת וּמוֹפֵת עַל רְצוֹנָם וּשְׂמַחְתֶּם בּוֹ. וּלְכָךְ הֵבִיא מַאֲמָר זֶה שֶׁל וְנָשִׂים לוֹ שָׁם מִטָּה וְשֻׁלְחָן כִּשְׁמוּאֵל הָרָמָתִי, הַכַּוָּנָה בָּזֶה לוֹמַר אִם יֵשׁ אָדָם גָּדוֹל וְנִכְבָּד אֲשֶׁר מִתְיַיקְּרִים בּוֹ בְּנֵי אָדָם אִם יֹאכַל אֶצְלָם, וְעִם כָּל זֶה הוּא אֵינוֹ רוֹצֶה לֵיהָנוֹת רַשַּׁאי בְּכָךְ, אַךְ בִּתְנַאי שֶׁיַּעֲשֶׂה כְּמוֹ שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה שְׁמוּאֵל הָרָמָתִי, שֶׁכָּל מָקוֹם שֶׁהוֹלֵךְ בֵּיתוֹ עִמּוֹ, שֶׁמּוֹלִיךְ עִמּוֹ מְשָׁרְתִין אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִין, וְגַם כָּל כֵּלִים הַצְּרִיכִים לַאֲפִיָּה וּבִישּׁוּל, כְּמוֹ כֵּלִים הַנִּמְצָאִים בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ מַמָּשׁ בְּאֵין מַחְסוֹר, הִנֵּה אִם זֶה הָאָדָם יָבֹא לְעִיר אַחַת וְיָבוֹאוּ בְּנֵי אָדָם לְהַזְמִינוֹ בְּבֵיתָם שֶׁיֹּאכַל אֶצְלָם, וְהוּא נִמְנָע, אֵין בָּזֶה זִלְזוּל לְאֵלּוּ הַמַּזְמִינִים אוֹתוֹ, שֶׁיֹּאמְרוּ הוּא חוֹשֵׁב אוֹתָם לְצָרֵי עַיִן. וְלָכֵן אֵינוֹ רוֹצֶה לֶאֱכֹול מִשֻּׁולְחָנָם, יַעַן כִּי הוּא תְּשׁוּבָתוֹ גְּלוּיָה וְנוֹדַעַת לַכֹּל, בְּאוֹמְרוֹ, רְאוּ עִמִּי נִמְצְאוּ כַּמָּה מְשָׁרְתִים וְאוֹפִין וּמְבַשְּׁלִין וְכָל צָרְכֵי הַבַּיִת, וְאֵלּוּ מֻוכְרָחִים לֶאֱפוֹת וּלְבַשֵּׁל בַּעֲבוּרָם, וְאֵיךְ אֲנִי אוֹכֵל בְּבֵית אֲחֵרִים וּפֶתִי וְתַבְשִׁילֵי לֹא אוֹכַל מִמֶּנּוּ, וּבְוַדַּאי דְּבָרִים אֵלּוּ יִתְקַבְּלוּ עַל הַלֵּב, וְאֵין יוֹצֵא מִזֶּה הַמְּנִיעָה זִלְזוּל לְאֵלּוּ שֶׁבָּאִים לְהַזְמִינוֹ, כִּי הַבָּא לְהַזְמִינוֹ רוֹאֶה בְּעֵינָיו שֶׁהוּא יוֹשֵׁב בְּאֹהֶל חֲנִיָּיתוֹ, וְהוּא מָלֵא מִכָּל כֵּלִים הַצְּרִיכִים, גַּם אוֹכְלוֹסִין שֶׁלּוֹ רַבִּים מְשָׁרְתִים וַעֲבָדִים, וכמ"ש כָּל מָקוֹם שֶׁהָלַךְ בֵּיתוֹ עִמּוֹ, וְדָבָר זֶה כּוֹלֵל עַל כָּל הַנִּמְצָא בַּבַּיִת וְהִצְרִיךְ לַבַּיִת, וְכֵן כָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל וְכָל כְּלִי תַּשְׁמִישׁ בֵּיתוֹ וְאֹהֶל חֲנִיָּיתוֹ, עַייֵּן שָׁם, אֲבָל אִם הוּא אָדָם גָּדוֹל וְנִכְבָּד, וְיָבֹא אֹורַח לָעִיר אַחַת, וְיֵשֵׁב בְּפוּנְדּוֹק, וְיִקְנֶה מַאֲכָל מִן הַשּׁוּק וְיֹאכַל, וְלֹא יִרְצֶה לֵילֵךְ אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת שֶׁבָּא לְהַזְמִינוֹ, דְּנִרְאֶה שֶׁהוּא חוֹשֵׁב אוֹתוֹ לְצֹר עַיִן שֶׁאָסוּר לֶאֱכֹול מִפִּתּוֹ, וְזֶה אָמַר וּמִי שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לֵיהָנוֹת אַל יֵהָנֶה רַשַּׁאי בְּכָךְ, אַךְ בִּתְנַאי שֶׁיַּעֲשֶׂה כִּשְׁמוּאֵל הָרָמָתִי, שֶׁכָּל מָקוֹם שֶׁהָלַךְ בֵּיתוֹ עִמּוֹ. וְנִרְאֶה לִי דִּשְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה הָיָה שׁוֹפֵט, וּלְכָךְ נִתְרַחֵק שֶׁלֹּא לֵהָנוֹת מֵאֲחֵרִים, וּכְדֵי שֶׁלֹּא יֵצֵא זִלְזוּל לְאֵלּוּ הַמְזַמְּנִים אוֹתוֹ, לְכָךְ הָיָה בֵּיתוֹ עִמּוֹ אֲבָל אֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה לֹא הָיָה שׁוֹפֵט, וְאֵין לוֹ חֲשָׁשׁ מִזֶּה וּלְכָךְ לֹא הֻוצְרַךְ לַעֲשׂוֹת כִּשְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה שֶׁכָּל מָקוֹם שֶׁיּוֹלֵךְ בֵּיתוֹ עִמּוֹ, אֶלָּא הָיָה הוֹלֵךְ כְּשֶׁבָּאִים לְהַזְמִינוֹ דְּמִתְיַיקְּרִים בּוֹ.
« Celui qui veut profiter du bien d'autrui, qu'il en profite, comme Elicha. » Il y a plusieurs difficultés. D'abord, pourquoi a-t-on placé cet enseignement sur le verset « et nous placerons pour lui là un lit, une table », etc., et non sur le début du verset, « faisons donc une petite chambre haute à mur » ? Ensuite, la difficulté du Maharcha : nous trouvons en plusieurs endroits que nos sages, de mémoire bénie, ont éloigné le fait de profiter d'autrui, s'appuyant sur le verset « celui qui hait les dons vivra », voir là-bas. Et encore : Chmouel le prophète, la paix soit sur lui, était antérieur ; pourquoi Elicha n'a-t-il pas appris de lui cette conduite, de ne pas profiter du bien d'autrui ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit l'Ohel Yaakov, de mémoire bénie, dans la paracha Vayigach, sur l'enseignement « celui qui attend la table d'autrui, le monde est obscur pour lui » : celui qui mange à la table d'un autre voit parfois son honneur grandir, et parfois sa honte s'élever. La chose dépend de ceci : si le maître de maison poursuit l'hôte pour lui demander « honore-moi donc et prends un repas chez moi », l'honneur de l'hôte s'en trouve accru, selon ce qu'ils ont dit : Rabbi Zera, lorsqu'on l'invitait, y allait, disant : c'est un honneur qu'ils reçoivent par moi. Mais si l'hôte a les yeux levés, attendant que le maître de maison l'invite à sa table, c'est sur lui que nos maîtres, de mémoire bénie, ont applique « celui qui attend la table d'autrui, le monde est obscur pour lui ». Il écrit encore là-bas : si tu vois un hôte à la table d'un maître de maison, à quoi sauras-tu si cet hôte est de ceux qui attendent la table d'autrui, ou si le maître de maison attendait qu'il mange à sa table parce qu'il en reçoit de l'honneur ? Si tu vois que le maître de maison a apporté à l'hôte plus de mets qu'il n'en faut pour le rassasier, c'est le signe que le maître de maison se réjouit de lui et qu'il ne lui est pas à charge ; mais si tu vois qu'il n'a apporté que de quoi rassasier, sans largesse, alors même que tu sais que sa main en a les moyens et que tout se trouve chez lui en abondance, il en ressort que cet hôte est à charge aux yeux du maître de maison ; jusqu'ici, voir là-bas. Selon cela, nous apprenons que, bien que nos sages, de mémoire bénie, aient éloigné le fait de profiter d'autrui, la chose n'est pas égale pour tout homme : si l'homme est très honoré et considéré, de sorte que, venant chez un maître de maison et mangeant à sa table, le maître de maison en reçoit de l'honneur, celui-là peut en profiter et manger, car au contraire c'est lui qui procure du bien au maître de maison. Comme il est écrit dans les lois de kidouchin : si elle a donné et que lui a dit, elle est fiancée, car s'il est un homme considéré, sa réception vaut comme s'il avait lui-même donné. C'est pourquoi Elicha le prophète, la paix soit sur lui, qui était un homme grand et fort honoré, profitait de la maison de la Chounamite, car il était tenu pour leur procurer du bien, puisqu'ils en recevaient de l'honneur ; ainsi faisait aussi Rabbi Zera, qui était grand dans sa génération. Et il est permis à tout homme d'agir ainsi s'il est grand dans sa génération et fort considéré. C'est ce qui est dit : celui qui veut en profiter, qu'il en profite, et il n'y a là rien de « celui qui hait les dons » ; à condition toutefois qu'il soit comme Elicha, c'est-à-dire un homme considéré et fort honoré comme Elicha dans sa génération, car un tel homme est tenu pour leur procurer du bien, puisqu'ils reçoivent de l'honneur par lui. C'est pourquoi on a placé cet enseignement sur le verset « et nous placerons pour lui là un lit, une table, un siège et un lampadaire » (II Rois 4, 10), car c'est là le signe qu'ils recevaient de l'honneur par lui : ils firent pour son honneur des choses superflues, qu'ils n'étaient pas tenus de faire, preuve qu'ils se réjouissaient de lui et attendaient sa venue chez eux. Mais de la chambre haute à mur qu'ils firent il n'y a pas de preuve de leur joie, car on peut dire qu'ils l'ont faite malgré eux, pour rester pudiques devant lui dans leur coucher, leur assise et leur lever à l'intérieur de la maison, afin qu'ils ne se voient pas les uns les autres ; seules les autres choses qu'ils firent pour lui dans la chambre haute sont le signe et la preuve de leur bon vouloir et de leur joie. C'est pourquoi il a rattaché à cet enseignement de « et nous placerons pour lui là un lit et une table » le cas de Chmouel de Rama : il veut dire que s'il y a un homme grand et honoré, dont les gens reçoivent de l'honneur lorsqu'il mange chez eux, et qui pourtant ne veut pas en profiter, cela lui est permis, à condition qu'il fasse comme faisait Chmouel de Rama, dont la maison l'accompagnait partout où il allait : il emmenait avec lui des serviteurs qui cuisaient et cuisinaient, ainsi que tous les ustensiles nécessaires à la cuisson et à la cuisine, comme les ustensiles qui se trouvent dans sa maison même, sans qu'il manque rien. Si cet homme vient dans une ville et que des gens viennent l'inviter chez eux à manger, et qu'il s'en abstienne, il n'y a là aucun mépris pour ceux qui l'invitent, comme s'il les tenait pour avares dont il serait interdit de manger le pain, car sa réponse est manifeste et connue de tous : voyez, il y a avec moi tant de serviteurs, de boulangers et de cuisiniers, et tout le nécessaire de la maison, et ceux-là doivent cuire et cuisiner pour eux-mêmes ; comment mangerais-je dans la maison d'autrui alors que je ne mangerais pas de mon pain et de mes plats ? Ces paroles seront certainement reçues, et il ne résulte de cette abstention aucun mépris pour ceux qui viennent l'inviter, car celui qui vient l'inviter voit de ses yeux qu'il siège dans sa tente de campement, pleine de tous les ustensiles nécessaires, avec une nombreuse maisonnée de serviteurs et d'esclaves, selon ce qui est dit : partout où il allait, sa maison était avec lui, ce qui inclut tout ce qui se trouve dans la maison et tout ce qui lui est nécessaire ; ainsi a écrit Rachi, de mémoire bénie : « et tous les ustensiles domestiques et sa tente de campement », voir là-bas. Mais s'il est un homme grand et honoré, qu'il arrive comme hôte dans une ville, s'installe à l'auberge, achète de la nourriture au marché et mange, et qu'il refuse d'aller chez le maître de maison venu l'inviter, il apparaît qu'il le tient pour avare dont il serait interdit de manger le pain. C'est ce qui est dit : et celui qui ne veut pas en profiter, qu'il n'en profite pas, cela lui est permis, à condition qu'il fasse comme Chmouel de Rama, dont la maison l'accompagnait partout où il allait. Et il me paraît que Chmouel le prophète, la paix soit sur lui, était juge ; c'est pourquoi il s'éloigna de profiter d'autrui, et afin qu'il n'en résulte aucun mépris pour ceux qui l'invitaient, sa maison l'accompagnait. Mais Elicha le prophète, la paix soit sur lui, n'était pas juge et n'avait pas cette crainte ; il n'eut donc pas besoin de faire comme Chmouel le prophète, la paix soit sur lui, dont la maison l'accompagnait partout, et il allait chez ceux qui venaient l'inviter, puisqu'ils recevaient de l'honneur par lui.
💡 Explication

La liste du mobilier sert de point d'appui : Elicha accepta ce qu'on lui préparait. Le folio ouvre alors deux conduites licites, sans trancher entre elles.

Le contre-modèle est Chmouel de Rama, qui transportait son nécessaire domestique afin de ne rien recevoir. Rachi précise que ce refus n'implique ni orgueil ni hostilité.

22
״וַתֹּאמֶר אֶל אִישָׁהּ הִנֵּה נָא יָדַעְתִּי כִּי אִישׁ אֱ-לֹהִים קָדוֹשׁ הוּא״, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מִכָּאן שֶׁהָאִשָּׁה מַכֶּרֶת בְּאוֹרְחִין יוֹתֵר מִן הָאִישׁ.

« Et elle dit à son mari : voici, je sais maintenant que c'est un saint homme de D.ieu » (II Rois 4, 9). Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : de là, que la femme reconnaît les hôtes mieux que l'homme.

23
״קָדוֹשׁ הוּא״: מְנָא יָדְעָה? רַב וּשְׁמוּאֵל. חַד אָמַר: שֶׁלֹּא רָאֲתָה זְבוּב עוֹבֵר עַל שֻׁלְחָנוֹ, וְחַד אָמַר: סָדִין שֶׁל פִּשְׁתָּן הִצִּיעָה עַל מִטָּתוֹ וְלֹא רָאֲתָה קֶרִי עָלָיו.

« Il est saint » : d'où le savait-elle ? Rav et Chmouel : l'un dit qu'elle n'a jamais vu de mouche passer sur sa table ; et l'autre dit qu'elle étendit un drap de lin sur son lit et n'y vit jamais de trace d'émission.

🪔 Ben Yehoyada (2)
קָדוֹשׁ הוּא מְנָא יָדְעָה? יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה שְׁאֵלָה זוֹ כִּי נִיכָּר אִישׁ קְדוֹשׁ אֱ-לֹהִים כֶּאֱלִישָׁע, וַדַּאי אֲפִילּוּ תִּינוֹק יָבִין וְיַכִּיר בּוֹ שֶׁהוּא קָדוֹשׁ, מֵחֲמַת קְדֻושָּׁתוֹ וּפְרִישׁוּתוֹ וַחֲסִידוּתוֹ וּמַעֲשָׂיו הַטּוֹבִים, כִּי מַעֲשָׂיו הַטּוֹבִים וּמִנְהַג חֲסִידוּתוֹ מְעִידִין עָלָיו? וְנִרְאֶה לִי דְּדָיֵיק מֵאוֹמְרָהּ נָא, דְּמַשְׁמַע שֶׁהוּא בַּתְּחִלָּה בְּבוֹאוֹ אֶצְלָם הָיָה מַסְתִּיר עִנְיְנֵי קְדֻושָּׁתוֹ וַחֲסִידוּתוֹ מֵהֶם, וְרַק אַחַר כָּךְ נִתְחַדֵּשׁ אֶצְלָהּ דָּבָר אֲשֶׁר מִמֶּנּוּ נוֹדְעָה וְנִתְבָּרְרָה עֹוצֶם קְדֻושָּׁתוֹ, וּלְכָךְ נִבְהֲלָה לְהַגִּיד לְבַעֲלָהּ כְּדֵי לְהַרְבּוֹת בִּכְבוֹדוֹ.
« Il est saint : d'où le savait-elle ? » Il y a lieu de demander ce qu'est cette question : un homme saint de D.ieu comme Elicha se reconnaît, et même un enfant comprendrait et reconnaîtrait qu'il est saint, du fait de sa sainteté, de son détachement, de sa hassidout et de ses bonnes actions, car ses bonnes actions et sa conduite de hassidout témoignent sur lui. Il me paraît qu'on le déduit du mot « donc » (na), qui indique qu'au début, en venant chez eux, il dissimulait ce qui relevait de sa sainteté et de sa hassidout ; c'est seulement ensuite que se produisit chez elle une chose nouvelle par laquelle la force de sa sainteté fut connue et établie, et alors elle se hâta de le dire à son mari afin d'accroître son honneur.
שֶׁלֹּא רָאֲתָה זְבוּב עוֹבֵר עַל שֻׁלְחָנוֹ. קָשֶׁה בִּשְׁלָמָא לְמ"ד שֶׁלֹּא רָאֲתָה קֶרִי עַל סְדִינוֹ, לְכָךְ קְרָאוֹ קָדוֹשׁ, כִּי כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ גֶּדֶר עֶרְוָה יֵשׁ קְדֻושָּׁה, אֲבָל לְמ"ד שֶׁלֹּא רָאֲתָה זְבוּב, מַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ בָּזֶה לִקְדֻושָּׁה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּשֵׁם סֵפֶר הַקַּרְנַיִים, שֶׁיֵּשׁ קְלִיפָּה הַנִּקְרֵאת 'זְבוּב', לִיפָּרַע מִן הַפּוֹגֵם בִּיסוֹד, וְעַל יְדֵי לִימּוּד הַתּוֹרָה הַקְּדוֹשָׁה מַכְנִיעַ קְלִיפָּה זוֹ , וְכַנִּזְכָּר בְּנַחַל שׂוֹרֵק בַּפָּסוּק (מְלָכִים א' א' א') וְהַמֶּלֶךְ דָּוִד זָקֵן בָּא בַּיָּמִים עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, רַבִּי יוֹחָנָן מַכְרִיז הִזָּהֲרוּ מִזְּבוּבִית שֶׁל בַּעֲלֵי רָאתָן, רְצוֹנוֹ לוֹמַר כֹּחוֹת קְלִיפַּת זְבוּב, הַשּׁוֹלְטוֹת עַל אוֹתָם הַמִּסְתַּכְּלִים בַּעֲרָיוֹת וְחוֹטְאִים בִּיסוֹד, וְהִנֵּה כָּאן הַשּׁוּנַמִּית כְּשֶׁנִּתְּנָה דַּעְתָּהּ וְהִרְגִּישָׁה שֶׁאֵין זְבוּב עוֹבֵר עַל שֻׁולְחָנוֹ, אָמְרָה וַדַּאי הוּא קָדוֹשׁ מִצַּד עֶרְוָה, וְהִתְרַחֲקָה מִמֶּנּוּ קְלִיפַּת זְבוּב וּמַכְנִיעַ אוֹתָהּ לְכָךְ עוֹשִׂין לוֹ נֵס מִן הַשָּׁמַיִם לְאוֹת וּמוֹפֵת עַל קְדֻושָּׁתוֹ, שֶׁאֵין הַזְּבוּב הַתַּחְתּוֹן שֶׁהַקְּלִיפָּה נִקְרֵאת עַל שְׁמוֹ עוֹבֵר עַל שֻׁולְחָנוֹ, וְזֶה הָאוֹת שֶׁהוּא קָדוֹשׁ. וּבִדְרָשׁוֹתַי עַל הַהַפְטָרוֹת בס"ד פֵּרַשְׁתִּי טַעַם לָזֶה הַנֵּס שֶׁנַּעֲשָׂה לֶאֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה שֶׁלֹּא הָיָה זְבוּב עוֹבֵר עַל שֻׁולְחָנוֹ, וְהוּא עַל פִּי מ"ש בְּפֶרֶק שִׁירָה זְבוּב, בְּשָׁעָה שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹסְקִין בַּתּוֹרָה אוֹמֵר, קוֹל אוֹמֵר קְרָא , וְאָמַר מָה אֶקְרָא, כָּל הַבָּשָׂר חָצִיר, עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא הַזְּבוּב דַּרְכּוֹ לְהִתְעוֹרֵר בְּשִׁירָה בִּזְמַן שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹסְקִין בַּתּוֹרָה דַּוְקָא, וְאָמַרְתִּי דֶּרֶךְ הֲלָצָה לְכָךְ תִּרְאֶה הַזְּבוּבִין מִצָּוְיִין הַרְבֵּה עַל הַשֻּׁולְחָן , מִפְּנֵי שֶׁדִּבְרֵי תּוֹרָה עַל הַשֻּׁולְחָן הוּא חִיּוּב גָּדוֹל וְצֹורֶךְ מְאֹד, וְלָכֵן מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה עַל הַזְּבוּבִין שׁוֹלֵחַ אוֹתָם לִמְקוֹם הַשֻּׁולְחָן, לִרְאוֹת אִם עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה אוֹ לָאו, כְּדֵי שֶׁיִּפְתַּח פִּיו בִּקְרִיאָה אוֹ לָאו, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי מַאֲמַר ר' יוֹחָנָן הִזָּהֲרוּ מִזְּבוּבִין שֶׁל בַּעֲלֵי רָאתָן, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אוֹתָם הַמְרַגְּלִים הַנִּשְׁלָחִים לִרְאוֹת בִּבְנֵי אָדָם, הִזָּהֲרוּ מֵהֶם שֶׁתַּעַסְקוּ בַּתּוֹרָה וְלֹא תַּנִּיחוּם לְקַטְרֵג, וּבָזֶה מוּבָן מִמֵּילָא טַעַם שֶׁלֹּא הָיָה זְבוּב עוֹבֵר עַל שֻׁולְחָנוֹ, כִּי לֹא הָיָה זָז רֶגַע אֶחָד מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה, וְלֹא הָיוּ הַזְּבוּבִין שְׁלוּחִים לִרְאוֹת בְּשֻׁולְחָנוֹ, גַּם מִן הַשָּׁמַיִם עָשׂוּ לוֹ נֵס, לְהַרְאוֹת עַל צִדְקָתוֹ בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה.
« Elle n'a jamais vu de mouche passer sur sa table. » Difficulté : soit, selon celui qui dit qu'elle n'a jamais vu de trace d'émission sur son drap, c'est pour cela qu'elle l'appela saint, car partout où il y a une barrière en matière d'erva il y a sainteté ; mais selon celui qui dit qu'elle n'a pas vu de mouche, quel rapport y a-t-il entre cela et la sainteté ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit le Gaon Hida, de mémoire bénie, au nom du Sefer HaKarnayim, qu'il existe une kelipa appelée mouche (zevouv), chargée de châtier celui qui porte atteinte au Yessod, et que par l'étude de la sainte Tora on la soumet, comme il est rappelé dans le Nahal Sorek sur le verset « et le roi David était âgé, avancé en jours » (I Rois 1, 1), voir là-bas. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'enseignement de nos maîtres, de mémoire bénie : Rabbi Yo'hanan proclamait « prenez garde aux mouches des gens atteints de raatan », c'est-à-dire aux forces de la kelipa de la mouche, qui dominent ceux qui regardent les erayot et fautent dans le Yessod. Ici donc, la Chounamite, ayant prêté attention et remarqué qu'aucune mouche ne passait sur sa table, se dit : assurément il est saint du côté de l'erva, la kelipa de la mouche s'est éloignée de lui et il la soumet ; c'est pourquoi on lui fait du Ciel un miracle, en signe et en preuve de sa sainteté, de sorte que la mouche d'ici-bas, dont la kelipa porte le nom, ne passe pas sur sa table, et c'est là le signe qu'il est saint. Dans mes derachot sur les haftarot, j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, une raison de ce miracle fait à Elicha le prophète, la paix soit sur lui, qu'aucune mouche ne passait sur sa table. Il est dit au Perek Chira que la mouche, à l'heure où Israël ne s'occupe pas de Tora, dit : « une voix dit : proclame ; et il dit : que proclamerai-je ? Toute chair est herbe », voir là-bas. Il se trouve que la mouche a coutume de s'éveiller en chant précisément au temps où Israël ne s'occupe pas de Tora. J'ai dit par manière de boutade : c'est pourquoi tu vois les mouches nombreuses sur la table, parce que les paroles de Tora à table sont une obligation grande et fort nécessaire ; l'ange préposé aux mouches les envoie donc à l'endroit de la table pour voir si l'on s'occupe de Tora ou non, afin d'ouvrir la bouche pour proclamer ou non. Par là j'ai expliqué l'enseignement de Rabbi Yo'hanan « prenez garde aux mouches des gens atteints de raatan » : ces espions envoyés pour observer les hommes, prenez garde à eux, occupez-vous de Tora et ne leur laissez pas de quoi accuser. Par là se comprend d'elle-même la raison pour laquelle aucune mouche ne passait sur sa table : il ne s'écartait pas un instant de l'étude de la Tora, et les mouches n'étaient pas envoyées pour observer sa table ; du Ciel aussi on lui fit un miracle, pour montrer sa droiture dans l'étude de la Tora.
💡 Explication

Les deux indices sont des signes prolongés dans le temps, observés par celle qui l'hébergeait. Le drap de lin blanc rend visible la moindre trace, ce qui donne sa force au second signe.

24
״קָדוֹשׁ הוּא״ אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: הוּא קָדוֹשׁ וּמְשָׁרְתוֹ אֵינוֹ קָדוֹשׁ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּגַּשׁ גֵּיחֲזִי לְהָדְפָהּ״, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: שֶׁאֲחָזָהּ בְּהוֹד יָפְיָהּ.

« Il est saint » : Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit, lui est saint et son serviteur n'est pas saint, ainsi qu'il est dit : « et Guehazi s'approcha pour la repousser » (II Rois 4, 27) ; Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : qu'il la saisit par la splendeur de sa beauté.

📜 Rachi (1)
בְּהוֹד יָפְיָהּ בְּדַדֶּיהָ:
Par ses seins.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁאָחֲזָה בְּהוֹד יָפְיָהּ? עַיֵּין רַשִׁ״י שֶׁפֵּרֵשׁ בְּדַדֶּיהָ, וְלִי אֲנִי הֶדְיוֹט נִרְאֶה לִי בס"ד 'הוֹד יָופְיָהּ', רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּ'מֵצַח וְעֵינֶיהָ', כִּי הָעֵינַיִם הֵם עִיקַּר הַיֹּופִי , כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ כַּלָּה שֶׁעֵינֶיהָ יָפוֹת אֵינָהּ צְרִיכָה בְּדִיקָה, וְכֵן הַמֵּצַח, בּוֹ תָּלוּי הַיֹּופִי שֶׁל צוּרַת הַפָּנִים בִּכְמוֹתוֹ וּבְיַשְׁרוּתוֹ, וְזֶה הַבֵּיאוּר נִיחָא טְפֵי בְּעִנְיָן זֶה, יַעַן כִּי הִיא נָפְלָה לִפְנֵי רַגְלָיו, שֶׁהִרְכִּינָהּ רֹאשָׁהּ לִפְנֵי רַגְלָיו דִּכְתִיב (מְלָכִים ב' ד,כז) וַתַּחֲזֵק בְּרַגְלָיו, וְכֵיוָן שֶׁבָּא גֵּחֲזִי לַהֲקִימָהּ הִנִּיחַ יָדוֹ עַל מִצְחָהּ וְעֵינֶיהָ, כְּדֵי לְהָרִים רֹאשָׁהּ וְלִדְחוֹתָהּ מִלִּפְנֵי אֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה, וְדַע דְּאַף עַל גַּב דְּאַחַר כָּךְ נוֹדַע שֶׁגֵּחֲזִי לֹא הָיָה כָּשֵׁר בְּמַה שֶׁעָשָׂה בְּעִנְיַן נַעֲמָן, עִם כָּל זֶה לֹא נוֹדַע מֵהַךְ דְּנַעֲמָן שֶׁהָיָה לוֹ תַּאֲוָה רָעָה, אֶלָּא רַק חוֹמֵד מָמוֹן, וּלְכָךְ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הוֹכִיחוּ מִכָּאן שֶׁהָיָה לוֹ תַּאֲוָה רָעָה, וְלָמַדְנוּ מִזֶּה הָעִנְיָן דְּוַדַּאי מִקַּדְמַת דְּנָא הָיָה לוֹ תַּאֲוָה רָעָה, וְהִיא בְּבֵיתָהּ רָאֲתָה בּוֹ סִימָנִים שֶׁל תַּאֲוָה רָעָה, וּלְכָךְ אָמְרָה הוּא קָדוֹשׁ וּמְשָׁרְתוֹ אֵינוֹ קָדוֹשׁ, שֶׁאֵין בּוֹ קְדֻושָּׁה שֶׁל גֶּדֶר עֶרְוָה.
« Qu'il la saisit par la splendeur de sa beauté. » Vois Rachi, qui explique : par ses seins. Pour moi, homme simple, il me paraît, avec l'aide du Ciel, que « la splendeur de sa beauté » vise le front et les yeux, car les yeux sont l'essentiel de la beauté, comme ils ont dit : une fiancée dont les yeux sont beaux n'a pas besoin d'examen ; et de même le front, dont dépend la beauté de la forme du visage, par sa dimension et sa régularité. Cette explication convient mieux ici, puisqu'elle était tombée devant ses pieds, ayant incliné sa tête devant ses pieds, ainsi qu'il est écrit « et elle saisit ses pieds » (II Rois 4, 27) ; et lorsque Guehazi vint la relever, il posa sa main sur son front et ses yeux afin de lui relever la tête et de la repousser de devant Elicha le prophète, la paix soit sur lui. Sache que, bien que l'on ait su plus tard que Guehazi n'était pas droit, par ce qu'il fit dans l'affaire de Naaman, on n'apprenait pas de l'affaire de Naaman qu'il avait un mauvais désir, mais seulement qu'il convoitait l'argent ; c'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont prouvé d'ici qu'il avait un mauvais désir. Nous apprenons de cette affaire qu'il avait assurément ce mauvais désir depuis longtemps, et qu'elle, dans sa maison, avait vu chez lui des signes de mauvais désir ; c'est pourquoi elle dit : lui est saint et son serviteur n'est pas saint, car il n'a pas la sainteté de la barrière en matière d'erva.
💡 Explication

La formule du verset est lue de façon restrictive : elle dit de lui qu'il est saint, donc de son serviteur qu'il ne l'est pas. La suite du récit, où Guehazi repousse la femme, confirme cette perception.

25
״עוֹבֵר עָלֵינוּ תָּמִיד״, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: כָּל הַמְאָרֵחַ תַּלְמִיד חָכָם בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וּמְהַנֵּהוּ מִנְּכָסָיו — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ מַקְרִיב תְּמִידִין.

« Il passe chez nous continuellement (tamid) » : Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : quiconque reçoit un talmid 'hakham dans sa maison et lui fait profiter de ses biens, l'Écriture le lui compte comme s'il offrait les temidim.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְאָרֵחַ תַּלְמִיד חָכָם בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וּמְהַנֵּהוּ מִנְּכָסָיו כְּאִלּוּ הִקְרִיב תְּמִידִין. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט תַּרְתֵּי מְאָרֵחַ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מַאֲכִילוֹ וּמַשְׁקֵהוּ וּמְהַנֵּהוּ מִנְּכָסָיו שֶׁנּוֹתֵן לוֹ מָמוֹן, אוֹ מַלְבּוּשִׁים כְּאִלּוּ הִקְרִיב תְּמִידִין שְׁתַּיִם, אֶחָד בִּשְׁבִיל אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, וְאֶחָד בִּשְׁבִיל הֲנָאַת מָמוֹן, וְנָקֵיט זֶה עַל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁלִּימּוּדוֹ תְּמִידִי, וְגַם קַייָּם לְעוֹלָם, שֶׁגַּם אַחַר שֶׁנִּפְטַר וְאוֹמְרִים שְׁמוּעָה מִפִּיו, וּלְכָךְ נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ הִקְרִיב תְּמִידִין, שֶׁהֵם עֲדִיפֵי מִשְּׁאָר קָרְבָּנוֹת שֶׁהֵם תְּדִירִים, וְגַם אַחַר חֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אוֹמְרִים בְּכָל יוֹם בַּבֹּקֶר וּבָעֶרֶב פָּרָשַׁת הַתָּמִיד בִּמְקוֹם הַקְרָבָה.
« Quiconque reçoit un talmid 'hakham dans sa maison et lui fait profiter de ses biens, c'est comme s'il offrait les temidim. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il a pris deux termes : « reçoit », c'est-à-dire lui donne à manger et à boire, et « lui fait profiter de ses biens », c'est-à-dire lui donne de l'argent ou des vêtements ; c'est comme s'il offrait deux temidim, l'un pour la nourriture et la boisson, l'autre pour le profit matériel. Et il l'a dit d'un talmid 'hakham, dont l'étude est continuelle (tamid) et subsiste à jamais, puisque, même après sa mort, on rapporte un enseignement en son nom ; c'est pourquoi cela compte comme s'il offrait les temidim, qui l'emportent sur les autres sacrifices en ce qu'ils sont réguliers, et dont, même après la destruction du Temple, on récite chaque jour, matin et soir, le passage du tamid a la place de l'offrande.
💡 Explication

Le mot tamid du verset est entendu au sens du korban tamid, l'offrande quotidienne. L'hospitalité régulière envers un talmid 'hakham est ainsi mise au rang du service continu.

26
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: אַל יַעֲמֹוד אָדָם בִּמְקוֹם גָּבוֹהַּ וְיִתְפַּלֵּל, אֶלָּא בִּמְקוֹם נָמוּךְ וְיִתְפַּלֵּל. שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ ה׳״.

Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : que l'homme ne se tienne pas en un lieu élevé pour prier, mais qu'il se tienne en un lieu bas et prie, ainsi qu'il est dit : « des profondeurs je T'ai appelé, Hachem » (Ps. 130, 1).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַל יַעֲמֹד אָדָם בִּמְקוֹם גָּבוֹהַּ וְיִתְפַּלֵּל אֶלָּא בִּמְקוֹם נָמוּךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד, רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְפִי דַּרְכָּם בִּלְשׁוֹן הַמַּאֲמָר הַזֶּה לְלַמְּדֵנוּ מוּסָר, שֶׁהָאָדָם צָרִיךְ שֶׁיִּתְפַּלֵּל בַּפֶּה וּבַלֵּב יַחַד, וְלֹא דַּי לוֹ שֶׁיִּתְפַּלֵּל בַּפֶּה שֶׁהוּא בְּמָקוֹם גָּבוֹהַּ בָּרֹאשׁ, אֶלָּא יַעֲמוֹד בְּמָקוֹם נָמוּךְ, בַּלֵּב שֶׁהוּא נָמוּךְ לְמַטָּה בַּחֲצִי הַגּוּף. אוֹ יוּבָן בס"ד דְּהַכָּתוּב אָמַר (תְּהִלִּים ס, ו) נָתַתָּה לִּירֵאֶיךָ נֵּס לְהִתְנוֹסֵס וּפֵרַשְׁנוּ הַכַּוָּנָה, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לֹא נֶאֱמַר נוּ"ן בְּאַשְׁרֵי מִשּׁוּם דְּאִית בָּהּ נְפִילָה דִּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל, דִּכְתִיב נָפְלָה לֹא תוֹסִיף קוּם בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל, וְאַף עַל פִּי כֵן חָזַר דָּוִד וְסָמְכָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קמה, יד) סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנֹּפְלִים, נִמְצָא הַ'סֶּמֶ"ך' בָּא בְּאַלְפָא בֵּיתָא אַחַר 'נו"ן', לִרְמֹוז כִּי הוּא סוֹמֵךְ נְפִילָה שֶׁל כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל הָרְמוּזָה בְּאוֹת נוּ"ן, וְכֵן מְפֹורָשׁ עוֹד בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ בְּרֵאשִׁית דַּף נ', עָלָאת אוֹת סָמֶ"ךְ אָמְרָה קַמֵּיהּ, רָבִין עָלְמִין, נִיחָא קַמָּךְ לְמִבְרֵי בֵּי עָלְמָא, דְּאִית בֵּי סְמִיכָה לְנָפְלִין, דִּכְתִיב סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנֹּופְלִים, אֲמַר לֵהּ עַל דָּא אַנְתְּ צָרִיךְ לְאַתְרָךְ וְלֹא תָּזוּז מִינָּהּ, אִי אַנְתְּ נָפֵיק אַתְרָךְ מַה תְּהֵא עֲלַייְהוּ דְּאִינּוּן נָפְלִין, הוֹאִיל וְאִינּוּן סַמְּכִין עֲלָךְ, עַיֵּין שָׁם, וְלָכֵן צֵירוּף סָמֶ"ךְ עִם נוּ"ן הוּא 'נֵס', שֶׁעוֹשֶׂה הקב"ה נֵס לְאוֹתָם נָפְלִין לְסָמְכָם בְּאוֹת סָמֶ"ךְ שֶׁהוּא בְּסוֹד הַבִּינָה, כמ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל. וְהִנֵּה יָדוּעַ כִּי אַף עַל גַּב דְּעִנְיַן נֵס זֶה לִסְמֹוךְ נְפָלִין שֶׁל כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל בְּסָמֶ"ךְ שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה, יִהְיֶה זֶה עַל יָדוֹ יִתְבָּרֵךְ בְּנֵס הַגְּאֻולָּה שֶׁיַּעֲשֶׂה לֶעָתִיד, עִם כָּל זֶה כָּל יוֹם וְיוֹם נוֹתֵן הקב"ה עֵזֶר וְסִיּוּעַ לַצַּדִּיקִים לַעֲשׂוֹת צֵירוּף אוֹתִיּוֹת נֵס הֲנֵז'. לִסְמֹוךְ עַל יְדֵי תְּפִילָּתָם לְאוֹתָם נְפִילִין דִּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל, שֶׁהֵם נִיצוֹצוֹת קְדֻושָּׁה הַשַּׁייָּכִים לָהּ בָּאוֹת סָמֶ"ךְ, כִּי לָכֵן תְּפִילַּת י"ח הִיא מְעֻומָּד, מִפְּנֵי שֶׁבָּהּ יִהְיֶה סֶמֶךְ לְאוֹתָם נְפִילִין שֶׁל כנ"י , וְלָכֵן אָמְרוּ בַּתִּיקּוּנִים דְּאוֹתָם מָארֵי דַּעֲמִידָה דִּצְלוֹתָא אִתְּמַר בְּהוֹן, וַאֲשֶׁר כֹּחַ בָּהֶם לַעֲמֹוד בְּהֵיכַל הַמֶּלֶךְ, הֵיכָל דָּא שְׁכִינְתָּא וְכוּ', וְכָל זֶה הַכֹּחַ נִיתַּן לַצַּדִּיקִים בִּתְפִילָּה מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ, שֶׁיִּהְיוּ עוֹשִׂין צֵירוּף הנ"ס, שֶׁהוּא לִסְמֹוךְ הַנָּפְלִין בָּאוֹת סָמֶ"ךְ שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה עַל יְדֵי תְּפִילָּתָם, וְעַל זֶה אָמַר נָתַתָּה לִּירֵאֶיךָ נֵּס לְהִתְנוֹסֵס, פֵּירוּשׁ נָתַתָּ לִירֵאֶיךָ כֹּחַ לַעֲשׂוֹת צֵירוּף נ"ס כְּדֵי לְהִתְנוֹסֵס, שֶׁבָּזֶה תָּרִים וְתַגְבִּיהַּ אוֹתָם, אַךְ בֶּאֱמֶת אעפ"י שהקב"ה מַגְבִּיהָם כְּמַשְׁמָעוּת נֵס שֶׁהוּא לְשׁוֹן גֹּובַהּ וַהֲרָמָה וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר לְהִתְנוֹסֵס, עִם כָּל זֶה הֵם בְּעֵינַי עַצְמָם צְרִיכִים לִהְיוֹת שְׁפָלִים וְלֹא יִתְגָּאוּ בַּעֲבוּר זֹאת, שֶׁאִם הֵם לֹא יִהְיוּ נְמוּכִים וּשְׁפָלִים לֹא יִזְכּוּ לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן וְצֵירוּף הנ"ס עַל יָדָם, וְלָכֵן תִּמְצָא מִילּוּי אוֹתִיּוֹת נֵס כָּזֶה: 'נ וָן ס מָךְ' הֵם אוֹתִיּוֹת נָמוּךְ , רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִי שֶׁעוֹשֶׂה זֶה הַתִּיקּוּן שֶׁל אוֹתִיּוֹת נ"ס צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה נָמוּךְ וְשָׁפָל בְּעֵינֵי עַצְמוֹ וּלְפִי זֶה הַצַּדִּיק עַצְמוֹ שֶׁמְּקַיֵּים צֵירוּף נֵס בִּתְפִילָּה לֹא יַגְבִּיהַּ עַצְמוֹ, כְּמוֹ שֶׁמּוֹרִין אוֹתִיּוֹת 'נֵס' אֶלָּא יַשְׁפִּיל עַצְמוֹ, כְּמוֹ שֶׁמּוֹרִין אוֹתִיּוֹת הַמִּילּוּי שֶׁל נֵס. וז"ש אַל יַעֲמוֹד אָדָם בִּמְקוֹם גָּבוֹהַּ וְיִתְפַּלֵּל, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁהָאָדָם בִּתְפִילָּתוֹ עוֹשֶׂה תִּיקּוּן וְצֵירוּף אוֹתִיּוֹת נֵס, אַל יַעֲמֹוד בְּעֵינַי עַצְמוֹ בְּמָקוֹם גָּבוֹהַּ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּהוֹרָאַת אוֹתִיּוֹת נֵס שֶׁמַּשְׁמָעוּתָם גָּבוֹהַּ וַהֲרָמָה, אֶלָּא יַעֲמֹוד בְּמָקוֹם נָמוּךְ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּהוֹרָאַת מִילּוּי אוֹתִיּוֹת נֵס שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת נָמוּךְ, שֶׁמַּשְׁמָעוּתָן שִׁפְלוּת וַעֲנָוָה אֲבָל אה"נ הקב"ה מַגְבִּיהוֹ וּמְרוֹמַם אוֹתוֹ, כְּפִי מַשְׁמָעוּת נֵס כַּכָּתוּב נֵס לִירֵאֶיךָ לְהִתְנוֹסֵס. אוֹ יוּבָן בס"ד לְפָרֵשׁ, דְּיָדוּעַ הַתְּפִילּוֹת נִקְרָאִים עוֹמְדִים בְּרוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם, מִפְּנֵי כִּי אַף עַל פִּי שֶׁפְּשַׁט הַדְּבָרִים נִרְאִין שְׁאֵלוֹת צָרְכֵי עוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן, עִם כָּל זֶה בְּכֻולָּם מְלֻובָּשׁ שְׁאֵלוֹת בְּתִיקּוּן עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים, וְהִקְשׁוּ הַמְקֻובָּלִים לָמָּה לֹא תִּקְּנוּ בַּקָּשׁוֹת בְּפֵירוּשׁ עַל עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים, אֶלָּא עָשׂוּ הַשְּׁאֵלוֹת שֶׁלָּהֶם בְּרֶמֶז, וְתֵרְצוּ מִפְּנֵי קִנְאַת הַמְקַטְרְגִים שֶׁהָיוּ מִתְקַנְּאִים וְאוֹמְרִים, בַּמֶּה נֶחְשָׁב יְלוּד אִשָּׁה לְהִתְפַּלֵּל בְּעַד עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים?! וְלָכֵן אֲנַחְנוּ מִתְפַּלְּלִים בַּעֲדָם בְּהֶסְתֵּר וְהֶעְלֵם וְהַצְנֵעַ. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים ה' ד') ה' בֹּקֶר תִּשְׁמַע קוֹלִי בֹּקֶר אֶעֱרָךְ לְךָ וַאֲצַפֶּה, וְקַשָּׁא כָּפַל הַדְּבָרִים שֶׁל בֹּקֶר, וְעוֹד תֵּיבַת וַאֲצַפֶּה אֵין לְךָ קֶשֶׁר בִּפְשַׁט הַפָּסוּק, וּבָזֶה נִיחָא, בֹּקֶר תִּשְׁמַע קוֹלִי, מַה שֶׁאֲנִי מִתְפַּלֵּל עַל צָרְכֵי בָּעוֹלָם הַתַּחְתּוֹן. גַּם עוֹד בֹּקֶר אֶעֱרֹךְ לְךָ דַּיְיקָא, שֶׁבְּאֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲנִי עוֹרֵךְ תְּפִילָּה בְּעַד עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם לְךָ, אַךְ אֵינִי מְדַבֵּר בְּפֵירוּשׁ לַהֲדֵיהּ, אֶלָּא וַאֲצַפֶּה שֶׁהַתְּפִילּוֹת הַשַּׁייָּכִים לָעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם לְךָ, אֲנִי מְצַפֶּה אוֹתָם בְּדִבְרֵי תְּפִילָּה שֶׁל גַּשְׁמִיּוּת, וְהוּא מִלְּשׁוֹן (שְׁמוֹת כה, יג) וְצִפִּיתָ אֹתוֹ זָהָב טָהוֹר. וּבָזֶה יוּבָן הַמַּאֲמָר אַל יַעֲמוֹד אָדָם בִּמְקוֹם גָּבוֹהַּ וְיִתְפַּלֵּל, כְּלוֹמַר אַל יִתְפַּלֵּל בְּפֵירוּשׁ עַל מָקוֹם גָּבוֹהַּ שֶׁהֵם עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים, אֶלָּא יַעֲמוֹד בְּמָקוֹם נָמוּךְ, דְּהַיְינוּ בִּדְבָרִים הַשַּׁייָּכִים לָעוֹלָם הַזֶּה, וְיִתְפַּלֵּל עַל מָקוֹם גָּבוֹהַּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל בְּהִתְלַבְּשׁוּת. וּבָזֶה יְתֹורַץ בס"ד דִּקְדּוּק אַחֵר וְהוּא דְּקַשָּׁא, לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהָבִיא עַל זֶה שְׁנֵי מִקְרָאוֹת, שֶׁהֵם פָּסוּק מִמַּעֲמַקִּים וּפָסוּק תְּפִלָּה לֶעָנִי, וּבָזֶה נִיחָא כִּי פָּסוּק מִמַּעֲמַקִּים קָאָמַר בָּעוֹלָם הַתַּחְתּוֹן שֶׁהוּא עֲמָקִים, קְרָאתִיךָ ה' לְהִתְפַּלֵּל עַל עוֹלָמוֹת עֶלְיוֹנִים הַשַּׁיָּיכִים אֵלֶיךָ ה', וַעֲדַייִן צָרִיךְ לָדַעַת אֵיךְ נִמְצָא כָּזֹאת שֶׁאֲנַחְנוּ בְּנֵי אָדָם חָמְרִיִּים, מִתְפַּלְּלִים בָּעוֹלָם הַזֶּה עַל עוֹלָמוֹת עֶלְיוֹנִים וּמֵעוֹלָם לֹא מָצִינוּ סֵדֶר תְּפִילָּה הַמְדַבֶּרֶת עַל עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים, לְכָךְ הֵבִיא עוֹד פָּסוּק תְּפִלָּה לְעָנִי כִי יַעֲטֹף שֶׁבָּזֶה מְפֹורָשׁ אֵיךְ הוּא נוֹהֵג סֵדֶר תְּפִילָּה זוֹ שֶׁמִּתְפַּלְּלִים עַל עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים, שֶׁהֵם עוֹמְדִים לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ וְלֹא לְפָנֵינוּ, שֶׁאָמַר תְּפִילָּה לֶעָנִי, זֶה הָאָדָם שֶׁהוּא חֲמָרֵי, וְהוּא עָנִי לְגַבֵּי מַלְאֲכֵי מָרוֹם, כִּי יַעֲטֹף לְשׁוֹן עֲטִיפָה וּמְכַסֶּה דְּבָרִים עֶלְיוֹנִים בִּדְבָרִים גַּשְׁמִיִּים, כִּי אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל וּמְדַבֵּר בָּעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן וּבִצְרָכָיו, עִם כָּל זֶה בְּכַוָּנַת לִבּוֹ הוּא לִפְנֵי ה' יִשָּׁפֵךְ שִׂיחוֹ, כְּלוֹמַר בְּעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם לִפְנֵי ה', וְלֹא לִפְנֵי בְּנֵי אָדָם, עֲלֵיהֶם יִשָּׁפֵךְ שִׂיחוֹ לְהִתְפַּלֵּל עֲלֵיהֶם, וְלָכֵן קוֹרְאוֹ עָנִי, כִּי הוּא לֹא עָשִׁיר בְּחֵלֶק הָרוּחָנִיּוּת כְּמוֹ הַמַּלְאָכִים, כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לְבַקֵּשׁ בְּעַד עוֹלָמוֹת הָרוּחָנִיִּים לַהֲדֵיהּ, בְּפֵירוּשׁ, דְּיָרֵא מִקִּנְאַת הַמְקַטְרְגִים. וּבָזֶה יְתֹורַץ עוֹד דִּקְדּוּק אַחֵר, כִּי פָּסוּק תְּפִלָּה לֶעָנִי קָדִים לְפָסוּק מִמַּעֲמַקִּים, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר קֹודֶם, אַךְ בָּזֶה נִיחָא דְּהִזְכִּירוּ אַחֲרוֹן, מִפְּנֵי כִּי בּוֹ יְפֹורַשׁ הַפָּסוּק שֶׁל מִמַּעֲמַקִּים, דְּהֵיכָן מָצִינוּ סֵדֶר תְּפִילָּה שֶׁאֲנַחְנוּ מִתְפַּלְּלִים בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁהוּא עֲמָקִים עַל עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם שַׁייָּכִים לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ, וּבָא הַכָּתוּב שֶׁל תְּפִלָּה לְעָנִי כִי יַעֲטֹף, וְלָמַד אוֹתָנוּ אֵיךְ הוּא הַדָּבָר הַזֶּה.
« Que l'homme ne se tienne pas en un lieu élevé pour prier, mais en un lieu bas. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont fait allusion selon leur manière, dans la formulation de cet enseignement, à une leçon de moussar : l'homme doit prier de la bouche et du cœur ensemble ; il ne lui suffit pas de prier de la bouche, qui est en un lieu élevé, dans la tête, mais il doit se tenir en un lieu bas, dans le cœur, qui est plus bas, au milieu du corps. Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel, ainsi. Le verset dit « Tu as donné à ceux qui Te craignent un étendard (nés) pour qu'il se dresse » (Ps. 60, 6), et nous avons expliqué son intention. Nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que le noun n'est pas dit dans le Achré parce qu'il s'y trouve la chute de kenesset Israël, comme il est écrit « elle est tombée, elle ne se relèvera plus, la vierge d'Israël » ; et pourtant David revint la soutenir par l'esprit saint, comme il est écrit « Hachem soutient (somekh) tous ceux qui tombent » (Ps. 145, 14). Il se trouve que le samekh vient dans l'alphabet après le noun, pour indiquer qu'il soutient la chute de kenesset Israël, évoquée par la lettre noun. Cela est encore exposé dans le saint Zohar, Berechit, folio 50 : la lettre samekh monta et dit devant Lui : Maître des mondes, Te plaît-il de créer par moi le monde, car il y a en moi un soutien pour ceux qui tombent, comme il est écrit « Hachem soutient tous ceux qui tombent » ? Il lui répondit : pour cela même tu dois rester à ta place et ne pas en bouger ; si tu sors de ta place, qu'adviendra-t-il de ceux qui tombent, puisqu'ils s'appuient sur toi ? Voir là-bas. Ainsi, la combinaison du samekh avec le noun donne nés : le Saint béni soit-Il fait un miracle à ceux qui tombent, en les soutenant par la lettre samekh, qui relève du sod de la Bina, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie. On sait que, bien que ce miracle de soutenir les tombes de kenesset Israël par le samekh, sod de la Bina, doive s'accomplir par Lui, béni soit-Il, dans le miracle de la gueoula à venir, le Saint béni soit-Il donne pourtant chaque jour aide et assistance aux justes pour réaliser la combinaison nés mentionnée, afin de soutenir par leur prière ces tombés de kenesset Israël, étincelles de sainteté qui lui appartiennent, par la lettre samekh. C'est pourquoi la tefila des dix-huit se dit debout, parce que par elle il y aura un soutien pour ces tombés de kenesset Israël. C'est pourquoi il est dit dans les Tikounim que de ceux qui se tiennent debout dans la prière il est dit « et qui ont la force de se tenir dans le palais du roi », ce palais étant la Chekhina, etc. Toute cette force est donnée aux justes dans la prière par Lui, béni soit-Il, pour qu'ils réalisent la combinaison nés, qui soutient les tombes par la lettre samekh, sod de la Bina, par leur prière. C'est sur cela qu'il est dit « Tu as donné à ceux qui Te craignent un étendard pour qu'il se dresse » : Tu as donné à ceux qui Te craignent la force de réaliser la combinaison nés afin de se dresser, par quoi Tu les élèves et les relèves. Mais en vérité, bien que le Saint béni soit-Il les élève, au sens de nés, qui exprime la hauteur et l'élévation, comme il est dit « pour qu'il se dresse », ils doivent pourtant être humbles à leurs propres yeux et ne pas s'enorgueillir pour cela ; car s'ils ne sont pas bas et humbles, ils ne mériteront pas d'opérer par eux la réparation et la combinaison nés. Aussi trouveras-tu que le remplissage des lettres de nés s'écrit ainsi : noun-vav-noun, samekh-mem-khaf, ce sont les lettres de namoukh (bas). Il veut dire que celui qui opère cette réparation des lettres nés doit être bas et humble à ses propres yeux. Selon cela, le juste lui-même, qui réalise la combinaison nés dans la prière, doit s'abaisser, comme l'indiquent les lettres du remplissage de nés, plutôt que s'élever comme l'indiquent les lettres nés. C'est ce qui est dit : que l'homme ne se tienne pas en un lieu élevé pour prier, c'est-à-dire que, bien que l'homme dans sa prière opère la réparation et la combinaison des lettres nés, il ne se tienne pas à ses propres yeux en un lieu élevé, au sens des lettres nés, dont la signification est hauteur et élévation, mais qu'il se tienne en un lieu bas, au sens du remplissage des lettres nés, qui sont les lettres de namoukh, dont la signification est humilité et modestie. Mais assurément le Saint béni soit-Il l'élève et le relève, selon le sens de nés, comme il est écrit « un étendard à ceux qui Te craignent pour qu'il se dresse ». Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel, ainsi. On sait que les prières sont appelées « ce qui se tient au sommet du monde », car bien que le sens simple des mots paraisse ne demander que les besoins de ce monde d'en bas, toutes ces demandes revêtent pourtant des demandes de réparation des mondes supérieurs. Les mekoubalim ont demandé : pourquoi n'a-t-on pas institué de demandes explicites sur les mondes supérieurs, mais fait des demandes par allusion ? Ils ont répondu : à cause de la jalousie des accusateurs, qui s'en prendraient à nous en disant : que vaut un né de la femme pour prier en faveur des mondes supérieurs ? C'est pourquoi nous prions pour eux de manière cachée, dissimulée et discrète. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « Hachem, au matin Tu entends ma voix ; au matin je dispose pour Toi et je guette » (Ps. 5, 4). Difficulté : la répétition du mot matin ; et de plus le mot « je guette » n'a pas de lien avec le sens simple du verset. Par là tout s'éclaire : « au matin Tu entends ma voix », ce que je prie pour mes besoins dans le monde d'en bas ; « et encore, au matin je dispose pour Toi », pour Toi précisément, car par ces paroles je dispose une prière en faveur des mondes supérieurs, qui sont à Toi ; mais je n'en parle pas explicitement, plutôt « je guette » (ve-atsapeh), car les prières qui concernent les mondes supérieurs, qui sont à Toi, je les recouvre dans les paroles d'une prière matérielle, au sens de « et tu le recouvriras d'or pur » (Ex. 25, 13). Par là se comprend l'enseignement « que l'homme ne se tienne pas en un lieu élevé pour prier » : qu'il ne prie pas explicitement sur le lieu élevé, c'est-à-dire les mondes supérieurs, mais qu'il se tienne en un lieu bas, dans des paroles qui concernent ce monde-ci, et qu'il prie ainsi sur le lieu élevé, en priant sous un revêtement. Par là se résout, avec l'aide du Ciel, une autre difficulté : pourquoi a-t-il fallu apporter la-dessus deux versets, celui de « des profondeurs » et celui de « prière du pauvre » ? Par là tout s'éclaire : le verset « des profondeurs » parle du monde d'en bas, qui est les profondeurs, « je T'ai appelé, Hachem », pour prier sur les mondes supérieurs qui T'appartiennent, Hachem. Mais il reste à savoir comment il se peut que nous, hommes de matière, priions en ce monde sur les mondes supérieurs, alors que nous n'avons jamais trouvé d'ordre de prière qui parle des mondes supérieurs. C'est pourquoi il a apporté encore le verset « prière du pauvre lorsqu'il défaille », où est expliqué comment se conduit cet ordre de prière par lequel on prie sur les mondes supérieurs, qui se tiennent devant Lui, béni soit-Il, et non devant nous. Il est dit « prière du pauvre » : cet homme de matière, pauvre au regard des anges d'en haut ; « lorsqu'il défaille » (yaatof), terme d'enveloppement, qui recouvre les choses supérieures par des choses matérielles, car bien qu'il prie et parle en ce monde d'en bas et de ses besoins, l'intention de son cœur est cependant « devant Hachem il répand sa plainte », c'est-à-dire sur les mondes supérieurs qui sont devant Hachem, et non devant les hommes ; c'est sur eux qu'il répand sa plainte pour prier en leur faveur. Il l'appelle pauvre parce qu'il n'est pas riche dans la part spirituelle comme les anges, de sorte qu'il puisse demander pour les mondes spirituels ouvertement et explicitement, craignant la jalousie des accusateurs. Par là se résout encore une autre difficulté : le verset « prière du pauvre » précède le verset « des profondeurs », et il aurait fallu le mentionner en premier ; mais tout s'éclaire, car on l'a mentionné en dernier parce que c'est par lui que s'explique le verset « des profondeurs » : où trouvons-nous un ordre de prière par lequel nous prions en ce monde, qui est les profondeurs, sur les mondes supérieurs qui appartiennent à Hachem béni soit-Il ? Vient alors le verset « prière du pauvre lorsqu'il défaille », qui nous enseigne comment la chose se fait.
27
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: לֹא יַעֲמוֹד אָדָם לֹא עַל גַּבֵּי כִּסֵּא, וְלֹא עַל גַּבֵּי שְׁרַפְרַף, וְלֹא בְּמָקוֹם גָּבוֹהַּ, וְיִתְפַּלֵּל, אֶלָּא בְּמָקוֹם נָמוּךְ, וְיִתְפַּלֵּל. לְפִי שֶׁאֵין גַּבְהוּת לִפְנֵי הַמָּקוֹם. שֶׁנֶּאֱמַר ״מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ ה׳״. וּכְתִיב: ״תְּפִלָּה לְעָנִי כִי יַעֲטֹף״.

Cela a été enseigné de même : que l'homme ne se tienne ni sur une chaise, ni sur un escabeau, ni en un lieu élevé pour prier, mais qu'il se tienne en un lieu bas et prie, car il n'y a pas de hauteur devant le Lieu, ainsi qu'il est dit : « des profondeurs je T'ai appelé, Hachem » (Ps. 130, 1), et il est écrit : « prière du pauvre lorsqu'il défaille » (Ps.

102, 1).

📜 Rachi (1)
תְּפִלָּה לֶעָנִי דֶּרֶךְ עֲנִיּוּת:
Une prière du pauvre : à la manière de la pauvreté.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנוּ רַבָּנַן הָאֻומָּנִין קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ. וּמִתְפַּלְּלִין בְּרֹאשׁ הַזַּיִת וּבְרֹאשׁ הַתְּאֵנָה. וּבִשְׁאָר כָּל הָאִילָנוֹת יוֹרְדִין לְמַטָּה וּמִתְפַּלְּלִין. וּבַעַל הַבַּיִת בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ יוֹרֵד וּמִתְפַּלֵּל לְפִי שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו. הָא לָאו הָכִי מָצֵי לְהִתְפַּלֵּל. וְלָא דָּמֵי לְהָא דְּאָמְרִי' לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף י:) לֹא יַעֲמוֹד אָדָם לֹא ע"ג כִּסֵּא וְלֹא ע"ג שְׁרַפְרַף וְלֹא ע"ג מָקוֹם גָּבוֹהַּ וּמִתְפַּלֵּל. דְּכֵיוָן דְּעוֹלֶה בְּאִילָן לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה הָוֵי כְּאָדָם שֶׁעוֹלֶה לַעֲלִיָּה וּמָצֵי לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו. יְרוּשַׁלְמִי לָמָּה לִי בְּרֹאשׁ הַזַּיִת אוֹ בְּרֹאשׁ הַתְּאֵנָה. רַבִּי אַבָּא וְרַבִּי סִימוֹן תַּרְוַיְיהוּ אָמְרִי מִפְּנֵי שֶׁטִּרְחָתוֹ מְרֻובָּה. רָמֵי לֵיהּ רַב מָרִי בְּרַהּ דְּבַת שְׁמוּאֵל לְרָבָא תְּנַן הָאֻומָּנִין קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ אַלְמָא לָא בָּעֵינַן כַּווָּנָה. וּרְמִינְהוּ ר"ש בֶּן יוֹסֵי אוֹמֵר הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר שְׁמַע יִשְׂרָאֵל וּלְהַלָּן אוֹמֵר הַסְכֵּת וּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל מַה לְּהַלָּן בְּהַסְכֵּת אַף כָּאן בְּהַסְכֵּת. אִישָּׁתֵיק וְלָא א"ל וְלָא מִידֵי. א"ל מִידֵּי שְׁמִיעַ לָךְ בְּהָא א"ל הָכִי א"ר יוֹחָנָן בְּטֵלִים מִמְּלַאכְתָּן וְקוֹרִין. וְהָתַנְיָא בּ"ה אוֹמְרִים עוֹסְקִין בִּמְלַאכְתָּן וְקוֹרִין. לָא קַשְׁיָא כָּאן בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן וְכָאן בְּפֶרֶק שֵׁנִי. הַאי פֵּירוּקָא לְדִבְרֵי ר' יוֹחָנָן הוּא דס"ל דְּבָעֵי כַּווָּנָה בְּכוּלֵּיהּ פֶּרֶק רִאשׁוֹן כִּדְכָתְבִינַן לְעֵיל סִי' ג' אֲבָל לְרָבָא לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֲיָא כַּווָּנָה בְּכוּלֵּיהּ פֶּרֶק רִאשׁוֹן הוּא דְּאָמַר דִּבְטֵלִין מִמְּלַאכְתָּן. אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא לְשַׁוְיָה לָהּ עֲרַאי הוּא כִּי הָא דְּגָרְסִינַן בפ"ק דְּיוֹמָא דַּף יט: אָמַר ר' יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע לֹא יִרְמֹוז בְּעֵינָיו וְלֹא יִקְרֹוץ בִּשְׂפָתָיו וְלֹא יוֹרֶה בְּאֶצְבְּעוֹתָיו. וְהָתַנְיָא ר"א בֶּן חַסָּמָא אוֹמֵר הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וּמְרַמֵּז בְּעֵינָיו וּמְקָרֵץ בִּשְׂפָתָיו וּמַרְאֶה בְּאֶצְבְּעוֹתָיו עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר וְלֹא אֹותִי קָרָאתָ יַעֲקֹב וְאוֹקֵימְנָא לָהּ בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן וּפֵירְשׁוּ לָהּ רַבָּנָן מִשּׁוּם דִּמְשַׁוֵּי לֵיהּ עֲרַאי. הָכִי נָמֵי אִי לָאו בְּטֵלִים מִמְּלָאכָה קָא מְשַׁוֵּי לֵיהּ עֲרַאי. דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי קַשְׁיָא דְּרָבָא אַדְּרָבָא דְּהָתָם אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּר"מ וְהָכָא קָאָמַר דְּבָעֵי כַּוָּונָה בְּכוּלֵּיהּ פֶּרֶק רִאשׁוֹן. אֶלָּא לָאו ש"מ כִּדְאָמְרִינַן כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּיקְשֵׁי דְּרָבָא אַדְּרָבָא. כְּלָלָא דְּמִילְּתָא לְעִנְיַן כַּווָּנָה בָּעֵינַן פָּסוּק רִאשׁוֹן וְהַיְינוּ שְׁמַע. וּלְעִנְיַן דְּלָא לְשַׁוְויָה עֲרַאי בָּעֵינַן כּוּלֵּיהּ פִּירְקָא. גָּרְסִינַן בְּיוֹמָא דַּף יט: ת"ר וְדִבַּרְתָּ בָּם. בָּם וְלֹא בִּתְפִלָּה וְדִבַּרְתָּ בָּם. בָּם יֵשׁ לְךָ רְשׁוּת לְדַבֵּר וְלֹא בִּדְבָרִים אֲחֵרִים. וְדִבַּרְתָּ בָּם עֲשֵׂה אוֹתָם קֶבַע:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : les ouvriers lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de maçonnerie, et ils prient au sommet de l'olivier et au sommet du figuier ; sur tous les autres arbres, ils descendent en bas et prient. Et le maître de maison, dans un cas comme dans l'autre, descend et prie, parce que son esprit n'est pas posé sur lui. Il en ressort que, sans cela, il pourrait prier là-haut. Cela ne ressemble pas à ce que nous avons dit plus haut (Berakhot 10b) : que l'homme ne se tienne ni sur une chaise, ni sur un escabeau, ni sur un lieu élevé pour prier ; car du moment qu'il monte à l'arbre pour y faire un travail, il est comme un homme qui monte à l'étage et peut prier, sinon que son esprit n'est pas posé sur lui. Le Yerouchalmi demande : pourquoi au sommet de l'olivier ou au sommet du figuier ? Rabbi Abba et Rabbi Simon disent tous deux : parce que la peine y est grande. Rav Mari, fils de la fille de Chmouel, opposa à Rava : nous avons appris « les ouvriers lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise », donc nous n'exigeons pas de kavana ; et on a enseigné au contraire : Rabbi Chimon ben Yossi dit : celui qui lit le Chema doit y appliquer son cœur, ainsi qu'il est dit « écoute, Israël », et il est dit ailleurs « fais silence et écoute, Israël » ; de même que là-bas dans le silence, de même ici dans le silence. Il se tut et ne lui répondit rien. Il lui dit : as-tu entendu quelque chose là-dessus ? Il lui répondit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan, ils cessent leur travail et lisent. Mais on a enseigné : Beit Hillel disent qu'ils poursuivent leur travail et lisent ! Il n'y a pas de difficulté : ici pour le premier passage, là pour le second passage. Cette résolution vaut pour Rabbi Yo'hanan, qui tient qu'il faut de la kavana durant tout le premier passage, comme nous l'avons écrit plus haut, siman 3 ; mais pour Rava, ce qui le fait dire qu'ils cessent leur travail n'est pas l'exigence de kavana durant tout le premier passage, mais le fait de ne pas en faire une chose occasionnelle (arai). Ainsi que nous l'apprenons au premier chapitre de Yoma (19b) : Rabbi Yitshak bar Chmouel bar Marta a dit au nom de Rav : celui qui lit le Chema ne fera pas de signe des yeux, ne fera pas de signe des lèvres et ne montrera pas du doigt. Et on a enseigné : Rabbi Elazar ben Hisma dit : celui qui lit le Chema en faisant signe des yeux, en signant des lèvres et en montrant du doigt, de lui le verset dit « et ce n'est pas Moi que tu as appelé, Yaakov ». Nous l'avons établi pour le premier passage, et les maîtres l'ont expliqué parce qu'il en fait une chose occasionnelle. Ici de même : s'ils ne cessaient pas leur travail, il en ferait une chose occasionnelle. Car si tu ne dis pas ainsi, il y a une contradiction entre Rava et Rava : là-bas Rava a dit que la halakha est comme Rabbi Meir, et ici il dirait qu'il faut de la kavana durant tout le premier passage. Il faut donc en conclure comme nous l'avons dit, afin qu'il n'y ait pas de contradiction entre Rava et Rava. La règle de la chose : pour la kavana, nous l'exigeons au premier verset, c'est-à-dire le Chema ; et pour ne pas en faire une chose occasionnelle, nous l'exigeons durant tout le passage. Nous lisons dans Yoma (19b) : nos maîtres ont enseigné, « et tu parleras d'eux » : d'eux, et non dans la tefila ; « et tu parleras d'eux » : d'eux tu as permission de parler, et non d'autres choses ; « et tu parleras d'eux » : fais-en une chose fixe.
💡 Explication

La beraita étend la règle à tout support qui élève, même faible. La raison donnée est de fond : ein gavhout lifnei ha-Makom, l'élévation physique n'a pas de sens devant Hachem, et la posture doit traduire l'état de demande.

🖼️ Schéma
Quatre règles de Rabbi Yossi bar Hanina au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov 1. Hospitalité accueillir un talmid 'hakham vaut les temidim 2. Lieu bas ni chaise, ni escabeau, ni lieu élevé Ps. 130, 1 et 102, 1 3. Pieds joints l'un contre l'autre à la manière des anges Ez. 1, 7 4. Prier avant lo tokhelou al ha-dam ne pas manger avant d'avoir prié Ce que les quatre ont en commun chacune traduit dans un geste concret une position intérieure : l'effacement devant Hachem la posture du corps, la place du repas et l'accueil de l'étude sont traités comme des éléments de la tefila la seconde version de la dernière règle en fait une question d'orgueil : ve-oti hichlakhta aharei gavekha
Les quatre enseignements transmis au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov.
28
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת רַגְלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְרַגְלֵיהֶם רֶגֶל יְשָׁרָה״.

Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : celui qui prie doit joindre ses pieds, ainsi qu'il est dit : « et leurs pieds étaient un pied droit » (Ez. 1, 7).

📜 Rachi (2)
יְכַוֵּין אֶת רַגְלָיו זוֹ אֵצֶל זוֹ:
L'un contre l'autre.
וְרַגְלֵיהֶם רֶגֶל יְשָׁרָה נִרְאִין כְּרֶגֶל אֶחָד:
Ils paraissent comme un seul pied.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּן רַגְלָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה, כִּי בִּתְפִילָּה נִתְקְנָה סֵדֶר קְדֻושָּׁה מְעֻומָּד, וְזוֹ הִיא שֶׁל הַמַּלְאָכִים שֶׁנִּתְקַן לָהֶם רְשׁוּת בָּהּ, וְזָכִינוּ גַּם אֲנַחְנוּ לַעֲשׂוֹת, וכמ"ש נַקְדִּישָׁךְ וְנַעֲרִיצָךְ כְּנֹועַם שִׂיחַ סוֹד שָׂרְפִי קֹדֶשׁ, לְכָךְ צְרִיכִים אֲנַחְנוּ לְהִדָּמוֹת עַצְמֵנוּ לָהֶם וְזֶה פָּשׁוּט. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש בְּיַלְקוּט רְאוּבֵנִי פ' בְּרֵאשִׁית, דְּאֶצְבְּעוֹת רַגְלַיִם מוֹרִין עַל מַתָּנוֹת טְמֵאוֹת, לְכָךְ הַמַּלְאָכִים שֶׁאֵין לָהֶם יֵצֶר הָרַע רַגְלֵיהֶם יְשָׁרָה שֶׁאֵין לָהֶם אֶצְבָּעוֹת רַגְלַיִם, יְעַיֵּין שָׁם, וְלָכֵן בִּתְפִלַּת הָעֲמִידָה שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לְגָרֵשׁ הַיֵּצֶר הָרַע מְקָרְבוֹ לְגַמְרֵי, לְכָךְ גַּם הוּא יְכַוֵּין רַגְלָיו לְהִדָּמוֹת בָּזֶה לַמַּלְאָכִים. אוֹ יוּבָן בס"ד הָרַגְלַיִם הֵם נֶצַח שֶׁהוּא קַו הַחֶסֶד, וְהוֹד שֶׁהוּא קַו הַגְּבוּרָה, לְכָךְ יַשְׁוֶה אוֹתָם, לִרְמֹוז עַל מִיתּוֹקַם וְחִיבּוּרָם זֶה עִם זֶה, וְזֶהוּ הַטַּעַם שֶׁצָּרִיךְ לִהְיוֹת יָדָיו זוֹ עַל גַּבֵּי זוֹ, כִּי הַיָּדַיִם הֵם חו"ג, וּבָא ריב"ח לְחַדֵּשׁ שֶׁגַּם בָּרְגָלִים יַעֲשֶׂה כֵּן.
« Celui qui prie doit joindre ses pieds. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, en voici la raison : dans la prière on a institué l'ordre de la kedoucha debout, et c'est celle des anges, à qui il a été donné permission en elle, et nous avons mérité de la dire nous aussi, comme nous disons « nous Te sanctifierons et Te vénérerons selon la douceur de la parole du sod des séraphim de sainteté » ; il nous faut donc nous rendre semblables à eux, et cela est simple. Il me paraît encore, avec l'aide du Ciel, selon ce qui est écrit dans le Yalkout Reouveni, paracha Berechit, que les orteils des pieds indiquent des dons impurs ; c'est pourquoi les anges, qui n'ont pas de yetser hara, ont « un pied droit », n'ayant pas d'orteils, voir là-bas. Aussi, dans la tefilat haamida, où l'homme doit chasser entièrement le yetser hara du dedans de lui, il joint lui aussi ses pieds afin de se rendre semblable en cela aux anges. Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel : les pieds sont Netsa'h, qui est la ligne du 'hessed, et Hod, qui est la ligne de la guevoura ; il les égalise donc pour indiquer leur adoucissement et leur union l'un avec l'autre. Telle est aussi la raison pour laquelle ses mains doivent être l'une sur l'autre, car les mains sont 'hessed et guevoura ; et Rabbi Yossi bar Hanina vient enseigner qu'avec les pieds aussi on fera de même.
29
(אָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן) וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: מַאי דִכְתִיב, ״לֹא תֹאכְלוּ עַל הַדָּם״ — לֹא תֹאכְלוּ קֹודֶם שֶׁתִּתְפַּלְּלוּ עַל דַּמְכֶם.

(Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan) et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : que signifie ce qui est écrit, « vous ne mangerez pas sur le sang » (Lev. 19, 26) ?

Ne mangez pas avant d'avoir prié sur votre sang.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא תֹאכְלוּ קֹודֶם שֶׁתִּתְפַּלְּלוּ עַל דַּמְכֶם. קָשֶׁה הֵיכָא רְמִיזָא הַתְּפִילָּה בְּפָסוּק זֶה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש בִּמְגִילָּה דַּף ל"ב וְאֶת כָּל בֵּית גָּדוֹל שָׂרַף בָּאֵשׁ מָקוֹם שֶׁמְּגַדְּלִים בּוֹ תְּפִילָּה, דִּכְתִיב (מ"ב ח' ד') אֵת כָּל הַגְּדֹלוֹת אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלִישָׁע עַייֵּן שָׁם, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (דְּבָרִים לב, ג') כִּי שֵׁם ה' אֶקְרָא הָבוּ גֹדֶל לֵא-לֹהֵינוּ, פֵּירוּשׁ שֵׁם הַמְפֹורָשׁ אֶקְרָא, הָבוּ גָּדֵל זוֹ תְּפִילָּה לֵא-לֹהֵינוּ, כִּי אָז הוּא עֵת רָצוֹן בְּהַזְכָּרַת שֵׁם מְפֹורָשׁ, נִמְצָא לְשׁוֹן גָּדֵל יִתְפָּרֵשׁ עַל תְּפִילָּה, וְהִנֵּה קֹודֶם אוֹתִיּוֹת הַדָּם יֵשׁ אוֹתִיּוֹת גָּדֵל שֶׁהוּא לְשׁוֹן תְּפִילָּה, וְלָזֶה אָמַר (וַיִּקְרָא יט, כו) לֹא תֹאכְלוּ עַל הַדָּם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא תֹּאכְלוּ קֹודֶם הַתְּפִילָּה, שֶׁהִיא רְמוּזָה בָּאוֹתִיּוֹת שֶׁהֵם עַל אוֹתִיּוֹת הַדָּם. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מ"ש הָרַב חִידָ"א זַ"ל בד"ל הָאוֹכֵל מַאֲכָל הַרְבֵּה גּוֹרֵם דְּאוֹת וָא"ו שֶׁל וֶשֶׁט מִתְאָרֵךְ לִהְיוֹת נוּ"ן פְּשׁוּטָה, וְאָז וֶשֶׁט נַעֲשֶׂה שָׂטָן , עַייֵּן שָׁם, וְהִנֵּה בֵּין מִסְפַּר וֶשֶׁט [315] וּבֵין מִסְפַּר שָׂטָן [359] יֵשׁ מִסְפַּר דָּם [44] , כִּי הַוָּא"ו נוֹסָף מִסְפַּר דָּם וְנַעֲשָׂה נוּ"ן, וְאִם רִבּוּי אֲכִילָה גּוֹרֵם לַעֲשׂוֹת הַוָּא"ו אוֹת נוּ"ן, כָּל שֶׁכֵּן שֶׁגּוֹרֵם קְדִימַת הָאֲכִילָה לִתְפִילָּה שֶׁהוּא דָּבָר אִסּוּר, שֶׁיִּתְאָרֵךְ הַוָּא"ו וְיִהְיֶה נוּ"ן, וְלָזֶה אָמַר לֹא תֹאכְלוּ עַל הַדָּם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא תֹּאכְלוּ קֹודֶם תְּפִילָּה שֶׁבָּזֶה אַתֶּם מוֹסִיפִים עַל וָא"ו דְּוֶשֶׁט מִסְפַּר דָּם .
« Ne mangez pas avant d'avoir prié sur votre sang. » Difficulté : où la prière est-elle donc suggérée dans ce verset ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, selon ce qui est dit dans Meguila, folio 32 : « et toute grande maison il brûla par le feu », un lieu où l'on grandit (megadelim) la prière, comme il est écrit « toutes les grandes choses (guedolot) qu'a faites Elicha » (II Rois 8, 4), voir là-bas. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « quand j'invoquerai le Nom de Hachem, rendez grandeur (godel) à notre D.ieu » (Deut. 32, 3) : j'invoquerai le Nom explicite ; « rendez grandeur », c'est la prière à notre D.ieu, car alors, à la mention du Nom explicite, c'est un temps de faveur. Il se trouve que le terme godel s'interprète de la prière. Or, avant les lettres de ha-dam se trouvent les lettres guimel, dalet, lamed, qui expriment la prière ; c'est pourquoi il est dit « vous ne mangerez pas sur le sang » (Lev. 19, 26), c'est-à-dire ne mangez pas avant la prière, laquelle est suggérée par les lettres qui précèdent les lettres de ha-dam. Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit Rav Hida, de mémoire bénie : celui qui mange beaucoup fait que le vav du mot vechet (oesophage) s'allonge et devienne un noun final, et alors vechet devient satan, voir là-bas. Or entre le nombre de vechet [315] et celui de satan [359] il y a le nombre de dam [44], car par l'ajout au vav du nombre de dam il devient un noun. Et si l'excès de nourriture fait du vav un noun, à plus forte raison le fait de manger avant la prière, chose interdite, fait-il que le vav s'allonge et devienne un noun. C'est ce qui est dit « vous ne mangerez pas sur le sang » : ne mangez pas avant la prière, car par là vous ajoutez au vav de vechet le nombre de dam.
💡 Explication

Le verset, qui vise à l'origine une pratique idolâtre, est relu en jouant sur al ha-dam : ne pas manger avant d'avoir prié sur son propre sang, c'est-à-dire sur sa vie.

30
אִיכָּא דְאָמְרִי: אָמַר רַבִּי יִצְחָק, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה, וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וְאֹתִי הִשְׁלַכְתָּ אַחֲרֵי גַוֶּךָ״, אַל תִּקְרֵי ״גֵּוֶיךָ״ אֶלָּא ״גֵּאֶיךָ״. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לְאַחַר שֶׁנִּתְגָּאָה זֶה קִבֵּל עָלָיו מַלְכוּת שָׁמַיִם.

Certains disent : Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, qui a dit au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov : quiconque mange et boit puis prie, l'Écriture dit de lui : « et Moi, tu M'as rejeté derrière ton dos (gavekha) » (I Rois 14, 9) ; ne lis pas « ton dos » mais « ton orgueil » (gueekha). Le Saint béni soit-Il a dit : après que celui-ci se soit enorgueilli, il accepte sur lui le joug du Ciel.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְאַחַר שֶׁנִּתְגָּאָה זֶה קִבֵּל עָלָיו עֹל מַלְכוּת שָׁמַיִם? מַה שַׁיָּיכוּת לְגַאֲוָה בְּדָבָר זֶה שֶׁאָכַל קֹודֶם תְּפִילָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַטַּעַם שֶׁצָּרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל, כְּדֵי לְהַרְאוֹת שֶׁהוּא אֵין לוֹ אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, וְלֹא מָמוֹן לִקְנוֹת בּוֹ דָּבָר אֶלָּא הַכֹּל בָּא לוֹ מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ, מָשָׁל לְאָדָם שֶׁקָּצַב לוֹ הַמֶּלֶךְ פְּרָס לְצֹורֶךְ הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ, וְהָיָה נוֹתְנוֹ לוֹ בִּתְחִלַּת הַשָּׁנָה, וְהוּא מִתְפַּרְנֵס מִמֶּנּוּ בְּכָל יוֹם, אַךְ דַּרְכּוֹ בְּכָל יוֹם כְּשֶׁיָּצָא לַשּׁוּק לִקְנוֹת אֲכִילָה אוֹ מַלְבּוּשׁ וְכַיּוֹצֵא, תְּחִילַּת הַכֹּל יֵלֵךְ לַחֲצַר הַמֶּלֶךְ, וְיַעֲמוֹד שָׁם חָמֵשׁ רְגָעִים, וְאַחַר כָּךְ יֵלֵךְ לַשּׁוּק וְיִקְנֶה וְיָבֹא לְבֵיתוֹ, אָמַר לוֹ חֲבֵירוֹ לָמָּה אַתָּה מַטְרִיחַ עַצְמְךָ בְּכָל יוֹם עַל חִנָּם, אָמַר לוֹ אַף עַל פִּי שֶׁאֲנִי מוֹצִיא מָעוֹת מִכִּיסַי וְקוֹנֶה בָּהֶם צָרְכֵי בַּיִת, מִכָּל מָקוֹם אֵלּוּ אֵינָם שֶׁלִּי אֶלָּא מִשֶּׁל מֶלֶךְ שֶׁנָּתַן לִי בִּתְחִילַּת הַשָּׁנָה, אַךְ בֶּאֱמֶת אֲנִי וְאַשְּׁתֵי וּבְנֵי רוֹאִין שֶׁאֲנִי מוֹצִיא מָעוֹת מִכִּיסַי, וִידַמֶּה מִשֶּׁלִּי הֵם, לְכָךְ אֲנִי עוֹשֶׂה כֵּן לֵילֵךְ קֹודֶם שֶׁאֶקְנֶה לַחֲצַר הַמֶּלֶךְ, כְּדֵי שֶׁאֵדַע אֲנִי וְאַנְשֵׁי בֵּיתִי וְנִזְכֹּור כָּל עֵת שֶׁאֲנַחְנוּ אוֹכְלִים וְשׁוֹתִין וְלוֹבְשִׁין מִכִּיס הַמֶּלֶךְ. וְכֵן הַנִּמְשָׁל , לְכָךְ הָאָדָם צָרִיךְ לָבֹא כָּל יוֹם עֶרֶב וָבֹקֶר וְצָהֳרַיִם לַחֲצַר הַמֶּלֶךְ, הִיא בֵּית הַכְּנֶסֶת, לְהִתְפַּלֵּל עַל צְרָכָיו, לְהַרְאוֹת אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מוֹצִיא הַמָּעוֹת מִכִּיסוֹ וְתֵיבָתוֹ לְצֹורֶךְ פַּרְנָסָתוֹ, לֹא מִשֶּׁלּוֹ הֵם אֶלָּא מִשֻּׁולְחַן גָּבוֹהַּ בָּא לוֹ, וְעַל יְדֵי זִכָּרוֹן זֶה לֹא יִהְיֶה הָאָדָם כָּפוּי טוֹבָה, וְלָכֵן זֶה שֶׁאָכַל קֹודֶם תְּפִילָּה שֶׁבִּיטֵּל זִכָּרוֹן וְהוֹכָחָה זוֹ, נִמְצָא כְּאִלּוּ הוּא חוֹשֵׁב שֶׁמִּכּוֹחוֹ וְעוֹצֵם יָדוֹ אָכַל וְשָׁתָה, וּלְכָךְ אוֹמֵר עָלָיו הקב"ה לְאַחַר שֶׁנִּתְגָּאָה זֶה, שֶׁחָשַׁב עַצְמוֹ שֶׁאָכַל מִשֶּׁלּוֹ, בָּא לְקַבֵּל עָלָיו מַלְכוּת שָׁמַיִם בִּתְפִילָּה, שֶׁמַּרְאֶה עַצְמוֹ בִּתְפִילָּתוֹ שֶׁמִּיָּדוֹ יִתְבָּרֵךְ הַכֹּל. אוֹ יוּבָן בס"ד, כִּי הָאָדָם יֵשׁ בּוֹ נֶפֶשׁ חֵלֶק אֱלוֹהַּ מִמַּעַל, שֶׁמְּזוֹן שֶׁלָּהּ הוּא מִן קוֹל תְּפִילָּה, וְיֵשׁ לוֹ גּוּף שֶׁהוּא חֵלֶק גַּשְׁמִי, שֶׁמְּזוֹן שֶׁלּוֹ אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, וְהִנֵּה בִּשְׁבִיל כְּבוֹדוֹ יִתְבָּרֵךְ צָרִיךְ לְהַקְדִּים מְזוֹן הַנֶּפֶשׁ בְּקוֹל תְּפִילָּה, וּלְכָךְ זֶה שֶׁאָכַל קֹודֶם, אוֹמֵר עָלָיו לְאַחַר שֶׁנִּתְגָּאָה זֶה לְכַבֵּד חֶלְקוֹ הַגַּשְׁמִי יוֹתֵר מֵחֶלְקוֹ הָרוּחָנִי שֶׁהוּא נֶפֶשׁ הַקְּדוֹשָׁה, שֶׁאָכַל מְזוֹן חֵלֶק הַגּוּף, וְהִנִּיחַ חֶלְקִי בָּאַחֲרוֹנָה.
« Après que celui-ci se soit enorgueilli, il accepte sur lui le joug du Ciel. » Quel rapport y a-t-il entre l'orgueil et le fait d'avoir mangé avant la prière ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il faut prier avant de manger est de montrer qu'il n'a par lui-même ni nourriture ni boisson, ni argent pour acheter quoi que ce soit, mais que tout lui vient de Lui, béni soit-Il. Parabole : un roi fixa à un homme une pension pour toute l'année et la lui donnait au début de l'année, et il en vivait chaque jour ; or il avait coutume, chaque jour en sortant au marché pour acheter de la nourriture, un vêtement ou autre chose, d'aller d'abord à la cour du roi, d'y rester cinq minutes, puis d'aller au marché, d'acheter et de rentrer chez lui. Son compagnon lui dit : pourquoi te donnes-tu chaque jour cette peine pour rien ? Il lui répondit : bien que je sorte de l'argent de ma bourse et que j'achète avec lui les besoins de la maison, cet argent appartient au roi, qui me l'a donné au début de l'année ; mais en vérité, moi, ma femme et mes enfants voyons que je sors l'argent de ma bourse, et il semblerait qu'il soit à moi. Je fais donc ainsi, aller à la cour du roi avant d'acheter, afin que je sache, moi et les gens de ma maison, et que nous nous souvenions à chaque instant que nous mangeons, buvons et nous vêtons de la bourse du roi. Ainsi en va-t-il du nimchal : l'homme doit venir chaque jour, soir, matin et midi, à la cour du roi, qui est la synagogue, pour prier sur ses besoins, afin de montrer que, bien qu'il sorte l'argent de sa bourse et de son coffre pour sa subsistance, cet argent appartient à la table d'en haut d'où il lui vient ; et par ce souvenir l'homme ne sera pas ingrat. Celui-là donc, qui a mangé avant la prière, a annulé ce souvenir et cette démonstration ; il se trouve que c'est comme s'il pensait que c'est par sa force et la puissance de sa main qu'il a mangé et bu. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il dit de lui : après que celui-ci se soit enorgueilli, ayant pensé qu'il mangeait de son bien, il vient accepter sur lui le joug du Ciel par la prière, où il se montre lui-même comme si tout venait de Sa main, béni soit-Il. Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel : l'homme a en lui une nefech, part de D.ieu d'en haut, dont la nourriture est la voix de la prière, et il a un corps, part matérielle, dont la nourriture est le manger et le boire. Pour Son honneur, béni soit-Il, il faut faire précéder la nourriture de la nefech par la voix de la prière ; c'est pourquoi de celui-là, qui a mangé d'abord, il est dit : après que celui-ci se soit enorgueilli, en honorant sa part matérielle plus que sa part spirituelle, qui est la nefech sainte, mangeant la nourriture de la part du corps et laissant Ma part en dernier.
💡 Explication

La seconde version déplace la faute : manger d'abord revient à se servir soi-même avant de reconnaître la royauté d'en haut. Le al tikri transforme le dos du verset en orgueil.

31
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר עַד שָׁלֹשׁ שָׁעוֹת. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

« Rabbi Yehochoua dit : jusqu'à trois heures » (michna). Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehochoua.

32
הַקּוֹרֵא מִכָּאן וְאֵילָךְ, לֹא הִפְסִיד.

« Celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu » (michna).

33
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עֻוקְבָא: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יֹאמַר יוֹצֵר אוֹר.

Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : à condition qu'il ne dise pas « yotser or ».

💡 Explication

Selon cette lecture, la michna sauve la lecture elle-même, comparée à l'étude de la Tora, mais non les berakhot du Chema, qui sont liées à l'heure.

34
מֵיתִיבִי: הַקּוֹרֵא מִכָּאן וְאֵילָךְ לֹא הִפְסִיד, כְּאָדָם שֶׁהוּא קוֹרֵא בַּתּוֹרָה, אֲבָל מְבָרֵךְ הוּא שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וְאַחַת לְאַחֲרֶיהָ. תְּיוּבְתָּא דְּרַב חִסְדָּא, תְּיוּבְתָּא.

On objecte : celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu, il est comme un homme qui lit dans la Tora, mais il récite deux berakhot avant et une après. Réfutation de Rav Hisda, réfutation.

35
אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עֻוקְבָא: מַאי ״לֹא הִפְסִיד״ — שֶׁלֹּא הִפְסִיד בְּרָכוֹת. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַקּוֹרֵא מִכָּאן וְאֵילָךְ לֹא הִפְסִיד כְּאָדָם שֶׁקּוֹרֵא בַּתּוֹרָה, אֲבָל מְבָרֵךְ הוּא שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וְאַחַת לְאַחֲרֶיהָ.

Certains disent : Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : que signifie « il n'a rien perdu » ? Qu'il n'a pas perdu les berakhot.

Cela a été enseigné de même : celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu, il est comme un homme qui lit dans la Tora, mais il récite deux berakhot avant et une après.

💡 Explication

La seconde version renverse la première : la formule lo hifsid porte précisément sur les berakhot, qui restent dues. La beraita, qui réfutait la première version, devient ici son appui.

🖼️ Schéma
Deux versions de Rav Hisda sur lo hifsid Michna : celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu Version 1 il n'a pas perdu la lecture, mais il ne dit pas yotser or réfutée par la beraita Version 2 lo hifsid vise les berakhot : il ne les a pas perdues confirmée par la même beraita La beraita commune aux deux versions il est comme un homme qui lit dans la Tora, mais il récite deux berakhot avant et une après
La même beraita réfute la première version et confirme la seconde.
36
אָמַר רַבִּי מַנִּי: גָּדוֹל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע בְּעוֹנָתָהּ יוֹתֵר מֵהָעוֹסֵק בְּתוֹרָהּ. מִדְּקָתָנֵי: הַקּוֹרֵא מִכָּאן וְאֵילָךְ לֹא הִפְסִיד כְּאָדָם הַקּוֹרֵא בְּתוֹרָהּ. מִכְּלָל דְּקוֹרֵא בְּעוֹנָתָהּ — עָדִיף.

Rabbi Mani a dit : celui qui lit le Chema à son heure est plus grand que celui qui étudie la Tora, car il est enseigné : celui qui lit à partir de ce moment n'a rien perdu, il est comme un homme qui lit dans la Tora ; il en ressort que celui qui lit à son heure vaut davantage.

🗂️ Tossefot (1)
גָּדוֹל הַקּוֹרֵא ק"ש בְּעוֹנָתָהּ יוֹתֵר מֵהָעוֹסֵק בְּתוֹרָהּ תֵּימַהּ אפ' תְּפִלָּה נָמֵי דְּהָא אָמְרִינַן פ"ק דְּשַׁבָּת ( ד' יא.) כְּגוֹן אֲנַן מַפְסִיקִין בֵּין לק"ש בֵּין לִתְפִלָּה. וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר יוֹתֵר מֵהָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה פַּעַם אַחֶרֶת שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת ק"ש. אֲבָל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה בִּשְׁעַת ק"ש לָא מַיְירֵי ואפ' בִּתְפִלָּה פּוֹסֵק:
Étonnant : la tefila aussi devrait être concernée, car nous disons au premier chapitre de Chabbat (11a) : des gens comme nous interrompent aussi bien pour le Chema que pour la tefila. On peut répondre : voici ce qu'il veut dire, plus grand que celui qui étudie la Tora à un autre moment, hors de l'heure du Chema ; mais de celui qui étudie la Tora à l'heure même du Chema il ne parle pas, et celui-là interrompt même pour la tefila.
💡 Explication

L'argument est une déduction de la comparaison de la michna : si le lecteur tardif équivaut à celui qui étudie, celui qui lit à l'heure lui est supérieur, accomplissant à la fois l'étude et la mitsva du Chema.

37
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: בָּעֶרֶב — כָּל אָדָם יַטֶּה וְיִקְרָא. וּבַבֹּקֶר יַעֲמוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ״.

Michna. Beit Chamai disent : le soir, tout homme doit s'incliner et lire ; et le matin, il doit se tenir debout, ainsi qu'il est dit : « et quand tu te couches et quand tu te lèves » (Deut.

6, 7).

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' יַטֶּה עַל צִדּוֹ:
Qu'il s'incline : sur le côté.
יַעֲמוֹד דִּכְתִיב וּבְקוּמֶךָ:
Qu'il se tienne debout : car il est écrit « et quand tu te lèves ».
בְּשָׁכְבְּךָ דֶּרֶךְ שְׁכִיבָה:
Quand tu te couches : à la manière du coucher.
💡 Explication

Beit Chamai lisent les mots be-chokhbekha ou-ve-koumekha comme une prescription de posture : se coucher le soir, se tenir debout le matin.

🖼️ Schéma
Beit Chamai et Beit Hillel : posture ou moment Beit Chamai be-chokhbekha ou-ve-koumekha indique la posture le soir : s'incliner sur le côté le matin : se tenir debout Beit Hillel ou-ve-lekhtekha va-derekh chacun lit selon sa manière les deux mots indiquent l'heure : quand les gens se couchent, quand ils se lèvent Le cas de Rabbi Tarfon il était en chemin, s'arrêta et s'inclina pour lire selon Beit Chamai, et se mit en danger à cause des brigands réponse des sages : tu méritais d'en répondre sur toi-même, pour avoir transgressé les paroles de Beit Hillel
La mahloket sur la posture du Chema et le précédent de Rabbi Tarfon.
38
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כָּל אָדָם קוֹרֵא כְּדַרְכּוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר ״וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ״.

Et Beit Hillel disent : chacun lit selon sa manière, ainsi qu'il est dit : « et quand tu marches sur le chemin » (Deut. 6, 7).

📜 Rachi (1)
כְּדַרְכּוֹ אוֹ בְּקִימָה אוֹ בִּשְׁכִיבָה אוֹ בִּישִׁיבָה אוֹ מְהַלֵּךְ:
Selon sa manière : soit debout, soit couché, soit assis, soit en marchant.
39
אִם כֵּן לָמָּה נֶאֱמַר ״וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ״ — בְּשָׁעָה שֶׁבְּנֵי אָדָם שׁוֹכְבִים וּבְשָׁעָה שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים.

Si oui, pourquoi est-il dit « et quand tu te couches et quand tu te lèves » ? À l'heure où les hommes se couchent et à l'heure où les hommes se lèvent.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' ב"ש אוֹמְרִים בָּעֶרֶב יַטֶּה וְיִקְרָא וּבַבֹּקֶר יַעֲמוֹד שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים כָּל אָדָם קוֹרֵא כְּדַרְכּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וּבְלֶכְתְּךָ בִּדְרֹךְ אִם כֵּן לָמָּה נֶאֱמַר וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ. בְּשָׁעָה שֶׁדֶּרֶךְ בְּנֵי אָדָם שׁוֹכְבִים וּבְשָׁעָה שֶׁדֶּרֶךְ בְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים:
Michna. Beit Chamai disent : le soir, qu'il s'incline et qu'il lise ; et le matin, qu'il se tienne debout, ainsi qu'il est dit « et quand tu te couches et quand tu te lèves ». Et Beit Hillel disent : chacun lit selon sa manière, ainsi qu'il est dit « et quand tu marches sur le chemin ». Si oui, pourquoi est-il dit « et quand tu te couches et quand tu te lèves » ? À l'heure où les hommes ont coutume d'être couchés et à l'heure où les hommes ont coutume d'être debout.
💡 Explication

Pour Beit Hillel, les deux mots fixent le moment de la lecture, non la position du corps. Le verset « et quand tu marches sur le chemin » exclut d'y voir une exigence de posture, puisqu'on y est ni couché ni debout.

40
אָמַר רַבִּי טַרְפוֹן: אֲנִי הָיִיתִי בָּא בַּדֶּרֶךְ וְהִטֵּתִי לִקְרוֹת כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וְסִכַּנְתִּי בְּעַצְמִי מִפְּנֵי הַלִּסְטִים.

Rabbi Tarfon a dit : je venais en chemin, et je me suis incliné pour lire selon les paroles de Beit Chamai, et je me suis mis en danger à cause des brigands.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מוּטָב דְּאָמֵינָא לְהוּ, אִנְּשַׁאי יוֹנָה דְּדַהֲבָא. נִרְאֶה לִי בס"ד לֹא הוֹצִיא שֶׁקֶר חָס וְחָלִילָה אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ עַל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ד' בְּרָכוֹת, רִאשׁוֹנָה הַזָּן מִתְּחִלָּה בְּאוֹת הֵ"א דְּיוּנ ה , שְׁנִיָּה בִּרְכַּת הָאָרֶץ מִתְּחִלַּת נוֹדֶה לְךָ הוּא נוּ"ן דְּיוֹ נ ה, שְׁלִישִׁית נִקְרֵאת עַל שֵׁם יְרוּשָׁלִַם שֶׁיֵּשׁ בְּשֵׁם זֶה 'שִׁשָּׁה אוֹתִיּוֹת', כִּי יְרוּשָׁלַיִם כְּתִיב בְּחַד יוֹ"ד וְזֶה אוֹת ואו"ו דַּי ו נה, וּרְבִיעִית הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב שֶׁעִיקַּר הַבְּרָכָה נִתְקְנָה בִּשְׁבִיל שְׁנֵי תֵּיבוֹת אֵלּוּ, הַטּוֹב שֶׁלֹּא הִסְרִיחוּ וְהַמֵּטִיב שֶׁנִּתְּנוּ לִקְבוּרָה כִּדְאָמַר לְעֵיל, וּב' תֵּיבוֹת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב הֵם 'עֲשָׂרָה אוֹתִיּוֹת', וְזוֹ הִיא אוֹת יוֹ"ד ד י וַנָּהּ, וְלָכֵן לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן כִּינָּה אוֹתָהּ בְּשֵׁם יוֹנָה . אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד הַגּוּף רוֹצֶה מְזוֹנוֹ וּסְעֻודָּתוֹ, וְהַנֶּפֶשׁ גַּם כֵּן רוֹצֶה מִזּוֹנָה, אַךְ הַגּוּף צוֹעֵק וְקוֹרֵא עַל מְזוֹנוֹ, וְאִי אֶפְשָׁר לָבֹא לִידֵי שִׁכְחָה מַה שֶׁאֵין כֵּן הַנֶּפֶשׁ אֵינָהּ צוֹעֶקֶת, וְיָדוּעַ כִּי הַנֶּפֶשׁ מְכֻונֵּית בְּשֵׁם יוֹנָה, כִּי הִיא מִסּוֹד הַמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת יוֹנָה, וְלָזֶה אָמַר אִנְּשַׁאי יוֹנָה דְּדַהֲבָא, שֶׁהַזָּהָב הוּא נֻוקְבָּא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שָׁכַחְתִּי מָזוֹן שֶׁלָּהּ, וְהֵם הֵבִינוּ הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן. וְהָא דְּאַשְׁכַּח אַרְנָקוֹ דְּזָהָב וְלֹא דְּכֶסֶף , נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ בֵּית שַׁמַּאי שֶׁרָשַׁם בְּמִידַּת הַגְּבוּרָה וּבֵית הִלֵּל בְּחֶסֶד, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הִלֵּל וְשַׁמַּאי דַּרְגִין דְּאַבְרָהָם וְיִצְחָק, וְלָכֵן בֵּית שַׁמַּאי תָּמִיד מַחְמִירִין, וּבֵית הִלֵּל מְקִילִּין , וְהַזָּהָב הוּא גְּבוּרָה, לָכֵן כֵּיוָן שֶׁרָצָה לְהַחְמִיר כִּסְבָרַת בֵּית שַׁמַּאי שֶׁשָּׁרְשָׁם בִּגְבוּרָה שֶׁהוּא סוֹד זָהָב אַשְׁכַּח אַרְנְקָא דְּדַהֲבָא, וְלָכֵן אוֹתוֹ תַּלְמִיד שֶׁרָצָה לְזַלְזֵל בִּסְבָרַת בֵּית שַׁמַּאי בְּמִידֵּי דְּלָא פְּלִיגִי עֲלַייְהוּ בֵּית הִלֵּל, שֶׁעָשָׂה בְּמֵזִיד שֶׁגַּם בֵּית הִלֵּל מוֹדִים בָּזֶה אֲכָלוֹ אַרְיֵה שֶׁהוּא בְּסוֹד הַגְּבוּרָה, כִּי אַרְיֵה [216] גֵּימַטְרְיָא גְּבוּרָה [216] כַּנּוֹדָע, וּמַה שֶׁהָיְתָה הַמְּצִיאָה אַרְנָקִי שֶׁהוּא כִּיס וְלֹא צְרוֹר שֶׁל זָהָב? כִּי אַרְנָקִי הוּא כִּיס דֻּוגְמַת כּוֹס לִרְמֹוז שֶׁזֶּה הָיָה שְׂכַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁטְּעוּנָה כּוֹס. בְּרַם בְּהַאי עֻובְדָּא מַקְשִׁים, מַה שֶׁנֶּאֱמַר מֵהַךְ דְּרַבִּי טִרְפוֹן שֶׁהִטָּה לִקְרוֹת כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי כִּדְאִיתָא לְעֵיל (דַּף י)? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָתָם מוֹכְחָא מִלְּתָא שֶׁעָבַר עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל, כֵּיוָן שֶׁהָיָה מְהַלֵּךְ כְּדֶרֶךְ וְעָמַד וְהִטָּה כְּדֵי לִקְרוֹת, אֲבָל הָכָא לֹא מוּכָח שֶׁחָזַר בִּשְׁבִיל הַבְּרָכָה, אֶלָּא אוּלַי שָׁכַח אֵיזֶה דָּבָר וְחָזַר לַהֲבִיאוֹ, וּשְׁכָחָהּ כָּזוֹ מְצוּיָה בְּעוֹבְרֵי דְּרָכִים, וַאֲפִילּוּ אִם לֹא נַעֲשָׂה לוֹ הַנֵּס וְלֹא הָיָה מוֹצֵא אַרְנָקִי וְהָיָה מְבָרֵךְ וְחוֹזֵר גַּם כֵּן לָא מִנַּכְרָא מִלְּתָא, דְּאִין הָכִי נָמֵי הוּא חָזַר בִּשְׁבִיל שֶׁשָּׁכַח חֵפֶץ וְלֹא מָצָא וְנִזְכַּר עַל הַבְּרָכָה וּבֵירַךְ שָׁם, וְעוֹד יֵשׁ בָּזֶה תֵּירוּץ פָּשׁוּט, דְּדַוְקָא אִם יַעֲשֶׂה כְּבֵית שַׁמַּאי מִשּׁוּרַת הַדִּין בָּזֶה יֵעָנֵשׁ שֶׁעָבַר עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל, אַךְ אִם הוּא יוֹדֵעַ וּמוֹדֶה שֶׁהַדִּין כְּבֵית הִלֵּל, וְאֵינוֹ מְכַוֵּוין לַעֲשׂוֹת כְּבֵית שַׁמַּאי אֶלָּא דֶּרֶךְ חֲסִידוּת וְחוּמְרָא וְלָאו מִשּׁוּרַת הַדִּין וְהַחִיּוּב, אֵין זֶה עוֹבֵר עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל וּבָרוּךְ יִהְיֶה, יַעַן שֶׁגַּם בֵּית הִלֵּל הֵם הָיוּ בְּכַמָּה דְּבָרִים מַחְמִירִים עַל עַצְמָם דַּוְקָא לַעֲשׂוֹת כְּבֵית שַׁמַּאי. וּבָזֶה נְתָרֵץ בס"ד קֻושְׁיַת מָהַרְשָׁ"א זַ"ל, שֶׁהִקְשָׁה אַמַּאי הָיָה צָרִיךְ לְהָבִיא כָּאן דְּרָשָׁה שֶׁל מִצְוֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶם, כִּי אִם הָיָה צָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר הַטַּעַם מִשּׁוּם דִּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל אַמְּתִילָא לְיוֹנָה, וְזֶה הַדָּבָר כְּבָר יָדוּעַ וְנִזְכַּר בְּכַמָּה מִקְרָאוֹת שֶׁקְּרָאָהּ יוֹנָה, וּמַה שֶׁתֵּרֵץ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל עַל זֶה דֹּוחַק. וּמַה שֶׁתֵּירֵץ הָרַב סֵפֶר חֲסִידִים זַ"ל קָשֶׁה מְאֹד, חֲדָא אֲפִילּוּ לְפִי דֶּרֶךְ שֶׁהָיוּ כֻּולָּם גּוֹיִם אוֹ רֻובָּם הִנֵּה בְּוַדַּאי לֹא חָזְרוּ כִּי אִם הִמְתִּינוּ, וְכֵן נִרְאֶה מִבַּקָּשָׁתוֹ דְּאָמַר אִנְּטַרוּ לִי, וְעוֹד אֲפִילּוּ אִם יֵלְכוּ וְלֹא יִמְצְאוּ כְּלוּם לֹא הָיָה מֻוחְזָק לְשַׁקְרָן חָס וְחָלִילָה, דְּדִילְמָא עָבַר אָדָם בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וּלְקָחָהּ קֹודֶם בּוֹאָם, אָמְנָם בָּזֶה הַחִילּוּק שֶׁכָּתַבְנוּ יָבֹא נָכוֹן, דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ הַנּוֹתֵן סֶלַע לִצְדָקָה עַל מְנָת שֶׁיִּחְיֶה הֲרֵי זֶה צַדִּיק גָּמוּר, וַהֲלֹא שְׂכַר מִצְוֹת בֶּעָתִיד לָבֹא, וְתֵרְצוּ דַּוְקָא שְׂכַר מִצְוֹת דְּחִיּוּב בֶּעָתִיד לָבֹא, אֲבָל בְּעוֹשֶׂה יֶתֶר עַל הַחִיּוּב וּבְמִידַּת חֲסִידוּת יֵשׁ שָׂכָר גַּם בָּעוֹלָם הַזֶּה. וְעַל דֶּרֶךְ זֶה אָמְרוּ גַּם כֵּן עַל מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּמִצְוֹת הַמַּנְגִּינוֹת בָּעוֹלָם הַזֶּה, דְּגַם כֵּן תִּקְשֵׁי וַהֲלֹא שְׂכַר מִצְוֹת בֶּעָתִיד לָבֹא, וְתֵירְצוּ דְּאִם עוֹשֶׂה יֶתֶר עַל חִיּוּב וּמִידַּת חֲסִידוּת תָּגִין גַּם בָּעוֹלָם הַזֶּה עַד כָּאן, וּלְפִי זֶה מַה שֶׁנֶּאֱמַר בִּדְרָשָׁה זוֹ מַה יוֹנָה וְכוּ' אַף יִשְׂרָאֵל מִצְוֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶם אַייְּרִי בְּמִצְוֹת שֶׁעוֹשִׂים טְפֵי מֵחִיּוּבָם, וְלָזֶה הֵבִיא דְּרָשָׁה זוֹ כָּאן כְּדֵי לְתָרֵץ בָּזֶה הַקֻּושְׁיָא, דְּלָא תִּיקְשֵׁי עַל רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אֵיךְ עֲבִיד כְּבֵית שַׁמַּאי וְלֹא עוֹד שֶׁקִּבֵּל שָׂכָר, וּבָזֶה נִתְיַישְּׁבָה הַקֻּושְׁיָא כִּי כְּמוֹ דְּמַאֲמָר זֶה אַיְירֵי בְּעָבֵיד בְּתוֹרַת חֲסִידוּת יָתֵר עַל חִיּוּבוֹ, כֵּן רַבָּה בַּר בַּר חָנָה עֲבִיד דָּבָר זֶה בְּתוֹרַת חֲסִידוּת לֹא שֶׁנִּתְכַּוֵּין לְקַייֵּם דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי בְּתוֹרַת חִיּוּב מִן הַדִּין, וּלְכָךְ הִצְלִיחַ דְּהִנֵּה שְׂכָרוֹ אִתּוֹ שֶׁמָּצָא אַרְנְקָא דְּדַהֲבָא.
« Il vaut mieux que je leur dise : j'ai oublié une colombe d'or. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il n'a pas proféré de mensonge, à D.ieu ne plaise ; son intention portait sur le birkat hamazon, qui comporte quatre berakhot. La première, hazan, commence par la lettre hei, celle de yona ; la deuxième, birkat haarets, commence par nodeh lekha, c'est le noun de yona ; la troisième est nommée d'après Yerouchalayim, nom qui compte six lettres, car Yerouchalayim s'écrit avec un seul youd, et c'est là le vav de yona ; la quatrième, hatov vehametiv, dont l'essentiel de la berakha a été institué à cause de ces deux mots, hatov, qu'ils ne se sont pas putréfiés, et hametiv, qu'ils ont été donnés à la sépulture, comme il a été dit plus haut, et ces deux mots, hatov vehametiv, comptent dix lettres, ce qui est le youd de yona. C'est pourquoi il a désigné le birkat hamazon du nom de yona. Ou bien il me paraît, avec l'aide du Ciel : le corps veut sa nourriture et son repas, et la nefech veut elle aussi sa nourriture ; mais le corps crie et réclame sa nourriture, et l'on ne saurait l'oublier, tandis que la nefech ne crie pas. Or on sait que la nefech est désignée du nom de yona, car elle relève du sod de Malkhout, appelée yona. C'est ce qu'il dit : j'ai oublié une colombe d'or, l'or étant le féminin, c'est-à-dire j'ai oublié sa nourriture ; et eux ont compris ses paroles selon leur sens simple. Quant au fait qu'il trouva une bourse d'or et non d'argent, il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'on sait que Beit Chamai ont leur racine dans la midda de la guevoura et Beit Hillel dans le 'hessed, comme il est dit dans le Zohar : Hillel et Chamai sont les degrés d'Avraham et de Yitshak ; c'est pourquoi Beit Chamai sont toujours rigoureux et Beit Hillel indulgents. Or l'or est guevoura ; puisqu'il a voulu être rigoureux selon l'avis de Beit Chamai, dont la racine est dans la guevoura, sod de l'or, il trouva une bourse d'or. Et pour la même raison, l'élève qui voulut mépriser l'avis de Beit Chamai en une matière où Beit Hillel ne divergent pas d'eux, agissant à dessein alors que Beit Hillel eux-mêmes en conviennent, fut dévoré par un lion, qui relève du sod de la guevoura, car arieh [216] a la valeur de guevoura [216], comme on sait. Et pourquoi la trouvaille fut-elle une arnaki, c'est-à-dire une bourse, et non un sac d'or ? Parce que arnaki est une bourse à l'image d'une coupe (kos), pour indiquer que c'était là la récompense du birkat hamazon, qui requiert une coupe. Mais on objecte de cette affaire à ce qui a été dit de Rabbi Tarfon, qui s'inclina pour lire selon les paroles de Beit Chamai, comme il est rapporté plus haut (folio 10b). Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que là-bas la chose était manifeste, qu'il transgressait les paroles de Beit Hillel, puisqu'il allait son chemin et qu'il s'arrêta et s'inclina pour lire ; mais ici il n'est pas manifeste qu'il est revenu à cause de la berakha, car peut-être avait-il oublié quelque chose et revenait-il le chercher, oubli fréquent chez les voyageurs. Et même si le miracle n'avait pas eu lieu pour lui, qu'il n'eût pas trouvé de bourse et qu'il eût récité la berakha et fut revenu, la chose n'aurait pas été reconnaissable non plus, car en effet il serait revenu parce qu'il avait oublié un objet, ne l'aurait pas trouvé, se serait souvenu de la berakha et l'aurait récitée là. Il y a de plus à cela une réponse simple : c'est seulement si l'on agit comme Beit Chamai au titre de la stricte règle du din que l'on est puni pour avoir transgressé les paroles de Beit Hillel ; mais si l'on sait et reconnaît que la halakha est comme Beit Hillel, et que l'on n'entend pas agir comme Beit Chamai par obligation mais par voie de hassidout et de rigueur volontaire, hors de la stricte règle et de l'obligation, on ne transgresse pas les paroles de Beit Hillel et l'on sera béni, puisque Beit Hillel eux-mêmes se montraient en plusieurs matières rigoureux envers eux-mêmes, précisément pour agir comme Beit Chamai. Par là nous résolvons, avec l'aide du Ciel, la difficulté du Maharcha, de mémoire bénie, qui demandait pourquoi il fallait apporter ici la deracha « les mitsvot les protègent », alors qu'il aurait suffi de dire la raison, à savoir que kenesset Israël est comparée à une colombe, chose déjà connue et mentionnée en plusieurs versets qui l'appellent colombe ; et ce qu'a répondu le Maharcha, de mémoire bénie, là-dessus est forcé. Ce qu'a répondu le Sefer Hassidim, de mémoire bénie, est très difficile : d'abord, même selon la voie où tous ou la plupart auraient été des non-Juifs, ils ne seraient assurément pas revenus mais auraient attendu, comme il ressort de sa demande « attendez-moi » ; et de plus, même s'ils étaient allés et n'avaient rien trouvé, il n'aurait pas été tenu pour menteur, à D.ieu ne plaise, car peut-être un homme était-il passe en ce lieu et l'avait-il prise avant leur venue. Mais avec la distinction que nous avons écrite, tout devient juste. On sait ce qu'ont dit les commentateurs, de mémoire bénie, sur l'enseignement « celui qui donne un sela à la tsedaka en disant : afin que mon fils vive, voilà un juste parfait » : la récompense des mitsvot n'est-elle pas dans le monde à venir ? Ils ont répondu : précisément la récompense des mitsvot obligatoires est dans le monde à venir, mais celui qui fait plus que son obligation, par mesure de hassidout, en reçoit récompense même en ce monde. De la même manière ils ont dit, sur l'enseignement de nos maîtres, de mémoire bénie, que les mitsvot protègent en ce monde : là aussi on objecterait que la récompense des mitsvot est dans le monde à venir ; et ils ont répondu que celui qui fait plus que son obligation, par mesure de hassidout, en est protégé même en ce monde ; jusqu'ici. Selon cela, ce qui est dit dans cette deracha, « de même que la colombe, etc., ainsi Israël, les mitsvot les protègent », parle des mitsvot que l'on accomplit au-delà de son obligation. C'est pourquoi il a apporté ici cette deracha, afin de résoudre par elle la difficulté : qu'on ne demande pas comment Raba bar bar Hana a pu agir comme Beit Chamai, et de plus recevoir une récompense. Par là, la difficulté se résout : de même que cet enseignement parle de celui qui agit par voie de hassidout au-delà de son obligation, ainsi Raba bar bar Hana a agi de la sorte par voie de hassidout, sans avoir l'intention d'accomplir les paroles de Beit Chamai au titre de l'obligation du din ; c'est pourquoi il a réussi, sa récompense étant avec lui, puisqu'il trouva une bourse d'or.
41
אָמְרוּ לוֹ: כְּדַי הָיִיתָ לָחוּב בְּעַצְמְךָ, שֶׁעָבַרְתָּ עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל.

Ils lui dirent : tu méritais d'en répondre sur toi-même, car tu as transgressé les paroles de Beit Hillel.

💡 Explication

La réponse des sages traite le fait de suivre Beit Chamai comme une transgression, et non comme une rigueur louable. Le danger encouru en devient la sanction.

La guemara du folio suivant reprendra ce point et distinguera selon que l'on agit par obligation ou par hassidout.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).